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Même la Sauvageonne, qui s’y connaît en matière de théâtre et de scène, est unanime : « Un excellent spectacle ! Une mise en scène et des comédiens-musiciens exceptionnels ! », a-t-elle tonné en ébrouant sa crinière de lionne claire, à peine le rideau tombé. Ce n’est pas moi qui la contredirais. Le cabaret des oubliés, présenté à la Comédie de Picardie d’Amiens, dans une mise en scène de Nicolas Ducron, m’a subjugué. J’ai adoré. Sur les planches, ils sont quatre : Nicolas Ducron, le créateur, dans le rôle du patron du cabaret, Solo Gomez, une comédienne, percussionniste experte ; Marie Lesnik, incarne une vieille artiste, peut-être la compagne du boss, et Justine Cambon, qui joue le chien (nommé Spinoza!) à merveille et, pas accessoirement, d’un tas d’instruments. Musicalement, ils assurent tous, précis, enjoués, percutants. Metteur en scène et comédien, originaire de Boulogne-sur-Mer, Nicolas Ducron a vécu 27 ans à Paris et a suivi les cours de l’école de la rue Blanche.
« J’ai commencé à faire de la mise en scène tout en continuant à faire de la musique. J’ai appris en autodidacte », précise-t-il. « J’avais créé, il y a vingt ans, un spectacle intitulé Le Cabaret des engagés, sur la chanson engagée. Et je me suis dit que rien n’avait changé. J’ai donc voulu refaire entendre ces chansons et replacer l’humanisme au centre du débat. Une réflexion sur le monde, la tolérance, le vivre ensemble. Des valeurs qui devraient être partagées par tout le monde aujourd’hui. »
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Au programme du Cabaret des oublié.e.s, une vingtaine de chansons que Nicolas Ducron qualifie de « belles, universelles, pas agressives, pas frontales, mais des réflexions poétiques sur le monde » : notamment « Oh misère », de Nicolas himself, « Être né quelque part », de Maxime Le Forestier, « Chic planète », d’Hubert Mounier, « T’as plus ton voile », des Goguettes, « Les mains d’or », de Bernard Lavilliers, « Strange fruits », de Billie Holiday, « Das Kapital », des Vulves assassines, « Vous mariez pas les filles », de Boris Vian, « Oh mon patron », des Fouteurs de joie, « Lily », de Pierre Perret, et surtout, surtout, la merveilleuse « On ne lâche rien », de HK et les Saltimbanks que le public reprit en chœur comme un seul homme (révolté).

« On a créé ce spectacle il y a un peu plus d’un an », poursuit Nicolas. « De ce fait, l’ancien spectacle réunissait trois hommes et une femme, je me suis dit que le moteur de cette nouvelle création pourrait être les femmes. On a donc choisi trois femmes et un homme. Et on a raconté cette histoire de manière ludique, amusante. C’est Philippe Veret, le comptable de la Comédie de Picardie, qui a eu l’idée du chien Spinoza. Au début, il y avait le personnage d’une jeune femme. Il m’a dit que comme c’était un campement gitan avec un arbre à palabres qui raconte les saisons qui passent, il fallait un chien, car il y a toujours un chien dans les campements de gitans. J’ai trouvé que c’était une très bonne idée. » Nicolas Ducron a souvent été accueilli à la Comédie de Picardie avec les spectacles de sa compagnie H3P ; par ailleurs, il fait partie du groupe Les Fouteurs de Joie. A noter, le travail remarquable de Martha Roméro qui a confectionné les horribles masques et costumes bien déjantés. Quand ils déboulent sur scène, on se dit : « Mais qu’est-ce qu’ils sont laids ! » Puis, on écoute, et on se dit qu’il est beau, si beau, leur combat rien qu’avec des mots forts, poétiques et bouleversants. Tellement plus convaincants que les discours des politiques. Non, « On lâche rien ».
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