Liberté de la presse versus propagande d’État? Le véritable état de guerre froide qui existe entre le Parti communiste chinois et certains gouvernements occidentaux s’exprime aujourd’hui à travers une guerre des ondes entre Londres et Pékin. Récit.
Le 4 février, la chaîne de télévision chinoise CGTN (China Global Television Network) a perdu son autorisation de diffusion au Royaume-Uni. Pour quel motif ? Parce que cette chaîne serait « contrôlée par le Parti communiste chinois. » Dans un communiqué, l’Ofcom, l’équivalent britannique du CSA, a expliqué que le droit d’émettre avait été accordé à la société Star China Media Limited, mais que cette entité n’exerçait pas de responsabilité éditoriale sur le contenu diffusé par CGTN. Or, selon les règles de l’Ofcom, le détenteur d’une autorisation doit être responsable des politiques éditoriales d’une chaîne et décider au jour le jour du contenu de ses programmes. En réalité, cette responsabilité serait exercée par une autre entité, la China Global Television Network Corporation, qui elle-même serait entièrement sous le contrôle du Parti communiste chinois. Selon le droit britannique de la radiodiffusion, un média de ce type ne peut pas être contrôlé par un parti politique.
L’Ofcom aurait accordé à CGTN un délai important pour lui permettre de régulariser sa situation, mais la chaîne n’en aurait pas profité.
Représailles immédiates
Comme on pouvait s’y attendre, la Chine a immédiatement promis des représailles. Une semaine plus tard, BBC World News était interdite d’émettre sur le territoire chinois. La chaîne y était accessible jusqu’alors presque exclusivement dans les hôtels internationaux.
L’Administration nationale de la radio et de la télévision, organe de l’état chinois, a motivé sa décision en prétendant que la chaîne d’État britannique avaient enfreint ses règles qui stipulent que tout reportage doit être « factuel et juste » et « non préjudiciable aux intérêts nationaux de la Chine. » Le gouvernement communiste s’était déjà plaint de la manière dont la BBC avait couvert les manifestations pour la démocratie à Hong Kong, la gestion chinoise de la pandémie et la persécution de la minorité ouïgoure. De façon symétrique, l’Ofcom britannique s’était plaint de la couverture de ces mêmes événements à Hong Kong par CGTN.
Dominic Raab, le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères britannique, a qualifié la décision chinoise d’« atteinte inacceptable à la liberté de la presse. » Son homologue américain a également condamné la Chine, y voyant une campagne plus générale contre la liberté de la presse. Cette partie de ping-pong perpétuelle entre Pékin, Londres et Washington, montre l’importance centrale du contrôle de l’information.
Le 6 mars se tiendront en Côte d’Ivoire des élections législatives éclairantes à plus d’un titre.
Au lendemain de la réélection d’Alassane Ouattara, elles devraient renseigner sur l’état de la démocratie dans le pays, mais aussi sur celui d’une opposition qu’il fallait bien, jusqu’à récemment, qualifier de fantoche, puisqu’elle avait décidé de boycotter la présidentielle d’octobre. Si cette dernière devrait cette fois défendre ses chances, elle pèche toujours par son caractère morcelé, mais aussi et surtout par l’outrance de ses reproches à l’égard du pouvoir en place, reproches lui tenant bien souvent lieu de seul programme politique. La Côte d’Ivoire ne mérite-t-elle pas mieux?
Le fait n’est pas nouveau : l’opposition ivoirienne, quand elle cherche à peser dans le débat démocratique, le fait essentiellement en tirant à boulets rouges sur l’administration Ouattara. Directement ou via ses émissaires. L’opposition s’oppose, et alors ? Difficile de le lui reprocher. La particularité des adversaires du RHDP, le parti présidentiel, est cependant qu’ils ne font que cela, s’opposer, ayant renoncé à se montrer constructifs, ne proposant rien ou presque.
Presque, car lorsqu’il s’agit de brosser un tableau crépusculaire de la Côte d’Ivoire, reconnaissons aux contempteurs de Ouattara un certain talent d’imagination. Ainsi, dans un papier publié le 19 février sur le site de Causeur, le journaliste franco-camerounais Charles Onana, auteur par le passé d’ouvrages pro-Gbagbo, affirme que le pays émerge de 20 ans « de chaos politique et de guerre civile sanglante ». Ah bon ? Depuis le départ de Laurent Gbagbo et l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, en 2011, le pays flirte pourtant avec une croissance à deux chiffres, se classe régulièrement parmi les meilleures progressions du classement Doing business de la Banque mondiale, attirant les investissements étrangers à tours de bras. Pas vraiment la marque d’un pays « à feu et à sang »…
L’économie ivoirienne à l’avenant
L’honnêteté intellectuelle exige que l’on reconnaisse le rôle d’Alassane Ouattara dans les progrès économiques réalisés par la Côte d’Ivoire. Son bilan est en effet l’un des plus solides de l’histoire du pays, à tel point que la dernière décennie est souvent qualifiée de « second miracle ivoirien » par les observateurs. Alors qu’en 2011, l’économie s’était contractée de 4,8 % avec les soubresauts de la crise socio-politique, la croissance a repris de plus belle et a affiché sur les dernières années l’un des plus forts niveaux au monde. Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), le PIB a progressé en moyenne de 8 % entre 2011 et 2018.
Aujourd’hui, le pays est l’un des plus dynamiques de l’Afrique de l’Ouest et pèse pour près de 40% du PIB de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA). Il est vrai que l’embellie économique ne profite pas encore à toutes les couches de la population, notamment dans les zones rurales. Mais on ne peut pas balayer d’un revers de la main les efforts de l’exécutif pour rendre la croissance plus inclusive. En 2013, le salaire minimum a ainsi été augmenté de 60%, passant de 36 000 Francs CFA à 60 000, alors qu’il n’avait pas été revalorisé depuis 18 ans.
Président surtout par « devoir citoyen »
Si les adversaires politiques avancent que la conservation du poste de chef d’État est la seule ambition d’Alassane Ouattara, il faut rappeler qu’à 79 ans, l’homme n’a plus rien à prouver, ne cherchant qu’à maintenir ses acquis. C’est d’ailleurs ce que la nomination du défunt Premier ministre Amadou Gon Coulibaly comme candidat initial du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie etla Paix (RHDP) à l’élection présidentielle du 31 octobre devait lui permettre de faire. Avec celui qu’il surnommait son fils, Ouattara avait trouvé un remplaçant idéal. Le décès brutal de celui-ci le 8 juillet, à quelques mois de l’élection, ne lui a pas laissé d’autre choix que de se présenter pour continuer de faire vivre son projet politique.
Même si la campagne électorale s’est déroulée sur fond de fortes tensions, le chaos que prédisaient certains n’a pas eu lieu. Le pays a connu des troubles qui se sont soldés par la mort de plus de 80 personnes, mais ils sont largement dus à l’opposition, justement, qui au lieu de défendre ses chances dans les urnes a préféré, par la voix de son leader Henri Konan Bédié, en appeler à la « désobéissance civile ». Toujours est-il qu’après avoir boycotté les élections législatives de décembre 2011 et de décembre 2016 ainsi que la dernière présidentielle, l’opposition semble déterminée à prendre sa place dans cette nouvelle joute électorale.
Qui a peur de l’opposition ivoirienne?
Pour renouveler les 255 membres de l’Assemblée nationale du pays, les calculs politiques vont bon train. S’il est déjà acquis que l’opposition participera à ce scrutin, les interrogations demeurent sur sa tangibilité, tant elle semble davantage affairée à se tirer dans les pattes qu’à proposer à ses militants la cohésion et le programme politique qu’ils sont en droit d’attendre.
Ainsi, l’incapacité de l’opposition à présenter des listes communes pour tenter de briguer davantage de sièges se manifeste par exemple dans la circonscription de Gagnoa, où le Front populaire ivoirien (FPI) pro-Gbagbo et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié ne feront pas front-commun. Et si le PDCI et Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), la plateforme des formations pro-Gbagbo, présenteront des candidats communs dans la plupart des 205 circonscriptions, cette union devra affronter un autre bloc d’opposition, celui du Front Populaire Ivoirien (FPI) pro Pascal Affi N’Guessan. Sans compter le COJEP de Charles Blé Goudé, l’UDPCI d’Albert Toikeusse Mabri, et Agir de Martial Ahipeaud qui présenteront des candidatures uniques, dénonçant la mainmise des deux partis historiques (FPI et PDCI) dans le choix des candidats. Soit autant de chances, pour l’opposition, de ne pas parvenir à obtenir beaucoup de sièges face à un RHDP uni, déterminé, en ordre de bataille.
Afin de poursuivre son objectif affiché de servir la Côte d’Ivoire, l’opposition ivoirienne serait inspirée de commencer par l’aider à ériger un multipartisme digne de ce nom, en irriguant le débat politique d’idées plutôt que de récriminations sans fin, quand il ne s’agit pas de contre-vérités éhontées à l’encontre du bilan de la majorité. Elle ferait mieux, également, de proposer un visage uni face au RHDP, qu’il est facile de taxer d’hégémoniste alors qu’il se contente de se présenter à ses électeurs de façon claire et ordonnée face à des adversaires brouillons, à la feuille de route illisible. La nation éburnéenne se cherche toujours une opposition digne de ce nom.
Un texte de Nicolas Leblond, maître de conférences de droit privé et Éric Desmons, professeur de droit public
Assiste-t-on à un coup d’État des personnels de santé ? À une tentative de putsch médical, malgré la résistance tardive du président de la République aux oukases du Conseil scientifique ? Depuis la décision présidentielle, annoncée par le Premier ministre, de ne pas confiner la population française pour une troisième fois, l’offensive de certains médecins médiatiques dénonçant ce qu’ils estiment être une folie et réclamant urgemment un nouveau confinement a repris, justifiée désormais par l’objectif « zéro Covid ». Pourtant, les décideurs publics n’obtempèrent plus, ou en rechignant, et en jetant un œil inquiet sur une société civile à bout de nerfs. C’est même un dialogue de sourds qui semble s’instaurer. D’un côté les courtisans ébahis louent les lumières du chef de l’État (« un jour, il pourra briguer l’agrégation d’immunologie », s’extasie le président de l’Assemblée nationale). De l’autre on campe sur ses positions : la faculté, qui sait bien mieux que tout le monde, ne se laissera pas faire. On croirait entendre Céline dans sa thèse de doctorat en médecine sur l’hygiéniste Semmelweis : « Quant à répondre point par point aux arguments qui paraissent tous décisifs à nos détracteurs, il faut y renoncer, car nous ne parlons pas le même langage ». Le langage de l’épidémiologie n’est pas celui de la politique, mais il n’échappe à personne que certains médecins veulent s’en saisir.
Les experts pestent de voir le pouvoir leur échapper
Pour appuyer leur revendication, les médecins qui sont partisans du reconfinement n’hésitent pas à convoquer l’argument d’autorité : la Vérité scientifique ne saurait mentir et ce confinement est nécessaire parce qu’il est inéluctable. Il serait en effet seul en mesure de contrecarrer l’épidémie (même si certains scientifiques comme le professeur Ioannidis ont pu montrer l’inefficacité de cette stratégie). Ces médecins prennent néanmoins la précaution de dire que la décision ne leur appartient pas et qu’évidemment, d’autres aspects doivent être pris en compte comme les questions économiques, sociales, psychologiques… Mais on ne peut s’empêcher de voir dans leurs réactions et revendications la frustration de ceux qui ayant eu le pouvoir et le voyant leur échapper, tentent de le récupérer. L’occasion leur est donnée de prétendre à un rang supérieur – ou jugé tel – à celui de simples techniciens de la santé.
La décision qu’ils réclament à cors et à cris met sous une lumière crue les rapports entre la médecine – et l’on pourrait dire la science en général – et l’art de gouverner, en période exceptionnelle. On observe à cette occasion non seulement une confusion entre les domaines de la politique et de la médecine, ce qui est normal jusqu’à un certain point si l’on s’en tient à l’objet sur lequel portent les décisions à prendre, mais qui l’est moins lorsqu’est invoquée l’autorité de la science pour imposer des choix stratégiques. Mutatis mutandis – et ce n’est pas pour rien qu’un temps le président de la République se plut à parler de guerre contre le virus -, on retrouve les problématiques qui se posent en temps de conflit, entre tactique et stratégie, autorité militaire et autorité civile : qui des militaires ou des civils doit arraisonner la direction politique de la guerre ? On connaît la réponse que fit Clemenceau pour réaffirmer la supériorité de l’autorité politique dans la conduite des opérations ainsi qu’une forme de séparation des pouvoirs, garante du fonctionnement démocratique des institutions : celle des experts et celle des politiques, de la supériorité de ces derniers, notamment parce qu’ils ont, normalement, à rendre compte des décisions qu’ils prennent.
Le confinement réduit la vie à sa dimension biologique
Puisqu’il s’agit de politique, il convient d’identifier l’objectif que ces apôtres du confinement poursuivent. Bien sûr, de façon immédiate, ils affirment qu’ils veulent éviter à la fois des décès et la saturation du système de santé. Qui pourrait être contre un tel objectif ? En écoutant et en lisant ces médecins, on s’aperçoit qu’ils prennent pour modèle la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou certains pays asiatiques qui eux, poursuivent explicitement l’objectif « 0 Covid ». Toutefois, outre que les pays pris en exemple sont des îles ou des pays moins soucieux des libertés que le nôtre, le SARS-Cov-2 appartient à la famille des coronavirus dont l’histoire a montré qu’ils sont endémiques. Il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement du SARS-CoV-2. Dans ces conditions, le confinement et la stratégie « 0 covid » que ces médecins réclament apparaissent sous un autre jour : face à ce virus qui persistera, il faudra se résoudre à confiner sans cesse et à restreindre considérablement nos libertés les plus élémentaires. Loin d’un modèle humaniste, ces médecins proposent un projet social fondé sur la réduction de notre vie à sa dimension biologique. Certes, ces médecins disent du confinement qu’il n’est pas la solution et que celle-ci réside dans la vaccination. Mais dans le même temps, ils indiquent que la vaccination pourrait ne pas être efficace face aux nouveaux variants et qu’en conséquence, il faudra continuer à pratiquer ces fameux « gestes barrières », au premier rang desquels se situe la « distanciation sociale » et donc, le confinement. On comprend alors que si ces médecins réclament si fortement le confinement, c’est qu’il leur apparaît comme une panacée et un nouveau modèle social : celui d’un monde dépourvu de maladies et donc, de malades.
Pour reprendre Michel Foucault, nous sommes arrivés à l’âge de la « bio-politique », celui où « le biologique se réfléchit dans le politique » : le pouvoir s’exerce désormais davantage sur des corps que l’on discipline que sur des sujets auxquels on commande ; il « prend en charge la vie », qui devient ainsi l’enjeu des luttes politiques et la valeur cardinale des sociétés contemporaines (d’où les enjeux considérables autour de la santé publique). Comme Hobbes l’avait parfaitement analysé au XVIIe siècle, la conservation de soi, au sens biologique du terme, est désormais la finalité du contrat social puisque la plus puissante des passions individuelles sur laquelle se construit la politique est la peur de la mort, ou le désir de se conserver en vie. Dans l’ordre des préoccupations, la vie nue prend le pas sur la vie qualifiée et le « vivre bien » se réfugie dans la bonne santé. Ce projet, pavé de bonnes intentions, apparaît comme une sorte d’extension de la politique ducare– du « soin mutuel » – dont la science médicale révèlerait la loi naturelle, comme jadis les jurisconsultes le faisaient pour le droit. Mais il faut voir que ce que promet ce despotisme éclairé et hygiéniste n’est pas un projet émancipateur : on préconise en effet d’enfermer plutôt que libérer, de contrôler plutôt que d’émanciper. Hobbes prend le pas sur Rousseau, en somme. Et, pour s’en inquiéter, l’on pourrait ici plagier ce dernier : on peut vivre en bonne santé dans un cachot, mais « en est-ce assez pour s’y trouver bien ? ».
Un précautionnisme bourgeois ?
Ce modèle, par l’ampleur de ce qu’il modifierait dans nos vies, doit être assumé pour être discuté, et l’argument d’autorité complètement évacué. Cela est d’autant plus nécessaire que les mois qui viennent de s’écouler l’ont montré : la vérité scientifique n’existe pas et la politique des experts est toujours partielle, voire partiale. Or, on peut justement déceler un jeu de pouvoir dans la posture adoptée par ces médecins : certains, souvent les plus médiatisés, ne renoncent pas à faire croire que leur science permet de trouver « la » solution à la pandémie qui nous menace. Il y a à n’en pas douter un réflexe corporatiste dans cet appel au confinement face à un pouvoir qui par ses décisions, essaie de ménager les autres aspects de la vie sociale et économique. Pour faire passer le remède, ces médecins « confinistes » jouent sur la corde de l’émotion et de la peur pour rendre légitime la mesure qu’ils préconisent : c’est que des gens meurent, ce que personne ne contestera – dans quelles proportions, il est en vérité difficile de l’évaluer, malgré les décomptes officiels quotidiens dont le moindre des effets est d’entretenir un climat d’angoisse permanente.
