Accueil Site Page 1242

Cé-pa-ça-li-slam !

0

Les défenseurs du pas d’amalgame usent de l’expression « ce n’est pas ça l’islam » après chaque attentat. La réalité est bien plus complexe. 


Constatant l’échec cuisant de ses jokers « contextualiser » et « intraduisible », le défenseur autoproclamé du Coran et de l’islam ne manquera pas d’affirmer la force : Cé-pa-ça-li-slam ! Ou parfois une de ses nombreuses variantes : « oui mais moi », « oui mais dans ma famille », ou encore « si vraiment tous les musulmans étaient jihadistes vous seriez déjà tous morts ». Inutile de prolonger inutilement le suspense : face au triste constat du fait que le Coran cautionne (entre autres) l’esclavage sexuel des prisonnières de guerre, ces arguments sont sans valeur. À une nuance près toutefois, qu’il sera intéressant d’examiner (ceci est du teasing, j’assume).

À lire aussi, Nicolas Lévine : France: plutôt la dhimmitude que la guerre ?

Commençons par la dernière variante, toujours distrayante. « Si tous les musulmans étaient jihadistes, les kouffars seraient déjà tous morts/asservis/convertis de force. » Certes, ou alors la Russie et la Chine auraient conjointement sifflé la fin de la récréation sans s’embarrasser des scrupules chers aux démocraties occidentales. Ce faux argument regorge de confusions. D’abord, il limite l’islam théocratique au jihad, alors que les adeptes de cette idéologie ont depuis longtemps compris que le soft power est parfois un excellent substitut au hard power – les Frères Musulmans en sont une parfaite illustration. Ensuite, il repose sur un paradoxe : il demande de croire que certains musulmans sont violents et fanatiques alors que l’islam ne le serait pas, ce qui revient à dire qu’il y a des musulmans qui ne suivent pas les préceptes de l’islam. Et en même temps il affirme que si l’islam était intrinsèquement violent et fanatique alors dans ce cas tous les musulmans le seraient, et donc que dans ce cas tous les musulmans suivraient comme par magie les préceptes de l’islam. Enfin, il néglige une observation inquiétante et pourtant fondamentale : partout où les musulmans sont majoritaires, les droits des non-musulmans sont remis en cause (y compris en France à l’échelle de certains quartiers).

Revenons au cœur du sujet : cépaçalislam. Encore faut-il préciser ce que l’on entend par « islam ».

Si par « islam » vous désignez les croyances métaphysiques et la spiritualité de Mohammed Louizi ou Abdennour Bidar, alors en effet ce n’est pas « ça ». Leur religion n’est pas celle des hordes barbares qui voudraient rétablir le délit de blasphème et rêvent de condamner à mort les apostats. Elles portent le même nom, mais il serait absurde de les confondre : aussi j’ai pris l’habitude d’appeler l’une « islam humaniste » et l’autre « islam théocratique », faute de meilleurs termes.

Mais si par « islam » vous désignez le projet de société des minorités militantes cautionné par la majorité silencieuse, alors certes beaucoup disent refuser les méthodes des jihadistes, mais ils en partagent néanmoins les buts essentiels, ou du moins ne s’y opposent pas.

La réalité des sociétés musulmanes d’aujourd’hui

Si par « islam » vous évoquez la réalité des sociétés musulmanes aujourd’hui et depuis 14 siècles, alors il faut sans doute nuancer, mais aussi reconnaître que globalement vous désignez quelque chose de radicalement incompatible avec les fondements même de notre société à nous, et plus encore de notre civilisation. Ne l’oublions pas : l’islam est aujourd’hui la seule religion au monde au nom de laquelle des états punissent de mort l’apostasie, l’athéisme, le blasphème, l’homosexualité. La seule. Dans l’écrasante majorité des pays musulmans, l’apostasie est illégale. Dans beaucoup, l’apologie du nazisme est courante, et Mein Kampf reste un grand succès de librairie. Cette exception islamique, et ce refus quasi-systématique de reconnaître la liberté de conscience dès que l’islam est en position de force, ne peuvent pas être le fruit du seul hasard.

Et si par « islam » vous voulez parler de la doctrine de la religion musulmane, alors vous regroupez sous le même vocable des contradictions profondes. Parlez-vous du néo-platonisme spirituel de Sohrawardî, ou du fanatisme totalitaire d’Al-Qaradâwî ? Si vous voulez dire l’islam « par défaut » en Occident, donc le sunnisme postérieur au massacre des mutazilites par les hanbalites, alors entre la lecture littérale du Coran, le poids des hadiths, le « bel exemple » du prophète et la négation de la conscience morale au profit de la soumission aveugle à l’arbitraire divin, vous parlez bien de « ça » : l’islam théocratique totalitaire.

Et lorsque vos contradicteurs vous diront en boucle que vous n’avez pas compris, que ce n’est pas ce qu’ils croient eux, que ce n’est pas ce que croit leur famille, et que de toute façon il faut des dizaines d’années d’études pour comprendre l’islam ? Peut-être sont-ils sincères, et dans ce cas c’est tout à leur honneur d’avoir su donner à leurs convictions religieuses personnelles une colonne vertébrale humaniste. Mais pourquoi « leur » islam serait-il plus « l’islam » que ne l’est celui des Frères Musulmans ou des wahhabites ? Sans oublier que trop de musulmans sont résolument mutazilites lorsqu’il faut convaincre les kouffars de la supposée innocuité ontologique de l’islam (radicalement contredite, rappelons-le, par 14 siècles d’histoire) mais tout aussi résolument hanbalites dès lors qu’ils sont en position d’imposer leurs convictions…. Quant à ceux qui disent que vous ne pouvez par définition rien comprendre parce que vous n’avez pas assez étudié, demandez-leur quels sont les « savants de l’islam » dont l’approche leur paraît fondée. La plupart du temps, ils ne sauront pas ou n’oseront pas vous répondre. Parfois, vous aurez le plaisir de vous apercevoir que votre interlocuteur est sincèrement et sérieusement adepte d’un islam éclairé, spirituel et non théocratique, ce qui permet des discussions véritablement passionnantes. Mais dans mon expérience les adhérents de ces courants-là ont bien conscience du nécessaire travail critique à entreprendre, entendront vos arguments et y répondront sans prétendre vous disqualifier parce que vous n’avez pas fait cinquante ans d’études coraniques, et ne chercheront pas à vous faire croire que « leur islam » serait « l’islam ».

Une manière de rejeter la responsabilité de l’islam

En vérité, cépaçalislam n’est qu’une manière de fuir le véritable constat, parce que ce constat ouvre sur une responsabilité vertigineuse. En effet, l’islam n’est pas que « ça », mais « ça » fait partie de l’islam depuis ses origines. Et la seule manière de faire en sorte que l’islam ne soit pas « ça », qu’il ne soit plus « ça », c’est de commencer par reconnaître que pour l’instant « ça » est une part de lui, et même une partie dominante, et que l’en extirper, si c’est seulement possible, sera à tout le moins un travail titanesque sans garantie de succès. Mais accepter le déni, c’est se rendre complice du pire.

À lire aussi, Aurélien Marq : IN-TRA-DUI-SIBLE !

Double responsabilité, donc. Pour les musulmans, s’atteler à cette tâche, car y renoncer c’est accepter que l’islam ne soit plus que « ça ». Pour les non-musulmans, exercer une vigilance exigeante, tendre la main franchement à ceux qui œuvrent honnêtement à libérer l’islam du poison qu’il porte en lui, leur apporter notre fraternité et notre soutien, mais aussi affirmer fermement que les autres, les adeptes et les complices de l’islam théocratique – y compris ceux dont la complicité s’exprime par le silence et le laisser-faire – n’ont pas leur place dans notre société.

Que vaut le biopic sur De Gaulle de France 2?

0

Sur France 2, « De Gaulle, l’éclat et le secret » est surtout l’occasion de méditer sur un géant mort il y a cinquante ans et sur la pénurie de grands hommes à une époque où ils seraient pourtant si nécessaires.


France 2 diffuse les 2 et 9 novembre une mini série en 2 fois 3 épisodes sur De Gaulle.

C’est un peu dur de nous proposer cela en ce moment où n’émerge aucune personnalité de cette dimension dans le paysage politique français. Mais c’est un programme qui mérite d’être regardé, voire médité.

Pour les jeunes générations?

Ce long biopic trace un portrait où se croisent habilement les dimensions épiques et profondément humaines du personnage. Il sera vu, je l’espère, par de nombreux spectateurs, et surtout par les jeunes générations. Il leur donnera une idée de ce qu’est un grand homme qui sait prendre avec courage les décisions les plus audacieuses.

A lire aussi: Judith Bernard sur arte: fallait pas l’inviter!

De Gaulle avait la force, parce qu’il avait la foi. Non pas tant la foi catholique (qu’il ne cachait pas), mais la foi dans la grandeur et le destin de son pays. Et il pensait qu’ils méritaient d’être défendus coûte que coûte. En lisant ses Mémoires, d’une écriture si belle et si profonde, on mesure combien cet homme d’action était aussi un homme d’esprit. 

© FTV - Effervescence Fiction - Simone Harari Baulieu
© FTV – Effervescence Fiction – Simone Harari Baulieu

Valeurs spirituelles

Ses ambitions, sa quête, l’orientaient vers des valeurs spirituelles, l’indépendance, le destin, la liberté, le courage, le partage… et pour les atteindre ou les défendre il savait agir, fermement s’il le fallait, mais aussi avec subtilité et finesse quand ce grand politique pensait que c’était un chemin possible. Il s’est parfois trompé, il a parfois trompé, il a eu ses faiblesses et ses doutes. Mais il a toujours su se faire respecter, et respecter son pays, jalousement. Il y avait en lui une sorte de noblesse, de dignité, et en disant cela je me rends compte combien ces qualificatifs semblent désuets aujourd’hui.

La série évoque la vie du général de Gaulle de l’Appel du 18 juin 40 à son départ du pouvoir en 1969… Cette belle évocation du grand Charles par Jacques Santamaria et Patrice Duhamel nous donne à la fois la fierté d’appartenir à une nation capable de produire de tels hommes, courageux et tellement visionnaires, et un sentiment de manque. Les temps sont difficiles et nous nous sentons un peu orphelins, avec personne pour nous rassurer vraiment dans les épreuves. 

Alors si cette mini-série peut déjà nous réconforter un peu, pourquoi ne pas y jeter un coup d’œil ?

De Gaulle, l’éclat et le secret, six fois 52 mn. De Jacques Santamaria et Patrice Duhamel. Avec Samuel Labarthe, Constance Dollé, Pierre Rochefort. 

« Ollivia » de Patrick Corneau, portrait d’une femme amoureuse

0

Sans doute aurait-elle aimé, alors qu’elle s’apprêtait à repartir pour Paris après trois nuits passées au Lausanne-Palace, que je lui fasse cet aveu : « De toi, j’oublierai tout, sauf toi. » Ce sont des mots qui marquent les filles à jamais. Mais ces mots, je ne les avais pas à ma disposition. Et puis, je pensais plutôt que si vous prenez le chagrin d’amour le plus violent, que vous le laissez mariner, que vous y ajoutez dix ans, il n’en restera quasiment plus rien, juste une vague impression de roman aux trois-quarts oubliés. Et comme l’écrivait une de ses amies à Virginia Woolf : « Qu’est-ce que l’amour ou le sexe, comparé à l’intensité de la vie que l’on mène dans le livre qu’on écrit ? »

C’est cette intensité qui m’a aussitôt emporté dans le roman de Patrick Corneau : Ollivia. Ollivia est une esthéticienne un peu défraîchie, lui un universitaire affecté dans une ville bretonne. Il la rencontre par le biais des petites annonces d’un journal local. Rien ne les prédisposait à devenir amants. Ollivia est une âme simple, un peu cabossée, qui ne s’est jamais remise d’avoir une poitrine de fillette impubère, alors que tout son corps était un hymne à la sensualité. Elle n’aimait pas les livres qui lui rappelaient les heures d’ennui scolaire. C’est dire si elle n’était pas son genre. Ces deux-là n’étaient visiblement pas faits pour s’entendre. Plus leurs corps se rapprochaient, plus les discordances s’affirmaient.

A lire aussi: Le lorgnon mélancolique

Patrick Corneau scrute ce couple improbable avec une délicatesse qui au fil des pages devient de plus en plus cruelle. Ce n’est pas seulement un fossé social qui les sépare, mais une incompatibilité liée à leur sexe respectif : l’homme et la femme ne sont pas faits pour aller de concert, sinon pour tromper leur solitude ou dans le rêve d’une « âme sœur » qui hantera leurs nuits et s’évanouira à l’aube. Les seules amours réelles sont les amours mortes (d’ailleurs, Ollivia finira poignardée), celles où sur un quai de gare on peut dire : « De toi, j’oublierai tout, sauf toi » dans une dernière étreinte qui laissera le goût amer des heures qu’on aurait tant voulu éternelles et qui ne le sont jamais. L’espoir renaît parfois, mais la nuit tombe vite. Et avec elle la mort qui nous emporte. Rien n’est plus triste qu’un quai de gare, sinon un salon d’esthéticienne où l’on croit encore possible de réparer l’irréparable.

Ollivia de Patrick Corneau, Éditions Maurice Nadeau.

Trump voit sa légitimité contestée depuis quatre ans!

0

Dans cette crise de la démocratie américaine qui en rappelle d’autres – Brexit au Royaume-Uni, Gilets jaunes en France – Donald Trump ne fait que répliquer à un vaste conglomérat de forces liguées contre la moitié du peuple américain. Le réseau social Twitter et les grandes chaînes de télévision américaines en sont arrivées au stade de censurer le président… L’analyse d’Anne-Sophie Chazaud, auteur de Liberté d’inexpression (L’Artilleur).


Le déroulement rocambolesque de l’élection américaine 2020 doit être considéré comme le symptôme de la situation de la démocratie occidentale dans son ensemble, indépendamment des spécificités constitutionnelles de chaque nation, et il convient d’en tirer d’ores et déjà plusieurs enseignements.

Les “déplorables” bien plus nombreux que prévu

Tout d’abord, et c’est le plus flagrant, l’échec complet des prescripteurs d’opinion, médias mainstream, sphère intellectuelle/universitaire, milieu autorisé et bien-pensant du show-biz, sondeurs aveugles ou mensongers… Car, quel que soit le futur président des États-Unis qui sortira élu de tout ce patafoin, force est de constater l’extraordinaire résilience du vote pro-Trump, que l’on prédisait très largement battu à plates coutures sous l’effet d’une fantasmatique vague bleue qui, pour le moment, s’apparente plutôt à une sorte de trouble clapotis.

Il est difficile de dire si les sondeurs se sont une nouvelle fois complètement trompés, égarés par leurs partis pris idéologiques, ou si cela finit par relever de la tromperie délibérée et de la propagande, les deux n’étant du reste pas incompatibles

Il ne s’agit pas ici de prendre parti, dans une élection qui ne concerne pas directement le citoyen français, entre un personnage douteux, manifestement sénile, idéale poupée de chiffon pour un système voire un État « profond » qui pourra tout à loisir le manipuler et le ventriloquer à sa guise, ou un personnage instable, notoirement inculte, aux pratiques rustres et imprévisibles et à ce titre peu reluisant pour représenter ce que l’on évoque encore comme étant la plus grande démocratie occidentale.

