Accueil Site Page 1310

Disparition de Jack Ma (Alibaba): enfin une bonne nouvelle pour l’Occident!

0

Branle-bas de combat à Pékin: les dirigeants chinois ont décidé de mettre violemment au pas les milliardaires qui ont participé à l’explosion économique des vingt ou trente dernières années en Chine et en ont tiré profit à titre personnel. Le Parti communiste reprend la main partout et les dégâts vont être grandioses. C’est évidemment la meilleure nouvelle qui puisse venir ces temps-ci du mammouth communiste.


Ce sont les malheurs de Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, qui ont mis le feu aux poudres. Véritable génie des affaires et tycoon de l’e-commerce en Chine, devenu l’un des deux ou trois hommes les plus riches de l’Empire avec une fortune de 60 milliards de dollars selon un classement de Forbes, il avait littéralement disparu dernièrement pendant près de trois mois, après l’annulation surprise et à la dernière minute d’une énorme introduction en Bourse qu’il avait préparée pour l’un de ses conglomérats financiers. Une annulation ordonnée, selon le Wall Street Journal, par Xi Jinping lui-même. Résultat : alerte générale dans le monde des grandes affaires internationales.

Pour le Wall Street Journal, ce qui arrive est simple: «Xi Jinping veut ramener le secteur privé chinois dans le giron du Parti»

Surtout quand on rapproche les mésaventures de Jack Ma des étranges disparitions ces derniers temps d’autres capitaines d’industrie et d’autres milliardaires condamnés pénalement à de lourdes peines à partir d’actes d’accusation truqués et parfois fantaisistes. Ainsi de Lai Xiaomin, ancien PDG du conglomérat China Huarong, condamné à mort début janvier pour « corruption et polygamie », après avoir dû faire des aveux en direct à la télévision. De Wu Xiaohui, ancien boss de Anbang, mégaentreprise d’assurances, condamné à 18 ans de prison pour « corruption ». Ou de Ren Zhiqiang, multimilliardaire de l’immobilier, également 18 ans de prison, accusé d’avoir détourné des fonds pour assouvir sa passion du golf.

Une nouvelle politique répressive à l’encontre des nantis

Et quelques autres géants de l’industrie, du commerce et de la finance tels que Hu Huaibang, ex-numéro 1 de la Banque chinoise du développement, condamné à la prison à vie, toujours pour corruption, ou Guo Guangchang, patron du conglomérat Fosun, propriétaire entre autres du Club Med, disparu curieusement pendant quelques jours il y a six ans (il devait servir de cobaye alors), ou Sun Dawu, président d’un consortium géant dans l’alimentaire, Dawu Group, arrêté en novembre dernier pour avoir critiqué les autorités locales sur le réseau social Weibo. La conséquence immédiate de cette nouvelle politique répressive à l’encontre des nantis du système est que nombre d’entre eux se sont mis à quitter le territoire chinois, comme avaient pu le faire il y a quelques années certains oligarques russes qui avaient pu déplaire à Vladimir Poutine.

A lire ensuite: Le coup d’Etat silencieux de la Silicon Valley, vu par Shoshana Zuboff

Il est clair que les communistes chinois du sommet, après plusieurs décennies de développement économique forcené, veulent maintenant pouvoir tenir en laisse leurs génies du business auxquels ils avaient laissé jusqu’à présent toute latitude de copier le monde libre et de s’y jeter en concurrents féroces de l’Occident. La prééminence du Parti est de nouveau serinée partout. Les entrepreneurs sont ciblés, qu’ils soient ou non coupables, et leurs affaires instruites rapidement avec de lourdes peines de prison à la clé, du moment qu’il s’agit de faire un exemple ou de mettre la main sur des entreprises juteuses sans qu’il ne soit jamais question, bien entendu, de droits de l’homme. La lourde patte du mammouth chinois s’abat maintenant sans peur et sans retenue.

Tous les moyens sont bons, même les plus sauvages

Qui pourrait imaginer qu’une autorité judiciaire suprême dans le monde libre, par exemple aux États-Unis, sous le seul prétexte qu’ils ont trop bien réussi, décide de mettre en prison pour longtemps Larry Page, fondateur de Google, Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Facebook) ou Elon Musk (Tesla) ? Pour le Wall Street Journal, ce qui arrive à leurs collègues milliardaires est simple : « Xi Jinping veut ramener le secteur privé chinois dans le giron du Parti », et comme on est en Chine dans un pays communiste à l’ancienne, tous les moyens sont bons, même les plus sauvages. La présence de cadres du Parti est déjà obligatoire dans les entreprises privées d’une certaine taille, et on n’est qu’au début, apparemment, de cette gigantesque marche arrière. Après le « grand bond en avant » de Mao Zedong au XXe siècle, voici le « grand bond en arrière » de Xi Jinping au XXIe !

La roue va maintenant tourner méchamment pour les capitalistes chinois, qui risquent de devenir des girouettes entre les mains de fonctionnaires incompétents et vindicatifs – qu’on se rende compte de ce que peut être un milliardaire pour un communiste ! – et la cible permanente de la vindicte populaire organisée officiellement par le Parti. Les communistes font ça très bien et depuis toujours, pour un résultat final inéluctable : la faillite économique et la chute d’un système intenable, comme ce fut le cas en Russie soviétique. Le mur de Berlin a fini par tomber et la muraille de Chine n’est pas forcément éternelle.

A lire aussi: Architecture: la fin des copies « made in China »

La France, nouvelle terre d’accueil des déshérités de l’Empire chinois?

Qui peut penser qu’on puisse révolutionner le monde et entrer dans l’histoire sans une totale liberté de création, comme ont pu le faire Bill Gates ou Steve Jobs, partis de zéro ? Pour les dirigeants du Dragon rouge qui avaient un besoin vital de sortir leur 1,5 milliard d’habitants de la pauvreté et d’un Moyen Âge qui paraissait éternel, il fallait employer les grands moyens en mettant de côté pour un temps la philosophie communiste du nivellement par le bas pour utiliser les recettes du monde libre. Le plus gros étant maintenant réalisé selon l’opinion du dictateur Xi Jinping, il faut donc revenir aux sources du communisme pur et dur et se remettre à couper les têtes qui dépassent. Les vieilles méthodes de répression et d’anéantissement vont donc reprendre en Chine, ce qui ne pourra que profiter aux pays libres.

Pour en revenir à Jack Ma, ancien porte-drapeau de la caste des multimilliardaires chinois, ancien professeur d’anglais issu d’une famille modeste, homme simple et d’une grande gentillesse devenu génie des affaires et du numérique – en plus d’Alibaba, il a également créé Taobao, un e-Bay local, ainsi que Alipay, un système très original de paiement électronique, et Tmall, un giga-centre commercial virtuel… –, il se pourrait bien qu’on le voie maintenant plus souvent en France, s’il peut quitter la Chine, dans l’un de ses domaines viticoles de Bordeaux… Depuis son quartier général français, le Château de Sours, une grande propriété de 200 hectares autour d’une superbe bâtisse du xviiie siècle, Jack Ma gouvernerait en effet un ensemble d’une quinzaine de domaines dans lesquels il investirait massivement à long terme. Quelques milliardaires chinois comme lui, c’est exactement ce qu’il nous faudrait en France. On n’arrive plus à en fabriquer, à force de vouloir les taxer. Et si on mettait au point une solution attirante pour que la France devienne une nouvelle terre d’accueil des déshérités de l’Empire communiste chinois ?

La possibilité d’une œuvre en 2021: « les Porcs » au banc des accusés

0

L’écrivain teigneux Marc-Edouard Nabe publie la suite des Porcs. Le style et des qualités littéraires autorisent-ils à écrire pis que pendre sur ses contemporains, à être complaisant avec l’antisémitisme ou le terrorisme?


Sensibilité, sincérité et style. Trois qualités nécessaires pour un grand écrivain selon Edmonde-Charles Roux, naguère récompensée du prix Goncourt pour Oublier Palerme. Trois qualités qu’elle attribua à Marc-Edouard Nabe à l’issue de sa lecture d’Alain Zannini, ouvrage au nom de l’homme qui se cachait derrière l’alias de l’auteur, écrivain à l’accent chantant amateur de free-jazz et de littérature religieuse enfiévrée.  

Marc-Edouard Nabe s’y dévoilait aussi impudique qu’à son habitude mais s’y montrait aussi touchant, réussissant à nous entraîner dans les méandres d’un esprit parfois si jubilatoire qu’il en devenait vertigineux. Alain Zannini aurait bien mérité la reconnaissance du « milieu des lettres », un Goncourt et rien d’autre. Il n’en fut rien. Ses coups de gueule sur les plateaux de télévision, malheureusement parfois accompagnés de déclarations difficilement compréhensibles et défendables, ont occulté une œuvre riche aujourd’hui complétée par la sortie du deuxième tome des Porcs, où il se livre à un petit jeu de massacre des champions du « conspirationnisme ». Tel l’invité dans Festen, en quête de vérité, il tente d’ouvrir les yeux de ses contemporains sur les hommes et les femmes qui ont alimenté la machine du soupçon généralisé chez les foules désireuses de vengeance – dont la colère mal dirigée et instrumentalisée est, elle, bien légitime.

Un graphomane

Œuvre ambitieuse d’une longueur démesurée, les deux tomes des Porcs sont marqués de l’empreinte stylistique de ce graphomane hypermnésique qui n’oublie aucun détail, aucun lieu, aucune déclaration ; une force étonnante qui donne à l’ensemble des allures un peu paranoïaques – même si tout, est fondé. Un Nabe deuxième manière, un peu comme le Miles Davis électrique qui a abandonné le bebop pour de nouvelles expérimentations. On l’imagine assez volontiers prenant des notes devant sa télévision pour que tout, même les anecdotes les plus insignifiantes des demi-mondains de plateaux, soit définitivement gravé dans le marbre littéraire. Attention, Marc-Edouard Nabe n’est pas du genre hyper-réaliste ou pop, c’est un moderne. Ses souvenirs prennent des teintes impressionnistes, ses portraits de porcs sont déformés comme les visages des Ménines revues et corrigées par Picasso. Il passe tout au filtre de sa propre sensibilité, de sa subjectivité, même dans ce nouvel exercice plus factuel.

Critique de l’esprit conspirationniste, qu’il a vite identifié comme allant constituer l’une des maladies de l’esprit les plus graves du XXIème siècle, niant à la Vie la part d’incertitude, de chaos et de hasard qui lui est inhérente ; il a entrepris d’en déconstruire la mécanique perverse en s’attachant à railler ceux qui lui ont donné un nouveau souffle populaire, s’attardant tantôt sur leurs contradictions tantôt sur leur bêtise. Il y a toutefois peu de conceptualisation dans ces journaux de 1000 pages vendus directement aux lecteurs sans intermédiaire. Chantre de l’anti-édition, Nabe n’a ni éditeur ni distributeur. De politique, qu’elle soit politicienne ou avec un P, il n’est en fin de compte pas non plus vraiment question, au sens où nous entendons ce mot aujourd’hui. Exercice par excellence du compromis, voire de la compromission dans ses nuances les plus dissonantes, la Politique s’occupe de la Cité, étant l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Difficile de voir un homme de compromis chez Nabe ! De nos jours, il n’y a pas loin de la Politique à l’intendance. Marc-Edouard Nabe s’intéresse à la Politique pour ce qu’elle dit de la société, comme matière littéraire et romanesque. Il est un écrivain, pas un philosophe, et c’est très bien ainsi.

Au plus près du gratin conspirationniste 

Pour un amateur de Thelonious Monk et de son langage au piano, la fréquentation du gratin conspi a probablement été un supplice. Le propre du conspirationnisme est de douter de tout, ce qui revient à ne douter de rien. Les conspis jouent donc une petite musique intellectuelle qui finit par être aussi rigide que les rythmes en quatre temps du rock de Johnny qu’exècre cet écrivain teigneux. Manichéens, ils divisent l’humanité en deux catégories exclusives : les bons et les méchants. Quant aux évènements qui rythment la vie de ces masses, ils ont tous une explication unique. Le résultat est que ces gens ne voient pas le mal tel qu’il est mais tel qu’ils aimeraient qu’il soit. Prêtant au bon peuple des vertus innées, et aux élites qui nous domineraient dans l’ombre – alors qu’elles font tout au grand jour – des desseins malins, ils sont borgnes. Nul comportement n’est l’apanage d’une catégorie d’hommes.

Ainsi, rechignant à assumer leurs fantasmes sadiques et leurs haines, ils refusent d’admettre que les terroristes sont des poseurs de bombes, des assassins et des bourreaux. De leur point de vue, les terroristes sont des jouets, des pantins ! Disons-le: c’est presque plus grave de ne pas les croire autonomes quand ils s’adonnent au pire, que de leur trouver des circonstances atténuantes ou de fantasmer sur la radicalité révolutionnaire de mémoricides qui se sont déclaré nos ennemis ontologiques, tuant de sang-froid nos enfants. C’est bien parce qu’il connaît le fanatisme littéraire, que lui-même est aussi un fanatique, un zélote de ses propres goûts et dégoûts, que Marc-Edouard Nabe sait mieux que quiconque ce dont un être humain est capable s’il veut conformer le monde selon un ordre qui lui semble juste. S’il en avait le pouvoir, peut-être interdirait-il, lui aussi, le rock. On ne lui en voudrait pas trop pour une part du rock français alternatif, mais passons !  

