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Gare… à la statue!

Sur la Grande place de la Gare à Rotterdam, une statue monumentale d’une femme noire en jogging divise l’opinion. Qu’est-elle censée représenter ? À quel genre d’art de propagande pourrait-elle renvoyer ? Telles sont les questions que pose notre chroniqueur.


Pas la même chose, et pourtant…

Loin de nous l’idée de mettre le wokisme ou le multiculturalisme sur le même plan que des doctrines totalitaires comme le communisme ou le fascisme. Cependant, aux Pays-Bas, les commentaires dithyrambiques et quasi unanimes sur le dernier symbole d’une doctrine qui ne dit pas son nom en agacent plus d’un. De quoi s’agit-il ? D’une statue de bronze haute de quatre mètres représentant une jeune femme noire qui, dans un jogging affaissé, chaussée de baskets et d’un T-shirt nonchalamment ajusté, surplombe la gare centrale de Rotterdam. Dévoilée le 3 juin dernier, elle a fait couler beaucoup d’encre, ou plutôt d’eau bénite, dans une presse majoritairement acquise à sa cause, c’est-à-dire « le vivre-ensemble imposé. » La jeune femme ne porte pas de nom. Son créateur, l’artiste anglo-caribéen Thomas J. Price, connu pour des œuvres similaires en Angleterre et aux États-Unis, l’a baptisée « Moments Contained ». Il faut être fin connaisseur pour y comprendre quelque chose, et les explications de M. Price ne sont pas éclairantes. Mais l’essentiel dans cette histoire n’est pas de savoir si la statue est belle ou laide, à chacun d’apprécier. Ce qui importe ici, c’est le choix d’une œuvre d’art colportant un message idéologique sur une des places les plus courues de la grande ville portuaire; c’est cela qui procure un certain malaise.

Au service de sa majesté multiculturelle

Comme l’Union soviétique et l’Allemagne nazie se servirent d’un art d’État pour inculquer leurs doctrines, ceux qui gouvernent les Pays-Bas se servent de méthodes, certes moins tape-à-l’œil, pour vanter une idéologie qui se veut humaniste. Et même si elles ne sont jamais nommées, les allusions à l’idéal multiculturel sont aussi peu subtiles que la statue de la géante sur la Place de la Gare.

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Là où le sculpteur allemand Arno Breker et des artistes de l’Italie et de l’Espagne fascistes tentèrent de créer une image idéale de l’homme et de la femme de l’ère nouvelle, la version politiquement correcte néerlandaise manque un peu de dignité.  La jeune femme est vêtue de haillons modernes, et de son regard n’émane aucune passion pour l’idéal qu’elle est censée incarner, mais plutôt une indifférence frôlant l’impertinence vers ceux qui, à ses pieds, osent lever le regard vers elle. Elle cadre parfaitement avec la vision multiculturelle des autorités et de certains médias qui, sur ce terrain, ne tolèrent aucune dissidence. Le quotidien NRC, lu par l’élite libérale, déclare sans ambages : « Rotterdam peut s’estimer heureux de cette statue d’une jeune femme noire et sûre d’elle qui symbolise la Hollande contemporaine, moderne et multi-culturelle. » Il faut consulter les réseaux sociaux ou des sites d’information et d’opinions à contre-courant pour trouver des avis contraires. La statue y est décrite comme « un gigantesque doigt d’honneur à tous ceux qui ne partagent pas l’idéologie d’État » : la jeune femme mettrait au défi les passants « d’embrasser la diversité, ou de crever! »

Une minorité parmi bien d’autres

Les symboles abondaient lors de son dévoilement, un après-midi particulièrement chaud sur une Place de la Gare bondée. Le maire de Rotterdam M. Ahmed Aboutaleb et la secretaire d’État à la Culture Mme Gunay Uslu, originaires respectivement du Maroc et de la Turquie, y côtoyèrent un des rarissimes hommes blancs, haut dignitaire du monde de l’art et collecteur de fonds très apprécié pour cette acquisition. Une journaliste d’une chaîne de télévision avoua, hors caméra, qu’elle était émue jusqu’aux larmes devant le spectacle de jeunes danseurs noirs accompagnant la cérémonie de force gestes militants; alors même que, depuis belle lurette, la majorité de la population de Rotterdam est constituée des descendants d’immigrés extra-européens, parmi lesquels les Noirs ne constituent qu’une minorité de plus. L’ennemi blanc est donc plutôt imaginaire.  

Et de son doigt accusateur…

Sur la Place de la Gare, Big Sister, ou « Big Sista » pour faire jeune, surveille les Rotterdamois, les poings serrés dans les poches de son jogging, déclare un admirateur dans la presse locale. De sa position élevée, elle pourra apercevoir la statue du politicien assassiné Pim Fortuyn, éclaboussée maintes fois. Tolérera-t-elle encore longtemps cet hommage à un affreux raciste ? Et ses foudres toucheront-elles ceux qui fulminent contre la sur-représentation de gens issus de la diversité dans le milieu criminel ? Attention, car elle est très soupe au lait, nous prévient son énième admirateur.

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Il reste quelques rares résistants dans les médias traditionnels, telle la chroniqueuse Rosanne Hertzberger, laquelle, liée pourtant au très woke journal NRC, voit la statue comme une « offense » à sa ville. Cela lui a valu des accusations de racisme de la part de membres de la rédaction. Dans son discours, on peut déceler l’angoisse que, dorénavant, autorités et médias ne cesseront de céder à la nébuleuse anti-raciste. Et l’appréhension que, bientôt, ce ne seront plus seulement les collègues qui la condamneront, mais la justice aux ordres de la géante de la Place de la Gare.

Redécouvrir Delon en tueur à gages

La fréquentation des salles de cinéma françaises remonte ces derniers temps, après le temps du Covid et des vaches maigres. Qui s’en plaindra ? Cependant, la qualité n’est pas forcément au rendez-vous au point qu’en ce mois de juin, on se tournera d’abord vers Jean-Pierre Melville…


Tourné du 19 juin au 5 août 1967, Le Samouraï, soit le dixième film de Jean-Pierre Melville, est sorti le 25 octobre de la même année. Un an après Le Deuxième Souffle, deux avant L’Armée des ombres, dans la courte filmographie du cinéaste qui compte au total 13 films en vingt-cinq ans. Pour l’occasion, il retrouve l’un de ses acteurs favoris, Alain Delon. L’impayable Wikipédia, consulté parce qu’il est toujours bon de rire un peu, précise en introduction qu’il s’agit d’une « histoire simple ». S’ensuit une tentative longue comme une petite nouvelle pour la raconter par le menu, cette histoire simple…

Jef Costello, dit le « Samouraï »

On se contentera de dire que Delon incarne Jef Costello, dit le « Samouraï », qui exerce la profession de tueur à gages. Soupçonné de meurtre par le commissaire joué par François Périer, il est relâché quand la pianiste du bar où le crime s’est déroulé prétend ne jamais l’avoir croisé… Et la pianiste, c’est Nathalie Delon. Ainsi commence donc cet opus du cinéaste le plus mystérieux du cinéma français. Derrière ses lunettes fumées, son chapeau américain, sa grosse voiture de même origine et son studio de tournage implanté dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, qui fut un jour dévoré par les flammes, il était assurément le principal organisateur de ce mystère tout en feignant à la perfection n’y rien comprendre. Parce qu’elle n’existe pas et n’existera probablement jamais, on se prend à rêver d’une biographie digne de ce nom telle que Renoir, Truffaut ou Godard en ont suscité par le passé et encore maintenant. Melville ferait-il peur ? Il est vrai qu’un type qui a quelque peu asséché le polar à la française en réalisant des films parfaits, tout en offrant à la Résistance française un écrin bien plus digne de ce nom que le calamiteux Chagrin et la Pitié, n’est guère de nature à rassurer le vaillant plumitif qui se risquerait. Et si c’était mieux ainsi ? Et si le nécessaire et régulier retour à ses sources, c’est-à-dire à ses films, valait bien mieux que de longs développements biographiques hasardeux ? Et si voir et revoir, par exemple, Le Samouraï, sur grand écran, cela va de soi, permettait de connaître Melville au plus près bien plus que n’importe quelle biographie de 1 000 pages ? C’est au fond une évidence. Les films de Melville parlent d’eux-mêmes, comme tous les films d’auteur. Certains considèrent ce Samouraï comme mineur. Ils ont définitivement tort, c’est au contraire dans l’œuvre de Melville un point majeur, une sorte de synthèse également qui résume ce qui a précédé et annonce les films suivants. Et d’autres films que ceux de Melville aussi, tant Le Samouraïa inspiré nombre de réalisateurs à travers le monde et notamment Asiatiques.


L’anti-Belmondo

Avec ce film, l’adjectif « melvillien » prend tout son sens et devient un terme officiel. Et Delon, qui entre avec ce film dans l’univers du cinéaste au Stetson vissé sur sa tête comme un totem, devient alors la figure emblématique, radicale et définitive du héros selon Melville. Entre ces deux-là, tout est parti du silence. Delon a raconté ce qu’il a dit à Melville quand ce dernier a commencé à lui lire son scénario : « Ça fait sept minutes et demie que vous lisez votre scénario et il n’y a pas encore l’ombre d’un dialogue. Cela me suffit. Je fais ce film. Comment s’appelle-t-il ? » Ce qui intéresse profondément Melville, qui se fiche en fait comme d’une guigne des références nippones, c’est de raconter l’histoire et le parcours d’un loup solitaire et blessé. Depuis la chambre de Jeff jusqu’au club de jazz, tout tend au monacal, à l’ascétique revendiqués. Et Melville d’évacuer aussi la vraisemblance et le réalisme au profit d’un être froid, impassible, aux mouvements rapides et au regard d’acier. L’anti-Belmondo, soit dit en passant. Belmondo, la figure partagée des premiers films de Melville, cède ici la place non à son alter ego, mais à son meilleur frère ennemi. Ainsi va Le Samouraï, imposant à tous son esthétique, sa grammaire et ses obsessions glacées et glaçantes. Delon est grand et Melville est son meilleur démiurge.

Montal, le cœur battant

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Jean-Pierre Montal, dans La Chamade, se révèle un excellent romancier antimoderne.


Mon confrère Thomas Morales a récemment fait l’éloge en ces colonnes de l’écrivain Jean-Pierre Montal, dont le dernier roman, Leur Chamade, paru aux éditions Seguier, est sélectionné pour le prix Renaudot. Comme à une course de relais, il me laisse le soin de chroniquer ce roman très réussi. Le titre fait bien évidemment référence au roman La Chamade de Françoise Sagan, adapté au cinéma en 1968 par Alain Cavalier, avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli. Olivia de Lamberterie, du Masque et la Plume, a qualifié le roman de « saganien et moderne. » Voilà qui ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick… D’autant plus que je qualifierais plutôt Montal d’antimoderne, selon la définition d’Antoine Compagnon: « Qui sont les antimodernes ? Non pas les conservateurs, les académiques, les frileux, les pompiers, les réactionnaires, mais les modernes à contre courant, malgré eux, ceux qui avancent en regardant dans le rétroviseur ». Cela commence par un enterrement, celui de la mère d’Edwige Sallandres, une architecte de 50 ans. Il va tirer le fil d’Ariane du récit, et en ouvrir également la boîte de Pandore… Jacqueline, la mère, a participé jadis au tournage de La Chamade, où on lui fit cadeau d’une robe Saint Laurent, qu’elle conserva toute sa vie. Comme un trophée et une preuve qu’elle fut, un court instant, au milieu d’un monde déjà en train de se déliter… Elle emporte ce monde et ses secrets, avec elle, dans la tombe. Car, même si cette robe en soie au bleu si particulier « ni ciel, ni marine, ni roi, plutôt comme une toile de jean », avait été conçue pour faire partie du tourbillon de la vie, Edwige décide que son rôle est maintenant d’accompagner sa mère dans la mort.


