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Pap Ndiaye nommé au Musée de l’Histoire de l’immigration: une décision dans l’air du temps


Pap Ndiaye, co-signataire du rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris, prend la direction du Musée de l’Histoire de l’immigration


Le19 février, Ali Baddou a reçu l’historien Pap Ndiaye au Grand entretien de la matinale de France Inter. Le professeur à Sciences Po vient d’être nommé à la direction du Musée de l’Histoire de l’immigration, au Palais de la Porte Dorée.

Ce Musée de l’Histoire de l’immigration ne sera pas qu’un Musée sur l’immigration, annonce Pap Ndiaye. Il intégrera l’histoire de l’esclavage à partir du 18ème siècle et celle de la colonisation. Pourquoi pas ? Il restera à voir comment seront agencées les différentes présentations historiques relatant ces histoires complexes. À vrai dire, le reste de l’entretien laisse peu de doute.

Ndiaye ne contredit pas Ali Baddou lorsque celui-ci dit que ce musée sera aussi « un lieu où toutes les questions qui ont trait à la lutte antiraciste auront leur place.» Lui-même pense que le musée pourra être un lieu de débats “décolonialistes”. « On cherche ce qui dans la société française contemporaine est hérité de l’époque coloniale. On regarde les formes de continuité sans préjuger que nous serions entièrement détachés de cette période.» Traduction : on regarde les formes de continuité en préjugeant que la société française a gardé un fond colonialiste qu’elle perpétue aujourd’hui en France même. Autrement dit, militantisme antiraciste et thèses décolonialistes incriminant une France xénophobe qui userait de méthodes coloniales pour continuer de discriminer les populations issues de l’immigration auront table ouverte au Musée de l’Histoire de l’immigration.

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Le sujet de l’islamo-gauchisme est abordé. Pour l’historien, « ce terme n’a aucune réalité dans l’université, c’est plutôt une manière de stigmatiser des courants de recherche », lesquels courants sont surtout ceux de la « recherche intersectionnelle » traitant des “discriminations croisées”. Involontairement, Pap Ndiaye souligne un point primordial : les courants de “recherche intersectionnelle” qui irriguent actuellement les universités convergent effectivement tous dans la même direction, et la “déconstruction” d’à peu près tout ce qui a fondé l’Occident en général et la France en particulier est à l’œuvre.

En attendant de voir réellement les dispositifs du Musée de l’Histoire de l’immigration, il est intéressant d’analyser quelques éléments du Rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris, co-signé par M. Ndiaye. Ce rapport est curieusement introduit par un rappel de la mort de George Floyd et le combat du mouvement Black Lives Matter qui auraient engagé « à réfléchir en profondeur sur les formes de discrimination raciale et racisme qui existent dans le monde culturel » en Europe (sic), mais qui n’ont que peu ému les « établissements culturels » français (resic). La France, pays foncièrement xénophobe, traînerait donc des patins dès qu’il s’agit de se remettre en question ? A lire ce document, il serait temps d’envisager des mesures correctrices draconiennes, y compris dans le « monde culturel ».

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L’historien peut alors faire fi de l’histoire essentiellement occidentale de l’opéra – ses œuvres emblématiques, son décorum, ses symboles – et s’appuyer sur un Manifeste qui a « libéré la parole » (De la question raciale à L’Opéra National de Paris) pour défaire une tradition artistique française au nom de l’antiracisme. Quand on en arrive à demander « la création à l’Opéra national de Paris d’un poste de responsable diversité et inclusion » ; à réclamer « une formation aux enjeux de non-discrimination » pour les membres des jurys de l’opéra ; à proposer de « démarcher de manière active, y compris à l’international, des artistes non blancs de haut niveau » ; à préconiser, dans une novlangue de la plus belle eau, de « repenser l’unité chromatique » en favorisant « la diversité mélanique », que fait-on en réalité ? Pour reprendre des termes chers à Françoise Vergès ou David Bobée, on « décolonise les arts » en promouvant le comptage “diversitaire” plutôt que les aptitudes artistiques ; on déclare sottement que « la danse chinoise et la danse arabe de Casse-Noisette » relèvent d’une « racialisation », ou que Madame Butterfly présente des « personnages “yellowface” avec le maquillage de la peau et le contour des yeux exagérément allongé », parce qu’on ignore l’esprit des « tableaux fantaisistes, peints à une autre époque dans un esprit de rêve et de divertissement » (Benoît Duteurtre). On ne parle plus d’art mais de morale. On ne se laisse plus enchanter par des œuvres artistiques, on livre des combats politiques.

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Pap Ndiaye parlant d’immigration, de l’Opéra de Paris ou de certains travaux universitaires, n’a de cesse d’évoquer une recherche française “intersectionnelle” qui irriguerait la recherche internationale. Il se trompe et inverse les rôles. Tous les débats français “racialistes”, décoloniaux, diversitaires, déconstructivistes, etc., qui empoisonnent actuellement le monde artistique comme le monde universitaire, les musées comme l’opéra, nous viennent des États-Unis, et non l’inverse. Ces faux débats véhiculent l’idée d’une France blanche raciste, discriminante, ne donnant aucune chance à la partie de sa population “racisée”. Les thèses qui alimentent ces faux débats ont actuellement le vent en poupe et gangrènent tous les pans de la société. Si chacun reconnaît la valeur du travail d’historien de M. Ndiaye, il reste qu’on peut s’interroger sur sa manière de promouvoir la discrimination positive à l’Opéra, ou sur sa vision d’une histoire de l’immigration qui semble surtout ajustée à celle des thèses décolonialistes.

Droit de réponse d’Anticor


L’association exerce son droit de réponse suite à l’article publié sur Causeur le 6 février. « L’association n’agit pas pour «se faire l’Élysée», mais pour l’égalité de tous les citoyens devant la loi »


 « L’association Anticor, exerce son droit de réponse prévu à l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 en précisant les éléments suivants :

  1. Sur la commission d’enquête: Les dirigeants d’Anticor sont régulièrement invités à participer à des commissions d’enquête parlementaire. À cette occasion, ils apportent l’expertise de l’association sur des sujets précis. L’audition du 20 mai 2020 portait sur « les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire » et en aucun cas sur l’indépendance d’Anticor, association de droit privé. Une députée a interrogé Élise Van Beneden, présidente et Éric Alt, vice-président, sur l’absence de publication de l’identité des donateurs. Au cours de sa réponse, la présidente a déclaré qu’elle ne connaissait pas les noms des donateurs. Anticor a en effet environ 1 600 donateurs, il est donc parfaitement impossible de les connaître tous. De plus, seule la trésorière et notre prestataire externe ont accès à la liste des donateurs. Par ailleurs, Élise Van Beneden a précisé qu’Anticor s’était dotée, de son propre chef, d’un mécanisme d’alerte lorsqu’un don ou plusieurs dons sur la même année, venaient à dépasser 7 500 euros.
  2. Ce mécanisme a vocation à informer le conseil d’administration de l’existence de ce don afin qu’il évalue l’importance du don compte-tenu du budget prévisionnel de l’association et du réalisé à date. Bien évidemment, dans ces cas-là, la présidente est informée du nom du donateur. Ainsi, rien ne peut être reproché aux dirigeants de l’association, qui ont dit la vérité aux députés, conformément à leur serment. Le procédé consistant à isoler une phrase et à accuser une personne d’avoir menti est parfaitement déloyal.
  3. À notre connaissance, aucune autre association n’a mis en place un tel mécanisme. Par ailleurs, Anticor n’a pas les moyens d’enquêter sur ses donateurs, qui n’ont aucun moyen de peser sur les décisions de l’association, ni aucune raison de se méfier de leurs motivations ou de leurs valeurs.
  4. Sur l’affaire Kohler : Aucun don d’un montant de 15 000 ou 20 000 € n’a été « fléché » pour financer les poursuites contre Alexis Kohler.
  5. Sur l’identité des donateurs: la CNIL, dans une décision du 1er février 2021 a conforté la position d’Anticor, qui ne livre pas le nom de ses donateurs et adhérents. La CNIL précise notamment que les noms des donateurs et adhérents revêtent un caractère hautement personnel, voire sensible, pour les personnes concernées, et que l’association n’a pas le droit de les communiquer. Il est étrange de reprocher à Anticor de respecter la loi.
  6. Sur l’influence des donateurs : Nos donateurs n’ont aucun moyen de peser sur les décisions du Conseil d’administration. S’ils sont adhérents, ils bénéficient d’un vote à l’assemblée générale, rien de plus. Par ailleurs, rien, si ce n’est l’opinion complotiste d’une administratrice démissionnaire, n’établit l’intervention de sociétés secrètes à Anticor.
  7. Sur le choix des dossiers : l’affaire concernant Richard Ferrand, classée par le parquet de Brest a été jugée recevable par les juges d’instruction. De même, l’affaire concernant Alexis Kohler, également classée par le parquet, a été jugée recevable par des juges d’instruction. Enfin, la plainte contre Éric Dupond-Moretti a été jugée recevable par la Cour de justice de la République. Cela démontre que l’association a eu raison d’agir. Ces affaires suivent à présent leur cours normal. Anticor a signalé environ 130 dossiers aux procureurs de la République et s’est constituée partie civile dans une centaine d’entre eux. L’association n’agit pas pour « se faire l’Élysée », mais pour l’égalité de tous les citoyens devant la loi.
  8. Sur l’esprit partisan : Anticor est une association transpartisane. Le vice-président d’Anticor ne s’est pas spécialement opposé à une action contre M. Mélenchon, il s’est opposé à une plainte visant l’ensemble des candidats aux présidentielles ayant comme fondement des irrégularités dans leurs comptes de campagne car l’agrément d’Anticor ne lui permet pas se constituer partie civile sur ce fondement. Une plainte a néanmoins été déposée en juin 2018. Anticor a par ailleurs porté plainte dans l’affaire de la Tour Triangle, susceptible de concerner Mme Anne Hidalgo, contre M. Mathieu Gallet, M. Jean-Noël Guerini et M. Martial Passi, maire communiste de Givors, entre autres. Aussi, les « ravages de l’esprit partisan » que vous citez semble être des mirages.
  9. Sur la création de Blast : Blast est un média créé par Denis Robert, grand journaliste d’investigation ayant notamment dénoncé les affaires Clearstream et Lyon-Turin. Il s’agit d’une coopérative à but non lucratif dans laquelle Élise Van Beneden détient des parts sociales qui ne donnent droit à aucun dividende, ni à aucune plus-value en cas de revente. Le fait de diriger Anticor n’emporte statutairement qu’une seule incompatibilité : l’interdiction d’un mandat électif. Du reste, la participation d’un administrateur à un média ne révèle en rien un positionnement de l’association, chacun ayant le droit à sa liberté d’opinion, garantie par la déclaration des droits de l’Homme. »

Elise Van Beneden, Présidente d’Anticor

 

Suite à notre article, l’association Anticor nous a adressé le droit de réponse ci-dessus.

Causeur maintient l’intégralité de ses informations et regrette que la direction d’Anticor n’ait pas pris le temps de répondre à nos questions avant parution, malgré plusieurs relances. Le droit de réponse que nous publions ici confirme les dissensions internes dont nous avons fait état: Mme Van Beneden, présidente d’Anticor, trouve judicieux de qualifier de « complotiste » une ancienne administratrice, en l’occurrence Françoise Verchère, maire de Bouguenais pendant 14 ans, prix Ethique Anticor 2017. On a connu plus serein.

Nous notons que la direction d’Anticor ne dément ni l’existence de dons fléchés, ni l’existence d’un donateur ayant versé en 2020 au moins 5000€ par mois à Anticor, dont elle connait parfaitement l’identité.

Enfin, l’assertion selon laquelle la présence de Mme Van Beneden parmi les administrateurs de Blast, média de Denis Robert, «ne révèle en rien un positionnement de l’association», serait plus crédible si des centaines de messages enthousiastes sur les réseaux sociaux n’associaient pas Blast et Anticor. Ainsi David Koubbi, avocat d’Anticor, sur Twitter, le 14 janvier : « Lancement de BLAST, media de lutte anti corruption, par l’ami @DenisRobert accompagné d’Elise VAN BENEDEN, militante anti corruption et Présidente infatigable d’ANTICOR ». De son côté, Denis Robert déclarait dans un message vidéo diffusé le 4 février : « Anticor, comme Blast, est un caillou dans les mocassins du pouvoir, ce pouvoir ridicule et déliquescent », etc. Libre à chacun de souhaiter l’alternance, mais il devient difficile de soutenir que la direction d’Anticor – bien distincte en cela de ses adhérents – aborde la prochaine présidentielle sans esprit partisan.

Célébration de Fernandel

2021 est un beau millésime sur le front des célébrations et autres anniversaires. Ce sera Baudelaire en avril, Napoléon en mai, Frédéric Dard (San Antonio) en juin, La Fontaine en juillet, Brassens en octobre, Flaubert en décembre. Je parlerai en leur temps de tous ces gens-là, parce qu’ils figurent tous à divers titres dans mon panthéon personnel. Baudelaire parce qu’il a écrit de bien belles choses, Frédéric Dard parce que San Antonio (je crois que je les connais tous à peu près par cœur), La Fontaine parce que j’ai une admiration sans bornes pour l’artiste qu’il était, Brassens parce que je l’ai tellement joué que le manche de ma guitare en est creusé.

Flaubert, j’anticiperai même un peu, une exposition sur Salammbô doit s’ouvrir à Rouen en avril. Je rêve d’en rendre compte. Salammbô ! Je donnerais ma main droite pour avoir écrit la première phrase du roman, « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar » — coup de trompette en A majeur.

En attendant, il y a 50 ans, le 26 février 1971, disparaissait Fernand Contandin. Qui ça ? Fernandel ! Même qu’un certain Olivier de Bruyn l’exécute cette semaine dans Marianne, en ressortant tous les clichés que peut attendre le populo : brave type, incroyablement populaire, sans oublier « l’accent ».
Et de citer sa collaboration avec Pagnol : Angèle, Regain, le Schpountz, la Fille du puisatier
En choisissant d’éliminer de la liste le chef-d’œuvre qui aurait pu donner à son article un petit quelque chose en plus : Topaze.

