Accueil Site Page 1310

Bercy-Charenton, non à ces tours validées dans l’entre-deux tours!


Anne Hidalgo projette de sacrifier la dernière grande réserve historique et foncière de la Capitale avec la complicité de ses alliés Verts…


Le projet de Bercy-Charenton est la dernière grande réserve foncière de Paris. Ce territoire, témoin de l’histoire de Paris, certes complexe à traiter en raison de la présence de voies ferrées, sera, avant longtemps, le dernier grand aménagement où les élus pourront dessiner un quartier de demain sur les fondements de notre patrimoine et traduire de façon concrète leur vision et leurs engagements en termes d’urbanisme, de logement, d’écologie, de rééquilibrage économique en lien avec les villes voisines.

Alors que Madame Hidalgo, qui se prétend le chantre de l’écologie, verdit sa communication à coup d’images de synthèse, de “forêts urbaines”, alliant tous les dégradés de verts possibles, nous aurions pu attendre un projet exemplaire en termes de respect de l’environnement et de qualité de vie pour les habitants du quartier et les futurs résidents.

Or, la Maire de Paris porte un projet à rebours du bon sens et du plan Climat : la création d’un quartier enclavé de 4000 logements – majoritairement sociaux – entassés dans six tours dont la plus haute culmine à 180 mètres, coincé entre l’autoroute A4, le boulevard périphérique, l’échangeur de Bercy et les voies de chemin de fer laissées à l’air libre.

Anne Hidalgo fait de Bercy-Charenton une nouvelle “Cité des 4000” parisienne

Faut-il rappeler que ce projet fortement contesté par les Parisiens lors de l’enquête publique a été voté à cinq voix près au Conseil de Paris, sauvé in extremis par les groupes macronistes ?

Faut-il rappeler que partout on dynamite les tours et les barres tant elles se sont révélées avoir des conséquences néfastes dans tous les domaines ?

Faut-il rappeler que les tours et les barres ont toujours été des échecs sociaux, sécuritaires et économiques dont les premières victimes sont ceux qui y habitent ? Après ce que nous venons de vivre, n’est-il pas encore plus déraisonnable d’empiler des logements dans des tours ?

Depuis le début, nous proposons, avec constance et détermination, un autre choix : un urbanisme innovant avec des immeubles HQE à taille humaine, qui privilégie les espaces verts et espaces de respiration. Depuis le début, nous proposons un projet fer de lance de ce que nous voulons pour l’Est parisien autour de l’économie verte, de l’agriculture urbaine et de la relocalisation d’activités d’artisanat, de gastronomie et de divertissement. En résumé, tout le contraire du projet défendu par le duo bétonneur incarné par Anne Hidalgo et son premier adjoint Emmanuel Grégoire.

Aujourd’hui la ville n’est plus pensée pour le bien-être de ses habitants mais pour aligner des chiffres de création de logements sociaux

La Mairie de Paris entasse les gens les uns sur les autres sans que suive la création d’espaces de respiration, ni d’équipements publics. Rien ne semble ébranler le dogmatisme de l’actuelle municipalité et de ses alliés: ni la sécheresse de plus en plus vive chaque été, ni la crise sanitaire que nous traversons.

Le projet de Bercy-Charenton n’est pas seulement une illustration du décalage entre les paroles et les actes mais c’est aussi hélas un projet qui compromet l’avenir de tout un quartier et même de l’Est Parisien.

Les habitants des rues voisines continueront de voir passer les trains depuis leur salon, et ceux des pâtés de maisons avoisinants de souffrir du bruit qu’ils génèrent. Ils les verront demain, mais aussi après-demain, puisque les choix urbains de Mme Hidalgo sont tous irréversibles et empêcheront d’avoir une véritable ambition pour ce quartier.

L’avenir des tunnels Baron Le Roy – héritage napoléonien au potentiel considérable et aux propriétés écologiques – est incertain depuis plusieurs années en raison des errements de l’équipe municipale divisée. C’est si vrai qu’Anne Hidalgo a toujours souhaité démolir la Halle Freyssinet dans le 13e arrondissement qui gênait ses ambitions de bétonnage. À l’époque, cela avait soulevé le tollé de plusieurs architectes et de la Commission du Vieux Paris. Un tollé entendu, puisque le Préfet lui-même était intervenu pour empêcher que soit accordé le permis de démolir.

Chers Parisiens, ne vous laissez pas berner par les postures des Verts parisiens!

Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire sont incapables d’apprécier le potentiel de la dernière grande réserve historique et foncière de la Capitale. Ils s’apprêtent à commettre une nouvelle erreur, il est temps de laisser la place à une équipe qui porte un projet opérationnel et respectueux, qui saura répondre aux défis de l’avenir tout en préservant et valorisant notre patrimoine.

À chaque élection, les Verts sont habiles à faire croire qu’ils ont « obtenu des garanties »… Mais la seule avancée qu’ils décrochent en réalité ce sont des sièges au Conseil de Paris pour ensuite cautionner coupablement pendant six ans les projets de densification de la maire actuelle, affichant une offuscation de façade qui ne trompe qu’eux.

En nous mobilisant le 28 juin, nous nous offrons l’opportunité de mettre fin à ce jeu de dupes et le pouvoir de repenser ensemble un beau projet à visage humain pour Bercy-Charenton. Pour ceux qui y habitent. Et pour tous les Parisiens.

Une pandémie peut en cacher une autre

0

La pandémie de Covid-19 a-t-elle fait plus qu’interrompre l’industrie du tourisme mondialisé ? Celle-ci semble en passe pour repartir de plus belle dans le « monde d’après ». Le salut viendra-t-il de nouvelles technologies qui permettent de concilier larges profits et préservation du patrimoine ?


La pandémie est la version mondialisée de l’épidémie. Selon que l’on est un militant protecteur de la planète, ou un trader soucieux de la croissance du PIB, on s’en réjouira ou l’on s’en affligera. Les premiers noteront qu’en bloquant au sol les avions, la Covid-19 a fait baisser de 5 à 10% les émissions de gaz à effet de serre et a de fait engagé la planète sur le chemin de la décroissance. Les seconds se désoleront devant les prévisions de l’Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.) et de l’ONU qui annoncent une baisse de 30% des recettes du tourisme international. Il va falloir choisir son camp.

A lire aussi, Elisabeth Lévy : Qui peut parler sans rire de «puissance touristique?»

Si tout change, comment faire … pour que rien ne change ?

L’Asie centrale n’échappe pas à un tel dilemme et l’inquiétude est palpable dans les milieux qui vivaient de la croissance continue de la manne touristique. Les professionnels du secteur se désolent  : «Au lendemain de la pandémie, la concurrence sera féroce sur le marché mondial, souligne Goulache Israilova, président de l’APTA […] l’Ouzbékistan devra fournir un effort important pour se promouvoir comme destination attractive. L’Etat devra également aider à réduire le coût des vols et des forfaits touristiques. La promotion du tourisme intérieur fait partie de la stratégie »[tooltips content= »Site Novastan.org, 14 avril 2020. APTA = Association Private Tourism Agencies. »](1)[/tooltips].

Au temps de sa puissance, le Vatican ne prétendait adouber que les monarchies européennes, le Patrimoine Mondial sévit sur les 195 pays adhérents à l’Unesco répartis sur toute la surface du globe!

Le Kirghizistan ou la Mongolie ont développé un type de tourisme moins agressif. En misant sur des slogans tels que « le voyage solidaire, durable, responsable, c’est choisir d’aller là où les autres touristes ne vont pas », ces pays échapperont-ils, aidés en cela par la Covid, à une industrie du tourisme et à sa puissance de destruction des sites, des cultures et des hommes ? L’immensité des steppes, les grands espaces, la nature sauvage, ne sont pas à l’abri de la labellisation au Patrimoine Mondial de l’Unesco, un fléau qui à été fatal à beaucoup de sites, de monuments et d’espace naturels. Certains rêvent de livrer les paysages de vallée de l’Orkhon-Kharkorin, inscrits au patrimoine mondial en 2004 aux stars de l’architectures qui y édifieraient des hôtels de rêve… « Impossible l’Unesco veille, diront certains ». Quelle erreur !

Le marketing du patrimoine

L’ensemble architectural du centre de Samarcande a été inscrit au Patrimoine mondial en 2001. La confiscation et la marchandisation des monuments et de la vieille ville à des fins touristiques ont suivi. La folklorisation du mythe de « la ville turquoise » et de ses légendes de tapis volants – Jafar le père de Shéhérazade et vizir du roi Shahayan… etc – a vu la notion de Patrimoine rabattue au niveau d’un produit de grande consommation.

Comme la Covid-19, la nuisance du Patrimoine Mondial de l’Unesco est mondiale. Alors qu’au temps de sa puissance, le Vatican ne prétendait adouber que les monarchies européennes, le Patrimoine Mondial sévit sur les 195 pays adhérents à l’Unesco répartis sur toute la surface du globe. Il n’est pourtant qu’un label qui n’a d’autre effet que d’aider à la promotion commerciale d’un site. Ce point important généralement ignoré : le label Unesco ne confère aucune protection spécifique aux sites concernés, pour la simple raison que l’Unesco n’a pas compétence pour légiférer à la place des états[tooltips content= »J-P.Loubes, Tourisme, arme de destruction massive, Le Sextant, 2015″](2)[/tooltips]. L’inscription de l’ensemble historique du palais du Potala, le temple du Jokhang et de Norbulingka  n’ont pas empêché la destruction de Lhassa, pas plus que la « reconstruction touristique » de Kashgar après démolition et expulsion de ses habitants Ouighours n’a été « protégée» par l’inscription des Routes de la soie au Patrimoine mondial en 2014.

En langage marketing, l’O.M.T évaluait en 2018 l’achalandage mondial correspondant – c’est-à-dire le flux de touristes disponible – à 1,4 milliard de personnes. Les touristes chinois sont de loin les plus « rentables ». Chacun des 150 millions à avoir voyagé cette année-là a dépensé en moyenne 2563 euros durant son séjour, alors que le touriste français ne laisse que la ridicule somme de …651 euros ! (Chiffres O.M.T)

Les entrepreneurs de tourisme estiment à 60% la réduction de « l’activité vacance » pour 2020 mais annoncent « attendre un retour à un niveau correct en été 2021 »[tooltips content= »Entretien avec un responsable des entrepreneurs de tourisme, France Inter 11/04/2020″](3)[/tooltips], Cet « espoir » montre bien qu’ils comptent sur un monde inchangé dans l’après COVID-19.

A lire aussi, Bérénice Levet : Les droits du sol

Le monde d’après sera-t-il le même, ou pire que l’ancien monde ?

Si la crise environnementale, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, a forcé à une prise de conscience de la dimension planétaire de notre espace vital, elle n’a pas semble-t-il suffi à entamer le dogme de la domination de l’Homme sur la nature base de la Modernité déchaînée qui nous étouffe.

La critique d’une certaine vulgate écologiste de grande consommation est périlleuse de nos jours. L’idée d’un Homme en mesure de rectifier des macro-phénomènes qui en réalité le dépassent, relève du vieux rêve de puissance. Croire que la collecte des papiers gras dans les forêts, des mégots sur les plages, l’injonction au régime vegan, l’ère de la trottinette électrique et des fermes urbaines sur les toits de New York vont sauver la planète, c’est s’interdire de regarder en face le réel et les lois du vivant. Or, que dit ce réel si on le regarde en face ?

La démographie planétaire. Il n’est pas facile de porter le débat sur la question de la démographie mondiale. Le sujet est contourné, évité, quand il n’est pas carrément tabou. Avancer qu’il existerait un seuil, une limite à la prédation de l’Homme sur les ressources de la planète est inconciliable avec l’horizon illimité que « le progrès » fixe à la toute puissance de la science. Franchissons le tabou et affrontons les chiffres : en 1900, la population mondiale était de 1,7 milliard d’individus. Elle était 2,5 milliards en 1950, de 7,5 milliards en 2017. Une multiplication par 3 en 70 ans, soit dans la durée d’une vie humaine[tooltips content= »En 2030 les humains seront 8,5 milliards, en 2050, 10 milliards et 11 milliards en 2100. Les chiffres pour le continent africain sont encore plus spectaculaires : 1900 : 100 M d’habitants, 1960 = 275 M, 1990 = 640 M, 2019 = 1,3 Milliard. »](4)[/tooltips].

La mondialisation. L’interconnexion des économies et l’effacement des frontières devant la circulation des produits et des hommes était l’horizon que s’assignait « le monde d’avant ». Après le recul de la pandémie, les forces économiques n’auront de cesse de reprendre les positions perdues. « Le règne des économistes risque de succéder à celui des médecins et le conformisme libre-échangiste de reprendre de plus belle » écrit à juste titre Marcel Gauchet[tooltips content= »Marcel Gauchet, Causeur.fr, 14 avril 2020. »](5)[/tooltips]. Un tel système global ne peut changer « de lui-même » de trajectoire.

Le mythe du tourisme mondialisé « responsable » a pris un coup

Venise, le navire amiral du « Patrimoine Mondial de l’UNESCO », est en perdition. Son naufrage est l’emblème d’une catastrophe écologique et culturelle. L’afflux annuel de 30 millions de touristes dans une ville de 50 000 habitants était accepté par une opinion gagnée à l’idéologie du libre-échangisme et de la modernité heureuse. Mais bien avant la survenue du virus, les Vénitiens n’en pouvaient plus de l’afflux de ces 30 millions de consommateurs qui déferlaient sur une cité qui perd chaque année 1000 habitants. Le même rejet s’observe à Dubrovnik, et Barcelone lutte depuis plusieurs années contre ces « invasions ». Budapest s’insurge d’être devenu la « capitale des enterrements de vie de garçon ». Des villages alsaciens ne veulent plus être visité par des hordes de touristes asiatiques qui voient là de nouveaux Disneylands. Mêmes rejets dans des quartiers de Paris. De Palma de Majorque à San Sebastian, les slogans fleurissent sur les murs : « le tourisme tue les quartiers », « Afuera los turistas ».

Sur Venise lire aussi, Annabela Mocenigo : Sans touristes, Venise revit

Tout discours de reconversion du tourisme mondialisé dans une version  « responsable », « raisonné », « équitable » ou « éco-compatible » ne saurait être qu’un enrobage de communicant, une facétie lexicale.

La Covid-19 est parvenu à ébranler un tourisme passé au fil du temps du statut de « loisir » à celui de « ressource », puis de « fléau » et enfin « d’arme de destruction massive ». À coup de scandales politico-financiers et environnementaux, Venise était devenue la Mecque du tourisme international. Le coronavirus l’a frappé de plein fouet et oblige à redéfinir le « produit ». Fin des grands bateaux déchargeant 4000 personnes. Comme pour Samarcande, on réfléchit ici aussi à de nouvelles « stratégies ». Le tourism-business prépare déjà de nouveaux concepts de « tourisme intelligent ». On connaît les copies, contrefaçons, fac-similés qui, de Las Vegas à la Chine, proposent à domicile des villages hollandais (à Pudong), le Tower Bridge (à Suzhou), Florence (à Tianjin) ou la visite de Hallstatt pour 3 euros à Guangdong. La modélisation 3D et les techniques de la réalité virtuelle permettent d’emmener le visiteur sur le pont du Rialto, dans la Vallée des Rois ou à Gizeh. Alep, Palmyre, Mossoul renaissent de leurs cendres grâce à la 3D. Il est désormais possible de « visiter » depuis chez soi un joyau de la préhistoire comme la grotte Chauvet, ou une merveille de la Renaissance comme la Chapelle Sixtine. Le risque est grand de voir disparaître le gisement des 20 000 visiteurs qui s’émerveillaient sous les « vrais » plafonds de Michel-Ange chaque année. D’autant plus que, comme l’indiquait un présentateur de ces merveilles en 3 D à la télévision française, « c’est mieux qu’en vrai » ! [tooltips content= »Journal de 20h de la chaîne de télévision France 2, le 18/04/2020″]*[/tooltips]

La réalité virtuelle permise par la modélisation 3D inaugure l’ère du « voyageur confiné ». Il peut non seulement visiter depuis son canapé les sites prestigieux sans consommer de kérosène, mais il peut même visiter des sites qui n’existent plus ! Les falaises de Bâmyân et leurs Bouddhas géants sont ressuscités, ainsi que le Temple de Jérusalem, ou les sanctuaires de Palmyre.

La réalité augmentée signera-t-elle la fin de la croissance du transport aérien, vecteur essentiel du tourisme de masse ?

Hydroxychloroquine et Covid-19, le débat n’est pas clos


Patatras, quelques heures avant d’envoyer Causeur à l’imprimerie, nous avons appris que The Lancet prenait ses distances avec l’étude qu’elle avait publiée sur la dangerosité de la chloroquine. Il faut dire que malgré sa haute réputation, cette revue scientifique a déjà publié des études fausses. Reste à comprendre pourquoi l’OMS et notre ministère de la Santé lui ont si vite emboîté le pas.


 

« Nous n’avons pas été capables de confirmer l’efficacité de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine, utilisée seule ou avec un macrolide. Chacune de ces stratégies thérapeutiques utilisées dans le Covid-19 est associée avec une baisse de la survie à l’hôpital et une augmentation des troubles du rythme cardiaque. » Cette phrase, qui conclut l’étude publiée le 22 mai par Mandeep R. Mehra, cardiologue à Boston et professeur de médecine à Harvard, dans la prestigieuse revue The Lancet, n’est pas la plus simple ni la plus élégante qui ait jamais été publiée, mais elle a eu l’effet d’une bombe. En résumé, elle signifie : le professeur Raoult a tort. Définitivement. Et avec lui, bien sûr, tous ceux qui, de Donald Trump à Michel Onfray, l’ont érigé en héros du peuple, chevalier du bon sens en croisade contre l’establishment et les « élites ».

L’OMS et Véran aux ordres de The Lancet?

L’étude, selon laquelle le traitement à l’hydroxychloroquine associée à un antibiotique accroît le risque de mortalité pour les malades du coronavirus, ne fait pas que conforter le vaste camp des anti-Raoult, elle entraîne la conviction de ceux qui n’ont pas d’a priori idéologiques ou politiques. Ceci pour deux raisons : le nombre des sujets (96 032 patients !) étudiés et la réputation du journal qui l’a publiée.

