François Jonquères signe une fresque pleine d’esprit et d’ironie où les grandes gueules, les mauvais génies et les contempteurs de la modernité ont encore quelques belles bouteilles à déboucher.

Dans son dernier — et peut-être plus beau — roman, François Jonquères relate une vie — ou plutôt, des vies — autour d’un personnage nommé Boutade. Une fresque individuelle où l’existence de cet homme s’entrechoque avec d’autres vies au travers d’épisodes familiaux, amoureux et professionnels.
D’une écriture au style toujours impeccable — un Hussard reste un Hussard —, l’auteur offre aux lecteurs des digressions philosophiques entre observateurs avisés et parfois avinés, réunis autour de bons breuvages — un Hussard reste vraiment un Hussard —, dont une théorie sur le lien entre les groupes sanguins, avec des donneurs et des receveurs, et les comportements humains… Boutade fait partie des premiers, même s’il considère qu’« il recevait souvent plus qu’il ne donnait », et va croiser dans sa vie beaucoup trop de véritables et perfides « receveurs » et « receveuses »…
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C’est l’occasion de retrouver l’ironie mordante de François Jonquères sur notre époque et ses travers. Il a ainsi anticipé les récents scandales littéraires sur l’IA : « Dans un sens, donner un semblant de talent aux bloqués de la jolie phrase, il y a là comme une bonne action. »
François Jonquères en profite pour proposer une véritable « métafiction », que vient clore une sublime mise en abyme dans le chapitre final, portant sur le sens même de la vie et des vies — un Hussard reste un Hussard, mais peut s’adonner parfois à l’optimisme. Comme le rappelle un des personnages s’adressant directement à l’écrivain : « Tous tes personnages, odieusement caricaturaux pour la plupart, exposant le côté le plus obscur de leur âme, il y a un message subliminal là-dessous. Au-delà de leur insigne folie, souvent créée par l’existence même, cette coupable idéale, tu as instillé, saupoudré par touches, l’idée du pardon, de la rédemption. Si je te suis bien, il y a une parcelle de bonté au fond de chaque individu, à l’état de traces parfois, mais toujours là, bien ancrée, y compris chez les pires d’entre nous ».
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En fermant le livre de François Jonquères, vient à l’esprit le célèbre vers de Walt Whitman : « Je suis vaste, je contiens des multitudes », car Boutade, comme tous les êtres, aura plusieurs vies dans la vie, et son existence contiendra cette multitude de toutes les vies passées, rencontrées et effleurées.
Boutade de François Jonquères (Héliopoles) paraît le 15 octobre, 240 pages.
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