Cela commence par la Tempête— on est surpris !— et se termine par un tango. Cela va de Daquin, Rameau à Chopin et Debussy en passant par Bach sans oublier Nino Rota ou Michel Legrand. C’est joyeux et grave, intelligent, spirituel, riche d’harmoniques. On rêve, on rit, on est ému, on réfléchit. On savoure, on se souvient. On est en pays connu et inconnu. À la Cour et dans les forêts, au bord de l’eau et dans des arbres, dans une alcôve et chez les dieux. Un croquant et un chien et un loup, deux coqs, une tortue et un lièvre, un mari jaloux, une femme, tout ce monde parle le même langage. Les vers vous viennent à la bouche. On est heureux de cette « gaité » si particulière à ce monde enchanteur et cruel. C’est La Fontaine en fables et en notes. C’est dit par Brigitte Fossey, et joué au piano par Danielle Laval. C’est au théâtre de Poche jusqu’en fin décembre.
Véritable Orphée qui « transforme les arbres et les plantes en créatures parlantes », La Fontaine aimait tous les arts : la musique, la peinture, la sculpture, l’architecture, les jardins, l’opéra auxquels il a consacré des livrets. Il a été maintes fois illustré par des gravures. Quoi de plus naturel que de le mettre en notes ? La musique n’est pas là pour meubler le silence entre deux fables : elle est un monde auquel le texte entre en résonance, car les notes et les mots — surtout la prosodie de la Fontaine— sont des écritures capables de tisser entre elles des correspondances poétiques, souvent inattendues.
Brigitte Fossey fait depuis des années des concerts / lectures d’une grande qualité. Aimant passionnément notre langue et la littérature, elle fait vivre, dans ce petit théâtre, l’univers de La Fontaine, sans jamais céder au cabotinage ou à l’effet. D’un pas vif sur la scène, d’une diction parfaite, elle ne rate aucun pied dans l’alexandrin, rendant parfois délicatement un e muet ! À cela, elle joint un incontestable don comique que l’on perçoit, par exemple, dans Le paon se plaignant à Junon ou dans Les deux coqs. Quant à Danielle Laval, pianiste mondialement connue, et créatrice, aux côtés de Brigitte Fossey, de spectacles,— Gourmandises, Mozart et sa Correspondance,La Vie de Rachmaninov et les Lettres de Mendelssohon— elle traduit à merveille cette « comédie à cent actes divers » que sont les fables.
Brigitte Fossey et Danielle Laval, filage Théâtre de Poche-Montparnasse. Photo: Sébastien Toubon
Un air vivifiant, un air de liberté passe dans l’univers des fables unissant la simplicité populaire à la haute culture. Et quelle fantaisie ! Car, enfin, a-t-on jamais vu un rat délivrant un lion des rets où il était pris, ou une colombe « usant de charité » envers une fourmi ? Il n’y a qu’un poète pour inventer cela ! Avec un petit Scarlatti qui vous fouette, c’est délicieux. Sans oublier des histoires tout à fait folles, délicieusement misogynes, comme Le Mari, la Femme et le Voleur. Ou encore Les femmes et le secret ! Notre police des mœurs ferait bien d’ailleurs d’aller y regarder de plus près.
Je termine sur deux perles d’une eau parfaite. Les deux pigeons, cela fait fondre. « Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre… » La Fontaine a 65 ans quand il écrit cette fable… « Ai-je passé le temps d’aimer ? » Qu’il est émouvant d’entendre résonner cette confidence après des siècles ! La deuxième perle est Le Héron : chef-d’œuvre absolu de dessin, de poésie, et de peinture d’un caractère. A-t-on entendu musique plus transparente que ces vers : « Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où / Le héron au long bec emmanché d’un long cou… L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours »
Au début du spectacle, le poète, debout devant son pupitre, écrit son livre, nous rappelant que les Fables est un texte écrit qui a donné lieu à de nombreuses éditions. La mise en scène de Stéphanie Tesson et de Marie Adam enchaîne les tableaux, d’une manière fluide, sur un tempo vif, avec élégance. Alors, courez vite au Poche avec vos enfants ! Dire les fables de La Fontaine et l’écouter en notes, le faire vivre et l’entendre, c’est, de nos jours, un pur bonheur.
Tous les lundis à 19 heures. Détails et réservation en ligne. Tél. 01 45 44 50 21.
Je viens d’assister au colloque de l’association « Parents Vigilants » à la fois par intérêt et par curiosité…
En effet, des connaissances personnelles au sein de l’association m’avaient proposé de venir écouter les différentes tables rondes, dans ce lieu si emblématique de notre République, puisque cela se déroulait au Sénat. Je me suis donc inscrit trois semaines auparavant et assez impatient d’y être, je m’y suis rendu avec l’œil attentif et l’oreille avertie de celui qui connaît très bien le milieu de l’école, puisque j’y exerce depuis plus de 25 ans à différents postes. Je dois dire d’ores et déjà que je suis totalement satisfait de ce que j’ai entendu. Très loin de la caricature affligeante qu’en font les médias gauchistes, je n’ai rien entendu d’extrême, de sectaire, ni même de propagande idéologique nationaliste, ou que sais-je d’autre, qui flirterait avec les heures les plus sombres de notre histoire… En ce moment, ces fameuses heures tant et tant évoquées dans certains médias et par certaines personnes, soufflent de nouveau sur notre pays, et ce n’est pas de ce côté-là de l’échiquier politique qu’il faut les chercher. Fermons la parenthèse. L’organisation très bien menée a permis trois échanges sur les thèmes essentiels pour les Parents Vigilants et deux petits discours, en fin d’après-midi, l’un de Marion Maréchal, le second d’Éric Zemmour en personne.
Les échanges mettent en évidence les constats déjà bien ancrés maintenant chez la plupart des observateurs un minimum honnêtes : l’effondrement du niveau des élèves et l’entrisme de plus en plus important de l’idéologie. Au sujet des connaissances, le retour à un apprentissage des fondamentaux est préconisé avec la volonté assumée de prôner l’arrêt de certains enseignements, au profit d’un net renforcement du volume horaire dédié au français et aux mathématiques. Au niveau de l’idéologie, si le wokisme est dénoncé de manière très constante, notamment par des exemples assez fournis de témoignages recueillis par l’association sur la théorie du genre et tout ce qui s’y rattache, il y est très peu question de l’islamisme. Une minute de silence est effectuée en hommage et en mémoire des deux professeurs, Samuel Paty et Dominique Bernard, tués par des islamistes, mais ce fanatisme religieux n’est pratiquement pas évoqué ensuite. Il faut dire que le temps est compté et que les sujets sont nombreux : dénonciation du pédagogisme, regret que l’enseignement vertical soit de plus en plus contesté, imprégnation des professeurs eux-mêmes des idéologies qu’ils relayent dans leur classe, trop grande importance du numérique à l’école, notamment au travers des Espace Numérique de Travail, favorisant le manque de repères structurants pour les élèves qui gagneraient à écrire davantage et à travailler leur autonomie. S’ensuit une très riche intervention de Bérénice Levet dont je retiens essentiellement l’indispensable retour de l’exigence dans l’apprentissage de notre langue, qui permet de structurer la pensée, ce dont les étudiants sont de moins en moins capables. Cela conjointement à la lutte contre les idéologies, notamment la théorie du genre avec l’imprégnation toujours plus grande chez les élèves de plus en plus jeunes qu’ils peuvent facilement changer de genre et qu’ils seront ce qu’ils ont décidé d’être. Trop de conséquences négatives sont décriées par beaucoup, et d’ailleurs en Angleterre et en Suède on voit un très net changement d’approche car les aspects contraignants sont apparus aux yeux de tous. La fragilité psychologique des élèves et des étudiants est abordée également car elle apparaît de façon de plus en plus criante, parfois dramatique.
À ma grande surprise, je m’aperçois que le secteur privé est également très concerné par tous ces constats que je pensais, peut-être naïvement, presque exclusivement le fait de l’école publique. La valeur du travail en tant que source d’émancipation libératrice est mise en évidence. De même la discipline est notée comme primordiale et indispensable à l’élaboration d’un climat scolaire serein, propice aux apprentissages scolaires au sein des classes, actuellement beaucoup trop chahutées par des élèves mal orientés et mal accompagnés. Cela se voit même au travers de l’attitude relâchée de certains et non du nécessaire maintien du corps pour se poser en tant qu’élèves prêts à recevoir le savoir. Le grand endoctrinement dénoncé, où le maitre mot est de déconstruire plutôt qu’instruire, fait la part belle à son corollaire, le grand abrutissement, avec une chute vertigineuse des connaissances et des capacités des élèves depuis plusieurs décennies. Ainsi, cette association souhaite lutter contre la présence de l’idéologie à l’école, d’où qu’elle vienne, et n’a pas la volonté d’instaurer sa propre idéologie. Au contraire, aucune idéologie n’a sa place à l’école, et il est clairement affiché le désir profond de « transformer l’école pour que l’on tolère que l’élève y apprenne », comme le note le dernier intervenant, Joost Fernandez, car actuellement beaucoup de temps est consacré à effectuer des activités qui laissent peu de place à l’apprentissage réel des fondamentaux.
En guise de conclusion, je citerai Marion Maréchal qui développe le thème qui m’est peut-être le plus cher depuis quelques années déjà, à savoir le devenir des élèves en tant que citoyens français. Car elle déclame avec raison que « derrière l’effondrement de l’école, c’est l’effondrement de la nation tout entière qui se joue ». Cela se double « d’un effondrement du pluralisme intellectuel très nuisible à notre pays » et à son devenir sur la scène internationale. Jadis, la France brillait par son rayonnement culturel, par ses classements internationaux et par la pratique de sa langue. Tout est lié, l’école est l’enjeu majeur de notre devenir en tant que nation, c’est donc la priorité des parents que de défendre et de protéger l’avenir de leurs enfants. Qu’y aurait-il à redire à tout cela, ou à dénoncer ? Au contraire, il m’apparaît très sain de nous rassembler autour d’un projet fiable et exigeant pour faire de l’école française le ciment de notre nation. Laissons l’idéologie à la porte de l’école, remettons le savoir au centre, et redonnons à l’effort, au mérite et au travail les places qu’ils n’auraient jamais dû quitter ! Faisons-le, ensemble, parents, enseignants, élèves et autres acteurs de la société, afin de permettre à la génération suivante de bénéficier de la transmission des connaissances, si primordiale pour le développement et la structure des enfants en devenir, et pour garantir la pérennisation de ce que nous sommes et de la civilisation que nous portons.
Flo, le biopic romancé de Géraldine Danon est à l’affiche depuis mercredi dans les salles. Librement inspiré de la vie de Florence Arthaud (1957-2015) incarnée à la perfection par l’actrice Stéphane Caillard, ce film a l’immense mérite de remettre dans la lumière la seule navigatrice ayant remporté la Route du Rhum, notre dernière étoile des mers.
Pourquoi Florence Arthaud nous touche-t-elle autant depuis sa disparition tragique dans un accident d’hélicoptère ? Parce qu’on a longtemps vu son regard perdu sur les plateaux de télévision, il balayait la platitude des studios tel un phare planté en haute mer ; dans cet environnement hostile et insincère, elle conservait son quant-à-soi. Une puissance d’insoumission qui faisait l’économie de mots trop amples et de gestes trop apprêtés qui sont la marque des poseurs. Ceux-là encombrent les programmes. Ils sont de quart en permanence, toute l’année, jamais fatigués de faire reluire leur égo. Dans cette arène médiatique, les truqueurs sont à leur aise. Ils déploient leur vanité et hissent leur vacuité en pleine promo, gonflés au délirium. Ils ont toujours quelque chose à vendre ou à vanter, une cause à revendiquer ou un business à maintenir; alors quand Flo apparaissait en deuxième partie de soirée, coincée entre deux artistes en jachère, dans ces émissions où l’impertinence confinait à la vulgarité, elle serrait les dents et nous éblouissait par sa nature indomptable.