Une lecture dense, du vacarme

Marc-Edouard Nabe est sadique – mais juste – quand il dépeint les tares de ses anciens amis, qu’il défigure et ridiculise. Il est sadique parce qu’il aime le style du divin Marquis. Il est sadique parce que son fond est masochiste, parce qu’il sait que ses outrances s’apparentent à un sacrifice, comme celui de Simone Weil qui s’affamait pour ressentir la souffrance cosmique et universelle. Nabe se fait haïr comme un trompettiste qui refuserait de jouer la suite d’accords entendus mille fois ailleurs. « C’est justement parce que je crois si fort aux instants suprêmes passés ensemble sur les cimes du présent que je me refuse à descendre ensuite dans les vallées banales de larmes ou de rires forcés où les troupeaux d’amis paissent en paix en attendant la mort. » 

Son maître Thelonious Monk maitrisait, lui, très bien le silence. Pourquoi alors cette impression de vacarme dans ce trop-plein, cette foule de détails parfois superfétatoires ? On se perd parfois un peu dans cette lecture dense, convoquant des figures mineures d’une période qui ne l’est pas moins. Mais Les Porcs, au-delà du témoignage important que ce livre constitue sur un milieu marginal qui a finalement fait du dégât jusque dans les couches les plus cultivées de la population, ainsi qu’on le constate quotidiennement, vaut aussi comme éventuelle porte d’entrée à un univers littéraire important. Le livre m’a d’ailleurs donné envie de me replonger dans les journaux, Zannini, L’Homme qui arrêta d’écrire ou le terriblement cruel L’Enculé.

Comment croire d’ailleurs qu’un écrivain si sensible, si juste, si intimement persuadé que la beauté doit être vue, partagée et offerte au monde, puisse trouver du sublime dans l’abjection de l’Etat islamique ? Comment résoudre cet apparent paradoxe ? Reste, au moins, mais c’est important, une œuvre traversée de fulgurances géniales nourries par un goût d’une grande sureté qu’il a l’élégance de faire connaître. Comme on donnerait de la confiture à des cochons, il donne au reliquat de bons lecteurs et auditeurs du XXIème siècle du Maritain, du Nietzsche, du Braxton, du Miles et du Picasso. Il donne aussi parfois de la laideur, du petit, du rabougri en déshabillant le conspirationnisme et ses affidés et parfois en se faisant l’avocat du diable, avec un D, et de ses supplétifs ; le beau étant peut-être trop aveuglant seul. Qui veut faire l’ange fait la bête ?

Les Porcs 2, Marc-Edouard Nabe, édité par l’auteur.

Mauvais cygnes à l’Opéra de Paris


Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne!


À l’Opéra de Paris, pas besoin d’opéra. Avec ou sans public, show permanent. À l’époque où feu Pierre Bergé tentait de faire marcher le bébé Bastille, que pesait sa maigre saison auprès de la conférence de presse, festival d’esclandres, de menaces et d’injures ? Ou le virage en direct sur vos écrans du chef Daniel Barenboim ? Le spectacle n’était déjà plus sur le plateau.

Et ça n’a pas trop changé. Le hit de l’an passé restera les dix minutes de cygnes sur le parvis du palais Garnier. Grève matin, grève midi, grève soir évidemment, mais animation à toute heure, le personnel ayant tapissé les murs d’un panneau roboratif : « Agissements sexistes / Violences sexuelles / Harcèlement sexuel / NON / Victimes ou témoins agissons ». Il s’en passe des trucs dans des couloirs que plus personne n’arpente depuis un an !

Après la grève, le virus. La maison close reste close, mais ne partez pas, le spectacle continue. Le 25 mai à Minneapolis la mort filmée du citoyen George Floyd enflamme la planète. Trois mois plus tard, quelques salariés de l’Opéra, danseurs principalement, rédigent un manifeste : « De la question raciale à l’Opéra national de Paris ». D’abord interne, le tract gagne la Toile, puis la presse. Nous sommes début octobre, la direction prend acte, commande un rapport.

Quand voilà que, le jour de Noël, M, le magazine du Monde, consacre un article passionnément racialiste au dit manifeste. Selon l’enquêteuse, le nouveau directeur de l’Opéra, Alexander Neef, assure que « certaines œuvres vont sans doute disparaître du répertoire ». Comme avant ce propos l’enquêteuse cite plusieurs ballets chorégraphiés par l’intouchable Noureev, les réseaux s’emballent. On va détruire nos ballets blancs (pas à cause de la peau, à cause des tutus ; nos ballets romantiques, quoi). La direction invoque une « juxtaposition malencontreuse ». Et les organes de morale publique débusquent presto le coupable. Pas la journaliste du Monde qui juxtapose au petit bonheur. Le même coupable que d’habitude : Marine, Ménard, l’énervé fachosphérique qui a réagi à ses fantasmes – comme tant d’autres de tous bords et toutes couleurs, évidemment. Preuve que Le Monde avait raison.

Coincé entre Monde-marteau et enclume-public, l’Opéra jure qu’il n’est pas question de censure. Dans La Croix, notre Roselyne enfonce le clou (sic) : « Il ne s’agit certainement pas de faire disparaître des grandes pièces du répertoire comme les ballets La Bayadère ou Casse-noisette, mais de les contextualiser ». Contextualiser ? Santa Maria della Cancellazione ! Mais encore ?

On nous annonce Otello sans maquillage – ce qui n’importe guère. Madame Butterfly idem – ce qui importe. Et en général l’attribution des rôles racialisés à des personnes racialisées, tendance Gobineau. À la Canadian Opera Company qu’il gouvernait jusqu’à la saison dernière, le directeur Neef avait remplacé les ministres Ping, Pang et Pong dans Turandot par Jim, Bob et Bill – ethnocentrisme caractérisé. Dans La Bayadère héritée de Noureev à la Bastille, une « Danse des négrillons » est devenue « Danse des enfants » sous Benjamin Millepied. « Certaines œuvres » vont disparaître, on nous le promet. Les autres seront probablement soumises à un Inclusivity Committee comme à New York. Ça va (enfin !) être gai. Au hasard, dans Le Lac des cygnes le prince jette le vilain cygne noir pour épouser le gentil cygne blanc. Si, si. En plus d’être gai, ça va être intense, pour l’Inclusivity Committee.

Quand Zemmour accuse l’État d’«anarcho-tyrannie»


Quand l’État dissout Génération identitaire sans toucher à d’autres associations qui représentent une plus grande menace pour l’ordre public, Eric Zemmour, pour décrire la situation, a recours à un concept de la droite américaine. Analyse


Quand j’ai dialogué, pour mon livre, Suprémacistes. L’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020), avec des intellectuels de l’internationale blanche, surtout de « alt right », j’avais été frappé par leur capacité à inventer des mots qui font mouche. De fait si on regarde le langage politique actuel il est divisé en trois. D’abord, la langue médiatico-étatique, replète de « proximité », « dialogue » et « partenariat », la bouillie verbale servie par les DRH devenus politiciens. Ensuite la langue de l’indignation morale-tendance, qui se résume à des explétifs au bord de la crise de nerfs, « fasciste ! nazi ! sale mec ! pédo ! raciste ! ». Enfin, celle qui est la plus intéressante, et la plus inventive, la langue des identitaires : « grand remplacement » qui a bien sûr le don de piquer au vif tout le monde : « woke », « ethnomasochisme » et, à la veille de Mardi-Gras, une expression claquante : « anarcho-tyrannie ».

Oreille de Sioux

Eric Zemmour l’a clamée sur le plateau de Face à l’Info dans une discussion sur la dissolution de Génération Identitaire: « Il y a un concept américain qui s’appelle l’anarcho-tyrannie… »[tooltips content= »Eric Zemmour utilise l’expression « régime anarcho-tyrannique » sur CNews le 26 janvier. »](1)[/tooltips]

A lire aussi: Audiovisuel: chacun son genre

Eric Zemmour a l’oreille d’un Sioux sur le sentier de la guerre ; il l’avait entendu venir cette idée, et cette expression. De quoi s’agit-il ? J’en ai fait la mise au point plusieurs fois, y compris dans le numéro actuel de Causeur. Alors de quoi s’agit-il ? « Anarcho-tyrannie » est d’un essayiste américain de talent, Samuel T. Francis (1947-2005), auteur d’un livre décapant sur l’État moderne, Leviathan and its Enemies. L’expression date de 1992 mais connaît une véritable résurrection, trente ans après, grâce à la jeune génération de l’« alt right » américaine. Selon la définition de Francis : « Dans un État d’anarcho-tyrannie le gouvernement n’applique pas des lois qu’il devrait légitimement appliquer et, en même temps, il invente des lois qui n’ont pas de raison légitime d’exister. »  Pourquoi ? Réponse de ce théoricien de la droite nationaliste américaine : « Une caractéristique de l’anarcho-tyrannie est cette tendance de l’État à criminaliser et à punir des citoyens innocents qui obéissent à la loi, et en même temps de se refuser à punir les délinquants ». Exemples : poursuites contre les « groupuscules » identitaires ; laxisme, sinon tolérance d’accointance, envers les différents SOS « réfugiés, migrants, etc ». Il renchérit : « L’autre caractéristique d’un État anarcho-tyrannique est son refus d’appliquer des lois existantes, et de passer toujours plus de lois qui sont sans effet sur la véritable criminalité, mais qui criminalisent encore plus les innocents, ou restreignent leurs libertés civiles ». Exemples : amendes pour ceci et cela, mais laissez-faire des dealers dans les « quartiers ».

Il n’est pas sûr que l’expression prenne en France

En d’autres termes, quand un État démocratique tolère l’illégalité de la part de certains groupes, les laissent brûler des voitures, attaquer des magasins, insulter avec haine des gens dans la rue, et en même temps réprime, en utilisant tout un arsenal fabriqué ad hoc, ceux qui n’enfreignent pas la loi ou qui élèvent en toute légalité la voix, l’État est alors anarchique d’un côté et tyrannique de l’autre. Pas mal vu.

Reste à savoir si l’expression, savourée par Eric Zemmour, va prendre en France. Notre culture politique est différente de celle des États-Unis. Notre langage politique est trop cadré, avec « anarchie » marqué extrême gauche, et « tyrannie » marqué extrême droite. Et pourtant l’idée est efficace, et proche de la réalité.

Pas de goulag pour Fatiha Boudjahlat


« Quel renversement d’être ciblée et mise en danger par deux syndicats politisés, et soutenue par l’administration… »


Lauréate du Prix de la laïcité 2019, Fatiha Boudjahlat est aussi versée dans les réseaux sociaux. Le 2 novembre au soir, jour de la minute de silence en hommage à Samuel Paty, l’enseignante d’histoire-géo en collège se confie sur Facebook : « Cela s’est bien passé. Les élèves ont été formidables. Les seuls qui ont refusé de faire la minute de silence, cinq sur 380, appartiennent à la classe d’accueil et viennent de l’étranger, proche ou lointain, mais arabo-musulman. […] La France n’est pas un simple guichet de services. Je m’en vais le leur rappeler. »

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Rencontre avec Didier Lemaire: un hussard de la République aux prises avec l’islamisme

Il n’en a pas fallu plus pour que les apparatchiks de SUD Éducation et CGT Éduc’action manquent de s’étrangler et décident de cafter, main dans la main, sur les comportements déviants de leur collègue. Dans une lettre ouverte au recteur de l’académie de Toulouse, ils enjoignent ce dernier de « prendre ses responsabilités » suite à ces mots « relevant d’une stigmatisation et d’une discrimination » et « divulguant des informations sensibles qui peuvent permettre d’identifier des enfants » – n’omettant pas, en prime, de signaler les pages Facebook et Twitter de leur proie, et d’afficher cette lettre ouverte sur le site internet de la section Haute-Garonne de SUD et sur celui de leurs camarades de VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes). Des velléités de purge qui ont conduit la militante, forte de ses 17 années au service de l’Éducation nationale, à demander le 5 janvier « la protection fonctionnelle au recteur de l’académie ».

A lire aussi: Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Mardi 12 janvier, après avoir été reçue par le rectorat, la « féministe universaliste » a annoncé sa victoire à ses fans sur Twitter : « Je remercie le ministre @jmblanquer et le recteur @MostafaFourar pour leur soutien. Quel renversement d’être ciblée et mise en danger par deux syndicats politisés, et soutenue par l’administration… » Reste à souhaiter que dans leur naufrage, les deux syndicats méditent sur leur propension à détruire nos libertés au nom de la défense des « opprimé.e.s ».

Un enfant comme vous et moi


L’article 1 de la loi bioéthique a été rejeté par le Sénat, le 4 février, dans la confusion. Une commission mixte paritaire (sept députés et sept sénateurs) se réunit ce mercredi pour tenter de trouver une parade.


 

Dernière minute. Députés et sénateurs réunis ce mercredi en commission mixte paritaire ne sont pas parvenus à trouver un accord sur l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Cette réforme de la filiation et de l’accès aux origines souhaitée par la majorité s’enliserait-elle?

Coup de grâce ou coup de force, l’histoire est remplie de ces cafouillages. Or, l’article 1 de la loi bioéthique rejeté le 4 février au Sénat était « l’article phare » du projet de loi bioéthique. Une Commission mixte paritaire (CMP) comprenant sept députés et sept sénateurs est donc convoquée, dans l’urgence, ce mercredi, pour trouver un accord avant que le projet de loi passe à l’Assemblée avant un vote définitif.

Bouleversement dans la filiation

On a tout dit sur cette loi qui ne concerne aucunement la bioéthique mais le droit de l’enfant : un enfant comme vous et moi. Jusque-là les « arguments » s’appuyaient sur « des droits victimaires »: la femme en mal d’enfant, la lesbienne discriminée, la résilience de l’enfant. Voyons les choses du point de vue du droit : stricto sensu. Comment s’apprêterait-on, sur la terre de France où le droit est si rigoureux, à voter une filiation sans père ? La République est-elle, à ce point, bonne fille, qu’elle prive un enfant, de par la loi, de sa filiation paternelle ?