Haute couture et architecture

Des grands couturiers aux architectes, il n’y a qu’un pas. Et Montal est un fondu d’architecture – que dis-je – un obsessionnel de l’architecture. C’est d’ailleurs en réalité le sujet principal de son roman. Il m’a confié son admiration pour Parent et Pouillon, qui, selon lui, sont eux-mêmes des personnages de roman. Il les a donc incarnés à travers ses personnages. Le roman nous présente ainsi Daniel Giesbach, un architecte tendu, passionné, représentant de cette époque où les architectes avaient encore des rêves, établissaient des théories quelquefois fantaisistes, étaient des artistes en somme, parfois des escrocs, mais pas des fonctionnaires de l’appel d’offres.

A lire aussi: Frédéric Beigbeder: «La cocaïne, c’est la drogue de la débandade»

Poupée gigogne

Va se jouer une histoire d’amour entre Edwige Sallandres et ce Giesbach. En devenant elle-même architecte, et en prenant comme amant un bâtisseur idéaliste, Edwige Sallandres venge en quelque sorte son père, qui toute sa vie a rêvé d’architecture et n’est resté que simple entrepreneur en mobilier de bureau. Un personnage à la Sautet, un peu loser, déjà paumé dans son époque, mais rassurant, un type solide à la Montand dans Vincent, François Paul et les autres, le côté beau parleur en moins. Amour de l’architecture oblige, Jean-Pierre Montal m’a également confié avoir beaucoup travaillé sur la structure de son texte, et c’est ici que nous pouvons alors effectivement évoquer la modernité du roman. Le récit n’est pas linéaire, les allers retours entre le passé et le présent sont incessants, mais impeccablement liés entre eux. Edwige, née en 1969, une année après la sortie de La Chamade, tient le fil d’Ariane, et nous emporte dans un labyrinthe bien ficelé sans jamais perdre le lecteur. La structure de ce roman me fait également penser à une poupée gigogne, où s’empilent la fin des années 60, les robes Saint Laurent et le charme de Sagan déjà en train de se ternir. C’est d’ailleurs ce qu’affirme le petit jeune homme politisé du roman : « Un monde révolutionnaire n’aura pas besoin de Françoise Sagan » ! Cependant, Montal n’est pas Monsieur Nostalgie non plus (petit clin d’œil à Thomas Morales cité plus haut). Il dresse un constat objectif de ces années, un peu amer peut-être, désabusé bien sûr, mais évite l’écueil du « c’était mieux avant ». Grâce à son style nerveux, précis, clair comme de l’eau de roche, avec un je ne sais quoi très français, voire balzacien dans la description et la caractérisation des personnages, et une narration parfaitement huilée.

Leur chamade de Jean-Pierre Montal (Séguier), 256 p.

Leur chamade - prix Jean-René Huguenin 2023

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Monsieur Nostalgie

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Perros: Héraclite à Douarnenez

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Le poème du dimanche


Georges Perros (1923-1978) quitte en 1958 le Paris des lettres où il avait été comédien, lecteur pour Gallimard et collaborateur de la NRF. On connaît ses Papiers Collés, œuvre composée de fragments, de notes, de remarques qui sont aussi l’autoportrait d’un Héraclite finistérien qui a compris qu’on ne se baignait jamais deux fois dans le même fleuve. C’est aussi un Pascal bigouden qui sait que tout le malheur de l’homme est de ne pas savoir rester seul dans sa chambre. Perros, lui, sait: dans sa « mansarde » de Douarnenez comme il appelle son bureau où tout s’entasse, la radio branchée sur France Musique, il écrit encore et toujours.

Perros ne regrette rien, il a assez vécu comme ça. On peut lire ce renoncement dans La vie ordinaire, un poème-roman autobiographique en octosyllabes. C’est une poésie très élaborée et très simple à la fois, loin des officines formalistes, avec des mots de tous les jours et des gens à l’intérieur, la famille, les amis poètes, mais aussi les copains pêcheurs dans les bistrots. Perros y dit tout ou presque de cette existence avant ce repli sur soi qui semble, par les temps qui courent, la seule attitude un peu digne.


(extrait)

J’avance en âge mais vraiment
je recule en tout autre chose
et si l’enfance a pris du temps
à trouver place en moi je pense
voilà qui est fait et je suis
devenu susceptible au point
qu’on peut me faire pleurer rien
qu’en me prenant la main Je traîne
en moi ne sais quelle santé
plus prompte que la maladie
à me faire sentir la mort
Tout m’émeut comme si j’allais
disparaître dans le moment
Ce n’est pas toujours amusant.

Une vie ordinaire

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Fonds Marianne: l’arbuste qui cache la forêt

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Le « scandale » du fonds Marianne n’intéresse que les journalistes et les militants politiques d’extrême-gauche qui rêvent de se payer la Secrétaire d’État à l’Economie sociale et solidaire.


L’affaire du Fonds Marianne serait-elle une diversion de l’extrême-gauche et des associations qui profitent habituellement de la générosité forcée du contribuable français ? La question du financement des associations, tonneau des Danaïdes financier et idéologique bien de chez nous, sera peut-être ouverte à la suite de cette enquête au Sénat visant Marlène Schiappa. Il y a d’ailleurs fort à parier que l’arroseur se retrouvera lui-même bien vite arrosé.

Amis sénateurs, lisez plutôt les rapports de l’IFRAP

Sous nos latitudes hexagonales, les associations dites « d’intérêt public » sont grassement entretenues par l’argent public, c’est-à-dire par la contribution fiscale des travailleurs français. Comme souvent, la règle est l’opacité. Il est en effet extrêmement difficile d’obtenir des chiffres fiables et récents sur le montant des subventions publiques allouées à la nébuleuse associative française, véritable aspirateur à milliards sonnants et trébuchants. La Fondation Ifrap indique qu’en 2017, les subventions directes aux associations représentaient une somme de près de 22,89 milliards d’euros. À ce montant, il convient d’ajouter la commande publique, soit 27,1 milliards d’euros supplémentaires. Grosso modo, les associations reçoivent entre 45 et 50% de leurs financements… du public.

A relire: Marlène Schiappa: «Ça fait bientôt six ans qu’on dit que je ne passerai pas le printemps!»

Rendez-vous compte que pour la seule année 2017, les associations ont recueilli pas moins de 50 milliards d’euros. 50 milliards d’euros. De quoi donner le tournis. Et chaque année que Dieu fait, la République via ses collectivités locales, l’État, et, donc, vous, distribue allègrement votre argent sans aucun contrôle particulier. Le consentement à l’impôt est la plus grande escroquerie intellectuelle de notre époque. On vous ponctionne mais vous n’avez aucun contrôle sur ce qui est fait du fruit de votre labeur. Que pèsent donc ici les quelques 2,5 millions d’euros dont a été doté le « Fonds Marianne » créé après l’assassinat de Samuel Paty afin de « financer des personnes et associations qui vont porter des discours pour promouvoir les valeurs de la République et pour lutter contre les discours séparatistes » ? Pas grand-chose à la vérité.

SOS Racisme: « Marlène rends l’argent » 

Oh, le ministère délégué chargé de la Citoyenneté qu’occupait Marlène Schiappa au moment des faits n’est pas exempt de reproches, ni les différents acteurs de cette pathétique affaire montée en épingle, à commencer par l’agressif Mohamed Sifaoui qui s’est montré très impoli face à la représentation nationale ou les usual suspects de Conspiracy Watch qui sont finalement les meilleurs ambassadeurs du dangereux phénomène qu’ils dénoncent[1]. Mais voir SOS Racisme déclarer sur Twitter « Marlène rends l’argent » quand on sait ce que cette association ultra-politisée a encaissé depuis 40 ans, pour littéralement couper le sifflet des Français sur quantité de sujets, ne peut que donner la nausée.

Au moins, Marlène Schiappa avait de bonnes intentions

La réalité du financement associatif et de la commande publique en la matière peut être résumée en rappelant deux affaires : Théo Luhaka et Lundy Granpré. Un des frères de Théo Luhaka dirigeait l’association Aulnay Events qui aurait détourné en 18 mois plus de 678 000 euros de subventions attribuées au titre des « emplois aidés »… tout en laissant 350 000 euros de cotisations sociales impayées et en régalant toute la famille. Quant à Lundy Granpré, cette association n’a été portée à notre connaissance qu’à la faveur de la diffusion d’une représentation filmée de ces activistes de l’écosexualité, c’est-à-dire plus prosaïquement des écolos sous LSD qui se roulent en tenues d’Eve et d’Adam dans la terre devant des spectateurs ébahis.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La France en shoot libre

Ce sont donc tous ces gens-là, à commencer par les élus de la NUPES, qui fustigent Marlène Schiappa. Cette dernière a peut-être certes manqué à son devoir de surveillance et laissé faire d’innombrables parasites spécialistes de la captation de l’argent magique d’État, mais elle n’a été qu’un maillon pas si mal intentionné d’un système de détournement généralisé dont les méthodes oscillent entre la mendicité et le racket en bande organisée. Vivement une enquête sur le financement des associations et non simplement sur le Fonds Marianne. Préparons le popcorn.


[1] en mélangeant tout, ils vont finir par renforcer le complotisme plutôt que l’affaiblir NDLA

Notre faute, notre très grande faute?

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« Les espoirs de retrouver des survivants s’amenuisent de minute en minute après ce naufrage tragique, mais les recherches doivent continuer » a déclaré Stella Nanou, porte-parole du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés en Grèce. Le drame de la frêle embarcation de migrants clandestins ayant chaviré au large de Pylos, dans la péninsule du Péloponnèse, n’est pas le premier du genre. Les mêmes critiques sont sempiternellement adressées à l’Europe, coupable de ne pas accueillir à bras ouverts les migrants.


Mercredi 14 juin, un bateau de pêche surchargé d’au moins 400 migrants a coulé dans les eaux internationales au large de la côte grecque. On déplore 79 noyades et un nombre inconnu mais sûrement élevé d’autres personnes portées disparues jusqu’à nouvel ordre. Les autorités grecques ont arrêté neuf individus, d’origine majoritairement égyptienne, accusés d’être des trafiquants de vies humaines. 