Mais si les décès dus au covid sont insupportables à ces médecins, comme ils aiment à le dire, quels sont ceux qui, à leurs yeux, sont au contraire supportables ? Quelle est finalement, d’après eux, la bonne façon de mourir ? On en vient même à s’interroger sur le caractère tout simplement acceptable de la mort pour ces médecins. Cette volonté de confiner à tout prix révèle en creux une peur de la vie et de ses risques, en même temps que le rêve d’une société enfin domestiquée, au sens profond du terme. C’est ce que le philosophe Matthew Crawford nomme le « précautionnisme », à savoir « la détermination à éliminer tout risque de la vie, […] sensibilité nettement bourgeoise ». Caricature pourront répondre ces médecins. Possible… Mais s’ils ne veulent pas qu’on leur prête ces mauvaises intentions, qu’ils tombent enfin le masque ! Et qu’ils méditent encore Céline, toujours dans sa thèse de médecine : « L’heure trop triste vient toujours où le Bonheur, cette confiance absurde et superbe dans la vie, fait place à la Vérité dans le cœur humain ».
Le concept d’islamo-gauchisme provoque chez certains journalistes et commentateurs une défiance immédiate et des critiques virulentes.
Le lien entre les deux idéologies-religions n’est pourtant pas nouveau, ils ont des racines communes. Les similitudes entre le communisme et l’islamisme en sont la preuve, dans le dogme et le mode de fonctionnement en particulier. Deux formes de totalitarisme. Plus que des cousins, des frères. Voici quelques explications.
De retour de Russie, en 1920, le philosophe britannique Bertrand Russell remarque les ressemblances entre l’idéologie marxiste-léniniste et l’islam : « Le bolchevisme combine les caractéristiques de la Révolution française et celles de la levée de l’islam, (…) avec des dogmes définis et des écritures révélées. La religion de Mahomet et le bolchevisme sont des religions pratiques, sociales, non spirituelles et soucieuses de gagner l’empire de ce monde ». (Pratique et théorie du bolchevisme, 1920)[tooltips content= »Cité par Thierry Wolton dans Une histoire mondiale du communisme (tome III, Les Complices), Grasset »](1)[/tooltips]. Russell a vu juste il y a cent ans. Plus tard, l’historien et sociologue Maxime Rodinson définira l’islam comme « un communisme avec Dieu ».
Le communisme est une religion d’État
Si, à la base de l’islamisme il y a une religion d’inspiration divine, nombreux sont les spécialistes qui considèrent le communisme comme une religion d’État. D’un côté le Coran et la charia, de l’autre le Manifeste de Marx et les directives du Parti. Les textes imposent aux êtres humains une manière de vivre qui doit suivre absolument, pour l’un les préceptes religieux, pour l’autre les règles de l’idéologie. Tout écart est puni, par l’enfermement, la torture ou la mort. Les deux ont la prétention d’offrir le bien être absolu à tous mais pour cela il faut éliminer les « ennemis du peuple ». C’est-à-dire les représentants du monde libre, de la démocratie capitaliste, de tous ceux qui ne se conforment pas aux normes religieuses ou idéologiques. Ou aux deux, car l’islam est à la fois une religion et une idéologie. Il n’accepte aucun pouvoir différent, séculier, il est au-dessus de toutes les lois. En fait, les sourates sont les lois. Celles du communisme sont, elles, élaborées selon les dogmes marxistes. Elles ne protègent pas les individus, elles en font les serviteurs du marxisme-léninisme. On voit que, islam et communisme, le but est le même : faire émerger un « homme nouveau », un parfait musulman ou un parfait citoyen, les deux façonnés par la religion ou le Parti. L’objectif est la société parfaite, d’un côté celle qui respecte à la lettre la doctrine islamiste, de l’autre celle qui réalise l’utopie socialiste.
Les similitudes sont tout aussi frappantes dans les coulisses de ces nobles ambitions, qui abritent la machine répressive, un appareil très perfectionné de contrôle, de censure et de châtiment impitoyable. Son fonctionnement est totalitaire: on purge et on élimine. On donne des exemples, on condamne et on punit ouvertement, sur la place publique. Procès publics, repentance publique des innocents, mises au pilori et exécutions à grand spectacle, lapidations devant la foule en colère… les scènes se ressemblent, sous Mao et sous la charia. Les deux idéologies-religions doivent êtres pures, toute autre forme de culture censurée ou, mieux, détruite. Les enfants sont dressés, endoctrinés, mis au travail, enfermés s’il le faut. En ce qui concerne les femmes cependant, avantage Mao : elles ne sont pas discriminées. Aucun interdit ne les frappe en tant que femmes. Ni en tant que travailleuses au service du bien-être des masses. Ni bien entendu en tant que victimes du goulag, du laogaï ou des génocides. L’islam ne leur laisse, dans la société, que ce statut de victimes.
La conversion ou la mort
Autre terrain de rencontre, le terrorisme. On sait aujourd’hui, après l’ouverture des archives, que l’URSS et les pays de l’Est, anciennement communistes, ont soutenu, financé et abrité de nombreux terroristes islamistes. Carlos, l’un des plus célèbres, a affirmé : « L’islam et le marxisme-léninisme sont les deux écoles dans lesquelles j’ai puisé le meilleur de mes analyses » (L’islam révolutionnaire, du Rocher, 2003). Des dictateurs comme Kadhafi ou Bachar el-Assad ont sévi avec l’aide de l’URSS et des dictatures communistes. La frange terroriste palestinienne a été financée et armée par Moscou, comme de nombreuses organisations islamistes en Afrique. A-t-on oublié le rôle joué par les « conseillers » soviétiques en Algérie lors de l’indépendance et la catastrophe économique qui a suivi, jusqu’au basculement du pays vers la guerre civile ? Le marxisme s’est développé comme le djihadisme, avec des milices et organisations paramilitaires qui ont agi, comme le font les islamistes, un peu partout dans le monde afin de déstabiliser des pays et des continents, de l’Amérique latine à l’Asie, en passant par l’Afrique. L’Europe, avec ses organisations terroristes d’extrême gauche des années 1960-1970, n’y pas échappé.
Communisme et islamisme sont l’un comme l’autre des ennemis de notre civilisation. Ils veulent notre conversion ou notre mort. L’islam n’accepte pas l’apostasie, le communisme ne tolère pas le renoncement idéologique. Aucune tolérance n’est acceptée. Entre les deux, il y a surtout des affinités et très peu de différences. Ce sont les pires ennemis (avec le nazisme) du monde libre et il faut les combattre en permanence.
La fin du communisme a laissé le champ libre à l’islamisme qui a trouvé un terreau extrêmement propice. Les gauchistes s’y retrouvent avec aisance, croyant ainsi perpétuer l’utopie marxiste. Il n’y a pas la moindre raison valable de contester le concept d’islamo-gauchisme.
Une Anglaise ayant vécu dans le Paris de la Restauration et de la monarchie de Juillet a laissé des mémoires inédits oubliés dans une malle après sa mort en 1918. Publiés récemment, ils nous plongent dans une France où on faisait la queue pour voir Hernani à la Comédie-Française et où l’on croisait Flaubert sur la plage.
Dans une malle oubliée, de l’autre côté de la Manche, dormait un ensemble de documents manuscrits proprement enchantés. Partiellement publiés aujourd’hui, ils libèrent, comme un flacon ancien, l’envoûtant parfum qu’ils contenaient, le témoignage d’une Anglaise sur deux écrivains majeurs du XIXe siècle, Gustave Flaubert et Victor Hugo. Ce livre remarquable[tooltips content= »Gertrude Tennant, Mes souvenirs sur Hugo et Flaubert (éd. Yvan Leclerc et Florence Naugrette, trad. Florence Naugrette et Danielle Wargny, postface Jean-Marc Hovasse), De Fallois, 2020. »](1)[/tooltips] nous permet de croire que la France est toujours une patrie littéraire.
Gertrude, née Collier et devenue par mariage Gertrude Tennant (1819-1918), est arrivée en France, à Honfleur, à l’âge de cinq ans, au printemps 1825. Son père, Henry Theodosius Browne Collier, avait décidé ce déménagement dans la hâte, malgré son mépris des Français, les tenant pour un peuple sale, régicide et mécréant. Les Collier s’installèrent à Paris. Ils y demeurèrent vingt ans. Le spectacle de la rue, le charme des habitants, leur vivacité d’esprit, tout cela plut infiniment à Gertrude. Elle devint francophone et francophile.
Flaubert en demi-dieu marin
Flaubert tout d’abord : on a gardé l’image d’un homme au torse puissant, à la mine austère, chauve largement sur le front, les lèvres dissimulées par une moustache épaisse, et une tristesse inconsolable dans les yeux. Viking neurasthénique, rosissant comme un fiancé jamais déclaré devant la princesse Mathilde, il semblait un ours encombré de lui-même. À 20 ans, son dieu littéraire se nomme Victor Hugo. C’est également l’auteur français préféré de Gertrude Collier.
Gertrude et sa sœur Henriette font la connaissance de Caroline et de son frère, Gustave, étudiant en droit, sur la plage de Trouville. Caroline est belle, distante, sérieuse, douée pour tout. Quant à Gustave : « Grand, mince, doté d’un corps parfait [il est] totalement indifférent aux convenances et aux bonnes manières […]. Le jeune homme et son terre-neuve avaient l’air de passer le plus clair de leur temps dans la mer. » Gustave et Gertrude entretiendront une longue correspondante ici révélée[tooltips content= »Germaine n’apprécia nullement Madame Bovary ; elle en fit même reproche à Flaubert, gênée du comportement immoral d’Emma. Pourtant, Mgr Dupanloup, parlant d’expérience, ne s’en offusqua point, lui. À Dumas fils, qui l’interroge : « Comment trouvez-vous Madame Bovary ? », il répond sobrement : « Un chef-d’œuvre, monsieur… oui, un chef-d’œuvre, pour ceux qui ont confessé en province. » (Edmond de Goncourt, Journal, 16 novembre 1875). »](2)[/tooltips]. Gustave-de-Normandie y démontre une puissante mélancolie dans l’évocation des ombres qui peuplent sa mémoire et de « cette plaisanterie bouffonne qu’on appelle la vie » (lettre à Ernest Chevalier).
Hugo ? Connais pas !
Le 25 février 1830, la petite Anglaise passe avec son père devant la Comédie-Française. La foule se presse, une pièce de Victor Hugo, Hernani, y sera jouée : avec cette œuvre naît le drame romantique. L’enfant demande à Henry Theodosius s’il connaît Victor Hugo : « Jamais entendu parler de ce type. Un violoneux français, je suppose », répond-il avec dédain. Commentaire de Gertrude : « Mon père, officier de la marine anglaise […] s’enorgueillissait de ne pas savoir un seul mot de français, et pensait sincèrement qu’un seul Anglais valait bien une demi-douzaine de Français. » Gertrude ne se doutait pas que le hasard lui avait fait croiser la grande histoire littéraire, ni qu’elle deviendrait une fervente admiratrice du « violoneux ».
Elle retrouve Victor Hugo, en particulier à Guernesey, en 1862, où l’écrivain proscrit réside de 1856 à 1870. C’est un autre personnage, plus affable, un homme d’intérieur dont elle juge le goût extravagant, un séducteur : « Sa voix […] était si mélodieuse, riche et sonore que le français, parlé par lui, paraissait une nouvelle langue ! » Définitivement installée à Londres, Gertrude tient l’un des salons les plus réputés de son temps. Elle se fait mémorialiste, sans intention d’être publiée. Elle meurt presque centenaire, et l’on oublie ses écritures au fond d’une malle.
D.R.
[Entretien]
Entretien avec Yvan Leclerc et Florence Naugrette qui ont dirigé l’édition des lettres et souvenirs de Gertrude Tennant.
Causeur. Y a-t-il vraiment une malle ?
Yvan Leclerc. Oui, je l’ai vue, et j’ai vu le grenier où elle se trouvait. J’avais été informé de son existence par l’excellent David Waller[tooltips content= »David Waller, La Vie extraordinaire de Mrs Tennant, grande figure littéraire de l’ère victorienne, Buchet Chastel, 2011. »](3)[/tooltips], alors qu’il écrivait sa biographie de Gertrude, en 2006. Je me suis rendu en Angleterre, en 2015, dans cette ferme du Surrey, où l’on élève des moutons, habitée par l’arrière-petite-fille de Gertrude Tennant. Et j’ai ouvert la malle au trésor : un journal intime, des agendas, des lettres de Henry James, d’Oscar Wilde, celles de Flaubert, les deux mémoires de Gertrude sur Victor Hugo et Gustave Flaubert que nous reproduisons. Je lis très mal l’anglais, mais il était aisé de saisir l’importance de ces documents, aussi me suis-je employé à convaincre les propriétaires de ne pas les disperser. Gertrude y démontre les qualités d’une diariste vraiment douée, alors que le texte de fiction dans lequel elle romance son idylle avec Flaubert est plutôt décevant.
Elle a laissé un roman, où il est question d’un baiser… Dites-nous tout : que s’est-il passé entre ce demi-dieu barbare et arrogant et la belle Anglaise ?
Florence Naugrette. On ne sait rien de précis, mais sans doute pas plus qu’un baiser. Flaubert fréquente les prostituées ; dans son esprit, les frontières sont fixées définitivement : il y a les femmes pour le plaisir, et les autres. Gertrude et sa sœur, issues d’une famille honorable, appartiennent à la seconde catégorie. Un baiser « fougueux » a – peut-être – été échangé à Paris, l’année suivante, où ils se retrouvent un soir, à l’Opéra. On peut l’imaginer grâce à ce roman, lui aussi présent dans la malle, très mièvre, dépourvu du charme de ses notes. La soirée à l’Opéra est réelle, attestée par les écrits de Gertrude et de Gustave. Flaubert avait un béguin plus prononcé pour Henriette, la sœur. Gertrude en a-t-elle éprouvé de la jalousie ? On le soupçonne à certains indices, mais rien ne prouve que Flaubert a suscité une rivalité amoureuse entre elles.
Cela dit, leurs jeux de séduction n’ont visiblement pas outrepassé les limites du flirt. On peut le déduire du conseil que lui adresse Maxime Du Camp dans une lettre du 30 septembre 1851 : « Fous Gertrude, fous Henriette ! » Cet ordre impérieux démontre qu’il ne l’avait pas fait. Peu de temps après, les deux sœurs, de respectables anglicanes, se marièrent…
La série rétro-ufologique diffusée en janvier sur Canal + est désormais visible en DVD
Il y a des signes qui troublent même les chroniqueurs les plus cartésiens, les plus attachés à la Terre ferme. J’ai beau être habitué aux apparitions étranges et aux phénomènes inexpliqués. Quand on est né, comme moi, dans le Berry où la sorcellerie et l’ufologie font bon ménage, où les veillées sont propices à une certaine distorsion du temps, on n’en demeure pas moins secoué par une série d’événements perturbants. Et je ne parle pas ici du virus.
Même pour ceux qui fuient la SF
Ça a commencé par des lectures, chez moi, l’écrit, l’imprimé papier est toujours annonciateur de modifications psychologiques profondes. Alors que je fuis la science-fiction depuis l’adolescence, me méfie de l’uchronie et du fantastique comme support à l’imaginaire, je me suis mis à acheter des dizaines de Folio SF ainsi que de Présence du futur chez Gibert et les bouquinistes des quais de Seine. Fin décembre, j’avais lu toute l’œuvre de Ray Bradbury et de Jacques Sternberg.
Du croquignolesque qui finit par émouvoir
Moi qui n’atteins d’habitude la jouissance littéraire qu’avec mes badernes, mes camarades populo-poétiques que sont Hardellet, Cossery ou Perret, je levais, pour la première fois, la tête vers les étoiles. Vers un autre monde. Sans raison valable. Je vous assure que les fusées et les satellites m’ennuient, je suis un adorateur de l’asphalte et du moteur à explosion. Pas le genre à s’émouvoir d’une comète ou d’une soucoupe volante. Et pourtant, je voulus revoir durant les vacances de Noël, E.T. l’extra-terrestre de Spielberg, je mis cette lubie sur le compte de ma vieille passion pour le BMX, à mon époque, on parlait de Bicrossing.
Encore plus déstabilisant, mon goût musical jusque-là affirmé pour la disco italienne et mon tropisme Pino d’Angiolien, notamment mon adoration de l’album Ti regalo della musica évoluait vers un son plus aérien, plus lointain aussi, plus énigmatique ? La Covid m’aurait-elle atteint ? La voix grave de Pino et son italianité réjouissante laissaient place à une autre musique, planante et interstellaire, à la métronomie implacable, aux cavernosités insoupçonnées, celle d’un immigré Italien également mais né à Vitry-sur-Seine. Je me réveillais désormais avec les battements de Marc Cerrone sur le cœur et Supernature envahissait mon espace de couchage. C’est à ce moment-là je crois, que Giorgio Moroder entra également dans mon existence et que je voulus acheter à la boutique de jouets anciens Lulu Berlu, un Big Jim de la Série Espace et une figurine de Steve Austin dans sa tenue d’astronaute.
Ovni(s), un bijou burlesque
Le coup de grâce fut atteint par le visionnage d’Ovni(s), la série créée par Clémence Dargent et Martin Douaire, réalisée par le tourangeau Antony Cordier qui a été diffusée durant le mois de janvier aux abonnés de Canal +. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir ce bijou de rétropédalage et de burlesque spatial, les douze épisodes sont désormais disponibles en version DVD dans un coffret édité par Studiocanal. Pourquoi les quadras comme moi qui ont le nez collé dans le rétroviseur, attendons et réclamons urgemment la prochaine saison ? Oui, une suite, par pitié. Parce que vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre. Une bonne série, c’est une atmosphère et des personnages. On adhère à l’esthétique d’Ovni(s) dès les premières images. Cette patine vintage ne vient pas coloriser le monde d’avant, elle n’est pas explicative ou intrusive, victimaire ou dénonciatrice, elle se fond dans une narration qui file de la poésie à la comédie.
