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Des Verts trop blancs

L’hégémonie blanche des lapins de Hotot


Décidé à combattre la « centralité blanche » prédominante dans la société française, le média écologiste Reporterre a récemment consacré un long article à « l’entre-soi blanc du mouvement écolo ». Des témoignages accablants illustrent cette situation. Ainsi, lors d’une soirée organisée par Reporterre sur le thème « L’écologie contre l’extrême droite », le chercheur au CNRS Malcom Ferdinand a-t-il ressenti un grand malaise : parmi les 150 personnes composant le public, il était « l’un des rares hommes noirs ». Une conclusion quasi scientifique s’impose alors à lui : « L’écologie politique française opère au sein d’espaces structurés autour de la blanchité. » Reporterre propose neuf pistes de réflexion pour combattre l’hégémonie blanche dans l’écologie. L’une d’elles consiste à prendre conscience de cette « domination ancrée dans l’imaginaire raciste de l’Occident » en s’appuyant sur un livre au titre alléchant : Mécanique du privilège blanc. Comment l’identifier et le déjouer ? Une autre propose de « reconnaître la charge raciale », laquelle désigne « la peur de mourir prématurément dans une société raciste », ce qui nécessite de « planifier ses vacances selon les risques d’agressions racistes ». Les écologistes sont également priés de faire extrêmement attention au vocabulaire qu’ils emploient. Certains termes – comme « espèces invasives » ou « jungle » – charrieraient en effet un « imaginaire racialisé ».

Bref, conclut Reporterre, il est temps de « trahir l’hégémonie blanche occidentale » en la débusquant partout où elle se cache. Programme ambitieux auquel Causeur se devait de participer en suggérant au média écolo de se pencher sur le cas méconnu des éleveurs de lapins blancs de Hotot. Issue d’une sélection de sujets choisis pour obtenir un pelage d’une blancheur immaculée, la race des lapins blancs de Hotot a été sauvée durant la Seconde Guerre mondiale par Friedrich Joppich, un éleveur… allemand ! Est-ce un hasard ? Nous comptons sur les très sérieux journalistes de Reporterre pour mener l’enquête et répondre à cette angoissante mais inévitable question.

Cirque Traoré: la tournée continue

C’est reparti pour un tour, dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré ! Hier, la Cour de cassation a confirmé le non-lieu en faveur des gendarmes, mettant fin à dix ans de procédure marqués par des expertises médicales à répétition. La justice a donc conclu – et pas moins de trois niveaux judiciaires ont examiné le dossier – que l’intervention des gendarmes n’était pas la cause de la mort du jeune homme, un verdict toujours contesté par la famille qui porte l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.


Chouette ! De nouveau, nous allons pouvoir nous régaler, sur les antennes de Quotidien et autres médias où la détestation de la France est de règle, des prestations pathétiques et dégoulinantes de haine de la dévote sœur Assa, la contrefaçon pathétique de la militante américaine Angela Davis. Même coupe Davis, je veux dire pour la chevelure – j’allais dire la crinière, mais le mot étant habituellement associé au lion, le roi des animaux, je m’en voudrais de le rabaisser à ce niveau – la chevelure donc et, au vu des dernières images, les ongles aussi longs que les dents. Car on a les dents longues, du côté du clan Traoré. On tient à exploiter jusqu’à la corde la moindre opportunité de concentrer sur soi les feux médiatiques de complaisance et s’assurer ainsi une célébrité warholienne dont, en l’occurrence, la durée excède malheureusement bien davantage que le quart d’heure de référence.

La police est raciste, la police tue… etc.

Il se trouve que la Cour de cassation vient de confirmer le non-lieu dont la juridiction d’appel avait d’ores et déjà crédité les gendarmes en charge de l’arrestation du frère de la dame, Adama ce jeune homme bien sous tous rapports dont il se dit qu’il aurait notamment agrémenté son séjour derrière les barreaux en imposant, sous la menace d’une fourchette, une fellation à un co-détenu. J’ignore la couleur de peau de cette victime sur laquelle au demeurant personne ne verse la moindre larme. Pour la couleur de peau des gendarmes étant intervenus lors de l’arrestation du sympathique garçon, qui notons-le n’avait pas cru bon d’obtempérer, il semble bien que deux d’entre eux étaient « racisés », terme aujourd’hui consacré et encore licite. Ce qui n’empêche nullement notre Angela de pacotille et ses soutiens de hurler au racisme. On connaît la chanson, la police est raciste, la justice est raciste, la France est raciste, les blancs sont racistes, les racistes eux-mêmes sont racistes, c’est dire !

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Donc, refusant les décisions et arrêts de cette justice vicieusement raciste et fasciste, Miss dents longues et son avocat annoncent vouloir s’en remettre désormais à la Cour Européenne des Droits de l’Homme afin – je cite – « de faire condamner la France ». Bel aveu ! La cible, le monstre à abattre n’est autre que la France, bien sûr ! On ne peut mieux exprimer la haine frénétique du pays dans lequel, cependant, on a grandi, on vit et dont les principes de justice sont à ce point généreux qu’on peut faire traîner en longueur, ad nauseam, des procédures qui n’ont d’autre finalité que de s’offrir le répugnant plaisir de lui cracher dessus, de l’insulter, ce pays, le traîner dans la boue. Oui, vomir sur la France, cette France probablement tellement raciste qu’ils se bousculent par dizaines de mille pour venir s’y entasser. Belle contradiction. Mais dans ce camp-là, on n’en est pas à une près. Plus c’est gros plus ça passe ! Plus on donne dans la stupidité la plus crasse plus on accumule les temps d’antenne. Pourquoi s’en priver ?

Encore une minute, Monsieur le bourreau

Je vais vous faire un aveu. Moi, je l’aime bien, Assa Traoré, avec sa chevelure au vent et tout, et tout. Chaque fois que je la vois paraître, et chaque fois qu’elle ouvre la bouche, je déclenche mon chronomètre, bien persuadé qu’à chaque minute qui lui est accordée, c’est autant de votes qui finiront dans l’escarcelle des partis qu’elle vomit le plus. Ai-je besoin de les nommer ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Faites-le taire !

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Le combat perdu de la gauche mondaine contre le député Charles Alloncle


Le gratin de la gauche mondaine veut faire taire Charles Alloncle, ce député ciottiste qui malmène l’audiovisuel public en lui demandant des comptes au nom du parlement. Les pétitionnaires professionnels reprochent au rapporteur et à certains membres de la commission d’enquête (Le Monde, mardi) des « méthodes inquisitoriales diffamatoires et menaçantes ». Certains pointent « l’extrême droite » derrière tant d’irrespects pour la citadelle progressiste, théoriquement intouchable, qu’est France Télévisions. 

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Une commission parlementaire est passée par-ci, une commission parlementaire passera par-là…

Comme en écho, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est dite opposée, mardi sur Europe 1, à une commission d’enquête parlementaire sur les possibles implications pédo-criminelles ou financières de l’affaire Epstein en France. Dans Le Monde, l’ancienne ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a admis pour sa part, dressant le portrait du président démissionnaire de l’Institut du monde arabe, Jack Lang : « Tout le monde savait qu’il ne payait rien à Cannes. Il considère qu’il doit être invité partout, dans des conditions de luxe (…) ». Tout le monde savait son goût du luxe et les liens du pique-assiette avec Epstein, mais personne n’a jamais rien dit. Ainsi fonctionne, sous la loi du silence et du rappel à l’ordre pour les bavards, le petit cercle parisien de la culture et des médias qui se claquemure, exige l’omerta et crie au complotisme quand il s’agit de récuser des accusateurs. Jusqu’à ce que Jean-Marc Morandini se retire de l’antenne de Cnews lundi, après avoir été définitivement condamné pour « corruption de mineur », toutes les turpitudes se résumaient au maintien de l’animateur sur la chaîne honnie par le camp du Bien.

Obsessions d’hier et d’aujourd’hui

Libération, qui fait sa Une ce mercredi sur un nouveau prédateur pédophile qui aurait à son actif 89 jeunes victimes, a évidemment raison de s’horrifier de ces déviances. Mais l’histoire de ce journal reste entachée par sa défense post-soixante-huitarde de la sexualité entre adultes et enfants. L’autre jour, Libé rappelait, en oubliant ses propres travers, les pétitions parues dans Le Monde, en 1977, signées notamment par Lang, qui réclamaient la dépénalisation de la pédophilie. Déjà, à l’époque, la gauche caviar s’estimait à l’avant-garde des lumières et des libertés nouvelles. Aujourd’hui, elle persiste à ne rien comprendre des nouvelles exigences morales de la société civile vis-à-vis d’une caste qui s’est appropriée le droit de décréter le dicible.

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L’obsession de ces fausses élites à faire taire les expressions dissidentes, dans le seul but de préserver leur hégémonie idéologique, n’est plus tenable. C’est évidemment Alloncle qui a raison quand il bouscule les mandarins de l’information étatisée. C’est évidemment Braun-Pivet qui a tort quand elle s’oppose à des enquêtes parlementaires sur les ramifications parisiennes du réseau Epstein.

Lundi, dans Le Figaro, Rachida Dati, candidate à la maire du Paris, a dévoilé « un scandale sexuel dans le périscolaire » et a évoqué « des enfants de maternelle violés dans nos écoles publiques ». Mais qui parle de cette abomination chez les belles âmes ?

La révolution des oubliés

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Des mollahs aux pieds d’argile

Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Pour lui, alors que les Iraniens rejettent autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entraînera l’effondrement de tout le système.


Né à Téhéran en 1960 dans une famille bourgeoise, Iraj Mesdaghi appartient à la génération devenue adulte au moment où le règne du shah vacillait. Comme beaucoup de jeunes Iraniens de son milieu, il est alors animé par un idéal de justice sociale, de liberté individuelle et de dignité nationale. La « faille », au sens tragique du terme, qu’il partage avec tous ceux qui ont eu le même engagement que le sien à cette époque, tient à leur conviction, erronée, selon laquelle la chute de la monarchie ouvrira nécessairement et presque mécaniquement la voie à un régime plus juste, et à terme à une démocratie de type occidental. Emporté par cette espérance, il interrompt ses études aux États-Unis, rentre en Iran et s’engage aux côtés de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, mouvement révolutionnaire hybride, à la fois islamiste et marxiste.

Mais, après le départ du shah, la révolution ne met pas longtemps à dévorer ses propres enfants. À l’image de Lénine après octobre 1917, Rouhollah Khomeyni élimine méthodiquement ses anciens alliés devenus rivaux. Iraj Mesdaghi et sa jeune épouse sont arrêtés au début des années 1980 et condamnés à dix ans de prison. En captivité, ils découvrent la torture systématique, les humiliations quotidiennes et le broyage méthodique des individus, dans un univers où la violence n’est ni accidentelle ni excessive, mais constitutive du système.

L’année 1988 constitue le cœur noir de cette terrible expérience. Au cours de l’été, Rouhollah Khomeyni, furieux d’avoir dû signer un cessez-le-feu avec l’Irak après huit ans de guerre, crée des commissions spéciales, passées à la postérité sous le nom de « commissions de la mort », qui ont pour tâche de faire exécuter des milliers de prisonniers politiques, accusés d’être des « ennemis de l’intérieur ».

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Iraj Mesdaghi est le témoin direct des sélections arbitraires, des couloirs de la mort, des appels de noms et des pendaisons en série. Il voit disparaître en quelques semaines des centaines de codétenus. Cette expérience scelle en lui une certitude irrévocable : le régime islamique n’est pas une simple dictature, mais un système totalitaire prêt à l’extermination de masse pour se maintenir au pouvoir.

Libéré au début des années 1990, Mesdaghi quitte l’Iran avec sa famille. Après un long périple, aussi dangereux que clandestin, il obtient le droit d’asile en Suède. En exil, il entreprend un travail minutieux et obsessionnel de documentation du massacre de 1988, recueillant témoignages, noms, dates et responsabilités, et publiant plusieurs ouvrages devenus des références sur le sujet. Dans le même mouvement, il s’éloigne progressivement des Moudjahiddines du peuple, dont il dénonce la dérive sectaire.

Son travail de longue haleine trouve un aboutissement quand, en 2019, un ancien responsable pénitentiaire iranien, Hamid Nouri, impliqué dans les exécutions de 1988, tombe dans son piège. Se faisant passer pour le responsable d’une agence de voyages, Mesdaghi entre en contact avec cet homme fort du régime et organise pour lui un tour d’Europe. Nouri est immédiatement arrêté à son arrivée à l’aéroport de Stockholm, où la justice suédoise, qui s’autorise de sa compétence universelle en cas de crime de guerre, ouvre contre lui un procès historique. En 2022, il est condamné à la réclusion à perpétuité pour torture, exécution et enterrements secrets. Il ne restera toutefois que deux ans en détention, les autorités suédoises décidant de l’élargir dans le cadre d’un échange de prisonniers visant à obtenir la libération d’un ressortissant européen détenu arbitrairement par l’Iran.


Causeur. On sait, au moins depuis 2009, que les mollahs truquent les élections pour conserver le pouvoir, et on a vu ces dernières semaines les massacres dont ils sont capables pour rester les maîtres de l’Iran. Comment expliquer qu’ils ne soient toujours pas renversés, comme le shah en 1979 ?

Iraj Mesdaghi. Contrairement à ce que disent beaucoup de médias occidentaux, notamment en France, ce régime n’a rien à voir avec celui du shah ! En 1979, dans des circonstances de contestation comparables à aujourd’hui, Mohammad Reza Pahlavi a refusé de gouverner par le sang ! Il a préféré quitter le pays, précisément pour éviter un massacre comme celui qu’on a vu en janvier. Le régime islamique, lui, n’a aucune retenue ! Nous sommes face à un système qui assume une violence de masse épouvantable. On parle aujourd’hui de 12 000 morts rien qu’en deux nuits, estimation plutôt prudente. Cela choque en Europe mais pour moi, qui ai été en prison et qui ai vu des milliers d’exécutions en quelques semaines en 1988, ces chiffres sont crédibles.

Vous parlez d’une violence extrême assumée et à grande échelle. Comment le régime parvient-il concrètement à exercer cette répression ?

Tout d’abord en diabolisant ses opposants. Dès les années 1980, Khomeyni parlait de « bêtes dangereuses » et donnait ainsi carte blanche pour tuer. Aujourd’hui encore, les autorités, y compris les soi-disant réformistes, qualifient les manifestants de terroristes. Cela permet de tirer dans la foule sans scrupule.

Mais enfin, ceux qui tirent dans la foule ont des enfants, des amis, des parents…

C’est pourquoi le régime s’appuie sur des forces étrangères. Des unités afghanes, comme les Fatimiyoun et les Zeynabiyoun, autrefois déployées en Syrie, sont aujourd’hui opérationnelles en Iran. Ce sont elles que le régime a utilisées pour cette répression sanglante.

