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Ça va bien deux minutes, l’autocritique civilisationnelle de l’Occident!

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Oui, sans verser dans la russophobie, il faut se résigner à la supériorité morale de l’Occident.


Les Russes sont-ils responsables de Poutine ? Oui. Les Allemands furent-ils responsables d’Hitler ? Oui. Les Afghans sont-ils responsables des talibans ? Oui. Est-il juste de chasser un tennisman russe de Wimbledon quand son pays écrase de bombes l’Ukraine ? Oui. Etait-il juste de forcer les Allemands à se repentir de leur passé nazi ? Oui. Serait-il juste de refuser l’accueil aux jeunes hommes afghans qui se réfugient en Europe au lieu de combattre leurs oppresseurs ? Oui. En toutes ces circonstances, il est trop facile d’accabler les dirigeants criminels en exonérant les peuples qui les laissent agir.

Il existe une vénérable tradition occidentale qui remonte à l’Antiquité grecque : le devoir de tuer le tyran. Un devoir qui s’impose à tous les citoyens tyrannisés mais que seuls les plus courageux ou les mieux organisés peuvent mettre en œuvre. Harmodios et Aristogiton, meurtriers à Athènes du tyran Hipparque, furent célébrés par des statues et des odes. Brutus, meurtrier du dernier roi de Rome, resta pendant toute l’histoire romaine comme le parfait exemple héroïque du tyrannicide. L’autre Brutus, meurtrier de César, l’aurait été aussi si sa victime n’avait pas fondé un autre régime politique. Son dirigeant ne reçut surtout pas le titre maudit de roi, mais celui plus modeste d’imperator, général en chef. La littérature française a produit un chef-d’œuvre absolu, Lorenzaccio, écrit par Musset pour décrire les tourments et célébrer la gloire du meurtrier du tyran de Florence, Alexandre de Médicis.

Les russophiles accablés

Deux remarques. Le devoir de tuer le tyran ne s’applique qu’aux nationaux. Des gouvernements occidentaux animés de bonnes intentions, celles qui pavent l’enfer, se sont cru autorisés à liquider un tyran en Irak, un autre en Libye, interventions qui se sont révélées grosses de conséquences bien fâcheuses. La valeur de tyrannicide, typiquement occidentale, n’existe pas ailleurs. Aucun traité chinois ne recommande de mettre à mort l’Empereur quand il outrepasse ses fonctions. Aucun manuel arabe de mise à mort du calife, et je serais prêt à parier qu’on n’étudie la traduction de Lorenzaccio ni à Pékin ni à Damas. Quant aux Russes, on pourrait croire à première vue qu’ils ont adopté le tyrannicide, puisque le meurtre des oppresseurs fut une des pratiques favorites de l’anarchisme. Mais ce peuple, doué pour les idées brillantes, est particulièrement pagailleux et maladroit dans le passage à l’acte. Les anarchistes russes assassinèrent ce brave homme d’Alexandre II, tsar réformateur et libérateur du servage, et échouèrent à punir Alexandre III, le “tsar pendeur”.

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J’essentialise les Russes ? Alain Finkielkraut le fait aussi en déclarant dans sa dernière interview donnée au Figaro le 27 mars : “Ce qui est le plus frappant dans cette guerre, ce n’est pas la folie d’un homme seul (…), c’est la persistance de la fatalité russe. Tsarisme, communisme, poutinisme, la continuité impériale l’emporte sur toutes les ruptures.” [1] Qui dira la tristesse dans laquelle cette guerre a jeté les russisants et russophiles dont je m’honorais de faire partie ? Qu’on le veuille ou non, Poutine met un soupçon sur la culture russe, et surtout sur la littérature. En disant que la Russie est “le Christ des nations”, Dostoïevski ne donne-t-il pas à son pays une mission rédemptrice pour toute l’humanité, mission dont bien entendu nous n’avons que faire ? Le doux Tchekhov lui-même, mon idole, est-il à l’abri du soupçon ? Dans son théâtre comme dans ses nouvelles, il raille impitoyablement la bourgeoisie réformatrice, les bonnes dames qui fondent des écoles et des dispensaires et se gargarisent d’idées nouvelles. Dans La Maison à Mezzanine, la jeune réformatrice d’avant-garde, qui participe au zemtsvo local et se soucie de la santé et de l’éducation de ses anciens serfs, est copieusement ridiculisée. Condamner le réformisme, c’est un peu prêcher la révolution. Alors, le doux tuberculeux de Crimée précurseur des bolcheviques ? Ce n’est pas absurde.

L’autocritique civilisationnelle, notre spécialité

L’anti-occidentalisme occidental est lui aussi une vénérable valeur qui remonte à l’Antiquité. L’historien romain Tacite, dans la Vie d’Agricola, imagine le féroce discours anti-romain prononcé par un chef picte, ancêtre des Ecossais : c’est le plus parfait et le plus mordant des réquisitoires contre l’Empire Romain. Cette noble tradition se manifeste chez Montaigne, mais elle tourne un peu déjà à l’idéologie. Quand l’auteur des Essais dit qu’il n’est pas “d’hostilité excellente comme la chrétienne” (c’est-à-dire que les guerres européennes sont les plus féroces), on voit bien qu’il ne connaissait pas les guerres fleuries des Aztèques destinées à récupérer des cœurs saignants et palpitants pour les offrir aux dieux. Il admire les Iroquois qui à Rouen, s’étonnent que le roi soit ce jeune freluquet de François II plutôt qu’un des gaillards de son escorte. Preuve que Montaigne ne comprenait rien au principe dynastique français, qui nous a épargné bien des guerres de succession.

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L’anti-occidentalisme occidental s’est de nos jours rigidifié en idéologie, c’est-à-dire qu’il néglige les faits et s’en tient à son imperturbable doxa : tous les malheurs du monde viennent de l’Occident, et surtout de sa pointe la plus venimeuse : les Etats-Unis, antre du despotisme le moins éclairé, fabrique de crétins congénitaux et surtout place forte du capitalisme libéral, ce monstre prêt à vendre père et mère pour une poignée de dollars. Remarquons au passage qu’il n’existe point d’anti-chinoisisme chinois ni d’anti-arabisme arabe. Comme la démocratie libérale, comme les hamburgers Mac Do, l’autocritique civilisationnelle est une spécialité des Terres du Couchant, en-deçà et au-delà de l’Atlantique. Comme le politiquement correct, il donne une carrure morale impeccable à qui le pratique : je critique mes frères, mes semblables parce que je suis plus noble qu’eux et mieux renseigné qu’eux. La presse et la télévision mainstream, c’est pour les ballots, moi je vais te sortir de derrière les fagots la petite information qui ridiculisera Le Devoir, Le Figaro, Le Times, La Stampa et tous les clabaudeurs au service des méchants riches qui dirigent secrètement la planète. Au temps où « Hold Up » avait beaucoup de succès, un homme qui se moquait de mes sources d’information m’amena deux pages photocopiées, le rapport d’un adjudant de gendarmerie de la France profonde qui avait découvert que le Covid n’existait pas. Direction la corbeille à papier sans lecture.

Dans le sublime « Gladiator » de Ridley Scott, un officier romain s’écrie : “Oui, Rome a bien des défauts ; c’est pourtant la meilleure ville de la terre !” Voilà l’épouvantable chemin de croix que nous devrons désormais suivre : après l’échec des printemps arabes, après la glaçante invasion mercantile des Routes de la Soie chinoises, après cette lamentable guerre lancée par les Russes contre leurs frères, il nous faudra accepter cette terrible conclusion : la civilisation occidentale est la meilleure et la plus humaine de toutes celles qui ont paru sur la terre jusqu’à présent, le résultat d’une alchimie entre Jérusalem, Athènes, Rome, la presqu’île européenne et le continent nord-américain. Une alchimie qui aurait pu aussi bien ne pas se faire, aussi rare et complexe que l’apparition absolument improbable de la vie sur le caillou nommé Terre.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/alain-finkielkraut-cette-guerre-nous-rappelle-que-les-nations-doivent-etre-defendues-20220327

Garder Marine Le Pen sous le coude, pour empêcher une alternative politique?

Jusqu’au 10 avril, le monde politico-médiatique a globalement épargné la candidate du Rassemblement national, décochant toutes ses flèches contre Éric Zemmour. Mais sitôt la candidate qualifiée au second tour, les médias ont de nouveau sorti l’artillerie (« antifasciste ») lourde. Notre chroniqueur revient ici sur les principaux faits d’armes de cette période.


Dans un contexte de concentration des médias aux mains de quelques individus et où l’uniformité idéologique est plutôt de mise, le président sortant vient d’être réélu sans suspense. S’il est légitime que les médias aient leurs lignes éditoriales, les appels plus ou moins voilés à voter pour Macron n’ont fait que toujours plus confirmer qu’ils ne sont plus engagés en faveur de la démocratie qui suppose une information aussi honnête que possible, mais enfermés dans une impasse.

Macron, l’éternel candidat des médias ?

Par exemple, il y a cinq ans, les médias imposèrent Emmanuel Macron grâce à un matraquage médiatique décrypté par le politologue Thomas Guénolé dans Marianne [1] en février 2017. Alors que l’on pilonna François Fillon devenu un gendre peu idéal, on traita beaucoup moins de l’utilisation à des fins de campagne par Macron de 80% du budget dédié aux frais de représentation de tous les ministères de Bercy [2], au grand dam de Michel Sapin, son ministre de tutelle. Macron put se retrouver face à Le Pen et griller les feux rouge le soir du premier tour comme s’il venait de remporter la présidentielle.

Auraient-ils à nouveau voulu un second tour où s’opposeraient Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2022, les médias ne s’y seraient pas autrement employés ! Il est utile d’avoir cette dernière face à soi pour bénéficier du théâtre antifasciste dénoncé par l’ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin lui-même. La qualification de la candidate du Rassemblement national a été favorisée par l’aménité complaisante de nombre de journalistes à son endroit, avant le 10 avril 2022. Comme Macron, Le Pen a globalement bénéficié de la bienveillance des médias, mais la profession a par la suite assez souvent proposé une couverture négative de ses faits et dires, extrapolant largement, même si des vérifications de faits ont également été objectives et en sa faveur – ainsi l’admission, par TF1, des chiffres de l’endettement non lié au Covid opposés à Macron par sa rivale (voir ci-dessous). Reste que de nombreuses informations pouvant désavantager le président sortant ont bénéficié des ciseaux d’Anastasie s’imposant d’eux-mêmes dans les esprits.

Le 14 avril dernier, le New York Times affirma, dans l’indifférence générale des médias français, que l’Union européenne lancerait au plus tôt juste après l’élection présidentielle française des discussions quant à un embargo sur les produits pétroliers russes qui provoquerait une flambée des prix. Il s’agissait notamment de ne pas nuire aux chances de réélection d’Emmanuel Macron [3], selon le Times qui disait tenir l’information de diplomates et hauts fonctionnaires européens. Le Figaro fut le seul grand média français à le mentionner, sur un fil d’actualité…

Même la lampe du célèbre journal new-yorkais, tant prisé des médias français, fut mise sous le boisseau durant cette campagne !

Extrapoler sur le risque Le Pen, ne pas questionner le bilan de Macron

« Si Marine Le Pen était élue, voici l’arsenal nucléaire qui se trouverait entre ses mains », titra L’Obs trois jours après le premier tour [4], affirmant que la présidente disposerait alors de la possibilité de causer l’équivalent de 48 000 Hiroshima. Le sous-entendu était clair : prière de trembler dans les chaumières ! On n’était pas loin de la démocrate Nancy Pelosi qui avait prétendu craindre que Donald Trump ne déclenche une guerre nucléaire dans les derniers jours de son mandat. Peu importe que le Front national fût le seul grand parti à s’opposer à la guerre en Libye ou à l’intervention militaire française en Côte d’Ivoire en 2011. Après avoir fait assaut d’amabilités envers la candidate du RN, une grande partie des médias feignirent de s’inquiéter de sa possible élection et sonnèrent si bien le tocsin de l’inquiétude républicaine que le candidat Emmanuel Macron creusa l’écart dans les sondages tout en fuyant autant que possible les débats, reprenant les poncifs d’une prétendue résistance au fascisme. On relèvera tout de même l’impartialité appréciable des deux modérateurs lors du débat du second tour, Léa Salamé et Gilles Bouleau.

Macron prit des points dans les sondages en dépit de toutes les révélations dernièrement parues – surtout sur les réseaux sociaux et l’incontournable Sud Radio – quant à de potentiels conflits d’intérêts dans l’attribution de missions à des cabinets privés ou au scandale Alstom / General Electric. Si les grands médias parlèrent de McKinsey, ils le firent surtout sous l’angle de l’optimisation fiscale et non sous celui de la participation bénévole supposée de salariés du cabinet à la campagne de 2017. Lorsqu’un citoyen interpelât Emmanuel Macron en Alsace sur le sujet de l’hôpital, traité à la va-vite par tant de journalistes, le président de la République put lui répondre sans se soucier des médias : « Mais vous êtes fou ou quoi ? […] Vous, ça se mélange quand même beaucoup dans la tête ! » Aurait-il pu objecter cela à des journalistes le questionnant fermement sur l’hôpital ?