Rappelons-le. 1)  Il ne s’agit pas de créer une loi mais d’étendre le champ d’application d’une loi existante. Nid de fauvette, cette loi du 29 juillet 1994, loin d’être excellente, ne doit en aucun cas, devenir un nœud gordien. Sur la Toile, il est un site que tout le monde peut consulter : PMAnonyme. La simple consultation de ce site, la lecture des témoignages d’enfants, devenus adultes, nés par IAD (insémination par tiers donneur), les questions et les réponses qui y figurent sans rien occulter des prix, persuaderaient, à elles seules, de l’impossibilité de l’extension de cette loi. 2) Un enfant privé de père, de par la loi, sera parfaitement en droit d’attaquer l’État en responsabilité, au nom de l’égalité, en disant : « Enfant du don, je suis interdit légalement de faire établir ma filiation réelle. Je n’ai même pas le droit de faire une recherche de paternité. » 3) Puisque la France, si la loi est votée, sera obligée de lever l’anonymat du donneur, pourquoi ne pas, comme en Allemagne, laisser le choix à l’enfant de sa filiation ? La levée de l’anonymat ne résout pas tout, elle va gêner considérablement la filiation à la française. 4) Comment se fait-il que l’article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), signée par la France en 1990 et mise en application, ait été balayé, ab initio, à la Chambre, sans débat aucun, d’un revers de manche ? Que dit-il, cet article ? « L’enfant… a le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux. » Comment se fait-il que « l’intérêt supérieur de l’enfant », notion juridique éprouvée, ait été balayé, sans aucune forme de procès, au profit de ce mot dans le vent  : la résilience ? Depuis quand la résilience est-elle une notion juridique ? De quel droit l’État priverait-il un enfant de connaître sa lignée génétique avant 18 ans et « interdirait » des tests génétiques ? Au lieu de s’interroger sur une garçonnité de salon, les historiens, amateurs des laissés pour compte, feraient bien de s’interroger sur l’injustice faite aux orphelins à naître sur notre territoire, dans notre République, et sur le silence coupable des adultes nantis d’un père et d’une mère  — à moins que les « malheurs de la vie » ne les en ait privés.

Ne pouvant faire que la force soit juste, on a fait que la justice use de la force

Les réponses à ces questions sont simples. On ne le dira jamais assez : la vérité est que la France dépend, pieds et poings liés, de la CEDH et de la Convention des droits de l’homme qui imposent aux États de ne pouvoir refuser la GPA dont la PMA est le marche-pied. La vérité est que, dans notre droit, nous ne voulons plus de l’indépendance nationale. La vérité est que nous sommes sous la coupe d’une nouvelle religion, avec ses juges au toupet d’hermine et de leur casuistique.

Dans « La Guerre de Troie n’aura pas lieu », écrite en 1935, Giraudoux, tournant en dérision l’interprétation que l’on fait du droit, fait dire à Hector, répondant au juriste Busiris : « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » Alors, illico, par peur de représailles, Busiris, « le plus grand expert vivant du droit des peuples », se hâte de réinterpréter les violations de droit de la flotte grecque en hommages rendus aux Troyens. Ne nous trompons pas sur l’ironie cinglante de Giraudoux. On connaissait Pascal : « Ne pouvant faire que la force soit juste, on a fait que la justice use de la force. » En 2015, l’ancien président de la CEDH Dean Spielmann disait : « L’arrêt de la Cour réduit à néant non seulement la faculté pour les États d’interdire la GPA mais la légitimité d’un tel choix législatif ». Dans les Déclarations des droits de l’homme et du citoyen, de 1789 et de 1948, on lit : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». 

Le petit glossaire de l’alt-right

 


La tectonique des mots: suprémacisme, alt-right, internationale blanche…


Le terme « white supremacy », dont l’usage remonterait à au moins 1824, désigne une forme de domination politique et sociale que les Blancs s’arrogeraient le droit d’imposer, si nécessaire par la violence, aux autres groupes ethniques. Dans les discours médiatique et intellectuel, l’épithète « suprémaciste » désigne des courants hétérogènes, du racisme anti-Noir des États américains du Sud, dont l’expression historique la plus infâme est le Klu Klux Klan, fondé au milieu des années 1860, à l’héritage fasciste et nazi dont se réclament différents groupuscules nationalistes et identitaires tant en Europe qu’outre-Atlantique.

Le vocabulaire progressiste a élargi et banalisé le champ d’application de « suprémaciste ». Le mot désigne désormais un racisme « systémique » qui serait pratiqué implicitement par tous les Blancs à l’égard de toutes les personnes « de couleur ». Cette dilution du terme vient des campus américains où, à partir des années 1980, on a vu se développer la critical race theory, ou « théorie critique de la race », qui prétend que tous les Blancs jouissent d’un statut privilégié, qui serait profondément inscrit dans les structures sociales, économiques et légales des nations modernes. Selon cet usage, un Klansman, un néonazi, Donald Trump et même un ouvrier blanc de gauche seraient tous des suprémacistes blancs.

L’alt-right adopte une forme d’identity politics (« politique identitaire »), calquée précisément sur celle des minorités ethniques et sexuelles…

À partir de 2008, un nouveau terme s’invite dans ce paysage sémantique déjà assez confus, « alt-right », dont la paternité est parfois attribuée à l’intellectuel américain Paul Gottfried. Mais le mot est surtout lancé par le militant d’extrême droite Richard B. Spencer, créateur du webzine Alternative Right, en 2010[tooltips content= »Paul Gottfried, « Don’t call me the “godfather” of those altright neo-nazis. I’m jewish », National Post, 17 avril2018 ; George Hawley, Making Sense of the Alt-Right, Columbia University Press, 2017″](1)[/tooltips]. L’alt-right désigne une nébuleuse de mouvements très variés qui partagent un même rejet du conservatisme de la droite traditionnelle. Largement constitués de militants jeunes, branchés sur les médias sociaux, adeptes de provocations en ligne voire de cyberharcèlement, ces mouvements pratiquent un radicalisme décomplexé qui se pose en ennemi absolu de tous les courants progressistes, du néoféminisme à la théorie du genre et, bien entendu, la critical race theory.

L’alt-right adopte une forme d’identity politics (« politique identitaire »), calquée précisément sur celle des minorités ethniques et sexuelles, pour défendre les valeurs et les besoins d’une « race blanche ». Elle déboule sur la scène médiatique en 2016, lors de la campagne présidentielle américaine, surtout grâce aux reportages de Breitbart News, dont Steve Bannon a été le président exécutif. Très pro-Trump, ces militants appartenant à des courants très disparates sont reniés par le Donald juste après son élection ; en août 2017, celui-ci se sépare également de Steve Bannon, qui avait été son conseiller à la Maison-Blanche.

Dans son nouveau livre documenté et référencé, Suprémacistes :l’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020), l’universitaire Philippe-Joseph Salazar, philosophe et spécialiste de rhétorique politique, a interviewé un large éventail de ces penseurs américains ou européens que les médias présentent comme des « suprémacistes blancs » et qui, surtout, sont typiques de l’alt-right. Allant à leur rencontre chez eux, à Washington, Vienne ou Copenhague, il montre que, contrairement à ce qu’on pourrait supposer, beaucoup d’entre eux ne se réclament pas d’une prétendue supériorité de la race blanche qu’il faudrait imposer aux autres ethnies, mais d’une spécificité blanche qu’il serait vital de préserver. Ils sont en faveur d’un séparatisme entre les races, plutôt que de la suprématie de l’une d’entre elles par rapport aux autres. Refusant la voie du terrorisme, ils se distinguent des anciens nationalismes européens, confinés chacun dans les limites de son territoire national, repliés chacun sur une identité ethnique particulière. Ils aspirent à une identité extraterritoriale, regroupant tous les Blancs où qu’ils vivent, dans une véritable « internationale blanche ».

[1]. Paul Gottfried, « Don’t call me the “godfather” of those altright neo-nazis. I’m jewish », National Post, 17 avril2018 ; George Hawley, Making Sense of the Alt-Right, Columbia University Press, 2017.

Sur Olivier Duhamel, « le Parisien » verse dans le journalisme de caniveau

0

Dimanche, le Parisien a publié une « une » proprement dégueulasse et je pèse mes mots


En gros titre, on pouvait lire: « Inceste. Duhamel, l’homme cloîtré ». En photo, on voit le politologue, enfin on suppose que c’est lui car il est masqué et coiffé d’une casquette. La légende nous apprend qu’il s’agit d’ « Olivier Duhamel sortant son chien rue de Bièvre à Paris, où il est domicilié. »

duhamel-le-parisienL’information, c’est que Duhamel possède un chien (qu’on ne voit pas mais on croit le Parisien sur parole) et que ce chien a des besoins naturels.

L’article est à l’avenant: Duhamel vit reclus. En marchant, il jette parfois un coup d’œil à droite, à gauche, derrière lui. Hier, une dame est venue chercher le chien pour le ramener à 17 heures. Avant il mangeait dans tel restau italien. Bref, une avalanche de scoops! En somme, les deux limiers du Parisien espionnent le politologue déchu et ils s’en vantent. Ils harcèlent les voisins, laissant entendre que Duhamel bénéficie d’une omerta, comme si la délation était un devoir (et qu’auraient-ils à dénoncer) ? C’est du grand journalisme d’investigation. Dans les poubelles.

Appétit de guillotine

Ce n’est pas seulement dénué de tout intérêt. Cette « une » est un véritable appel au lynchage. Sachant que la rue de Bièvre fait 150 mètres de long, autant placarder des affiches barrées de la mention Wanted ou la photo de Duhamel surmontée d’une cible. Que veulent-ils, qu’on lui crache dessus dans la rue comme c’est arrivé à Cahuzac ? Qu’un croisé de l’enfance maltraitée fasse justice lui-même ?

A lire aussi: Causeur: Finkielkraut évincé de LCI, la défaite de la pensée

On sent entre les lignes un appétit de guillotine, une excitation à la vue du sang. Les deux scribouillards glosent sur ce quartier peuplé de figures de la mitterrandie – sans doute y a-t-il derrière ces façades bourgeoises un complot de satanistes pédophiles. Voir un puissant à terre, quoi de plus excitant ?

On me dira que le Parisien n’est pas le seul à pratiquer ce journalisme de caniveau. Mais à ce point de cynisme, c’est rare. Certes, Paris Match était allé traquer Matzneff dans son hôtel italien, ce qui n’était vraiment pas glorieux. Au moins n’avaient-ils pas donné le nom de la ville où s’était réfugié l’écrivain.

Avec Duhamel, tout est permis

L’excellent Jean-Baptiste Roques, rédacteur en chef de Front Populaire, me souffle que, depuis l’enlèvement du petit-fils Peugeot en 1960, dont les ravisseurs avaient découvert l’adresse dans les journaux, il existe dans les médias une sorte de gentleman’s agreement : on ne divulgue pas les adresses. D’ailleurs, quand des internautes malveillants diffusent celle d’une journaliste, toute la profession hurle. Et on suppose que Bernard Arnault, propriétaire du Parisien, n’apprécierait guerre qu’on dévoile la sienne. Mais avec Duhamel, tout est permis. Il n’a plus de vie privée, plus de droits, même pas celui de sortir de chez lui. On a plus de compassion pour un assassin. Alors, un coup de chapeau à l’avocat Jean Veil grâce à qui l’article contient quatre lignes d’humanité : « Je n’excuse pas Olivier. Ce qu’il a fait est grave et condamnable. Mais il reste mon ami ». Un peu d’honneur ne nuit pas.

Art contemporain: «une production fade, aseptisée, facilement exportable»


Suivant les traces de Jean Clair, Benjamin Olivennes rappelle, à rebours des avant-gardes institutionnelles, qu’un autre art contemporain est possible. Continuateurs de Bonnard, Balthus, Lucian Freud, Hopper, beaucoup d’artistes n’ont pas renoncé à la figuration ni renié les maîtres anciens. Ils sont boudés par le circuit officiel des marchands internationaux et des collections publiques.


Causeur. Pourquoi écrire, aujourd’hui, une autre histoire de l’art ?

Benjamin Olivennes. En suivant ma curiosité personnelle et mon goût pour la peinture, j’ai lu, fréquenté les galeries et les musées, et découvert des tendances artistiques négligées par la « grande histoire » de l’art moderne et contemporain. J’ai écrit le livre que j’aurais souhaité pouvoir lire au début de mes explorations, une sorte de guide vers un autre XXe siècle et même un autre XXIe siècle.

Doit-on aussi y voir une réaction à ce qu’on nous assène à travers un discours politique, artistique ou journalistique ?

Je ne me satisfaisais pas de l’art contemporain officiel qui nous est proposé par les grandes institutions publiques, dans les foires d’art internationales où l’on retrouve les mêmes noms et les mêmes tendances désespérantes.

Cet art officiel est le reflet de notre monde. Jeff Koons est aussi américain en Amérique que français en France…

L’univers de l’art contemporain est très globalisé. Les galeries, les artistes et leurs collectionneurs sont les mêmes à Art Basel, à New York ou à Londres – une production fade, aseptisée, facilement exportable. A contrario, les artistes véritables, ceux dont l’œuvre constitue un effort pour représenter le monde, expriment toujours quelque chose du lieu dont ils viennent. Ce sont les collines toscanes qu’on voit au fond des tableaux de Léonard de Vinci.

Pourquoi les artistes « véritables » seraient-ils ceux qui représentent leur paysage (natal) ? N’est-ce pas réducteur que d’attendre, aujourd’hui, des « collines toscanes » sous le pinceau d’un peintre italien ?

Les artistes représentent le monde, mais le monde, c’est toujours un peu vaste. Vous remarquerez que très souvent ils en viennent donc à représenter un coin du monde : l’Upper East Side pour Woody Allen, le Bordelais pour Mauriac… Même quand Rembrandt peint des scènes bibliques, il représente en réalité ses modèles du quartier juif d’Amsterdam.

À vous entendre, le seul art véritable ne peut être que figuratif. N’est-ce pas une vision un peu datée ?

Au contraire c’est l’idée qu’un art pourrait ne pas être figuratif, c’est-à-dire ne rien rappeler du monde extérieur, qui est datée. Même un tableau abstrait évoque quelque chose du réel : les réalités primordiales et supérieures que Kandinsky voulait représenter, la ligne d’horizon chez Rothko, des oiseaux chez Hantaï …On n’échappe pas à la mimesis.