Il convient en revanche de comprendre que le vote en faveur de Donald Trump manifeste la persistance et, en l’occurrence, la résilience de toute une partie du peuple, celui qui est qualifié de « deplorable » par Hillary Clinton, objet de tous les mépris de classe, mépris culturel, mépris social, mépris moral, de la part d’une autre partie du peuple qui se sent, elle, porteuse et investie du Bien, drapée dans ses bons sentiments, empêtrée dans ses sempiternels combats sociétaux, souvent jusqu’à l’absurde et au ridicule intégral, plus intéressée par les grandes idées abstraites que par le sort du petit travailleur américain. Notons d’ailleurs que c’est la républicaine Floride qui a voté le relèvement du salaire minimum pour les travailleurs les plus précaires tandis que la si généreuse et bien-pensante Californie, entre deux séances de yogas ou de méditation fen-shui, refusait de stabiliser la situation des pauvres soutiers de l’ubérisation.

Télés et Twitter censurent et accentuent la crise de la légitimité

En dépit d’un constant bourrage de crâne médiatique, New York Times en tête de gondole, de prises de position hystériques des stars hollywoodiennes amplifiées par la dramatisation psychopathologique et l’instrumentalisation de la crise sanitaire du Covid, en dépit des pressions activistes les plus obsessionnelles et vindicatives, sur fond d’agitation Black Lives Matter et d’hystérisation racialiste… En dépit aussi de l’intervention directe et extrêmement préoccupante des grandes entreprises d’Internet, Twitter en tête, aux fins de censurer et de faire pression directement sur l’opinion publique et sur le processus électoral. Il faut réaliser, tout de même, que cette entreprise s’est permis de censurer sans aucune vergogne et de façon répétée, jusqu’au soir-même des élections, les messages du Président des États-Unis d’Amérique en exercice, légalement et démocratiquement élu, tandis que de nombreuses chaînes de télévision américaines ont tout simplement coupé mercredi soir l’allocution de Donald Trump, s’arrogeant ainsi un droit de censure invraisemblable ainsi qu’un magistère de la vérité en politique très préoccupant, considérant au passage leurs auditeurs comme des pantins aisément manipulables. En dépit de ce traitement politique et social hémiplégique, l’Amérique de Trump est là, elle représente une bonne moitié des électeurs qui se sont par ailleurs mobilisés en masse.

A lire aussi, Didier Maïsto: “Je suis convaincu que l’État profond, cela existe”

Il est difficile de dire si les sondeurs se sont une nouvelle fois complètement trompés, égarés par leurs partis pris idéologiques, ou si cela finit par relever de la tromperie délibérée et de la propagande, les deux n’étant du reste pas incompatibles. Toujours est-il qu’ils n’ont, une nouvelle fois, pas vu l’éléphant républicain au milieu du salon, probablement convaincus que le destin du monde se décidait sur le campus azimuté d’Evergreen ou dans un open-space de Gafa entre deux cours participatifs sur la fabrication de smoothies bio.

Il importe de comprendre que ce phénomène remarquable de cécité est le même qui traverse toutes les démocraties occidentales, dans lequel les élites ayant fait sécession, ne sont plus en capacité de simplement voir le réel et l’analyser autrement que par les anathèmes, la disqualification et le mépris. Ce mécanisme produit un problème de légitimité puisque les sachants et bien-pensants se trouvent alors dans l’incapacité ontologique de reconnaître une véritable légitimité à toute une partie de la population qu’ils estiment être dans l’erreur, inculte, insuffisamment éclairée, haineuse, raciste, indifférente au sort de la mondialisation heureuse et de l’agitation des grandes métropoles qui, comme le disait si bien Bashung, « sont toutes les mêmes devenues ».

Une contre-attaque de Trump légitime

À la négation de cette légitimité ontologique de toute une partie du peuple (ici américain), le Président Trump ne réagit pas de la manière infantile dont on peut le croire et le résumer, tel un enfant mauvais joueur qui refuserait de perdre. Non, il oppose une autre contestation de légitimité. Il se place, ce faisant, sur le terrain des opposants au prétendu « populisme » qui sont en fait ceux qui, délaissant les classes populaires leur ont préféré la lutte des races, le combat de minorités érigées en parangon de la morale contemporaine, chantres du multiculturalisme devenu fou et d’un communautarisme destructeur d’unité nationale, et qui n’ont cessé de contester la légitimité du président élu depuis le premier jour de son élection il y a quatre ans. Cela s’appelle une contre-attaque et c’est parfaitement bien joué, car, si Trump n’est pas un érudit ni un fin lettré, ce que l’on peut en effet regretter si l’on est amoureux de Faulkner, de Fitzgerald, d’Hemingway, si l’on est ému à la Library of Congress ou vibrant à la New York Public Library, le président en exercice n’en demeure pas moins un excellent stratège, ce qui lui a plutôt bien réussi dans les affaires mais aussi, rappelons-le, dans les très nombreuses victoires qu’il a obtenues au plan international pendant toute la durée de son mandat, démontrant une nouvelle fois qu’on ne fait pas forcément de bonne politique avec de bons sentiments.

Il conteste donc, lui aussi, la légitimité de ceux qui refusent d’admettre que 50% du peuple américain existe et soit autre chose que la caricature stupide qui en a été dressée avec la complicité de médias bornés et simplement effrayés de perdre leur monopole idéologique. Par ailleurs, il ne suffit pas de tourner les soupçons de fraude en dérision pour que ceux-ci soient infondés : il conviendrait de regarder de très près comment des milliers de votes par correspondance arrivant d’un seul coup comme par enchantement ne comptent pas un seul bulletin Trump, ou comment des personnes décédées ont pu voter. Le ricanement ne suffira pas.

La “Redneck nation” de Trump et les Gilets jaunes de Macron

Ce malaise dans la démocratie est le même que celui qui s’est manifesté en Europe lorsque le mainstream a été incapable de prévoir, de comprendre puis d’accepter la légitimité du vote « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel européen. Légitimité qui a été tellement contestée du reste qu’elle a été niée et contournée par le félon Traité de Lisbonne, trahison parlementaire dont la démocratie française n’est pas remise. Ce malaise dans la démocratie est le même que celui qui nimbe d’un sentiment d’illégitimité (ce qui ne signifie pas l’illégalité formelle) qui entoure la présidence Macron rendue possible à la faveur du raid médiatico-judiciaire que l’on sait visant le candidat Fillon et appuyé par une presse quasi entièrement ralliée au jeune banquier. Le mouvement des Gilets Jaunes fut l’expression de cette même fracture, qui n’en a pas fini de produire ses effets.

Ce malaise dans la démocratie est le même qui a vu toute une partie des élites boboïsées britanniques simplement incapables d’accepter le vote pourtant clair du peuple souverain en faveur du Brexit.

A lire aussi: Etats-Unis: les facs prestigieuses ne sont pas les plus respectueuses du «free speech» (classement)

Dans tous les cas, la contestation de la légitimité du peuple s’est toujours d’abord opérée contre les classes populaires, réputées incultes, haineuses, égarées, pourvoyeuses ou victimes de fake news. Ce combat obsessionnel des élites et des prescripteurs d’opinion contre les fake news devrait d’ailleurs interpeller : la notion même de fake news a été élaborée en réaction à l’élection de Donald Trump, puis s’est nimbée d’un vernis universitaire et intellectuel sur fond de grandes envolées au sujet de la « post-vérité ». Les entreprises de réseaux sociaux ont bondi sur l’occasion pour justifier la censure au nom de cette lutte contre la désinformation tandis que les gouvernances néo-progressistes, comme la Macronie, s’empressaient d’adopter des dispositifs liberticides en ce sens (loi anti fake news promptement adoptée en France). 

Deux populations face à face

Cette contestation s’est ensuite opérée par tous les moyens possibles : grotesques accusations d’interventions russes (un grand classique du complotisme anticomplotiste), tentatives hystériques et désespérées d’impeachment, agitation de rue encouragée de manière irresponsable et délibérée par le camp du Bien au point que le pays a basculé depuis les outrances du mouvement Black Lives Matter au bord de la guerre civile (mais qu’importe, puisque certains préfèrent sacrifier leur pays plutôt que leur idéologie), etc.

Des manifestants se regroupent devant un fast-food calciné à Minneapolis, le 29 mai 2020. © AP Photo/John Minchillo/CER965/20150198584110//2005290737
Des manifestants se regroupent devant un fast-food calciné à Minneapolis, le 29 mai 2020.
© AP Photo/John Minchillo/CER965/20150198584110//2005290737

Tout ce qui était possible pour délégitimer le pouvoir « populiste » en place a été entrepris, depuis des années, et par tous les moyens. En France, la répression visant le « Gaulois réfractaire » a été inouïe et sans aucune comparaison dans notre histoire récente depuis la guerre d’Algérie.

Nos démocraties voient donc et de manière profonde et durable, deux populations se faire face, sans compter les multiples ferments séparatistes qui les parasitent, et ces deux entités semblent désormais difficilement conciliables, imperméables radicalement à la rhétorique et à l’idéologie de l’autre, ce qui rend l’acceptation du processus électoral de plus en plus malaisée pour ne pas dire impossible. En revanche, accuser les « populistes » (ici Trump), d’avoir attisé les braises lorsqu’on a passé quatre ans à leur contester toute légitimité, y compris par l’action de rue violente, relève du très mauvais scénario si ce n’est de la farce tragique.

Islam radical: et si la solution passait par l’apostasie des musulmans?

0

Emmanuel Macron parle de “crise de l’islam”. C’est la moindre des choses!


La décapitation de Samuel Paty, par un terroriste islamiste, pour avoir enseigné la liberté d’expression à ses élèves lors d’un cours d’histoire avait horrifié la France. Les assassinats qui se succèdent depuis, en France ou en Europe, menacent au contraire de banaliser la terreur. L’objectif de ces crimes est limpide : perpétuer le projet impérial d’une religion qui veut liquider nos principes civilisationnels.

Faut-il y voir la preuve de la “crise de l’islam” qu’Emmanuel Macron soulignait ? Le constat du chef de l’État avait interpellé les musulmans du monde entier, y compris ceux de bonne foi. Ne doivent-ils pas se rendre à l’évidence ? Comment justifier autrement que la critique de l’islam expose ceux qui s’y adonnent à autant de risques ? Comment expliquer, à l’heure de la société de l’information, que les pays musulmans soient, en matière de libertés civiles, aux antipodes de ce que nous sommes en droit d’attendre des nations civilisées ?

Hypocrisie 

Comme si cela ne suffisait pas, la plupart de ces pays sont plus prompts à s’indigner de la défense de la liberté d’expression par Emmanuel Macron en appelant au boycott des produits français qu’à dénoncer les oppressions commises au nom de leur religion. Autre fait notable, leur agressivité envers de simples caricaturistes contraste avec leur silence assourdissant sur le génocide des Ouïgours que la dictature chinoise est en train de perpétrer. Cette hypocrisie montre que la prétendue liberté de croyance dont se prévalent ces pays n’est qu’un alibi pour justifier la guerre de civilisation qu’ils mènent contre une Europe qui, à l’inverse de l’Empire du Milieu, apparaît comme une proie facile.

Le parallèle entretenu avec le christianisme pour évacuer la particularité de l’islam relève d’une lâcheté dont il convient de se départir 

Parler de “crise de l’islam” est donc la moindre des choses. Encore qu’on peut se demander si ce vocabulaire n’est pas trop indulgent. Il laisse entendre que l’islam n’est pas en soi coupable des crimes dont on l’accuse. Ces crimes ne seraient que le résultat de son “détournement”, pour employer le mot utilisé par Emmanuel Macron lors de son entretien à Al Jazeera. Il suffirait de restaurer l’âge d’or d’un islam qui cultivait jadis le pluralisme pour lutter contre le terrorisme. Cet optimisme inspire le projet d’un islam des Lumières dans lequel tant de gens placent leur espérance. Trois siècles avant nous, un éminent penseur émettait pourtant quelques doutes vis-à-vis de ce récit angélique.

L’avertissement de Montesquieu

Dans l’Esprit des Lois, Montesquieu écrivait que « la religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée ». Les débats sur la nature impériale, politique et juridique de l’islam ne datent pas d’aujourd’hui. Non sans sévérité, le philosophe des Lumières identifiait le despotisme comme un trait consubstantiel à la religion musulmane. 

A lire aussi, Sophie Bachat: Pas de burqa pour les transgenres antifascistes

N’est-ce pas ce que reconnaissent du bout des lèvres les critiques de l’islam radical ? Le dictionnaire de l’Académie française définit en effet la radicalité comme la volonté de retrouver l’essence de quelque chose. On ne peut, en toute cohérence, craindre l’essence d’une doctrine tout en cultivant l’espoir de sa réforme. Les radicaux posent problème dans la mesure où les racines de leurs croyances sont problématiques.  

Le parallèle entretenu avec le christianisme pour évacuer la particularité de l’islam relève d’une lâcheté dont il convient de se départir. Que des crimes abominables aient été commis au nom du christianisme est exact. Mais il est difficile de déduire le massacre de la Saint-Barthélemy du sermon sur la montagne. Si l’on se souvient que l’essence de la doctrine chrétienne réside moins dans les récits bibliques que dans les enseignements du Christ (qui est la seule incarnation du “verbe divin” pour les authentiques chrétiens), nous devons admettre que les sermons d’un Juif qui invite ses semblables à tendre la joue gauche quand on leur frappe la joue droite ne posent pas les mêmes risques sécuritaires auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. On peut même se demander s’ils ne sont pas à l’origine de cette complaisance mortifère qui conduit tant d’intellectuels européens à excuser les attentats islamistes commis sur leur sol pour y voir la conséquence des errements occidentaux.

L’islam est pacifique dans la proportion où il est moins… islamique

Prenons un exemple plus laïque. La vile colonisation a pu être justifiée au nom de l’universalisme républicain. Il serait pourtant ridicule d’attribuer l’impérialisme français à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Les mouvements anti-impérialistes, eux-mêmes, dénonçaient ces conquêtes comme le fruit d’une application étriquée des préceptes de la Révolution française. C’est l’inconsistance des Européens avec leurs principes qui les ont conduits à dominer une partie du monde pendant qu’ils proclamaient la liberté chez eux. C’est d’ailleurs parce qu’ils ne pouvaient méconnaître l’injustice de leurs actes que l’historiographie postcoloniale est si sévère avec cet héritage criminel.

Toutes les idéologies peuvent inspirer des méfaits. Mais alors que certains crimes découlent d’une mauvaise lecture desdites idéologies, d’autres sont le fruit de leur application cohérente. Les attentats islamistes se rangent hélas dans la seconde catégorie. Ils puisent leur inspiration dans un texte incréé ; qui contient le verbatim de Dieu ; proclame que tout homme naît musulman avant de trahir éventuellement sa condition ; commande de tuer tous les mécréants ; et prend pour modèle un prophète qui était aussi un chef politique et militaire ayant commis toutes sortes d’exactions propres à la fonction. Ces traits essentiels expliquent que les contrées islamiques demeurent gouvernées par des institutions despotiques au XXIe siècle. 

Entendons-nous bien. Personne ne dit que tous les musulmans revendiqués sont des terroristes. En France, la majorité d’entre eux sont pacifiques. Nous devons toutefois constater que l’islam est pacifique dans la proportion où il est moins islamique. En France, si la paix demeure dans le cœur de la majorité des musulmans revendiqués, c’est en dépit de leur religion et non grâce à elle.