Elle gardait le cap ; en pensée, elle était pourtant loin, très loin, à des milles nautiques de ces exercices commandés où un navigateur est obligé d’être un marchand comme un autre. De courir le sponsor et de ne surtout pas faire fuir la ménagère, la cheffe des achats. Flo était incapable de jouer avec les règles faussées de ces milieux avariés, d’aguicher le téléspectateur avec de la frime et de l’exploit en barres. Sa pudeur nous honorait. Une forme d’élégance parcimonieuse et cependant lumineuse transparaissait. Quelque chose de complètement étranger à la situation qui imposait de l’éclat, de la flambe, de l’ironie, du vacarme, en somme. Avec Flo, une retenue, si rare, si friable, si souveraine jaillissait du petit écran. Nous n’étions pas habitués à cette vérité-là, tellement inondés par les médiocrités qui font le lit des grandes carrières populaires. Chaque moment passé en compagnie de Flo, par l’entremise du téléviseur, était intense, brisé, chargé d’une émotion palpable, épidermique, instinctif, nous ressentions cette onde comme un cadeau du ciel. Nous la savions sur un fil, peut-être même au plus mal. Son absence de gloriole nous la rendait terriblement attachante. Son charisme explosait. Il prenait tout l’espace, sans artifice. D’autres qu’elle auraient dû batailler pour espérer décrocher un peu d’attention, un peu de chaleur, nous lui étions acquis car elle ne filtrait pas la douleur. Elle était droite et humble, fracassée et insubmersible. Quel souffle de vie ! Une « femme like U » qui nous emmenait au bout du monde. Une supernana dont les exploits encore aujourd’hui nous fascinent. Nous l’observions dans cet océan de rires bêtes, surtout ne pas tanguer, ne pas sombrer, nous la soutenions de notre canapé, il y avait chez elle, en même temps, l’abîme et la résurrection, les errements et le courage extrême. C’est peu dire qu’elle nous impressionnait. Poliment, patiemment, elle répondait, un peu ailleurs, avec l’envie de se débarrasser de cette corvée, d’en finir avec cet animateur intrusif et, malgré tout, elle remportait cette joute haut la main. Elle fut notre fiancée de l’Atlantique, nous l’avions en poster dans nos chambres d’ado, elle rivalisait avec Rocky et Schwarzy. Elle pimpait notre morne existence. La seule star des vagues au féminin, nous la mettons sur la même haute marche du podium que Tabarly, le père fondateur, le capitaine de vaisseau, celui qui posa la première pierre, tira la première drisse, qui fit de la voile, un métier, un loisir, une économie, un sport, une éthique nationale, et même une morale des mers.
Dans la mémoire de très nombreux Français, ces deux-là ont fait entrer le nautisme à l’intérieur des départements agraires, dans les corons et les banlieues grises. Ils étaient exigeants, déterminés, surdimensionnés et portés par une ambition plus vaste, plus dévastatrice que leur minuscule « moi ». Nous ne pouvons pas revoir les images de la Route du Rhum 1990 sans une fierté pour la chevauchée fantastique de Flo, nous sommes emplis de bonheur et d’une immense gratitude.
Flo était une championne entière et possédée par une passion tempétueuse. Avec ses tee-shirts rock, son bandana dans les cheveux comme Véronique Sanson dans ses années américaines, sa détermination sans faille dans les bras et le cœur, elle avait amené en tête son trimaran Pierre 1er, tout paré d’or éclairé d’un liseré bleu, sur les côtes de la Guadeloupe. Minuit n’avait pas encore sonné dans les Antilles, et la France faisait connaissance avec Flo pour l’éternité. Le film de Géraldine Danon ne trahit pas cette folle épopée.
Succédant à la redoutable tempête Ciaran, l’arrivée de Domingos sur nos côtes a produit ses ravages. Emoi chez les Français : 126 000 foyers toujours privés d’électricité, calamités agricoles, transports perturbés… Emoi chez les journalistes : malgré tous leurs efforts, pas un titre de presse n’a trouvé un climatologue capable de mettre ces catastrophes météo sur le dos du réchauffement climatique ! Par ailleurs, ce sont surtout les valeurs des démocraties libérales occidentales qui subissent actuellement le plus sévère tsunami.
Nous venons de vivre – et pour certains d’entre nous de subir – une magistrale démonstration de violence. Les coupables, fichés S, comme il se doit, et insensibles aux éventuelles injonctions de quitter notre territoire se nomment Ciaran et Domingos. Fichés S, donc, comme Sacrées tempêtes. Des vents terribles, des vagues monstrueuses, des arbres déracinés, des toitures envolées, des demeures saccagées, des dégâts par millions, de l’insomnie d’assureurs garantie pour des mois et des mois. Surtout, pour beaucoup, des vies de boulot perdues en une bourrasque.
On est peu de choses, mon bon Monsieur…
Voilà pour la violence de dame nature et de ses éléments. Cela ferait presque oublier la force tranquille de ces mêmes éléments, ces marées, ces vagues qui, imperturbablement, grignotent nos littoraux, avalent nos dunes jour après jour, saison après saison. Tout dans la nature, dans l’univers est manifestation de force, parfois charmante comme celle de la primevère qui s’extirpe de la terre encore froide de l’hiver, parfois terrifiante comme l’éruption du volcan qui, entre deux siestes d’un siècle ou deux, se réveille en une furie éruptive quasi-mélenchonienne.
La force. La force moteur de la vie. Végétale, minérale, animale, humaine, physique, mentale. Sans elle l’oriflamme se met en berne, le voilier de l’extrême s’encalmine, le moulin va trop mou et les nuages s’ennuient.
Principe vital, donc. Voilà ce qu’on a perdu de vue, me semble-t-il. Au fond, nous qui sommes si prompts à lâcher le mot de valeurs, ce mot qu’on met aujourd’hui à toutes les sauces et dont on attend qu’il comble à lui seul les vides culturels, intellectuels, moraux que nous avons creusés, comment avons-nous pu oublier, négliger la vérité d’évidence que la seule valeur authentiquement universelle – nous dirons universaliste pour complaire aux esprits raffinés – n’est autre que celle-là, la force ? La force, non la violence. La violence qui n’est que la force de ceux qui n’en ont pas. La violence qui est à la fois le mode de fonctionnement et la finalité de toute engeance révolutionnaire. Sartre l’a bien montré dans Critique de la Raison Dialectique (Oui, Sartre, Jean-Paul, comme quoi…). Cette engeance se fabrique un ennemi (ennemi à géométrie variable en fonction du contexte du moment) afin de lui imputer ce qui sera l’alibi de sa violence. Aujourd’hui le jeu – terrifiant – consiste à nazifier l’autre, à le fasciser, systématiquement. Dès lors la violence révolutionnaire a beau jeu de se parer des atours de la résistance. (Sur ce point, se reporter à l’aveu obtenu aux forceps de Madame Obono). Tout devient légitime, à commencer par l’horreur. Nous en sommes là. Et nous y sommes parce que nous avons délaissé la leçon de la nature et de l’univers. Tout ce qui existe, tout ce qui résiste se nourrit de force. De force saine, créatrice, de force heureuse, dionysiaque.
Les valeurs de l’Occident dans la tempête
Or, on s’est fourré le doigt dans l’œil bien profond tout ce temps où nous nous sommes égarés à considérer que nos belles et saintes valeurs républicaines de droit de l’homme, de laïcité, de liberté, d’égalité, de fraternité, auxquelles se sont ajoutées voilà peu la splendide convivialité du vivre ensemble et la non moins enthousiasmante sacralité LGBT+++, se suffiraient à elles seules et que la terre entière finirait bien par se rendre à l’évidence que rien n’est plus beau, plus exaltant, plus universellement nécessaire que ces abstractions en elles-mêmes si satisfaisantes et pour le cœur et pour l’esprit.
Nos valeurs d’Occident, nos valeurs républicaines, démocratiques, bref, n’ont été respectables et respectées que tant que, non seulement, nous les associions à la force mais que, de surcroît, nous nous en faisions une gloire.
J’entendais ces dernières heures, unis dans un bel accord, le philosophe au brushing irréprochable et à la chemise immaculée échancrée jusqu’au nom du fils, et l’ex-président de la République à casque et scooter, recalé en deuxième tentative pour résultats insuffisants, affirmer que nous assistions à la guerre du totalitarisme contre nos émérites démocraties. Là encore, doigt dans l’œil. La réalité est plus simple, et donc plus terrifiante. C’est la guerre de ceux qui assument leur force contre ceux qui l’ont perdue, abandonnée.
Lorsque le sultan Erdogan, devant une foule immense, évoque – sans doute avec une once de nostalgie – le combat du Croissant contre la Croix, ou plus précisément selon certaines traductions, contre les Croisés, il nous donne, lui aussi, mine de rien, une espèce de leçon.
À savoir que des Croisés, c’est bien tout ce qui manque à nos « valeurs ». Et depuis bien trop longtemps maintenant.
Dans Le Consentement, l’adaptation cinématographique du livre de Vanessa Springora, Jean-Paul Rouve campe un grossier prédateur sexuel à mi-chemin entre Nosferatu et Hannibal Lecter. Rouve n’a rien compris à Matzneff et il en est fier. Un ratage exemplaire!
Regarder la bande-annonce du filmLe Consentement et écouter l’acteur Jean-Paul Rouve– qui y joue le rôle de Gabriel Matzneff – en faire la promotion sur les plateaux télévisés suffisent pour comprendre le ratage total de cette adaptation du livre de Vanessa Springora sans même l’avoir vu. « Un journaliste m’a dit :“Moi je connais bien Matzneff. Vous savez, c’est plus compliqué que ça.” » Bah non ! C’est pas plus compliqué que ça. C’est très simple même. C’est un homme de 50 ans avec une gamine de 14 ans. » Voilà ce qu’explique l’acteur des Tuche dans l’émission « C à vous ». Mais alors, si ce n’est pas plus compliqué que ça, à quoi bon en faire un film ? À quoi bon y consacrer tant d’énergie et de temps ? La messe est dite. La caricature simpliste est annoncée. Rouve s’y travestit en vieux monsieur très laid, libidineux, reptilien, repoussant, effrayant. Un pédo-Nosferatu maléfique en phase terminale de cancer. Mais Matzneff, au moment des faits, ce n’est pas ça. Matzneff au milieu des années 1980, c’est un homme élégant, séduisant et paraissant avoir une quarantaine d’années. Rouve en paraît 70 ! Cependant, le comédien a l’honnêteté d’avouer sans complexe son échec. Il confesse fièrement ne pas avoir réussi à comprendre le personnage de l’écrivain sulfureux. « Comme je n’arrivais pas à l’incarner comme un parfum de l’intérieur, comme on fait quand on joue, enfin on essaye… j’ai fait ce qu’on ne fait jamais. Je suis passé par l’extérieur. Je suis passé par l’enveloppe. Donc j’ai fait un peu comme il faisait lui. Lui, il s’adore, il pense qu’à lui, il se regarde tout le temps. Il nageait beaucoup, donc je suis allé nager. J’ai fait des UV. J’ai fait des manucures. J’ai fait des trucs comme ça. Donc je me suis dit, je vais essayer de le comprendre un peu comme ça. Mais j’ai rien compris. » Voilà ce qu’il nous explique crânement, le célèbre comédien. Qu’il n’a pas réussi. Malgré la manucure ! Bien essayé Jean-Paul, dommage. Pour définir le personnage, il ajoute : « C’est le mal absolu. C’est un monstre terrible. » Matzneff, le mal absolu ? Et Michel Fourniret, Mohammed Merah, Staline, Klaus Barbie… à quel niveau de mal se trouvent-ils sur l’échelle de Rouve ? Pour travailler le rôle, il dit avoir pensé à Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux. Un tueur en série qui mange ses victimes !
Un acteur n’est pas un père la morale
Bon. Prenons un acteur, un vrai, un grand : Bruno Ganz ! Lorsqu’il incarnait Hitler dans La Chute, on ne l’a pas vu jouer la caricature du mal. Non ! Au contraire ! Ganz se disait d’ailleurs amusé d’entendre certaines personnes lui reprocher d’avoir « humanisé » le dictateur. « Les gens ont besoin d’avoir une icône intacte du mal lui-même.[…] Mais je ne sais pas ce qu’est vraiment le mal », expliquait l’acteur suisse. Quand les journalistes lui demandaient s’il avait abordé et travaillé le rôle en se persuadant qu’il était humain, il répondait :« Bien sûr qu’il l’est. Qu’est-ce qu’il pourrait être d’autre ? » Pour s’emparer du personnage, il avait en partie travaillé sur les failles du dictateur, sur l’absence d’amour qu’il avait reçu de sa mère, sur son côté artiste raté. Voilà ce qu’est un acteur ! Un homme qui travaille sur l’être humain, sur ses nuances, sur ses contrastes. Un acteur n’est pas un juge ! Ce n’est pas un père la morale. Et je ne compare pas ici Matzneff à Hitler ! J’ai le sens de la mesure, moi. Ganz avait assumé sa lourde responsabilité d’acteur en endossant le rôle d’Hitler avec toute sa complexité, et toute son humanité (humain n’est pas synonyme de bon !). Rouve n’en a probablement ni les moyens ni le courage… ni même l’intelligence nécessaire. Ganz avait essuyé une pluie de critiques pour avoir fait d’Hitler ce qu’il était : un homme. On criait au scandale. Son interprétation magistrale et troublante aura cependant marqué l’histoire du cinéma.
Mais laissons ce petit joueur d’Adolf de côté. Revenons-en au vrai mal, au mal absolu, total : Gabriel Matzneff. Jean-Paul Rouve explique que l’écrivain, en plus d’être un monstre, s’est servi de toutes ses horreurs pour faire « ses écrits, qui au final sont médiocres ». Que l’on ne considère pas Matzneff comme un grand écrivain, cela peut s’entendre. Mais venant de Jean-Paul Rouve, qui a joué au théâtre les textes de ses chansons préférées dont fait partie « Il jouait du piano debout »… on se dit que, là encore, comme pour son échelle du mal, il y a un petit problème de valeur. Lors de la promotion de ce spectacle, qu’il donnait au Théâtre Antoine, il avait justement évoqué cette chanson, dans l’émission « C à vous ». « C’est beau ce qui est dit ! Un moment il dit :“Essaie d’être heureux, ça vaut le coup.” Il dit ça dans le texte. Les textes de Michel Berger sont quand même formidables », expliquait l’artiste féru de grande littérature.