Qui sont les artistes qui composent cette autre histoire de l’art contemporain ?

On nous a appris que l’art prend au xxe siècle le chemin des avant-gardes, qui l’entraîne inexorablement vers l’abstraction, puis le conceptuel. C’est une histoire qui existe mais, tout au long du siècle, on trouve des artistes importants qui ne vont pas dans le sens de la dernière avant-garde. Et ces artistes se reconnaissent entre eux, se regardent et se vivent comme les passeurs d’une longue tradition. Si je devais nommer les étapes les plus importantes de cette autre histoire, je citerais Bonnard et Vuillard en France, Hopper aux États-Unis, Morandi en Italie, puis après-guerre Balthus et Giacometti, mais aussi des Anglais comme Bacon ou Lucian Freud.

Jean Clair ©Hannah ASSOULINE/Opale via Leemage
Jean Clair ©Hannah ASSOULINE/Opale via Leemage

Vous ne pouvez pas dire que ce sont des inconnus, boudés par la critique !

Ils se sont progressivement imposés, contre les critiques, auprès du public cultivé, mais on les voit encore comme des individualités isolées. Pourtant ils forment une histoire continue, un enchaînement cohérent. Je raconte cette histoire et je tente de montrer qu’elle s’est poursuivie, en France, avec des artistes qui, à partir des années 1960, sont, eux, bien moins connus. Je pense à Sam Szafran, qui est un peintre majeur, célébré dans un petit milieu de connaisseurs, mais qui mériterait une reconnaissance bien plus grande. Seulement il a eu le tort de vivre dans un pays, la France, qui n’était plus en mesure d’accepter sa peinture.

On se rappelle sa rétrospective annulée à Beaubourg…

En 2000, alors qu’il était encore vivant, sa rétrospective prévue au centre Pompidou a été annulée à la faveur d’un changement de direction. Cela n’arrive jamais. L’époque se flatte d’accepter toutes les productions artistiques et de ne plus faire l’erreur qui a été faite à l’époque de Van Gogh ; or on a ici affaire à un cas réel de mécompréhension ou de censure.

Vous êtes très sensible à la transmission, à la filiation, bref à la continuité qui traverse toute l’histoire de l’art. On a toujours copié et respecté les maîtres anciens.

Et notamment dans les périodes les plus créatives de l’histoire de l’art. La Renaissance, ce fut la redécouverte de l’art de l’Antiquité et la volonté de l’imiter. À partir de cette époque, la formation du peintre est fondée sur la copie et l’admiration des maîtres. Tous les grands novateurs se sont vécus comme des héritiers et se sont nourris de l’art du passé. Ils comprenaient le lien évident entre la connaissance de l’histoire et l’originalité de la création. Goya a fait des copies gravées de tableaux de Vélasquez. Picasso comme Matisse puisaient leur art dans celui du passé. Manet a copié Chardin, Matisse aussi, Lucian Freud aussi – et non pas pendant ses années de formation, mais encore à 80 ans ! Je doute que les grandes stars de l’art contemporain, qui détournent La Joconde, par exemple, soient aujourd’hui capables de la refaire, ce à quoi s’efforce le copiste, ce à quoi s’efforçaient les Degas et Cézanne qui allaient tous les jours copier au Louvre.

Quel intérêt de le faire encore aujourd’hui ? Pourquoi un artiste devrait-il avoir la maîtrise d’un Degas pour être un artiste ?

Pourquoi Miles Davis se passe-t-il les Suites pour violoncelle de Bach quand il travaille sur On the Corner ? Pourquoi McCartney écoute-t-il les Concertos brandebourgeois en composant Penny Lane ? Qu’on soit peintre, footballeur, chef cuisinier ou journaliste, il ne me semble pas inutile d’étudier les plus belles réussites de sa discipline, pour peu qu’on soit un peu ambitieux et qu’on veuille égaler lesdites réussites.

A lire aussi: Yoram Hazony: le nationalisme est un humanisme

Il est courant d’entendre qu’on ne peut plus peindre comme avant, après les horreurs du xxe siècle. Vous, vous dites précisément le contraire. Pourquoi ?

Il est normal et compréhensible que le XXe siècle, dans son horreur, ait marqué tous les bons esprits, et que ceux-ci se soient dit que rien ne pourrait être comme avant. Le cas paroxystique est la très célèbre phrase d’Adorno sur l’impossibilité de la poésie après Auschwitz. La guerre de 14-18, les camps nazis, Hiroshima, la décolonisation, le goulag ont mis fin à la confiance en soi-même que pouvait avoir l’Occident. Et de plus, les grandes avant-gardes ont également contribué à l’idée d’une cassure définitive. L’humanisme traditionnel et avec lui la mimêsis ou les idées de vérité ou de beauté sont sortis ébranlés de ce siècle, et on peut le comprendre.

Mais je crois qu’au contraire ces notions doivent être maintenues, elles sont la réponse que nous pouvons opposer à cette crise générale du sens. Il nous faut maintenir notre confiance, presque désespérée, dans ce que l’Europe a été depuis au moins cinq siècles.

Ainsi la Shoah me semble avoir plus à voir avec un monde abstrait et déshumanisé, et donc appeler davantage la figuration du visage humain comme réponse, envers et contre tout, que l’inverse. L’œuvre de Sam Szafran, rescapé de la rafle du Vél’ d’Hiv en est un bel exemple. On peut dire la même chose d’Avigdor Arikha, qui fut aussi déporté, et de Lucian Freud qui, comme son grand-père Sigmund, échappa à l’extermination parce qu’il était en Angleterre. Ces grands artistes figuratifs avaient conscience, dans leur chair, de ce qu’avait été le XXe siècle, et la réponse qu’ils y ont donnée ne fut pas l’abstraction et l’avant-garde.

Est-ce à dire qu’il faut rejeter les avant-gardes en bloc ? C’est un peu sommaire…

Les rejeter, peut-être pas, mais ne pas leur laisser occuper tout l’espace du xxe siècle, sûrement. C’est même un service qu’on rend aux avant-gardes à venir. Aujourd’hui, Damien Hirst rend hommage à Bonnard, mais jusqu’à une période très récente, Bonnard était vu comme un impressionniste égaré à l’ère du cubisme et de l’abstraction, et un peintre bourgeois.

Malgré la globalisation de la production artistique et de son marché, vous vous entêtez à croire en l’existence d’un art français.

Tout à fait. À cause des nombreuses circulations qui ont eu lieu au XXe siècle, il est tentant de croire à l’idée d’un art d’avant-garde et international ; et donc de croire que ce qui est national est provincial et arriéré. C’est très mal connaître l’histoire de la peinture. Plus on l’étudie, plus on peut y voir les échos entre artistes d’un même pays, et ce, à travers le temps. Un historien d’art qui tombe sur un tableau anonyme dans une brocante peut, à l’œil nu, deviner sa nationalité. Le XXe siècle n’a pas aboli ces traditions nationales et celles-ci sont un repère pour les artistes eux-mêmes (ce qui n’empêche pas bien sûr les influences étrangères). De Chirico, le peintre qui a le plus marqué Apollinaire et André Breton, se voyait comme un peintre italien, un peintre des villes italiennes, de Turin et de Ferrare – comme l’avait bien compris Antonioni.

En France, nous avons du mal avec l’idée d’écoles nationales. Il faut dire que notre tradition, c’est précisément l’universalisme et l’esprit d’abstraction, c’est-à-dire le refus des traditions ! Il faut se décentrer un peu pour comprendre que l’universalisme français… est très français. Nous ne le voyons pas nécessairement, mais dans le musée mondial, l’école française existe, elle se voit, comme la peinture suisse ou la peinture danoise. Et si les grands peintres du monde entier sont venus à Paris, c’est par amour pour cette peinture française. C’était vrai pour Van Gogh, pour Picasso, mais aussi plus récemment pour un Arikha.

Et comment définiriez-vous cet art français ?

En citant les peintres collectionnés par Picasso ! Sa collection (que l’on peut admirer aujourd’hui au dernier étage de son musée, à Paris) est un exemple de ce que l’on considérait, à son époque, comme le parangon de l’art français : les impressionnistes, Cézanne, mais aussi Courbet, Corot, Chardin, Le Nain et on peut imaginer qu’il ne lui aurait pas déplu d’avoir Poussin ou Fouquet. Pour les peintres et les connaisseurs des années 1900-1920, ces artistes représentaient l’épine dorsale de la peinture française, et ils avaient raison de le penser. Malgré les variations au fil du temps et les particularités individuelles, on peut reconnaître en eux des constantes : la peinture de paysages, de modèles ou d’objets du quotidien, humbles, ordinaires. Une pudeur et une sérénité, une absence de spectaculaire, qui sont dans le même temps organisées par l’architecture, la mathématique, le formalisme. L’ici-bas devenu géométrie. Poussin incarne tout cela, il est le fondateur de l’école française. Si l’on regarde de près son Diogène jetant son écuelle (au Louvre), ses sous-bois et ses rivières sont déjà des Courbet ou des Corot. Et on aperçoit la Sainte-Victoire au bas de son Saint Paul.

Vous avez 30 ans, vous enseignez à Columbia (New York), y est-il facile de s’opposer aux modes artistiques ?

J’exprime mes goûts et mon sentiment d’injustice. Il y a une tradition de peinture immense qui n’est pas assez connue en France. J’exprime aussi une inquiétude : beaucoup de gens de ma génération ne se reconnaissent pas dans l’art contemporain, et on les comprend. Dès lors, ils se détournent de l’art tout court. Car il n’y a pas de meilleur moyen pour rencontrer l’art du passé que de fréquenter l’art du présent, d’aller et venir entre les deux. C’est parce qu’on lit Houellebecq qui évoque Huysmans qu’on va lire Huysmans… Ce lien entre le grand art du passé et celui, inconnu, du présent, est en train d’être coupé. C’est cela qui m’inquiète.

On peut aussi lire Huysmans sans avoir lu Houellebecq ! Pas besoin de passer par la création contemporaine pour connaître l’art ancien…

Si vous le dites. Mais c’est une attitude d’antiquaire. C’est se résoudre à l’idée que notre époque n’a plus rien à produire.

Jean Clair est, à plusieurs reprises, cité dans votre livre. Doit-on y voir une filiation ?

Je ne suis pas conservateur de musée ou historien d’art, mais il m’a beaucoup influencé. Je l’ai découvert en commençant mon exploration du monde de la peinture et j’ai lu à peu près tout ce que je pouvais de lui. Les grandes expositions qu’il a dirigées (« Mélancolie », « Identité et Altérité ») représentent, osons le mot, un apport décisif à l’humanité. Jean Clair a beaucoup fait pour qu’on connaisse certains grands peintres négligés du XXe siècle. Je rappelle par exemple qu’il a été l’un des premiers à montrer Klimt et Schiele en France ! Mais il restait des choses à dire, et j’ai suivi sa voie.

Benjamin Olivennes, L’Autre Art contemporain : vrais artistes et fausses valeurs, Grasset, 2021.

Audiovisuel: chacun son genre


Eric Zemmour sur Cnews et Laure Adler sur France inter évoluent dans deux univers parallèles


Selon l’IFOP, 22% des 18-30 ans disent ne pas se reconnaître en tant qu’homme ou femme.

Après s’être réjouie de ce que les théories de Judith Butler s’enseignent désormais dans les universités du monde entier, quoique pas encore assez en France, Adler demande au youtubeur de livrer son analyse sur le sondage qui empêche Zemmour de dormir…

Le 13 janvier sur CNews, Éric Zemmour met en garde contre ce phénomène susceptible de saper les bases de la société. À la manœuvre, selon lui, les militants féministes et homosexuels en guerre contre les stéréotypes et le patriarcat, des médias complices avides d’histoires croustillantes et le marché, lequel a intérêt à voir se développer des sociétés déstructurées. L’intellectuel préféré de la droite s’enflamme : « Dans les pays et civilisations étrangères, beaucoup de gens sont contents et nous regardent avec un mélange de mépris et de pitié. Ils se disent que l’Occident c’est terminé et qu’on va pouvoir le liquider ! » Devant les yeux écarquillés de la journaliste Christine Kelly, il propose de supprimer les départements d’études de genre de nos universités.

Laure Adler ne semble pas avoir entendu son appel. À 20 heures le même jour sur France Inter, elle devise avec l’universitaire Ivan Jablonka et le youtubeur Dany Caligula. Ici, on applaudit à la déconstruction des sexes redoutée par Zemmour. Les trois compères observent avec enthousiasme que notre époque invite chacun à « se réinventer ». Présentant son dernier récit autobiographique, Jablonka s’attaque à l’étude de sa « garçonnité du point de vue de la socio-histoire ». Enfant, il était un « garçon-fille socialisé dans le masculin ». Hypersensible, il pouvait à la fois jouer au foot et être ému par Candy dans Récré A2. Après s’être réjouie de ce que les théories de Judith Butler s’enseignent désormais dans les universités du monde entier, quoique pas encore assez en France, Adler demande au youtubeur de livrer son analyse sur le sondage qui empêche Zemmour de dormir. Pour Caligula, 22 % est une sous-estimation. Et d’ajouter que les hommes ont « le droit à la féminité. C’est ce qui pousse plein de gens à remettre en question des millénaires de binarité. » Il voit l’avenir en rose : « Si on est tous ensemble, on va être plus forts, avoir une dialectique plus forte, et on va tout simplement faire naître une humanité plus forte. »

CNews, France Inter. Deux salles, deux ambiances.

Disparition de Jack Ma (Alibaba): enfin une bonne nouvelle pour l’Occident!

0
Jack Ma en Ukraine en 2019 © Kommersant/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30189384_000006

Branle-bas de combat à Pékin: les dirigeants chinois ont décidé de mettre violemment au pas les milliardaires qui ont participé à l’explosion économique des vingt ou trente dernières années en Chine et en ont tiré profit à titre personnel. Le Parti communiste reprend la main partout et les dégâts vont être grandioses. C’est évidemment la meilleure nouvelle qui puisse venir ces temps-ci du mammouth communiste.