Les médias en France comme ailleurs ont beaucoup parlé de cette tragédie, et à juste titre. Pourtant, de nombreux commentateurs (femmes et hommes politiques de gauche, représentants d’ONG, militants déguisés en universitaires…) sont montés au créneau pour pointer du doigt les institutions qu’ils croient responsables de ce drame qui n’est pas le premier de ce genre et ne sera malheureusement pas le dernier. En tête de la liste des coupables, l’Union européenne dont la politique migratoire est jugée peu accueillante. Selon le chœur des dénonciateurs, il faudrait simplifier le processus de demande d’asile et multiplier les itinéraires sûrs permettant aux migrants d’arriver en Europe. Si de telles mesures étaient prises, les réfugiés trouveraient asile chez nous, les passeurs n’auraient quasiment plus de clients et les tragédies comme celle du 14 juin seraient évitées. 

La seule objection qu’on peut faire à ce beau programme, c’est qu’il ne marcherait pas. La situation créée serait même pire que l’actuelle. Pourquoi? 

Le premier problème avec l’approche soi-disant humanitaire est évidemment l’absence de distinction entre réfugiés authentiques, chassés de leurs maisons par une guerre, et migrants économiques cherchant une vie meilleure. Cette absence de distinction empêche de faire une autre distinction, essentielle, concernant les causes des flux migratoires. C’est la distinction entre les facteurs dits « push » et « pull ». Côté « push », des personnes peuvent vouloir fuir des zones de combat ou de famine pour trouver refuge ailleurs. Côté « pull », elles peuvent être attirées par les libertés, les opportunités économiques et les conforts offerts par la vie en Europe. De façon cruciale, plus les gens voient d’autres partir de chez eux pour une meilleure vie, et plus ils entendent des récits (communiqués par smartphone) de migrants ayant réussi le voyage jusqu’en Europe, plus ils sont motivés pour partir eux-mêmes. 

Un flux incessant et qui s’intensifie

C’est comme si les apôtres de l’approche humanitaire imaginaient que, dans chaque pays d’origine, il y avait un nombre précis et limité de réfugiés. Il suffirait de les faire venir en Europe, de drainer cette « poche » de population sans abri, déplacée, pour retrouver un équilibre où tout le monde se trouve là où il est en sécurité, que ce soit en Europe ou dans les pays d’origine. Ils ne voient pas que, augmenter le nombre de personnes qui sont accueillies sans trop d’obstacles, c’est augmenter le nombre de celles qui voudront venir. 

Et c’est là qu’intervient le deuxième problème. Car l’expansion de la demande ne mettra pas fin au modèle économique. Il créera deux marchés parallèles, l’un géré par les États et les ONG, l’autre par les passeurs. C’est comparable à la façon dont la légalisation de certaines drogues échoue à en briser le trafic illégal. En manipulant les prix et en étendant la variété de leur offre, les cartels agrandissent le marché. En termes de réfugiés, les mesures humanitaires démultiplieront les migrants que les Européens auront à accueillir et à intégrer, sans mettre fin aux bateaux surchargés qui courent le risque de couler. 

A ne pas manquer, notre dossier du mois: Causeur: Le bad trip français

L’exemple de la Manche est un cas d’école, car c’est un marché entièrement géré par des trafiquants. En 2022, quel était le pays d’origine numéro un des migrants clandestins qui ont fait la traversée dans des bateaux de fortune (selon les statistiques officielles) ? L’Albanie. Ce pays n’est pas en guerre. C’est même un pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Pourtant, en Albanie des villages entiers ont été vidés de leurs habitants qui ont été séduits ou contraints à partir par des réseaux criminels. Seul un accord entre les gouvernements britannique et albanais pour empêcher les départs et faciliter les rapatriements a pu diminuer le flux des Albanais en 2023. 

Une question économique et criminelle

Cette année, quel est le pays d’origine numéro deux des migrants de la Manche? L’Inde. Encore une fois, c’est un pays qui n’est pas en guerre. Plus étonnant encore, c’est un pays qui propose à ses habitants beaucoup d’opportunités légales et sûres pour émigrer au Royaume Uni: le regroupement familial, les visas d’études qui se transforment en visas du travail, les emplois pour les hautement qualifiés… S’il y a deux pays en dehors de la zone Schengen entre lesquels la migration est fluide, c’est bien l’Inde et le Royaume Uni (où le premier ministre et la ministre de l’Intérieur sont d’ascendance indienne) ! Pourtant, des Indiens paient aux trafiquants des milliers d’euros pour pouvoir passer en Europe et sont prêts à payer d’autres sommes fortes pour traverser la Manche.

Rishi Sunak et Emmanuel Macron, Paris, 10 mars 2023 © Blondet Eliot /POOL/SIPA

L’immigration est certes une question humanitaire, comme la tragédie récente nous l’a rappelé. Mais c’est aussi une question économique et criminelle. C’est même une question de psychologie humaine. Ce n’est pas par une solution simplement plus humanitaire qu’on réglera le problème de l’immigration clandestine. Une telle solution risque fort de l’empirer pour tout le monde. Sauf pour les passeurs. 

Jean-Michel Olivier: père du dimanche

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Dans Fête des pères, Jean-Michel Olivier, prix Interallié 2010, aborde un sujet peu traité dans le roman, celui des pères après le divorce.


Il se nomme Damien Maistre; il est né un mardi, à Genève, le 9 février 1971. Sa mère était institutrice et son père vendait des balances de précision. Il est acteur, a donné la réplique à Marion Cotillard et Sophie Marceau, a été dirigé par Nicole Garcia, Arnaud Desplechin, Jean-Pierre Mocky ou encore Patrice Leconte. Il se promène toujours avec un petit Beretta à la ceinture, à la crosse en ivoire gravée de ses initiales. Il aime mener une double vie, comme les agents secrets. Il possède deux passeports, un suisse et un français; deux appartements, un à Genève, l’autre à Paris. Il navigue parfois entre deux femmes et deux foyers. Entre ces deux personnages qu’il s’est créés, il ressemble à un funambule que le vide effraie.

A lire aussi : Notre Sollers qui est aux cieux

Blues du dimanche soir

Damien rencontre Leslie Nott, journaliste américaine. Elle semble sortie du roman Femmes de Philippe Sollers. Ce n’est pas un compliment. Damien raconte : « Leslie porte sur tout ce qui lui arrive, sur tout ce qui l’entoure un regard sévère, preuve de sa supériorité morale, en toute circonstance. » Il faudrait faire vite son sac. Mais il est trop tard. Un enfant naît de leur union. L’élection de Trump à la présidence précipite leur rupture. Damien devient dès lors un « père du dimanche ». Il se souvient de son propre père souvent absent. Il passait le dimanche avec lui, c’était agréable, mais le dimanche soir était un moment redouté. Damien : « Personne ne venait m’embrasser dans mon lit. » Le dimanche rimait avec abandon.


Damien ne dédaigne pas d’avoir recours à des prostituées. Le roman se teinte soudain de noir. Après avoir quitté une certaine Selma, Damien bute sur deux dealers gravement blessés qui lui confient un sac rempli de billets de banque. Le jour de la Fête des Pères, Damien décide de partir à l’aventure avec son fils. C’est le début d’une extravagante équipée qui les mène jusqu’à l’île d’Aran située à l’ouest de l’Irlande (un clin d’œil à Michel Déon ?), sur les traces de Nicolas Bouvier, romancier révéré par Damien. Bouvier est notamment l’auteur d’un magnifique récit de voyage, illustré par Thierry Vernet, intitulé L’Usage du monde (1963).

A lire aussi: Daniel Rondeau et Beyrouth ou la guerre perpétuelle

Amour mort

Jean-Michel Olivier, écrivain confirmé, qui a reçu le Prix Interallié pour L’Amour nègre (2010), signe avec Fête des pères un roman enlevé et émouvant. Il souligne les souffrances d’un « père du dimanche », sujet fort peu traité par la littérature contemporaine, comédien devenu has been une fois passé 50 ans, contraint à la fuite, mais sans jamais oublier l’enfant d’un amour mort. Jean-Michel Olivier écrit, à propos de ces demi-pères : « Ils sont condamnés à aller de l’avant sans jamais regarder en arrière, comme Orphée remontant des enfers : dans son dos Eurydice le suit, mais il est interdit de la voir. »

Jean-Michel Olivier, Fête des pères, Éditions de l’Aire/Serge Safran éditeur

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Simone Weil contre la réforme du lycée professionnel

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Dans un rapport de McKinsey commandé par l’Éducation nationale pour la modeste somme de 496 000 euros et rendu public, non sans difficulté, en janvier 2023, on pouvait lire : « Les connaissances académiques devraient laisser une place grandissante à des compétences cognitives avancées, numériques et socio-comportementales très liées avec l’insertion professionnelle et définies en partenariat avec des acteurs économiques. » Traduite en français, l’idée ne date pas d’hier : l’école est là pour adapter l’élève au marché du travail.

C’est par exemple la position de l’instituteur Gradgrind, personnage des Temps difficiles de Dickens, qui officie dans la ville de Coketown : « Les faits sont la seule chose dont on ait besoin ici-bas. Ne plantez pas autre chose et déracinez-moi tout le reste. Ce n’est qu’au moyen des faits qu’on forme l’esprit d’un animal qui raisonne : le reste ne lui servira jamais de rien. » Plus loin il dit donc vouloir « bannir le mot imagination à tout jamais ».

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On ne s’étonnera pas qu’Emmanuel Macron aille dans le sens de McKinsey et du personnage de Dickens quand il nous parle de sa réforme du lycée professionnel qui, comme toutes ses réformes, a pour but principal de provoquer, voire d’humilier, ceux qui vont devoir l’appliquer, à savoir les professeurs d’enseignement général en lycée professionnel. Management par objectifs et obligation de résultat des années 2020 rejoignent la philosophie utilitariste de l’époque victorienne. Cette vision d’un travailleur pour qui une culture littéraire, historique et philosophique serait inutile ou dangereuse est critiquée évidemment par les syndicats enseignants : « Ce choix relève d’une vision étriquée de la formation des jeunes réduite à un strict objectif d’employabilité. L’équilibre entre enseignements généraux et professionnels, permettant des poursuites d’études pour toutes et tous, est complètement balayé », explique un communiqué de la FSU.

Cette « vision étriquée » avait déjà été dénoncée en son temps, dans les années 1930, par la philosophe Simone Weil, qui avait fait l’expérience, bien avant les « établis » des années 1970, de La Condition ouvrière, en allant travailler en usine : « Puisque le peuple est contraint de porter tout son désir sur ce qu’il possède déjà, la beauté est faite pour lui et il est fait pour la beauté. La poésie est un luxe pour les autres conditions sociales. Le peuple a besoin de poésie comme de pain. »

Il ne semble pas, sauf erreur de notre part, que la poésie soit inscrite à l’agenda macroniste pour l’instant, ni pour le lycée pro, ni pour quoi que ce soit.

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De Puccini au Palazzetto

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Puccini est gâté, cette année. Mais rassurez-vous, au bon sens du terme : faisant suite à sa reprise en mai dernier sur le plateau de l’Opéra-Bastille, dans la mise en scène de Claus Guth avec la divine Ailyn Pérez dans le rôle-titre, le célèbre drame lyrique tiré des Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger nous revient à Paris, pour cinq représentations, dans le sublime écrin du Théâtre des Champs-Elysées. Nouveau spectacle, donc, dont l’acteur et « patron » actuel du « Français », Eric Ruf, signe la régie.   