Un répit pour Marine Le Pen, utile à une dédiabolisation provisoire

Marine Le Pen n’eut pas à faire face à l’équivalent de cette rue de 2002 occupée par l’angélisme, dont parlait Philippe Muray, mais, dès après le premier tour de la présidentielle, on feignit soudainement de se rappeler que l’éleveuse de chats surveillerait en réalité des camps nazis à l’aide de bergers allemands, ou plutôt russes si elle remportait l’élection.

Alors qu’ils avaient pilonné la campagne d’Éric Zemmour, coupable d’avoir notamment dit ne pas croire que Vladimir Poutine attaquerait l’Ukraine, sans l’exclure – comme Dominique de Villepin ou Emmanuel Macron qui se mettait en scène en sauveur de la paix qu’il semblait croire acquise -, les journalistes avaient dans l’ensemble légèrement critiqué le précédent soutien de Marine Le Pen à la Russie avant le premier tour. Juste ce qu’il fallait pour la forme. Mais après le 10 avril, il fût même jugé professionnel de laisser entendre que la candidate soutenait encore l’autocrate russe [5] ; et l’on évita de s’indigner que Macron se mît indécemment en scène quant au drame qui frappe le peuple ukrainien. De même, il convint de ne pas trop s’interroger concernant la possibilité d’un grand parti macronien allant des chevènementistes aux sarkozystes et du risque que le Conseil constitutionnel ne devienne une simple chambre d’enregistrement validant tous les projets de lois votés par des parlementaires godillots.

Marine Le Pen avait toute l’attention des médias lorsqu’elle prétendait, sans donner de noms, que des néo-nazis avaient rejoint Éric Zemmour, elle bénéficiait de leur bienveillance affichée lorsqu’elle affectait d’être très peinée d’apprendre que sa nièce Marion Maréchal avait choisi de rejoindre « Reconquête ». Ils reprenaient en chœur et en boucle le mot « trahison », laissant entendre que l’on devait forcément partager les mêmes idées que ses aînés dans sa famille. Il pouvait exceptionnellement arriver que l’on se montrât agressif envers elle, mais c’était bien moins qu’à l’endroit de son rival direct. Ainsi, sur France 2, Julien Bugier alla jusqu’à demander à Marine Le Pen si elle pensait comme Éric Zemmour qu’un immigré était forcément un voleur (voir ci-dessous), sachant qu’elle serait heureuse de se démarquer de tels propos dont elle ne pouvait cependant ignorer qu’ils n’avaient jamais été tenus par son rival.

Sur les réseaux sociaux, on put voir des partisans de Le Pen ronronner de plaisir, heureux de ne plus être mis au ban de la société. Certains naïfs poussèrent même le délice jusqu’à taxer d’extrémisme de droite les partisans de Zemmour. La réalité doit leur être rude, leur championne est redevenue un danger pour les médias après une éphémère dédiabolisation.

Censé être l’un des acteurs majeurs de la vie publique, le journalisme ne représente plus un quatrième pouvoir, mais est devenu à bien des égards une énième chambre d’enregistrement des politiques et déclarations de l’exécutif, même quand celui-ci remet sa casquette de candidat. On se souvient encore de l’émoi suscité par la directrice de la rédaction de BFMTV, Céline Pigalle, lorsqu’elle avait affirmé, maladroitement, que sa chaîne avait choisi de ne « pas trop aller à rebours de la parole officielle, puisque ce serait fragiliser un consensus social »…


[1] https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/oui-le-phenomene-macron-etait-bien-une-enorme-bulle-mediatique

[2] https://www.leparisien.fr/politique/le-livre-polemique-sur-ses-depenses-a-bercy-25-01-2017-6614616.php

[3] https://www.nytimes.com/2022/04/14/world/europe/european-union-oil-embargo-russia-ukraine.html

[4] https://www.nouvelobs.com/affaires-secretes/20220413.OBS57082/si-marine-le-pen-etait-elue-voici-l-arsenal-nucleaire-qui-se-trouverait-entre-ses-mains.html

[5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/la-dangereuse-fascination-de-marine-le-pen-pour-poutine-1401265

Panique chez les wokes: Elon Musk a acheté Twitter

Le multimilliardaire Elon Musk vient de s’emparer du réseau Twitter pour la modique somme de 44 milliards de dollars. L’entrepreneur, qui se revendique libertarien, promet d’y garantir une liberté d’expression totale et de rétablir tous les comptes bannis ces cinq dernières années.


Michelle Blanc, experte québécoise des réseaux sociaux, analyse les effets de cette transaction historique. Selon elle, Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de Twitter, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de la plateforme.

Jérôme Blanchet-Gravel. Pourquoi un grand nombre de personnalités associées au mouvement woke s’indignent-elles autant de l’achat par Elon Musk de Twitter ?

Michelle Blanc. Elon Musk a plusieurs fois fait des remarques désobligeantes envers les tenants du wokisme. Comme il est un homme de tendance libertarienne et conservatrice, ses positions politiques vont à l’encontre de l’idéologie woke. Par ailleurs, aux États-Unis surtout, le phénomène du « shadow banning » a principalement affecté les gens de tendance conservatrice en épargnant les Démocrates et la gauche en général. Or, il s’avère que Musk a justement fait un gazouillis contre cette pratique la journée précédant son acquisition de Twitter.

Précisons que le «shadow banning » est le fait pour un média social de bannir ou de rendre invisible en partie ou totalement un utilisateur ou le contenu qu’il publie sans qu’il n’en ait été informé. Les publications de l’utilisateur se retrouvent alors à être « cachées » ou marginalisées sur la plateforme, et donc moins vues par la communauté. 

Quels seront les principaux changements opérés par Musk à la barre de Twitter ?

Le principal changement annoncé par Musk est qu’il rendra l’algorithme de Twitter (qui est présentement secret) Open Source. Cela veut dire que le code informatique qui régit l’automatisation de la modération sera ouvert et dévoilé à tous. Certains critiques jugent que cette volonté de transparence ouvrira grande la porte aux failles de sécurité. Je rappellerai cependant que contrairement à la croyance populaire, le code source ouvert n’est pas plus dangereux qu’un code secret. En fait, il est même possiblement plus sécuritaire qu’un code source propriétaire et fermé. D’ailleurs, la Gendarmerie française, la NSA, la CIA et le Département de la défense américaine valorisent tous le code source ouvert.

Elon Musk veut aussi s’attaquer en priorité au problème des bots et des fermes de bots (robots qui produisent des contenus et qui peuvent augmenter la visibilité d’un contenu tierce). Ces comptes automatisés (donc non administrés par une personne réelle) sont un facteur majeur de pollution des contenus.

Par ailleurs, Musk répète qu’il respectera les limites légales (judiciaires) des lois sur la liberté d’expression, puisque ces lois reflètent une volonté du peuple qu’il dit vouloir honorer. Par contre, il bannira les pratiques de modération qui vont plus loin que ce que la loi demande en interdisant des contenus encore considérés comme légaux.

Peut-on vraiment dire qu’Elon Musk a un agenda politique libertarien ?

On peut considérer sa vision large de la liberté d’expression comme étant une position « libertarienne », mais il se définit lui-même comme étant à moitié démocrate et à moitié conservateur. Dans une certaine mesure, il est donc centriste. Rappelons aussi à ses détracteurs qu’il s’est publiquement montré inquiet des changements climatiques et des avancées de l’intelligence artificielle. Il a également sévèrement critiqué les confinements durant la pandémie, appuyé les camionneurs canadiens et mis en doute l’efficacité des tests covid. Il est donc un personnage doté d’une pensée complexe et dont les points de vue peuvent à la fois être de gauche ou de droite sur l’échiquier politique.

Le marché des réseaux sociaux sera-t-il transformé par cette transaction ?

Twitter est unique dans le « marché des médias sociaux », en ce sens qu’il a introduit la notion de « web en temps direct » lors de la mort de Michael Jackson. C’est aussi le média social de choix pour l’élite politique internationale, les médias, les artistes internationaux et des communicants qui créent 80% des contenus du web, hors de Twitter. C’est donc l’un des hauts lieux de l’influence du web, de la politique et des médias. On parle même de « diplomatie Twitter », expression qui n’a jamais encore été utilisée pour d’autres médias sociaux. Il est difficile de se projeter dans l’avenir, mais je suis enthousiaste face aux changements que compte mettre en place Elon Musk pour Twitter. Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de ce média social, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de Twitter.

[Nos années Causeur] L’Escale

À l’occasion de ce centième numéro de Causeur, l’écrivain Renaud Camus a tenu à nous adresser quelques mots…


C’est avec grand plaisir que je contribuerai de quelques paragraphes au centième numéro de Causeur, pour rendre hommage à tant de persévérance, d’intelligence, d’ouverture d’esprit, d’intelligence et de succès. La date de cette célébration n’arrange personne, néanmoins. On nous dit qu’on peut écrire ce qu’on veut. Très bien, mais écrire ce qu’on veut, en France, au tout début du printemps 2022, c’est écrire sur de l’eau, tant notre situation paraît instable.

Ce qui va advenir semble bien clair, il est vrai. Cependant c’est tellement horrible, tellement définitif, tellement final pour notre pays et pour notre peuple, qu’on ne peut contraindre sa sensibilité à l’accepter tout à fait et qu’on espère, contre toute raison, que quelque chose va subvenir qui l’empêchera : une révélation, une illumination, un réveil, une révolte, un grand refus. Pour changer le cours des événements mieux vaudrait s’en remettre à soi-même, bien sûr, plutôt qu’au sort ou à la chance – d’autant qu’ils ne se sont pas montrés particulièrement serviables, jusqu’à présent. Cependant nos efforts n’aboutissent guère. Peut-être l’ennemi est-il trop fort. En ce cas nous sommes déjà morts. Mais l’on peut toujours se tromper. L’erreur est la seule espérance du pessimiste conséquent.

A lire aussi, Driss Ghali: Le grand remplacement tuera la diversité du monde!

J’aime mieux célébrer Causeur, et d’autant plus volontiers que le magazine tient une place considérable dans ma petite famille. On en guette l’arrivée dans la boîte. On s’en dispute la première lecture. On en discute à la veillée. Ses effets sont aussi divers que lui-même : c’est à lui que je dois non seulement Bérénice Levet, Olivier Rey, Françoise Bonardel et tant d’autres, mais d’avoir été traîné à la gare de Stuttgart à cause de Luc Rosenzweig, d’avoir fait étape au cinéma Eden de La Souterraine en nageant vers la Norvège derrière Jérôme Leroy, d’avoir chassé les Flandrin qui se décollent dans des églises de Nîmes, suivant des pistes ouvertes par Pierre Lamalattie, ou de ne pouvoir plus faire escale, entre ma lointaine campagne et Paris, qu’à L’Escale, à Déols, le restaurant le moins paritaire de France, parce qu’Emmanuel Tresmontant a établi une fois pour toutes, entre les fidèles de la Patronne, qu’on ne pouvait s’arrêter que là, parmi les routiers.

Me permettrez-vous d’évoquer, en guise de contribution à un travail du deuil, une des figures les plus inattendues de votre lectorat, dont je suis sûr pourtant qu’il n’en manque pas : je songe à ma très chère amie Jeanne Lloan, institutrice longuement communiste – elle a sa place dans le Maitron –, et passée de là à Causeur, un peu sous mon influence, si ce n’est pas trop me vanter. Elle vient de mourir à 87 ans, et à mon grand chagrin. Elle habitait un lotissement de Fleurance, au bout de la rue Arnaud-de-Meyrenx, vous connaissez peut-être. Chaque mois elle vous guettait au portillon de son petit jardin, comme elle avait fait plus tôt pour Aragon, ou Pierre Daix. Élisabeth Lévy fut son ultime Elsa (je ne dis pas « Triolet »). Paix à son âme ardente, gloire à la vôtre.


En kiosques, notre numéro 100. Retrouvez les souvenirs d’Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Marcel Gauchet, Philippe Caubère, Natacha Polony et beaucoup d’autres…

Encore une nouvelle chaîne info lancée au Royaume Uni

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La chaîne Talk TV réussit son lancement, avec un entretien en deux parties avec Donald Trump. À la différence de GB News, elle prétend ne pas convoiter exclusivement le créneau conservateur. Causeur s’est branché sur la nouvelle chaîne…


Dans quelle mesure le marché des médias d’information est-il extensible ? Au Royaume Uni, on conduit une expérience pour trouver la réponse. Car le soir du 25 avril, Rupert Murdoch y a lancé une nouvelle chaîne, TalkTV, destinée, selon lui, à perturber les majors du secteur. Ce lancement est d’autant plus surprenant qu’il intervient moins d’un an après celui d’une autre chaîne, GB News. Cette dernière a essayé de déstabiliser la BBC et Sky News en proposant un format fondé, moins sur les reportages, que sur des magazines d’opinion présentés par des personnalités aux grandes gueules. Qu’est-ce qui, dans un paysage déjà assez saturé, a motivé la création d’un média de plus ? Depuis que le magnat australo-américain avait vendu sa participation dans Sky News en 2018, il manquait une chaîne de télévision britannique à son empire médiatique. Il possède déjà une radio, TalkRadio, dont la notoriété et l’audience ont fourni une base pour sa nouvelle opération télévisuelle. D’ailleurs, pour le moment, les émissions radiophoniques prennent la relève des émissions de TalkTV aux heures de moindre écoute.