Ce sont les malheurs de Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, qui ont mis le feu aux poudres. Véritable génie des affaires et tycoon de l’e-commerce en Chine, devenu l’un des deux ou trois hommes les plus riches de l’Empire avec une fortune de 60 milliards de dollars selon un classement de Forbes, il avait littéralement disparu dernièrement pendant près de trois mois, après l’annulation surprise et à la dernière minute d’une énorme introduction en Bourse qu’il avait préparée pour l’un de ses conglomérats financiers. Une annulation ordonnée, selon le Wall Street Journal, par Xi Jinping lui-même. Résultat : alerte générale dans le monde des grandes affaires internationales.

Pour le Wall Street Journal, ce qui arrive est simple: «Xi Jinping veut ramener le secteur privé chinois dans le giron du Parti»

Surtout quand on rapproche les mésaventures de Jack Ma des étranges disparitions ces derniers temps d’autres capitaines d’industrie et d’autres milliardaires condamnés pénalement à de lourdes peines à partir d’actes d’accusation truqués et parfois fantaisistes. Ainsi de Lai Xiaomin, ancien PDG du conglomérat China Huarong, condamné à mort début janvier pour « corruption et polygamie », après avoir dû faire des aveux en direct à la télévision. De Wu Xiaohui, ancien boss de Anbang, mégaentreprise d’assurances, condamné à 18 ans de prison pour « corruption ». Ou de Ren Zhiqiang, multimilliardaire de l’immobilier, également 18 ans de prison, accusé d’avoir détourné des fonds pour assouvir sa passion du golf.

Une nouvelle politique répressive à l’encontre des nantis

Et quelques autres géants de l’industrie, du commerce et de la finance tels que Hu Huaibang, ex-numéro 1 de la Banque chinoise du développement, condamné à la prison à vie, toujours pour corruption, ou Guo Guangchang, patron du conglomérat Fosun, propriétaire entre autres du Club Med, disparu curieusement pendant quelques jours il y a six ans (il devait servir de cobaye alors), ou Sun Dawu, président d’un consortium géant dans l’alimentaire, Dawu Group, arrêté en novembre dernier pour avoir critiqué les autorités locales sur le réseau social Weibo. La conséquence immédiate de cette nouvelle politique répressive à l’encontre des nantis du système est que nombre d’entre eux se sont mis à quitter le territoire chinois, comme avaient pu le faire il y a quelques années certains oligarques russes qui avaient pu déplaire à Vladimir Poutine.

A lire ensuite: Le coup d’Etat silencieux de la Silicon Valley, vu par Shoshana Zuboff

Il est clair que les communistes chinois du sommet, après plusieurs décennies de développement économique forcené, veulent maintenant pouvoir tenir en laisse leurs génies du business auxquels ils avaient laissé jusqu’à présent toute latitude de copier le monde libre et de s’y jeter en concurrents féroces de l’Occident. La prééminence du Parti est de nouveau serinée partout. Les entrepreneurs sont ciblés, qu’ils soient ou non coupables, et leurs affaires instruites rapidement avec de lourdes peines de prison à la clé, du moment qu’il s’agit de faire un exemple ou de mettre la main sur des entreprises juteuses sans qu’il ne soit jamais question, bien entendu, de droits de l’homme. La lourde patte du mammouth chinois s’abat maintenant sans peur et sans retenue.

Tous les moyens sont bons, même les plus sauvages

Qui pourrait imaginer qu’une autorité judiciaire suprême dans le monde libre, par exemple aux États-Unis, sous le seul prétexte qu’ils ont trop bien réussi, décide de mettre en prison pour longtemps Larry Page, fondateur de Google, Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Facebook) ou Elon Musk (Tesla) ? Pour le Wall Street Journal, ce qui arrive à leurs collègues milliardaires est simple : « Xi Jinping veut ramener le secteur privé chinois dans le giron du Parti », et comme on est en Chine dans un pays communiste à l’ancienne, tous les moyens sont bons, même les plus sauvages. La présence de cadres du Parti est déjà obligatoire dans les entreprises privées d’une certaine taille, et on n’est qu’au début, apparemment, de cette gigantesque marche arrière. Après le « grand bond en avant » de Mao Zedong au XXe siècle, voici le « grand bond en arrière » de Xi Jinping au XXIe !

La roue va maintenant tourner méchamment pour les capitalistes chinois, qui risquent de devenir des girouettes entre les mains de fonctionnaires incompétents et vindicatifs – qu’on se rende compte de ce que peut être un milliardaire pour un communiste ! – et la cible permanente de la vindicte populaire organisée officiellement par le Parti. Les communistes font ça très bien et depuis toujours, pour un résultat final inéluctable : la faillite économique et la chute d’un système intenable, comme ce fut le cas en Russie soviétique. Le mur de Berlin a fini par tomber et la muraille de Chine n’est pas forcément éternelle.

A lire aussi: Architecture: la fin des copies « made in China »

La France, nouvelle terre d’accueil des déshérités de l’Empire chinois?

Qui peut penser qu’on puisse révolutionner le monde et entrer dans l’histoire sans une totale liberté de création, comme ont pu le faire Bill Gates ou Steve Jobs, partis de zéro ? Pour les dirigeants du Dragon rouge qui avaient un besoin vital de sortir leur 1,5 milliard d’habitants de la pauvreté et d’un Moyen Âge qui paraissait éternel, il fallait employer les grands moyens en mettant de côté pour un temps la philosophie communiste du nivellement par le bas pour utiliser les recettes du monde libre. Le plus gros étant maintenant réalisé selon l’opinion du dictateur Xi Jinping, il faut donc revenir aux sources du communisme pur et dur et se remettre à couper les têtes qui dépassent. Les vieilles méthodes de répression et d’anéantissement vont donc reprendre en Chine, ce qui ne pourra que profiter aux pays libres.

Pour en revenir à Jack Ma, ancien porte-drapeau de la caste des multimilliardaires chinois, ancien professeur d’anglais issu d’une famille modeste, homme simple et d’une grande gentillesse devenu génie des affaires et du numérique – en plus d’Alibaba, il a également créé Taobao, un e-Bay local, ainsi que Alipay, un système très original de paiement électronique, et Tmall, un giga-centre commercial virtuel… –, il se pourrait bien qu’on le voie maintenant plus souvent en France, s’il peut quitter la Chine, dans l’un de ses domaines viticoles de Bordeaux… Depuis son quartier général français, le Château de Sours, une grande propriété de 200 hectares autour d’une superbe bâtisse du xviiie siècle, Jack Ma gouvernerait en effet un ensemble d’une quinzaine de domaines dans lesquels il investirait massivement à long terme. Quelques milliardaires chinois comme lui, c’est exactement ce qu’il nous faudrait en France. On n’arrive plus à en fabriquer, à force de vouloir les taxer. Et si on mettait au point une solution attirante pour que la France devienne une nouvelle terre d’accueil des déshérités de l’Empire communiste chinois ?

La possibilité d’une œuvre en 2021: « les Porcs » au banc des accusés

0
L'écrivain Marc-Édouard Nabe © BALTEL/SIPA Numéro de reportage : 00609879_000023

L’écrivain teigneux Marc-Edouard Nabe publie la suite des Porcs. Le style et des qualités littéraires autorisent-ils à écrire pis que pendre sur ses contemporains, à être complaisant avec l’antisémitisme ou le terrorisme?


Sensibilité, sincérité et style. Trois qualités nécessaires pour un grand écrivain selon Edmonde-Charles Roux, naguère récompensée du prix Goncourt pour Oublier Palerme. Trois qualités qu’elle attribua à Marc-Edouard Nabe à l’issue de sa lecture d’Alain Zannini, ouvrage au nom de l’homme qui se cachait derrière l’alias de l’auteur, écrivain à l’accent chantant amateur de free-jazz et de littérature religieuse enfiévrée.  

Marc-Edouard Nabe s’y dévoilait aussi impudique qu’à son habitude mais s’y montrait aussi touchant, réussissant à nous entraîner dans les méandres d’un esprit parfois si jubilatoire qu’il en devenait vertigineux. Alain Zannini aurait bien mérité la reconnaissance du « milieu des lettres », un Goncourt et rien d’autre. Il n’en fut rien. Ses coups de gueule sur les plateaux de télévision, malheureusement parfois accompagnés de déclarations difficilement compréhensibles et défendables, ont occulté une œuvre riche aujourd’hui complétée par la sortie du deuxième tome des Porcs, où il se livre à un petit jeu de massacre des champions du « conspirationnisme ». Tel l’invité dans Festen, en quête de vérité, il tente d’ouvrir les yeux de ses contemporains sur les hommes et les femmes qui ont alimenté la machine du soupçon généralisé chez les foules désireuses de vengeance – dont la colère mal dirigée et instrumentalisée est, elle, bien légitime.

Un graphomane

Œuvre ambitieuse d’une longueur démesurée, les deux tomes des Porcs sont marqués de l’empreinte stylistique de ce graphomane hypermnésique qui n’oublie aucun détail, aucun lieu, aucune déclaration ; une force étonnante qui donne à l’ensemble des allures un peu paranoïaques – même si tout, est fondé. Un Nabe deuxième manière, un peu comme le Miles Davis électrique qui a abandonné le bebop pour de nouvelles expérimentations. On l’imagine assez volontiers prenant des notes devant sa télévision pour que tout, même les anecdotes les plus insignifiantes des demi-mondains de plateaux, soit définitivement gravé dans le marbre littéraire. Attention, Marc-Edouard Nabe n’est pas du genre hyper-réaliste ou pop, c’est un moderne. Ses souvenirs prennent des teintes impressionnistes, ses portraits de porcs sont déformés comme les visages des Ménines revues et corrigées par Picasso. Il passe tout au filtre de sa propre sensibilité, de sa subjectivité, même dans ce nouvel exercice plus factuel.

Critique de l’esprit conspirationniste, qu’il a vite identifié comme allant constituer l’une des maladies de l’esprit les plus graves du XXIème siècle, niant à la Vie la part d’incertitude, de chaos et de hasard qui lui est inhérente ; il a entrepris d’en déconstruire la mécanique perverse en s’attachant à railler ceux qui lui ont donné un nouveau souffle populaire, s’attardant tantôt sur leurs contradictions tantôt sur leur bêtise. Il y a toutefois peu de conceptualisation dans ces journaux de 1000 pages vendus directement aux lecteurs sans intermédiaire. Chantre de l’anti-édition, Nabe n’a ni éditeur ni distributeur. De politique, qu’elle soit politicienne ou avec un P, il n’est en fin de compte pas non plus vraiment question, au sens où nous entendons ce mot aujourd’hui. Exercice par excellence du compromis, voire de la compromission dans ses nuances les plus dissonantes, la Politique s’occupe de la Cité, étant l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Difficile de voir un homme de compromis chez Nabe ! De nos jours, il n’y a pas loin de la Politique à l’intendance. Marc-Edouard Nabe s’intéresse à la Politique pour ce qu’elle dit de la société, comme matière littéraire et romanesque. Il est un écrivain, pas un philosophe, et c’est très bien ainsi.

Au plus près du gratin conspirationniste 

Pour un amateur de Thelonious Monk et de son langage au piano, la fréquentation du gratin conspi a probablement été un supplice. Le propre du conspirationnisme est de douter de tout, ce qui revient à ne douter de rien. Les conspis jouent donc une petite musique intellectuelle qui finit par être aussi rigide que les rythmes en quatre temps du rock de Johnny qu’exècre cet écrivain teigneux. Manichéens, ils divisent l’humanité en deux catégories exclusives : les bons et les méchants. Quant aux évènements qui rythment la vie de ces masses, ils ont tous une explication unique. Le résultat est que ces gens ne voient pas le mal tel qu’il est mais tel qu’ils aimeraient qu’il soit. Prêtant au bon peuple des vertus innées, et aux élites qui nous domineraient dans l’ombre – alors qu’elles font tout au grand jour – des desseins malins, ils sont borgnes. Nul comportement n’est l’apanage d’une catégorie d’hommes.

Ainsi, rechignant à assumer leurs fantasmes sadiques et leurs haines, ils refusent d’admettre que les terroristes sont des poseurs de bombes, des assassins et des bourreaux. De leur point de vue, les terroristes sont des jouets, des pantins ! Disons-le: c’est presque plus grave de ne pas les croire autonomes quand ils s’adonnent au pire, que de leur trouver des circonstances atténuantes ou de fantasmer sur la radicalité révolutionnaire de mémoricides qui se sont déclaré nos ennemis ontologiques, tuant de sang-froid nos enfants. C’est bien parce qu’il connaît le fanatisme littéraire, que lui-même est aussi un fanatique, un zélote de ses propres goûts et dégoûts, que Marc-Edouard Nabe sait mieux que quiconque ce dont un être humain est capable s’il veut conformer le monde selon un ordre qui lui semble juste. S’il en avait le pouvoir, peut-être interdirait-il, lui aussi, le rock. On ne lui en voudrait pas trop pour une part du rock français alternatif, mais passons !  