Aux antipodes de la stimulante radicalité stylistique d’un Claus Guth choisissant, on s’en souvient, de transposer les quatre « tableaux » du chef-d’œuvre puccinien dans l’interstellar sidéral d’une capsule spatiale en perdition où le manque d’oxygène s’avèrera fatal à l’équipage d’astronautes sur le retour d’âge, nostalgiques de leur jeunesse, Eric Ruf engage plus sagement Mimi et Rodolphe, Marcel et Musette, Colline et Schaunard dans le décor plus littéral, sinon tout à fait réaliste, d’un Quartier latin ancré dans le XIXème siècle. On y crève de froid, sous une neige qui tombe à petits flocons. Une copie de l’authentique ancien rideau de scène cramoisi du Théâtre des Champs-Elysées, supposément en train d’être peint, est le seuil d’un plateau stylisant de vieilles façades parisiennes bardées d’échafaudages. Sur cet arrière-plan grisâtre et décoloré, Christian Lacroix vient poser le subtil chromatisme de costumes d’époque savamment esthétisés, comme toujours, Mimi arborant une flamboyante, opulente robe écarlate qui tranche sur le camaïeu des autres tenues – hauts-de-forme, châles, tabliers aux tonalités vieux-rose, violet, bleu de prusse et j’en passe…

© Vincent Pontet

Contrairement à la salle de l’Opéra-Bastille dont la vastitude amortit souvent les sonorités, l’acoustique impeccable du Théâtre des Champs-Elysées fait alliance avec ses dimensions raisonnables, pour restituer dans toute leur amplitude les ressources d’un Orchestre National de France en l’occurrence admirablement charnu –  tout à la fois précis, chatoyant et musclé : une fosse ovationnée à juste titre au tomber de rideau de la Première, ce 15 juin. Au pupitre, Lorenzo Passerini, chef lombard âgé de 31 ans à peine, fait merveille.  

Côté chant, Pene Pati, natif de Polynésie, projetait quant à lui un souffle et une énergie surpuissants sur le rôle de Rodolfo (on va retrouver ce ténor d’exception le mois prochain au Festival d’Aix-en-Provence, dans l’emploi d’Edgard Ravenswood, (cf.  Lucia de Lammermoor). La jeune soprano italienne Selene Zanetti campe, elle, une Mimi dont le timbre charpenté manque parfois de douceur et d’onctuosité. Une mention particulière doit être faite à l’excellent baryton-basse Guilhem Worms (Colline), dont la voix, à la clarté rafraîchissante, fait qu’on se réjouit par avance de l’entendre à Paris dès septembre prochain dans Don Giovanni, puis de nouveau, en novembre, encore à l’Opéra-Bastille, en mandarin dans la reprise de Turandot, sous les auspices de Robert Wilson. Citons, dans cette distribution hors pair, l’époustouflante Amina Edris (Musette). Elle a en outre enregistré le grand opéra de Meyerbeer Robert le Diable, en live, pour le Palazzetto Bru Zanne, cette prestigieuse institution basée à Venise, qui s’est donnée pour vocation de promouvoir la musique romantique française…

C’est ici l’occasion d’annoncer la 10ᵉ édition du Festival Palazzetto Bru Zane à Paris qui, du 19 juin au 4 juillet, répartit quatre spectacles très attendus entre le Théâtre des Champs-Elysées, précisément, et l’Auditorium de Radio France. Ouverture des festivités ce lundi, à la « Maison de la Radio », avec des « motets du Second Empire à la Troisième république » – de Fauré à Léo Delibes, en passant par Chausson, Chaminade ou Saint-Saëns. Apothéose de ce programme, l’opéra méconnu de l’immense Massenet, Grisélidis, resplendissant conte lyrique millésimé 1894, qui sera donné dans l’édifice conçu par Auguste Perret avenue Montaigne, le 4 juillet – unique représentation ! Toujours au Théâtre des Champs-Elysées, ce mardi, on pourra découvrir Fausto, opéra « semi seria » composé dans les années 1830 pour un rôle de femme travestie (si, si !) par notre compatriote Louise Bertin, sur un livret en italien. Last but not least, vendredi seront mises à l’honneur une brochette de compositrices romantiques, dans des partitions méconnues – la susnommée Louise Bertin, mais aussi Louise Farrenc, Augusta Holmès, Jeanne Danglas, Mel Bonis, Clémence De Grandval, Marie Jaël. Hervé Niquet à la baquette, David Kadouch au piano, et l’Orchestre de chambre de Paris, pour nous interpréter ces pièces d’une grande rareté.  Après cela, qui pourra croire encore que la Femme est l’éternelle victime de l’Homme ?           


La Bohème. Opéra de Giacomo Puccini. Théâtre des Champs-Elysées. Les 17, 19, 22, 24 juin à 19h30.  Durée : 2h30 environ. Mise en scène et scénographie :  Eric Ruf ; chorégraphie : Glysleïn Lefever ; costumes :  Christian Lacroix. Direction : Lorenzo Passerini

Avec :  Selene Zanetti (Mimi), Pene Pati (Rodolfo), Alexandre Duhamel (Marcello), Francesco Salvadori (Schaunard), Guilhem Worms (Colline), Amina Edris ( Musetta), Marc Labonnette, ( Alcindoro / Benoît), Rodolphe Briand  (Parpignol)…

Orchestre National de France
Chœur Unikanti, Maîtrise des Hauts-de-Seine, direction Gaël Darchen

Opéra chanté en italien, surtitré en français et en anglais

Coproduction Théâtre des Champs-Elysées | Opéra National de Bordeaux | Angers-Nantes Opéra | Opéra de Saint-Etienne

A noter que le spectacle fait l’objet d’une captation réalisée par François Roussillon, et que l’opéra sera diffusé sur la chaîne You Tube du théâtre (TCE Live) et, le 2 septembre prochain, sur France Musique. 

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Festival Palazetto Bru Zane Paris. Du 19 juin au 4 juillet. 

Réservations : theatrechampselysees.fr et www.maisondelaradioetdelamusique.fr

Ludovic-Mohamed Zahed, imam et homosexuel

L’imam a beau être invité sur France Inter, il est très éloigné des musulmans, malheureusement nettement moins « progressistes » que les auditeurs de l’impayable radio publique. 63% d’entre eux considèrent l’homosexualité comme une maladie ou une perversion.


Le 6 mai, l’imam Ludovic-Mohamed Zahed participait à l’émission « En marge » sur France Inter. Et c’est vrai que pour être en marge il l’est et pas qu’un peu ! Un imam atypique et c’est une litote ! En raison de son homosexualité tout d’abord, et de ses actions. En 2010 il fonde l’association Homosexuels musulmans de France. En juin 2011, il se marie civilement avec un homme en Afrique du Sud et religieusement en France en février 2012. La même année il déclare « si le prophète Mahomet était vivant, il marierait des couples d’homosexuels ». Toujours en 2012 il cofonde la première mosquée « inclusive » de France. En 2014, en Suède, il marie deux femmes iraniennes.

A lire aussi: Giulia Foïs de France Inter, l’idéologie du genre pour les nuls

Représentations identitaires incompatibles

Cependant, en écoutant les prises de position de cet imam progressiste, qui prétend pouvoir réconcilier islam et homosexualité, on ne peut s’empêcher de penser que son combat est perdu d’avance. Évoquant sa sexualité et sa spiritualité il déclare : « Je porte en moi des représentations identitaires dont on dit qu’elles sont incompatibles et que je vis de plus en plus tranquillement. En fait, le chien aboie, la caravane passe ». Ces « représentations identitaires » sont bel et bien « incompatibles » pour une majorité de musulmans en France. En effet, selon une enquête d’opinion réalisée par l’IFOP en juin 2019, 63% des musulmans perçoivent l’homosexualité comme « une maladie » ou « une perversion sexuelle ».

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Le Mois des fiertés LGBT: une appropriation cultuelle

Le réel fournit régulièrement pléthore d’exemples qui viennent corroborer le résultat de cette étude. D’ailleurs cette dernière ne reflète pas uniquement l’opinion des musulmans français sur l’homosexualité, mais la conception qu’en ont les musulmans en général. Pas besoin de remonter plus loin que le 11 mai dernier, à Genk, en Belgique, où un collège de la ville organisait un atelier de lutte contre l’homophobie dans la cour de l’établissement lorsque de nombreux élèves se sont réunis autour du stand de l’association LGBT et ont vertement pris à partie les personnes présentes en hurlant « Allah Akbar ». Un employé de la mairie présent au moment des faits rapporte que ces jeunes « étaient une centaine. Ils nous ont crié dessus, nous ont jeté des bouteilles et ont craché sur les cœurs arc-en-ciel exposés sur le stand ». « Le chien aboie » dit l’imam, visiblement, parfois, le chien ne se contente pas d’aboyer et peut prendre la forme d’une meute de loups aux dents et griffes bien acérées.

L’enfer de la musulmanosphère française

Ce qui est presque comique à observer est l’abyssal décalage qui existe entre un islam jugé progressiste que tentent de promouvoir les médias mainstream, en invitant un imam homosexuel comme M. Zahed ou des femmes imames comme Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay, et la conception de l’islam qui est majoritairement présente sur les réseaux sociaux et plébiscitée par des centaines de milliers d’internautes. En effet, alors que l’imam Zahed explique sur France Inter qu’il est possible d’être « imam et trans », « queer et musulman » et que la présentatrice s’enthousiasme face à cet imam qui « propose un autre discours, plus ouvert, plus moderne », les figures les plus suivies et écoutées de l’islam en France propagent un discours bien différent que d’aucuns qualifieraient de radical. Pêle-mêle nous pouvons citer Nader Abou Anas (779 000 abonnés sur Youtube, 469 000 sur Instagram), Éric Younous (198 000 abonnés sur Youtube, 80 000 sur Instagram), Islammag (129 000 abonnés sur Youtube, 110 000 sur Instagram), Rachid Eljay (près de 2,4 millions d’abonnés sur Youtube, 871 000 sur Instagram), Redazerelevrai (361 000 abonnés sur Youtube, 366 000 sur Instagram). Les vidéos de ces « youtubeurs islamiques » se chiffrent en centaines de milliers, voire millions de vues. Inutile de préciser que la liste ci-dessus n’est pas exhaustive (Hassan Iquioussen et Tariq Ramadan n’y figurent pas, par exemple, alors qu’ils y ont toute leur place). De son côté, l’imam inclusif Zahed n’a que 5000 abonnés sur Instagram. L’islam progressiste, combien de divisions ?

Gare… à la statue!

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"Moments contained" exposée au salon 'Art Unlimited' à Bâle, le 14 juin 2022 © Georgios Kefalas/AP/SIPA

Sur la Grande place de la Gare à Rotterdam, une statue monumentale d’une femme noire en jogging divise l’opinion. Qu’est-elle censée représenter ? À quel genre d’art de propagande pourrait-elle renvoyer ? Telles sont les questions que pose notre chroniqueur.