Il faut vous avouer que je suis le client type, j’aime les 504, le tergal, Pompidou, Jean-Claude Bourret, les raëliens, la CIA, le KGB, Nicole Garcia, les mobylettes bleues et les flamands roses. Je ne m’étais encore jamais passionné pour le CNES, Ariane et les geeks à cravates épaisses. Dans cette série addictive, nous suivons les aventures du Gepan, un obscur bureau d’enquête spécialisé sur les ovnis dirigé par Didier Mathure (Melvil Poupaud). Il y a du pied nickelé en eux, du croquignolesque qui finit par émouvoir, de la farce populaire qui met le doute, les certitudes s’effritent et le plaisir enfantin de déconstruire les chronologies les mieux établies s’immiscent en nous. Cette création originale Canal séduit par son décor de la fin des années 1970, cette douce dinguerie qui nous amène de Kourou au plateau du Larzac et surtout pour son casting intergalactique. Melvil Poupaud moustachu pour l’occasion est l’héritier de Jean Rochefort, il en a l’élégance surannée et le comique rentré. Géraldine Pailhas pourrait lire le bottin, sa voix est l’un de nos derniers trésors nationaux, elle excelle dans l’érotisme chaste et le bégaiement amoureux. Michel Vuillermoz, c’est la qualité France par essence, la tradition du jeu désarticulé, celui des cimes artistiques, de Pierre Fresnay à Jacques Dufilho. Quant aux jeunes, Daphné Patakia nous fait oublier ses mini-jupes par son déséquilibre intérieur, quelle funambule ! Et Quentin Dolmaire, le génie informatique est aussi bon codeur que piètre dragueur, un régal. Comment ne pas citer enfin le vierzonnais Laurent Poitrenaux, phénoménal d’aisance et de veulerie dans le rôle du directeur, Marielle a trouvé son successeur. J’ai juste un souhait que dans la deuxième saison, le réalisateur filme une AMC Pacer ! Il peut se mettre en relation avec moi, je lui expliquerai pourquoi cette voiture américaine est indispensable à sa dramaturgie.
Ovni(s) – DVD – Création originale Canal + – Studiocanal
Au Royaume-Uni comme en France et en Amérique, la chasse aux statues racistes est ouverte. Vandalisme, déboulonnages, réécriture du passé… l’ampleur de l’iconoclasme a conduit le gouvernement Johnson à promulguer une nouvelle loi de protection du patrimoine. Il a aussi motivé la création de Save Our Statues (SOS).
Entre le Brexit et le Covid, on aurait pu penser que les Britanniques avaient assez de problèmes. Les antiracistes professionnels ont identifié un danger bien plus impérieux : les sculptures en ronde-bosse (posées sur un socle) de personnages historiques qui ornent l’espace public. Suite à la mort de George Floyd, des statues britanniques jusqu’ici sans histoires (si l’on peut dire), se sont mises à intimider les passants, comme autant de visages du racisme britannique. Ces héros de bronze offensaient les représentants des minorités ethniques. Pour pacifier le pays, il fallait d’urgence les faire disparaître. La chasse aux monuments problématiques est lancée à Bristol. Première bataille, première victoire. Le 6 juin 2020, une foule furieuse emmenée par le mouvement Black Lives Matter (BLM) s’en prend à la statue d’Edward Colston, lui attache une corde au cou, la traîne dans les rues pour aller la jeter dans les eaux du port. 15 000 manifestants applaudissent le geste émancipateur.
Qui est Edward Colston ? « Comme beaucoup, je n’en avais jamais entendu parler, répond l’historien Robert Tombs, auteur de The English and Their History[1]. Je connaissais le Colston Hall, salle de concert réputée à Bristol. J’ai appris que cet individu tombé dans l’oubli avait investi dans le commerce africain (essentiellement d’esclaves) et légué la majeure partie de sa fortune à sa ville natale (pour des écoles et autres). Il semble que Colston ait été un homme d’affaires avisé et peu sympathique, impliqué dans un commerce que la plupart des gens de l’époque trouvaient légitime. » Clayton Wildwoode, l’étudiant queer organisateur de la marche du 6 juin, a avoué dans la presse qu’une semaine avant les faits, il ignorait l’existence de cet esclavagiste. Solidaire de la population noire, il se félicitait néanmoins de ce nettoyage du patrimoine.
Black Lives Matter ne s’en tient pas là. Esclavagistes, colonialistes, même engeance ! Les bombes de peinture réécrivent l’histoire in situ. À Londres, la statue de Churchill est défigurée par l’inscription « raciste ». À Leeds, Victoria (sacrée reine quatre ans après l’abolition de l’esclavage en Grande-Bretagne) est étiquetée « propriétaire d’esclaves », « assassin », « salope ». Et la classe politique, perplexe, d’exprimer sa solidarité avec BLM et sa lutte contre le racisme et la violence. Jusqu’aux hautes sphères européennes où l’impayable présidente de la Commission, von der Leyen, déclare le 17 juin devant le Parlement : « Nous avons besoin de parler du racisme. Et nous avons besoin d’agir. » D’où un rapport de 27 pages et un plan antiraciste 2020-2025[2].
Depuis juin, la purge s’étend. On ne parle pas d’un petit toilettage. Le maire de Londres, champion multiculti, a créé une « commission pour la diversité dans l’espace public ». Sadiq Kahn s’engage à ce que l’histoire de la ville « reflète notre culture contemporaine », cause à laquelle il vient d’allouer un budget de 247 000 livres, au moment où pubs et commerces expirent pour cause de confinement. Du nord de l’Écosse au sud des Cornouailles, des comités interrogent la légitimité des héros. Le circumnavigateur Francis Drake est renié à Plymouth, le général Buller menacé de déboulonnage à Exeter, les Premiers ministres William Gladstone et Robert Peel, accusés d’avoir hérité d’argent sale. Henry Tate, de la galerie homonyme à laquelle il a légué ses collections, n’était ni transporteur ni propriétaire d’esclaves, mais il a fait fortune dans le sucre. La Tate Gallery envisage de changer de nom.
Les esclavagistes avérés iront dans l’Enfer muséographique que se propose de devenir le Musée international de l’esclavage de Liverpool
En face, la résistance commence à s’organiser comme en témoigne Emma Webb, cofondatrice de l’association Save Our Statues: « C’est allé très vite. Le procès de l’esclavage s’est transformé en un procès de la culture occidentale. Nous avons bâti un réseau de gens soucieux de protéger leur patrimoine face à une minorité de vandales idéologues. » SOS a maillé le territoire, contacté des observateurs dans 241 des 404 municipalités de l’île. Les relais sonnent l’alerte chaque fois qu’une statue est menacée. Emma Webb résume son combat : « Nous avons promu 40 pétitions, suscité 2 500 courriers d’objection à des retraits de monuments. Pour l’heure, six statues majeures ont été sauvées. Expurger l’espace public des témoignages de l’histoire, au mépris de toute nuance, est dangereux et perturbe les liens entre les générations. » Cette culture de la répudiation, selon l’expression de feu Roger Scruton, trouve son expression la plus simpliste sur le site toppletheracists.org (« renversons les racistes »). Une carte du Royaume-Uni y indique statues, monuments et enseignes indésirables. Les points rouges désignent les victoires : la douzaine qui a déjà été purgée. Les points bleus sont les dizaines de batailles à mener. Sous la carte, une invitation : « Ajoute ta statue ou ton monument. » Le site est l’œuvre de la Stop Trump Coalition, qui a organisé les manifestations anti-Trump à chaque visite de l’ex-président américain en Angleterre.
Ce qui inquiète encore plus, c’est la soumission des institutions culturelles aux injonctions de BLM. La British Library, pressée d’obtenir sa médaille antiraciste, s’est dépêchée de dresser une liste des coupables qui salissent ses collections. Zélée, elle a tant élargi les critères de culpabilité qu’elle a dû s’excuser auprès des familles d’auteurs mis en cause sans raison et a fini par retirer sa liste. Le National Trust, responsable de la conservation et de l’entretien du patrimoine, s’acharne à prouver l’origine douteuse de ses trésors. L’organisation propose même à ses employés un « mentorat inversé » : des enfants donnent des conférences à l’adresse du personnel du National Trust pour leur rappeler les liens des grandes demeures du patrimoine avec l’esclavage et la colonisation. Des enfants pour rééduquer le personnel du National Trust… Qui parle de révolution culturelle ?
On marche sur la tête. Art Review, célèbre revue d’art, félicite BLM pour son assaut contre les œuvres et lui décerne la première place de son classement des 100 artistes les plus influents de 2020. Le musée d’Histoire naturelle considère avec suspicion les collections de Charles Darwin réunies dans le cadre « d’expéditions scientifiques colonialistes ». Non, vous ne cauchemardez pas. Le British Museum cherche des noises à son fondateur : grand médecin et fantastique collectionneur de plusieurs millions d’objets d’art et curiosités, Hans Sloane a légué ses manuscrits à la British Library, ses herbiers au musée d’Histoire naturelle et ses antiquités au British Museum, à la condition que le public puisse venir les admirer gratuitement. Un homme de gauche avant la lettre. Mais Hans Sloane ayant épousé une héritière de plantations en Jamaïque, son buste a dû quitter son piédestal. Il est aujourd’hui remisé derrière une vitrine pédagogique sur l’Empire et l’esclavage.
Bien entendu, les autorités religieuses ont montré dare-dare qu’elles étaient du bon côté de l’humanité. L’archevêque de Canterbury, Justin Welby, a ordonné un examen minutieux des statues des églises. « Il faudra en déposer certaines », a-t-il promis. Les universités ne sont pas en reste, qui décolonisent l’enseignement et soumettent au vote le destin de leurs statues. King’s College, University College London, Imperial College… toutes les facs veulent « devenir des institutions antiracistes ». Dans un communiqué commun, ces hauts lieux de la pensée claironnent la doxa : « Nous avons le devoir d’examiner nos liens avec le colonialisme, le racisme et l’esclavage[3]. » On a même entendu le directeur scientifique du Kew Garden annoncer : « Il est temps de décoloniser les collections botaniques. » Quand les gardiens du patrimoine sont gagnés par la haine de soi, la furie épuratrice n’a plus de limite.
Devant l’ampleur de la menace, le think tank conservateur Policy Exchange a lancé le projet History Matters (« l’Histoire importe »). History Matters documente toutes les attaques contre l’histoire : statues, noms de rues et de bâtiments, plaques commémoratives, programmes d’enseignement. Ce catalogue de la dinguerie contemporaine recense les œuvres visées et, pour chacune, cite l’autocritique de l’institution qui en a la garde. Vertigineux ! Amoureux de l’histoire, s’abstenir. « Actuellement, l’histoire est le front le plus actif sur lequel se jouent les guerres culturelles », lit-on en introduction du projet.
Seulement, dans cette guerre, les historiens ne sont pas du côté que l’on croit. Le centre LBS (Legacies of British Slave-Ownership) d’University College London (UCL) fait de l’« histoire réparatrice ». Postulat de départ : c’est l’esclavage qui a permis à la Grande-Bretagne de devenir ce qu’elle est. Objectif des travaux de recherches : assumer, évaluer et réparer les injustices du passé. « L’histoire engagée a toujours existé, note Robert Tombs. L’histoire “réparatrice” est une forme d’histoire engagée. Mais l’intention de “réparer” trahit l’aspect unidimensionnel de recherches qui omettront à n’en pas douter le contexte et la subtilité pour ne pas risquer d’obscurcir le message politique. » Richard Bingley, trésorier de Save Our Statues, rappelle que l’esclavage a contribué de façon tout à fait mineure à l’économie britannique entre le xvie et le xviie siècle : « Il a profité à quelques familles, mais n’est pas à l’origine de l’industrialisation du pays. »
Justement, ces quelques familles sont dans le viseur. Fin décembre 2020, un projet de recherche conjoint des universités de Lancaster, Manchester et UCL a reçu un million de livres de fonds gouvernementaux pour constituer un « Dictionnaire des esclavagistes anglais ». L’étude couvrira une période de deux cent cinquante ans, fournira les biographies détaillées de 6 500 investisseurs complices de l’esclavage et montrera leurs liens avec les entreprises britanniques actuelles. Ce dictionnaire fournira sûrement de nouvelles idées de statues à déboulonner. Le temps des grandes purges et des procès staliniens arrive. La population de bronze subit des sorts variés, des statues sont vandalisées, d’autres coffrées, rendues momentanément invisibles dans une sorte de détention provisoire en attendant le verdict, d’autres encore sont exilées. Les esclavagistes avérés iront dans l’Enfer muséographique que se propose de devenir le Musée international de l’esclavage de Liverpool qui jure de rééduquer le public sur le sujet. Et tant pis pour la complexité, la pluralité et la vérité. « Devant le palais de Westminster, observe Emma Webb, une statue d’Oliver Cromwell fait face à un buste de Charles 1er. Nos statues n’ont jamais craint les tensions historiques. L’histoire est agitée et complexe, comme les gens qui la font. Cette vision n’est pas compatible avec les idées ingrates et dogmatiques des nouveaux révolutionnaires. La protection la plus sûre, pour nos monuments, reste la législation. » Elle se félicite donc de l’adoption de la loi du 17 janvier qui vise à protéger 20 000 statues et monuments d’Angleterre selon le principe retain and explain (« conserver et explique »). Plus question de réviser ou de censurer le passé.
Parmi les statues de Parliament Square, centre politique de Londres, les derniers arrivants, Nelson Mandela (2007), Mahatma Gandhi (2015) et la suffragette Millicent Fawcett (2018), unique femme de ce groupe de dix célébrités, reflètent l’impératif diversitaire. « Sadiq Kahn s’enorgueillit d’avoir inauguré la statue de Millicent Fawcett, remarque Tombs. Il semble ignorer que, si elle était une avocate modérée du droit de vote des femmes, elle était une ardente supportrice de l’Empire britannique. » Pas facile de trouver des héros blancs comme neige (oups, métaphore suprémaciste). L’historienne Philippa Levine a tranché dans la revue Prospect, suggérant d’en finir avec les figures héroïques et d’ériger plutôt des statues d’artistes contemporains célébrant Monsieur et Madame Tout le Monde. Quant à la mairie de Birmingham, elle s’en sort par l’abstraction et proposait il y a peu pour la toponymie de ses nouveaux quartiers : rue de l’Humanité, square de l’Égalité, allée du Respect. Il ne manque que l’impasse de la Diversité.
J’ai eu à trois reprises le privilège de passer une soirée chez Yushi avec José Thomaz Brum qui, avant d’enseigner à l’Université Pontificale Catholique de Rio de Janeiro, avait été un ami proche du philosophe Clément Rosset. Il lui avait même fait visiter le merveilleux jardin botanique de Rio. Il se souvenait d’un commentaire de ce cher Clément qui comparait la lumière d’une allée sombre du jardin à la lumière du grand Gottfried Schalken (1643-1706), le peintre des effets de lumière artificielle. En 2001, au mois d’août, il lui avait fait visiter le monastère de Saint Benoît et lui a confié qu’il aimait s’y promener à cause du calme solitaire de ce site conventuel et de sa colline si chère à son cœur. Clément a réfléchi et, soudain, lui a récité les vers de la fable : « Le Songe d’un habitant du Mogol » de La Fontaine :
« Solitude, où je trouve une douceur secrète, Lieux que j’aimais toujours, ne pourrais-jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ? »
«Je viens tuer Mozart»
Un jour, avait ajouté José Brum, il faudrait étudier l’usage que Clément Rosset fait des contes et des fables, sans négliger son cher Tintin, dans ses œuvres. Clément les utilise en tant qu’exemples pour enrichir sa pensée, quand elles ne sont pas à l’origine de cette dernière. Une large part du charme de ses écrits tient non seulement à son ironie, mais à la poésie qu’il leur insuffle.
Clément, m’a raconté José Brum, s’est même amusé, lui l’élève de Jankélévitch, à jouer du piano chez lui à Rio. Il a conclu sa performance par ces mots : « Je viens de tuer Mozart! » À Paris, rue Fustel de Coulanges, il lui a dévoilé sa bibliothèque. Il possédait les collections complètes de Maupassant – la fameuse édition illustrée Ollendorff – de Balzac et de Zola. Il avait une affection particulière pour le conte « Sur l’eau » de Maupassant que Cioran adorait tout comme moi d’ailleurs. Il avait, bien sûr, les livres de Cioran, à côté des livres d’Henri Gouhier, l’historien de la philosophie, qui a fait partie du jury de sa thèse soutenue en mai 1973 à La Sorbonne, thèse publiée la même année aux Presses Universitaires de France sous le titre de « L’Anti-Nature ».
Clément Rosset et Marcel Aymé
Un écrivain que Clément Rosset chérissait – je confirme – n’était autre que Marcel Aymé (1902 – 1967). Il a confié à José Brum qu’à l’époque de la publication de sa Lettre sur les Chimpanzés (1965), Marcel Aymé lui avait fait un grand éloge, dont il était très fier. Son ouvrage Le confort intellectuel (1949) a été un vrai guide de lucidité pour toute une génération: Clément comme moi lui devons beaucoup. Il avait lui aussi une idée bien amère et sans espoir de l’humanité. Il nous donne une idée assez précise des goûts et de la personnalité de Clément Rosset, conclut José Brum.
On se délectera de ses souvenirs publiés par l’excellente revue Alkemie éditée par les éditions Garnier (numéro 26).
Le prestigieux CNRS est-il une conquête de l’extrême-gauche? Depuis les propos fracassants de Frédérique Vidal, politiques, presse et scientifiques s’écharpent sur la question.