Jean-Paul Rouve et Kim Higelin dans Le Consentement de Vanessa Filho. (c) Julie Trannoy
Fier de ne pas avoir compris Matzneff
Allez ! Je parle, je parle, mais il faut quand même que je voie ce film. Je file au cinéma. Mauvaise nouvelle, il dure tout de même une heure et cinquante-huit minutes. J’achète mon billet, je m’installe. Au bout d’une heure et quart, je ressors. Et je ne suis pas le premier. Rouve avait vendu le machin avec honnêteté : « C’est pas plus compliqué que ça. C’est très simple même. C’est un homme de 50 ans avec une gamine de 14 ans. » Ce n’est effectivement pas plus compliqué que ça. Les dix premières minutes auraient donc largement suffi à nous faire passer le message. Pourquoi un long-métrage ? Rouve disait encore vrai en affirmant ne rien comprendre au personnage. Il ne joue d’ailleurs pas grand-chose. On dirait un beauf essayant d’imiter, de caricaturer avec mépris un intellectuel. Rouve barbouille à la truelle un Matzneff inhumain, incompréhensible, vide, en y ajoutant du noir. Du noir encore et encore. Rouve ne joue – ou plutôt ne surjoue – qu’une seule et unique chose : le dégoût qu’il éprouve pour Matzneff, mettant ainsi en scène sa propre vertu de carton-pâte. C’est Rouve le personnage principal du film. Ce n’est pas Matzneff, ni même Springora. C’est Rouve ! Rouve le Vertueux. Il avait bien raison de nous prévenir qu’il n’avait pas réussi à atteindre le rôle. Enfin… pas réussi, mon œil ! C’est plutôt qu’il ne le voulait pas. Ce film était pour lui une trop bonne occasion de nous montrer comme il est bon. Comme il est bien. Pour lui, c’est une fierté de n’avoir pas réussi à comprendre Matzneff. C’est la preuve que lui, Rouve, n’est pas un être obscur, qu’il n’est pas un monstre, pas un pédophile. Son impossibilité à entrer dans le personnage, à le comprendre, il l’arbore comme une décoration à sa boutonnière. C’est sa Légion d’honneur. Mais, même mauvais, Rouve reste un acteur. Un menteur. Il joue un personnage. Il imite, il simule, il fabrique. Même son dégoût pour Matzneff, il le joue. Mal, grossièrement, sans finesse, mais il le joue. Et moi, devant ce film, ce n’est pas Matzneff qui me dégoûte. Matzneff est absent. On ne le voit pas. Celui qui me dégoûte, c’est cet affreux Rouve gonflé de sa fausse, opportuniste et dégoulinante bonté d’âme. Il veut à tout prix nous montrer que c’est lui qui a la plus grosse. Comme il est vulgaire. Comme il est obscène. Signalons aussi toutes ces scènes de sexe interminables ! Ces scènes de sodomie qui dure, de langues sucées lentement, de fellations sans fin. De la pornographie ! Savent-ils qu’ils ont dû exciter beaucoup de vieux messieurs dans les salles obscures ? Des messieurs qui n’avaient même peut-être jamais pensé à cela avant ! Tu m’étonnes que Rouve ait l’air un peu gêné sur les plateaux télé lorsqu’il parle du tournage et qu’il explique avoir eu la sensation d’être « couvert de boue » le soir, après le travail. Couvert de boue dans sa tête, mais couvert de salive dans les faits. Il semble avoir un peu de mal à assumer. Et comment ! Être payé une fortune pour caresser les seins d’une fille de trente ans de moins que lui et lécher sa langue pendant des heures et des heures… lui, l’acteur star de 56 ans, elle, la jeune débutante de 22 ans. Est-ce bien moral d’ailleurs cela ? Je ne sais plus, je m’y perds. Peut-être un jour regrettera-t-elle de s’être laissé tripoter par le sosie raté et répugnant de Gabriel Matzneff dans le but de vouloir lancer sa carrière. Le regret serait bien compréhensible. Beurk ! Avoir à lécher la langue de Jean-Paul Rouve, quel dégoût. Bon… là, je commence à m’emporter. Je vais donc m’arrêter ici. Je ne veux pas à mon tour mettre en scène ma propre vertu en me servant de ce pauvre acteur raté à succès. Et si un jour, au cinéma, on me confie la tâche de jouer le rôle de Jean-Paul Rouve, je promets que je saurai trouver en lui, quelque part, une lueur d’humanité à jouer. « Jean-Paul Rouve un être humain ? »me demanderont certains. Oui, un être humain ! Que pourrait-il être d’autre qu’un être humain ? Qu’un misérable être humain ? Pour terminer, rappelons une petite note prise au Conservatoire par Éliane Moch-Bickert – élève de Louis Jouvet – lors de l’un des cours de son maître :« Il faut arriver à aimer tous les personnages qu’on joue, quels qu’ils soient. Il faut être très circonspect, très réservé avec eux, les fréquenter d’une fréquentation longue, quotidienne. C’est la seule façon d’en tirer quelque chose. »
Tout le monde déteste la police et Jordan Bardella!
Sont-ce les clichés de la honte ? Alors que Jordan Bardella visitait le salon de l’élevage, le jeudi 5 octobre, à Cournon-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, des policiers ont voulu poser avec le président du RN. Uniformes et gilets pare-balles sur les épaules, ils sont tout sourire. Certains seraient venus rien que pour ça. « Les fonctionnaires, censés patrouiller ailleurs dans le secteur, auraient fait le déplacement au sommet uniquement pour croiser Jordan Bardella », estime RMC. Ils sont cinq ou six, d’après un porte-parole de la police nationale. La préfecture du Puy-de-Dôme a ouvert une enquête administrative. La question du devoir de réserve se pose en effet. D’après les textes, celle-ci désigne « l’obligation faite à tout agent public de faire preuve de réserve et de retenue dans l’expression écrite et orale de ses opinions personnelles. L’obligation de réserve n’est pas conçue comme une interdiction d’exercer les droits élémentaires du citoyen : liberté d’opinion et liberté d’expression. »
On peut quand même s’interroger. Ces policiers se seraient-ils attiré les mêmes foudres s’ils avaient tenu à prendre un selfie avec un élu LFI ou avec une figure macroniste ? Et d’ailleurs, en quoi ces clichés constituent-ils une expression « sans retenue ni réserve » des opinions des policiers ? Un selfie constitue-t-il une forme d’expression écrite ou orale ? Enfin, les photos avaient-elles vocation à sortir de la sphère privée si les caméras n’avaient pas filmé la scène, et si le journal auvergnat, La Montagne, n’en avait pas parlé ? Pour les médias bien-pensants, c’est une nouvelle preuve de la connivence entre le parti de la droite nationale et la police. Gérald Darmanin, invité par « Quotidien », trouve ça « très choquant ». Pointe de jalousie d’un ministre à l’égard d’une figure politique qui le dépasse en popularité chez les flics ? Fabien Vanhemelryck, du syndicat Alliance, dédramatisait : « Qu’est-ce qu’on leur reproche en réalité ? […] On n’a pas besoin de crisper les policiers avec des bêtises comme ça. »
Face à l’internationale de la barbarie, la coalition menacée des démocraties libérales doit prendre appui sur un nouveau dispositif écrit.
Huit décennies après l’extermination des Juifs ainsi que d’autres minorités, et à quelques semaines du 75ème anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 10 décembre 1948 à Paris, le monde se trouve aujourd’hui en proie aux calamités : guerres, pandémies, désordres climatiques aux effets destructeurs et violences terroristes infligées sans vergogne dans l’ivresse de la haine démesurée.
La diffusion d’images révélant la cruauté sans limite conduit à un cataclysme, au sens où l’effet réel recouvre un grand bouleversement social, économique et psychologique, provoquant également d’importants troubles. En apparence, il s’agit de la défaite des rédacteurs du texte de 1948, à valeur non contraignante, mais plaçant la dignité humaine au sommet des aspirations partagées pendant les années d’après-guerre. Il s’avère donc impérieux de reprendre l’initiative, afin d’affirmer encore et toujours cette même exigence de dignité, que les persécuteurs sanguinaires frappant lâchement au petit jour veulent piétiner, exactement comme le firent les bourreaux nazis. Or toute coalition de démocraties doit prendre appui sur un dispositif écrit.
Il est donc temps qu’un nouveau texte global et contraignant prenne en compte l’hyper-terrorisme qui a pour caractéristiques d’être mondialisé dans son organisation et ses effets, autant que sordidement spectaculaire. L’inhumanité et le déploiement des actuels maîtres en sauvagerie frappant par surprise creusent des empreintes si profondes que la réinitialisation espérée après le mois de mai 1945 se révèle balayée par les atrocités exponentielles.
La mondialisation a pour génie cynique d’éluder l’horreur terroriste, en la présentant simplement comme une constante contemporaine réactionnelle. Désormais, la généralisation concertée de la terreur nous expose à l’effondrement, c’est-à-dire au risque de nous vider de toute humanité. Précisément, s’effondrer consisterait à collectivement tomber morts ou frappés lourdement : comment, alors, nous relever ?
Interrogé en raison de sa grande expérience de vie sur ce qu’il pensait de la civilisation, le docteur Albert Schweitzer répondit avec ironie : « Je crois que ce serait une bonne chose. » L’urgent grand-œuvre de réhabilitation passe désormais par une verbalisation des attentes face aux atteintes ou, comme l’écrivait Elie Wiesel, de la transformation d’une histoire sur le désespoir en une histoire contre le désespoir.
Le 10 mai 1944, voici bientôt quatre-vingts ans, fut proclamée à Philadelphie la première Déclaration internationale de droits[1] s’adressant à « l’ensemble du monde civilisé. » Il est temps de considérer que l’aggravation de l’avènement hyper-terroriste appelle l’émergence d’un nouveau repère lisible sur lequel s’appuyer, pour que soient, de manière effective et globale, condamnés et sanctionnés unanimement – et non plus « contextualisés » – les massacres de victimes totalement sans défense.
[1] Déclaration concernant les buts et objectifs de l’organisation internationale du travail.
Avec nos politiques, coupables de passivité, les mouvements « antiracistes » sont responsables de la propagation de l’islamisme. Sous couvert d’antisionisme, ces faux gentils ont permis à la haine antijuive de se faire applaudir par la gauche perdue dans ses flatteries musulmanes.
Voyez comme ils mentent : les politiques et les faiseurs d’opinion feignent de découvrir l’affreux visage du Hamas antijuif et anti occidental. En réalité, les couards n’ont jamais voulu dire la vérité sur l’islamisme conquérant qui se déchaîne contre Israël. Depuis trente ans, les « élites » aplaties trompent les Français en récitant l’ode d’une « religion de paix et de tolérance ». Mais le sabre a toujours été l’allié de la « Pax islamica ». Pour avoir supporté avec d’autres le pilonnage des empêcheurs de dire, j’ai pu mesurer la lâcheté de ceux qui dénoncent des racistes et des islamophobes chez les lanceurs d’alerte. Si Boualem Sansal ou Malika Sorel avaient seulement été entendus, la nation n’en serait pas à craindre un scénario à l’israélienne dans ses cités islamisées. « Tous collectivement, nous avons été faibles », a dit Gérard Larcher, président du Sénat, le 11 octobre sur Europe 1, en se fondant dans la masse. Mais seule la lâcheté des dirigeants hébétés a fait le lit de la« peste brune » que Gérald Darmanin dénonçait en 2018, chez les gilets jaunes déboulant des provinces. Une fois de plus, le réel explose à la figure des dénégationnistes dans une violence qui se répand. Oui, la France abrite ses sicaires djihadistes et leurs collabos. Ils rêvent de guerre et de pogroms. Trois ans après la décapitation de Samuel Paty, Dominique Bernard, professeur de français, spécialiste de René Char et de Julien Gracq, a été égorgé, le 13 octobre, aux cris d’« Allah Akbar » dans son lycée d’Arras par un ancien élève fiché S. Le pire est partout envisageable. Cependant, les responsables du désastre ne s’excuseront jamais de leurs dénis ni de leur pleutrerie. La colère des Français dupés est immense.