Sur quoi repose encore la base sociale du régime ?

Sur la peur très concrète qui règne dans de larges pans de la population : celle de perdre les biens acquis après 1979. Beaucoup d’Iraniens ont profité des confiscations postrévolutionnaires pour prendre possession de logements, de terres et d’entreprises. Ils redoutent qu’un changement de régime entraîne des restitutions. Reza Pahlavi, le fils du dernier shah, l’a bien compris. Il a présenté un plan clair pour l’après-régime, excluant des purges à l’irakienne et proposant une transition encadrée vers des élections libres.

Peut-il incarner l’avenir de l’Iran ?

Assurément. Tout d’abord parce qu’il est populaire. Même ceux qui ne sont pas monarchistes le soutiennent comme figure de transition. Depuis sept ou huit ans, on entendait son nom dans certaines manifestations. Mais pour la première fois cette année, les slogans en sa faveur sont carrément devenus nationaux. On les a même entendus dans des rassemblements, jusque-là inédits, dans des quartiers privilégiés de Téhéran, tels que Niavaran ou l’avenue Fereshteh. C’était inimaginable auparavant.

On a vu des mosquées, des centres islamiques, des écoles religieuses attaquées. La société iranienne est-elle en révolte contre l’islam ?

C’est la grande nouveauté : une majorité de la population rejette explicitement l’islam politique, et une part croissante rejette l’islam tout court. L’Iran est probablement le seul pays musulman où, en cas d’élections libres, les islamistes n’auraient aucune chance.

Certains appellent à une intervention extérieure. Quelle est votre position ?

Je suis d’accord avec Reza Pahlavi, qui, comme Shirin Ebadi, demande un soutien occidental ciblé. Mais il ne s’agirait pas d’envoyer des troupes au sol. Selon moi, il faudrait viser le seul centre de gravité du régime, c’est-à-dire Ali Khamenei en personne. Éliminer des généraux ne changerait rien. Ce ne sont pas des Napoléon ! En revanche, si Khamenei tombe, tout le système s’effondre.

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L’une des raisons pour laquelle les puissances occidentales, Union européenne en tête, hésitent à faire cela est l’amère expérience de changement de régime en Irak. Et bien entendu la crainte qu’un régime instauré par les baïonnettes étrangères soufre immédiatement d’un problème de légitimité.

Mais l’Iran n’est pas l’Irak ! Vous ne comprenez pas la société et l’histoire de l’Iran. Il s’agit d’une vieille civilisation et non pas d’une création nationale récente et artificielle comme l’Irak ou la Libye. Le peuple iranien est tout à fait capable de prendre son destin en main.

Existe-t-il un risque de guerre civile en cas de chute du régime ?

Non. Il n’y a pas de lignes de fracture permettant une guerre civile. Entre qui et qui ? L’armée, les gardiens de la révolution islamique et la population partagent largement le même rejet du régime. Couper la tête suffirait. Comme en URSS, l’effondrement peut venir du sommet.

Quel rôle jouent les soutiens occidentaux du régime, notamment à gauche ?

Une partie de l’extrême gauche occidentale a historiquement soutenu le régime iranien, par anti-américanisme et parfois par antisémitisme. J’ai vu ces réseaux à l’œuvre jusque dans les instances onusiennes. Ils relativisent la répression, parlent d’impérialisme et ferment les yeux sur les crimes. Mais ils ne soutiennent jamais réellement le peuple iranien.

Quel message adressez-vous aux Européens et aux Français ?

Je leur dis que la chute du régime iranien ne concerne pas seulement les Iraniens. L’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite. La France et l’Europe ont un intérêt direct à soutenir le peuple iranien. C’est le moment.

🎙️ Podcast: Chine, la Grande Muraille est-elle fissurée?

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Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Le dirigeant de l’Etat chinois, qui est aussi – bien sûr – le chef du Parti communiste chinois, Xi Jinping, vient de terminer une opération d’épuration de ses généraux les plus gradés. Le dernier à y passer est Zhang Youxia, pourtant un vieux camarade de Xi Jinping qui a grandi avec lui. C’est aussi le dernier chef de l’Etat-major à avoir une véritable expérience du combat, expérience acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979.

Les autres généraux ne se sont pas pressés d’approuver publiquement cette action, en faisant l’éloge du leader glorieux et en dénonçant leur ancien chef militaire. Tout semble indiquer qu’il y a actuellement une lutte pour le pouvoir et une guerre de factions dans le nouvel Empire du Milieu. Ces tensions sont le fruit de la transformation du régime par Xi Jinping qui, ayant entamé un troisième mandat de président et espérant un quatrième, a remplacé la dictature du Parti, fondée quand même sur un système de règles, par une dictature personnelle.

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Il se peut aussi que Xi Jinping soupçonne l’Armée de libération populaire, dans la modernisation de laquelle il a investi des sommes pharamineuses, de ne pas être aussi performante en réalité que sur le papier, suite à des années de corruption et de détournement de l’argent de l’Etat.

Nos invités discutent de toutes ces questions, ainsi que de celles du soft power chinois, des dernières évolutions de la Nouvelle Route de la soie, et de l’ « involution » qui mine la croissance économique chinoise de l’intérieur.

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Information: tout est sous contrôle

Contrôler et labelliser l’information est une nouvelle obsession en Europe, et singulièrement en France. Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et les technocrates de Bruxelles sont les artisans d’un vaste dispositif de lutte contre la désinformation associant notamment Viginum, médias publics et des projets de nouvelles régulations européennes. Sous couvert de « résilience démocratique » et de protection contre les ingérences étrangères, les outils de surveillance et de contrôle de nos réseaux sociaux, de nos médias alternatifs et des débats électoraux se multiplient. La chronique médias de Didier Desrimais


Cette information est passée totalement inaperçue. Pourtant… Le 15 octobre 2025, France Télévisions annonçait sur son site avoir noué un partenariat avec Viginum. L’objectif de cette coopération est officiellement « d’informer, sensibiliser et outiller les publics face aux risques liés aux manipulations de l’information », de « renforcer la résilience collective »face aux « fake news venues d’ailleurs »et de participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information », en particulier auprès des « jeunes publics ».

Les lecteurs seront (peut-être) rassurés d’apprendre « qu’en croisant expertise technique, exigence journalistique et sensibilisation des publics, ce partenariat participe au renforcement de la résilience démocratique et à la protection du débat public[1]. » Il convient maintenant d’expliquer ce qu’est Viginum et dans quel véritable but ce partenariat a été créé. 

Aie confiance…

Viginum est un service de l’État rattaché à Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Il est chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères. Sa création a été décidée en juillet 2021 par Emmanuel Macron, avec une idée derrière la tête qu’il est aisé de deviner. D’ailleurs… « Conscient que la création de cette nouvelle agence présente le risque de la faire passer pour un outil d’influence en ligne au service de l’exécutif français à un an de la présidentielle, le SGDSN promet la “transparence totale” sur ses actions. Un comité d’éthique et scientifique composé d’un membre du Conseil d’Etat, d’un membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel [devenu Arcom], d’un magistrat, d’un ambassadeur, de journalistes et de chercheurs veillera sur les activités de cette agence », lit-on alors dans Le Monde pour rassurer les Français. La crainte de voir ce service accomplir les noirs desseins d’un exécutif de plus en plus directif est d’autant plus légitime que, quelques mois plus tard, un nouveau décret conférera à Viginum l’autorisation de « collecter, exploiter et traiter de façon automatisée les données à caractère personnel sur les plateformes en ligne ». Une de ses missions principales sera de « détecter et caractériser les opérations qui pourraient altérer l’information des citoyens pendant les périodes électorales ». Il manquait à cette agence barbouzarde un rouage médiatique susceptible de propager efficacement, à grande échelle, un argumentaire sur les « ingérences étrangères » justifiant de possibles sanctions contre les réseaux sociaux ou les médias indépendants. Son partenariat avec France TV vient combler cette lacune.

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Le 18 mars 2025, dans le cadre de la Commission d’enquête concernant l’organisation des élections en France[2], le chef de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a tenu à rappeler les « menaces » qui auraient motivé la création de ce service, entre autres les « soupçons d’ingérence étrangère » via TikTok ayant conduit à l’annulation de l’élection présidentielle roumaine et à l’éviction du candidat nationaliste Calin Georgescu. Lors de son audition, M. Brillant n’a pas cru bon d’évoquer les informations avancées par le média d’investigation roumain Snoop, informations sur lesquelles les médias français ne se sont pas non plus attardés. S’appuyant sur les documents déclassifiés des services de renseignements roumains, les journalistes dudit média affirmaient en effet qu’aucune preuve d’ingérence russe sur le réseau social TikTok n’avait pu être produite – ce que les dirigeants de TikTok ont confirmé. En revanche, il ressortirait de ces documents que le Parti national libéral (PNL) au pouvoir aurait alimenté de faux comptes TikTok en faveur de son adversaire, le nationaliste et eurosceptique Calin Georgescu, dans le but de diviser l’extrême droite – représentée par Calin Georgescu et George Simion – et de favoriser l’accession au second tour de son candidat…

Quoi qu’il en soit, l’annulation d’une élection présidentielle pour des motifs aussi discutables, sans preuves indiscutables d’une ingérence étrangère pourtant mise en avant pour la justifier, est une grande première en Europe. Plus tard, alors que les élections en Allemagne laisseront présager d’excellents scores pour l’AfD, Thierry Breton menacera sur RMC : « On l’a fait en Roumanie et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne. » Faire quoi ? Remettre en cause, au motif qu’il y aurait eu une « ingérence étrangère », les résultats des élections s’ils ne vont pas dans le sens espéré par les élites bruxelloises et mondialistes, bien entendu. De son côté, le chef de Viginum prévient : au motif que la source serait possiblement étrangère, tout ce qui, sur les réseaux sociaux, tendra « à polariser le débat public numérique sur des thèmes qui divisent et dont on sait qu’ils peuvent influencer le comportement des électeurs » et « à alimenter la défiance à l’égard des médias traditionnels » pour « détourner une partie de leur public au profit de médias alternatifs », sera notifié à qui de droit – président de la République, ministre de l’Intérieur, Arcom, juge électoral – afin d’organiser « la prise en charge et l’atténuation des risques systémiques provoqués par l’utilisation malveillante des plateformes en ligne ».

Thierry Breton et Nathalie Loiseau, contrôleurs aériens !

S’il échoue à peu près sur tout, Emmanuel Macron semble particulièrement efficace quand il s’agit de faire surveiller, voire censurer ceux qui s’opposent à son mandat ou au projet d’Europe fédérale qu’il appelle de ses vœux en espérant s’y voir attribuer une fonction majeure. La France est le pays de l’UE le plus actif et le plus influent en ce qui concerne la surveillance des médias et des réseaux sociaux. C’est un Français, Thierry Breton, qui a promu le Digital Services Act  (DSA), un service de surveillance des plateformes numériques qui est en réalité le premier étage de la tour de contrôle de l’information échafaudé par l’UE. C’est une Française, Nathalie Loiseau, qui dirige actuellement la commission chargée d’élaborer le deuxième étage de cette tour de contrôle, un Bouclier de la Démocratie Européen (BDE) constitué d’une série de mesures permettant le quadrillage complet de l’information et du contrôle de celle-ci. Le verbiage du communiqué de presse de ladite commission du 12 novembre 2025 enrobe du mieux qu’il peut les objectifs réels de ce dispositif mais ne parvient pas à les camoufler complètement. Il est ainsi prévu que « le bouclier européen de la démocratie débouchera notamment sur la création d’un nouveau Centre européen pour la résilience démocratique au sein duquel seront rassemblées l’expertise et les ressources de l’UE et des États membres afin d’accroître notre capacité collective à anticiper les menaces, à les détecter et à y réagir et de renforcer la résilience démocratique ». Pour ce faire, un « réseau européen indépendant de vérificateurs de faits sera mis sur pied et l’Observatoire européen des médias numériques développera de nouvelles capacités indépendantes de suivi et d’analyse pour l’appréciation de la situation en matière d’élections ou en cas de crise ». De plus, « un soutien financier renforcé en faveur du journalisme indépendant et local sera fourni dans le cadre du nouveau programme consacré à la résilience médiatique ». [Il faudra un jour faire l’exégèse de la notion qui entoure le mot « résilience » et analyser sérieusement l’usage abusif et intempestif qu’en font les idéologues progressistes en général et les technocrates bruxellois en particulier.] En résumé, des commissaires médiatico-politiques désignés et financés par l’UE, recrutés au sein d’organismes étatiques, d’ONG, d’associations et de médias ayant fait preuve de leur allégeance au pouvoir en place, vont être autorisés à traquer, plus particulièrement pendant les périodes électorales ou en « cas de crise » (« crise » qu’il faut entretenir = « crise sanitaire », « urgence climatique », « menace russe », etc.), les plateformes numériques, les médias alternatifs et même les particuliers qui s’opposeront au discours dominant, aux décisions prises par la Commission européenne et à l’application des directives de cette dernière. L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) se porte naturellement candidate et en rajoute par la voix de son directeur Thibaut Bruttin : « Avec ce bouclier démocratique, la Commission européenne marque sa volonté de soutenir les médias et le journalisme comme antidotes à la désinformation, aux manipulations de l’information et aux ingérences étrangères. Mais renforcer la résilience des médias ne permettra de lutter contre ces menaces que si cette information fiable produite par les médias parvient aux citoyens. Il faut renforcer les acteurs et changer en leur faveur les règles du jeu. » Par « les acteurs », RSF désigne bien entendu les journalistes issus de ses rangs mais également les associations censées lutter contre les « théories complotistes » comme Conspiracy Watch, les médias mainstream et les fact-checkers aux ordres du pouvoir, ainsi que l’audiovisuel public. « Changer en leur faveur les règles du jeu » signifie : leur offrir tout l’espace médiatique, leur donner les clefs de la tour de contrôle, leur octroyer des moyens supplémentaires pour mater les médias dissidents et pour éduquer la population à l’information « labellisée » !

Souveraineté informationnelle : Delphine Ernotte veille

Le partenariat entre Viginum et France Télévisions semble répondre en partie aux souhaits de RSF. Delphine Ernotte écrit sur le site de France TV : « Alors que des puissances étrangères étendent leur influence sur notre espace informationnel, France Télévisions est mobilisé pour garantir l’accès de tous à une information fiable et indépendante. Grâce à l’expertise de VIGINUM, notre Groupe conforte son engagement dans la lutte contre les tentatives de manipulations, notamment par le développement d’actions de sensibilisation et de formation auprès de tous les publics. Il réaffirme ainsi le rôle essentiel des médias de service public pour la protection de la souveraineté informationnelle et culturelle, qui constitue un véritable enjeu de sécurité nationale. » Même chose du côté du chef de Viginum qui affirme vouloir « appuyer les travaux d’investigation journalistique, accroitre significativement les efforts en matière de sensibilisation à la menace informationnelle et œuvrer en faveur de la résilience démocratique. » Le discours est rodé. Il est un copié-collé de celui d’Emmanuel Macron, inspiré par la Commission européenne. Cette collaboration entre un service étatique et un média public vient compléter la panoplie des moyens mis en œuvre par une caste politico-médiatique qui sent le vent tourner. Hors de question de trop laisser les opposants s’exprimer. Hors de question de laisser les Français s’informer ailleurs que dans des médias estampillés « informateur fiable ». France TV soutenu par Viginum devient le bras armé d’un pouvoir qui a pris conscience que tout lui échappe, que les Français ne sont plus dupes et qu’ils se tournent vers des sources d’information plus proches des réalités qu’ils vivent.