Les Français, dans leur grande majorité et à juste titre, sont attachés à l’excellence de la recherche scientifique française. Attachement qui ne doit rien au hasard, tant nombreux furent les grands scientifiques à avoir travaillé à la gloire des sciences et à l’honneur de la France. Voulu par Jean Zay, le CNRS voit le jour en 1939 et se donne pour mission de “coordonner l’activité des laboratoires en vue de tirer un rendement plus élevé de la recherche scientifique”. Qu’appelle-t-on la “recherche scientifique » ? Un ensemble de disciplines que l’on peut regrouper en deux grandes catégories : la première est celle des sciences dites exactes ou formelles (mathématiques, physique, astrophysique, chimie etc.), la seconde celle des sciences humaines et sociales qui constituent, par définition, un ensemble de disciplines subjectives (histoire, sociologie, science politique etc.). Au CNRS, ces dernières sont regroupées au sein de l’INSHS (Institut des Sciences Humaines et Sociales). Institut dont certains membres jouissent du privilège d’être souvent invités sur les plateaux télé ou chaînes de radio afin d’y présenter leurs travaux. Les rédactions de presse savent pertinemment que, lorsqu’il endosse les habits de chercheur au CNRS, l’historien, le sociologue ou le politologue acquiert une autorité morale que ne lui dispute pas le grand public. Quoi de plus facile que de faire pénétrer son idéologie à l’intérieur d’un esprit désarmé ? D’où les nombreuses tentatives de noyautage de la noble institution par l’extrême-gauche qui en a fait un de ses principaux objets de conquête. À cet égard, elle a obtenu de très belles victoires comme en témoigne la récente levée de boucliers des chercheurs en réponse aux déclarations de Mme la ministre de l’Enseignement Supérieur sur l’islamo-gauchisme qui, selon eux, “ne correspond à aucune réalité scientifique”.
Déjà en 2020, Samuel Hayat, chercheur en sciences politiques au CNRS s’était fendu d’une tribune publiée par l’Obs“L’islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie”. Nous passerons sur l’écriture inclusive, les “celles et ceux” et autres niaiseries boursouflées pour tenter de nous intéresser au fond : l’islamo-gauchisme serait un concept faible, sans aucune réalité ni “à l’université, ni ailleurs”, inventé par des “intellectuels réactionnaires” pour « discréditer une partie du mouvement alter-mondialiste et antiraciste”. Tout un programme. Le chercheur d’extrême-gauche nous fait même l’honneur de ne pas « répondre par le mépris” avant de dégainer le sophisme ultime, la comparaison entre l’islamo-gauchisme et… le judéo-bolchevisme des années 1930. Une obscénité surannée dont l’extrême-gauche est toujours coutumière. Son collègue Pascal Blanchard préférera parler de “judéo-maçonnisme” sur France Inter cette semaine. Nous aimerions pourtant savoir combien de meurtres, d’exécutions de masse ou de pogroms ont été la conséquence d’une accusation d’islamo-gauchisme. Un chercheur au CNRS devrait savoir compter jusqu’à zéro ! Quant à l’existence d’une alliance tacite entre les islamistes et une partie de la gauche française qui ne serait que pur fantasme, renvoyons M. Hayat aux nombreux articles déjà écrits à ce sujet lors des élections municipales de 2020, notamment par Céline Pina ou Clément Pétreault. Invitons-le à s’interroger sur les raisons ayant poussé quatre-vingt membres de l’UNEF à démissionner collectivement en 2019, expliquant que “Pour [eux], l’identité syndicale est avant tout une identité de classe” ; demandons-lui pourquoi le NPA est-il si prompt à prendre part aux manifestations pro-Palestine tandis que nous ne l’entendons guère sur le sort des Yéménites qui constitue, rappelons-le, la plus grande crise humanitaire de ce siècle. Toutes ces réalités qui devraient interroger l’honnête scientifique, ne relèveraient d’aucune logique, d’aucun réflexe politique d’après M. Hayat.
Nicolas Mariot et les “radicalisés” morts pour la France
Trois jours après les égorgements de la gare Saint-Charles de 2017, Nicolas Mariot, directeur de recherche au CNRS publie un texte dans le journal Libération : “Du poilu Hertz à Merah, une radicalisation en famille”. Dans son article, l’historien dresse un parallèle invraisemblable entre Robert Hertz, normalien, agrégé de philosophie, tombé sur le champ d’honneur en 1915 et Mohammed Merah (!) Celui même qui a logé une balle dans la tête de la petite Myriam Monsonégo après l’avoir attrapée par les cheveux. L’auteur prend d’abord ses précautions, estimant qu’il serait exagéré d’”adosser [les deux personnages] ainsi, sous la bannière de la radicalisation, patriotique chez l’un, islamiste chez l’autre”. Notons que, d’après M. Mariot, vouloir défendre son pays jusqu’à l’ultime sacrifice, c’est être radicalisé. Les familles des millions de braves morts pour la France apprécieront. Nous voyons ensuite, quelques lignes plus loin, où le chercheur veut nous mener : le héros Hertz et le terroriste Merah auraient été, tous deux, victimes d’un lavage de cerveau en règle par des membres de leurs familles, à coups de “feuilles de propagande” et d’ “éditoriaux de Maurice Barrès” pour l’un et de “livres religieux” pour l’autre. Nous devinons qu’il s’agit évidemment de la grotesque “tenaille identitaire” qui suppose une analogie entre l’idéologie islamiste et l’extrême-droite française. Lorsque l’on rétorque aux chantres de cette théorie fumeuse que ce n’est pas l’extrême-droite en France qui égorge des vieillards, des jeunes femmes, décapite des professeurs ou tire sur nos enfants, ils n’ont plus d’autre choix que d’aller, à l’instar de M. Mariot, déterrer et secouer les cadavres de nos héros morts au combat.
Souvent présenté comme chercheur au CNRS spécialiste des études postcoloniales[tooltips content= »Il n’est que chercheur-associé, et le postcolonialisme n’est pas considéré comme une discipline sérieuse par l’ensemble des scientifiques NDLA »](1)[/tooltips], M. Blanchard est l’un des premiers importateurs en France de cette théorie très controversée, ayant pour postulat que les Français d’origine immigrée seraient d’éternels “sujets post-coloniaux”. Selon lui, il existerait en France une mécanique invisible aux ressorts multiples, dont l’objectif serait le maintien d’une partie des citoyens en état d’infériorité vis-à-vis des autres. Bien que dépourvue d’aucun fondement ni scientifique ni juridique, le postcolonialisme fait pourtant des émules chez certains chercheurs-militants. Ainsi, l’ACHAC, groupe de recherche nébuleux dirigé par M. Blanchard qui regroupe journalistes, militants et quelques chercheurs égarés est une superbe entreprise de propagande qui, recouverte des faux oripeaux de la recherche scientifique, diffuse son venin raciste là où elle le peut. Nous ne le répéterons jamais assez : leur discours est raciste. Lorsque M. Blanchard nous explique que “les blancs ne peuvent pas comprendre ce que ressentent les noirs”, ce n’est ni plus ni moins que du racisme. D’ailleurs si un blanc ne peut pas ressentir ce que ressent un noir, qu’en est-il des Maghrebins envers les Ashkénazes ? Des Normands envers les Basques ? Nous aimerions savoir quelles sont d’après lui, les ethnies capables d’empathie et celles qui ne le sont pas. Que M. Blanchard se rassure : nous ne l’avons pas attendu lui et sa troupe indigéniste pour savoir que la France était une nation multi-éthnique. Jacques Bainville, au début du XXe siècle disait “le peuple français est un composé, c’est mieux qu’une race, c’est une Nation”. Nous n’avons pas besoin de ses discours de confort empêchant toute introspection et qui ne créent que frustrations et sentiments revanchards. Et puisque M. Blanchard aime à citer les années trente, qu’il nous permette de lui rappeler que durant cette période, c’est dans les pages de l’Humanité et de la revue Clarté que sévissait la plume du communiste George Montandon, scientifique dont les études étaient essentiellement portées sur le classement des races. Antisémite acharné et ultra de la collaboration, il rejoint quelques années plus tard le PPF de l’ex-camarade Jacques Doriot dont il assure la présidence de la Commission ethnique. Plus tard en 1941, il organise à Paris l’exposition “Le Juif et la France” et à partir de 1943, dirige l’ Institut d’études des questions juives. Le danger des années trente n’est pas nécessairement là où on veut le faire croire.
Bernanos écrivait, en 1942: « on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure ». Aussi, je vous le dis: thésaurisez vos pépites intérieures dans les coffres-forts de vos âmes, et remettez-vous en au silence pour en laisser béer quelquefois les trésors…
La légende du roi Midas est bien connue: ayant recueilli Silène, il se voit accorder par Dionysos son vœu de transformer tout ce qu’il touche en or. Mais la bénédiction attendue se transforme vite en malédiction, et Midas connaît alors le sort tragique d’un être incapable d’étreindre sans tuer.
Quiconque a jamais parlé ne peut que compatir à l’évocation du sort déchirant qui fut temporairement celui de ce monarque ; car c’est l’humaine condition que d’héberger dans son âme des merveilles, et que de ne pouvoir les vocaliser sans qu’elles s’évanouissent – aussi insaisissables en cela pour nos gorges, que l’eau et le manger en étaient venus à l’être pour le malheur du souverain phrygien -.
Aussi, ce qu’on ne sait restituer par la plume, quelle folie que de l’espérer donner à entendre de vive voix ! Quelques sentiments, nobles ou délicats, ont momentanément investi votre cœur ? Taisez-vous, insensés : en entrebâillant vos lèvres, vous ne feriez que les laisser s’échapper sans espoir de retour, tels ces vents confiés par Éole à Ulysse pour faciliter sa rentrée à Ithaque, qui finirent dispersés par faute de l’équipage. Gardez donc votre bouche close comme il eût alors fallu conserver l’outre éolienne ; car la parole est une contre-pierre philosophale, qui transforme l’or des cœurs en plomb des propos !
Des silos à silence
Pour ma part, j’ai toujours conçu le silence comme quelque chose dont il fallait faire provision, ainsi qu’on se constitue une réserve d’air avant de plonger dans quelque milieu dont on sait, par avance, qu’il nous sera irrespirable. Je me plais ainsi à imaginer un monde dans lequel on pourrait l’emmagasiner dans des bouteilles, sous pression, et en respirer le gaz oxygénant chaque fois que l’asphyxie nous menacerait. Mieux, même: on en remplirait des silos; et, dans ce pays hypothétique, chaque entrepôt à grains serait consciencieusement doublé d’une structure jumelle, dans laquelle on stockerait non plus des céréales, mais du silence, comme un aliment dont la faim serait semblablement mortelle. Voilà, me dis-je alors, une nation qui serait armée pour affronter toutes les crises.
De là sans doute me vient cette image agricole que je me fais du silence, comme d’un laboureur intérieur, ayant lui aussi sa charrue, pareil à un serf qu’on pourrait s’assujettir pour nous cultiver l’âme, tout en en conservant les fruits, et la propriété. Du paysan d’ailleurs, je lui vois l’opiniâtreté muette et modeste qui ignore les postures autant que les paroles superflues, parce qu’il pèse ses mots et n’agit pas pour un public, se conformant en cela au modèle de la terre qu’il travaille, et qu’il a constamment sous les yeux comme un exemple à suivre, une figure d’autorité à imiter.
Le silence est une moisson
C’est dans l’économie de paroles que naissent et mûrissent les grandes choses : telle est la leçon des semailles, dont la vérité ne s’arrête pas aux champs, et s’étend bien aux hommes. On méprise par trop la valeur des enseignements dont le silence est tout prêt à nous faire part, à sa manière rurale, agissant d’exemple, n’ignorant pas qu’on ne peut hâter les saisons, et acceptant la durée que prend toute chose pour s’accomplir.
Aussi, je vous le dis : thésaurisez vos pépites intérieures dans les coffres-forts de vos âmes, et remettez-vous en au silence pour en laisser béer quelquefois les trésors. Alors, comme cette poussière d’or qui chaque année, par frottement, s’évapore dans l’air, et enrichit insensiblement tous les hommes tel un encensoir, l’élixir de vos cœurs, placé dans ce flacon, ira parfumer l’air et brumiser les fronts.
Un cataplasme pour jardins de l’âme ravagés
Abandonnez donc vos sentiments les plus purs à la garde du silence, ainsi qu’à une cave vous confieriez vos meilleures bouteilles, pour les mûrir dans sa pénombre. Remettez-les lui ainsi que vous le feriez de graines à un jardinier accompli, chargé d’en ensemencer votre âme ; et attendez sereinement l’infaillible éclosion.
Aucun bachelier n’ignore la célèbre invitation sur laquelle Voltaire conclut son Candide ; mais combien ont appris qu’elle équivalait à la clôture des lèvres ? Vous, en tout cas, ne pouvez plus l’ignorer. Le silence est le suprême cultivateur des cœurs. Hors lui, point de parterres de fleurs, point de roseraies de l’âme. Sa main verte prépare des paradis ; son absence assure des champs d’herbes folles. Le silence est un cataplasme pour jardins de l’âme ravagés…
On cède au bruit comme on cède à la guerre
Bernanos écrivait, en 1942 : « on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure« . Or, de celle-ci, le silence est comme un sanctuaire. Le dialogue avec soi, ce dédoublement intérieur, nécessite d’être extrait du monde ; de se soustraire à sa rumeur, ou de s’y rendre imperméable. Le silence marque alors presque infailliblement la réussite de cet assourdissement du Dehors. C’est ce qui lui vaut l’inexpiable hostilité de la modernité, résolue à régner seule, et à régner partout.
Céline, rapportant l’expérience de Bardamu au sein de l’usine Ford, a cette formule incroyable : « on cède au bruit comme on cède à la guerre« . Tel est l’état des positions. L’époque cherche à faire de nous ses auxiliaires sonores dans la lutte à mort qu’elle a déclaré au silence, ainsi qu’à tous les bruits qui ne sortent pas d’elle. Et dans bien des cas, elle parvient effectivement à s’attacher nos services.
La nostalgie du cordon ombilical
C’est que l’individu moderne soupire après le Ça. Plus précisément, il se languit du sentiment océanique originel qui fut le sien, avant l’expérience de la coupure avec le Tout. Il a la nostalgie de l’unanimisme; il veut en revenir à l’amniotique. Cette conspiration contre toute espèce de vie intérieure est donc loin de l’effrayer ; au contraire, elle le séduit. Mieux, même : il entend prendre part à la conjuration, jouer un rôle actif dans le complot. Sa dissolution dans un grand beat mondial lui tarde ; il a hâte d’aller se perdre dans les décibels, de se fondre dans un grand magma sonore anonymisé.
Il y a ainsi dans le bruit un effet stupéfiant qu’on ne souligne jamais assez. Les grandes basses rythmiques, en particulier, font l’effet de vous liquéfier littéralement le cerveau; accordées à vos pulsations cardiaques, vous avez même l’impression que c’est un seul et même organe qui bat en vous. C’est l’image de ces rave parties où les participants semblent avoir abdiqué leur individualité en même temps que leur consistance, se mouvant élastiquement comme les terminaisons d’une grande masse gélatineuse, ou guimauvesque. C’est proprement la musique transfrontalière de Cordicopolis, l’hymne œcuménique d’Homo festivus, aurait pu écrire Philippe Muray; la déclinaison sonore de son inépuisable énergie à fabriquer du même, sous les dehors hypocrites de sa mécanique exaltation de l’altérité.
Aussi, je voudrais insister une dernière fois. C’est de tout un monde souterrain qu’on se coupe en renonçant au silence, ainsi que l’époque nous y invite, pour adopter son étendard décibélique. C’est de tout un univers mystérieux, faits de galeries et de cavernes, qu’on se prive en se pliant au mode de vie bruissant que la modernité a conçu pour nous. Nous pourrions être nos propres Ali Baba intérieurs; mais cela exigerait de nous taire, un moment, le temps de surprendre le secret du silence alors qu’il ouvre magiquement les portes condamnant nos trésors.
Ce serait un bien faible prix à verser pour accéder à de telles merveilles; et pourtant, exprimé en pareille monnaie, il nous paraît exorbitant. Aussi, de même que bien des mânes, faute d’avoir eu sur elles la modeste obole que requérait Charon pour leur passage, durent végéter 100 ans au bord du Styx avant que de pouvoir gagner l’Hadès, bien des âmes resteront, toute leur vie durant, faute d’avoir su se taire, au seuil de leurs Jérusalems intérieures.
Une identique communauté de destin
Mais concluons, nous n’avons que trop tardé. Simone Weil écrivait : « si, par excès de faiblesse, on ne peut ni provoquer la pitié ni faire du mal à autrui, on fait du mal à la représentation de l’univers en soi. Toute chose belle et bonne est alors comme une injure. » Cette remarque d’ordre psychologique m’a toujours paru le sous-titrage nécessaire, aussi bien au Pavillon d’or de Mishima, qu’à l’annonce de la mort de Dieu par le fou du Gai savoir. Mais, parvenu au stade de ce développement, je ne doute plus maintenant qu’il en aille de même du silence[tooltips content= »Autrement dit, que sa meurtrissure, elle-aussi, ne soit l’effet d’un excès de faiblesse. »](1)[/tooltips] ; et l’évidence de leur communauté de destin[tooltips content= »Au Beau, à Dieu, au silence. »](2)[/tooltips] m’apparaît désormais lumineuse. L’existence d’une vie intérieure n’est pas seule suspendue au silence ; le sentiment même du Beau en dépend. Aussi ces trois chandelles seront-elles éteintes d’un même souffle. L’unification du genre humain en sera-t-elle facilitée ? Peut-être. Mais nous réjouirons-nous d’appartenir à cette humanité ?