Le retour de Piers Morgan

Le premier défi pour la chaîne de Murdoch consistait à mieux réussir son lancement que GB News, dont les débuts ont été marqués par une suite de bourdes sur le plan technique, ainsi que par des tensions au niveau de sa direction. Après seulement deux semaines, son président, le journaliste chevronné, Andrew Neil, a pris des vacances prolongées qui se sont soldées par sa démission. Pour TalkTV, tout a commencé sans couac. Le deuxième défi consistait à embaucher comme animateur-vedette quelque monstre sacré capable de rivaliser avec ceux des chaînes rivales. Ils ont trouvé Piers Morgan, dont l’image de gueulard aux opinions arrêtées a été façonnée par une carrière dans les tabloïds et la télévision des deux côtés de l’Atlantique. En mars 2021, il avait démissionné avec fracas de son magazine matinal, « Good Morning Britain », après une dispute à l’antenne avec sa co-animatrice. L’occasion en était des remarques de Meghan Markle à propos des problèmes de santé mentale auxquels elle aurait fait face. Morgan, qui n’apprécie pas la personnalité de l’épouse du prince Harry, a mis en doute sa sincérité, déclenchant un esclandre qui a opposé des wokistes hystérisés aux défenseurs de la liberté d’expression. Pour TalkTV, Morgan présentera une émission tous les soirs en semaine, avec le titre racoleur, « Uncensored », non censuré. Le troisième défi, qui était de démarrer avec un audimat respectable, a été relevé aussi. Les deux premiers soirs, Morgan a interviewé un homme tout sauf inconnu : Donald Trump. Le résultat a été une audience qui, en diffusion continue, a dépassé largement celles de la BBC et de Sky News.

A lire aussi, du même auteur: Que devient Nigel Farage?

Qu’est-ce qui permet de croire que ce succès ne se révélera pas être un simple feu de paille ? L’exemple de GB News ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme, puisque la chaîne a un audimat bien au-dessous de celui escompté au moment de sa création. En mars, GB News a cumulé 2,65 millions de téléspectateurs, loin derrière les 16,6 millions de la BBC ou les 11,9 millions de Sky News. Son incapacité à rattraper ses concurrents est due en partie à ses moyens financiers limités. A l’heure où l’attention du public est accaparée par la guerre en Ukraine, la chaîne n’a pas été en mesure d’envoyer sur place des grands reporters. Les problèmes budgétaires ont été exacerbés, peu après son lancement, par un exode des publicitaires sous la pression de groupes progressistes qui ont dénoncé le côté politiquement incorrect adopté exprès par la chaîne.

Nigel Farage VS Piers Morgan

TalkTV prétend ne pas se positionner clairement sur l’échiquier politique et surtout pas à droite. En dépit de ses harangues souvent anti-progressistes, Morgan nie être conservateur. Cependant, une autre difficulté rencontrée par GB News pourrait hanter TalkTV. La première chaîne, dans la mesure où elle tire son épingle du jeu aujourd’hui, dépend étroitement de l’émission quotidienne, en semaine, présentée par le roi des Brexiteurs, Nigel Farage, dont la côte de popularité personnelle reste très élevée. Son audience est trois fois plus grande que celle de n’importe quelle autre émission de la chaîne. Cette dépendance excessive à l’égard d’une seule personnalité pourrait être le sort de TalkTV, si Morgan s’avère être le seul grand atout de la chaîne.

Nous ne savons pas encore si le marché se révèlera extensible ou non. Autre grand mystère : Donald Trump briguera-t-il la fonction suprême de nouveau, en 2024 ? Interrogé par Morgan, le showman ex-président a préféré entretenir le suspense…

Le militantisme étudiant, c’était mieux avant

Entre la montée de l’abstentionnisme des jeunes et le folklore ridicule et lassant des crétins qui ont occupé la Sorbonne entre les deux tours, il y a de quoi s’inquiéter de l’éducation politique de la génération qui vient !


Parmi les analyses qui sont ressorties de la sociologie du vote de ces dernières élections, la « fracture générationnelle » a occupé une place de choix. D’après les sondages post-premier tour en effet, les 70 ans et plus auraient voté à 41% pour Macron, les 18-35 ans à 34% pour Mélenchon. En bref : d’un côté, les vieux qui ont eu peur de claquer et ont cru que c’était la personne du président qui les avait sauvés du coronavirus ; et d’un autre côté, les jeunes qui se sont largement ralliés à l’étendard d’un gauchiste démago plein de compromissions – quelques-uns d’entre eux parmi les plus démocrates ayant d’ailleurs proposé qu’on fixe une limite d’âge au droit de vote, pour que les vieux croûtons ne puissent plus leur « voler leur élection »

A lire aussi, du même auteur: [Nos années Causeur] Mon safe space à moi

Pseudo-contestation

Dans la même veine, pour exprimer leur « colère » face à la tenue d’un second tour Macron-Le Pen, quelques centaines d’étudiants réunis en AG ont décidé d’occuper leurs universités, la Sorbonne au premier chef, largement dégradée (taguée de slogans ineptes, avec un laboratoire de recherche gratuitement saccagé) ; Sciences Po, l’ENS ou Montpellier III ont suivi le mouvement, sans parler des lycées bloqués. Évidemment, il y a à peine besoin de préciser que les établissements concernés sont ceux qui sont fréquentés par les enfants de la meilleure bourgeoisie. Ce spectacle pseudo-contestataire est d’autant plus affligeant qu’il a l’âge des vieux croûtons sus-cités : il s’agirait de changer de répertoire. La gauche radicale étudiante, qui ne souffre aucune concurrence depuis les années 80, s’enlise depuis cette date dans une forme d’auto-escalade grotesque. Pour ne rien arranger, juste après la réélection de Macron, des groupes plus ou moins antifas ont battu le pavé à Toulouse, Rennes, Paris… contre les fachos et pour la révolution.

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Évidemment et heureusement, tous ceux-là ne constituent pas la jeunesse. Mais ils sont hélas la seule partie émergée de la jeunesse militante, celle qui gueule ses revendications sur tous les toits. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aussi bien sur la forme que sur le fond, son état est assez pitoyable. Cela depuis une double disparition déjà ancienne, celle d’une autorité qui appliquerait les sanctions prévues par la loi à son encontre, et celle de ses partenaires de bagarre de droite.

Institutions complaisantes

Je viens de lire dans la dernière biographie de Georges Bernanos, avec un effarement un peu nostalgique, le récit d’un haut fait militant du temps où il était aux Camelots du roi : un conférencier de la Sorbonne, jugé coupable d’opinions trop iconoclastes sur Jeanne d’Arc, se trouva empêché de dispenser ses cours par Bernanos et ses amis. « C’est le 14 février 1909, rapporte François Angelier, lors du onzième et avant-dernier cours prévu, qu’est portée l’estocade d’une humiliation publique : saisi, couché sur sa chaire, déculotté, Amédée Thalamas est dûment fessé à tour de rôle par tous les membres de l’escouade : contre-attaquant, il parvient à briser une chaise sur le crâne du Camelot Lucien Lacour ». Pour cet assaut qui ne manque pas de comique, Bernanos est condamné à dix jours de prison, où il se bat avec des militants socialistes (ce dont il gardera un excellent souvenir). C’est peu de dire que pour une enfant de la « génération Z » (née entre 1997 et 2010), c’est dépaysant. Mais même sans remonter au début du XXème siècle, mon grand-père m’a souvent raconté un épisode glorieux de ses années estudiantines, au milieu des années 50 : la prise éphémère du local des communistes de la Sorbonne et la saisie de tous leurs tracts, après une poursuite endiablée et des affrontements verbaux dans les classes de philosophie.

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Aujourd’hui, le militantisme étudiant est mort. On l’a tué en supprimant sa binarité gauche-droite, en n’opposant plus rien aux gauchistes s’embourbant en toute tranquillité dans les dégradations et les injures. C’est pour cela qu’il y a de quoi être sceptique quand on parle aujourd’hui de la tendance « contestataire » des jeunes : une contestation qui recueille l’indifférence, si ce n’est l’assentiment, des institutions qui sont en charge de vous, paraît pour le moins usurpée. Il m’a d’ailleurs toujours semblé qu’à chacune des soi-disant expressions de la « colère de la jeunesse », comme les blocages universitaires ou les manifestations pour le climat, ce sont en réalité leurs parents ou ceux qui sont en âge de l’être qui les alimentent. Vieux profs dans les amphis criant à la révolution ; parlementaires écoutant religieusement Greta Thunberg les sermonner de sa voix nasillarde. Comme des parents qui se penchent sur le berceau de leur bébé avec émerveillement, et qui font gouzi gouzi en le voyant remuer les doigts de pied.

Si la jeunesse est bien un risque à courir, manifestement, nous sommes plutôt en train de former une génération de petits vieux, menant de vieux combats avec de vieilles armes. Ce n’est pas nouveau. Fracture générationnelle, mon œil. 

Michel Bouquet aurait-il vraiment voulu un hommage national?

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L’hommage national rendu à Michel Bouquet ce 27 avril a pu sembler normal à beaucoup de Français. Le président Macron abusant de ces célébrations, les a banalisées en quelque sorte.


Aux Invalides, le président Macron, accompagné des comédiens Fabrice Luchini, Muriel Robin et Pierre Arditi, a honoré la mémoire de l’acteur mort le 13 avril.

On aurait mauvaise grâce à critiquer cette célébration magnifiant Michel Bouquet plutôt que celle de beaucoup d’autres avant lui et probablement après lui. Pourtant, à ce rythme et avec cette absence de discrimination, je crains que nous ne soyons littéralement inondés par des hommages dus à l’initiative du président de la République et des pouvoirs publics. Je perçois mal quels pourront être les critères qui demain pourraient justifier telle ou telle exclusion d’une personnalité disparue et aimée du public.

Selon l’acteur, son seul talent venait des rôles qu’il habitait

Outre ce risque de prosaïsme des solennités, pour Michel Bouquet un autre obstacle fondamental se présente. Il n’aurait sans doute pas voulu de cet hommage national. Cet immense comédien, maître en théâtre et en cinéma, pédagogue exceptionnel, que j’ai croisé en diverses circonstances qui m’ont toutes marqué (voir mon entretien en vidéo ci-dessous), avait une disposition d’âme et d’esprit qui, sortie du champ de l’art, se caractérisait par une modestie non affectée, une véritable inaptitude à se prendre pour un personnage important ; pour lui, son seul talent venait des rôles qu’il habitait.

Rien n’aurait interdit à tous ceux qui l’admiraient de célébrer comme ils l’entendaient leur dilection émue pour ce « monument » et leur nostalgie de ce qu’il avait su nous offrir au théâtre et au cinéma, avec une conception à la fois instinctive et très cérébrale de ses rôles. La moindre des choses, avant que l’Etat prenne des initiatives officielles, aurait été de s’interroger sur la compatibilité entre cet hommage national et l’authenticité humble, détachée de toute pompe et sans la moindre hypocrisie, de celui qui venait de disparaître.

La société se fait plaisir à elle-même

Surtout quel étrange processus, et au fond quel étouffant détournement, que celui laissant au président de la République et à quelques personnes sélectionnées, pas plus représentatives sans doute que d’autres l’ayant aussi bien connu et compris, le soin, la charge, l’honneur, le monopole de capitaliser sur une gloire singulière. Il est sûr que son exploitation aurait déplu profondément à un Michel Bouquet aux antipodes de l’ostentatoire et de la confusion des registres !

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Je le vois encore, comme si c’était hier, sincèrement offusqué par tout ce qui pouvait ressembler à une flatterie et qui n’était pourtant que l’expression d’une admiration sincère !

Alors un hommage national ? Faut-il considérer que prenant prétexte d’une mort illustre, une société se fasse plaisir à elle-même en multipliant les confiscations de ce qui, relevant du sentiment populaire, devrait demeurer à la seule disposition du peuple ?

Tout ce que je sais est que Michel Bouquet, sans vanité, a été célébré comme s’il l’était. Gardons-le en nous, chacun à notre manière. Ç’aurait été bien mieux dans l’affliction et le respect !

Libres propos d'un inclassable

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[Nos années Causeur] L’art et l’intelligence

Pour le centième numéro de Causeur les rôles s’inversent. Cette fois-ci ce n’est pas Causeur qui écrit sur le comédien et metteur en scène Michel Fau mais ce dernier qui écrit sur ce magazine qui l’a si souvent interrogé (et célébré pour son indéniable talent). Michel Fau vous parle de ses années Causeur


La première interview que j’ai donnée à Causeur, menée par Élisabeth Lévy et Gil Mihaely, portait sur l’alexandrin français : une de mes passions. Le niveau du débat était déjà très élevé ! Depuis, l’équipe de Causeur a toujours fidèlement soutenu mon travail. Aujourd’hui, les journalistes parlent de moins en moins de culture, et encore moins d’art ! Ils préfèrent vous demander quelle est votre sexualité et pour qui vous votez… (Je réponds toujours que c’est un secret et que ça ne les regarde pas !).

Le magazine Causeur possède une ouverture d’esprit panoramique, qui permet de parler de la place de l’art dans notre société, longuement et profondément, ce qui est assez rare. Ce journal regarde les choses frontalement et n’a pas pour habitude de contourner les problèmes… cela s’appelle sans doute l’intelligence.

