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Contre la laideur de la France!

Jonathan Siksou publie « Le saccage de la beauté » (Fayard, 2026)


Contre la laideur de la France!
Jonathan Siksou © Hannah Assouline

Dans un court essai brillant et libre, Jonathan Siksou règle ses comptes à l’enlaidissement accéléré de notre pays. Cet honnête homme défend la beauté des paysages, de la langue, de la ville, des corps et de l’Art pourfendant ainsi la meute des salisseurs de mémoire…


D’abord et avant tout, quel que soit le sujet, sa profondeur et son onde, il y a une langue. Ici, elle est présente, en majesté. Souveraine. Fluide. Douce. L’enchaînement des phrases. Le tintement délicat. Ce bonheur diffus qui ne s’explique pas. Ce flux vif et piquant irrigue Le saccage de la beauté sous-titré « Pourquoi notre monde s’enlaidit » dans la collection Pensée Libre chez Fayard. On aime lire Jonathan Siksou pour la précision de son opinion, jamais brouillonne, jamais idéologiquement enfermée, mais surtout pour sa belle langue, ample, d’un académisme pétillant, tel un vin de pays ligérien. Il rira en lisant ces lignes. Sa veine pamphlétaire me fait penser à la Loire, pure, insoumise ; tantôt apaisée, tourangelle d’ascendance ; tantôt turbulente, méchamment remontée contre le progressisme béat et suicidaire quand elle déborde du côté de Pouilly, à cheval entre la Nièvre et le Cher, à chaque début de printemps. Ce balancement, tangage entre la pique chirurgicale contre tous les déconstruits et la rondeur de sa prose (quand il aime un paysage, un alexandrin, un personnage historique, il se fait troubadour) tient de l’équilibre singulier. Aujourd’hui, seules les plumes singulières et batailleuses résisteront au livre prémâché, dicté par la machine et aussi vite digéré. Faites-moi confiance, dans la confusion générale qui règne, dans l’imbroglio IA qui a dévasté l’entre-soi éditorial ces dernières semaines, l’écriture attaquée de toutes parts, massacrée, volée va reprendre, peu à peu, ses droits. Les stylistes qu’on disait morts sur l’autel de la transparence vont renaître. Je prédis une soif d’écrivains naturels sans ajouts numériques. Les plagiaires peuvent remballer leur quincaille. Jonathan incarne cet écrivain nouveau, sans complexe, sûr de ses goûts, n’ayant pas peur de s’inscrire dans le temps long, ancré dans notre Histoire, en dehors des modes, en dehors des clans, qui harmonise sa pensée avec une forme avancée d’écriture, c’est-à-dire qu’il écrit avec sa propre logique, sa propre musique, ses propres mots ; son cadencement et son humeur transparaissent à chaque ligne. C’est un écrivain AOC non victimaire qui est ému par « un monument rescapé de l’Antiquité ». Le lecteur fatigué et lessivé par les faux-nez ne recherchera bientôt que les dissidents en veste de tweed et les ferrailleurs élégants. Jonathan est-il un héritier des universalistes, des romantiques ou des hussards ? Son constat pointilliste est sans appel. Nous le partageons. Nous l’adoubons. L’enlaidissement s’est emparé de notre civilisation et il pèse sur nos consciences. « La beauté subit aujourd’hui les assauts répétés de la laideur née de l’ignorance et de la médiocrité – entretenues par une démagogie généralisée qui légitime le nivellement par le bas et les avidités mercantiles » souligne-t-il, avec justesse. Dans ce texte nerveux, sourcé à la perfection, les références et les citations ne sont pas là pour faire jolies, son érudition a vocation à nous alerter, nous alarmer.

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Levons-nous ! Avec la foi des premiers croyants, il met la pointe de son stylo sur les dossiers brulants de notre époque. Les paysages, cet organdi de la géographie qui faisait la richesse et le statut hautement privilégié de la France, souffrent. Cet entrelacs pondéré et merveilleux courant de la forêt de Tronçais aux cotes cascadeuse de Porspoder dans le Finistère revêt parfois le visage de la honte. Notre maison commune a été piétinée par des éoliennes, mochetés ténébreuses et l’artificialisation des sols. « Aucune leçon n’a été retenue des saccages commis sous le révolution industrielle, c’est même pire » avance-t-il, le cœur serré. Non sans courage, il s’attaque même au sacro-saint lotissement et à la bétonnisation de l’agriculture. Certains crieront au réactionnaire, au nostalgique enfiévré, au fou chantant la Nationale 7. En outre, il milite pour un Paris esthétique, sacrilège dans une capitale qui coupe les arbres et efface les traces de notre mémoire. « La rue est devenue le lieu des obstacles et des divisions », dit-il. Jonathan prend des risques quand il critique vertement l’avachissement des corps. Avoir de la tenue semble, en effet, être devenue la maladie mentale de ce siècle mou. L’écrivain décidément très inspiré nous livre un chapitre sur la langue plein de réjouissances. Il traque les néologismes et les fautes d’accord, et il se souvient avec émotion de la qualité de la langue parlée. Celle que l’on voit dans les archives de l’INA. Jadis, dans les années 50 ou 60 quand on tendait le micro dans le Paris ouvrier, l’homme de la rue s’exprimait avec une instruction et une faconde irrésistible. Cet automne, je vote pour Siksou contre les vertueux saccageurs de notre bien commun.

Le saccage de la beauté de Jonathan Siksou – Fayard, 128 pages.



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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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