Liberté de la presse versus propagande d’État? Le véritable état de guerre froide qui existe entre le Parti communiste chinois et certains gouvernements occidentaux s’exprime aujourd’hui à travers une guerre des ondes entre Londres et Pékin. Récit.
Le 4 février, la chaîne de télévision chinoise CGTN (China Global Television Network) a perdu son autorisation de diffusion au Royaume-Uni. Pour quel motif ? Parce que cette chaîne serait « contrôlée par le Parti communiste chinois. » Dans un communiqué, l’Ofcom, l’équivalent britannique du CSA, a expliqué que le droit d’émettre avait été accordé à la société Star China Media Limited, mais que cette entité n’exerçait pas de responsabilité éditoriale sur le contenu diffusé par CGTN. Or, selon les règles de l’Ofcom, le détenteur d’une autorisation doit être responsable des politiques éditoriales d’une chaîne et décider au jour le jour du contenu de ses programmes. En réalité, cette responsabilité serait exercée par une autre entité, la China Global Television Network Corporation, qui elle-même serait entièrement sous le contrôle du Parti communiste chinois. Selon le droit britannique de la radiodiffusion, un média de ce type ne peut pas être contrôlé par un parti politique.
L’Ofcom aurait accordé à CGTN un délai important pour lui permettre de régulariser sa situation, mais la chaîne n’en aurait pas profité.
Représailles immédiates
Comme on pouvait s’y attendre, la Chine a immédiatement promis des représailles. Une semaine plus tard, BBC World News était interdite d’émettre sur le territoire chinois. La chaîne y était accessible jusqu’alors presque exclusivement dans les hôtels internationaux.
L’Administration nationale de la radio et de la télévision, organe de l’état chinois, a motivé sa décision en prétendant que la chaîne d’État britannique avaient enfreint ses règles qui stipulent que tout reportage doit être « factuel et juste » et « non préjudiciable aux intérêts nationaux de la Chine. » Le gouvernement communiste s’était déjà plaint de la manière dont la BBC avait couvert les manifestations pour la démocratie à Hong Kong, la gestion chinoise de la pandémie et la persécution de la minorité ouïgoure. De façon symétrique, l’Ofcom britannique s’était plaint de la couverture de ces mêmes événements à Hong Kong par CGTN.
Dominic Raab, le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères britannique, a qualifié la décision chinoise d’« atteinte inacceptable à la liberté de la presse. » Son homologue américain a également condamné la Chine, y voyant une campagne plus générale contre la liberté de la presse. Cette partie de ping-pong perpétuelle entre Pékin, Londres et Washington, montre l’importance centrale du contrôle de l’information.
Le 6 mars se tiendront en Côte d’Ivoire des élections législatives éclairantes à plus d’un titre.
Au lendemain de la réélection d’Alassane Ouattara, elles devraient renseigner sur l’état de la démocratie dans le pays, mais aussi sur celui d’une opposition qu’il fallait bien, jusqu’à récemment, qualifier de fantoche, puisqu’elle avait décidé de boycotter la présidentielle d’octobre. Si cette dernière devrait cette fois défendre ses chances, elle pèche toujours par son caractère morcelé, mais aussi et surtout par l’outrance de ses reproches à l’égard du pouvoir en place, reproches lui tenant bien souvent lieu de seul programme politique. La Côte d’Ivoire ne mérite-t-elle pas mieux?
Le fait n’est pas nouveau : l’opposition ivoirienne, quand elle cherche à peser dans le débat démocratique, le fait essentiellement en tirant à boulets rouges sur l’administration Ouattara. Directement ou via ses émissaires. L’opposition s’oppose, et alors ? Difficile de le lui reprocher. La particularité des adversaires du RHDP, le parti présidentiel, est cependant qu’ils ne font que cela, s’opposer, ayant renoncé à se montrer constructifs, ne proposant rien ou presque.
Presque, car lorsqu’il s’agit de brosser un tableau crépusculaire de la Côte d’Ivoire, reconnaissons aux contempteurs de Ouattara un certain talent d’imagination. Ainsi, dans un papier publié le 19 février sur le site de Causeur, le journaliste franco-camerounais Charles Onana, auteur par le passé d’ouvrages pro-Gbagbo, affirme que le pays émerge de 20 ans « de chaos politique et de guerre civile sanglante ». Ah bon ? Depuis le départ de Laurent Gbagbo et l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, en 2011, le pays flirte pourtant avec une croissance à deux chiffres, se classe régulièrement parmi les meilleures progressions du classement Doing business de la Banque mondiale, attirant les investissements étrangers à tours de bras. Pas vraiment la marque d’un pays « à feu et à sang »…
L’économie ivoirienne à l’avenant
L’honnêteté intellectuelle exige que l’on reconnaisse le rôle d’Alassane Ouattara dans les progrès économiques réalisés par la Côte d’Ivoire. Son bilan est en effet l’un des plus solides de l’histoire du pays, à tel point que la dernière décennie est souvent qualifiée de « second miracle ivoirien » par les observateurs. Alors qu’en 2011, l’économie s’était contractée de 4,8 % avec les soubresauts de la crise socio-politique, la croissance a repris de plus belle et a affiché sur les dernières années l’un des plus forts niveaux au monde. Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), le PIB a progressé en moyenne de 8 % entre 2011 et 2018.
Aujourd’hui, le pays est l’un des plus dynamiques de l’Afrique de l’Ouest et pèse pour près de 40% du PIB de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA). Il est vrai que l’embellie économique ne profite pas encore à toutes les couches de la population, notamment dans les zones rurales. Mais on ne peut pas balayer d’un revers de la main les efforts de l’exécutif pour rendre la croissance plus inclusive. En 2013, le salaire minimum a ainsi été augmenté de 60%, passant de 36 000 Francs CFA à 60 000, alors qu’il n’avait pas été revalorisé depuis 18 ans.
Président surtout par « devoir citoyen »
Si les adversaires politiques avancent que la conservation du poste de chef d’État est la seule ambition d’Alassane Ouattara, il faut rappeler qu’à 79 ans, l’homme n’a plus rien à prouver, ne cherchant qu’à maintenir ses acquis. C’est d’ailleurs ce que la nomination du défunt Premier ministre Amadou Gon Coulibaly comme candidat initial du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie etla Paix (RHDP) à l’élection présidentielle du 31 octobre devait lui permettre de faire. Avec celui qu’il surnommait son fils, Ouattara avait trouvé un remplaçant idéal. Le décès brutal de celui-ci le 8 juillet, à quelques mois de l’élection, ne lui a pas laissé d’autre choix que de se présenter pour continuer de faire vivre son projet politique.
Même si la campagne électorale s’est déroulée sur fond de fortes tensions, le chaos que prédisaient certains n’a pas eu lieu. Le pays a connu des troubles qui se sont soldés par la mort de plus de 80 personnes, mais ils sont largement dus à l’opposition, justement, qui au lieu de défendre ses chances dans les urnes a préféré, par la voix de son leader Henri Konan Bédié, en appeler à la « désobéissance civile ». Toujours est-il qu’après avoir boycotté les élections législatives de décembre 2011 et de décembre 2016 ainsi que la dernière présidentielle, l’opposition semble déterminée à prendre sa place dans cette nouvelle joute électorale.
Qui a peur de l’opposition ivoirienne?
Pour renouveler les 255 membres de l’Assemblée nationale du pays, les calculs politiques vont bon train. S’il est déjà acquis que l’opposition participera à ce scrutin, les interrogations demeurent sur sa tangibilité, tant elle semble davantage affairée à se tirer dans les pattes qu’à proposer à ses militants la cohésion et le programme politique qu’ils sont en droit d’attendre.
Ainsi, l’incapacité de l’opposition à présenter des listes communes pour tenter de briguer davantage de sièges se manifeste par exemple dans la circonscription de Gagnoa, où le Front populaire ivoirien (FPI) pro-Gbagbo et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié ne feront pas front-commun. Et si le PDCI et Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), la plateforme des formations pro-Gbagbo, présenteront des candidats communs dans la plupart des 205 circonscriptions, cette union devra affronter un autre bloc d’opposition, celui du Front Populaire Ivoirien (FPI) pro Pascal Affi N’Guessan. Sans compter le COJEP de Charles Blé Goudé, l’UDPCI d’Albert Toikeusse Mabri, et Agir de Martial Ahipeaud qui présenteront des candidatures uniques, dénonçant la mainmise des deux partis historiques (FPI et PDCI) dans le choix des candidats. Soit autant de chances, pour l’opposition, de ne pas parvenir à obtenir beaucoup de sièges face à un RHDP uni, déterminé, en ordre de bataille.
Afin de poursuivre son objectif affiché de servir la Côte d’Ivoire, l’opposition ivoirienne serait inspirée de commencer par l’aider à ériger un multipartisme digne de ce nom, en irriguant le débat politique d’idées plutôt que de récriminations sans fin, quand il ne s’agit pas de contre-vérités éhontées à l’encontre du bilan de la majorité. Elle ferait mieux, également, de proposer un visage uni face au RHDP, qu’il est facile de taxer d’hégémoniste alors qu’il se contente de se présenter à ses électeurs de façon claire et ordonnée face à des adversaires brouillons, à la feuille de route illisible. La nation éburnéenne se cherche toujours une opposition digne de ce nom.
Un texte de Nicolas Leblond, maître de conférences de droit privé et Éric Desmons, professeur de droit public
Assiste-t-on à un coup d’État des personnels de santé ? À une tentative de putsch médical, malgré la résistance tardive du président de la République aux oukases du Conseil scientifique ? Depuis la décision présidentielle, annoncée par le Premier ministre, de ne pas confiner la population française pour une troisième fois, l’offensive de certains médecins médiatiques dénonçant ce qu’ils estiment être une folie et réclamant urgemment un nouveau confinement a repris, justifiée désormais par l’objectif « zéro Covid ». Pourtant, les décideurs publics n’obtempèrent plus, ou en rechignant, et en jetant un œil inquiet sur une société civile à bout de nerfs. C’est même un dialogue de sourds qui semble s’instaurer. D’un côté les courtisans ébahis louent les lumières du chef de l’État (« un jour, il pourra briguer l’agrégation d’immunologie », s’extasie le président de l’Assemblée nationale). De l’autre on campe sur ses positions : la faculté, qui sait bien mieux que tout le monde, ne se laissera pas faire. On croirait entendre Céline dans sa thèse de doctorat en médecine sur l’hygiéniste Semmelweis : « Quant à répondre point par point aux arguments qui paraissent tous décisifs à nos détracteurs, il faut y renoncer, car nous ne parlons pas le même langage ». Le langage de l’épidémiologie n’est pas celui de la politique, mais il n’échappe à personne que certains médecins veulent s’en saisir.
Les experts pestent de voir le pouvoir leur échapper
Pour appuyer leur revendication, les médecins qui sont partisans du reconfinement n’hésitent pas à convoquer l’argument d’autorité : la Vérité scientifique ne saurait mentir et ce confinement est nécessaire parce qu’il est inéluctable. Il serait en effet seul en mesure de contrecarrer l’épidémie (même si certains scientifiques comme le professeur Ioannidis ont pu montrer l’inefficacité de cette stratégie). Ces médecins prennent néanmoins la précaution de dire que la décision ne leur appartient pas et qu’évidemment, d’autres aspects doivent être pris en compte comme les questions économiques, sociales, psychologiques… Mais on ne peut s’empêcher de voir dans leurs réactions et revendications la frustration de ceux qui ayant eu le pouvoir et le voyant leur échapper, tentent de le récupérer. L’occasion leur est donnée de prétendre à un rang supérieur – ou jugé tel – à celui de simples techniciens de la santé.
La décision qu’ils réclament à cors et à cris met sous une lumière crue les rapports entre la médecine – et l’on pourrait dire la science en général – et l’art de gouverner, en période exceptionnelle. On observe à cette occasion non seulement une confusion entre les domaines de la politique et de la médecine, ce qui est normal jusqu’à un certain point si l’on s’en tient à l’objet sur lequel portent les décisions à prendre, mais qui l’est moins lorsqu’est invoquée l’autorité de la science pour imposer des choix stratégiques. Mutatis mutandis – et ce n’est pas pour rien qu’un temps le président de la République se plut à parler de guerre contre le virus -, on retrouve les problématiques qui se posent en temps de conflit, entre tactique et stratégie, autorité militaire et autorité civile : qui des militaires ou des civils doit arraisonner la direction politique de la guerre ? On connaît la réponse que fit Clemenceau pour réaffirmer la supériorité de l’autorité politique dans la conduite des opérations ainsi qu’une forme de séparation des pouvoirs, garante du fonctionnement démocratique des institutions : celle des experts et celle des politiques, de la supériorité de ces derniers, notamment parce qu’ils ont, normalement, à rendre compte des décisions qu’ils prennent.
Le confinement réduit la vie à sa dimension biologique
Puisqu’il s’agit de politique, il convient d’identifier l’objectif que ces apôtres du confinement poursuivent. Bien sûr, de façon immédiate, ils affirment qu’ils veulent éviter à la fois des décès et la saturation du système de santé. Qui pourrait être contre un tel objectif ? En écoutant et en lisant ces médecins, on s’aperçoit qu’ils prennent pour modèle la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou certains pays asiatiques qui eux, poursuivent explicitement l’objectif « 0 Covid ». Toutefois, outre que les pays pris en exemple sont des îles ou des pays moins soucieux des libertés que le nôtre, le SARS-Cov-2 appartient à la famille des coronavirus dont l’histoire a montré qu’ils sont endémiques. Il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement du SARS-CoV-2. Dans ces conditions, le confinement et la stratégie « 0 covid » que ces médecins réclament apparaissent sous un autre jour : face à ce virus qui persistera, il faudra se résoudre à confiner sans cesse et à restreindre considérablement nos libertés les plus élémentaires. Loin d’un modèle humaniste, ces médecins proposent un projet social fondé sur la réduction de notre vie à sa dimension biologique. Certes, ces médecins disent du confinement qu’il n’est pas la solution et que celle-ci réside dans la vaccination. Mais dans le même temps, ils indiquent que la vaccination pourrait ne pas être efficace face aux nouveaux variants et qu’en conséquence, il faudra continuer à pratiquer ces fameux « gestes barrières », au premier rang desquels se situe la « distanciation sociale » et donc, le confinement. On comprend alors que si ces médecins réclament si fortement le confinement, c’est qu’il leur apparaît comme une panacée et un nouveau modèle social : celui d’un monde dépourvu de maladies et donc, de malades.
Pour reprendre Michel Foucault, nous sommes arrivés à l’âge de la « bio-politique », celui où « le biologique se réfléchit dans le politique » : le pouvoir s’exerce désormais davantage sur des corps que l’on discipline que sur des sujets auxquels on commande ; il « prend en charge la vie », qui devient ainsi l’enjeu des luttes politiques et la valeur cardinale des sociétés contemporaines (d’où les enjeux considérables autour de la santé publique). Comme Hobbes l’avait parfaitement analysé au XVIIe siècle, la conservation de soi, au sens biologique du terme, est désormais la finalité du contrat social puisque la plus puissante des passions individuelles sur laquelle se construit la politique est la peur de la mort, ou le désir de se conserver en vie. Dans l’ordre des préoccupations, la vie nue prend le pas sur la vie qualifiée et le « vivre bien » se réfugie dans la bonne santé. Ce projet, pavé de bonnes intentions, apparaît comme une sorte d’extension de la politique ducare– du « soin mutuel » – dont la science médicale révèlerait la loi naturelle, comme jadis les jurisconsultes le faisaient pour le droit. Mais il faut voir que ce que promet ce despotisme éclairé et hygiéniste n’est pas un projet émancipateur : on préconise en effet d’enfermer plutôt que libérer, de contrôler plutôt que d’émanciper. Hobbes prend le pas sur Rousseau, en somme. Et, pour s’en inquiéter, l’on pourrait ici plagier ce dernier : on peut vivre en bonne santé dans un cachot, mais « en est-ce assez pour s’y trouver bien ? ».
Un précautionnisme bourgeois ?
Ce modèle, par l’ampleur de ce qu’il modifierait dans nos vies, doit être assumé pour être discuté, et l’argument d’autorité complètement évacué. Cela est d’autant plus nécessaire que les mois qui viennent de s’écouler l’ont montré : la vérité scientifique n’existe pas et la politique des experts est toujours partielle, voire partiale. Or, on peut justement déceler un jeu de pouvoir dans la posture adoptée par ces médecins : certains, souvent les plus médiatisés, ne renoncent pas à faire croire que leur science permet de trouver « la » solution à la pandémie qui nous menace. Il y a à n’en pas douter un réflexe corporatiste dans cet appel au confinement face à un pouvoir qui par ses décisions, essaie de ménager les autres aspects de la vie sociale et économique. Pour faire passer le remède, ces médecins « confinistes » jouent sur la corde de l’émotion et de la peur pour rendre légitime la mesure qu’ils préconisent : c’est que des gens meurent, ce que personne ne contestera – dans quelles proportions, il est en vérité difficile de l’évaluer, malgré les décomptes officiels quotidiens dont le moindre des effets est d’entretenir un climat d’angoisse permanente.
