Une chute sévère des résultats au brevet des collèges en troisième est attendue. Ces mauvais résultats annoncés sont une bonne nouvelle, selon Élisabeth Lévy, dont nous vous proposons d’écouter la chronique radio.
D’après le ministre de l’Éducation nationale, le taux de réussite au brevet des collèges devrait chuter drastiquement dès cette année. C’est une excellente nouvelle.
Jusqu’à présent, le taux de réussite avoisinait les 85 %. Selon le ministre Édouard Geffray, il devrait chuter à 75 %, son niveau à la fin du XXe siècle, avec moins de mentions.
Les pédagogistes et leurs attendus scolaires
Pourquoi ? Cette année sont entrées en vigueur des modalités fixées par Gabriel Attal dans le cadre du « choc des savoirs » (2023). La note de contrôle continu ne comptera plus pour 50 % face à l’examen, mais pour 40 %, et surtout, le brevet ne sera plus cette évaluation fumeuse et généreuse des compétences par le conseil de classe. On revient aux bonnes vieilles moyennes, aux bonnes vieilles notes en rouge en marge des copies.
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Un long article du Monde[1], assez réprobateur, interroge des syndicalistes mécontents. « Tout est fait pour mettre en difficulté les élèves qui rentrent le moins dans les attendus purement scolaires », dit l’un d’eux. Traduction de cette novlangue syndicale : des jeunes qui ne savent pas écrire en français ou comprendre un texte simple devraient avoir leur brevet parce qu’ils ont d’autres compétences et qu’il ne faut pas les décourager… Face à la baisse catastrophique du niveau, cet argument n’est plus tellement défendable.
J’espère que nous sommes au début de la fin du grand mensonge. Souvenons-nous du fameux livre publié en 1989, Le niveau monte, des sociologues Christian Baudelot et Roger Establet. Cette fiction a duré trente ans. Pour obtenir des taux de réussite mirifiques, on obligeait les professeurs à remonter les notes. C’est fini depuis 2024 pour le brevet, mais cela continue pour le baccalauréat. Quand des professeurs refusent de monter leurs notes au bac, l’académie le fait pour eux. L’objectif, c’est de fabriquer la bonne statistique.
Le niveau baisse !
Cette réforme du brevet est salutaire, mais donc un peu symbolique. Le brevet reste un examen un peu gratuit : on peut entrer au lycée sans l’avoir. Et il a fallu en outre pas moins de trois ans pour faire bouger le pachyderme.
L’urgence, c’est de faire la même chose pour le bac. Alors qu’on a promis le bac pour tous ou presque, quand on annoncera 70 % (et pourquoi pas moins) de réussite, tout le monde hurlera, à commencer par les parents.
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Des années durant, on a fait croire à des élèves qu’ils avaient le niveau. C’était méprisant pour eux, particulièrement pour les plus pauvres, dont on pense qu’avec de vraies notes ils n’y arriveront pas. Résultat : des milliers de détenteurs d’un bac +4/5 totalement inutile sont chômeurs ou smicards, ce qui nourrit le ressentiment (et le vote LFI).
Si on veut le bien des élèves, il faut avant tout une exigence de vérité. Alors que la connaissance est le premier déterminant de la hiérarchie mondiale, que les pays produisant les meilleurs scientifiques gagneront la grande compétition internationale, la chute du niveau scolaire et intellectuel devrait obséder les gouvernants. Saluons ce premier pas : au lieu de maquiller le désastre, on le regarde enfin en face. Cela donne le vague espoir qu’on peut peut-être l’enrayer.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger
[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/05/brevet-des-colleges-2026-avec-les-nouvelles-regles-d-obtention-le-ministere-s-attend-a-une-chute-drastique-des-resultats_6685523_3224.html
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