En kiosque: Causeur #84: La liberté, tu l’aimes ou tu nous quittes!

Beaucoup sont tentés de nier ce constat pour ne pas braquer les musulmans modérés. Lors de son entretien à Al Jazeera, Emmanuel Macron a condamné les appels à la violence en provenance des musulmans au nom même de leur foi : “je n’ai pas compris que l’islam légitimait ou soutenait quelque violence que soit”. Feindre le caractère paisible de l’islam est une stratégie à double tranchant. D’un côté, elle peut rallier les musulmans modérés à une lecture plus libérale de leur religion. De l’autre, elle permet à l’islam de se soustraire aux critiques qui lui sont adressées pour continuer à se diffuser, pour le plus grand bonheur des radicaux convaincus que leur interprétation est destinée à triompher.

Dissidence 

Le caractère bancal de cette stratégie pose la question de savoir si l’apostasie des musulmans n’est pas la meilleure voie pour les acculturer aux sociétés ouvertes. Cette démarche supposerait l’engagement de militants érudits, d’artistes passionnés, de rhéteurs motivés au service de l’ambition suivante : en appeler à la sensibilité de leurs semblables de confession musulmane pour les persuader d’adhérer à des croyances plus paisibles.

D’aucuns soutiendront l’impossibilité de ce scénario. Les relativistes feront valoir que l’homme enraciné est imperméable aux apports de la raison et des civilisations extérieures. Ces propos étaient déjà tenus par les adversaires des Lumières au 18e siècle, à l’instar d’un Gottfried von Herder. La géopolitique infirme ce pessimisme. De la Tunisie à l’Iran, le monde musulman produit lui-même ses dissidents qui attendent d’être soutenus par un Occident qui surmonte ses complexes postcoloniaux, assume ses valeurs, et se tient prêt à mener la guerre froide entre l’universalisme libéral et l’impérialisme islamiste à l’issue de laquelle il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur.

Etats-Unis: les facs prestigieuses ne sont pas les plus respectueuses du « free speech » (classement)


Qui veut étudier aux États-Unis doit prévoir un budget annuel de 50 000 dollars et s’abstenir d’aborder les sujets suivants: avortement, race, contrôle des armes, transgenres, immigration, conflit israélo-palestinien, féminisme.


Pour les contrevenants, FIRE (« Foundation for Individual Rights in Education ») s’occupe de défendre la liberté de parole dans le milieu académique et veille au respect du premier amendement de la Constitution américaine qui n’a jamais été autant étrillé par les Torquemada de la justice sociale. L’organisme vient de publier la plus grande enquête jamais réalisée sur la liberté d’expression dans les universités américaines. 20 000 étudiants interrogés dans 55 campus. Les résultats sont alarmants et en accès libre (sur le site de FIRE, voir « Free speech ranking »).

La liberté d’expression est menacée dans son sanctuaire : l’université. Les établissements prestigieux ne sont pas les plus respectueux du free speech. Parmi les huit universités de l’Ivy League (les plus courues), une seule figure dans les dix premières places (Brown University, neuvième). Harvard se classe piteusement 46e sur 55.

A lire ensuite, Corinne Berger: Fabrique du crétin, mode d’emploi

60% des étudiants confient s’autocensurer pour éviter les ennuis: 72% parmi les étudiants conservateurs, 55% parmi les progressistes, ce qui n’est pas surprenant car, comme dans nos facs, le conformisme est à gauche. Les élèves n’osent pas dire ce qu’ils pensent dans un environnement où ils sont censés apprendre à penser. Comme si, dans une école de natation, il était mal venu de se mouiller. Depuis l’invention du politiquement correct, l’autocensure se porte bien, merci. Quant à la censure, ce n’est plus un gros mot. La liste des conférenciers acceptables ne cesse de se réduire. Certains points de vue doivent être bannis. 30% des sondés pensent que Trump doit être interdit de tribune sur les campus. Et 17% (un sur cinq !) trouvent acceptable le recours à la violence pour faire taire un hérétique. On ne peut réfuter une idée que si ceux qui la défendent ont la possibilité de l’exprimer. Autant dire que les opinions malfaisantes ont de l’avenir.

Ma vie de Bond

0

On a dit de Hugo qu’il était « l’homme-siècle ». Il a couvert en tout cas, de vie active, la période 1820-1885 : peut-être vaudrait-il mieux parler d’ « homme-génération », tant les fervents du Romantisme, nés avec lui, se sont éteints en gros à l’automne ou l’hiver de sa vie.

Sean Connery a été l’homme du baby-boom. De 1962 à 2001, il a accompagné tous ceux de ma génération — et moi-même. 

Bien sûr, il appartenait lui-même à la génération précédente. Pour qu’il fût notre idole en ce début des années 1960, quand nous avons quitté les barboteuses et les culottes courtes, il fallait bien cet écart — tout comme les acteurs-fétiches de la génération présente n’étaient pas nés avec le siècle. Sean Connery, né en 1930, a été pour nous ce que fut Cary Grant (né en 1904) pour la génération de nos parents.

Il est d’ailleurs significatif que Fleming, qui n’était pas exactement un perdreau de l’année quand on a pensé à adapter ses romans, ait justement pensé à Cary Grant pour incarner son héros. Mais en 1961, Grant avait déjà 57 ans — un peu tard pour se lancer dans les cascades que supposait le rôle. Et il était probablement trop cher pour la bourse de Broccoli et Saltzman, qui n’avaient encore rien produit de bien marquant. L’ex-Monsieur Muscle Ecosse, qui lui non plus n’avait rien tourné de mémorable, leur convenait tout à fait.

A lire aussi, Thomas Morales: Sean Connery est éternel…

J’avais neuf ans, mes parents m’ont emmené voir Docteur No. Cela faisait un certain temps que le sexe avait pointé son nez entre mes jambes. L’apparition d’Ursula Andress sur une plage dorée, pointant son poignard sur ce grand escogriffe de 007, voilà qui m’enchanta. J’ai immédiatement commencé à lire les romans de Fleming, qui paraissaient l’un après l’autre sous la couverture unique où s’étalait le sourire sarcastique et le Walther PPK de l’agent secret par excellence. Une magnifique opération de communication de la CIA, quand on y pense. Le KGB de l’époque n’a même pas été fichu d’imposer une image concurrente. Nous sommes tous devenus des honorables correspondants du MI5. Ils n’ont pas dû aimer ça, à l’Huma.

Nous ne pensions pas pour autant que les vrais agents secrets ressemblaient à 007. Après tout, nous avons lu John Le Carré, et nous savons bien que dans la réalité des « Services », il y a bien davantage de George Smiley que de James Bond. Mais la réalité n’a rien à voir avec l’usine à rêves qu’était Sean Connery. Et encore, ce diable d’homme a incarné l’un des héros de Le Carré — dans la Maison Russie !

Pourquoi lui — et pas Roger Moore, qui juste avant avait débarqué sur les rares écrans de télévision avec Ivanhoé (nous nous rassemblions entre voyous pour regarder les épisodes chez le seul d’entre nous assez fortuné pour avoir un récepteur) ? Mais Moore était trop propre, trop souriant — trop américain, bien qu’il fût lui aussi britannique. Il lui manquait l’ironie, l’auto-dépréciation de Connery. Et pourquoi un Anglo-saxon ? Nous aurions pu choisir Jean-Claude Drouot, qui à partir de 1963 incarna Thierry-la-Fronde. Mais il faisait trop gamin et de fait, il avait huit ans de moins que Bond. Il nous fallait un modèle de dur, un modèle de chic, un modèle d’homme.

D’autant que par flair ou par peur de s’ennuyer, Sean Connery se diversifia très vite. Après Bons baisers de Russie, où Bond, selon l’expression de Fleming, « faisait le gigolo pour l’Angleterre », ma mère, qui adorait Hitchcock, m’emmena voir — j’avais 11 ans — Pas de printemps pour Marnie — et quelques semaines plus tard, Goldfinger. Ah, sortir de Goldfinger en fredonnant le tube chanté par Shirley Bassey… Voilà qui n’arrivera pas aux générations présentes ! En fait, Connery a rythmé ma vie. J’avais 12 ans, j’étais en 5ème, quand j’ai vu la Colline des hommes perdus — un pur chef-d’œuvre de Sidney Lumet. Cette même année, ce fut Opération Tonnerre. Puis On ne vit que deux fois — et le roman correspondant m’initia aux haïkus de Bashô. En 1968, entre deux manifs, Shalako, d’Edward Dmytryk — dont, fou de westerns comme j’étais, j’avais adoré l’Homme aux colts d’or ou Alvarez Kelly.

Après mon admission à l’ENS, je me suis gavé de cinéma — passant des journées et des nuits à la Cinémathèque de Chaillot, claquant mon salaire de Normalien dans les salles obscures où débarquèrent The Offence, d’une brutalité qui laissait loin derrière celle des sbires des Raymond Marcelin, Zardoz qui nous stupéfia dans le genre nanar, et enfin, en 1975, l’Homme qui voulut être roi, parce que la combinaison de John Huston et de Bond (c’est dur pour un Français d’appeler Connery son idole…) ne pouvait être que mémorable — et elle le fut.

Mais le film qui me marqua le plus, dans ces années 1970, ce fut la Rose et la flèche. Je sortais d’une grande histoire — en fait, je plains ceux qui, à chaque moment de leur vie, ne sont pas en train de sortir d’une grande histoire, étant entendu que les ruptures sont plus fécondes en émotions que les premiers pas, et la romance de Robin Hood et de Marianne, de Bond et d’Audrey Hepburn, me tira des larmes. Comme elle le fit chaque fois que j’ai revu ce film, qui mêle inextricablement souvenirs personnels et haut pouvoir émotionnel. Essayez de rester de marbre aux dix dernières minutes, cœurs de pierre ! C’est beau comme la mort d’Athos dans le Vicomte de Bragelonne.

Nous pensions Bond perdu pour toujours sous les jabots de dentelle de Roger Moore — mais il revint dans Jamais plus jamais pour un dernier Hourra, comme on dit, justement, dans les westerns. J’avais trente ans pour le coup, je pouvais sans peine m’identifier au rude quinquagénaire qui exhibait désormais ses tatouages de marin britannique. Et Kim Basinger, quelle trouvaille ! Il paraît que c’est sa femme qui a conseillé à Connery, producteur sur ce film, d’embaucher la petite blonde flexible. Une belle idée !

Car Bond n’est pas un héros linéaire. Il n’est pas une star, c’est une galaxie. Comme Arthur autrefois emmenait avec lui toute la Table Ronde, Sean Connery trimballe dans son ombre une kyrielle de seconds rôles, masculins : Michael Caine dans l’Homme qui voulut être roi ! Murrray Abraham dans le Nom de la Rose ! Harrison Ford dans Indiana Jones III, ou Kevin Costner dans les Incorruptibles… Sans lui, Christophe Lambert aurait-il persisté à vivre dans la mémoire cinématographique ? Et une autre kyrielle de jolis rôles féminins : Tippi Hedren, Honor Blackman, Brigitte Bardot, Candice Bergen, Michelle Pfeiffer, tant d’autres… Pendant que les petits garçons perpétuels se berçaient d’épopées et de créatures lascives, leurs copines rêvaient à l’homme élu le plus sexy de la planète à 58 ans — forever young, comme disait Terence, avec qui il avait vraiment débuté…

Et bien qu’il fût Bond, il était tous les autres — toutes les histoires que se racontent pour s’endormir les grands petits garçons. Capitaine de sous-marin, roi Richard ou King Arthur, médecin en Amazonie ou en Afrique, évadé d’Alcatraz, spécialiste du Japon, gentleman-cambrioleur ou auteur solitaire et reclus d’un roman unique, type Salinger, il a donné un lustre évident à des films qui parfois ne cassaient pas grand-chose, mais se magnifiaient par sa seule présence.

Il n’y a qu’en politique qu’il n’a jamais varié. Free Scotland ! Ma foi, avec le Brexit, on n’en est plus très loin. Et puis un homme qui va voir la reine Elisabeth nu sous son kilt, comme autrefois Wallace, ne peut être entièrement mauvais.

Mieux : il a su s’éclipser sur la pointe des pieds quand il a jugé qu’il n’avait plus de propositions à sa taille — ou de son âge. Grâce à l’exorbitance de ses années, son monument était achevé, dirait Chateaubriand. Il s’est donc éteint dans son sommeil — j’aurais assez mal pris qu’il mourût d’une maladie longue et invalidante. 

Son épouse a dit que dans les derniers temps, il errait dans son monde. Il nous laisse seuls dans le nôtre. Mais il l’a enchanté si longtemps qu’on lui pardonne volontiers de nous faire défaut aujourd’hui. J’ai failli être triste — mais enfin, il nous reste Clint Eatswood. Après lui, le déluge.

Humour rouennais

0

Plaisanterie ou apologie du terrorisme?


Rouen est une ville charmante. On y croise la majestueuse place Jeanne d’Arc, là même où notre sainte épique fut mise au bûcher, une rue du gros horloge (Les Rouennais disent « rue du gros ») avec une horloge imposante à en faire frémir Big Ben et d’aimables punks à chiens. Désormais, on y croise des blagueurs à l’humour capable de vous donner un moral d’acier en ces temps moroses. 

Le 31 octobre, Kamel[tooltips content= »Le prénom a été modifié »](1)[/tooltips] s’est présenté chez ses voisins, un couple d’enseignants. Après qu’il leur a tenu la grappe pendant vingt minutes au sujet de Samuel Paty, des caricatures et du prophète Mahomet, il leur a laissé un DVD accompagné d’une lettre. Dans cette dernière, les deux hussards de la République ont pu découvrir sa prose leur enjoignant de « s’inscrire à la sainte mosquée de la Grand mare », faute de quoi le couple subirait « une lente et douce décapitation » ; « comme ça tu auras la Légion d’honneur et un discours à la Sorbonne par ton cher président ». Avant de conclure : « Je suis archi-radicalisé » en signant de son nom.

Placé en garde à vue pour apologie du terrorisme, Kamel a reconnu être l’auteur de la lettre mais a assuré qu’il s’agissait « d’une plaisanterie ». Placé en comparution immédiate, il a persisté : « je suis athée, c’était de l’humour ; je ne pensais pas qu’ils auraient peur ». Sacré Kamel ! Une expertise psychiatrique a conclu à un trouble de la personnalité de notre plaisantin, qui a été condamné à six mois de prison avec sursis et à une amende de… cent euros.

Une blague malsaine d’ado baigné dans les réseaux sociaux ? Kamel a 73 ans.

Source: Frédéric Bernard / actu.fr

“Si le confinement était un essai médicamenteux, on l’arrêterait tout de suite à cause des effets secondaires terribles”

0

Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy publient Quand la psychose fait dérailler le monde (Gallimard, Tract).


Anciens élèves de l’ENS, Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy sont normaliens et géopolitologues. Grand reporter international, Renaud Girard est le chroniqueur de politique étrangère du Figaro. Pendant plus de trente ans, il a couvert sur le terrain la majorité des conflits et des crises de la planète. Jean-Loup Bonnamy est professeur agrégé de philosophie.