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À Causeur, j’ai pu aborder d’ambitieux sujets, comme par exemple les questions de style, les différents codes de jeu, l’importance du travestissement, les références aux maîtres anciens… évoquer ce dont on ne peut parler ailleurs sous prétexte que ça n’intéresse personne, ou tout simplement par manque de connaissance.

Enfin, dans cette revue, j’ai pu revendiquer ce à quoi j’ai consacré mon existence, ce pour quoi je me bats et qui me semble aujourd’hui parfois méprisé : l’Art théâtral, avec un grand A et un accent circonflexe ! Dans ce monde survolté et de plus en plus censuré, Causeur occupe une place insolente et totalement libre !

Matignon: pourquoi se contenter d’une femme?

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Exigeons une femme Premier ministre transgenre, voilée et noire!


Selon les journaux, le directeur de casting Emmanuel Macron n’avait toujours pas arrêté son choix mardi quant à son futur Premier ministre.

Ce dernier ne devra pas lui faire de l’ombre, bien sûr, et incarner le virage écolo de la « nouvelle ère » qui commence.

Parmi les noms qui se murmuraient dans Paris en début de semaine, Catherine Vautrin, Elisabeth Borne, Christine Lagarde ou même Nathalie Kosciusko-Morizet. Hier soir, sur Twitter, après ses exploits au ballon face à Manchester City, les internautes réclamaient Karim Benzema à Matignon. Mais il y a une condition que le joueur de Madrid ne satisfait pas ! En effet, Emmanuel Macron voudrait nommer une femme. C’est du moins ce que déclarait Clément Beaune, Secrétaire d’État aux Affaires européennes sur BFMTV, lundi.

Mais pourquoi donc se contenter d’une femme ? Pour cocher toutes les cases du progressisme, Emmanuel Macron devrait carrément nommer une femme transgenre, issue de la diversité, et souffrant de handicap. Et bien sûr, portant un voile islamique puisque désormais, il trouve que ça va très bien avec le féminisme

Une tendance lourde

Soyons honnêtes, cette instrumentalisation des femmes n’est pas l’apanage d’Emmanuel Macron. C’est la première chose qu’a dite Valérie Pécresse après sa nomination comme candidate au Congrès des Républicains. Je suis une femme, comme c’est moderne ! Anne Hidalgo a également essayé d’en jouer pendant la campagne. Et vous verrez que bientôt des femmes politiques ou leurs partisans nous expliqueront que leurs mauvaises performances s’expliquent par le machisme qui règne dans le monde politique…

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On peut évidemment nommer une femme à Matignon. Ce n’est bien sûr pas la nomination d’une femme qui pose problème en soi, mais cette affirmation que le président chercherait une femme par principe. C’est humiliant pour les femmes, et c’est d’ailleurs paradoxal, car si les femmes sont les égales des hommes – ce dont tout le monde est convaincu – pourquoi y aurait-il une façon féminine de gouverner ? Et c’est le même tarif si on nous disait qu’il faut nommer un Premier ministre noir, juif, musulman ou homosexuel. Dans cette optique où les gens sont regardés comme les représentants d’un groupe ou d’une communauté, ce n’est plus à la formation d’un gouvernement que nous assistons, mais bien à un casting.

« Envoyer un message »

De plus, les commentateurs nous disent qu’il s’agirait de « réparer une injustice ». Ce serait au tour des femmes, puisqu’il n’y a pas eu de Premier ministre femme dernièrement – ou de Premier ministre appartenant à l’une des autres catégories de la population susmentionnées.

Dans le cas qui nous occupe, ce qui est vraiment injuste, c’est que des hommes méritants ou talentueux seraient écartés par principe. Enfin, si vous privilégiez une catégorie parce que vous voulez « envoyer un message », le minimum serait de ne pas le dire. Soyez assurés que si c’est une femme ou un noir qui est nommé, tout le monde s’en rendra compte !

Le principe fondateur de la République, c’est l’universalisme – et la méritocratie qui en est le corollaire. Les gens occupent leur poste pour leur talent. S’agissant du choix du Premier ministre, il faut ajouter le critère des équilibres politiques. Il sera surtout intéressant de voir si Emmanuel Macron privilégie une personnalité marquée plutôt à droite ou plutôt à gauche. Que ce soit une femme ou un homme, on s’en fiche royalement. Les Français, dans leur sagesse, aussi. Sinon, Marine Le Pen ou Valérie Pécresse serait présidente de la République… ou même Anne Hidalgo !


Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice chaque matin à 8h10 dans la matinale.

Maïa Mazaurette, ou comment réussir sa vie quand on ne pense qu’au cul

Avec la spécialiste Maïa Mazaurette, la sexualité se fait féministe, égalitariste et moralisante. La journaliste du Monde et de « Quotidien » prône notamment des ébats «zéro déchet».


Maïa Mazaurette est aujourd’hui une “chroniqueuse sexe” reconnue. Il faut dire que rien d’autre ne l’intéresse. Longtemps elle s’est demandé où cela la conduirait.

Quelle profession embrasser lorsque l’unique sujet de vos réflexions est celui qui tourne autour des fluctuations de la fesse ? Maïa a envisagé plusieurs options, de la plus péripatéticiennement dégradante à la plus putassièrement accessible. Finalement, elle a choisi la voie journalistique qui n’interdit aucune des options susmentionnées et peut ouvrir bien des portes. Elle fait maintenant office de “chroniqueuse sexperte” sur France Inter, dans le journal Le Monde et pour l’émission « Quotidien », organes de presse modernes et progressistes dans lesquels elle dispense avis et conseils pour une sexualité féministe, morale et égalitaire.

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En guerre contre les handicapés du cunnilingus

Sa chronique sur la radio publique s’intitule « Burne Out ». Tout un programme. Pendant trois minutes, Maïa n’hésite pas à prendre le taureau par les cornes et à tirer les oreilles des hommes. Le 18 mars, la chroniqueuse était « dans une colère noire ». Fichtre ! De quoi peut-il s’agir, nous demandâmes-nous in petto. Nous eûmes bientôt la réponse : Maïa venait de lire une enquête dans laquelle elle avait appris que « 48% des Français n’accepteraient pas d’être en couple avec une femme ne respectant pas les standards de beauté, 45 % refuseraient de coucher avec une femme qui a des poils, 20% ne voudraient pas d’une femme plus grande ou plus âgée ». On comprend mieux le courroux de Dame Mazaurette. Surtout que, dans 27% des cas, ces goujats rechigneraient également à utiliser un sextoy pour faire jouir leur partenaire ou refuseraient carrément de s’informer sur « comment la faire jouir ». La chroniqueuse, déjà passablement énervée, apprit dans la même enquête qu’en plus d’être des cancres du coït et des handicapés du cunnilingus, « les trois-quarts des hommes refusent les couples ouverts, l’échangisme, et que quatre hommes sur cinq refusent les plans à trois avec deux hommes ». Désespérée, elle s’interrogeait en direct : « Qu’est-ce que je vais faire de mes week-ends ? »

Maïa Mazaurette. D.R.

Le vendredi 15 avril, elle annonce qu’elle sait en tout cas ce qu’elle va faire pendant le week-end de Pâques : elle va s’offrir « un œuf-surprise en chocolat, comme les Kinder, mais avec un vibromasseur dedans ». Parce que le sexe c’est bien, c’est quand on veut, « c’est H24, sans week-ends, toute l’année, jours fériés compris, un rythme stakhanoviste assumé ». Toute obsédée du cul soit-elle, Maïa n’oublie pas les gestes écologiques pouvant “sauver la planète”. Elle pense qu’une « sexualité zéro déchet » est possible. Celle-ci reposerait essentiellement sur une « rétention de la semence masculine ». En même temps, s’interroge la Sandrine Rousseau du popotin, se retenir d’éjaculer ne relève-t-il pas d’un hyper-contrôle tendant à prouver la supériorité de l’homme, et donc d’un « exercice de masculinité, et même de remasculinisation ». On voit par là tout l’intérêt d’une radio publique qui n’hésite pas à mettre sur la table les sujets les plus sérieux, à poser les questions les plus fondamentales, à fouiller dans les arcanes des savoirs les plus mystérieux.

Dans l’émission « Quotidien », Maïa, toujours pimpante, donne des conseils. Par exemple, à Vincent, un adolescent qui avoue être « perdu dans sa sexualité », elle propose d’ouvrir un compte Instagram ou d’aller sur Facebook où il pourra choisir le genre qu’il veut. Il peut aussi, conseille-t-elle, aller sur « l’application Feeld et ses propositions hyper inclusives comme “objectum-sexuel” (être attiré sexuellement par un objet) ou “skolio-sexuel” (être attiré sexuellement par des personnes non-binaires hétérosexuelles ou homosexuelles)». Vincent est rassuré. Se frottant frénétiquement à un pied de table, il se sent prêt à déclarer sa flamme à sa voisine pansexuelle, à sa brosse à dents ou à son chat. Merci Maïa.

En guerre contre l’hégémonie du pénis

La “chroniqueuse sexperte” a écrit plusieurs ouvrages destinés à l’édification des masses d’hommes incultes. Dans La revanche du clitoris, elle affirme vouloir faire évoluer les mentalités en luttant contre les approximations. « Tous les adolescents savent ce qu’est la sodomie, mais beaucoup d’entre eux ne peuvent pas situer le clitoris. » Le clitoris ne doit plus être caché. En tout cas, l’homme doit tout faire pour le découvrir. Pour aider ce dernier, Maïa Mazaurette a glissé dans son livre des dessins, des plans, des astuces coquines, ainsi que, me semble-t-il, une carte routière et une liste d’objets à acquérir (gants, torche électrique, corde, casque, etc.). S’il est attentif et consciencieux, l’homme devrait finir par trouver un jour ou l’autre cet objet organique composé de huit mille fibres nerveuses qui n’attendent que d’être savamment titillées par l’expert du clito qu’il sera devenu après la lecture de ce livre instructif et pédagogique.

A lire aussi: Mazette, Mazaurette !

Parmi les autres ouvrages de notre penseuse, il en est un qui s’intitule Sortir du trou, lever la tête. Non, il ne s’agit pas d’un manuscrit sur la spéléologie ou d’un énième travail herméneutique sur l’allégorie de la caverne de Platon, mais, plus profondément, d’une réflexion sur la pénétration et l’orifice féminin. Il y est question du pénis hégémonique, du « trou » des filles et même de la possible « transsubstantiation de la femme en trou ». C’est très pointu. En réalité, écrit notre volcanique spécialiste des tréfonds, le trou n’existe pas : c’est une invention de vieux dégeulasses qui pensent « étroit, petit, sans générosité ». La vérité est « qu’il n’y a aucun destin anatomique dans le trou. […] Le trou est une éducation », une construction sociale qui remonte à la plus haute Antiquité et que Maïa Mazaurette se charge de déconstruire. Résultat : 480 pages composées de phrases courtes, très courtes, parfois d’un mot ; écrites dans une langue misérable de journaliste inculte, disent certains réacs peine-à-jouir. Maïa Mazaurette a tout simplement voulu se mettre à la portée de tous. Son écriture claudicante et sèche – proche de celle qui pollue les réseaux sociaux et les messageries des téléphones portables – lui permet d’espérer toucher un plus large public que celui qu’elle aurait atteint en écrivant simplement en français. Ses phrases au premier abord insignifiantes, creuses ou sibyllines – « Le sexe nous déçoit. » « Il y a de la chair sous la chair. » « On te dessine avec un trou. » « Il n’y a aucune fatalité au trou. » « Les vainqueurs écrivent le trou. » « La culture t’a trouée. » « Je ne pense pas comme un trou. » – sont destinées principalement à de jeunes lectrices – étudiantes en sociologie à Paris 8, journalistes pour Slate ou Les Inrocks, ou artistes contemporaines et intermittentes – qui comprennent intuitivement que derrière ce que d’aucuns appellent un gribouillis informe se cache en vérité la défaite de la domination masculine et du patriarcat.

Enfin, notre bouillante chroniqueuse égalitaire n’oublie pas de rappeler aux femmes qu’elles aussi peuvent pénétrer et « baiser les hommes ». Réjouie, elle les informe « qu’on peut pénétrer le pénis par l’urètre ». Il est nécessaire pour cela de se munir de différents « instruments spéciaux » dont « des tiges de métal de différents diamètres ». Cette pratique permettrait d’obtenir « des orgasmes extraordinaires ». J’ai beau avoir été déçu par les résultats de l’élection présidentielle et chercher des moyens nouveaux de grimper aux rideaux ou seulement d’éviter de tomber en dépression, j’avoue que je ne me sens pas prêt pour ces nouvelles expériences avec Maïa ou une de ses congénères. Comme tout homme j’ai soif d’amour – mais, comme disait Desproges, ce n’est pas une raison pour me jeter sur la première gourde venue.

Ça va bien deux minutes, l’autocritique civilisationnelle de l’Occident!

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Réfugiés ukrainiens photographiés dans la région de Zaporijia, 21 avril 2022 © Leo Correa/AP/SIPA

Oui, sans verser dans la russophobie, il faut se résigner à la supériorité morale de l’Occident.