Les big data ne peuvent pas être utilisées pour comparer des traitements. Les multiples ajustements et redressements statistiques effectués par Mehra dans son étude du Lancet ne sont pas du tout une garantie de qualité

Pour la première fois, une analyse reposant sur les « big data », l’exploitation d’un nombre considérable de données informatiques, et non sur un véritable essai clinique aboutit en quelques heures à l’interdiction de prescription d’une molécule présente sur le marché depuis 1949, et à l’arrêt des essais cliniques de cette molécule dans le Covid-19. Ce qui conduit à s’interroger à la fois sur l’effet de sidération produit par les grands chiffres et sur l’effet d’intimidation, exercé tant par ces même grands chiffres que par le prestige de la revue.

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

On croit spontanément que plus l’échantillon d’une étude est vaste, plus il est représentatif, donc, plus l’étude est sérieuse. Ceci est loin d’être vrai. En 1936, le magazine américain The Literary Digest procéda à un vaste sondage sur l’élection du président des États-Unis. Il interrogea par courrier 10 millions d’électeurs issus de ses listes d’abonnés, des annuaires téléphoniques et des listes de propriétaires d’automobiles. L’analyse de 2,3 millions de réponses permit de prédire l’élection d’Alfred M. Landon avec 55 % des voix. Franklin D. Roosevelt fut pourtant élu président avec 61 % des voix ! L’erreur était d’avoir utilisé en toute confiance une base de données très volumineuse, mais non représentative de la population des électeurs : la probabilité qu’un citoyen américain pauvre ne disposant ni d’un abonnement, ni d’un téléphone, ni d’une automobile figure dans l’échantillon était quasi nulle. Ce qui a abouti à l’erreur de sondage et incidemment à la faillite du magazine…

Fiabilité douteuse

Un échantillon de grande taille n’est donc en aucune façon une assurance de qualité. On peut même avancer que, plus le nombre de sujets est important, plus il est difficile de vérifier la qualité des données et donc de garantir la fiabilité de l’étude. En 1926, quelques années avant l’élection de Roosevelt, le statisticien et économiste anglais Arthur Lyon Bowley avait établi le premier principe garantissant la représentativité d’un échantillon, celui des tirages aléatoires : tout sujet de la population de référence doit avoir une probabilité non nulle d’être sélectionné dans l’échantillon. En conséquence, un échantillon d’un million de personnes non tirées au sort ne sera pas représentatif de la population d’ensemble, alors qu’un échantillon de 1 000 personnes tirées au sort le sera. Cette démarche fondée sur les tirages aléatoires est suivie par les autorités locales corses pour estimer la séroprévalence au coronavirus dans la population insulaire. Curieusement, elle n’a pas été employée à l’échelle nationale ou européenne.

A lire aussi, du même auteur: Le coût de la vie

Les 96 032 patients provenant de 671 hôpitaux sur les six continents analysés dans l’étude de Mehra publiée par The Lancet n’ont pas été tirés au sort parmi les patients de tous les hôpitaux du monde, ni parmi l’ensemble des patients hospitalisés pour Covid-19. Et pour cause : seuls des hôpitaux disposant d’une plate-forme de dossiers électroniques interopérables, donc compatibles, ont pu être intégrés dans l’analyse, alors que de très nombreux établissements ne sont pas équipés pour le traitement informatique de leurs dossiers patients, ou équipés d’un système maison. Quand bien même les données seraient de bonne qualité (ce qui est peu probable, car il est impossible d’auditer les données de 671 hôpitaux en période pandémique), l’étude de Mehra n’est pas représentative.

Le Big data et les médicaments

Le deuxième problème tient à la méthode d’analyse des données collectées. La collecte d’informations sur la santé auprès des patients est probablement l’un des actes médicaux les plus anciens. Dans la Grèce antique, le Corpus hippocratique était un recueil de dossiers médicaux et l’une des premières tentatives de classement des maladies en fonction des symptômes et des observations. Avec la médecine moderne, on a créé des dossiers pour conserver des informations sur les patients, les investigations effectuées et les traitements en cours. Tandis que les soins médicaux deviennent plus complexes et personnalisés, les progrès des technologies numériques permettent le stockage et l’exploitation statistique de ces données. On peut par exemple connaître rapidement le nombre de sujets hospitalisés pour une pathologie donnée, le nombre d’examens médicaux par type de maladie, les profils de patients par type de consommation médicale, etc. En revanche, l’analyse rétrospective des bases de données hospitalières ne peut en aucune manière servir à comparer l’efficacité et la tolérance des traitements comme l’a fait Mehra.

Emmanuel Macron rencontre Didier Raoult à l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection, à Marseille, 9 avril 2020 Photo: Daniel Cole / AP / SIPA
Emmanuel Macron rencontre Didier Raoult à l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection, à Marseille, 9 avril 2020 Photo: Daniel Cole / AP / SIPA

On illustrera ce propos par un exemple réel. Chez les femmes souffrant d’infertilité, la production d’ovules par les ovaires peut être stimulée par l’hormone FSH que l’on obtient soit par purification d’urines de femme, soit par synthèse en biotechnologie. Les essais cliniques comparant les deux formes ont toujours conclu à un léger avantage pour la FSH de biotechnologie en termes de taux de grossesse, probablement du fait que le produit d’origine naturelle n’est pas aussi pur que son cousin artificiel. L’Allemagne a rassemblé dans une base de données l’intégralité des dossiers médicaux électroniques des femmes auxquelles étaient prescrits ces produits. Et l’exploitation de ces données (plusieurs dizaines de milliers de dossiers médicaux électroniques) a conclu à une meilleure efficacité de la FSH d’origine urinaire, contredisant tous les essais cliniques réalisés dans le monde. Des investigations approfondies ont permis de comprendre cette discordance : la FSH de biotechnologie, plus chère, était plutôt achetée par des femmes plus aisées, qui étaient en moyenne plus âgées que celles qui ont acheté la FSH urinaire. En l’occurrence, c’est donc l’âge (en liaison avec le niveau de vie) qui explique la différence d’efficacité exprimée en taux de grossesse. C’est en raison de ce genre de « biais de sélection » que les big data ne peuvent pas être utilisées pour comparer des traitements. Les multiples ajustements et redressements statistiques effectués par Mehra dans son étude du Lancet ne sont pas du tout une garantie de qualité. Bien au contraire, ce sont des pondérations arbitraires qui ne reflètent que les préjugés de leurs auteurs.

A lire aussi: Michel Maffesoli: le progrès n’existe plus

Il est donc curieux que les spécialistes chevronnés de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et les membres du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) se soient laissé si facilement abuser par cette étude.

La haute réputation de The Lancet explique largement le succès médiatique de cette étude. Fondé en 1823, le journal britannique est l’un des plus anciens et plus prestigieux médias médicaux. Son facteur d’impact (IF) est de 59, ce qui signifie que chaque article est cité en moyenne 59 fois par d’autres chercheurs. Publier dans The Lancet confère une grande visibilité et de meilleures chances de progression de carrière. Cependant, une revue médicale, aussi prestigieuse soit elle, n’est qu’un éditeur et non pas un organisme de recherche. Elle ne dispose ainsi d’aucune ressource pour vérifier l’honnêteté des articles. Le seul contrôle est constitué par deux ou trois relecteurs extérieurs bénévoles, choisis par la revue, qui émettent leurs remarques sur la base du seul manuscrit.

L’esprit critique

Il est donc arrivé que des études publiées dans de grandes revues scientifiques se soient révélées complètement fausses, voire frauduleuses. L’exemple le plus connu est l’étude publiée par The Lancet qui remettait en cause l’innocuité du vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR). L’étude portait sur 12 enfants et concluait que le vaccin ROR était responsable d’un syndrome associant autisme et troubles digestifs. Au cours d’une conférence de presse organisée dans un hôpital londonien, le premier auteur, Wakefield, recommanda l’utilisation de trois vaccins séparés à la place du vaccin combiné ROR qu’il présenta comme dangereux. Cet article fut immédiatement relayé par la presse britannique et internationale. La même année, beaucoup de parents refusèrent de faire vacciner leurs enfants par ce vaccin, entraînant une résurgence des cas de rougeole et de la mortalité par rougeole en Grande-Bretagne. Une enquête menée par le journaliste Brian Deer a mis au jour des tromperies : les enfants de l’étude ne présentaient pas de lésions digestives comme relatées dans l’article et leur inclusion dans l’étude résultait de la volonté de parents d’enfants autistes de poursuivre le fabricant du vaccin, et non de la constatation de signes d’autisme après la vaccination. Après quelques résistances de principe, The Lancet fut contraint de « retirer » l’article (en rajoutant un simple bandeau « Retracted »). Cependant, le mal était fait : de nombreux parents ont conservé une méfiance vis-à-vis du vaccin.

C’est également le Lancet qui publie régulièrement les résultats de l’Étude internationale sur l’impact des maladies (« Global Burden of Disease Study ») : initié par le professeur Murray de l’université de Washington, financé par la fondation de Bill et Melinda Gates, ce programme vise à comparer l’importance des maladies dans le monde grâce à un indicateur inventé par Murray lui-même en 1994, le DALY (Disability Adjusted Life Years) ou « Années de vie corrigées par l’incapacité ». Ainsi, un pays A est jugé globalement en meilleure santé qu’un pays B si le nombre d’années de vie sans handicap perdues sur une période donnée dans le pays A est inférieur à celui du pays B. Pour construire son indicateur, Murray choisit arbitrairement deux composantes qu’il se garde bien de définir : une durée de vie considérée comme « optimale » et le nombre d’années de vie avec handicap qu’on accepterait de sacrifier pour être en parfaite santé. Ses conclusions, régulièrement publiées par The Lancet, reposent sur de nombreuses suppositions ainsi que sur des données peu fiables dans la majorité des pays étudiés. En 2016, l’une des nombreuses études publiées par Murray dans le Lancet a prétendument établi que ce sont les maladies mentales qui ont le plus grand impact à l’échelle mondiale. Celles-ci étant rarement mortelles en dehors des suicides, cette étude occulte totalement les dix principales causes de décès dans le monde dont les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le diabète, les maladies diarrhéiques, etc. L’OMS a fait auditer la méthodologie des DALY par un groupe d’experts indépendants (DALY Review Group), dont les conclusions ont été accablantes : technique opaque réduisant des informations complexes à une valeur numérique unique dans le seul but de distraire l’attention des vrais problèmes. Le nom du Lancet fonctionne comme un label, une garantie de sérieux scientifique. Il couvre en l’occurrence des idéologies et des pseudo-standards. Tout comme l’étiquette de la bouteille ne suffit pas à faire le bon vin, un nom, même aussi ancien et prestigieux que celui du Lancet, ne doit pas amadouer l’esprit critique nécessaire à toute démarche scientifique, même et surtout en période de crise.

Mise en examen de David Pujadas: la vie est trop injuste


Bar de Sevran « interdit aux femmes »: le journaliste vedette David Pujadas et la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte sont renvoyés en procès pour diffamation. L’analyse de Céline Pina.


Il y aurait quelque chose de presque comique dans la mise en examen de David Pujadas suite à une plainte en 2017 de Amir Salhi, le patron d’un bar de Sevran (Seine Saint-Denis), mais derrière cette triste affaire, on peut craindre que la réalité de ce que vivent les femmes dans certaines banlieues ne finisse par être occultée au bénéfice d’un politiquement correct mensonger.

Le bar en question était devenu l’exemple du séparatisme et de la non-mixité qui sévit dans certains quartiers où l’islam traditionaliste impose ses règles peu à peu, sans avoir même à les formuler. L’intimidation est bien plus efficace que certaines règles écrites, comme a voulu le démontrer Nadia Remadna, présidente de la Brigade des mères, une association sevranaise qui lutte entre autres contre la radicalisation de jeunes musulmans et contre le clientélisme communautaire de certains élus.

En 2016, nous sommes en pleine campagne présidentielle et, même si ce n’est pas franchement la ligne éditoriale de France 2, il faut bien parler de ces sujets qui fâchent. Pas trop non plus, car pour un reportage sur l’entrisme islamiste dans les quartiers, combien de tribunes accordées aux islamo-gauchistes, aux indigénistes, aux racialistes, et aux néo-féministes de tout poil ?

La ligne Ernotte

Il est vrai que cette ligne éditoriale avait été largement suggérée, pour ne pas dire imposée, par Delphine Ernotte, nommée à la tête de France télévisions en 2015 grâce à un réseau « d’amitiés » parmi lesquels François Hollande. Une nomination entachée d’irrégularités, largement dénoncée par la profession. Rappelons que Delphine Ernotte n’avait aucune expérience dans l’audiovisuel ou dans la presse écrite.

A lire aussi: Chassez le mâle blanc, il revient au galop!

Delphine Ernotte est arrivée avec de « grands projets » pour le service public. Rapidement, elle les affirme avec force conviction ! « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va falloir que ça change. » David Pujadas aurait peut-être dû se méfier, se sentir visé, mais il est une star des JT à l’époque. L’équivalent d’un Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Sa longévité sur le service public devait le protéger, pensait-il. Ce fut le cas… jusqu’à ce que la campagne présidentielle de 2017 entre dans le dur.

En décembre 2016, David Pujadas invite Nadia Remadna, la courageuse militante de Sevran qui avait enregistré en caméra cachée le reportage sur le bar de Sevran où l’on entendait clairement l’un des habitués dire : « On est à Sevran, pas à Paris […]. Ici, c’est une mentalité différente, c’est comme au bled. » Ce que beaucoup de femmes hélas vivent au quotidien, car elles ont intégré, consciemment ou non ce séparatisme. Dans ces quartiers, inutile d’afficher sur la devanture « réservé aux hommes », car chaque femme le sait, le vit et n’oserait même pas passer la porte de ce type d’établissement.

La machine s’emballe

Et là, l’affaire s’emballe. Tout d’abord, le maire de Sevran qui exprime son mécontentement, relayé par les très objectifs Bondy Blog, Inrockuptibles et consorts. Le mal était fait. Plutôt que de vérifier les faits en poussant l’enquête, en passant le périphérique pour voir que le séparatisme qui sévit dans ce type d’établissements est largement répandu, il fallait vite démontrer le caractère raciste de ce reportage. Un reportage raciste… pourtant porté par deux arabo-musulmanes ! Mais qu’importe les faits devant l’idéologie.

Bien sûr, tout le petit monde malveillant des indigénistes, décolonialistes et racialistes, relayé par la complaisance des militants islamo-gauchistes et de nombre d’élus dits de gauche se met en branle pour clouer au pilori Nadia Ramadna. Le patron du café, Amir Sahli, porte évidemment plainte pour discrimination, le CSA est saisi. Il ne trouvera « aucun manquement de la chaîne dans cette affaire », comme le rappelle Pascal Bon-Doucet, directeur délégué de l’information à France-Télévisions en 2018.

Mais en 2017, David Pujadas est finalement « remercié » par la direction de France-Télévisions, qui souhaitait renouveler le personnel et se débarrasser des « mâles blancs » de plus de 50 ans et donner une image plus représentative de la France (donc plus métissée, plus féminine, etc).

A retrouver sur REACnROLL : Marcel Gauchet : «La plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même»

Un Pujadas pourtant très complaisant

David Pujadas avait pourtant largement anticipé ce nouveau paradigme. On pourrait saluer son ouverture d’esprit comme on pourrait critiquer son manque de discernement. Il avait déroulé le tapis rouge à nombre de représentants de la sphère indigéniste. À commencer par l’inénarrable Rokhaya Diallo qui pouvait débiter ainsi ses fadaises sur le privilège blanc ; des fadaises qui ne sont en réalité que la traduction des élucubrations de Robin di Angelo, la sociologue américaine qui gagne un « pognon de dingue » aux États-Unis en faisant son miel de ces théories. Si Rokhaya Diallo n’est pas Albert Londres en termes de talent d’enquêtrice, elle est en tout cas bonne traductrice.

Malgré ses efforts dans ses émissions, David Pujadas avait été écarté de France 2. Ici Manuel Valls face à la militante anti-laïcité Attika Trabelsi. Image: capture d’écran Youtube

Qu’importe, il fallait continuer… Et sous couvert de présenter des femmes musulmanes soi-disant apolitiques, on a vu défiler chez Pujadas, Wiam Berhouma, présentée comme une modeste professeure d’anglais de Noisy-le-Sec (93) non encartée. Qu’importe sa proximité avec les milieux islamistes. Ikwan info rappelle son investissement dans le MAFED, collectif de femmes « racisées » dénonçant le racisme d’État en France et soutien inconditionnel du PIR (Parti des indigènes de la république). Rappelons que cette militante avait intimé, lors d’un débat à Alain Finkielkraut de se taire « pour le bien de la France » en le traitant de pseudo-intellectuel. Puis, c’est au tour d’Attika Trabelsi, militante antiraciste et féministe bien sûr de pouvoir partager ses idées, et surtout sa foi, sur le plateau de France-Télévisions en face de Manuel Valls. En réalité Attika Trabelsi est présidente de Lallab, une association pseudo-féministe où l’on est surtout pro-voile, et étendard de la mode pudique.

Et ça continue encore et encore

En novembre 2017, Maboula Soumahoro, universitaire proche du PIR aura eu chez Pujadas son moment de gloire. Lors d’un débat télévisé, désormais sur LCI, François Pupponi, député de Sarcelles (95) rapporte comment des Noirs de Sarcelles avaient monté une liste « pour que les Noirs reprennent le pouvoir » au motif que la ville serait gérée par des Juifs. Si François Pupponi et par la suite Atlantico y voient à juste titre une liste raciste et antisémite, la Dieudonné féminine n’y voit rien de répréhensible, car… la liste n’a pas été élue. On attend encore la condamnation du rectorat, pourtant si prompt ces derniers temps, à annuler la moindre conférence ou spectacle qui ne correspondrait pas aux nouveaux codes. Rappelons la couarde débandade universitaire quand la première représentation de la pièce d’Eschyle, « Les suppliantes » a été censurée par des antiracistes qui y dénonçaient l’usage du Blackface.

La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00635163_000038
La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00635163_000038

Tout ça pour dire que la complaisance affichée de David Pujadas envers les islamistes n’aura même pas servi à sauver son poste sur le service public !

Reste à savoir si l’affaire du bar PMU de Sevran aura bien été le bouton qui a déclenché son siège éjectable de France télévisions. Toujours est-il que Delphine Ernotte n’a pas hésité à s’en débarrasser. Il est donc ironique de les voir ensemble dans le box des accusés.