Pas la même chose, et pourtant…

Loin de nous l’idée de mettre le wokisme ou le multiculturalisme sur le même plan que des doctrines totalitaires comme le communisme ou le fascisme. Cependant, aux Pays-Bas, les commentaires dithyrambiques et quasi unanimes sur le dernier symbole d’une doctrine qui ne dit pas son nom en agacent plus d’un. De quoi s’agit-il ? D’une statue de bronze haute de quatre mètres représentant une jeune femme noire qui, dans un jogging affaissé, chaussée de baskets et d’un T-shirt nonchalamment ajusté, surplombe la gare centrale de Rotterdam. Dévoilée le 3 juin dernier, elle a fait couler beaucoup d’encre, ou plutôt d’eau bénite, dans une presse majoritairement acquise à sa cause, c’est-à-dire « le vivre-ensemble imposé. » La jeune femme ne porte pas de nom. Son créateur, l’artiste anglo-caribéen Thomas J. Price, connu pour des œuvres similaires en Angleterre et aux États-Unis, l’a baptisée « Moments Contained ». Il faut être fin connaisseur pour y comprendre quelque chose, et les explications de M. Price ne sont pas éclairantes. Mais l’essentiel dans cette histoire n’est pas de savoir si la statue est belle ou laide, à chacun d’apprécier. Ce qui importe ici, c’est le choix d’une œuvre d’art colportant un message idéologique sur une des places les plus courues de la grande ville portuaire; c’est cela qui procure un certain malaise.

Au service de sa majesté multiculturelle

Comme l’Union soviétique et l’Allemagne nazie se servirent d’un art d’État pour inculquer leurs doctrines, ceux qui gouvernent les Pays-Bas se servent de méthodes, certes moins tape-à-l’œil, pour vanter une idéologie qui se veut humaniste. Et même si elles ne sont jamais nommées, les allusions à l’idéal multiculturel sont aussi peu subtiles que la statue de la géante sur la Place de la Gare.

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Là où le sculpteur allemand Arno Breker et des artistes de l’Italie et de l’Espagne fascistes tentèrent de créer une image idéale de l’homme et de la femme de l’ère nouvelle, la version politiquement correcte néerlandaise manque un peu de dignité.  La jeune femme est vêtue de haillons modernes, et de son regard n’émane aucune passion pour l’idéal qu’elle est censée incarner, mais plutôt une indifférence frôlant l’impertinence vers ceux qui, à ses pieds, osent lever le regard vers elle. Elle cadre parfaitement avec la vision multiculturelle des autorités et de certains médias qui, sur ce terrain, ne tolèrent aucune dissidence. Le quotidien NRC, lu par l’élite libérale, déclare sans ambages : « Rotterdam peut s’estimer heureux de cette statue d’une jeune femme noire et sûre d’elle qui symbolise la Hollande contemporaine, moderne et multi-culturelle. » Il faut consulter les réseaux sociaux ou des sites d’information et d’opinions à contre-courant pour trouver des avis contraires. La statue y est décrite comme « un gigantesque doigt d’honneur à tous ceux qui ne partagent pas l’idéologie d’État » : la jeune femme mettrait au défi les passants « d’embrasser la diversité, ou de crever! »

Une minorité parmi bien d’autres

Les symboles abondaient lors de son dévoilement, un après-midi particulièrement chaud sur une Place de la Gare bondée. Le maire de Rotterdam M. Ahmed Aboutaleb et la secretaire d’État à la Culture Mme Gunay Uslu, originaires respectivement du Maroc et de la Turquie, y côtoyèrent un des rarissimes hommes blancs, haut dignitaire du monde de l’art et collecteur de fonds très apprécié pour cette acquisition. Une journaliste d’une chaîne de télévision avoua, hors caméra, qu’elle était émue jusqu’aux larmes devant le spectacle de jeunes danseurs noirs accompagnant la cérémonie de force gestes militants; alors même que, depuis belle lurette, la majorité de la population de Rotterdam est constituée des descendants d’immigrés extra-européens, parmi lesquels les Noirs ne constituent qu’une minorité de plus. L’ennemi blanc est donc plutôt imaginaire.  

Et de son doigt accusateur…

Sur la Place de la Gare, Big Sister, ou « Big Sista » pour faire jeune, surveille les Rotterdamois, les poings serrés dans les poches de son jogging, déclare un admirateur dans la presse locale. De sa position élevée, elle pourra apercevoir la statue du politicien assassiné Pim Fortuyn, éclaboussée maintes fois. Tolérera-t-elle encore longtemps cet hommage à un affreux raciste ? Et ses foudres toucheront-elles ceux qui fulminent contre la sur-représentation de gens issus de la diversité dans le milieu criminel ? Attention, car elle est très soupe au lait, nous prévient son énième admirateur.

À lire aussi : Frédéric Beigbeder: «La cocaïne, c’est la drogue de la débandade»

Il reste quelques rares résistants dans les médias traditionnels, telle la chroniqueuse Rosanne Hertzberger, laquelle, liée pourtant au très woke journal NRC, voit la statue comme une « offense » à sa ville. Cela lui a valu des accusations de racisme de la part de membres de la rédaction. Dans son discours, on peut déceler l’angoisse que, dorénavant, autorités et médias ne cesseront de céder à la nébuleuse anti-raciste. Et l’appréhension que, bientôt, ce ne seront plus seulement les collègues qui la condamneront, mais la justice aux ordres de la géante de la Place de la Gare.

Redécouvrir Delon en tueur à gages

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© D.R.

La fréquentation des salles de cinéma françaises remonte ces derniers temps, après le temps du Covid et des vaches maigres. Qui s’en plaindra ? Cependant, la qualité n’est pas forcément au rendez-vous au point qu’en ce mois de juin, on se tournera d’abord vers Jean-Pierre Melville…


Tourné du 19 juin au 5 août 1967, Le Samouraï, soit le dixième film de Jean-Pierre Melville, est sorti le 25 octobre de la même année. Un an après Le Deuxième Souffle, deux avant L’Armée des ombres, dans la courte filmographie du cinéaste qui compte au total 13 films en vingt-cinq ans. Pour l’occasion, il retrouve l’un de ses acteurs favoris, Alain Delon. L’impayable Wikipédia, consulté parce qu’il est toujours bon de rire un peu, précise en introduction qu’il s’agit d’une « histoire simple ». S’ensuit une tentative longue comme une petite nouvelle pour la raconter par le menu, cette histoire simple…

Jef Costello, dit le « Samouraï »

On se contentera de dire que Delon incarne Jef Costello, dit le « Samouraï », qui exerce la profession de tueur à gages. Soupçonné de meurtre par le commissaire joué par François Périer, il est relâché quand la pianiste du bar où le crime s’est déroulé prétend ne jamais l’avoir croisé… Et la pianiste, c’est Nathalie Delon. Ainsi commence donc cet opus du cinéaste le plus mystérieux du cinéma français. Derrière ses lunettes fumées, son chapeau américain, sa grosse voiture de même origine et son studio de tournage implanté dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, qui fut un jour dévoré par les flammes, il était assurément le principal organisateur de ce mystère tout en feignant à la perfection n’y rien comprendre. Parce qu’elle n’existe pas et n’existera probablement jamais, on se prend à rêver d’une biographie digne de ce nom telle que Renoir, Truffaut ou Godard en ont suscité par le passé et encore maintenant. Melville ferait-il peur ? Il est vrai qu’un type qui a quelque peu asséché le polar à la française en réalisant des films parfaits, tout en offrant à la Résistance française un écrin bien plus digne de ce nom que le calamiteux Chagrin et la Pitié, n’est guère de nature à rassurer le vaillant plumitif qui se risquerait. Et si c’était mieux ainsi ? Et si le nécessaire et régulier retour à ses sources, c’est-à-dire à ses films, valait bien mieux que de longs développements biographiques hasardeux ? Et si voir et revoir, par exemple, Le Samouraï, sur grand écran, cela va de soi, permettait de connaître Melville au plus près bien plus que n’importe quelle biographie de 1 000 pages ? C’est au fond une évidence. Les films de Melville parlent d’eux-mêmes, comme tous les films d’auteur. Certains considèrent ce Samouraï comme mineur. Ils ont définitivement tort, c’est au contraire dans l’œuvre de Melville un point majeur, une sorte de synthèse également qui résume ce qui a précédé et annonce les films suivants. Et d’autres films que ceux de Melville aussi, tant Le Samouraïa inspiré nombre de réalisateurs à travers le monde et notamment Asiatiques.


L’anti-Belmondo

Avec ce film, l’adjectif « melvillien » prend tout son sens et devient un terme officiel. Et Delon, qui entre avec ce film dans l’univers du cinéaste au Stetson vissé sur sa tête comme un totem, devient alors la figure emblématique, radicale et définitive du héros selon Melville. Entre ces deux-là, tout est parti du silence. Delon a raconté ce qu’il a dit à Melville quand ce dernier a commencé à lui lire son scénario : « Ça fait sept minutes et demie que vous lisez votre scénario et il n’y a pas encore l’ombre d’un dialogue. Cela me suffit. Je fais ce film. Comment s’appelle-t-il ? » Ce qui intéresse profondément Melville, qui se fiche en fait comme d’une guigne des références nippones, c’est de raconter l’histoire et le parcours d’un loup solitaire et blessé. Depuis la chambre de Jeff jusqu’au club de jazz, tout tend au monacal, à l’ascétique revendiqués. Et Melville d’évacuer aussi la vraisemblance et le réalisme au profit d’un être froid, impassible, aux mouvements rapides et au regard d’acier. L’anti-Belmondo, soit dit en passant. Belmondo, la figure partagée des premiers films de Melville, cède ici la place non à son alter ego, mais à son meilleur frère ennemi. Ainsi va Le Samouraï, imposant à tous son esthétique, sa grammaire et ses obsessions glacées et glaçantes. Delon est grand et Melville est son meilleur démiurge.

Montal, le cœur battant

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image d'illustration Unsplash

Jean-Pierre Montal, dans La Chamade, se révèle un excellent romancier antimoderne.


Mon confrère Thomas Morales a récemment fait l’éloge en ces colonnes de l’écrivain Jean-Pierre Montal, dont le dernier roman, Leur Chamade, paru aux éditions Seguier, est sélectionné pour le prix Renaudot. Comme à une course de relais, il me laisse le soin de chroniquer ce roman très réussi. Le titre fait bien évidemment référence au roman La Chamade de Françoise Sagan, adapté au cinéma en 1968 par Alain Cavalier, avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli. Olivia de Lamberterie, du Masque et la Plume, a qualifié le roman de « saganien et moderne. » Voilà qui ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick… D’autant plus que je qualifierais plutôt Montal d’antimoderne, selon la définition d’Antoine Compagnon: « Qui sont les antimodernes ? Non pas les conservateurs, les académiques, les frileux, les pompiers, les réactionnaires, mais les modernes à contre courant, malgré eux, ceux qui avancent en regardant dans le rétroviseur ». Cela commence par un enterrement, celui de la mère d’Edwige Sallandres, une architecte de 50 ans. Il va tirer le fil d’Ariane du récit, et en ouvrir également la boîte de Pandore… Jacqueline, la mère, a participé jadis au tournage de La Chamade, où on lui fit cadeau d’une robe Saint Laurent, qu’elle conserva toute sa vie. Comme un trophée et une preuve qu’elle fut, un court instant, au milieu d’un monde déjà en train de se déliter… Elle emporte ce monde et ses secrets, avec elle, dans la tombe. Car, même si cette robe en soie au bleu si particulier « ni ciel, ni marine, ni roi, plutôt comme une toile de jean », avait été conçue pour faire partie du tourbillon de la vie, Edwige décide que son rôle est maintenant d’accompagner sa mère dans la mort.


