Elisa Pilarski est bien morte à cause des crocs du chien d’attaque de son compagnon. Selon le parquet de l’Aisne, des tests ADN ont confirmé l’innocence des chiens de chasse à courre. Alors que des imbéciles prennent la défense du chien tueur, rappelons que ce dernier avait été acquis illégalement et «dressé au mordant»…


Cela vous viendrait-il à l’idée d’élever un lion d’Afrique et de l’entraîner au combat pour en faire votre animal de compagnie ? 

Pour la plupart d’entre nous, qui ne sommes pas des professionnels du dressage des félins et ne souffrons pas de troubles psychiatriques, la réponse tombera sous le sens : non. Pourtant, des milliers de Français font le choix de posséder des chiens dangereux de type molossoïde, parfois croisés et interdits à la reproduction, dans des maisons de famille avec des enfants en bas âge. Plus incroyable encore, des milliers de Français sont aussi persuadés que ces chiens sont inoffensifs sinon moins dangereux pour l’homme qu’un chihuahua nain. Voyage dans la France de Curtis, chez les fous de molosses.

Les chiens de chasse un temps soupçonnés

Très fréquentée, la page Facebook « de soutien du Comité de défense des droits de Curtis », du nom du chien que possédait Elisa Pilarski, dévorée en forêt de Retz dans l’Aisne, s’active depuis le début de cette sombre affaire pour protéger le molosse des foudres vengeresses de la justice des hommes par nature corrompus. Dévoilés mardi 3 novembre, les tests ADN effectués pour éclaircir le mystère Pilarski ont incriminé le chien d’attaque Curtis, qui était la propriété du compagnon de la jeune femme, et innocenté les 60 chiens d’une meute de chasse à courre un temps soupçonnés.

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L’ADN d’Elisa Pilarski aurait ainsi été identifié sur la mâchoire, l’œil droit et le harnais du chien Curtis. Maître d’équipage du rallye La Passion, Sébastien Van den Berghe a réagi dans les colonnes du Figaro, témoignant de son soulagement après des mois de bataille médiatique contre de prétendus défenseurs des animaux : « Même si cette preuve d’innocence ne réparera pas les torts qui nous ont été causés par les tombereaux de fausses accusations et de menaces que nous avons dû endurer depuis près d’un an, c’est néanmoins une grande satisfaction qui nous aidera à surmonter notre peine et notre colère ». 

Complotisme

Il est légitime de penser que l’affaire doit s’arrêter là, que trop d’énergie et de temps ont été inutilement gaspillés par les partisans de l’american pitbull terrier de son maître Christophe Ellul, dont on peut imaginer qu’il se sent coupable en son for intérieur de la disparition de madame Pilarski. Que nenni, les pages Facebook et les supporters ne désarment pas, désormais convaincus… de l’existence d’un complot fomenté par le lobby de la chasse et la gendarmerie ! On trouvera par exemple ce commentaire d’une certaine Brigitte sous une vidéo du chien se promenant en forêt diffusée le 3 novembre, accompagné d’emojis montrant un personnage en train de vomir et un autre en colère : « Depuis le début ils l’ont condamné ! Trop longue cette enquête, je n’ai jamais vu cela même pas, dans les films d’horreur. Aucune pitié pour la famille et son mari. Je ne peux y croire ». Ou encore, par une Béatrice ce très éloquent : « De tout cœur avec vous et Curtis. Quand on voit cette vidéo on comprend à quel point il était attaché à sa maîtresse. »

D’autres commentateurs versent carrément dans le complotisme le plus pur, à l’image de Margaret : « Oui, fallait s’en douter Curtis est le coupable idéal la haute société ne va pas incriminer les chiens de la chasse à courre, quand on a de l’argent on achète tout, je soutiens toujours autant Curtis et que le mari d’Elisa continue de se battre pour Curtis, pour le ramener chez lui. Ca fait combien de temps qu’il souffre il doit se demander ce qu’il lui arrive, rendez Curtis a son maître les conclusions qui ont été rendues je n’y crois pas et je ne suis pas la seule, et une pensée pour Elisa et son petit ange tout là-haut ». Le test Curtis remplacera-t-il à l’avenir le test de QI ? Sous prétexte que des chiens seraient beaux, parfois mignons, ne pourraient-ils pas tuer ?