A lire aussi, Patrick Mandon: Marcel Pagnol et Albert Cohen: mousquetaires de la garrigue

Je tiens Pagnol pour l’un des grands écrivains du siècle. Lisez donc Jazz, ou l’intellectuel désenchanté, lisez les Marchands de gloire, l’une des charges les plus violentes contre la guerre, écrite au lendemain de la victoire. Pagnol a souffert des adaptations nullissimes par Alexandre Korda de la « trilogie marseillaise » auxquelles on persiste à l’assimiler — ah, l’accent du Quai de Rive-Neuve reconstitué par ce Parisien de Pierre Fresnay ! Yves Robert a fait un honnête travail avec la Gloire de mon père et le Château de ma mère — sans parvenir à insérer le sous-texte tragique de ces deux fragments autobiographiques, la mort du chevrier, Lili des Bellons, pendant la guerre, et surtout celle de la mère de Pagnol, décédée en 1910, quand son fils avait tout juste 15 ans et était élève au lycée Thiers avec Albert Cohen. C’est le souvenir de ces deux catastrophes, l’une nationale et l’autre intime, qui donne au soleil du Garlaban une nuance noire.

Ou lisez Topaze.

Topaze a donné à Fernandel l’occasion de prouver deux choses. Primo, qu’il pouvait, si on lui en donnait l’occasion, être encore meilleur que Jouvet — qui ne démérite pas dans la première version filmée de la pièce, en 1933, mais qui est loin, très loin de la performance de Fernandel en 1951. Secundo, que ce faux sympa (qui était un vrai tyran domestique, fou de jalousie, qui séquestrait littéralement son épouse) était un vrai méchant — et l’on adore le moment où il révèle sa vraie nature.

Pendant trois actes (la pièce en a quatre), Fernandel, petite barbichette, air sérieux et accablé, choisit de ne pas se ressembler. Il est un …

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Bernard Arnault: l’humain d’abord?


Alors quElon Musk veut emmener le transhumain sur Mars, le plus riche des Français a fait fortune en aidant lHomme à mieux vivre sur Terre.


“X Æ A-XII”. Ceci n’est pas un code de mise à feu de l’arsenal nucléaire américain, mais le prénom donné par l’homme le plus riche du monde à son fils, né l’an dernier. Elon Musk, célébrissime patron du constructeur automobile Tesla et de l’agence spatiale privée Space-X, n’en finit plus de faire parler de lui. Il lui suffit désormais d’éternuer (ou presque, de tweeter), pour que les cours de la Bourse ou du Bitcoin flambent ou s’effondrent.

Avec une fortune évaluée à plus de 188 milliards de dollars en janvier dernier, cet homme de 49 ans au visage poupin a laissé entendre qu’il en verserait la moitié à des œuvres de charité. Mais pas tout de suite. Plutôt “dans vingt ans, quand Tesla sera stabilisée”, confiait-il en 2018. Pour l’heure, ses investissements se concentrent sur la colonisation de Mars et l’implantation de puces électroniques dans le cerveau humain.

Jusqu’à preuve du contraire, un sac à main rend la vie plus agréable que la réservation d’un séjour sur Mars en 2050

Avec son projet Neuralink, l’apprenti sorcier compte en effet soigner les addictions, la dépression ou l’insomnie, et même supprimer la peur. Pour l’instant, les expériences sont réalisées sur des cochons mais demain, il le promet, l’homme aura “une montre connectée dans le crâne”. À moins qu’une pandémie mondiale ne vienne contrarier ses plans et retarder l’avènement de la créature surhumaine censée nous remplacer…

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Pendant ce temps, le PDG du géant du luxe français LVMH, lui, continue de passer pour un “salaud de riche”. Au pays de la CGT, Bernard Arnault demeure encore et toujours la tête de Turc d’un certain nombre de nos concitoyens. Pour eux, son patronyme est presque devenu un nom commun : celui du méchant milliardaire, dont l’indécente fortune devrait être confisquée et redistribuée d’urgence.

Et pourtant. LVMH n’investit pas dans la pseudo-révolution transhumaniste, mais dans le plaisir ici et maintenant. Ce fleuron de l’économie frenchy produit des articles d’une qualité exceptionnelle, que l’on acquiert “pour la vie” et qui se transmettent de génération en génération. Aux antipodes des lubies scientistes de l’époque, le luxe à la française ne promet pas une vie meilleure demain ou ailleurs, mais ici et maintenant.

Vuitton, Moët-Hennessy, Guerlain, Fendi, Céline, Chaumet, Bulgari… la collection de marques acquises par le redoutable homme d’affaires fait rêver. Mais en gardant les pieds sur Terre. Jusqu’à preuve du contraire, un sac à main élégant et inusable rend la vie plus agréable que la réservation d’un séjour sur la planète rouge en 2050. Car encore faudrait-il que l’on soit vivant et à peu près valide le jour du départ.

La différence entre un savant fou post-humaniste américain et notre baron industriel à nous, c’est que le second semble avoir conscience de nos limites. “Tant que le problème crucial des inégalités ne sera pas traité, d’autres objectifs et d’autres désirs resteront hors de portée », indique une note communiquée à l’équipe de Joe Biden par un groupe de personnalités réunies autour du PDG de JP Morgan.

« Les dirigeants économiques doivent prendre conscience du fait qu’ils n’ont pas seulement une obligation économique mais aussi un intérêt commercial à promouvoir un système plus juste et plus équitable”, indique également le document. Or l’un de ses co-signataires – parmi lesquels figurent Tony Blair, Condoleezza Rice, Henry Kissinger ou encore le vice-président du géant chinois Alibaba – n’est autre que notre Bernard Arnault national.

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Quoi qu’on pense de sa pratique du capitalisme financier, chacun sait qu’Arnault est aussi un amoureux des arts, auxquels il a dédié la fondation Louis Vuitton. On sait peut-être moins que LVMH a largement participé à “l’effort de guerre” contre la Covid, que ce soit en finançant un important essai clinique mené par l’Institut Pasteur de Lille, en achetant des dizaines de millions de masques, ou en réorientant son activité vers la production de gel hydroalcoolique pour les soignants.

On ignore encore plus souvent l’existence du programme d’apprentissage d’excellence de LVMH, qui soutient l’emploi des jeunes sans qualification à l’heure où l’on parle de “génération sacrifiée”. Et l’on oublie parfois que, face à la crise sanitaire qui venait, Bernard Arnault annonçait dès le printemps dernier renoncer à deux mois de son salaire de PDG et à toute rémunération variable pour 2020. Bien le minimum ? On conviendra que tous les puissants de ce monde n’en font pas autant.

Quant au fils de Bernard Arnault, son prénom est Antoine. Responsable de la communication et de l’image du groupe LVMH, c’est lui qui a repéré sur Twitter l’appel aux dons lancé l’an dernier par l’Institut Pasteur de Lille. Ce mois-ci il se dit “fier” d’avoir contribué en tant que mécène, à hauteur de 5 millions d’euros, à la recherche d’un traitement contre le coronavirus, qui devrait être disponible cette année. Ce n’est pas Mars, ce n’est même pas la Lune, mais c’est déjà ça.

Légion étrangère: le mâle du pays

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L’histoire de la Légion étrangère est inséparable de celle de la France. Pour un reportage réalisé au camp de Carpiagne, Elisabeth Lévy, accompagnée par le photographe Stéphane Edelson, est allée à la découverte du 1er REC qui fait partie de ce corps d’élite. Régie par un code d’honneur, la Légion compte plus de 8 000 volontaires étrangers placés sous le commandement de 450 officiers français. Des guerres coloniales aux combats contre l’État islamique au Mali, ces durs à cuire sont unis par les mêmes idéaux : discipline, amour du chef et surtout la mission, quoi qu’il en coûte. « La singularité militaire est d’accepter de mourir pour la France » confie à notre directrice de rédaction le colonel Nicolas Meunier. Unique au monde, la Légion recrute majoritairement des soldats étrangers prêts à se battre pour la France jusqu’au sacrifice suprême. Comme le dit le colonel du 1er REC : « Ces étrangers nous donnent une leçon d’identité. » Si les forces françaises interviennent aujourd’hui au Sahel, Jean-Baptiste Noé nous rappelle qu’il s’agit d’un effort au très long cours dont l’objectif est double : empêcher les djihadistes de semer la mort en France et empêcher des migrants de partir vers l’Europe.

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En passant d’un milieu masculin par excellence à un domaine réservé exclusivement aux femmes (jusqu’à nouvel ordre), Elisabeth Lévy commente la décision du gouvernement de fournir gratuitement des protections périodiques aux étudiantes. La manie actuelle consistant à parler haut et fort en public des fonctions naturelles les plus intimes est « la marque de fabrique d’un nouveau puritanisme qui, ne voyant le mal nulle part, finit par le débusquer partout. » Si la même manie s’exprime à travers les interventions de « tous ces croisés de la « parole libérée » » qui pullulent aujourd’hui, Muriel Salmona en tête, nos contributeurs attaquent le mal à la racine. Pour Erwan Seznec, cette psychiatre est entourée de militants qui sacralisent la parole de l’enfant, les mêmes qui estimaient dans l’affaire d’Outreau que plus le témoignage d’un enfant est contradictoire, plus il est fiable. Peggy Sastre nous explique comment les notions d’« amnésie traumatique » et de « refoulement », dénuées de fondement scientifique, constituent un écran derrière lequel Muriel Salmona promeut des thèses dangereuses qui enferment les victimes dans leurs souffrances. Le psychanalyste Daniel Pendanx nous met en garde contre les charlatans qui confondent processus judiciaire et psychothérapie. Pour d’autres actualités, nous passons derrière ce qu’on appelait autrefois le « rideau de fer. » Né sous Staline en URSS, Vitali Malkine rapproche les méthodes utilisées aujourd’hui en France par certains militants – notamment l’imposition de la discrimination positive – de celles des Soviétiques. Puisque nous ne savons apparemment pas tirer les leçons de l’histoire, Sylvie Perez a interviewé le créateur londonien d’un Musée de la terreur communiste dont l’objectif est de dessiller de nombreux jeunes qui, obnubilés par le mirage égalitaire, restent foncièrement ignorants de la réalité historique du communisme. Pour revenir à la Russie de notre époque, Jean-François Colosimo explique à Gil Mihaely pourquoi Alexeï Navalny a suscité une réaction si violente de la part des autorités russes : pour la première fois depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir, il incarne la possibilité d’un changement, excitant ainsi l’ire de toute la structure de pouvoir oligarchique dont Poutine lui-même n’est que le point focal.

La culture sauvera-t-elle le monde ? « Possible ! » répondent Frédéric Fernay et Jérôme Leroy qui se sont penchés sur les nouveautés éditoriales : les titres de Patrice Jean et de François Sureau, ainsi que le troisième et dernier tome de Nabokov dans la Pléiade, nous apportent cette poésie, « cette fraîcheur poignante qui défie le temps. » « Pas sûr ! » répondent pour leur part Pierre Lamalattie et Jonathan Siksou, qui se sont penchés sur des projets de réaménagement de Paris. Quand la Mairie de Madame Hidalgo parle d’« écosystèmes » ou d’« esthétique », il faut craindre le pire. Pourtant, c’est Villon qui affirmait, « il n’est bon bec que de Paris. » La capitale sera sauvée par ses bouchers. William Bernet, que nous présente Emmanuel Tresmontant, est le dernier restaurateur à trancher lui-même ses carcasses de bœuf affinées à la perfection: son tartare est divin et sa tête de veau une merveille.

Le numéro 88 est disponible sur la boutique en ligne, et dans les kiosques mercredi 3 mars.
Le numéro 88 est disponible sur la boutique en ligne, et dans les kiosques mercredi 3 mars.

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S’abonner à Causeur présente des avantages. Avec le numéro de mars, nos abonnés recevront l’essai allègre et féroce dans lequel Cyril Bennasar répond à Rokhaya Diallo : L’Arnaque Antiraciste expliquée à ma sœur.

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Pays-Bas: jugée trop blanche, Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de Amanda Gorman

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Apartheid inversé dans le monde des Lettres aux Pays-Bas? L’auteure à succès Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de la poétesse noire américaine Amanda Gorman.


Marieke Lucas Reineveld cède ainsi aux attaques formulées par une journaliste néerlandaise noire, originaire de l’ex-colonie de Suriname. Celle-ci affirmait dans un article du journal de gauche De Volkskrant qu’une personne blanche ne peut pas ressentir la détresse d’un peuple opprimé comme les Noirs américains. Et proposait une poignée d’artistes « afro-néerlandais » qui seraient selon elle mieux placés pour traduire des poèmes tels The Hill we Climb (trad: La Colline que nous gravissons), déclamé par Amanda Gorman lors de la cérémonie d’investiture du président Joe Biden.

Marieke Lucas Reineveld ne crut pas bon de se défendre contre ce racisme anti-Blanc à son égard. Au contraire, dans un tweet plein de compréhension pour celle qui l’avait ostracisée, elle courba l’échine. Elle y affirmait même comprendre « celles et ceux qui se sentent blessés par le choix de sa maison d’édition ». Le choix, donc, de lui faire traduire la poésie empreinte de la lutte des Noirs d’Amanda Gorman.

La peur des critiques

L’éditeur néerlandais Meulenhoff se résigna de mauvais gré à la désertion de son auteure vedette. Tout en rappelant qu’Amanda Gorman avait elle-même approuvé le choix de la traductrice, après avoir lu un de ses livres en traduction anglaise. Détail qu’avait omis de mentionner la journaliste noire et jalouse. S’il persistait dans son choix, l’éditeur avait l’assurance que des « lecteurs en sensibilité » se pencheraient sur le travail de traduction, pour veiller à ce que la traductrice respecte le poétiquement correct. Peur d’offenser? On peut le supposer, son éditeur britannique avait déjà contraint Marieke Lucas Reineveld à supprimer une blague qu’elle fait dire à un enfant dans son livre: « Pourquoi Hitler s’est-il suicidé? Parce qu’il ne pouvait plus payer la note de gaz. »

A lire aussi: #DisruptTexts: pour contrer la « culture du viol », des militants censurent… Homère

La repentance de la très médiatique Marieke Lucas Reineveld a mis en fureur des Néerlandais soucieux d’éviter la cancel culture en provenance des États-Unis, laquelle condamne les créateurs inconvenants ou les œuvres inappropriées, selon la définition de Michel Guerrin dans Le Monde. Selon eux, ce racisme « inversé » envers l’auteure fait partie d’une campagne agressive de Néerlandais issus de l’immigration, notamment originaires des ex-colonies comme le Suriname et les Antilles. Les immigrés originaires de l’Indonésie se sont en revanche construit une réputation positive et admirée, y compris dans le domaine des lettres. Les censeurs en herbe sont, bien sûr, loin de faire l’unanimité parmi les Néerlandais de couleur, mais des activistes bien établis dans le monde des arts et des médias dominent le débat.

