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Arielle Dombasle sur MeToo: «Le ressentiment, la revanche s’en mêlent et je n’aime pas ça»

Entretien avec Arielle Dombasle (2/2)

Arielle Dombasle sur MeToo: «Le ressentiment, la revanche s’en mêlent et je n’aime pas ça»
Arielle Dombasle par Pierre & Gilles pour l'album Extase, 2000 © Pierre & Gilles

Esthète extrême, Arielle Dombasle a fait de la beauté et du désir une raison d’être. En érigeant le paraître en moyen d’expression, elle se protège de la vulgarité du monde. Entretien avec une artiste mystérieuse et inclassable. Propos recueillis par Yannis Ezziadi.


Relire la première partie

Avez-vous besoin d’être entourée de beauté pour vivre sereinement et quelles sont ces manifestations de la beauté auxquelles vous tenez ?

Il m’est absolument nécessaire de vivre entourée par la beauté. Il y a une phrase d’un Japonais dont j’ai oublié le nom qui dit « seul celui qui vit pour la beauté mourra dans la beauté ». Je fuis de toutes mes forces ce que je considère être la laideur. Dans les manifestations de la beauté dont j’ai besoin pour vivre, il y a l’éclat de rire. C’est quelque chose de tellement mystérieux… c’est d’une suprême beauté. C’est le propre de l’homme. J’ai fait plein d’expériences pour tenter de faire rire des animaux, mais sans succès. Le rire est un miracle de l’homme. J’ai besoin de contempler la beauté des cieux… des arbres… Et l’autre beauté dont j’ai besoin est celle des objets, des meubles et des œuvres qui m’entourent. Cela me vient de ma famille. C’étaient de vrais collectionneurs. Oui, j’ai été élevée comme cela. Chercher l’harmonie… Lorsque je joue longtemps dans un endroit et que la loge est insignifiante, dépourvue de charme, je la décore. Je mets tout un système de fleurs, de gâteaux, de lumières, de photos, de petits mots…

La beauté apporte-t-elle le bonheur ?

La beauté fait partie des grands moments de bonheur de la vie. Elle conduit à la sidération, au vertige, à toucher le sacré, elle est évidente. Toutefois, on ne comprend pas pourquoi c’est évident, pourquoi nous sommes saisis par le beau. Je me souviens d’une exposition de Pollock. Un Pollock ressemble à un autre Pollock… Et néanmoins, il y en a un qui est plus beau. Et ce qui est mystérieux c’est que plusieurs personnes, spontanément, estiment que celui-ci est plus beau. L’évidence de la beauté est suprême et très mystérieuse… Elle vous fait croire en l’homme.

On a l’impression que votre force est de vous ficher du bon goût, de ne pas vous soucier du ridicule. Sur son rapport au sacré, Dom Juan dit : « C’est une affaire entre le ciel et moi. » Sur votre art, face aux critiques vous semblez penser : « C’est une affaire entre la beauté et moi. »

C’est certain. La phrase d’ailleurs que je mets en exergue, dans ma vie, est celle de Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde. » La beauté est au-delà du bon et du mauvais goût. Je ne me pose même pas la question…

Vous aimez être belle. Jusqu’à la mort si l’on vous écoute chanter dans votre album Glamour à mort, écrit pour vous par Philippe Katerine : « Quitte à mourir autant être belle, quitte à mourir autant que ce soit en Saint-Laurent. » Votre désir d’être belle va-t-il de pair avec un désir de séduire ?

La beauté, c’est quelque chose qui vous est donné. La séduction, c’est autre chose. J’aime être séduisante, mais pas séductrice. Être séduisante, c’est que l’autre soit séduit, et s’en étonner ! Dans la joie…

Pensez-vous que les mouvements tels #metoo, #balancetonporc ainsi que les accusations dans les médias (dont les accusés sont souvent blanchis par la justice) peuvent mettre en danger la séduction, la drague, peuvent paralyser les relations mystérieuses et troubles de désir entre les êtres ?

Le désir est au cœur de nos existences, non ? J’en ai fait du reste un film, pour moi essentiel, qui s’appelle La Traversée du désir. C’est une chose énigmatique et qui nous dépasse. Le monde est un balancier, et aujourd’hui nous sommes à un extrême de rigueur et de délation générale, peut-être nécessaire mais dangereux. Le ressentiment, la revanche s’en mêlent et je n’aime pas ça. S’y mêlent aussi la peur de l’inconnu, la peur du mystère et de l’incompréhensible, du désir même. De nouveaux mots nous éclatent au visage comme le « consentement » ou l’« emprise ». Moi, je dirais que la beauté du désir est suprême et violente, que c’est très difficile d’y résister, et que depuis l’aube de l’humanité on essaye en vain d’y mettre des règles, car c’est un feu sacré et fou. La théorie du consentement est très difficile à cerner. Est-ce que vous consentez à être terriblement malheureux ? À aller, par amour, dans des abîmes effrayants quitte à vous détruire ? Ou simplement, consentez-vous à être amoureux ? Que répondre ?

On parle souvent d’emprise à propos d’hommes de pouvoir se servant de leur statut, de leur argent ou de leurs relations pour séduire de jolies jeunes femmes. Mais la beauté des femmes (ou des hommes) n’est-elle pas aussi parfois un moyen d’emprise sur le Monsieur en question ? La beauté n’exerce-t-elle pas un pouvoir ?

En effet, la beauté est une force incroyable et évidente. La beauté peut foudroyer et faire jaillir le désir comme une tragédie. Certains savent s’en servir, évidemment, comme un outil de pouvoir. C’est un pouvoir tout comme la jeunesse ou la richesse. Nous naissons avec nos vertus, nos avantages et nos tares… À nous d’en jouer. Et ce peut être très injuste… La beauté peut être une force dangereuse et divine. Baudelaire encore une fois l’écrit… « Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme, / Ô beauté ! Ton regard, infernal et divin, / Verse confusément le bienfait et le crime, / Et l’on peut pour cela te comparer au vin. »

La Naissance de Vénus, Sandro Botticelli, vers 1484-1485 © Wikimedia Commons

Pour conclure, quelle œuvre illustre pour vous magistralement le beau ?

Oh… Difficile à dire… Peut-être La Naissance d’Aphrodite par Botticelli. Et le visage du Christ dans sa douleur, car c’est le sommet du mystère. Dieu n’est plus absent, il s’incarne enfin pour être celui qui a toutes les faiblesses de l’homme, pour être l’égal des autres hommes. Et ça, c’est d’une beauté foudroyante. Il est le premier à dire « Aimez-vous les uns les autres » alors que la nature nous dit « Mangez-vous les uns les autres ». C’est un défi aux étoiles, c’est d’une grandeur indépassable. La première fois que je suis entrée dans une église à l’âge de 4 ans et que j’ai vu cet homme crucifié sans comprendre de quoi il s’agissait, j’ai fondu en larmes. Ce visage… et l’idée qu’on a construit toute une église autour de lui m’ont fait comprendre la transcendance : la plus grande des beautés.

Mars 2022 - Causeur #99

Article extrait du Magazine Causeur


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est comédien.

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