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🎙️ Podcast: Xi et Trump: les deux maîtres du monde?

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Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Donald Trump accueille le président chinois à Washington pour une réunion au sommet. Que ressort-il de leur rencontre?

Tout ce qui sera d’ordre concret sera négocié dans les coulisses, bien entendu, et nous en apprendrons plus ultérieurement. Mais dans ce qu’on peut voir des interactions entre les deux hommes et de leur langage corporel, ils se positionnent sur un pied d’égalité. Donald Trump voudrait que les Etats-Unis soit la seule grande puissance, mais la régularité de ses rencontres avec Xi Jinping et les compliments dont il l’honore – en dépit du fait que le président américain accuse la Chine de tricher sur le plan économique et stratégique – indiquent qu’il reconnaît implicitement que son homologue est le seul interlocuteur de taille sur la planète.

Dans son premier discours, Xi reste typiquement ambigu dans ses déclarations. Mais quand il affirme que la Chine cherche « la stabilité stratégique » dans le monde, il se peut bien que, de manière subtile, il indique qu’il cherche une sorte de co-gestion du monde avec les Etats-Unis.

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Pourtant, on ne sait pas si la Chine est vraiment prête à faire des concessions pour arriver à une telle co-gestion. Xi Jinping déclare qu’il voudrait que les entreprises chinoises soient accueillies aux Etats-Unis comme les entreprises américaines le sont en Chine. Mais ces dernières sont strictement encadrées dans l’Empire du Milieu qui surveillent et limite leurs activités. Est-il prêt à assouplir les conditions d’accueil pour les Américains? Pour le moment, rien ne l’indique.

Enfin, les Iraniens sont-ils vraiment prêts à faire la paix avec les Etats-Unis? Il y a deux factions en Iran. Celle qui est associée au président, Masoud Pezeshkian, qui a pris la parole cette semaine devant les Nations unies, n’est pas fermée à l’idée d’un accord, sinon de paix, du moins de non-belligérance avec Washington. Celle qui est associée aux Gardiens de la Révolution n’y est pas favorable. Les Gardiens se montrent plus fanatiques encore que le régime des mollahs qu’ils ont remplacé. Ecoutez 👇

Au procès de Barbara Lefebvre, l’ombre de Thomas Portes

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Liberté d’expression. Après avoir émis, au sujet du conflit au Proche-Orient, une opinion contraire au récit victimaire pro-palestinien, Barbara Lefebvre a comparu mercredi devant le tribunal judiciaire de Paris.


C’est une inquiétante séance de justice politique qui s’est tenue le 23 septembre dernier. Poursuivie par diverses associations anti-racistes, Barbara Lefebvre comparaissait devant la 17ème chambre correctionnelle, spécialisée dans les délits de presse. Pour avoir donné à la télévision son avis sur la situation à Gaza (un avis certes véhément mais n’appelant en rien à la violence ni à la discrimination), l’ex-sociétaire des Grandes Gueules de RMC est accusée d’« apologie de crime contre l’humanité » et de « provocation à la haine ». À l’issue de l’audience, ce sont pas moins de huit mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende qui ont été requis contre elle par le ministère public. Des charges et une peine d’une sévérité incompréhensible par rapport aux faits.

En cause, des paroles que la chroniqueuse a tenues à l’antenne de la chaîne franco-israélienne i24 le 20 février 2025 :  « Les civils à Gaza sont autant responsables que les membres du Hamas et du djihad islamique » a-t-elle notamment dit alors qu’on l’interrogeait au sujet de la remise de dépouilles d’otages israéliens (dont les deux enfants Bibas, de 4 ans et 9 mois) qui était retransmise depuis Khan Younès, dans le sud de l’enclave palestinienne. « Il faut vider la bande de Gaza», a-t-elle également déclaré quelques instants après. Des mots qui, sortis de leur contexte, ont l’air abrupts, mais qui s’inscrivent en réalité dans un discours plus large et circonstancié, ayant au surplus fait l’objet d’une longue mise au point de la part de l’essayiste dès les jours qui ont suivi afin de ne pas être interprétés à tort et à travers.

Un procès politique ?

Mais avant de rentrer dans le détail de ces propos, une première évidence s’impose :  cette procédure est indéniablement (et scandaleusement) politique. D’abord parce que son point de départ n’est autre qu’un signalement article 40 de Thomas Portes, député LFI. Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, M. Portes est ce proche de Jean-Luc Mélenchon qui s’est illustré en se trouvant à la frontière avec le Gaza le 5 octobre 2023, n’hésitant pas à republier quarante-huit heures après, soit le jour-même des attaques du 7-octobre, le message d’un militant proche du Hamas se félicitant de « l’entrée de la résistance (sic) palestinienne dans les colonies entourant Gaza ». Il fut aussi le premier à lancer un mot d’ordre d’apartheid à la veille des Jeux olympiques de Paris 2024 : « Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus. »

Mais la politique s’est encore davantage immiscée dans l’affaire Lefebvre le jour du procès. À l’audience, on a en effet entendu le procureur se lancer dans un curieux développement. S’arrogeant, en dépit de la séparation des pouvoirs, le rôle d’arbitre du débat démocratique français, le magistrat a, en plein réquisitoire, très explicitement indiqué voir dans ce dossier l’heureuse occasion de montrer que la 17ème chambre ne poursuit pas seulement des voix pro-palestiniennes mais aussi des voix pro-israéliennes. Avant de remarquer que son institution instruit plus de cas entrant dans la première catégorie que dans la seconde. Comme si la Justice avait pour mission de tenir ce type de comptabilité et de se poser en puissance d’équilibre dans le conflit israélo-palestinien.

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Si Thomas Portes était physiquement absent dans la salle, son ombre politique était donc bien présente. Non content d’avoir obtenu que sa cause partisane obtienne ici une consternante traduction judiciaire, l’élu de Seine-Saint-Denis a aussi reçu en prime ce jour-là de la part du parquet une aimable réponse, presque personnalisée, aux accusations de « double standard » qu’il formule régulièrement contre le pouvoir. Quand un magistrat prend son tribunal pour une tribune, la loi et la règle de droit, eux, peuvent attendre.

Mais revenons aux propos incriminés de Barbara Lefebvre. Contrairement aux autres médias qui ont couvert le procès, il nous semble indispensable à la compréhension de nos lecteurs de les mentionner in-extenso. Les voici, tels que cités dans la convocation judiciaire, à laquelle nous avons eu accès : « La plupart des kidnappés ont été kidnappés par des civils. Et Shiri Kfir et Ariel dont les corps ont été kidnappés par des civils. Les civils à Gaza sont autant responsables que les membres du Hamas et du djihad islamique. Tout cela devra à un moment ou à un autre être payé et être payé au prix fort. Et donc effectivement on ne peut que soutenir le plan Trump et décider une bonne fois pour toutes que la bande de Gaza doit devenir une zone vierge. Il faut que ces gens-là aillent vivre ailleurs, qu’une génération entière puisse aller se ressourcer mentalement dans d’autres univers, mais certainement pas à côté des Israéliens, à côté des juifs, qu’ils veulent de toute façon éradiquer et exterminer. C’est terminé ce temps-là. Il faut récupérer tous les otages. Et une fois que tous les otages seront récupérés, il faut vider la bande de Gaza. »

Trump Gaza

Tout lecteur de bonne foi voit bien que Barbara Lefebvre, pourtant très affectée ce jour-là par les images abjectes de la restitution des otages par le Hamas, n’appelle pas un seul instant à ce qu’une brutale punition collective soit administrée aux habitants de Gaza. La chroniqueuse indique bien qu’elle ne déteste pas cette population et ne souhaite pas s’en débarrasser, mais qu’elle croit indispensable de la déradicaliser à l’aide du projet, certes très hypothétique (voire fantaisiste aux yeux de certains), de « Riviera » lancé par Donald Trump, qui consiste dans sa phase initiale à évacuer la zone afin de faciliter la reconstruction d’une cité prospère et paisible à plus long terme.

Durant le procès, le terme « zone vierge » lui a été toutefois reproché. Bien qu’elle ait expliqué que cette notion était d’usage dans le domaine stratégique et militaire pour gérer un espace dangereux notamment pour les populations y vivant, le procureur l’a entendu différemment : pour lui, dire « zone vierge » c’est vouloir transformer Gaza en forêt vierge (sic), c’est-à-dire vide de tout être humain. Où l’on perçoit bien jusqu’où peut délirer l’imaginaire d’un magistrat, sans doute bien formé et de bonne volonté, mais manifestement désorienté par la propagande anti-israélienne la plus fallacieuse.

Barbara Lefebvre n’a jamais dit qu’elle souhaitait la vitrification de Gaza ou son épuration ethnique façon exil définitif des pieds-noirs en Algérie. C’est du reste ce qu’elle a précisé très tôt, quatre jours seulement après l’émission, dans un texte de quatre pages qu’elle a publié sur le site d’i24 (et qui est toujours en ligne), en réaction à l’émotion suscitée sur les réseaux sociaux, l’affaire n’ayant à ce stade pas encore pris un tour judiciaire puisque le signalement de Thomas Portes n’a été produit que trois jours après. « “Vider Gaza” comme le propose Trump ne signifie en rien exterminer les Palestiniens, écrit-elle. Cela signifie rebâtir un espace pour une paix lointaine mais jamais impossible si la génération du 7 octobre est éloignée du lieu de ses crimes. Quel ami du peuple palestinien peut vouloir qu’une population de deux millions de personnes demeure sans espoir dans un territoire dévasté, sans infrastructure sanitaire ou médicale, sans autre ressource que ce que le Hamas veut bien leur distribuer au gré des détournements de l’aide humanitaire ? »

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En d’autres termes, Barbara Lefebvre estime que les Gazaouis doivent être appréhendés comme les Allemands durant le IIIème Reich : pour envisager un avenir avec eux, une « dénazification » doit être opérée, avance-t-elle. On peut être en désaccord avec cette position, trouver la méthode proposée illusoire ou trop rude, mais l’honnêteté oblige à reconnaître qu’elle ne consiste ni dans l’incitation à la haine ni dans l’apologie de crime contre l’humanité (l’épuration ethnique ou le transfert forcé de civils étant un crime contre l’humanité). Seulement, elle ne consiste pas non plus dans la sanctification d’un peuple telle que le récit de LFI veut l’imposer depuis le 7 octobre 2023 et dont toutes les parties civiles se sont fait l’écho à l’audience. On remarquera d’ailleurs que six d’entre elles se sont invitées dans le dossier seulement 48 heures avant l’audience voire le jour de l’audience, ce qui en dit long sur l’opportunisme judiciaire de ces associations que le dossier n’intéressait pas vraiment avant la semaine dernière.

La Justice donnera-t-elle à la vision insoumise du conflit israélo-palestinien force de loi ? Réponse le 13 novembre, jour de l’annonce de la décision.

Aide à l’Ukraine: combien ça coûte ou à quoi ça sert?

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Marine Le Pen estime que la France ne peut plus soutenir financièrement l’Ukraine. Mais entre dons, prêts, garanties et armes prélevées sur les stocks, les milliards annoncés ne sont pas autant d’euros décaissés. Et surtout, si leur coût réel compte, celui d’une éventuelle défaite ukrainienne et ses conséquences aussi.


« On peut continuer à former leurs soldats, leur armée, continuer à leur apporter du matériel pour se défendre, mais financièrement nous ne pouvons plus », a déclaré Marine Le Pen sur LCI, le 16 septembre. Dire que l’aide à l’Ukraine n’est financièrement plus possible suppose toutefois de répondre à la question par rapport à quelles autres dépenses, et au regard de quel objectif stratégique ? La réponse engage un ordre de priorités autant qu’un calcul budgétaire. Mais avant de débattre de la poursuite de cette aide, encore faut-il savoir ce que la France a réellement apporté à l’Ukraine. Les chiffres les plus souvent cités donnent une première idée de l’ordre de grandeur, mais ils ne mesurent pas tous la même chose.

L’Institut de Kiel, la référence

Dans son rapport au Parlement publié en 2025, le ministère des Armées évalue à 5,9 milliards d’euros le soutien militaire français entre le 24 février 2022 et le 31 décembre 2024. Il mentionne aussi une contribution française à la Facilité européenne pour la paix pouvant atteindre 2,3 milliards d’euros. Alimenté par les États membres de l’Union européenne, ce mécanisme rembourse à ceux qui livrent des armes et des munitions à l’Ukraine une partie de leur coût. L’addition des deux postes donne environ 8,2 milliards d’euros de soutien valorisé, mais pas une dépense nette de 8,2 milliards pour la France car certaines livraisons françaises peuvent être partiellement remboursées par ce même mécanisme. Surtout, il faut vérifier ce que chaque total comprend avant d’y ajouter les 400 millions d’euros du fonds bilatéral qui finance des acquisitions destinées à l’Ukraine et ne constitue pas automatiquement une troisième somme indépendante de toutes les autres. Le montant de 8,6 milliards avancé dans certaines présentations ne peut donc être repris comme un total d’« aide bilatérale » sans précaution.  

De son côté, l’Institut de Kiel, centre allemand de recherche économique financé principalement par des fonds publics allemands, tient une base de données devenue une référence internationale sur l’aide à l’Ukraine. Sa méthode publiée permet de comparer les États, mais ses valorisations du matériel militaire, parfois fondées sur le prix du neuf, ne doivent pas être confondues avec les dépenses effectivement décaissées. Sa dernière mise à jour disponible couvre les allocations jusqu’en juin 2026. Les quelque 7,9 milliards d’euros d’aide bilatérale française repris dans les comparaisons récentes ne portent donc ni sur la même période ni exactement sur le même périmètre que le rapport français arrêté fin 2024. Kiel comptabilise par ailleurs les institutions européennes comme un donateur distinct. Additionner mécaniquement ses données et celles du ministère reviendrait à compter deux fois certains engagements.  Ces réserves établies, la question politique posée par Marine Le Pen devient plus précise : de quelles formes d’aide entend-elle interrompre le financement ?

Sept façons d’aider, sept manières de compter

Le cash. Un don budgétaire versé à l’État ukrainien représente une dépense sans remboursement attendu. Dans les données de Kiel couvrant la période de janvier 2022 à juin 2026, l’aide financière française avoisine 800 millions d’euros et l’aide humanitaire 880 millions. Ces deux montants ne sont pourtant pas l’équivalent de 1,68 milliard d’euros de dons en espèces car l’aide financière comprend notamment les 400 millions d’euros de prêts accordés à l’Ukraine par l’intermédiaire de l’Agence française de développement (AFD), qui doivent en principe être remboursés. Quant à l’aide humanitaire, elle peut prendre la forme de biens et de services plutôt que d’un versement au gouvernement ukrainien.

Le crédit. En mars 2022, l’Agence française de développement a mis en œuvre, pour le compte et aux risques de l’État, deux prêts souverains totalisant 400 millions d’euros. L’argent est avancé aujourd’hui et le principal doit, en principe, être remboursé. Le prêt mobilise néanmoins des ressources publiques et expose la France au risque de défaut. L’AFD s’est également vu confier une enveloppe pouvant atteindre 400 millions d’euros de prêts et 50 millions de subventions d’ici à 2027, une somme pas encore déboursée.  

La caution pour crédit. Une garantie permet à une institution de prêter en s’appuyant sur un budget public. Elle génère un risque pour le garant, mais son montant nominal n’est pas une dépense immédiatement payée. Cette distinction compte particulièrement pour les dispositifs européens. La nouvelle enveloppe européenne de 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027 prend ainsi la forme d’un prêt financé par des emprunts de l’Union. On ne peut donc attribuer à la France une partie de cette somme puis la décrire comme un chèque qu’elle aurait déjà signé et payé à Kiev.

Le matériel neuf. Lorsqu’une commande passée à un industriel français équipe directement l’Ukraine, il y a bien une dépense, même si aucun virement n’est effectué au Trésor ukrainien. Les 400 millions d’euros du fonds bilatéral servent à financer de telles acquisitions.