Parmi eux s’est particulièrement distingué un rappeur qui veut fonder une chaîne de télévision Zwart (Noir). Antidote, selon lui, à l’ignorance des médias sur le multiculturalisme. Ledit rappeur jugea prudent de se retirer finalement du projet après avoir menacé un journaliste dont les questions lui déplurent, et dont il vola l’ordinateur. Des excuses timorées lui avaient peu avant épargné un procès pour incitation à la violence lors d’une manifestation contre le racisme.

Une traductrice débutante

De ce champ miné, Marieke Lucas Reineveld s’était jusqu’ici soigneusement tenue à distance. Elle doute encore, à 29 ans, si elle doit s’appeler fille ou garçon, mais ne donne pas l’impression que la question la taraude. Fille de paysans protestants stricts, elle abandonne la littérature et la poésie deux jours par semaine pour les consacrer aux besognes dans une ferme laitière. Elle s’habille de préférence dans des costards d’homme trop grands pour elle, et porte les cheveux blonds mi-longs genre sixties.

L’année dernière, la traduction en anglais de son premier roman obtint le prestigieux Booker International Prize. Le livre parut en français sous le titre Qui sème le vent. C’est selon son éditeur français Buchet/Chastel le « portrait sauvage et beau d’une enfance brutalement fleurie par le deuil ». Ses talents de traductrice étaient jusqu’ici restés un secret bien gardé, d’autant plus qu’elle avait confié l’année dernière que sa maîtrise de la langue de Shakespeare laissait à désirer. Pourquoi alors l’avoir invitée à traduire une partie de l’œuvre d’une poétesse américaine de renommée mondiale? Qui pratique de surcroit le genre ‘spoken word’ aux relents de rap et de hip-hop typiquement américains si difficiles à transposer dans une langue germanique. Un beau défi pour un traducteur chevronné, certes, mais est-ce que Marieke Lucas Reineveld aurait été à la hauteur? Il est permis d’en douter. Mystère… Pour tout dire, cet épisode fleurait bon le coup de com, sabordé par une journaliste tout ce qu’il y a de plus politiquement et racialement correcte…

Enfin, que dirait-on si un écrivain blanc néerlandais refusait qu’un traducteur noir se penche sur son œuvre, arguant que seul un batave pur sucre peut en saisir les subtilités?

Élisabeth Lévy sur le verdict Sarkozy: « Cette affaire me donne sacrément envie de voter Sarko! »


Difficile d’échapper à l’information. Dans l’affaire des écoutes, en première instance, Nicolas Sarkozy a été condamné le 1er mars à trois ans de prison (dont un an ferme) pour corruption et trafic d’influence. Il a fait appel de cette décision. Pour la première fois, un ancien président est condamné à de la prison ferme.


Depuis que l’information est tombée, rédactions de presse et simples citoyens s’interrogent. Assiste-t-on à une décision de justice politique ? Les juges sont-ils de nouveau en train de choisir à la place des citoyens pour qui ils pourront voter ? Ce n’est pas aussi simple, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas grave. La condamnation de Sarkozy dans l’affaire des écoutes est un « produit juridique dérivé » de l’enquête sur le supposé financement de la campagne électorale de 2007. Cette affaire a été rendue publique par Mediapart pendant la campagne présidentielle de 2012 par deux publications, la première le 12 mars 2012, la deuxième le 28 avril, c’est-à-dire à une semaine du deuxième tour. On peut supposer que déjà à cette étape-là, des personnes liées à notre système de justice alimentaient l’enquête journalistique de Mediapart. On peut même émettre l’hypothèse que les dates de publications avaient été choisies pour des critères autres que journalistiques.

Ensuite tout s’enchaîne: d’un côté on n’arrive pas à prouver que Kadhafi avait financé Sarkozy – et s’il l’avait fait, pourquoi ne l’avait-il pas dit lui-même pendant les longs mois écoulés entre le moment où la France a initié la guerre contre la Libye et le moment où il a été tué ? – de l’autre on pousse Sarkozy à la faute. Car ce dernier, voulant se renseigner sur ce qui se tramait – peut-on le lui reprocher ? –  aurait commis – cela reste à être définitivement prouvé – des fautes.

Ce n’est pas simplement qu’après Cahuzac et Fillon, la justice ait voulu montrer à une opinion publique qui ne l’a pas à la bonne qu’elle n’hésitait jamais à se montrer « exemplaire » et intraitable avec les élites. C’est toute une affaire qui commence il y a une décennie avec le soi-disant financement libyen de la campagne de 2007, publiée par hasard cinq ans plus tard au pire moment pour Sarkozy et les différentes démarches de la justice depuis qui sont en cause.

Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur, revenait ce matin à la radio sur le verdict de cette affaire. Elle a critiqué une décision « scandaleuse » et « inquiétante », dans laquelle le doute ne profite plus à l’accusé, puis a évoqué l’avenir politique de Nicolas Sarkozy. Nous vous proposons d’écouter son intervention sur Sud Radio ci-dessous:

La chasse aux TERF aura-t-elle raison du féminisme?

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Je me souviens d’un temps, pas si éloigné, où l’on disait qu’il fallait lutter contre « l’invisibilisation des femmes ». On pourrait penser que la lutte contre la précarité menstruelle constituerait par excellence une occasion de mener cette action, de singulariser la situation des étudiantes parmi les étudiants, en levant ce qu’il est convenu d’appeler le « tabou des règles ». Pourtant, le 23 février au soir, on pouvait entendre sur France Info l’interview de la représentante d’un syndicat étudiant qui se réjouissait de l’initiative gouvernementale sans jamais employer le féminin ! « Les étudiants, ils » vont pouvoir accéder à des protections périodiques gratuites. La seule variation qu’elle s’autorisât fut l’emploi de l’expression « les personnes menstruées ». Par un suprême paradoxe, cette mesure saluée par les féministes semblait ne pas concerner les femmes. Cette disposition qui donnait à voir la spécificité de la condition féminine devenait une occasion nouvelle d’invisibiliser les femmes. Par souci d’englober large, de ne pas « binariser le discours », on assiste au grand retour en force du « masculin qui l’emporte sur le féminin » dans le discours même de ceux qui dénoncent ce principe grammatical! Parce que les hommes transgenres (« assignés femmes à la naissance ») ont leurs règles, on renonce à parler des règles au féminin. Une bonne féministe dirait: « même ça, les hommes l’ont colonisé ! »

Seulement voilà, une féministe qui s’insurgerait que l’on parle des règles au masculin risque de tomber sous le coup d’un verdict que l’on voit doucement s’imposer dans le paysage idéologique et qui pourrait bien, un jour, avoir raison du féminisme : « vous êtes une TERF » (trans-exclusionay radical féminist). Par exemple, si vous pensez que la gratuité des protections menstruelles est une grande avancée pour les droits des femmes, vous êtes une TERF. Elle est une avancée pour les droits des « personnes menstruées ».

Ainsi, sur Europe 1, le vice-président de la FAGE (fédération des associations étudiantes) précise:

Les discussions que nous avons eues avec Frédérique Vidal étaient sur la nécessité de lever le tabou sur les protections menstruelles et de les mettre dans des lieux de passage, et pas juste enfermées dans les toilettes pour femmes, puisque certains hommes ont leurs règles comme les personnes transgenres, mais aussi les personnes non-binaires

« Certains hommes ont leurs règles ». Il ne faut pas rigoler parce que, tout le monde s’en souvient, la romancière J.K. Rowling a déclenché un énorme scandale en se gaussant de l’expression « personnes menstruées » et en suggérant qu’on dise tout simplement « femmes ». On l’a traitée de TERF. Elle l’avait bien cherché.

Le vice-président de la FAGE dit aussi que les « personnes non-binaires » ont leurs règles. Pour rappel, non-binaire, c’est comme lui (ou elle ? ou ni l’un ni l’autre?) à 02:31, mais je crois que personne ne l’a oublié… euh… oubliée… (enfin merci de m’indiquer l’accord pour les non-binaires).

Alors, sauf surprise de la nature, lui (?) n’a pas ses règles, tout non-binaire qu’il soit, car au-delà de son identité de genre et conformément à son expression de genre, son corps est quand même celui d’un mâle. Donc quand Anna Prado de Oliveira, vice-président de la Fage, dit que les personnes non-binaires ont leurs règles, elle opère une généralisation abusive (autorisée, apparemment: c’est à n’y rien comprendre) puisque seules les non-binaires femelles sont concernées.

Pardon, Anna, c’est « il ». De fait, Anna Prado de Oliveira incarne elle-même cette volatilité des genres. J’avais du mal à croire que sa désignation comme « vice-président de la FAGE » relevât d’une volonté de préserver le masculin aux titres, tendance très vieille école, beaucoup trop réac pour ce profil d’engagement. Selon les sources (et jusque sur son CV en ligne), la fluidité est permanente : « étudiante », « élu », « animateur », « membre active ». Les modes d’expression non discriminants cohabitent aussi dans ses écrits sur les réseaux : « les étudiants et les étudiantes » (très tradi, le masculin avant le féminin) ; « les étudiant.e.s » (qui fait plus moderne). Et comme toujours avec l’écriture inclusive, vient le moment où l’on fatigue et où, malgré toute sa bonne volonté, emporté (ée ?) par la puissance du slogan, on commet la boulette:

Peut être une image de 1 personne

Vous l’avez ? C’est « tou.te.s » qu’il fallait écrire.

Qu’une femme soit désignée au masculin dans un article de presse est conforme à une requête de l’AJL (Association des journalistes LGBTetc.) qui demande que les personnes interrogées puissent choisir comment on doit les désigner. Il est mal venu, en effet, de « mégenrer » son interlocuteur, comme le montre la mésaventure de Daniel Schneidermann. La réciproque n’est pas vraie, semble-t-il, puisque le coco non-binaire, qui aimerait qu’on ne confonde pas « identité de genre et expression de genre » (« sinon on va mal partir »), considère que Daniel Schneidermann est un homme (il l’appelle « monsieur »), au risque de le « mégenrer ». Le remodelage idéologique de la langue demande une attention de tous les instants et ses promoteurs, comme on le voit, que ce soit à l’écrit ou à l’oral, ont tôt fait de tomber dans les pièges qu’ils voudraient tendre aux autres.

L’idée n’est évidemment pas de se moquer des personnes qui portent leur corps comme un fardeau: c’est d’ailleurs, pour des raisons multiples, le cas de beaucoup de gens. Mais il faut opposer une résistance ferme à tous les individus aux théories dangereuses qui tentent de fractionner l’humanité en une multiplicité d’« identités » sacrées et antagonistes.

Heureusement, malgré la veille active de l’AJL, toute la profession journalistique ne semble pas bien au fait des dernières innovations en la matière. Nos journalistes en sont restés à un féminisme planplan qui se réjouit que l’accès à des protections périodiques gratuites favorise l’égalité des chances entre hommes et femmes. Mais parler des femmes au masculin sous prétexte que certaines sont en fait des hommes, voilà qui n’est pas encore passé dans les mœurs. Je dis « pas encore » parce que je ne doute pas de l’évolution des choses et que je doute fortement de la capacité de résistance de nos gens de presse, face à l’atmosphère de procès stalinien que les idéologues de l’« identité de genre » savent instaurer avec la complicité d’idiots terrorisés.

Pour l’instant, satisfaisons-nous des petits (des derniers ?) sursauts de bon sens: à l’instar de France Inter, tous les médias ont titré sur la gratuité des protections périodiques « pour toutes les étudiantes ».

Julien Pasquet (@JPasquet) | Twitter

Et Julien Pasquet, peu suspect de défendre des positions réactionnaires, personnage bien-dans-les-clous rachetant l’image crypto-nazie que certains attachent désormais à la chaîne CNews, exprime avec candeur sa révolte face à cette image diffusée par l’UNEF:

unef point milieu

« Pourquoi étudiant-point-e-point-s ? Que je sache, les protections périodiques ne concernent que les femmes ! » Ignore-t-il ce qu’a valu à J.K. Rowling une telle réaction ? L’heure tardive de son émission l’a sans aucun doute sauvé d’un mot-dièse « transphobie ordinaire sur CNews ». Et dans la mesure où il n’est pas nécessaire d’être une femme pour être féministe, on ne voit pas ce qui interdirait à quelques « transactivistes » mécontents de traiter de TERF un brave petit journaliste exprimant une vérité indiscutable. Enfin, naguère indiscutable.

Rappelons que dans la vidéo du désormais célèbre « je ne suis pas un homme, monsieur », Daniel Schneidermann s’interrogeait sur l’absence de femmes sur son plateau. Or, à partir du moment où l’un des participants (et pourquoi pas tous?) se considère comme non-binaire, le débat n’a plus lieu d’être. La multiplicité des identités de genres possibles rend obsolète la volonté d’équilibrer la proportion d’hommes et de femmes; quel critère doit-on examiner? Après tout, une femme transgenre étant une femme au même titre qu’une autre, on peut avoir quatre hommes sur un plateau, dont deux sont en fait des femmes transgenres et le tour est joué. L’égalité est respectée. Sauf que non.

Les féministes ont du souci à se faire car même le Planning Familial semple être passé à l’ennemi: on se rappelle la polémique suscitée par l’idée de « tomber enceint.e » en décembre dernier. Le 27 février, voulant clarifier sa position face à des féministes déçues et critiques, le Planning Familial publie sur les réseaux le texte suivant : planning famLes réactions des internautes sont édifiantes. Refus de l’écriture dite inclusive, refus d’être étiquetée cis-genre, colère face à la « trahison » du Planning Familial… mais aussi remerciements:

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Ces féministes obsédées par la transphobie planteront elles-mêmes le dernier clou dans le cercueil du féminisme.

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Libérons nous du féminisme !

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Mourir de solitude

Rarement l’hypocrisie, individuelle et collective, aura atteint de tels niveaux. Le gouvernement et les citoyens sont parcourus d’une grande ferveur altruiste : protégeons les personnes âgées ! Veillons sur nos vieux !

Oui…

Procédons par ordre, et commençons par l’amont.

