Contrairement à l’Occident, le Japon ne veut pas se faire hara-kiri. C’est ce qu’analyse ici Aurélien Marq à travers la géopolitique, la culture pop et la philosophie conservatrice qui préside actuellement aux destinées du pays du Soleil Levant.
Certes, tout n’est pas rose au pays du Soleil Levant. Démographie en berne, prise de distance croissante devant les relations amoureuses, difficile équilibre entre recherche d’excellence et excès de pression, et même des tensions causées par l’immigration. Pour autant, le Japon apparaît presque comme un pays de cocagne si on le compare à la France, et surtout comme un acteur majeur au sein de ce qui n’est désormais plus un paradoxe : une fraternité internationale spontanée entre les identitaires de tous les pays qui ont pour culture une société de la confiance et de la civilité. Voilà une main tendue que nous aurions tort de ne pas saisir, d’autant que le Japon excelle dans des domaines d’influence où la « droite réellement de droite » française est hélas très peu présente.
Respect complice
Le 23 avril, l’ambassadeur du Japon en Angleterre a présenté ses vœux de la Saint-Georges sur les réseaux sociaux d’une manière à la fois très anglaise, et typiquement japonaise dans sa délicatesse et sa courtoisie. Le succès a immédiatement été au rendez-vous, et nombre d’internautes ont fait remarquer – à juste titre – que l’ambassadeur était plus respectueux des traditions britanniques et de leur esprit que le gouvernement de M. Starmer (qui, incidemment, s’est pris depuis une retentissante claque électorale).
Voilà qui ne manque pas d’évoquer Son Excellence Hideo Suzuki, ambassadeur du Japon en France depuis fin 2025, et qui n’a pas tardé à gagner lui aussi une solide popularité sur les réseaux en montrant sa fine connaissance et son goût pour notre culture, de Tintin aux gaufres du Mont-Saint-Michel, et son profond respect pour notre histoire et notre identité. Au point d’être parfois qualifié « d’ambassadeur de France en France », nombre de commentaires sous ses publications notant qu’il connaît et aime la France bien plus que certains de nos dirigeants actuels, et les remplacerait donc avantageusement….
A lire aussi: Quand l’ingéniosité change le cours des conflits
Issus des mêmes cercles du parti conservateur de feu Shinzo Abe et de l’actuelle (et remarquable) Première ministre (donc chef de l’exécutif) Sanae Takaichi, les deux hommes ont adopté des styles très proches, et rencontrent tous deux un succès comparable. En Angleterre comme en France, les gouvernements progressistes s’enorgueillissent de leur mépris envers les traditions et l’identité de leur pays. A rebours, et sans polémiquer, sans un mot plus haut que l’autre, simplement en manifestant un respect complice pour la culture des autochtones, ces deux diplomates nippons confortent magistralement la popularité et l’influence de leur pays, notamment auprès des électeurs des mouvements politiques aujourd’hui en pleine ascension, de droite et de ce que les progressistes appellent « extrême-droite ».
Faut-il y voir une simple stratégie, ou une attitude sincère ? Les deux, probablement. Leurs Excellences sont sans doute réellement anglophile et francophile, authentiquement respectueux des civilisations qui partagent avec la leur une certaine idée de la civilité et de la culture…. et le Trône du Chrysanthème sait choisir ses ambassadeurs !
Identitaires sans frontières !
Mais ce n’est pas tout, et ce n’est sans doute même pas l’essentiel. Ces derniers mois, Elon Musk a introduit sur X/Twitter une fonctionnalité nouvelle de traduction automatique, abolissant d’un coup la barrière de la langue, pour le monde entier. Les internautes de toute la planète se découvrent mutuellement, et beaucoup découvrent surtout ainsi qu’ils ont des préoccupations communes, en particulier la menace que l’immigration fait peser sur leurs cultures, et les revendications incessantes et impérialistes de l’islam – même au Japon, où il n’y a pourtant que 350 000 musulmans (venus notamment du Bangladesh) pour 123 millions d’habitants ! Et on voit se dessiner, sans ambiguïté, deux camps opposés : les cultures de la confiance et les cultures de la défiance.