Et il est tout aussi ironique de les voir accusés du forfait de « discrimination raciale » alors que tous deux, chacun à leur manière, n’ont cessé de donner des gages à ce nouvel antiracisme porté par des militants pour qui le mot a été détourné de son sens et qui signifie le plus souvent défense de l’islam, attaque de la France et de son histoire, quand ce n’est pas carrément dénonciation en règle des Juifs et de leur supposé pouvoir. Leur complaisance aura été fort mal récompensée, peut-être que cela les incitera à cultiver dorénavant le courage et le discernement.

Silence coupable

Price: ---

0 used & new available from

L’arrêt-maladie qui a gâché la campagne de Michèle Rubirola à Marseille


 Selon Capital, Michèle Rubirola (Printemps marseillais) aurait profité d’un congé maladie pour faire campagne pour la mairie. Plus belle la vie!


Avoir pour employeur l’Assurance maladie, obtenir un arrêt-maladie dudit employeur, profiter de son temps libre pour faire campagne et briguer la mairie d’une des trois plus grandes villes d’un pays… Tout ceci vous semble peu plausible ?

Implausible n’est pas français ! De nos jours, la maladie, si elle empêche de travailler, n’empêche pas de militer. Après les révélations fracassantes d’une vilaine gazette sur Assa Traoré, notre Angela Davis, et en cette période d’élections municipales, un autre cas de fraude potentielle du côté de la Canebière mérite d’être rappelé. À Marseille, Michèle Rubirola, tête de liste du Printemps marseillais (coalition EELV, LFI, PC, PS), arrivée première le soir du premier tour et favorite pour briguer la succession de Jean-Claude Gaudin, aurait profité de ses arrêts-maladie pour faire campagne.

C’est en tout cas ce qu’avait révélé le journaliste Olivier-Jourdan Roulot dans Capital il y a quelques semaines. Notre confrère avait pu consulter trois arrêts-maladie dont aurait bénéficié la candidate (le premier du 25 octobre au 20 décembre 2019, le second du 20 décembre 2019 au 21 janvier 2020 et le dernier, du 20 janvier au 20 mars). Or, même dans l’hypothèse où la case autorisant les sorties était bien cochée, il serait de toute manière strictement interdit d’exercer une activité de campagne électorale en période d’arrêt-maladie. Réalisant vraisemblablement son erreur, le 24 janvier, Michèle Rubirola envoie en catastrophe un email à son employeur (pour rappel, l’Assurance maladie), pour lui signaler qu’elle souhaite interrompre son arrêt-maladie et ne plus percevoir d’indemnités au-delà du 21 janvier.

Capital raille la candidate malade : « Étonnant cet arrêt-maladie de deux mois que la patiente considère caduc au bout d’un jour ». Ha, mais rien ne dit qu’elle ne s’est pas rendue à Lourdes pendant ce temps, bande de capitalistes persifleurs !

Nos amis marseillais peuvent évidemment glisser un autre bulletin dans l’urne dimanche. Malheureusement, de son côté, France 2 a révélé il y a dix jours qu’une colistière de la principale candidate de droite, Martine Vassal (LR), proposait d’établir des procurations par téléphone, sans passer au commissariat, ce qui est également interdit. Que la meilleure gagne !

Edouard Philippe «pas candidat contre Macron en 2022». Et si Macron n’y va pas?


Etrange déclaration: ça n’allait pas de soi? 


Un jour de 2017, le ministre de l’Économie vint voir le président qui l’avait nommé. Il lui annonça qu’il était dans ses intentions de se porter candidat aux élections présidentielles. Un peu estomaqué Hollande répondit : « Et si je me présente ?»

Macron resta silencieux. Le message fut immédiatement compris par François Hollande. Sa courbe de popularité étant en baisse alors que celle du chômage montait, le président de la République s’inclina devant la détermination de son ministre de L’économie. Il renonça à se présenter et Emmanuel Macron fut élu.

Le Havrais au plus haut dans les sondages

Cet épisode prend tout son sens à la lumière de la dernière déclaration de Gilles Boyer, député européen LREM. Il est l’ami le plus proche d’Edouard Philippe. Difficile donc d’imaginer qu’il ait parlé sans l’avoir consulté au préalable. Il a donc lâché : « Edouard Philippe ne se présentera pas contre Emmanuel Macron en 2022 ». Ce qui pourrait aussi se comprendre par : « mais si Macron ne se représente pas, rien n’est exclu ».

A lire aussi: «Hidalgo, Dati et Buzyn n’ont aucune différence programmatique fondamentale»

Rappelons que le Premier ministre est au plus haut dans les sondages[tooltips content= »Fait inédit pour un Premier ministre, Philippe pourrait de plus être élu maire du Havre dimanche soir NDLR »](1)[/tooltips]. alors que le président de la République poursuit sa descente aux enfers. Imaginons – et en tout cas Gilles Boyer l’a imaginé pour nous – la scène suivante. Edouard Philippe annonce à Macron sa décision d’être candidat en 2022. « Et si je me présente ? » réplique Macron. Edouard Philippe ne répond pas.

Remaniement gouvernemental imminent

La question qui se pose dès lors est de savoir si Macron est plus solide que Hollande. La déclaration de Gilles Boyer a beaucoup de points communs avec un poignard dissimulé dans un gant de velours. On ne peut y voir autre chose qu’une menace ou qu’un chantage.

Le contexte s’y prête. Tout Paris parle d’un remaniement ministériel et l’éjection d’Edouard Philippe fait partie des hypothèses souvent envisagées. Et là Boyer est encore plus clair. « Edouard Philippe est un point de repère pour l’électorat de centre-droit. Ce sera utile en 2022 ».

Puis il enfonce le clou : « Emmanuel Macron le sait. Il prendra donc la bonne décision ». La bonne décision ? En langage de voyous ça se dit « à bon entendeur salut ». Mais Gilles Boyer est quelqu’un de très bien élevé.

La Convention climat ou l’art… du recyclage!

0

Lancée en octobre 2019 dans le sillage du Grand débat national, la Convention citoyenne se voulait un modèle de « démocratie participative ». Pour une question aussi technique et complexe, elle en montre surtout les limites. Dans le domaine clé des transports, les propositions sont tout sauf innovantes. On les a vu fleurir depuis des décennies, dans le ferroviaire, le fluvial, le maritime, le routier, l’aérien… En vain.


Si les travaux de la Convention citoyenne sur le climat avaient pour objectif de tester la pertinence de la démocratie participative dans l’élaboration de politiques novatrices, leurs conclusions ont de quoi laisser le lecteur sur sa faim. Le projet, qui consistait à faire émerger des solutions pour réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à leur niveau de 1990, était fort ambitieux. A considérer le travail fourni, il fut traité avec sérieux et sincérité par les 150 membres de cette convention. Mais est-ce suffisant?

Déjà, au Grenelle de l’Environnement…

 Par exemple, si l’on se concentre sur le volet «se déplacer» (l’une des thématiques avec «produire /travailler», «se nourrir», «se loger» et «consommer»), on retrouve parmi les préconisations nombre de celles qui ont déjà fleuri dans les multiples rapports sur le sujet depuis des décennies. Ou qui ont marqué les conclusions du Grenelle de l’Environnement de 2007. Ou qui ont déjà fait l’objet de débats nationaux sur la mobilité durable… Certaines de ces préconisations ont été suivies d’effets, d’autres pas. Or, en reprenant celles qui furent abandonnées sans se pencher sur les raisons qui ont empêché qu’elles aboutissent, les conclusions de la Convention…

>>> Lire la suite sur le site de Transitions & Energies <<<

« Hidalgo, Dati et Buzyn n’ont aucune différence programmatique fondamentale »


Comment éliminer un adversaire politique? En supprimant sa mairie, pardi! Cette solution sommaire a été appliquée à Paris à travers la fusion des quatre premiers arrondissements. A l’issue de cette réforme, le maire du 1er Jean-François Legaret, issu des rangs de la droite, a perdu son fief sans la moindre élection. C’est en homme libre qu’il répond aux questions de Causeur sur ce tour de passe-passe, le bilan d’Anne Hidalgo, le logement social et les transports. Entretien.


Daoud Boughezala. Pour quelques jours encore, vous êtes maire du 1er arrondissement de Paris, fonction qui ne sera pas renouvelée puisque les quatre premiers arrondissements de la capitale ont fusionné. Le but de l’opération était-il vraiment de vous déboulonner ?

Jean-François Legaret. Oui. Anne Hidalgo comptait briguer cette nouvelle mairie qui inclut le quartier de l’Hôtel de ville. Elle avait remarqué que sur les quatre premiers arrondissements de Paris, le 1er arrondissement était le seul arrondissement d’opposition et le plus petit en nombre d’habitants comme d’électeurs. En revanche, le 3ème très ancré à gauche avec un maire d’arrondissement, Pierre Aidenbaum, qui ne se représentait pas, est le plus gros de l’ensemble. Elle s’est donc battue pour obtenir la fusion.

La fusion des quatre premiers arrondissements est un arrangement entre François Hollande et Anne Hidalgo.

Comment cette décision a-t-elle été prise ?

C’est un arrangement entre deux personnes : François Hollande et Anne Hidalgo. Quand il était Premier ministre, Manuel Valls pensait que c’était une mauvaise idée et avait retiré la fusion du projet de loi sur Paris. Mais Anne Hidalgo a relancé François Hollande qui a donné instruction à son éphémère dernier Premier ministre Bernard Cazeneuve de faire passer cette réforme en catimini, en application de la procédure d’urgence. Il y avait manifestement urgence en février 2017 pour changer une loi (la dernière du quinquennat !) qui ne s’appliquerait qu’aux municipales de 2020.

Tout cela s’est fait sans jamais avoir consulté les conseils d’arrondissements, ni le Conseil de Paris. C’est la raison pour laquelle j’ai posé une Question prioritaire de constitutionnalité qui sera examinée par les Sages après les élections. C’est un énorme déni de démocratie !

Jean-François Legaret

Le plus incroyable, c’est qu’une fois cette fusion obtenue, Hidalgo s’en est vantée, mais s’est fait littéralement jeter par la population qui aimait bien ses maires d’arrondissement. Au point qu’elle a est finalement allée se présenter dans le 11e. Tout ça pour ça….

Arithmétiquement, la seule alternative envisageable à la réélection annoncée d’Anne Hidalgo aurait été une alliance LR-LREM. Qu’en pensez-vous ?

Je partage entièrement cette opinion. Le mode de scrutin municipal, depuis Mitterrand, est un scrutin à la proportionnelle avec prime majoritaire. Cela a été fait pour qu’il y ait toujours une majorité stable dans les conseils municipaux. Soit on est élu au premier tour et on a la majorité absolue ; soit au second tour, la liste qui arrive en tête empoche la moitié +1 des sièges. Alors si vous avez par exemple cinq ou six listes, la liste qui arrivera en tête, même si elle n’a que 20%, obtient la majorité des sièges. A Paris, cette prime majoritaire se calcule dans chaque secteur. Jusqu’à présent, on ne s’est jamais posé ce genre de question car on a toujours eu des deuxièmes tours très polarisés droite/gauche.

Or, cette année, c’est la première fois que l’on a des triangulaires dans quasiment tous les arrondissements, avec une liste de gauche, une liste de droite, une liste En Marche, plus éventuellement une autre liste de moindre importance.

Il est très difficile de savoir de quel côté va retomber la tartine. C’est pourquoi les sondages où l’on demande aux Parisiens s’ils votent Buzyn, Hidalgo, ou Dati ne veulent rien dire. Ce n’est pas comme ça qu’on vote.

 Si l’abstention est forte, cela profitera à Hidalgo

Quel résultat prévoyez-vous ?

Cela dépendra beaucoup de la mobilisation. Si l’abstention est forte, cela profitera à Hidalgo, dont la base électorale est importante puisqu’elle s’est déjà déplacée au premier tour. Mais en cas de réveil de la participation, risque de s’exprimer un phénomène d’allergie qui est assez fort à l’encontre d’Hidalgo chez nombre de Parisiens dans beaucoup d’arrondissements. La question de la prime majoritaire rendrait la question assez complexe.

Ce scénario bénéficierait à Rachida Dati qui semble la mieux placée…

Oui parce que Buzyn a été mise hors-jeu. Elle a été imposée directement par Emmanuel Macron, a laissé tomber le ministère de la Santé en plein Covid puis a a dit des choses regrettables. Tout cela ne lui est pas favorable…

Penchons-nous sur le fond des dossiers de la politique parisienne. Sociologiquement, Paris semble de plus en plus rassembler les plus aidés (habitants des HLM) et les plus aisés. Cette terra-novisation profite-t-elle mécaniquement au PS ?

Oui, c’est un peu vrai. Depuis 2001, les logements sociaux ont été volontairement accordés à des catégories sociales plus défavorisées que ceux qui y étaient logés jusqu’alors. Tout cela a évidemment été fait avec des visées électorales. Mais cela ne signifie pas que Bertrand Delanoë comme Anne Hidalgo ont investi dans le logement social. C’est bien pire que cela. La gauche a trouvé à Paris un parc de logements constitué d’une manière tout à fait arbitrée et volontairement organisée. Sous Chirac et Tibéri, quand on construisait les programmes de logements – et il y en a eu beaucoup à cette époque là et très peu depuis –, on mettait en place des logements sociaux pour moitié, et pour moitié des logements intermédiaires. Le loyer des logements intermédiaires correspondait à un médium entre le prix du marché et les loyers de HLM. Cela servait aux classes moyennes trop pauvres pour habiter des logements privés mais trop riches pour avoir droit au logement social.

L’équipe d’Hidalgo fait tout pour prolétariser le parc de logements existant…

Justement, l’équipe d’Anne Hidalgo se pique de mixité sociale…

Pourtant, son équipe fait tout pour prolétariser le parc de logements existant. Plutôt que de lancer de nouveaux programmes de construction, Hidalgo a surtout reconventionné. Par le biais des sociétés dont la ville de Paris est propriétaire et qui ont la main sur ces parcs sociaux, elle a fait passer des logements intermédiaires dans des catégories de logements sociaux. Sans dépenser un centime et en bénéficiant de subventions de l’Etat pour le faire, fla ville a ainsi fabriqué un parc de logement sociaux par la destruction du parc de logements intermédiaires. Je connais d’ailleurs des habitants qui vivaient dans des logements intermédiaires depuis plusieurs générations et ont dû quitter Paris. On leur a donné deux ans pour quitter leur logement parce que celui-ci ne figurait plus dans la catégorie des logements sociaux.

Ils sont donc remplacés par des gens à faible revenu, qui viennent souvent de banlieue.

Exactement. Et ce ne sont pas des Parisiens.

Dans un ensemble de nouveaux logements comme la ZAC des Batignolles, se côtoient des logements de très haut standing et des logements sociaux à très bas prix.

C’est le contraire de la mixité. Vous avez deux catégories sociales qui s’opposent et qu’on oblige à vivre ensemble alors qu’on sait que cela ne se passe pas bien. Pour créer une vraie mixité, il faut toutes les catégories, y compris les catégories intermédiaires qui sont aujourd’hui sous-représentées à Paris. Les couples de fonctionnaires, d’artisans, n’ont plus la possibilité d’habiter Paris. Ils ont déménagé de l’autre côté du périphérique.

Les piétons se sentent bien plus en danger à cause des cyclistes que des voitures

Passons à un autre volet contesté du bilan d’Anne Hidalgo : les transports. Dans votre arrondissement, depuis le confinement, les cyclistes monopolisent certains tronçons de la rue de Rivoli au risque de blesser les piétons. Cela ne vous choque pas ?

Quand on a décidé l’élargissement de la rue de Rivoli aux vélos, il y avait déjà une piste cyclable. Pendant le confinement, en l’absence de voitures, la ville prétendait que cela serait temporaire. Je fais moi-même du vélo, il m’est arrivé pendant le confinement de remonter les Champs-Elysées à vélo, j’ai fait le tour de la place de l’Etoile, j’étais absolument seul. Comme par hasard, à trois semaines des élections municipales, Hidalgo s’engage à pérenniser cet aménagement. C’est abusif sur le plan démocratique, et même sur le plan réglementaire.

Surtout, cela pose plusieurs problèmes. D’abord, ces nouveaux cyclistes deviennent enragés. Moi-même sur mon vélo, j’ai été renversé par un cycliste qui ne s’est pas arrêté, et ne savait absolument pas conduire… Les piétons se sentent bien plus en danger à cause de ces cyclistes que des voitures, d’autant qu’elles roulaient à faible vitesse rue de Rivoli en raison des bouchons. Le nombre d’accidents a beaucoup augmenté pour les vélos. Les professionnels (chauffeurs de bus, livreurs) sont effarés car ils n’osent plus traverser un carrefour sans la crainte d’en renverser un.

L’hégémonie des vélos nuit-elle également à l’activité économique ?

Absolument. Dans le premier arrondissement de Paris, nous accumulons les plus gros chantiers de France et de Navarre, avec le chantier des Halles enfin terminé, le chantier du Louvre qui ne finira jamais, le Louvre des Antiquaires, le théâtre de la Ville, l’ex-Samaritaine, etc. Ce sont des chantiers gigantesques qui nécessitent des moyens logistiques très importants. La question des livraisons devra être résolue. Et imaginons que ces travaux soient terminés, cela entraînera un afflux de touristes. Des établissements prestigieux vont se créer. A part la Samaritaine, il y aura un hôtel du type du Cheval blanc avec toutes les livraisons que cela implique. Le fait de dire que tout se fera sur des vélos est tout à fait déconnecté de ce qui fait la vitalité et le rayonnement international de Paris. C’est une ville mythique qui a une image extraordinaire et cette espèce d’entre-soi est incompatible avec toute ambition parisienne par rapport ce que Paris représente dans le monde.

Rue de Rivoli, on a mis des espèces de plots en plastique jaune pour marquer la piste des vélos. C’est du vandalisme!

Pourquoi vous opposez-vous à la suppression des autoroutes urbaines que sont les voies sur berges pour les mettre au service des piétons ?

Les voies sur berge à 50 km/h, ce ne sont pas une autoroute mais une très jolie promenade en voiture. En revanche, rue de Rivoli, dans ce paysage urbain magnifique copié dans le monde entier pour ses arcades, on a mis des espèces de plots en plastique jaune pour marquer la piste des vélos sur toute la longueur de la rue, en face du jardin des Tuileries… Le paysage autoroutier, c’est ça ! On n’a pas le droit de défigurer un site de cette qualité qui a cette importance patrimoniale dans le monde entier. C’est du vandalisme, un acte d’inculture, de négation et de déni de l’importance et du prestige de Paris !