Nous sommes tellement altruistes que nous avons convaincus nos parents d’aller mourir en EHPAD, loin de nous. Mourir, oui — parce qu’on n’en sort que les pieds devant. Lisez le magnifique roman de Jacques Chauviré, Passage des émigrants : un fils bien intentionné (et désireux de s’approprier le logement de ses parents) convainc ses père et mère d’aller dans une « maison de retraite », comme on disait encore en 1977. Elle y mourra, et lui aussi — et tous deux « émigrent » de bâtiment en bâtiment, au fur et à mesure de l’accumulation de leurs bobos, jusqu’au mouroir qui est la destination finale de tous. L’auteur était médecin gériatre, il raconte (merveilleusement) ce qu’il a vu et tenté d’accompagner au mieux des années durant.

Certes, nos vieux parents sont parfois atteints de pathologies peu compatibles avec le maintien à la maison. Certes, la vie moderne et l’exiguïté des logements empêchent souvent de les prendre avec soi. Mais combien ne sont là que « pour leur bien » — ou faut-il écrire « pour leurs biens » ?

D’autant que cela revient cher, un EHPAD. En moyenne, 1977€ par mois (tarif 2018) — avec de fortes disparités selon les régions, 1616 € dans la Meuse (ah, mourir dans la Meuse, c’est mourir deux fois !), 3154 € à Paris ou dans les Hauts-de-Seine. Et que pour cette somme (qui permet de s’installer en pension complète dans un hôtel convenable des Alpes, ou de s’inscrire dans une croisière autour du monde avec des prestations convenables (surtout au tarif 3000 !) et une assistance médicale au cas où, on donne à manger à « nos vieux » les saloperies indigestes dont certains se sont indignés. « Une tasse de soupe (même pas un bol), un ramequin de semoule, une compote industrielle, un morceau de fromage industriel pour enfant et deux tranches de pain industriel ». Byzance !

Ah, mais tous ces excès alimentaires sont « validés par la diététicienne », clame un EHPAD breton. J’espère qu’elle est assez bien payée pour s’asseoir sur sa conscience.

J’aime faire la cuisine. Je sais ce que ça coûte, de bien manger quand on sait cuisiner — une dizaine d’euros par jour pour deux personnes. 300 € par mois — allez, 400 si vous voulez manger de la viande tous les jours : daubes de joues, bourguignons, pot-au-feu, coustillous comme on dit aussi chez moi (des travers de porc), terrines de queue-de-bœuf, hauts de côtes d’agneau en ragoûts, etc.

Le reste, bien sûr, de ce que paient nos vieux dans les EHPAD, c’est l’intendance, les soins éventuels, le salaire des personnels (pourtant mal payés) — et les profits des firmes qui contrôlent ces mouroirs.

Et je n’évoquerai que pour mémoire la conception très personnelle que les EHPAD ont de l’hygiène et de la liberté de mouvement. Il y a des prisons plus ouvertes. Et on y mange mieux.

Alors le coronavirus débarqua pour aiguiser notre altruisme.

Les visites sont interdites — mais pas le travail des personnels contaminés. Le Covid est devenu dans les hôpitaux la première des maladies nosocomiales : vous y allez pour quelques examens de routine, pour une opération bénigne ou des soins urgents, vous en sortez par la morgue. Et vous n’aurez même pas eu la consolation de revoir vos proches, interdits de séjour. On les tue pour leur bien, et dans une solitude qui les tue deux fois (et alors, dans la Meuse…). Pareil dans les EHPAD. Ah mais avec le vaccin tout s’arrangera: ils mourront un mois plus tard, de ne pas voir leurs proches, de ne pas pouvoir discuter avec leurs amis au sein de l’établissement, d’être parqués comme des détenus dans leurs chambres, et de bouffer de la merde.

Ce qui a fait passer la bête verticale de l’étape simiesque à l’étape humaine, c’est l’invention des rites funéraires. Nous sommes ceux qui s’occupent des morts — au lieu de les manger, comme autrefois. Le gouvernement, en édictant des règles « pour le bien » des vieillards, les tue une première fois — avant de les laisser mourir pour le compte.

Des plaintes ont déjà été déposées. J’espère qu’elles seront nombreuses.

Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l'occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP
Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l’occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP
Emmanuel Macron en visite dans un Ehpad de Bracieux (Loir-et-Cher), 22 septembre 2020. © Yoan VALAT / POOL / AFP
Emmanuel Macron en visite dans un Ehpad de Bracieux (Loir-et-Cher), 22 septembre 2020. © Yoan VALAT / POOL / AFP

Quand j’entends les fanatiques du masque, du couvre-feu et du confinement réclamer des mesures encore plus drastiques « pour sauver la vie de nos vieux », il me vient l’envie de ressortir la boîte à claques. Les personnes âgées meurent des conditions qu’on leur impose, et encore mieux que les jeunes, qui paraît-il dépriment. Que d’articles sur la déprime des étudiants ! Combien sur l’extinction programmée des vieux ?

Ils sont les premiers (et presque les seuls) touchés gravement par l’épidémie. En moyenne, le Covid leur fait perdre six mois de vie — ça, c’est pour le quantitatif. Mais du côté du qualitatif, l’absence de leurs proches, la solitude imposée à des personnes qui par définition ont perdu peu à peu tous leurs amis (c’est cela, vieillir, c’est voir son monde disparaître), les conditions de confort très approximatif, pas un geste tendre, pas un baiser, cela vous tue bien plus sûrement qu’un virus.

Et je n’évoquerai que pour mémoire le conseil de ce responsable de la Santé préconisant, au moment des fêtes, de faire manger Papy et Mamie à la cuisine, loin des enfants. Ces temps-ci, les salopards se ramassent à la pelle.

Nous transmutons nos angoisses en pseudo-altruisme (« c’est pour les vieux ! »), afin de nous donner bonne conscience à moindres frais. C’est immonde. Nous savions d’expérience immémoriale que les épidémies induisent des comportements irrationnels. Mais là, notre égocentrisme se donne le prétexte de la rationalité pour étaler sa suffisance.

Parce que notre altruisme est, comme souvent, un égoïsme non assumé. Nous ne sauverons pas des personnes très âgées atteintes de pathologies diverses. Mais nous pouvons les aider dans les derniers mois, les derniers jours, à partir entourées de l’affection des leurs. Nous pouvons leur rendre les derniers devoirs — cela aussi, c’est interdit par le règlement interne des EHPAD et des hôpitaux. Sinon, comme le dit fort bien la rabine Delphine Horvilleur, ces morts nous demanderont des comptes « à travers les vivants ».

Nous pouvons, nous devons être humains. C’est tout ce que demandait une tribune récemment parue dans le Figaro.

Et je le dis très clairement : ceux qui me lisent et qui ne sont pas d’accord avec ces vérités d’évidence, qu’ils soient membres du gouvernement ou simples quidams, ne sont pas humains.

Ah, mais pardon, ils sont altruistes…

Gainsbourg, déjà trente piges

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Trente ans jour pour jour que le décès de Serge Gainsbourg nous était annoncé, à l’âge de soixante-deux ans. Si « le temps ronge l’amour comme l’acide », il n’a pas entamé ma quasi-dévotion pour Serge. Mais dieu que la tâche est difficile de m’atteler à une chronique pour honorer sa mémoire sans la trahir. D’autant plus que cela fait une semaine que je lis des papiers plus intéressants les uns que les autres à son sujet. Notamment, il faut leur rendre justice, un excellent dossier dans Les Inrocks, qui ont déterré une très belle interview accordée par l’artiste en 1989: « En ligne de mire je n’avais pas le bonheur », lit-on en exergue. « Qui peut savoir jusqu’au fond des choses est malheureux » a-t-il écrit dans Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, chanson écrite pour Jane et qu’il utilisait lorsqu’il s’agissait de mettre son cœur à nu. Cependant, dans cette interview, il se livre (gitanes) sans filtre sur son enfance, ses complexes, ses peines et son succès.

Art mineur, art majeur

Tout le monde se souvient de ce numéro d’anthologie d’Apostrophe et de son engueulade avec Guy Béart, arts majeurs versus arts mineurs. La peinture, la poésie, la musique classique pour Gainsbourg étaient des arts majeurs. Pas la chanson. Faiseur d’art mineur donc, et d’art pour les mineures, car c’est France Gall avec Poupée de cire poupée de son qui le propulsa vers la célébrité, lui qui était si à l’étroit dans son costume de poète maudit Rive Gauche. 

Bernanos disait qu’il était resté à jamais fidèle à l’enfant qu’il fut. Serge Gainsbourg resta à jamais fidèle au petit Lucien Ginsburg, cet enfant qui désirait avant tout satisfaire son père, pianiste, et comme lui, on le sait peu, peintre contrarié. Au sujet des leçons de piano que lui imposait son père, il déclare : « J’avais un mouchoir à gauche du clavier car je savais pertinemment qu’à chaque leçon j’allais me faire engueuler. Je faisais une fausse note sur les gammes et… Il avait une voix assez âpre, j’étais blessé et je me mettais à pleurer. Mais c’était un bon professeur. Son ambition était de me faire faire ce que lui voulait faire. De la peinture ».

CQFD. La légende veut que, lors de son exil de la Russie vers la France en Transsibérien, Ginsburg père se fit voler une toile qu’il avait peinte pour une femme aimée. Nul n’ignore que Gainsbourg brûla toutes les siennes. Et plus tard n’eut de cesse que d’offrir ses mots en chansons, tantôt subtils, tantôt déchirants, aux femmes de sa vie. 

À défaut de génie…

Il comprit qu’il ne pourrait jamais être un peintre ou un musicien de génie. Alors il se fit poète, presque à son corps défendant. Mais aussi « groupie », terme que je préfère à celui de plagiaire dont beaucoup l’accusèrent. « J’aime la grande musique, moi je fais de la musiquette, donc j’emprunte » déclara-t-il. Notamment Chopin, grand amour de son père, dont il utilisa des morceaux pour ses chansons les plus personnelles. Le prélude n°4, opus 28 pour Jane B, l’Étude n°3 opus 10 pour Inceste de citron (on n’ose imaginer le tollé que cette chanson aurait provoqué aujourd’hui) ou l’Étude n°9 opus 10 pour le bouleversant Dépression au-dessus du jardin. Chopin reste en famille. 

Il rend hommage à la peinture surréaliste en se composant un décor à la Dali rue de Verneuil, murs noirs, objets précieux et insolites. Le terme de dandy est aujourd’hui bien galvaudé, mais une chose est sûre, Gainsbourg en était un. Jane lui apporta, avec les Repetto et les jeans usés, une désinvolture qui lui manquait et qu’il incarna comme le prince en exil qu’il était. 

A lire aussi: Jane Birkin bouleversante dans son dernier album «Oh pardon tu dormais»

Ce juif russe fut dès son plus jeune âge un adorateur de la langue française, sa seule patrie finalement. « Le langage le plus beau, celui que je maîtrise le mieux, c’est le français ». Cet amour, les mots le lui rendirent au centuple. Il a su les magnifier, les torturer pour en faire jaillir des mystères, les faire rimer comme personne n’aurait osé. Dans une émission de variétés de 1978, où au piano avec Michel Berger il déclare vouloir donner des leçons de prosodie à ce dernier, auteur compositeur fort honorable au demeurant, il dit : « Au départ, je ne sais jamais où je vais, je pars des mots, de rimes impossibles comme les rimes en ex », puis entonne le fabuleux morceau écrit pour Françoise Hardy Comment te dire adieu : « Sous aucun prétexte je ne veux/ avoir de réflexes malheureux/ derrière un kleenex je saurais mieux/ comment te dire adieu ». 

Le poète malgré-lui

De ses modèles littéraires, il sut retenir deux leçons.

Le sens du néologisme de Rimbaud : « elle s’y coca colle un doigt qui en arrêt sur la corolle » (Variations sur Marilou) dans son disque chef-d’œuvre L’homme à la tête de chou (1976).

Le sens de la nostalgie d’Apollinaire : « De tous ces dessins d’enfants que n’ai-je pu préserver la fraîcheur de l’inédit »(Marilou sous la neige), toujours dans le même album. La Lou d’Apollinaire, la Marilou de Gainsbourg. La boucle est bouclée. Et il savait aussi, comment le disait Colette : « écrire comme personne, avec les mots de tout le monde». Il le prouve dans une de ses plus belles chansons : Dépression au-dessus du jardin : « Tu as lâché ma main, de l’été c’est la fin, les fleurs ont perdu leur parfum ».

Et il y aurait tant et tant à dire sur Gainsbourg poète…

La Marseillaise et l’étoile jaune

Ce petit juif russe, que la France de Pétain a failli sacrifier, vouait pourtant un amour sans bornes à son pays d’adoption. On le voit dans l’épisode mythique de la Marseillaise en reggae lorsqu’il fut menacé à Strasbourg par les paras. Droit dans ses bottes, mais cependant tremblant, débarrassé de toute pose cynique, il entonne notre hymne national d’une voix étonnamment puissante. « J’ai redonné à la Marseillaise son sens initial. » Tout compte fait, certainement un des plus beaux hommages jamais rendus à notre pays. 

Et sa judéité dans tout ça ? Il la tenait comme à distance, car il en avait certainement souffert, son « étoile de sheriff » disait-il. Cependant, lors de la guerre des Six Jours, il composa à la demande de l’ambassade d’Israël à Paris Le sable d’Israël pour soutenir les troupes de Tsahal. Cette chanson, il ne la renia jamais, malgré ce qu’affirment certains, terrorisés à l’idée que Gainsbourg fut sioniste. Non seulement il ne la renia pas, mais il affirma « tenir par ses racines ». Serge Gainsbourg, qui disait avoir occulté certains épisodes de sa vie, put enfin accueillir le petit Lucien Ginsburg à qui on fit porter l’étoile jaune.

Pap Ndiaye nommé au Musée de l’Histoire de l’immigration: une décision dans l’air du temps

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L'historien Pap Ndiaye, spécialiste des "minorités" © BALTEL/SIPA Numéro de reportage : 00592566_000021.

Pap Ndiaye, co-signataire du rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris, prend la direction du Musée de l’Histoire de l’immigration


Le19 février, Ali Baddou a reçu l’historien Pap Ndiaye au Grand entretien de la matinale de France Inter. Le professeur à Sciences Po vient d’être nommé à la direction du Musée de l’Histoire de l’immigration, au Palais de la Porte Dorée.