Haute couture et architecture

Des grands couturiers aux architectes, il n’y a qu’un pas. Et Montal est un fondu d’architecture – que dis-je – un obsessionnel de l’architecture. C’est d’ailleurs en réalité le sujet principal de son roman. Il m’a confié son admiration pour Parent et Pouillon, qui, selon lui, sont eux-mêmes des personnages de roman. Il les a donc incarnés à travers ses personnages. Le roman nous présente ainsi Daniel Giesbach, un architecte tendu, passionné, représentant de cette époque où les architectes avaient encore des rêves, établissaient des théories quelquefois fantaisistes, étaient des artistes en somme, parfois des escrocs, mais pas des fonctionnaires de l’appel d’offres.

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Poupée gigogne

Va se jouer une histoire d’amour entre Edwige Sallandres et ce Giesbach. En devenant elle-même architecte, et en prenant comme amant un bâtisseur idéaliste, Edwige Sallandres venge en quelque sorte son père, qui toute sa vie a rêvé d’architecture et n’est resté que simple entrepreneur en mobilier de bureau. Un personnage à la Sautet, un peu loser, déjà paumé dans son époque, mais rassurant, un type solide à la Montand dans Vincent, François Paul et les autres, le côté beau parleur en moins. Amour de l’architecture oblige, Jean-Pierre Montal m’a également confié avoir beaucoup travaillé sur la structure de son texte, et c’est ici que nous pouvons alors effectivement évoquer la modernité du roman. Le récit n’est pas linéaire, les allers retours entre le passé et le présent sont incessants, mais impeccablement liés entre eux. Edwige, née en 1969, une année après la sortie de La Chamade, tient le fil d’Ariane, et nous emporte dans un labyrinthe bien ficelé sans jamais perdre le lecteur. La structure de ce roman me fait également penser à une poupée gigogne, où s’empilent la fin des années 60, les robes Saint Laurent et le charme de Sagan déjà en train de se ternir. C’est d’ailleurs ce qu’affirme le petit jeune homme politisé du roman : « Un monde révolutionnaire n’aura pas besoin de Françoise Sagan » ! Cependant, Montal n’est pas Monsieur Nostalgie non plus (petit clin d’œil à Thomas Morales cité plus haut). Il dresse un constat objectif de ces années, un peu amer peut-être, désabusé bien sûr, mais évite l’écueil du « c’était mieux avant ». Grâce à son style nerveux, précis, clair comme de l’eau de roche, avec un je ne sais quoi très français, voire balzacien dans la description et la caractérisation des personnages, et une narration parfaitement huilée.

Leur chamade de Jean-Pierre Montal (Séguier), 256 p.

Leur chamade - prix Jean-René Huguenin 2023

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Monsieur Nostalgie

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Perros: Héraclite à Douarnenez

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Georges Perros dans les bureaux du quotidien breton Le Télégramme, Douarnenez, années 1970 Crédits Photo: Collection Georges Perros

Le poème du dimanche


Georges Perros (1923-1978) quitte en 1958 le Paris des lettres où il avait été comédien, lecteur pour Gallimard et collaborateur de la NRF. On connaît ses Papiers Collés, œuvre composée de fragments, de notes, de remarques qui sont aussi l’autoportrait d’un Héraclite finistérien qui a compris qu’on ne se baignait jamais deux fois dans le même fleuve. C’est aussi un Pascal bigouden qui sait que tout le malheur de l’homme est de ne pas savoir rester seul dans sa chambre. Perros, lui, sait: dans sa « mansarde » de Douarnenez comme il appelle son bureau où tout s’entasse, la radio branchée sur France Musique, il écrit encore et toujours.

Perros ne regrette rien, il a assez vécu comme ça. On peut lire ce renoncement dans La vie ordinaire, un poème-roman autobiographique en octosyllabes. C’est une poésie très élaborée et très simple à la fois, loin des officines formalistes, avec des mots de tous les jours et des gens à l’intérieur, la famille, les amis poètes, mais aussi les copains pêcheurs dans les bistrots. Perros y dit tout ou presque de cette existence avant ce repli sur soi qui semble, par les temps qui courent, la seule attitude un peu digne.


(extrait)

J’avance en âge mais vraiment
je recule en tout autre chose
et si l’enfance a pris du temps
à trouver place en moi je pense
voilà qui est fait et je suis
devenu susceptible au point
qu’on peut me faire pleurer rien
qu’en me prenant la main Je traîne
en moi ne sais quelle santé
plus prompte que la maladie
à me faire sentir la mort
Tout m’émeut comme si j’allais
disparaître dans le moment
Ce n’est pas toujours amusant.

Une vie ordinaire

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Fonds Marianne: l’arbuste qui cache la forêt

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Marlène Schiappa devant la commission d'enquête du Sénat, Paris, 14 juin 2023 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Le « scandale » du fonds Marianne n’intéresse que les journalistes et les militants politiques d’extrême-gauche qui rêvent de se payer la Secrétaire d’État à l’Economie sociale et solidaire.


L’affaire du Fonds Marianne serait-elle une diversion de l’extrême-gauche et des associations qui profitent habituellement de la générosité forcée du contribuable français ? La question du financement des associations, tonneau des Danaïdes financier et idéologique bien de chez nous, sera peut-être ouverte à la suite de cette enquête au Sénat visant Marlène Schiappa. Il y a d’ailleurs fort à parier que l’arroseur se retrouvera lui-même bien vite arrosé.

Amis sénateurs, lisez plutôt les rapports de l’IFRAP

Sous nos latitudes hexagonales, les associations dites « d’intérêt public » sont grassement entretenues par l’argent public, c’est-à-dire par la contribution fiscale des travailleurs français. Comme souvent, la règle est l’opacité. Il est en effet extrêmement difficile d’obtenir des chiffres fiables et récents sur le montant des subventions publiques allouées à la nébuleuse associative française, véritable aspirateur à milliards sonnants et trébuchants. La Fondation Ifrap indique qu’en 2017, les subventions directes aux associations représentaient une somme de près de 22,89 milliards d’euros. À ce montant, il convient d’ajouter la commande publique, soit 27,1 milliards d’euros supplémentaires. Grosso modo, les associations reçoivent entre 45 et 50% de leurs financements… du public.

A relire: Marlène Schiappa: «Ça fait bientôt six ans qu’on dit que je ne passerai pas le printemps!»

Rendez-vous compte que pour la seule année 2017, les associations ont recueilli pas moins de 50 milliards d’euros. 50 milliards d’euros. De quoi donner le tournis. Et chaque année que Dieu fait, la République via ses collectivités locales, l’État, et, donc, vous, distribue allègrement votre argent sans aucun contrôle particulier. Le consentement à l’impôt est la plus grande escroquerie intellectuelle de notre époque. On vous ponctionne mais vous n’avez aucun contrôle sur ce qui est fait du fruit de votre labeur. Que pèsent donc ici les quelques 2,5 millions d’euros dont a été doté le « Fonds Marianne » créé après l’assassinat de Samuel Paty afin de « financer des personnes et associations qui vont porter des discours pour promouvoir les valeurs de la République et pour lutter contre les discours séparatistes » ? Pas grand-chose à la vérité.

SOS Racisme: « Marlène rends l’argent » 

Oh, le ministère délégué chargé de la Citoyenneté qu’occupait Marlène Schiappa au moment des faits n’est pas exempt de reproches, ni les différents acteurs de cette pathétique affaire montée en épingle, à commencer par l’agressif Mohamed Sifaoui qui s’est montré très impoli face à la représentation nationale ou les usual suspects de Conspiracy Watch qui sont finalement les meilleurs ambassadeurs du dangereux phénomène qu’ils dénoncent[1]. Mais voir SOS Racisme déclarer sur Twitter « Marlène rends l’argent » quand on sait ce que cette association ultra-politisée a encaissé depuis 40 ans, pour littéralement couper le sifflet des Français sur quantité de sujets, ne peut que donner la nausée.

Au moins, Marlène Schiappa avait de bonnes intentions

La réalité du financement associatif et de la commande publique en la matière peut être résumée en rappelant deux affaires : Théo Luhaka et Lundy Granpré. Un des frères de Théo Luhaka dirigeait l’association Aulnay Events qui aurait détourné en 18 mois plus de 678 000 euros de subventions attribuées au titre des « emplois aidés »… tout en laissant 350 000 euros de cotisations sociales impayées et en régalant toute la famille. Quant à Lundy Granpré, cette association n’a été portée à notre connaissance qu’à la faveur de la diffusion d’une représentation filmée de ces activistes de l’écosexualité, c’est-à-dire plus prosaïquement des écolos sous LSD qui se roulent en tenues d’Eve et d’Adam dans la terre devant des spectateurs ébahis.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La France en shoot libre

Ce sont donc tous ces gens-là, à commencer par les élus de la NUPES, qui fustigent Marlène Schiappa. Cette dernière a peut-être certes manqué à son devoir de surveillance et laissé faire d’innombrables parasites spécialistes de la captation de l’argent magique d’État, mais elle n’a été qu’un maillon pas si mal intentionné d’un système de détournement généralisé dont les méthodes oscillent entre la mendicité et le racket en bande organisée. Vivement une enquête sur le financement des associations et non simplement sur le Fonds Marianne. Préparons le popcorn.


[1] en mélangeant tout, ils vont finir par renforcer le complotisme plutôt que l’affaiblir NDLA

Notre faute, notre très grande faute?

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Un bateau transportant des migrants clandestinement s'échoue au large de Pyros, Grèce, 15 juin 2023 © Hellenic Coast Guard/Intime/Athe/SIPA

« Les espoirs de retrouver des survivants s’amenuisent de minute en minute après ce naufrage tragique, mais les recherches doivent continuer » a déclaré Stella Nanou, porte-parole du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés en Grèce. Le drame de la frêle embarcation de migrants clandestins ayant chaviré au large de Pylos, dans la péninsule du Péloponnèse, n’est pas le premier du genre. Les mêmes critiques sont sempiternellement adressées à l’Europe, coupable de ne pas accueillir à bras ouverts les migrants.


Mercredi 14 juin, un bateau de pêche surchargé d’au moins 400 migrants a coulé dans les eaux internationales au large de la côte grecque. On déplore 79 noyades et un nombre inconnu mais sûrement élevé d’autres personnes portées disparues jusqu’à nouvel ordre. Les autorités grecques ont arrêté neuf individus, d’origine majoritairement égyptienne, accusés d’être des trafiquants de vies humaines. 

