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Sur Olivier Duhamel, “le Parisien” verse dans le journalisme de caniveau

Sur Olivier Duhamel, “le Parisien” verse dans le journalisme de caniveau
© Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22528567_000001

Dimanche, le Parisien a publié une « une » proprement dégueulasse et je pèse mes mots


En gros titre, on pouvait lire: « Inceste. Duhamel, l’homme cloîtré ». En photo, on voit le politologue, enfin on suppose que c’est lui car il est masqué et coiffé d’une casquette. La légende nous apprend qu’il s’agit d’ « Olivier Duhamel sortant son chien rue de Bièvre à Paris, où il est domicilié. »

duhamel-le-parisienL’information, c’est que Duhamel possède un chien (qu’on ne voit pas mais on croit le Parisien sur parole) et que ce chien a des besoins naturels.

L’article est à l’avenant: Duhamel vit reclus. En marchant, il jette parfois un coup d’œil à droite, à gauche, derrière lui. Hier, une dame est venue chercher le chien pour le ramener à 17 heures. Avant il mangeait dans tel restau italien. Bref, une avalanche de scoops! En somme, les deux limiers du Parisien espionnent le politologue déchu et ils s’en vantent. Ils harcèlent les voisins, laissant entendre que Duhamel bénéficie d’une omerta, comme si la délation était un devoir (et qu’auraient-ils à dénoncer) ? C’est du grand journalisme d’investigation. Dans les poubelles.

Appétit de guillotine

Ce n’est pas seulement dénué de tout intérêt. Cette « une » est un véritable appel au lynchage. Sachant que la rue de Bièvre fait 150 mètres de long, autant placarder des affiches barrées de la mention Wanted ou la photo de Duhamel surmontée d’une cible. Que veulent-ils, qu’on lui crache dessus dans la rue comme c’est arrivé à Cahuzac ? Qu’un croisé de l’enfance maltraitée fasse justice lui-même ?

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On sent entre les lignes un appétit de guillotine, une excitation à la vue du sang. Les deux scribouillards glosent sur ce quartier peuplé de figures de la mitterrandie – sans doute y a-t-il derrière ces façades bourgeoises un complot de satanistes pédophiles. Voir un puissant à terre, quoi de plus excitant ?

On me dira que le Parisien n’est pas le seul à pratiquer ce journalisme de caniveau. Mais à ce point de cynisme, c’est rare. Certes, Paris Match était allé traquer Matzneff dans son hôtel italien, ce qui n’était vraiment pas glorieux. Au moins n’avaient-ils pas donné le nom de la ville où s’était réfugié l’écrivain.

Avec Duhamel, tout est permis

L’excellent Jean-Baptiste Roques, rédacteur en chef de Front Populaire, me souffle que, depuis l’enlèvement du petit-fils Peugeot en 1960, dont les ravisseurs avaient découvert l’adresse dans les journaux, il existe dans les médias une sorte de gentleman’s agreement : on ne divulgue pas les adresses. D’ailleurs, quand des internautes malveillants diffusent celle d’une journaliste, toute la profession hurle. Et on suppose que Bernard Arnault, propriétaire du Parisien, n’apprécierait guerre qu’on dévoile la sienne. Mais avec Duhamel, tout est permis. Il n’a plus de vie privée, plus de droits, même pas celui de sortir de chez lui. On a plus de compassion pour un assassin. Alors, un coup de chapeau à l’avocat Jean Veil grâce à qui l’article contient quatre lignes d’humanité : « Je n’excuse pas Olivier. Ce qu’il a fait est grave et condamnable. Mais il reste mon ami ». Un peu d’honneur ne nuit pas.


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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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