Les mouvements « antiracistes », qui s’étaient opposés, en 2014, à l’expulsion de la famille du meurtrier d’Arras, sont les premiers responsables de la propagation islamiste. La voici révélée dans sa démence antisémite par le Hamas tueur d’enfants, de femmes et de vieillards. SOS Racisme, la Licra, le MRAP, la Cimade, la Ligue des droits de l’homme et autres sermonnaires s’acharnent encore sur les plus lucides pour les faire taire. L’historien de la Shoah Georges Bensoussan, poursuivi naguère en justice pour avoir dénoncé la judéophobie islamique, peut en témoigner. Les faux gentils ont permis à la haine antijuive de se faire applaudir, sous le faux nez de l’antisionisme, par la gauche perdue dans ses flatteries musulmanes. Les socialistes, communistes et écologistes, qui reprochent à Jean-Luc Mélenchon ses compromissions idéologiques avec le terrorisme palestinien et ses désinformations, étaient à ses côtés en novembre 2019 pour participer, avec les islamistes du CCIF hurlant « Allah Akbar ! », à la manifestation de la honte « contre l’islamophobie ». Les Frères musulmans, qui cornaquaient la démonstration parisienne, sont les mêmes qui soutiennent le Hamas à Gaza et accusent faussement les Israéliens d’y avoir tiré sur un hôpital servant de refuge à des civils. Les belles âmes collaborationnistes, encouragées par des élus tétanisés par l’islam, ont fait le lit de la bête immonde. Elle est prête à répondre aux ordres qui pourraient enflammer la contre-société.
« Je ne parlerai jamais d’“ennemi intérieur” », avait déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian après les attentats parisiens de 2015 signés par Daech. Ce raisonnement de vaincu reste celui de la classe politique pétocharde. Elle redoute la « stigmatisation » de la communauté musulmane, dont le silence face aux horreurs islamistes devient pourtant assourdissant. Le bilan de cette capitulation a été dressé par Emmanuel Macron le 12 octobre, dans un appel à « rester unis ». En réalité, le chef de l’État sait qu’un affrontement contre une « cinquième colonne » et ses alliés est envisageable. Les ingrédients d’une possible guerre civile ont été rendus possibles par une sacralisation irréfléchie de la société ouverte et « métissée ». Du nouveau Babel devait naître le meilleur, aux dires des penseurs en chaise longue d’un irénique cosmopolitisme. La « créolisation » a produit le pire, tant il était évident que les civilisations ne sont pas faites pour se fondre dans un universalisme abstrait. Henry Kissinger a évidemment raison quand il déclare à Politico, à propos des manifestations pro-Hamas : « C’est une grave erreur de faire entrer autant de gens de culture, de religion et de concepts totalement différents car cela créé un groupe de pression à l’intérieur de chaque pays. » Cela fait trente ans que ce truisme est contesté par la prosélyte religion diversitaire.
Le scandale est de voir les falsificateurs pérorer encore. Or, il ne faut rien attendre de dirigeants dressés à penser faux. Les « élites »s’indignent soudainement de découvrir que des fonds de l’Union européenne arrivent dans les caisses du Hamas, que le Qatar, financier du mouvement terroriste, bénéficie en France d’avantages exorbitants octroyés notamment par Nicolas Sarkozy, que les Frères musulmans ont pignon sur rue et que Karim Benzema serait des leurs. In extremis, l’Assemblée nationale a annulé, après l’offensive du Hamas, l’invitation faite par la députée LFI Ersilia Soudais à Mariam Abu Daqqa, militante palestinienne du FPLP, terroriste jugée expulsable. Les plus lucides du gouvernement acceptent parfois, avec prudence, d’établir un lien entre le terrorisme et l’immigration de masse. Mais c’est en Suède, théâtre d’une guerre de gangs, que le Premier ministre Ulf Kristersson a osé dire, en appelant l’armée en renfort : « C’est l’immigration irresponsable et l’échec de l’intégration qui nous ont conduits à cette situation dramatique. » Dans la débandade, le RN se pose désormais en protecteur des juifs. Toutefois, c’est aux Français d’origine française (ils sont encore trois sur quatre, selon Michel Aubouin) et à tous ceux qui les ont rejoints au fil du temps, de prendre eux-mêmes la parole, par référendums, pour rappeler à leurs dirigeants faillis que capitulations et traîtrises ont assez duré. Le 7 octobre, Israël s’est montré vulnérable. La France l’est plus encore. Il est urgent de la secourir.
Constance Courson, qui signe son premier roman, n’est vraiment pas le genre de féministe qui passe ses journées derrière un écran de smartphone afin de déconstruire l’homme blanc occidental…
La bonne nouvelle est apportée par le vent d’ouest. Il s’agit d’un premier roman, Le Corps de l’écrivain, signé Constance Courson. Sa maison d’éditions, La part Commune, se trouve à Rennes, la région Bretagne participe à la publication de l’ouvrage, et l’histoire commence dans les rues de Rennes. C’est peu dire que la Bretagne est à l’honneur ! Même si ce road trip nerveux s’achève dans la baie du Mont Saint-Michel, c’est-à-dire administrativement en Normandie…
Pérégrinations à la Kerouac
Si la Bretagne est donc à l’honneur, la littérature ne l’est pas moins. Celle des grands stylistes, révérée par Constance Courson. D’entrée de jeu, la narratrice, un peu le double de l’auteure, place la barre très haut. Elle cite Chateaubriand, Proust, Millet, des écrivains dont la phrase est ductile et serpente souvent sur une page entière, sans dérouter le lecteur. Courson s’inspire en partie de ces écrivains, sans jamais nous perdre dans les méandres de ses phrases, ce qui est une prouesse. Mais la narratrice aime prendre des risques. La vie bourgeoise, molle et pusillanime, ne la fait pas vibrer. Sa jeunesse ressemble à une pelouse plate, jusqu’au jour où l’œuvre de Jack Kerouac frappe à sa porte et l’incite à refaire le trajet de l’écrivain américain, quand celui-ci s’était rendu à Brest en 1965, sur les traces de son ancêtre breton. La narratrice prend son sac à dos, y fourre des carnets à remplir, met des couteaux dans ses poches, car l’époque l’exige, et c’est le départ pour l’aventure. Cette impulsion est donnée par la lecture, c’est émouvant car on ne croyait plus qu’une trentenaire pût répondre à l’appel de la route, des bois et de la mer. La narratrice va coucher dans la rue, rencontrer des personnages déréglés, alcooliques, drogués, elle va leur tenir tête, ne jamais flancher sous leurs coups, résister à leurs provocations de machos décérébrés. Mais n’allez pas faire d’elle une féministe qui passe ses journées derrière un écran de smartphone afin de déconstruire l’homme blanc occidental. Les formules de Courson frappent fort. Elle ne retient pas ses uppercuts. Le récit sent la tripe, les odeurs d’urine et de pieds ; les fluides corporels abondent. Elle met sa peau sur la table, « excitée par l’alcool et l’air marin ».
Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud…
Dans sa longue marche au milieu des fougères, dans de sombres forêts de chênes désertées depuis belle lurette des fées, elle tombe sur un curieux personnage, Médéric, un ex-légionnaire, entouré de quelques potes, anciens militaires eux aussi, qui savent manier la kalachnikov. Le soldat a fait la guerre « pour de vrai », pas dans un jeu virtuel ; il a combattu en Afghanistan, connaît les horreurs commises par les deux camps. Le récit de Médéric se superpose à celui de la randonnée de la narratrice. Le roman n’en est que meilleur. L’amour rôde également, mais il est impossible. Médéric croit aimer la narratrice, mais il ne peut chasser de son esprit une très jolie jeune femme que son groupe de militaires avait capturée dix ans auparavant en Afghanistan, « où elle combattait avec une vingtaine de djihadistes dont aucun n’avait dépassé les vingt-cinq ans », une femme qui se battait avec la même violence au ventre que les hommes. Si, si, ça existe.
Constance Coulon traque, avec courage, les mensonges et les dérives de la société contemporaine. Elle enrage de constater ce qu’elle fait dire, de façon triviale, à Médéric : « la langue française est tombée au ras des pâquerettes ». Il y a une très belle description de la traversée du goulet de Brest, en bateau ballotté par le clapot, après avoir longé les imposantes falaises de la côte. Ces décors naturels fortifient le style, déjà puissant, de Constance Courson. C’est à regret qu’on referme ce premier roman qui en appelle un deuxième. Comme le large, sur les hauteurs de Brest, nous invite au voyage, parfois sans retour.
Constance Courson, Le Corps de l’écrivain, Éditions La Part Commune.
Le Cherche Midi publie un recueil de dessins choisis et présentés par Philippe Geluck du plus incendiaire des caricaturistes du XXᵉ siècle.
À intervalles plus ou moins réguliers, Chaval, de son vrai nom Yvan Francis le Louarn (1915-1968) revient hanter l’histoire du dessin d’humour français. Tous les cinq ou dix ans, son trait sans rédemption possible, sec comme un coup de trique, à l’anarchisme non revendicatif, abyssal par sa profondeur, qui ne se veut pas rigolo du tout, agit comme un uppercut. Il met le feu à chaque page. Les lecteurs d’hier et d’aujourd’hui ne peuvent résister à la noirceur de ce bourgeois bien sous tous rapports qui finira par se suicider au gaz. On ne lui reconnaît aucun véritable successeur et cependant, tous les dessinateurs, de Cabu à Sempé, de Bretécher à Reiser, ont puisé dans cette œuvre asphyxiante, la force du désespoir et aussi les raisons de persévérer dans une profession jadis ingrate désormais mortifère. Chaval a semé la zizanie dans la presse écrite, à Match, au Nouvel Observateur, à Sud Ouest ou au Figaro Littéraire, en pratiquant une caricature éminemment politique sans s’attacher à un quelconque sujet d’actualité ; il fut le maître d’une forme d’illustration assassine à la violence sous-jacente et aux ressorts nihilistes. Chaval croque l’indifférence et la méchanceté des Hommes, le ridicule et le pathétique de personnages transparents qui ressemblent physiquement à Alexandre Vialatte ou à Jacques Dufilho, l’arrogance vaine des vies normales était peut-être sa seule minuscule joie intérieure. Il décale notre regard et désoriente nos réflexes de pensée par un style narratif radical. Ses légendes, raides et nerveuses, rappellent le talent d’un Félix Vallotton. Mais de quoi pouvait-il bien rire ? Pierre Ajame qui publia un livre posthume d’entretien avec lui, affirmait à la Radio Télévision Suisse en 1976 que Malraux parlant de l’Espagne pouvait l’amuser. Ce type-là commence à nous plaire. Dans son appartement « lugubre » de la rue Morère, près de la Porte d’Orléans, Chaval seul, à la misanthropie galopante et instable, fustige les cons, grand ensemble dans lequel il ne s’extrait pas. Chez lui, tout est con, dérisoire, futile, un peu las et un peu bête. Avec Chaval, le lecteur se prend directement un mur en pleine face et il en redemande. Il est sans filtre, donc nocif, donc indispensable. Il ne plairait pas à nos nouveaux inquisiteurs qui veulent, soit nous culpabiliser, soit nous éduquer, le dessin de Chaval se suffit à lui-même.
D.R
Chez lui, tout est con, dérisoire, futile, un peu las et un peu bête
D.R
Son esthétique puissamment débarrassée d’artifices doit beaucoup à son travail de graveur. « Il détestait le style artiste » affirmait Pierre Ajame. Il avait appris son métier à l’Académie des Beaux-Arts de Bordeaux et vénérait la technique pure. Il était classique, ce qui en faisait déjà, à son époque, un anticonformiste. Il préférait Buster Keaton à un Chaplin trop larmoyant. Il ne dirigeait pas son crayon contre le système, contre une autorité particulière et militait encore moins pour une cause. Sa dissidence naturelle, presque maladive, le poussait à voir l’absurdité du monde dans la banalité de comportements anodins. Sa légende noire aura été sa meilleure publicité pour durer dans le temps. Il reste le plus extrémiste des dessinateurs qui a réussi à ne pas se parjurer dans la vulgarité ou la provocation facile. Il aura été très loin dans l’humour à froid. Cet admirateur de Pierre Etaix et de Samuel Beckett, qui avait pour ami Bosc, réapparait donc régulièrement dans les rayons des librairies. Je me souviens d’avoir fait sa connaissance en 1995 avec le recueil Chaval inconnu déjà publié par Le Cherche Midi. L’éditeur continue cet automne son travail d’exploration en faisant paraître La vie selon Chaval, une sélection de dessins choisis par Philippe Geluck, l’un de ses plus grands fans. « Il traite des gens ordinaires et des sujets de tous les jours, mais dans une résolution qui agace ou subjugue. Cela ne ressemble à rien de ce qui existe, tant par les idées que par leur réalisation formelle » avertit le créateur du chat dans sa préface. « Le public s’est-il rendu compte de l’immensité de ce qu’il apportait ? Je ne le pense pas » regrette le dessinateur belge. Chaval qui excellait dans le muet et était ravageur dans la phrase courte, ne risque pas de tomber dans l’anonymat. Car son absence de message est bien la seule chose compréhensible et audible dans notre société actuelle.