Ce Musée de l’Histoire de l’immigration ne sera pas qu’un Musée sur l’immigration, annonce Pap Ndiaye. Il intégrera l’histoire de l’esclavage à partir du 18ème siècle et celle de la colonisation. Pourquoi pas ? Il restera à voir comment seront agencées les différentes présentations historiques relatant ces histoires complexes. À vrai dire, le reste de l’entretien laisse peu de doute.

Ndiaye ne contredit pas Ali Baddou lorsque celui-ci dit que ce musée sera aussi « un lieu où toutes les questions qui ont trait à la lutte antiraciste auront leur place.» Lui-même pense que le musée pourra être un lieu de débats “décolonialistes”. « On cherche ce qui dans la société française contemporaine est hérité de l’époque coloniale. On regarde les formes de continuité sans préjuger que nous serions entièrement détachés de cette période.» Traduction : on regarde les formes de continuité en préjugeant que la société française a gardé un fond colonialiste qu’elle perpétue aujourd’hui en France même. Autrement dit, militantisme antiraciste et thèses décolonialistes incriminant une France xénophobe qui userait de méthodes coloniales pour continuer de discriminer les populations issues de l’immigration auront table ouverte au Musée de l’Histoire de l’immigration.

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Le sujet de l’islamo-gauchisme est abordé. Pour l’historien, « ce terme n’a aucune réalité dans l’université, c’est plutôt une manière de stigmatiser des courants de recherche », lesquels courants sont surtout ceux de la « recherche intersectionnelle » traitant des “discriminations croisées”. Involontairement, Pap Ndiaye souligne un point primordial : les courants de “recherche intersectionnelle” qui irriguent actuellement les universités convergent effectivement tous dans la même direction, et la “déconstruction” d’à peu près tout ce qui a fondé l’Occident en général et la France en particulier est à l’œuvre.

En attendant de voir réellement les dispositifs du Musée de l’Histoire de l’immigration, il est intéressant d’analyser quelques éléments du Rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris, co-signé par M. Ndiaye. Ce rapport est curieusement introduit par un rappel de la mort de George Floyd et le combat du mouvement Black Lives Matter qui auraient engagé « à réfléchir en profondeur sur les formes de discrimination raciale et racisme qui existent dans le monde culturel » en Europe (sic), mais qui n’ont que peu ému les « établissements culturels » français (resic). La France, pays foncièrement xénophobe, traînerait donc des patins dès qu’il s’agit de se remettre en question ? A lire ce document, il serait temps d’envisager des mesures correctrices draconiennes, y compris dans le « monde culturel ».

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L’historien peut alors faire fi de l’histoire essentiellement occidentale de l’opéra – ses œuvres emblématiques, son décorum, ses symboles – et s’appuyer sur un Manifeste qui a « libéré la parole » (De la question raciale à L’Opéra National de Paris) pour défaire une tradition artistique française au nom de l’antiracisme. Quand on en arrive à demander « la création à l’Opéra national de Paris d’un poste de responsable diversité et inclusion » ; à réclamer « une formation aux enjeux de non-discrimination » pour les membres des jurys de l’opéra ; à proposer de « démarcher de manière active, y compris à l’international, des artistes non blancs de haut niveau » ; à préconiser, dans une novlangue de la plus belle eau, de « repenser l’unité chromatique » en favorisant « la diversité mélanique », que fait-on en réalité ? Pour reprendre des termes chers à Françoise Vergès ou David Bobée, on « décolonise les arts » en promouvant le comptage “diversitaire” plutôt que les aptitudes artistiques ; on déclare sottement que « la danse chinoise et la danse arabe de Casse-Noisette » relèvent d’une « racialisation », ou que Madame Butterfly présente des « personnages “yellowface” avec le maquillage de la peau et le contour des yeux exagérément allongé », parce qu’on ignore l’esprit des « tableaux fantaisistes, peints à une autre époque dans un esprit de rêve et de divertissement » (Benoît Duteurtre). On ne parle plus d’art mais de morale. On ne se laisse plus enchanter par des œuvres artistiques, on livre des combats politiques.

A lire aussi: Pays-Bas: jugée trop blanche, Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de Amanda Gorman

Pap Ndiaye parlant d’immigration, de l’Opéra de Paris ou de certains travaux universitaires, n’a de cesse d’évoquer une recherche française “intersectionnelle” qui irriguerait la recherche internationale. Il se trompe et inverse les rôles. Tous les débats français “racialistes”, décoloniaux, diversitaires, déconstructivistes, etc., qui empoisonnent actuellement le monde artistique comme le monde universitaire, les musées comme l’opéra, nous viennent des États-Unis, et non l’inverse. Ces faux débats véhiculent l’idée d’une France blanche raciste, discriminante, ne donnant aucune chance à la partie de sa population “racisée”. Les thèses qui alimentent ces faux débats ont actuellement le vent en poupe et gangrènent tous les pans de la société. Si chacun reconnaît la valeur du travail d’historien de M. Ndiaye, il reste qu’on peut s’interroger sur sa manière de promouvoir la discrimination positive à l’Opéra, ou sur sa vision d’une histoire de l’immigration qui semble surtout ajustée à celle des thèses décolonialistes.

Droit de réponse d’Anticor

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L’association exerce son droit de réponse suite à l’article publié sur Causeur le 6 février. « L’association n’agit pas pour «se faire l’Élysée», mais pour l’égalité de tous les citoyens devant la loi »


 « L’association Anticor, exerce son droit de réponse prévu à l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 en précisant les éléments suivants :

  1. Sur la commission d’enquête: Les dirigeants d’Anticor sont régulièrement invités à participer à des commissions d’enquête parlementaire. À cette occasion, ils apportent l’expertise de l’association sur des sujets précis. L’audition du 20 mai 2020 portait sur « les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire » et en aucun cas sur l’indépendance d’Anticor, association de droit privé. Une députée a interrogé Élise Van Beneden, présidente et Éric Alt, vice-président, sur l’absence de publication de l’identité des donateurs. Au cours de sa réponse, la présidente a déclaré qu’elle ne connaissait pas les noms des donateurs. Anticor a en effet environ 1 600 donateurs, il est donc parfaitement impossible de les connaître tous. De plus, seule la trésorière et notre prestataire externe ont accès à la liste des donateurs. Par ailleurs, Élise Van Beneden a précisé qu’Anticor s’était dotée, de son propre chef, d’un mécanisme d’alerte lorsqu’un don ou plusieurs dons sur la même année, venaient à dépasser 7 500 euros.
  2. Ce mécanisme a vocation à informer le conseil d’administration de l’existence de ce don afin qu’il évalue l’importance du don compte-tenu du budget prévisionnel de l’association et du réalisé à date. Bien évidemment, dans ces cas-là, la présidente est informée du nom du donateur. Ainsi, rien ne peut être reproché aux dirigeants de l’association, qui ont dit la vérité aux députés, conformément à leur serment. Le procédé consistant à isoler une phrase et à accuser une personne d’avoir menti est parfaitement déloyal.
  3. À notre connaissance, aucune autre association n’a mis en place un tel mécanisme. Par ailleurs, Anticor n’a pas les moyens d’enquêter sur ses donateurs, qui n’ont aucun moyen de peser sur les décisions de l’association, ni aucune raison de se méfier de leurs motivations ou de leurs valeurs.
  4. Sur l’affaire Kohler : Aucun don d’un montant de 15 000 ou 20 000 € n’a été « fléché » pour financer les poursuites contre Alexis Kohler.
  5. Sur l’identité des donateurs: la CNIL, dans une décision du 1er février 2021 a conforté la position d’Anticor, qui ne livre pas le nom de ses donateurs et adhérents. La CNIL précise notamment que les noms des donateurs et adhérents revêtent un caractère hautement personnel, voire sensible, pour les personnes concernées, et que l’association n’a pas le droit de les communiquer. Il est étrange de reprocher à Anticor de respecter la loi.
  6. Sur l’influence des donateurs : Nos donateurs n’ont aucun moyen de peser sur les décisions du Conseil d’administration. S’ils sont adhérents, ils bénéficient d’un vote à l’assemblée générale, rien de plus. Par ailleurs, rien, si ce n’est l’opinion complotiste d’une administratrice démissionnaire, n’établit l’intervention de sociétés secrètes à Anticor.
  7. Sur le choix des dossiers : l’affaire concernant Richard Ferrand, classée par le parquet de Brest a été jugée recevable par les juges d’instruction. De même, l’affaire concernant Alexis Kohler, également classée par le parquet, a été jugée recevable par des juges d’instruction. Enfin, la plainte contre Éric Dupond-Moretti a été jugée recevable par la Cour de justice de la République. Cela démontre que l’association a eu raison d’agir. Ces affaires suivent à présent leur cours normal. Anticor a signalé environ 130 dossiers aux procureurs de la République et s’est constituée partie civile dans une centaine d’entre eux. L’association n’agit pas pour « se faire l’Élysée », mais pour l’égalité de tous les citoyens devant la loi.
  8. Sur l’esprit partisan : Anticor est une association transpartisane. Le vice-président d’Anticor ne s’est pas spécialement opposé à une action contre M. Mélenchon, il s’est opposé à une plainte visant l’ensemble des candidats aux présidentielles ayant comme fondement des irrégularités dans leurs comptes de campagne car l’agrément d’Anticor ne lui permet pas se constituer partie civile sur ce fondement. Une plainte a néanmoins été déposée en juin 2018. Anticor a par ailleurs porté plainte dans l’affaire de la Tour Triangle, susceptible de concerner Mme Anne Hidalgo, contre M. Mathieu Gallet, M. Jean-Noël Guerini et M. Martial Passi, maire communiste de Givors, entre autres. Aussi, les « ravages de l’esprit partisan » que vous citez semble être des mirages.
  9. Sur la création de Blast : Blast est un média créé par Denis Robert, grand journaliste d’investigation ayant notamment dénoncé les affaires Clearstream et Lyon-Turin. Il s’agit d’une coopérative à but non lucratif dans laquelle Élise Van Beneden détient des parts sociales qui ne donnent droit à aucun dividende, ni à aucune plus-value en cas de revente. Le fait de diriger Anticor n’emporte statutairement qu’une seule incompatibilité : l’interdiction d’un mandat électif. Du reste, la participation d’un administrateur à un média ne révèle en rien un positionnement de l’association, chacun ayant le droit à sa liberté d’opinion, garantie par la déclaration des droits de l’Homme. »

Elise Van Beneden, Présidente d’Anticor

 

Suite à notre article, l’association Anticor nous a adressé le droit de réponse ci-dessus.

Causeur maintient l’intégralité de ses informations et regrette que la direction d’Anticor n’ait pas pris le temps de répondre à nos questions avant parution, malgré plusieurs relances. Le droit de réponse que nous publions ici confirme les dissensions internes dont nous avons fait état: Mme Van Beneden, présidente d’Anticor, trouve judicieux de qualifier de « complotiste » une ancienne administratrice, en l’occurrence Françoise Verchère, maire de Bouguenais pendant 14 ans, prix Ethique Anticor 2017. On a connu plus serein.

Nous notons que la direction d’Anticor ne dément ni l’existence de dons fléchés, ni l’existence d’un donateur ayant versé en 2020 au moins 5000€ par mois à Anticor, dont elle connait parfaitement l’identité.

Enfin, l’assertion selon laquelle la présence de Mme Van Beneden parmi les administrateurs de Blast, média de Denis Robert, «ne révèle en rien un positionnement de l’association», serait plus crédible si des centaines de messages enthousiastes sur les réseaux sociaux n’associaient pas Blast et Anticor. Ainsi David Koubbi, avocat d’Anticor, sur Twitter, le 14 janvier : « Lancement de BLAST, media de lutte anti corruption, par l’ami @DenisRobert accompagné d’Elise VAN BENEDEN, militante anti corruption et Présidente infatigable d’ANTICOR ». De son côté, Denis Robert déclarait dans un message vidéo diffusé le 4 février : « Anticor, comme Blast, est un caillou dans les mocassins du pouvoir, ce pouvoir ridicule et déliquescent », etc. Libre à chacun de souhaiter l’alternance, mais il devient difficile de soutenir que la direction d’Anticor – bien distincte en cela de ses adhérents – aborde la prochaine présidentielle sans esprit partisan.

Célébration de Fernandel

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Fernandel et Helene Perdriere dans "Topaze" de Marcel Pagnol (1951) © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00485102_000002

2021 est un beau millésime sur le front des célébrations et autres anniversaires. Ce sera Baudelaire en avril, Napoléon en mai, Frédéric Dard (San Antonio) en juin, La Fontaine en juillet, Brassens en octobre, Flaubert en décembre. Je parlerai en leur temps de tous ces gens-là, parce qu’ils figurent tous à divers titres dans mon panthéon personnel. Baudelaire parce qu’il a écrit de bien belles choses, Frédéric Dard parce que San Antonio (je crois que je les connais tous à peu près par cœur), La Fontaine parce que j’ai une admiration sans bornes pour l’artiste qu’il était, Brassens parce que je l’ai tellement joué que le manche de ma guitare en est creusé.

Flaubert, j’anticiperai même un peu, une exposition sur Salammbô doit s’ouvrir à Rouen en avril. Je rêve d’en rendre compte. Salammbô ! Je donnerais ma main droite pour avoir écrit la première phrase du roman, « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar » — coup de trompette en A majeur.

En attendant, il y a 50 ans, le 26 février 1971, disparaissait Fernand Contandin. Qui ça ? Fernandel ! Même qu’un certain Olivier de Bruyn l’exécute cette semaine dans Marianne, en ressortant tous les clichés que peut attendre le populo : brave type, incroyablement populaire, sans oublier « l’accent ».
Et de citer sa collaboration avec Pagnol : Angèle, Regain, le Schpountz, la Fille du puisatier
En choisissant d’éliminer de la liste le chef-d’œuvre qui aurait pu donner à son article un petit quelque chose en plus : Topaze.