La « menace informationnelle » est réelle – mais elle est aussi celle que font planer sur la liberté d’expression certains dirigeants occidentaux et les technocrates bruxellois en accumulant des dispositifs de censure. De nombreuses structures médiatiques, politiques ou associatives participent à ce contrôle de l’information. Les réseaux sociaux et les médias indépendants et alternatifs sont régulièrement la cible de ces structures peu enclines au débat et supportant mal de voir leur influence s’effriter au fil des jours. L’anathème « extrême droite » ne suffisant plus à effrayer le citoyen qui a eu sa dose de « barrage républicain », ces nouveaux commissaires politiques ont décidé de passer à la vitesse supérieure : intimidation auprès des entreprises achetant des espaces publicitaires dans ces médias, fermetures de comptes bancaires, harcèlement judiciaire, surveillance constante et innombrables signalements auprès de l’Arcom, multiplication des demandes de règles contraignantes, le tout orchestré par un gouvernement et des partis politiques aux abois, des associations doctrinaires et des médias largement subventionnés dont les Français se détournent de plus en plus mais qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance. [À ce sujet, je conseille ardemment la lecture du dernier et très documenté numéro de la revue du média Frontières intitulé Censure, la tentation totalitaire[3], ainsi que le récent article de François Bousquet dans le JDD, Fatwa bancaire, pourquoi la droite est systématiquement visée[4].]

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Tous les moyens seront-ils bons pour empêcher les dissidents de parler ? L’UE a infligé une amende de 140 millions d’euros au réseau social X. Le siège social parisien de ce dernier est perquisitionné. L’oligarchie politico-médiatique européenne n’a apparemment pas l’intention de laisser les gens s’informer ailleurs que dans des médias « labellisés » reconnaissables à ceci : aucune de ces mesures coercitives mises en place par la Commission européenne et le gouvernement français ne semble jamais les effrayer, bien au contraire. Nos députés dits d’opposition ne semblent guère plus inquiets. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique que l’on tire la sonnette d’alarme. Après que J.D. Vance a répété son inquiétude devant le recul de la liberté d’expression en Europe, la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis vient de rendre un rapport au vitriol sur les agissements de la Commission européenne. Les propos liminaires mitraillent sec : « Bien que souvent présentée comme une lutte contre les prétendus “discours de haine” ou la “désinformation”, la Commission européenne a œuvré à censurer des informations véridiques et des discours politiques concernant certains des débats politiques les plus importants de l’histoire récente, notamment la pandémie de COVID-19, l’immigration de masse et les questions transgenres. Après dix ans, la Commission européenne a établi un contrôle suffisant sur la liberté d’expression en ligne à l’échelle mondiale pour réprimer de manière exhaustive les discours qui menacent son pouvoir. » La Commission américaine accuse la Commission européenne d’avoir « exercé des pressions sur les plateformes pour censurer des contenus avant les élections nationales en Slovaquie, aux Pays-Bas, en France, en Moldavie, en Roumanie et en Irlande, ainsi qu’avant les élections européennes de juin 2024 », ceci dans le but de « défavoriser les partis politiques conservateurs et populistes ». Elle affirme avoir en sa possession des documents prouvant ces accusations. Considérant que les réglementations (DSA, Bouclier européen, etc.) et les injonctions censoriales de la Commission européenne représentent un risque majeur pour la liberté d’expression, y compris et surtout celle des Américains, la commission américaine est décidée à dénoncer toutes les décisions de l’UE qui mettront en péril un droit fondamental : le droit à la liberté d’expression[5]

Borderline content

Liberté d’expression qui continue de fondre comme neige au soleil sous nos latitudes. Sur le média d’extrême gauche Brut, Emmanuel Macron promet de nouvelles mesures pour « lutter contre la désinformation ». D’abord, le renforcement de… Viginum et l’abaissement du seuil de vues qui déclenchait jusqu’à présent l’intervention de ce service afin que, « dès qu’il y a des indices de désinformation », ce dernier puisse agir. Ensuite, la mise en place d’un « référé “fausse information en période électorale” » permettant aux juges « d’obliger la suspension des contenus si on voit qu’ils sont en train de fausser les élections ». Il est à noter que l’extrême gauche écologiste est sur la même longueur d’onde qu’Emmanuel Macron : l’eurodéputé vert David Cormand verrait d’un bon œil « l’expulsion de X du territoire européen » (Libération, 4 février 2025). Sur RTL, Marine Tondelier déclarait carrément que « ce réseau doit être interdit en Europe ».

https://www.youtube.com/watch?v=QyNeAi8ggI8

Ces annonces présidentielles sont à rapprocher de celles de l’EU Internet Forum (EUIF) concernant un concept tout ce qu’il y a de plus orwellien. Cette instance bruxelloise a en effet inventé la notion de « borderline content » en ligne, désignant ainsi les contenus sur internet et les réseaux sociaux qui, sans être illégaux, sont considérés par des ONG et des fact-checkers mandatés par l’UE comme de la désinformation, du complotisme ou des discours haineux, et doivent par conséquent être « modérés » – en clair, invisibilisés, shadow bannés, donc censurés – par les plate-formes numériques. Sont spécifiquement visés : la « rhétorique populiste », le « contenu anti-gouvernement/anti-UE », le « contenu anti-élite », le contenu « anti-migrants et islamophobe », le « sentiment anti-réfugiés, anti-immigration », le contenu « anti-LGBTIQ+[6] ». On est loin, très loin des seuls contenus pédophiles ou terroristes, lesquels n’auront servi en fin de compte qu’à justifier le contrôle total de nos messageries numériques.  

L’air devient irrespirable en Europe. Bientôt, on étouffera. Le portefeuille d’identité numérique européen, prévu pour novembre 2026, parachèvera l’arsenal de surveillance de tous les habitants de l’UE. Un contrôle social, technologique, politique et médiatique, absolu et irréversible – Emmanuel Macron, la Commission européenne et la caste politico-médiatique aux ordres en rêvent depuis longtemps et sont proches d’y parvenir. À moins que…


« Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel. » Michel Onfray. Théorie de la dictature.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.francetelevisions.fr/groupe/notre-actualite/france-televisions-et-viginum-nouent-un-partenariat-pour-faire-face-a-la-menace-48116     

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO852507N024.html

[3] https://www.frontieresmedia.fr/enquetes/le-nouveau-numero-magazine-frontieres-censure-la-tentation-totalitaire-est-disponible-en-kiosq—14726

[4] https://www.lejdd.fr/Societe/enquete-fatwa-bancaire-pourquoi-la-droite-est-systematiquement-visee-166388

[5] The foreign censorship threat, part II : Europe’s decade-long campaign to censor the global internet and how it harms American speech in the united states. 3 février 2026.

[6] Fdesouche.com, Censure du net : comment l’Union européenne prévoit d’agir sur des contenus légaux dits « borderline » anti-élite et anti-immigration. 4 février 2026.

Vote sans frontières

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La France pour tous ! À l’occasion de leur niche parlementaire, jeudi 12 février, les écologistes voulaient remettre sur la table une vieille revendication de l’extrême gauche: accorder le droit de vote aux étrangers non européens aux élections locales – une nouvelle étape dans une redéfinition silencieuse du corps électoral ?


Ils n’en ratent pas une ! Les Verts veulent ouvrir le vote aux élections municipales aux étrangers hors UE. Par ailleurs, une pétition s’y opposant a déjà recueilli plus de 100 000 signatures.

Bons sentiments

Deux tiers des Français pensent que l’immigration sans contrôle est un danger majeur pour le pays, mais les écolos trouvent urgent d’accorder plus de droits aux étrangers. Ils ont inscrit au programme de leur niche parlementaire une vieille proposition de loi constitutionnelle datant de 2000 de Noël Mamère (souvenirs, souvenirs…) – elle accorderait aux étrangers extra-communautaires le droit de vote et d’éligibilité. Toutefois, ils ne pourraient pas être maires, ni sénateurs, mais par exemple conseillers municipaux.

C’est une lubie ancienne de la gauche et une vielle promesse de Mitterrand. Je vous rassure tout de suite : elle ne sera sans doute pas discutée, ni même votée, et encore moins validée par un référendum. C’est juste pour faire du bruit. On nous donne les arguments des bons sentiments. Pourquoi nous et pas eux ? Ils travaillent, payent des impôts, envoient leurs enfants à l’école. Pourquoi ne voteraient-ils pas ? Le maire, c’est l’élu du quotidien, il répare les routes et gère les poubelles… En réalité, le maire exerce un pouvoir de police générale. Et l’écharpe tricolore, ce n’est pas que pour faire joli.

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Mais les ressortissants européens peuvent déjà voter, me rétorque-t-on. Oui, et c’était déjà une erreur. Il n’y a ni citoyenneté, ni peuple européen. Cependant, s’il n’existe pas de nation européenne, il existe déjà dans l’UE un droit singulier (la liberté de circulation et d’établissement). Et les chiffres sont très différents. Nous avons en France 1,2 million d’Européens (dont 320 000 sont inscrits sur les listes électorales), et 6 millions d’étrangers extra-communautaires qui résident légalement, lesquels proviennent essentiellement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Pardon, mais s’il y a peu de risque de communautarisation du vote avec les Anglais du Périgord, dans certaines villes, avec l’appoint d’un vote étranger, des listes communautaires, particulièrement crypto-islamistes, pourraient gouverner des communes et en faire leur laboratoire… Et peut-être sans.

Vous voulez voter ? Devenez français ! 

La gauche rêve toujours d’aligner totalement le droit des étrangers sur celui des Français. Or, sans préférence nationale, c’est-à-dire sans droits spécifiques aux citoyens d’un pays, il n’y a pas de nation. Et la première de ces discriminations, c’est le droit de vote. Il n’est pas lié seulement à une situation matérielle, la résidence en France, mais à l’appartenance à une communauté politique qui se donne des règles de gouvernement. Les étrangers que nous choisissons d’accueillir sont les bienvenus, ils peuvent même demander à devenir français, mais ils n’appartiennent pas à cette communauté et n’ont pas à en fixer les règles.

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Derrière la générosité sans-frontiériste se cache un appétit de liquidation. Pour la gauche, le grand remplacement démographique et culturel qui n’existe pas ne va pas assez vite. Il faut accélérer la créolisation. Les Verts savent que leur loi ne passera pas. Si les Verts mélenchonisés sont pressés de voir la nouvelle France prendre la relève, c’est parce qu’ils veulent en finir avec le peuple historique, franchouillard et droitisé.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Carmen, prends garde à toi

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Opéra de Paris : Calixto Bieito frappe encore.


Dommage ! Carmen, film muet allemand réalisé en 1918 par le tout jeune Ernst Lubitsch (le futur – et génial- cinéaste de Trouble in Paradise ou de To be or not to be), a disparu de l’offre Arte TV le lendemain même de la reprise de Carmen à l’Opéra-Bastille, dans la mise en scène de l’Ibère Calixto Bieito, inaugurée au festival catalan Castell de Peralada en… 1999 ! Le plateau de la Bastille accueille pendant plus d’un mois, à cheval sur février et mars, la troisième reprise de cette production depuis son importation à Paris, en l’an 2017.

Un tube mondial

Dommage pour Lubitsch, car le scénario de l’ambitieux et spectaculaire long métrage puise à la source même du drame lyrique, à savoir la célèbre nouvelle de Prosper Mérimée publiée en 1847, laquelle inspirera comme l’on sait Henri Mailhac et Ludovic Halévy, les librettistes du chef d’œuvre de Bizet créé en 1875 à l’Opéra-Comique, trois mois avant la mort prématurée du compositeur, à peine âgé de 37 ans, victime d’un refroidissement suite à une baignade dans les eaux glacées de la Seine…

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Signée Tobias Schwencke, la bande-son contemporaine du long métrage de Lubitsch ne se fait pas faute de citer, réarrangée avec beaucoup de talent, la mélodie mondialement connue du compositeur français, en particulier le motif de la habanera andalouse – scie absolue du répertoire, fredonnée jusqu’à l’écœurement par le populo depuis dix générations : « si tu ne m’aimes pas je t’aime…prends garde à toi », etc., etc.

Si, comme on s’en doute, la régie de Calixto Bieito récuse frontalement toute littéralité – cf. sa production du Ring de Wagner, dont l’Opéra Bastille nous délivrait sous ses auspices, il y a quelques semaines à peine, l’interminable Siegfred selon une recette particulièrement assommante -, ses partis pris de transposition radicale n’en rendent pas pour autant la lecture, ni plus limpide, ni plus délectable. Il faut croire que le public, le temps passant, s’habitue à tout : les huées qui naguère mugissaient au tomber de rideau n’ont plus court en 2026 : au soir de la première, le 7 février dernier, la salle réservait tout uniment les mêmes salves de bravi aux chanteurs et à la mise en scène.

Pas loin de la catastrophe

Et pourtant… Ce joggeur en slip blanc qui tournicote comme un derviche avant de tomber d’épuisement, à plat ventre, le rebondi de ses fesses douché par un spot au premier plan du plateau ; cette cabine de téléphone, accessoire déjà vintage, plantée là pour offrir bientôt ses vitres aux coups de guibolles d’une horde de bidasses ; ce corps de garde de légionnaires en treillis vert d’eau (qui, assez vite, tombent le haut pour faire valoir leurs biscoteaux et leurs tatouages) ; ces couleurs hispaniques qu’on hisse sur un mât phalliquement érigé en plein centre ; cette silhouette de taureau, panneau publicitaire géant découpé en fond de scène ; ces berlines Mercedes, signature supposée (au reste tellement convenue) des ‘’gens du voyage’’ qui, une, puis deux, puis trois, puis jusqu’au nombre de sept, pleins phares, éblouissent crûment la salle entière ; ce coitus interruptus d’un Don José débraguetté qui s’affaire non sans mal à culbuter sa cigarière ; ce tableau final figuré par cette arène curieusement évidée, tendue de toile grise telle une cellule d’asile XXL, et dans la pénombre de laquelle viendra scintiller le traje de luces du ‘’toreador’’ Escamillo, de prime abord en costard trois pièces ; ces selfies pris avec un petit  appareil (Nokia ? Lumix ?) dont on en vient à arracher la péloche (le smartphone n’est pas encore né) ; une Carmen en nuisette à dentelles noires, qui ôte sa culotte (assortie), plus tard toilettée d’une petite robe à strass ; un Don José en blouson de cuir beigeasse ; et toute une friperie très « movida » pour nipper les chœurs d’enfants… Prosaïsme à tous les étages !