Une lecture dense, du vacarme

Marc-Edouard Nabe est sadique – mais juste – quand il dépeint les tares de ses anciens amis, qu’il défigure et ridiculise. Il est sadique parce qu’il aime le style du divin Marquis. Il est sadique parce que son fond est masochiste, parce qu’il sait que ses outrances s’apparentent à un sacrifice, comme celui de Simone Weil qui s’affamait pour ressentir la souffrance cosmique et universelle. Nabe se fait haïr comme un trompettiste qui refuserait de jouer la suite d’accords entendus mille fois ailleurs. « C’est justement parce que je crois si fort aux instants suprêmes passés ensemble sur les cimes du présent que je me refuse à descendre ensuite dans les vallées banales de larmes ou de rires forcés où les troupeaux d’amis paissent en paix en attendant la mort. » 

Son maître Thelonious Monk maitrisait, lui, très bien le silence. Pourquoi alors cette impression de vacarme dans ce trop-plein, cette foule de détails parfois superfétatoires ? On se perd parfois un peu dans cette lecture dense, convoquant des figures mineures d’une période qui ne l’est pas moins. Mais Les Porcs, au-delà du témoignage important que ce livre constitue sur un milieu marginal qui a finalement fait du dégât jusque dans les couches les plus cultivées de la population, ainsi qu’on le constate quotidiennement, vaut aussi comme éventuelle porte d’entrée à un univers littéraire important. Le livre m’a d’ailleurs donné envie de me replonger dans les journaux, Zannini, L’Homme qui arrêta d’écrire ou le terriblement cruel L’Enculé.

Comment croire d’ailleurs qu’un écrivain si sensible, si juste, si intimement persuadé que la beauté doit être vue, partagée et offerte au monde, puisse trouver du sublime dans l’abjection de l’Etat islamique ? Comment résoudre cet apparent paradoxe ? Reste, au moins, mais c’est important, une œuvre traversée de fulgurances géniales nourries par un goût d’une grande sureté qu’il a l’élégance de faire connaître. Comme on donnerait de la confiture à des cochons, il donne au reliquat de bons lecteurs et auditeurs du XXIème siècle du Maritain, du Nietzsche, du Braxton, du Miles et du Picasso. Il donne aussi parfois de la laideur, du petit, du rabougri en déshabillant le conspirationnisme et ses affidés et parfois en se faisant l’avocat du diable, avec un D, et de ses supplétifs ; le beau étant peut-être trop aveuglant seul. Qui veut faire l’ange fait la bête ?

Les Porcs 2, Marc-Edouard Nabe, édité par l’auteur.

Mauvais cygnes à l’Opéra de Paris

0
© Causeur

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne!


À l’Opéra de Paris, pas besoin d’opéra. Avec ou sans public, show permanent. À l’époque où feu Pierre Bergé tentait de faire marcher le bébé Bastille, que pesait sa maigre saison auprès de la conférence de presse, festival d’esclandres, de menaces et d’injures ? Ou le virage en direct sur vos écrans du chef Daniel Barenboim ? Le spectacle n’était déjà plus sur le plateau.

Et ça n’a pas trop changé. Le hit de l’an passé restera les dix minutes de cygnes sur le parvis du palais Garnier. Grève matin, grève midi, grève soir évidemment, mais animation à toute heure, le personnel ayant tapissé les murs d’un panneau roboratif : « Agissements sexistes / Violences sexuelles / Harcèlement sexuel / NON / Victimes ou témoins agissons ». Il s’en passe des trucs dans des couloirs que plus personne n’arpente depuis un an !

Après la grève, le virus. La maison close reste close, mais ne partez pas, le spectacle continue. Le 25 mai à Minneapolis la mort filmée du citoyen George Floyd enflamme la planète. Trois mois plus tard, quelques salariés de l’Opéra, danseurs principalement, rédigent un manifeste : « De la question raciale à l’Opéra national de Paris ». D’abord interne, le tract gagne la Toile, puis la presse. Nous sommes début octobre, la direction prend acte, commande un rapport.

Quand voilà que, le jour de Noël, M, le magazine du Monde, consacre un article passionnément racialiste au dit manifeste. Selon l’enquêteuse, le nouveau directeur de l’Opéra, Alexander Neef, assure que « certaines œuvres vont sans doute disparaître du répertoire ». Comme avant ce propos l’enquêteuse cite plusieurs ballets chorégraphiés par l’intouchable Noureev, les réseaux s’emballent. On va détruire nos ballets blancs (pas à cause de la peau, à cause des tutus ; nos ballets romantiques, quoi). La direction invoque une « juxtaposition malencontreuse ». Et les organes de morale publique débusquent presto le coupable. Pas la journaliste du Monde qui juxtapose au petit bonheur. Le même coupable que d’habitude : Marine, Ménard, l’énervé fachosphérique qui a réagi à ses fantasmes – comme tant d’autres de tous bords et toutes couleurs, évidemment. Preuve que Le Monde avait raison.

Coincé entre Monde-marteau et enclume-public, l’Opéra jure qu’il n’est pas question de censure. Dans La Croix, notre Roselyne enfonce le clou (sic) : « Il ne s’agit certainement pas de faire disparaître des grandes pièces du répertoire comme les ballets La Bayadère ou Casse-noisette, mais de les contextualiser ». Contextualiser ? Santa Maria della Cancellazione ! Mais encore ?

On nous annonce Otello sans maquillage – ce qui n’importe guère. Madame Butterfly idem – ce qui importe. Et en général l’attribution des rôles racialisés à des personnes racialisées, tendance Gobineau. À la Canadian Opera Company qu’il gouvernait jusqu’à la saison dernière, le directeur Neef avait remplacé les ministres Ping, Pang et Pong dans Turandot par Jim, Bob et Bill – ethnocentrisme caractérisé. Dans La Bayadère héritée de Noureev à la Bastille, une « Danse des négrillons » est devenue « Danse des enfants » sous Benjamin Millepied. « Certaines œuvres » vont disparaître, on nous le promet. Les autres seront probablement soumises à un Inclusivity Committee comme à New York. Ça va (enfin !) être gai. Au hasard, dans Le Lac des cygnes le prince jette le vilain cygne noir pour épouser le gentil cygne blanc. Si, si. En plus d’être gai, ça va être intense, pour l’Inclusivity Committee.

Quand Zemmour accuse l’État d’«anarcho-tyrannie»

0

Quand l’État dissout Génération identitaire sans toucher à d’autres associations qui représentent une plus grande menace pour l’ordre public, Eric Zemmour, pour décrire la situation, a recours à un concept de la droite américaine. Analyse


Quand j’ai dialogué, pour mon livre, Suprémacistes. L’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020), avec des intellectuels de l’internationale blanche, surtout de « alt right », j’avais été frappé par leur capacité à inventer des mots qui font mouche. De fait si on regarde le langage politique actuel il est divisé en trois. D’abord, la langue médiatico-étatique, replète de « proximité », « dialogue » et « partenariat », la bouillie verbale servie par les DRH devenus politiciens. Ensuite la langue de l’indignation morale-tendance, qui se résume à des explétifs au bord de la crise de nerfs, « fasciste ! nazi ! sale mec ! pédo ! raciste ! ». Enfin, celle qui est la plus intéressante, et la plus inventive, la langue des identitaires : « grand remplacement » qui a bien sûr le don de piquer au vif tout le monde : « woke », « ethnomasochisme » et, à la veille de Mardi-Gras, une expression claquante : « anarcho-tyrannie ».

Oreille de Sioux

Eric Zemmour l’a clamée sur le plateau de Face à l’Info dans une discussion sur la dissolution de Génération Identitaire: « Il y a un concept américain qui s’appelle l’anarcho-tyrannie… »[tooltips content= »Eric Zemmour utilise l’expression « régime anarcho-tyrannique » sur CNews le 26 janvier. »](1)[/tooltips]

A lire aussi: Audiovisuel: chacun son genre

Eric Zemmour a l’oreille d’un Sioux sur le sentier de la guerre ; il l’avait entendu venir cette idée, et cette expression. De quoi s’agit-il ? J’en ai fait la mise au point plusieurs fois, y compris dans le numéro actuel de Causeur. Alors de quoi s’agit-il ? « Anarcho-tyrannie » est d’un essayiste américain de talent, Samuel T. Francis (1947-2005), auteur d’un livre décapant sur l’État moderne, Leviathan and its Enemies. L’expression date de 1992 mais connaît une véritable résurrection, trente ans après, grâce à la jeune génération de l’« alt right » américaine. Selon la définition de Francis : « Dans un État d’anarcho-tyrannie le gouvernement n’applique pas des lois qu’il devrait légitimement appliquer et, en même temps, il invente des lois qui n’ont pas de raison légitime d’exister. »  Pourquoi ? Réponse de ce théoricien de la droite nationaliste américaine : « Une caractéristique de l’anarcho-tyrannie est cette tendance de l’État à criminaliser et à punir des citoyens innocents qui obéissent à la loi, et en même temps de se refuser à punir les délinquants ». Exemples : poursuites contre les « groupuscules » identitaires ; laxisme, sinon tolérance d’accointance, envers les différents SOS « réfugiés, migrants, etc ». Il renchérit : « L’autre caractéristique d’un État anarcho-tyrannique est son refus d’appliquer des lois existantes, et de passer toujours plus de lois qui sont sans effet sur la véritable criminalité, mais qui criminalisent encore plus les innocents, ou restreignent leurs libertés civiles ». Exemples : amendes pour ceci et cela, mais laissez-faire des dealers dans les « quartiers ».

Il n’est pas sûr que l’expression prenne en France

En d’autres termes, quand un État démocratique tolère l’illégalité de la part de certains groupes, les laissent brûler des voitures, attaquer des magasins, insulter avec haine des gens dans la rue, et en même temps réprime, en utilisant tout un arsenal fabriqué ad hoc, ceux qui n’enfreignent pas la loi ou qui élèvent en toute légalité la voix, l’État est alors anarchique d’un côté et tyrannique de l’autre. Pas mal vu.

Reste à savoir si l’expression, savourée par Eric Zemmour, va prendre en France. Notre culture politique est différente de celle des États-Unis. Notre langage politique est trop cadré, avec « anarchie » marqué extrême gauche, et « tyrannie » marqué extrême droite. Et pourtant l’idée est efficace, et proche de la réalité.

Pas de goulag pour Fatiha Boudjahlat

0
Fatiha Boudjahlat Photo D.R.

« Quel renversement d’être ciblée et mise en danger par deux syndicats politisés, et soutenue par l’administration… »


Lauréate du Prix de la laïcité 2019, Fatiha Boudjahlat est aussi versée dans les réseaux sociaux. Le 2 novembre au soir, jour de la minute de silence en hommage à Samuel Paty, l’enseignante d’histoire-géo en collège se confie sur Facebook : « Cela s’est bien passé. Les élèves ont été formidables. Les seuls qui ont refusé de faire la minute de silence, cinq sur 380, appartiennent à la classe d’accueil et viennent de l’étranger, proche ou lointain, mais arabo-musulman. […] La France n’est pas un simple guichet de services. Je m’en vais le leur rappeler. »

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Rencontre avec Didier Lemaire: un hussard de la République aux prises avec l’islamisme

Il n’en a pas fallu plus pour que les apparatchiks de SUD Éducation et CGT Éduc’action manquent de s’étrangler et décident de cafter, main dans la main, sur les comportements déviants de leur collègue. Dans une lettre ouverte au recteur de l’académie de Toulouse, ils enjoignent ce dernier de « prendre ses responsabilités » suite à ces mots « relevant d’une stigmatisation et d’une discrimination » et « divulguant des informations sensibles qui peuvent permettre d’identifier des enfants » – n’omettant pas, en prime, de signaler les pages Facebook et Twitter de leur proie, et d’afficher cette lettre ouverte sur le site internet de la section Haute-Garonne de SUD et sur celui de leurs camarades de VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes). Des velléités de purge qui ont conduit la militante, forte de ses 17 années au service de l’Éducation nationale, à demander le 5 janvier « la protection fonctionnelle au recteur de l’académie ».

A lire aussi: Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Mardi 12 janvier, après avoir été reçue par le rectorat, la « féministe universaliste » a annoncé sa victoire à ses fans sur Twitter : « Je remercie le ministre @jmblanquer et le recteur @MostafaFourar pour leur soutien. Quel renversement d’être ciblée et mise en danger par deux syndicats politisés, et soutenue par l’administration… » Reste à souhaiter que dans leur naufrage, les deux syndicats méditent sur leur propension à détruire nos libertés au nom de la défense des « opprimé.e.s ».

Un enfant comme vous et moi

0
Rassemblement de la manif pour tous devant le sénat, en opposition à la loi bioéthique. Au premièr plan, Ludovine de la Rochere. Paris, le 3 fevrier 2021 © Olivier Coret/SIPA Numéro de reportage : 01002977_000004

L’article 1 de la loi bioéthique a été rejeté par le Sénat, le 4 février, dans la confusion. Une commission mixte paritaire (sept députés et sept sénateurs) se réunit ce mercredi pour tenter de trouver une parade.


 

Dernière minute. Députés et sénateurs réunis ce mercredi en commission mixte paritaire ne sont pas parvenus à trouver un accord sur l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Cette réforme de la filiation et de l’accès aux origines souhaitée par la majorité s’enliserait-elle?

Coup de grâce ou coup de force, l’histoire est remplie de ces cafouillages. Or, l’article 1 de la loi bioéthique rejeté le 4 février au Sénat était « l’article phare » du projet de loi bioéthique. Une Commission mixte paritaire (CMP) comprenant sept députés et sept sénateurs est donc convoquée, dans l’urgence, ce mercredi, pour trouver un accord avant que le projet de loi passe à l’Assemblée avant un vote définitif.

Bouleversement dans la filiation

On a tout dit sur cette loi qui ne concerne aucunement la bioéthique mais le droit de l’enfant : un enfant comme vous et moi. Jusque-là les « arguments » s’appuyaient sur « des droits victimaires »: la femme en mal d’enfant, la lesbienne discriminée, la résilience de l’enfant. Voyons les choses du point de vue du droit : stricto sensu. Comment s’apprêterait-on, sur la terre de France où le droit est si rigoureux, à voter une filiation sans père ? La République est-elle, à ce point, bonne fille, qu’elle prive un enfant, de par la loi, de sa filiation paternelle ?