A lire aussi, Patrick Mandon: Marcel Pagnol et Albert Cohen: mousquetaires de la garrigue

Je tiens Pagnol pour l’un des grands écrivains du siècle. Lisez donc Jazz, ou l’intellectuel désenchanté, lisez les Marchands de gloire, l’une des charges les plus violentes contre la guerre, écrite au lendemain de la victoire. Pagnol a souffert des adaptations nullissimes par Alexandre Korda de la « trilogie marseillaise » auxquelles on persiste à l’assimiler — ah, l’accent du Quai de Rive-Neuve reconstitué par ce Parisien de Pierre Fresnay ! Yves Robert a fait un honnête travail avec la Gloire de mon père et le Château de ma mère — sans parvenir à insérer le sous-texte tragique de ces deux fragments autobiographiques, la mort du chevrier, Lili des Bellons, pendant la guerre, et surtout celle de la mère de Pagnol, décédée en 1910, quand son fils avait tout juste 15 ans et était élève au lycée Thiers avec Albert Cohen. C’est le souvenir de ces deux catastrophes, l’une nationale et l’autre intime, qui donne au soleil du Garlaban une nuance noire.

Ou lisez Topaze.

Topaze a donné à Fernandel l’occasion de prouver deux choses. Primo, qu’il pouvait, si on lui en donnait l’occasion, être encore meilleur que Jouvet — qui ne démérite pas dans la première version filmée de la pièce, en 1933, mais qui est loin, très loin de la performance de Fernandel en 1951. Secundo, que ce faux sympa (qui était un vrai tyran domestique, fou de jalousie, qui séquestrait littéralement son épouse) était un vrai méchant — et l’on adore le moment où il révèle sa vraie nature.

Pendant trois actes (la pièce en a quatre), Fernandel, petite barbichette, air sérieux et accablé, choisit de ne pas se ressembler. Il est un …

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Bernard Arnault: l’humain d’abord?

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De gauche à droite, Alexandre Arnault, Bernard Arnault et Delphine Arnault, Paris, 2018 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 00860715_000014

Alors quElon Musk veut emmener le transhumain sur Mars, le plus riche des Français a fait fortune en aidant lHomme à mieux vivre sur Terre.


“X Æ A-XII”. Ceci n’est pas un code de mise à feu de l’arsenal nucléaire américain, mais le prénom donné par l’homme le plus riche du monde à son fils, né l’an dernier. Elon Musk, célébrissime patron du constructeur automobile Tesla et de l’agence spatiale privée Space-X, n’en finit plus de faire parler de lui. Il lui suffit désormais d’éternuer (ou presque, de tweeter), pour que les cours de la Bourse ou du Bitcoin flambent ou s’effondrent.

Avec une fortune évaluée à plus de 188 milliards de dollars en janvier dernier, cet homme de 49 ans au visage poupin a laissé entendre qu’il en verserait la moitié à des œuvres de charité. Mais pas tout de suite. Plutôt “dans vingt ans, quand Tesla sera stabilisée”, confiait-il en 2018. Pour l’heure, ses investissements se concentrent sur la colonisation de Mars et l’implantation de puces électroniques dans le cerveau humain.

Jusqu’à preuve du contraire, un sac à main rend la vie plus agréable que la réservation d’un séjour sur Mars en 2050

Avec son projet Neuralink, l’apprenti sorcier compte en effet soigner les addictions, la dépression ou l’insomnie, et même supprimer la peur. Pour l’instant, les expériences sont réalisées sur des cochons mais demain, il le promet, l’homme aura “une montre connectée dans le crâne”. À moins qu’une pandémie mondiale ne vienne contrarier ses plans et retarder l’avènement de la créature surhumaine censée nous remplacer…

A lire aussi: Légion étrangère: le mâle du pays

Pendant ce temps, le PDG du géant du luxe français LVMH, lui, continue de passer pour un “salaud de riche”. Au pays de la CGT, Bernard Arnault demeure encore et toujours la tête de Turc d’un certain nombre de nos concitoyens. Pour eux, son patronyme est presque devenu un nom commun : celui du méchant milliardaire, dont l’indécente fortune devrait être confisquée et redistribuée d’urgence.

Et pourtant. LVMH n’investit pas dans la pseudo-révolution transhumaniste, mais dans le plaisir ici et maintenant. Ce fleuron de l’économie frenchy produit des articles d’une qualité exceptionnelle, que l’on acquiert “pour la vie” et qui se transmettent de génération en génération. Aux antipodes des lubies scientistes de l’époque, le luxe à la française ne promet pas une vie meilleure demain ou ailleurs, mais ici et maintenant.

Vuitton, Moët-Hennessy, Guerlain, Fendi, Céline, Chaumet, Bulgari… la collection de marques acquises par le redoutable homme d’affaires fait rêver. Mais en gardant les pieds sur Terre. Jusqu’à preuve du contraire, un sac à main élégant et inusable rend la vie plus agréable que la réservation d’un séjour sur la planète rouge en 2050. Car encore faudrait-il que l’on soit vivant et à peu près valide le jour du départ.

La différence entre un savant fou post-humaniste américain et notre baron industriel à nous, c’est que le second semble avoir conscience de nos limites. “Tant que le problème crucial des inégalités ne sera pas traité, d’autres objectifs et d’autres désirs resteront hors de portée », indique une note communiquée à l’équipe de Joe Biden par un groupe de personnalités réunies autour du PDG de JP Morgan.

« Les dirigeants économiques doivent prendre conscience du fait qu’ils n’ont pas seulement une obligation économique mais aussi un intérêt commercial à promouvoir un système plus juste et plus équitable”, indique également le document. Or l’un de ses co-signataires – parmi lesquels figurent Tony Blair, Condoleezza Rice, Henry Kissinger ou encore le vice-président du géant chinois Alibaba – n’est autre que notre Bernard Arnault national.

A lire aussi: Disparition de Jack Ma (Alibaba): enfin une bonne nouvelle pour l’Occident!

Quoi qu’on pense de sa pratique du capitalisme financier, chacun sait qu’Arnault est aussi un amoureux des arts, auxquels il a dédié la fondation Louis Vuitton. On sait peut-être moins que LVMH a largement participé à “l’effort de guerre” contre la Covid, que ce soit en finançant un important essai clinique mené par l’Institut Pasteur de Lille, en achetant des dizaines de millions de masques, ou en réorientant son activité vers la production de gel hydroalcoolique pour les soignants.

On ignore encore plus souvent l’existence du programme d’apprentissage d’excellence de LVMH, qui soutient l’emploi des jeunes sans qualification à l’heure où l’on parle de “génération sacrifiée”. Et l’on oublie parfois que, face à la crise sanitaire qui venait, Bernard Arnault annonçait dès le printemps dernier renoncer à deux mois de son salaire de PDG et à toute rémunération variable pour 2020. Bien le minimum ? On conviendra que tous les puissants de ce monde n’en font pas autant.

Quant au fils de Bernard Arnault, son prénom est Antoine. Responsable de la communication et de l’image du groupe LVMH, c’est lui qui a repéré sur Twitter l’appel aux dons lancé l’an dernier par l’Institut Pasteur de Lille. Ce mois-ci il se dit “fier” d’avoir contribué en tant que mécène, à hauteur de 5 millions d’euros, à la recherche d’un traitement contre le coronavirus, qui devrait être disponible cette année. Ce n’est pas Mars, ce n’est même pas la Lune, mais c’est déjà ça.

Légion étrangère: le mâle du pays

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Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro de mars


L’histoire de la Légion étrangère est inséparable de celle de la France. Pour un reportage réalisé au camp de Carpiagne, Elisabeth Lévy, accompagnée par le photographe Stéphane Edelson, est allée à la découverte du 1er REC qui fait partie de ce corps d’élite. Régie par un code d’honneur, la Légion compte plus de 8 000 volontaires étrangers placés sous le commandement de 450 officiers français. Des guerres coloniales aux combats contre l’État islamique au Mali, ces durs à cuire sont unis par les mêmes idéaux : discipline, amour du chef et surtout la mission, quoi qu’il en coûte. « La singularité militaire est d’accepter de mourir pour la France » confie à notre directrice de rédaction le colonel Nicolas Meunier. Unique au monde, la Légion recrute majoritairement des soldats étrangers prêts à se battre pour la France jusqu’au sacrifice suprême. Comme le dit le colonel du 1er REC : « Ces étrangers nous donnent une leçon d’identité. » Si les forces françaises interviennent aujourd’hui au Sahel, Jean-Baptiste Noé nous rappelle qu’il s’agit d’un effort au très long cours dont l’objectif est double : empêcher les djihadistes de semer la mort en France et empêcher des migrants de partir vers l’Europe.

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En passant d’un milieu masculin par excellence à un domaine réservé exclusivement aux femmes (jusqu’à nouvel ordre), Elisabeth Lévy commente la décision du gouvernement de fournir gratuitement des protections périodiques aux étudiantes. La manie actuelle consistant à parler haut et fort en public des fonctions naturelles les plus intimes est « la marque de fabrique d’un nouveau puritanisme qui, ne voyant le mal nulle part, finit par le débusquer partout. » Si la même manie s’exprime à travers les interventions de « tous ces croisés de la « parole libérée » » qui pullulent aujourd’hui, Muriel Salmona en tête, nos contributeurs attaquent le mal à la racine. Pour Erwan Seznec, cette psychiatre est entourée de militants qui sacralisent la parole de l’enfant, les mêmes qui estimaient dans l’affaire d’Outreau que plus le témoignage d’un enfant est contradictoire, plus il est fiable. Peggy Sastre nous explique comment les notions d’« amnésie traumatique » et de « refoulement », dénuées de fondement scientifique, constituent un écran derrière lequel Muriel Salmona promeut des thèses dangereuses qui enferment les victimes dans leurs souffrances. Le psychanalyste Daniel Pendanx nous met en garde contre les charlatans qui confondent processus judiciaire et psychothérapie. Pour d’autres actualités, nous passons derrière ce qu’on appelait autrefois le « rideau de fer. » Né sous Staline en URSS, Vitali Malkine rapproche les méthodes utilisées aujourd’hui en France par certains militants – notamment l’imposition de la discrimination positive – de celles des Soviétiques. Puisque nous ne savons apparemment pas tirer les leçons de l’histoire, Sylvie Perez a interviewé le créateur londonien d’un Musée de la terreur communiste dont l’objectif est de dessiller de nombreux jeunes qui, obnubilés par le mirage égalitaire, restent foncièrement ignorants de la réalité historique du communisme. Pour revenir à la Russie de notre époque, Jean-François Colosimo explique à Gil Mihaely pourquoi Alexeï Navalny a suscité une réaction si violente de la part des autorités russes : pour la première fois depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir, il incarne la possibilité d’un changement, excitant ainsi l’ire de toute la structure de pouvoir oligarchique dont Poutine lui-même n’est que le point focal.

La culture sauvera-t-elle le monde ? « Possible ! » répondent Frédéric Fernay et Jérôme Leroy qui se sont penchés sur les nouveautés éditoriales : les titres de Patrice Jean et de François Sureau, ainsi que le troisième et dernier tome de Nabokov dans la Pléiade, nous apportent cette poésie, « cette fraîcheur poignante qui défie le temps. » « Pas sûr ! » répondent pour leur part Pierre Lamalattie et Jonathan Siksou, qui se sont penchés sur des projets de réaménagement de Paris. Quand la Mairie de Madame Hidalgo parle d’« écosystèmes » ou d’« esthétique », il faut craindre le pire. Pourtant, c’est Villon qui affirmait, « il n’est bon bec que de Paris. » La capitale sera sauvée par ses bouchers. William Bernet, que nous présente Emmanuel Tresmontant, est le dernier restaurateur à trancher lui-même ses carcasses de bœuf affinées à la perfection: son tartare est divin et sa tête de veau une merveille.

Le numéro 88 est disponible sur la boutique en ligne, et dans les kiosques mercredi 3 mars.
Le numéro 88 est disponible sur la boutique en ligne, et dans les kiosques mercredi 3 mars.

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S’abonner à Causeur présente des avantages. Avec le numéro de mars, nos abonnés recevront l’essai allègre et féroce dans lequel Cyril Bennasar répond à Rokhaya Diallo : L’Arnaque Antiraciste expliquée à ma sœur.

L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur

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Pays-Bas: jugée trop blanche, Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de Amanda Gorman

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Amanda Gorman lors de l'investiture de Joe Biden, 20 janvier 2021 © CNP/NEWSCOM/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA31543160_000039

Apartheid inversé dans le monde des Lettres aux Pays-Bas? L’auteure à succès Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de la poétesse noire américaine Amanda Gorman.


Marieke Lucas Reineveld cède ainsi aux attaques formulées par une journaliste néerlandaise noire, originaire de l’ex-colonie de Suriname. Celle-ci affirmait dans un article du journal de gauche De Volkskrant qu’une personne blanche ne peut pas ressentir la détresse d’un peuple opprimé comme les Noirs américains. Et proposait une poignée d’artistes « afro-néerlandais » qui seraient selon elle mieux placés pour traduire des poèmes tels The Hill we Climb (trad: La Colline que nous gravissons), déclamé par Amanda Gorman lors de la cérémonie d’investiture du président Joe Biden.

Marieke Lucas Reineveld ne crut pas bon de se défendre contre ce racisme anti-Blanc à son égard. Au contraire, dans un tweet plein de compréhension pour celle qui l’avait ostracisée, elle courba l’échine. Elle y affirmait même comprendre « celles et ceux qui se sentent blessés par le choix de sa maison d’édition ». Le choix, donc, de lui faire traduire la poésie empreinte de la lutte des Noirs d’Amanda Gorman.

La peur des critiques

L’éditeur néerlandais Meulenhoff se résigna de mauvais gré à la désertion de son auteure vedette. Tout en rappelant qu’Amanda Gorman avait elle-même approuvé le choix de la traductrice, après avoir lu un de ses livres en traduction anglaise. Détail qu’avait omis de mentionner la journaliste noire et jalouse. S’il persistait dans son choix, l’éditeur avait l’assurance que des « lecteurs en sensibilité » se pencheraient sur le travail de traduction, pour veiller à ce que la traductrice respecte le poétiquement correct. Peur d’offenser? On peut le supposer, son éditeur britannique avait déjà contraint Marieke Lucas Reineveld à supprimer une blague qu’elle fait dire à un enfant dans son livre: « Pourquoi Hitler s’est-il suicidé? Parce qu’il ne pouvait plus payer la note de gaz. »

A lire aussi: #DisruptTexts: pour contrer la « culture du viol », des militants censurent… Homère

La repentance de la très médiatique Marieke Lucas Reineveld a mis en fureur des Néerlandais soucieux d’éviter la cancel culture en provenance des États-Unis, laquelle condamne les créateurs inconvenants ou les œuvres inappropriées, selon la définition de Michel Guerrin dans Le Monde. Selon eux, ce racisme « inversé » envers l’auteure fait partie d’une campagne agressive de Néerlandais issus de l’immigration, notamment originaires des ex-colonies comme le Suriname et les Antilles. Les immigrés originaires de l’Indonésie se sont en revanche construit une réputation positive et admirée, y compris dans le domaine des lettres. Les censeurs en herbe sont, bien sûr, loin de faire l’unanimité parmi les Néerlandais de couleur, mais des activistes bien établis dans le monde des arts et des médias dominent le débat.

