Pour prouver aux marchés financiers qu’elle n’a définitivement rien de «socialiste», Marine Le Pen entame une remarquable conversion libérale en empilant les coupes budgétaires et en avalisant des retraites (pour partie) par capitalisation. Cette grande leçon de pragmatisme est bienvenue, pendant que la crise des lycées est judicieusement éclairée par les analyses tout en finesse de Donald Trump.
Marine Le Pen n’est pas « socialiste ». En tout cas, elle ne l’est plus. Ce constat s’impose, à en juger par son contre-budget dévoilé hier en compagnie de Jordan Bardella.
Cette accusation rituelle, portée par la droite pour tenter d’exister face au RN en refusant tout rapprochement, ne résiste pas à son programme économique, tel qu’il a été présenté dans l’espoir de rassurer les marchés et les créanciers de la France surendettée. À l’évidence, la candidate à la présidentielle a été convaincue par les alertes sur l’effondrement des finances publiques et la gravité sans précédent de la situation budgétaire. La ligne anti-étatiste de Bardella, confirmé hier comme futur Premier ministre en cas de victoire, a été prise en compte. Celle d’Éric Ciotti, l’allié de l’UDR, aussi. Sans aller jusqu’à parler de conversion du RN au libéralisme, ce sont bien quelques-uns de ces fondamentaux qui ont été avalisés par le parti souverainiste, à commencer par la constitutionnalisation, par référendum, de la « règle d’or » imposant une réduction progressive de la dette.
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Notons parmi les marqueurs libéraux : 140 milliards d’euros d’économies nettes d’ici 2032 et l’objectif de ramener la dépense publique sous 50% du PIB ; 30 milliards de baisses d’impôts, dont 20 milliards sur les impôts de production ; la suppression de « presque toutes » les agences inutiles ; la simplification du mille-feuille territorial ; le non-remplacement d’une partie des départs dans la fonction publique ; l’introduction de la capitalisation pour les retraites, en plus de la répartition. Sur ce dernier point, la position du RN n’a pas été, hier, davantage précisée. Ce mercredi, la presse économique ne semblait pas accorder de crédit à Marine Le Pen pour ses intentions.
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Reste pourtant l’essentiel : la révolution du réel est appelée à bouleverser les fausses certitudes d’un monde politique dépassé. De ce point de vue, il est difficile de reprocher au RN d’abandonner en partie ce qui pouvait, dans sa vision d’une économie suradministrée, le rapprocher de la gauche. Ce pragmatisme s’annonce comme le plus efficace pour résoudre l’accumulation des crises. Notamment celle de l’Éducation nationale, qui paie de son délabrement les réformes progressistes ayant imposé le collège unique, le bac pour (presque) tous, la dévalorisation de l’autorité de l’enseignant, l’égalitarisme abrutissant, etc. Le paradoxe des mobilisations lycéennes — 266 000 jeunes dans les rues, hier — est de voir cette jeunesse répondre si docilement aux mots d’ordre de partis qui ont participé au déclin de l’école et, en certains lieux, à sa tiers-mondisation. Quand Donald Trump poste hier sur les réseaux sociaux, affolé par les violences : « Ce qui se passe en France n’est rien de moins qu’une immigration de masse hors de contrôle. Il ne s’agit pas des écoles, il s’agit de l’islam qui veut s’emparer d’un pays autrefois grand ![1] », il décrit une réalité que même le RN n’ose admettre si crûment. Or cette explication, si elle reste partielle, a au moins le mérite d’alerter sur l’embrigadement des jeunes des cités, rejoints par des militants d’extrême gauche, à la cause palestinienne, voire au terrorisme islamiste[2]. Au lycée François-Villon de Beaugency (Loiret), mais aussi dans l’église Saint-Hilaire de Soullans (Vendée), des « jeunes » se sont filmés en reprenant un rap rendant hommage aux terroristes Mohamed Merah et Salah Abdeslam…
[1] Sur ce sujet, écouter ici l’intervention d’Elisabeth Lévy au micro de Sud Radio : https://www.youtube.com/watch?v=j_Adj2JP9tM NDLR
[2] Sur ces sujets, lire l’analyse de Charles Rojzman sur Causeur.fr NDLR
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