Causeur. Votre essai fustige l’émotion désordonnée à la suite de l’épidémie de coronavirus venue de Chine. Nous voici reconfinés. Faisons-nous toujours fausse route, selon vous ?

Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy. Oui, plus que jamais. Et ce pour au moins deux raisons.

La première raison est la faible efficacité sanitaire du confinement pour lutter contre le Covid-19 et sauver des vies. L’Argentine est confinée depuis le printemps et le nombre de morts du Covid y augmente encore. Au contraire, Taïwan (21 millions d’habitants) n’a pas confiné et n’a eu que sept morts ! Vouloir arrêter une épidémie avec le confinement, c’est comme vouloir arrêter la mer avec ses bras. Le virus est une création de la nature. Si l’épidémie s’est arrêtée partout en Europe en mai (y compris en Suède, pays qui n’a pas confiné), c’est en grande partie pour des raisons naturelles. Si elle reprend aujourd’hui (sauf en Suède pour le moment), ce n’est pas à cause d’un «relâchement» des Français ni d’un déconfinement trop rapide ni d’une perte de contrôle, mais pour des raisons naturelles. C’est un fait bien connu que dans les régions tempérées comme l’Europe (ce n’est pas le cas dans les autres types de climats), les virus respiratoires sont plus contagieux et plus violents à la saison hivernale. C’est d’ailleurs cette saisonnalité des virus respiratoires qui nous a permis d’annoncer dans notre livre (avec raison, hélas) la survenue d’une deuxième vague et la saturation pour l’automne de notre système hospitalier. Et c’est pour cette même raison que nous ne croyons pas au confinement. 

A lire aussi: Causeur: la France face à l’offensive islamiste

La deuxième raison de notre critique du confinement est bien sûr économique et sociale. Le premier confinement a déjà jeté un million de Français en plus dans la pauvreté. Les bénéficiaires de l’aide alimentaire ont augmenté de 30%. Si le confinement était un essai médicamenteux, on l’arrêterait tout de suite à cause des effets secondaires terribles ! Il ne s’agit pas d’opposer économie et santé, car les crises économiques dégradent notre santé et tuent aussi.

Les médias jouent un rôle extrêmement pervers dans toute cette affaire

Surtout, le confinement et ses effets économiques menacent notre système hospitalier. En effet, c’est l’activité économique qui, grâce à des impôts et à des charges, finance notre système hospitalier. Si on contracte l’activité, il y aura moins de rentrées fiscales et donc moins d’hôpitaux, moins de lits, moins de respirateurs avec des soignants moins nombreux et moins bien payés. Pour sauver notre système hospitalier, il faut déconfiner au plus vite ! 

Le président Macron, qualifié de « président des riches » depuis son élection, décide pourtant de faire passer la santé des Français avant l’économie. Pourquoi ?

Le président de la République n’a aucune envie de se retrouver avec 400 000 morts du Covid, comme le lui prédisent certaines modélisations mathématiques. Or, nous savons aujourd’hui que ces modèles sont absurdes. En mars, les mêmes modèles prédisaient 70 000 morts à la Suède si elle ne confinait pas. Elle n’a pas confiné et n’en a eu que 5 900. En nombre de morts par habitant, c’est à peine plus que la France et c’est nettement moins que des pays qui ont lourdement confiné comme l’Espagne, l’Italie, la Belgique ou le Royaume-Uni. Mais victime du désastreux « principe » de précaution, le président préfère ne pas prendre le moins risque. 

En outre, il est confronté à un autre risque – bien réel celui-là : la saturation des hôpitaux. Or, nous ne pensons pas que le confinement réglera ce grave problème de saturation hospitalière. Pour le régler, il n’y a que deux choses à faire. D’une part, augmenter en urgence les capacités hospitalières. Il faut mobiliser l’armée, les cliniques privées, les médecins et infirmiers libéraux, recruter des femmes de ménage (pour décharger les soignants de toutes les tâches non-médicales, comme par exemple refaire les lits). Comme le propose le Docteur Kierzek, on pourrait aussi organiser les services différemment : plutôt que de mettre dans une même équipe cinq médecins-réanimateurs, éclatons le service en séparant les spécialistes et en plaçant autour d’eux des internes ou des infirmiers non-spécialisés, mais coachés par le réanimateur. On multiplierait ainsi d’autant le nombre d’équipes de réanimation. D’autre part, il faut appliquer le tryptique tester – isoler – traiter. Les personnes à risque doivent être dépistées deux fois par semaine, avec des tests antigéniques (plus rapides et moins chers que les PCR). Il faut prendre en charge les malades le plus tôt possible, en leur donnant de l’oxygène, et si besoin des corticoïdes et des anticoagulants. Cela permet de faire s’effondrer le taux de décès et de passage en réanimation. Et ça peut se faire à domicile ou à l’hôpital, avec un personnel qui n’a pas besoin d’être très formé. Avec un telle méthode, on éviterait le confinement, on sauverait l’économie et surtout on aurait bien moins de morts du Covid !

Vous mettez en garde les Français contre un danger moral. Vous estimez que nous avons été saisis par la « froide déesse » de la peur et vous voyez carrément dans le confinement une nouvelle « barbarie ». Quel rôle pervers les médias jouent-ils dans ce phénomène ?

Les médias jouent un rôle extrêmement pervers dans toute cette affaire. Chaque soir, ils nous donnent le nombre du mort du Covid (même à l’été, quand ce chiffre était fort bas). Pourquoi ne font-ils pas la même chose avec le cancer, les suicides, les accidents de la route ? Chaque année neuf millions de personnes meurent du cancer dans le monde. C’est neuf fois plus que le Covid. Neuf millions de personnes meurent aussi de faim chaque année. Cela veut dire qu’il suffit de 40 jours pour que la faim fasse autant de morts que le Covid depuis son apparition.

A lire aussi: Reconfinement: pas en mon nom!

Il en va de même à propos de l’âge des victimes. Les médias nous parlent des jeunes qui meurent du Covid. Or, ils oublient de nous dire que la moyenne d’âge des morts français du Covid est de 81 ans et que sur 36 000 morts du Covid en France, seuls 28 avaient moins de 30 ans. 28 sur 36 000 ! Et sur ces 28 malheureux jeunes, presque tous avaient d’autres maladies très graves qui furent à l’origine de leur mort. Par exemple, les médias nous ont parlé de la mort d’un adolescent guyanais de 14 ans, positif au Covid. Certes, il avait le Covid, mais il avait surtout la fièvre jaune, une maladie tropicale très grave avec un taux de mortalité de 30% et qui fut en fait la vraie raison de sa mort.  

Que nous soyons des barbares 2.0 ou pas, 2020 apparait comme une année particulièrement éprouvante. Le séparatisme islamiste nous menace, le Covid met en pause nos libertés les plus fondamentales. Comment en sommes-nous arrivés là et si vite ? Est-ce une accélération de l’histoire ? 2020 est-elle une année troublée et rien de plus, ou une année charnière dans l’histoire, selon vous ?

2020 donne l’impression d’une accélération mais n’est que l’explosion d’une masse de problèmes non-réglés et accumulés durant les décennies précédentes.

2020 est surtout un révélateur : c’est l’année du retour au réel. Un certain nombre d’analyses auparavant minoritaires (sur le délabrement de notre système hospitalier, la catastrophe de la mondialisation, la nécessité de réindustrialiser la France ou le terrorisme…) sont en train de devenir majoritaires, voire consensuelles, tant la réalité les confirme de manière spectaculaire et évidente en 2020. 

Curtis: innocent molosse ou chien devenu fou?

0

Elisa Pilarski est bien morte à cause des crocs du chien d’attaque de son compagnon. Selon le parquet de l’Aisne, des tests ADN ont confirmé l’innocence des chiens de chasse à courre. Alors que des imbéciles prennent la défense du chien tueur, rappelons que ce dernier avait été acquis illégalement et «dressé au mordant»…


Cela vous viendrait-il à l’idée d’élever un lion d’Afrique et de l’entraîner au combat pour en faire votre animal de compagnie ? 

Pour la plupart d’entre nous, qui ne sommes pas des professionnels du dressage des félins et ne souffrons pas de troubles psychiatriques, la réponse tombera sous le sens : non. Pourtant, des milliers de Français font le choix de posséder des chiens dangereux de type molossoïde, parfois croisés et interdits à la reproduction, dans des maisons de famille avec des enfants en bas âge. Plus incroyable encore, des milliers de Français sont aussi persuadés que ces chiens sont inoffensifs sinon moins dangereux pour l’homme qu’un chihuahua nain. Voyage dans la France de Curtis, chez les fous de molosses.

Les chiens de chasse un temps soupçonnés

Très fréquentée, la page Facebook « de soutien du Comité de défense des droits de Curtis », du nom du chien que possédait Elisa Pilarski, dévorée en forêt de Retz dans l’Aisne, s’active depuis le début de cette sombre affaire pour protéger le molosse des foudres vengeresses de la justice des hommes par nature corrompus. Dévoilés mardi 3 novembre, les tests ADN effectués pour éclaircir le mystère Pilarski ont incriminé le chien d’attaque Curtis, qui était la propriété du compagnon de la jeune femme, et innocenté les 60 chiens d’une meute de chasse à courre un temps soupçonnés.

A lire aussi: Pas de burqa pour les transgenres antifascistes

L’ADN d’Elisa Pilarski aurait ainsi été identifié sur la mâchoire, l’œil droit et le harnais du chien Curtis. Maître d’équipage du rallye La Passion, Sébastien Van den Berghe a réagi dans les colonnes du Figaro, témoignant de son soulagement après des mois de bataille médiatique contre de prétendus défenseurs des animaux : « Même si cette preuve d’innocence ne réparera pas les torts qui nous ont été causés par les tombereaux de fausses accusations et de menaces que nous avons dû endurer depuis près d’un an, c’est néanmoins une grande satisfaction qui nous aidera à surmonter notre peine et notre colère ». 

Complotisme

Il est légitime de penser que l’affaire doit s’arrêter là, que trop d’énergie et de temps ont été inutilement gaspillés par les partisans de l’american pitbull terrier de son maître Christophe Ellul, dont on peut imaginer qu’il se sent coupable en son for intérieur de la disparition de madame Pilarski. Que nenni, les pages Facebook et les supporters ne désarment pas, désormais convaincus… de l’existence d’un complot fomenté par le lobby de la chasse et la gendarmerie ! On trouvera par exemple ce commentaire d’une certaine Brigitte sous une vidéo du chien se promenant en forêt diffusée le 3 novembre, accompagné d’emojis montrant un personnage en train de vomir et un autre en colère : « Depuis le début ils l’ont condamné ! Trop longue cette enquête, je n’ai jamais vu cela même pas, dans les films d’horreur. Aucune pitié pour la famille et son mari. Je ne peux y croire ». Ou encore, par une Béatrice ce très éloquent : « De tout cœur avec vous et Curtis. Quand on voit cette vidéo on comprend à quel point il était attaché à sa maîtresse. »

D’autres commentateurs versent carrément dans le complotisme le plus pur, à l’image de Margaret : « Oui, fallait s’en douter Curtis est le coupable idéal la haute société ne va pas incriminer les chiens de la chasse à courre, quand on a de l’argent on achète tout, je soutiens toujours autant Curtis et que le mari d’Elisa continue de se battre pour Curtis, pour le ramener chez lui. Ca fait combien de temps qu’il souffre il doit se demander ce qu’il lui arrive, rendez Curtis a son maître les conclusions qui ont été rendues je n’y crois pas et je ne suis pas la seule, et une pensée pour Elisa et son petit ange tout là-haut ». Le test Curtis remplacera-t-il à l’avenir le test de QI ? Sous prétexte que des chiens seraient beaux, parfois mignons, ne pourraient-ils pas tuer ?

Un chien obsédé par l’idée de mordre

Les premiers experts judiciaires vétérinaires mis sur l’affaire avaient pourtant déjà constaté que Curtis était « obsédé par l’idée de mordre » et que les morsures constatées sur le corps de madame Pilarski correspondaient à celles d’un molosse. Dans son rapport, le procureur a précisé que le type de dressage proposé au chien acquis illégalement, pouvait « relever d’actes de maltraitance animale» et était un « mode de dressage de nature à abolir toute capacité de contrôle ou de discernement et conduit à un comportement sans discrimination concernant l’objet ou la personne mordue. »

Les chiens ont des instincts prédateurs, même les plus petits. Quand ils sont physiquement aussi impressionnants que Curtis, ils peuvent facilement tuer un homme adulte. La dernière enquête publiée par l’Institut de veille sanitaire relative aux morsures de chiens date de 2011, portant sur les études des services d’urgences de huit hôpitaux entre le 1er mai 2009 et le 30 juin 2010. Chaque année, des blessures par morsures de chiens occasionnent des milliers de recours aux urgences et des hospitalisations. L’enquête montrait aussi que dans 86% des cas graves, le chien était connu de la victime. Quant aux morsures par chiens d’attaque (qu’ils soient sans origine ou regroupé au livre des origines français communément connu sous l’acronyme LOF), elles étaient au nombre de 18 pour 14 cas concernant des victimes connues du chien.

A lire ensuite: Remigration, une chance pour la France?

Moins nombreux que leurs congénères de races plus communes, de grande taille comme les labradors ou de petite taille comme les Jack Russel qui sont à l’origine de nombreuses morsures, les chiens de catégorie sont des armes vivantes. On ne peut jamais totalement prédire le comportement d’un animal, encore moins d’un animal entrainé à mordre et à défendre. Il faut d’ailleurs savoir que les chiens de première catégorie, c’est-à-dire issus de croisements non-inscrits au LOF, comme les pitbulls, amstaffs et boerbulls sont frappés d’un grand nombre d’interdits légaux. Ils ne peuvent théoriquement pas accéder aux transports en commun, aux lieux publics ou dans les locaux ouverts au public. Sur la voie publique et dans les parties communes des immeubles collectifs, ils doivent être muselés et tenus en laisse par une personne majeure. Ils sont aussi interdits à l’achat, à la vente, à l’importation et à l’exportation sur le territoire français. Leurs maîtres doivent en outre avoir en leur possession un permis de détention et une assurance responsabilité civile, conditionnés à une évaluation comportementale menée par un vétérinaire après stérilisation du fauve !

On ne possède pas un tel molosse par hasard

Ces mesures ne sont pas prises pour embêter les amoureux des chiens qui s’agitent sur Facebook mais pour protéger la société de monstres extrêmement dangereux. La France Curtis est aveuglée par son sentimentalisme, ces chiens n’étant jamais possédés par hasard. Les gens qui tiennent absolument à avoir chez eux des chiens hors catégorie sont souvent des criminels de cité ou des personnes fascinées par la violence de ces animaux… qu’ils entrainent à mordre alors que c’est formellement interdit. Même les professionnels n’en ont pas besoin, malinois et bergers allemands faisant très bien l’affaire pour les missions de protection et de sécurité. Cette ridicule campagne en faveur de Curtis doit cesser. Elle est indigne.

Cé-pa-ça-li-slam !

0
Unsplash

Les défenseurs du pas d’amalgame usent de l’expression « ce n’est pas ça l’islam » après chaque attentat. La réalité est bien plus complexe. 