Les Russes sont-ils responsables de Poutine ? Oui. Les Allemands furent-ils responsables d’Hitler ? Oui. Les Afghans sont-ils responsables des talibans ? Oui. Est-il juste de chasser un tennisman russe de Wimbledon quand son pays écrase de bombes l’Ukraine ? Oui. Etait-il juste de forcer les Allemands à se repentir de leur passé nazi ? Oui. Serait-il juste de refuser l’accueil aux jeunes hommes afghans qui se réfugient en Europe au lieu de combattre leurs oppresseurs ? Oui. En toutes ces circonstances, il est trop facile d’accabler les dirigeants criminels en exonérant les peuples qui les laissent agir.

Il existe une vénérable tradition occidentale qui remonte à l’Antiquité grecque : le devoir de tuer le tyran. Un devoir qui s’impose à tous les citoyens tyrannisés mais que seuls les plus courageux ou les mieux organisés peuvent mettre en œuvre. Harmodios et Aristogiton, meurtriers à Athènes du tyran Hipparque, furent célébrés par des statues et des odes. Brutus, meurtrier du dernier roi de Rome, resta pendant toute l’histoire romaine comme le parfait exemple héroïque du tyrannicide. L’autre Brutus, meurtrier de César, l’aurait été aussi si sa victime n’avait pas fondé un autre régime politique. Son dirigeant ne reçut surtout pas le titre maudit de roi, mais celui plus modeste d’imperator, général en chef. La littérature française a produit un chef-d’œuvre absolu, Lorenzaccio, écrit par Musset pour décrire les tourments et célébrer la gloire du meurtrier du tyran de Florence, Alexandre de Médicis.

Les russophiles accablés

Deux remarques. Le devoir de tuer le tyran ne s’applique qu’aux nationaux. Des gouvernements occidentaux animés de bonnes intentions, celles qui pavent l’enfer, se sont cru autorisés à liquider un tyran en Irak, un autre en Libye, interventions qui se sont révélées grosses de conséquences bien fâcheuses. La valeur de tyrannicide, typiquement occidentale, n’existe pas ailleurs. Aucun traité chinois ne recommande de mettre à mort l’Empereur quand il outrepasse ses fonctions. Aucun manuel arabe de mise à mort du calife, et je serais prêt à parier qu’on n’étudie la traduction de Lorenzaccio ni à Pékin ni à Damas. Quant aux Russes, on pourrait croire à première vue qu’ils ont adopté le tyrannicide, puisque le meurtre des oppresseurs fut une des pratiques favorites de l’anarchisme. Mais ce peuple, doué pour les idées brillantes, est particulièrement pagailleux et maladroit dans le passage à l’acte. Les anarchistes russes assassinèrent ce brave homme d’Alexandre II, tsar réformateur et libérateur du servage, et échouèrent à punir Alexandre III, le “tsar pendeur”.

A lire aussi: L’Europe, c’est la paix… heu… la guerre!

J’essentialise les Russes ? Alain Finkielkraut le fait aussi en déclarant dans sa dernière interview donnée au Figaro le 27 mars : “Ce qui est le plus frappant dans cette guerre, ce n’est pas la folie d’un homme seul (…), c’est la persistance de la fatalité russe. Tsarisme, communisme, poutinisme, la continuité impériale l’emporte sur toutes les ruptures.” [1] Qui dira la tristesse dans laquelle cette guerre a jeté les russisants et russophiles dont je m’honorais de faire partie ? Qu’on le veuille ou non, Poutine met un soupçon sur la culture russe, et surtout sur la littérature. En disant que la Russie est “le Christ des nations”, Dostoïevski ne donne-t-il pas à son pays une mission rédemptrice pour toute l’humanité, mission dont bien entendu nous n’avons que faire ? Le doux Tchekhov lui-même, mon idole, est-il à l’abri du soupçon ? Dans son théâtre comme dans ses nouvelles, il raille impitoyablement la bourgeoisie réformatrice, les bonnes dames qui fondent des écoles et des dispensaires et se gargarisent d’idées nouvelles. Dans La Maison à Mezzanine, la jeune réformatrice d’avant-garde, qui participe au zemtsvo local et se soucie de la santé et de l’éducation de ses anciens serfs, est copieusement ridiculisée. Condamner le réformisme, c’est un peu prêcher la révolution. Alors, le doux tuberculeux de Crimée précurseur des bolcheviques ? Ce n’est pas absurde.

L’autocritique civilisationnelle, notre spécialité

L’anti-occidentalisme occidental est lui aussi une vénérable valeur qui remonte à l’Antiquité. L’historien romain Tacite, dans la Vie d’Agricola, imagine le féroce discours anti-romain prononcé par un chef picte, ancêtre des Ecossais : c’est le plus parfait et le plus mordant des réquisitoires contre l’Empire Romain. Cette noble tradition se manifeste chez Montaigne, mais elle tourne un peu déjà à l’idéologie. Quand l’auteur des Essais dit qu’il n’est pas “d’hostilité excellente comme la chrétienne” (c’est-à-dire que les guerres européennes sont les plus féroces), on voit bien qu’il ne connaissait pas les guerres fleuries des Aztèques destinées à récupérer des cœurs saignants et palpitants pour les offrir aux dieux. Il admire les Iroquois qui à Rouen, s’étonnent que le roi soit ce jeune freluquet de François II plutôt qu’un des gaillards de son escorte. Preuve que Montaigne ne comprenait rien au principe dynastique français, qui nous a épargné bien des guerres de succession.

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L’anti-occidentalisme occidental s’est de nos jours rigidifié en idéologie, c’est-à-dire qu’il néglige les faits et s’en tient à son imperturbable doxa : tous les malheurs du monde viennent de l’Occident, et surtout de sa pointe la plus venimeuse : les Etats-Unis, antre du despotisme le moins éclairé, fabrique de crétins congénitaux et surtout place forte du capitalisme libéral, ce monstre prêt à vendre père et mère pour une poignée de dollars. Remarquons au passage qu’il n’existe point d’anti-chinoisisme chinois ni d’anti-arabisme arabe. Comme la démocratie libérale, comme les hamburgers Mac Do, l’autocritique civilisationnelle est une spécialité des Terres du Couchant, en-deçà et au-delà de l’Atlantique. Comme le politiquement correct, il donne une carrure morale impeccable à qui le pratique : je critique mes frères, mes semblables parce que je suis plus noble qu’eux et mieux renseigné qu’eux. La presse et la télévision mainstream, c’est pour les ballots, moi je vais te sortir de derrière les fagots la petite information qui ridiculisera Le Devoir, Le Figaro, Le Times, La Stampa et tous les clabaudeurs au service des méchants riches qui dirigent secrètement la planète. Au temps où « Hold Up » avait beaucoup de succès, un homme qui se moquait de mes sources d’information m’amena deux pages photocopiées, le rapport d’un adjudant de gendarmerie de la France profonde qui avait découvert que le Covid n’existait pas. Direction la corbeille à papier sans lecture.

Dans le sublime « Gladiator » de Ridley Scott, un officier romain s’écrie : “Oui, Rome a bien des défauts ; c’est pourtant la meilleure ville de la terre !” Voilà l’épouvantable chemin de croix que nous devrons désormais suivre : après l’échec des printemps arabes, après la glaçante invasion mercantile des Routes de la Soie chinoises, après cette lamentable guerre lancée par les Russes contre leurs frères, il nous faudra accepter cette terrible conclusion : la civilisation occidentale est la meilleure et la plus humaine de toutes celles qui ont paru sur la terre jusqu’à présent, le résultat d’une alchimie entre Jérusalem, Athènes, Rome, la presqu’île européenne et le continent nord-américain. Une alchimie qui aurait pu aussi bien ne pas se faire, aussi rare et complexe que l’apparition absolument improbable de la vie sur le caillou nommé Terre.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/alain-finkielkraut-cette-guerre-nous-rappelle-que-les-nations-doivent-etre-defendues-20220327

Garder Marine Le Pen sous le coude, pour empêcher une alternative politique?

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Marine Le Pen et ses soutiens regardent les résultats du second tour de l'élection présidentielle à la télévision, Paris, 24 avril 2022 © ALAIN ROBERT/SIPA

Jusqu’au 10 avril, le monde politico-médiatique a globalement épargné la candidate du Rassemblement national, décochant toutes ses flèches contre Éric Zemmour. Mais sitôt la candidate qualifiée au second tour, les médias ont de nouveau sorti l’artillerie (« antifasciste ») lourde. Notre chroniqueur revient ici sur les principaux faits d’armes de cette période.


Dans un contexte de concentration des médias aux mains de quelques individus et où l’uniformité idéologique est plutôt de mise, le président sortant vient d’être réélu sans suspense. S’il est légitime que les médias aient leurs lignes éditoriales, les appels plus ou moins voilés à voter pour Macron n’ont fait que toujours plus confirmer qu’ils ne sont plus engagés en faveur de la démocratie qui suppose une information aussi honnête que possible, mais enfermés dans une impasse.

Macron, l’éternel candidat des médias ?

Par exemple, il y a cinq ans, les médias imposèrent Emmanuel Macron grâce à un matraquage médiatique décrypté par le politologue Thomas Guénolé dans Marianne [1] en février 2017. Alors que l’on pilonna François Fillon devenu un gendre peu idéal, on traita beaucoup moins de l’utilisation à des fins de campagne par Macron de 80% du budget dédié aux frais de représentation de tous les ministères de Bercy [2], au grand dam de Michel Sapin, son ministre de tutelle. Macron put se retrouver face à Le Pen et griller les feux rouge le soir du premier tour comme s’il venait de remporter la présidentielle.

Auraient-ils à nouveau voulu un second tour où s’opposeraient Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2022, les médias ne s’y seraient pas autrement employés ! Il est utile d’avoir cette dernière face à soi pour bénéficier du théâtre antifasciste dénoncé par l’ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin lui-même. La qualification de la candidate du Rassemblement national a été favorisée par l’aménité complaisante de nombre de journalistes à son endroit, avant le 10 avril 2022. Comme Macron, Le Pen a globalement bénéficié de la bienveillance des médias, mais la profession a par la suite assez souvent proposé une couverture négative de ses faits et dires, extrapolant largement, même si des vérifications de faits ont également été objectives et en sa faveur – ainsi l’admission, par TF1, des chiffres de l’endettement non lié au Covid opposés à Macron par sa rivale (voir ci-dessous). Reste que de nombreuses informations pouvant désavantager le président sortant ont bénéficié des ciseaux d’Anastasie s’imposant d’eux-mêmes dans les esprits.

Le 14 avril dernier, le New York Times affirma, dans l’indifférence générale des médias français, que l’Union européenne lancerait au plus tôt juste après l’élection présidentielle française des discussions quant à un embargo sur les produits pétroliers russes qui provoquerait une flambée des prix. Il s’agissait notamment de ne pas nuire aux chances de réélection d’Emmanuel Macron [3], selon le Times qui disait tenir l’information de diplomates et hauts fonctionnaires européens. Le Figaro fut le seul grand média français à le mentionner, sur un fil d’actualité…

Même la lampe du célèbre journal new-yorkais, tant prisé des médias français, fut mise sous le boisseau durant cette campagne !

Extrapoler sur le risque Le Pen, ne pas questionner le bilan de Macron

« Si Marine Le Pen était élue, voici l’arsenal nucléaire qui se trouverait entre ses mains », titra L’Obs trois jours après le premier tour [4], affirmant que la présidente disposerait alors de la possibilité de causer l’équivalent de 48 000 Hiroshima. Le sous-entendu était clair : prière de trembler dans les chaumières ! On n’était pas loin de la démocrate Nancy Pelosi qui avait prétendu craindre que Donald Trump ne déclenche une guerre nucléaire dans les derniers jours de son mandat. Peu importe que le Front national fût le seul grand parti à s’opposer à la guerre en Libye ou à l’intervention militaire française en Côte d’Ivoire en 2011. Après avoir fait assaut d’amabilités envers la candidate du RN, une grande partie des médias feignirent de s’inquiéter de sa possible élection et sonnèrent si bien le tocsin de l’inquiétude républicaine que le candidat Emmanuel Macron creusa l’écart dans les sondages tout en fuyant autant que possible les débats, reprenant les poncifs d’une prétendue résistance au fascisme. On relèvera tout de même l’impartialité appréciable des deux modérateurs lors du débat du second tour, Léa Salamé et Gilles Bouleau.

Macron prit des points dans les sondages en dépit de toutes les révélations dernièrement parues – surtout sur les réseaux sociaux et l’incontournable Sud Radio – quant à de potentiels conflits d’intérêts dans l’attribution de missions à des cabinets privés ou au scandale Alstom / General Electric. Si les grands médias parlèrent de McKinsey, ils le firent surtout sous l’angle de l’optimisation fiscale et non sous celui de la participation bénévole supposée de salariés du cabinet à la campagne de 2017. Lorsqu’un citoyen interpelât Emmanuel Macron en Alsace sur le sujet de l’hôpital, traité à la va-vite par tant de journalistes, le président de la République put lui répondre sans se soucier des médias : « Mais vous êtes fou ou quoi ? […] Vous, ça se mélange quand même beaucoup dans la tête ! » Aurait-il pu objecter cela à des journalistes le questionnant fermement sur l’hôpital ?

Un répit pour Marine Le Pen, utile à une dédiabolisation provisoire

Marine Le Pen n’eut pas à faire face à l’équivalent de cette rue de 2002 occupée par l’angélisme, dont parlait Philippe Muray, mais, dès après le premier tour de la présidentielle, on feignit soudainement de se rappeler que l’éleveuse de chats surveillerait en réalité des camps nazis à l’aide de bergers allemands, ou plutôt russes si elle remportait l’élection.