Le matériel sorti des stocks. Un blindé ou un canon déjà détenu par l’armée française peut être cédé sans achat au moment de sa livraison. Cela ne le rend pas gratuit. La France perd une capacité qu’elle devra éventuellement remplacer, souvent au prix d’un matériel neuf. Inversement, la valeur retenue pour comptabiliser un véhicule ancien ne correspond pas nécessairement à une dépense budgétaire de même montant cette année-là. Kiel reconnaît que l’évaluation de ces transferts en nature peut même s’appuyer, faute de meilleure donnée, sur le prix d’achat d’un équipement neuf alors que l’objet livré est usagé.

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Les munitions neuves. Leur coût de fabrication est direct et, à la différence d’un équipement destiné à servir pendant des années, une munition est consommée lorsqu’elle est utilisée. Soutenir durablement l’effort de guerre ukrainien suppose donc des commandes répétées et des capacités industrielles capables d’y répondre.

Les munitions prises dans les stocks. Leur livraison peut précéder la dépense nécessaire pour reconstituer les réserves françaises. Le délai entre ces deux opérations rend le coût moins visible, sans le supprimer. Il peut même l’accroître si les nouvelles munitions sont plus chères que celles qui avaient été achetées plusieurs années auparavant.

Le problème est que les documents publics ne fournissent pas, pour toute la période depuis 2022, un tableau exhaustif séparant matériel neuf, matériel ancien, munitions neuves et munitions de stock. On peut décrire ces mécanismes et relever des opérations particulières ; on ne peut pas honnêtement affecter chacun des milliards du total à l’une de ces quatre cases.

Quelle fourchette retenir ?

Pour l’aide bilatérale française, la comparaison disponible conduit à retenir un ordre de grandeur d’environ 8 milliards d’euros, avec les 7,9 milliards attribués à la France dans les données de Kiel jusqu’en juin 2026 d’un côté, et les montants militaires publiés par le ministère français, arrêtés fin 2024 et construits autrement, de l’autre. Présenter 7,9 à 8,6 milliards comme une fourchette serait toutefois inexact car le haut de cette plage mêle potentiellement soutien direct, fonds d’acquisition et contribution à un mécanisme européen. Ce ne sont pas trois estimations concurrentes d’une même dépense.

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Il faut encore considérer l’aide passant par l’Union européenne. Une estimation d’environ 18,3 milliards d’euros de quote-part française circule pour les instruments européens de soutien à l’Ukraine, ce qui porterait le soutien attribuable à la France autour de 26 milliards d’euros en ajoutant le bilatéral. Ce calcul mesure une part imputée à la France dans l’effort collectif européen mais il ne mesure pas 26 milliards de dons français effectivement décaissés. Les instruments européens comprennent des subventions, des prêts, des garanties et des remboursements partiels de livraisons militaires. Additionner leurs montants nominaux sans distinguer ces formes de soutien grossit artificiellement la facture immédiate, tandis que les ignorer sous-estime les engagements et les risques pris par la France. La Facilité européenne pour la paix exige, en particulier, de surveiller les doubles comptes lorsqu’une livraison nationale est ensuite partiellement remboursée à l’échelle européenne.

L’addition, s’il vous plait !

Au total, les quelque 7,9 milliards d’euros recensés par Kiel jusqu’en juin 2026 représentent environ 1,8 milliard par an depuis le début de l’invasion. C’est une valeur d’aide allouée, non une dépense annuelle en espèces. Sur les 1,68 milliard d’euros d’aide financière et humanitaire mentionnés plus haut, 400 millions correspondent à des prêts remboursables. Le solde, soit au plus 1,28 milliard sur plus de quatre ans, comprend encore des biens et des services humanitaires. Les données publiques ne permettent donc pas de chiffrer honnêtement la part versée sous forme de dons en espèces, mais elle est inférieure à 1,28 milliard, soit moins de 300 millions d’euros par an en moyenne. Cela ne signifie pas que le reste ne coûte rien car les achats de matériel neuf, les contributions européennes et la reconstitution des stocks ont aussi un coût budgétaire.

Pour situer les ordres de grandeur, les dépenses du budget général de l’État français ont atteint 441 milliards d’euros en 2025. Les 1,8 milliard (annuels) d’aide bilatérale valorisée équivalent à environ 0,4 % de ce montant et le plafond de 300 millions annuels calculé pour les dons financiers et humanitaires représente moins de 0,07 %. Ces sommes sont à la fois considérables pour les programmes qui les supportent et modestes à l’échelle de l’État. Leur appréciation dépend, au fond, de la place que l’on donne à la Russie dans la stratégie française.

Si la Russie de Vladimir Poutine est un adversaire susceptible de devenir un ennemi, et si la protection américaine paraît moins assurée, aider les Ukrainiens à contenir son armée peut être considéré comme une bonne affaire stratégique à ce prix. Si, au contraire, on voit dans la Russie un partenaire possible pour rétablir un équilibre européen, renouer des relations économiques et éviter une confrontation durable entre puissances nucléaires, prolonger la guerre par une aide française paraît une dépense inutile. La phrase de Marine Le Pen ouvre ainsi un débat légitime, mais elle appelle une réponse à une question autrement plus important : quelle relation la France veut-elle entretenir avec Moscou, et quelles conséquences est-elle prête à accepter si l’Ukraine ne peut plus tenir ?

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Cisjordanie: quand Emmanuel Macron parle comme France Inter

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En multipliant les fake news sur Israël à la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron flatte son public comme un élu LFI ou un journaliste du service public


Il y a des raisons de dénoncer la situation en Cisjordanie et la complaisance du gouvernement Netanyahou avec des fanatiques juifs. On n’est pas obligé d’être hémiplégique et de nier les agissements des fanatiques musulmans. Sur la Palestine, la copie d’Emmanuel Macron, présentée devant l’Assemblée générale de l’ONU, était pire que médiocre : francinterienne. Avec les trémolos d’usage : « Certains se flattent d’une paix prétendue, mais cette paix n’a pas ouvert une seule seconde les voies humanitaires. Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ? Regardez ce qui se passe en Cisjordanie, où chaque jour des violations sont commises. Au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. » Difficile de plaider l’erreur de traduction quand on cause français, l’une des deux langues officielles du « machin ». Le président a donc dû expliquer que sa langue avait fourché et qu’il n’avait pas voulu dire « sévi » mais « régné ». Le croie qui voudra.

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De l’étalage de vertu, beaucoup de boursouflures et deux contre-vérités en quelques secondes. L’aide humanitaire à Gaza n’est pas bloquée par Israël. Surtout, si le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie, parce qu’il a sur le dos Israël et l’Autorité palestinienne, il y commet des meurtres et des attentats et serait probablement le premier parti en cas d’élections libres — accessoirement, il n’y en a pas eu depuis 2006. Cela ne justifie pas les exactions de colons ni l’indulgence du gouvernement Netanyahou-Ben Gvir à leur endroit. Même pour les alliés d’Israël, ce gouvernement n’est pas vraiment un partenaire commode. En clair, il les rend fous! N’empêche, comme un élu LFI, le président de la République flatte son public (le Sud global) en dénonçant Israël, qui semble à ses yeux bien plus condamnable que le Hamas. Simplifications, méconnaissance des faits : on dirait un journaliste de l’audiovisuel public. Ce discours nous fait honte à tous. Et il ne satisfait même pas la gauche, qui braille et accuse Emmanuel Macron d’être complice de Bibi.

Trois ans après le 7-Octobre, il est clair que les médias, confits dans leurs bons sentiments, ont souvent raconté n’importe quoi, revenant très vite, après quelques jours de sidération, sur leurs rails idéologiques. Du Monde au New York Times, d’El País au Times de Londres : partout, d’honorables journaux ont repris la propagande et les bilans du Hamas sans pincettes, accréditant l’accusation de génocide devenue un permis d’antisémitisme. Lors du débat de la primaire socialiste, Ségolène Royal a doctement expliqué que la montée de l’antisémitisme était due aux dirigeants israéliens et qu’il « faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est absolument intolérable ». En clair, les juifs sont un peu coupables de la haine qu’ils suscitent. S’ils aiment un État génocidaire, faut pas qu’ils s’étonnent qu’on ne les aime pas. On devrait dire à madame Royal que l’antisémitisme existait avant Israël. Y compris dans le monde musulman où il sévit toujours. Mais pardon, le voir c’est islamophobe. Peut-être Royal croit-elle que Mélenchon va gagner la présidentielle. Sûr qu’elle aurait un maroquin.

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Quand Israël tire sur une école, on oublie qu’elle était utilisée comme base de lancement de missiles. Pareil pour la famine, annoncée sur tous les tons, mais qui selon les organisations internationales, n’a finalement et heureusement pas eu lieu (ce qui ne veut pas dire qu’on mange bien à Gaza), ou encore les journalistes supposément assassinés (c’est-à-dire tués volontairement) par un État qui voudrait museler la presse. Il n’y a pas de liberté de la presse à Gaza et aucun journaliste au sens occidental, car pour travailler à Gaza, il faut avoir l’agrément du Hamas et se conformer strictement à sa ligne c’est-à-dire à sa propagande. Et on tient cette information de la bouche du cheval. Motaz Azaïza, réfugié aux États-Unis, était « la voix des Gazaouis ». En France, il a reçu le prix Liberté lors des 45 èmes commémorations du Débarquement, rien que ça. Aujourd’hui, il reconnaît avoir choisi de ne pas diffuser d’images du 7-octobre pour ne pas nuire à la cause et raconte le harcèlement du Hamas contre les journalistes tentés par l’indépendance. Évidemment, vous ne lirez pas son témoignage dans Le Monde ni dans aucun prétendu grand média. Et eux n’ont pas l’excuse d’être menacés par les fanatiques du Hamas.

En Suède, la droite fait reculer la violence et la gauche gagne les élections

Surprise! La politique sécuritaire de la majorité sortante a fait reculer la violence des gangs entre 2022 et 2026. Laquelle vient pourtant de perdre les élections législatives du 13 septembre! La géographie de la violence et la carte électorale éclairent ce paradoxe, démontre ici Gil Mihaely.


Au tournant du siècle, la Suède comptait parmi les pays européens où les homicides étaient relativement rares et où l’usage criminel des armes à feu restait limité. Puis sa trajectoire s’est écartée de celle de ses voisins nordiques. Les homicides par arme à feu ont commencé à augmenter vers 2005, sans que cette hausse se traduise immédiatement dans le taux global d’homicides, car les meurtres commis par d’autres moyens diminuaient. À partir de 2013, le taux global s’est lui aussi mis à progresser. Pendant ce temps, le Danemark, la Norvège et la Finlande poursuivaient leur décrue ou stabilisaient leurs résultats.

Un mauvais élève européen mais une violence concentrée dans les « utsatta områden »

Cette évolution ne traduit pas une montée générale de la violence dans la société suédoise. Les homicides familiaux ou commis à l’arme blanche n’ont pas suivi la même courbe. La hausse vient surtout d’une violence criminelle concentrée dans certains territoires, liée aux trafics et impliquant principalement de jeunes hommes. Au début des années 2000, le milieu criminel était associé à trois à cinq homicides par arme à feu sur dix ; deux décennies plus tard, cette proportion atteignait environ huit sur dix. L’écart avec le reste de l’Europe est particulièrement marqué chez les hommes de 20 à 29 ans.

Selon une étude comparative du Conseil national suédois pour la prévention de la criminalité, le Brå, la Suède comptait environ quatre homicides par arme à feu par million d’habitants, contre 1,6 en moyenne dans les pays européens étudiés. Aucun de ces pays n’avait connu une progression aussi forte et aussi durable. Longtemps réputée particulièrement sûre, la Suède faisait désormais face à un phénomène qui lui était propre. Ce qui distingue le pays, c’est la place prise par les règlements de comptes et leur concentration géographique.

La violence des gangs s’est d’abord installée dans certaines périphéries de Stockholm, Göteborg et Malmö, avant de gagner d’autres villes devenues emblématiques des utsatta områden, les « zones vulnérables ». Cette catégorie désigne des quartiers où la précarité se conjugue à l’emprise des réseaux criminels avec trafic de drogue, recrutement de mineurs, intimidation des témoins et difficulté pour les institutions à exercer leur autorité, avec la culture du silence et des structures sociales parallèles, héritées de cultures et pays d’origine.

On comprend alors mieux l’expression de « structures sociales parallèles » employée par la police pour décrire la sociologie de ces quartiers. À Husby, quartier populaire du nord-ouest de Stockholm et construit dans les années 1970 dans le cadre du vaste « programme du million », environ 85 % des habitants étaient déjà d’origine étrangère au moment des émeutes de 2013. Une enquête de SVT (Sveriges Television), le groupe audiovisuel public suédois, avait ainsi constaté qu’un tiers des commerçants interrogés disait avoir subi menaces ou violences et que plus d’un tiers des victimes interrogées n’avaient pas signalé les faits à la police.

La carte de ces quartiers recoupe celle d’une forte concentration de populations issues de l’immigration avec parfois une majorité parmi les jeunes de 20 à 25 ans. Dans le nord-ouest de Stockholm, la police recensait en 2020 quelque 180 nationalités et 200 langues dans son seul secteur de Rinkeby. À Husby, environ 85 % des habitants étaient déjà d’origine étrangère au début des années 2010.

Une étude du Brå portant sur les fusillades et explosions constate que 57 % des fusillades se produisent dans seulement 7 % des zones étudiées. Le taux de fusillades est neuf fois plus élevé dans les secteurs présentant la plus forte « vulnérabilité sociale » que dans les moins vulnérables. Pour la période 2022-2024, la police estime par ailleurs qu’environ 60 % des fusillades étaient reliées aux « zones vulnérables.

C’est précisément dans ces territoires qu’est apparue une nouvelle génération criminelle. Le profil le plus caractéristique est désormais celui d’un jeune homme, né ou ayant grandi en Suède, issu de l’immigration et socialisé dans un quartier où existe déjà un réseau criminel et une forte population d’origine extra-européenne. Le Brå indique que dans les homicides liés aux conflits du milieu criminel, 64 % des auteurs identifiés et 80 % des victimes sont d’origine étrangère. Les biographies des chefs de gangs les plus connus illustrent cette transformation.

Rawa Majid, surnommé le « Renard kurde » (l’immigration anatolienne est classifiée comme origine asiatique), est l’une des figures emblématiques de cette nouvelle criminalité. Il apparaît pour la première fois dans les registres judiciaires à 19 ans, puis accumule les condamnations, notamment pour trafic de stupéfiants. Il devient ensuite une figure centrale du réseau Foxtrot, impliqué dans les guerres pour le contrôle du marché de la drogue et dans une succession de règlements de comptes.

Son ancien associé puis rival Ismail Abdo, surnommé Jordgubben (« la Fraise »), offre un parcours particulièrement révélateur. Né en 1990 et élevé à Uppsala, de mère turque et père d’origine libanaise, il appartient à une famille de huit enfants, installée en Suède depuis les années 1980. Plusieurs membres de la famille exploitaient des entreprises de commerce des fruits et légumes, et Abdo lui-même y aurait travaillé. C’est de cette activité parfaitement légale que lui vient son surnom.

En 2016, il est condamné à cinq ans et demi de prison pour trafic aggravé de stupéfiants, infraction grave à la législation sur les armes et recel. Il devient ensuite l’un des acteurs importants du milieu criminel d’Uppsala et de Stockholm et se rapproche de Rawa Majid. Les deux hommes finissent cependant par s’affronter pour le contrôle du trafic de stupéfiants.

Guerre des narcos

Cette rupture débouche en 2023 sur une guerre de gangs qui finit par sortir du cercle des criminels eux-mêmes. Le 7 septembre, la mère d’Abdo, âgée de 58 ans et sans implication connue dans les activités de son fils, est abattue à son domicile d’Uppsala. Son meurtre déclenche une succession de représailles entre les factions liées à Abdo et Majid.

Cette guerre révèle surtout une mutation du fonctionnement des gangs suédois. La fusillade ou l’attentat à l’explosif devient un service que l’on commande à des adolescents, qui ne se connaissaient parfois pas quelques jours auparavant, et sont recrutés pour tuer un rival ou attaquer ses proches.