Constatant l’échec cuisant de ses jokers « contextualiser » et « intraduisible », le défenseur autoproclamé du Coran et de l’islam ne manquera pas d’affirmer la force : Cé-pa-ça-li-slam ! Ou parfois une de ses nombreuses variantes : « oui mais moi », « oui mais dans ma famille », ou encore « si vraiment tous les musulmans étaient jihadistes vous seriez déjà tous morts ». Inutile de prolonger inutilement le suspense : face au triste constat du fait que le Coran cautionne (entre autres) l’esclavage sexuel des prisonnières de guerre, ces arguments sont sans valeur. À une nuance près toutefois, qu’il sera intéressant d’examiner (ceci est du teasing, j’assume).

À lire aussi, Nicolas Lévine : France: plutôt la dhimmitude que la guerre ?

Commençons par la dernière variante, toujours distrayante. « Si tous les musulmans étaient jihadistes, les kouffars seraient déjà tous morts/asservis/convertis de force. » Certes, ou alors la Russie et la Chine auraient conjointement sifflé la fin de la récréation sans s’embarrasser des scrupules chers aux démocraties occidentales. Ce faux argument regorge de confusions. D’abord, il limite l’islam théocratique au jihad, alors que les adeptes de cette idéologie ont depuis longtemps compris que le soft power est parfois un excellent substitut au hard power – les Frères Musulmans en sont une parfaite illustration. Ensuite, il repose sur un paradoxe : il demande de croire que certains musulmans sont violents et fanatiques alors que l’islam ne le serait pas, ce qui revient à dire qu’il y a des musulmans qui ne suivent pas les préceptes de l’islam. Et en même temps il affirme que si l’islam était intrinsèquement violent et fanatique alors dans ce cas tous les musulmans le seraient, et donc que dans ce cas tous les musulmans suivraient comme par magie les préceptes de l’islam. Enfin, il néglige une observation inquiétante et pourtant fondamentale : partout où les musulmans sont majoritaires, les droits des non-musulmans sont remis en cause (y compris en France à l’échelle de certains quartiers).

Revenons au cœur du sujet : cépaçalislam. Encore faut-il préciser ce que l’on entend par « islam ».

Si par « islam » vous désignez les croyances métaphysiques et la spiritualité de Mohammed Louizi ou Abdennour Bidar, alors en effet ce n’est pas « ça ». Leur religion n’est pas celle des hordes barbares qui voudraient rétablir le délit de blasphème et rêvent de condamner à mort les apostats. Elles portent le même nom, mais il serait absurde de les confondre : aussi j’ai pris l’habitude d’appeler l’une « islam humaniste » et l’autre « islam théocratique », faute de meilleurs termes.

Mais si par « islam » vous désignez le projet de société des minorités militantes cautionné par la majorité silencieuse, alors certes beaucoup disent refuser les méthodes des jihadistes, mais ils en partagent néanmoins les buts essentiels, ou du moins ne s’y opposent pas.

La réalité des sociétés musulmanes d’aujourd’hui

Si par « islam » vous évoquez la réalité des sociétés musulmanes aujourd’hui et depuis 14 siècles, alors il faut sans doute nuancer, mais aussi reconnaître que globalement vous désignez quelque chose de radicalement incompatible avec les fondements même de notre société à nous, et plus encore de notre civilisation. Ne l’oublions pas : l’islam est aujourd’hui la seule religion au monde au nom de laquelle des états punissent de mort l’apostasie, l’athéisme, le blasphème, l’homosexualité. La seule. Dans l’écrasante majorité des pays musulmans, l’apostasie est illégale. Dans beaucoup, l’apologie du nazisme est courante, et Mein Kampf reste un grand succès de librairie. Cette exception islamique, et ce refus quasi-systématique de reconnaître la liberté de conscience dès que l’islam est en position de force, ne peuvent pas être le fruit du seul hasard.

Et si par « islam » vous voulez parler de la doctrine de la religion musulmane, alors vous regroupez sous le même vocable des contradictions profondes. Parlez-vous du néo-platonisme spirituel de Sohrawardî, ou du fanatisme totalitaire d’Al-Qaradâwî ? Si vous voulez dire l’islam « par défaut » en Occident, donc le sunnisme postérieur au massacre des mutazilites par les hanbalites, alors entre la lecture littérale du Coran, le poids des hadiths, le « bel exemple » du prophète et la négation de la conscience morale au profit de la soumission aveugle à l’arbitraire divin, vous parlez bien de « ça » : l’islam théocratique totalitaire.

Et lorsque vos contradicteurs vous diront en boucle que vous n’avez pas compris, que ce n’est pas ce qu’ils croient eux, que ce n’est pas ce que croit leur famille, et que de toute façon il faut des dizaines d’années d’études pour comprendre l’islam ? Peut-être sont-ils sincères, et dans ce cas c’est tout à leur honneur d’avoir su donner à leurs convictions religieuses personnelles une colonne vertébrale humaniste. Mais pourquoi « leur » islam serait-il plus « l’islam » que ne l’est celui des Frères Musulmans ou des wahhabites ? Sans oublier que trop de musulmans sont résolument mutazilites lorsqu’il faut convaincre les kouffars de la supposée innocuité ontologique de l’islam (radicalement contredite, rappelons-le, par 14 siècles d’histoire) mais tout aussi résolument hanbalites dès lors qu’ils sont en position d’imposer leurs convictions…. Quant à ceux qui disent que vous ne pouvez par définition rien comprendre parce que vous n’avez pas assez étudié, demandez-leur quels sont les « savants de l’islam » dont l’approche leur paraît fondée. La plupart du temps, ils ne sauront pas ou n’oseront pas vous répondre. Parfois, vous aurez le plaisir de vous apercevoir que votre interlocuteur est sincèrement et sérieusement adepte d’un islam éclairé, spirituel et non théocratique, ce qui permet des discussions véritablement passionnantes. Mais dans mon expérience les adhérents de ces courants-là ont bien conscience du nécessaire travail critique à entreprendre, entendront vos arguments et y répondront sans prétendre vous disqualifier parce que vous n’avez pas fait cinquante ans d’études coraniques, et ne chercheront pas à vous faire croire que « leur islam » serait « l’islam ».

Une manière de rejeter la responsabilité de l’islam

En vérité, cépaçalislam n’est qu’une manière de fuir le véritable constat, parce que ce constat ouvre sur une responsabilité vertigineuse. En effet, l’islam n’est pas que « ça », mais « ça » fait partie de l’islam depuis ses origines. Et la seule manière de faire en sorte que l’islam ne soit pas « ça », qu’il ne soit plus « ça », c’est de commencer par reconnaître que pour l’instant « ça » est une part de lui, et même une partie dominante, et que l’en extirper, si c’est seulement possible, sera à tout le moins un travail titanesque sans garantie de succès. Mais accepter le déni, c’est se rendre complice du pire.

À lire aussi, Aurélien Marq : IN-TRA-DUI-SIBLE !

Double responsabilité, donc. Pour les musulmans, s’atteler à cette tâche, car y renoncer c’est accepter que l’islam ne soit plus que « ça ». Pour les non-musulmans, exercer une vigilance exigeante, tendre la main franchement à ceux qui œuvrent honnêtement à libérer l’islam du poison qu’il porte en lui, leur apporter notre fraternité et notre soutien, mais aussi affirmer fermement que les autres, les adeptes et les complices de l’islam théocratique – y compris ceux dont la complicité s’exprime par le silence et le laisser-faire – n’ont pas leur place dans notre société.

Que vaut le biopic sur De Gaulle de France 2?

0
© Rémy GRANDROQUES - FTV - Effervescence Fiction - Simone Harari Baulieu

Sur France 2, « De Gaulle, l’éclat et le secret » est surtout l’occasion de méditer sur un géant mort il y a cinquante ans et sur la pénurie de grands hommes à une époque où ils seraient pourtant si nécessaires.


France 2 diffuse les 2 et 9 novembre une mini série en 2 fois 3 épisodes sur De Gaulle.

C’est un peu dur de nous proposer cela en ce moment où n’émerge aucune personnalité de cette dimension dans le paysage politique français. Mais c’est un programme qui mérite d’être regardé, voire médité.

Pour les jeunes générations?

Ce long biopic trace un portrait où se croisent habilement les dimensions épiques et profondément humaines du personnage. Il sera vu, je l’espère, par de nombreux spectateurs, et surtout par les jeunes générations. Il leur donnera une idée de ce qu’est un grand homme qui sait prendre avec courage les décisions les plus audacieuses.

A lire aussi: Judith Bernard sur arte: fallait pas l’inviter!

De Gaulle avait la force, parce qu’il avait la foi. Non pas tant la foi catholique (qu’il ne cachait pas), mais la foi dans la grandeur et le destin de son pays. Et il pensait qu’ils méritaient d’être défendus coûte que coûte. En lisant ses Mémoires, d’une écriture si belle et si profonde, on mesure combien cet homme d’action était aussi un homme d’esprit. 

© FTV - Effervescence Fiction - Simone Harari Baulieu
© FTV – Effervescence Fiction – Simone Harari Baulieu

Valeurs spirituelles

Ses ambitions, sa quête, l’orientaient vers des valeurs spirituelles, l’indépendance, le destin, la liberté, le courage, le partage… et pour les atteindre ou les défendre il savait agir, fermement s’il le fallait, mais aussi avec subtilité et finesse quand ce grand politique pensait que c’était un chemin possible. Il s’est parfois trompé, il a parfois trompé, il a eu ses faiblesses et ses doutes. Mais il a toujours su se faire respecter, et respecter son pays, jalousement. Il y avait en lui une sorte de noblesse, de dignité, et en disant cela je me rends compte combien ces qualificatifs semblent désuets aujourd’hui.

La série évoque la vie du général de Gaulle de l’Appel du 18 juin 40 à son départ du pouvoir en 1969… Cette belle évocation du grand Charles par Jacques Santamaria et Patrice Duhamel nous donne à la fois la fierté d’appartenir à une nation capable de produire de tels hommes, courageux et tellement visionnaires, et un sentiment de manque. Les temps sont difficiles et nous nous sentons un peu orphelins, avec personne pour nous rassurer vraiment dans les épreuves. 

Alors si cette mini-série peut déjà nous réconforter un peu, pourquoi ne pas y jeter un coup d’œil ?

De Gaulle, l’éclat et le secret, six fois 52 mn. De Jacques Santamaria et Patrice Duhamel. Avec Samuel Labarthe, Constance Dollé, Pierre Rochefort. 

« Ollivia » de Patrick Corneau, portrait d’une femme amoureuse

0
D.R.

Sans doute aurait-elle aimé, alors qu’elle s’apprêtait à repartir pour Paris après trois nuits passées au Lausanne-Palace, que je lui fasse cet aveu : « De toi, j’oublierai tout, sauf toi. » Ce sont des mots qui marquent les filles à jamais. Mais ces mots, je ne les avais pas à ma disposition. Et puis, je pensais plutôt que si vous prenez le chagrin d’amour le plus violent, que vous le laissez mariner, que vous y ajoutez dix ans, il n’en restera quasiment plus rien, juste une vague impression de roman aux trois-quarts oubliés. Et comme l’écrivait une de ses amies à Virginia Woolf : « Qu’est-ce que l’amour ou le sexe, comparé à l’intensité de la vie que l’on mène dans le livre qu’on écrit ? »

C’est cette intensité qui m’a aussitôt emporté dans le roman de Patrick Corneau : Ollivia. Ollivia est une esthéticienne un peu défraîchie, lui un universitaire affecté dans une ville bretonne. Il la rencontre par le biais des petites annonces d’un journal local. Rien ne les prédisposait à devenir amants. Ollivia est une âme simple, un peu cabossée, qui ne s’est jamais remise d’avoir une poitrine de fillette impubère, alors que tout son corps était un hymne à la sensualité. Elle n’aimait pas les livres qui lui rappelaient les heures d’ennui scolaire. C’est dire si elle n’était pas son genre. Ces deux-là n’étaient visiblement pas faits pour s’entendre. Plus leurs corps se rapprochaient, plus les discordances s’affirmaient.

A lire aussi: Le lorgnon mélancolique

Patrick Corneau scrute ce couple improbable avec une délicatesse qui au fil des pages devient de plus en plus cruelle. Ce n’est pas seulement un fossé social qui les sépare, mais une incompatibilité liée à leur sexe respectif : l’homme et la femme ne sont pas faits pour aller de concert, sinon pour tromper leur solitude ou dans le rêve d’une « âme sœur » qui hantera leurs nuits et s’évanouira à l’aube. Les seules amours réelles sont les amours mortes (d’ailleurs, Ollivia finira poignardée), celles où sur un quai de gare on peut dire : « De toi, j’oublierai tout, sauf toi » dans une dernière étreinte qui laissera le goût amer des heures qu’on aurait tant voulu éternelles et qui ne le sont jamais. L’espoir renaît parfois, mais la nuit tombe vite. Et avec elle la mort qui nous emporte. Rien n’est plus triste qu’un quai de gare, sinon un salon d’esthéticienne où l’on croit encore possible de réparer l’irréparable.

Ollivia de Patrick Corneau, Éditions Maurice Nadeau.

Trump voit sa légitimité contestée depuis quatre ans!

0
Donald Trump Jr prononce un discours à Atlanta le 6 novembre 2020 © John Bazemore/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22511095_000008

Dans cette crise de la démocratie américaine qui en rappelle d’autres – Brexit au Royaume-Uni, Gilets jaunes en France – Donald Trump ne fait que répliquer à un vaste conglomérat de forces liguées contre la moitié du peuple américain. Le réseau social Twitter et les grandes chaînes de télévision américaines en sont arrivées au stade de censurer le président… L’analyse d’Anne-Sophie Chazaud, auteur de Liberté d’inexpression (L’Artilleur).


Le déroulement rocambolesque de l’élection américaine 2020 doit être considéré comme le symptôme de la situation de la démocratie occidentale dans son ensemble, indépendamment des spécificités constitutionnelles de chaque nation, et il convient d’en tirer d’ores et déjà plusieurs enseignements.

Les “déplorables” bien plus nombreux que prévu

Tout d’abord, et c’est le plus flagrant, l’échec complet des prescripteurs d’opinion, médias mainstream, sphère intellectuelle/universitaire, milieu autorisé et bien-pensant du show-biz, sondeurs aveugles ou mensongers… Car, quel que soit le futur président des États-Unis qui sortira élu de tout ce patafoin, force est de constater l’extraordinaire résilience du vote pro-Trump, que l’on prédisait très largement battu à plates coutures sous l’effet d’une fantasmatique vague bleue qui, pour le moment, s’apparente plutôt à une sorte de trouble clapotis.

Il est difficile de dire si les sondeurs se sont une nouvelle fois complètement trompés, égarés par leurs partis pris idéologiques, ou si cela finit par relever de la tromperie délibérée et de la propagande, les deux n’étant du reste pas incompatibles

Il ne s’agit pas ici de prendre parti, dans une élection qui ne concerne pas directement le citoyen français, entre un personnage douteux, manifestement sénile, idéale poupée de chiffon pour un système voire un État « profond » qui pourra tout à loisir le manipuler et le ventriloquer à sa guise, ou un personnage instable, notoirement inculte, aux pratiques rustres et imprévisibles et à ce titre peu reluisant pour représenter ce que l’on évoque encore comme étant la plus grande démocratie occidentale.