Mais si les décès dus au covid sont insupportables à ces médecins, comme ils aiment à le dire, quels sont ceux qui, à leurs yeux, sont au contraire supportables ? Quelle est finalement, d’après eux, la bonne façon de mourir ? On en vient même à s’interroger sur le caractère tout simplement acceptable de la mort pour ces médecins. Cette volonté de confiner à tout prix révèle en creux une peur de la vie et de ses risques, en même temps que le rêve d’une société enfin domestiquée, au sens profond du terme. C’est ce que le philosophe Matthew Crawford nomme le « précautionnisme », à savoir « la détermination à éliminer tout risque de la vie, […] sensibilité nettement bourgeoise ». Caricature pourront répondre ces médecins. Possible… Mais s’ils ne veulent pas qu’on leur prête ces mauvaises intentions, qu’ils tombent enfin le masque ! Et qu’ils méditent encore Céline, toujours dans sa thèse de médecine : « L’heure trop triste vient toujours où le Bonheur, cette confiance absurde et superbe dans la vie, fait place à la Vérité dans le cœur humain ».
Le concept d’islamo-gauchisme provoque chez certains journalistes et commentateurs une défiance immédiate et des critiques virulentes.
Le lien entre les deux idéologies-religions n’est pourtant pas nouveau, ils ont des racines communes. Les similitudes entre le communisme et l’islamisme en sont la preuve, dans le dogme et le mode de fonctionnement en particulier. Deux formes de totalitarisme. Plus que des cousins, des frères. Voici quelques explications.
De retour de Russie, en 1920, le philosophe britannique Bertrand Russell remarque les ressemblances entre l’idéologie marxiste-léniniste et l’islam : « Le bolchevisme combine les caractéristiques de la Révolution française et celles de la levée de l’islam, (…) avec des dogmes définis et des écritures révélées. La religion de Mahomet et le bolchevisme sont des religions pratiques, sociales, non spirituelles et soucieuses de gagner l’empire de ce monde ». (Pratique et théorie du bolchevisme, 1920)[tooltips content= »Cité par Thierry Wolton dans Une histoire mondiale du communisme (tome III, Les Complices), Grasset »](1)[/tooltips]. Russell a vu juste il y a cent ans. Plus tard, l’historien et sociologue Maxime Rodinson définira l’islam comme « un communisme avec Dieu ».
Le communisme est une religion d’État
Si, à la base de l’islamisme il y a une religion d’inspiration divine, nombreux sont les spécialistes qui considèrent le communisme comme une religion d’État. D’un côté le Coran et la charia, de l’autre le Manifeste de Marx et les directives du Parti. Les textes imposent aux êtres humains une manière de vivre qui doit suivre absolument, pour l’un les préceptes religieux, pour l’autre les règles de l’idéologie. Tout écart est puni, par l’enfermement, la torture ou la mort. Les deux ont la prétention d’offrir le bien être absolu à tous mais pour cela il faut éliminer les « ennemis du peuple ». C’est-à-dire les représentants du monde libre, de la démocratie capitaliste, de tous ceux qui ne se conforment pas aux normes religieuses ou idéologiques. Ou aux deux, car l’islam est à la fois une religion et une idéologie. Il n’accepte aucun pouvoir différent, séculier, il est au-dessus de toutes les lois. En fait, les sourates sont les lois. Celles du communisme sont, elles, élaborées selon les dogmes marxistes. Elles ne protègent pas les individus, elles en font les serviteurs du marxisme-léninisme. On voit que, islam et communisme, le but est le même : faire émerger un « homme nouveau », un parfait musulman ou un parfait citoyen, les deux façonnés par la religion ou le Parti. L’objectif est la société parfaite, d’un côté celle qui respecte à la lettre la doctrine islamiste, de l’autre celle qui réalise l’utopie socialiste.
Les similitudes sont tout aussi frappantes dans les coulisses de ces nobles ambitions, qui abritent la machine répressive, un appareil très perfectionné de contrôle, de censure et de châtiment impitoyable. Son fonctionnement est totalitaire: on purge et on élimine. On donne des exemples, on condamne et on punit ouvertement, sur la place publique. Procès publics, repentance publique des innocents, mises au pilori et exécutions à grand spectacle, lapidations devant la foule en colère… les scènes se ressemblent, sous Mao et sous la charia. Les deux idéologies-religions doivent êtres pures, toute autre forme de culture censurée ou, mieux, détruite. Les enfants sont dressés, endoctrinés, mis au travail, enfermés s’il le faut. En ce qui concerne les femmes cependant, avantage Mao : elles ne sont pas discriminées. Aucun interdit ne les frappe en tant que femmes. Ni en tant que travailleuses au service du bien-être des masses. Ni bien entendu en tant que victimes du goulag, du laogaï ou des génocides. L’islam ne leur laisse, dans la société, que ce statut de victimes.
La conversion ou la mort
Autre terrain de rencontre, le terrorisme. On sait aujourd’hui, après l’ouverture des archives, que l’URSS et les pays de l’Est, anciennement communistes, ont soutenu, financé et abrité de nombreux terroristes islamistes. Carlos, l’un des plus célèbres, a affirmé : « L’islam et le marxisme-léninisme sont les deux écoles dans lesquelles j’ai puisé le meilleur de mes analyses » (L’islam révolutionnaire, du Rocher, 2003). Des dictateurs comme Kadhafi ou Bachar el-Assad ont sévi avec l’aide de l’URSS et des dictatures communistes. La frange terroriste palestinienne a été financée et armée par Moscou, comme de nombreuses organisations islamistes en Afrique. A-t-on oublié le rôle joué par les « conseillers » soviétiques en Algérie lors de l’indépendance et la catastrophe économique qui a suivi, jusqu’au basculement du pays vers la guerre civile ? Le marxisme s’est développé comme le djihadisme, avec des milices et organisations paramilitaires qui ont agi, comme le font les islamistes, un peu partout dans le monde afin de déstabiliser des pays et des continents, de l’Amérique latine à l’Asie, en passant par l’Afrique. L’Europe, avec ses organisations terroristes d’extrême gauche des années 1960-1970, n’y pas échappé.
Communisme et islamisme sont l’un comme l’autre des ennemis de notre civilisation. Ils veulent notre conversion ou notre mort. L’islam n’accepte pas l’apostasie, le communisme ne tolère pas le renoncement idéologique. Aucune tolérance n’est acceptée. Entre les deux, il y a surtout des affinités et très peu de différences. Ce sont les pires ennemis (avec le nazisme) du monde libre et il faut les combattre en permanence.
La fin du communisme a laissé le champ libre à l’islamisme qui a trouvé un terreau extrêmement propice. Les gauchistes s’y retrouvent avec aisance, croyant ainsi perpétuer l’utopie marxiste. Il n’y a pas la moindre raison valable de contester le concept d’islamo-gauchisme.
Une Anglaise ayant vécu dans le Paris de la Restauration et de la monarchie de Juillet a laissé des mémoires inédits oubliés dans une malle après sa mort en 1918. Publiés récemment, ils nous plongent dans une France où on faisait la queue pour voir Hernani à la Comédie-Française et où l’on croisait Flaubert sur la plage.
Dans une malle oubliée, de l’autre côté de la Manche, dormait un ensemble de documents manuscrits proprement enchantés. Partiellement publiés aujourd’hui, ils libèrent, comme un flacon ancien, l’envoûtant parfum qu’ils contenaient, le témoignage d’une Anglaise sur deux écrivains majeurs du XIXe siècle, Gustave Flaubert et Victor Hugo. Ce livre remarquable[tooltips content= »Gertrude Tennant, Mes souvenirs sur Hugo et Flaubert (éd. Yvan Leclerc et Florence Naugrette, trad. Florence Naugrette et Danielle Wargny, postface Jean-Marc Hovasse), De Fallois, 2020. »](1)[/tooltips] nous permet de croire que la France est toujours une patrie littéraire.
Gertrude, née Collier et devenue par mariage Gertrude Tennant (1819-1918), est arrivée en France, à Honfleur, à l’âge de cinq ans, au printemps 1825. Son père, Henry Theodosius Browne Collier, avait décidé ce déménagement dans la hâte, malgré son mépris des Français, les tenant pour un peuple sale, régicide et mécréant. Les Collier s’installèrent à Paris. Ils y demeurèrent vingt ans. Le spectacle de la rue, le charme des habitants, leur vivacité d’esprit, tout cela plut infiniment à Gertrude. Elle devint francophone et francophile.
Flaubert en demi-dieu marin
Flaubert tout d’abord : on a gardé l’image d’un homme au torse puissant, à la mine austère, chauve largement sur le front, les lèvres dissimulées par une moustache épaisse, et une tristesse inconsolable dans les yeux. Viking neurasthénique, rosissant comme un fiancé jamais déclaré devant la princesse Mathilde, il semblait un ours encombré de lui-même. À 20 ans, son dieu littéraire se nomme Victor Hugo. C’est également l’auteur français préféré de Gertrude Collier.
Gertrude et sa sœur Henriette font la connaissance de Caroline et de son frère, Gustave, étudiant en droit, sur la plage de Trouville. Caroline est belle, distante, sérieuse, douée pour tout. Quant à Gustave : « Grand, mince, doté d’un corps parfait [il est] totalement indifférent aux convenances et aux bonnes manières […]. Le jeune homme et son terre-neuve avaient l’air de passer le plus clair de leur temps dans la mer. » Gustave et Gertrude entretiendront une longue correspondante ici révélée[tooltips content= »Germaine n’apprécia nullement Madame Bovary ; elle en fit même reproche à Flaubert, gênée du comportement immoral d’Emma. Pourtant, Mgr Dupanloup, parlant d’expérience, ne s’en offusqua point, lui. À Dumas fils, qui l’interroge : « Comment trouvez-vous Madame Bovary ? », il répond sobrement : « Un chef-d’œuvre, monsieur… oui, un chef-d’œuvre, pour ceux qui ont confessé en province. » (Edmond de Goncourt, Journal, 16 novembre 1875). »](2)[/tooltips]. Gustave-de-Normandie y démontre une puissante mélancolie dans l’évocation des ombres qui peuplent sa mémoire et de « cette plaisanterie bouffonne qu’on appelle la vie » (lettre à Ernest Chevalier).
Hugo ? Connais pas !
Le 25 février 1830, la petite Anglaise passe avec son père devant la Comédie-Française. La foule se presse, une pièce de Victor Hugo, Hernani, y sera jouée : avec cette œuvre naît le drame romantique. L’enfant demande à Henry Theodosius s’il connaît Victor Hugo : « Jamais entendu parler de ce type. Un violoneux français, je suppose », répond-il avec dédain. Commentaire de Gertrude : « Mon père, officier de la marine anglaise […] s’enorgueillissait de ne pas savoir un seul mot de français, et pensait sincèrement qu’un seul Anglais valait bien une demi-douzaine de Français. » Gertrude ne se doutait pas que le hasard lui avait fait croiser la grande histoire littéraire, ni qu’elle deviendrait une fervente admiratrice du « violoneux ».
Elle retrouve Victor Hugo, en particulier à Guernesey, en 1862, où l’écrivain proscrit réside de 1856 à 1870. C’est un autre personnage, plus affable, un homme d’intérieur dont elle juge le goût extravagant, un séducteur : « Sa voix […] était si mélodieuse, riche et sonore que le français, parlé par lui, paraissait une nouvelle langue ! » Définitivement installée à Londres, Gertrude tient l’un des salons les plus réputés de son temps. Elle se fait mémorialiste, sans intention d’être publiée. Elle meurt presque centenaire, et l’on oublie ses écritures au fond d’une malle.
D.R.
[Entretien]
Entretien avec Yvan Leclerc et Florence Naugrette qui ont dirigé l’édition des lettres et souvenirs de Gertrude Tennant.
Causeur. Y a-t-il vraiment une malle ?
Yvan Leclerc. Oui, je l’ai vue, et j’ai vu le grenier où elle se trouvait. J’avais été informé de son existence par l’excellent David Waller[tooltips content= »David Waller, La Vie extraordinaire de Mrs Tennant, grande figure littéraire de l’ère victorienne, Buchet Chastel, 2011. »](3)[/tooltips], alors qu’il écrivait sa biographie de Gertrude, en 2006. Je me suis rendu en Angleterre, en 2015, dans cette ferme du Surrey, où l’on élève des moutons, habitée par l’arrière-petite-fille de Gertrude Tennant. Et j’ai ouvert la malle au trésor : un journal intime, des agendas, des lettres de Henry James, d’Oscar Wilde, celles de Flaubert, les deux mémoires de Gertrude sur Victor Hugo et Gustave Flaubert que nous reproduisons. Je lis très mal l’anglais, mais il était aisé de saisir l’importance de ces documents, aussi me suis-je employé à convaincre les propriétaires de ne pas les disperser. Gertrude y démontre les qualités d’une diariste vraiment douée, alors que le texte de fiction dans lequel elle romance son idylle avec Flaubert est plutôt décevant.
Elle a laissé un roman, où il est question d’un baiser… Dites-nous tout : que s’est-il passé entre ce demi-dieu barbare et arrogant et la belle Anglaise ?
Florence Naugrette. On ne sait rien de précis, mais sans doute pas plus qu’un baiser. Flaubert fréquente les prostituées ; dans son esprit, les frontières sont fixées définitivement : il y a les femmes pour le plaisir, et les autres. Gertrude et sa sœur, issues d’une famille honorable, appartiennent à la seconde catégorie. Un baiser « fougueux » a – peut-être – été échangé à Paris, l’année suivante, où ils se retrouvent un soir, à l’Opéra. On peut l’imaginer grâce à ce roman, lui aussi présent dans la malle, très mièvre, dépourvu du charme de ses notes. La soirée à l’Opéra est réelle, attestée par les écrits de Gertrude et de Gustave. Flaubert avait un béguin plus prononcé pour Henriette, la sœur. Gertrude en a-t-elle éprouvé de la jalousie ? On le soupçonne à certains indices, mais rien ne prouve que Flaubert a suscité une rivalité amoureuse entre elles.
Cela dit, leurs jeux de séduction n’ont visiblement pas outrepassé les limites du flirt. On peut le déduire du conseil que lui adresse Maxime Du Camp dans une lettre du 30 septembre 1851 : « Fous Gertrude, fous Henriette ! » Cet ordre impérieux démontre qu’il ne l’avait pas fait. Peu de temps après, les deux sœurs, de respectables anglicanes, se marièrent…
La série rétro-ufologique diffusée en janvier sur Canal + est désormais visible en DVD
Il y a des signes qui troublent même les chroniqueurs les plus cartésiens, les plus attachés à la Terre ferme. J’ai beau être habitué aux apparitions étranges et aux phénomènes inexpliqués. Quand on est né, comme moi, dans le Berry où la sorcellerie et l’ufologie font bon ménage, où les veillées sont propices à une certaine distorsion du temps, on n’en demeure pas moins secoué par une série d’événements perturbants. Et je ne parle pas ici du virus.
Même pour ceux qui fuient la SF
Ça a commencé par des lectures, chez moi, l’écrit, l’imprimé papier est toujours annonciateur de modifications psychologiques profondes. Alors que je fuis la science-fiction depuis l’adolescence, me méfie de l’uchronie et du fantastique comme support à l’imaginaire, je me suis mis à acheter des dizaines de Folio SF ainsi que de Présence du futur chez Gibert et les bouquinistes des quais de Seine. Fin décembre, j’avais lu toute l’œuvre de Ray Bradbury et de Jacques Sternberg.
Du croquignolesque qui finit par émouvoir
Moi qui n’atteins d’habitude la jouissance littéraire qu’avec mes badernes, mes camarades populo-poétiques que sont Hardellet, Cossery ou Perret, je levais, pour la première fois, la tête vers les étoiles. Vers un autre monde. Sans raison valable. Je vous assure que les fusées et les satellites m’ennuient, je suis un adorateur de l’asphalte et du moteur à explosion. Pas le genre à s’émouvoir d’une comète ou d’une soucoupe volante. Et pourtant, je voulus revoir durant les vacances de Noël, E.T. l’extra-terrestre de Spielberg, je mis cette lubie sur le compte de ma vieille passion pour le BMX, à mon époque, on parlait de Bicrossing.
Encore plus déstabilisant, mon goût musical jusque-là affirmé pour la disco italienne et mon tropisme Pino d’Angiolien, notamment mon adoration de l’album Ti regalo della musica évoluait vers un son plus aérien, plus lointain aussi, plus énigmatique ? La Covid m’aurait-elle atteint ? La voix grave de Pino et son italianité réjouissante laissaient place à une autre musique, planante et interstellaire, à la métronomie implacable, aux cavernosités insoupçonnées, celle d’un immigré Italien également mais né à Vitry-sur-Seine. Je me réveillais désormais avec les battements de Marc Cerrone sur le cœur et Supernature envahissait mon espace de couchage. C’est à ce moment-là je crois, que Giorgio Moroder entra également dans mon existence et que je voulus acheter à la boutique de jouets anciens Lulu Berlu, un Big Jim de la Série Espace et une figurine de Steve Austin dans sa tenue d’astronaute.
Ovni(s), un bijou burlesque
Le coup de grâce fut atteint par le visionnage d’Ovni(s), la série créée par Clémence Dargent et Martin Douaire, réalisée par le tourangeau Antony Cordier qui a été diffusée durant le mois de janvier aux abonnés de Canal +. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir ce bijou de rétropédalage et de burlesque spatial, les douze épisodes sont désormais disponibles en version DVD dans un coffret édité par Studiocanal. Pourquoi les quadras comme moi qui ont le nez collé dans le rétroviseur, attendons et réclamons urgemment la prochaine saison ? Oui, une suite, par pitié. Parce que vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre. Une bonne série, c’est une atmosphère et des personnages. On adhère à l’esthétique d’Ovni(s) dès les premières images. Cette patine vintage ne vient pas coloriser le monde d’avant, elle n’est pas explicative ou intrusive, victimaire ou dénonciatrice, elle se fond dans une narration qui file de la poésie à la comédie.