Au fond, au cours de cette campagne municipale, a-t-on entendu des projets alternatifs à celui de la maire sortante ?

Non. Je regrette que cette édition se soit réduite à un casting entre trois grâces. C’est un trio de femmes qui n’ont aucune différence programmatique fondamentale. Il y a eu des polémiques, des noms d’oiseaux échangés, des paroles malheureuses avec des droits de réponse… mais pendant ce temps, on n’a pas parlé de Paris.

N’ayons pas peur de gagner!


De quasi marginal, le discours souverainiste est devenu hégémonique à l’heure où la lutte contre le Covid-19 réhabilite l’indépendance industrielle et le respect des frontières. Au lieu de critiquer les ralliés, les souverainistes canal historique devraient se réjouir de leur victoire idéologique


« Souverainisme, j’écris ton nom » : c’est le titre d’une tribune de Florence Kuntz, William Abitbol et Paul-Marie Coûteaux publiée dans Le Monde le 30 septembre 1999. Elle reprenait le terme utilisé par les cousins québécois qui avaient échoué lors du référendum d’indépendance de la Belle Province, quatre ans plus tôt. Quelle drôle d’idée, quand on y repense aujourd’hui ! Primo, la situation de la France n’était pas la même que celle des Canadiens français. Ceux-ci cherchaient à recouvrer leur pleine souveraineté en quittant un véritable État fédéral. Nous avions déjà cédé beaucoup en adoptant de justesse le traité de Maastricht et en acceptant que la Cour de cassation et le Conseil d’État fassent prévaloir la moindre directive d’un eurocrate sur la loi votée par nos représentants. Mais nous étions toujours un État-nation, présent en tant que tel à la table des Grands avec un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et puissance nucléaire. Secundo, pourquoi reprendre un terme qui avait été le synonyme d’une défaite pour nos alter ego du Parti québécois, emmenés par le truculent Jacques Parizeau ?

Les irréductibles Gaulois

So romantic ! So French ! Il y a quelque chose de furieusement français dans ce goût d’être défait. Astérix et son petit village, qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, ne sont jamais bien loin. Parfois, on pousse le paradoxe encore plus loin. Dans les années 1960, les Français préféraient majoritairement Raymond Poulidor, le perdant magnifique… mais il y avait parmi ceux qui en pinçaient pour Anquetil une délectation toute particulière d’être minoritaire. Je ne saurais leur reprocher. Vingt ans plus tard, je préférais Fignon alors que tous mes copains soutenaient le « Blaireau », Bernard Hinault. « Minoritaire », donc. Écoutons la chanson de Jean-Jacques Goldman qui date de 1982:

Et tant pis si la foule gronde
Si je ne tourne pas dans la ronde
Papa quand je serai grand je sais ce que je veux faire
Je veux être minoritaire
J’ai pas peur, j’ai pas peur, j’ai pas peur
J’ai mon temps mes heures
J’ai pas peur, j’ai pas peur
Un cerveau un ventre et un cœur
J’ai pas peur, j’ai pas peur, j’ai pas peur
Et le droit à l’erreur

Et si cela avait été donc une erreur, justement ? Cette culture de la défaite, ce plaisir à contre-pied ne concernent pas que moi. Il est même possible qu’il s’agisse d’une tradition dans ces colonnes. Il suffit de regarder Élisabeth sur CNews chez Pascal Praud, chaque lundi matin. Elle adore ça. Alain Finkielkraut lui a d’ailleurs fait remarquer pas plus tard qu’il y a deux mois, que « l’anticonformisme est aussi un réflexe pavlovien ». Dans cette accusation, il y avait une bonne part d’injustice et un soupçon de vérité.

Trop de souverainistes tue le souverainisme?

Pourtant, comme la patronne, je me redécouvre libéral en écoutant François Sureau, constatant avec une dose raisonnable d’effroi la manière dont mes compatriotes se sont confinés sans moufter. Alors que le mot « souveraineté » est aujourd’hui dans toutes les bouches, y compris celle du président, on en vient à craindre le zèle de tous ces néophytes souverainistes. Ne seraient-ils pas tentés de jeter le bébé de la liberté individuelle avec l’eau du bain néolibéral, autrement dit de sacrifier les libertés publiques avec le retour de l’autorité de l’État-nation ?

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Et mes libertés c’est du poulet?

Raison de plus pour ne pas se résigner à demeurer spectateurs. Seulement, comme l’a remarqué le camarade Zemmour, si les nouveaux apôtres de la souveraineté utilisent désormais un mot qu’ils prononçaient encore en janvier comme s’ils venaient d’ingurgiter de l’huile de ricin, ils honnissent toujours autant les « souverainistes ». Il suffit d’observer le traitement médiatique subi par Michel Onfray. Même si le philosophe sait aussi lâcher ses coups sur des plateaux qui l’accueillent volontiers, il a eu à subir le traitement habituel des imprudents qui disent vouloir dépasser la droite et la gauche au nom de la liberté de la nation. Ceux qui prennent un plaisir inavoué à figurer sur les listes noires du Monde ou de Libération n’ont pas grand-chose à craindre. La tradition n’est pas en danger.

Se montrer aussi machiavélien que le camp d’en face. Avoir des mains, au risque de les salir. Et ne pas se dérober

Mais, de grâce, tentons aussi d’aimer la victoire. « Ce qui doit primer, ce n’est pas l’idéal européen, c’est la nécessité de redevenir souverain », déclarait Raphaël Glucksmann à L’Obs, il y a quelques semaines. Et le très moderne Roux de Bézieux, qui préside aux destinées du Medef, fait entendre la même musique. Trop de souverainistes ont accueilli ces conversions en pleurnichards ou en esprits forts. À les entendre, il n’y aurait là qu’opportunisme et insincérité ! D’abord, on n’en sait rien, et puis, quand bien même ! C’est le signe que les lignes bougent, peut-être que la victoire culturelle est en bonne voie.

Fonder une vraie résistance souverainiste

Il est temps de conclure cet article et, par la même occasion, plus de onze années de compagnonnage avec Causeur, cette école de l’exigence. Faut-il rester souverainiste ? Le terme n’était certes pas le mieux choisi, mais il est là. Que nous ayons eu raison avant tout le monde en refusant la diabolisation de la nation, en proclamant qu’elle était, sans doute pour longtemps, le cadre indispensable de la communauté politique, la mémoire de Philippe Cohen m’en est témoin. Cela ne nous oblige nullement à camper dans la confortable culture de la minorité scrogneugneu. Ce serait une fuite devant les responsabilités.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Tous souverainistes, les uns contre les autres

Faire preuve d’habileté. Se montrer aussi machiavélien que le camp d’en face. Avoir des mains, au risque de les salir. Et ne pas se dérober. Cela passe bien sûr par le travail intellectuel, mais pas seulement. Certains prôneraient sans doute le réinvestissement dans les partis existants alors que d’autres préféreraient en créer de nouveaux. Encore faudrait-il que les souverainistes se parlent pour en décider. Encore faudrait-il qu’ils se parlent pour s’organiser, définir des stratégies. Encore faudrait-il qu’ils se parlent pour cesser d’entretenir ainsi cette culture minoritaire, soit par dandysme, soit par paresse, soit par fatalisme, soit en attendant un messie en mode « Macron souverainiste », dans le confort du confinement politique.

Continuer de penser contre soi-même, oui bien sûr. Mais pas au risque d’être, une fois de plus, les dindons de la farce !

L’homme est un loup pour l’homme

0

Épisode 13 : mon semblable mon frère


22 juin 2020

Rappel

À se demander si, en l’absence de distance sociale, l’indignation Back Lives Matter chauffée à blanc tue le coronavirus tout en apportant son lot d’idées tordues qui pénètrent le corps politique en y faisant des dégâts irréparables. C’est une pandémie idéologique qui déferle. On a du mal à ne pas répondre à l’hystérie par la panique. J’ai besoin d’un regard littéraire. Noir & blanc en trois dimensions :

« Mon semblable mon frère »
(extrait / pp 54-58)

Nous, on gagne la vie en racontant des his­toires. On vit des histoires qu’on raconte. Comment vivre si l’on met en cause chaque phrase, chaque pas ?

Et nous, à peine avancé, il recule. « Attends … attends que je m’organise … ». Nous deux, sous les arcades de l’Hôtel Central, baigneurs à la lisière d’un océan démonté, on s’organise avant de se frayer un chemin entre les banabanas de l’avenue William-Ponty. Un homme nous croise, se retourne, nous aborde:

« Vous êtes américains » ?

Il est grand, digne, fort d’une puissance afri­caine, le visage noir, lisse, luisant. Lumière d’une intel­ligence fine, voilée d’un malheur lancinant. Je reconnais à son accent qu’il n’est pas francophone.

« Moi, non. Je suis tanzanien. Elle est américaine ».

Un voile de plus tiré sur son visage. Je me dis que c’est à cause du mensonge. Blessant. Ou bien il a compris que celui qui se dit tanzanien refuse la conversation. Alors, il cache sa dignité bafouée derrière un voile. Et disparaît dans la foule.

Moi aussi, blessée : « Où est le problème ? Personne n’a le droit de te parler » ? Ce n’était pas mon idée de l’aventure. On est à l’étranger, on parle aux inconnus. On voyage, on découvre le « peuple ». Il ne veut rien en savoir de ces inconnus, ses frères africains. Même pas un petit échange. Où est le mal ?

On remonte l’avenue, interpellés de tous les côtés : des lunettes fumées, des ceintures en skaï, de la pacotille, des montres tape-à-l’œil, des bijoux trompeurs en or et ivoire. « Psst, miy goood frend, cheeeeep price» ! Il a beau s’organiser, on n’a pas fait les deux cents mètres jusqu’au café que déjà il est froissé.

« C’est un banabana. Je m’y connais ».

« Ah non, là, carrément, tu exagères ».

Et l’homme est là, à nous regarder par-dessus la haie. Cette haie ­fleu­rie à toute heure de têtes de banabana.

« Tu prendras quelque chose »?

Pas vrai ! C’est l’homme avec moi qui l’invite ? Mon plaisir devant ce changement de cœur est coupé court. « C’est de l’arnaque. Tu verras que j’avais raison. Maintenant, on va écouter son histoire et à la fin c’est toi qui décides combien on doit lui donner ».

L’homme accepte de prendre un café, pas de croissants. La faim est écrite, indélébile, dans le vide laissé par sa poitrine en recul de la chemise. Un malheur lancinant. La chemise très propre, délavée. Le visage fort, visage de puissance africaine. Je lui donne 37 ans. Peut-être moins.

« Je n’aime pas ce Dakar, ah non. Je suis ici trois mois, et si je pouvais partir… Une boîte américaine me dit de venir. Pour un job. Il me dit ça chez moi, en Gambia. C’est mon pays. Ce n’est pas loin, peut-être deux cents miles. Mais nous on ne parle pas fran­çais, on parle anglais. On me dit de venir ici, il y a du travail, mais j’arrive, on me dit d’abord il faut une carte de travail mais ces gens-là ces Sénégalais ils ne veulent pas me donner la carte, non, ils ne veulent pas de nous autres étrangers qu’on vient travailler chez eux. Je retourne au bureau on me dit oui le travail est toujours là, cherche ta carte et reviens nous voir. Il me donne l’adresse je vais là-bas mais ces gens, ces gens de Dakar, ils me disent va-t’en. Ils ne veulent pas de nous autres qui parlent anglais. Ah non. Ici ils sont capables de te tuer ».

A des moments forts du récit il essuie de la main son visage. Pour effacer quelque chose. Une tête de banabana perce la haie, les pétales d’une main s’ouvrent pour révéler un bracelet en or. Miiy-gooood frend/cheep-price ! Sssst ! Miiiy goooood frend/cheep price ! La tête se retire, puis revient à la charge. En collant le regard sur n’importe quoi à contresens de ses appels, on finit par le décourager. Vaincu, il arrête enfin ses sifflements et disparaît.

« Ce n’est pas possible. Pas de carte de travail. Je dois vendre mes vêtements pour me payer un peu de manger. Pas de travail. Maintenant je veux rien, je veux retourner chez moi. Si j’avais 2 000 francs … »

Le prix se dresse entre nous : l’homme qui veut rentrer en Gambia, l’homme qui se dit tanzanien, la femme qui marche main dans la main avec le désir de l’Autre. Le prix se traduit : X fois le prix du petit déjeuner, à peu près le prix d’une nuit à l’Hôtel Central, un peu en-dessous du tarif d’une journée avec le guide-chauffeur de taxi, un Xième du prix du billet Dakar-New York et combien de fois le prix du pain ?

« Avec deux mille francs je prends le car et je suis en Gambia ! D’un geste de basta, finito, histoire classée ! Même j’arrive à la frontière, de là, pas de problème, en Gambia ça va. Une fois je voulais rentrer à pied mais j’avais rien à manger rien à boire et ces gens ils te donnent rien si tu ne parles pas fran­çais. Deux jours je marche. Personne me prend en voiture. Deux jours. C’est trop. Je reviens ici. Qu’est-ce que je vais faire ici ? Ici je deviens fou. Ce Dakar même, avant de venir ici j’entends Dakar Dakar Dakar, maintenant please je veux juste rentrer chez moi et pas voir ce pays jamais plus. Ah ces gens-là sont mauvais. Regardez, regardez comme ils font. Vendre dans la rue. Mendier dans la rue. Ah non, en Gambia nous n’allons pas faire comme ça, vous n’allez pas voir ça ».

On regarde les passants. Des francophones. Je l’entends qui se dit : ils parlent français, ils ont le droit de travailler, ils ont du boulot. Il raconte son histoire par strophes, sans jamais tomber dans le misérabilisme. On boit le café, on observe le spectacle de la rue, il raconte un bout d’histoire. Toujours avec une légère distance, comme s’il parlait d’un autre dont le drame pourrait nous toucher, nous trois, anglophones, étrangers, de passage à Dakar. Nous, des gens intelligents, témoins d’un dilemme clas­sique, un homme cherchant à améliorer sa vie s’accroche à une idée reçue : à Dakar on peut trouver du travail. Dans un élan d’espoir, il se lance, il risque tout. Sa destination s’avère vite une déception. Sa situation empire, ne cesse d’empirer. Il est piégé. Quel miracle pourrait le ramener à son point de départ, au temps révolu où il ne s’était pas encore épris de cette idée folle ? Deux mille francs.

« Deux jours je marche. Personne veut me prendre en stop. J’ai rien à manger. Je dois revenir ».

« Tu as une famille »?

« Oui, une femme, des enfants. Et quand je pense à eux je suis comme un fou. La nuit je pense à eux, je pleure. Je dois dor­mir dans la mosquée. Je n’ai pas de sous, pas de toit. La nuit je me glisse dans la mosquée et là je dors ou souvent je ne dors pas je reste toute la nuit à veiller car ces gens ils peuvent me tuer s’ils me trouvent là. Il passe la main sur son visage, pour effa­cer quelque chose. Là, dans la mosquée, dans le noir, je pense à ma famille. Dans un mois c’est la saison des pluies en Gambia. Si je pouvais retourner, tout de suite je peux semer ».

Je vois sa famille. Je le vois, lui, qui descend le sentier menant à sa concession. Ils viennent à sa rencontre. Trois mois sans nou­velles. Il avait promis d’envoyer de l’argent. Pas de nouvelles, pas d’argent. Trois mois qu’ils vivent du riz des voisins. Se disant qu’il est mort. Je le vois à la gare. Il se paie un billet. Je le vois qui regarde à travers la vitre du car le paysage qui défile. Maudit Sénégal. Un seul désir : traverser la frontière, pénétrer dans son pays, sa Gambia anglophone. Kilomètre après kilomètre il déverse son amertume contre ces francophones détestables qui ne veulent pas qu’un homme trouve du travail. Le car franchit la ligne entre le français et l’anglais. La rancune fond. Il est en Gambia. Dans son cœur, dans le cœur dans le ventre, il pense à sa femme.

« Personne ne peut t’aider ? La société qui t’a embauché ? L’ambassade ? Il n’y aurait pas quelqu’un à l’ambassade » ?

« J’ai essayé. Ils me disent “fous le camp, on va appeler la police.″ Ces gens-là, ils peuvent tuer un homme, ça ne leur fait rien ».

Si un homme est piégé et tu peux le sauver pour dix dollars ?

Il me rappelle à voix basse : « C’est toi qui décides. »

Si un homme répète toujours la même histoire ce n’est pas 10 dollars, pas 3 mois. Ni 3 mois ni 3 jours ni 3 ans. Une histoire existe hors temps, se déroule tout à la fois, n’importe quand, jamais, toujours. Si un homme répète toujours cette même his­toire, il est toujours tout juste arrivé au Sénégal pour apprendre qu’il ne peut pas avoir la carte de travail, il est toujours à deux doigts de devenir fou, il a toujours faim, dort dans la mosquée, pleure femme et enfants.

« Je ne peux pas décider ».

Le serveur nous rend la monnaie. Sept cents francs sur un billet de mille. Je chuchote. « Donne-lui au moins de quoi acheter à manger ». Puis, sans voix, car je n’ose pas décider de son sort. L’homme regarde de ses yeux affamés l’argent sur la table.

La suite ici : Karimi Hotel & autres nouvelles d’Africa

L’émancipation des Noirs, de l’esclavage aux hautes sphères de la société américaine, s’avance avec un mélange d’âme et de tripes, d’élégance et de violence, de finesse et de bêtises. Pour nous, qui avons fait un bout de ce chemin, l’ébullition actuelle ressemble plus à une catastrophe naturelle qu’à une étape sur la route qui monte. Pourquoi ?

A suivre, Episode 14 : Noirs & Juifs aux USA / l’amour fou.

KARIMI HOTEL

Price: ---

0 used & new available from

Bercy-Charenton, non à ces tours validées dans l’entre-deux tours!

0
Valérie Montandon

Anne Hidalgo projette de sacrifier la dernière grande réserve historique et foncière de la Capitale avec la complicité de ses alliés Verts…


Le projet de Bercy-Charenton est la dernière grande réserve foncière de Paris. Ce territoire, témoin de l’histoire de Paris, certes complexe à traiter en raison de la présence de voies ferrées, sera, avant longtemps, le dernier grand aménagement où les élus pourront dessiner un quartier de demain sur les fondements de notre patrimoine et traduire de façon concrète leur vision et leurs engagements en termes d’urbanisme, de logement, d’écologie, de rééquilibrage économique en lien avec les villes voisines.