La vie selon Chaval – Dessins choisis et présentés par Philippe Geluck – Le Cherche Midi
Cela commence par la Tempête— on est surpris !— et se termine par un tango. Cela va de Daquin, Rameau à Chopin et Debussy en passant par Bach sans oublier Nino Rota ou Michel Legrand. C’est joyeux et grave, intelligent, spirituel, riche d’harmoniques. On rêve, on rit, on est ému, on réfléchit. On savoure, on se souvient. On est en pays connu et inconnu. À la Cour et dans les forêts, au bord de l’eau et dans des arbres, dans une alcôve et chez les dieux. Un croquant et un chien et un loup, deux coqs, une tortue et un lièvre, un mari jaloux, une femme, tout ce monde parle le même langage. Les vers vous viennent à la bouche. On est heureux de cette « gaité » si particulière à ce monde enchanteur et cruel. C’est La Fontaine en fables et en notes. C’est dit par Brigitte Fossey, et joué au piano par Danielle Laval. C’est au théâtre de Poche jusqu’en fin décembre.
Véritable Orphée qui « transforme les arbres et les plantes en créatures parlantes », La Fontaine aimait tous les arts : la musique, la peinture, la sculpture, l’architecture, les jardins, l’opéra auxquels il a consacré des livrets. Il a été maintes fois illustré par des gravures. Quoi de plus naturel que de le mettre en notes ? La musique n’est pas là pour meubler le silence entre deux fables : elle est un monde auquel le texte entre en résonance, car les notes et les mots — surtout la prosodie de la Fontaine— sont des écritures capables de tisser entre elles des correspondances poétiques, souvent inattendues.
Brigitte Fossey fait depuis des années des concerts / lectures d’une grande qualité. Aimant passionnément notre langue et la littérature, elle fait vivre, dans ce petit théâtre, l’univers de La Fontaine, sans jamais céder au cabotinage ou à l’effet. D’un pas vif sur la scène, d’une diction parfaite, elle ne rate aucun pied dans l’alexandrin, rendant parfois délicatement un e muet ! À cela, elle joint un incontestable don comique que l’on perçoit, par exemple, dans Le paon se plaignant à Junon ou dans Les deux coqs. Quant à Danielle Laval, pianiste mondialement connue, et créatrice, aux côtés de Brigitte Fossey, de spectacles,— Gourmandises, Mozart et sa Correspondance,La Vie de Rachmaninov et les Lettres de Mendelssohon— elle traduit à merveille cette « comédie à cent actes divers » que sont les fables.
Brigitte Fossey et Danielle Laval, filage Théâtre de Poche-Montparnasse. Photo: Sébastien Toubon
Un air vivifiant, un air de liberté passe dans l’univers des fables unissant la simplicité populaire à la haute culture. Et quelle fantaisie ! Car, enfin, a-t-on jamais vu un rat délivrant un lion des rets où il était pris, ou une colombe « usant de charité » envers une fourmi ? Il n’y a qu’un poète pour inventer cela ! Avec un petit Scarlatti qui vous fouette, c’est délicieux. Sans oublier des histoires tout à fait folles, délicieusement misogynes, comme Le Mari, la Femme et le Voleur. Ou encore Les femmes et le secret ! Notre police des mœurs ferait bien d’ailleurs d’aller y regarder de plus près.
Je termine sur deux perles d’une eau parfaite. Les deux pigeons, cela fait fondre. « Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre… » La Fontaine a 65 ans quand il écrit cette fable… « Ai-je passé le temps d’aimer ? » Qu’il est émouvant d’entendre résonner cette confidence après des siècles ! La deuxième perle est Le Héron : chef-d’œuvre absolu de dessin, de poésie, et de peinture d’un caractère. A-t-on entendu musique plus transparente que ces vers : « Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où / Le héron au long bec emmanché d’un long cou… L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours »
Au début du spectacle, le poète, debout devant son pupitre, écrit son livre, nous rappelant que les Fables est un texte écrit qui a donné lieu à de nombreuses éditions. La mise en scène de Stéphanie Tesson et de Marie Adam enchaîne les tableaux, d’une manière fluide, sur un tempo vif, avec élégance. Alors, courez vite au Poche avec vos enfants ! Dire les fables de La Fontaine et l’écouter en notes, le faire vivre et l’entendre, c’est, de nos jours, un pur bonheur.
Tous les lundis à 19 heures. Détails et réservation en ligne. Tél. 01 45 44 50 21.
De gauche à droite, Ève Vaguerlant, Bérénice Levet et Joost Fernandez. D.R.
Je viens d’assister au colloque de l’association « Parents Vigilants » à la fois par intérêt et par curiosité…
En effet, des connaissances personnelles au sein de l’association m’avaient proposé de venir écouter les différentes tables rondes, dans ce lieu si emblématique de notre République, puisque cela se déroulait au Sénat. Je me suis donc inscrit trois semaines auparavant et assez impatient d’y être, je m’y suis rendu avec l’œil attentif et l’oreille avertie de celui qui connaît très bien le milieu de l’école, puisque j’y exerce depuis plus de 25 ans à différents postes. Je dois dire d’ores et déjà que je suis totalement satisfait de ce que j’ai entendu. Très loin de la caricature affligeante qu’en font les médias gauchistes, je n’ai rien entendu d’extrême, de sectaire, ni même de propagande idéologique nationaliste, ou que sais-je d’autre, qui flirterait avec les heures les plus sombres de notre histoire… En ce moment, ces fameuses heures tant et tant évoquées dans certains médias et par certaines personnes, soufflent de nouveau sur notre pays, et ce n’est pas de ce côté-là de l’échiquier politique qu’il faut les chercher. Fermons la parenthèse. L’organisation très bien menée a permis trois échanges sur les thèmes essentiels pour les Parents Vigilants et deux petits discours, en fin d’après-midi, l’un de Marion Maréchal, le second d’Éric Zemmour en personne.
Les échanges mettent en évidence les constats déjà bien ancrés maintenant chez la plupart des observateurs un minimum honnêtes : l’effondrement du niveau des élèves et l’entrisme de plus en plus important de l’idéologie. Au sujet des connaissances, le retour à un apprentissage des fondamentaux est préconisé avec la volonté assumée de prôner l’arrêt de certains enseignements, au profit d’un net renforcement du volume horaire dédié au français et aux mathématiques. Au niveau de l’idéologie, si le wokisme est dénoncé de manière très constante, notamment par des exemples assez fournis de témoignages recueillis par l’association sur la théorie du genre et tout ce qui s’y rattache, il y est très peu question de l’islamisme. Une minute de silence est effectuée en hommage et en mémoire des deux professeurs, Samuel Paty et Dominique Bernard, tués par des islamistes, mais ce fanatisme religieux n’est pratiquement pas évoqué ensuite. Il faut dire que le temps est compté et que les sujets sont nombreux : dénonciation du pédagogisme, regret que l’enseignement vertical soit de plus en plus contesté, imprégnation des professeurs eux-mêmes des idéologies qu’ils relayent dans leur classe, trop grande importance du numérique à l’école, notamment au travers des Espace Numérique de Travail, favorisant le manque de repères structurants pour les élèves qui gagneraient à écrire davantage et à travailler leur autonomie. S’ensuit une très riche intervention de Bérénice Levet dont je retiens essentiellement l’indispensable retour de l’exigence dans l’apprentissage de notre langue, qui permet de structurer la pensée, ce dont les étudiants sont de moins en moins capables. Cela conjointement à la lutte contre les idéologies, notamment la théorie du genre avec l’imprégnation toujours plus grande chez les élèves de plus en plus jeunes qu’ils peuvent facilement changer de genre et qu’ils seront ce qu’ils ont décidé d’être. Trop de conséquences négatives sont décriées par beaucoup, et d’ailleurs en Angleterre et en Suède on voit un très net changement d’approche car les aspects contraignants sont apparus aux yeux de tous. La fragilité psychologique des élèves et des étudiants est abordée également car elle apparaît de façon de plus en plus criante, parfois dramatique.
À ma grande surprise, je m’aperçois que le secteur privé est également très concerné par tous ces constats que je pensais, peut-être naïvement, presque exclusivement le fait de l’école publique. La valeur du travail en tant que source d’émancipation libératrice est mise en évidence. De même la discipline est notée comme primordiale et indispensable à l’élaboration d’un climat scolaire serein, propice aux apprentissages scolaires au sein des classes, actuellement beaucoup trop chahutées par des élèves mal orientés et mal accompagnés. Cela se voit même au travers de l’attitude relâchée de certains et non du nécessaire maintien du corps pour se poser en tant qu’élèves prêts à recevoir le savoir. Le grand endoctrinement dénoncé, où le maitre mot est de déconstruire plutôt qu’instruire, fait la part belle à son corollaire, le grand abrutissement, avec une chute vertigineuse des connaissances et des capacités des élèves depuis plusieurs décennies. Ainsi, cette association souhaite lutter contre la présence de l’idéologie à l’école, d’où qu’elle vienne, et n’a pas la volonté d’instaurer sa propre idéologie. Au contraire, aucune idéologie n’a sa place à l’école, et il est clairement affiché le désir profond de « transformer l’école pour que l’on tolère que l’élève y apprenne », comme le note le dernier intervenant, Joost Fernandez, car actuellement beaucoup de temps est consacré à effectuer des activités qui laissent peu de place à l’apprentissage réel des fondamentaux.
En guise de conclusion, je citerai Marion Maréchal qui développe le thème qui m’est peut-être le plus cher depuis quelques années déjà, à savoir le devenir des élèves en tant que citoyens français. Car elle déclame avec raison que « derrière l’effondrement de l’école, c’est l’effondrement de la nation tout entière qui se joue ». Cela se double « d’un effondrement du pluralisme intellectuel très nuisible à notre pays » et à son devenir sur la scène internationale. Jadis, la France brillait par son rayonnement culturel, par ses classements internationaux et par la pratique de sa langue. Tout est lié, l’école est l’enjeu majeur de notre devenir en tant que nation, c’est donc la priorité des parents que de défendre et de protéger l’avenir de leurs enfants. Qu’y aurait-il à redire à tout cela, ou à dénoncer ? Au contraire, il m’apparaît très sain de nous rassembler autour d’un projet fiable et exigeant pour faire de l’école française le ciment de notre nation. Laissons l’idéologie à la porte de l’école, remettons le savoir au centre, et redonnons à l’effort, au mérite et au travail les places qu’ils n’auraient jamais dû quitter ! Faisons-le, ensemble, parents, enseignants, élèves et autres acteurs de la société, afin de permettre à la génération suivante de bénéficier de la transmission des connaissances, si primordiale pour le développement et la structure des enfants en devenir, et pour garantir la pérennisation de ce que nous sommes et de la civilisation que nous portons.
Flo, le biopic romancé de Géraldine Danon est à l’affiche depuis mercredi dans les salles. Librement inspiré de la vie de Florence Arthaud (1957-2015) incarnée à la perfection par l’actrice Stéphane Caillard, ce film a l’immense mérite de remettre dans la lumière la seule navigatrice ayant remporté la Route du Rhum, notre dernière étoile des mers.
Pourquoi Florence Arthaud nous touche-t-elle autant depuis sa disparition tragique dans un accident d’hélicoptère ? Parce qu’on a longtemps vu son regard perdu sur les plateaux de télévision, il balayait la platitude des studios tel un phare planté en haute mer ; dans cet environnement hostile et insincère, elle conservait son quant-à-soi. Une puissance d’insoumission qui faisait l’économie de mots trop amples et de gestes trop apprêtés qui sont la marque des poseurs. Ceux-là encombrent les programmes. Ils sont de quart en permanence, toute l’année, jamais fatigués de faire reluire leur égo. Dans cette arène médiatique, les truqueurs sont à leur aise. Ils déploient leur vanité et hissent leur vacuité en pleine promo, gonflés au délirium. Ils ont toujours quelque chose à vendre ou à vanter, une cause à revendiquer ou un business à maintenir; alors quand Flo apparaissait en deuxième partie de soirée, coincée entre deux artistes en jachère, dans ces émissions où l’impertinence confinait à la vulgarité, elle serrait les dents et nous éblouissait par sa nature indomptable.