Alors qu’ils avaient pilonné la campagne d’Éric Zemmour, coupable d’avoir notamment dit ne pas croire que Vladimir Poutine attaquerait l’Ukraine, sans l’exclure – comme Dominique de Villepin ou Emmanuel Macron qui se mettait en scène en sauveur de la paix qu’il semblait croire acquise -, les journalistes avaient dans l’ensemble légèrement critiqué le précédent soutien de Marine Le Pen à la Russie avant le premier tour. Juste ce qu’il fallait pour la forme. Mais après le 10 avril, il fût même jugé professionnel de laisser entendre que la candidate soutenait encore l’autocrate russe [5] ; et l’on évita de s’indigner que Macron se mît indécemment en scène quant au drame qui frappe le peuple ukrainien. De même, il convint de ne pas trop s’interroger concernant la possibilité d’un grand parti macronien allant des chevènementistes aux sarkozystes et du risque que le Conseil constitutionnel ne devienne une simple chambre d’enregistrement validant tous les projets de lois votés par des parlementaires godillots.

Marine Le Pen avait toute l’attention des médias lorsqu’elle prétendait, sans donner de noms, que des néo-nazis avaient rejoint Éric Zemmour, elle bénéficiait de leur bienveillance affichée lorsqu’elle affectait d’être très peinée d’apprendre que sa nièce Marion Maréchal avait choisi de rejoindre « Reconquête ». Ils reprenaient en chœur et en boucle le mot « trahison », laissant entendre que l’on devait forcément partager les mêmes idées que ses aînés dans sa famille. Il pouvait exceptionnellement arriver que l’on se montrât agressif envers elle, mais c’était bien moins qu’à l’endroit de son rival direct. Ainsi, sur France 2, Julien Bugier alla jusqu’à demander à Marine Le Pen si elle pensait comme Éric Zemmour qu’un immigré était forcément un voleur (voir ci-dessous), sachant qu’elle serait heureuse de se démarquer de tels propos dont elle ne pouvait cependant ignorer qu’ils n’avaient jamais été tenus par son rival.

Sur les réseaux sociaux, on put voir des partisans de Le Pen ronronner de plaisir, heureux de ne plus être mis au ban de la société. Certains naïfs poussèrent même le délice jusqu’à taxer d’extrémisme de droite les partisans de Zemmour. La réalité doit leur être rude, leur championne est redevenue un danger pour les médias après une éphémère dédiabolisation.

Censé être l’un des acteurs majeurs de la vie publique, le journalisme ne représente plus un quatrième pouvoir, mais est devenu à bien des égards une énième chambre d’enregistrement des politiques et déclarations de l’exécutif, même quand celui-ci remet sa casquette de candidat. On se souvient encore de l’émoi suscité par la directrice de la rédaction de BFMTV, Céline Pigalle, lorsqu’elle avait affirmé, maladroitement, que sa chaîne avait choisi de ne « pas trop aller à rebours de la parole officielle, puisque ce serait fragiliser un consensus social »…


[1] https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/oui-le-phenomene-macron-etait-bien-une-enorme-bulle-mediatique

[2] https://www.leparisien.fr/politique/le-livre-polemique-sur-ses-depenses-a-bercy-25-01-2017-6614616.php

[3] https://www.nytimes.com/2022/04/14/world/europe/european-union-oil-embargo-russia-ukraine.html

[4] https://www.nouvelobs.com/affaires-secretes/20220413.OBS57082/si-marine-le-pen-etait-elue-voici-l-arsenal-nucleaire-qui-se-trouverait-entre-ses-mains.html

[5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/la-dangereuse-fascination-de-marine-le-pen-pour-poutine-1401265

Panique chez les wokes: Elon Musk a acheté Twitter

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© Andrea Ronchini/Pacific Press/Sh/SIPA

Le multimilliardaire Elon Musk vient de s’emparer du réseau Twitter pour la modique somme de 44 milliards de dollars. L’entrepreneur, qui se revendique libertarien, promet d’y garantir une liberté d’expression totale et de rétablir tous les comptes bannis ces cinq dernières années.


Michelle Blanc, experte québécoise des réseaux sociaux, analyse les effets de cette transaction historique. Selon elle, Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de Twitter, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de la plateforme.

Jérôme Blanchet-Gravel. Pourquoi un grand nombre de personnalités associées au mouvement woke s’indignent-elles autant de l’achat par Elon Musk de Twitter ?

Michelle Blanc. Elon Musk a plusieurs fois fait des remarques désobligeantes envers les tenants du wokisme. Comme il est un homme de tendance libertarienne et conservatrice, ses positions politiques vont à l’encontre de l’idéologie woke. Par ailleurs, aux États-Unis surtout, le phénomène du « shadow banning » a principalement affecté les gens de tendance conservatrice en épargnant les Démocrates et la gauche en général. Or, il s’avère que Musk a justement fait un gazouillis contre cette pratique la journée précédant son acquisition de Twitter.

Précisons que le «shadow banning » est le fait pour un média social de bannir ou de rendre invisible en partie ou totalement un utilisateur ou le contenu qu’il publie sans qu’il n’en ait été informé. Les publications de l’utilisateur se retrouvent alors à être « cachées » ou marginalisées sur la plateforme, et donc moins vues par la communauté. 

Quels seront les principaux changements opérés par Musk à la barre de Twitter ?

Le principal changement annoncé par Musk est qu’il rendra l’algorithme de Twitter (qui est présentement secret) Open Source. Cela veut dire que le code informatique qui régit l’automatisation de la modération sera ouvert et dévoilé à tous. Certains critiques jugent que cette volonté de transparence ouvrira grande la porte aux failles de sécurité. Je rappellerai cependant que contrairement à la croyance populaire, le code source ouvert n’est pas plus dangereux qu’un code secret. En fait, il est même possiblement plus sécuritaire qu’un code source propriétaire et fermé. D’ailleurs, la Gendarmerie française, la NSA, la CIA et le Département de la défense américaine valorisent tous le code source ouvert.

Elon Musk veut aussi s’attaquer en priorité au problème des bots et des fermes de bots (robots qui produisent des contenus et qui peuvent augmenter la visibilité d’un contenu tierce). Ces comptes automatisés (donc non administrés par une personne réelle) sont un facteur majeur de pollution des contenus.

Par ailleurs, Musk répète qu’il respectera les limites légales (judiciaires) des lois sur la liberté d’expression, puisque ces lois reflètent une volonté du peuple qu’il dit vouloir honorer. Par contre, il bannira les pratiques de modération qui vont plus loin que ce que la loi demande en interdisant des contenus encore considérés comme légaux.

Peut-on vraiment dire qu’Elon Musk a un agenda politique libertarien ?

On peut considérer sa vision large de la liberté d’expression comme étant une position « libertarienne », mais il se définit lui-même comme étant à moitié démocrate et à moitié conservateur. Dans une certaine mesure, il est donc centriste. Rappelons aussi à ses détracteurs qu’il s’est publiquement montré inquiet des changements climatiques et des avancées de l’intelligence artificielle. Il a également sévèrement critiqué les confinements durant la pandémie, appuyé les camionneurs canadiens et mis en doute l’efficacité des tests covid. Il est donc un personnage doté d’une pensée complexe et dont les points de vue peuvent à la fois être de gauche ou de droite sur l’échiquier politique.

Le marché des réseaux sociaux sera-t-il transformé par cette transaction ?

Twitter est unique dans le « marché des médias sociaux », en ce sens qu’il a introduit la notion de « web en temps direct » lors de la mort de Michael Jackson. C’est aussi le média social de choix pour l’élite politique internationale, les médias, les artistes internationaux et des communicants qui créent 80% des contenus du web, hors de Twitter. C’est donc l’un des hauts lieux de l’influence du web, de la politique et des médias. On parle même de « diplomatie Twitter », expression qui n’a jamais encore été utilisée pour d’autres médias sociaux. Il est difficile de se projeter dans l’avenir, mais je suis enthousiaste face aux changements que compte mettre en place Elon Musk pour Twitter. Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de ce média social, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de Twitter.

[Nos années Causeur] L’Escale

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Renaud Camus © Hannah Assouline

À l’occasion de ce centième numéro de Causeur, l’écrivain Renaud Camus a tenu à nous adresser quelques mots…


C’est avec grand plaisir que je contribuerai de quelques paragraphes au centième numéro de Causeur, pour rendre hommage à tant de persévérance, d’intelligence, d’ouverture d’esprit, d’intelligence et de succès. La date de cette célébration n’arrange personne, néanmoins. On nous dit qu’on peut écrire ce qu’on veut. Très bien, mais écrire ce qu’on veut, en France, au tout début du printemps 2022, c’est écrire sur de l’eau, tant notre situation paraît instable.

Ce qui va advenir semble bien clair, il est vrai. Cependant c’est tellement horrible, tellement définitif, tellement final pour notre pays et pour notre peuple, qu’on ne peut contraindre sa sensibilité à l’accepter tout à fait et qu’on espère, contre toute raison, que quelque chose va subvenir qui l’empêchera : une révélation, une illumination, un réveil, une révolte, un grand refus. Pour changer le cours des événements mieux vaudrait s’en remettre à soi-même, bien sûr, plutôt qu’au sort ou à la chance – d’autant qu’ils ne se sont pas montrés particulièrement serviables, jusqu’à présent. Cependant nos efforts n’aboutissent guère. Peut-être l’ennemi est-il trop fort. En ce cas nous sommes déjà morts. Mais l’on peut toujours se tromper. L’erreur est la seule espérance du pessimiste conséquent.

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J’aime mieux célébrer Causeur, et d’autant plus volontiers que le magazine tient une place considérable dans ma petite famille. On en guette l’arrivée dans la boîte. On s’en dispute la première lecture. On en discute à la veillée. Ses effets sont aussi divers que lui-même : c’est à lui que je dois non seulement Bérénice Levet, Olivier Rey, Françoise Bonardel et tant d’autres, mais d’avoir été traîné à la gare de Stuttgart à cause de Luc Rosenzweig, d’avoir fait étape au cinéma Eden de La Souterraine en nageant vers la Norvège derrière Jérôme Leroy, d’avoir chassé les Flandrin qui se décollent dans des églises de Nîmes, suivant des pistes ouvertes par Pierre Lamalattie, ou de ne pouvoir plus faire escale, entre ma lointaine campagne et Paris, qu’à L’Escale, à Déols, le restaurant le moins paritaire de France, parce qu’Emmanuel Tresmontant a établi une fois pour toutes, entre les fidèles de la Patronne, qu’on ne pouvait s’arrêter que là, parmi les routiers.

Me permettrez-vous d’évoquer, en guise de contribution à un travail du deuil, une des figures les plus inattendues de votre lectorat, dont je suis sûr pourtant qu’il n’en manque pas : je songe à ma très chère amie Jeanne Lloan, institutrice longuement communiste – elle a sa place dans le Maitron –, et passée de là à Causeur, un peu sous mon influence, si ce n’est pas trop me vanter. Elle vient de mourir à 87 ans, et à mon grand chagrin. Elle habitait un lotissement de Fleurance, au bout de la rue Arnaud-de-Meyrenx, vous connaissez peut-être. Chaque mois elle vous guettait au portillon de son petit jardin, comme elle avait fait plus tôt pour Aragon, ou Pierre Daix. Élisabeth Lévy fut son ultime Elsa (je ne dis pas « Triolet »). Paix à son âme ardente, gloire à la vôtre.


En kiosques, notre numéro 100. Retrouvez les souvenirs d’Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Marcel Gauchet, Philippe Caubère, Natacha Polony et beaucoup d’autres…

Encore une nouvelle chaîne info lancée au Royaume Uni

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Le journaliste Piers Morgan sur le plateau de sa nouvelle émission, Londres, 25 avril 2022 © Vianney Le Caer/Piers Morgan Unc/SIPA

La chaîne Talk TV réussit son lancement, avec un entretien en deux parties avec Donald Trump. À la différence de GB News, elle prétend ne pas convoiter exclusivement le créneau conservateur. Causeur s’est branché sur la nouvelle chaîne…


Dans quelle mesure le marché des médias d’information est-il extensible ? Au Royaume Uni, on conduit une expérience pour trouver la réponse. Car le soir du 25 avril, Rupert Murdoch y a lancé une nouvelle chaîne, TalkTV, destinée, selon lui, à perturber les majors du secteur. Ce lancement est d’autant plus surprenant qu’il intervient moins d’un an après celui d’une autre chaîne, GB News. Cette dernière a essayé de déstabiliser la BBC et Sky News en proposant un format fondé, moins sur les reportages, que sur des magazines d’opinion présentés par des personnalités aux grandes gueules. Qu’est-ce qui, dans un paysage déjà assez saturé, a motivé la création d’un média de plus ? Depuis que le magnat australo-américain avait vendu sa participation dans Sky News en 2018, il manquait une chaîne de télévision britannique à son empire médiatique. Il possède déjà une radio, TalkRadio, dont la notoriété et l’audience ont fourni une base pour sa nouvelle opération télévisuelle. D’ailleurs, pour le moment, les émissions radiophoniques prennent la relève des émissions de TalkTV aux heures de moindre écoute.