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Comme souvent, c’est le cast vocal qui sauve Carmen de la cata. A commencer par la mezzo Stéphanie d’Oustrac, au répertoire vocal exceptionnel (du baroque au romantique) et qui conjugue ici sa remarquable présence scénique à une articulation impeccable. La soprano égyptienne Amina Edris campe quant à elle une Micaëla vocalement nuancée, d’une puissance dramatique émouvante, tandis qu’Escamillo, sous les traits du baryton-basse natif de Montevideo Erwin Schrott, déploie sa flamboyante projection vocale avec une maîtrise toute en finesse.

Photo : Benoîte Fanton

Mais s’il fallait trouver un sauveur à ce spectacle, il s’incarnerait sans conteste dans la prestation de Russell Thomas, ténor américain inattendu dans la peau de Don José, d’un lyrisme à la fois incandescent et velouté. A noter que notre compatriote Jean-François Borras prendra le relai dans cet emploi de haute exigence à partir du 7 mars, et ce jusqu’à la dernière représentation, le 19 mars. Victoria Karkacheva, mezzo-soprano russe qui, l’automne dernier, au Théâtre des Champs-Elysées chantait à merveille Marguerite dans La damnation de Faust de Berlioz, reprendra quant à elle le rôle-titre jusqu’au bout.

Au pupitre, Keri-Lynn Wilson, celle-là même qui déjà, à l’Opéra-Bastille, dirigeait avec brio le Cendrillon de Massenet il y a trois ans, peine cette fois à donner un peu de panache et d’éclat à cette production, entachée qu’est celle-ci de cette insondable, inexpiable vulgarité : elle désigne à la damnation le caballero Calixto Bieito, décidément trop omniprésent à Paris cette saison.      


Carmen. Opéra en quatre actes de Georges Bizet. Direction : Keri-Lynn Wilson. Mise en scène : Calixto Bieito. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris.

Avec Russell Thomas/ Jean-François Borras, Stéphanie d’Oustrac/ Victoria Karkacheva, Amina Edris, Erwin Schrott…

Durée : 3h

Les13,19, 25 février, 3,7,10,13,16,19 mars à 19h30 ; le 22 février à 14h30.

Affranchissez-vous!

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Dans son roman, Cyril Bennasar raconte les forfaits et tribulations d’un personnage quelque peu phallocrate, obsédé par le sexe et le « grand remplacement », dont les traits d’esprit — pour le moins douteux — sont dénoncés avec la plus grande fermeté par la patronne de votre gazette préférée.


Si je rencontrais Pierre Schwab, 58 ans, je me demande si j’en tomberais sottement amoureuse ou s’il me taperait prodigieusement sur les nerfs. Probablement les deux. Ce drôle de paroissien, menuisier de son état, possède un bien précieux et infiniment dangereux : une liberté totale, un refus de censurer ses idées les plus révoltantes, une joyeuse indifférence aux arrêts du tribunal de l’opinion. Dépourvu d’un statut social qu’il aurait peur de perdre, et ne désirant nullement en avoir un, il s’emploie à s’émanciper des scrupules moraux que partagent spontanément la plupart des êtres humains – en pensée, en parole et parfois en actes. Encore que de son point de vue, les forfaits dont il se fait une fierté, et qui vont d’une blague racistoïde avec un calicot « Justice pour Adama » au meurtre final en passant par l’incendie d’une mosquée qui se construisait en loucedé, ne sont qu’un moyen de rétablir une balance déséquilibrée par notre angélisme. D’où le sort qu’il réserve, en toute bonne conscience, au dealer arabe qui a assassiné son amie. Ou peut-être pas.

Demandez le programme

Schwab ne s’est pas « radicalisé » en regardant CNews ni « affranchi » sous l’effet d’une colère accumulée. Cet artisan qui gravite entre la capitale et la France périphérique voit ce qu’il voit. Sur les chantiers, les Arabes avec lesquels il fraternisait autour d’un joint ou d’une bière ont laissé la place aux « musulmans priants ». Dans l’espace public, des « racailles allogènes » qu’il qualifie également de « nuisibles » intimident, menacent ou emmerdent tout le monde avec « leur musique de merde ».

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Il entend parler d’une expérience dans laquelle des rats, soumis à un stress aigu, fuient quand ils le peuvent ou se battent quand ils ne le peuvent pas, tandis que le rat esseulé et coincé développe un cancer. Schwab n’entend pas fuir comme sa famille qui a quitté l’Algérie, puis sa cité de Saint-Ouen : « Je décide donc de cesser de subir, d’encaisser et de me taire. Je ne tolérerai plus l’intolérable, et ne regarderai plus ailleurs devant le spectacle du désastre. Je ne serai plus fataliste et défaitiste, et, partout, tout le temps, en paroles et en actions, j’agirai. Avec ma tête ou avec mes poings (…). En prenant le risque de choquer, de blesser, de heurter. À 58 ans, avant d’aborder mon troisième tiers, j’opposerai une résistance à tout ce qui me révolte, et, sans limites, ni légales, ni morales, j’entrerai dans toutes les batailles de la guerre de civilisation. » Voilà le programme. Il est vrai que, n’aspirant à aucune position sociale et n’en ayant aucune, il n’est pas paralysé par la peur de la perdre.

Mauvaises pensées

Résultat, le gaillard passe son temps à dire des choses qu’on s’efforce de ne pas penser, à faire des amalgames douteux et des vannes auxquelles on a honte de s’esclaffer comme « une place de charter ça coûte moins cher qu’une place de prison ». Une blague comme ça, et c’est l’une des plus soft, peut vous envoyer en taule – peut-être même que la citer est pénalement répréhensible, je précise donc que je désapprouve. Ce cochon s’en prend même à Yseult : « Là, c’est le pompon. Toutes les semaines, on vient nous les briser avec l’appropriation culturelle et voilà qu’une Noire d’un bon quintal s’appelle Yseult, qui selon la légende celte était la reine blanche, la princesse aux mains blanches. » En somme, non content d’être passablement raciste, encore qu’il faudrait nuancer, plutôt grossophobe et absolument islamophobe, toutes déviances que je condamne vigoureusement, il revendique son nomadisme sexuel, son goût pour l’ordre genré du monde et son dégout pour les « boudins hallal ». Et ne se cache pas d’être obsédé depuis sa première branlette. Quand il ne pense pas avec rage et désespoir au grand remplacement, à la tiers-mondisation et à tous ces Français qui refusent de répondre à la violence parce qu’ils croient « décourager un adversaire par la soumission », Schwab court l’amour. Trompe ses femmes avec ses maitresses et inversement, envisage toute rencontre comme une possibilité de volupté – mot dont il donne sa définition: « faire de la douceur une sensation forte ». Seulement, « les filles sont chiantes pour ça, elles ne font pas le premier soir ce pour quoi elles se roulent par terre la deuxième semaine ». Et en plus elles réclament des mots tendres et des voyages à Venise. Fallait demander avant de le faire jouir, bécasse.

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Autant dire que chacune de ces paroles allume des voyants rouges dans les officines de surveillances et délations qui prolifèrent. Ce Pierre Schwab est dangereux. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’existe pas. Sauf que Cyril Bennasar l’a inventé : Schwab est le narrateur (omniscient) de son roman L’Affranchi, le double sans filtre auquel il délègue ses pensées les plus troubles, ses pulsions les plus sombres et ses saillies les plus drôles.

Rire coupable

Journalistes, sociologues et commentateurs sentencieux qui prétendent disséquer et décrypter les affects coupables et les votes déplorables de ces contemporains qu’ils qualifient, selon les heures et leurs humeurs de réacs, fachos, extrême droite ou, quand ils sont polis, de populistes, devraient dresser une statue à Bennasar. Quand eux observent cette peuplade bizarre au prisme d’études et courbes qui confirment leur vision du monde, il leur offre un branchement direct sur le cerveau d’un électeur zemmourien. Ils pourraient voir à travers ses yeux, éprouver avec lui sa peur de devenir minoritaire dans son pays. Et en prime piquer quelques fous rires coupables car Bennasar a l’humour radioactif et les pauvres n’ont pas l’air de beaucoup se marrer. Vous connaissez l’humour antiraciste, vous ? Son Schwab n’est pas un de ces bourrins adeptes de la théorie des races et équipés de tout un fatras conspirationniste qu’on adore mépriser. Il philosophe, argumente contre lui-même, défend la légitimité de ses actes face à un juge invisible. Il ne s’interdit pas les généralisations abusives, surtout quand elles lui permettent un bon mot qui fait grincer les copains bien élevés : « Elle m’avait racontée qu’une nuit, dans un squat, un Arabe l’avait violée. Elle ne voyait pas le rapport entre un viol et un Arabe. Moi si. » Puis des visages comme celui de Hamid qui déteste tellement les barbus qu’il se fait son complice, troublent ses certitudes. Pas son sentiment aigu de la différence des civilisations ni sa détermination à défendre celle qu’il dit sienne. Par tous les moyens, proclame-t-il. Vraiment ? Invité dans cette conversation silencieuse, le lecteur se récrie, objecte qu’il ne jettera pas l’humanisme occidental avec l’eau du bain droit-de-l’hommiste, humanitariste et masochiste, qu’il ne sauvera pas la civilisation en piétinant les valeurs qui la fondent. Reste à savoir si elle ne périra pas d’être trop civilisée.

A relire, éditorial : Ice crime

Les docteurs affairés à rééduquer l’électeur déviant n’ont que faire de la complexité et de la pluralité humaines. Un électeur « d’extrême droite » et, au-delà, tout citoyen rétif aux joies du multiculti est un salaud et un idiot qui se trompe sur tout, y compris sur ce qu’il voit et vit. Ils ne veulent surtout pas comprendre ceux qu’ils ont déjà condamnés. Ils se sentiraient déjà compromis s’ils écoutaient ce que Schwab a à leur dire. S’exposer volontairement à des propos scandaleux, seraient-ils tenus par un personnage de roman, c’est le début de la pente glissante. Redoutant plus que tout qu’on les affranchisse, les vierges antifascistes outragées ne liront pas Bennasar. Et s’en feront une gloire. Tant pis pour elles.


L’Affranchi, Cyril Bennasar (préface de Renaud Camus), Périphérique, 2025, 260 pages. A commander sur bennasarlaffranchi.fr 

«Musulmans en Occident» : échange gros pavé contre petite réforme

Chems-Eddine Hafiz, le recteur la Grande Mosquée de Paris publie un livre: « il faut qu’on explique l’islam à la République et qu’on explique aux musulmans la République ». Une entreprise louable ? Elisabeth Lévy donne son avis.


La Grande Mosquée de Paris a publié un guide pour adapter l’islam à la France. Il s’agit d’un pavé de mille pages, intitulé Musulmans en Occident. Cinq ans de travail et des centaines d’heures d’audition ont été nécessaires. Deux commissions ont été mobilisées, avec des religieux, des chercheurs, et des personnalités comme l’avocat de Charlie Hebdo Richard Malka.  


Islam et laïcité : ce n’est pas trop ça

But affiché : adapter le discours religieux musulman à la société et à la culture françaises. Le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz dit qu’il veut remédier à l’image désastreuse de l’islam en déminant les points de crispation, recensés dans un glossaire disponible en ligne où on apprend que les femmes peuvent se dévoiler pour obtenir un emploi ou que le mariage religieux ne peut intervenir sans mariage civil. Il y a en plus une charte qui proclame la liberté absolue de croire ou de ne pas croire.

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Bien sûr, c’est un projet très louable. Primo, il ne démarre pas sur les récriminations habituelles sur l’islamophobie – un bon point. Et on reconnait qu’il y a bien un problème. Le guide va jusqu’à critiquer en creux certaines pratiques – par exemple, le refus de la mixité ou la violence face au blasphème. Deuxio, il mobilise les réformateurs musulmans pour suggérer certains accommodements. Evidemment, tout ceci suscite l’enthousiasme de la presse progressiste. Alléluia, tout est pardonné !

Pourquoi suis-je nettement moins enthousiaste ?

L’influence de la Mosquée de Paris dans la jeunesse tentée par l’islam radical est nulle. Elle considère au contraire qu’il s’agit là de gens vendus à la France ou à la dictature algérienne. Et quand on lit bien, quand on va dans les détails du fameux glossaire, la victimisation est en réalité omniprésente. Concernant la radicalisation, par exemple, il est question de pauvreté, d’échec scolaire et de politiques d’exclusion. J’aimerais bien savoir quelles sont ces politiques d’exclusion des musulmans qu’on aurait menées en France ! Enfin, il y a dans tout ce projet une vision irénique de l’islam et du Coran. Dans le chapitre « Antisémitisme », on apprend, certes, qu’à Médine les musulmans ont châtié des juifs méchants. Mais sinon, rien à voir, Coran et islam sont étrangers à l’antisémitisme. Et la Grande Mosquée a caché des juifs pendant la guerre. Aucune mention des alliances entre certains dignitaires musulmans et Hitler, de l’antisémitisme d’atmosphère ni des juifs tués ou agressés aux cris de « Allah Ouakbar ». Pas un mot des versets très problématiques. Or, comme l’a dit Philippe Val en audition, dans le judéo-christianisme le commentaire a recouvert le texte. Il est presque devenu aussi important que le texte. Cela est impossible avec le Coran incréé. Puisqu’on nous dit que le Coran a été écrit directement par Dieu. Alors, on ne sait toujours pas quoi faire des versets antijuifs ou de ceux qui disent qu’il faut punir les blasphémateurs.

