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Que reproche-t-on au prix Nobel de la paix, au juste?

La chronique géopolitique de Richard Prasquier


Que reproche-t-on au prix Nobel de la paix, au juste?
L'avocate sud-africaine Navanethem Pillay, photographiée à Genève en avril 2009 © MARTIAL TREZZINI/AP/SIPA

Notre contributeur dénonce un Prix Nobel déplorable et explique ici pourquoi.


Alors haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Mme Pillay manifestait une hostilité envers Israël qui contrastait avec son aménité envers l’Iran, qu’elle avait ménagé après l’élection frauduleuse d’Ahmadinejad en 2009. Mais ce sont ses fonctions d’après 2021 qui lui ont valu la gloire du prix Nobel de la paix 2026, même si celui-ci lui a été décerné pour le motif très vague de « ses efforts en faveur de la paix et du droit international ».

Parmi les 47 membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui créa la Commission Pillay — Conseil supposé maintenir, je cite, « les normes les plus élevées en matière de droits de l’homme » —, les deux tiers étaient classés par Freedom House comme des régimes autoritaires ou des dictatures : parmi eux la Chine, la Russie, Cuba, le Venezuela, le Soudan, sans compter l’Érythrée, un pays dont le niveau de répression dépasse celui de la Corée du Nord. C’est le Pakistan, agissant au nom de l’Organisation de la coopération islamique, et lui-même régulièrement épinglé pour ses discriminations envers ses minorités religieuses, qui proposa en mai 2021 à ce Conseil une innovation : la création d’une commission d’enquête permanente chargée d’enquêter sur un territoire exclusif, à savoir le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et Israël.

Mai 2021, c’est l’opération dite « Gardien des murailles » ou « guerre des 11 jours », lancée par le gouvernement Netanyahou et son ministre de la Défense, Benny Gantz, à la suite de tirs de roquettes du Hamas sur Jérusalem.

Une commission permanente, cela signifie une structure administrative lourde, bien différente de l’envoi de rapporteurs spéciaux, qui sont des experts individuels indépendants enquêtant sur un pays donné et dont le mandat est éventuellement renouvelé chaque année. L’argument allégué était la prolongation d’une situation illégale au regard du droit international, mais aucune commission permanente n’a été créée, évidemment, sur le Tibet, le Xinjiang, Chypre du Nord ou le Haut-Karabagh.

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Les trois membres de cette Commission, dont les noms furent probablement soufflés à la présidente fidjienne par le délégué pakistanais, étaient anti-israéliens, donc politiquement irréprochables suivant les critères du Conseil des droits de l’homme.

La Sud-Africaine Mme Pillay, sa présidente, avait déjà qualifié à de multiples reprises Israël d’État d’apartheid. L’Australien Chris Sidoti, encore en activité, était connu comme militant anti-israélien particulièrement virulent. M. Miloon Kothari, un architecte indien, se distingua en parlant d’un lobby juif qui contrôlait les réseaux sociaux et se demanda pourquoi Israël n’avait pas encore été chassé des Nations unies. Il fut obligé de se rétracter, mais avait été fortement soutenu par sa présidente, qui considérait qu’il n’y avait dans ces phrases rien d’antisémite et que les critiques traduisaient simplement la volonté israélienne de discréditer sa Commission…

Les résultats du travail de la Commission, titre de gloire essentiel de Mme Pillay, sont objectivement minables : ses deux rapports par an, l’un à Genève, l’autre à New York, manifestent un aveuglement très volontaire par rapport au fonctionnement du Hamas, simplement qualifié d’« autorité de fait » ; sa charte exterminationniste et son idéologie islamiste radicale ne sont pas mentionnées, tout comme ne le sont pas non plus le détournement de l’aide humanitaire ni la construction de tunnels. La répression impitoyable des protestations civiles est édulcorée, alors qu’Israël, qui savait à quoi s’en tenir et a refusé de coopérer avec la Commission, est disséqué de façon impitoyable.

Trois jours après le 7-Octobre, en condamnant les crimes de guerre contre les civils israéliens, la Commission Pillay évite les mots Hamas et terrorisme. Contrairement à la représentante de l’ONU sur les crimes sexuels, il lui faudra très longtemps pour admettre l’existence de ces crimes. Et quand elle le fera, la Commission les mettra en parallèle avec des fouilles au corps infligées à des détenus palestiniens.

Enfin, après avoir fait grand usage du terme « actes génocidaires », Navi Pillay a sauté le pas dans son rapport de 2025 à l’ONU en affirmant que les déclarations des dirigeants israéliens témoignaient d’une « intention génocidaire ». Ce faisant, elle a totalement outrepassé ses prérogatives, la qualification relevant exclusivement de la Cour internationale de justice et la notion d’intentionnalité étant réfutée aujourd’hui par la quasi-totalité des experts impartiaux.

Elle l’est d’ailleurs apparemment aussi par le président du Comité Nobel norvégien lui-même. M. Jørgen Frydnes a déclaré que l’attribution du prix Nobel de la paix à Navi Pillay ne signifiait pas forcément que le Comité approuvait sa conclusion selon laquelle Israël aurait commis un génocide à Gaza.

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C’est là une véritable tartuferie, puisqu’en dehors de cette annonce spectaculaire, on ne voit pas ce que Mme Pillay a fait de vraiment remarquable au long de sa carrière. C’est bien en réalité pour imposer indirectement le mensonge du génocide que lui et la majorité de ses quatre collègues ont choisi Navi Pillay comme prix Nobel de la paix 2026, devant 287 candidats enregistrés. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas de cinq gauchistes à la Greta Thunberg. Deux font partie de la droite conservatrice et une troisième est une chrétienne anti-avortement. Ce n’est pas non plus, les enquêtes le montrent, un surgeon de la politique antisémite féroce et longtemps occultée du parti fasciste norvégien de Quisling, qui envoya dans les chambres à gaz d’Auschwitz 40 % des Juifs qui n’avaient pas pu fuir en Suède. Aujourd’hui, plus de la moitié des Norvégiens se disent favorables à la cause palestinienne contre 10 % pour Israël. Plus de la moitié, également, ne voient pas de différence entre Gaza et la Shoah. En plus d’une tradition pacifiste et moraliste que le rôle de leur pays dans l’attribution du prix Nobel de la paix ne fait que sublimer, une partie des Norvégiens se sentent coupables d’être devenus trop riches grâce au pétrole et au gaz. Ce sentiment cherche à s’apaiser dans la bonne volonté envers les opprimés et s’accompagne d’une naïveté géopolitique qui confine à la complaisance.

Mme Pillay avait été sélectionnée à l’ONU pour présider une commission permanente conçue d’emblée comme une machine de guerre contre Israël, et cette apparatchik « a fait le job ». Ceux qui lui ont attribué ce Nobel déplorable ne veulent pas connaître ces objectifs. Ils ne sont probablement pas antisémites. Ils sont aveugles en bonne conscience. Ils sont aussi, et c’est ce qui est grave, en phase avec la majorité des habitants de leur pays et de bien d’autres. La manipulation des émotions, l’arme la plus efficace des islamistes, a réussi à faire naufrager l’esprit critique des démocraties.


Retrouvez Richard Prasquier au micro de Radio J.



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est président d'honneur du CRIF.

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