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Il existe donc bien un lien entre la transformation démographique et la géographie de la nouvelle criminalité. Selon les chiffres du Brå, les personnes d’origine étrangère représentaient 21 % de la population dans son étude, mais 43 % des auteurs d’homicides identifiés et 64 % des auteurs lorsque l’homicide résultait d’un conflit dans le milieu criminel. Et la géographie recoupe largement celle de l’immigration extra-européenne arrivée en Suède depuis les années 1990 et surtout 2000-2010. La Suède a accueilli, rapporté à sa population, une immigration et notamment une immigration de réfugiés particulièrement importantes.

Le tournant de 2022

C’est dans ce contexte que la coalition conduite par le conservateur Ulf Kristersson arrive au pouvoir à l’automne 2022, avec l’appui parlementaire des Démocrates de Suède (nationalistes). La sécurité est l’un des piliers de l’accord politique qui permet à la droite de gouverner.

La majorité s’inspire pour partie de la politique danoise en la matière avec comme idée qu’il ne s’agit plus seulement d’augmenter les moyens policiers, mais de modifier les règles juridiques qui avaient été conçues pour une société dans laquelle les bandes criminelles n’avaient ni la puissance ni la capacité d’intimidation acquises depuis.

Le premier axe consiste à augmenter le coût pénal de l’appartenance au milieu criminel avec des peines aggravées pour les crimes commis dans le cadre des gangs, un durcissement du traitement des récidivistes et des règles de libération conditionnelle, ainsi qu’une réduction des mécanismes permettant de diminuer les peines lorsque plusieurs infractions sont jugées simultanément. Pour les étrangers condamnés, le gouvernement facilite l’expulsion et donne moins de poids à leurs attaches en Suède.

Mais la rupture la plus spectaculaire concerne les pouvoirs de la police. Depuis avril 2024, celle-ci peut créer temporairement des « zones de sécurité » lorsqu’un territoire est menacé par un conflit entre groupes susceptible de provoquer fusillades ou explosions. À l’intérieur, les policiers peuvent fouiller des personnes et contrôler des véhicules sans devoir disposer d’un soupçon individualisé préalable. Une petite révolution juridique dans un pays traditionnellement attaché aux libertés individuelles.

Une autre mesure permet aux procureurs d’interdire pour six mois à certaines personnes de fréquenter un territoire déterminé lorsqu’elles sont susceptibles de favoriser des crimes graves. Les autorités ont également élargi les possibilités de recourir aux moyens de surveillance secrets et introduit le témoignage anonyme dans certaines procédures, afin de répondre à l’un des problèmes récurrents des quartiers contrôlés par les gangs car souvent témoins et victimes savent qui a tiré, mais refusent de parler par peur des représailles…

Le gouvernement s’est également attaqué à l’argent. Une nouvelle législation facilite la confiscation de biens dont les criminels ne peuvent justifier l’origine. Plusieurs administrations ont parallèlement reçu pour mission de contrôler les prestations, revenus et activités économiques des dizaines de milliers de personnes identifiées comme liées, directement ou indirectement, aux réseaux criminels.

Le troisième front est celui des mineurs. Depuis octobre 2025, les enquêteurs peuvent, pour certaines infractions graves, recourir à des écoutes et à d’autres moyens de surveillance secrets visant des enfants de moins de 15 ans. Depuis juillet 2026, lorsqu’une peine privative de liberté est nécessaire, les mineurs peuvent être condamnés à la prison, dans des unités qui leur sont réservées. Enfin, une réforme entrée pour l’essentiel en vigueur le 10 septembre 2026 abaisse temporairement de 15 à 14 ans l’âge de la responsabilité pénale pour les crimes les plus graves, réduit fortement les diminutions de peine accordées aux moins de 18 ans et renforce la surveillance des jeunes condamnés.

Quatre ans après l’arrivée de la droite au pouvoir, la baisse des fusillades est nette, avec 158 en 2025, contre 391 en 2022, soit près de 60 % de moins. La tendance se confirme au premier semestre 2026, avec 39 fusillades contre 205 sur la même période en 2022. Le nombre de personnes tuées par balle est passé, lui, de 34 à huit.

En 2022, la Suède semblait engagée dans une spirale que ses voisins avaient largement évitée. Quatre ans plus tard, le nombre de fusillades est revenu à un niveau que la police qualifie elle-même d’historiquement bas. Ce bilan sécuritaire n’a pourtant pas suffi à sauver la majorité qui l’avait obtenu.

Le paradoxe électoral

Aux législatives du 13 septembre 2026, le bloc soutenant le gouvernement d’Ulf Kristersson a été battu de justesse. L’opposition de centre-gauche a obtenu 176 sièges contre 173 pour la droite, dans un scrutin où environ 50 000 voix seulement ont séparé les deux blocs sur plus de 6,8 millions de votants. M. Kristersson a présenté sa démission quelques jours plus tard.

Pour le journaliste Jean-Dominique Merchet, la clé de ce paradoxe réside dans l’évolution du corps électoral. Les électeurs issus de l’immigration extra-européenne sont aujourd’hui plus nombreux qu’au début du siècle et votent majoritairement à gauche. Selon les estimations rapportées par Le Monde, 67 % d’entre eux ont soutenu l’opposition, contre 48 % des électeurs nés en Suède. Dans une élection aussi serrée, cet écart a pu compter.

La carte du vote et celle de la violence ne se superposent pas, mais elles se recoupent assez pour éclairer le résultat. La majorité sortante a obtenu des résultats contre les gangs sans en tirer nécessairement un bénéfice électoral dans les quartiers les plus touchés.

Cela suggère qu’une partie des habitants issus de l’immigration, qui travaillent et subissent directement cette violence, ont accordé plus de poids à d’autres considérations, comme peut-être la solidarité avec les jeunes de leur quartier, de leur milieu ou de leur culture, qu’à l’amélioration de la sécurité.

Rire au pas

Le rire totalitaire est une affaire sérieuse : l’État fournit la cible, le texte et les huées. Sous Hitler, Staline, Mao ou Xi, une plaisanterie peut valoir à son auteur le goulag ou le chômage. La bonne blague fracture le mensonge officiel, voilà pourquoi le pouvoir lui réserve toujours une mauvaise chute.


« Une chose est drôle lorsqu’elle bouscule l’ordre établi. Chaque plaisanterie est une petite révolution. » écrit George Orwell1. L’auteur de 1984 est bien placé pour savoir qu’humour et régimes autoritaires ne font jamais bon ménage.

Henri Bergson a démontré que le rire peut servir à imposer des normes sociales. Quand le dictateur recourt à caricature, dirigeant le rire des masses contre les « ennemis du peuple » désignés, il ne s’agit pas d’humour, c’est-à-dire de l’expression libre d’un mouvement de la pensée, mais d’une façon de souder par le rire le corps social contre un groupe identifié. Ainsi en est-il du juif chez les nazis : nez crochu, doigts griffus, lèvres lippues ; ainsi en est-il du capitaliste dans l’URSS stalinienne : marionnettiste obèse tirant les ficelles du monde, cigare aux lèvres, toujours entouré de son stock de missiles et de ses précieux sacs de dollars américains…

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Mais hier à Berlin, comme à Moscou, point d’humour. Pas plus qu’à Pékin ou à Téhéran aujourd’hui.

En témoigne le sort du père Joseph Müller. Condamné pour sédition, il fut guillotiné le 11 septembre 1944. Son crime ? Avoir raconté une plaisanterie et refusé d’en livrer l’auteur initial : un soldat blessé, sur son lit de mort, voit, au-dessus de celui-ci, d’un côté un portrait d’Hitler et de l’autre côté celui de Göring et s’exclame: « Maintenant, je peux mourir tel Jésus ! » Si l’histoire ne précisait pas qui était le bon larron et qui endossait le mauvais, la référence aux deux criminels crucifiés aux côtés de Jésus-Christ ne laissait aucun doute. Le manque d’humour du régime nazi aussi…

Quand la blague devient contre-révolutionnaire 

Du côté de l’URSS, l’historienne Sheila Fitzpatrick a montré que les « anekdoty », ces blagues critiquant Staline ou le Parti, dénoncées comme des « agitations antisoviétiques » ou des « propos contre-révolutionnaires » étaient largement diffusées. Plus qu’une menace directe, cet humour témoignait d’une survivance de l’individu et de son jugement en résistance intérieure à l’ordre établi. Staline interrogea un jour ses conseillers sur le coût de grandes festivités populaires… « Presque rien, répondit l’un d’eux, il vous suffit d’acheter une balle et de vous tirer dessus, chacun fera spontanément la fête. » C’est cette blague qui, en 1937, valut au docteur David Sigua sa condamnation à huit ans de goulag.

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Dans la Chine de Mao Tsé-toung, la Révolution culturelle instaure un culte de la personnalité de fer, et invite à la dénonciation des propos publics mais aussi privés, jusque dans le cadre familial. C’est pour s’être moquée de Mao que l’opposante Zhang Zhixin est arrêtée en 1969 et exécutée en 1975. Un demi-siècle plus tard, en 2023, le stand-upper Li Haoshi est condamné à une forte amende, licencié et privé de compte Weibo (le Twitter chinois) pour une blague sur l’armée populaire de Chine. En Iran, le jeune caricaturiste Keyomars Marzban a été arrêté en 2018 et condamné à vingt-trois ans de prison, notamment pour « insulte au sacré », « insulte au guide suprême », « insulte à des fonctionnaires » et « propagande contre l’État ».

L’humour est l’expression d’une liberté indissoluble dans le paradigme globalisateur qui caractérise tout totalitarisme. L’humour fracture le mensonge et laisse entrer le réel. Dans Le Livre du rire et de l’oubli, Kundera oppose « le rire des anges » – qui promettent un monde parfait – au « rire du diable » – disruptif parfois jusqu’au cynisme. Ce qui rappelle que l’enfer totalitaire repose toujours sur la promesse d’un paradis sur terre. La bonne blague.

  1. Dans un texte intitulé « Drôle mais pas vulgaire » (« Funny but not vulgar »), écrit en 1944 et publié en juillet 1945 dans l’hebdomadaire Leader. (Données fournies par Perplexity) ↩︎

La fille aînée de l’Église n’est pas boudeuse…

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On peut même dire qu’elle est plutôt bonne fille. Voilà à peine deux ans, alors que Notre-Dame de Paris rouvrait ses portes et recouvrait son âme, le successeur de saint Pierre de l’époque n’avait pas jugé opportun d’honorer l’événement de sa pontificale présence. Pourtant une sainte messe eût été la bienvenue, ne serait-ce que pour saluer la prodigieuse mobilisation du peuple de France, de la fille aînée de l’Église donc, mobilisation récompensée par une forme de miracle. En l’espace de seulement cinq Nativités et cinq Pâques, les pierres sublimes de l’édifice furent rendues à Dieu.

Rendez-vous tristement manqué en cet hiver 2024, quelques jours avant Noël. Nombre de Français, catholiques ou non, en ont été contrits. Ils se sont sentis humiliés, peut-être bien.

Une gigantesque célébration en place publique, une autre là où les rappeurs remplissent les stades pourraient-elles faire oublier l’amertume légitime du dédain — du ratage — sus-évoqué ? Par la présence de centaines de milliers de ses fidèles lors des différentes cérémonies papales, à Paris, Metz ou Lourdes, la fille aînée de l’Église aura su répondre par l’affirmative, tant le bel et noble principe du pardon des offenses l’habite et dicte sa conduite.

Cependant, d’aucuns s’interrogent. La France l’est-elle encore, la fille aînée de l’Église ?

Elle ne l’est plus.

Du moins, plus de la même façon. Tout simplement parce que l’Église elle-même n’est plus ce qu’elle était lorsque la formule avait cours et prenait sens.

Le pape Léon a clairement exprimé cette métamorphose dans sa récente encyclique Dignitatis humanae, reconnaissant, après Vatican II, que « la liberté religieuse est un droit fondamental enraciné dans la personne humaine qui doit être garanti par l’ordre juridique afin que nul ne soit contraint d’agir contre sa conscience ou empêché de rechercher ou de professer la vérité en privé et en public. »

Le croyant se trouve donc ainsi rendu à la liberté, cette liberté qui est le don de Dieu accordé à l’être créé à son image.

Le piège est que la liberté convient aux âmes fortes et égare les autres. C’est sans doute ce à quoi nous assistons. L’Église du passé, l’Église d’avant, s’est-elle assez préoccupée d’armer les âmes pour ce temps où, inéluctablement, cette évolution viendrait et produirait ses effets ? Ce n’est pas aux Lumières de porter la culpabilité de la déchristianisation des temps nouveaux. Les Lumières disaient, avant lui, ce que le pape Léon dit aujourd’hui, et qui, de ce fait, se révèle parfaitement compatible avec les exigences de la foi. Trop de siècles de contrition forcée, d’infantilisante repentance, de soumission doctrinaire à des pratiques plus ou moins gauchies par la superstition ont, au bout du compte, affaibli et altéré les âmes, les rendant impropres à la confrontation, toujours exigeante et âpre, avec la liberté.

Un autre rendez-vous manqué. Alors même qu’il restaurait le principe divin de la liberté humaine, le concile Vatican II est allé se fourvoyer dans une absurde entreprise de désacralisation, appauvrissant le rituel, profanant le mystère de la messe, avilissant les offices et jusqu’à la prière en happenings de kermesse. Alors que, tout au contraire, la ressacralisation de la liberté eût exigé l’exaltation affirmée, revendiquée de l’alliance spirituellement et intellectuellement salvatrice de la liberté et du beau.

Dans les cœurs de ceux qui prieront avec le pape ce week-end, la France est évidemment encore la fille aînée de l’Église, n’en doutons pas.

Mais que dira le pape Léon à cette fille ?

Lorsqu’il se rendra à l’Unesco, y ira-t-il de nouveau de son couplet pro-immigration de masse ? C’est à craindre. À craindre aussi que la France, de ce fait, à terme, ne soit plus la France. Dès lors, la question de savoir de qui elle pourrait bien être la fille aînée sera — désespérément et définitivement — sans objet.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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De qui LFI est le proxy?

Prôner l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, flatter Alger, réhabiliter Moscou tout en ménageant Pékin et Téhéran, la politique étrangère d’un président LFI serait clairement anti-occidentale. En mélenchonais, cette soumission aux régimes les plus déplorables de la planète s’appelle le « non-alignement ».


La meilleure défense, c’est l’attaque. Les Insoumis dénoncent bruyamment l’ancien emprunt du RN à une banque étrangère, les opérations de la firme israélienne BlackCore visant leurs candidats aux municipales à Marseille, Roubaix et Toulouse, ou les agissements d’E. Musk avec son réseau social X. Ils espèrent ainsi faire oublier leur complaisance coupable avec tout ce que la planète compte de régimes farouchement hostiles à l’Occident et à la France.

Si on peut reconnaître un mérite à Mélenchon, c’est d’avoir toujours accordé de l’importance aux relations internationales. Sa « nouvelle France » incarne à l’intérieur une stratégie de la tension qui s’articule à la nouvelle donne géopolitique mondiale. Imbriqué dans un vaste réseau d’acteurs à travers le monde, LFI s’articule solidement aux deux totalitarismes contemporains que sont l’islamisme et le wokisme. Elle peut donc être caractérisée comme le principal agent français du « Sud global », assemblage hétéroclite anti-occidental dont la Russie de Poutine est la tête de pont, l’Algérie, la Turquie et l’Iran les garde-flancs. Ses fantassins se recrutent en Afrique et en Amérique latine, ses éclaireurs et des kamikazes chez les « Palestiniens », ses idiots utiles dans les universités occidentales.

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Le 9 juin 2024, au soir du premier tour des législatives anticipées, Jean-Luc Mélenchon proclamait : « Notre France, c’est une France créolisée, mélangée. Une nouvelle France constituée de tous ceux qui veulent vivre ensemble. » L’immigrationnisme est l’arme de choix pour détruire la France en tant qu’État-nation. Les Insoumis promettent aux immigrés une revanche sur les Français « tout blancs tout moches ». 