Le retour de Piers Morgan

Le premier défi pour la chaîne de Murdoch consistait à mieux réussir son lancement que GB News, dont les débuts ont été marqués par une suite de bourdes sur le plan technique, ainsi que par des tensions au niveau de sa direction. Après seulement deux semaines, son président, le journaliste chevronné, Andrew Neil, a pris des vacances prolongées qui se sont soldées par sa démission. Pour TalkTV, tout a commencé sans couac. Le deuxième défi consistait à embaucher comme animateur-vedette quelque monstre sacré capable de rivaliser avec ceux des chaînes rivales. Ils ont trouvé Piers Morgan, dont l’image de gueulard aux opinions arrêtées a été façonnée par une carrière dans les tabloïds et la télévision des deux côtés de l’Atlantique. En mars 2021, il avait démissionné avec fracas de son magazine matinal, « Good Morning Britain », après une dispute à l’antenne avec sa co-animatrice. L’occasion en était des remarques de Meghan Markle à propos des problèmes de santé mentale auxquels elle aurait fait face. Morgan, qui n’apprécie pas la personnalité de l’épouse du prince Harry, a mis en doute sa sincérité, déclenchant un esclandre qui a opposé des wokistes hystérisés aux défenseurs de la liberté d’expression. Pour TalkTV, Morgan présentera une émission tous les soirs en semaine, avec le titre racoleur, « Uncensored », non censuré. Le troisième défi, qui était de démarrer avec un audimat respectable, a été relevé aussi. Les deux premiers soirs, Morgan a interviewé un homme tout sauf inconnu : Donald Trump. Le résultat a été une audience qui, en diffusion continue, a dépassé largement celles de la BBC et de Sky News.

A lire aussi, du même auteur: Que devient Nigel Farage?

Qu’est-ce qui permet de croire que ce succès ne se révélera pas être un simple feu de paille ? L’exemple de GB News ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme, puisque la chaîne a un audimat bien au-dessous de celui escompté au moment de sa création. En mars, GB News a cumulé 2,65 millions de téléspectateurs, loin derrière les 16,6 millions de la BBC ou les 11,9 millions de Sky News. Son incapacité à rattraper ses concurrents est due en partie à ses moyens financiers limités. A l’heure où l’attention du public est accaparée par la guerre en Ukraine, la chaîne n’a pas été en mesure d’envoyer sur place des grands reporters. Les problèmes budgétaires ont été exacerbés, peu après son lancement, par un exode des publicitaires sous la pression de groupes progressistes qui ont dénoncé le côté politiquement incorrect adopté exprès par la chaîne.

Nigel Farage VS Piers Morgan

TalkTV prétend ne pas se positionner clairement sur l’échiquier politique et surtout pas à droite. En dépit de ses harangues souvent anti-progressistes, Morgan nie être conservateur. Cependant, une autre difficulté rencontrée par GB News pourrait hanter TalkTV. La première chaîne, dans la mesure où elle tire son épingle du jeu aujourd’hui, dépend étroitement de l’émission quotidienne, en semaine, présentée par le roi des Brexiteurs, Nigel Farage, dont la côte de popularité personnelle reste très élevée. Son audience est trois fois plus grande que celle de n’importe quelle autre émission de la chaîne. Cette dépendance excessive à l’égard d’une seule personnalité pourrait être le sort de TalkTV, si Morgan s’avère être le seul grand atout de la chaîne.

Nous ne savons pas encore si le marché se révèlera extensible ou non. Autre grand mystère : Donald Trump briguera-t-il la fonction suprême de nouveau, en 2024 ? Interrogé par Morgan, le showman ex-président a préféré entretenir le suspense…

Le militantisme étudiant, c’était mieux avant

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Manifestation Ni Le Pen Ni Macron, Paris, 16 avril 2022 © Chang Martin/SIPA

Entre la montée de l’abstentionnisme des jeunes et le folklore ridicule et lassant des crétins qui ont occupé la Sorbonne entre les deux tours, il y a de quoi s’inquiéter de l’éducation politique de la génération qui vient !


Parmi les analyses qui sont ressorties de la sociologie du vote de ces dernières élections, la « fracture générationnelle » a occupé une place de choix. D’après les sondages post-premier tour en effet, les 70 ans et plus auraient voté à 41% pour Macron, les 18-35 ans à 34% pour Mélenchon. En bref : d’un côté, les vieux qui ont eu peur de claquer et ont cru que c’était la personne du président qui les avait sauvés du coronavirus ; et d’un autre côté, les jeunes qui se sont largement ralliés à l’étendard d’un gauchiste démago plein de compromissions – quelques-uns d’entre eux parmi les plus démocrates ayant d’ailleurs proposé qu’on fixe une limite d’âge au droit de vote, pour que les vieux croûtons ne puissent plus leur « voler leur élection »

A lire aussi, du même auteur: [Nos années Causeur] Mon safe space à moi

Pseudo-contestation

Dans la même veine, pour exprimer leur « colère » face à la tenue d’un second tour Macron-Le Pen, quelques centaines d’étudiants réunis en AG ont décidé d’occuper leurs universités, la Sorbonne au premier chef, largement dégradée (taguée de slogans ineptes, avec un laboratoire de recherche gratuitement saccagé) ; Sciences Po, l’ENS ou Montpellier III ont suivi le mouvement, sans parler des lycées bloqués. Évidemment, il y a à peine besoin de préciser que les établissements concernés sont ceux qui sont fréquentés par les enfants de la meilleure bourgeoisie. Ce spectacle pseudo-contestataire est d’autant plus affligeant qu’il a l’âge des vieux croûtons sus-cités : il s’agirait de changer de répertoire. La gauche radicale étudiante, qui ne souffre aucune concurrence depuis les années 80, s’enlise depuis cette date dans une forme d’auto-escalade grotesque. Pour ne rien arranger, juste après la réélection de Macron, des groupes plus ou moins antifas ont battu le pavé à Toulouse, Rennes, Paris… contre les fachos et pour la révolution.

À lire aussi, Daniel Pendanx: Et maintenant?

Évidemment et heureusement, tous ceux-là ne constituent pas la jeunesse. Mais ils sont hélas la seule partie émergée de la jeunesse militante, celle qui gueule ses revendications sur tous les toits. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aussi bien sur la forme que sur le fond, son état est assez pitoyable. Cela depuis une double disparition déjà ancienne, celle d’une autorité qui appliquerait les sanctions prévues par la loi à son encontre, et celle de ses partenaires de bagarre de droite.

Institutions complaisantes

Je viens de lire dans la dernière biographie de Georges Bernanos, avec un effarement un peu nostalgique, le récit d’un haut fait militant du temps où il était aux Camelots du roi : un conférencier de la Sorbonne, jugé coupable d’opinions trop iconoclastes sur Jeanne d’Arc, se trouva empêché de dispenser ses cours par Bernanos et ses amis. « C’est le 14 février 1909, rapporte François Angelier, lors du onzième et avant-dernier cours prévu, qu’est portée l’estocade d’une humiliation publique : saisi, couché sur sa chaire, déculotté, Amédée Thalamas est dûment fessé à tour de rôle par tous les membres de l’escouade : contre-attaquant, il parvient à briser une chaise sur le crâne du Camelot Lucien Lacour ». Pour cet assaut qui ne manque pas de comique, Bernanos est condamné à dix jours de prison, où il se bat avec des militants socialistes (ce dont il gardera un excellent souvenir). C’est peu de dire que pour une enfant de la « génération Z » (née entre 1997 et 2010), c’est dépaysant. Mais même sans remonter au début du XXème siècle, mon grand-père m’a souvent raconté un épisode glorieux de ses années estudiantines, au milieu des années 50 : la prise éphémère du local des communistes de la Sorbonne et la saisie de tous leurs tracts, après une poursuite endiablée et des affrontements verbaux dans les classes de philosophie.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Voile: petit cours de marxisme appliqué à l’usage d’un khâgneux sous-doué

Aujourd’hui, le militantisme étudiant est mort. On l’a tué en supprimant sa binarité gauche-droite, en n’opposant plus rien aux gauchistes s’embourbant en toute tranquillité dans les dégradations et les injures. C’est pour cela qu’il y a de quoi être sceptique quand on parle aujourd’hui de la tendance « contestataire » des jeunes : une contestation qui recueille l’indifférence, si ce n’est l’assentiment, des institutions qui sont en charge de vous, paraît pour le moins usurpée. Il m’a d’ailleurs toujours semblé qu’à chacune des soi-disant expressions de la « colère de la jeunesse », comme les blocages universitaires ou les manifestations pour le climat, ce sont en réalité leurs parents ou ceux qui sont en âge de l’être qui les alimentent. Vieux profs dans les amphis criant à la révolution ; parlementaires écoutant religieusement Greta Thunberg les sermonner de sa voix nasillarde. Comme des parents qui se penchent sur le berceau de leur bébé avec émerveillement, et qui font gouzi gouzi en le voyant remuer les doigts de pied.

Si la jeunesse est bien un risque à courir, manifestement, nous sommes plutôt en train de former une génération de petits vieux, menant de vieux combats avec de vieilles armes. Ce n’est pas nouveau. Fracture générationnelle, mon œil. 

Michel Bouquet aurait-il vraiment voulu un hommage national?

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Hommage national à Michel Bouquet aux Invalides, à Paris, 27 avril 2022 © DAVID NIVIERE-POOL/SIPA

L’hommage national rendu à Michel Bouquet ce 27 avril a pu sembler normal à beaucoup de Français. Le président Macron abusant de ces célébrations, les a banalisées en quelque sorte.


Aux Invalides, le président Macron, accompagné des comédiens Fabrice Luchini, Muriel Robin et Pierre Arditi, a honoré la mémoire de l’acteur mort le 13 avril.

On aurait mauvaise grâce à critiquer cette célébration magnifiant Michel Bouquet plutôt que celle de beaucoup d’autres avant lui et probablement après lui. Pourtant, à ce rythme et avec cette absence de discrimination, je crains que nous ne soyons littéralement inondés par des hommages dus à l’initiative du président de la République et des pouvoirs publics. Je perçois mal quels pourront être les critères qui demain pourraient justifier telle ou telle exclusion d’une personnalité disparue et aimée du public.

Selon l’acteur, son seul talent venait des rôles qu’il habitait

Outre ce risque de prosaïsme des solennités, pour Michel Bouquet un autre obstacle fondamental se présente. Il n’aurait sans doute pas voulu de cet hommage national. Cet immense comédien, maître en théâtre et en cinéma, pédagogue exceptionnel, que j’ai croisé en diverses circonstances qui m’ont toutes marqué (voir mon entretien en vidéo ci-dessous), avait une disposition d’âme et d’esprit qui, sortie du champ de l’art, se caractérisait par une modestie non affectée, une véritable inaptitude à se prendre pour un personnage important ; pour lui, son seul talent venait des rôles qu’il habitait.

Rien n’aurait interdit à tous ceux qui l’admiraient de célébrer comme ils l’entendaient leur dilection émue pour ce « monument » et leur nostalgie de ce qu’il avait su nous offrir au théâtre et au cinéma, avec une conception à la fois instinctive et très cérébrale de ses rôles. La moindre des choses, avant que l’Etat prenne des initiatives officielles, aurait été de s’interroger sur la compatibilité entre cet hommage national et l’authenticité humble, détachée de toute pompe et sans la moindre hypocrisie, de celui qui venait de disparaître.

La société se fait plaisir à elle-même

Surtout quel étrange processus, et au fond quel étouffant détournement, que celui laissant au président de la République et à quelques personnes sélectionnées, pas plus représentatives sans doute que d’autres l’ayant aussi bien connu et compris, le soin, la charge, l’honneur, le monopole de capitaliser sur une gloire singulière. Il est sûr que son exploitation aurait déplu profondément à un Michel Bouquet aux antipodes de l’ostentatoire et de la confusion des registres !

A lire aussi, Thomas Morales: L’effroi lui allait si bien

Je le vois encore, comme si c’était hier, sincèrement offusqué par tout ce qui pouvait ressembler à une flatterie et qui n’était pourtant que l’expression d’une admiration sincère !

Alors un hommage national ? Faut-il considérer que prenant prétexte d’une mort illustre, une société se fasse plaisir à elle-même en multipliant les confiscations de ce qui, relevant du sentiment populaire, devrait demeurer à la seule disposition du peuple ?

Tout ce que je sais est que Michel Bouquet, sans vanité, a été célébré comme s’il l’était. Gardons-le en nous, chacun à notre manière. Ç’aurait été bien mieux dans l’affliction et le respect !

Libres propos d'un inclassable

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[Nos années Causeur] L’art et l’intelligence

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L'acteur Michel Fau © Hannah Assouline

Pour le centième numéro de Causeur les rôles s’inversent. Cette fois-ci ce n’est pas Causeur qui écrit sur le comédien et metteur en scène Michel Fau mais ce dernier qui écrit sur ce magazine qui l’a si souvent interrogé (et célébré pour son indéniable talent). Michel Fau vous parle de ses années Causeur


La première interview que j’ai donnée à Causeur, menée par Élisabeth Lévy et Gil Mihaely, portait sur l’alexandrin français : une de mes passions. Le niveau du débat était déjà très élevé ! Depuis, l’équipe de Causeur a toujours fidèlement soutenu mon travail. Aujourd’hui, les journalistes parlent de moins en moins de culture, et encore moins d’art ! Ils préfèrent vous demander quelle est votre sexualité et pour qui vous votez… (Je réponds toujours que c’est un secret et que ça ne les regarde pas !).