Elle gardait le cap ; en pensée, elle était pourtant loin, très loin, à des milles nautiques de ces exercices commandés où un navigateur est obligé d’être un marchand comme un autre. De courir le sponsor et de ne surtout pas faire fuir la ménagère, la cheffe des achats. Flo était incapable de jouer avec les règles faussées de ces milieux avariés, d’aguicher le téléspectateur avec de la frime et de l’exploit en barres. Sa pudeur nous honorait. Une forme d’élégance parcimonieuse et cependant lumineuse transparaissait. Quelque chose de complètement étranger à la situation qui imposait de l’éclat, de la flambe, de l’ironie, du vacarme, en somme. Avec Flo, une retenue, si rare, si friable, si souveraine jaillissait du petit écran. Nous n’étions pas habitués à cette vérité-là, tellement inondés par les médiocrités qui font le lit des grandes carrières populaires. Chaque moment passé en compagnie de Flo, par l’entremise du téléviseur, était intense, brisé, chargé d’une émotion palpable, épidermique, instinctif, nous ressentions cette onde comme un cadeau du ciel. Nous la savions sur un fil, peut-être même au plus mal. Son absence de gloriole nous la rendait terriblement attachante. Son charisme explosait. Il prenait tout l’espace, sans artifice. D’autres qu’elle auraient dû batailler pour espérer décrocher un peu d’attention, un peu de chaleur, nous lui étions acquis car elle ne filtrait pas la douleur. Elle était droite et humble, fracassée et insubmersible. Quel souffle de vie ! Une « femme like U » qui nous emmenait au bout du monde. Une supernana dont les exploits encore aujourd’hui nous fascinent. Nous l’observions dans cet océan de rires bêtes, surtout ne pas tanguer, ne pas sombrer, nous la soutenions de notre canapé, il y avait chez elle, en même temps, l’abîme et la résurrection, les errements et le courage extrême. C’est peu dire qu’elle nous impressionnait. Poliment, patiemment, elle répondait, un peu ailleurs, avec l’envie de se débarrasser de cette corvée, d’en finir avec cet animateur intrusif et, malgré tout, elle remportait cette joute haut la main. Elle fut notre fiancée de l’Atlantique, nous l’avions en poster dans nos chambres d’ado, elle rivalisait avec Rocky et Schwarzy. Elle pimpait notre morne existence. La seule star des vagues au féminin, nous la mettons sur la même haute marche du podium que Tabarly, le père fondateur, le capitaine de vaisseau, celui qui posa la première pierre, tira la première drisse, qui fit de la voile, un métier, un loisir, une économie, un sport, une éthique nationale, et même une morale des mers.
Dans la mémoire de très nombreux Français, ces deux-là ont fait entrer le nautisme à l’intérieur des départements agraires, dans les corons et les banlieues grises. Ils étaient exigeants, déterminés, surdimensionnés et portés par une ambition plus vaste, plus dévastatrice que leur minuscule « moi ». Nous ne pouvons pas revoir les images de la Route du Rhum 1990 sans une fierté pour la chevauchée fantastique de Flo, nous sommes emplis de bonheur et d’une immense gratitude.
Flo était une championne entière et possédée par une passion tempétueuse. Avec ses tee-shirts rock, son bandana dans les cheveux comme Véronique Sanson dans ses années américaines, sa détermination sans faille dans les bras et le cœur, elle avait amené en tête son trimaran Pierre 1er, tout paré d’or éclairé d’un liseré bleu, sur les côtes de la Guadeloupe. Minuit n’avait pas encore sonné dans les Antilles, et la France faisait connaissance avec Flo pour l’éternité. Le film de Géraldine Danon ne trahit pas cette folle épopée.
Succédant à la redoutable tempête Ciaran, l’arrivée de Domingos sur nos côtes a produit ses ravages. Emoi chez les Français : 126 000 foyers toujours privés d’électricité, calamités agricoles, transports perturbés… Emoi chez les journalistes : malgré tous leurs efforts, pas un titre de presse n’a trouvé un climatologue capable de mettre ces catastrophes météo sur le dos du réchauffement climatique ! Par ailleurs, ce sont surtout les valeurs des démocraties libérales occidentales qui subissent actuellement le plus sévère tsunami.
Nous venons de vivre – et pour certains d’entre nous de subir – une magistrale démonstration de violence. Les coupables, fichés S, comme il se doit, et insensibles aux éventuelles injonctions de quitter notre territoire se nomment Ciaran et Domingos. Fichés S, donc, comme Sacrées tempêtes. Des vents terribles, des vagues monstrueuses, des arbres déracinés, des toitures envolées, des demeures saccagées, des dégâts par millions, de l’insomnie d’assureurs garantie pour des mois et des mois. Surtout, pour beaucoup, des vies de boulot perdues en une bourrasque.
On est peu de choses, mon bon Monsieur…
Voilà pour la violence de dame nature et de ses éléments. Cela ferait presque oublier la force tranquille de ces mêmes éléments, ces marées, ces vagues qui, imperturbablement, grignotent nos littoraux, avalent nos dunes jour après jour, saison après saison. Tout dans la nature, dans l’univers est manifestation de force, parfois charmante comme celle de la primevère qui s’extirpe de la terre encore froide de l’hiver, parfois terrifiante comme l’éruption du volcan qui, entre deux siestes d’un siècle ou deux, se réveille en une furie éruptive quasi-mélenchonienne.
La force. La force moteur de la vie. Végétale, minérale, animale, humaine, physique, mentale. Sans elle l’oriflamme se met en berne, le voilier de l’extrême s’encalmine, le moulin va trop mou et les nuages s’ennuient.
Principe vital, donc. Voilà ce qu’on a perdu de vue, me semble-t-il. Au fond, nous qui sommes si prompts à lâcher le mot de valeurs, ce mot qu’on met aujourd’hui à toutes les sauces et dont on attend qu’il comble à lui seul les vides culturels, intellectuels, moraux que nous avons creusés, comment avons-nous pu oublier, négliger la vérité d’évidence que la seule valeur authentiquement universelle – nous dirons universaliste pour complaire aux esprits raffinés – n’est autre que celle-là, la force ? La force, non la violence. La violence qui n’est que la force de ceux qui n’en ont pas. La violence qui est à la fois le mode de fonctionnement et la finalité de toute engeance révolutionnaire. Sartre l’a bien montré dans Critique de la Raison Dialectique (Oui, Sartre, Jean-Paul, comme quoi…). Cette engeance se fabrique un ennemi (ennemi à géométrie variable en fonction du contexte du moment) afin de lui imputer ce qui sera l’alibi de sa violence. Aujourd’hui le jeu – terrifiant – consiste à nazifier l’autre, à le fasciser, systématiquement. Dès lors la violence révolutionnaire a beau jeu de se parer des atours de la résistance. (Sur ce point, se reporter à l’aveu obtenu aux forceps de Madame Obono). Tout devient légitime, à commencer par l’horreur. Nous en sommes là. Et nous y sommes parce que nous avons délaissé la leçon de la nature et de l’univers. Tout ce qui existe, tout ce qui résiste se nourrit de force. De force saine, créatrice, de force heureuse, dionysiaque.
Les valeurs de l’Occident dans la tempête
Or, on s’est fourré le doigt dans l’œil bien profond tout ce temps où nous nous sommes égarés à considérer que nos belles et saintes valeurs républicaines de droit de l’homme, de laïcité, de liberté, d’égalité, de fraternité, auxquelles se sont ajoutées voilà peu la splendide convivialité du vivre ensemble et la non moins enthousiasmante sacralité LGBT+++, se suffiraient à elles seules et que la terre entière finirait bien par se rendre à l’évidence que rien n’est plus beau, plus exaltant, plus universellement nécessaire que ces abstractions en elles-mêmes si satisfaisantes et pour le cœur et pour l’esprit.
Nos valeurs d’Occident, nos valeurs républicaines, démocratiques, bref, n’ont été respectables et respectées que tant que, non seulement, nous les associions à la force mais que, de surcroît, nous nous en faisions une gloire.
J’entendais ces dernières heures, unis dans un bel accord, le philosophe au brushing irréprochable et à la chemise immaculée échancrée jusqu’au nom du fils, et l’ex-président de la République à casque et scooter, recalé en deuxième tentative pour résultats insuffisants, affirmer que nous assistions à la guerre du totalitarisme contre nos émérites démocraties. Là encore, doigt dans l’œil. La réalité est plus simple, et donc plus terrifiante. C’est la guerre de ceux qui assument leur force contre ceux qui l’ont perdue, abandonnée.
Lorsque le sultan Erdogan, devant une foule immense, évoque – sans doute avec une once de nostalgie – le combat du Croissant contre la Croix, ou plus précisément selon certaines traductions, contre les Croisés, il nous donne, lui aussi, mine de rien, une espèce de leçon.
À savoir que des Croisés, c’est bien tout ce qui manque à nos « valeurs ». Et depuis bien trop longtemps maintenant.
Dans Le Consentement, l’adaptation cinématographique du livre de Vanessa Springora, Jean-Paul Rouve campe un grossier prédateur sexuel à mi-chemin entre Nosferatu et Hannibal Lecter. Rouve n’a rien compris à Matzneff et il en est fier. Un ratage exemplaire!
Regarder la bande-annonce du filmLe Consentement et écouter l’acteur Jean-Paul Rouve– qui y joue le rôle de Gabriel Matzneff – en faire la promotion sur les plateaux télévisés suffisent pour comprendre le ratage total de cette adaptation du livre de Vanessa Springora sans même l’avoir vu. « Un journaliste m’a dit :“Moi je connais bien Matzneff. Vous savez, c’est plus compliqué que ça.” » Bah non ! C’est pas plus compliqué que ça. C’est très simple même. C’est un homme de 50 ans avec une gamine de 14 ans. » Voilà ce qu’explique l’acteur des Tuche dans l’émission « C à vous ». Mais alors, si ce n’est pas plus compliqué que ça, à quoi bon en faire un film ? À quoi bon y consacrer tant d’énergie et de temps ? La messe est dite. La caricature simpliste est annoncée. Rouve s’y travestit en vieux monsieur très laid, libidineux, reptilien, repoussant, effrayant. Un pédo-Nosferatu maléfique en phase terminale de cancer. Mais Matzneff, au moment des faits, ce n’est pas ça. Matzneff au milieu des années 1980, c’est un homme élégant, séduisant et paraissant avoir une quarantaine d’années. Rouve en paraît 70 ! Cependant, le comédien a l’honnêteté d’avouer sans complexe son échec. Il confesse fièrement ne pas avoir réussi à comprendre le personnage de l’écrivain sulfureux. « Comme je n’arrivais pas à l’incarner comme un parfum de l’intérieur, comme on fait quand on joue, enfin on essaye… j’ai fait ce qu’on ne fait jamais. Je suis passé par l’extérieur. Je suis passé par l’enveloppe. Donc j’ai fait un peu comme il faisait lui. Lui, il s’adore, il pense qu’à lui, il se regarde tout le temps. Il nageait beaucoup, donc je suis allé nager. J’ai fait des UV. J’ai fait des manucures. J’ai fait des trucs comme ça. Donc je me suis dit, je vais essayer de le comprendre un peu comme ça. Mais j’ai rien compris. » Voilà ce qu’il nous explique crânement, le célèbre comédien. Qu’il n’a pas réussi. Malgré la manucure ! Bien essayé Jean-Paul, dommage. Pour définir le personnage, il ajoute : « C’est le mal absolu. C’est un monstre terrible. » Matzneff, le mal absolu ? Et Michel Fourniret, Mohammed Merah, Staline, Klaus Barbie… à quel niveau de mal se trouvent-ils sur l’échelle de Rouve ? Pour travailler le rôle, il dit avoir pensé à Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux. Un tueur en série qui mange ses victimes !
Un acteur n’est pas un père la morale
Bon. Prenons un acteur, un vrai, un grand : Bruno Ganz ! Lorsqu’il incarnait Hitler dans La Chute, on ne l’a pas vu jouer la caricature du mal. Non ! Au contraire ! Ganz se disait d’ailleurs amusé d’entendre certaines personnes lui reprocher d’avoir « humanisé » le dictateur. « Les gens ont besoin d’avoir une icône intacte du mal lui-même.[…] Mais je ne sais pas ce qu’est vraiment le mal », expliquait l’acteur suisse. Quand les journalistes lui demandaient s’il avait abordé et travaillé le rôle en se persuadant qu’il était humain, il répondait :« Bien sûr qu’il l’est. Qu’est-ce qu’il pourrait être d’autre ? » Pour s’emparer du personnage, il avait en partie travaillé sur les failles du dictateur, sur l’absence d’amour qu’il avait reçu de sa mère, sur son côté artiste raté. Voilà ce qu’est un acteur ! Un homme qui travaille sur l’être humain, sur ses nuances, sur ses contrastes. Un acteur n’est pas un juge ! Ce n’est pas un père la morale. Et je ne compare pas ici Matzneff à Hitler ! J’ai le sens de la mesure, moi. Ganz avait assumé sa lourde responsabilité d’acteur en endossant le rôle d’Hitler avec toute sa complexité, et toute son humanité (humain n’est pas synonyme de bon !). Rouve n’en a probablement ni les moyens ni le courage… ni même l’intelligence nécessaire. Ganz avait essuyé une pluie de critiques pour avoir fait d’Hitler ce qu’il était : un homme. On criait au scandale. Son interprétation magistrale et troublante aura cependant marqué l’histoire du cinéma.
Mais laissons ce petit joueur d’Adolf de côté. Revenons-en au vrai mal, au mal absolu, total : Gabriel Matzneff. Jean-Paul Rouve explique que l’écrivain, en plus d’être un monstre, s’est servi de toutes ses horreurs pour faire « ses écrits, qui au final sont médiocres ». Que l’on ne considère pas Matzneff comme un grand écrivain, cela peut s’entendre. Mais venant de Jean-Paul Rouve, qui a joué au théâtre les textes de ses chansons préférées dont fait partie « Il jouait du piano debout »… on se dit que, là encore, comme pour son échelle du mal, il y a un petit problème de valeur. Lors de la promotion de ce spectacle, qu’il donnait au Théâtre Antoine, il avait justement évoqué cette chanson, dans l’émission « C à vous ». « C’est beau ce qui est dit ! Un moment il dit :“Essaie d’être heureux, ça vaut le coup.” Il dit ça dans le texte. Les textes de Michel Berger sont quand même formidables », expliquait l’artiste féru de grande littérature.