Exemple frappant : une vidéo se moque du fait que dans certains pays les gens tiennent leur téléphone portable d’une manière rendant facile de s’en emparer pour un voleur à la tire. En réaction, les uns s’offusquent de la vidéo, considérant qu’il est normal de pouvoir marcher dans la rue sans devoir se méfier, alors que les autres approuvent le ton moqueur de la vidéo, affirmant qu’il est normal de se faire voler si on n’est pas sur ses gardes. Cette différence est absolument cruciale.
On ne porte pas le même maillot, mais on joue dans la même équipe
Et il me semble qu’elle recoupe largement celle, bien connue, entre « cultures de la culpabilité » et « cultures de la honte », c’est-à-dire entre les cultures dont les membres intériorisent les interdits majeurs et agissent sous le regard permanent de leur propre conscience morale, et les cultures dont les membres ne respectent les interdits que sous le regard d’autrui, et pensent que si l’on est assez habile pour ne pas se faire prendre il est logique d’en profiter (le docteur Maurice Berger a beaucoup écrit sur le sujet, y compris dans les colonnes de Causeur). Ou encore, un rapport radicalement différent à la civilité : pour les uns s’imposer à autrui (par le bruit, par exemple) est mal vu, pour les autres c’est une démonstration de force. Pour ma part, je le résumerais en disant qu’il y a d’un côté ceux qui respectent ce qui est respectable, et de l’autre côté ceux qui ne respectent que ce qui se fait respecter.
Si vous vous demandez quelles cultures sont de quel côté, la réponse est aussi simple qu’évidente : selon la formule consacrée, tout le monde sait ! Assurément, les conservateurs et identitaires Japonais, Sud-Coréens, Français, Israéliens et Américains ont vite compris qu’ils étaient tous dans le même camp…. et dans le même bateau.
Free speech à la japonaise
Pourquoi donner dans ce mouvement une place particulière au Japon ? Parce que la liberté d’expression y est bien plus grande que chez nous, ce qui permet de dire ce que l’on voit, et surtout de voir ce que l’on voit. Souvenez-vous aussi d’Éric Zemmour déclarant lors d’une mémorable interview, en septembre 2021 : « Il y a un Zemmourland, c’est le Japon, mon cher. Depuis 40 ans, le Japon refuse l’immigration. Trois pour cent de chômage. Un excédent commercial. Une sécurité absolue – il y a des places vides en prison ! Tout ce qui nous manque. »
Enfin, impossible de parler du Japon sans parler des mangas, des animés et des jeux vidéos. One Piece a une audience à faire pâlir d’envie n’importe quel influenceur politique (oubliez les vieux clichés : même Peter Thiel, le cofondateur de Palantir, a publié des articles extrêmement sérieux sur ce manga). Face au wokisme d’Hollywood et de Netflix, nombre d’animés japonais sont des dons du ciel pour les parents soucieux d’éviter l’endoctrinement de leurs enfants par les délires gauchistes. Quant aux jeux vidéos, il suffit de voir à quel point le très récent (et brillant) Pragmata, de Capcom, fait hurler les influenceurs progressistes pour comprendre qu’ils y voient une véritable menace – à juste titre, puisque ce jeu (plus de deux millions d’exemplaires vendus en deux semaines) présente une vision résolument positive et saine de la masculinité et de la paternité, à rebours de tous les délires sur la « déconstruction », le « patriarcat » et la « masculinité toxique » (pour ceux qui voudraient creuser le sujet de la guerre culturelle dans la Pop Culture, je recommande vivement les chaînes youtube anglophones « The Critical Drinker » – 2 millions et demi d’abonnés – et « The Critical Gamer »).