S’agissant des territoires et départements d’outre-mer, cette créolisation se mue carrément en projet « décolonial ». Ainsi, en juillet 2026, Mathilde Panot et Bastien Lachaud confirment sur le sol calédonien la promesse de Jean-Luc Mélenchon d’entériner l’indépendance de l’archipel dès janvier 2028 s’il est élu président. En Corse, LFI soutient les revendications autonomistes qui sont les faux-nez de la lutte indépendantiste. Cette position est parfaitement raccord avec l’entreprise de déstabilisation conduite par la Russie, en l’occurrence sous couverture azerbaïdjanaise. De manière assez surréaliste, en janvier 2024, l’Assemblée nationale aux ordres du président autocrate Ilham Aliyev a reconnu la légitimité de la réclamation d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de la Corse. Durant les émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, Bakou a clairement attisé la violence.

Le logiciel décolonial

La thématique décoloniale est aussi au cœur de la politique de soutien au régime algérien. Lors de son voyage en Algérie, en juillet 2025, en pleine crise diplomatique entre Paris et Alger, Delogu a renchéri sur la propagande gouvernementale antifrançaise. Et bien sûr, il n’a nullement évoqué les scandaleuses incarcérations du journaliste Christophe Gleizes et de Boualem Sansal. Quant à l’engagement résolument « antisioniste » de LFI, il repose sur la prétendue « colonisation » israélienne de ladite Palestine – de la mer au Jourdain.

Le propalestinisme, illustré par la place prépondérante de Rima Hassan, instrumentalise la défense compassionnelle du peuple palestinien dans le but stratégique d’obtenir la disparition de l’État d’Israël, accusé de colonisation, d’apartheid et de génocide. Au lendemain des massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023, un communiqué de presse sous-entendait que l’attaque était méritée puisqu’elle aurait répondu à une « intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ».

L’anti-américanisme des leaders de LFI, systématique et caricatural, ne date pas de la présidence de Donald Trump. En janvier 2026, Mélenchon déclarait que les États-Unis sont « un empire agressif né d’un génocide et qui a passé les neuf dixièmes de son temps en guerre avec le reste du monde ». Son anti-américanisme conjugue l’anti-impérialisme traditionnel de la « vieille gauche », l’antiracisme dévoyé de type wokiste dénonçant un « néosuprémacisme » blanc, et la solidarité avec les ennemis plus ou moins déclarés des États-Unis que sont la Russie, la Chine et l’Iran. Le soutien indéfectible du leader Insoumis au Venezuela chaviste, au-delà de l’engouement des débuts de la « révolution bolivarienne », rejoint logiquement l’appui au régime vénézuélien (et les investissements financiers) de ces trois grandes dictatures.

Du non-alignement à l’alignement

Les non-alignés des années 1950-1960 ont pour la plupart rapidement basculé dans le camp de l’URSS. De même, le « non-alignement » de Jean-Luc Mélenchon est en réalité un alignement sur les puissances anti-occidentales. Il ne s’en cache pas. Par exemple, quand il plaide ouvertement pour la « réintégration de la Russie dans le concert européen » malgré son agression contre l’Ukraine et les menaces réitérées de Poutine contre la France. Il est vrai cependant qu’entre la Russie et la Chine, LFI se garde bien de choisir. Sophia Chikirou défend ouvertement la Chine qu’elle refuse de qualifier de dictature au motif absurde qu’elle n’est pas « le régime d’un seul homme » (!). Dans un rapport de juillet 2025, elle dresse un réquisitoire contre la politique de l’UE : « L’approche résolument atlantiste adoptée par l’Europe a abouti à une sorte de guerre commerciale contre la Chine, aux effets délétères. »

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En Iran, si LFI a timidement soutenu le début de la révolte de la jeunesse en 2022, le parti, par la voix notamment de la députée Alma Dufour, a vivement condamné les frappes américano-israéliennes de juin 2025. Elle considérait l’Iran comme « l’État agressé » et évidemment Israël comme « l’État agresseur », et en appelait à l’intervention urgente de  l’ONU, devenue la caisse de résonance du Sud global depuis que les dictatures de tout poil y sont largement majoritaires.

En juillet 2024, Rima Hassan publiait un édifiant message sur X : « La Mecque des révolutionnaires et de la liberté est et restera l’Algérie ». Gageons que si Mélenchon entrait à l’Elysée, elle réviserait son jugement et tournerait ses yeux de Chimène vers la France, qui pourrait bien, par la magie insoumise, devenir le lieu de rendez-vous des autocrates, des djihadistes et des oligarques qui les soutiennent. Vous avez aimé Saint-Denis ville du peuple  vivant ? Vous adorerez Paris capitale du Sud Global.

Dernier ouvrage paru : Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, Éditions Intervalles, 2025.

Pour être de gauche, mangez McDo

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Cuisinier de talent (dit-il), gastronome compétent qui avait ouvert une page Facebook intitulée « Manger à Marseille » et faisant la chronique des bonnes tables phocéennes, notre chroniqueur a été sèchement remis à sa place par des vrais hommes de gauche lui reprochant d’avoir dîné dans une gargote huppée. C’est vrai, ça: pour qui se prend-il?


Me voici de nouveau catalogué fasciste, parce que je suis allé fêter mon anniversaire (73 : nombre premier !) dans un restaurant à vocation gastronomique, à quelques kilomètres de chez moi.

(Attention, paragraphe d’extrême-droite !)
Le Domaine du Colombier, à Malataverne, est tout à fait recommandable (menus ci-joints). À deux pas de Montélimar, il est une étape indispensable lorsqu’après avoir écumé les bouchons de Lyon et déjeuné chez Anne-Sophie Pic, à Valence, vous cherchez, en descendant la vallée du Rhône, une table accueillante avant de séjourner aux Baux-de-Provence à l’Oustau de Beaumanière — avant qu’il change de main en juin 2027. On s’en fiche, pourvu que Glenn Viel reste aux fourneaux.

J’aggrave mon cas. Parce que la seule mention d’un repas magnifique, arrosé d’un Crozes-Hermitage (Domaine des Bruyères, Cuvée Georges) qui s’accordait superbement avec les viandes du menu « Terre », a suffi à déclencher l’ire (comprennent-ils ce joli mot ancien ? Allons, pour les béotiens de LFI ? je rectifie) la colère des vrais gauchistes qui s’égarent parfois sur ma page Facebook. « On se goberge et on bafre, alors que le peuple galère loin des intellos conservateurs à la mode réac justement dénoncés par LFI », dit l’un. « Le peuple n’a pas besoin de savoir que certains peuvent se payer des restaus hors de prix ! (Même invité !) », ajoute un autre.

Curieuse morale où pour faire peuple, il faut avaler de la merde. C’est ce que s’est dit Matthieu Pigasse, qui a claqué 434 000 € pour deux pour 19 jours sur l’île Moustique, paradis des milliardaires qui aiment bien rester entre eux. Le patron du groupe de médias Combat (il se prend pour Camus, sans doute) et potentiellement candidat de gauche (un de plus) à la présidentielle s’est habilement justifié :

« Étaient membres du Tiers État ceux qui n’appartenaient ni au clergé, ni à la noblesse. Dans le tiers état, il y avait de riches industriels et de riches financiers », citant « Dupont de Nemours, Mirabeau, Mounier, Barnave ». « Ils avaient tous la même volonté de changement. C’est ce qui m’anime », poursuit-il, arguant que « ce qui compte, ce sont les engagements et les convictions.» Et de marteler : « Être de gauche, ce n’est pas faire vœu de pauvreté. »

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Hal, open the fucking door!

Croire qu’aimer bien manger autre chose que de la merde, comme disait le regretté Jean-Pierre Coffe, signe votre appartenance à l’extrême-droite est un raisonnement un peu court, tout à fait digne du tout petit niveau intellectuel de la gauche aujourd’hui. « Le Siècle des intellectuels », disait Michel Winock du XXe siècle. Le Siècle des imbéciles, dirait-on aujourd’hui. Cretinus Maximus a pris le pouvoir à gauche. Il serait dommage que la droite ne relève pas le gant et le niveau : il est temps d’y faire le ménage.

Ah, évidemment, ce que j’ai mangé si volontiers lundi dernier n’était pas halal — le cochon du Ventoux s’en garde bien. Et le bruit court (sans cesse démenti par le boss suprême) que McDo l’est davantage. Et c’était cher (129 € par, personne, fromage inclus — mais vous pouvez prendre le menu « Feu », qui vous fait combiner Air, Terre et Eau, si vous pouvez pousser jusqu’à 179€ — rajoutez une centaine d’euros pour le vin. Ma foi, c’est moins cher que le billet Luxe pour assister à la déroute de l’OM face au PSG, la veille — un cadeau souvent offert aux fans du peuple abreuvés de McDo et de mauvaise graisse.

Il y a une dizaine d’années, sur le coup de midi, la classe s’achevait, j’ai demandé à mes loulous, tous post-bac et pauvres Maghrébins pour la plupart, où et de quoi ils allaient déjeuner. « Au McDo », fut la réponse largement majoritaire. J’ai donc pris cinq minutes de leur temps pour leur expliquer que le prix au kilo des 80 grammes de viande entreposés entre deux couches de glucides, le tout vendu aux alentours de 6 €, était supérieur à celui du wagyu — dont ils ignoraient l’existence. Et que je me faisais fort, pour la même somme par personne, de leur concocter un repas de qualité — un bœuf bourguignon bien mijoté ne coûte pas plus cher, et c’est cent fois meilleur, frites comprises. Impossible de les convaincre : les pauvres sont persuadés que les saletés qu’ils avalent sont la seule pitance permise.

Ça, et voter LFI aux prochaines présidentielles — le parti qui veut dépouiller les retraités afin qu’eux aussi aient le droit de bouffer de la merde.

La Belgique est-elle devenue un pays antisémite?

À Bruxelles, le chef d’orchestre israélien Lahav Shani fait l’objet d’appels au boycott et de pressions pour annuler sa venue au Bozar. À Louvain, le maire Mohamed Ridouani refuse d’accueillir le match de l’Union Saint-Gilloise contre l’Hapoël Beer-Sheva. Et on se souvient qu’à Liège, ville officiellement antifasciste, une synagogue a été visée par une explosion criminelle.


De mes années de prime jeunesse, j’ai conservé l’idée qu’ « on » n’en faisait jamais assez dans la lutte contre l’antisémitisme. À l’époque, les journaux que je dévorais, mes professeurs – forcément de gauche -, les campagnes des officines antiracistes ne cessaient de marteler le même discours convenu contre la bête immonde qui était alors d’extrême droite. Depuis que la haine ordinaire du juif est passée à l’extrême gauche, l’infâme semble devenu acceptable. En Belgique, plus sans doute qu’ailleurs en Europe, l’opposition à la politique du gouvernement israélien, les manifestations pour Gaza ou la posture antisioniste ne parviennent en réalité plus à masquer un mal beaucoup plus profond. 

Pétitions et démissions à l’opéra

Le directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, mais aussi de Munich, Lahav Shani doit se produire en novembre dans le prestigieux Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Déjà, la meute d’extrême gauche s’active pour faire annuler la venue de l’artiste, à coups de pétitions et de démissions – dont celles de trois membres du conseil d’administration de Bozar – et d’éditoriaux enflammés – dont celui de Baudouin Loos, du très à gauche quotidien Le Soir, estimant que, « même si Lahaf Shani condamne la guerre et ses atrocités, il doit être boycotté[1]« . Rappelons qu’il y a un an, il avait déjà été déprogrammé d’un festival à Gand et que, dans un autre registre musical, le chanteur israélien Amir avait été ciblé lors de sa venue aux Francofolies de Spa.

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Le monde de la culture n’est pas le seul touché par la vague brune. Le club bruxellois de l’Union Saint-Gilloise, dont les sympathisants sont par ailleurs un condensé de boboïsme, d’antifascisme bête et intolérant et de hipstérisme, doit affronter l’Hapoël Beer-Sheva en Coupe d’Europe au mois d’octobre. Tandis que le stade du club bruxellois ne répond pas aux normes pour abriter les rencontres continentales, l’Union a l’habitude de les délocaliser, souvent à Louvain. Seulement, le bourgmestre socialiste Mohamed Ridouani refuse que le rendez-vous footballistique se déroule sur le territoire de sa ville ; l’homme est un récidiviste puisqu’il avait déjà interdit la tenue d’un match des Red Flammes, équipe nationale belge féminine, contre son homologue israélienne. Pire encore, aucune autre ville belge semble disposée à accueillir le club du Néguev dans le sud d’Israël ; encore une fois, ce n’est pas un cas isolé : en 2024, Belgique-Israël avait dû se jouer… à Debrecen en Hongrie – on doute que nos dirigeants aient remercié Viktor Orbán pour l’hospitalité.

Promotion Rima Hassan à l’ULB

Ces prises de position récentes s’inscrivent dans une série d’incidents, plus ou moins graves, qui font tache : grabuge lors de la venue d’un professeur israélien de gauche à l’Université libre de Bruxelles – la même où il existe une « promotion Rima Hassan » -, slogans antisémites lors des manifestations, annulation d’une séance de dédicaces de Raphaël Enthoven prévue dans une librairie bruxelloise,  explosion criminelle visant une synagogue en mars dernier à Liège (ville officiellement « antifasciste ») et je sais déjà que ces lignes me vaudront quelques remarques antisémites basées sur mon patronyme proche du nom de scène d’un chanteur français de confession juive… Les Belges ont quant à eux pratiquement plus entendu le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot sur la Palestine que sur l’ensemble des autres dossiers internationaux, Ukraine y compris. Et si « la nuance est un acte de résistance », slogan affiché dans les locaux du parti, elle ne vaut pas quand il s’agit du Proche-Orient.

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Évidemment, affirmer que la Belgique a sombré dans l’antisémitisme est un tantinet exagéré et il existe des lois pour le punir et, bien sûr, chacun – citoyen, éditorialiste, homme politique… – a le droit de critiquer Israël, la politique de son gouvernement, son armée… Mais lorsque les cibles sont un chef d’orchestre peu suspect de sympathie pour Benyamin Netanyahou, des joueurs de football ou un penseur critique à l’égard de son propre pays, il est intellectuellement difficile de justifier que la situation à Gaza, l’antisionisme ou la lutte contre un gouvernement de droite dictent seuls les réactions. Quand des jeunes s’affichent en keffieh et défient quiconque porte un ruban jaune, et lorsque les mêmes sont incapables de situer le fleuve (river) et la mer (sea) de leur slogan, on devine que les passions tristes sont, davantage que le bien commun, l’aiguillon de leur colère. Quand Israël occupe l’espace médiatique jusqu’à l’hystérie, alors qu’ailleurs dans le monde les opposants, les femmes, les homosexuels (Afghanistan, Iran, Xinjiang où vivent les Ouïghours…) sont l’objet de persécutions non dénoncées, on comprend que la lutte pour la Palestine n’est pas un humanisme. 

Je repense évidemment aux propos de mes professeurs, des éditorialistes et des hommes politiques de l’époque. Ils ont tourné casaque pour la plupart, mais nous devons reprendre leur message : nous n’en ferons jamais assez pour lutter contre l’antisémitisme.


[1] https://www.lesoir.be/772289/article/2026-09-22/lahav-shani-ne-doit-pas-venir-bozar

🎙️ Podcast: Xi et Trump: les deux maîtres du monde?

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Le président chinois Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan, ainsi que le président américain Donald Trump et son épouse Melania Trump, à la Maison Blanche, Washington (États-Unis), le 24 septembre 2026. © CHINE NOUVELLE/SIPA

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Donald Trump accueille le président chinois à Washington pour une réunion au sommet. Que ressort-il de leur rencontre?

Tout ce qui sera d’ordre concret sera négocié dans les coulisses, bien entendu, et nous en apprendrons plus ultérieurement. Mais dans ce qu’on peut voir des interactions entre les deux hommes et de leur langage corporel, ils se positionnent sur un pied d’égalité. Donald Trump voudrait que les Etats-Unis soit la seule grande puissance, mais la régularité de ses rencontres avec Xi Jinping et les compliments dont il l’honore – en dépit du fait que le président américain accuse la Chine de tricher sur le plan économique et stratégique – indiquent qu’il reconnaît implicitement que son homologue est le seul interlocuteur de taille sur la planète.