Il faut vous avouer que je suis le client type, j’aime les 504, le tergal, Pompidou, Jean-Claude Bourret, les raëliens, la CIA, le KGB, Nicole Garcia, les mobylettes bleues et les flamands roses. Je ne m’étais encore jamais passionné pour le CNES, Ariane et les geeks à cravates épaisses. Dans cette série addictive, nous suivons les aventures du Gepan, un obscur bureau d’enquête spécialisé sur les ovnis dirigé par Didier Mathure (Melvil Poupaud). Il y a du pied nickelé en eux, du croquignolesque qui finit par émouvoir, de la farce populaire qui met le doute, les certitudes s’effritent et le plaisir enfantin de déconstruire les chronologies les mieux établies s’immiscent en nous. Cette création originale Canal séduit par son décor de la fin des années 1970, cette douce dinguerie qui nous amène de Kourou au plateau du Larzac et surtout pour son casting intergalactique. Melvil Poupaud moustachu pour l’occasion est l’héritier de Jean Rochefort, il en a l’élégance surannée et le comique rentré. Géraldine Pailhas pourrait lire le bottin, sa voix est l’un de nos derniers trésors nationaux, elle excelle dans l’érotisme chaste et le bégaiement amoureux. Michel Vuillermoz, c’est la qualité France par essence, la tradition du jeu désarticulé, celui des cimes artistiques, de Pierre Fresnay à Jacques Dufilho. Quant aux jeunes, Daphné Patakia nous fait oublier ses mini-jupes par son déséquilibre intérieur, quelle funambule ! Et Quentin Dolmaire, le génie informatique est aussi bon codeur que piètre dragueur, un régal. Comment ne pas citer enfin le vierzonnais Laurent Poitrenaux, phénoménal d’aisance et de veulerie dans le rôle du directeur, Marielle a trouvé son successeur. J’ai juste un souhait que dans la deuxième saison, le réalisateur filme une AMC Pacer ! Il peut se mettre en relation avec moi, je lui expliquerai pourquoi cette voiture américaine est indispensable à sa dramaturgie.
Ovni(s) – DVD – Création originale Canal + – Studiocanal
Au Royaume-Uni comme en France et en Amérique, la chasse aux statues racistes est ouverte. Vandalisme, déboulonnages, réécriture du passé… l’ampleur de l’iconoclasme a conduit le gouvernement Johnson à promulguer une nouvelle loi de protection du patrimoine. Il a aussi motivé la création de Save Our Statues (SOS).
Entre le Brexit et le Covid, on aurait pu penser que les Britanniques avaient assez de problèmes. Les antiracistes professionnels ont identifié un danger bien plus impérieux : les sculptures en ronde-bosse (posées sur un socle) de personnages historiques qui ornent l’espace public. Suite à la mort de George Floyd, des statues britanniques jusqu’ici sans histoires (si l’on peut dire), se sont mises à intimider les passants, comme autant de visages du racisme britannique. Ces héros de bronze offensaient les représentants des minorités ethniques. Pour pacifier le pays, il fallait d’urgence les faire disparaître. La chasse aux monuments problématiques est lancée à Bristol. Première bataille, première victoire. Le 6 juin 2020, une foule furieuse emmenée par le mouvement Black Lives Matter (BLM) s’en prend à la statue d’Edward Colston, lui attache une corde au cou, la traîne dans les rues pour aller la jeter dans les eaux du port. 15 000 manifestants applaudissent le geste émancipateur.
Qui est Edward Colston ? « Comme beaucoup, je n’en avais jamais entendu parler, répond l’historien Robert Tombs, auteur de The English and Their History[1]. Je connaissais le Colston Hall, salle de concert réputée à Bristol. J’ai appris que cet individu tombé dans l’oubli avait investi dans le commerce africain (essentiellement d’esclaves) et légué la majeure partie de sa fortune à sa ville natale (pour des écoles et autres). Il semble que Colston ait été un homme d’affaires avisé et peu sympathique, impliqué dans un commerce que la plupart des gens de l’époque trouvaient légitime. » Clayton Wildwoode, l’étudiant queer organisateur de la marche du 6 juin, a avoué dans la presse qu’une semaine avant les faits, il ignorait l’existence de cet esclavagiste. Solidaire de la population noire, il se félicitait néanmoins de ce nettoyage du patrimoine.
Black Lives Matter ne s’en tient pas là. Esclavagistes, colonialistes, même engeance ! Les bombes de peinture réécrivent l’histoire in situ. À Londres, la statue de Churchill est défigurée par l’inscription « raciste ». À Leeds, Victoria (sacrée reine quatre ans après l’abolition de l’esclavage en Grande-Bretagne) est étiquetée « propriétaire d’esclaves », « assassin », « salope ». Et la classe politique, perplexe, d’exprimer sa solidarité avec BLM et sa lutte contre le racisme et la violence. Jusqu’aux hautes sphères européennes où l’impayable présidente de la Commission, von der Leyen, déclare le 17 juin devant le Parlement : « Nous avons besoin de parler du racisme. Et nous avons besoin d’agir. » D’où un rapport de 27 pages et un plan antiraciste 2020-2025[2].
Depuis juin, la purge s’étend. On ne parle pas d’un petit toilettage. Le maire de Londres, champion multiculti, a créé une « commission pour la diversité dans l’espace public ». Sadiq Kahn s’engage à ce que l’histoire de la ville « reflète notre culture contemporaine », cause à laquelle il vient d’allouer un budget de 247 000 livres, au moment où pubs et commerces expirent pour cause de confinement. Du nord de l’Écosse au sud des Cornouailles, des comités interrogent la légitimité des héros. Le circumnavigateur Francis Drake est renié à Plymouth, le général Buller menacé de déboulonnage à Exeter, les Premiers ministres William Gladstone et Robert Peel, accusés d’avoir hérité d’argent sale. Henry Tate, de la galerie homonyme à laquelle il a légué ses collections, n’était ni transporteur ni propriétaire d’esclaves, mais il a fait fortune dans le sucre. La Tate Gallery envisage de changer de nom.
Les esclavagistes avérés iront dans l’Enfer muséographique que se propose de devenir le Musée international de l’esclavage de Liverpool
En face, la résistance commence à s’organiser comme en témoigne Emma Webb, cofondatrice de l’association Save Our Statues: « C’est allé très vite. Le procès de l’esclavage s’est transformé en un procès de la culture occidentale. Nous avons bâti un réseau de gens soucieux de protéger leur patrimoine face à une minorité de vandales idéologues. » SOS a maillé le territoire, contacté des observateurs dans 241 des 404 municipalités de l’île. Les relais sonnent l’alerte chaque fois qu’une statue est menacée. Emma Webb résume son combat : « Nous avons promu 40 pétitions, suscité 2 500 courriers d’objection à des retraits de monuments. Pour l’heure, six statues majeures ont été sauvées. Expurger l’espace public des témoignages de l’histoire, au mépris de toute nuance, est dangereux et perturbe les liens entre les générations. » Cette culture de la répudiation, selon l’expression de feu Roger Scruton, trouve son expression la plus simpliste sur le site toppletheracists.org (« renversons les racistes »). Une carte du Royaume-Uni y indique statues, monuments et enseignes indésirables. Les points rouges désignent les victoires : la douzaine qui a déjà été purgée. Les points bleus sont les dizaines de batailles à mener. Sous la carte, une invitation : « Ajoute ta statue ou ton monument. » Le site est l’œuvre de la Stop Trump Coalition, qui a organisé les manifestations anti-Trump à chaque visite de l’ex-président américain en Angleterre.
Ce qui inquiète encore plus, c’est la soumission des institutions culturelles aux injonctions de BLM. La British Library, pressée d’obtenir sa médaille antiraciste, s’est dépêchée de dresser une liste des coupables qui salissent ses collections. Zélée, elle a tant élargi les critères de culpabilité qu’elle a dû s’excuser auprès des familles d’auteurs mis en cause sans raison et a fini par retirer sa liste. Le National Trust, responsable de la conservation et de l’entretien du patrimoine, s’acharne à prouver l’origine douteuse de ses trésors. L’organisation propose même à ses employés un « mentorat inversé » : des enfants donnent des conférences à l’adresse du personnel du National Trust pour leur rappeler les liens des grandes demeures du patrimoine avec l’esclavage et la colonisation. Des enfants pour rééduquer le personnel du National Trust… Qui parle de révolution culturelle ?
On marche sur la tête. Art Review, célèbre revue d’art, félicite BLM pour son assaut contre les œuvres et lui décerne la première place de son classement des 100 artistes les plus influents de 2020. Le musée d’Histoire naturelle considère avec suspicion les collections de Charles Darwin réunies dans le cadre « d’expéditions scientifiques colonialistes ». Non, vous ne cauchemardez pas. Le British Museum cherche des noises à son fondateur : grand médecin et fantastique collectionneur de plusieurs millions d’objets d’art et curiosités, Hans Sloane a légué ses manuscrits à la British Library, ses herbiers au musée d’Histoire naturelle et ses antiquités au British Museum, à la condition que le public puisse venir les admirer gratuitement. Un homme de gauche avant la lettre. Mais Hans Sloane ayant épousé une héritière de plantations en Jamaïque, son buste a dû quitter son piédestal. Il est aujourd’hui remisé derrière une vitrine pédagogique sur l’Empire et l’esclavage.
Bien entendu, les autorités religieuses ont montré dare-dare qu’elles étaient du bon côté de l’humanité. L’archevêque de Canterbury, Justin Welby, a ordonné un examen minutieux des statues des églises. « Il faudra en déposer certaines », a-t-il promis. Les universités ne sont pas en reste, qui décolonisent l’enseignement et soumettent au vote le destin de leurs statues. King’s College, University College London, Imperial College… toutes les facs veulent « devenir des institutions antiracistes ». Dans un communiqué commun, ces hauts lieux de la pensée claironnent la doxa : « Nous avons le devoir d’examiner nos liens avec le colonialisme, le racisme et l’esclavage[3]. » On a même entendu le directeur scientifique du Kew Garden annoncer : « Il est temps de décoloniser les collections botaniques. » Quand les gardiens du patrimoine sont gagnés par la haine de soi, la furie épuratrice n’a plus de limite.
Devant l’ampleur de la menace, le think tank conservateur Policy Exchange a lancé le projet History Matters (« l’Histoire importe »). History Matters documente toutes les attaques contre l’histoire : statues, noms de rues et de bâtiments, plaques commémoratives, programmes d’enseignement. Ce catalogue de la dinguerie contemporaine recense les œuvres visées et, pour chacune, cite l’autocritique de l’institution qui en a la garde. Vertigineux ! Amoureux de l’histoire, s’abstenir. « Actuellement, l’histoire est le front le plus actif sur lequel se jouent les guerres culturelles », lit-on en introduction du projet.
Seulement, dans cette guerre, les historiens ne sont pas du côté que l’on croit. Le centre LBS (Legacies of British Slave-Ownership) d’University College London (UCL) fait de l’« histoire réparatrice ». Postulat de départ : c’est l’esclavage qui a permis à la Grande-Bretagne de devenir ce qu’elle est. Objectif des travaux de recherches : assumer, évaluer et réparer les injustices du passé. « L’histoire engagée a toujours existé, note Robert Tombs. L’histoire “réparatrice” est une forme d’histoire engagée. Mais l’intention de “réparer” trahit l’aspect unidimensionnel de recherches qui omettront à n’en pas douter le contexte et la subtilité pour ne pas risquer d’obscurcir le message politique. » Richard Bingley, trésorier de Save Our Statues, rappelle que l’esclavage a contribué de façon tout à fait mineure à l’économie britannique entre le xvie et le xviie siècle : « Il a profité à quelques familles, mais n’est pas à l’origine de l’industrialisation du pays. »
Justement, ces quelques familles sont dans le viseur. Fin décembre 2020, un projet de recherche conjoint des universités de Lancaster, Manchester et UCL a reçu un million de livres de fonds gouvernementaux pour constituer un « Dictionnaire des esclavagistes anglais ». L’étude couvrira une période de deux cent cinquante ans, fournira les biographies détaillées de 6 500 investisseurs complices de l’esclavage et montrera leurs liens avec les entreprises britanniques actuelles. Ce dictionnaire fournira sûrement de nouvelles idées de statues à déboulonner. Le temps des grandes purges et des procès staliniens arrive. La population de bronze subit des sorts variés, des statues sont vandalisées, d’autres coffrées, rendues momentanément invisibles dans une sorte de détention provisoire en attendant le verdict, d’autres encore sont exilées. Les esclavagistes avérés iront dans l’Enfer muséographique que se propose de devenir le Musée international de l’esclavage de Liverpool qui jure de rééduquer le public sur le sujet. Et tant pis pour la complexité, la pluralité et la vérité. « Devant le palais de Westminster, observe Emma Webb, une statue d’Oliver Cromwell fait face à un buste de Charles 1er. Nos statues n’ont jamais craint les tensions historiques. L’histoire est agitée et complexe, comme les gens qui la font. Cette vision n’est pas compatible avec les idées ingrates et dogmatiques des nouveaux révolutionnaires. La protection la plus sûre, pour nos monuments, reste la législation. » Elle se félicite donc de l’adoption de la loi du 17 janvier qui vise à protéger 20 000 statues et monuments d’Angleterre selon le principe retain and explain (« conserver et explique »). Plus question de réviser ou de censurer le passé.
Parmi les statues de Parliament Square, centre politique de Londres, les derniers arrivants, Nelson Mandela (2007), Mahatma Gandhi (2015) et la suffragette Millicent Fawcett (2018), unique femme de ce groupe de dix célébrités, reflètent l’impératif diversitaire. « Sadiq Kahn s’enorgueillit d’avoir inauguré la statue de Millicent Fawcett, remarque Tombs. Il semble ignorer que, si elle était une avocate modérée du droit de vote des femmes, elle était une ardente supportrice de l’Empire britannique. » Pas facile de trouver des héros blancs comme neige (oups, métaphore suprémaciste). L’historienne Philippa Levine a tranché dans la revue Prospect, suggérant d’en finir avec les figures héroïques et d’ériger plutôt des statues d’artistes contemporains célébrant Monsieur et Madame Tout le Monde. Quant à la mairie de Birmingham, elle s’en sort par l’abstraction et proposait il y a peu pour la toponymie de ses nouveaux quartiers : rue de l’Humanité, square de l’Égalité, allée du Respect. Il ne manque que l’impasse de la Diversité.
J’ai eu à trois reprises le privilège de passer une soirée chez Yushi avec José Thomaz Brum qui, avant d’enseigner à l’Université Pontificale Catholique de Rio de Janeiro, avait été un ami proche du philosophe Clément Rosset. Il lui avait même fait visiter le merveilleux jardin botanique de Rio. Il se souvenait d’un commentaire de ce cher Clément qui comparait la lumière d’une allée sombre du jardin à la lumière du grand Gottfried Schalken (1643-1706), le peintre des effets de lumière artificielle. En 2001, au mois d’août, il lui avait fait visiter le monastère de Saint Benoît et lui a confié qu’il aimait s’y promener à cause du calme solitaire de ce site conventuel et de sa colline si chère à son cœur. Clément a réfléchi et, soudain, lui a récité les vers de la fable : « Le Songe d’un habitant du Mogol » de La Fontaine :
« Solitude, où je trouve une douceur secrète, Lieux que j’aimais toujours, ne pourrais-jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ? »
«Je viens tuer Mozart»
Un jour, avait ajouté José Brum, il faudrait étudier l’usage que Clément Rosset fait des contes et des fables, sans négliger son cher Tintin, dans ses œuvres. Clément les utilise en tant qu’exemples pour enrichir sa pensée, quand elles ne sont pas à l’origine de cette dernière. Une large part du charme de ses écrits tient non seulement à son ironie, mais à la poésie qu’il leur insuffle.
Clément, m’a raconté José Brum, s’est même amusé, lui l’élève de Jankélévitch, à jouer du piano chez lui à Rio. Il a conclu sa performance par ces mots : « Je viens de tuer Mozart! » À Paris, rue Fustel de Coulanges, il lui a dévoilé sa bibliothèque. Il possédait les collections complètes de Maupassant – la fameuse édition illustrée Ollendorff – de Balzac et de Zola. Il avait une affection particulière pour le conte « Sur l’eau » de Maupassant que Cioran adorait tout comme moi d’ailleurs. Il avait, bien sûr, les livres de Cioran, à côté des livres d’Henri Gouhier, l’historien de la philosophie, qui a fait partie du jury de sa thèse soutenue en mai 1973 à La Sorbonne, thèse publiée la même année aux Presses Universitaires de France sous le titre de « L’Anti-Nature ».
Clément Rosset et Marcel Aymé
Un écrivain que Clément Rosset chérissait – je confirme – n’était autre que Marcel Aymé (1902 – 1967). Il a confié à José Brum qu’à l’époque de la publication de sa Lettre sur les Chimpanzés (1965), Marcel Aymé lui avait fait un grand éloge, dont il était très fier. Son ouvrage Le confort intellectuel (1949) a été un vrai guide de lucidité pour toute une génération: Clément comme moi lui devons beaucoup. Il avait lui aussi une idée bien amère et sans espoir de l’humanité. Il nous donne une idée assez précise des goûts et de la personnalité de Clément Rosset, conclut José Brum.
On se délectera de ses souvenirs publiés par l’excellente revue Alkemie éditée par les éditions Garnier (numéro 26).
Le prestigieux CNRS est-il une conquête de l’extrême-gauche? Depuis les propos fracassants de Frédérique Vidal, politiques, presse et scientifiques s’écharpent sur la question.