Parmi eux s’est particulièrement distingué un rappeur qui veut fonder une chaîne de télévision Zwart (Noir). Antidote, selon lui, à l’ignorance des médias sur le multiculturalisme. Ledit rappeur jugea prudent de se retirer finalement du projet après avoir menacé un journaliste dont les questions lui déplurent, et dont il vola l’ordinateur. Des excuses timorées lui avaient peu avant épargné un procès pour incitation à la violence lors d’une manifestation contre le racisme.

Une traductrice débutante

De ce champ miné, Marieke Lucas Reineveld s’était jusqu’ici soigneusement tenue à distance. Elle doute encore, à 29 ans, si elle doit s’appeler fille ou garçon, mais ne donne pas l’impression que la question la taraude. Fille de paysans protestants stricts, elle abandonne la littérature et la poésie deux jours par semaine pour les consacrer aux besognes dans une ferme laitière. Elle s’habille de préférence dans des costards d’homme trop grands pour elle, et porte les cheveux blonds mi-longs genre sixties.

L’année dernière, la traduction en anglais de son premier roman obtint le prestigieux Booker International Prize. Le livre parut en français sous le titre Qui sème le vent. C’est selon son éditeur français Buchet/Chastel le « portrait sauvage et beau d’une enfance brutalement fleurie par le deuil ». Ses talents de traductrice étaient jusqu’ici restés un secret bien gardé, d’autant plus qu’elle avait confié l’année dernière que sa maîtrise de la langue de Shakespeare laissait à désirer. Pourquoi alors l’avoir invitée à traduire une partie de l’œuvre d’une poétesse américaine de renommée mondiale? Qui pratique de surcroit le genre ‘spoken word’ aux relents de rap et de hip-hop typiquement américains si difficiles à transposer dans une langue germanique. Un beau défi pour un traducteur chevronné, certes, mais est-ce que Marieke Lucas Reineveld aurait été à la hauteur? Il est permis d’en douter. Mystère… Pour tout dire, cet épisode fleurait bon le coup de com, sabordé par une journaliste tout ce qu’il y a de plus politiquement et racialement correcte…

Enfin, que dirait-on si un écrivain blanc néerlandais refusait qu’un traducteur noir se penche sur son œuvre, arguant que seul un batave pur sucre peut en saisir les subtilités?

Élisabeth Lévy sur le verdict Sarkozy: « Cette affaire me donne sacrément envie de voter Sarko! »

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Nicolas Sarkozy le 1er mars 2021 au tribunal © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22544113_000005

Difficile d’échapper à l’information. Dans l’affaire des écoutes, en première instance, Nicolas Sarkozy a été condamné le 1er mars à trois ans de prison (dont un an ferme) pour corruption et trafic d’influence. Il a fait appel de cette décision. Pour la première fois, un ancien président est condamné à de la prison ferme.


Depuis que l’information est tombée, rédactions de presse et simples citoyens s’interrogent. Assiste-t-on à une décision de justice politique ? Les juges sont-ils de nouveau en train de choisir à la place des citoyens pour qui ils pourront voter ? Ce n’est pas aussi simple, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas grave. La condamnation de Sarkozy dans l’affaire des écoutes est un « produit juridique dérivé » de l’enquête sur le supposé financement de la campagne électorale de 2007. Cette affaire a été rendue publique par Mediapart pendant la campagne présidentielle de 2012 par deux publications, la première le 12 mars 2012, la deuxième le 28 avril, c’est-à-dire à une semaine du deuxième tour. On peut supposer que déjà à cette étape-là, des personnes liées à notre système de justice alimentaient l’enquête journalistique de Mediapart. On peut même émettre l’hypothèse que les dates de publications avaient été choisies pour des critères autres que journalistiques.

Ensuite tout s’enchaîne: d’un côté on n’arrive pas à prouver que Kadhafi avait financé Sarkozy – et s’il l’avait fait, pourquoi ne l’avait-il pas dit lui-même pendant les longs mois écoulés entre le moment où la France a initié la guerre contre la Libye et le moment où il a été tué ? – de l’autre on pousse Sarkozy à la faute. Car ce dernier, voulant se renseigner sur ce qui se tramait – peut-on le lui reprocher ? –  aurait commis – cela reste à être définitivement prouvé – des fautes.

Ce n’est pas simplement qu’après Cahuzac et Fillon, la justice ait voulu montrer à une opinion publique qui ne l’a pas à la bonne qu’elle n’hésitait jamais à se montrer « exemplaire » et intraitable avec les élites. C’est toute une affaire qui commence il y a une décennie avec le soi-disant financement libyen de la campagne de 2007, publiée par hasard cinq ans plus tard au pire moment pour Sarkozy et les différentes démarches de la justice depuis qui sont en cause.

Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur, revenait ce matin à la radio sur le verdict de cette affaire. Elle a critiqué une décision « scandaleuse » et « inquiétante », dans laquelle le doute ne profite plus à l’accusé, puis a évoqué l’avenir politique de Nicolas Sarkozy. Nous vous proposons d’écouter son intervention sur Sud Radio ci-dessous:

La chasse aux TERF aura-t-elle raison du féminisme?

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Ingrid Riocreux Photo: Hannah Assouline

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Je me souviens d’un temps, pas si éloigné, où l’on disait qu’il fallait lutter contre « l’invisibilisation des femmes ». On pourrait penser que la lutte contre la précarité menstruelle constituerait par excellence une occasion de mener cette action, de singulariser la situation des étudiantes parmi les étudiants, en levant ce qu’il est convenu d’appeler le « tabou des règles ». Pourtant, le 23 février au soir, on pouvait entendre sur France Info l’interview de la représentante d’un syndicat étudiant qui se réjouissait de l’initiative gouvernementale sans jamais employer le féminin ! « Les étudiants, ils » vont pouvoir accéder à des protections périodiques gratuites. La seule variation qu’elle s’autorisât fut l’emploi de l’expression « les personnes menstruées ». Par un suprême paradoxe, cette mesure saluée par les féministes semblait ne pas concerner les femmes. Cette disposition qui donnait à voir la spécificité de la condition féminine devenait une occasion nouvelle d’invisibiliser les femmes. Par souci d’englober large, de ne pas « binariser le discours », on assiste au grand retour en force du « masculin qui l’emporte sur le féminin » dans le discours même de ceux qui dénoncent ce principe grammatical! Parce que les hommes transgenres (« assignés femmes à la naissance ») ont leurs règles, on renonce à parler des règles au féminin. Une bonne féministe dirait: « même ça, les hommes l’ont colonisé ! »

Seulement voilà, une féministe qui s’insurgerait que l’on parle des règles au masculin risque de tomber sous le coup d’un verdict que l’on voit doucement s’imposer dans le paysage idéologique et qui pourrait bien, un jour, avoir raison du féminisme : « vous êtes une TERF » (trans-exclusionay radical féminist). Par exemple, si vous pensez que la gratuité des protections menstruelles est une grande avancée pour les droits des femmes, vous êtes une TERF. Elle est une avancée pour les droits des « personnes menstruées ».

Ainsi, sur Europe 1, le vice-président de la FAGE (fédération des associations étudiantes) précise:

Les discussions que nous avons eues avec Frédérique Vidal étaient sur la nécessité de lever le tabou sur les protections menstruelles et de les mettre dans des lieux de passage, et pas juste enfermées dans les toilettes pour femmes, puisque certains hommes ont leurs règles comme les personnes transgenres, mais aussi les personnes non-binaires

« Certains hommes ont leurs règles ». Il ne faut pas rigoler parce que, tout le monde s’en souvient, la romancière J.K. Rowling a déclenché un énorme scandale en se gaussant de l’expression « personnes menstruées » et en suggérant qu’on dise tout simplement « femmes ». On l’a traitée de TERF. Elle l’avait bien cherché.

Le vice-président de la FAGE dit aussi que les « personnes non-binaires » ont leurs règles. Pour rappel, non-binaire, c’est comme lui (ou elle ? ou ni l’un ni l’autre?) à 02:31, mais je crois que personne ne l’a oublié… euh… oubliée… (enfin merci de m’indiquer l’accord pour les non-binaires).

Alors, sauf surprise de la nature, lui (?) n’a pas ses règles, tout non-binaire qu’il soit, car au-delà de son identité de genre et conformément à son expression de genre, son corps est quand même celui d’un mâle. Donc quand Anna Prado de Oliveira, vice-président de la Fage, dit que les personnes non-binaires ont leurs règles, elle opère une généralisation abusive (autorisée, apparemment: c’est à n’y rien comprendre) puisque seules les non-binaires femelles sont concernées.

Pardon, Anna, c’est « il ». De fait, Anna Prado de Oliveira incarne elle-même cette volatilité des genres. J’avais du mal à croire que sa désignation comme « vice-président de la FAGE » relevât d’une volonté de préserver le masculin aux titres, tendance très vieille école, beaucoup trop réac pour ce profil d’engagement. Selon les sources (et jusque sur son CV en ligne), la fluidité est permanente : « étudiante », « élu », « animateur », « membre active ». Les modes d’expression non discriminants cohabitent aussi dans ses écrits sur les réseaux : « les étudiants et les étudiantes » (très tradi, le masculin avant le féminin) ; « les étudiant.e.s » (qui fait plus moderne). Et comme toujours avec l’écriture inclusive, vient le moment où l’on fatigue et où, malgré toute sa bonne volonté, emporté (ée ?) par la puissance du slogan, on commet la boulette:

Peut être une image de 1 personne

Vous l’avez ? C’est « tou.te.s » qu’il fallait écrire.

Qu’une femme soit désignée au masculin dans un article de presse est conforme à une requête de l’AJL (Association des journalistes LGBTetc.) qui demande que les personnes interrogées puissent choisir comment on doit les désigner. Il est mal venu, en effet, de « mégenrer » son interlocuteur, comme le montre la mésaventure de Daniel Schneidermann. La réciproque n’est pas vraie, semble-t-il, puisque le coco non-binaire, qui aimerait qu’on ne confonde pas « identité de genre et expression de genre » (« sinon on va mal partir »), considère que Daniel Schneidermann est un homme (il l’appelle « monsieur »), au risque de le « mégenrer ». Le remodelage idéologique de la langue demande une attention de tous les instants et ses promoteurs, comme on le voit, que ce soit à l’écrit ou à l’oral, ont tôt fait de tomber dans les pièges qu’ils voudraient tendre aux autres.

L’idée n’est évidemment pas de se moquer des personnes qui portent leur corps comme un fardeau: c’est d’ailleurs, pour des raisons multiples, le cas de beaucoup de gens. Mais il faut opposer une résistance ferme à tous les individus aux théories dangereuses qui tentent de fractionner l’humanité en une multiplicité d’« identités » sacrées et antagonistes.

Heureusement, malgré la veille active de l’AJL, toute la profession journalistique ne semble pas bien au fait des dernières innovations en la matière. Nos journalistes en sont restés à un féminisme planplan qui se réjouit que l’accès à des protections périodiques gratuites favorise l’égalité des chances entre hommes et femmes. Mais parler des femmes au masculin sous prétexte que certaines sont en fait des hommes, voilà qui n’est pas encore passé dans les mœurs. Je dis « pas encore » parce que je ne doute pas de l’évolution des choses et que je doute fortement de la capacité de résistance de nos gens de presse, face à l’atmosphère de procès stalinien que les idéologues de l’« identité de genre » savent instaurer avec la complicité d’idiots terrorisés.

Pour l’instant, satisfaisons-nous des petits (des derniers ?) sursauts de bon sens: à l’instar de France Inter, tous les médias ont titré sur la gratuité des protections périodiques « pour toutes les étudiantes ».

Julien Pasquet (@JPasquet) | Twitter

Et Julien Pasquet, peu suspect de défendre des positions réactionnaires, personnage bien-dans-les-clous rachetant l’image crypto-nazie que certains attachent désormais à la chaîne CNews, exprime avec candeur sa révolte face à cette image diffusée par l’UNEF:

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« Pourquoi étudiant-point-e-point-s ? Que je sache, les protections périodiques ne concernent que les femmes ! » Ignore-t-il ce qu’a valu à J.K. Rowling une telle réaction ? L’heure tardive de son émission l’a sans aucun doute sauvé d’un mot-dièse « transphobie ordinaire sur CNews ». Et dans la mesure où il n’est pas nécessaire d’être une femme pour être féministe, on ne voit pas ce qui interdirait à quelques « transactivistes » mécontents de traiter de TERF un brave petit journaliste exprimant une vérité indiscutable. Enfin, naguère indiscutable.

Rappelons que dans la vidéo du désormais célèbre « je ne suis pas un homme, monsieur », Daniel Schneidermann s’interrogeait sur l’absence de femmes sur son plateau. Or, à partir du moment où l’un des participants (et pourquoi pas tous?) se considère comme non-binaire, le débat n’a plus lieu d’être. La multiplicité des identités de genres possibles rend obsolète la volonté d’équilibrer la proportion d’hommes et de femmes; quel critère doit-on examiner? Après tout, une femme transgenre étant une femme au même titre qu’une autre, on peut avoir quatre hommes sur un plateau, dont deux sont en fait des femmes transgenres et le tour est joué. L’égalité est respectée. Sauf que non.

Les féministes ont du souci à se faire car même le Planning Familial semple être passé à l’ennemi: on se rappelle la polémique suscitée par l’idée de « tomber enceint.e » en décembre dernier. Le 27 février, voulant clarifier sa position face à des féministes déçues et critiques, le Planning Familial publie sur les réseaux le texte suivant : planning famLes réactions des internautes sont édifiantes. Refus de l’écriture dite inclusive, refus d’être étiquetée cis-genre, colère face à la « trahison » du Planning Familial… mais aussi remerciements:

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Ces féministes obsédées par la transphobie planteront elles-mêmes le dernier clou dans le cercueil du féminisme.