Les médias en France comme ailleurs ont beaucoup parlé de cette tragédie, et à juste titre. Pourtant, de nombreux commentateurs (femmes et hommes politiques de gauche, représentants d’ONG, militants déguisés en universitaires…) sont montés au créneau pour pointer du doigt les institutions qu’ils croient responsables de ce drame qui n’est pas le premier de ce genre et ne sera malheureusement pas le dernier. En tête de la liste des coupables, l’Union européenne dont la politique migratoire est jugée peu accueillante. Selon le chœur des dénonciateurs, il faudrait simplifier le processus de demande d’asile et multiplier les itinéraires sûrs permettant aux migrants d’arriver en Europe. Si de telles mesures étaient prises, les réfugiés trouveraient asile chez nous, les passeurs n’auraient quasiment plus de clients et les tragédies comme celle du 14 juin seraient évitées. 

La seule objection qu’on peut faire à ce beau programme, c’est qu’il ne marcherait pas. La situation créée serait même pire que l’actuelle. Pourquoi? 

Le premier problème avec l’approche soi-disant humanitaire est évidemment l’absence de distinction entre réfugiés authentiques, chassés de leurs maisons par une guerre, et migrants économiques cherchant une vie meilleure. Cette absence de distinction empêche de faire une autre distinction, essentielle, concernant les causes des flux migratoires. C’est la distinction entre les facteurs dits « push » et « pull ». Côté « push », des personnes peuvent vouloir fuir des zones de combat ou de famine pour trouver refuge ailleurs. Côté « pull », elles peuvent être attirées par les libertés, les opportunités économiques et les conforts offerts par la vie en Europe. De façon cruciale, plus les gens voient d’autres partir de chez eux pour une meilleure vie, et plus ils entendent des récits (communiqués par smartphone) de migrants ayant réussi le voyage jusqu’en Europe, plus ils sont motivés pour partir eux-mêmes. 

Un flux incessant et qui s’intensifie

C’est comme si les apôtres de l’approche humanitaire imaginaient que, dans chaque pays d’origine, il y avait un nombre précis et limité de réfugiés. Il suffirait de les faire venir en Europe, de drainer cette « poche » de population sans abri, déplacée, pour retrouver un équilibre où tout le monde se trouve là où il est en sécurité, que ce soit en Europe ou dans les pays d’origine. Ils ne voient pas que, augmenter le nombre de personnes qui sont accueillies sans trop d’obstacles, c’est augmenter le nombre de celles qui voudront venir. 

Et c’est là qu’intervient le deuxième problème. Car l’expansion de la demande ne mettra pas fin au modèle économique. Il créera deux marchés parallèles, l’un géré par les États et les ONG, l’autre par les passeurs. C’est comparable à la façon dont la légalisation de certaines drogues échoue à en briser le trafic illégal. En manipulant les prix et en étendant la variété de leur offre, les cartels agrandissent le marché. En termes de réfugiés, les mesures humanitaires démultiplieront les migrants que les Européens auront à accueillir et à intégrer, sans mettre fin aux bateaux surchargés qui courent le risque de couler. 

A ne pas manquer, notre dossier du mois: Causeur: Le bad trip français

L’exemple de la Manche est un cas d’école, car c’est un marché entièrement géré par des trafiquants. En 2022, quel était le pays d’origine numéro un des migrants clandestins qui ont fait la traversée dans des bateaux de fortune (selon les statistiques officielles) ? L’Albanie. Ce pays n’est pas en guerre. C’est même un pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Pourtant, en Albanie des villages entiers ont été vidés de leurs habitants qui ont été séduits ou contraints à partir par des réseaux criminels. Seul un accord entre les gouvernements britannique et albanais pour empêcher les départs et faciliter les rapatriements a pu diminuer le flux des Albanais en 2023. 

Une question économique et criminelle

Cette année, quel est le pays d’origine numéro deux des migrants de la Manche? L’Inde. Encore une fois, c’est un pays qui n’est pas en guerre. Plus étonnant encore, c’est un pays qui propose à ses habitants beaucoup d’opportunités légales et sûres pour émigrer au Royaume Uni: le regroupement familial, les visas d’études qui se transforment en visas du travail, les emplois pour les hautement qualifiés… S’il y a deux pays en dehors de la zone Schengen entre lesquels la migration est fluide, c’est bien l’Inde et le Royaume Uni (où le premier ministre et la ministre de l’Intérieur sont d’ascendance indienne) ! Pourtant, des Indiens paient aux trafiquants des milliers d’euros pour pouvoir passer en Europe et sont prêts à payer d’autres sommes fortes pour traverser la Manche.

Rishi Sunak et Emmanuel Macron, Paris, 10 mars 2023 © Blondet Eliot /POOL/SIPA

L’immigration est certes une question humanitaire, comme la tragédie récente nous l’a rappelé. Mais c’est aussi une question économique et criminelle. C’est même une question de psychologie humaine. Ce n’est pas par une solution simplement plus humanitaire qu’on réglera le problème de l’immigration clandestine. Une telle solution risque fort de l’empirer pour tout le monde. Sauf pour les passeurs. 

Jean-Michel Olivier: père du dimanche

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Jean-Michel Olivier. D.R

Dans Fête des pères, Jean-Michel Olivier, prix Interallié 2010, aborde un sujet peu traité dans le roman, celui des pères après le divorce.


Il se nomme Damien Maistre; il est né un mardi, à Genève, le 9 février 1971. Sa mère était institutrice et son père vendait des balances de précision. Il est acteur, a donné la réplique à Marion Cotillard et Sophie Marceau, a été dirigé par Nicole Garcia, Arnaud Desplechin, Jean-Pierre Mocky ou encore Patrice Leconte. Il se promène toujours avec un petit Beretta à la ceinture, à la crosse en ivoire gravée de ses initiales. Il aime mener une double vie, comme les agents secrets. Il possède deux passeports, un suisse et un français; deux appartements, un à Genève, l’autre à Paris. Il navigue parfois entre deux femmes et deux foyers. Entre ces deux personnages qu’il s’est créés, il ressemble à un funambule que le vide effraie.

A lire aussi : Notre Sollers qui est aux cieux

Blues du dimanche soir

Damien rencontre Leslie Nott, journaliste américaine. Elle semble sortie du roman Femmes de Philippe Sollers. Ce n’est pas un compliment. Damien raconte : « Leslie porte sur tout ce qui lui arrive, sur tout ce qui l’entoure un regard sévère, preuve de sa supériorité morale, en toute circonstance. » Il faudrait faire vite son sac. Mais il est trop tard. Un enfant naît de leur union. L’élection de Trump à la présidence précipite leur rupture. Damien devient dès lors un « père du dimanche ». Il se souvient de son propre père souvent absent. Il passait le dimanche avec lui, c’était agréable, mais le dimanche soir était un moment redouté. Damien : « Personne ne venait m’embrasser dans mon lit. » Le dimanche rimait avec abandon.


Damien ne dédaigne pas d’avoir recours à des prostituées. Le roman se teinte soudain de noir. Après avoir quitté une certaine Selma, Damien bute sur deux dealers gravement blessés qui lui confient un sac rempli de billets de banque. Le jour de la Fête des Pères, Damien décide de partir à l’aventure avec son fils. C’est le début d’une extravagante équipée qui les mène jusqu’à l’île d’Aran située à l’ouest de l’Irlande (un clin d’œil à Michel Déon ?), sur les traces de Nicolas Bouvier, romancier révéré par Damien. Bouvier est notamment l’auteur d’un magnifique récit de voyage, illustré par Thierry Vernet, intitulé L’Usage du monde (1963).

A lire aussi: Daniel Rondeau et Beyrouth ou la guerre perpétuelle

Amour mort

Jean-Michel Olivier, écrivain confirmé, qui a reçu le Prix Interallié pour L’Amour nègre (2010), signe avec Fête des pères un roman enlevé et émouvant. Il souligne les souffrances d’un « père du dimanche », sujet fort peu traité par la littérature contemporaine, comédien devenu has been une fois passé 50 ans, contraint à la fuite, mais sans jamais oublier l’enfant d’un amour mort. Jean-Michel Olivier écrit, à propos de ces demi-pères : « Ils sont condamnés à aller de l’avant sans jamais regarder en arrière, comme Orphée remontant des enfers : dans son dos Eurydice le suit, mais il est interdit de la voir. »

Jean-Michel Olivier, Fête des pères, Éditions de l’Aire/Serge Safran éditeur

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Simone Weil contre la réforme du lycée professionnel

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Simone Weil.

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Dans un rapport de McKinsey commandé par l’Éducation nationale pour la modeste somme de 496 000 euros et rendu public, non sans difficulté, en janvier 2023, on pouvait lire : « Les connaissances académiques devraient laisser une place grandissante à des compétences cognitives avancées, numériques et socio-comportementales très liées avec l’insertion professionnelle et définies en partenariat avec des acteurs économiques. » Traduite en français, l’idée ne date pas d’hier : l’école est là pour adapter l’élève au marché du travail.

C’est par exemple la position de l’instituteur Gradgrind, personnage des Temps difficiles de Dickens, qui officie dans la ville de Coketown : « Les faits sont la seule chose dont on ait besoin ici-bas. Ne plantez pas autre chose et déracinez-moi tout le reste. Ce n’est qu’au moyen des faits qu’on forme l’esprit d’un animal qui raisonne : le reste ne lui servira jamais de rien. » Plus loin il dit donc vouloir « bannir le mot imagination à tout jamais ».

À lire aussi : Emmanuel Macron s’adore trop pour reconnaître ses failles

On ne s’étonnera pas qu’Emmanuel Macron aille dans le sens de McKinsey et du personnage de Dickens quand il nous parle de sa réforme du lycée professionnel qui, comme toutes ses réformes, a pour but principal de provoquer, voire d’humilier, ceux qui vont devoir l’appliquer, à savoir les professeurs d’enseignement général en lycée professionnel. Management par objectifs et obligation de résultat des années 2020 rejoignent la philosophie utilitariste de l’époque victorienne. Cette vision d’un travailleur pour qui une culture littéraire, historique et philosophique serait inutile ou dangereuse est critiquée évidemment par les syndicats enseignants : « Ce choix relève d’une vision étriquée de la formation des jeunes réduite à un strict objectif d’employabilité. L’équilibre entre enseignements généraux et professionnels, permettant des poursuites d’études pour toutes et tous, est complètement balayé », explique un communiqué de la FSU.

Cette « vision étriquée » avait déjà été dénoncée en son temps, dans les années 1930, par la philosophe Simone Weil, qui avait fait l’expérience, bien avant les « établis » des années 1970, de La Condition ouvrière, en allant travailler en usine : « Puisque le peuple est contraint de porter tout son désir sur ce qu’il possède déjà, la beauté est faite pour lui et il est fait pour la beauté. La poésie est un luxe pour les autres conditions sociales. Le peuple a besoin de poésie comme de pain. »

Il ne semble pas, sauf erreur de notre part, que la poésie soit inscrite à l’agenda macroniste pour l’instant, ni pour le lycée pro, ni pour quoi que ce soit.