Le magazine Causeur possède une ouverture d’esprit panoramique, qui permet de parler de la place de l’art dans notre société, longuement et profondément, ce qui est assez rare. Ce journal regarde les choses frontalement et n’a pas pour habitude de contourner les problèmes… cela s’appelle sans doute l’intelligence.

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À Causeur, j’ai pu aborder d’ambitieux sujets, comme par exemple les questions de style, les différents codes de jeu, l’importance du travestissement, les références aux maîtres anciens… évoquer ce dont on ne peut parler ailleurs sous prétexte que ça n’intéresse personne, ou tout simplement par manque de connaissance.

Enfin, dans cette revue, j’ai pu revendiquer ce à quoi j’ai consacré mon existence, ce pour quoi je me bats et qui me semble aujourd’hui parfois méprisé : l’Art théâtral, avec un grand A et un accent circonflexe ! Dans ce monde survolté et de plus en plus censuré, Causeur occupe une place insolente et totalement libre !

Matignon: pourquoi se contenter d’une femme?

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Elisabeth Borne en février 2022 © Jacques Witt/SIPA

Exigeons une femme Premier ministre transgenre, voilée et noire!


Selon les journaux, le directeur de casting Emmanuel Macron n’avait toujours pas arrêté son choix mardi quant à son futur Premier ministre.

Ce dernier ne devra pas lui faire de l’ombre, bien sûr, et incarner le virage écolo de la « nouvelle ère » qui commence.

Parmi les noms qui se murmuraient dans Paris en début de semaine, Catherine Vautrin, Elisabeth Borne, Christine Lagarde ou même Nathalie Kosciusko-Morizet. Hier soir, sur Twitter, après ses exploits au ballon face à Manchester City, les internautes réclamaient Karim Benzema à Matignon. Mais il y a une condition que le joueur de Madrid ne satisfait pas ! En effet, Emmanuel Macron voudrait nommer une femme. C’est du moins ce que déclarait Clément Beaune, Secrétaire d’État aux Affaires européennes sur BFMTV, lundi.

Mais pourquoi donc se contenter d’une femme ? Pour cocher toutes les cases du progressisme, Emmanuel Macron devrait carrément nommer une femme transgenre, issue de la diversité, et souffrant de handicap. Et bien sûr, portant un voile islamique puisque désormais, il trouve que ça va très bien avec le féminisme

Une tendance lourde

Soyons honnêtes, cette instrumentalisation des femmes n’est pas l’apanage d’Emmanuel Macron. C’est la première chose qu’a dite Valérie Pécresse après sa nomination comme candidate au Congrès des Républicains. Je suis une femme, comme c’est moderne ! Anne Hidalgo a également essayé d’en jouer pendant la campagne. Et vous verrez que bientôt des femmes politiques ou leurs partisans nous expliqueront que leurs mauvaises performances s’expliquent par le machisme qui règne dans le monde politique…

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On peut évidemment nommer une femme à Matignon. Ce n’est bien sûr pas la nomination d’une femme qui pose problème en soi, mais cette affirmation que le président chercherait une femme par principe. C’est humiliant pour les femmes, et c’est d’ailleurs paradoxal, car si les femmes sont les égales des hommes – ce dont tout le monde est convaincu – pourquoi y aurait-il une façon féminine de gouverner ? Et c’est le même tarif si on nous disait qu’il faut nommer un Premier ministre noir, juif, musulman ou homosexuel. Dans cette optique où les gens sont regardés comme les représentants d’un groupe ou d’une communauté, ce n’est plus à la formation d’un gouvernement que nous assistons, mais bien à un casting.

« Envoyer un message »

De plus, les commentateurs nous disent qu’il s’agirait de « réparer une injustice ». Ce serait au tour des femmes, puisqu’il n’y a pas eu de Premier ministre femme dernièrement – ou de Premier ministre appartenant à l’une des autres catégories de la population susmentionnées.

Dans le cas qui nous occupe, ce qui est vraiment injuste, c’est que des hommes méritants ou talentueux seraient écartés par principe. Enfin, si vous privilégiez une catégorie parce que vous voulez « envoyer un message », le minimum serait de ne pas le dire. Soyez assurés que si c’est une femme ou un noir qui est nommé, tout le monde s’en rendra compte !

Le principe fondateur de la République, c’est l’universalisme – et la méritocratie qui en est le corollaire. Les gens occupent leur poste pour leur talent. S’agissant du choix du Premier ministre, il faut ajouter le critère des équilibres politiques. Il sera surtout intéressant de voir si Emmanuel Macron privilégie une personnalité marquée plutôt à droite ou plutôt à gauche. Que ce soit une femme ou un homme, on s’en fiche royalement. Les Français, dans leur sagesse, aussi. Sinon, Marine Le Pen ou Valérie Pécresse serait présidente de la République… ou même Anne Hidalgo !


Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio

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Maïa Mazaurette, ou comment réussir sa vie quand on ne pense qu’au cul

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Avec la spécialiste Maïa Mazaurette, la sexualité se fait féministe, égalitariste et moralisante. La journaliste du Monde et de « Quotidien » prône notamment des ébats «zéro déchet».


Maïa Mazaurette est aujourd’hui une “chroniqueuse sexe” reconnue. Il faut dire que rien d’autre ne l’intéresse. Longtemps elle s’est demandé où cela la conduirait.

Quelle profession embrasser lorsque l’unique sujet de vos réflexions est celui qui tourne autour des fluctuations de la fesse ? Maïa a envisagé plusieurs options, de la plus péripatéticiennement dégradante à la plus putassièrement accessible. Finalement, elle a choisi la voie journalistique qui n’interdit aucune des options susmentionnées et peut ouvrir bien des portes. Elle fait maintenant office de “chroniqueuse sexperte” sur France Inter, dans le journal Le Monde et pour l’émission « Quotidien », organes de presse modernes et progressistes dans lesquels elle dispense avis et conseils pour une sexualité féministe, morale et égalitaire.

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En guerre contre les handicapés du cunnilingus

Sa chronique sur la radio publique s’intitule « Burne Out ». Tout un programme. Pendant trois minutes, Maïa n’hésite pas à prendre le taureau par les cornes et à tirer les oreilles des hommes. Le 18 mars, la chroniqueuse était « dans une colère noire ». Fichtre ! De quoi peut-il s’agir, nous demandâmes-nous in petto. Nous eûmes bientôt la réponse : Maïa venait de lire une enquête dans laquelle elle avait appris que « 48% des Français n’accepteraient pas d’être en couple avec une femme ne respectant pas les standards de beauté, 45 % refuseraient de coucher avec une femme qui a des poils, 20% ne voudraient pas d’une femme plus grande ou plus âgée ». On comprend mieux le courroux de Dame Mazaurette. Surtout que, dans 27% des cas, ces goujats rechigneraient également à utiliser un sextoy pour faire jouir leur partenaire ou refuseraient carrément de s’informer sur « comment la faire jouir ». La chroniqueuse, déjà passablement énervée, apprit dans la même enquête qu’en plus d’être des cancres du coït et des handicapés du cunnilingus, « les trois-quarts des hommes refusent les couples ouverts, l’échangisme, et que quatre hommes sur cinq refusent les plans à trois avec deux hommes ». Désespérée, elle s’interrogeait en direct : « Qu’est-ce que je vais faire de mes week-ends ? »

Maïa Mazaurette. D.R.

Le vendredi 15 avril, elle annonce qu’elle sait en tout cas ce qu’elle va faire pendant le week-end de Pâques : elle va s’offrir « un œuf-surprise en chocolat, comme les Kinder, mais avec un vibromasseur dedans ». Parce que le sexe c’est bien, c’est quand on veut, « c’est H24, sans week-ends, toute l’année, jours fériés compris, un rythme stakhanoviste assumé ». Toute obsédée du cul soit-elle, Maïa n’oublie pas les gestes écologiques pouvant “sauver la planète”. Elle pense qu’une « sexualité zéro déchet » est possible. Celle-ci reposerait essentiellement sur une « rétention de la semence masculine ». En même temps, s’interroge la Sandrine Rousseau du popotin, se retenir d’éjaculer ne relève-t-il pas d’un hyper-contrôle tendant à prouver la supériorité de l’homme, et donc d’un « exercice de masculinité, et même de remasculinisation ». On voit par là tout l’intérêt d’une radio publique qui n’hésite pas à mettre sur la table les sujets les plus sérieux, à poser les questions les plus fondamentales, à fouiller dans les arcanes des savoirs les plus mystérieux.

Dans l’émission « Quotidien », Maïa, toujours pimpante, donne des conseils. Par exemple, à Vincent, un adolescent qui avoue être « perdu dans sa sexualité », elle propose d’ouvrir un compte Instagram ou d’aller sur Facebook où il pourra choisir le genre qu’il veut. Il peut aussi, conseille-t-elle, aller sur « l’application Feeld et ses propositions hyper inclusives comme “objectum-sexuel” (être attiré sexuellement par un objet) ou “skolio-sexuel” (être attiré sexuellement par des personnes non-binaires hétérosexuelles ou homosexuelles)». Vincent est rassuré. Se frottant frénétiquement à un pied de table, il se sent prêt à déclarer sa flamme à sa voisine pansexuelle, à sa brosse à dents ou à son chat. Merci Maïa.

En guerre contre l’hégémonie du pénis

La “chroniqueuse sexperte” a écrit plusieurs ouvrages destinés à l’édification des masses d’hommes incultes. Dans La revanche du clitoris, elle affirme vouloir faire évoluer les mentalités en luttant contre les approximations. « Tous les adolescents savent ce qu’est la sodomie, mais beaucoup d’entre eux ne peuvent pas situer le clitoris. » Le clitoris ne doit plus être caché. En tout cas, l’homme doit tout faire pour le découvrir. Pour aider ce dernier, Maïa Mazaurette a glissé dans son livre des dessins, des plans, des astuces coquines, ainsi que, me semble-t-il, une carte routière et une liste d’objets à acquérir (gants, torche électrique, corde, casque, etc.). S’il est attentif et consciencieux, l’homme devrait finir par trouver un jour ou l’autre cet objet organique composé de huit mille fibres nerveuses qui n’attendent que d’être savamment titillées par l’expert du clito qu’il sera devenu après la lecture de ce livre instructif et pédagogique.

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Parmi les autres ouvrages de notre penseuse, il en est un qui s’intitule Sortir du trou, lever la tête. Non, il ne s’agit pas d’un manuscrit sur la spéléologie ou d’un énième travail herméneutique sur l’allégorie de la caverne de Platon, mais, plus profondément, d’une réflexion sur la pénétration et l’orifice féminin. Il y est question du pénis hégémonique, du « trou » des filles et même de la possible « transsubstantiation de la femme en trou ». C’est très pointu. En réalité, écrit notre volcanique spécialiste des tréfonds, le trou n’existe pas : c’est une invention de vieux dégeulasses qui pensent « étroit, petit, sans générosité ». La vérité est « qu’il n’y a aucun destin anatomique dans le trou. […] Le trou est une éducation », une construction sociale qui remonte à la plus haute Antiquité et que Maïa Mazaurette se charge de déconstruire. Résultat : 480 pages composées de phrases courtes, très courtes, parfois d’un mot ; écrites dans une langue misérable de journaliste inculte, disent certains réacs peine-à-jouir. Maïa Mazaurette a tout simplement voulu se mettre à la portée de tous. Son écriture claudicante et sèche – proche de celle qui pollue les réseaux sociaux et les messageries des téléphones portables – lui permet d’espérer toucher un plus large public que celui qu’elle aurait atteint en écrivant simplement en français. Ses phrases au premier abord insignifiantes, creuses ou sibyllines – « Le sexe nous déçoit. » « Il y a de la chair sous la chair. » « On te dessine avec un trou. » « Il n’y a aucune fatalité au trou. » « Les vainqueurs écrivent le trou. » « La culture t’a trouée. » « Je ne pense pas comme un trou. » – sont destinées principalement à de jeunes lectrices – étudiantes en sociologie à Paris 8, journalistes pour Slate ou Les Inrocks, ou artistes contemporaines et intermittentes – qui comprennent intuitivement que derrière ce que d’aucuns appellent un gribouillis informe se cache en vérité la défaite de la domination masculine et du patriarcat.

Enfin, notre bouillante chroniqueuse égalitaire n’oublie pas de rappeler aux femmes qu’elles aussi peuvent pénétrer et « baiser les hommes ». Réjouie, elle les informe « qu’on peut pénétrer le pénis par l’urètre ». Il est nécessaire pour cela de se munir de différents « instruments spéciaux » dont « des tiges de métal de différents diamètres ». Cette pratique permettrait d’obtenir « des orgasmes extraordinaires ». J’ai beau avoir été déçu par les résultats de l’élection présidentielle et chercher des moyens nouveaux de grimper aux rideaux ou seulement d’éviter de tomber en dépression, j’avoue que je ne me sens pas prêt pour ces nouvelles expériences avec Maïa ou une de ses congénères. Comme tout homme j’ai soif d’amour – mais, comme disait Desproges, ce n’est pas une raison pour me jeter sur la première gourde venue.