Rappelons-le. 1)  Il ne s’agit pas de créer une loi mais d’étendre le champ d’application d’une loi existante. Nid de fauvette, cette loi du 29 juillet 1994, loin d’être excellente, ne doit en aucun cas, devenir un nœud gordien. Sur la Toile, il est un site que tout le monde peut consulter : PMAnonyme. La simple consultation de ce site, la lecture des témoignages d’enfants, devenus adultes, nés par IAD (insémination par tiers donneur), les questions et les réponses qui y figurent sans rien occulter des prix, persuaderaient, à elles seules, de l’impossibilité de l’extension de cette loi. 2) Un enfant privé de père, de par la loi, sera parfaitement en droit d’attaquer l’État en responsabilité, au nom de l’égalité, en disant : « Enfant du don, je suis interdit légalement de faire établir ma filiation réelle. Je n’ai même pas le droit de faire une recherche de paternité. » 3) Puisque la France, si la loi est votée, sera obligée de lever l’anonymat du donneur, pourquoi ne pas, comme en Allemagne, laisser le choix à l’enfant de sa filiation ? La levée de l’anonymat ne résout pas tout, elle va gêner considérablement la filiation à la française. 4) Comment se fait-il que l’article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), signée par la France en 1990 et mise en application, ait été balayé, ab initio, à la Chambre, sans débat aucun, d’un revers de manche ? Que dit-il, cet article ? « L’enfant… a le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux. » Comment se fait-il que « l’intérêt supérieur de l’enfant », notion juridique éprouvée, ait été balayé, sans aucune forme de procès, au profit de ce mot dans le vent  : la résilience ? Depuis quand la résilience est-elle une notion juridique ? De quel droit l’État priverait-il un enfant de connaître sa lignée génétique avant 18 ans et « interdirait » des tests génétiques ? Au lieu de s’interroger sur une garçonnité de salon, les historiens, amateurs des laissés pour compte, feraient bien de s’interroger sur l’injustice faite aux orphelins à naître sur notre territoire, dans notre République, et sur le silence coupable des adultes nantis d’un père et d’une mère  — à moins que les « malheurs de la vie » ne les en ait privés.

Ne pouvant faire que la force soit juste, on a fait que la justice use de la force

Les réponses à ces questions sont simples. On ne le dira jamais assez : la vérité est que la France dépend, pieds et poings liés, de la CEDH et de la Convention des droits de l’homme qui imposent aux États de ne pouvoir refuser la GPA dont la PMA est le marche-pied. La vérité est que, dans notre droit, nous ne voulons plus de l’indépendance nationale. La vérité est que nous sommes sous la coupe d’une nouvelle religion, avec ses juges au toupet d’hermine et de leur casuistique.

Dans « La Guerre de Troie n’aura pas lieu », écrite en 1935, Giraudoux, tournant en dérision l’interprétation que l’on fait du droit, fait dire à Hector, répondant au juriste Busiris : « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » Alors, illico, par peur de représailles, Busiris, « le plus grand expert vivant du droit des peuples », se hâte de réinterpréter les violations de droit de la flotte grecque en hommages rendus aux Troyens. Ne nous trompons pas sur l’ironie cinglante de Giraudoux. On connaissait Pascal : « Ne pouvant faire que la force soit juste, on a fait que la justice use de la force. » En 2015, l’ancien président de la CEDH Dean Spielmann disait : « L’arrêt de la Cour réduit à néant non seulement la faculté pour les États d’interdire la GPA mais la légitimité d’un tel choix législatif ». Dans les Déclarations des droits de l’homme et du citoyen, de 1789 et de 1948, on lit : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». 

Le petit glossaire de l’alt-right

0
Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer, Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33 © Joe Raedle/Getty Images/AFP

 


La tectonique des mots: suprémacisme, alt-right, internationale blanche…


Le terme « white supremacy », dont l’usage remonterait à au moins 1824, désigne une forme de domination politique et sociale que les Blancs s’arrogeraient le droit d’imposer, si nécessaire par la violence, aux autres groupes ethniques. Dans les discours médiatique et intellectuel, l’épithète « suprémaciste » désigne des courants hétérogènes, du racisme anti-Noir des États américains du Sud, dont l’expression historique la plus infâme est le Klu Klux Klan, fondé au milieu des années 1860, à l’héritage fasciste et nazi dont se réclament différents groupuscules nationalistes et identitaires tant en Europe qu’outre-Atlantique.

Le vocabulaire progressiste a élargi et banalisé le champ d’application de « suprémaciste ». Le mot désigne désormais un racisme « systémique » qui serait pratiqué implicitement par tous les Blancs à l’égard de toutes les personnes « de couleur ». Cette dilution du terme vient des campus américains où, à partir des années 1980, on a vu se développer la critical race theory, ou « théorie critique de la race », qui prétend que tous les Blancs jouissent d’un statut privilégié, qui serait profondément inscrit dans les structures sociales, économiques et légales des nations modernes. Selon cet usage, un Klansman, un néonazi, Donald Trump et même un ouvrier blanc de gauche seraient tous des suprémacistes blancs.

L’alt-right adopte une forme d’identity politics (« politique identitaire »), calquée précisément sur celle des minorités ethniques et sexuelles…

À partir de 2008, un nouveau terme s’invite dans ce paysage sémantique déjà assez confus, « alt-right », dont la paternité est parfois attribuée à l’intellectuel américain Paul Gottfried. Mais le mot est surtout lancé par le militant d’extrême droite Richard B. Spencer, créateur du webzine Alternative Right, en 2010[tooltips content= »Paul Gottfried, « Don’t call me the “godfather” of those altright neo-nazis. I’m jewish », National Post, 17 avril2018 ; George Hawley, Making Sense of the Alt-Right, Columbia University Press, 2017″](1)[/tooltips]. L’alt-right désigne une nébuleuse de mouvements très variés qui partagent un même rejet du conservatisme de la droite traditionnelle. Largement constitués de militants jeunes, branchés sur les médias sociaux, adeptes de provocations en ligne voire de cyberharcèlement, ces mouvements pratiquent un radicalisme décomplexé qui se pose en ennemi absolu de tous les courants progressistes, du néoféminisme à la théorie du genre et, bien entendu, la critical race theory.

L’alt-right adopte une forme d’identity politics (« politique identitaire »), calquée précisément sur celle des minorités ethniques et sexuelles, pour défendre les valeurs et les besoins d’une « race blanche ». Elle déboule sur la scène médiatique en 2016, lors de la campagne présidentielle américaine, surtout grâce aux reportages de Breitbart News, dont Steve Bannon a été le président exécutif. Très pro-Trump, ces militants appartenant à des courants très disparates sont reniés par le Donald juste après son élection ; en août 2017, celui-ci se sépare également de Steve Bannon, qui avait été son conseiller à la Maison-Blanche.

Dans son nouveau livre documenté et référencé, Suprémacistes :l’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020), l’universitaire Philippe-Joseph Salazar, philosophe et spécialiste de rhétorique politique, a interviewé un large éventail de ces penseurs américains ou européens que les médias présentent comme des « suprémacistes blancs » et qui, surtout, sont typiques de l’alt-right. Allant à leur rencontre chez eux, à Washington, Vienne ou Copenhague, il montre que, contrairement à ce qu’on pourrait supposer, beaucoup d’entre eux ne se réclament pas d’une prétendue supériorité de la race blanche qu’il faudrait imposer aux autres ethnies, mais d’une spécificité blanche qu’il serait vital de préserver. Ils sont en faveur d’un séparatisme entre les races, plutôt que de la suprématie de l’une d’entre elles par rapport aux autres. Refusant la voie du terrorisme, ils se distinguent des anciens nationalismes européens, confinés chacun dans les limites de son territoire national, repliés chacun sur une identité ethnique particulière. Ils aspirent à une identité extraterritoriale, regroupant tous les Blancs où qu’ils vivent, dans une véritable « internationale blanche ».

[1]. Paul Gottfried, « Don’t call me the “godfather” of those altright neo-nazis. I’m jewish », National Post, 17 avril2018 ; George Hawley, Making Sense of the Alt-Right, Columbia University Press, 2017.

Sur Olivier Duhamel, « le Parisien » verse dans le journalisme de caniveau

0
© Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22528567_000001

Dimanche, le Parisien a publié une « une » proprement dégueulasse et je pèse mes mots


En gros titre, on pouvait lire: « Inceste. Duhamel, l’homme cloîtré ». En photo, on voit le politologue, enfin on suppose que c’est lui car il est masqué et coiffé d’une casquette. La légende nous apprend qu’il s’agit d’ « Olivier Duhamel sortant son chien rue de Bièvre à Paris, où il est domicilié. »

duhamel-le-parisienL’information, c’est que Duhamel possède un chien (qu’on ne voit pas mais on croit le Parisien sur parole) et que ce chien a des besoins naturels.

L’article est à l’avenant: Duhamel vit reclus. En marchant, il jette parfois un coup d’œil à droite, à gauche, derrière lui. Hier, une dame est venue chercher le chien pour le ramener à 17 heures. Avant il mangeait dans tel restau italien. Bref, une avalanche de scoops! En somme, les deux limiers du Parisien espionnent le politologue déchu et ils s’en vantent. Ils harcèlent les voisins, laissant entendre que Duhamel bénéficie d’une omerta, comme si la délation était un devoir (et qu’auraient-ils à dénoncer) ? C’est du grand journalisme d’investigation. Dans les poubelles.

Appétit de guillotine

Ce n’est pas seulement dénué de tout intérêt. Cette « une » est un véritable appel au lynchage. Sachant que la rue de Bièvre fait 150 mètres de long, autant placarder des affiches barrées de la mention Wanted ou la photo de Duhamel surmontée d’une cible. Que veulent-ils, qu’on lui crache dessus dans la rue comme c’est arrivé à Cahuzac ? Qu’un croisé de l’enfance maltraitée fasse justice lui-même ?

A lire aussi: Causeur: Finkielkraut évincé de LCI, la défaite de la pensée

On sent entre les lignes un appétit de guillotine, une excitation à la vue du sang. Les deux scribouillards glosent sur ce quartier peuplé de figures de la mitterrandie – sans doute y a-t-il derrière ces façades bourgeoises un complot de satanistes pédophiles. Voir un puissant à terre, quoi de plus excitant ?

On me dira que le Parisien n’est pas le seul à pratiquer ce journalisme de caniveau. Mais à ce point de cynisme, c’est rare. Certes, Paris Match était allé traquer Matzneff dans son hôtel italien, ce qui n’était vraiment pas glorieux. Au moins n’avaient-ils pas donné le nom de la ville où s’était réfugié l’écrivain.

Avec Duhamel, tout est permis

L’excellent Jean-Baptiste Roques, rédacteur en chef de Front Populaire, me souffle que, depuis l’enlèvement du petit-fils Peugeot en 1960, dont les ravisseurs avaient découvert l’adresse dans les journaux, il existe dans les médias une sorte de gentleman’s agreement : on ne divulgue pas les adresses. D’ailleurs, quand des internautes malveillants diffusent celle d’une journaliste, toute la profession hurle. Et on suppose que Bernard Arnault, propriétaire du Parisien, n’apprécierait guerre qu’on dévoile la sienne. Mais avec Duhamel, tout est permis. Il n’a plus de vie privée, plus de droits, même pas celui de sortir de chez lui. On a plus de compassion pour un assassin. Alors, un coup de chapeau à l’avocat Jean Veil grâce à qui l’article contient quatre lignes d’humanité : « Je n’excuse pas Olivier. Ce qu’il a fait est grave et condamnable. Mais il reste mon ami ». Un peu d’honneur ne nuit pas.

Art contemporain: «une production fade, aseptisée, facilement exportable»

0
Benjamin Olivennes, publie "L’Autre Art contemporain: vrais artistes et fausses valeurs" (Grasset). Photo: Hannah Assouline.

Suivant les traces de Jean Clair, Benjamin Olivennes rappelle, à rebours des avant-gardes institutionnelles, qu’un autre art contemporain est possible. Continuateurs de Bonnard, Balthus, Lucian Freud, Hopper, beaucoup d’artistes n’ont pas renoncé à la figuration ni renié les maîtres anciens. Ils sont boudés par le circuit officiel des marchands internationaux et des collections publiques.


Causeur. Pourquoi écrire, aujourd’hui, une autre histoire de l’art ?

Benjamin Olivennes. En suivant ma curiosité personnelle et mon goût pour la peinture, j’ai lu, fréquenté les galeries et les musées, et découvert des tendances artistiques négligées par la « grande histoire » de l’art moderne et contemporain. J’ai écrit le livre que j’aurais souhaité pouvoir lire au début de mes explorations, une sorte de guide vers un autre XXe siècle et même un autre XXIe siècle.

Doit-on aussi y voir une réaction à ce qu’on nous assène à travers un discours politique, artistique ou journalistique ?

Je ne me satisfaisais pas de l’art contemporain officiel qui nous est proposé par les grandes institutions publiques, dans les foires d’art internationales où l’on retrouve les mêmes noms et les mêmes tendances désespérantes.

Cet art officiel est le reflet de notre monde. Jeff Koons est aussi américain en Amérique que français en France…

L’univers de l’art contemporain est très globalisé. Les galeries, les artistes et leurs collectionneurs sont les mêmes à Art Basel, à New York ou à Londres – une production fade, aseptisée, facilement exportable. A contrario, les artistes véritables, ceux dont l’œuvre constitue un effort pour représenter le monde, expriment toujours quelque chose du lieu dont ils viennent. Ce sont les collines toscanes qu’on voit au fond des tableaux de Léonard de Vinci.

Pourquoi les artistes « véritables » seraient-ils ceux qui représentent leur paysage (natal) ? N’est-ce pas réducteur que d’attendre, aujourd’hui, des « collines toscanes » sous le pinceau d’un peintre italien ?

Les artistes représentent le monde, mais le monde, c’est toujours un peu vaste. Vous remarquerez que très souvent ils en viennent donc à représenter un coin du monde : l’Upper East Side pour Woody Allen, le Bordelais pour Mauriac… Même quand Rembrandt peint des scènes bibliques, il représente en réalité ses modèles du quartier juif d’Amsterdam.

À vous entendre, le seul art véritable ne peut être que figuratif. N’est-ce pas une vision un peu datée ?