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De Puccini au Palazzetto

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© Vincent Pontet

Puccini est gâté, cette année. Mais rassurez-vous, au bon sens du terme : faisant suite à sa reprise en mai dernier sur le plateau de l’Opéra-Bastille, dans la mise en scène de Claus Guth avec la divine Ailyn Pérez dans le rôle-titre, le célèbre drame lyrique tiré des Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger nous revient à Paris, pour cinq représentations, dans le sublime écrin du Théâtre des Champs-Elysées. Nouveau spectacle, donc, dont l’acteur et « patron » actuel du « Français », Eric Ruf, signe la régie.   

Aux antipodes de la stimulante radicalité stylistique d’un Claus Guth choisissant, on s’en souvient, de transposer les quatre « tableaux » du chef-d’œuvre puccinien dans l’interstellar sidéral d’une capsule spatiale en perdition où le manque d’oxygène s’avèrera fatal à l’équipage d’astronautes sur le retour d’âge, nostalgiques de leur jeunesse, Eric Ruf engage plus sagement Mimi et Rodolphe, Marcel et Musette, Colline et Schaunard dans le décor plus littéral, sinon tout à fait réaliste, d’un Quartier latin ancré dans le XIXème siècle. On y crève de froid, sous une neige qui tombe à petits flocons. Une copie de l’authentique ancien rideau de scène cramoisi du Théâtre des Champs-Elysées, supposément en train d’être peint, est le seuil d’un plateau stylisant de vieilles façades parisiennes bardées d’échafaudages. Sur cet arrière-plan grisâtre et décoloré, Christian Lacroix vient poser le subtil chromatisme de costumes d’époque savamment esthétisés, comme toujours, Mimi arborant une flamboyante, opulente robe écarlate qui tranche sur le camaïeu des autres tenues – hauts-de-forme, châles, tabliers aux tonalités vieux-rose, violet, bleu de prusse et j’en passe…

© Vincent Pontet

Contrairement à la salle de l’Opéra-Bastille dont la vastitude amortit souvent les sonorités, l’acoustique impeccable du Théâtre des Champs-Elysées fait alliance avec ses dimensions raisonnables, pour restituer dans toute leur amplitude les ressources d’un Orchestre National de France en l’occurrence admirablement charnu –  tout à la fois précis, chatoyant et musclé : une fosse ovationnée à juste titre au tomber de rideau de la Première, ce 15 juin. Au pupitre, Lorenzo Passerini, chef lombard âgé de 31 ans à peine, fait merveille.  

Côté chant, Pene Pati, natif de Polynésie, projetait quant à lui un souffle et une énergie surpuissants sur le rôle de Rodolfo (on va retrouver ce ténor d’exception le mois prochain au Festival d’Aix-en-Provence, dans l’emploi d’Edgard Ravenswood, (cf.  Lucia de Lammermoor). La jeune soprano italienne Selene Zanetti campe, elle, une Mimi dont le timbre charpenté manque parfois de douceur et d’onctuosité. Une mention particulière doit être faite à l’excellent baryton-basse Guilhem Worms (Colline), dont la voix, à la clarté rafraîchissante, fait qu’on se réjouit par avance de l’entendre à Paris dès septembre prochain dans Don Giovanni, puis de nouveau, en novembre, encore à l’Opéra-Bastille, en mandarin dans la reprise de Turandot, sous les auspices de Robert Wilson. Citons, dans cette distribution hors pair, l’époustouflante Amina Edris (Musette). Elle a en outre enregistré le grand opéra de Meyerbeer Robert le Diable, en live, pour le Palazzetto Bru Zanne, cette prestigieuse institution basée à Venise, qui s’est donnée pour vocation de promouvoir la musique romantique française…

C’est ici l’occasion d’annoncer la 10ᵉ édition du Festival Palazzetto Bru Zane à Paris qui, du 19 juin au 4 juillet, répartit quatre spectacles très attendus entre le Théâtre des Champs-Elysées, précisément, et l’Auditorium de Radio France. Ouverture des festivités ce lundi, à la « Maison de la Radio », avec des « motets du Second Empire à la Troisième république » – de Fauré à Léo Delibes, en passant par Chausson, Chaminade ou Saint-Saëns. Apothéose de ce programme, l’opéra méconnu de l’immense Massenet, Grisélidis, resplendissant conte lyrique millésimé 1894, qui sera donné dans l’édifice conçu par Auguste Perret avenue Montaigne, le 4 juillet – unique représentation ! Toujours au Théâtre des Champs-Elysées, ce mardi, on pourra découvrir Fausto, opéra « semi seria » composé dans les années 1830 pour un rôle de femme travestie (si, si !) par notre compatriote Louise Bertin, sur un livret en italien. Last but not least, vendredi seront mises à l’honneur une brochette de compositrices romantiques, dans des partitions méconnues – la susnommée Louise Bertin, mais aussi Louise Farrenc, Augusta Holmès, Jeanne Danglas, Mel Bonis, Clémence De Grandval, Marie Jaël. Hervé Niquet à la baquette, David Kadouch au piano, et l’Orchestre de chambre de Paris, pour nous interpréter ces pièces d’une grande rareté.  Après cela, qui pourra croire encore que la Femme est l’éternelle victime de l’Homme ?           


La Bohème. Opéra de Giacomo Puccini. Théâtre des Champs-Elysées. Les 17, 19, 22, 24 juin à 19h30.  Durée : 2h30 environ. Mise en scène et scénographie :  Eric Ruf ; chorégraphie : Glysleïn Lefever ; costumes :  Christian Lacroix. Direction : Lorenzo Passerini

Avec :  Selene Zanetti (Mimi), Pene Pati (Rodolfo), Alexandre Duhamel (Marcello), Francesco Salvadori (Schaunard), Guilhem Worms (Colline), Amina Edris ( Musetta), Marc Labonnette, ( Alcindoro / Benoît), Rodolphe Briand  (Parpignol)…

Orchestre National de France
Chœur Unikanti, Maîtrise des Hauts-de-Seine, direction Gaël Darchen

Opéra chanté en italien, surtitré en français et en anglais

Coproduction Théâtre des Champs-Elysées | Opéra National de Bordeaux | Angers-Nantes Opéra | Opéra de Saint-Etienne

A noter que le spectacle fait l’objet d’une captation réalisée par François Roussillon, et que l’opéra sera diffusé sur la chaîne You Tube du théâtre (TCE Live) et, le 2 septembre prochain, sur France Musique. 

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Festival Palazetto Bru Zane Paris. Du 19 juin au 4 juillet. 

Réservations : theatrechampselysees.fr et www.maisondelaradioetdelamusique.fr

Ludovic-Mohamed Zahed, imam et homosexuel

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Ludovic-Mohamed Zahed (à gauche) et son compagnon, photographiés à Paris en 2012 © Christophe Ena/AP/SIPA

L’imam a beau être invité sur France Inter, il est très éloigné des musulmans, malheureusement nettement moins « progressistes » que les auditeurs de l’impayable radio publique. 63% d’entre eux considèrent l’homosexualité comme une maladie ou une perversion.


Le 6 mai, l’imam Ludovic-Mohamed Zahed participait à l’émission « En marge » sur France Inter. Et c’est vrai que pour être en marge il l’est et pas qu’un peu ! Un imam atypique et c’est une litote ! En raison de son homosexualité tout d’abord, et de ses actions. En 2010 il fonde l’association Homosexuels musulmans de France. En juin 2011, il se marie civilement avec un homme en Afrique du Sud et religieusement en France en février 2012. La même année il déclare « si le prophète Mahomet était vivant, il marierait des couples d’homosexuels ». Toujours en 2012 il cofonde la première mosquée « inclusive » de France. En 2014, en Suède, il marie deux femmes iraniennes.

A lire aussi: Giulia Foïs de France Inter, l’idéologie du genre pour les nuls

Représentations identitaires incompatibles

Cependant, en écoutant les prises de position de cet imam progressiste, qui prétend pouvoir réconcilier islam et homosexualité, on ne peut s’empêcher de penser que son combat est perdu d’avance. Évoquant sa sexualité et sa spiritualité il déclare : « Je porte en moi des représentations identitaires dont on dit qu’elles sont incompatibles et que je vis de plus en plus tranquillement. En fait, le chien aboie, la caravane passe ». Ces « représentations identitaires » sont bel et bien « incompatibles » pour une majorité de musulmans en France. En effet, selon une enquête d’opinion réalisée par l’IFOP en juin 2019, 63% des musulmans perçoivent l’homosexualité comme « une maladie » ou « une perversion sexuelle ».

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Le Mois des fiertés LGBT: une appropriation cultuelle

Le réel fournit régulièrement pléthore d’exemples qui viennent corroborer le résultat de cette étude. D’ailleurs cette dernière ne reflète pas uniquement l’opinion des musulmans français sur l’homosexualité, mais la conception qu’en ont les musulmans en général. Pas besoin de remonter plus loin que le 11 mai dernier, à Genk, en Belgique, où un collège de la ville organisait un atelier de lutte contre l’homophobie dans la cour de l’établissement lorsque de nombreux élèves se sont réunis autour du stand de l’association LGBT et ont vertement pris à partie les personnes présentes en hurlant « Allah Akbar ». Un employé de la mairie présent au moment des faits rapporte que ces jeunes « étaient une centaine. Ils nous ont crié dessus, nous ont jeté des bouteilles et ont craché sur les cœurs arc-en-ciel exposés sur le stand ». « Le chien aboie » dit l’imam, visiblement, parfois, le chien ne se contente pas d’aboyer et peut prendre la forme d’une meute de loups aux dents et griffes bien acérées.

L’enfer de la musulmanosphère française

Ce qui est presque comique à observer est l’abyssal décalage qui existe entre un islam jugé progressiste que tentent de promouvoir les médias mainstream, en invitant un imam homosexuel comme M. Zahed ou des femmes imames comme Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay, et la conception de l’islam qui est majoritairement présente sur les réseaux sociaux et plébiscitée par des centaines de milliers d’internautes. En effet, alors que l’imam Zahed explique sur France Inter qu’il est possible d’être « imam et trans », « queer et musulman » et que la présentatrice s’enthousiasme face à cet imam qui « propose un autre discours, plus ouvert, plus moderne », les figures les plus suivies et écoutées de l’islam en France propagent un discours bien différent que d’aucuns qualifieraient de radical. Pêle-mêle nous pouvons citer Nader Abou Anas (779 000 abonnés sur Youtube, 469 000 sur Instagram), Éric Younous (198 000 abonnés sur Youtube, 80 000 sur Instagram), Islammag (129 000 abonnés sur Youtube, 110 000 sur Instagram), Rachid Eljay (près de 2,4 millions d’abonnés sur Youtube, 871 000 sur Instagram), Redazerelevrai (361 000 abonnés sur Youtube, 366 000 sur Instagram). Les vidéos de ces « youtubeurs islamiques » se chiffrent en centaines de milliers, voire millions de vues. Inutile de préciser que la liste ci-dessus n’est pas exhaustive (Hassan Iquioussen et Tariq Ramadan n’y figurent pas, par exemple, alors qu’ils y ont toute leur place). De son côté, l’imam inclusif Zahed n’a que 5000 abonnés sur Instagram. L’islam progressiste, combien de divisions ?