Il y a un malentendu de départ. Ce guide veut expliquer l’islam à la République et la République aux musulmans. Mais la République n’a pas à connaître l’islam – elle ne reconnaît et ne salarie aucun culte. Les musulmans comme les autres doivent se débrouiller avec nos lois et nos mœurs. Aveu du recteur : il ne s’agit pas de « faire une réforme de l’islam, ni de le changer ». Dommage, parce que c’est précisément cela dont les musulmans et la France ont besoin.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger

Des Verts trop blancs

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L’hégémonie blanche des lapins de Hotot


Décidé à combattre la « centralité blanche » prédominante dans la société française, le média écologiste Reporterre a récemment consacré un long article à « l’entre-soi blanc du mouvement écolo ». Des témoignages accablants illustrent cette situation. Ainsi, lors d’une soirée organisée par Reporterre sur le thème « L’écologie contre l’extrême droite », le chercheur au CNRS Malcom Ferdinand a-t-il ressenti un grand malaise : parmi les 150 personnes composant le public, il était « l’un des rares hommes noirs ». Une conclusion quasi scientifique s’impose alors à lui : « L’écologie politique française opère au sein d’espaces structurés autour de la blanchité. » Reporterre propose neuf pistes de réflexion pour combattre l’hégémonie blanche dans l’écologie. L’une d’elles consiste à prendre conscience de cette « domination ancrée dans l’imaginaire raciste de l’Occident » en s’appuyant sur un livre au titre alléchant : Mécanique du privilège blanc. Comment l’identifier et le déjouer ? Une autre propose de « reconnaître la charge raciale », laquelle désigne « la peur de mourir prématurément dans une société raciste », ce qui nécessite de « planifier ses vacances selon les risques d’agressions racistes ». Les écologistes sont également priés de faire extrêmement attention au vocabulaire qu’ils emploient. Certains termes – comme « espèces invasives » ou « jungle » – charrieraient en effet un « imaginaire racialisé ».

Bref, conclut Reporterre, il est temps de « trahir l’hégémonie blanche occidentale » en la débusquant partout où elle se cache. Programme ambitieux auquel Causeur se devait de participer en suggérant au média écolo de se pencher sur le cas méconnu des éleveurs de lapins blancs de Hotot. Issue d’une sélection de sujets choisis pour obtenir un pelage d’une blancheur immaculée, la race des lapins blancs de Hotot a été sauvée durant la Seconde Guerre mondiale par Friedrich Joppich, un éleveur… allemand ! Est-ce un hasard ? Nous comptons sur les très sérieux journalistes de Reporterre pour mener l’enquête et répondre à cette angoissante mais inévitable question.

Cirque Traoré: la tournée continue

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La militante Assa Traoré soutient le député d'extrème gauche Sébastien Delogu pour la mairie de Marseille, 6 décembre 2025 © Frderic MUNSCH/SIPA

C’est reparti pour un tour, dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré ! Hier, la Cour de cassation a confirmé le non-lieu en faveur des gendarmes, mettant fin à dix ans de procédure marqués par des expertises médicales à répétition. La justice a donc conclu – et pas moins de trois niveaux judiciaires ont examiné le dossier – que l’intervention des gendarmes n’était pas la cause de la mort du jeune homme, un verdict toujours contesté par la famille qui porte l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.


Chouette ! De nouveau, nous allons pouvoir nous régaler, sur les antennes de Quotidien et autres médias où la détestation de la France est de règle, des prestations pathétiques et dégoulinantes de haine de la dévote sœur Assa, la contrefaçon pathétique de la militante américaine Angela Davis. Même coupe Davis, je veux dire pour la chevelure – j’allais dire la crinière, mais le mot étant habituellement associé au lion, le roi des animaux, je m’en voudrais de le rabaisser à ce niveau – la chevelure donc et, au vu des dernières images, les ongles aussi longs que les dents. Car on a les dents longues, du côté du clan Traoré. On tient à exploiter jusqu’à la corde la moindre opportunité de concentrer sur soi les feux médiatiques de complaisance et s’assurer ainsi une célébrité warholienne dont, en l’occurrence, la durée excède malheureusement bien davantage que le quart d’heure de référence.

La police est raciste, la police tue… etc.

Il se trouve que la Cour de cassation vient de confirmer le non-lieu dont la juridiction d’appel avait d’ores et déjà crédité les gendarmes en charge de l’arrestation du frère de la dame, Adama ce jeune homme bien sous tous rapports dont il se dit qu’il aurait notamment agrémenté son séjour derrière les barreaux en imposant, sous la menace d’une fourchette, une fellation à un co-détenu. J’ignore la couleur de peau de cette victime sur laquelle au demeurant personne ne verse la moindre larme. Pour la couleur de peau des gendarmes étant intervenus lors de l’arrestation du sympathique garçon, qui notons-le n’avait pas cru bon d’obtempérer, il semble bien que deux d’entre eux étaient « racisés », terme aujourd’hui consacré et encore licite. Ce qui n’empêche nullement notre Angela de pacotille et ses soutiens de hurler au racisme. On connaît la chanson, la police est raciste, la justice est raciste, la France est raciste, les blancs sont racistes, les racistes eux-mêmes sont racistes, c’est dire !

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Donc, refusant les décisions et arrêts de cette justice vicieusement raciste et fasciste, Miss dents longues et son avocat annoncent vouloir s’en remettre désormais à la Cour Européenne des Droits de l’Homme afin – je cite – « de faire condamner la France ». Bel aveu ! La cible, le monstre à abattre n’est autre que la France, bien sûr ! On ne peut mieux exprimer la haine frénétique du pays dans lequel, cependant, on a grandi, on vit et dont les principes de justice sont à ce point généreux qu’on peut faire traîner en longueur, ad nauseam, des procédures qui n’ont d’autre finalité que de s’offrir le répugnant plaisir de lui cracher dessus, de l’insulter, ce pays, le traîner dans la boue. Oui, vomir sur la France, cette France probablement tellement raciste qu’ils se bousculent par dizaines de mille pour venir s’y entasser. Belle contradiction. Mais dans ce camp-là, on n’en est pas à une près. Plus c’est gros plus ça passe ! Plus on donne dans la stupidité la plus crasse plus on accumule les temps d’antenne. Pourquoi s’en priver ?

Encore une minute, Monsieur le bourreau

Je vais vous faire un aveu. Moi, je l’aime bien, Assa Traoré, avec sa chevelure au vent et tout, et tout. Chaque fois que je la vois paraître, et chaque fois qu’elle ouvre la bouche, je déclenche mon chronomètre, bien persuadé qu’à chaque minute qui lui est accordée, c’est autant de votes qui finiront dans l’escarcelle des partis qu’elle vomit le plus. Ai-je besoin de les nommer ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Faites-le taire !

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Le député de l'Hérault Charles Alloncle, rapporteur de la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public, Paris, 17 décembre 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

Le combat perdu de la gauche mondaine contre le député Charles Alloncle


Le gratin de la gauche mondaine veut faire taire Charles Alloncle, ce député ciottiste qui malmène l’audiovisuel public en lui demandant des comptes au nom du parlement. Les pétitionnaires professionnels reprochent au rapporteur et à certains membres de la commission d’enquête (Le Monde, mardi) des « méthodes inquisitoriales diffamatoires et menaçantes ». Certains pointent « l’extrême droite » derrière tant d’irrespects pour la citadelle progressiste, théoriquement intouchable, qu’est France Télévisions. 

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Une commission parlementaire est passée par-ci, une commission parlementaire passera par-là…

Comme en écho, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est dite opposée, mardi sur Europe 1, à une commission d’enquête parlementaire sur les possibles implications pédo-criminelles ou financières de l’affaire Epstein en France. Dans Le Monde, l’ancienne ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a admis pour sa part, dressant le portrait du président démissionnaire de l’Institut du monde arabe, Jack Lang : « Tout le monde savait qu’il ne payait rien à Cannes. Il considère qu’il doit être invité partout, dans des conditions de luxe (…) ». Tout le monde savait son goût du luxe et les liens du pique-assiette avec Epstein, mais personne n’a jamais rien dit. Ainsi fonctionne, sous la loi du silence et du rappel à l’ordre pour les bavards, le petit cercle parisien de la culture et des médias qui se claquemure, exige l’omerta et crie au complotisme quand il s’agit de récuser des accusateurs. Jusqu’à ce que Jean-Marc Morandini se retire de l’antenne de Cnews lundi, après avoir été définitivement condamné pour « corruption de mineur », toutes les turpitudes se résumaient au maintien de l’animateur sur la chaîne honnie par le camp du Bien.

Obsessions d’hier et d’aujourd’hui

Libération, qui fait sa Une ce mercredi sur un nouveau prédateur pédophile qui aurait à son actif 89 jeunes victimes, a évidemment raison de s’horrifier de ces déviances. Mais l’histoire de ce journal reste entachée par sa défense post-soixante-huitarde de la sexualité entre adultes et enfants. L’autre jour, Libé rappelait, en oubliant ses propres travers, les pétitions parues dans Le Monde, en 1977, signées notamment par Lang, qui réclamaient la dépénalisation de la pédophilie. Déjà, à l’époque, la gauche caviar s’estimait à l’avant-garde des lumières et des libertés nouvelles. Aujourd’hui, elle persiste à ne rien comprendre des nouvelles exigences morales de la société civile vis-à-vis d’une caste qui s’est appropriée le droit de décréter le dicible.

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L’obsession de ces fausses élites à faire taire les expressions dissidentes, dans le seul but de préserver leur hégémonie idéologique, n’est plus tenable. C’est évidemment Alloncle qui a raison quand il bouscule les mandarins de l’information étatisée. C’est évidemment Braun-Pivet qui a tort quand elle s’oppose à des enquêtes parlementaires sur les ramifications parisiennes du réseau Epstein.

Lundi, dans Le Figaro, Rachida Dati, candidate à la maire du Paris, a dévoilé « un scandale sexuel dans le périscolaire » et a évoqué « des enfants de maternelle violés dans nos écoles publiques ». Mais qui parle de cette abomination chez les belles âmes ?

La révolution des oubliés

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Des mollahs aux pieds d’argile

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Iraj Mesdaghi © Hannah Assouline

Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Pour lui, alors que les Iraniens rejettent autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entraînera l’effondrement de tout le système.


Né à Téhéran en 1960 dans une famille bourgeoise, Iraj Mesdaghi appartient à la génération devenue adulte au moment où le règne du shah vacillait. Comme beaucoup de jeunes Iraniens de son milieu, il est alors animé par un idéal de justice sociale, de liberté individuelle et de dignité nationale. La « faille », au sens tragique du terme, qu’il partage avec tous ceux qui ont eu le même engagement que le sien à cette époque, tient à leur conviction, erronée, selon laquelle la chute de la monarchie ouvrira nécessairement et presque mécaniquement la voie à un régime plus juste, et à terme à une démocratie de type occidental. Emporté par cette espérance, il interrompt ses études aux États-Unis, rentre en Iran et s’engage aux côtés de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, mouvement révolutionnaire hybride, à la fois islamiste et marxiste.

Mais, après le départ du shah, la révolution ne met pas longtemps à dévorer ses propres enfants. À l’image de Lénine après octobre 1917, Rouhollah Khomeyni élimine méthodiquement ses anciens alliés devenus rivaux. Iraj Mesdaghi et sa jeune épouse sont arrêtés au début des années 1980 et condamnés à dix ans de prison. En captivité, ils découvrent la torture systématique, les humiliations quotidiennes et le broyage méthodique des individus, dans un univers où la violence n’est ni accidentelle ni excessive, mais constitutive du système.

L’année 1988 constitue le cœur noir de cette terrible expérience. Au cours de l’été, Rouhollah Khomeyni, furieux d’avoir dû signer un cessez-le-feu avec l’Irak après huit ans de guerre, crée des commissions spéciales, passées à la postérité sous le nom de « commissions de la mort », qui ont pour tâche de faire exécuter des milliers de prisonniers politiques, accusés d’être des « ennemis de l’intérieur ».

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Iraj Mesdaghi est le témoin direct des sélections arbitraires, des couloirs de la mort, des appels de noms et des pendaisons en série. Il voit disparaître en quelques semaines des centaines de codétenus. Cette expérience scelle en lui une certitude irrévocable : le régime islamique n’est pas une simple dictature, mais un système totalitaire prêt à l’extermination de masse pour se maintenir au pouvoir.

Libéré au début des années 1990, Mesdaghi quitte l’Iran avec sa famille. Après un long périple, aussi dangereux que clandestin, il obtient le droit d’asile en Suède. En exil, il entreprend un travail minutieux et obsessionnel de documentation du massacre de 1988, recueillant témoignages, noms, dates et responsabilités, et publiant plusieurs ouvrages devenus des références sur le sujet. Dans le même mouvement, il s’éloigne progressivement des Moudjahiddines du peuple, dont il dénonce la dérive sectaire.

Son travail de longue haleine trouve un aboutissement quand, en 2019, un ancien responsable pénitentiaire iranien, Hamid Nouri, impliqué dans les exécutions de 1988, tombe dans son piège. Se faisant passer pour le responsable d’une agence de voyages, Mesdaghi entre en contact avec cet homme fort du régime et organise pour lui un tour d’Europe. Nouri est immédiatement arrêté à son arrivée à l’aéroport de Stockholm, où la justice suédoise, qui s’autorise de sa compétence universelle en cas de crime de guerre, ouvre contre lui un procès historique. En 2022, il est condamné à la réclusion à perpétuité pour torture, exécution et enterrements secrets. Il ne restera toutefois que deux ans en détention, les autorités suédoises décidant de l’élargir dans le cadre d’un échange de prisonniers visant à obtenir la libération d’un ressortissant européen détenu arbitrairement par l’Iran.


Causeur. On sait, au moins depuis 2009, que les mollahs truquent les élections pour conserver le pouvoir, et on a vu ces dernières semaines les massacres dont ils sont capables pour rester les maîtres de l’Iran. Comment expliquer qu’ils ne soient toujours pas renversés, comme le shah en 1979 ?

Iraj Mesdaghi. Contrairement à ce que disent beaucoup de médias occidentaux, notamment en France, ce régime n’a rien à voir avec celui du shah ! En 1979, dans des circonstances de contestation comparables à aujourd’hui, Mohammad Reza Pahlavi a refusé de gouverner par le sang ! Il a préféré quitter le pays, précisément pour éviter un massacre comme celui qu’on a vu en janvier. Le régime islamique, lui, n’a aucune retenue ! Nous sommes face à un système qui assume une violence de masse épouvantable. On parle aujourd’hui de 12 000 morts rien qu’en deux nuits, estimation plutôt prudente. Cela choque en Europe mais pour moi, qui ai été en prison et qui ai vu des milliers d’exécutions en quelques semaines en 1988, ces chiffres sont crédibles.

Vous parlez d’une violence extrême assumée et à grande échelle. Comment le régime parvient-il concrètement à exercer cette répression ?

Tout d’abord en diabolisant ses opposants. Dès les années 1980, Khomeyni parlait de « bêtes dangereuses » et donnait ainsi carte blanche pour tuer. Aujourd’hui encore, les autorités, y compris les soi-disant réformistes, qualifient les manifestants de terroristes. Cela permet de tirer dans la foule sans scrupule.

Mais enfin, ceux qui tirent dans la foule ont des enfants, des amis, des parents…

C’est pourquoi le régime s’appuie sur des forces étrangères. Des unités afghanes, comme les Fatimiyoun et les Zeynabiyoun, autrefois déployées en Syrie, sont aujourd’hui opérationnelles en Iran. Ce sont elles que le régime a utilisées pour cette répression sanglante.

Sur quoi repose encore la base sociale du régime ?