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Mourir de solitude

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Ehpad à Montpellier, mars 2020 © Xavier Malafosse/SIPA Numéro de reportage : 00953319_000005

Rarement l’hypocrisie, individuelle et collective, aura atteint de tels niveaux. Le gouvernement et les citoyens sont parcourus d’une grande ferveur altruiste : protégeons les personnes âgées ! Veillons sur nos vieux !

Oui…

Procédons par ordre, et commençons par l’amont.

Nous sommes tellement altruistes que nous avons convaincus nos parents d’aller mourir en EHPAD, loin de nous. Mourir, oui — parce qu’on n’en sort que les pieds devant. Lisez le magnifique roman de Jacques Chauviré, Passage des émigrants : un fils bien intentionné (et désireux de s’approprier le logement de ses parents) convainc ses père et mère d’aller dans une « maison de retraite », comme on disait encore en 1977. Elle y mourra, et lui aussi — et tous deux « émigrent » de bâtiment en bâtiment, au fur et à mesure de l’accumulation de leurs bobos, jusqu’au mouroir qui est la destination finale de tous. L’auteur était médecin gériatre, il raconte (merveilleusement) ce qu’il a vu et tenté d’accompagner au mieux des années durant.

Certes, nos vieux parents sont parfois atteints de pathologies peu compatibles avec le maintien à la maison. Certes, la vie moderne et l’exiguïté des logements empêchent souvent de les prendre avec soi. Mais combien ne sont là que « pour leur bien » — ou faut-il écrire « pour leurs biens » ?

D’autant que cela revient cher, un EHPAD. En moyenne, 1977€ par mois (tarif 2018) — avec de fortes disparités selon les régions, 1616 € dans la Meuse (ah, mourir dans la Meuse, c’est mourir deux fois !), 3154 € à Paris ou dans les Hauts-de-Seine. Et que pour cette somme (qui permet de s’installer en pension complète dans un hôtel convenable des Alpes, ou de s’inscrire dans une croisière autour du monde avec des prestations convenables (surtout au tarif 3000 !) et une assistance médicale au cas où, on donne à manger à « nos vieux » les saloperies indigestes dont certains se sont indignés. « Une tasse de soupe (même pas un bol), un ramequin de semoule, une compote industrielle, un morceau de fromage industriel pour enfant et deux tranches de pain industriel ». Byzance !

Ah, mais tous ces excès alimentaires sont « validés par la diététicienne », clame un EHPAD breton. J’espère qu’elle est assez bien payée pour s’asseoir sur sa conscience.

J’aime faire la cuisine. Je sais ce que ça coûte, de bien manger quand on sait cuisiner — une dizaine d’euros par jour pour deux personnes. 300 € par mois — allez, 400 si vous voulez manger de la viande tous les jours : daubes de joues, bourguignons, pot-au-feu, coustillous comme on dit aussi chez moi (des travers de porc), terrines de queue-de-bœuf, hauts de côtes d’agneau en ragoûts, etc.

Le reste, bien sûr, de ce que paient nos vieux dans les EHPAD, c’est l’intendance, les soins éventuels, le salaire des personnels (pourtant mal payés) — et les profits des firmes qui contrôlent ces mouroirs.

Et je n’évoquerai que pour mémoire la conception très personnelle que les EHPAD ont de l’hygiène et de la liberté de mouvement. Il y a des prisons plus ouvertes. Et on y mange mieux.

Alors le coronavirus débarqua pour aiguiser notre altruisme.

Les visites sont interdites — mais pas le travail des personnels contaminés. Le Covid est devenu dans les hôpitaux la première des maladies nosocomiales : vous y allez pour quelques examens de routine, pour une opération bénigne ou des soins urgents, vous en sortez par la morgue. Et vous n’aurez même pas eu la consolation de revoir vos proches, interdits de séjour. On les tue pour leur bien, et dans une solitude qui les tue deux fois (et alors, dans la Meuse…). Pareil dans les EHPAD. Ah mais avec le vaccin tout s’arrangera: ils mourront un mois plus tard, de ne pas voir leurs proches, de ne pas pouvoir discuter avec leurs amis au sein de l’établissement, d’être parqués comme des détenus dans leurs chambres, et de bouffer de la merde.

Ce qui a fait passer la bête verticale de l’étape simiesque à l’étape humaine, c’est l’invention des rites funéraires. Nous sommes ceux qui s’occupent des morts — au lieu de les manger, comme autrefois. Le gouvernement, en édictant des règles « pour le bien » des vieillards, les tue une première fois — avant de les laisser mourir pour le compte.

Des plaintes ont déjà été déposées. J’espère qu’elles seront nombreuses.

Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l'occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP
Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l’occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP
Emmanuel Macron en visite dans un Ehpad de Bracieux (Loir-et-Cher), 22 septembre 2020. © Yoan VALAT / POOL / AFP
Emmanuel Macron en visite dans un Ehpad de Bracieux (Loir-et-Cher), 22 septembre 2020. © Yoan VALAT / POOL / AFP

Quand j’entends les fanatiques du masque, du couvre-feu et du confinement réclamer des mesures encore plus drastiques « pour sauver la vie de nos vieux », il me vient l’envie de ressortir la boîte à claques. Les personnes âgées meurent des conditions qu’on leur impose, et encore mieux que les jeunes, qui paraît-il dépriment. Que d’articles sur la déprime des étudiants ! Combien sur l’extinction programmée des vieux ?

Ils sont les premiers (et presque les seuls) touchés gravement par l’épidémie. En moyenne, le Covid leur fait perdre six mois de vie — ça, c’est pour le quantitatif. Mais du côté du qualitatif, l’absence de leurs proches, la solitude imposée à des personnes qui par définition ont perdu peu à peu tous leurs amis (c’est cela, vieillir, c’est voir son monde disparaître), les conditions de confort très approximatif, pas un geste tendre, pas un baiser, cela vous tue bien plus sûrement qu’un virus.

Et je n’évoquerai que pour mémoire le conseil de ce responsable de la Santé préconisant, au moment des fêtes, de faire manger Papy et Mamie à la cuisine, loin des enfants. Ces temps-ci, les salopards se ramassent à la pelle.

Nous transmutons nos angoisses en pseudo-altruisme (« c’est pour les vieux ! »), afin de nous donner bonne conscience à moindres frais. C’est immonde. Nous savions d’expérience immémoriale que les épidémies induisent des comportements irrationnels. Mais là, notre égocentrisme se donne le prétexte de la rationalité pour étaler sa suffisance.

Parce que notre altruisme est, comme souvent, un égoïsme non assumé. Nous ne sauverons pas des personnes très âgées atteintes de pathologies diverses. Mais nous pouvons les aider dans les derniers mois, les derniers jours, à partir entourées de l’affection des leurs. Nous pouvons leur rendre les derniers devoirs — cela aussi, c’est interdit par le règlement interne des EHPAD et des hôpitaux. Sinon, comme le dit fort bien la rabine Delphine Horvilleur, ces morts nous demanderont des comptes « à travers les vivants ».

Nous pouvons, nous devons être humains. C’est tout ce que demandait une tribune récemment parue dans le Figaro.

Et je le dis très clairement : ceux qui me lisent et qui ne sont pas d’accord avec ces vérités d’évidence, qu’ils soient membres du gouvernement ou simples quidams, ne sont pas humains.

Ah, mais pardon, ils sont altruistes…

Gainsbourg, déjà trente piges

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Serge Gainsbourg sur Antenne 2 en 1989 © MICHEL GINIES/SIPA Numéro de reportage : 00168315_000012

Trente ans jour pour jour que le décès de Serge Gainsbourg nous était annoncé, à l’âge de soixante-deux ans. Si « le temps ronge l’amour comme l’acide », il n’a pas entamé ma quasi-dévotion pour Serge. Mais dieu que la tâche est difficile de m’atteler à une chronique pour honorer sa mémoire sans la trahir. D’autant plus que cela fait une semaine que je lis des papiers plus intéressants les uns que les autres à son sujet. Notamment, il faut leur rendre justice, un excellent dossier dans Les Inrocks, qui ont déterré une très belle interview accordée par l’artiste en 1989: « En ligne de mire je n’avais pas le bonheur », lit-on en exergue. « Qui peut savoir jusqu’au fond des choses est malheureux » a-t-il écrit dans Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, chanson écrite pour Jane et qu’il utilisait lorsqu’il s’agissait de mettre son cœur à nu. Cependant, dans cette interview, il se livre (gitanes) sans filtre sur son enfance, ses complexes, ses peines et son succès.

Art mineur, art majeur

Tout le monde se souvient de ce numéro d’anthologie d’Apostrophe et de son engueulade avec Guy Béart, arts majeurs versus arts mineurs. La peinture, la poésie, la musique classique pour Gainsbourg étaient des arts majeurs. Pas la chanson. Faiseur d’art mineur donc, et d’art pour les mineures, car c’est France Gall avec Poupée de cire poupée de son qui le propulsa vers la célébrité, lui qui était si à l’étroit dans son costume de poète maudit Rive Gauche. 

Bernanos disait qu’il était resté à jamais fidèle à l’enfant qu’il fut. Serge Gainsbourg resta à jamais fidèle au petit Lucien Ginsburg, cet enfant qui désirait avant tout satisfaire son père, pianiste, et comme lui, on le sait peu, peintre contrarié. Au sujet des leçons de piano que lui imposait son père, il déclare : « J’avais un mouchoir à gauche du clavier car je savais pertinemment qu’à chaque leçon j’allais me faire engueuler. Je faisais une fausse note sur les gammes et… Il avait une voix assez âpre, j’étais blessé et je me mettais à pleurer. Mais c’était un bon professeur. Son ambition était de me faire faire ce que lui voulait faire. De la peinture ».

CQFD. La légende veut que, lors de son exil de la Russie vers la France en Transsibérien, Ginsburg père se fit voler une toile qu’il avait peinte pour une femme aimée. Nul n’ignore que Gainsbourg brûla toutes les siennes. Et plus tard n’eut de cesse que d’offrir ses mots en chansons, tantôt subtils, tantôt déchirants, aux femmes de sa vie. 

À défaut de génie…

Il comprit qu’il ne pourrait jamais être un peintre ou un musicien de génie. Alors il se fit poète, presque à son corps défendant. Mais aussi « groupie », terme que je préfère à celui de plagiaire dont beaucoup l’accusèrent. « J’aime la grande musique, moi je fais de la musiquette, donc j’emprunte » déclara-t-il. Notamment Chopin, grand amour de son père, dont il utilisa des morceaux pour ses chansons les plus personnelles. Le prélude n°4, opus 28 pour Jane B, l’Étude n°3 opus 10 pour Inceste de citron (on n’ose imaginer le tollé que cette chanson aurait provoqué aujourd’hui) ou l’Étude n°9 opus 10 pour le bouleversant Dépression au-dessus du jardin. Chopin reste en famille. 

Il rend hommage à la peinture surréaliste en se composant un décor à la Dali rue de Verneuil, murs noirs, objets précieux et insolites. Le terme de dandy est aujourd’hui bien galvaudé, mais une chose est sûre, Gainsbourg en était un. Jane lui apporta, avec les Repetto et les jeans usés, une désinvolture qui lui manquait et qu’il incarna comme le prince en exil qu’il était. 

A lire aussi: Jane Birkin bouleversante dans son dernier album «Oh pardon tu dormais»

Ce juif russe fut dès son plus jeune âge un adorateur de la langue française, sa seule patrie finalement. « Le langage le plus beau, celui que je maîtrise le mieux, c’est le français ». Cet amour, les mots le lui rendirent au centuple. Il a su les magnifier, les torturer pour en faire jaillir des mystères, les faire rimer comme personne n’aurait osé. Dans une émission de variétés de 1978, où au piano avec Michel Berger il déclare vouloir donner des leçons de prosodie à ce dernier, auteur compositeur fort honorable au demeurant, il dit : « Au départ, je ne sais jamais où je vais, je pars des mots, de rimes impossibles comme les rimes en ex », puis entonne le fabuleux morceau écrit pour Françoise Hardy Comment te dire adieu : « Sous aucun prétexte je ne veux/ avoir de réflexes malheureux/ derrière un kleenex je saurais mieux/ comment te dire adieu ». 

Le poète malgré-lui

De ses modèles littéraires, il sut retenir deux leçons.

Le sens du néologisme de Rimbaud : « elle s’y coca colle un doigt qui en arrêt sur la corolle » (Variations sur Marilou) dans son disque chef-d’œuvre L’homme à la tête de chou (1976).

Le sens de la nostalgie d’Apollinaire : « De tous ces dessins d’enfants que n’ai-je pu préserver la fraîcheur de l’inédit »(Marilou sous la neige), toujours dans le même album. La Lou d’Apollinaire, la Marilou de Gainsbourg. La boucle est bouclée. Et il savait aussi, comment le disait Colette : « écrire comme personne, avec les mots de tout le monde». Il le prouve dans une de ses plus belles chansons : Dépression au-dessus du jardin : « Tu as lâché ma main, de l’été c’est la fin, les fleurs ont perdu leur parfum ».

Et il y aurait tant et tant à dire sur Gainsbourg poète…

La Marseillaise et l’étoile jaune

Ce petit juif russe, que la France de Pétain a failli sacrifier, vouait pourtant un amour sans bornes à son pays d’adoption. On le voit dans l’épisode mythique de la Marseillaise en reggae lorsqu’il fut menacé à Strasbourg par les paras. Droit dans ses bottes, mais cependant tremblant, débarrassé de toute pose cynique, il entonne notre hymne national d’une voix étonnamment puissante. « J’ai redonné à la Marseillaise son sens initial. » Tout compte fait, certainement un des plus beaux hommages jamais rendus à notre pays. 

Et sa judéité dans tout ça ? Il la tenait comme à distance, car il en avait certainement souffert, son « étoile de sheriff » disait-il. Cependant, lors de la guerre des Six Jours, il composa à la demande de l’ambassade d’Israël à Paris Le sable d’Israël pour soutenir les troupes de Tsahal. Cette chanson, il ne la renia jamais, malgré ce qu’affirment certains, terrorisés à l’idée que Gainsbourg fut sioniste. Non seulement il ne la renia pas, mais il affirma « tenir par ses racines ». Serge Gainsbourg, qui disait avoir occulté certains épisodes de sa vie, put enfin accueillir le petit Lucien Ginsburg à qui on fit porter l’étoile jaune.