Alors que Madame Hidalgo, qui se prétend le chantre de l’écologie, verdit sa communication à coup d’images de synthèse, de “forêts urbaines”, alliant tous les dégradés de verts possibles, nous aurions pu attendre un projet exemplaire en termes de respect de l’environnement et de qualité de vie pour les habitants du quartier et les futurs résidents.

Or, la Maire de Paris porte un projet à rebours du bon sens et du plan Climat : la création d’un quartier enclavé de 4000 logements – majoritairement sociaux – entassés dans six tours dont la plus haute culmine à 180 mètres, coincé entre l’autoroute A4, le boulevard périphérique, l’échangeur de Bercy et les voies de chemin de fer laissées à l’air libre.

Anne Hidalgo fait de Bercy-Charenton une nouvelle “Cité des 4000” parisienne

Faut-il rappeler que ce projet fortement contesté par les Parisiens lors de l’enquête publique a été voté à cinq voix près au Conseil de Paris, sauvé in extremis par les groupes macronistes ?

Faut-il rappeler que partout on dynamite les tours et les barres tant elles se sont révélées avoir des conséquences néfastes dans tous les domaines ?

Faut-il rappeler que les tours et les barres ont toujours été des échecs sociaux, sécuritaires et économiques dont les premières victimes sont ceux qui y habitent ? Après ce que nous venons de vivre, n’est-il pas encore plus déraisonnable d’empiler des logements dans des tours ?

Depuis le début, nous proposons, avec constance et détermination, un autre choix : un urbanisme innovant avec des immeubles HQE à taille humaine, qui privilégie les espaces verts et espaces de respiration. Depuis le début, nous proposons un projet fer de lance de ce que nous voulons pour l’Est parisien autour de l’économie verte, de l’agriculture urbaine et de la relocalisation d’activités d’artisanat, de gastronomie et de divertissement. En résumé, tout le contraire du projet défendu par le duo bétonneur incarné par Anne Hidalgo et son premier adjoint Emmanuel Grégoire.

Aujourd’hui la ville n’est plus pensée pour le bien-être de ses habitants mais pour aligner des chiffres de création de logements sociaux

La Mairie de Paris entasse les gens les uns sur les autres sans que suive la création d’espaces de respiration, ni d’équipements publics. Rien ne semble ébranler le dogmatisme de l’actuelle municipalité et de ses alliés: ni la sécheresse de plus en plus vive chaque été, ni la crise sanitaire que nous traversons.

Le projet de Bercy-Charenton n’est pas seulement une illustration du décalage entre les paroles et les actes mais c’est aussi hélas un projet qui compromet l’avenir de tout un quartier et même de l’Est Parisien.

Les habitants des rues voisines continueront de voir passer les trains depuis leur salon, et ceux des pâtés de maisons avoisinants de souffrir du bruit qu’ils génèrent. Ils les verront demain, mais aussi après-demain, puisque les choix urbains de Mme Hidalgo sont tous irréversibles et empêcheront d’avoir une véritable ambition pour ce quartier.

L’avenir des tunnels Baron Le Roy – héritage napoléonien au potentiel considérable et aux propriétés écologiques – est incertain depuis plusieurs années en raison des errements de l’équipe municipale divisée. C’est si vrai qu’Anne Hidalgo a toujours souhaité démolir la Halle Freyssinet dans le 13e arrondissement qui gênait ses ambitions de bétonnage. À l’époque, cela avait soulevé le tollé de plusieurs architectes et de la Commission du Vieux Paris. Un tollé entendu, puisque le Préfet lui-même était intervenu pour empêcher que soit accordé le permis de démolir.

Chers Parisiens, ne vous laissez pas berner par les postures des Verts parisiens!

Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire sont incapables d’apprécier le potentiel de la dernière grande réserve historique et foncière de la Capitale. Ils s’apprêtent à commettre une nouvelle erreur, il est temps de laisser la place à une équipe qui porte un projet opérationnel et respectueux, qui saura répondre aux défis de l’avenir tout en préservant et valorisant notre patrimoine.

À chaque élection, les Verts sont habiles à faire croire qu’ils ont « obtenu des garanties »… Mais la seule avancée qu’ils décrochent en réalité ce sont des sièges au Conseil de Paris pour ensuite cautionner coupablement pendant six ans les projets de densification de la maire actuelle, affichant une offuscation de façade qui ne trompe qu’eux.

En nous mobilisant le 28 juin, nous nous offrons l’opportunité de mettre fin à ce jeu de dupes et le pouvoir de repenser ensemble un beau projet à visage humain pour Bercy-Charenton. Pour ceux qui y habitent. Et pour tous les Parisiens.

Une pandémie peut en cacher une autre

0
La mosquée Hazrat-Hizr à Samarcande. © Lucas Vallecillos / VWPic/SIPA/2002171537

La pandémie de Covid-19 a-t-elle fait plus qu’interrompre l’industrie du tourisme mondialisé ? Celle-ci semble en passe pour repartir de plus belle dans le « monde d’après ». Le salut viendra-t-il de nouvelles technologies qui permettent de concilier larges profits et préservation du patrimoine ?


La pandémie est la version mondialisée de l’épidémie. Selon que l’on est un militant protecteur de la planète, ou un trader soucieux de la croissance du PIB, on s’en réjouira ou l’on s’en affligera. Les premiers noteront qu’en bloquant au sol les avions, la Covid-19 a fait baisser de 5 à 10% les émissions de gaz à effet de serre et a de fait engagé la planète sur le chemin de la décroissance. Les seconds se désoleront devant les prévisions de l’Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.) et de l’ONU qui annoncent une baisse de 30% des recettes du tourisme international. Il va falloir choisir son camp.

A lire aussi, Elisabeth Lévy : Qui peut parler sans rire de «puissance touristique?»

Si tout change, comment faire … pour que rien ne change ?

L’Asie centrale n’échappe pas à un tel dilemme et l’inquiétude est palpable dans les milieux qui vivaient de la croissance continue de la manne touristique. Les professionnels du secteur se désolent  : «Au lendemain de la pandémie, la concurrence sera féroce sur le marché mondial, souligne Goulache Israilova, président de l’APTA […] l’Ouzbékistan devra fournir un effort important pour se promouvoir comme destination attractive. L’Etat devra également aider à réduire le coût des vols et des forfaits touristiques. La promotion du tourisme intérieur fait partie de la stratégie »[tooltips content= »Site Novastan.org, 14 avril 2020. APTA = Association Private Tourism Agencies. »](1)[/tooltips].

Au temps de sa puissance, le Vatican ne prétendait adouber que les monarchies européennes, le Patrimoine Mondial sévit sur les 195 pays adhérents à l’Unesco répartis sur toute la surface du globe!

Le Kirghizistan ou la Mongolie ont développé un type de tourisme moins agressif. En misant sur des slogans tels que « le voyage solidaire, durable, responsable, c’est choisir d’aller là où les autres touristes ne vont pas », ces pays échapperont-ils, aidés en cela par la Covid, à une industrie du tourisme et à sa puissance de destruction des sites, des cultures et des hommes ? L’immensité des steppes, les grands espaces, la nature sauvage, ne sont pas à l’abri de la labellisation au Patrimoine Mondial de l’Unesco, un fléau qui à été fatal à beaucoup de sites, de monuments et d’espace naturels. Certains rêvent de livrer les paysages de vallée de l’Orkhon-Kharkorin, inscrits au patrimoine mondial en 2004 aux stars de l’architectures qui y édifieraient des hôtels de rêve… « Impossible l’Unesco veille, diront certains ». Quelle erreur !

Le marketing du patrimoine

L’ensemble architectural du centre de Samarcande a été inscrit au Patrimoine mondial en 2001. La confiscation et la marchandisation des monuments et de la vieille ville à des fins touristiques ont suivi. La folklorisation du mythe de « la ville turquoise » et de ses légendes de tapis volants – Jafar le père de Shéhérazade et vizir du roi Shahayan… etc – a vu la notion de Patrimoine rabattue au niveau d’un produit de grande consommation.

Comme la Covid-19, la nuisance du Patrimoine Mondial de l’Unesco est mondiale. Alors qu’au temps de sa puissance, le Vatican ne prétendait adouber que les monarchies européennes, le Patrimoine Mondial sévit sur les 195 pays adhérents à l’Unesco répartis sur toute la surface du globe. Il n’est pourtant qu’un label qui n’a d’autre effet que d’aider à la promotion commerciale d’un site. Ce point important généralement ignoré : le label Unesco ne confère aucune protection spécifique aux sites concernés, pour la simple raison que l’Unesco n’a pas compétence pour légiférer à la place des états[tooltips content= »J-P.Loubes, Tourisme, arme de destruction massive, Le Sextant, 2015″](2)[/tooltips]. L’inscription de l’ensemble historique du palais du Potala, le temple du Jokhang et de Norbulingka  n’ont pas empêché la destruction de Lhassa, pas plus que la « reconstruction touristique » de Kashgar après démolition et expulsion de ses habitants Ouighours n’a été « protégée» par l’inscription des Routes de la soie au Patrimoine mondial en 2014.

En langage marketing, l’O.M.T évaluait en 2018 l’achalandage mondial correspondant – c’est-à-dire le flux de touristes disponible – à 1,4 milliard de personnes. Les touristes chinois sont de loin les plus « rentables ». Chacun des 150 millions à avoir voyagé cette année-là a dépensé en moyenne 2563 euros durant son séjour, alors que le touriste français ne laisse que la ridicule somme de …651 euros ! (Chiffres O.M.T)

Les entrepreneurs de tourisme estiment à 60% la réduction de « l’activité vacance » pour 2020 mais annoncent « attendre un retour à un niveau correct en été 2021 »[tooltips content= »Entretien avec un responsable des entrepreneurs de tourisme, France Inter 11/04/2020″](3)[/tooltips], Cet « espoir » montre bien qu’ils comptent sur un monde inchangé dans l’après COVID-19.

A lire aussi, Bérénice Levet : Les droits du sol

Le monde d’après sera-t-il le même, ou pire que l’ancien monde ?

Si la crise environnementale, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, a forcé à une prise de conscience de la dimension planétaire de notre espace vital, elle n’a pas semble-t-il suffi à entamer le dogme de la domination de l’Homme sur la nature base de la Modernité déchaînée qui nous étouffe.

La critique d’une certaine vulgate écologiste de grande consommation est périlleuse de nos jours. L’idée d’un Homme en mesure de rectifier des macro-phénomènes qui en réalité le dépassent, relève du vieux rêve de puissance. Croire que la collecte des papiers gras dans les forêts, des mégots sur les plages, l’injonction au régime vegan, l’ère de la trottinette électrique et des fermes urbaines sur les toits de New York vont sauver la planète, c’est s’interdire de regarder en face le réel et les lois du vivant. Or, que dit ce réel si on le regarde en face ?

La démographie planétaire. Il n’est pas facile de porter le débat sur la question de la démographie mondiale. Le sujet est contourné, évité, quand il n’est pas carrément tabou. Avancer qu’il existerait un seuil, une limite à la prédation de l’Homme sur les ressources de la planète est inconciliable avec l’horizon illimité que « le progrès » fixe à la toute puissance de la science. Franchissons le tabou et affrontons les chiffres : en 1900, la population mondiale était de 1,7 milliard d’individus. Elle était 2,5 milliards en 1950, de 7,5 milliards en 2017. Une multiplication par 3 en 70 ans, soit dans la durée d’une vie humaine[tooltips content= »En 2030 les humains seront 8,5 milliards, en 2050, 10 milliards et 11 milliards en 2100. Les chiffres pour le continent africain sont encore plus spectaculaires : 1900 : 100 M d’habitants, 1960 = 275 M, 1990 = 640 M, 2019 = 1,3 Milliard. »](4)[/tooltips].

La mondialisation. L’interconnexion des économies et l’effacement des frontières devant la circulation des produits et des hommes était l’horizon que s’assignait « le monde d’avant ». Après le recul de la pandémie, les forces économiques n’auront de cesse de reprendre les positions perdues. « Le règne des économistes risque de succéder à celui des médecins et le conformisme libre-échangiste de reprendre de plus belle » écrit à juste titre Marcel Gauchet[tooltips content= »Marcel Gauchet, Causeur.fr, 14 avril 2020. »](5)[/tooltips]. Un tel système global ne peut changer « de lui-même » de trajectoire.

Le mythe du tourisme mondialisé « responsable » a pris un coup

Venise, le navire amiral du « Patrimoine Mondial de l’UNESCO », est en perdition. Son naufrage est l’emblème d’une catastrophe écologique et culturelle. L’afflux annuel de 30 millions de touristes dans une ville de 50 000 habitants était accepté par une opinion gagnée à l’idéologie du libre-échangisme et de la modernité heureuse. Mais bien avant la survenue du virus, les Vénitiens n’en pouvaient plus de l’afflux de ces 30 millions de consommateurs qui déferlaient sur une cité qui perd chaque année 1000 habitants. Le même rejet s’observe à Dubrovnik, et Barcelone lutte depuis plusieurs années contre ces « invasions ». Budapest s’insurge d’être devenu la « capitale des enterrements de vie de garçon ». Des villages alsaciens ne veulent plus être visité par des hordes de touristes asiatiques qui voient là de nouveaux Disneylands. Mêmes rejets dans des quartiers de Paris. De Palma de Majorque à San Sebastian, les slogans fleurissent sur les murs : « le tourisme tue les quartiers », « Afuera los turistas ».

Sur Venise lire aussi, Annabela Mocenigo : Sans touristes, Venise revit

Tout discours de reconversion du tourisme mondialisé dans une version  « responsable », « raisonné », « équitable » ou « éco-compatible » ne saurait être qu’un enrobage de communicant, une facétie lexicale.

La Covid-19 est parvenu à ébranler un tourisme passé au fil du temps du statut de « loisir » à celui de « ressource », puis de « fléau » et enfin « d’arme de destruction massive ». À coup de scandales politico-financiers et environnementaux, Venise était devenue la Mecque du tourisme international. Le coronavirus l’a frappé de plein fouet et oblige à redéfinir le « produit ». Fin des grands bateaux déchargeant 4000 personnes. Comme pour Samarcande, on réfléchit ici aussi à de nouvelles « stratégies ». Le tourism-business prépare déjà de nouveaux concepts de « tourisme intelligent ». On connaît les copies, contrefaçons, fac-similés qui, de Las Vegas à la Chine, proposent à domicile des villages hollandais (à Pudong), le Tower Bridge (à Suzhou), Florence (à Tianjin) ou la visite de Hallstatt pour 3 euros à Guangdong. La modélisation 3D et les techniques de la réalité virtuelle permettent d’emmener le visiteur sur le pont du Rialto, dans la Vallée des Rois ou à Gizeh. Alep, Palmyre, Mossoul renaissent de leurs cendres grâce à la 3D. Il est désormais possible de « visiter » depuis chez soi un joyau de la préhistoire comme la grotte Chauvet, ou une merveille de la Renaissance comme la Chapelle Sixtine. Le risque est grand de voir disparaître le gisement des 20 000 visiteurs qui s’émerveillaient sous les « vrais » plafonds de Michel-Ange chaque année. D’autant plus que, comme l’indiquait un présentateur de ces merveilles en 3 D à la télévision française, « c’est mieux qu’en vrai » ! [tooltips content= »Journal de 20h de la chaîne de télévision France 2, le 18/04/2020″]*[/tooltips]

La réalité virtuelle permise par la modélisation 3D inaugure l’ère du « voyageur confiné ». Il peut non seulement visiter depuis son canapé les sites prestigieux sans consommer de kérosène, mais il peut même visiter des sites qui n’existent plus ! Les falaises de Bâmyân et leurs Bouddhas géants sont ressuscités, ainsi que le Temple de Jérusalem, ou les sanctuaires de Palmyre.

La réalité augmentée signera-t-elle la fin de la croissance du transport aérien, vecteur essentiel du tourisme de masse ?

Tourisme, arme de destruction massive

Price: ---

0 used & new available from

Hydroxychloroquine et Covid-19, le débat n’est pas clos

0
Un homme tient un portrait de Didier Raoult lors des applaudissements pour remercier le personnel soignant, Saint-Mandé, 11 mai 2020. Photo: Martin Bureau / AFP

Patatras, quelques heures avant d’envoyer Causeur à l’imprimerie, nous avons appris que The Lancet prenait ses distances avec l’étude qu’elle avait publiée sur la dangerosité de la chloroquine. Il faut dire que malgré sa haute réputation, cette revue scientifique a déjà publié des études fausses. Reste à comprendre pourquoi l’OMS et notre ministère de la Santé lui ont si vite emboîté le pas.


 

« Nous n’avons pas été capables de confirmer l’efficacité de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine, utilisée seule ou avec un macrolide. Chacune de ces stratégies thérapeutiques utilisées dans le Covid-19 est associée avec une baisse de la survie à l’hôpital et une augmentation des troubles du rythme cardiaque. » Cette phrase, qui conclut l’étude publiée le 22 mai par Mandeep R. Mehra, cardiologue à Boston et professeur de médecine à Harvard, dans la prestigieuse revue The Lancet, n’est pas la plus simple ni la plus élégante qui ait jamais été publiée, mais elle a eu l’effet d’une bombe. En résumé, elle signifie : le professeur Raoult a tort. Définitivement. Et avec lui, bien sûr, tous ceux qui, de Donald Trump à Michel Onfray, l’ont érigé en héros du peuple, chevalier du bon sens en croisade contre l’establishment et les « élites ».

L’OMS et Véran aux ordres de The Lancet?

L’étude, selon laquelle le traitement à l’hydroxychloroquine associée à un antibiotique accroît le risque de mortalité pour les malades du coronavirus, ne fait pas que conforter le vaste camp des anti-Raoult, elle entraîne la conviction de ceux qui n’ont pas d’a priori idéologiques ou politiques. Ceci pour deux raisons : le nombre des sujets (96 032 patients !) étudiés et la réputation du journal qui l’a publiée.

Les big data ne peuvent pas être utilisées pour comparer des traitements. Les multiples ajustements et redressements statistiques effectués par Mehra dans son étude du Lancet ne sont pas du tout une garantie de qualité

Pour la première fois, une analyse reposant sur les « big data », l’exploitation d’un nombre considérable de données informatiques, et non sur un véritable essai clinique aboutit en quelques heures à l’interdiction de prescription d’une molécule présente sur le marché depuis 1949, et à l’arrêt des essais cliniques de cette molécule dans le Covid-19. Ce qui conduit à s’interroger à la fois sur l’effet de sidération produit par les grands chiffres et sur l’effet d’intimidation, exercé tant par ces même grands chiffres que par le prestige de la revue.