Un chien obsédé par l’idée de mordre

Les premiers experts judiciaires vétérinaires mis sur l’affaire avaient pourtant déjà constaté que Curtis était « obsédé par l’idée de mordre » et que les morsures constatées sur le corps de madame Pilarski correspondaient à celles d’un molosse. Dans son rapport, le procureur a précisé que le type de dressage proposé au chien acquis illégalement, pouvait « relever d’actes de maltraitance animale» et était un « mode de dressage de nature à abolir toute capacité de contrôle ou de discernement et conduit à un comportement sans discrimination concernant l’objet ou la personne mordue. »

Les chiens ont des instincts prédateurs, même les plus petits. Quand ils sont physiquement aussi impressionnants que Curtis, ils peuvent facilement tuer un homme adulte. La dernière enquête publiée par l’Institut de veille sanitaire relative aux morsures de chiens date de 2011, portant sur les études des services d’urgences de huit hôpitaux entre le 1er mai 2009 et le 30 juin 2010. Chaque année, des blessures par morsures de chiens occasionnent des milliers de recours aux urgences et des hospitalisations. L’enquête montrait aussi que dans 86% des cas graves, le chien était connu de la victime. Quant aux morsures par chiens d’attaque (qu’ils soient sans origine ou regroupé au livre des origines français communément connu sous l’acronyme LOF), elles étaient au nombre de 18 pour 14 cas concernant des victimes connues du chien.

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Moins nombreux que leurs congénères de races plus communes, de grande taille comme les labradors ou de petite taille comme les Jack Russel qui sont à l’origine de nombreuses morsures, les chiens de catégorie sont des armes vivantes. On ne peut jamais totalement prédire le comportement d’un animal, encore moins d’un animal entrainé à mordre et à défendre. Il faut d’ailleurs savoir que les chiens de première catégorie, c’est-à-dire issus de croisements non-inscrits au LOF, comme les pitbulls, amstaffs et boerbulls sont frappés d’un grand nombre d’interdits légaux. Ils ne peuvent théoriquement pas accéder aux transports en commun, aux lieux publics ou dans les locaux ouverts au public. Sur la voie publique et dans les parties communes des immeubles collectifs, ils doivent être muselés et tenus en laisse par une personne majeure. Ils sont aussi interdits à l’achat, à la vente, à l’importation et à l’exportation sur le territoire français. Leurs maîtres doivent en outre avoir en leur possession un permis de détention et une assurance responsabilité civile, conditionnés à une évaluation comportementale menée par un vétérinaire après stérilisation du fauve !

On ne possède pas un tel molosse par hasard

Ces mesures ne sont pas prises pour embêter les amoureux des chiens qui s’agitent sur Facebook mais pour protéger la société de monstres extrêmement dangereux. La France Curtis est aveuglée par son sentimentalisme, ces chiens n’étant jamais possédés par hasard. Les gens qui tiennent absolument à avoir chez eux des chiens hors catégorie sont souvent des criminels de cité ou des personnes fascinées par la violence de ces animaux… qu’ils entrainent à mordre alors que c’est formellement interdit. Même les professionnels n’en ont pas besoin, malinois et bergers allemands faisant très bien l’affaire pour les missions de protection et de sécurité. Cette ridicule campagne en faveur de Curtis doit cesser. Elle est indigne.

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Gabriel Robin
Gabriel Robin est journaliste rédacteur en chef des pages société de L'Incorrect et essayiste ("Le Non Du Peuple", éditions du Cerf 2019). Il a été collaborateur politique
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