Jean-Paul Rouve et Kim Higelin dans Le Consentement de Vanessa Filho. (c) Julie Trannoy
Fier de ne pas avoir compris Matzneff
Allez ! Je parle, je parle, mais il faut quand même que je voie ce film. Je file au cinéma. Mauvaise nouvelle, il dure tout de même une heure et cinquante-huit minutes. J’achète mon billet, je m’installe. Au bout d’une heure et quart, je ressors. Et je ne suis pas le premier. Rouve avait vendu le machin avec honnêteté : « C’est pas plus compliqué que ça. C’est très simple même. C’est un homme de 50 ans avec une gamine de 14 ans. » Ce n’est effectivement pas plus compliqué que ça. Les dix premières minutes auraient donc largement suffi à nous faire passer le message. Pourquoi un long-métrage ? Rouve disait encore vrai en affirmant ne rien comprendre au personnage. Il ne joue d’ailleurs pas grand-chose. On dirait un beauf essayant d’imiter, de caricaturer avec mépris un intellectuel. Rouve barbouille à la truelle un Matzneff inhumain, incompréhensible, vide, en y ajoutant du noir. Du noir encore et encore. Rouve ne joue – ou plutôt ne surjoue – qu’une seule et unique chose : le dégoût qu’il éprouve pour Matzneff, mettant ainsi en scène sa propre vertu de carton-pâte. C’est Rouve le personnage principal du film. Ce n’est pas Matzneff, ni même Springora. C’est Rouve ! Rouve le Vertueux. Il avait bien raison de nous prévenir qu’il n’avait pas réussi à atteindre le rôle. Enfin… pas réussi, mon œil ! C’est plutôt qu’il ne le voulait pas. Ce film était pour lui une trop bonne occasion de nous montrer comme il est bon. Comme il est bien. Pour lui, c’est une fierté de n’avoir pas réussi à comprendre Matzneff. C’est la preuve que lui, Rouve, n’est pas un être obscur, qu’il n’est pas un monstre, pas un pédophile. Son impossibilité à entrer dans le personnage, à le comprendre, il l’arbore comme une décoration à sa boutonnière. C’est sa Légion d’honneur. Mais, même mauvais, Rouve reste un acteur. Un menteur. Il joue un personnage. Il imite, il simule, il fabrique. Même son dégoût pour Matzneff, il le joue. Mal, grossièrement, sans finesse, mais il le joue. Et moi, devant ce film, ce n’est pas Matzneff qui me dégoûte. Matzneff est absent. On ne le voit pas. Celui qui me dégoûte, c’est cet affreux Rouve gonflé de sa fausse, opportuniste et dégoulinante bonté d’âme. Il veut à tout prix nous montrer que c’est lui qui a la plus grosse. Comme il est vulgaire. Comme il est obscène. Signalons aussi toutes ces scènes de sexe interminables ! Ces scènes de sodomie qui dure, de langues sucées lentement, de fellations sans fin. De la pornographie ! Savent-ils qu’ils ont dû exciter beaucoup de vieux messieurs dans les salles obscures ? Des messieurs qui n’avaient même peut-être jamais pensé à cela avant ! Tu m’étonnes que Rouve ait l’air un peu gêné sur les plateaux télé lorsqu’il parle du tournage et qu’il explique avoir eu la sensation d’être « couvert de boue » le soir, après le travail. Couvert de boue dans sa tête, mais couvert de salive dans les faits. Il semble avoir un peu de mal à assumer. Et comment ! Être payé une fortune pour caresser les seins d’une fille de trente ans de moins que lui et lécher sa langue pendant des heures et des heures… lui, l’acteur star de 56 ans, elle, la jeune débutante de 22 ans. Est-ce bien moral d’ailleurs cela ? Je ne sais plus, je m’y perds. Peut-être un jour regrettera-t-elle de s’être laissé tripoter par le sosie raté et répugnant de Gabriel Matzneff dans le but de vouloir lancer sa carrière. Le regret serait bien compréhensible. Beurk ! Avoir à lécher la langue de Jean-Paul Rouve, quel dégoût. Bon… là, je commence à m’emporter. Je vais donc m’arrêter ici. Je ne veux pas à mon tour mettre en scène ma propre vertu en me servant de ce pauvre acteur raté à succès. Et si un jour, au cinéma, on me confie la tâche de jouer le rôle de Jean-Paul Rouve, je promets que je saurai trouver en lui, quelque part, une lueur d’humanité à jouer. « Jean-Paul Rouve un être humain ? »me demanderont certains. Oui, un être humain ! Que pourrait-il être d’autre qu’un être humain ? Qu’un misérable être humain ? Pour terminer, rappelons une petite note prise au Conservatoire par Éliane Moch-Bickert – élève de Louis Jouvet – lors de l’un des cours de son maître :« Il faut arriver à aimer tous les personnages qu’on joue, quels qu’ils soient. Il faut être très circonspect, très réservé avec eux, les fréquenter d’une fréquentation longue, quotidienne. C’est la seule façon d’en tirer quelque chose. »
Tout le monde déteste la police et Jordan Bardella!
Sont-ce les clichés de la honte ? Alors que Jordan Bardella visitait le salon de l’élevage, le jeudi 5 octobre, à Cournon-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, des policiers ont voulu poser avec le président du RN. Uniformes et gilets pare-balles sur les épaules, ils sont tout sourire. Certains seraient venus rien que pour ça. « Les fonctionnaires, censés patrouiller ailleurs dans le secteur, auraient fait le déplacement au sommet uniquement pour croiser Jordan Bardella », estime RMC. Ils sont cinq ou six, d’après un porte-parole de la police nationale. La préfecture du Puy-de-Dôme a ouvert une enquête administrative. La question du devoir de réserve se pose en effet. D’après les textes, celle-ci désigne « l’obligation faite à tout agent public de faire preuve de réserve et de retenue dans l’expression écrite et orale de ses opinions personnelles. L’obligation de réserve n’est pas conçue comme une interdiction d’exercer les droits élémentaires du citoyen : liberté d’opinion et liberté d’expression. »
On peut quand même s’interroger. Ces policiers se seraient-ils attiré les mêmes foudres s’ils avaient tenu à prendre un selfie avec un élu LFI ou avec une figure macroniste ? Et d’ailleurs, en quoi ces clichés constituent-ils une expression « sans retenue ni réserve » des opinions des policiers ? Un selfie constitue-t-il une forme d’expression écrite ou orale ? Enfin, les photos avaient-elles vocation à sortir de la sphère privée si les caméras n’avaient pas filmé la scène, et si le journal auvergnat, La Montagne, n’en avait pas parlé ? Pour les médias bien-pensants, c’est une nouvelle preuve de la connivence entre le parti de la droite nationale et la police. Gérald Darmanin, invité par « Quotidien », trouve ça « très choquant ». Pointe de jalousie d’un ministre à l’égard d’une figure politique qui le dépasse en popularité chez les flics ? Fabien Vanhemelryck, du syndicat Alliance, dédramatisait : « Qu’est-ce qu’on leur reproche en réalité ? […] On n’a pas besoin de crisper les policiers avec des bêtises comme ça. »
Face à l’internationale de la barbarie, la coalition menacée des démocraties libérales doit prendre appui sur un nouveau dispositif écrit.
Huit décennies après l’extermination des Juifs ainsi que d’autres minorités, et à quelques semaines du 75ème anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 10 décembre 1948 à Paris, le monde se trouve aujourd’hui en proie aux calamités : guerres, pandémies, désordres climatiques aux effets destructeurs et violences terroristes infligées sans vergogne dans l’ivresse de la haine démesurée.
La diffusion d’images révélant la cruauté sans limite conduit à un cataclysme, au sens où l’effet réel recouvre un grand bouleversement social, économique et psychologique, provoquant également d’importants troubles. En apparence, il s’agit de la défaite des rédacteurs du texte de 1948, à valeur non contraignante, mais plaçant la dignité humaine au sommet des aspirations partagées pendant les années d’après-guerre. Il s’avère donc impérieux de reprendre l’initiative, afin d’affirmer encore et toujours cette même exigence de dignité, que les persécuteurs sanguinaires frappant lâchement au petit jour veulent piétiner, exactement comme le firent les bourreaux nazis. Or toute coalition de démocraties doit prendre appui sur un dispositif écrit.
Il est donc temps qu’un nouveau texte global et contraignant prenne en compte l’hyper-terrorisme qui a pour caractéristiques d’être mondialisé dans son organisation et ses effets, autant que sordidement spectaculaire. L’inhumanité et le déploiement des actuels maîtres en sauvagerie frappant par surprise creusent des empreintes si profondes que la réinitialisation espérée après le mois de mai 1945 se révèle balayée par les atrocités exponentielles.
La mondialisation a pour génie cynique d’éluder l’horreur terroriste, en la présentant simplement comme une constante contemporaine réactionnelle. Désormais, la généralisation concertée de la terreur nous expose à l’effondrement, c’est-à-dire au risque de nous vider de toute humanité. Précisément, s’effondrer consisterait à collectivement tomber morts ou frappés lourdement : comment, alors, nous relever ?
Interrogé en raison de sa grande expérience de vie sur ce qu’il pensait de la civilisation, le docteur Albert Schweitzer répondit avec ironie : « Je crois que ce serait une bonne chose. » L’urgent grand-œuvre de réhabilitation passe désormais par une verbalisation des attentes face aux atteintes ou, comme l’écrivait Elie Wiesel, de la transformation d’une histoire sur le désespoir en une histoire contre le désespoir.
Le 10 mai 1944, voici bientôt quatre-vingts ans, fut proclamée à Philadelphie la première Déclaration internationale de droits[1] s’adressant à « l’ensemble du monde civilisé. » Il est temps de considérer que l’aggravation de l’avènement hyper-terroriste appelle l’émergence d’un nouveau repère lisible sur lequel s’appuyer, pour que soient, de manière effective et globale, condamnés et sanctionnés unanimement – et non plus « contextualisés » – les massacres de victimes totalement sans défense.
[1] Déclaration concernant les buts et objectifs de l’organisation internationale du travail.
Avec nos politiques, coupables de passivité, les mouvements « antiracistes » sont responsables de la propagation de l’islamisme. Sous couvert d’antisionisme, ces faux gentils ont permis à la haine antijuive de se faire applaudir par la gauche perdue dans ses flatteries musulmanes.
Voyez comme ils mentent : les politiques et les faiseurs d’opinion feignent de découvrir l’affreux visage du Hamas antijuif et anti occidental. En réalité, les couards n’ont jamais voulu dire la vérité sur l’islamisme conquérant qui se déchaîne contre Israël. Depuis trente ans, les « élites » aplaties trompent les Français en récitant l’ode d’une « religion de paix et de tolérance ». Mais le sabre a toujours été l’allié de la « Pax islamica ». Pour avoir supporté avec d’autres le pilonnage des empêcheurs de dire, j’ai pu mesurer la lâcheté de ceux qui dénoncent des racistes et des islamophobes chez les lanceurs d’alerte. Si Boualem Sansal ou Malika Sorel avaient seulement été entendus, la nation n’en serait pas à craindre un scénario à l’israélienne dans ses cités islamisées. « Tous collectivement, nous avons été faibles », a dit Gérard Larcher, président du Sénat, le 11 octobre sur Europe 1, en se fondant dans la masse. Mais seule la lâcheté des dirigeants hébétés a fait le lit de la« peste brune » que Gérald Darmanin dénonçait en 2018, chez les gilets jaunes déboulant des provinces. Une fois de plus, le réel explose à la figure des dénégationnistes dans une violence qui se répand. Oui, la France abrite ses sicaires djihadistes et leurs collabos. Ils rêvent de guerre et de pogroms. Trois ans après la décapitation de Samuel Paty, Dominique Bernard, professeur de français, spécialiste de René Char et de Julien Gracq, a été égorgé, le 13 octobre, aux cris d’« Allah Akbar » dans son lycée d’Arras par un ancien élève fiché S. Le pire est partout envisageable. Cependant, les responsables du désastre ne s’excuseront jamais de leurs dénis ni de leur pleutrerie. La colère des Français dupés est immense.