Dans son premier discours, Xi reste typiquement ambigu dans ses déclarations. Mais quand il affirme que la Chine cherche « la stabilité stratégique » dans le monde, il se peut bien que, de manière subtile, il indique qu’il cherche une sorte de co-gestion du monde avec les Etats-Unis.

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Pourtant, on ne sait pas si la Chine est vraiment prête à faire des concessions pour arriver à une telle co-gestion. Xi Jinping déclare qu’il voudrait que les entreprises chinoises soient accueillies aux Etats-Unis comme les entreprises américaines le sont en Chine. Mais ces dernières sont strictement encadrées dans l’Empire du Milieu qui surveillent et limite leurs activités. Est-il prêt à assouplir les conditions d’accueil pour les Américains? Pour le moment, rien ne l’indique.

Enfin, les Iraniens sont-ils vraiment prêts à faire la paix avec les Etats-Unis? Il y a deux factions en Iran. Celle qui est associée au président, Masoud Pezeshkian, qui a pris la parole cette semaine devant les Nations unies, n’est pas fermée à l’idée d’un accord, sinon de paix, du moins de non-belligérance avec Washington. Celle qui est associée aux Gardiens de la Révolution n’y est pas favorable. Les Gardiens se montrent plus fanatiques encore que le régime des mollahs qu’ils ont remplacé. Ecoutez 👇

Au procès de Barbara Lefebvre, l’ombre de Thomas Portes

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Le député gauchiste Thomas Portes. La chroniqueuse conservatrice et enseignante Barbara Lefebvre. DR.

Liberté d’expression. Après avoir émis, au sujet du conflit au Proche-Orient, une opinion contraire au récit victimaire pro-palestinien, Barbara Lefebvre a comparu mercredi devant le tribunal judiciaire de Paris.


C’est une inquiétante séance de justice politique qui s’est tenue le 23 septembre dernier. Poursuivie par diverses associations anti-racistes, Barbara Lefebvre comparaissait devant la 17ème chambre correctionnelle, spécialisée dans les délits de presse. Pour avoir donné à la télévision son avis sur la situation à Gaza (un avis certes véhément mais n’appelant en rien à la violence ni à la discrimination), l’ex-sociétaire des Grandes Gueules de RMC est accusée d’« apologie de crime contre l’humanité » et de « provocation à la haine ». À l’issue de l’audience, ce sont pas moins de huit mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende qui ont été requis contre elle par le ministère public. Des charges et une peine d’une sévérité incompréhensible par rapport aux faits.

En cause, des paroles que la chroniqueuse a tenues à l’antenne de la chaîne franco-israélienne i24 le 20 février 2025 :  « Les civils à Gaza sont autant responsables que les membres du Hamas et du djihad islamique » a-t-elle notamment dit alors qu’on l’interrogeait au sujet de la remise de dépouilles d’otages israéliens (dont les deux enfants Bibas, de 4 ans et 9 mois) qui était retransmise depuis Khan Younès, dans le sud de l’enclave palestinienne. « Il faut vider la bande de Gaza», a-t-elle également déclaré quelques instants après. Des mots qui, sortis de leur contexte, ont l’air abrupts, mais qui s’inscrivent en réalité dans un discours plus large et circonstancié, ayant au surplus fait l’objet d’une longue mise au point de la part de l’essayiste dès les jours qui ont suivi afin de ne pas être interprétés à tort et à travers.

Un procès politique ?

Mais avant de rentrer dans le détail de ces propos, une première évidence s’impose :  cette procédure est indéniablement (et scandaleusement) politique. D’abord parce que son point de départ n’est autre qu’un signalement article 40 de Thomas Portes, député LFI. Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, M. Portes est ce proche de Jean-Luc Mélenchon qui s’est illustré en se trouvant à la frontière avec le Gaza le 5 octobre 2023, n’hésitant pas à republier quarante-huit heures après, soit le jour-même des attaques du 7-octobre, le message d’un militant proche du Hamas se félicitant de « l’entrée de la résistance (sic) palestinienne dans les colonies entourant Gaza ». Il fut aussi le premier à lancer un mot d’ordre d’apartheid à la veille des Jeux olympiques de Paris 2024 : « Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus. »

Mais la politique s’est encore davantage immiscée dans l’affaire Lefebvre le jour du procès. À l’audience, on a en effet entendu le procureur se lancer dans un curieux développement. S’arrogeant, en dépit de la séparation des pouvoirs, le rôle d’arbitre du débat démocratique français, le magistrat a, en plein réquisitoire, très explicitement indiqué voir dans ce dossier l’heureuse occasion de montrer que la 17ème chambre ne poursuit pas seulement des voix pro-palestiniennes mais aussi des voix pro-israéliennes. Avant de remarquer que son institution instruit plus de cas entrant dans la première catégorie que dans la seconde. Comme si la Justice avait pour mission de tenir ce type de comptabilité et de se poser en puissance d’équilibre dans le conflit israélo-palestinien.

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Si Thomas Portes était physiquement absent dans la salle, son ombre politique était donc bien présente. Non content d’avoir obtenu que sa cause partisane obtienne ici une consternante traduction judiciaire, l’élu de Seine-Saint-Denis a aussi reçu en prime ce jour-là de la part du parquet une aimable réponse, presque personnalisée, aux accusations de « double standard » qu’il formule régulièrement contre le pouvoir. Quand un magistrat prend son tribunal pour une tribune, la loi et la règle de droit, eux, peuvent attendre.

Mais revenons aux propos incriminés de Barbara Lefebvre. Contrairement aux autres médias qui ont couvert le procès, il nous semble indispensable à la compréhension de nos lecteurs de les mentionner in-extenso. Les voici, tels que cités dans la convocation judiciaire, à laquelle nous avons eu accès : « La plupart des kidnappés ont été kidnappés par des civils. Et Shiri Kfir et Ariel dont les corps ont été kidnappés par des civils. Les civils à Gaza sont autant responsables que les membres du Hamas et du djihad islamique. Tout cela devra à un moment ou à un autre être payé et être payé au prix fort. Et donc effectivement on ne peut que soutenir le plan Trump et décider une bonne fois pour toutes que la bande de Gaza doit devenir une zone vierge. Il faut que ces gens-là aillent vivre ailleurs, qu’une génération entière puisse aller se ressourcer mentalement dans d’autres univers, mais certainement pas à côté des Israéliens, à côté des juifs, qu’ils veulent de toute façon éradiquer et exterminer. C’est terminé ce temps-là. Il faut récupérer tous les otages. Et une fois que tous les otages seront récupérés, il faut vider la bande de Gaza. »

Trump Gaza

Tout lecteur de bonne foi voit bien que Barbara Lefebvre, pourtant très affectée ce jour-là par les images abjectes de la restitution des otages par le Hamas, n’appelle pas un seul instant à ce qu’une brutale punition collective soit administrée aux habitants de Gaza. La chroniqueuse indique bien qu’elle ne déteste pas cette population et ne souhaite pas s’en débarrasser, mais qu’elle croit indispensable de la déradicaliser à l’aide du projet, certes très hypothétique (voire fantaisiste aux yeux de certains), de « Riviera » lancé par Donald Trump, qui consiste dans sa phase initiale à évacuer la zone afin de faciliter la reconstruction d’une cité prospère et paisible à plus long terme.

Durant le procès, le terme « zone vierge » lui a été toutefois reproché. Bien qu’elle ait expliqué que cette notion était d’usage dans le domaine stratégique et militaire pour gérer un espace dangereux notamment pour les populations y vivant, le procureur l’a entendu différemment : pour lui, dire « zone vierge » c’est vouloir transformer Gaza en forêt vierge (sic), c’est-à-dire vide de tout être humain. Où l’on perçoit bien jusqu’où peut délirer l’imaginaire d’un magistrat, sans doute bien formé et de bonne volonté, mais manifestement désorienté par la propagande anti-israélienne la plus fallacieuse.

Barbara Lefebvre n’a jamais dit qu’elle souhaitait la vitrification de Gaza ou son épuration ethnique façon exil définitif des pieds-noirs en Algérie. C’est du reste ce qu’elle a précisé très tôt, quatre jours seulement après l’émission, dans un texte de quatre pages qu’elle a publié sur le site d’i24 (et qui est toujours en ligne), en réaction à l’émotion suscitée sur les réseaux sociaux, l’affaire n’ayant à ce stade pas encore pris un tour judiciaire puisque le signalement de Thomas Portes n’a été produit que trois jours après. « “Vider Gaza” comme le propose Trump ne signifie en rien exterminer les Palestiniens, écrit-elle. Cela signifie rebâtir un espace pour une paix lointaine mais jamais impossible si la génération du 7 octobre est éloignée du lieu de ses crimes. Quel ami du peuple palestinien peut vouloir qu’une population de deux millions de personnes demeure sans espoir dans un territoire dévasté, sans infrastructure sanitaire ou médicale, sans autre ressource que ce que le Hamas veut bien leur distribuer au gré des détournements de l’aide humanitaire ? »

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En d’autres termes, Barbara Lefebvre estime que les Gazaouis doivent être appréhendés comme les Allemands durant le IIIème Reich : pour envisager un avenir avec eux, une « dénazification » doit être opérée, avance-t-elle. On peut être en désaccord avec cette position, trouver la méthode proposée illusoire ou trop rude, mais l’honnêteté oblige à reconnaître qu’elle ne consiste ni dans l’incitation à la haine ni dans l’apologie de crime contre l’humanité (l’épuration ethnique ou le transfert forcé de civils étant un crime contre l’humanité). Seulement, elle ne consiste pas non plus dans la sanctification d’un peuple telle que le récit de LFI veut l’imposer depuis le 7 octobre 2023 et dont toutes les parties civiles se sont fait l’écho à l’audience. On remarquera d’ailleurs que six d’entre elles se sont invitées dans le dossier seulement 48 heures avant l’audience voire le jour de l’audience, ce qui en dit long sur l’opportunisme judiciaire de ces associations que le dossier n’intéressait pas vraiment avant la semaine dernière.

La Justice donnera-t-elle à la vision insoumise du conflit israélo-palestinien force de loi ? Réponse le 13 novembre, jour de l’annonce de la décision.

Aide à l’Ukraine: combien ça coûte ou à quoi ça sert?

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Invitée de LCI le 16 septembre, la candidate à l'élection présidentielle Marine Le Pen a affirmé que nous ne pouvons plus aider autant l'Ukraine. Capture.

Marine Le Pen estime que la France ne peut plus soutenir financièrement l’Ukraine. Mais entre dons, prêts, garanties et armes prélevées sur les stocks, les milliards annoncés ne sont pas autant d’euros décaissés. Et surtout, si leur coût réel compte, celui d’une éventuelle défaite ukrainienne et ses conséquences aussi.


« On peut continuer à former leurs soldats, leur armée, continuer à leur apporter du matériel pour se défendre, mais financièrement nous ne pouvons plus », a déclaré Marine Le Pen sur LCI, le 16 septembre. Dire que l’aide à l’Ukraine n’est financièrement plus possible suppose toutefois de répondre à la question par rapport à quelles autres dépenses, et au regard de quel objectif stratégique ? La réponse engage un ordre de priorités autant qu’un calcul budgétaire. Mais avant de débattre de la poursuite de cette aide, encore faut-il savoir ce que la France a réellement apporté à l’Ukraine. Les chiffres les plus souvent cités donnent une première idée de l’ordre de grandeur, mais ils ne mesurent pas tous la même chose.

L’Institut de Kiel, la référence

Dans son rapport au Parlement publié en 2025, le ministère des Armées évalue à 5,9 milliards d’euros le soutien militaire français entre le 24 février 2022 et le 31 décembre 2024. Il mentionne aussi une contribution française à la Facilité européenne pour la paix pouvant atteindre 2,3 milliards d’euros. Alimenté par les États membres de l’Union européenne, ce mécanisme rembourse à ceux qui livrent des armes et des munitions à l’Ukraine une partie de leur coût. L’addition des deux postes donne environ 8,2 milliards d’euros de soutien valorisé, mais pas une dépense nette de 8,2 milliards pour la France car certaines livraisons françaises peuvent être partiellement remboursées par ce même mécanisme. Surtout, il faut vérifier ce que chaque total comprend avant d’y ajouter les 400 millions d’euros du fonds bilatéral qui finance des acquisitions destinées à l’Ukraine et ne constitue pas automatiquement une troisième somme indépendante de toutes les autres. Le montant de 8,6 milliards avancé dans certaines présentations ne peut donc être repris comme un total d’« aide bilatérale » sans précaution.  

De son côté, l’Institut de Kiel, centre allemand de recherche économique financé principalement par des fonds publics allemands, tient une base de données devenue une référence internationale sur l’aide à l’Ukraine. Sa méthode publiée permet de comparer les États, mais ses valorisations du matériel militaire, parfois fondées sur le prix du neuf, ne doivent pas être confondues avec les dépenses effectivement décaissées. Sa dernière mise à jour disponible couvre les allocations jusqu’en juin 2026. Les quelque 7,9 milliards d’euros d’aide bilatérale française repris dans les comparaisons récentes ne portent donc ni sur la même période ni exactement sur le même périmètre que le rapport français arrêté fin 2024. Kiel comptabilise par ailleurs les institutions européennes comme un donateur distinct. Additionner mécaniquement ses données et celles du ministère reviendrait à compter deux fois certains engagements.  Ces réserves établies, la question politique posée par Marine Le Pen devient plus précise : de quelles formes d’aide entend-elle interrompre le financement ?

Sept façons d’aider, sept manières de compter

Le cash. Un don budgétaire versé à l’État ukrainien représente une dépense sans remboursement attendu. Dans les données de Kiel couvrant la période de janvier 2022 à juin 2026, l’aide financière française avoisine 800 millions d’euros et l’aide humanitaire 880 millions. Ces deux montants ne sont pourtant pas l’équivalent de 1,68 milliard d’euros de dons en espèces car l’aide financière comprend notamment les 400 millions d’euros de prêts accordés à l’Ukraine par l’intermédiaire de l’Agence française de développement (AFD), qui doivent en principe être remboursés. Quant à l’aide humanitaire, elle peut prendre la forme de biens et de services plutôt que d’un versement au gouvernement ukrainien.

Le crédit. En mars 2022, l’Agence française de développement a mis en œuvre, pour le compte et aux risques de l’État, deux prêts souverains totalisant 400 millions d’euros. L’argent est avancé aujourd’hui et le principal doit, en principe, être remboursé. Le prêt mobilise néanmoins des ressources publiques et expose la France au risque de défaut. L’AFD s’est également vu confier une enveloppe pouvant atteindre 400 millions d’euros de prêts et 50 millions de subventions d’ici à 2027, une somme pas encore déboursée.  

La caution pour crédit. Une garantie permet à une institution de prêter en s’appuyant sur un budget public. Elle génère un risque pour le garant, mais son montant nominal n’est pas une dépense immédiatement payée. Cette distinction compte particulièrement pour les dispositifs européens. La nouvelle enveloppe européenne de 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027 prend ainsi la forme d’un prêt financé par des emprunts de l’Union. On ne peut donc attribuer à la France une partie de cette somme puis la décrire comme un chèque qu’elle aurait déjà signé et payé à Kiev.

Le matériel neuf. Lorsqu’une commande passée à un industriel français équipe directement l’Ukraine, il y a bien une dépense, même si aucun virement n’est effectué au Trésor ukrainien. Les 400 millions d’euros du fonds bilatéral servent à financer de telles acquisitions.

Le matériel sorti des stocks. Un blindé ou un canon déjà détenu par l’armée française peut être cédé sans achat au moment de sa livraison. Cela ne le rend pas gratuit. La France perd une capacité qu’elle devra éventuellement remplacer, souvent au prix d’un matériel neuf. Inversement, la valeur retenue pour comptabiliser un véhicule ancien ne correspond pas nécessairement à une dépense budgétaire de même montant cette année-là. Kiel reconnaît que l’évaluation de ces transferts en nature peut même s’appuyer, faute de meilleure donnée, sur le prix d’achat d’un équipement neuf alors que l’objet livré est usagé.