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

On croit spontanément que plus l’échantillon d’une étude est vaste, plus il est représentatif, donc, plus l’étude est sérieuse. Ceci est loin d’être vrai. En 1936, le magazine américain The Literary Digest procéda à un vaste sondage sur l’élection du président des États-Unis. Il interrogea par courrier 10 millions d’électeurs issus de ses listes d’abonnés, des annuaires téléphoniques et des listes de propriétaires d’automobiles. L’analyse de 2,3 millions de réponses permit de prédire l’élection d’Alfred M. Landon avec 55 % des voix. Franklin D. Roosevelt fut pourtant élu président avec 61 % des voix ! L’erreur était d’avoir utilisé en toute confiance une base de données très volumineuse, mais non représentative de la population des électeurs : la probabilité qu’un citoyen américain pauvre ne disposant ni d’un abonnement, ni d’un téléphone, ni d’une automobile figure dans l’échantillon était quasi nulle. Ce qui a abouti à l’erreur de sondage et incidemment à la faillite du magazine…

Fiabilité douteuse

Un échantillon de grande taille n’est donc en aucune façon une assurance de qualité. On peut même avancer que, plus le nombre de sujets est important, plus il est difficile de vérifier la qualité des données et donc de garantir la fiabilité de l’étude. En 1926, quelques années avant l’élection de Roosevelt, le statisticien et économiste anglais Arthur Lyon Bowley avait établi le premier principe garantissant la représentativité d’un échantillon, celui des tirages aléatoires : tout sujet de la population de référence doit avoir une probabilité non nulle d’être sélectionné dans l’échantillon. En conséquence, un échantillon d’un million de personnes non tirées au sort ne sera pas représentatif de la population d’ensemble, alors qu’un échantillon de 1 000 personnes tirées au sort le sera. Cette démarche fondée sur les tirages aléatoires est suivie par les autorités locales corses pour estimer la séroprévalence au coronavirus dans la population insulaire. Curieusement, elle n’a pas été employée à l’échelle nationale ou européenne.

A lire aussi, du même auteur: Le coût de la vie

Les 96 032 patients provenant de 671 hôpitaux sur les six continents analysés dans l’étude de Mehra publiée par The Lancet n’ont pas été tirés au sort parmi les patients de tous les hôpitaux du monde, ni parmi l’ensemble des patients hospitalisés pour Covid-19. Et pour cause : seuls des hôpitaux disposant d’une plate-forme de dossiers électroniques interopérables, donc compatibles, ont pu être intégrés dans l’analyse, alors que de très nombreux établissements ne sont pas équipés pour le traitement informatique de leurs dossiers patients, ou équipés d’un système maison. Quand bien même les données seraient de bonne qualité (ce qui est peu probable, car il est impossible d’auditer les données de 671 hôpitaux en période pandémique), l’étude de Mehra n’est pas représentative.

Le Big data et les médicaments

Le deuxième problème tient à la méthode d’analyse des données collectées. La collecte d’informations sur la santé auprès des patients est probablement l’un des actes médicaux les plus anciens. Dans la Grèce antique, le Corpus hippocratique était un recueil de dossiers médicaux et l’une des premières tentatives de classement des maladies en fonction des symptômes et des observations. Avec la médecine moderne, on a créé des dossiers pour conserver des informations sur les patients, les investigations effectuées et les traitements en cours. Tandis que les soins médicaux deviennent plus complexes et personnalisés, les progrès des technologies numériques permettent le stockage et l’exploitation statistique de ces données. On peut par exemple connaître rapidement le nombre de sujets hospitalisés pour une pathologie donnée, le nombre d’examens médicaux par type de maladie, les profils de patients par type de consommation médicale, etc. En revanche, l’analyse rétrospective des bases de données hospitalières ne peut en aucune manière servir à comparer l’efficacité et la tolérance des traitements comme l’a fait Mehra.

Emmanuel Macron rencontre Didier Raoult à l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection, à Marseille, 9 avril 2020 Photo: Daniel Cole / AP / SIPA
Emmanuel Macron rencontre Didier Raoult à l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection, à Marseille, 9 avril 2020 Photo: Daniel Cole / AP / SIPA

On illustrera ce propos par un exemple réel. Chez les femmes souffrant d’infertilité, la production d’ovules par les ovaires peut être stimulée par l’hormone FSH que l’on obtient soit par purification d’urines de femme, soit par synthèse en biotechnologie. Les essais cliniques comparant les deux formes ont toujours conclu à un léger avantage pour la FSH de biotechnologie en termes de taux de grossesse, probablement du fait que le produit d’origine naturelle n’est pas aussi pur que son cousin artificiel. L’Allemagne a rassemblé dans une base de données l’intégralité des dossiers médicaux électroniques des femmes auxquelles étaient prescrits ces produits. Et l’exploitation de ces données (plusieurs dizaines de milliers de dossiers médicaux électroniques) a conclu à une meilleure efficacité de la FSH d’origine urinaire, contredisant tous les essais cliniques réalisés dans le monde. Des investigations approfondies ont permis de comprendre cette discordance : la FSH de biotechnologie, plus chère, était plutôt achetée par des femmes plus aisées, qui étaient en moyenne plus âgées que celles qui ont acheté la FSH urinaire. En l’occurrence, c’est donc l’âge (en liaison avec le niveau de vie) qui explique la différence d’efficacité exprimée en taux de grossesse. C’est en raison de ce genre de « biais de sélection » que les big data ne peuvent pas être utilisées pour comparer des traitements. Les multiples ajustements et redressements statistiques effectués par Mehra dans son étude du Lancet ne sont pas du tout une garantie de qualité. Bien au contraire, ce sont des pondérations arbitraires qui ne reflètent que les préjugés de leurs auteurs.

A lire aussi: Michel Maffesoli: le progrès n’existe plus

Il est donc curieux que les spécialistes chevronnés de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et les membres du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) se soient laissé si facilement abuser par cette étude.

La haute réputation de The Lancet explique largement le succès médiatique de cette étude. Fondé en 1823, le journal britannique est l’un des plus anciens et plus prestigieux médias médicaux. Son facteur d’impact (IF) est de 59, ce qui signifie que chaque article est cité en moyenne 59 fois par d’autres chercheurs. Publier dans The Lancet confère une grande visibilité et de meilleures chances de progression de carrière. Cependant, une revue médicale, aussi prestigieuse soit elle, n’est qu’un éditeur et non pas un organisme de recherche. Elle ne dispose ainsi d’aucune ressource pour vérifier l’honnêteté des articles. Le seul contrôle est constitué par deux ou trois relecteurs extérieurs bénévoles, choisis par la revue, qui émettent leurs remarques sur la base du seul manuscrit.

L’esprit critique

Il est donc arrivé que des études publiées dans de grandes revues scientifiques se soient révélées complètement fausses, voire frauduleuses. L’exemple le plus connu est l’étude publiée par The Lancet qui remettait en cause l’innocuité du vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR). L’étude portait sur 12 enfants et concluait que le vaccin ROR était responsable d’un syndrome associant autisme et troubles digestifs. Au cours d’une conférence de presse organisée dans un hôpital londonien, le premier auteur, Wakefield, recommanda l’utilisation de trois vaccins séparés à la place du vaccin combiné ROR qu’il présenta comme dangereux. Cet article fut immédiatement relayé par la presse britannique et internationale. La même année, beaucoup de parents refusèrent de faire vacciner leurs enfants par ce vaccin, entraînant une résurgence des cas de rougeole et de la mortalité par rougeole en Grande-Bretagne. Une enquête menée par le journaliste Brian Deer a mis au jour des tromperies : les enfants de l’étude ne présentaient pas de lésions digestives comme relatées dans l’article et leur inclusion dans l’étude résultait de la volonté de parents d’enfants autistes de poursuivre le fabricant du vaccin, et non de la constatation de signes d’autisme après la vaccination. Après quelques résistances de principe, The Lancet fut contraint de « retirer » l’article (en rajoutant un simple bandeau « Retracted »). Cependant, le mal était fait : de nombreux parents ont conservé une méfiance vis-à-vis du vaccin.

C’est également le Lancet qui publie régulièrement les résultats de l’Étude internationale sur l’impact des maladies (« Global Burden of Disease Study ») : initié par le professeur Murray de l’université de Washington, financé par la fondation de Bill et Melinda Gates, ce programme vise à comparer l’importance des maladies dans le monde grâce à un indicateur inventé par Murray lui-même en 1994, le DALY (Disability Adjusted Life Years) ou « Années de vie corrigées par l’incapacité ». Ainsi, un pays A est jugé globalement en meilleure santé qu’un pays B si le nombre d’années de vie sans handicap perdues sur une période donnée dans le pays A est inférieur à celui du pays B. Pour construire son indicateur, Murray choisit arbitrairement deux composantes qu’il se garde bien de définir : une durée de vie considérée comme « optimale » et le nombre d’années de vie avec handicap qu’on accepterait de sacrifier pour être en parfaite santé. Ses conclusions, régulièrement publiées par The Lancet, reposent sur de nombreuses suppositions ainsi que sur des données peu fiables dans la majorité des pays étudiés. En 2016, l’une des nombreuses études publiées par Murray dans le Lancet a prétendument établi que ce sont les maladies mentales qui ont le plus grand impact à l’échelle mondiale. Celles-ci étant rarement mortelles en dehors des suicides, cette étude occulte totalement les dix principales causes de décès dans le monde dont les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le diabète, les maladies diarrhéiques, etc. L’OMS a fait auditer la méthodologie des DALY par un groupe d’experts indépendants (DALY Review Group), dont les conclusions ont été accablantes : technique opaque réduisant des informations complexes à une valeur numérique unique dans le seul but de distraire l’attention des vrais problèmes. Le nom du Lancet fonctionne comme un label, une garantie de sérieux scientifique. Il couvre en l’occurrence des idéologies et des pseudo-standards. Tout comme l’étiquette de la bouteille ne suffit pas à faire le bon vin, un nom, même aussi ancien et prestigieux que celui du Lancet, ne doit pas amadouer l’esprit critique nécessaire à toute démarche scientifique, même et surtout en période de crise.

Mise en examen de David Pujadas: la vie est trop injuste

0
©VU/HAEDRICH/SIPA/1906052234

Bar de Sevran « interdit aux femmes »: le journaliste vedette David Pujadas et la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte sont renvoyés en procès pour diffamation. L’analyse de Céline Pina.


Il y aurait quelque chose de presque comique dans la mise en examen de David Pujadas suite à une plainte en 2017 de Amir Salhi, le patron d’un bar de Sevran (Seine Saint-Denis), mais derrière cette triste affaire, on peut craindre que la réalité de ce que vivent les femmes dans certaines banlieues ne finisse par être occultée au bénéfice d’un politiquement correct mensonger.

Le bar en question était devenu l’exemple du séparatisme et de la non-mixité qui sévit dans certains quartiers où l’islam traditionaliste impose ses règles peu à peu, sans avoir même à les formuler. L’intimidation est bien plus efficace que certaines règles écrites, comme a voulu le démontrer Nadia Remadna, présidente de la Brigade des mères, une association sevranaise qui lutte entre autres contre la radicalisation de jeunes musulmans et contre le clientélisme communautaire de certains élus.

En 2016, nous sommes en pleine campagne présidentielle et, même si ce n’est pas franchement la ligne éditoriale de France 2, il faut bien parler de ces sujets qui fâchent. Pas trop non plus, car pour un reportage sur l’entrisme islamiste dans les quartiers, combien de tribunes accordées aux islamo-gauchistes, aux indigénistes, aux racialistes, et aux néo-féministes de tout poil ?

La ligne Ernotte

Il est vrai que cette ligne éditoriale avait été largement suggérée, pour ne pas dire imposée, par Delphine Ernotte, nommée à la tête de France télévisions en 2015 grâce à un réseau « d’amitiés » parmi lesquels François Hollande. Une nomination entachée d’irrégularités, largement dénoncée par la profession. Rappelons que Delphine Ernotte n’avait aucune expérience dans l’audiovisuel ou dans la presse écrite.

A lire aussi: Chassez le mâle blanc, il revient au galop!

Delphine Ernotte est arrivée avec de « grands projets » pour le service public. Rapidement, elle les affirme avec force conviction ! « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va falloir que ça change. » David Pujadas aurait peut-être dû se méfier, se sentir visé, mais il est une star des JT à l’époque. L’équivalent d’un Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Sa longévité sur le service public devait le protéger, pensait-il. Ce fut le cas… jusqu’à ce que la campagne présidentielle de 2017 entre dans le dur.

En décembre 2016, David Pujadas invite Nadia Remadna, la courageuse militante de Sevran qui avait enregistré en caméra cachée le reportage sur le bar de Sevran où l’on entendait clairement l’un des habitués dire : « On est à Sevran, pas à Paris […]. Ici, c’est une mentalité différente, c’est comme au bled. » Ce que beaucoup de femmes hélas vivent au quotidien, car elles ont intégré, consciemment ou non ce séparatisme. Dans ces quartiers, inutile d’afficher sur la devanture « réservé aux hommes », car chaque femme le sait, le vit et n’oserait même pas passer la porte de ce type d’établissement.

La machine s’emballe

Et là, l’affaire s’emballe. Tout d’abord, le maire de Sevran qui exprime son mécontentement, relayé par les très objectifs Bondy Blog, Inrockuptibles et consorts. Le mal était fait. Plutôt que de vérifier les faits en poussant l’enquête, en passant le périphérique pour voir que le séparatisme qui sévit dans ce type d’établissements est largement répandu, il fallait vite démontrer le caractère raciste de ce reportage. Un reportage raciste… pourtant porté par deux arabo-musulmanes ! Mais qu’importe les faits devant l’idéologie.

Bien sûr, tout le petit monde malveillant des indigénistes, décolonialistes et racialistes, relayé par la complaisance des militants islamo-gauchistes et de nombre d’élus dits de gauche se met en branle pour clouer au pilori Nadia Ramadna. Le patron du café, Amir Sahli, porte évidemment plainte pour discrimination, le CSA est saisi. Il ne trouvera « aucun manquement de la chaîne dans cette affaire », comme le rappelle Pascal Bon-Doucet, directeur délégué de l’information à France-Télévisions en 2018.

Mais en 2017, David Pujadas est finalement « remercié » par la direction de France-Télévisions, qui souhaitait renouveler le personnel et se débarrasser des « mâles blancs » de plus de 50 ans et donner une image plus représentative de la France (donc plus métissée, plus féminine, etc).

A retrouver sur REACnROLL : Marcel Gauchet : «La plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même»

Un Pujadas pourtant très complaisant

David Pujadas avait pourtant largement anticipé ce nouveau paradigme. On pourrait saluer son ouverture d’esprit comme on pourrait critiquer son manque de discernement. Il avait déroulé le tapis rouge à nombre de représentants de la sphère indigéniste. À commencer par l’inénarrable Rokhaya Diallo qui pouvait débiter ainsi ses fadaises sur le privilège blanc ; des fadaises qui ne sont en réalité que la traduction des élucubrations de Robin di Angelo, la sociologue américaine qui gagne un « pognon de dingue » aux États-Unis en faisant son miel de ces théories. Si Rokhaya Diallo n’est pas Albert Londres en termes de talent d’enquêtrice, elle est en tout cas bonne traductrice.

Malgré ses efforts dans ses émissions, David Pujadas avait été écarté de France 2. Ici Manuel Valls face à la militante anti-laïcité Attika Trabelsi. Image: capture d’écran Youtube

Qu’importe, il fallait continuer… Et sous couvert de présenter des femmes musulmanes soi-disant apolitiques, on a vu défiler chez Pujadas, Wiam Berhouma, présentée comme une modeste professeure d’anglais de Noisy-le-Sec (93) non encartée. Qu’importe sa proximité avec les milieux islamistes. Ikwan info rappelle son investissement dans le MAFED, collectif de femmes « racisées » dénonçant le racisme d’État en France et soutien inconditionnel du PIR (Parti des indigènes de la république). Rappelons que cette militante avait intimé, lors d’un débat à Alain Finkielkraut de se taire « pour le bien de la France » en le traitant de pseudo-intellectuel. Puis, c’est au tour d’Attika Trabelsi, militante antiraciste et féministe bien sûr de pouvoir partager ses idées, et surtout sa foi, sur le plateau de France-Télévisions en face de Manuel Valls. En réalité Attika Trabelsi est présidente de Lallab, une association pseudo-féministe où l’on est surtout pro-voile, et étendard de la mode pudique.

Et ça continue encore et encore

En novembre 2017, Maboula Soumahoro, universitaire proche du PIR aura eu chez Pujadas son moment de gloire. Lors d’un débat télévisé, désormais sur LCI, François Pupponi, député de Sarcelles (95) rapporte comment des Noirs de Sarcelles avaient monté une liste « pour que les Noirs reprennent le pouvoir » au motif que la ville serait gérée par des Juifs. Si François Pupponi et par la suite Atlantico y voient à juste titre une liste raciste et antisémite, la Dieudonné féminine n’y voit rien de répréhensible, car… la liste n’a pas été élue. On attend encore la condamnation du rectorat, pourtant si prompt ces derniers temps, à annuler la moindre conférence ou spectacle qui ne correspondrait pas aux nouveaux codes. Rappelons la couarde débandade universitaire quand la première représentation de la pièce d’Eschyle, « Les suppliantes » a été censurée par des antiracistes qui y dénonçaient l’usage du Blackface.

La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00635163_000038
La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00635163_000038

Tout ça pour dire que la complaisance affichée de David Pujadas envers les islamistes n’aura même pas servi à sauver son poste sur le service public !

Reste à savoir si l’affaire du bar PMU de Sevran aura bien été le bouton qui a déclenché son siège éjectable de France télévisions. Toujours est-il que Delphine Ernotte n’a pas hésité à s’en débarrasser. Il est donc ironique de les voir ensemble dans le box des accusés.

Et il est tout aussi ironique de les voir accusés du forfait de « discrimination raciale » alors que tous deux, chacun à leur manière, n’ont cessé de donner des gages à ce nouvel antiracisme porté par des militants pour qui le mot a été détourné de son sens et qui signifie le plus souvent défense de l’islam, attaque de la France et de son histoire, quand ce n’est pas carrément dénonciation en règle des Juifs et de leur supposé pouvoir. Leur complaisance aura été fort mal récompensée, peut-être que cela les incitera à cultiver dorénavant le courage et le discernement.