Sur la peur très concrète qui règne dans de larges pans de la population : celle de perdre les biens acquis après 1979. Beaucoup d’Iraniens ont profité des confiscations postrévolutionnaires pour prendre possession de logements, de terres et d’entreprises. Ils redoutent qu’un changement de régime entraîne des restitutions. Reza Pahlavi, le fils du dernier shah, l’a bien compris. Il a présenté un plan clair pour l’après-régime, excluant des purges à l’irakienne et proposant une transition encadrée vers des élections libres.

Peut-il incarner l’avenir de l’Iran ?

Assurément. Tout d’abord parce qu’il est populaire. Même ceux qui ne sont pas monarchistes le soutiennent comme figure de transition. Depuis sept ou huit ans, on entendait son nom dans certaines manifestations. Mais pour la première fois cette année, les slogans en sa faveur sont carrément devenus nationaux. On les a même entendus dans des rassemblements, jusque-là inédits, dans des quartiers privilégiés de Téhéran, tels que Niavaran ou l’avenue Fereshteh. C’était inimaginable auparavant.

On a vu des mosquées, des centres islamiques, des écoles religieuses attaquées. La société iranienne est-elle en révolte contre l’islam ?

C’est la grande nouveauté : une majorité de la population rejette explicitement l’islam politique, et une part croissante rejette l’islam tout court. L’Iran est probablement le seul pays musulman où, en cas d’élections libres, les islamistes n’auraient aucune chance.

Certains appellent à une intervention extérieure. Quelle est votre position ?

Je suis d’accord avec Reza Pahlavi, qui, comme Shirin Ebadi, demande un soutien occidental ciblé. Mais il ne s’agirait pas d’envoyer des troupes au sol. Selon moi, il faudrait viser le seul centre de gravité du régime, c’est-à-dire Ali Khamenei en personne. Éliminer des généraux ne changerait rien. Ce ne sont pas des Napoléon ! En revanche, si Khamenei tombe, tout le système s’effondre.

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L’une des raisons pour laquelle les puissances occidentales, Union européenne en tête, hésitent à faire cela est l’amère expérience de changement de régime en Irak. Et bien entendu la crainte qu’un régime instauré par les baïonnettes étrangères soufre immédiatement d’un problème de légitimité.

Mais l’Iran n’est pas l’Irak ! Vous ne comprenez pas la société et l’histoire de l’Iran. Il s’agit d’une vieille civilisation et non pas d’une création nationale récente et artificielle comme l’Irak ou la Libye. Le peuple iranien est tout à fait capable de prendre son destin en main.

Existe-t-il un risque de guerre civile en cas de chute du régime ?

Non. Il n’y a pas de lignes de fracture permettant une guerre civile. Entre qui et qui ? L’armée, les gardiens de la révolution islamique et la population partagent largement le même rejet du régime. Couper la tête suffirait. Comme en URSS, l’effondrement peut venir du sommet.

Quel rôle jouent les soutiens occidentaux du régime, notamment à gauche ?

Une partie de l’extrême gauche occidentale a historiquement soutenu le régime iranien, par anti-américanisme et parfois par antisémitisme. J’ai vu ces réseaux à l’œuvre jusque dans les instances onusiennes. Ils relativisent la répression, parlent d’impérialisme et ferment les yeux sur les crimes. Mais ils ne soutiennent jamais réellement le peuple iranien.

Quel message adressez-vous aux Européens et aux Français ?

Je leur dis que la chute du régime iranien ne concerne pas seulement les Iraniens. L’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite. La France et l’Europe ont un intérêt direct à soutenir le peuple iranien. C’est le moment.

🎙️ Podcast: Chine, la Grande Muraille est-elle fissurée?

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Le président chinois Xi Jinping fait son allocation de Nouvel An à Pékin, le 31 décembre 2025. Yan Yan/AP/SIPA

Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Le dirigeant de l’Etat chinois, qui est aussi – bien sûr – le chef du Parti communiste chinois, Xi Jinping, vient de terminer une opération d’épuration de ses généraux les plus gradés. Le dernier à y passer est Zhang Youxia, pourtant un vieux camarade de Xi Jinping qui a grandi avec lui. C’est aussi le dernier chef de l’Etat-major à avoir une véritable expérience du combat, expérience acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979.

Les autres généraux ne se sont pas pressés d’approuver publiquement cette action, en faisant l’éloge du leader glorieux et en dénonçant leur ancien chef militaire. Tout semble indiquer qu’il y a actuellement une lutte pour le pouvoir et une guerre de factions dans le nouvel Empire du Milieu. Ces tensions sont le fruit de la transformation du régime par Xi Jinping qui, ayant entamé un troisième mandat de président et espérant un quatrième, a remplacé la dictature du Parti, fondée quand même sur un système de règles, par une dictature personnelle.

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Il se peut aussi que Xi Jinping soupçonne l’Armée de libération populaire, dans la modernisation de laquelle il a investi des sommes pharamineuses, de ne pas être aussi performante en réalité que sur le papier, suite à des années de corruption et de détournement de l’argent de l’Etat.

Nos invités discutent de toutes ces questions, ainsi que de celles du soft power chinois, des dernières évolutions de la Nouvelle Route de la soie, et de l’ « involution » qui mine la croissance économique chinoise de l’intérieur.

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Information: tout est sous contrôle

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Marc-Antoine Brillant du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères et Delphine Ernotte Cunci de France Télévisions signent un accord de collaboration, Paris, octobre 2025 © Nathalie Guyon / France Télévisions

Contrôler et labelliser l’information est une nouvelle obsession en Europe, et singulièrement en France. Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et les technocrates de Bruxelles sont les artisans d’un vaste dispositif de lutte contre la désinformation associant notamment Viginum, médias publics et des projets de nouvelles régulations européennes. Sous couvert de « résilience démocratique » et de protection contre les ingérences étrangères, les outils de surveillance et de contrôle de nos réseaux sociaux, de nos médias alternatifs et des débats électoraux se multiplient. La chronique médias de Didier Desrimais


Cette information est passée totalement inaperçue. Pourtant… Le 15 octobre 2025, France Télévisions annonçait sur son site avoir noué un partenariat avec Viginum. L’objectif de cette coopération est officiellement « d’informer, sensibiliser et outiller les publics face aux risques liés aux manipulations de l’information », de « renforcer la résilience collective »face aux « fake news venues d’ailleurs »et de participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information », en particulier auprès des « jeunes publics ».

Les lecteurs seront (peut-être) rassurés d’apprendre « qu’en croisant expertise technique, exigence journalistique et sensibilisation des publics, ce partenariat participe au renforcement de la résilience démocratique et à la protection du débat public[1]. » Il convient maintenant d’expliquer ce qu’est Viginum et dans quel véritable but ce partenariat a été créé. 

Aie confiance…

Viginum est un service de l’État rattaché à Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Il est chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères. Sa création a été décidée en juillet 2021 par Emmanuel Macron, avec une idée derrière la tête qu’il est aisé de deviner. D’ailleurs… « Conscient que la création de cette nouvelle agence présente le risque de la faire passer pour un outil d’influence en ligne au service de l’exécutif français à un an de la présidentielle, le SGDSN promet la “transparence totale” sur ses actions. Un comité d’éthique et scientifique composé d’un membre du Conseil d’Etat, d’un membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel [devenu Arcom], d’un magistrat, d’un ambassadeur, de journalistes et de chercheurs veillera sur les activités de cette agence », lit-on alors dans Le Monde pour rassurer les Français. La crainte de voir ce service accomplir les noirs desseins d’un exécutif de plus en plus directif est d’autant plus légitime que, quelques mois plus tard, un nouveau décret conférera à Viginum l’autorisation de « collecter, exploiter et traiter de façon automatisée les données à caractère personnel sur les plateformes en ligne ». Une de ses missions principales sera de « détecter et caractériser les opérations qui pourraient altérer l’information des citoyens pendant les périodes électorales ». Il manquait à cette agence barbouzarde un rouage médiatique susceptible de propager efficacement, à grande échelle, un argumentaire sur les « ingérences étrangères » justifiant de possibles sanctions contre les réseaux sociaux ou les médias indépendants. Son partenariat avec France TV vient combler cette lacune.

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Le 18 mars 2025, dans le cadre de la Commission d’enquête concernant l’organisation des élections en France[2], le chef de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a tenu à rappeler les « menaces » qui auraient motivé la création de ce service, entre autres les « soupçons d’ingérence étrangère » via TikTok ayant conduit à l’annulation de l’élection présidentielle roumaine et à l’éviction du candidat nationaliste Calin Georgescu. Lors de son audition, M. Brillant n’a pas cru bon d’évoquer les informations avancées par le média d’investigation roumain Snoop, informations sur lesquelles les médias français ne se sont pas non plus attardés. S’appuyant sur les documents déclassifiés des services de renseignements roumains, les journalistes dudit média affirmaient en effet qu’aucune preuve d’ingérence russe sur le réseau social TikTok n’avait pu être produite – ce que les dirigeants de TikTok ont confirmé. En revanche, il ressortirait de ces documents que le Parti national libéral (PNL) au pouvoir aurait alimenté de faux comptes TikTok en faveur de son adversaire, le nationaliste et eurosceptique Calin Georgescu, dans le but de diviser l’extrême droite – représentée par Calin Georgescu et George Simion – et de favoriser l’accession au second tour de son candidat…

Quoi qu’il en soit, l’annulation d’une élection présidentielle pour des motifs aussi discutables, sans preuves indiscutables d’une ingérence étrangère pourtant mise en avant pour la justifier, est une grande première en Europe. Plus tard, alors que les élections en Allemagne laisseront présager d’excellents scores pour l’AfD, Thierry Breton menacera sur RMC : « On l’a fait en Roumanie et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne. » Faire quoi ? Remettre en cause, au motif qu’il y aurait eu une « ingérence étrangère », les résultats des élections s’ils ne vont pas dans le sens espéré par les élites bruxelloises et mondialistes, bien entendu. De son côté, le chef de Viginum prévient : au motif que la source serait possiblement étrangère, tout ce qui, sur les réseaux sociaux, tendra « à polariser le débat public numérique sur des thèmes qui divisent et dont on sait qu’ils peuvent influencer le comportement des électeurs » et « à alimenter la défiance à l’égard des médias traditionnels » pour « détourner une partie de leur public au profit de médias alternatifs », sera notifié à qui de droit – président de la République, ministre de l’Intérieur, Arcom, juge électoral – afin d’organiser « la prise en charge et l’atténuation des risques systémiques provoqués par l’utilisation malveillante des plateformes en ligne ».

Thierry Breton et Nathalie Loiseau, contrôleurs aériens !

S’il échoue à peu près sur tout, Emmanuel Macron semble particulièrement efficace quand il s’agit de faire surveiller, voire censurer ceux qui s’opposent à son mandat ou au projet d’Europe fédérale qu’il appelle de ses vœux en espérant s’y voir attribuer une fonction majeure. La France est le pays de l’UE le plus actif et le plus influent en ce qui concerne la surveillance des médias et des réseaux sociaux. C’est un Français, Thierry Breton, qui a promu le Digital Services Act  (DSA), un service de surveillance des plateformes numériques qui est en réalité le premier étage de la tour de contrôle de l’information échafaudé par l’UE. C’est une Française, Nathalie Loiseau, qui dirige actuellement la commission chargée d’élaborer le deuxième étage de cette tour de contrôle, un Bouclier de la Démocratie Européen (BDE) constitué d’une série de mesures permettant le quadrillage complet de l’information et du contrôle de celle-ci. Le verbiage du communiqué de presse de ladite commission du 12 novembre 2025 enrobe du mieux qu’il peut les objectifs réels de ce dispositif mais ne parvient pas à les camoufler complètement. Il est ainsi prévu que « le bouclier européen de la démocratie débouchera notamment sur la création d’un nouveau Centre européen pour la résilience démocratique au sein duquel seront rassemblées l’expertise et les ressources de l’UE et des États membres afin d’accroître notre capacité collective à anticiper les menaces, à les détecter et à y réagir et de renforcer la résilience démocratique ». Pour ce faire, un « réseau européen indépendant de vérificateurs de faits sera mis sur pied et l’Observatoire européen des médias numériques développera de nouvelles capacités indépendantes de suivi et d’analyse pour l’appréciation de la situation en matière d’élections ou en cas de crise ». De plus, « un soutien financier renforcé en faveur du journalisme indépendant et local sera fourni dans le cadre du nouveau programme consacré à la résilience médiatique ». [Il faudra un jour faire l’exégèse de la notion qui entoure le mot « résilience » et analyser sérieusement l’usage abusif et intempestif qu’en font les idéologues progressistes en général et les technocrates bruxellois en particulier.] En résumé, des commissaires médiatico-politiques désignés et financés par l’UE, recrutés au sein d’organismes étatiques, d’ONG, d’associations et de médias ayant fait preuve de leur allégeance au pouvoir en place, vont être autorisés à traquer, plus particulièrement pendant les périodes électorales ou en « cas de crise » (« crise » qu’il faut entretenir = « crise sanitaire », « urgence climatique », « menace russe », etc.), les plateformes numériques, les médias alternatifs et même les particuliers qui s’opposeront au discours dominant, aux décisions prises par la Commission européenne et à l’application des directives de cette dernière. L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) se porte naturellement candidate et en rajoute par la voix de son directeur Thibaut Bruttin : « Avec ce bouclier démocratique, la Commission européenne marque sa volonté de soutenir les médias et le journalisme comme antidotes à la désinformation, aux manipulations de l’information et aux ingérences étrangères. Mais renforcer la résilience des médias ne permettra de lutter contre ces menaces que si cette information fiable produite par les médias parvient aux citoyens. Il faut renforcer les acteurs et changer en leur faveur les règles du jeu. » Par « les acteurs », RSF désigne bien entendu les journalistes issus de ses rangs mais également les associations censées lutter contre les « théories complotistes » comme Conspiracy Watch, les médias mainstream et les fact-checkers aux ordres du pouvoir, ainsi que l’audiovisuel public. « Changer en leur faveur les règles du jeu » signifie : leur offrir tout l’espace médiatique, leur donner les clefs de la tour de contrôle, leur octroyer des moyens supplémentaires pour mater les médias dissidents et pour éduquer la population à l’information « labellisée » !