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Les munitions neuves. Leur coût de fabrication est direct et, à la différence d’un équipement destiné à servir pendant des années, une munition est consommée lorsqu’elle est utilisée. Soutenir durablement l’effort de guerre ukrainien suppose donc des commandes répétées et des capacités industrielles capables d’y répondre.

Les munitions prises dans les stocks. Leur livraison peut précéder la dépense nécessaire pour reconstituer les réserves françaises. Le délai entre ces deux opérations rend le coût moins visible, sans le supprimer. Il peut même l’accroître si les nouvelles munitions sont plus chères que celles qui avaient été achetées plusieurs années auparavant.

Le problème est que les documents publics ne fournissent pas, pour toute la période depuis 2022, un tableau exhaustif séparant matériel neuf, matériel ancien, munitions neuves et munitions de stock. On peut décrire ces mécanismes et relever des opérations particulières ; on ne peut pas honnêtement affecter chacun des milliards du total à l’une de ces quatre cases.

Quelle fourchette retenir ?

Pour l’aide bilatérale française, la comparaison disponible conduit à retenir un ordre de grandeur d’environ 8 milliards d’euros, avec les 7,9 milliards attribués à la France dans les données de Kiel jusqu’en juin 2026 d’un côté, et les montants militaires publiés par le ministère français, arrêtés fin 2024 et construits autrement, de l’autre. Présenter 7,9 à 8,6 milliards comme une fourchette serait toutefois inexact car le haut de cette plage mêle potentiellement soutien direct, fonds d’acquisition et contribution à un mécanisme européen. Ce ne sont pas trois estimations concurrentes d’une même dépense.

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Il faut encore considérer l’aide passant par l’Union européenne. Une estimation d’environ 18,3 milliards d’euros de quote-part française circule pour les instruments européens de soutien à l’Ukraine, ce qui porterait le soutien attribuable à la France autour de 26 milliards d’euros en ajoutant le bilatéral. Ce calcul mesure une part imputée à la France dans l’effort collectif européen mais il ne mesure pas 26 milliards de dons français effectivement décaissés. Les instruments européens comprennent des subventions, des prêts, des garanties et des remboursements partiels de livraisons militaires. Additionner leurs montants nominaux sans distinguer ces formes de soutien grossit artificiellement la facture immédiate, tandis que les ignorer sous-estime les engagements et les risques pris par la France. La Facilité européenne pour la paix exige, en particulier, de surveiller les doubles comptes lorsqu’une livraison nationale est ensuite partiellement remboursée à l’échelle européenne.

L’addition, s’il vous plait !

Au total, les quelque 7,9 milliards d’euros recensés par Kiel jusqu’en juin 2026 représentent environ 1,8 milliard par an depuis le début de l’invasion. C’est une valeur d’aide allouée, non une dépense annuelle en espèces. Sur les 1,68 milliard d’euros d’aide financière et humanitaire mentionnés plus haut, 400 millions correspondent à des prêts remboursables. Le solde, soit au plus 1,28 milliard sur plus de quatre ans, comprend encore des biens et des services humanitaires. Les données publiques ne permettent donc pas de chiffrer honnêtement la part versée sous forme de dons en espèces, mais elle est inférieure à 1,28 milliard, soit moins de 300 millions d’euros par an en moyenne. Cela ne signifie pas que le reste ne coûte rien car les achats de matériel neuf, les contributions européennes et la reconstitution des stocks ont aussi un coût budgétaire.

Pour situer les ordres de grandeur, les dépenses du budget général de l’État français ont atteint 441 milliards d’euros en 2025. Les 1,8 milliard (annuels) d’aide bilatérale valorisée équivalent à environ 0,4 % de ce montant et le plafond de 300 millions annuels calculé pour les dons financiers et humanitaires représente moins de 0,07 %. Ces sommes sont à la fois considérables pour les programmes qui les supportent et modestes à l’échelle de l’État. Leur appréciation dépend, au fond, de la place que l’on donne à la Russie dans la stratégie française.

Si la Russie de Vladimir Poutine est un adversaire susceptible de devenir un ennemi, et si la protection américaine paraît moins assurée, aider les Ukrainiens à contenir son armée peut être considéré comme une bonne affaire stratégique à ce prix. Si, au contraire, on voit dans la Russie un partenaire possible pour rétablir un équilibre européen, renouer des relations économiques et éviter une confrontation durable entre puissances nucléaires, prolonger la guerre par une aide française paraît une dépense inutile. La phrase de Marine Le Pen ouvre ainsi un débat légitime, mais elle appelle une réponse à une question autrement plus important : quelle relation la France veut-elle entretenir avec Moscou, et quelles conséquences est-elle prête à accepter si l’Ukraine ne peut plus tenir ?

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Cisjordanie: quand Emmanuel Macron parle comme France Inter

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New York, 22 septembre 2026 © CNP i/AdMedia/SIPA

En multipliant les fake news sur Israël à la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron flatte son public comme un élu LFI ou un journaliste du service public


Il y a des raisons de dénoncer la situation en Cisjordanie et la complaisance du gouvernement Netanyahou avec des fanatiques juifs. On n’est pas obligé d’être hémiplégique et de nier les agissements des fanatiques musulmans. Sur la Palestine, la copie d’Emmanuel Macron, présentée devant l’Assemblée générale de l’ONU, était pire que médiocre : francinterienne. Avec les trémolos d’usage : « Certains se flattent d’une paix prétendue, mais cette paix n’a pas ouvert une seule seconde les voies humanitaires. Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ? Regardez ce qui se passe en Cisjordanie, où chaque jour des violations sont commises. Au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. » Difficile de plaider l’erreur de traduction quand on cause français, l’une des deux langues officielles du « machin ». Le président a donc dû expliquer que sa langue avait fourché et qu’il n’avait pas voulu dire « sévi » mais « régné ». Le croie qui voudra.

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De l’étalage de vertu, beaucoup de boursouflures et deux contre-vérités en quelques secondes. L’aide humanitaire à Gaza n’est pas bloquée par Israël. Surtout, si le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie, parce qu’il a sur le dos Israël et l’Autorité palestinienne, il y commet des meurtres et des attentats et serait probablement le premier parti en cas d’élections libres — accessoirement, il n’y en a pas eu depuis 2006. Cela ne justifie pas les exactions de colons ni l’indulgence du gouvernement Netanyahou-Ben Gvir à leur endroit. Même pour les alliés d’Israël, ce gouvernement n’est pas vraiment un partenaire commode. En clair, il les rend fous! N’empêche, comme un élu LFI, le président de la République flatte son public (le Sud global) en dénonçant Israël, qui semble à ses yeux bien plus condamnable que le Hamas. Simplifications, méconnaissance des faits : on dirait un journaliste de l’audiovisuel public. Ce discours nous fait honte à tous. Et il ne satisfait même pas la gauche, qui braille et accuse Emmanuel Macron d’être complice de Bibi.

Trois ans après le 7-Octobre, il est clair que les médias, confits dans leurs bons sentiments, ont souvent raconté n’importe quoi, revenant très vite, après quelques jours de sidération, sur leurs rails idéologiques. Du Monde au New York Times, d’El País au Times de Londres : partout, d’honorables journaux ont repris la propagande et les bilans du Hamas sans pincettes, accréditant l’accusation de génocide devenue un permis d’antisémitisme. Lors du débat de la primaire socialiste, Ségolène Royal a doctement expliqué que la montée de l’antisémitisme était due aux dirigeants israéliens et qu’il « faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est absolument intolérable ». En clair, les juifs sont un peu coupables de la haine qu’ils suscitent. S’ils aiment un État génocidaire, faut pas qu’ils s’étonnent qu’on ne les aime pas. On devrait dire à madame Royal que l’antisémitisme existait avant Israël. Y compris dans le monde musulman où il sévit toujours. Mais pardon, le voir c’est islamophobe. Peut-être Royal croit-elle que Mélenchon va gagner la présidentielle. Sûr qu’elle aurait un maroquin.

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Quand Israël tire sur une école, on oublie qu’elle était utilisée comme base de lancement de missiles. Pareil pour la famine, annoncée sur tous les tons, mais qui selon les organisations internationales, n’a finalement et heureusement pas eu lieu (ce qui ne veut pas dire qu’on mange bien à Gaza), ou encore les journalistes supposément assassinés (c’est-à-dire tués volontairement) par un État qui voudrait museler la presse. Il n’y a pas de liberté de la presse à Gaza et aucun journaliste au sens occidental, car pour travailler à Gaza, il faut avoir l’agrément du Hamas et se conformer strictement à sa ligne c’est-à-dire à sa propagande. Et on tient cette information de la bouche du cheval. Motaz Azaïza, réfugié aux États-Unis, était « la voix des Gazaouis ». En France, il a reçu le prix Liberté lors des 45 èmes commémorations du Débarquement, rien que ça. Aujourd’hui, il reconnaît avoir choisi de ne pas diffuser d’images du 7-octobre pour ne pas nuire à la cause et raconte le harcèlement du Hamas contre les journalistes tentés par l’indépendance. Évidemment, vous ne lirez pas son témoignage dans Le Monde ni dans aucun prétendu grand média. Et eux n’ont pas l’excuse d’être menacés par les fanatiques du Hamas.

En Suède, la droite fait reculer la violence et la gauche gagne les élections

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Débat télévisé avant les élections législatives. À gauche, Magdalena Andersson du Parti social-démocrate suédois des travailleurs, à droite le Premier ministre sortant Ulf Kristersson (Parti modéré de rassemblement). Gävle, Suède, 9 septembre 2026 © Anders Wiklund/AP/SIPA

Surprise! La politique sécuritaire de la majorité sortante a fait reculer la violence des gangs entre 2022 et 2026. Laquelle vient pourtant de perdre les élections législatives du 13 septembre! La géographie de la violence et la carte électorale éclairent ce paradoxe, démontre ici Gil Mihaely.


Au tournant du siècle, la Suède comptait parmi les pays européens où les homicides étaient relativement rares et où l’usage criminel des armes à feu restait limité. Puis sa trajectoire s’est écartée de celle de ses voisins nordiques. Les homicides par arme à feu ont commencé à augmenter vers 2005, sans que cette hausse se traduise immédiatement dans le taux global d’homicides, car les meurtres commis par d’autres moyens diminuaient. À partir de 2013, le taux global s’est lui aussi mis à progresser. Pendant ce temps, le Danemark, la Norvège et la Finlande poursuivaient leur décrue ou stabilisaient leurs résultats.

Un mauvais élève européen mais une violence concentrée dans les « utsatta områden »

Cette évolution ne traduit pas une montée générale de la violence dans la société suédoise. Les homicides familiaux ou commis à l’arme blanche n’ont pas suivi la même courbe. La hausse vient surtout d’une violence criminelle concentrée dans certains territoires, liée aux trafics et impliquant principalement de jeunes hommes. Au début des années 2000, le milieu criminel était associé à trois à cinq homicides par arme à feu sur dix ; deux décennies plus tard, cette proportion atteignait environ huit sur dix. L’écart avec le reste de l’Europe est particulièrement marqué chez les hommes de 20 à 29 ans.

Selon une étude comparative du Conseil national suédois pour la prévention de la criminalité, le Brå, la Suède comptait environ quatre homicides par arme à feu par million d’habitants, contre 1,6 en moyenne dans les pays européens étudiés. Aucun de ces pays n’avait connu une progression aussi forte et aussi durable. Longtemps réputée particulièrement sûre, la Suède faisait désormais face à un phénomène qui lui était propre. Ce qui distingue le pays, c’est la place prise par les règlements de comptes et leur concentration géographique.

La violence des gangs s’est d’abord installée dans certaines périphéries de Stockholm, Göteborg et Malmö, avant de gagner d’autres villes devenues emblématiques des utsatta områden, les « zones vulnérables ». Cette catégorie désigne des quartiers où la précarité se conjugue à l’emprise des réseaux criminels avec trafic de drogue, recrutement de mineurs, intimidation des témoins et difficulté pour les institutions à exercer leur autorité, avec la culture du silence et des structures sociales parallèles, héritées de cultures et pays d’origine.

On comprend alors mieux l’expression de « structures sociales parallèles » employée par la police pour décrire la sociologie de ces quartiers. À Husby, quartier populaire du nord-ouest de Stockholm et construit dans les années 1970 dans le cadre du vaste « programme du million », environ 85 % des habitants étaient déjà d’origine étrangère au moment des émeutes de 2013. Une enquête de SVT (Sveriges Television), le groupe audiovisuel public suédois, avait ainsi constaté qu’un tiers des commerçants interrogés disait avoir subi menaces ou violences et que plus d’un tiers des victimes interrogées n’avaient pas signalé les faits à la police.

La carte de ces quartiers recoupe celle d’une forte concentration de populations issues de l’immigration avec parfois une majorité parmi les jeunes de 20 à 25 ans. Dans le nord-ouest de Stockholm, la police recensait en 2020 quelque 180 nationalités et 200 langues dans son seul secteur de Rinkeby. À Husby, environ 85 % des habitants étaient déjà d’origine étrangère au début des années 2010.

Une étude du Brå portant sur les fusillades et explosions constate que 57 % des fusillades se produisent dans seulement 7 % des zones étudiées. Le taux de fusillades est neuf fois plus élevé dans les secteurs présentant la plus forte « vulnérabilité sociale » que dans les moins vulnérables. Pour la période 2022-2024, la police estime par ailleurs qu’environ 60 % des fusillades étaient reliées aux « zones vulnérables.

C’est précisément dans ces territoires qu’est apparue une nouvelle génération criminelle. Le profil le plus caractéristique est désormais celui d’un jeune homme, né ou ayant grandi en Suède, issu de l’immigration et socialisé dans un quartier où existe déjà un réseau criminel et une forte population d’origine extra-européenne. Le Brå indique que dans les homicides liés aux conflits du milieu criminel, 64 % des auteurs identifiés et 80 % des victimes sont d’origine étrangère. Les biographies des chefs de gangs les plus connus illustrent cette transformation.

Rawa Majid, surnommé le « Renard kurde » (l’immigration anatolienne est classifiée comme origine asiatique), est l’une des figures emblématiques de cette nouvelle criminalité. Il apparaît pour la première fois dans les registres judiciaires à 19 ans, puis accumule les condamnations, notamment pour trafic de stupéfiants. Il devient ensuite une figure centrale du réseau Foxtrot, impliqué dans les guerres pour le contrôle du marché de la drogue et dans une succession de règlements de comptes.

Son ancien associé puis rival Ismail Abdo, surnommé Jordgubben (« la Fraise »), offre un parcours particulièrement révélateur. Né en 1990 et élevé à Uppsala, de mère turque et père d’origine libanaise, il appartient à une famille de huit enfants, installée en Suède depuis les années 1980. Plusieurs membres de la famille exploitaient des entreprises de commerce des fruits et légumes, et Abdo lui-même y aurait travaillé. C’est de cette activité parfaitement légale que lui vient son surnom.

En 2016, il est condamné à cinq ans et demi de prison pour trafic aggravé de stupéfiants, infraction grave à la législation sur les armes et recel. Il devient ensuite l’un des acteurs importants du milieu criminel d’Uppsala et de Stockholm et se rapproche de Rawa Majid. Les deux hommes finissent cependant par s’affronter pour le contrôle du trafic de stupéfiants.

Guerre des narcos

Cette rupture débouche en 2023 sur une guerre de gangs qui finit par sortir du cercle des criminels eux-mêmes. Le 7 septembre, la mère d’Abdo, âgée de 58 ans et sans implication connue dans les activités de son fils, est abattue à son domicile d’Uppsala. Son meurtre déclenche une succession de représailles entre les factions liées à Abdo et Majid.