Silence coupable

Price: ---

0 used & new available from

L’arrêt-maladie qui a gâché la campagne de Michèle Rubirola à Marseille

0
Julien Bayou, Michele Rubirola et Olivier Faure, à Marseille le 22 juin. Et les gestes barrières ? Elle était malade on vous rappelle ! © ALAIN ROBERT/SIPA Numéro de reportage: 00968753_000001

 Selon Capital, Michèle Rubirola (Printemps marseillais) aurait profité d’un congé maladie pour faire campagne pour la mairie. Plus belle la vie!


Avoir pour employeur l’Assurance maladie, obtenir un arrêt-maladie dudit employeur, profiter de son temps libre pour faire campagne et briguer la mairie d’une des trois plus grandes villes d’un pays… Tout ceci vous semble peu plausible ?

Implausible n’est pas français ! De nos jours, la maladie, si elle empêche de travailler, n’empêche pas de militer. Après les révélations fracassantes d’une vilaine gazette sur Assa Traoré, notre Angela Davis, et en cette période d’élections municipales, un autre cas de fraude potentielle du côté de la Canebière mérite d’être rappelé. À Marseille, Michèle Rubirola, tête de liste du Printemps marseillais (coalition EELV, LFI, PC, PS), arrivée première le soir du premier tour et favorite pour briguer la succession de Jean-Claude Gaudin, aurait profité de ses arrêts-maladie pour faire campagne.

C’est en tout cas ce qu’avait révélé le journaliste Olivier-Jourdan Roulot dans Capital il y a quelques semaines. Notre confrère avait pu consulter trois arrêts-maladie dont aurait bénéficié la candidate (le premier du 25 octobre au 20 décembre 2019, le second du 20 décembre 2019 au 21 janvier 2020 et le dernier, du 20 janvier au 20 mars). Or, même dans l’hypothèse où la case autorisant les sorties était bien cochée, il serait de toute manière strictement interdit d’exercer une activité de campagne électorale en période d’arrêt-maladie. Réalisant vraisemblablement son erreur, le 24 janvier, Michèle Rubirola envoie en catastrophe un email à son employeur (pour rappel, l’Assurance maladie), pour lui signaler qu’elle souhaite interrompre son arrêt-maladie et ne plus percevoir d’indemnités au-delà du 21 janvier.

Capital raille la candidate malade : « Étonnant cet arrêt-maladie de deux mois que la patiente considère caduc au bout d’un jour ». Ha, mais rien ne dit qu’elle ne s’est pas rendue à Lourdes pendant ce temps, bande de capitalistes persifleurs !

Nos amis marseillais peuvent évidemment glisser un autre bulletin dans l’urne dimanche. Malheureusement, de son côté, France 2 a révélé il y a dix jours qu’une colistière de la principale candidate de droite, Martine Vassal (LR), proposait d’établir des procurations par téléphone, sans passer au commissariat, ce qui est également interdit. Que la meilleure gagne !

Edouard Philippe «pas candidat contre Macron en 2022». Et si Macron n’y va pas?

0
Edouard Philippe, le 18 juin 2020 à Suresnes © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00968158_000006

Etrange déclaration: ça n’allait pas de soi? 


Un jour de 2017, le ministre de l’Économie vint voir le président qui l’avait nommé. Il lui annonça qu’il était dans ses intentions de se porter candidat aux élections présidentielles. Un peu estomaqué Hollande répondit : « Et si je me présente ?»

Macron resta silencieux. Le message fut immédiatement compris par François Hollande. Sa courbe de popularité étant en baisse alors que celle du chômage montait, le président de la République s’inclina devant la détermination de son ministre de L’économie. Il renonça à se présenter et Emmanuel Macron fut élu.

Le Havrais au plus haut dans les sondages

Cet épisode prend tout son sens à la lumière de la dernière déclaration de Gilles Boyer, député européen LREM. Il est l’ami le plus proche d’Edouard Philippe. Difficile donc d’imaginer qu’il ait parlé sans l’avoir consulté au préalable. Il a donc lâché : « Edouard Philippe ne se présentera pas contre Emmanuel Macron en 2022 ». Ce qui pourrait aussi se comprendre par : « mais si Macron ne se représente pas, rien n’est exclu ».

A lire aussi: «Hidalgo, Dati et Buzyn n’ont aucune différence programmatique fondamentale»

Rappelons que le Premier ministre est au plus haut dans les sondages[tooltips content= »Fait inédit pour un Premier ministre, Philippe pourrait de plus être élu maire du Havre dimanche soir NDLR »](1)[/tooltips]. alors que le président de la République poursuit sa descente aux enfers. Imaginons – et en tout cas Gilles Boyer l’a imaginé pour nous – la scène suivante. Edouard Philippe annonce à Macron sa décision d’être candidat en 2022. « Et si je me présente ? » réplique Macron. Edouard Philippe ne répond pas.

Remaniement gouvernemental imminent

La question qui se pose dès lors est de savoir si Macron est plus solide que Hollande. La déclaration de Gilles Boyer a beaucoup de points communs avec un poignard dissimulé dans un gant de velours. On ne peut y voir autre chose qu’une menace ou qu’un chantage.

Le contexte s’y prête. Tout Paris parle d’un remaniement ministériel et l’éjection d’Edouard Philippe fait partie des hypothèses souvent envisagées. Et là Boyer est encore plus clair. « Edouard Philippe est un point de repère pour l’électorat de centre-droit. Ce sera utile en 2022 ».

Puis il enfonce le clou : « Emmanuel Macron le sait. Il prendra donc la bonne décision ». La bonne décision ? En langage de voyous ça se dit « à bon entendeur salut ». Mais Gilles Boyer est quelqu’un de très bien élevé.

La Convention climat ou l’art… du recyclage!

0
Capture d'écran de la convention citoyenne pour le climat lors de leur septième session du 19 au 21 juin © D.R.

Lancée en octobre 2019 dans le sillage du Grand débat national, la Convention citoyenne se voulait un modèle de « démocratie participative ». Pour une question aussi technique et complexe, elle en montre surtout les limites. Dans le domaine clé des transports, les propositions sont tout sauf innovantes. On les a vu fleurir depuis des décennies, dans le ferroviaire, le fluvial, le maritime, le routier, l’aérien… En vain.


Si les travaux de la Convention citoyenne sur le climat avaient pour objectif de tester la pertinence de la démocratie participative dans l’élaboration de politiques novatrices, leurs conclusions ont de quoi laisser le lecteur sur sa faim. Le projet, qui consistait à faire émerger des solutions pour réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à leur niveau de 1990, était fort ambitieux. A considérer le travail fourni, il fut traité avec sérieux et sincérité par les 150 membres de cette convention. Mais est-ce suffisant?

Déjà, au Grenelle de l’Environnement…

 Par exemple, si l’on se concentre sur le volet «se déplacer» (l’une des thématiques avec «produire /travailler», «se nourrir», «se loger» et «consommer»), on retrouve parmi les préconisations nombre de celles qui ont déjà fleuri dans les multiples rapports sur le sujet depuis des décennies. Ou qui ont marqué les conclusions du Grenelle de l’Environnement de 2007. Ou qui ont déjà fait l’objet de débats nationaux sur la mobilité durable… Certaines de ces préconisations ont été suivies d’effets, d’autres pas. Or, en reprenant celles qui furent abandonnées sans se pencher sur les raisons qui ont empêché qu’elles aboutissent, les conclusions de la Convention…

>>> Lire la suite sur le site de Transitions & Energies <<<

« Hidalgo, Dati et Buzyn n’ont aucune différence programmatique fondamentale »

0
paris legaret dati buzyn
Auteurs : Jacques Witt/SIPA. Numéro de reportage : 00948268_000018

Comment éliminer un adversaire politique? En supprimant sa mairie, pardi! Cette solution sommaire a été appliquée à Paris à travers la fusion des quatre premiers arrondissements. A l’issue de cette réforme, le maire du 1er Jean-François Legaret, issu des rangs de la droite, a perdu son fief sans la moindre élection. C’est en homme libre qu’il répond aux questions de Causeur sur ce tour de passe-passe, le bilan d’Anne Hidalgo, le logement social et les transports. Entretien.


Daoud Boughezala. Pour quelques jours encore, vous êtes maire du 1er arrondissement de Paris, fonction qui ne sera pas renouvelée puisque les quatre premiers arrondissements de la capitale ont fusionné. Le but de l’opération était-il vraiment de vous déboulonner ?

Jean-François Legaret. Oui. Anne Hidalgo comptait briguer cette nouvelle mairie qui inclut le quartier de l’Hôtel de ville. Elle avait remarqué que sur les quatre premiers arrondissements de Paris, le 1er arrondissement était le seul arrondissement d’opposition et le plus petit en nombre d’habitants comme d’électeurs. En revanche, le 3ème très ancré à gauche avec un maire d’arrondissement, Pierre Aidenbaum, qui ne se représentait pas, est le plus gros de l’ensemble. Elle s’est donc battue pour obtenir la fusion.

La fusion des quatre premiers arrondissements est un arrangement entre François Hollande et Anne Hidalgo.

Comment cette décision a-t-elle été prise ?

C’est un arrangement entre deux personnes : François Hollande et Anne Hidalgo. Quand il était Premier ministre, Manuel Valls pensait que c’était une mauvaise idée et avait retiré la fusion du projet de loi sur Paris. Mais Anne Hidalgo a relancé François Hollande qui a donné instruction à son éphémère dernier Premier ministre Bernard Cazeneuve de faire passer cette réforme en catimini, en application de la procédure d’urgence. Il y avait manifestement urgence en février 2017 pour changer une loi (la dernière du quinquennat !) qui ne s’appliquerait qu’aux municipales de 2020.

Tout cela s’est fait sans jamais avoir consulté les conseils d’arrondissements, ni le Conseil de Paris. C’est la raison pour laquelle j’ai posé une Question prioritaire de constitutionnalité qui sera examinée par les Sages après les élections. C’est un énorme déni de démocratie !

Jean-François Legaret

Le plus incroyable, c’est qu’une fois cette fusion obtenue, Hidalgo s’en est vantée, mais s’est fait littéralement jeter par la population qui aimait bien ses maires d’arrondissement. Au point qu’elle a est finalement allée se présenter dans le 11e. Tout ça pour ça….

Arithmétiquement, la seule alternative envisageable à la réélection annoncée d’Anne Hidalgo aurait été une alliance LR-LREM. Qu’en pensez-vous ?

Je partage entièrement cette opinion. Le mode de scrutin municipal, depuis Mitterrand, est un scrutin à la proportionnelle avec prime majoritaire. Cela a été fait pour qu’il y ait toujours une majorité stable dans les conseils municipaux. Soit on est élu au premier tour et on a la majorité absolue ; soit au second tour, la liste qui arrive en tête empoche la moitié +1 des sièges. Alors si vous avez par exemple cinq ou six listes, la liste qui arrivera en tête, même si elle n’a que 20%, obtient la majorité des sièges. A Paris, cette prime majoritaire se calcule dans chaque secteur. Jusqu’à présent, on ne s’est jamais posé ce genre de question car on a toujours eu des deuxièmes tours très polarisés droite/gauche.

Or, cette année, c’est la première fois que l’on a des triangulaires dans quasiment tous les arrondissements, avec une liste de gauche, une liste de droite, une liste En Marche, plus éventuellement une autre liste de moindre importance.

Il est très difficile de savoir de quel côté va retomber la tartine. C’est pourquoi les sondages où l’on demande aux Parisiens s’ils votent Buzyn, Hidalgo, ou Dati ne veulent rien dire. Ce n’est pas comme ça qu’on vote.

 Si l’abstention est forte, cela profitera à Hidalgo

Quel résultat prévoyez-vous ?

Cela dépendra beaucoup de la mobilisation. Si l’abstention est forte, cela profitera à Hidalgo, dont la base électorale est importante puisqu’elle s’est déjà déplacée au premier tour. Mais en cas de réveil de la participation, risque de s’exprimer un phénomène d’allergie qui est assez fort à l’encontre d’Hidalgo chez nombre de Parisiens dans beaucoup d’arrondissements. La question de la prime majoritaire rendrait la question assez complexe.

Ce scénario bénéficierait à Rachida Dati qui semble la mieux placée…

Oui parce que Buzyn a été mise hors-jeu. Elle a été imposée directement par Emmanuel Macron, a laissé tomber le ministère de la Santé en plein Covid puis a a dit des choses regrettables. Tout cela ne lui est pas favorable…

Penchons-nous sur le fond des dossiers de la politique parisienne. Sociologiquement, Paris semble de plus en plus rassembler les plus aidés (habitants des HLM) et les plus aisés. Cette terra-novisation profite-t-elle mécaniquement au PS ?

Oui, c’est un peu vrai. Depuis 2001, les logements sociaux ont été volontairement accordés à des catégories sociales plus défavorisées que ceux qui y étaient logés jusqu’alors. Tout cela a évidemment été fait avec des visées électorales. Mais cela ne signifie pas que Bertrand Delanoë comme Anne Hidalgo ont investi dans le logement social. C’est bien pire que cela. La gauche a trouvé à Paris un parc de logements constitué d’une manière tout à fait arbitrée et volontairement organisée. Sous Chirac et Tibéri, quand on construisait les programmes de logements – et il y en a eu beaucoup à cette époque là et très peu depuis –, on mettait en place des logements sociaux pour moitié, et pour moitié des logements intermédiaires. Le loyer des logements intermédiaires correspondait à un médium entre le prix du marché et les loyers de HLM. Cela servait aux classes moyennes trop pauvres pour habiter des logements privés mais trop riches pour avoir droit au logement social.

L’équipe d’Hidalgo fait tout pour prolétariser le parc de logements existant…

Justement, l’équipe d’Anne Hidalgo se pique de mixité sociale…

Pourtant, son équipe fait tout pour prolétariser le parc de logements existant. Plutôt que de lancer de nouveaux programmes de construction, Hidalgo a surtout reconventionné. Par le biais des sociétés dont la ville de Paris est propriétaire et qui ont la main sur ces parcs sociaux, elle a fait passer des logements intermédiaires dans des catégories de logements sociaux. Sans dépenser un centime et en bénéficiant de subventions de l’Etat pour le faire, fla ville a ainsi fabriqué un parc de logement sociaux par la destruction du parc de logements intermédiaires. Je connais d’ailleurs des habitants qui vivaient dans des logements intermédiaires depuis plusieurs générations et ont dû quitter Paris. On leur a donné deux ans pour quitter leur logement parce que celui-ci ne figurait plus dans la catégorie des logements sociaux.

Ils sont donc remplacés par des gens à faible revenu, qui viennent souvent de banlieue.

Exactement. Et ce ne sont pas des Parisiens.

Dans un ensemble de nouveaux logements comme la ZAC des Batignolles, se côtoient des logements de très haut standing et des logements sociaux à très bas prix.

C’est le contraire de la mixité. Vous avez deux catégories sociales qui s’opposent et qu’on oblige à vivre ensemble alors qu’on sait que cela ne se passe pas bien. Pour créer une vraie mixité, il faut toutes les catégories, y compris les catégories intermédiaires qui sont aujourd’hui sous-représentées à Paris. Les couples de fonctionnaires, d’artisans, n’ont plus la possibilité d’habiter Paris. Ils ont déménagé de l’autre côté du périphérique.

Les piétons se sentent bien plus en danger à cause des cyclistes que des voitures

Passons à un autre volet contesté du bilan d’Anne Hidalgo : les transports. Dans votre arrondissement, depuis le confinement, les cyclistes monopolisent certains tronçons de la rue de Rivoli au risque de blesser les piétons. Cela ne vous choque pas ?

Quand on a décidé l’élargissement de la rue de Rivoli aux vélos, il y avait déjà une piste cyclable. Pendant le confinement, en l’absence de voitures, la ville prétendait que cela serait temporaire. Je fais moi-même du vélo, il m’est arrivé pendant le confinement de remonter les Champs-Elysées à vélo, j’ai fait le tour de la place de l’Etoile, j’étais absolument seul. Comme par hasard, à trois semaines des élections municipales, Hidalgo s’engage à pérenniser cet aménagement. C’est abusif sur le plan démocratique, et même sur le plan réglementaire.

Surtout, cela pose plusieurs problèmes. D’abord, ces nouveaux cyclistes deviennent enragés. Moi-même sur mon vélo, j’ai été renversé par un cycliste qui ne s’est pas arrêté, et ne savait absolument pas conduire… Les piétons se sentent bien plus en danger à cause de ces cyclistes que des voitures, d’autant qu’elles roulaient à faible vitesse rue de Rivoli en raison des bouchons. Le nombre d’accidents a beaucoup augmenté pour les vélos. Les professionnels (chauffeurs de bus, livreurs) sont effarés car ils n’osent plus traverser un carrefour sans la crainte d’en renverser un.

L’hégémonie des vélos nuit-elle également à l’activité économique ?

Absolument. Dans le premier arrondissement de Paris, nous accumulons les plus gros chantiers de France et de Navarre, avec le chantier des Halles enfin terminé, le chantier du Louvre qui ne finira jamais, le Louvre des Antiquaires, le théâtre de la Ville, l’ex-Samaritaine, etc. Ce sont des chantiers gigantesques qui nécessitent des moyens logistiques très importants. La question des livraisons devra être résolue. Et imaginons que ces travaux soient terminés, cela entraînera un afflux de touristes. Des établissements prestigieux vont se créer. A part la Samaritaine, il y aura un hôtel du type du Cheval blanc avec toutes les livraisons que cela implique. Le fait de dire que tout se fera sur des vélos est tout à fait déconnecté de ce qui fait la vitalité et le rayonnement international de Paris. C’est une ville mythique qui a une image extraordinaire et cette espèce d’entre-soi est incompatible avec toute ambition parisienne par rapport ce que Paris représente dans le monde.

Rue de Rivoli, on a mis des espèces de plots en plastique jaune pour marquer la piste des vélos. C’est du vandalisme!

Pourquoi vous opposez-vous à la suppression des autoroutes urbaines que sont les voies sur berges pour les mettre au service des piétons ?