Il convient en revanche de comprendre que le vote en faveur de Donald Trump manifeste la persistance et, en l’occurrence, la résilience de toute une partie du peuple, celui qui est qualifié de « deplorable » par Hillary Clinton, objet de tous les mépris de classe, mépris culturel, mépris social, mépris moral, de la part d’une autre partie du peuple qui se sent, elle, porteuse et investie du Bien, drapée dans ses bons sentiments, empêtrée dans ses sempiternels combats sociétaux, souvent jusqu’à l’absurde et au ridicule intégral, plus intéressée par les grandes idées abstraites que par le sort du petit travailleur américain. Notons d’ailleurs que c’est la républicaine Floride qui a voté le relèvement du salaire minimum pour les travailleurs les plus précaires tandis que la si généreuse et bien-pensante Californie, entre deux séances de yogas ou de méditation fen-shui, refusait de stabiliser la situation des pauvres soutiers de l’ubérisation.

Télés et Twitter censurent et accentuent la crise de la légitimité

En dépit d’un constant bourrage de crâne médiatique, New York Times en tête de gondole, de prises de position hystériques des stars hollywoodiennes amplifiées par la dramatisation psychopathologique et l’instrumentalisation de la crise sanitaire du Covid, en dépit des pressions activistes les plus obsessionnelles et vindicatives, sur fond d’agitation Black Lives Matter et d’hystérisation racialiste… En dépit aussi de l’intervention directe et extrêmement préoccupante des grandes entreprises d’Internet, Twitter en tête, aux fins de censurer et de faire pression directement sur l’opinion publique et sur le processus électoral. Il faut réaliser, tout de même, que cette entreprise s’est permis de censurer sans aucune vergogne et de façon répétée, jusqu’au soir-même des élections, les messages du Président des États-Unis d’Amérique en exercice, légalement et démocratiquement élu, tandis que de nombreuses chaînes de télévision américaines ont tout simplement coupé mercredi soir l’allocution de Donald Trump, s’arrogeant ainsi un droit de censure invraisemblable ainsi qu’un magistère de la vérité en politique très préoccupant, considérant au passage leurs auditeurs comme des pantins aisément manipulables. En dépit de ce traitement politique et social hémiplégique, l’Amérique de Trump est là, elle représente une bonne moitié des électeurs qui se sont par ailleurs mobilisés en masse.

A lire aussi, Didier Maïsto: “Je suis convaincu que l’État profond, cela existe”

Il est difficile de dire si les sondeurs se sont une nouvelle fois complètement trompés, égarés par leurs partis pris idéologiques, ou si cela finit par relever de la tromperie délibérée et de la propagande, les deux n’étant du reste pas incompatibles. Toujours est-il qu’ils n’ont, une nouvelle fois, pas vu l’éléphant républicain au milieu du salon, probablement convaincus que le destin du monde se décidait sur le campus azimuté d’Evergreen ou dans un open-space de Gafa entre deux cours participatifs sur la fabrication de smoothies bio.

Il importe de comprendre que ce phénomène remarquable de cécité est le même qui traverse toutes les démocraties occidentales, dans lequel les élites ayant fait sécession, ne sont plus en capacité de simplement voir le réel et l’analyser autrement que par les anathèmes, la disqualification et le mépris. Ce mécanisme produit un problème de légitimité puisque les sachants et bien-pensants se trouvent alors dans l’incapacité ontologique de reconnaître une véritable légitimité à toute une partie de la population qu’ils estiment être dans l’erreur, inculte, insuffisamment éclairée, haineuse, raciste, indifférente au sort de la mondialisation heureuse et de l’agitation des grandes métropoles qui, comme le disait si bien Bashung, « sont toutes les mêmes devenues ».

Une contre-attaque de Trump légitime

À la négation de cette légitimité ontologique de toute une partie du peuple (ici américain), le Président Trump ne réagit pas de la manière infantile dont on peut le croire et le résumer, tel un enfant mauvais joueur qui refuserait de perdre. Non, il oppose une autre contestation de légitimité. Il se place, ce faisant, sur le terrain des opposants au prétendu « populisme » qui sont en fait ceux qui, délaissant les classes populaires leur ont préféré la lutte des races, le combat de minorités érigées en parangon de la morale contemporaine, chantres du multiculturalisme devenu fou et d’un communautarisme destructeur d’unité nationale, et qui n’ont cessé de contester la légitimité du président élu depuis le premier jour de son élection il y a quatre ans. Cela s’appelle une contre-attaque et c’est parfaitement bien joué, car, si Trump n’est pas un érudit ni un fin lettré, ce que l’on peut en effet regretter si l’on est amoureux de Faulkner, de Fitzgerald, d’Hemingway, si l’on est ému à la Library of Congress ou vibrant à la New York Public Library, le président en exercice n’en demeure pas moins un excellent stratège, ce qui lui a plutôt bien réussi dans les affaires mais aussi, rappelons-le, dans les très nombreuses victoires qu’il a obtenues au plan international pendant toute la durée de son mandat, démontrant une nouvelle fois qu’on ne fait pas forcément de bonne politique avec de bons sentiments.

Il conteste donc, lui aussi, la légitimité de ceux qui refusent d’admettre que 50% du peuple américain existe et soit autre chose que la caricature stupide qui en a été dressée avec la complicité de médias bornés et simplement effrayés de perdre leur monopole idéologique. Par ailleurs, il ne suffit pas de tourner les soupçons de fraude en dérision pour que ceux-ci soient infondés : il conviendrait de regarder de très près comment des milliers de votes par correspondance arrivant d’un seul coup comme par enchantement ne comptent pas un seul bulletin Trump, ou comment des personnes décédées ont pu voter. Le ricanement ne suffira pas.

La “Redneck nation” de Trump et les Gilets jaunes de Macron

Ce malaise dans la démocratie est le même que celui qui s’est manifesté en Europe lorsque le mainstream a été incapable de prévoir, de comprendre puis d’accepter la légitimité du vote « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel européen. Légitimité qui a été tellement contestée du reste qu’elle a été niée et contournée par le félon Traité de Lisbonne, trahison parlementaire dont la démocratie française n’est pas remise. Ce malaise dans la démocratie est le même que celui qui nimbe d’un sentiment d’illégitimité (ce qui ne signifie pas l’illégalité formelle) qui entoure la présidence Macron rendue possible à la faveur du raid médiatico-judiciaire que l’on sait visant le candidat Fillon et appuyé par une presse quasi entièrement ralliée au jeune banquier. Le mouvement des Gilets Jaunes fut l’expression de cette même fracture, qui n’en a pas fini de produire ses effets.

Ce malaise dans la démocratie est le même qui a vu toute une partie des élites boboïsées britanniques simplement incapables d’accepter le vote pourtant clair du peuple souverain en faveur du Brexit.

A lire aussi: Etats-Unis: les facs prestigieuses ne sont pas les plus respectueuses du «free speech» (classement)

Dans tous les cas, la contestation de la légitimité du peuple s’est toujours d’abord opérée contre les classes populaires, réputées incultes, haineuses, égarées, pourvoyeuses ou victimes de fake news. Ce combat obsessionnel des élites et des prescripteurs d’opinion contre les fake news devrait d’ailleurs interpeller : la notion même de fake news a été élaborée en réaction à l’élection de Donald Trump, puis s’est nimbée d’un vernis universitaire et intellectuel sur fond de grandes envolées au sujet de la « post-vérité ». Les entreprises de réseaux sociaux ont bondi sur l’occasion pour justifier la censure au nom de cette lutte contre la désinformation tandis que les gouvernances néo-progressistes, comme la Macronie, s’empressaient d’adopter des dispositifs liberticides en ce sens (loi anti fake news promptement adoptée en France). 

Deux populations face à face

Cette contestation s’est ensuite opérée par tous les moyens possibles : grotesques accusations d’interventions russes (un grand classique du complotisme anticomplotiste), tentatives hystériques et désespérées d’impeachment, agitation de rue encouragée de manière irresponsable et délibérée par le camp du Bien au point que le pays a basculé depuis les outrances du mouvement Black Lives Matter au bord de la guerre civile (mais qu’importe, puisque certains préfèrent sacrifier leur pays plutôt que leur idéologie), etc.

Des manifestants se regroupent devant un fast-food calciné à Minneapolis, le 29 mai 2020. © AP Photo/John Minchillo/CER965/20150198584110//2005290737
Des manifestants se regroupent devant un fast-food calciné à Minneapolis, le 29 mai 2020.
© AP Photo/John Minchillo/CER965/20150198584110//2005290737

Tout ce qui était possible pour délégitimer le pouvoir « populiste » en place a été entrepris, depuis des années, et par tous les moyens. En France, la répression visant le « Gaulois réfractaire » a été inouïe et sans aucune comparaison dans notre histoire récente depuis la guerre d’Algérie.

Nos démocraties voient donc et de manière profonde et durable, deux populations se faire face, sans compter les multiples ferments séparatistes qui les parasitent, et ces deux entités semblent désormais difficilement conciliables, imperméables radicalement à la rhétorique et à l’idéologie de l’autre, ce qui rend l’acceptation du processus électoral de plus en plus malaisée pour ne pas dire impossible. En revanche, accuser les « populistes » (ici Trump), d’avoir attisé les braises lorsqu’on a passé quatre ans à leur contester toute légitimité, y compris par l’action de rue violente, relève du très mauvais scénario si ce n’est de la farce tragique.

Islam radical: et si la solution passait par l’apostasie des musulmans?

0
Ferghane Azihari. Photo: Judd Weiss

Emmanuel Macron parle de “crise de l’islam”. C’est la moindre des choses!


La décapitation de Samuel Paty, par un terroriste islamiste, pour avoir enseigné la liberté d’expression à ses élèves lors d’un cours d’histoire avait horrifié la France. Les assassinats qui se succèdent depuis, en France ou en Europe, menacent au contraire de banaliser la terreur. L’objectif de ces crimes est limpide : perpétuer le projet impérial d’une religion qui veut liquider nos principes civilisationnels.

Faut-il y voir la preuve de la “crise de l’islam” qu’Emmanuel Macron soulignait ? Le constat du chef de l’État avait interpellé les musulmans du monde entier, y compris ceux de bonne foi. Ne doivent-ils pas se rendre à l’évidence ? Comment justifier autrement que la critique de l’islam expose ceux qui s’y adonnent à autant de risques ? Comment expliquer, à l’heure de la société de l’information, que les pays musulmans soient, en matière de libertés civiles, aux antipodes de ce que nous sommes en droit d’attendre des nations civilisées ?

Hypocrisie 

Comme si cela ne suffisait pas, la plupart de ces pays sont plus prompts à s’indigner de la défense de la liberté d’expression par Emmanuel Macron en appelant au boycott des produits français qu’à dénoncer les oppressions commises au nom de leur religion. Autre fait notable, leur agressivité envers de simples caricaturistes contraste avec leur silence assourdissant sur le génocide des Ouïgours que la dictature chinoise est en train de perpétrer. Cette hypocrisie montre que la prétendue liberté de croyance dont se prévalent ces pays n’est qu’un alibi pour justifier la guerre de civilisation qu’ils mènent contre une Europe qui, à l’inverse de l’Empire du Milieu, apparaît comme une proie facile.

Le parallèle entretenu avec le christianisme pour évacuer la particularité de l’islam relève d’une lâcheté dont il convient de se départir 

Parler de “crise de l’islam” est donc la moindre des choses. Encore qu’on peut se demander si ce vocabulaire n’est pas trop indulgent. Il laisse entendre que l’islam n’est pas en soi coupable des crimes dont on l’accuse. Ces crimes ne seraient que le résultat de son “détournement”, pour employer le mot utilisé par Emmanuel Macron lors de son entretien à Al Jazeera. Il suffirait de restaurer l’âge d’or d’un islam qui cultivait jadis le pluralisme pour lutter contre le terrorisme. Cet optimisme inspire le projet d’un islam des Lumières dans lequel tant de gens placent leur espérance. Trois siècles avant nous, un éminent penseur émettait pourtant quelques doutes vis-à-vis de ce récit angélique.

L’avertissement de Montesquieu

Dans l’Esprit des Lois, Montesquieu écrivait que « la religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée ». Les débats sur la nature impériale, politique et juridique de l’islam ne datent pas d’aujourd’hui. Non sans sévérité, le philosophe des Lumières identifiait le despotisme comme un trait consubstantiel à la religion musulmane. 

A lire aussi, Sophie Bachat: Pas de burqa pour les transgenres antifascistes

N’est-ce pas ce que reconnaissent du bout des lèvres les critiques de l’islam radical ? Le dictionnaire de l’Académie française définit en effet la radicalité comme la volonté de retrouver l’essence de quelque chose. On ne peut, en toute cohérence, craindre l’essence d’une doctrine tout en cultivant l’espoir de sa réforme. Les radicaux posent problème dans la mesure où les racines de leurs croyances sont problématiques.  

Le parallèle entretenu avec le christianisme pour évacuer la particularité de l’islam relève d’une lâcheté dont il convient de se départir. Que des crimes abominables aient été commis au nom du christianisme est exact. Mais il est difficile de déduire le massacre de la Saint-Barthélemy du sermon sur la montagne. Si l’on se souvient que l’essence de la doctrine chrétienne réside moins dans les récits bibliques que dans les enseignements du Christ (qui est la seule incarnation du “verbe divin” pour les authentiques chrétiens), nous devons admettre que les sermons d’un Juif qui invite ses semblables à tendre la joue gauche quand on leur frappe la joue droite ne posent pas les mêmes risques sécuritaires auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. On peut même se demander s’ils ne sont pas à l’origine de cette complaisance mortifère qui conduit tant d’intellectuels européens à excuser les attentats islamistes commis sur leur sol pour y voir la conséquence des errements occidentaux.

L’islam est pacifique dans la proportion où il est moins… islamique

Prenons un exemple plus laïque. La vile colonisation a pu être justifiée au nom de l’universalisme républicain. Il serait pourtant ridicule d’attribuer l’impérialisme français à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Les mouvements anti-impérialistes, eux-mêmes, dénonçaient ces conquêtes comme le fruit d’une application étriquée des préceptes de la Révolution française. C’est l’inconsistance des Européens avec leurs principes qui les ont conduits à dominer une partie du monde pendant qu’ils proclamaient la liberté chez eux. C’est d’ailleurs parce qu’ils ne pouvaient méconnaître l’injustice de leurs actes que l’historiographie postcoloniale est si sévère avec cet héritage criminel.

Toutes les idéologies peuvent inspirer des méfaits. Mais alors que certains crimes découlent d’une mauvaise lecture desdites idéologies, d’autres sont le fruit de leur application cohérente. Les attentats islamistes se rangent hélas dans la seconde catégorie. Ils puisent leur inspiration dans un texte incréé ; qui contient le verbatim de Dieu ; proclame que tout homme naît musulman avant de trahir éventuellement sa condition ; commande de tuer tous les mécréants ; et prend pour modèle un prophète qui était aussi un chef politique et militaire ayant commis toutes sortes d’exactions propres à la fonction. Ces traits essentiels expliquent que les contrées islamiques demeurent gouvernées par des institutions despotiques au XXIe siècle. 

Entendons-nous bien. Personne ne dit que tous les musulmans revendiqués sont des terroristes. En France, la majorité d’entre eux sont pacifiques. Nous devons toutefois constater que l’islam est pacifique dans la proportion où il est moins islamique. En France, si la paix demeure dans le cœur de la majorité des musulmans revendiqués, c’est en dépit de leur religion et non grâce à elle.

