La multiplication des antennes et des émissions de débats a permis une prolifération d’imposteurs.

À la suite du désastre de Knysna qui, lors de la Coupe du monde de football de 2010, a couvert l’équipe de France et son encadrement de ridicule et d’opprobre, les médias ont qualifié les joueurs « d’imposteurs ». Le documentaire consacré à cet événement sur Netflix montre la médiocrité globale de tous ceux qui, de près ou de loin, ont trempé dans cette catastrophe. Aucun n’a racheté l’autre ! Le terme « d’imposteurs » était très fort mais, appliqué au sport, il paraît presque excessif au regard d’autres impostures intellectuelles, politiques et médiatiques qui ont suivi et ont eu une tout autre portée. Je ne parle pas ici de ces quotidiennes surestimations d’un esprit ou d’un talent dont on se demande souvent, une fois qu’ils se sont exprimés, ce qu’ils ont voulu signifier, ou même s’ils ont réellement dit quelque chose. Le grand art de certains consiste en effet à faire croire qu’ils pensent profondément, en donnant l’impression d’en savoir long, tout en vous laissant, au bout du compte, sur votre faim. J’ai connu, sur différents plateaux télévisés ou radiophoniques, des personnalités de ce type qui, l’air grave et sentencieux, profèrent banalités et poncifs, sans rien vous apprendre que l’on ne sache déjà, tout en se persuadant pourtant qu’elles apportent énormément au débat en cours.
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Les vrais imposteurs sont ceux que pourfend avec talent et vigueur Aurélie Jean dans Le Figaro. Elle dénonce « notre époque qui a démultiplié la visibilité des faux experts, sans compétences réelles ». Il existe évidemment de véritables experts et des consultants de qualité, mais il n’y a pas que dans le domaine sportif que je me méfie presque par principe de ceux qui accueillent sereinement la qualification d’« experts » ou de « consultants », sans être gênés par leurs limites, le caractère aléatoire de leurs prévisions et le risque d’apparaître inférieurs au statut dont on les crédite. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours refusé qu’on me qualifie d’expert : c’était, pour moi, la seule manière de sauvegarder ma liberté d’expression, en n’étant pas enfermé dans cette case. Tout dépend de ce que l’on estime prioritaire : parler, écouter, douter, questionner, réagir, changer, ou au contraire affirmer et décréter avec une assurance destinée à couper court à toute interrogation ou à toute critique. « Certaines émissions sacrifient la qualité éditoriale au profit d’un buzz rendu possible par ces imposteurs du débat qui crient au lieu de parler, qui affirment au lieu d’argumenter et effraient au lieu d’expliquer. » Aurélie Jean, qui est aussi entrepreneuse, décrit bien les mécanismes de l’imposture dont la finalité suprême est, en définitive, de dissimuler qu’on en sait beaucoup moins que les rares experts et consultants de valeur.
Malheureusement, de tels imposteurs sont nombreux dans tous les champs où la parole dévoyée et le narcissisme intime ont droit de cité. Je me suis toujours méfié des « grandes gueules ». Bien souvent, elles étaient le fait de petits personnages. Authentiques, ceux-là !