Les Français, dans leur grande majorité et à juste titre, sont attachés à l’excellence de la recherche scientifique française. Attachement qui ne doit rien au hasard, tant nombreux furent les grands scientifiques à avoir travaillé à la gloire des sciences et à l’honneur de la France. Voulu par Jean Zay, le CNRS voit le jour en 1939 et se donne pour mission de “coordonner l’activité des laboratoires en vue de tirer un rendement plus élevé de la recherche scientifique”. Qu’appelle-t-on la “recherche scientifique » ? Un ensemble de disciplines que l’on peut regrouper en deux grandes catégories : la première est celle des sciences dites exactes ou formelles (mathématiques, physique, astrophysique, chimie etc.), la seconde celle des sciences humaines et sociales qui constituent, par définition, un ensemble de disciplines subjectives (histoire, sociologie, science politique etc.). Au CNRS, ces dernières sont regroupées au sein de l’INSHS (Institut des Sciences Humaines et Sociales). Institut dont certains membres jouissent du privilège d’être souvent invités sur les plateaux télé ou chaînes de radio afin d’y présenter leurs travaux. Les rédactions de presse savent pertinemment que, lorsqu’il endosse les habits de chercheur au CNRS, l’historien, le sociologue ou le politologue acquiert une autorité morale que ne lui dispute pas le grand public. Quoi de plus facile que de faire pénétrer son idéologie à l’intérieur d’un esprit désarmé ? D’où les nombreuses tentatives de noyautage de la noble institution par l’extrême-gauche qui en a fait un de ses principaux objets de conquête. À cet égard, elle a obtenu de très belles victoires comme en témoigne la récente levée de boucliers des chercheurs en réponse aux déclarations de Mme la ministre de l’Enseignement Supérieur sur l’islamo-gauchisme qui, selon eux, “ne correspond à aucune réalité scientifique”.
Déjà en 2020, Samuel Hayat, chercheur en sciences politiques au CNRS s’était fendu d’une tribune publiée par l’Obs“L’islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie”. Nous passerons sur l’écriture inclusive, les “celles et ceux” et autres niaiseries boursouflées pour tenter de nous intéresser au fond : l’islamo-gauchisme serait un concept faible, sans aucune réalité ni “à l’université, ni ailleurs”, inventé par des “intellectuels réactionnaires” pour « discréditer une partie du mouvement alter-mondialiste et antiraciste”. Tout un programme. Le chercheur d’extrême-gauche nous fait même l’honneur de ne pas « répondre par le mépris” avant de dégainer le sophisme ultime, la comparaison entre l’islamo-gauchisme et… le judéo-bolchevisme des années 1930. Une obscénité surannée dont l’extrême-gauche est toujours coutumière. Son collègue Pascal Blanchard préférera parler de “judéo-maçonnisme” sur France Inter cette semaine. Nous aimerions pourtant savoir combien de meurtres, d’exécutions de masse ou de pogroms ont été la conséquence d’une accusation d’islamo-gauchisme. Un chercheur au CNRS devrait savoir compter jusqu’à zéro ! Quant à l’existence d’une alliance tacite entre les islamistes et une partie de la gauche française qui ne serait que pur fantasme, renvoyons M. Hayat aux nombreux articles déjà écrits à ce sujet lors des élections municipales de 2020, notamment par Céline Pina ou Clément Pétreault. Invitons-le à s’interroger sur les raisons ayant poussé quatre-vingt membres de l’UNEF à démissionner collectivement en 2019, expliquant que “Pour [eux], l’identité syndicale est avant tout une identité de classe” ; demandons-lui pourquoi le NPA est-il si prompt à prendre part aux manifestations pro-Palestine tandis que nous ne l’entendons guère sur le sort des Yéménites qui constitue, rappelons-le, la plus grande crise humanitaire de ce siècle. Toutes ces réalités qui devraient interroger l’honnête scientifique, ne relèveraient d’aucune logique, d’aucun réflexe politique d’après M. Hayat.
Nicolas Mariot et les “radicalisés” morts pour la France
Trois jours après les égorgements de la gare Saint-Charles de 2017, Nicolas Mariot, directeur de recherche au CNRS publie un texte dans le journal Libération : “Du poilu Hertz à Merah, une radicalisation en famille”. Dans son article, l’historien dresse un parallèle invraisemblable entre Robert Hertz, normalien, agrégé de philosophie, tombé sur le champ d’honneur en 1915 et Mohammed Merah (!) Celui même qui a logé une balle dans la tête de la petite Myriam Monsonégo après l’avoir attrapée par les cheveux. L’auteur prend d’abord ses précautions, estimant qu’il serait exagéré d’”adosser [les deux personnages] ainsi, sous la bannière de la radicalisation, patriotique chez l’un, islamiste chez l’autre”. Notons que, d’après M. Mariot, vouloir défendre son pays jusqu’à l’ultime sacrifice, c’est être radicalisé. Les familles des millions de braves morts pour la France apprécieront. Nous voyons ensuite, quelques lignes plus loin, où le chercheur veut nous mener : le héros Hertz et le terroriste Merah auraient été, tous deux, victimes d’un lavage de cerveau en règle par des membres de leurs familles, à coups de “feuilles de propagande” et d’ “éditoriaux de Maurice Barrès” pour l’un et de “livres religieux” pour l’autre. Nous devinons qu’il s’agit évidemment de la grotesque “tenaille identitaire” qui suppose une analogie entre l’idéologie islamiste et l’extrême-droite française. Lorsque l’on rétorque aux chantres de cette théorie fumeuse que ce n’est pas l’extrême-droite en France qui égorge des vieillards, des jeunes femmes, décapite des professeurs ou tire sur nos enfants, ils n’ont plus d’autre choix que d’aller, à l’instar de M. Mariot, déterrer et secouer les cadavres de nos héros morts au combat.
Souvent présenté comme chercheur au CNRS spécialiste des études postcoloniales[tooltips content= »Il n’est que chercheur-associé, et le postcolonialisme n’est pas considéré comme une discipline sérieuse par l’ensemble des scientifiques NDLA »](1)[/tooltips], M. Blanchard est l’un des premiers importateurs en France de cette théorie très controversée, ayant pour postulat que les Français d’origine immigrée seraient d’éternels “sujets post-coloniaux”. Selon lui, il existerait en France une mécanique invisible aux ressorts multiples, dont l’objectif serait le maintien d’une partie des citoyens en état d’infériorité vis-à-vis des autres. Bien que dépourvue d’aucun fondement ni scientifique ni juridique, le postcolonialisme fait pourtant des émules chez certains chercheurs-militants. Ainsi, l’ACHAC, groupe de recherche nébuleux dirigé par M. Blanchard qui regroupe journalistes, militants et quelques chercheurs égarés est une superbe entreprise de propagande qui, recouverte des faux oripeaux de la recherche scientifique, diffuse son venin raciste là où elle le peut. Nous ne le répéterons jamais assez : leur discours est raciste. Lorsque M. Blanchard nous explique que “les blancs ne peuvent pas comprendre ce que ressentent les noirs”, ce n’est ni plus ni moins que du racisme. D’ailleurs si un blanc ne peut pas ressentir ce que ressent un noir, qu’en est-il des Maghrebins envers les Ashkénazes ? Des Normands envers les Basques ? Nous aimerions savoir quelles sont d’après lui, les ethnies capables d’empathie et celles qui ne le sont pas. Que M. Blanchard se rassure : nous ne l’avons pas attendu lui et sa troupe indigéniste pour savoir que la France était une nation multi-éthnique. Jacques Bainville, au début du XXe siècle disait “le peuple français est un composé, c’est mieux qu’une race, c’est une Nation”. Nous n’avons pas besoin de ses discours de confort empêchant toute introspection et qui ne créent que frustrations et sentiments revanchards. Et puisque M. Blanchard aime à citer les années trente, qu’il nous permette de lui rappeler que durant cette période, c’est dans les pages de l’Humanité et de la revue Clarté que sévissait la plume du communiste George Montandon, scientifique dont les études étaient essentiellement portées sur le classement des races. Antisémite acharné et ultra de la collaboration, il rejoint quelques années plus tard le PPF de l’ex-camarade Jacques Doriot dont il assure la présidence de la Commission ethnique. Plus tard en 1941, il organise à Paris l’exposition “Le Juif et la France” et à partir de 1943, dirige l’ Institut d’études des questions juives. Le danger des années trente n’est pas nécessairement là où on veut le faire croire.
Bernanos écrivait, en 1942: « on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure ». Aussi, je vous le dis: thésaurisez vos pépites intérieures dans les coffres-forts de vos âmes, et remettez-vous en au silence pour en laisser béer quelquefois les trésors…
La légende du roi Midas est bien connue: ayant recueilli Silène, il se voit accorder par Dionysos son vœu de transformer tout ce qu’il touche en or. Mais la bénédiction attendue se transforme vite en malédiction, et Midas connaît alors le sort tragique d’un être incapable d’étreindre sans tuer.
Quiconque a jamais parlé ne peut que compatir à l’évocation du sort déchirant qui fut temporairement celui de ce monarque ; car c’est l’humaine condition que d’héberger dans son âme des merveilles, et que de ne pouvoir les vocaliser sans qu’elles s’évanouissent – aussi insaisissables en cela pour nos gorges, que l’eau et le manger en étaient venus à l’être pour le malheur du souverain phrygien -.
Aussi, ce qu’on ne sait restituer par la plume, quelle folie que de l’espérer donner à entendre de vive voix ! Quelques sentiments, nobles ou délicats, ont momentanément investi votre cœur ? Taisez-vous, insensés : en entrebâillant vos lèvres, vous ne feriez que les laisser s’échapper sans espoir de retour, tels ces vents confiés par Éole à Ulysse pour faciliter sa rentrée à Ithaque, qui finirent dispersés par faute de l’équipage. Gardez donc votre bouche close comme il eût alors fallu conserver l’outre éolienne ; car la parole est une contre-pierre philosophale, qui transforme l’or des cœurs en plomb des propos !
Des silos à silence
Pour ma part, j’ai toujours conçu le silence comme quelque chose dont il fallait faire provision, ainsi qu’on se constitue une réserve d’air avant de plonger dans quelque milieu dont on sait, par avance, qu’il nous sera irrespirable. Je me plais ainsi à imaginer un monde dans lequel on pourrait l’emmagasiner dans des bouteilles, sous pression, et en respirer le gaz oxygénant chaque fois que l’asphyxie nous menacerait. Mieux, même: on en remplirait des silos; et, dans ce pays hypothétique, chaque entrepôt à grains serait consciencieusement doublé d’une structure jumelle, dans laquelle on stockerait non plus des céréales, mais du silence, comme un aliment dont la faim serait semblablement mortelle. Voilà, me dis-je alors, une nation qui serait armée pour affronter toutes les crises.
De là sans doute me vient cette image agricole que je me fais du silence, comme d’un laboureur intérieur, ayant lui aussi sa charrue, pareil à un serf qu’on pourrait s’assujettir pour nous cultiver l’âme, tout en en conservant les fruits, et la propriété. Du paysan d’ailleurs, je lui vois l’opiniâtreté muette et modeste qui ignore les postures autant que les paroles superflues, parce qu’il pèse ses mots et n’agit pas pour un public, se conformant en cela au modèle de la terre qu’il travaille, et qu’il a constamment sous les yeux comme un exemple à suivre, une figure d’autorité à imiter.
Le silence est une moisson
C’est dans l’économie de paroles que naissent et mûrissent les grandes choses : telle est la leçon des semailles, dont la vérité ne s’arrête pas aux champs, et s’étend bien aux hommes. On méprise par trop la valeur des enseignements dont le silence est tout prêt à nous faire part, à sa manière rurale, agissant d’exemple, n’ignorant pas qu’on ne peut hâter les saisons, et acceptant la durée que prend toute chose pour s’accomplir.
Aussi, je vous le dis : thésaurisez vos pépites intérieures dans les coffres-forts de vos âmes, et remettez-vous en au silence pour en laisser béer quelquefois les trésors. Alors, comme cette poussière d’or qui chaque année, par frottement, s’évapore dans l’air, et enrichit insensiblement tous les hommes tel un encensoir, l’élixir de vos cœurs, placé dans ce flacon, ira parfumer l’air et brumiser les fronts.
Un cataplasme pour jardins de l’âme ravagés
Abandonnez donc vos sentiments les plus purs à la garde du silence, ainsi qu’à une cave vous confieriez vos meilleures bouteilles, pour les mûrir dans sa pénombre. Remettez-les lui ainsi que vous le feriez de graines à un jardinier accompli, chargé d’en ensemencer votre âme ; et attendez sereinement l’infaillible éclosion.
Aucun bachelier n’ignore la célèbre invitation sur laquelle Voltaire conclut son Candide ; mais combien ont appris qu’elle équivalait à la clôture des lèvres ? Vous, en tout cas, ne pouvez plus l’ignorer. Le silence est le suprême cultivateur des cœurs. Hors lui, point de parterres de fleurs, point de roseraies de l’âme. Sa main verte prépare des paradis ; son absence assure des champs d’herbes folles. Le silence est un cataplasme pour jardins de l’âme ravagés…
On cède au bruit comme on cède à la guerre
Bernanos écrivait, en 1942 : « on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure« . Or, de celle-ci, le silence est comme un sanctuaire. Le dialogue avec soi, ce dédoublement intérieur, nécessite d’être extrait du monde ; de se soustraire à sa rumeur, ou de s’y rendre imperméable. Le silence marque alors presque infailliblement la réussite de cet assourdissement du Dehors. C’est ce qui lui vaut l’inexpiable hostilité de la modernité, résolue à régner seule, et à régner partout.
Céline, rapportant l’expérience de Bardamu au sein de l’usine Ford, a cette formule incroyable : « on cède au bruit comme on cède à la guerre« . Tel est l’état des positions. L’époque cherche à faire de nous ses auxiliaires sonores dans la lutte à mort qu’elle a déclaré au silence, ainsi qu’à tous les bruits qui ne sortent pas d’elle. Et dans bien des cas, elle parvient effectivement à s’attacher nos services.
La nostalgie du cordon ombilical
C’est que l’individu moderne soupire après le Ça. Plus précisément, il se languit du sentiment océanique originel qui fut le sien, avant l’expérience de la coupure avec le Tout. Il a la nostalgie de l’unanimisme; il veut en revenir à l’amniotique. Cette conspiration contre toute espèce de vie intérieure est donc loin de l’effrayer ; au contraire, elle le séduit. Mieux, même : il entend prendre part à la conjuration, jouer un rôle actif dans le complot. Sa dissolution dans un grand beat mondial lui tarde ; il a hâte d’aller se perdre dans les décibels, de se fondre dans un grand magma sonore anonymisé.
Il y a ainsi dans le bruit un effet stupéfiant qu’on ne souligne jamais assez. Les grandes basses rythmiques, en particulier, font l’effet de vous liquéfier littéralement le cerveau; accordées à vos pulsations cardiaques, vous avez même l’impression que c’est un seul et même organe qui bat en vous. C’est l’image de ces rave parties où les participants semblent avoir abdiqué leur individualité en même temps que leur consistance, se mouvant élastiquement comme les terminaisons d’une grande masse gélatineuse, ou guimauvesque. C’est proprement la musique transfrontalière de Cordicopolis, l’hymne œcuménique d’Homo festivus, aurait pu écrire Philippe Muray; la déclinaison sonore de son inépuisable énergie à fabriquer du même, sous les dehors hypocrites de sa mécanique exaltation de l’altérité.
Aussi, je voudrais insister une dernière fois. C’est de tout un monde souterrain qu’on se coupe en renonçant au silence, ainsi que l’époque nous y invite, pour adopter son étendard décibélique. C’est de tout un univers mystérieux, faits de galeries et de cavernes, qu’on se prive en se pliant au mode de vie bruissant que la modernité a conçu pour nous. Nous pourrions être nos propres Ali Baba intérieurs; mais cela exigerait de nous taire, un moment, le temps de surprendre le secret du silence alors qu’il ouvre magiquement les portes condamnant nos trésors.
Ce serait un bien faible prix à verser pour accéder à de telles merveilles; et pourtant, exprimé en pareille monnaie, il nous paraît exorbitant. Aussi, de même que bien des mânes, faute d’avoir eu sur elles la modeste obole que requérait Charon pour leur passage, durent végéter 100 ans au bord du Styx avant que de pouvoir gagner l’Hadès, bien des âmes resteront, toute leur vie durant, faute d’avoir su se taire, au seuil de leurs Jérusalems intérieures.
Une identique communauté de destin
Mais concluons, nous n’avons que trop tardé. Simone Weil écrivait : « si, par excès de faiblesse, on ne peut ni provoquer la pitié ni faire du mal à autrui, on fait du mal à la représentation de l’univers en soi. Toute chose belle et bonne est alors comme une injure. » Cette remarque d’ordre psychologique m’a toujours paru le sous-titrage nécessaire, aussi bien au Pavillon d’or de Mishima, qu’à l’annonce de la mort de Dieu par le fou du Gai savoir. Mais, parvenu au stade de ce développement, je ne doute plus maintenant qu’il en aille de même du silence[tooltips content= »Autrement dit, que sa meurtrissure, elle-aussi, ne soit l’effet d’un excès de faiblesse. »](1)[/tooltips] ; et l’évidence de leur communauté de destin[tooltips content= »Au Beau, à Dieu, au silence. »](2)[/tooltips] m’apparaît désormais lumineuse. L’existence d’une vie intérieure n’est pas seule suspendue au silence ; le sentiment même du Beau en dépend. Aussi ces trois chandelles seront-elles éteintes d’un même souffle. L’unification du genre humain en sera-t-elle facilitée ? Peut-être. Mais nous réjouirons-nous d’appartenir à cette humanité ?