En kiosque: Causeur #84: La liberté, tu l’aimes ou tu nous quittes!

Beaucoup sont tentés de nier ce constat pour ne pas braquer les musulmans modérés. Lors de son entretien à Al Jazeera, Emmanuel Macron a condamné les appels à la violence en provenance des musulmans au nom même de leur foi : “je n’ai pas compris que l’islam légitimait ou soutenait quelque violence que soit”. Feindre le caractère paisible de l’islam est une stratégie à double tranchant. D’un côté, elle peut rallier les musulmans modérés à une lecture plus libérale de leur religion. De l’autre, elle permet à l’islam de se soustraire aux critiques qui lui sont adressées pour continuer à se diffuser, pour le plus grand bonheur des radicaux convaincus que leur interprétation est destinée à triompher.

Dissidence 

Le caractère bancal de cette stratégie pose la question de savoir si l’apostasie des musulmans n’est pas la meilleure voie pour les acculturer aux sociétés ouvertes. Cette démarche supposerait l’engagement de militants érudits, d’artistes passionnés, de rhéteurs motivés au service de l’ambition suivante : en appeler à la sensibilité de leurs semblables de confession musulmane pour les persuader d’adhérer à des croyances plus paisibles.

D’aucuns soutiendront l’impossibilité de ce scénario. Les relativistes feront valoir que l’homme enraciné est imperméable aux apports de la raison et des civilisations extérieures. Ces propos étaient déjà tenus par les adversaires des Lumières au 18e siècle, à l’instar d’un Gottfried von Herder. La géopolitique infirme ce pessimisme. De la Tunisie à l’Iran, le monde musulman produit lui-même ses dissidents qui attendent d’être soutenus par un Occident qui surmonte ses complexes postcoloniaux, assume ses valeurs, et se tient prêt à mener la guerre froide entre l’universalisme libéral et l’impérialisme islamiste à l’issue de laquelle il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur.

Etats-Unis: les facs prestigieuses ne sont pas les plus respectueuses du « free speech » (classement)

0
© Josh Edelson / AFP

Qui veut étudier aux États-Unis doit prévoir un budget annuel de 50 000 dollars et s’abstenir d’aborder les sujets suivants: avortement, race, contrôle des armes, transgenres, immigration, conflit israélo-palestinien, féminisme.


Pour les contrevenants, FIRE (« Foundation for Individual Rights in Education ») s’occupe de défendre la liberté de parole dans le milieu académique et veille au respect du premier amendement de la Constitution américaine qui n’a jamais été autant étrillé par les Torquemada de la justice sociale. L’organisme vient de publier la plus grande enquête jamais réalisée sur la liberté d’expression dans les universités américaines. 20 000 étudiants interrogés dans 55 campus. Les résultats sont alarmants et en accès libre (sur le site de FIRE, voir « Free speech ranking »).

La liberté d’expression est menacée dans son sanctuaire : l’université. Les établissements prestigieux ne sont pas les plus respectueux du free speech. Parmi les huit universités de l’Ivy League (les plus courues), une seule figure dans les dix premières places (Brown University, neuvième). Harvard se classe piteusement 46e sur 55.

A lire ensuite, Corinne Berger: Fabrique du crétin, mode d’emploi

60% des étudiants confient s’autocensurer pour éviter les ennuis: 72% parmi les étudiants conservateurs, 55% parmi les progressistes, ce qui n’est pas surprenant car, comme dans nos facs, le conformisme est à gauche. Les élèves n’osent pas dire ce qu’ils pensent dans un environnement où ils sont censés apprendre à penser. Comme si, dans une école de natation, il était mal venu de se mouiller. Depuis l’invention du politiquement correct, l’autocensure se porte bien, merci. Quant à la censure, ce n’est plus un gros mot. La liste des conférenciers acceptables ne cesse de se réduire. Certains points de vue doivent être bannis. 30% des sondés pensent que Trump doit être interdit de tribune sur les campus. Et 17% (un sur cinq !) trouvent acceptable le recours à la violence pour faire taire un hérétique. On ne peut réfuter une idée que si ceux qui la défendent ont la possibilité de l’exprimer. Autant dire que les opinions malfaisantes ont de l’avenir.

Ma vie de Bond

0
Sean Connery n'a pas tourné que dans des "James Bond". Ici avec Audrey Hepburn dans "La Rose et la flèche" (1976) de Richard Lester © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage : 51433255_000002

On a dit de Hugo qu’il était « l’homme-siècle ». Il a couvert en tout cas, de vie active, la période 1820-1885 : peut-être vaudrait-il mieux parler d’ « homme-génération », tant les fervents du Romantisme, nés avec lui, se sont éteints en gros à l’automne ou l’hiver de sa vie.

Sean Connery a été l’homme du baby-boom. De 1962 à 2001, il a accompagné tous ceux de ma génération — et moi-même. 

Bien sûr, il appartenait lui-même à la génération précédente. Pour qu’il fût notre idole en ce début des années 1960, quand nous avons quitté les barboteuses et les culottes courtes, il fallait bien cet écart — tout comme les acteurs-fétiches de la génération présente n’étaient pas nés avec le siècle. Sean Connery, né en 1930, a été pour nous ce que fut Cary Grant (né en 1904) pour la génération de nos parents.

Il est d’ailleurs significatif que Fleming, qui n’était pas exactement un perdreau de l’année quand on a pensé à adapter ses romans, ait justement pensé à Cary Grant pour incarner son héros. Mais en 1961, Grant avait déjà 57 ans — un peu tard pour se lancer dans les cascades que supposait le rôle. Et il était probablement trop cher pour la bourse de Broccoli et Saltzman, qui n’avaient encore rien produit de bien marquant. L’ex-Monsieur Muscle Ecosse, qui lui non plus n’avait rien tourné de mémorable, leur convenait tout à fait.

A lire aussi, Thomas Morales: Sean Connery est éternel…

J’avais neuf ans, mes parents m’ont emmené voir Docteur No. Cela faisait un certain temps que le sexe avait pointé son nez entre mes jambes. L’apparition d’Ursula Andress sur une plage dorée, pointant son poignard sur ce grand escogriffe de 007, voilà qui m’enchanta. J’ai immédiatement commencé à lire les romans de Fleming, qui paraissaient l’un après l’autre sous la couverture unique où s’étalait le sourire sarcastique et le Walther PPK de l’agent secret par excellence. Une magnifique opération de communication de la CIA, quand on y pense. Le KGB de l’époque n’a même pas été fichu d’imposer une image concurrente. Nous sommes tous devenus des honorables correspondants du MI5. Ils n’ont pas dû aimer ça, à l’Huma.

Nous ne pensions pas pour autant que les vrais agents secrets ressemblaient à 007. Après tout, nous avons lu John Le Carré, et nous savons bien que dans la réalité des « Services », il y a bien davantage de George Smiley que de James Bond. Mais la réalité n’a rien à voir avec l’usine à rêves qu’était Sean Connery. Et encore, ce diable d’homme a incarné l’un des héros de Le Carré — dans la Maison Russie !

Pourquoi lui — et pas Roger Moore, qui juste avant avait débarqué sur les rares écrans de télévision avec Ivanhoé (nous nous rassemblions entre voyous pour regarder les épisodes chez le seul d’entre nous assez fortuné pour avoir un récepteur) ? Mais Moore était trop propre, trop souriant — trop américain, bien qu’il fût lui aussi britannique. Il lui manquait l’ironie, l’auto-dépréciation de Connery. Et pourquoi un Anglo-saxon ? Nous aurions pu choisir Jean-Claude Drouot, qui à partir de 1963 incarna Thierry-la-Fronde. Mais il faisait trop gamin et de fait, il avait huit ans de moins que Bond. Il nous fallait un modèle de dur, un modèle de chic, un modèle d’homme.

D’autant que par flair ou par peur de s’ennuyer, Sean Connery se diversifia très vite. Après Bons baisers de Russie, où Bond, selon l’expression de Fleming, « faisait le gigolo pour l’Angleterre », ma mère, qui adorait Hitchcock, m’emmena voir — j’avais 11 ans — Pas de printemps pour Marnie — et quelques semaines plus tard, Goldfinger. Ah, sortir de Goldfinger en fredonnant le tube chanté par Shirley Bassey… Voilà qui n’arrivera pas aux générations présentes ! En fait, Connery a rythmé ma vie. J’avais 12 ans, j’étais en 5ème, quand j’ai vu la Colline des hommes perdus — un pur chef-d’œuvre de Sidney Lumet. Cette même année, ce fut Opération Tonnerre. Puis On ne vit que deux fois — et le roman correspondant m’initia aux haïkus de Bashô. En 1968, entre deux manifs, Shalako, d’Edward Dmytryk — dont, fou de westerns comme j’étais, j’avais adoré l’Homme aux colts d’or ou Alvarez Kelly.

Après mon admission à l’ENS, je me suis gavé de cinéma — passant des journées et des nuits à la Cinémathèque de Chaillot, claquant mon salaire de Normalien dans les salles obscures où débarquèrent The Offence, d’une brutalité qui laissait loin derrière celle des sbires des Raymond Marcelin, Zardoz qui nous stupéfia dans le genre nanar, et enfin, en 1975, l’Homme qui voulut être roi, parce que la combinaison de John Huston et de Bond (c’est dur pour un Français d’appeler Connery son idole…) ne pouvait être que mémorable — et elle le fut.

Mais le film qui me marqua le plus, dans ces années 1970, ce fut la Rose et la flèche. Je sortais d’une grande histoire — en fait, je plains ceux qui, à chaque moment de leur vie, ne sont pas en train de sortir d’une grande histoire, étant entendu que les ruptures sont plus fécondes en émotions que les premiers pas, et la romance de Robin Hood et de Marianne, de Bond et d’Audrey Hepburn, me tira des larmes. Comme elle le fit chaque fois que j’ai revu ce film, qui mêle inextricablement souvenirs personnels et haut pouvoir émotionnel. Essayez de rester de marbre aux dix dernières minutes, cœurs de pierre ! C’est beau comme la mort d’Athos dans le Vicomte de Bragelonne.

Nous pensions Bond perdu pour toujours sous les jabots de dentelle de Roger Moore — mais il revint dans Jamais plus jamais pour un dernier Hourra, comme on dit, justement, dans les westerns. J’avais trente ans pour le coup, je pouvais sans peine m’identifier au rude quinquagénaire qui exhibait désormais ses tatouages de marin britannique. Et Kim Basinger, quelle trouvaille ! Il paraît que c’est sa femme qui a conseillé à Connery, producteur sur ce film, d’embaucher la petite blonde flexible. Une belle idée !

Car Bond n’est pas un héros linéaire. Il n’est pas une star, c’est une galaxie. Comme Arthur autrefois emmenait avec lui toute la Table Ronde, Sean Connery trimballe dans son ombre une kyrielle de seconds rôles, masculins : Michael Caine dans l’Homme qui voulut être roi ! Murrray Abraham dans le Nom de la Rose ! Harrison Ford dans Indiana Jones III, ou Kevin Costner dans les Incorruptibles… Sans lui, Christophe Lambert aurait-il persisté à vivre dans la mémoire cinématographique ? Et une autre kyrielle de jolis rôles féminins : Tippi Hedren, Honor Blackman, Brigitte Bardot, Candice Bergen, Michelle Pfeiffer, tant d’autres… Pendant que les petits garçons perpétuels se berçaient d’épopées et de créatures lascives, leurs copines rêvaient à l’homme élu le plus sexy de la planète à 58 ans — forever young, comme disait Terence, avec qui il avait vraiment débuté…

Et bien qu’il fût Bond, il était tous les autres — toutes les histoires que se racontent pour s’endormir les grands petits garçons. Capitaine de sous-marin, roi Richard ou King Arthur, médecin en Amazonie ou en Afrique, évadé d’Alcatraz, spécialiste du Japon, gentleman-cambrioleur ou auteur solitaire et reclus d’un roman unique, type Salinger, il a donné un lustre évident à des films qui parfois ne cassaient pas grand-chose, mais se magnifiaient par sa seule présence.

Il n’y a qu’en politique qu’il n’a jamais varié. Free Scotland ! Ma foi, avec le Brexit, on n’en est plus très loin. Et puis un homme qui va voir la reine Elisabeth nu sous son kilt, comme autrefois Wallace, ne peut être entièrement mauvais.

Mieux : il a su s’éclipser sur la pointe des pieds quand il a jugé qu’il n’avait plus de propositions à sa taille — ou de son âge. Grâce à l’exorbitance de ses années, son monument était achevé, dirait Chateaubriand. Il s’est donc éteint dans son sommeil — j’aurais assez mal pris qu’il mourût d’une maladie longue et invalidante. 

Son épouse a dit que dans les derniers temps, il errait dans son monde. Il nous laisse seuls dans le nôtre. Mais il l’a enchanté si longtemps qu’on lui pardonne volontiers de nous faire défaut aujourd’hui. J’ai failli être triste — mais enfin, il nous reste Clint Eatswood. Après lui, le déluge.

Humour rouennais

0
Image d'illustration Pixabay

Plaisanterie ou apologie du terrorisme?


Rouen est une ville charmante. On y croise la majestueuse place Jeanne d’Arc, là même où notre sainte épique fut mise au bûcher, une rue du gros horloge (Les Rouennais disent « rue du gros ») avec une horloge imposante à en faire frémir Big Ben et d’aimables punks à chiens. Désormais, on y croise des blagueurs à l’humour capable de vous donner un moral d’acier en ces temps moroses. 

Le 31 octobre, Kamel[tooltips content= »Le prénom a été modifié »](1)[/tooltips] s’est présenté chez ses voisins, un couple d’enseignants. Après qu’il leur a tenu la grappe pendant vingt minutes au sujet de Samuel Paty, des caricatures et du prophète Mahomet, il leur a laissé un DVD accompagné d’une lettre. Dans cette dernière, les deux hussards de la République ont pu découvrir sa prose leur enjoignant de « s’inscrire à la sainte mosquée de la Grand mare », faute de quoi le couple subirait « une lente et douce décapitation » ; « comme ça tu auras la Légion d’honneur et un discours à la Sorbonne par ton cher président ». Avant de conclure : « Je suis archi-radicalisé » en signant de son nom.

Placé en garde à vue pour apologie du terrorisme, Kamel a reconnu être l’auteur de la lettre mais a assuré qu’il s’agissait « d’une plaisanterie ». Placé en comparution immédiate, il a persisté : « je suis athée, c’était de l’humour ; je ne pensais pas qu’ils auraient peur ». Sacré Kamel ! Une expertise psychiatrique a conclu à un trouble de la personnalité de notre plaisantin, qui a été condamné à six mois de prison avec sursis et à une amende de… cent euros.

Une blague malsaine d’ado baigné dans les réseaux sociaux ? Kamel a 73 ans.

Source: Frédéric Bernard / actu.fr

“Si le confinement était un essai médicamenteux, on l’arrêterait tout de suite à cause des effets secondaires terribles”

0
À l'assemblée nationale mardi 3 novembre 2020, après le vote d’un amendement du groupe LR ramenant à décembre l’échéance de l’état d’urgence sanitaire, Olivier Véran s'est emporté: «C’est ça, la réalité de nos hôpitaux ; si vous ne voulez pas l’entendre, sortez d’ici!» © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP.

Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy publient Quand la psychose fait dérailler le monde (Gallimard, Tract).


