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Le pianiste derrière la vedette

Gérard Daguerre publie « Avec calme & amour » (La Table Ronde, 2026)


Le pianiste derrière la vedette
© Jean-Luc Pagni

Accompagnateur de Sylvie Vartan, de Barbara, de Michel Sardou, de Serge Lama, de Michel Delpech, de Charles Aznavour ou encore d’Édouard Baer, le pianiste, arrangeur et chef d’orchestre Gérard Daguerre raconte, avec la complicité de Laurence Caracalla aux éditions de la Table Ronde, ses rencontres musicales au cours d’une riche vie professionnelle, entre séances d’enregistrement tard dans la nuit et tournées mondiales harassantes


Un livre de souvenirs recuits ? Un règlement de comptes nauséabond ? L’envers du show-business dévoilé ? Les monstres de la variété française, leurs turpitudes et leurs travers égocentriques, donnés en pâture au voyeurisme des lecteurs ? Enfin, la vérité que l’on vous cachait ? Vous faites fausse route.

Un bosseur

La maison Daguerre ne pratique pas la délation. L’amertume et la rancœur ne font pas partie de son vocabulaire. Gérard Daguerre, Basque tombé dès le plus jeune âge dans la marmite du Conservatoire de Bayonne, a l’élégance des honnêtes hommes qui ont pratiqué la musique comme un art et aussi comme une forme de compagnonnage. Au long cours. Dans l’intimité des artistes. Un pas, juste derrière. À portée de regard. Sous la bonne étoile des frères Boniface, au pays du rugby et du piment d’Espelette, le petit Gérard avec son grand frère Henri, le consciencieux et le fêtard, deux tempéraments si différents, ne perdront pas leur temps sur les bancs de l’école publique. À quinze ans, au temps des parquets où les stars s’appelaient Jo Privat ou Aimable, Gérard va faire ses gammes sur scène. Il apprend vite le métier au Casino d’Hossegor et fait la rencontre d’un monde à part, celui des gens qui chantent devant un public, dans la fièvre et les applaudissements, dans les doutes et l’excitation d’un soir.

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Talentueux, intuitif, bosseur, avec cette soif de comprendre l’alchimie musicale et de se perfectionner, il monte à Paris tenter sa chance dans les studios d’enregistrement. La plus difficile des écoles d’apprentissage. Il deviendra vite l’un des pianistes les plus demandés pour son aisance à se couler dans l’identité de chaque artiste et à leur apporter la confiance nécessaire. Avec Gérard à leurs côtés, les vedettes sont sereines. Elles peuvent enfin se lâcher, se concentrer sur leur voix. Gérard s’assure de la solidité musicale des murs porteurs. Dans Avec calme & amour, Gérard Daguerre, aucunement professeur de morale ou vieux con du métier relatant ses succès, répond aux questions de Laurence Caraccalla, accoucheuse délicate qui réactive la mémoire. L’homme est posé, un brin taiseux, ne se mettant jamais en avant. Il n’est animé d’aucun ressentiment. Il préfère se souvenir du meilleur. Il ne s’appesantit pas sur les petites crasses inhérentes à chaque profession. Sa carrière parle pour lui. Il aura été de toutes les aventures. Il a dirigé l’orchestre de Champs-Elysées (en direct), l’émission phare de Michel Drucker. Il a été directeur musical de l’Opéra-Comique sous la férule tourbillonnante et bouillonnante de Jérôme Savary. Il est intervenu plus d’une fois comme un « spin-doctor » à la manière d’un Claude Sautet qui venait rafistoler des histoires de cinéma bancales.

Communion

Pour Gérard, la musique n’est pas une simple distraction, un divertissement du week-end, c’est une manière d’entrer en communion avec un chanteur. Un bon accompagnateur doit aimer son artiste. Dans ce recueil sincère et touchant, Gérard parle des vedettes, il les évoque non pour se faire mousser ou pour les tacler, il a été si longtemps leur pilier, leur point fixe. Un bon accompagnateur doit assimiler la partition et être au diapason de sa star, dans son tempo, ni trop en avance, ni trop en retard, Gérard a cette virtuosité-là de se couler dans les mots des autres. Parmi les nombreuses vedettes, il garde un attachement de jeunesse à Sylvie Vartan, une taulière frondeuse, il se souvient notamment d’une tournée au Japon où le public était en transe. Gérard loue la rigueur d’un Aznavour ou d’une Régine, la générosité d’un Lavilliers, la fidélité d’un Serge Lama, toute une époque, Sardou, Mort Shuman, Annabel l’épouse de Bernard Buffet, l’immense Diane Dufresne sa confidente ou plus récemment le charme d’Édouard Baer qui lui a écrit une jolie préface, mais aussi de la volcanique Linda de Suza ou de la grande Patachou. Mais, dans son cœur, Barbara tient une place à part. C’est assurément sa plus belle histoire d’amour musicale. Dans ces pages, Depardieu n’est pas loin. « Au-delà des paroles – je ne vais pas dire ici à quel point les textes de Barbara sont magnifiques, c’est l’interprétation qui me subjuguait. Je n’avais jamais entendu autant de subtilités. Comment peut-on se lasser d’accompagner une telle artiste ? » écrit-il.


Avec calme & amour – Gérard Daguerre – La Table Ronde 192 pages



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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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