Les mouvements « antiracistes », qui s’étaient opposés, en 2014, à l’expulsion de la famille du meurtrier d’Arras, sont les premiers responsables de la propagation islamiste. La voici révélée dans sa démence antisémite par le Hamas tueur d’enfants, de femmes et de vieillards. SOS Racisme, la Licra, le MRAP, la Cimade, la Ligue des droits de l’homme et autres sermonnaires s’acharnent encore sur les plus lucides pour les faire taire. L’historien de la Shoah Georges Bensoussan, poursuivi naguère en justice pour avoir dénoncé la judéophobie islamique, peut en témoigner. Les faux gentils ont permis à la haine antijuive de se faire applaudir, sous le faux nez de l’antisionisme, par la gauche perdue dans ses flatteries musulmanes. Les socialistes, communistes et écologistes, qui reprochent à Jean-Luc Mélenchon ses compromissions idéologiques avec le terrorisme palestinien et ses désinformations, étaient à ses côtés en novembre 2019 pour participer, avec les islamistes du CCIF hurlant « Allah Akbar ! », à la manifestation de la honte « contre l’islamophobie ». Les Frères musulmans, qui cornaquaient la démonstration parisienne, sont les mêmes qui soutiennent le Hamas à Gaza et accusent faussement les Israéliens d’y avoir tiré sur un hôpital servant de refuge à des civils. Les belles âmes collaborationnistes, encouragées par des élus tétanisés par l’islam, ont fait le lit de la bête immonde. Elle est prête à répondre aux ordres qui pourraient enflammer la contre-société.
« Je ne parlerai jamais d’“ennemi intérieur” », avait déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian après les attentats parisiens de 2015 signés par Daech. Ce raisonnement de vaincu reste celui de la classe politique pétocharde. Elle redoute la « stigmatisation » de la communauté musulmane, dont le silence face aux horreurs islamistes devient pourtant assourdissant. Le bilan de cette capitulation a été dressé par Emmanuel Macron le 12 octobre, dans un appel à « rester unis ». En réalité, le chef de l’État sait qu’un affrontement contre une « cinquième colonne » et ses alliés est envisageable. Les ingrédients d’une possible guerre civile ont été rendus possibles par une sacralisation irréfléchie de la société ouverte et « métissée ». Du nouveau Babel devait naître le meilleur, aux dires des penseurs en chaise longue d’un irénique cosmopolitisme. La « créolisation » a produit le pire, tant il était évident que les civilisations ne sont pas faites pour se fondre dans un universalisme abstrait. Henry Kissinger a évidemment raison quand il déclare à Politico, à propos des manifestations pro-Hamas : « C’est une grave erreur de faire entrer autant de gens de culture, de religion et de concepts totalement différents car cela créé un groupe de pression à l’intérieur de chaque pays. » Cela fait trente ans que ce truisme est contesté par la prosélyte religion diversitaire.
Le scandale est de voir les falsificateurs pérorer encore. Or, il ne faut rien attendre de dirigeants dressés à penser faux. Les « élites »s’indignent soudainement de découvrir que des fonds de l’Union européenne arrivent dans les caisses du Hamas, que le Qatar, financier du mouvement terroriste, bénéficie en France d’avantages exorbitants octroyés notamment par Nicolas Sarkozy, que les Frères musulmans ont pignon sur rue et que Karim Benzema serait des leurs. In extremis, l’Assemblée nationale a annulé, après l’offensive du Hamas, l’invitation faite par la députée LFI Ersilia Soudais à Mariam Abu Daqqa, militante palestinienne du FPLP, terroriste jugée expulsable. Les plus lucides du gouvernement acceptent parfois, avec prudence, d’établir un lien entre le terrorisme et l’immigration de masse. Mais c’est en Suède, théâtre d’une guerre de gangs, que le Premier ministre Ulf Kristersson a osé dire, en appelant l’armée en renfort : « C’est l’immigration irresponsable et l’échec de l’intégration qui nous ont conduits à cette situation dramatique. » Dans la débandade, le RN se pose désormais en protecteur des juifs. Toutefois, c’est aux Français d’origine française (ils sont encore trois sur quatre, selon Michel Aubouin) et à tous ceux qui les ont rejoints au fil du temps, de prendre eux-mêmes la parole, par référendums, pour rappeler à leurs dirigeants faillis que capitulations et traîtrises ont assez duré. Le 7 octobre, Israël s’est montré vulnérable. La France l’est plus encore. Il est urgent de la secourir.
Constance Courson publie "Le corps de l'écrivain", son premier roman. D.R.
Constance Courson, qui signe son premier roman, n’est vraiment pas le genre de féministe qui passe ses journées derrière un écran de smartphone afin de déconstruire l’homme blanc occidental…
La bonne nouvelle est apportée par le vent d’ouest. Il s’agit d’un premier roman, Le Corps de l’écrivain, signé Constance Courson. Sa maison d’éditions, La part Commune, se trouve à Rennes, la région Bretagne participe à la publication de l’ouvrage, et l’histoire commence dans les rues de Rennes. C’est peu dire que la Bretagne est à l’honneur ! Même si ce road trip nerveux s’achève dans la baie du Mont Saint-Michel, c’est-à-dire administrativement en Normandie…
Pérégrinations à la Kerouac
Si la Bretagne est donc à l’honneur, la littérature ne l’est pas moins. Celle des grands stylistes, révérée par Constance Courson. D’entrée de jeu, la narratrice, un peu le double de l’auteure, place la barre très haut. Elle cite Chateaubriand, Proust, Millet, des écrivains dont la phrase est ductile et serpente souvent sur une page entière, sans dérouter le lecteur. Courson s’inspire en partie de ces écrivains, sans jamais nous perdre dans les méandres de ses phrases, ce qui est une prouesse. Mais la narratrice aime prendre des risques. La vie bourgeoise, molle et pusillanime, ne la fait pas vibrer. Sa jeunesse ressemble à une pelouse plate, jusqu’au jour où l’œuvre de Jack Kerouac frappe à sa porte et l’incite à refaire le trajet de l’écrivain américain, quand celui-ci s’était rendu à Brest en 1965, sur les traces de son ancêtre breton. La narratrice prend son sac à dos, y fourre des carnets à remplir, met des couteaux dans ses poches, car l’époque l’exige, et c’est le départ pour l’aventure. Cette impulsion est donnée par la lecture, c’est émouvant car on ne croyait plus qu’une trentenaire pût répondre à l’appel de la route, des bois et de la mer. La narratrice va coucher dans la rue, rencontrer des personnages déréglés, alcooliques, drogués, elle va leur tenir tête, ne jamais flancher sous leurs coups, résister à leurs provocations de machos décérébrés. Mais n’allez pas faire d’elle une féministe qui passe ses journées derrière un écran de smartphone afin de déconstruire l’homme blanc occidental. Les formules de Courson frappent fort. Elle ne retient pas ses uppercuts. Le récit sent la tripe, les odeurs d’urine et de pieds ; les fluides corporels abondent. Elle met sa peau sur la table, « excitée par l’alcool et l’air marin ».
Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud…
Dans sa longue marche au milieu des fougères, dans de sombres forêts de chênes désertées depuis belle lurette des fées, elle tombe sur un curieux personnage, Médéric, un ex-légionnaire, entouré de quelques potes, anciens militaires eux aussi, qui savent manier la kalachnikov. Le soldat a fait la guerre « pour de vrai », pas dans un jeu virtuel ; il a combattu en Afghanistan, connaît les horreurs commises par les deux camps. Le récit de Médéric se superpose à celui de la randonnée de la narratrice. Le roman n’en est que meilleur. L’amour rôde également, mais il est impossible. Médéric croit aimer la narratrice, mais il ne peut chasser de son esprit une très jolie jeune femme que son groupe de militaires avait capturée dix ans auparavant en Afghanistan, « où elle combattait avec une vingtaine de djihadistes dont aucun n’avait dépassé les vingt-cinq ans », une femme qui se battait avec la même violence au ventre que les hommes. Si, si, ça existe.
Constance Coulon traque, avec courage, les mensonges et les dérives de la société contemporaine. Elle enrage de constater ce qu’elle fait dire, de façon triviale, à Médéric : « la langue française est tombée au ras des pâquerettes ». Il y a une très belle description de la traversée du goulet de Brest, en bateau ballotté par le clapot, après avoir longé les imposantes falaises de la côte. Ces décors naturels fortifient le style, déjà puissant, de Constance Courson. C’est à regret qu’on referme ce premier roman qui en appelle un deuxième. Comme le large, sur les hauteurs de Brest, nous invite au voyage, parfois sans retour.
Constance Courson, Le Corps de l’écrivain, Éditions La Part Commune.
Le Cherche Midi publie un recueil de dessins choisis et présentés par Philippe Geluck du plus incendiaire des caricaturistes du XXᵉ siècle.
À intervalles plus ou moins réguliers, Chaval, de son vrai nom Yvan Francis le Louarn (1915-1968) revient hanter l’histoire du dessin d’humour français. Tous les cinq ou dix ans, son trait sans rédemption possible, sec comme un coup de trique, à l’anarchisme non revendicatif, abyssal par sa profondeur, qui ne se veut pas rigolo du tout, agit comme un uppercut. Il met le feu à chaque page. Les lecteurs d’hier et d’aujourd’hui ne peuvent résister à la noirceur de ce bourgeois bien sous tous rapports qui finira par se suicider au gaz. On ne lui reconnaît aucun véritable successeur et cependant, tous les dessinateurs, de Cabu à Sempé, de Bretécher à Reiser, ont puisé dans cette œuvre asphyxiante, la force du désespoir et aussi les raisons de persévérer dans une profession jadis ingrate désormais mortifère. Chaval a semé la zizanie dans la presse écrite, à Match, au Nouvel Observateur, à Sud Ouest ou au Figaro Littéraire, en pratiquant une caricature éminemment politique sans s’attacher à un quelconque sujet d’actualité ; il fut le maître d’une forme d’illustration assassine à la violence sous-jacente et aux ressorts nihilistes. Chaval croque l’indifférence et la méchanceté des Hommes, le ridicule et le pathétique de personnages transparents qui ressemblent physiquement à Alexandre Vialatte ou à Jacques Dufilho, l’arrogance vaine des vies normales était peut-être sa seule minuscule joie intérieure. Il décale notre regard et désoriente nos réflexes de pensée par un style narratif radical. Ses légendes, raides et nerveuses, rappellent le talent d’un Félix Vallotton. Mais de quoi pouvait-il bien rire ? Pierre Ajame qui publia un livre posthume d’entretien avec lui, affirmait à la Radio Télévision Suisse en 1976 que Malraux parlant de l’Espagne pouvait l’amuser. Ce type-là commence à nous plaire. Dans son appartement « lugubre » de la rue Morère, près de la Porte d’Orléans, Chaval seul, à la misanthropie galopante et instable, fustige les cons, grand ensemble dans lequel il ne s’extrait pas. Chez lui, tout est con, dérisoire, futile, un peu las et un peu bête. Avec Chaval, le lecteur se prend directement un mur en pleine face et il en redemande. Il est sans filtre, donc nocif, donc indispensable. Il ne plairait pas à nos nouveaux inquisiteurs qui veulent, soit nous culpabiliser, soit nous éduquer, le dessin de Chaval se suffit à lui-même.
D.R
Chez lui, tout est con, dérisoire, futile, un peu las et un peu bête
D.R
Son esthétique puissamment débarrassée d’artifices doit beaucoup à son travail de graveur. « Il détestait le style artiste » affirmait Pierre Ajame. Il avait appris son métier à l’Académie des Beaux-Arts de Bordeaux et vénérait la technique pure. Il était classique, ce qui en faisait déjà, à son époque, un anticonformiste. Il préférait Buster Keaton à un Chaplin trop larmoyant. Il ne dirigeait pas son crayon contre le système, contre une autorité particulière et militait encore moins pour une cause. Sa dissidence naturelle, presque maladive, le poussait à voir l’absurdité du monde dans la banalité de comportements anodins. Sa légende noire aura été sa meilleure publicité pour durer dans le temps. Il reste le plus extrémiste des dessinateurs qui a réussi à ne pas se parjurer dans la vulgarité ou la provocation facile. Il aura été très loin dans l’humour à froid. Cet admirateur de Pierre Etaix et de Samuel Beckett, qui avait pour ami Bosc, réapparait donc régulièrement dans les rayons des librairies. Je me souviens d’avoir fait sa connaissance en 1995 avec le recueil Chaval inconnu déjà publié par Le Cherche Midi. L’éditeur continue cet automne son travail d’exploration en faisant paraître La vie selon Chaval, une sélection de dessins choisis par Philippe Geluck, l’un de ses plus grands fans. « Il traite des gens ordinaires et des sujets de tous les jours, mais dans une résolution qui agace ou subjugue. Cela ne ressemble à rien de ce qui existe, tant par les idées que par leur réalisation formelle » avertit le créateur du chat dans sa préface. « Le public s’est-il rendu compte de l’immensité de ce qu’il apportait ? Je ne le pense pas » regrette le dessinateur belge. Chaval qui excellait dans le muet et était ravageur dans la phrase courte, ne risque pas de tomber dans l’anonymat. Car son absence de message est bien la seule chose compréhensible et audible dans notre société actuelle.
La vie selon Chaval – Dessins choisis et présentés par Philippe Geluck – Le Cherche Midi