Cette guerre révèle surtout une mutation du fonctionnement des gangs suédois. La fusillade ou l’attentat à l’explosif devient un service que l’on commande à des adolescents, qui ne se connaissaient parfois pas quelques jours auparavant, et sont recrutés pour tuer un rival ou attaquer ses proches.

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Il existe donc bien un lien entre la transformation démographique et la géographie de la nouvelle criminalité. Selon les chiffres du Brå, les personnes d’origine étrangère représentaient 21 % de la population dans son étude, mais 43 % des auteurs d’homicides identifiés et 64 % des auteurs lorsque l’homicide résultait d’un conflit dans le milieu criminel. Et la géographie recoupe largement celle de l’immigration extra-européenne arrivée en Suède depuis les années 1990 et surtout 2000-2010. La Suède a accueilli, rapporté à sa population, une immigration et notamment une immigration de réfugiés particulièrement importantes.

Le tournant de 2022

C’est dans ce contexte que la coalition conduite par le conservateur Ulf Kristersson arrive au pouvoir à l’automne 2022, avec l’appui parlementaire des Démocrates de Suède (nationalistes). La sécurité est l’un des piliers de l’accord politique qui permet à la droite de gouverner.

La majorité s’inspire pour partie de la politique danoise en la matière avec comme idée qu’il ne s’agit plus seulement d’augmenter les moyens policiers, mais de modifier les règles juridiques qui avaient été conçues pour une société dans laquelle les bandes criminelles n’avaient ni la puissance ni la capacité d’intimidation acquises depuis.

Le premier axe consiste à augmenter le coût pénal de l’appartenance au milieu criminel avec des peines aggravées pour les crimes commis dans le cadre des gangs, un durcissement du traitement des récidivistes et des règles de libération conditionnelle, ainsi qu’une réduction des mécanismes permettant de diminuer les peines lorsque plusieurs infractions sont jugées simultanément. Pour les étrangers condamnés, le gouvernement facilite l’expulsion et donne moins de poids à leurs attaches en Suède.

Mais la rupture la plus spectaculaire concerne les pouvoirs de la police. Depuis avril 2024, celle-ci peut créer temporairement des « zones de sécurité » lorsqu’un territoire est menacé par un conflit entre groupes susceptible de provoquer fusillades ou explosions. À l’intérieur, les policiers peuvent fouiller des personnes et contrôler des véhicules sans devoir disposer d’un soupçon individualisé préalable. Une petite révolution juridique dans un pays traditionnellement attaché aux libertés individuelles.

Une autre mesure permet aux procureurs d’interdire pour six mois à certaines personnes de fréquenter un territoire déterminé lorsqu’elles sont susceptibles de favoriser des crimes graves. Les autorités ont également élargi les possibilités de recourir aux moyens de surveillance secrets et introduit le témoignage anonyme dans certaines procédures, afin de répondre à l’un des problèmes récurrents des quartiers contrôlés par les gangs car souvent témoins et victimes savent qui a tiré, mais refusent de parler par peur des représailles…

Le gouvernement s’est également attaqué à l’argent. Une nouvelle législation facilite la confiscation de biens dont les criminels ne peuvent justifier l’origine. Plusieurs administrations ont parallèlement reçu pour mission de contrôler les prestations, revenus et activités économiques des dizaines de milliers de personnes identifiées comme liées, directement ou indirectement, aux réseaux criminels.

Le troisième front est celui des mineurs. Depuis octobre 2025, les enquêteurs peuvent, pour certaines infractions graves, recourir à des écoutes et à d’autres moyens de surveillance secrets visant des enfants de moins de 15 ans. Depuis juillet 2026, lorsqu’une peine privative de liberté est nécessaire, les mineurs peuvent être condamnés à la prison, dans des unités qui leur sont réservées. Enfin, une réforme entrée pour l’essentiel en vigueur le 10 septembre 2026 abaisse temporairement de 15 à 14 ans l’âge de la responsabilité pénale pour les crimes les plus graves, réduit fortement les diminutions de peine accordées aux moins de 18 ans et renforce la surveillance des jeunes condamnés.

Quatre ans après l’arrivée de la droite au pouvoir, la baisse des fusillades est nette, avec 158 en 2025, contre 391 en 2022, soit près de 60 % de moins. La tendance se confirme au premier semestre 2026, avec 39 fusillades contre 205 sur la même période en 2022. Le nombre de personnes tuées par balle est passé, lui, de 34 à huit.

En 2022, la Suède semblait engagée dans une spirale que ses voisins avaient largement évitée. Quatre ans plus tard, le nombre de fusillades est revenu à un niveau que la police qualifie elle-même d’historiquement bas. Ce bilan sécuritaire n’a pourtant pas suffi à sauver la majorité qui l’avait obtenu.

Le paradoxe électoral

Aux législatives du 13 septembre 2026, le bloc soutenant le gouvernement d’Ulf Kristersson a été battu de justesse. L’opposition de centre-gauche a obtenu 176 sièges contre 173 pour la droite, dans un scrutin où environ 50 000 voix seulement ont séparé les deux blocs sur plus de 6,8 millions de votants. M. Kristersson a présenté sa démission quelques jours plus tard.

Pour le journaliste Jean-Dominique Merchet, la clé de ce paradoxe réside dans l’évolution du corps électoral. Les électeurs issus de l’immigration extra-européenne sont aujourd’hui plus nombreux qu’au début du siècle et votent majoritairement à gauche. Selon les estimations rapportées par Le Monde, 67 % d’entre eux ont soutenu l’opposition, contre 48 % des électeurs nés en Suède. Dans une élection aussi serrée, cet écart a pu compter.

La carte du vote et celle de la violence ne se superposent pas, mais elles se recoupent assez pour éclairer le résultat. La majorité sortante a obtenu des résultats contre les gangs sans en tirer nécessairement un bénéfice électoral dans les quartiers les plus touchés.

Cela suggère qu’une partie des habitants issus de l’immigration, qui travaillent et subissent directement cette violence, ont accordé plus de poids à d’autres considérations, comme peut-être la solidarité avec les jeunes de leur quartier, de leur milieu ou de leur culture, qu’à l’amélioration de la sécurité.

Rire au pas

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Joseph Staline, tout sourire à Moscou, 1939. © William Russell Philp Collection/Hoover Institution Archives

Le rire totalitaire est une affaire sérieuse : l’État fournit la cible, le texte et les huées. Sous Hitler, Staline, Mao ou Xi, une plaisanterie peut valoir à son auteur le goulag ou le chômage. La bonne blague fracture le mensonge officiel, voilà pourquoi le pouvoir lui réserve toujours une mauvaise chute.


« Une chose est drôle lorsqu’elle bouscule l’ordre établi. Chaque plaisanterie est une petite révolution. » écrit George Orwell1. L’auteur de 1984 est bien placé pour savoir qu’humour et régimes autoritaires ne font jamais bon ménage.

Henri Bergson a démontré que le rire peut servir à imposer des normes sociales. Quand le dictateur recourt à caricature, dirigeant le rire des masses contre les « ennemis du peuple » désignés, il ne s’agit pas d’humour, c’est-à-dire de l’expression libre d’un mouvement de la pensée, mais d’une façon de souder par le rire le corps social contre un groupe identifié. Ainsi en est-il du juif chez les nazis : nez crochu, doigts griffus, lèvres lippues ; ainsi en est-il du capitaliste dans l’URSS stalinienne : marionnettiste obèse tirant les ficelles du monde, cigare aux lèvres, toujours entouré de son stock de missiles et de ses précieux sacs de dollars américains…

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Mais hier à Berlin, comme à Moscou, point d’humour. Pas plus qu’à Pékin ou à Téhéran aujourd’hui.

En témoigne le sort du père Joseph Müller. Condamné pour sédition, il fut guillotiné le 11 septembre 1944. Son crime ? Avoir raconté une plaisanterie et refusé d’en livrer l’auteur initial : un soldat blessé, sur son lit de mort, voit, au-dessus de celui-ci, d’un côté un portrait d’Hitler et de l’autre côté celui de Göring et s’exclame: « Maintenant, je peux mourir tel Jésus ! » Si l’histoire ne précisait pas qui était le bon larron et qui endossait le mauvais, la référence aux deux criminels crucifiés aux côtés de Jésus-Christ ne laissait aucun doute. Le manque d’humour du régime nazi aussi…

Quand la blague devient contre-révolutionnaire 

Du côté de l’URSS, l’historienne Sheila Fitzpatrick a montré que les « anekdoty », ces blagues critiquant Staline ou le Parti, dénoncées comme des « agitations antisoviétiques » ou des « propos contre-révolutionnaires » étaient largement diffusées. Plus qu’une menace directe, cet humour témoignait d’une survivance de l’individu et de son jugement en résistance intérieure à l’ordre établi. Staline interrogea un jour ses conseillers sur le coût de grandes festivités populaires… « Presque rien, répondit l’un d’eux, il vous suffit d’acheter une balle et de vous tirer dessus, chacun fera spontanément la fête. » C’est cette blague qui, en 1937, valut au docteur David Sigua sa condamnation à huit ans de goulag.

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Dans la Chine de Mao Tsé-toung, la Révolution culturelle instaure un culte de la personnalité de fer, et invite à la dénonciation des propos publics mais aussi privés, jusque dans le cadre familial. C’est pour s’être moquée de Mao que l’opposante Zhang Zhixin est arrêtée en 1969 et exécutée en 1975. Un demi-siècle plus tard, en 2023, le stand-upper Li Haoshi est condamné à une forte amende, licencié et privé de compte Weibo (le Twitter chinois) pour une blague sur l’armée populaire de Chine. En Iran, le jeune caricaturiste Keyomars Marzban a été arrêté en 2018 et condamné à vingt-trois ans de prison, notamment pour « insulte au sacré », « insulte au guide suprême », « insulte à des fonctionnaires » et « propagande contre l’État ».

L’humour est l’expression d’une liberté indissoluble dans le paradigme globalisateur qui caractérise tout totalitarisme. L’humour fracture le mensonge et laisse entrer le réel. Dans Le Livre du rire et de l’oubli, Kundera oppose « le rire des anges » – qui promettent un monde parfait – au « rire du diable » – disruptif parfois jusqu’au cynisme. Ce qui rappelle que l’enfer totalitaire repose toujours sur la promesse d’un paradis sur terre. La bonne blague.

  1. Dans un texte intitulé « Drôle mais pas vulgaire » (« Funny but not vulgar »), écrit en 1944 et publié en juillet 1945 dans l’hebdomadaire Leader. (Données fournies par Perplexity) ↩︎

La fille aînée de l’Église n’est pas boudeuse…

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Le Pape Léon XIV photographié au Vatican, le 23 septembre 2026 © EvandroInetti/ZUMA/SIPA

On peut même dire qu’elle est plutôt bonne fille. Voilà à peine deux ans, alors que Notre-Dame de Paris rouvrait ses portes et recouvrait son âme, le successeur de saint Pierre de l’époque n’avait pas jugé opportun d’honorer l’événement de sa pontificale présence. Pourtant une sainte messe eût été la bienvenue, ne serait-ce que pour saluer la prodigieuse mobilisation du peuple de France, de la fille aînée de l’Église donc, mobilisation récompensée par une forme de miracle. En l’espace de seulement cinq Nativités et cinq Pâques, les pierres sublimes de l’édifice furent rendues à Dieu.

Rendez-vous tristement manqué en cet hiver 2024, quelques jours avant Noël. Nombre de Français, catholiques ou non, en ont été contrits. Ils se sont sentis humiliés, peut-être bien.

Une gigantesque célébration en place publique, une autre là où les rappeurs remplissent les stades pourraient-elles faire oublier l’amertume légitime du dédain — du ratage — sus-évoqué ? Par la présence de centaines de milliers de ses fidèles lors des différentes cérémonies papales, à Paris, Metz ou Lourdes, la fille aînée de l’Église aura su répondre par l’affirmative, tant le bel et noble principe du pardon des offenses l’habite et dicte sa conduite.

Cependant, d’aucuns s’interrogent. La France l’est-elle encore, la fille aînée de l’Église ?

Elle ne l’est plus.

Du moins, plus de la même façon. Tout simplement parce que l’Église elle-même n’est plus ce qu’elle était lorsque la formule avait cours et prenait sens.

Le pape Léon a clairement exprimé cette métamorphose dans sa récente encyclique Dignitatis humanae, reconnaissant, après Vatican II, que « la liberté religieuse est un droit fondamental enraciné dans la personne humaine qui doit être garanti par l’ordre juridique afin que nul ne soit contraint d’agir contre sa conscience ou empêché de rechercher ou de professer la vérité en privé et en public. »

Le croyant se trouve donc ainsi rendu à la liberté, cette liberté qui est le don de Dieu accordé à l’être créé à son image.

Le piège est que la liberté convient aux âmes fortes et égare les autres. C’est sans doute ce à quoi nous assistons. L’Église du passé, l’Église d’avant, s’est-elle assez préoccupée d’armer les âmes pour ce temps où, inéluctablement, cette évolution viendrait et produirait ses effets ? Ce n’est pas aux Lumières de porter la culpabilité de la déchristianisation des temps nouveaux. Les Lumières disaient, avant lui, ce que le pape Léon dit aujourd’hui, et qui, de ce fait, se révèle parfaitement compatible avec les exigences de la foi. Trop de siècles de contrition forcée, d’infantilisante repentance, de soumission doctrinaire à des pratiques plus ou moins gauchies par la superstition ont, au bout du compte, affaibli et altéré les âmes, les rendant impropres à la confrontation, toujours exigeante et âpre, avec la liberté.

Un autre rendez-vous manqué. Alors même qu’il restaurait le principe divin de la liberté humaine, le concile Vatican II est allé se fourvoyer dans une absurde entreprise de désacralisation, appauvrissant le rituel, profanant le mystère de la messe, avilissant les offices et jusqu’à la prière en happenings de kermesse. Alors que, tout au contraire, la ressacralisation de la liberté eût exigé l’exaltation affirmée, revendiquée de l’alliance spirituellement et intellectuellement salvatrice de la liberté et du beau.

Dans les cœurs de ceux qui prieront avec le pape ce week-end, la France est évidemment encore la fille aînée de l’Église, n’en doutons pas.

Mais que dira le pape Léon à cette fille ?

Lorsqu’il se rendra à l’Unesco, y ira-t-il de nouveau de son couplet pro-immigration de masse ? C’est à craindre. À craindre aussi que la France, de ce fait, à terme, ne soit plus la France. Dès lors, la question de savoir de qui elle pourrait bien être la fille aînée sera — désespérément et définitivement — sans objet.

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De qui LFI est le proxy?

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Jean-Luc Mélenchon et Hugo Chávez lors du Forum de São Paulo, Caracas, 6 juillet 2012 © D.R.

Prôner l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, flatter Alger, réhabiliter Moscou tout en ménageant Pékin et Téhéran, la politique étrangère d’un président LFI serait clairement anti-occidentale. En mélenchonais, cette soumission aux régimes les plus déplorables de la planète s’appelle le « non-alignement ».


La meilleure défense, c’est l’attaque. Les Insoumis dénoncent bruyamment l’ancien emprunt du RN à une banque étrangère, les opérations de la firme israélienne BlackCore visant leurs candidats aux municipales à Marseille, Roubaix et Toulouse, ou les agissements d’E. Musk avec son réseau social X. Ils espèrent ainsi faire oublier leur complaisance coupable avec tout ce que la planète compte de régimes farouchement hostiles à l’Occident et à la France.

Si on peut reconnaître un mérite à Mélenchon, c’est d’avoir toujours accordé de l’importance aux relations internationales. Sa « nouvelle France » incarne à l’intérieur une stratégie de la tension qui s’articule à la nouvelle donne géopolitique mondiale. Imbriqué dans un vaste réseau d’acteurs à travers le monde, LFI s’articule solidement aux deux totalitarismes contemporains que sont l’islamisme et le wokisme. Elle peut donc être caractérisée comme le principal agent français du « Sud global », assemblage hétéroclite anti-occidental dont la Russie de Poutine est la tête de pont, l’Algérie, la Turquie et l’Iran les garde-flancs. Ses fantassins se recrutent en Afrique et en Amérique latine, ses éclaireurs et des kamikazes chez les « Palestiniens », ses idiots utiles dans les universités occidentales.