Au contraire c’est l’idée qu’un art pourrait ne pas être figuratif, c’est-à-dire ne rien rappeler du monde extérieur, qui est datée. Même un tableau abstrait évoque quelque chose du réel : les réalités primordiales et supérieures que Kandinsky voulait représenter, la ligne d’horizon chez Rothko, des oiseaux chez Hantaï …On n’échappe pas à la mimesis.

Qui sont les artistes qui composent cette autre histoire de l’art contemporain ?

On nous a appris que l’art prend au xxe siècle le chemin des avant-gardes, qui l’entraîne inexorablement vers l’abstraction, puis le conceptuel. C’est une histoire qui existe mais, tout au long du siècle, on trouve des artistes importants qui ne vont pas dans le sens de la dernière avant-garde. Et ces artistes se reconnaissent entre eux, se regardent et se vivent comme les passeurs d’une longue tradition. Si je devais nommer les étapes les plus importantes de cette autre histoire, je citerais Bonnard et Vuillard en France, Hopper aux États-Unis, Morandi en Italie, puis après-guerre Balthus et Giacometti, mais aussi des Anglais comme Bacon ou Lucian Freud.

Jean Clair ©Hannah ASSOULINE/Opale via Leemage
Jean Clair ©Hannah ASSOULINE/Opale via Leemage

Vous ne pouvez pas dire que ce sont des inconnus, boudés par la critique !

Ils se sont progressivement imposés, contre les critiques, auprès du public cultivé, mais on les voit encore comme des individualités isolées. Pourtant ils forment une histoire continue, un enchaînement cohérent. Je raconte cette histoire et je tente de montrer qu’elle s’est poursuivie, en France, avec des artistes qui, à partir des années 1960, sont, eux, bien moins connus. Je pense à Sam Szafran, qui est un peintre majeur, célébré dans un petit milieu de connaisseurs, mais qui mériterait une reconnaissance bien plus grande. Seulement il a eu le tort de vivre dans un pays, la France, qui n’était plus en mesure d’accepter sa peinture.

On se rappelle sa rétrospective annulée à Beaubourg…

En 2000, alors qu’il était encore vivant, sa rétrospective prévue au centre Pompidou a été annulée à la faveur d’un changement de direction. Cela n’arrive jamais. L’époque se flatte d’accepter toutes les productions artistiques et de ne plus faire l’erreur qui a été faite à l’époque de Van Gogh ; or on a ici affaire à un cas réel de mécompréhension ou de censure.

Vous êtes très sensible à la transmission, à la filiation, bref à la continuité qui traverse toute l’histoire de l’art. On a toujours copié et respecté les maîtres anciens.

Et notamment dans les périodes les plus créatives de l’histoire de l’art. La Renaissance, ce fut la redécouverte de l’art de l’Antiquité et la volonté de l’imiter. À partir de cette époque, la formation du peintre est fondée sur la copie et l’admiration des maîtres. Tous les grands novateurs se sont vécus comme des héritiers et se sont nourris de l’art du passé. Ils comprenaient le lien évident entre la connaissance de l’histoire et l’originalité de la création. Goya a fait des copies gravées de tableaux de Vélasquez. Picasso comme Matisse puisaient leur art dans celui du passé. Manet a copié Chardin, Matisse aussi, Lucian Freud aussi – et non pas pendant ses années de formation, mais encore à 80 ans ! Je doute que les grandes stars de l’art contemporain, qui détournent La Joconde, par exemple, soient aujourd’hui capables de la refaire, ce à quoi s’efforce le copiste, ce à quoi s’efforçaient les Degas et Cézanne qui allaient tous les jours copier au Louvre.

Quel intérêt de le faire encore aujourd’hui ? Pourquoi un artiste devrait-il avoir la maîtrise d’un Degas pour être un artiste ?

Pourquoi Miles Davis se passe-t-il les Suites pour violoncelle de Bach quand il travaille sur On the Corner ? Pourquoi McCartney écoute-t-il les Concertos brandebourgeois en composant Penny Lane ? Qu’on soit peintre, footballeur, chef cuisinier ou journaliste, il ne me semble pas inutile d’étudier les plus belles réussites de sa discipline, pour peu qu’on soit un peu ambitieux et qu’on veuille égaler lesdites réussites.

A lire aussi: Yoram Hazony: le nationalisme est un humanisme

Il est courant d’entendre qu’on ne peut plus peindre comme avant, après les horreurs du xxe siècle. Vous, vous dites précisément le contraire. Pourquoi ?

Il est normal et compréhensible que le XXe siècle, dans son horreur, ait marqué tous les bons esprits, et que ceux-ci se soient dit que rien ne pourrait être comme avant. Le cas paroxystique est la très célèbre phrase d’Adorno sur l’impossibilité de la poésie après Auschwitz. La guerre de 14-18, les camps nazis, Hiroshima, la décolonisation, le goulag ont mis fin à la confiance en soi-même que pouvait avoir l’Occident. Et de plus, les grandes avant-gardes ont également contribué à l’idée d’une cassure définitive. L’humanisme traditionnel et avec lui la mimêsis ou les idées de vérité ou de beauté sont sortis ébranlés de ce siècle, et on peut le comprendre.

Mais je crois qu’au contraire ces notions doivent être maintenues, elles sont la réponse que nous pouvons opposer à cette crise générale du sens. Il nous faut maintenir notre confiance, presque désespérée, dans ce que l’Europe a été depuis au moins cinq siècles.

Ainsi la Shoah me semble avoir plus à voir avec un monde abstrait et déshumanisé, et donc appeler davantage la figuration du visage humain comme réponse, envers et contre tout, que l’inverse. L’œuvre de Sam Szafran, rescapé de la rafle du Vél’ d’Hiv en est un bel exemple. On peut dire la même chose d’Avigdor Arikha, qui fut aussi déporté, et de Lucian Freud qui, comme son grand-père Sigmund, échappa à l’extermination parce qu’il était en Angleterre. Ces grands artistes figuratifs avaient conscience, dans leur chair, de ce qu’avait été le XXe siècle, et la réponse qu’ils y ont donnée ne fut pas l’abstraction et l’avant-garde.

Est-ce à dire qu’il faut rejeter les avant-gardes en bloc ? C’est un peu sommaire…

Les rejeter, peut-être pas, mais ne pas leur laisser occuper tout l’espace du xxe siècle, sûrement. C’est même un service qu’on rend aux avant-gardes à venir. Aujourd’hui, Damien Hirst rend hommage à Bonnard, mais jusqu’à une période très récente, Bonnard était vu comme un impressionniste égaré à l’ère du cubisme et de l’abstraction, et un peintre bourgeois.

Malgré la globalisation de la production artistique et de son marché, vous vous entêtez à croire en l’existence d’un art français.

Tout à fait. À cause des nombreuses circulations qui ont eu lieu au XXe siècle, il est tentant de croire à l’idée d’un art d’avant-garde et international ; et donc de croire que ce qui est national est provincial et arriéré. C’est très mal connaître l’histoire de la peinture. Plus on l’étudie, plus on peut y voir les échos entre artistes d’un même pays, et ce, à travers le temps. Un historien d’art qui tombe sur un tableau anonyme dans une brocante peut, à l’œil nu, deviner sa nationalité. Le XXe siècle n’a pas aboli ces traditions nationales et celles-ci sont un repère pour les artistes eux-mêmes (ce qui n’empêche pas bien sûr les influences étrangères). De Chirico, le peintre qui a le plus marqué Apollinaire et André Breton, se voyait comme un peintre italien, un peintre des villes italiennes, de Turin et de Ferrare – comme l’avait bien compris Antonioni.

En France, nous avons du mal avec l’idée d’écoles nationales. Il faut dire que notre tradition, c’est précisément l’universalisme et l’esprit d’abstraction, c’est-à-dire le refus des traditions ! Il faut se décentrer un peu pour comprendre que l’universalisme français… est très français. Nous ne le voyons pas nécessairement, mais dans le musée mondial, l’école française existe, elle se voit, comme la peinture suisse ou la peinture danoise. Et si les grands peintres du monde entier sont venus à Paris, c’est par amour pour cette peinture française. C’était vrai pour Van Gogh, pour Picasso, mais aussi plus récemment pour un Arikha.

Et comment définiriez-vous cet art français ?

En citant les peintres collectionnés par Picasso ! Sa collection (que l’on peut admirer aujourd’hui au dernier étage de son musée, à Paris) est un exemple de ce que l’on considérait, à son époque, comme le parangon de l’art français : les impressionnistes, Cézanne, mais aussi Courbet, Corot, Chardin, Le Nain et on peut imaginer qu’il ne lui aurait pas déplu d’avoir Poussin ou Fouquet. Pour les peintres et les connaisseurs des années 1900-1920, ces artistes représentaient l’épine dorsale de la peinture française, et ils avaient raison de le penser. Malgré les variations au fil du temps et les particularités individuelles, on peut reconnaître en eux des constantes : la peinture de paysages, de modèles ou d’objets du quotidien, humbles, ordinaires. Une pudeur et une sérénité, une absence de spectaculaire, qui sont dans le même temps organisées par l’architecture, la mathématique, le formalisme. L’ici-bas devenu géométrie. Poussin incarne tout cela, il est le fondateur de l’école française. Si l’on regarde de près son Diogène jetant son écuelle (au Louvre), ses sous-bois et ses rivières sont déjà des Courbet ou des Corot. Et on aperçoit la Sainte-Victoire au bas de son Saint Paul.

Vous avez 30 ans, vous enseignez à Columbia (New York), y est-il facile de s’opposer aux modes artistiques ?

J’exprime mes goûts et mon sentiment d’injustice. Il y a une tradition de peinture immense qui n’est pas assez connue en France. J’exprime aussi une inquiétude : beaucoup de gens de ma génération ne se reconnaissent pas dans l’art contemporain, et on les comprend. Dès lors, ils se détournent de l’art tout court. Car il n’y a pas de meilleur moyen pour rencontrer l’art du passé que de fréquenter l’art du présent, d’aller et venir entre les deux. C’est parce qu’on lit Houellebecq qui évoque Huysmans qu’on va lire Huysmans… Ce lien entre le grand art du passé et celui, inconnu, du présent, est en train d’être coupé. C’est cela qui m’inquiète.

On peut aussi lire Huysmans sans avoir lu Houellebecq ! Pas besoin de passer par la création contemporaine pour connaître l’art ancien…

Si vous le dites. Mais c’est une attitude d’antiquaire. C’est se résoudre à l’idée que notre époque n’a plus rien à produire.

Jean Clair est, à plusieurs reprises, cité dans votre livre. Doit-on y voir une filiation ?

Je ne suis pas conservateur de musée ou historien d’art, mais il m’a beaucoup influencé. Je l’ai découvert en commençant mon exploration du monde de la peinture et j’ai lu à peu près tout ce que je pouvais de lui. Les grandes expositions qu’il a dirigées (« Mélancolie », « Identité et Altérité ») représentent, osons le mot, un apport décisif à l’humanité. Jean Clair a beaucoup fait pour qu’on connaisse certains grands peintres négligés du XXe siècle. Je rappelle par exemple qu’il a été l’un des premiers à montrer Klimt et Schiele en France ! Mais il restait des choses à dire, et j’ai suivi sa voie.

Benjamin Olivennes, L’Autre Art contemporain : vrais artistes et fausses valeurs, Grasset, 2021.

Audiovisuel: chacun son genre

0
Laure Adler © – Leemage

Eric Zemmour sur Cnews et Laure Adler sur France inter évoluent dans deux univers parallèles


Selon l’IFOP, 22% des 18-30 ans disent ne pas se reconnaître en tant qu’homme ou femme.

Après s’être réjouie de ce que les théories de Judith Butler s’enseignent désormais dans les universités du monde entier, quoique pas encore assez en France, Adler demande au youtubeur de livrer son analyse sur le sondage qui empêche Zemmour de dormir…

Le 13 janvier sur CNews, Éric Zemmour met en garde contre ce phénomène susceptible de saper les bases de la société. À la manœuvre, selon lui, les militants féministes et homosexuels en guerre contre les stéréotypes et le patriarcat, des médias complices avides d’histoires croustillantes et le marché, lequel a intérêt à voir se développer des sociétés déstructurées. L’intellectuel préféré de la droite s’enflamme : « Dans les pays et civilisations étrangères, beaucoup de gens sont contents et nous regardent avec un mélange de mépris et de pitié. Ils se disent que l’Occident c’est terminé et qu’on va pouvoir le liquider ! » Devant les yeux écarquillés de la journaliste Christine Kelly, il propose de supprimer les départements d’études de genre de nos universités.

Laure Adler ne semble pas avoir entendu son appel. À 20 heures le même jour sur France Inter, elle devise avec l’universitaire Ivan Jablonka et le youtubeur Dany Caligula. Ici, on applaudit à la déconstruction des sexes redoutée par Zemmour. Les trois compères observent avec enthousiasme que notre époque invite chacun à « se réinventer ». Présentant son dernier récit autobiographique, Jablonka s’attaque à l’étude de sa « garçonnité du point de vue de la socio-histoire ». Enfant, il était un « garçon-fille socialisé dans le masculin ». Hypersensible, il pouvait à la fois jouer au foot et être ému par Candy dans Récré A2. Après s’être réjouie de ce que les théories de Judith Butler s’enseignent désormais dans les universités du monde entier, quoique pas encore assez en France, Adler demande au youtubeur de livrer son analyse sur le sondage qui empêche Zemmour de dormir. Pour Caligula, 22 % est une sous-estimation. Et d’ajouter que les hommes ont « le droit à la féminité. C’est ce qui pousse plein de gens à remettre en question des millénaires de binarité. » Il voit l’avenir en rose : « Si on est tous ensemble, on va être plus forts, avoir une dialectique plus forte, et on va tout simplement faire naître une humanité plus forte. »

CNews, France Inter. Deux salles, deux ambiances.