Fuite des cerveaux. L’ancienne Première ministre de la Nouvelle-Zélande – et égérie des progressistes du monde entier – s’installe en Australie.
Si elle n’existait pas, certains Néo-Zélandais railleurs et patriotes diraient qu’il ne faudrait peut-être pas l’inventer.
En tout cas, la « Jacindamania » vient de prendre un sérieux coup. Début mars, après que Jacinda Ardern a été aperçue en train de chercher une maison dans les quartiers huppés de Sydney, en Australie, le bureau de l’ancienne Premier ministre au sourire désarmant a confirmé qu’elle et sa famille s’y étaient installées. Les Australiens, sans être réputés beaucoup plus tendres que l’ICE américain avec tous ces salauds d’immigrés, accordent aux Néo-Zélandais des droits automatiques de travail et de résidence. La dernière fois que les Français ont vu Jacinda Ardern, elle multipliait risettes et apparitions médiatiques – notamment chez Yann Barthès dans « Quotidien », chez Brut ou sur France Inter – pour promouvoir son livre Un autre art du pouvoir (Flammarion). Barthès avait même cru de bon goût à l’époque d’accueillir la progressiste de 45 ans avec quelques notes de l’hymne national néo-zélandais… Elle entendra désormais plus souvent Advance Australia Fair (« Qu’avance la belle Australie »), dans un pays où le salaire médian est environ 37 % plus élevé. Aujourd’hui, 12,5 % des Néo-Zélandais vivent hors de leur pays. Si les jeunes partent depuis longtemps à l’étranger pour acquérir de l’expérience et revenir, le nombre de départs chez les 30-50 ans a plus que doublé en quatre ans, passant de 18 000 à 43 000, s’alarme CNN. Le média américain a interrogé ces expatriés qui évoquent, en plus des salaires plus élevés, une baisse significative du coût de la vie : courses hebdomadaires passant de 400 à 267 dollars, transports et carburant en baisse de 40 %, et frais médicaux environ 25 % moins chers, avec un accès beaucoup plus rapide aux spécialistes (contre une semaine d’attente à Auckland ou Wellington). Dans Les Deux Clans, l’essayiste britannique David Goodhart distinguait les somewhere (« de quelque part ») des anywhere saute-frontières à l’aise dans la mondialisation. Il n’est pas difficile de deviner dans quelle catégorie se situe Jacinda Ardern. Sa gestion des suites de l’attentat antimusulman de Christchurch en 2019, ainsi que la communication de son gouvernement pendant la crise du Covid ont été largement saluées dans le monde. Lorsqu’elle s’est présentée avec son bébé à l’Assemblée générale de l’ONU en 2018, ou lorsqu’elle a quitté le pouvoir en 2023 en expliquant ne plus avoir « assez d’énergie », beaucoup de progressistes se sont pâmés devant une figure politique différente dénuée de toute ambition macho. Ils ont cependant moins relevé qu’un mois plus tard, son parti subissait une lourde défaite aux élections législatives.
Ni que l’économie de son pays ne s’était jamais vraiment remise des confinements.