Les voies sur berge à 50 km/h, ce ne sont pas une autoroute mais une très jolie promenade en voiture. En revanche, rue de Rivoli, dans ce paysage urbain magnifique copié dans le monde entier pour ses arcades, on a mis des espèces de plots en plastique jaune pour marquer la piste des vélos sur toute la longueur de la rue, en face du jardin des Tuileries… Le paysage autoroutier, c’est ça ! On n’a pas le droit de défigurer un site de cette qualité qui a cette importance patrimoniale dans le monde entier. C’est du vandalisme, un acte d’inculture, de négation et de déni de l’importance et du prestige de Paris !

Au fond, au cours de cette campagne municipale, a-t-on entendu des projets alternatifs à celui de la maire sortante ?

Non. Je regrette que cette édition se soit réduite à un casting entre trois grâces. C’est un trio de femmes qui n’ont aucune différence programmatique fondamentale. Il y a eu des polémiques, des noms d’oiseaux échangés, des paroles malheureuses avec des droits de réponse… mais pendant ce temps, on n’a pas parlé de Paris.

N’ayons pas peur de gagner!

0
Charles Pasqua, Philippe Séguin et Philippe de Villiers, lors d'un rassemblement contre la ratification du traité de Maastricht, Paris, 12 septembre 1992 © JOEL ROBINE / AFP

De quasi marginal, le discours souverainiste est devenu hégémonique à l’heure où la lutte contre le Covid-19 réhabilite l’indépendance industrielle et le respect des frontières. Au lieu de critiquer les ralliés, les souverainistes canal historique devraient se réjouir de leur victoire idéologique


« Souverainisme, j’écris ton nom » : c’est le titre d’une tribune de Florence Kuntz, William Abitbol et Paul-Marie Coûteaux publiée dans Le Monde le 30 septembre 1999. Elle reprenait le terme utilisé par les cousins québécois qui avaient échoué lors du référendum d’indépendance de la Belle Province, quatre ans plus tôt. Quelle drôle d’idée, quand on y repense aujourd’hui ! Primo, la situation de la France n’était pas la même que celle des Canadiens français. Ceux-ci cherchaient à recouvrer leur pleine souveraineté en quittant un véritable État fédéral. Nous avions déjà cédé beaucoup en adoptant de justesse le traité de Maastricht et en acceptant que la Cour de cassation et le Conseil d’État fassent prévaloir la moindre directive d’un eurocrate sur la loi votée par nos représentants. Mais nous étions toujours un État-nation, présent en tant que tel à la table des Grands avec un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et puissance nucléaire. Secundo, pourquoi reprendre un terme qui avait été le synonyme d’une défaite pour nos alter ego du Parti québécois, emmenés par le truculent Jacques Parizeau ?

Les irréductibles Gaulois

So romantic ! So French ! Il y a quelque chose de furieusement français dans ce goût d’être défait. Astérix et son petit village, qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, ne sont jamais bien loin. Parfois, on pousse le paradoxe encore plus loin. Dans les années 1960, les Français préféraient majoritairement Raymond Poulidor, le perdant magnifique… mais il y avait parmi ceux qui en pinçaient pour Anquetil une délectation toute particulière d’être minoritaire. Je ne saurais leur reprocher. Vingt ans plus tard, je préférais Fignon alors que tous mes copains soutenaient le « Blaireau », Bernard Hinault. « Minoritaire », donc. Écoutons la chanson de Jean-Jacques Goldman qui date de 1982:

Et tant pis si la foule gronde
Si je ne tourne pas dans la ronde
Papa quand je serai grand je sais ce que je veux faire
Je veux être minoritaire
J’ai pas peur, j’ai pas peur, j’ai pas peur
J’ai mon temps mes heures
J’ai pas peur, j’ai pas peur
Un cerveau un ventre et un cœur
J’ai pas peur, j’ai pas peur, j’ai pas peur
Et le droit à l’erreur

Et si cela avait été donc une erreur, justement ? Cette culture de la défaite, ce plaisir à contre-pied ne concernent pas que moi. Il est même possible qu’il s’agisse d’une tradition dans ces colonnes. Il suffit de regarder Élisabeth sur CNews chez Pascal Praud, chaque lundi matin. Elle adore ça. Alain Finkielkraut lui a d’ailleurs fait remarquer pas plus tard qu’il y a deux mois, que « l’anticonformisme est aussi un réflexe pavlovien ». Dans cette accusation, il y avait une bonne part d’injustice et un soupçon de vérité.

Trop de souverainistes tue le souverainisme?

Pourtant, comme la patronne, je me redécouvre libéral en écoutant François Sureau, constatant avec une dose raisonnable d’effroi la manière dont mes compatriotes se sont confinés sans moufter. Alors que le mot « souveraineté » est aujourd’hui dans toutes les bouches, y compris celle du président, on en vient à craindre le zèle de tous ces néophytes souverainistes. Ne seraient-ils pas tentés de jeter le bébé de la liberté individuelle avec l’eau du bain néolibéral, autrement dit de sacrifier les libertés publiques avec le retour de l’autorité de l’État-nation ?

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Et mes libertés c’est du poulet?

Raison de plus pour ne pas se résigner à demeurer spectateurs. Seulement, comme l’a remarqué le camarade Zemmour, si les nouveaux apôtres de la souveraineté utilisent désormais un mot qu’ils prononçaient encore en janvier comme s’ils venaient d’ingurgiter de l’huile de ricin, ils honnissent toujours autant les « souverainistes ». Il suffit d’observer le traitement médiatique subi par Michel Onfray. Même si le philosophe sait aussi lâcher ses coups sur des plateaux qui l’accueillent volontiers, il a eu à subir le traitement habituel des imprudents qui disent vouloir dépasser la droite et la gauche au nom de la liberté de la nation. Ceux qui prennent un plaisir inavoué à figurer sur les listes noires du Monde ou de Libération n’ont pas grand-chose à craindre. La tradition n’est pas en danger.

Se montrer aussi machiavélien que le camp d’en face. Avoir des mains, au risque de les salir. Et ne pas se dérober

Mais, de grâce, tentons aussi d’aimer la victoire. « Ce qui doit primer, ce n’est pas l’idéal européen, c’est la nécessité de redevenir souverain », déclarait Raphaël Glucksmann à L’Obs, il y a quelques semaines. Et le très moderne Roux de Bézieux, qui préside aux destinées du Medef, fait entendre la même musique. Trop de souverainistes ont accueilli ces conversions en pleurnichards ou en esprits forts. À les entendre, il n’y aurait là qu’opportunisme et insincérité ! D’abord, on n’en sait rien, et puis, quand bien même ! C’est le signe que les lignes bougent, peut-être que la victoire culturelle est en bonne voie.

Fonder une vraie résistance souverainiste

Il est temps de conclure cet article et, par la même occasion, plus de onze années de compagnonnage avec Causeur, cette école de l’exigence. Faut-il rester souverainiste ? Le terme n’était certes pas le mieux choisi, mais il est là. Que nous ayons eu raison avant tout le monde en refusant la diabolisation de la nation, en proclamant qu’elle était, sans doute pour longtemps, le cadre indispensable de la communauté politique, la mémoire de Philippe Cohen m’en est témoin. Cela ne nous oblige nullement à camper dans la confortable culture de la minorité scrogneugneu. Ce serait une fuite devant les responsabilités.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Tous souverainistes, les uns contre les autres

Faire preuve d’habileté. Se montrer aussi machiavélien que le camp d’en face. Avoir des mains, au risque de les salir. Et ne pas se dérober. Cela passe bien sûr par le travail intellectuel, mais pas seulement. Certains prôneraient sans doute le réinvestissement dans les partis existants alors que d’autres préféreraient en créer de nouveaux. Encore faudrait-il que les souverainistes se parlent pour en décider. Encore faudrait-il qu’ils se parlent pour s’organiser, définir des stratégies. Encore faudrait-il qu’ils se parlent pour cesser d’entretenir ainsi cette culture minoritaire, soit par dandysme, soit par paresse, soit par fatalisme, soit en attendant un messie en mode « Macron souverainiste », dans le confort du confinement politique.

Continuer de penser contre soi-même, oui bien sûr. Mais pas au risque d’être, une fois de plus, les dindons de la farce !

L’homme est un loup pour l’homme

0
Image: Unsplash

Épisode 13 : mon semblable mon frère


22 juin 2020

Rappel

À se demander si, en l’absence de distance sociale, l’indignation Back Lives Matter chauffée à blanc tue le coronavirus tout en apportant son lot d’idées tordues qui pénètrent le corps politique en y faisant des dégâts irréparables. C’est une pandémie idéologique qui déferle. On a du mal à ne pas répondre à l’hystérie par la panique. J’ai besoin d’un regard littéraire. Noir & blanc en trois dimensions :

« Mon semblable mon frère »
(extrait / pp 54-58)

Nous, on gagne la vie en racontant des his­toires. On vit des histoires qu’on raconte. Comment vivre si l’on met en cause chaque phrase, chaque pas ?

Et nous, à peine avancé, il recule. « Attends … attends que je m’organise … ». Nous deux, sous les arcades de l’Hôtel Central, baigneurs à la lisière d’un océan démonté, on s’organise avant de se frayer un chemin entre les banabanas de l’avenue William-Ponty. Un homme nous croise, se retourne, nous aborde:

« Vous êtes américains » ?

Il est grand, digne, fort d’une puissance afri­caine, le visage noir, lisse, luisant. Lumière d’une intel­ligence fine, voilée d’un malheur lancinant. Je reconnais à son accent qu’il n’est pas francophone.

« Moi, non. Je suis tanzanien. Elle est américaine ».

Un voile de plus tiré sur son visage. Je me dis que c’est à cause du mensonge. Blessant. Ou bien il a compris que celui qui se dit tanzanien refuse la conversation. Alors, il cache sa dignité bafouée derrière un voile. Et disparaît dans la foule.

Moi aussi, blessée : « Où est le problème ? Personne n’a le droit de te parler » ? Ce n’était pas mon idée de l’aventure. On est à l’étranger, on parle aux inconnus. On voyage, on découvre le « peuple ». Il ne veut rien en savoir de ces inconnus, ses frères africains. Même pas un petit échange. Où est le mal ?

On remonte l’avenue, interpellés de tous les côtés : des lunettes fumées, des ceintures en skaï, de la pacotille, des montres tape-à-l’œil, des bijoux trompeurs en or et ivoire. « Psst, miy goood frend, cheeeeep price» ! Il a beau s’organiser, on n’a pas fait les deux cents mètres jusqu’au café que déjà il est froissé.

« C’est un banabana. Je m’y connais ».

« Ah non, là, carrément, tu exagères ».

Et l’homme est là, à nous regarder par-dessus la haie. Cette haie ­fleu­rie à toute heure de têtes de banabana.

« Tu prendras quelque chose »?

Pas vrai ! C’est l’homme avec moi qui l’invite ? Mon plaisir devant ce changement de cœur est coupé court. « C’est de l’arnaque. Tu verras que j’avais raison. Maintenant, on va écouter son histoire et à la fin c’est toi qui décides combien on doit lui donner ».

L’homme accepte de prendre un café, pas de croissants. La faim est écrite, indélébile, dans le vide laissé par sa poitrine en recul de la chemise. Un malheur lancinant. La chemise très propre, délavée. Le visage fort, visage de puissance africaine. Je lui donne 37 ans. Peut-être moins.

« Je n’aime pas ce Dakar, ah non. Je suis ici trois mois, et si je pouvais partir… Une boîte américaine me dit de venir. Pour un job. Il me dit ça chez moi, en Gambia. C’est mon pays. Ce n’est pas loin, peut-être deux cents miles. Mais nous on ne parle pas fran­çais, on parle anglais. On me dit de venir ici, il y a du travail, mais j’arrive, on me dit d’abord il faut une carte de travail mais ces gens-là ces Sénégalais ils ne veulent pas me donner la carte, non, ils ne veulent pas de nous autres étrangers qu’on vient travailler chez eux. Je retourne au bureau on me dit oui le travail est toujours là, cherche ta carte et reviens nous voir. Il me donne l’adresse je vais là-bas mais ces gens, ces gens de Dakar, ils me disent va-t’en. Ils ne veulent pas de nous autres qui parlent anglais. Ah non. Ici ils sont capables de te tuer ».

A des moments forts du récit il essuie de la main son visage. Pour effacer quelque chose. Une tête de banabana perce la haie, les pétales d’une main s’ouvrent pour révéler un bracelet en or. Miiy-gooood frend/cheep-price ! Sssst ! Miiiy goooood frend/cheep price ! La tête se retire, puis revient à la charge. En collant le regard sur n’importe quoi à contresens de ses appels, on finit par le décourager. Vaincu, il arrête enfin ses sifflements et disparaît.

« Ce n’est pas possible. Pas de carte de travail. Je dois vendre mes vêtements pour me payer un peu de manger. Pas de travail. Maintenant je veux rien, je veux retourner chez moi. Si j’avais 2 000 francs … »

Le prix se dresse entre nous : l’homme qui veut rentrer en Gambia, l’homme qui se dit tanzanien, la femme qui marche main dans la main avec le désir de l’Autre. Le prix se traduit : X fois le prix du petit déjeuner, à peu près le prix d’une nuit à l’Hôtel Central, un peu en-dessous du tarif d’une journée avec le guide-chauffeur de taxi, un Xième du prix du billet Dakar-New York et combien de fois le prix du pain ?

« Avec deux mille francs je prends le car et je suis en Gambia ! D’un geste de basta, finito, histoire classée ! Même j’arrive à la frontière, de là, pas de problème, en Gambia ça va. Une fois je voulais rentrer à pied mais j’avais rien à manger rien à boire et ces gens ils te donnent rien si tu ne parles pas fran­çais. Deux jours je marche. Personne me prend en voiture. Deux jours. C’est trop. Je reviens ici. Qu’est-ce que je vais faire ici ? Ici je deviens fou. Ce Dakar même, avant de venir ici j’entends Dakar Dakar Dakar, maintenant please je veux juste rentrer chez moi et pas voir ce pays jamais plus. Ah ces gens-là sont mauvais. Regardez, regardez comme ils font. Vendre dans la rue. Mendier dans la rue. Ah non, en Gambia nous n’allons pas faire comme ça, vous n’allez pas voir ça ».

On regarde les passants. Des francophones. Je l’entends qui se dit : ils parlent français, ils ont le droit de travailler, ils ont du boulot. Il raconte son histoire par strophes, sans jamais tomber dans le misérabilisme. On boit le café, on observe le spectacle de la rue, il raconte un bout d’histoire. Toujours avec une légère distance, comme s’il parlait d’un autre dont le drame pourrait nous toucher, nous trois, anglophones, étrangers, de passage à Dakar. Nous, des gens intelligents, témoins d’un dilemme clas­sique, un homme cherchant à améliorer sa vie s’accroche à une idée reçue : à Dakar on peut trouver du travail. Dans un élan d’espoir, il se lance, il risque tout. Sa destination s’avère vite une déception. Sa situation empire, ne cesse d’empirer. Il est piégé. Quel miracle pourrait le ramener à son point de départ, au temps révolu où il ne s’était pas encore épris de cette idée folle ? Deux mille francs.

« Deux jours je marche. Personne veut me prendre en stop. J’ai rien à manger. Je dois revenir ».

« Tu as une famille »?

« Oui, une femme, des enfants. Et quand je pense à eux je suis comme un fou. La nuit je pense à eux, je pleure. Je dois dor­mir dans la mosquée. Je n’ai pas de sous, pas de toit. La nuit je me glisse dans la mosquée et là je dors ou souvent je ne dors pas je reste toute la nuit à veiller car ces gens ils peuvent me tuer s’ils me trouvent là. Il passe la main sur son visage, pour effa­cer quelque chose. Là, dans la mosquée, dans le noir, je pense à ma famille. Dans un mois c’est la saison des pluies en Gambia. Si je pouvais retourner, tout de suite je peux semer ».

Je vois sa famille. Je le vois, lui, qui descend le sentier menant à sa concession. Ils viennent à sa rencontre. Trois mois sans nou­velles. Il avait promis d’envoyer de l’argent. Pas de nouvelles, pas d’argent. Trois mois qu’ils vivent du riz des voisins. Se disant qu’il est mort. Je le vois à la gare. Il se paie un billet. Je le vois qui regarde à travers la vitre du car le paysage qui défile. Maudit Sénégal. Un seul désir : traverser la frontière, pénétrer dans son pays, sa Gambia anglophone. Kilomètre après kilomètre il déverse son amertume contre ces francophones détestables qui ne veulent pas qu’un homme trouve du travail. Le car franchit la ligne entre le français et l’anglais. La rancune fond. Il est en Gambia. Dans son cœur, dans le cœur dans le ventre, il pense à sa femme.

« Personne ne peut t’aider ? La société qui t’a embauché ? L’ambassade ? Il n’y aurait pas quelqu’un à l’ambassade » ?

« J’ai essayé. Ils me disent “fous le camp, on va appeler la police.″ Ces gens-là, ils peuvent tuer un homme, ça ne leur fait rien ».

Si un homme est piégé et tu peux le sauver pour dix dollars ?

Il me rappelle à voix basse : « C’est toi qui décides. »

Si un homme répète toujours la même histoire ce n’est pas 10 dollars, pas 3 mois. Ni 3 mois ni 3 jours ni 3 ans. Une histoire existe hors temps, se déroule tout à la fois, n’importe quand, jamais, toujours. Si un homme répète toujours cette même his­toire, il est toujours tout juste arrivé au Sénégal pour apprendre qu’il ne peut pas avoir la carte de travail, il est toujours à deux doigts de devenir fou, il a toujours faim, dort dans la mosquée, pleure femme et enfants.

« Je ne peux pas décider ».

Le serveur nous rend la monnaie. Sept cents francs sur un billet de mille. Je chuchote. « Donne-lui au moins de quoi acheter à manger ». Puis, sans voix, car je n’ose pas décider de son sort. L’homme regarde de ses yeux affamés l’argent sur la table.

La suite ici : Karimi Hotel & autres nouvelles d’Africa

L’émancipation des Noirs, de l’esclavage aux hautes sphères de la société américaine, s’avance avec un mélange d’âme et de tripes, d’élégance et de violence, de finesse et de bêtises. Pour nous, qui avons fait un bout de ce chemin, l’ébullition actuelle ressemble plus à une catastrophe naturelle qu’à une étape sur la route qui monte. Pourquoi ?

A suivre, Episode 14 : Noirs & Juifs aux USA / l’amour fou.

KARIMI HOTEL

Price: ---

0 used & new available from