Anciens élèves de l’ENS, Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy sont normaliens et géopolitologues. Grand reporter international, Renaud Girard est le chroniqueur de politique étrangère du Figaro. Pendant plus de trente ans, il a couvert sur le terrain la majorité des conflits et des crises de la planète. Jean-Loup Bonnamy est professeur agrégé de philosophie.

Causeur. Votre essai fustige l’émotion désordonnée à la suite de l’épidémie de coronavirus venue de Chine. Nous voici reconfinés. Faisons-nous toujours fausse route, selon vous ?

Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy. Oui, plus que jamais. Et ce pour au moins deux raisons.

La première raison est la faible efficacité sanitaire du confinement pour lutter contre le Covid-19 et sauver des vies. L’Argentine est confinée depuis le printemps et le nombre de morts du Covid y augmente encore. Au contraire, Taïwan (21 millions d’habitants) n’a pas confiné et n’a eu que sept morts ! Vouloir arrêter une épidémie avec le confinement, c’est comme vouloir arrêter la mer avec ses bras. Le virus est une création de la nature. Si l’épidémie s’est arrêtée partout en Europe en mai (y compris en Suède, pays qui n’a pas confiné), c’est en grande partie pour des raisons naturelles. Si elle reprend aujourd’hui (sauf en Suède pour le moment), ce n’est pas à cause d’un «relâchement» des Français ni d’un déconfinement trop rapide ni d’une perte de contrôle, mais pour des raisons naturelles. C’est un fait bien connu que dans les régions tempérées comme l’Europe (ce n’est pas le cas dans les autres types de climats), les virus respiratoires sont plus contagieux et plus violents à la saison hivernale. C’est d’ailleurs cette saisonnalité des virus respiratoires qui nous a permis d’annoncer dans notre livre (avec raison, hélas) la survenue d’une deuxième vague et la saturation pour l’automne de notre système hospitalier. Et c’est pour cette même raison que nous ne croyons pas au confinement. 

A lire aussi: Causeur: la France face à l’offensive islamiste

La deuxième raison de notre critique du confinement est bien sûr économique et sociale. Le premier confinement a déjà jeté un million de Français en plus dans la pauvreté. Les bénéficiaires de l’aide alimentaire ont augmenté de 30%. Si le confinement était un essai médicamenteux, on l’arrêterait tout de suite à cause des effets secondaires terribles ! Il ne s’agit pas d’opposer économie et santé, car les crises économiques dégradent notre santé et tuent aussi.

Les médias jouent un rôle extrêmement pervers dans toute cette affaire

Surtout, le confinement et ses effets économiques menacent notre système hospitalier. En effet, c’est l’activité économique qui, grâce à des impôts et à des charges, finance notre système hospitalier. Si on contracte l’activité, il y aura moins de rentrées fiscales et donc moins d’hôpitaux, moins de lits, moins de respirateurs avec des soignants moins nombreux et moins bien payés. Pour sauver notre système hospitalier, il faut déconfiner au plus vite ! 

Le président Macron, qualifié de « président des riches » depuis son élection, décide pourtant de faire passer la santé des Français avant l’économie. Pourquoi ?

Le président de la République n’a aucune envie de se retrouver avec 400 000 morts du Covid, comme le lui prédisent certaines modélisations mathématiques. Or, nous savons aujourd’hui que ces modèles sont absurdes. En mars, les mêmes modèles prédisaient 70 000 morts à la Suède si elle ne confinait pas. Elle n’a pas confiné et n’en a eu que 5 900. En nombre de morts par habitant, c’est à peine plus que la France et c’est nettement moins que des pays qui ont lourdement confiné comme l’Espagne, l’Italie, la Belgique ou le Royaume-Uni. Mais victime du désastreux « principe » de précaution, le président préfère ne pas prendre le moins risque. 

En outre, il est confronté à un autre risque – bien réel celui-là : la saturation des hôpitaux. Or, nous ne pensons pas que le confinement réglera ce grave problème de saturation hospitalière. Pour le régler, il n’y a que deux choses à faire. D’une part, augmenter en urgence les capacités hospitalières. Il faut mobiliser l’armée, les cliniques privées, les médecins et infirmiers libéraux, recruter des femmes de ménage (pour décharger les soignants de toutes les tâches non-médicales, comme par exemple refaire les lits). Comme le propose le Docteur Kierzek, on pourrait aussi organiser les services différemment : plutôt que de mettre dans une même équipe cinq médecins-réanimateurs, éclatons le service en séparant les spécialistes et en plaçant autour d’eux des internes ou des infirmiers non-spécialisés, mais coachés par le réanimateur. On multiplierait ainsi d’autant le nombre d’équipes de réanimation. D’autre part, il faut appliquer le tryptique tester – isoler – traiter. Les personnes à risque doivent être dépistées deux fois par semaine, avec des tests antigéniques (plus rapides et moins chers que les PCR). Il faut prendre en charge les malades le plus tôt possible, en leur donnant de l’oxygène, et si besoin des corticoïdes et des anticoagulants. Cela permet de faire s’effondrer le taux de décès et de passage en réanimation. Et ça peut se faire à domicile ou à l’hôpital, avec un personnel qui n’a pas besoin d’être très formé. Avec un telle méthode, on éviterait le confinement, on sauverait l’économie et surtout on aurait bien moins de morts du Covid !

Vous mettez en garde les Français contre un danger moral. Vous estimez que nous avons été saisis par la « froide déesse » de la peur et vous voyez carrément dans le confinement une nouvelle « barbarie ». Quel rôle pervers les médias jouent-ils dans ce phénomène ?

Les médias jouent un rôle extrêmement pervers dans toute cette affaire. Chaque soir, ils nous donnent le nombre du mort du Covid (même à l’été, quand ce chiffre était fort bas). Pourquoi ne font-ils pas la même chose avec le cancer, les suicides, les accidents de la route ? Chaque année neuf millions de personnes meurent du cancer dans le monde. C’est neuf fois plus que le Covid. Neuf millions de personnes meurent aussi de faim chaque année. Cela veut dire qu’il suffit de 40 jours pour que la faim fasse autant de morts que le Covid depuis son apparition.

A lire aussi: Reconfinement: pas en mon nom!

Il en va de même à propos de l’âge des victimes. Les médias nous parlent des jeunes qui meurent du Covid. Or, ils oublient de nous dire que la moyenne d’âge des morts français du Covid est de 81 ans et que sur 36 000 morts du Covid en France, seuls 28 avaient moins de 30 ans. 28 sur 36 000 ! Et sur ces 28 malheureux jeunes, presque tous avaient d’autres maladies très graves qui furent à l’origine de leur mort. Par exemple, les médias nous ont parlé de la mort d’un adolescent guyanais de 14 ans, positif au Covid. Certes, il avait le Covid, mais il avait surtout la fièvre jaune, une maladie tropicale très grave avec un taux de mortalité de 30% et qui fut en fait la vraie raison de sa mort.  

Que nous soyons des barbares 2.0 ou pas, 2020 apparait comme une année particulièrement éprouvante. Le séparatisme islamiste nous menace, le Covid met en pause nos libertés les plus fondamentales. Comment en sommes-nous arrivés là et si vite ? Est-ce une accélération de l’histoire ? 2020 est-elle une année troublée et rien de plus, ou une année charnière dans l’histoire, selon vous ?

2020 donne l’impression d’une accélération mais n’est que l’explosion d’une masse de problèmes non-réglés et accumulés durant les décennies précédentes.

2020 est surtout un révélateur : c’est l’année du retour au réel. Un certain nombre d’analyses auparavant minoritaires (sur le délabrement de notre système hospitalier, la catastrophe de la mondialisation, la nécessité de réindustrialiser la France ou le terrorisme…) sont en train de devenir majoritaires, voire consensuelles, tant la réalité les confirme de manière spectaculaire et évidente en 2020. 

Curtis: innocent molosse ou chien devenu fou?

0
Image d'illustration Unsplash

Elisa Pilarski est bien morte à cause des crocs du chien d’attaque de son compagnon. Selon le parquet de l’Aisne, des tests ADN ont confirmé l’innocence des chiens de chasse à courre. Alors que des imbéciles prennent la défense du chien tueur, rappelons que ce dernier avait été acquis illégalement et «dressé au mordant»…


Cela vous viendrait-il à l’idée d’élever un lion d’Afrique et de l’entraîner au combat pour en faire votre animal de compagnie ? 

Pour la plupart d’entre nous, qui ne sommes pas des professionnels du dressage des félins et ne souffrons pas de troubles psychiatriques, la réponse tombera sous le sens : non. Pourtant, des milliers de Français font le choix de posséder des chiens dangereux de type molossoïde, parfois croisés et interdits à la reproduction, dans des maisons de famille avec des enfants en bas âge. Plus incroyable encore, des milliers de Français sont aussi persuadés que ces chiens sont inoffensifs sinon moins dangereux pour l’homme qu’un chihuahua nain. Voyage dans la France de Curtis, chez les fous de molosses.

Les chiens de chasse un temps soupçonnés

Très fréquentée, la page Facebook « de soutien du Comité de défense des droits de Curtis », du nom du chien que possédait Elisa Pilarski, dévorée en forêt de Retz dans l’Aisne, s’active depuis le début de cette sombre affaire pour protéger le molosse des foudres vengeresses de la justice des hommes par nature corrompus. Dévoilés mardi 3 novembre, les tests ADN effectués pour éclaircir le mystère Pilarski ont incriminé le chien d’attaque Curtis, qui était la propriété du compagnon de la jeune femme, et innocenté les 60 chiens d’une meute de chasse à courre un temps soupçonnés.

A lire aussi: Pas de burqa pour les transgenres antifascistes

L’ADN d’Elisa Pilarski aurait ainsi été identifié sur la mâchoire, l’œil droit et le harnais du chien Curtis. Maître d’équipage du rallye La Passion, Sébastien Van den Berghe a réagi dans les colonnes du Figaro, témoignant de son soulagement après des mois de bataille médiatique contre de prétendus défenseurs des animaux : « Même si cette preuve d’innocence ne réparera pas les torts qui nous ont été causés par les tombereaux de fausses accusations et de menaces que nous avons dû endurer depuis près d’un an, c’est néanmoins une grande satisfaction qui nous aidera à surmonter notre peine et notre colère ». 

Complotisme

Il est légitime de penser que l’affaire doit s’arrêter là, que trop d’énergie et de temps ont été inutilement gaspillés par les partisans de l’american pitbull terrier de son maître Christophe Ellul, dont on peut imaginer qu’il se sent coupable en son for intérieur de la disparition de madame Pilarski. Que nenni, les pages Facebook et les supporters ne désarment pas, désormais convaincus… de l’existence d’un complot fomenté par le lobby de la chasse et la gendarmerie ! On trouvera par exemple ce commentaire d’une certaine Brigitte sous une vidéo du chien se promenant en forêt diffusée le 3 novembre, accompagné d’emojis montrant un personnage en train de vomir et un autre en colère : « Depuis le début ils l’ont condamné ! Trop longue cette enquête, je n’ai jamais vu cela même pas, dans les films d’horreur. Aucune pitié pour la famille et son mari. Je ne peux y croire ». Ou encore, par une Béatrice ce très éloquent : « De tout cœur avec vous et Curtis. Quand on voit cette vidéo on comprend à quel point il était attaché à sa maîtresse. »

D’autres commentateurs versent carrément dans le complotisme le plus pur, à l’image de Margaret : « Oui, fallait s’en douter Curtis est le coupable idéal la haute société ne va pas incriminer les chiens de la chasse à courre, quand on a de l’argent on achète tout, je soutiens toujours autant Curtis et que le mari d’Elisa continue de se battre pour Curtis, pour le ramener chez lui. Ca fait combien de temps qu’il souffre il doit se demander ce qu’il lui arrive, rendez Curtis a son maître les conclusions qui ont été rendues je n’y crois pas et je ne suis pas la seule, et une pensée pour Elisa et son petit ange tout là-haut ». Le test Curtis remplacera-t-il à l’avenir le test de QI ? Sous prétexte que des chiens seraient beaux, parfois mignons, ne pourraient-ils pas tuer ?

Un chien obsédé par l’idée de mordre

Les premiers experts judiciaires vétérinaires mis sur l’affaire avaient pourtant déjà constaté que Curtis était « obsédé par l’idée de mordre » et que les morsures constatées sur le corps de madame Pilarski correspondaient à celles d’un molosse. Dans son rapport, le procureur a précisé que le type de dressage proposé au chien acquis illégalement, pouvait « relever d’actes de maltraitance animale» et était un « mode de dressage de nature à abolir toute capacité de contrôle ou de discernement et conduit à un comportement sans discrimination concernant l’objet ou la personne mordue. »

Les chiens ont des instincts prédateurs, même les plus petits. Quand ils sont physiquement aussi impressionnants que Curtis, ils peuvent facilement tuer un homme adulte. La dernière enquête publiée par l’Institut de veille sanitaire relative aux morsures de chiens date de 2011, portant sur les études des services d’urgences de huit hôpitaux entre le 1er mai 2009 et le 30 juin 2010. Chaque année, des blessures par morsures de chiens occasionnent des milliers de recours aux urgences et des hospitalisations. L’enquête montrait aussi que dans 86% des cas graves, le chien était connu de la victime. Quant aux morsures par chiens d’attaque (qu’ils soient sans origine ou regroupé au livre des origines français communément connu sous l’acronyme LOF), elles étaient au nombre de 18 pour 14 cas concernant des victimes connues du chien.

A lire ensuite: Remigration, une chance pour la France?

Moins nombreux que leurs congénères de races plus communes, de grande taille comme les labradors ou de petite taille comme les Jack Russel qui sont à l’origine de nombreuses morsures, les chiens de catégorie sont des armes vivantes. On ne peut jamais totalement prédire le comportement d’un animal, encore moins d’un animal entrainé à mordre et à défendre. Il faut d’ailleurs savoir que les chiens de première catégorie, c’est-à-dire issus de croisements non-inscrits au LOF, comme les pitbulls, amstaffs et boerbulls sont frappés d’un grand nombre d’interdits légaux. Ils ne peuvent théoriquement pas accéder aux transports en commun, aux lieux publics ou dans les locaux ouverts au public. Sur la voie publique et dans les parties communes des immeubles collectifs, ils doivent être muselés et tenus en laisse par une personne majeure. Ils sont aussi interdits à l’achat, à la vente, à l’importation et à l’exportation sur le territoire français. Leurs maîtres doivent en outre avoir en leur possession un permis de détention et une assurance responsabilité civile, conditionnés à une évaluation comportementale menée par un vétérinaire après stérilisation du fauve !

On ne possède pas un tel molosse par hasard

Ces mesures ne sont pas prises pour embêter les amoureux des chiens qui s’agitent sur Facebook mais pour protéger la société de monstres extrêmement dangereux. La France Curtis est aveuglée par son sentimentalisme, ces chiens n’étant jamais possédés par hasard. Les gens qui tiennent absolument à avoir chez eux des chiens hors catégorie sont souvent des criminels de cité ou des personnes fascinées par la violence de ces animaux… qu’ils entrainent à mordre alors que c’est formellement interdit. Même les professionnels n’en ont pas besoin, malinois et bergers allemands faisant très bien l’affaire pour les missions de protection et de sécurité. Cette ridicule campagne en faveur de Curtis doit cesser. Elle est indigne.