Souveraineté informationnelle : Delphine Ernotte veille

Le partenariat entre Viginum et France Télévisions semble répondre en partie aux souhaits de RSF. Delphine Ernotte écrit sur le site de France TV : « Alors que des puissances étrangères étendent leur influence sur notre espace informationnel, France Télévisions est mobilisé pour garantir l’accès de tous à une information fiable et indépendante. Grâce à l’expertise de VIGINUM, notre Groupe conforte son engagement dans la lutte contre les tentatives de manipulations, notamment par le développement d’actions de sensibilisation et de formation auprès de tous les publics. Il réaffirme ainsi le rôle essentiel des médias de service public pour la protection de la souveraineté informationnelle et culturelle, qui constitue un véritable enjeu de sécurité nationale. » Même chose du côté du chef de Viginum qui affirme vouloir « appuyer les travaux d’investigation journalistique, accroitre significativement les efforts en matière de sensibilisation à la menace informationnelle et œuvrer en faveur de la résilience démocratique. » Le discours est rodé. Il est un copié-collé de celui d’Emmanuel Macron, inspiré par la Commission européenne. Cette collaboration entre un service étatique et un média public vient compléter la panoplie des moyens mis en œuvre par une caste politico-médiatique qui sent le vent tourner. Hors de question de trop laisser les opposants s’exprimer. Hors de question de laisser les Français s’informer ailleurs que dans des médias estampillés « informateur fiable ». France TV soutenu par Viginum devient le bras armé d’un pouvoir qui a pris conscience que tout lui échappe, que les Français ne sont plus dupes et qu’ils se tournent vers des sources d’information plus proches des réalités qu’ils vivent.

La « menace informationnelle » est réelle – mais elle est aussi celle que font planer sur la liberté d’expression certains dirigeants occidentaux et les technocrates bruxellois en accumulant des dispositifs de censure. De nombreuses structures médiatiques, politiques ou associatives participent à ce contrôle de l’information. Les réseaux sociaux et les médias indépendants et alternatifs sont régulièrement la cible de ces structures peu enclines au débat et supportant mal de voir leur influence s’effriter au fil des jours. L’anathème « extrême droite » ne suffisant plus à effrayer le citoyen qui a eu sa dose de « barrage républicain », ces nouveaux commissaires politiques ont décidé de passer à la vitesse supérieure : intimidation auprès des entreprises achetant des espaces publicitaires dans ces médias, fermetures de comptes bancaires, harcèlement judiciaire, surveillance constante et innombrables signalements auprès de l’Arcom, multiplication des demandes de règles contraignantes, le tout orchestré par un gouvernement et des partis politiques aux abois, des associations doctrinaires et des médias largement subventionnés dont les Français se détournent de plus en plus mais qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance. [À ce sujet, je conseille ardemment la lecture du dernier et très documenté numéro de la revue du média Frontières intitulé Censure, la tentation totalitaire[3], ainsi que le récent article de François Bousquet dans le JDD, Fatwa bancaire, pourquoi la droite est systématiquement visée[4].]

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Tous les moyens seront-ils bons pour empêcher les dissidents de parler ? L’UE a infligé une amende de 140 millions d’euros au réseau social X. Le siège social parisien de ce dernier est perquisitionné. L’oligarchie politico-médiatique européenne n’a apparemment pas l’intention de laisser les gens s’informer ailleurs que dans des médias « labellisés » reconnaissables à ceci : aucune de ces mesures coercitives mises en place par la Commission européenne et le gouvernement français ne semble jamais les effrayer, bien au contraire. Nos députés dits d’opposition ne semblent guère plus inquiets. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique que l’on tire la sonnette d’alarme. Après que J.D. Vance a répété son inquiétude devant le recul de la liberté d’expression en Europe, la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis vient de rendre un rapport au vitriol sur les agissements de la Commission européenne. Les propos liminaires mitraillent sec : « Bien que souvent présentée comme une lutte contre les prétendus “discours de haine” ou la “désinformation”, la Commission européenne a œuvré à censurer des informations véridiques et des discours politiques concernant certains des débats politiques les plus importants de l’histoire récente, notamment la pandémie de COVID-19, l’immigration de masse et les questions transgenres. Après dix ans, la Commission européenne a établi un contrôle suffisant sur la liberté d’expression en ligne à l’échelle mondiale pour réprimer de manière exhaustive les discours qui menacent son pouvoir. » La Commission américaine accuse la Commission européenne d’avoir « exercé des pressions sur les plateformes pour censurer des contenus avant les élections nationales en Slovaquie, aux Pays-Bas, en France, en Moldavie, en Roumanie et en Irlande, ainsi qu’avant les élections européennes de juin 2024 », ceci dans le but de « défavoriser les partis politiques conservateurs et populistes ». Elle affirme avoir en sa possession des documents prouvant ces accusations. Considérant que les réglementations (DSA, Bouclier européen, etc.) et les injonctions censoriales de la Commission européenne représentent un risque majeur pour la liberté d’expression, y compris et surtout celle des Américains, la commission américaine est décidée à dénoncer toutes les décisions de l’UE qui mettront en péril un droit fondamental : le droit à la liberté d’expression[5]

Borderline content

Liberté d’expression qui continue de fondre comme neige au soleil sous nos latitudes. Sur le média d’extrême gauche Brut, Emmanuel Macron promet de nouvelles mesures pour « lutter contre la désinformation ». D’abord, le renforcement de… Viginum et l’abaissement du seuil de vues qui déclenchait jusqu’à présent l’intervention de ce service afin que, « dès qu’il y a des indices de désinformation », ce dernier puisse agir. Ensuite, la mise en place d’un « référé “fausse information en période électorale” » permettant aux juges « d’obliger la suspension des contenus si on voit qu’ils sont en train de fausser les élections ». Il est à noter que l’extrême gauche écologiste est sur la même longueur d’onde qu’Emmanuel Macron : l’eurodéputé vert David Cormand verrait d’un bon œil « l’expulsion de X du territoire européen » (Libération, 4 février 2025). Sur RTL, Marine Tondelier déclarait carrément que « ce réseau doit être interdit en Europe ».

https://www.youtube.com/watch?v=QyNeAi8ggI8

Ces annonces présidentielles sont à rapprocher de celles de l’EU Internet Forum (EUIF) concernant un concept tout ce qu’il y a de plus orwellien. Cette instance bruxelloise a en effet inventé la notion de « borderline content » en ligne, désignant ainsi les contenus sur internet et les réseaux sociaux qui, sans être illégaux, sont considérés par des ONG et des fact-checkers mandatés par l’UE comme de la désinformation, du complotisme ou des discours haineux, et doivent par conséquent être « modérés » – en clair, invisibilisés, shadow bannés, donc censurés – par les plate-formes numériques. Sont spécifiquement visés : la « rhétorique populiste », le « contenu anti-gouvernement/anti-UE », le « contenu anti-élite », le contenu « anti-migrants et islamophobe », le « sentiment anti-réfugiés, anti-immigration », le contenu « anti-LGBTIQ+[6] ». On est loin, très loin des seuls contenus pédophiles ou terroristes, lesquels n’auront servi en fin de compte qu’à justifier le contrôle total de nos messageries numériques.  

L’air devient irrespirable en Europe. Bientôt, on étouffera. Le portefeuille d’identité numérique européen, prévu pour novembre 2026, parachèvera l’arsenal de surveillance de tous les habitants de l’UE. Un contrôle social, technologique, politique et médiatique, absolu et irréversible – Emmanuel Macron, la Commission européenne et la caste politico-médiatique aux ordres en rêvent depuis longtemps et sont proches d’y parvenir. À moins que…


« Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel. » Michel Onfray. Théorie de la dictature.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.francetelevisions.fr/groupe/notre-actualite/france-televisions-et-viginum-nouent-un-partenariat-pour-faire-face-a-la-menace-48116     

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO852507N024.html

[3] https://www.frontieresmedia.fr/enquetes/le-nouveau-numero-magazine-frontieres-censure-la-tentation-totalitaire-est-disponible-en-kiosq—14726

[4] https://www.lejdd.fr/Societe/enquete-fatwa-bancaire-pourquoi-la-droite-est-systematiquement-visee-166388

[5] The foreign censorship threat, part II : Europe’s decade-long campaign to censor the global internet and how it harms American speech in the united states. 3 février 2026.

[6] Fdesouche.com, Censure du net : comment l’Union européenne prévoit d’agir sur des contenus légaux dits « borderline » anti-élite et anti-immigration. 4 février 2026.

Vote sans frontières

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Un bureau de vote, au second tour des législatives de 2022. © SYSPEO/SIPA

La France pour tous ! À l’occasion de leur niche parlementaire, jeudi 12 février, les écologistes voulaient remettre sur la table une vieille revendication de l’extrême gauche: accorder le droit de vote aux étrangers non européens aux élections locales – une nouvelle étape dans une redéfinition silencieuse du corps électoral ?


Ils n’en ratent pas une ! Les Verts veulent ouvrir le vote aux élections municipales aux étrangers hors UE. Par ailleurs, une pétition s’y opposant a déjà recueilli plus de 100 000 signatures.

Bons sentiments

Deux tiers des Français pensent que l’immigration sans contrôle est un danger majeur pour le pays, mais les écolos trouvent urgent d’accorder plus de droits aux étrangers. Ils ont inscrit au programme de leur niche parlementaire une vieille proposition de loi constitutionnelle datant de 2000 de Noël Mamère (souvenirs, souvenirs…) – elle accorderait aux étrangers extra-communautaires le droit de vote et d’éligibilité. Toutefois, ils ne pourraient pas être maires, ni sénateurs, mais par exemple conseillers municipaux.

C’est une lubie ancienne de la gauche et une vielle promesse de Mitterrand. Je vous rassure tout de suite : elle ne sera sans doute pas discutée, ni même votée, et encore moins validée par un référendum. C’est juste pour faire du bruit. On nous donne les arguments des bons sentiments. Pourquoi nous et pas eux ? Ils travaillent, payent des impôts, envoient leurs enfants à l’école. Pourquoi ne voteraient-ils pas ? Le maire, c’est l’élu du quotidien, il répare les routes et gère les poubelles… En réalité, le maire exerce un pouvoir de police générale. Et l’écharpe tricolore, ce n’est pas que pour faire joli.

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Mais les ressortissants européens peuvent déjà voter, me rétorque-t-on. Oui, et c’était déjà une erreur. Il n’y a ni citoyenneté, ni peuple européen. Cependant, s’il n’existe pas de nation européenne, il existe déjà dans l’UE un droit singulier (la liberté de circulation et d’établissement). Et les chiffres sont très différents. Nous avons en France 1,2 million d’Européens (dont 320 000 sont inscrits sur les listes électorales), et 6 millions d’étrangers extra-communautaires qui résident légalement, lesquels proviennent essentiellement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Pardon, mais s’il y a peu de risque de communautarisation du vote avec les Anglais du Périgord, dans certaines villes, avec l’appoint d’un vote étranger, des listes communautaires, particulièrement crypto-islamistes, pourraient gouverner des communes et en faire leur laboratoire… Et peut-être sans.

Vous voulez voter ? Devenez français ! 

La gauche rêve toujours d’aligner totalement le droit des étrangers sur celui des Français. Or, sans préférence nationale, c’est-à-dire sans droits spécifiques aux citoyens d’un pays, il n’y a pas de nation. Et la première de ces discriminations, c’est le droit de vote. Il n’est pas lié seulement à une situation matérielle, la résidence en France, mais à l’appartenance à une communauté politique qui se donne des règles de gouvernement. Les étrangers que nous choisissons d’accueillir sont les bienvenus, ils peuvent même demander à devenir français, mais ils n’appartiennent pas à cette communauté et n’ont pas à en fixer les règles.

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Derrière la générosité sans-frontiériste se cache un appétit de liquidation. Pour la gauche, le grand remplacement démographique et culturel qui n’existe pas ne va pas assez vite. Il faut accélérer la créolisation. Les Verts savent que leur loi ne passera pas. Si les Verts mélenchonisés sont pressés de voir la nouvelle France prendre la relève, c’est parce qu’ils veulent en finir avec le peuple historique, franchouillard et droitisé.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Carmen, prends garde à toi

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© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Opéra de Paris : Calixto Bieito frappe encore.


Dommage ! Carmen, film muet allemand réalisé en 1918 par le tout jeune Ernst Lubitsch (le futur – et génial- cinéaste de Trouble in Paradise ou de To be or not to be), a disparu de l’offre Arte TV le lendemain même de la reprise de Carmen à l’Opéra-Bastille, dans la mise en scène de l’Ibère Calixto Bieito, inaugurée au festival catalan Castell de Peralada en… 1999 ! Le plateau de la Bastille accueille pendant plus d’un mois, à cheval sur février et mars, la troisième reprise de cette production depuis son importation à Paris, en l’an 2017.

Un tube mondial

Dommage pour Lubitsch, car le scénario de l’ambitieux et spectaculaire long métrage puise à la source même du drame lyrique, à savoir la célèbre nouvelle de Prosper Mérimée publiée en 1847, laquelle inspirera comme l’on sait Henri Mailhac et Ludovic Halévy, les librettistes du chef d’œuvre de Bizet créé en 1875 à l’Opéra-Comique, trois mois avant la mort prématurée du compositeur, à peine âgé de 37 ans, victime d’un refroidissement suite à une baignade dans les eaux glacées de la Seine…

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Signée Tobias Schwencke, la bande-son contemporaine du long métrage de Lubitsch ne se fait pas faute de citer, réarrangée avec beaucoup de talent, la mélodie mondialement connue du compositeur français, en particulier le motif de la habanera andalouse – scie absolue du répertoire, fredonnée jusqu’à l’écœurement par le populo depuis dix générations : « si tu ne m’aimes pas je t’aime…prends garde à toi », etc., etc.

Si, comme on s’en doute, la régie de Calixto Bieito récuse frontalement toute littéralité – cf. sa production du Ring de Wagner, dont l’Opéra Bastille nous délivrait sous ses auspices, il y a quelques semaines à peine, l’interminable Siegfred selon une recette particulièrement assommante -, ses partis pris de transposition radicale n’en rendent pas pour autant la lecture, ni plus limpide, ni plus délectable. Il faut croire que le public, le temps passant, s’habitue à tout : les huées qui naguère mugissaient au tomber de rideau n’ont plus court en 2026 : au soir de la première, le 7 février dernier, la salle réservait tout uniment les mêmes salves de bravi aux chanteurs et à la mise en scène.

Pas loin de la catastrophe

Et pourtant… Ce joggeur en slip blanc qui tournicote comme un derviche avant de tomber d’épuisement, à plat ventre, le rebondi de ses fesses douché par un spot au premier plan du plateau ; cette cabine de téléphone, accessoire déjà vintage, plantée là pour offrir bientôt ses vitres aux coups de guibolles d’une horde de bidasses ; ce corps de garde de légionnaires en treillis vert d’eau (qui, assez vite, tombent le haut pour faire valoir leurs biscoteaux et leurs tatouages) ; ces couleurs hispaniques qu’on hisse sur un mât phalliquement érigé en plein centre ; cette silhouette de taureau, panneau publicitaire géant découpé en fond de scène ; ces berlines Mercedes, signature supposée (au reste tellement convenue) des ‘’gens du voyage’’ qui, une, puis deux, puis trois, puis jusqu’au nombre de sept, pleins phares, éblouissent crûment la salle entière ; ce coitus interruptus d’un Don José débraguetté qui s’affaire non sans mal à culbuter sa cigarière ; ce tableau final figuré par cette arène curieusement évidée, tendue de toile grise telle une cellule d’asile XXL, et dans la pénombre de laquelle viendra scintiller le traje de luces du ‘’toreador’’ Escamillo, de prime abord en costard trois pièces ; ces selfies pris avec un petit  appareil (Nokia ? Lumix ?) dont on en vient à arracher la péloche (le smartphone n’est pas encore né) ; une Carmen en nuisette à dentelles noires, qui ôte sa culotte (assortie), plus tard toilettée d’une petite robe à strass ; un Don José en blouson de cuir beigeasse ; et toute une friperie très « movida » pour nipper les chœurs d’enfants… Prosaïsme à tous les étages !