C’est un point crucial : on parle de médias capables de toucher et d’influencer des personnes de tous milieux et de tous âges, donc aussi des enfants, des adolescents et de jeunes adultes aux périodes de leurs vies où ils forgent leur vision du monde puis leurs premières convictions sociétales et politiques. Et dans ce domaine, trop longtemps délaissé par la droite française, le Japon dispose d’une force de frappe certes bien moindre que celle des Etats-Unis, mais néanmoins considérable.
Au fait : montrez à vos enfants, neveux, nièces ou petits-enfants ces bandes annonces de L’Étoile de Paris en fleur, de Goro Taniguchi. Une minute et demi pour que de jeunes Français voient ce qui leur a été volé, mais que les Japonais, eux, n’ont pas oublié.
A lire aussi: Agriculture française: «Une saignée silencieuse»
On l’a dit, tout n’est pas rose au pays du Soleil Levant, mais il faut raison garder – et vu l’état de la France, nous n’avons de leçon à donner à personne. Ainsi, le récent accord avec le Bangladesh prévoit en effet une immigration de travail, mais les chiffres démesurés évoqués par certains officiels bangladais ont été démentis par le gouvernement nippon : on parle en fait d’environ 100000 personnes, sous conditions de qualifications professionnelles et de maîtrise de la langue japonaise. Notre expérience nous permet évidemment d’affirmer qu’il s’agit d’une très mauvaise idée, reste qu’on est loin de la situation européenne.
Surtout, le peuple japonais est bien décidé à défendre son identité, et à résister au gauchisme. J’ai déjà évoqué le Twitter japonais, les élections vont dans le même sens. Le 8 février, le parti conservateur a remporté à lui seul plus des deux-tiers des sièges à la Diète, avec un positionnement que l’on pourrait qualifier chez nous de « gaullisme libéral identitaire » – et qui correspond grosso-modo à l’aile droite de LR, Nouvelle Énergie, Reconquête et l’UDR. Imaginez si en France ces quatre mouvements réunis tenaient les deux tiers de l’Assemblée nationale !
Guerre culturelle mondiale
La gauche, Macron en tête, s’alarme d’une « internationale réactionnaire ». La réalité est plus subtile : les conservateurs, réactionnaires, traditionalistes et identitaires (passons sur les divergences entre ces quatre sensibilités) des cultures de la confiance s’opposent radicalement aux progressistes issus de leurs propres cultures, mais ils s’opposent également aux conservateurs, réactionnaires, traditionalistes et identitaires des cultures de la défiance – alors que ces derniers ont souvent le soutien des progressistes issus des cultures de la confiance, qu’ils veulent abolir. En effet, les cultures de la confiance reposent sur la décence commune, processus lent et « bottom up », quand les progressistes ne rêvent que de « top down », « top down » qui semble naturel aux cultures de la défiance, lesquelles reposent sur le rapport de force et l’autoritarisme. L’alliance de la gauche occidentale et des islamistes contre l’Occident, en est une parfaite illustration.
De Gaulle disait : « Les régimes, nous savons ce que c’est : des choses qui passent. Mais les peuples ne passent pas. » Les oligarchies progressistes ne se privent pas de se soutenir mutuellement au détriment des nations, ni de noyauter et d’instrumentaliser les instances internationales. Ah, l’ONU, ce « machin » où les mollahs traitent des droits des femmes, où prospère Francesca Albanese, et dont le « Pacte mondial sur les migrations » planifie la destruction des cultures de la confiance et de la civilité. Face à cela, le rapprochement spontané, évident, entre les peuples qui ont, eux, choisi le respect de ce qui est respectable, et tous ceux au sein de ces peuples qui refusent que leurs civilisations disparaissent, est un espoir qui se lève. Un espoir qu’il faut cultiver, renforcer, concrétiser par des échanges intellectuels et des liens de solidarité mutuelle, et dès que possible, traduire par des alliances politiques.
Price: ---
0 used & new available from