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Le 9 juin 2024, au soir du premier tour des législatives anticipées, Jean-Luc Mélenchon proclamait : « Notre France, c’est une France créolisée, mélangée. Une nouvelle France constituée de tous ceux qui veulent vivre ensemble. » L’immigrationnisme est l’arme de choix pour détruire la France en tant qu’État-nation. Les Insoumis promettent aux immigrés une revanche sur les Français « tout blancs tout moches ». 

S’agissant des territoires et départements d’outre-mer, cette créolisation se mue carrément en projet « décolonial ». Ainsi, en juillet 2026, Mathilde Panot et Bastien Lachaud confirment sur le sol calédonien la promesse de Jean-Luc Mélenchon d’entériner l’indépendance de l’archipel dès janvier 2028 s’il est élu président. En Corse, LFI soutient les revendications autonomistes qui sont les faux-nez de la lutte indépendantiste. Cette position est parfaitement raccord avec l’entreprise de déstabilisation conduite par la Russie, en l’occurrence sous couverture azerbaïdjanaise. De manière assez surréaliste, en janvier 2024, l’Assemblée nationale aux ordres du président autocrate Ilham Aliyev a reconnu la légitimité de la réclamation d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de la Corse. Durant les émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, Bakou a clairement attisé la violence.

Le logiciel décolonial

La thématique décoloniale est aussi au cœur de la politique de soutien au régime algérien. Lors de son voyage en Algérie, en juillet 2025, en pleine crise diplomatique entre Paris et Alger, Delogu a renchéri sur la propagande gouvernementale antifrançaise. Et bien sûr, il n’a nullement évoqué les scandaleuses incarcérations du journaliste Christophe Gleizes et de Boualem Sansal. Quant à l’engagement résolument « antisioniste » de LFI, il repose sur la prétendue « colonisation » israélienne de ladite Palestine – de la mer au Jourdain.

Le propalestinisme, illustré par la place prépondérante de Rima Hassan, instrumentalise la défense compassionnelle du peuple palestinien dans le but stratégique d’obtenir la disparition de l’État d’Israël, accusé de colonisation, d’apartheid et de génocide. Au lendemain des massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023, un communiqué de presse sous-entendait que l’attaque était méritée puisqu’elle aurait répondu à une « intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ».

L’anti-américanisme des leaders de LFI, systématique et caricatural, ne date pas de la présidence de Donald Trump. En janvier 2026, Mélenchon déclarait que les États-Unis sont « un empire agressif né d’un génocide et qui a passé les neuf dixièmes de son temps en guerre avec le reste du monde ». Son anti-américanisme conjugue l’anti-impérialisme traditionnel de la « vieille gauche », l’antiracisme dévoyé de type wokiste dénonçant un « néosuprémacisme » blanc, et la solidarité avec les ennemis plus ou moins déclarés des États-Unis que sont la Russie, la Chine et l’Iran. Le soutien indéfectible du leader Insoumis au Venezuela chaviste, au-delà de l’engouement des débuts de la « révolution bolivarienne », rejoint logiquement l’appui au régime vénézuélien (et les investissements financiers) de ces trois grandes dictatures.

Du non-alignement à l’alignement

Les non-alignés des années 1950-1960 ont pour la plupart rapidement basculé dans le camp de l’URSS. De même, le « non-alignement » de Jean-Luc Mélenchon est en réalité un alignement sur les puissances anti-occidentales. Il ne s’en cache pas. Par exemple, quand il plaide ouvertement pour la « réintégration de la Russie dans le concert européen » malgré son agression contre l’Ukraine et les menaces réitérées de Poutine contre la France. Il est vrai cependant qu’entre la Russie et la Chine, LFI se garde bien de choisir. Sophia Chikirou défend ouvertement la Chine qu’elle refuse de qualifier de dictature au motif absurde qu’elle n’est pas « le régime d’un seul homme » (!). Dans un rapport de juillet 2025, elle dresse un réquisitoire contre la politique de l’UE : « L’approche résolument atlantiste adoptée par l’Europe a abouti à une sorte de guerre commerciale contre la Chine, aux effets délétères. »

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En Iran, si LFI a timidement soutenu le début de la révolte de la jeunesse en 2022, le parti, par la voix notamment de la députée Alma Dufour, a vivement condamné les frappes américano-israéliennes de juin 2025. Elle considérait l’Iran comme « l’État agressé » et évidemment Israël comme « l’État agresseur », et en appelait à l’intervention urgente de  l’ONU, devenue la caisse de résonance du Sud global depuis que les dictatures de tout poil y sont largement majoritaires.

En juillet 2024, Rima Hassan publiait un édifiant message sur X : « La Mecque des révolutionnaires et de la liberté est et restera l’Algérie ». Gageons que si Mélenchon entrait à l’Elysée, elle réviserait son jugement et tournerait ses yeux de Chimène vers la France, qui pourrait bien, par la magie insoumise, devenir le lieu de rendez-vous des autocrates, des djihadistes et des oligarques qui les soutiennent. Vous avez aimé Saint-Denis ville du peuple  vivant ? Vous adorerez Paris capitale du Sud Global.

Dernier ouvrage paru : Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, Éditions Intervalles, 2025.

Pour être de gauche, mangez McDo

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L'animateur de radio et télévision Jean-Pierre Coffe, pourfendeur de la malbouffe (1938-2016) © PJB/SIPA

Cuisinier de talent (dit-il), gastronome compétent qui avait ouvert une page Facebook intitulée « Manger à Marseille » et faisant la chronique des bonnes tables phocéennes, notre chroniqueur a été sèchement remis à sa place par des vrais hommes de gauche lui reprochant d’avoir dîné dans une gargote huppée. C’est vrai, ça: pour qui se prend-il?


Me voici de nouveau catalogué fasciste, parce que je suis allé fêter mon anniversaire (73 : nombre premier !) dans un restaurant à vocation gastronomique, à quelques kilomètres de chez moi.

(Attention, paragraphe d’extrême-droite !)
Le Domaine du Colombier, à Malataverne, est tout à fait recommandable (menus ci-joints). À deux pas de Montélimar, il est une étape indispensable lorsqu’après avoir écumé les bouchons de Lyon et déjeuné chez Anne-Sophie Pic, à Valence, vous cherchez, en descendant la vallée du Rhône, une table accueillante avant de séjourner aux Baux-de-Provence à l’Oustau de Beaumanière — avant qu’il change de main en juin 2027. On s’en fiche, pourvu que Glenn Viel reste aux fourneaux.

J’aggrave mon cas. Parce que la seule mention d’un repas magnifique, arrosé d’un Crozes-Hermitage (Domaine des Bruyères, Cuvée Georges) qui s’accordait superbement avec les viandes du menu « Terre », a suffi à déclencher l’ire (comprennent-ils ce joli mot ancien ? Allons, pour les béotiens de LFI ? je rectifie) la colère des vrais gauchistes qui s’égarent parfois sur ma page Facebook. « On se goberge et on bafre, alors que le peuple galère loin des intellos conservateurs à la mode réac justement dénoncés par LFI », dit l’un. « Le peuple n’a pas besoin de savoir que certains peuvent se payer des restaus hors de prix ! (Même invité !) », ajoute un autre.

Curieuse morale où pour faire peuple, il faut avaler de la merde. C’est ce que s’est dit Matthieu Pigasse, qui a claqué 434 000 € pour deux pour 19 jours sur l’île Moustique, paradis des milliardaires qui aiment bien rester entre eux. Le patron du groupe de médias Combat (il se prend pour Camus, sans doute) et potentiellement candidat de gauche (un de plus) à la présidentielle s’est habilement justifié :

« Étaient membres du Tiers État ceux qui n’appartenaient ni au clergé, ni à la noblesse. Dans le tiers état, il y avait de riches industriels et de riches financiers », citant « Dupont de Nemours, Mirabeau, Mounier, Barnave ». « Ils avaient tous la même volonté de changement. C’est ce qui m’anime », poursuit-il, arguant que « ce qui compte, ce sont les engagements et les convictions.» Et de marteler : « Être de gauche, ce n’est pas faire vœu de pauvreté. »

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Hal, open the fucking door!

Croire qu’aimer bien manger autre chose que de la merde, comme disait le regretté Jean-Pierre Coffe, signe votre appartenance à l’extrême-droite est un raisonnement un peu court, tout à fait digne du tout petit niveau intellectuel de la gauche aujourd’hui. « Le Siècle des intellectuels », disait Michel Winock du XXe siècle. Le Siècle des imbéciles, dirait-on aujourd’hui. Cretinus Maximus a pris le pouvoir à gauche. Il serait dommage que la droite ne relève pas le gant et le niveau : il est temps d’y faire le ménage.

Ah, évidemment, ce que j’ai mangé si volontiers lundi dernier n’était pas halal — le cochon du Ventoux s’en garde bien. Et le bruit court (sans cesse démenti par le boss suprême) que McDo l’est davantage. Et c’était cher (129 € par, personne, fromage inclus — mais vous pouvez prendre le menu « Feu », qui vous fait combiner Air, Terre et Eau, si vous pouvez pousser jusqu’à 179€ — rajoutez une centaine d’euros pour le vin. Ma foi, c’est moins cher que le billet Luxe pour assister à la déroute de l’OM face au PSG, la veille — un cadeau souvent offert aux fans du peuple abreuvés de McDo et de mauvaise graisse.

Il y a une dizaine d’années, sur le coup de midi, la classe s’achevait, j’ai demandé à mes loulous, tous post-bac et pauvres Maghrébins pour la plupart, où et de quoi ils allaient déjeuner. « Au McDo », fut la réponse largement majoritaire. J’ai donc pris cinq minutes de leur temps pour leur expliquer que le prix au kilo des 80 grammes de viande entreposés entre deux couches de glucides, le tout vendu aux alentours de 6 €, était supérieur à celui du wagyu — dont ils ignoraient l’existence. Et que je me faisais fort, pour la même somme par personne, de leur concocter un repas de qualité — un bœuf bourguignon bien mijoté ne coûte pas plus cher, et c’est cent fois meilleur, frites comprises. Impossible de les convaincre : les pauvres sont persuadés que les saletés qu’ils avalent sont la seule pitance permise.

Ça, et voter LFI aux prochaines présidentielles — le parti qui veut dépouiller les retraités afin qu’eux aussi aient le droit de bouffer de la merde.

La Belgique est-elle devenue un pays antisémite?

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Bruxelles, juillet 2026 © ERIC LALMAND/BELGA/SIPA

À Bruxelles, le chef d’orchestre israélien Lahav Shani fait l’objet d’appels au boycott et de pressions pour annuler sa venue au Bozar. À Louvain, le maire Mohamed Ridouani refuse d’accueillir le match de l’Union Saint-Gilloise contre l’Hapoël Beer-Sheva. Et on se souvient qu’à Liège, ville officiellement antifasciste, une synagogue a été visée par une explosion criminelle.


De mes années de prime jeunesse, j’ai conservé l’idée qu’ « on » n’en faisait jamais assez dans la lutte contre l’antisémitisme. À l’époque, les journaux que je dévorais, mes professeurs – forcément de gauche -, les campagnes des officines antiracistes ne cessaient de marteler le même discours convenu contre la bête immonde qui était alors d’extrême droite. Depuis que la haine ordinaire du juif est passée à l’extrême gauche, l’infâme semble devenu acceptable. En Belgique, plus sans doute qu’ailleurs en Europe, l’opposition à la politique du gouvernement israélien, les manifestations pour Gaza ou la posture antisioniste ne parviennent en réalité plus à masquer un mal beaucoup plus profond. 

Pétitions et démissions à l’opéra

Le directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, mais aussi de Munich, Lahav Shani doit se produire en novembre dans le prestigieux Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Déjà, la meute d’extrême gauche s’active pour faire annuler la venue de l’artiste, à coups de pétitions et de démissions – dont celles de trois membres du conseil d’administration de Bozar – et d’éditoriaux enflammés – dont celui de Baudouin Loos, du très à gauche quotidien Le Soir, estimant que, « même si Lahaf Shani condamne la guerre et ses atrocités, il doit être boycotté[1]« . Rappelons qu’il y a un an, il avait déjà été déprogrammé d’un festival à Gand et que, dans un autre registre musical, le chanteur israélien Amir avait été ciblé lors de sa venue aux Francofolies de Spa.

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Le monde de la culture n’est pas le seul touché par la vague brune. Le club bruxellois de l’Union Saint-Gilloise, dont les sympathisants sont par ailleurs un condensé de boboïsme, d’antifascisme bête et intolérant et de hipstérisme, doit affronter l’Hapoël Beer-Sheva en Coupe d’Europe au mois d’octobre. Tandis que le stade du club bruxellois ne répond pas aux normes pour abriter les rencontres continentales, l’Union a l’habitude de les délocaliser, souvent à Louvain. Seulement, le bourgmestre socialiste Mohamed Ridouani refuse que le rendez-vous footballistique se déroule sur le territoire de sa ville ; l’homme est un récidiviste puisqu’il avait déjà interdit la tenue d’un match des Red Flammes, équipe nationale belge féminine, contre son homologue israélienne. Pire encore, aucune autre ville belge semble disposée à accueillir le club du Néguev dans le sud d’Israël ; encore une fois, ce n’est pas un cas isolé : en 2024, Belgique-Israël avait dû se jouer… à Debrecen en Hongrie – on doute que nos dirigeants aient remercié Viktor Orbán pour l’hospitalité.

Promotion Rima Hassan à l’ULB

Ces prises de position récentes s’inscrivent dans une série d’incidents, plus ou moins graves, qui font tache : grabuge lors de la venue d’un professeur israélien de gauche à l’Université libre de Bruxelles – la même où il existe une « promotion Rima Hassan » -, slogans antisémites lors des manifestations, annulation d’une séance de dédicaces de Raphaël Enthoven prévue dans une librairie bruxelloise,  explosion criminelle visant une synagogue en mars dernier à Liège (ville officiellement « antifasciste ») et je sais déjà que ces lignes me vaudront quelques remarques antisémites basées sur mon patronyme proche du nom de scène d’un chanteur français de confession juive… Les Belges ont quant à eux pratiquement plus entendu le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot sur la Palestine que sur l’ensemble des autres dossiers internationaux, Ukraine y compris. Et si « la nuance est un acte de résistance », slogan affiché dans les locaux du parti, elle ne vaut pas quand il s’agit du Proche-Orient.

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Évidemment, affirmer que la Belgique a sombré dans l’antisémitisme est un tantinet exagéré et il existe des lois pour le punir et, bien sûr, chacun – citoyen, éditorialiste, homme politique… – a le droit de critiquer Israël, la politique de son gouvernement, son armée… Mais lorsque les cibles sont un chef d’orchestre peu suspect de sympathie pour Benyamin Netanyahou, des joueurs de football ou un penseur critique à l’égard de son propre pays, il est intellectuellement difficile de justifier que la situation à Gaza, l’antisionisme ou la lutte contre un gouvernement de droite dictent seuls les réactions. Quand des jeunes s’affichent en keffieh et défient quiconque porte un ruban jaune, et lorsque les mêmes sont incapables de situer le fleuve (river) et la mer (sea) de leur slogan, on devine que les passions tristes sont, davantage que le bien commun, l’aiguillon de leur colère. Quand Israël occupe l’espace médiatique jusqu’à l’hystérie, alors qu’ailleurs dans le monde les opposants, les femmes, les homosexuels (Afghanistan, Iran, Xinjiang où vivent les Ouïghours…) sont l’objet de persécutions non dénoncées, on comprend que la lutte pour la Palestine n’est pas un humanisme. 

Je repense évidemment aux propos de mes professeurs, des éditorialistes et des hommes politiques de l’époque. Ils ont tourné casaque pour la plupart, mais nous devons reprendre leur message : nous n’en ferons jamais assez pour lutter contre l’antisémitisme.


[1] https://www.lesoir.be/772289/article/2026-09-22/lahav-shani-ne-doit-pas-venir-bozar