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Comme souvent, c’est le cast vocal qui sauve Carmen de la cata. A commencer par la mezzo Stéphanie d’Oustrac, au répertoire vocal exceptionnel (du baroque au romantique) et qui conjugue ici sa remarquable présence scénique à une articulation impeccable. La soprano égyptienne Amina Edris campe quant à elle une Micaëla vocalement nuancée, d’une puissance dramatique émouvante, tandis qu’Escamillo, sous les traits du baryton-basse natif de Montevideo Erwin Schrott, déploie sa flamboyante projection vocale avec une maîtrise toute en finesse.

Photo : Benoîte Fanton

Mais s’il fallait trouver un sauveur à ce spectacle, il s’incarnerait sans conteste dans la prestation de Russell Thomas, ténor américain inattendu dans la peau de Don José, d’un lyrisme à la fois incandescent et velouté. A noter que notre compatriote Jean-François Borras prendra le relai dans cet emploi de haute exigence à partir du 7 mars, et ce jusqu’à la dernière représentation, le 19 mars. Victoria Karkacheva, mezzo-soprano russe qui, l’automne dernier, au Théâtre des Champs-Elysées chantait à merveille Marguerite dans La damnation de Faust de Berlioz, reprendra quant à elle le rôle-titre jusqu’au bout.

Au pupitre, Keri-Lynn Wilson, celle-là même qui déjà, à l’Opéra-Bastille, dirigeait avec brio le Cendrillon de Massenet il y a trois ans, peine cette fois à donner un peu de panache et d’éclat à cette production, entachée qu’est celle-ci de cette insondable, inexpiable vulgarité : elle désigne à la damnation le caballero Calixto Bieito, décidément trop omniprésent à Paris cette saison.      


Carmen. Opéra en quatre actes de Georges Bizet. Direction : Keri-Lynn Wilson. Mise en scène : Calixto Bieito. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris.

Avec Russell Thomas/ Jean-François Borras, Stéphanie d’Oustrac/ Victoria Karkacheva, Amina Edris, Erwin Schrott…

Durée : 3h

Les13,19, 25 février, 3,7,10,13,16,19 mars à 19h30 ; le 22 février à 14h30.

Affranchissez-vous!

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L'écrivain Cyril Bennasar © Hannah Assouline

Dans son roman, Cyril Bennasar raconte les forfaits et tribulations d’un personnage quelque peu phallocrate, obsédé par le sexe et le « grand remplacement », dont les traits d’esprit — pour le moins douteux — sont dénoncés avec la plus grande fermeté par la patronne de votre gazette préférée.


Si je rencontrais Pierre Schwab, 58 ans, je me demande si j’en tomberais sottement amoureuse ou s’il me taperait prodigieusement sur les nerfs. Probablement les deux. Ce drôle de paroissien, menuisier de son état, possède un bien précieux et infiniment dangereux : une liberté totale, un refus de censurer ses idées les plus révoltantes, une joyeuse indifférence aux arrêts du tribunal de l’opinion. Dépourvu d’un statut social qu’il aurait peur de perdre, et ne désirant nullement en avoir un, il s’emploie à s’émanciper des scrupules moraux que partagent spontanément la plupart des êtres humains – en pensée, en parole et parfois en actes. Encore que de son point de vue, les forfaits dont il se fait une fierté, et qui vont d’une blague racistoïde avec un calicot « Justice pour Adama » au meurtre final en passant par l’incendie d’une mosquée qui se construisait en loucedé, ne sont qu’un moyen de rétablir une balance déséquilibrée par notre angélisme. D’où le sort qu’il réserve, en toute bonne conscience, au dealer arabe qui a assassiné son amie. Ou peut-être pas.

Demandez le programme

Schwab ne s’est pas « radicalisé » en regardant CNews ni « affranchi » sous l’effet d’une colère accumulée. Cet artisan qui gravite entre la capitale et la France périphérique voit ce qu’il voit. Sur les chantiers, les Arabes avec lesquels il fraternisait autour d’un joint ou d’une bière ont laissé la place aux « musulmans priants ». Dans l’espace public, des « racailles allogènes » qu’il qualifie également de « nuisibles » intimident, menacent ou emmerdent tout le monde avec « leur musique de merde ».

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Il entend parler d’une expérience dans laquelle des rats, soumis à un stress aigu, fuient quand ils le peuvent ou se battent quand ils ne le peuvent pas, tandis que le rat esseulé et coincé développe un cancer. Schwab n’entend pas fuir comme sa famille qui a quitté l’Algérie, puis sa cité de Saint-Ouen : « Je décide donc de cesser de subir, d’encaisser et de me taire. Je ne tolérerai plus l’intolérable, et ne regarderai plus ailleurs devant le spectacle du désastre. Je ne serai plus fataliste et défaitiste, et, partout, tout le temps, en paroles et en actions, j’agirai. Avec ma tête ou avec mes poings (…). En prenant le risque de choquer, de blesser, de heurter. À 58 ans, avant d’aborder mon troisième tiers, j’opposerai une résistance à tout ce qui me révolte, et, sans limites, ni légales, ni morales, j’entrerai dans toutes les batailles de la guerre de civilisation. » Voilà le programme. Il est vrai que, n’aspirant à aucune position sociale et n’en ayant aucune, il n’est pas paralysé par la peur de la perdre.

Mauvaises pensées

Résultat, le gaillard passe son temps à dire des choses qu’on s’efforce de ne pas penser, à faire des amalgames douteux et des vannes auxquelles on a honte de s’esclaffer comme « une place de charter ça coûte moins cher qu’une place de prison ». Une blague comme ça, et c’est l’une des plus soft, peut vous envoyer en taule – peut-être même que la citer est pénalement répréhensible, je précise donc que je désapprouve. Ce cochon s’en prend même à Yseult : « Là, c’est le pompon. Toutes les semaines, on vient nous les briser avec l’appropriation culturelle et voilà qu’une Noire d’un bon quintal s’appelle Yseult, qui selon la légende celte était la reine blanche, la princesse aux mains blanches. » En somme, non content d’être passablement raciste, encore qu’il faudrait nuancer, plutôt grossophobe et absolument islamophobe, toutes déviances que je condamne vigoureusement, il revendique son nomadisme sexuel, son goût pour l’ordre genré du monde et son dégout pour les « boudins hallal ». Et ne se cache pas d’être obsédé depuis sa première branlette. Quand il ne pense pas avec rage et désespoir au grand remplacement, à la tiers-mondisation et à tous ces Français qui refusent de répondre à la violence parce qu’ils croient « décourager un adversaire par la soumission », Schwab court l’amour. Trompe ses femmes avec ses maitresses et inversement, envisage toute rencontre comme une possibilité de volupté – mot dont il donne sa définition: « faire de la douceur une sensation forte ». Seulement, « les filles sont chiantes pour ça, elles ne font pas le premier soir ce pour quoi elles se roulent par terre la deuxième semaine ». Et en plus elles réclament des mots tendres et des voyages à Venise. Fallait demander avant de le faire jouir, bécasse.

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Autant dire que chacune de ces paroles allume des voyants rouges dans les officines de surveillances et délations qui prolifèrent. Ce Pierre Schwab est dangereux. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’existe pas. Sauf que Cyril Bennasar l’a inventé : Schwab est le narrateur (omniscient) de son roman L’Affranchi, le double sans filtre auquel il délègue ses pensées les plus troubles, ses pulsions les plus sombres et ses saillies les plus drôles.

Rire coupable

Journalistes, sociologues et commentateurs sentencieux qui prétendent disséquer et décrypter les affects coupables et les votes déplorables de ces contemporains qu’ils qualifient, selon les heures et leurs humeurs de réacs, fachos, extrême droite ou, quand ils sont polis, de populistes, devraient dresser une statue à Bennasar. Quand eux observent cette peuplade bizarre au prisme d’études et courbes qui confirment leur vision du monde, il leur offre un branchement direct sur le cerveau d’un électeur zemmourien. Ils pourraient voir à travers ses yeux, éprouver avec lui sa peur de devenir minoritaire dans son pays. Et en prime piquer quelques fous rires coupables car Bennasar a l’humour radioactif et les pauvres n’ont pas l’air de beaucoup se marrer. Vous connaissez l’humour antiraciste, vous ? Son Schwab n’est pas un de ces bourrins adeptes de la théorie des races et équipés de tout un fatras conspirationniste qu’on adore mépriser. Il philosophe, argumente contre lui-même, défend la légitimité de ses actes face à un juge invisible. Il ne s’interdit pas les généralisations abusives, surtout quand elles lui permettent un bon mot qui fait grincer les copains bien élevés : « Elle m’avait racontée qu’une nuit, dans un squat, un Arabe l’avait violée. Elle ne voyait pas le rapport entre un viol et un Arabe. Moi si. » Puis des visages comme celui de Hamid qui déteste tellement les barbus qu’il se fait son complice, troublent ses certitudes. Pas son sentiment aigu de la différence des civilisations ni sa détermination à défendre celle qu’il dit sienne. Par tous les moyens, proclame-t-il. Vraiment ? Invité dans cette conversation silencieuse, le lecteur se récrie, objecte qu’il ne jettera pas l’humanisme occidental avec l’eau du bain droit-de-l’hommiste, humanitariste et masochiste, qu’il ne sauvera pas la civilisation en piétinant les valeurs qui la fondent. Reste à savoir si elle ne périra pas d’être trop civilisée.

A relire, éditorial : Ice crime

Les docteurs affairés à rééduquer l’électeur déviant n’ont que faire de la complexité et de la pluralité humaines. Un électeur « d’extrême droite » et, au-delà, tout citoyen rétif aux joies du multiculti est un salaud et un idiot qui se trompe sur tout, y compris sur ce qu’il voit et vit. Ils ne veulent surtout pas comprendre ceux qu’ils ont déjà condamnés. Ils se sentiraient déjà compromis s’ils écoutaient ce que Schwab a à leur dire. S’exposer volontairement à des propos scandaleux, seraient-ils tenus par un personnage de roman, c’est le début de la pente glissante. Redoutant plus que tout qu’on les affranchisse, les vierges antifascistes outragées ne liront pas Bennasar. Et s’en feront une gloire. Tant pis pour elles.


L’Affranchi, Cyril Bennasar (préface de Renaud Camus), Périphérique, 2025, 260 pages. A commander sur bennasarlaffranchi.fr 

«Musulmans en Occident» : échange gros pavé contre petite réforme

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Conférence de presse pour la publication de l'ouvrage ‘Musulmans en Occident’ © Omar Boulkroum / Grande mosquée.

Chems-Eddine Hafiz, le recteur la Grande Mosquée de Paris publie un livre: « il faut qu’on explique l’islam à la République et qu’on explique aux musulmans la République ». Une entreprise louable ? Elisabeth Lévy donne son avis.


La Grande Mosquée de Paris a publié un guide pour adapter l’islam à la France. Il s’agit d’un pavé de mille pages, intitulé Musulmans en Occident. Cinq ans de travail et des centaines d’heures d’audition ont été nécessaires. Deux commissions ont été mobilisées, avec des religieux, des chercheurs, et des personnalités comme l’avocat de Charlie Hebdo Richard Malka.  


Islam et laïcité : ce n’est pas trop ça

But affiché : adapter le discours religieux musulman à la société et à la culture françaises. Le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz dit qu’il veut remédier à l’image désastreuse de l’islam en déminant les points de crispation, recensés dans un glossaire disponible en ligne où on apprend que les femmes peuvent se dévoiler pour obtenir un emploi ou que le mariage religieux ne peut intervenir sans mariage civil. Il y a en plus une charte qui proclame la liberté absolue de croire ou de ne pas croire.

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Bien sûr, c’est un projet très louable. Primo, il ne démarre pas sur les récriminations habituelles sur l’islamophobie – un bon point. Et on reconnait qu’il y a bien un problème. Le guide va jusqu’à critiquer en creux certaines pratiques – par exemple, le refus de la mixité ou la violence face au blasphème. Deuxio, il mobilise les réformateurs musulmans pour suggérer certains accommodements. Evidemment, tout ceci suscite l’enthousiasme de la presse progressiste. Alléluia, tout est pardonné !

Pourquoi suis-je nettement moins enthousiaste ?

L’influence de la Mosquée de Paris dans la jeunesse tentée par l’islam radical est nulle. Elle considère au contraire qu’il s’agit là de gens vendus à la France ou à la dictature algérienne. Et quand on lit bien, quand on va dans les détails du fameux glossaire, la victimisation est en réalité omniprésente. Concernant la radicalisation, par exemple, il est question de pauvreté, d’échec scolaire et de politiques d’exclusion. J’aimerais bien savoir quelles sont ces politiques d’exclusion des musulmans qu’on aurait menées en France ! Enfin, il y a dans tout ce projet une vision irénique de l’islam et du Coran. Dans le chapitre « Antisémitisme », on apprend, certes, qu’à Médine les musulmans ont châtié des juifs méchants. Mais sinon, rien à voir, Coran et islam sont étrangers à l’antisémitisme. Et la Grande Mosquée a caché des juifs pendant la guerre. Aucune mention des alliances entre certains dignitaires musulmans et Hitler, de l’antisémitisme d’atmosphère ni des juifs tués ou agressés aux cris de « Allah Ouakbar ». Pas un mot des versets très problématiques. Or, comme l’a dit Philippe Val en audition, dans le judéo-christianisme le commentaire a recouvert le texte. Il est presque devenu aussi important que le texte. Cela est impossible avec le Coran incréé. Puisqu’on nous dit que le Coran a été écrit directement par Dieu. Alors, on ne sait toujours pas quoi faire des versets antijuifs ou de ceux qui disent qu’il faut punir les blasphémateurs.

Il y a un malentendu de départ. Ce guide veut expliquer l’islam à la République et la République aux musulmans. Mais la République n’a pas à connaître l’islam – elle ne reconnaît et ne salarie aucun culte. Les musulmans comme les autres doivent se débrouiller avec nos lois et nos mœurs. Aveu du recteur : il ne s’agit pas de « faire une réforme de l’islam, ni de le changer ». Dommage, parce que c’est précisément cela dont les musulmans et la France ont besoin.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger