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Ana Blandiana, la poésie à l’épreuve de la liberté

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La poétesse roumaine est devenue une figure politique dans son pays. Elle sera présente en France à l’occasion du Printemps des poètes et fera une tournée de rencontres et de lectures du 1er au 14 mars qui passera par Lyon, Aix-en-Provence, Strasbourg et Paris.


Elle a un nom de cantate, une voix qui fut autrefois dangereuse, une trajectoire qui ressemble à une ligne de fuite. Ana Blandiana – Otilia Valeria Coman – est née en 1942 à Timișoara, au cœur d’un siècle ravagé, et sa poésie fut longtemps une présence indocile sous le poids du régime communiste roumain. Elle connut l’interdiction, la censure, l’exil intérieur du langage. Et aujourd’hui, on acclame cette survivante dans les salons culturels d’Europe, lui offrant prix et podiums. Mais cet hommage consensuel camoufle parfois une question plus embarrassante : avons-nous vraiment compris ce qu’elle défendait – et ce que la poésie peut encore être ?

Un vent de liberté souffle sur la Roumanie

Car Blandiana n’est pas seulement une figure historique. Elle est une poétesse vivante, dont l’œuvre traverse plus de trente livres traduits dans une vingtaine de langues, et qui a été récompensée en 2024 par le Prix Princesse des Asturies pour la Littérature, précisément pour « sa capacité extraordinaire à défier la censure ». Ce n’est pas un simple hommage à une dame des lettres ; c’est la reconnaissance d’un parcours, d’un destin où l’écriture est devenue, sous le communisme, un acte de vérité et de survie.

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Cette dimension-là mérite d’être rappelée parce qu’elle distingue, aujourd’hui, Blandiana de bien des poètes qui occupent nos scènes culturelles : elle n’a jamais considéré la poésie comme un simple art de salon. Dans les entretiens que j’ai réalisés avec elle, elle insiste sur ce point avec clarté : sous la dictature, écrire n’était pas une performance scénographique mais un combat discret contre l’effacement du mot et de l’esprit[1].

Cette posture n’est pas un folklore de dissidence. Elle s’enracine dans ce que Blandiana appelle elle-même – et ce n’est pas une formule creuse – la diminution de l’importance de la liberté de parole quand elle devient banale. Dans notre second entretien, elle le dit sans détour : ce qui était précieux autrefois, c’était précisément l’interdit, le risque que contenait chaque phrase[2].

Ce paradoxe de la liberté trouve un écho particulier dans l’expérience et les réflexions d’Ana Blandiana. Sous le communisme, chaque mot comportait un risque : « Même dans les dernières années de la censure, je luttais pour chaque vers, chaque ligne. À partir de ce moment-là, dès qu’un texte à moi avec mes vérités apparaissait, c’était la preuve qu’en Roumanie il y avait de la liberté », explique-t-elle. La parole était alors précieuse et fragile, un geste de vérité qui engageait à la fois l’auteur et sa communauté.

La poésie et le vacarme du monde

Aujourd’hui, remarque Blandiana, la situation est inversée : « La liberté de la parole a diminué de son importance ». Dans un monde saturé de mots, de discours et de performances, le poème peine à se faire entendre. Beaucoup de poètes contemporains ont confondu impact et visibilité, slogan et œuvre. L’époque a plus de mots que de voix, et la poésie, même lorsqu’elle revendique une fonction politique ou performative, peut se diluer dans le flux médiatique et perdre sa capacité à surprendre et à subvertir.

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C’est cette tension qui rend la présence de Blandiana au Printemps des poètes 2026 particulièrement significative. Invitée dans le cadre du thème « La liberté. Force vive, déployée », sa tournée française (du 1er au 14 mars 2026) met en dialogue la mémoire, la liberté de parole et l’engagement poétique. Chaque lecture, rencontre ou discussion se conçoit comme un espace de réflexion et d’échange, et non comme une simple performance. Blandiana rappelle ainsi que la véritable liberté de parole, pour être vivante et signifiante, ne réside pas dans la profusion des mots mais dans l’attention, la profondeur et le courage qu’on leur accorde. Dans un monde où tout semble déjà dit, elle montre que la poésie peut encore faire résonner une voix unique, capable de mobiliser et de toucher profondément, comme jadis chaque mot comptait sous la dictature.


NOUS AVONS TOUT

Feuilles, mots, larmes,
boîtes d’allumettes, chats,
tramways quelquefois, queues pour la farine,
charançons, bouteilles vides, discours,
images étalées sur le téléviseur,
doryphores, essence,
fanions, portraits de gens importants,
Coupe des clubs champions européens,
autobus marchant au gaz, pommes refusées à l’exportation,
journaux, pain blanc, huile mixte, œillets,
rencontres à l’aéroport, Cico, bâtons de chocolat,
saucisson de Bucarest, yaourt diététique,
tsiganes vendant des Kent à la sauvette, œufs de Crevedia,
rumeurs, feuilleton du samedi soir,
ersatz de café,
lutte des peuples pour la paix, chœurs,
production à l’hectare, Gérovital, anniversaires,
compote bulgare, rassemblement des hommes du Travail,
vin du terroir qualité supérieure, Adidas,
blagues, gars déambulant sur l’Allée de la Victoire,
poisson surgelé, Ode à la Roumanie,
nous avons tout

Ana Blandiana, Poèmes résistants, édition bilingue roumain-français, traduit par Hélène Lenz, préface de Jean Poncet, Jacques André éditeur, 2025, 320 p.

Poèmes résistants

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[1] Entretien avec Ana Blandiana, Poesibao, Grégory Rateau : https://www.poesibao.fr/entretien-avec-la-poete-roumaine-ana-blandiana-par-gregory-rateau/

[2] Ana Blandiana, entretien avec Grégory Rateau, Le Petit Journal de Bucarest : https://lepetitjournal.com/bucarest/communaute/ana-blandiana-la-liberte-de-la-parole-diminue-de-son-importance-241416

Finkielkraut: la consolation fraternelle de Pierre Manent

Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Cela n’empêche pas Manent de dire ici son admiration pour l’académicien « mécontemporain ».


Alain Finkielkraut est certainement parmi nous une des figures intellectuelles les plus significatives. Son nom éveille en chacun des sentiments et jugements souvent fort vifs, dans l’adhésion ou le rejet. Il y a quelques années, à l’occasion de son livre À la première personne, je notai comme un signe sinistre de l’état de l’opinion dans notre pays qu’il était désormais chez beaucoup l’objet d’une élection de haine. J’hésiterais à employer la même expression aujourd’hui, non que l’esprit public se soit amendé, mais les méchants aussi se lassent. En tout cas, Alain Finkielkraut a traversé sans dévier ni fléchir ces années où il fut dans le pressoir. Malgré son titre – Le Cœur lourd –, la conversation avec Vincent Trémolet de Villers qu’il vient de publier est parcourue par cette électricité intellectuelle et cette joie de se colleter avec le monde qui font le charme et le prix de ses écrits  comme de sa parole.

Vague de contre-vérités

S’il faut résumer d’un mot la physionomie d’Alain Finkielkraut, sa forme d’âme en quelque sorte, je dirais : c’est un homme qui s’expose. Non pas qui se montre, encore moins qui se vante, mais qui laisse voir sur sa personne ces « morsures du présent » dont parlait Péguy et sans lesquelles on ne touche pas le réel puisqu’il ne nous touche pas réellement. Tout l’émeut, tout l’ébranle, rien ne le protège, rien ne le rassure. Il ne se met jamais en défense. Tel est son courage, non seulement rare mais singulier.

Il porte cette franchise dans la considération du sujet de dispute le plus brûlant aujourd’hui, sur lequel du reste il n’a jamais cessé de s’exprimer avec clarté et netteté, mais aussi l’engagement d’un cœur toujours à vif. On le sait, avec la France, Israël est le nom de son tourment, non pas seulement l’État d’Israël mais le peuple juif comme histoire et comme mémoire, comme appartenance et comme héritage. Aujourd’hui, cependant, c’est d’abord l’État d’Israël qui est en jeu et en procès. Une opinion s’est brusquement répandue ou exacerbée, une passion s’est mise à flamber dans les lieux du monde qui semblaient devoir en être particulièrement préservés comme les universités, pour installer au centre de toute perspective politique, comme la vérité la plus significative du monde présent, la thèse suivante : l’État d’Israël est un État essentiellement illégitime car « colonial » et « les Juifs » forment le dernier ou principal obstacle à cette heureuse unification de l’humanité que le mouvement spontané des peuples du monde est autrement en train de produire. Comment faire face à cette vague de contre-vérités portées par une passion meurtrière ?

S’il est justement révulsé par les violences de colons en Cisjordanie et par les encouragements odieux qu’ils reçoivent de certains ministres de la coalition au pouvoir, Alain Finkielkraut a à cœur de rappeler pourquoi la caractérisation « coloniale » d’Israël est aussi fausse qu’injuste. Israël est un pays nouveau, mais il n’est pas né d’un acte de force arbitraire venu de l’autre bout du monde ; il est le pays du retour, vers lequel les Juifs dispersés, humiliés, violentés, en pays chrétiens comme musulmans, n’ont jamais cessé de diriger leurs prières et leurs vœux, jusqu’à ce qu’enfin, après la destruction des Juifs d’Europe, les Nations unies en décident la création. La Terre promise ne fut d’ailleurs jamais « sans Juifs », mais ceux qui, quoiqu’exposés aux pires violences et vexations, ne l’avaient jamais quittée ne survivaient que grâce à l’aide des dispersés, eux-mêmes vivant le plus souvent dans des conditions précaires. L’histoire des Juifs ne ressemble à aucune autre, et Israël comme État ne ressemble à aucun autre. Cela ne l’exonère pas des obligations de justice qui pèsent sur tous les États, mais les notions « universelles » dont nous faisons usage et parade peinent à lui rendre justice.

C’est pourquoi, d’ailleurs, pour le dire en passant, je suis étonné qu’Alain Finkielkraut approuve aussi résolument la décision d’Emmanuel Macron de reconnaître l’État de Palestine : « Sur ce point, je lui donne raison » (p. 149). Cette décision, et le président le savait, ne pouvait être suivie d’aucun effet. Ou si, par extraordinaire, elle était suivie d’effet, le nouvel État serait gouverné par le Hamas ou l’Autorité palestinienne. Pour donner consistance politique à cet État, rien d’autre n’est aujourd’hui disponible, rien d’autre ne se dessine, rien d’autre ne semble sérieusement envisagé. La décision du président français n’avait pas d’autre effet que de contribuer à délégitimer Israël. L’impuissance française pouvait encore faire cela.

Personne ne sait comment résoudre le « problème israélo-palestinien ». On peut toujours dire : solution à deux États ! Je dis la même chose, mais en ajoutant : si cela est possible. Est-ce possible ? Le Proche-Orient n’est pas une zone propice aux États-nations. Elle est contestée depuis des millénaires entre les empires. Les nations consistantes qui s’y trouvent sont les restes, certes imposants, d’anciens empires : Turquie, Iran, Égypte. Ce sont des empires musulmans, c’est-à-dire nourris d’une religion de forme impériale, et qui s’est étendue par des conquêtes impériales. Je pourrais mentionner aussi, bien sûr, le rôle et le mandat de l’Empire britannique. L’État d’Israël a été fondé dans cette zone disputée par une décision de l’ONU et s’est imposé par la force contre les attaques de ses voisins. Dans la dernière période, encerclé et attaqué par les alliés ou supplétifs de l’Iran, il a été en guerre sur tous les fronts, guerre largement victorieuse, mais qui contribue à donner à Israël aussi des habitudes d’empire. Où pense-t-on loger l’État de Palestine dans ce chaos où il n’a jamais été possible de prendre les habitudes de la paix ? Si l’État de Palestine avait existé, jamais celui d’Israël n’aurait pu être fondé. Dès lors qu’Israël a été fondé et s’est développé de la manière que l’on sait, où trouver place pour l’État palestinien, sinon en obligeant les deux États à subir des contraintes insupportables et accepter des risques inacceptables ? Comment alors réparer autant que possible l’injustice subie par la population palestinienne ? Ou au moins mettre un terme au contrôle constant, humiliant pour les deux protagonistes, qu’Israël exerce sur elle ?

Constant souci d’humanité et de justice

La manière dont Alain Finkielkraut accueille, commente et évalue les événements du Proche-Orient témoigne d’un constant souci d’humanité et de justice, mais je crains qu’il n’étende indûment le domaine du possible. En tout cas la solution qui reçoit l’adhésion de « toutes les personnes raisonnables » me semble entièrement hors d’atteinte aujourd’hui et pour longtemps. Seule, peut-être, la chute de la République islamique d’Iran, suivie de l’installation d’un régime de liberté ayant abandonné le projet de détruire Israël, changerait à ce point la situation de la région qu’Israël pourrait commencer à envisager de prendre les risques qu’il ne peut prendre aujourd’hui. En attendant, que faire ? Je n’ai pas de réponse à cette question. En tout cas, ce que Juifs et chrétiens, et tous ceux qui mesurent l’étendue et la virulence de la haine des Juifs dans toutes les parties du monde aujourd’hui, éviteront par-dessus tout, c’est d’entamer si peu que ce soit la légitimité de l’État d’Israël, sur l’existence et la force duquel repose la sécurité, donc la vie même du peuple juif.

Alain Finkielkraut lors de sa réception à l’Académie française, Paris, 28 janvier 2016. © EULER/AP/SIPA

Je viens de dire : Juifs et chrétiens. Beaucoup dépend de ce « et ». Je suis depuis longtemps frappé et touché par l’amitié avec laquelle Alain Finkielkraut parle du christianisme. On le sait, Dieu n’entre pas dans son équation : « L’inexistence de Dieu se présente à moi comme un savoir » (p. 41). Ainsi résume-t-il son judaïsme « généalogique » : « On honore non seulement son père et sa mère, mais ses ancêtres, et à travers eux le peuple dont on est issu » (p. 158). Quant au christianisme, c’est le propre de cette religion, c’est l’incarnation qui, loin de susciter son rejet scandalisé, éveille son émotion et sa réflexion. Alain Finkielkraut n’est pas prisonnier du procès bimillénaire entre les deux religions.

Deux religions ? C’est une commode, mais inexacte et même vicieuse façon de parler. Le lien spirituel entre Juifs et chrétiens est si étroit que Pascal a pu écrire que « les vrais Juifs et les vrais chrétiens n’ont qu’une même religion ». Le fonds de la prière chrétienne est dans la prière juive des Psaumes, qui est la prière de Jésus-Christ, envoyé dans ce monde « pour les brebis perdues de la maison d’Israël ». Comme le rappelle Alain Finkielkraut, c’est un hérésiarque excommunié, Marcion, qui a prétendu séparer radicalement les deux testaments. Comme il le relève aussi, cette tentation marcioniste est restée présente et active tout au long de l’histoire de l’Église (p. 164). Jadis et même naguère, ce fut au nom d’une « théologie de la substitution » selon laquelle l’Église, après le refus d’Israël de reconnaître la divinité de Jésus, serait devenue le verus Israel, médiatrice exclusive de l’alliance entre Dieu et les hommes. L’Église aujourd’hui reconnaît que le peuple juif continue de jouer un rôle actif et positif dans le dessein de Dieu pour les hommes.

Judaïsme et christianisme sont deux expressions, successives et mystérieusement contemporaines, de l’Alliance de Dieu avec les hommes. Il ne faut pas opposer le « particularisme » juif à l’« universalisme » chrétien. L’« élection » du peuple juif n’a rien à voir avec l’« égoïsme national » que dénonçait Simone Weil. Dieu se lie par sa Loi à son peuple, qu’il destine à « être la lumière des nations pour que [son] salut parvienne jusqu’à l’extrémité de la terre ». Symétriquement, la révélation chrétienne ne s’adresse pas à l’homme en général. Lorsque Jésus commande à ses disciples d’enseigner les nations, il leur commande de les baptiser au nom du Père, du Fils et de l’Esprit pour en faire à leur tour des disciples. Le Dieu chrétien aussi se lie aux hommes par un peuple particulier qui a nom l’Église. Aujourd’hui la religion de l’homme en général, de l’humanité sans forme ni vocation, est l’hérésie universelle qui s’en prend indifféremment mais tout spécialement à Israël et à l’Église. Quand nous disons « les Juifs et les chrétiens », nous touchons à un mystère et nous formons une intention, peut-être une prière. C’est en entretenant ces pensées, Alain Finkielkraut ne m’en voudra pas, que j’ai tourné la dernière page de son livre.

Alain Finkielkraut, Le cœur lourd, Conversation avec Vincent Trémolet de Villers, Gallimard 2026.

La France minée par l’infantilisation gastronomique

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La France capitule. Pas sur un champ de bataille, pas dans un traité humiliant, mais dans l’assiette, ce Royaume où elle régnait en maîtresse absolue depuis que Vatel s’était embroché pour une livraison de poisson en retard. Nous avons déposé les armes, rendu notre tablier, abdiqué devant l’envahisseur en food truck, troqué notre glorieux patrimoine gastronomique contre des burgers photogéniques et des slogans gravés au pochoir sur des murs de briques.

Justice pour François de Rugy !

Même nos élites ont sombré. Qui se souvient de M. de Rugy, éphémère président de l’Assemblée nationale, organisant un dîner à l’Hôtel de Lassay où le homard côtoyait outrageusement le Chateau d’Yquem 1999 ? Le faux scandale avait fait frémir les députés en mal de vertu populiste : du homard aux frais de la princesse ! Comme si le crime véritable tenait à l’opulence, et non à l’accord sacrilège : un Sauternes sur des crustacés ! Quelle indignité comme dirait l’autre. Un fin gourmet aurait exigé un Condrieu tout en tension minérale, un Corton-Charlemagne d’une majesté souveraine, ou, à la rigueur, un Puligny-Montrachet dont la finesse cristalline aurait exalté l’iode. Nos élites, censées incarner le summum du goût français, ont perdu tout sens du palais. Elles se gavent de symboles de luxe sans même savoir les accorder correctement. C’est l’infantilisation gustative au sommet de l’État.

Francois de Rugy © SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA Numéro de reportage : 00911931_000006

Il ne faut guère désormais s’étonner que le pays qui a codifié la haute cuisine, inventé le restaurant, érigé le repas en liturgie civilisationnelle, se nourrit désormais comme un gamin de huit ans dont les parents ont renoncé à éduquer le palais. On a remplacé le bœuf bourguignon par du cheddar fondu, la blanquette par de la mozzarella industrielle, la sole meunière par du saumon d’élevage baignant dans sa propre médiocrité.

Et personne ne bronche. Au contraire : on célèbre. On fait la queue. On instagramme. « C’est tellement bon, tellement convivial, tellement accessible. » Traduction : c’est tellement rassurant de manger comme quand maman nous laissait choisir au McDo parce qu’elle était trop crevée pour cuisiner.

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Les cartes ne comportent plus de plats. Elles comportent des concepts.

  •  Le « smash burger » — ce steak écrabouillé sur une plancha jusqu’à développer cette croûte carbonisée que les Anglo-Saxons ont rebaptisée « caramélisation » pour masquer qu’il s’agit juste de viande cramée.
  • La « pizza napolitaine authentique », cuite soixante secondes par un barbu hipster qui n’a jamais mis les pieds à Naples mais s’autoproclame pizzaiolo après trois tutoriels YouTube.
  • Le « poke bowl », cette escroquerie hawaïenne qui consiste à démembrer un poisson, le jeter sur du riz, ajouter trois dés d’avocat hors de prix et facturer dix-huit euros cette déconstruction insultante du chirashi.
  • Les sushis. Du poisson cru sur du riz, assaisonné de sauce soja industrielle et de wasabi synthétique. Une préparation que n’importe quel Japonais mépriserait comme on méprise une contrefaçon de sac Hermès achetée à la sauvette.

Extase

Mais ici, on s’extasie. On organise des soirées sushis comme autrefois on organisait des dîners. Sauf que le dîner nécessitait de cuisiner, de recevoir, de s’engager. Les sushis, on les commande sur Uber Eats, on les mange dans des barquettes en plastique devant Netflix, et on se persuade qu’on a fait un repas parce que c’est japonais donc forcément raffiné.

La star Sophie Marceau fait la publicité pour « Uber Eats ». DR.

Nos grands-parents distinguaient un filet de bœuf d’une entrecôte, savaient préparer un roux, comprenaient qu’un bon plat exige du temps et une maîtrise technique accumulée sur des générations. Nous, on commande un « Poke bowl » composé par une IA selon nos « préférences alimentaires » — ce concept obscène qui transforme le goût en algorithme et le repas en dashboard nutritionnel.

Les food courts sont ces hangars où l’on parque des adultes sur des bancs collectifs comme dans une cantine pénitentiaire relookée par un architecte qui a découvert le style industriel sur Pinterest. Une douzaine de stands proposant la même tambouille sous des appellations différentes : des glucides, des protéines, des matières grasses, nappés de sauces douteuses dont la fonction est de masquer que le produit de base n’a aucun goût. « Il y en a pour tous les goûts ! » On peut choisir entre un burger au bœuf, un burger au poulet, ou un burger végétarien. Parlons-en du burger végétarien, cette imposture qui massacre des légumes jusqu’à ce qu’ils imitent la viande pour satisfaire des végans qui n’ont manifestement pas fait le deuil du carnivore qu’ils prétendent avoir quitté.

Le vrai restaurant, lui, agonise. Pas le trois-étoiles Michelin fréquenté par des businessmen en notes de frais, celui-là survivra, muséifié, sous perfusion pour touristes chinois et oligarques russes. Non, le vrai restaurant : le bistrot de quartier tenu par un couple qui se lève à cinq heures pour aller aux Halles, qui connaît ses fournisseurs par leur prénom, qui cuisine une blanquette comme sa grand-mère la lui a apprise.

Ces endroits-là crèvent. Parce que c’est « trop cher », traduisez : le prix reflète le coût réel de produits décents. Parce que « ça prend trop de temps », traduisez : on ne peut pas avaler en douze minutes chrono en scrollant. Parce que « c’est pas instagrammable », traduisez : la vraie cuisine ne brille pas sous les néons, ne ressemble pas aux photos retouchées que vomissent les influenceurs culinaires, ces parasites qui se gavent gratis en échange de contenus publicitaires déguisés en recommandations authentiques.

Parlons de « comfort food ». Cet euphémisme perfide (comme l’Albion) est utilisé pour désigner la bouffe des pauvres, riche en glucides, sel et graisses. Sauf que cette nourriture n’a plus rien de pauvre : vingt-deux euros pour un grilled cheese « revisité » dans un endroit où les ampoules pendouillent au bout de fils dénudés et où les serveurs arborent des tabliers en cuir comme s’ils sortaient d’un atelier de forgeron. Le confort n’est pas gustatif, tout baigne dans le gras et le sel pour masquer la médiocrité. Le confort est régressif. On mange ce que nos papilles sous-développées réclamaient à dix ans quand on considérait les épinards comme un châtiment parental.

Oubliés, les gestes précis d’autrefois

Nous avons érigé l’infantilisme en esthétique culinaire. Les restaurants s’appellent « Big Mamma », « Chez Mémé », « Comme à la Maison », cette nostalgie fabriquée d’une enfance fantasmée. Sauf que la vraie cuisine de grand-mère nécessitait trois heures de préparation, des gestes précis, une connaissance des produits et des saisons. La version contemporaine balance des pâtes trop cuites dans une sauce tomate industrielle, parsème de parmesan en poudre, et facture vingt-six euros l’imposture sous prétexte que c’est servi dans une assiette vintage et que le serveur vous appelle « chef » avec cet accent italien suintant de fausseté qu’aucun Italien authentique n’utiliserait.

Il y a aussi les burgers « gastronomiques ». Cette contradiction dans les termes qui résume notre époque : on habille la junk food du vocabulaire de la haute cuisine pour se donner bonne conscience. Le pain ? Brioché. La viande ? D’une race obscure élevée en liberté par un éleveur qui leur fait écouter du Debussy. Le résultat ? Exactement la même chose qu’un Big Mac : un tas de glucides et de lipides qu’on dévore en s’en mettant plein les doigts, sauf qu’on a payé trois fois plus cher et qu’on peut se raconter qu’on a fait un choix éclairé plutôt que d’assumer qu’on a cédé à nos pulsions primitives.

Et les pizzas. Hormis le fait que les pizzerias servent de blanchisseries pour activités répréhensibles, la France croule sous les pizzerias « napolitaines authentiques » tenues par des Français qui ont, dans le meilleur des cas, passé trois mois à Naples. On vous sert un discours marketing rodé sur l’authenticité, la tradition, le respect du produit. Puis on vous apporte une galette flasque, brûlée par endroits et crue ailleurs, noyée sous du fromage industriel, pour dix-neuf euros. Et vous ne dites rien. Vous souriez. Vous photographiez. Vous postez. Parce que c’est une vraie pizza napolitaine, bordel, pas une Sodebo réchauffée. Vous avez vos standards, quand même.

L’obsession du « fait maison ». Cette mention pathétique qui figure sur toutes les cartes comme un label de qualité. « Nos frites sont faites maison. » Félicitations. Vous avez pelé des patates. Vous voulez une médaille ? On en est arrivé à ce niveau d’indigence : mentionner qu’on cuisine ce qu’on sert est devenu un argument commercial. La norme, c’est le surgelé réchauffé. Le plat sous-vide livré par Métro. La sauce en poche plastique. Le « fait maison » n’est plus un standard: c’est une exception qu’il faut signaler, comme un allergène.

Le « batch cooking ». Cette mode débile qui consiste à passer son dimanche à préparer tous les repas de la semaine dans des Tupperware étiquetés, empilés dans le frigo comme si la vie était un problème logistique à optimiser. On ne cuisine plus pour le plaisir, pour l’imprévu, pour le rituel qui structure le temps. On cuisine comme on gère un stock de munitions. Efficacité maximale. Zéro âme. De la bouffe pré-produite qu’on réchauffera entre deux Zoom en se félicitant d’avoir « optimisé son temps ».

Les « bowls ». Le repas transformé en assemblage standardisé. Un féculent, une protéine, trois légumes, une sauce, des graines. On n’compose plus un plat, on exécute un algorithme. C’est la cuisine en kit IKEA : des éléments modulables empilés selon un schéma prédéfini. On ne mange plus. On optimise son apport nutritionnel. On ajuste ses macros. Le repas n’est plus un plaisir : c’est un dashboard quantifié qu’on consulte sur MyFitnessPal.

Les applications de livraison sont le coup de grâce. Deliveroo, Uber Eats — ces plateformes ont transformé les restaurants en cuisines industrielles, les livreurs en esclaves ubérisés, et nous en consommateurs passifs. On commande de la bouffe tiède livrée par un type sous-payé qui slalome entre les voitures pour nous éviter l’effort insupportable de sortir. Ce qui arrive n’a plus rien d’un restaurant : c’est de la nourriture qui a voyagé vingt minutes dans un sac isotherme, qui a perdu toute texture, toute dignité. Mais au moins, on n’a pas eu à s’habiller. On a pu continuer à binge-watcher en enfournant machinalement des gyozas tièdes dont on ne se souviendra pas dans trois heures.

Les food halls sont la version gentrifiée du food court, avec du bois brut, des néons, un DJ qui mixe de l’électro pendant que vous engloutissez des tacos à quinze euros. Des endroits bondés où il faut faire la queue, porter son plateau, partager sa table avec des inconnus, et payer des prix gastronomiques pour une expérience de réfectoire universitaire. Mais c’est branché. Il y a une file d’attente donc ça doit être bon. La foule comme seul étalon de qualité. Si TikTok en parle, ça vaut le coup.

La France a vendu son âme pour un burger photogénique. Elle a bradé trois siècles de tradition pour des tartines d’avocat à douze euros dans des cafés décorés par les mêmes architectes qui recyclent le même mood board industrialo-vintage de Tokyo à Brooklyn. On mange la même chose partout, dans les mêmes décors, avec les mêmes serveurs en tabliers de cuir qui récitent les mêmes boniments sur la « sélection rigoureuse des producteurs locaux ». Tout est devenu global, standardisé, interchangeable. On a troqué le terroir contre le branding. L’authenticité contre l’instagrammabilité. Le savoir-faire contre le marketing. Et on appelle ça du progrès. On se persuade qu’on vit une révolution culinaire. On croit avoir le choix parce qu’on peut choisir entre trente variations du même produit industriel assaisonné différemment.

Les influenceurs food sont ces propagandistes qui photographient compulsivement chaque assiette avant d’y toucher, qui transforment chaque repas en contenu sponsorisé. Ils ne mangent pas. Ils produisent. Ils ne savourent pas. Ils monétisent. Et nous, on les suit. On fait la queue dans les endroits qu’ils ont validés. On paie notre tribut à cette économie où la qualité d’un plat importe moins que sa capacité à générer des likes.

Le guide Michelin s’est vendu à cette nouvelle religion. Il étoile des restaurants de ramen, des stands de street food, des concepts fusion n’importe quoi. Non par ouverture d’esprit, mais par calcul marketing. Une génération considère qu’un bol de nouilles à 9,50€ mérite la même considération qu’un turbot cuit à la perfection par un chef qui a passé quinze ans à maîtriser son art.

Quand la France ne cuisinera plus

Nos arrière-grands-parents se nourrissaient mieux que nous. Avec infiniment moins. Ils achetaient des produits bruts au marché. Ils cuisinaient chaque jour. Pas par vertu, par nécessité. Mais cette nécessité produisait du sens, créait du lien, structurait l’existence. Le repas était un moment, pas une corvée qu’on expédie.

Nous, on ne cuisine plus. On assemble. On réchauffe. On commande. On snacke — ce verbe obscène qui a remplacé « manger » comme « se faire une saison » a remplacé « regarder une série ». On ne mange plus des repas. On ingère des calories entre deux tâches, debout, en scrollant, sans y penser. L’acte le plus fondamental de l’existence — se nourrir — est devenu une contrainte qu’on expédie avec l’élégance d’un distributeur automatique.

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Et nos enfants. Élevés au nugget et aux pâtes au beurre ! Incapables de manger un légume qui n’a pas été transformé en purée. Terrorisés par les textures, les saveurs fortes. On « respecte leurs préférences alimentaires », comme si un gamin de six ans avait la maturité pour décider de ce qui est bon pour lui. Résultat : une génération avec le palais d’un nourrisson qui perpétuera cette régression ad infinitum.

L’ironie suprême ? On n’a jamais autant parlé de bouffe. Les émissions culinaires saturent les chaînes. Instagram déborde de food porn. On consomme compulsivement du contenu culinaire tout en mangeant de la merde. On regarde des chefs étoilés pendant qu’on enfourne un Uber Eats. On visionne des documentaires sur le terroir en commandant des sushis industriels. La cuisine est devenue un spectacle qu’on contemple, plus une pratique qu’on exerce…

On a transformé la gastronomie en divertissement. En folklore. On visite les étoilés comme on visite les musées : par devoir culturel, pour cocher une case. Mais au quotidien, on commande sur Deliveroo. On se gave de burgers « gourmet » parce que le pain est brioché et le bacon fumé au bois de pommier.

La France a capitulé. Sans combat. Par flemme. Par paresse intellectuelle. On a échangé notre patrimoine contre des applications de livraison. On a troqué Carême contre les Avengers du burger. On a liquidé Escoffier pour du comfort food instagrammable. Et personne ne pleure. On célèbre cette déchéance comme une libération. « C’est tellement moins coincé, tellement plus fun, tellement plus accessible. » Oui. Accessible comme le néant. Fun comme l’amnésie. Décoincé comme une lobotomie. Nos petits-enfants ne sauront plus ce qu’était un vrai pot-au-feu. Une vraie daube. Un vrai coq au vin. Ils grandiront en croyant que la cuisine française, c’est le croissant industriel de gare et le pain au chocolat Lidl. Et quand ils nous demanderont pourquoi on n’a rien fait, on leur répondra qu’on était occupés. Occupés à photographier nos assiettes.

Les fables de Piketty

Thomas Piketty, piètre statisticien, est l’économiste chouchou des médias de gauche


L’économiste Thomas Piketty s’est imposé ces dernières années avec une thèse aussi simple que séduisante.

Au début du xxᵉ siècle, les sociétés occidentales auraient été caractérisées par une forte concentration des patrimoines et des revenus. Mais ces inégalités auraient été profondément réduites au cours du xxᵉ siècle – en particulier entre 1914 et 1980 – grâce à une fiscalité progressive et au développement de l’État-providence. Malheureusement, depuis les années 1980, poursuit Piketty, ce mouvement se serait inversé. La dérégulation financière et l’affaiblissement de la progressivité de l’impôt auraient relancé la hausse des inégalités. L’histoire livrerait ainsi une leçon limpide : seules une fiscalité fortement progressive et une redistribution assumée permettraient de contenir des écarts de richesse jugés excessifs. Le problème, soutient l’économiste Vincent Geloso, est que cette belle histoire est fausse. Dans une note récente du think tank The Centre for Enterprise, Markets and Ethics, il avance ainsi, références à l’appui, que Piketty effectue une lecture très sélective des données fiscales, qui exagère la baisse des inégalités et en attribue à tort le mérite à l’action publique. De fait, lorsque l’on corrige ses biais méthodologiques, son récit se fissure. La décrue des inégalités commence avant 1914, avant donc les politiques redistributives. Puis, la grande réduction des inégalités ne s’est pas produite après 1945 avec des taux d’imposition plus élevés et un État-providence plus généreux : elle s’est principalement faite entre 1929 et 1935, pendant la Grande Dépression, alors que pratiquement tout le monde s’appauvrissait. Plus gênant encore, Piketty relègue systématiquement au second plan les dynamiques de marché et la croissance, comme si l’amélioration du niveau de vie de la population ne pouvait provenir que de l’État.

Au final, Geloso estime que les travaux de Piketty relèvent moins de l’analyse historique rigoureuse que de la fable politique, soigneusement ajustée pour servir sa cause.

Des Verts trop blancs

L’hégémonie blanche des lapins de Hotot


Décidé à combattre la « centralité blanche » prédominante dans la société française, le média écologiste Reporterre a récemment consacré un long article à « l’entre-soi blanc du mouvement écolo ». Des témoignages accablants illustrent cette situation. Ainsi, lors d’une soirée organisée par Reporterre sur le thème « L’écologie contre l’extrême droite », le chercheur au CNRS Malcom Ferdinand a-t-il ressenti un grand malaise : parmi les 150 personnes composant le public, il était « l’un des rares hommes noirs ». Une conclusion quasi scientifique s’impose alors à lui : « L’écologie politique française opère au sein d’espaces structurés autour de la blanchité. » Reporterre propose neuf pistes de réflexion pour combattre l’hégémonie blanche dans l’écologie. L’une d’elles consiste à prendre conscience de cette « domination ancrée dans l’imaginaire raciste de l’Occident » en s’appuyant sur un livre au titre alléchant : Mécanique du privilège blanc. Comment l’identifier et le déjouer ? Une autre propose de « reconnaître la charge raciale », laquelle désigne « la peur de mourir prématurément dans une société raciste », ce qui nécessite de « planifier ses vacances selon les risques d’agressions racistes ». Les écologistes sont également priés de faire extrêmement attention au vocabulaire qu’ils emploient. Certains termes – comme « espèces invasives » ou « jungle » – charrieraient en effet un « imaginaire racialisé ».

Bref, conclut Reporterre, il est temps de « trahir l’hégémonie blanche occidentale » en la débusquant partout où elle se cache. Programme ambitieux auquel Causeur se devait de participer en suggérant au média écolo de se pencher sur le cas méconnu des éleveurs de lapins blancs de Hotot. Issue d’une sélection de sujets choisis pour obtenir un pelage d’une blancheur immaculée, la race des lapins blancs de Hotot a été sauvée durant la Seconde Guerre mondiale par Friedrich Joppich, un éleveur… allemand ! Est-ce un hasard ? Nous comptons sur les très sérieux journalistes de Reporterre pour mener l’enquête et répondre à cette angoissante mais inévitable question.

Cirque Traoré: la tournée continue

C’est reparti pour un tour, dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré ! Hier, la Cour de cassation a confirmé le non-lieu en faveur des gendarmes, mettant fin à dix ans de procédure marqués par des expertises médicales à répétition. La justice a donc conclu – et pas moins de trois niveaux judiciaires ont examiné le dossier – que l’intervention des gendarmes n’était pas la cause de la mort du jeune homme, un verdict toujours contesté par la famille qui porte l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.


Chouette ! De nouveau, nous allons pouvoir nous régaler, sur les antennes de Quotidien et autres médias où la détestation de la France est de règle, des prestations pathétiques et dégoulinantes de haine de la dévote sœur Assa, la contrefaçon pathétique de la militante américaine Angela Davis. Même coupe Davis, je veux dire pour la chevelure – j’allais dire la crinière, mais le mot étant habituellement associé au lion, le roi des animaux, je m’en voudrais de le rabaisser à ce niveau – la chevelure donc et, au vu des dernières images, les ongles aussi longs que les dents. Car on a les dents longues, du côté du clan Traoré. On tient à exploiter jusqu’à la corde la moindre opportunité de concentrer sur soi les feux médiatiques de complaisance et s’assurer ainsi une célébrité warholienne dont, en l’occurrence, la durée excède malheureusement bien davantage que le quart d’heure de référence.

La police est raciste, la police tue… etc.

Il se trouve que la Cour de cassation vient de confirmer le non-lieu dont la juridiction d’appel avait d’ores et déjà crédité les gendarmes en charge de l’arrestation du frère de la dame, Adama ce jeune homme bien sous tous rapports dont il se dit qu’il aurait notamment agrémenté son séjour derrière les barreaux en imposant, sous la menace d’une fourchette, une fellation à un co-détenu. J’ignore la couleur de peau de cette victime sur laquelle au demeurant personne ne verse la moindre larme. Pour la couleur de peau des gendarmes étant intervenus lors de l’arrestation du sympathique garçon, qui notons-le n’avait pas cru bon d’obtempérer, il semble bien que deux d’entre eux étaient « racisés », terme aujourd’hui consacré et encore licite. Ce qui n’empêche nullement notre Angela de pacotille et ses soutiens de hurler au racisme. On connaît la chanson, la police est raciste, la justice est raciste, la France est raciste, les blancs sont racistes, les racistes eux-mêmes sont racistes, c’est dire !

A lire aussi, Erwan Seznec: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Donc, refusant les décisions et arrêts de cette justice vicieusement raciste et fasciste, Miss dents longues et son avocat annoncent vouloir s’en remettre désormais à la Cour Européenne des Droits de l’Homme afin – je cite – « de faire condamner la France ». Bel aveu ! La cible, le monstre à abattre n’est autre que la France, bien sûr ! On ne peut mieux exprimer la haine frénétique du pays dans lequel, cependant, on a grandi, on vit et dont les principes de justice sont à ce point généreux qu’on peut faire traîner en longueur, ad nauseam, des procédures qui n’ont d’autre finalité que de s’offrir le répugnant plaisir de lui cracher dessus, de l’insulter, ce pays, le traîner dans la boue. Oui, vomir sur la France, cette France probablement tellement raciste qu’ils se bousculent par dizaines de mille pour venir s’y entasser. Belle contradiction. Mais dans ce camp-là, on n’en est pas à une près. Plus c’est gros plus ça passe ! Plus on donne dans la stupidité la plus crasse plus on accumule les temps d’antenne. Pourquoi s’en priver ?

Encore une minute, Monsieur le bourreau

Je vais vous faire un aveu. Moi, je l’aime bien, Assa Traoré, avec sa chevelure au vent et tout, et tout. Chaque fois que je la vois paraître, et chaque fois qu’elle ouvre la bouche, je déclenche mon chronomètre, bien persuadé qu’à chaque minute qui lui est accordée, c’est autant de votes qui finiront dans l’escarcelle des partis qu’elle vomit le plus. Ai-je besoin de les nommer ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Faites-le taire !

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Le combat perdu de la gauche mondaine contre le député Charles Alloncle


Le gratin de la gauche mondaine veut faire taire Charles Alloncle, ce député ciottiste qui malmène l’audiovisuel public en lui demandant des comptes au nom du parlement. Les pétitionnaires professionnels reprochent au rapporteur et à certains membres de la commission d’enquête (Le Monde, mardi) des « méthodes inquisitoriales diffamatoires et menaçantes ». Certains pointent « l’extrême droite » derrière tant d’irrespects pour la citadelle progressiste, théoriquement intouchable, qu’est France Télévisions. 

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Une commission parlementaire est passée par-ci, une commission parlementaire passera par-là…

Comme en écho, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est dite opposée, mardi sur Europe 1, à une commission d’enquête parlementaire sur les possibles implications pédo-criminelles ou financières de l’affaire Epstein en France. Dans Le Monde, l’ancienne ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a admis pour sa part, dressant le portrait du président démissionnaire de l’Institut du monde arabe, Jack Lang : « Tout le monde savait qu’il ne payait rien à Cannes. Il considère qu’il doit être invité partout, dans des conditions de luxe (…) ». Tout le monde savait son goût du luxe et les liens du pique-assiette avec Epstein, mais personne n’a jamais rien dit. Ainsi fonctionne, sous la loi du silence et du rappel à l’ordre pour les bavards, le petit cercle parisien de la culture et des médias qui se claquemure, exige l’omerta et crie au complotisme quand il s’agit de récuser des accusateurs. Jusqu’à ce que Jean-Marc Morandini se retire de l’antenne de Cnews lundi, après avoir été définitivement condamné pour « corruption de mineur », toutes les turpitudes se résumaient au maintien de l’animateur sur la chaîne honnie par le camp du Bien.

Obsessions d’hier et d’aujourd’hui

Libération, qui fait sa Une ce mercredi sur un nouveau prédateur pédophile qui aurait à son actif 89 jeunes victimes, a évidemment raison de s’horrifier de ces déviances. Mais l’histoire de ce journal reste entachée par sa défense post-soixante-huitarde de la sexualité entre adultes et enfants. L’autre jour, Libé rappelait, en oubliant ses propres travers, les pétitions parues dans Le Monde, en 1977, signées notamment par Lang, qui réclamaient la dépénalisation de la pédophilie. Déjà, à l’époque, la gauche caviar s’estimait à l’avant-garde des lumières et des libertés nouvelles. Aujourd’hui, elle persiste à ne rien comprendre des nouvelles exigences morales de la société civile vis-à-vis d’une caste qui s’est appropriée le droit de décréter le dicible.

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L’obsession de ces fausses élites à faire taire les expressions dissidentes, dans le seul but de préserver leur hégémonie idéologique, n’est plus tenable. C’est évidemment Alloncle qui a raison quand il bouscule les mandarins de l’information étatisée. C’est évidemment Braun-Pivet qui a tort quand elle s’oppose à des enquêtes parlementaires sur les ramifications parisiennes du réseau Epstein.

Lundi, dans Le Figaro, Rachida Dati, candidate à la maire du Paris, a dévoilé « un scandale sexuel dans le périscolaire » et a évoqué « des enfants de maternelle violés dans nos écoles publiques ». Mais qui parle de cette abomination chez les belles âmes ?

La révolution des oubliés

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Des mollahs aux pieds d’argile

Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Pour lui, alors que les Iraniens rejettent autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entraînera l’effondrement de tout le système.


Né à Téhéran en 1960 dans une famille bourgeoise, Iraj Mesdaghi appartient à la génération devenue adulte au moment où le règne du shah vacillait. Comme beaucoup de jeunes Iraniens de son milieu, il est alors animé par un idéal de justice sociale, de liberté individuelle et de dignité nationale. La « faille », au sens tragique du terme, qu’il partage avec tous ceux qui ont eu le même engagement que le sien à cette époque, tient à leur conviction, erronée, selon laquelle la chute de la monarchie ouvrira nécessairement et presque mécaniquement la voie à un régime plus juste, et à terme à une démocratie de type occidental. Emporté par cette espérance, il interrompt ses études aux États-Unis, rentre en Iran et s’engage aux côtés de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, mouvement révolutionnaire hybride, à la fois islamiste et marxiste.

Mais, après le départ du shah, la révolution ne met pas longtemps à dévorer ses propres enfants. À l’image de Lénine après octobre 1917, Rouhollah Khomeyni élimine méthodiquement ses anciens alliés devenus rivaux. Iraj Mesdaghi et sa jeune épouse sont arrêtés au début des années 1980 et condamnés à dix ans de prison. En captivité, ils découvrent la torture systématique, les humiliations quotidiennes et le broyage méthodique des individus, dans un univers où la violence n’est ni accidentelle ni excessive, mais constitutive du système.

L’année 1988 constitue le cœur noir de cette terrible expérience. Au cours de l’été, Rouhollah Khomeyni, furieux d’avoir dû signer un cessez-le-feu avec l’Irak après huit ans de guerre, crée des commissions spéciales, passées à la postérité sous le nom de « commissions de la mort », qui ont pour tâche de faire exécuter des milliers de prisonniers politiques, accusés d’être des « ennemis de l’intérieur ».

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Iraj Mesdaghi est le témoin direct des sélections arbitraires, des couloirs de la mort, des appels de noms et des pendaisons en série. Il voit disparaître en quelques semaines des centaines de codétenus. Cette expérience scelle en lui une certitude irrévocable : le régime islamique n’est pas une simple dictature, mais un système totalitaire prêt à l’extermination de masse pour se maintenir au pouvoir.

Libéré au début des années 1990, Mesdaghi quitte l’Iran avec sa famille. Après un long périple, aussi dangereux que clandestin, il obtient le droit d’asile en Suède. En exil, il entreprend un travail minutieux et obsessionnel de documentation du massacre de 1988, recueillant témoignages, noms, dates et responsabilités, et publiant plusieurs ouvrages devenus des références sur le sujet. Dans le même mouvement, il s’éloigne progressivement des Moudjahiddines du peuple, dont il dénonce la dérive sectaire.

Son travail de longue haleine trouve un aboutissement quand, en 2019, un ancien responsable pénitentiaire iranien, Hamid Nouri, impliqué dans les exécutions de 1988, tombe dans son piège. Se faisant passer pour le responsable d’une agence de voyages, Mesdaghi entre en contact avec cet homme fort du régime et organise pour lui un tour d’Europe. Nouri est immédiatement arrêté à son arrivée à l’aéroport de Stockholm, où la justice suédoise, qui s’autorise de sa compétence universelle en cas de crime de guerre, ouvre contre lui un procès historique. En 2022, il est condamné à la réclusion à perpétuité pour torture, exécution et enterrements secrets. Il ne restera toutefois que deux ans en détention, les autorités suédoises décidant de l’élargir dans le cadre d’un échange de prisonniers visant à obtenir la libération d’un ressortissant européen détenu arbitrairement par l’Iran.


Causeur. On sait, au moins depuis 2009, que les mollahs truquent les élections pour conserver le pouvoir, et on a vu ces dernières semaines les massacres dont ils sont capables pour rester les maîtres de l’Iran. Comment expliquer qu’ils ne soient toujours pas renversés, comme le shah en 1979 ?

Iraj Mesdaghi. Contrairement à ce que disent beaucoup de médias occidentaux, notamment en France, ce régime n’a rien à voir avec celui du shah ! En 1979, dans des circonstances de contestation comparables à aujourd’hui, Mohammad Reza Pahlavi a refusé de gouverner par le sang ! Il a préféré quitter le pays, précisément pour éviter un massacre comme celui qu’on a vu en janvier. Le régime islamique, lui, n’a aucune retenue ! Nous sommes face à un système qui assume une violence de masse épouvantable. On parle aujourd’hui de 12 000 morts rien qu’en deux nuits, estimation plutôt prudente. Cela choque en Europe mais pour moi, qui ai été en prison et qui ai vu des milliers d’exécutions en quelques semaines en 1988, ces chiffres sont crédibles.

Vous parlez d’une violence extrême assumée et à grande échelle. Comment le régime parvient-il concrètement à exercer cette répression ?

Tout d’abord en diabolisant ses opposants. Dès les années 1980, Khomeyni parlait de « bêtes dangereuses » et donnait ainsi carte blanche pour tuer. Aujourd’hui encore, les autorités, y compris les soi-disant réformistes, qualifient les manifestants de terroristes. Cela permet de tirer dans la foule sans scrupule.

Mais enfin, ceux qui tirent dans la foule ont des enfants, des amis, des parents…

C’est pourquoi le régime s’appuie sur des forces étrangères. Des unités afghanes, comme les Fatimiyoun et les Zeynabiyoun, autrefois déployées en Syrie, sont aujourd’hui opérationnelles en Iran. Ce sont elles que le régime a utilisées pour cette répression sanglante.

Sur quoi repose encore la base sociale du régime ?

Sur la peur très concrète qui règne dans de larges pans de la population : celle de perdre les biens acquis après 1979. Beaucoup d’Iraniens ont profité des confiscations postrévolutionnaires pour prendre possession de logements, de terres et d’entreprises. Ils redoutent qu’un changement de régime entraîne des restitutions. Reza Pahlavi, le fils du dernier shah, l’a bien compris. Il a présenté un plan clair pour l’après-régime, excluant des purges à l’irakienne et proposant une transition encadrée vers des élections libres.

Peut-il incarner l’avenir de l’Iran ?

Assurément. Tout d’abord parce qu’il est populaire. Même ceux qui ne sont pas monarchistes le soutiennent comme figure de transition. Depuis sept ou huit ans, on entendait son nom dans certaines manifestations. Mais pour la première fois cette année, les slogans en sa faveur sont carrément devenus nationaux. On les a même entendus dans des rassemblements, jusque-là inédits, dans des quartiers privilégiés de Téhéran, tels que Niavaran ou l’avenue Fereshteh. C’était inimaginable auparavant.

On a vu des mosquées, des centres islamiques, des écoles religieuses attaquées. La société iranienne est-elle en révolte contre l’islam ?

C’est la grande nouveauté : une majorité de la population rejette explicitement l’islam politique, et une part croissante rejette l’islam tout court. L’Iran est probablement le seul pays musulman où, en cas d’élections libres, les islamistes n’auraient aucune chance.

Certains appellent à une intervention extérieure. Quelle est votre position ?

Je suis d’accord avec Reza Pahlavi, qui, comme Shirin Ebadi, demande un soutien occidental ciblé. Mais il ne s’agirait pas d’envoyer des troupes au sol. Selon moi, il faudrait viser le seul centre de gravité du régime, c’est-à-dire Ali Khamenei en personne. Éliminer des généraux ne changerait rien. Ce ne sont pas des Napoléon ! En revanche, si Khamenei tombe, tout le système s’effondre.

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L’une des raisons pour laquelle les puissances occidentales, Union européenne en tête, hésitent à faire cela est l’amère expérience de changement de régime en Irak. Et bien entendu la crainte qu’un régime instauré par les baïonnettes étrangères soufre immédiatement d’un problème de légitimité.

Mais l’Iran n’est pas l’Irak ! Vous ne comprenez pas la société et l’histoire de l’Iran. Il s’agit d’une vieille civilisation et non pas d’une création nationale récente et artificielle comme l’Irak ou la Libye. Le peuple iranien est tout à fait capable de prendre son destin en main.

Existe-t-il un risque de guerre civile en cas de chute du régime ?

Non. Il n’y a pas de lignes de fracture permettant une guerre civile. Entre qui et qui ? L’armée, les gardiens de la révolution islamique et la population partagent largement le même rejet du régime. Couper la tête suffirait. Comme en URSS, l’effondrement peut venir du sommet.

Quel rôle jouent les soutiens occidentaux du régime, notamment à gauche ?

Une partie de l’extrême gauche occidentale a historiquement soutenu le régime iranien, par anti-américanisme et parfois par antisémitisme. J’ai vu ces réseaux à l’œuvre jusque dans les instances onusiennes. Ils relativisent la répression, parlent d’impérialisme et ferment les yeux sur les crimes. Mais ils ne soutiennent jamais réellement le peuple iranien.

Quel message adressez-vous aux Européens et aux Français ?

Je leur dis que la chute du régime iranien ne concerne pas seulement les Iraniens. L’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite. La France et l’Europe ont un intérêt direct à soutenir le peuple iranien. C’est le moment.

🎙️ Podcast: Chine, la Grande Muraille est-elle fissurée?

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Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Le dirigeant de l’Etat chinois, qui est aussi – bien sûr – le chef du Parti communiste chinois, Xi Jinping, vient de terminer une opération d’épuration de ses généraux les plus gradés. Le dernier à y passer est Zhang Youxia, pourtant un vieux camarade de Xi Jinping qui a grandi avec lui. C’est aussi le dernier chef de l’Etat-major à avoir une véritable expérience du combat, expérience acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979.

Les autres généraux ne se sont pas pressés d’approuver publiquement cette action, en faisant l’éloge du leader glorieux et en dénonçant leur ancien chef militaire. Tout semble indiquer qu’il y a actuellement une lutte pour le pouvoir et une guerre de factions dans le nouvel Empire du Milieu. Ces tensions sont le fruit de la transformation du régime par Xi Jinping qui, ayant entamé un troisième mandat de président et espérant un quatrième, a remplacé la dictature du Parti, fondée quand même sur un système de règles, par une dictature personnelle.

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Il se peut aussi que Xi Jinping soupçonne l’Armée de libération populaire, dans la modernisation de laquelle il a investi des sommes pharamineuses, de ne pas être aussi performante en réalité que sur le papier, suite à des années de corruption et de détournement de l’argent de l’Etat.

Nos invités discutent de toutes ces questions, ainsi que de celles du soft power chinois, des dernières évolutions de la Nouvelle Route de la soie, et de l’ « involution » qui mine la croissance économique chinoise de l’intérieur.

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Information: tout est sous contrôle

Contrôler et labelliser l’information est une nouvelle obsession en Europe, et singulièrement en France. Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et les technocrates de Bruxelles sont les artisans d’un vaste dispositif de lutte contre la désinformation associant notamment Viginum, médias publics et des projets de nouvelles régulations européennes. Sous couvert de « résilience démocratique » et de protection contre les ingérences étrangères, les outils de surveillance et de contrôle de nos réseaux sociaux, de nos médias alternatifs et des débats électoraux se multiplient. La chronique médias de Didier Desrimais


Cette information est passée totalement inaperçue. Pourtant… Le 15 octobre 2025, France Télévisions annonçait sur son site avoir noué un partenariat avec Viginum. L’objectif de cette coopération est officiellement « d’informer, sensibiliser et outiller les publics face aux risques liés aux manipulations de l’information », de « renforcer la résilience collective »face aux « fake news venues d’ailleurs »et de participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information », en particulier auprès des « jeunes publics ».

Les lecteurs seront (peut-être) rassurés d’apprendre « qu’en croisant expertise technique, exigence journalistique et sensibilisation des publics, ce partenariat participe au renforcement de la résilience démocratique et à la protection du débat public[1]. » Il convient maintenant d’expliquer ce qu’est Viginum et dans quel véritable but ce partenariat a été créé. 

Aie confiance…

Viginum est un service de l’État rattaché à Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Il est chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères. Sa création a été décidée en juillet 2021 par Emmanuel Macron, avec une idée derrière la tête qu’il est aisé de deviner. D’ailleurs… « Conscient que la création de cette nouvelle agence présente le risque de la faire passer pour un outil d’influence en ligne au service de l’exécutif français à un an de la présidentielle, le SGDSN promet la “transparence totale” sur ses actions. Un comité d’éthique et scientifique composé d’un membre du Conseil d’Etat, d’un membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel [devenu Arcom], d’un magistrat, d’un ambassadeur, de journalistes et de chercheurs veillera sur les activités de cette agence », lit-on alors dans Le Monde pour rassurer les Français. La crainte de voir ce service accomplir les noirs desseins d’un exécutif de plus en plus directif est d’autant plus légitime que, quelques mois plus tard, un nouveau décret conférera à Viginum l’autorisation de « collecter, exploiter et traiter de façon automatisée les données à caractère personnel sur les plateformes en ligne ». Une de ses missions principales sera de « détecter et caractériser les opérations qui pourraient altérer l’information des citoyens pendant les périodes électorales ». Il manquait à cette agence barbouzarde un rouage médiatique susceptible de propager efficacement, à grande échelle, un argumentaire sur les « ingérences étrangères » justifiant de possibles sanctions contre les réseaux sociaux ou les médias indépendants. Son partenariat avec France TV vient combler cette lacune.

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Le 18 mars 2025, dans le cadre de la Commission d’enquête concernant l’organisation des élections en France[2], le chef de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a tenu à rappeler les « menaces » qui auraient motivé la création de ce service, entre autres les « soupçons d’ingérence étrangère » via TikTok ayant conduit à l’annulation de l’élection présidentielle roumaine et à l’éviction du candidat nationaliste Calin Georgescu. Lors de son audition, M. Brillant n’a pas cru bon d’évoquer les informations avancées par le média d’investigation roumain Snoop, informations sur lesquelles les médias français ne se sont pas non plus attardés. S’appuyant sur les documents déclassifiés des services de renseignements roumains, les journalistes dudit média affirmaient en effet qu’aucune preuve d’ingérence russe sur le réseau social TikTok n’avait pu être produite – ce que les dirigeants de TikTok ont confirmé. En revanche, il ressortirait de ces documents que le Parti national libéral (PNL) au pouvoir aurait alimenté de faux comptes TikTok en faveur de son adversaire, le nationaliste et eurosceptique Calin Georgescu, dans le but de diviser l’extrême droite – représentée par Calin Georgescu et George Simion – et de favoriser l’accession au second tour de son candidat…

Quoi qu’il en soit, l’annulation d’une élection présidentielle pour des motifs aussi discutables, sans preuves indiscutables d’une ingérence étrangère pourtant mise en avant pour la justifier, est une grande première en Europe. Plus tard, alors que les élections en Allemagne laisseront présager d’excellents scores pour l’AfD, Thierry Breton menacera sur RMC : « On l’a fait en Roumanie et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne. » Faire quoi ? Remettre en cause, au motif qu’il y aurait eu une « ingérence étrangère », les résultats des élections s’ils ne vont pas dans le sens espéré par les élites bruxelloises et mondialistes, bien entendu. De son côté, le chef de Viginum prévient : au motif que la source serait possiblement étrangère, tout ce qui, sur les réseaux sociaux, tendra « à polariser le débat public numérique sur des thèmes qui divisent et dont on sait qu’ils peuvent influencer le comportement des électeurs » et « à alimenter la défiance à l’égard des médias traditionnels » pour « détourner une partie de leur public au profit de médias alternatifs », sera notifié à qui de droit – président de la République, ministre de l’Intérieur, Arcom, juge électoral – afin d’organiser « la prise en charge et l’atténuation des risques systémiques provoqués par l’utilisation malveillante des plateformes en ligne ».

Thierry Breton et Nathalie Loiseau, contrôleurs aériens !

S’il échoue à peu près sur tout, Emmanuel Macron semble particulièrement efficace quand il s’agit de faire surveiller, voire censurer ceux qui s’opposent à son mandat ou au projet d’Europe fédérale qu’il appelle de ses vœux en espérant s’y voir attribuer une fonction majeure. La France est le pays de l’UE le plus actif et le plus influent en ce qui concerne la surveillance des médias et des réseaux sociaux. C’est un Français, Thierry Breton, qui a promu le Digital Services Act  (DSA), un service de surveillance des plateformes numériques qui est en réalité le premier étage de la tour de contrôle de l’information échafaudé par l’UE. C’est une Française, Nathalie Loiseau, qui dirige actuellement la commission chargée d’élaborer le deuxième étage de cette tour de contrôle, un Bouclier de la Démocratie Européen (BDE) constitué d’une série de mesures permettant le quadrillage complet de l’information et du contrôle de celle-ci. Le verbiage du communiqué de presse de ladite commission du 12 novembre 2025 enrobe du mieux qu’il peut les objectifs réels de ce dispositif mais ne parvient pas à les camoufler complètement. Il est ainsi prévu que « le bouclier européen de la démocratie débouchera notamment sur la création d’un nouveau Centre européen pour la résilience démocratique au sein duquel seront rassemblées l’expertise et les ressources de l’UE et des États membres afin d’accroître notre capacité collective à anticiper les menaces, à les détecter et à y réagir et de renforcer la résilience démocratique ». Pour ce faire, un « réseau européen indépendant de vérificateurs de faits sera mis sur pied et l’Observatoire européen des médias numériques développera de nouvelles capacités indépendantes de suivi et d’analyse pour l’appréciation de la situation en matière d’élections ou en cas de crise ». De plus, « un soutien financier renforcé en faveur du journalisme indépendant et local sera fourni dans le cadre du nouveau programme consacré à la résilience médiatique ». [Il faudra un jour faire l’exégèse de la notion qui entoure le mot « résilience » et analyser sérieusement l’usage abusif et intempestif qu’en font les idéologues progressistes en général et les technocrates bruxellois en particulier.] En résumé, des commissaires médiatico-politiques désignés et financés par l’UE, recrutés au sein d’organismes étatiques, d’ONG, d’associations et de médias ayant fait preuve de leur allégeance au pouvoir en place, vont être autorisés à traquer, plus particulièrement pendant les périodes électorales ou en « cas de crise » (« crise » qu’il faut entretenir = « crise sanitaire », « urgence climatique », « menace russe », etc.), les plateformes numériques, les médias alternatifs et même les particuliers qui s’opposeront au discours dominant, aux décisions prises par la Commission européenne et à l’application des directives de cette dernière. L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) se porte naturellement candidate et en rajoute par la voix de son directeur Thibaut Bruttin : « Avec ce bouclier démocratique, la Commission européenne marque sa volonté de soutenir les médias et le journalisme comme antidotes à la désinformation, aux manipulations de l’information et aux ingérences étrangères. Mais renforcer la résilience des médias ne permettra de lutter contre ces menaces que si cette information fiable produite par les médias parvient aux citoyens. Il faut renforcer les acteurs et changer en leur faveur les règles du jeu. » Par « les acteurs », RSF désigne bien entendu les journalistes issus de ses rangs mais également les associations censées lutter contre les « théories complotistes » comme Conspiracy Watch, les médias mainstream et les fact-checkers aux ordres du pouvoir, ainsi que l’audiovisuel public. « Changer en leur faveur les règles du jeu » signifie : leur offrir tout l’espace médiatique, leur donner les clefs de la tour de contrôle, leur octroyer des moyens supplémentaires pour mater les médias dissidents et pour éduquer la population à l’information « labellisée » !

Souveraineté informationnelle : Delphine Ernotte veille

Le partenariat entre Viginum et France Télévisions semble répondre en partie aux souhaits de RSF. Delphine Ernotte écrit sur le site de France TV : « Alors que des puissances étrangères étendent leur influence sur notre espace informationnel, France Télévisions est mobilisé pour garantir l’accès de tous à une information fiable et indépendante. Grâce à l’expertise de VIGINUM, notre Groupe conforte son engagement dans la lutte contre les tentatives de manipulations, notamment par le développement d’actions de sensibilisation et de formation auprès de tous les publics. Il réaffirme ainsi le rôle essentiel des médias de service public pour la protection de la souveraineté informationnelle et culturelle, qui constitue un véritable enjeu de sécurité nationale. » Même chose du côté du chef de Viginum qui affirme vouloir « appuyer les travaux d’investigation journalistique, accroitre significativement les efforts en matière de sensibilisation à la menace informationnelle et œuvrer en faveur de la résilience démocratique. » Le discours est rodé. Il est un copié-collé de celui d’Emmanuel Macron, inspiré par la Commission européenne. Cette collaboration entre un service étatique et un média public vient compléter la panoplie des moyens mis en œuvre par une caste politico-médiatique qui sent le vent tourner. Hors de question de trop laisser les opposants s’exprimer. Hors de question de laisser les Français s’informer ailleurs que dans des médias estampillés « informateur fiable ». France TV soutenu par Viginum devient le bras armé d’un pouvoir qui a pris conscience que tout lui échappe, que les Français ne sont plus dupes et qu’ils se tournent vers des sources d’information plus proches des réalités qu’ils vivent.

La « menace informationnelle » est réelle – mais elle est aussi celle que font planer sur la liberté d’expression certains dirigeants occidentaux et les technocrates bruxellois en accumulant des dispositifs de censure. De nombreuses structures médiatiques, politiques ou associatives participent à ce contrôle de l’information. Les réseaux sociaux et les médias indépendants et alternatifs sont régulièrement la cible de ces structures peu enclines au débat et supportant mal de voir leur influence s’effriter au fil des jours. L’anathème « extrême droite » ne suffisant plus à effrayer le citoyen qui a eu sa dose de « barrage républicain », ces nouveaux commissaires politiques ont décidé de passer à la vitesse supérieure : intimidation auprès des entreprises achetant des espaces publicitaires dans ces médias, fermetures de comptes bancaires, harcèlement judiciaire, surveillance constante et innombrables signalements auprès de l’Arcom, multiplication des demandes de règles contraignantes, le tout orchestré par un gouvernement et des partis politiques aux abois, des associations doctrinaires et des médias largement subventionnés dont les Français se détournent de plus en plus mais qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance. [À ce sujet, je conseille ardemment la lecture du dernier et très documenté numéro de la revue du média Frontières intitulé Censure, la tentation totalitaire[3], ainsi que le récent article de François Bousquet dans le JDD, Fatwa bancaire, pourquoi la droite est systématiquement visée[4].]

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Tous les moyens seront-ils bons pour empêcher les dissidents de parler ? L’UE a infligé une amende de 140 millions d’euros au réseau social X. Le siège social parisien de ce dernier est perquisitionné. L’oligarchie politico-médiatique européenne n’a apparemment pas l’intention de laisser les gens s’informer ailleurs que dans des médias « labellisés » reconnaissables à ceci : aucune de ces mesures coercitives mises en place par la Commission européenne et le gouvernement français ne semble jamais les effrayer, bien au contraire. Nos députés dits d’opposition ne semblent guère plus inquiets. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique que l’on tire la sonnette d’alarme. Après que J.D. Vance a répété son inquiétude devant le recul de la liberté d’expression en Europe, la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis vient de rendre un rapport au vitriol sur les agissements de la Commission européenne. Les propos liminaires mitraillent sec : « Bien que souvent présentée comme une lutte contre les prétendus “discours de haine” ou la “désinformation”, la Commission européenne a œuvré à censurer des informations véridiques et des discours politiques concernant certains des débats politiques les plus importants de l’histoire récente, notamment la pandémie de COVID-19, l’immigration de masse et les questions transgenres. Après dix ans, la Commission européenne a établi un contrôle suffisant sur la liberté d’expression en ligne à l’échelle mondiale pour réprimer de manière exhaustive les discours qui menacent son pouvoir. » La Commission américaine accuse la Commission européenne d’avoir « exercé des pressions sur les plateformes pour censurer des contenus avant les élections nationales en Slovaquie, aux Pays-Bas, en France, en Moldavie, en Roumanie et en Irlande, ainsi qu’avant les élections européennes de juin 2024 », ceci dans le but de « défavoriser les partis politiques conservateurs et populistes ». Elle affirme avoir en sa possession des documents prouvant ces accusations. Considérant que les réglementations (DSA, Bouclier européen, etc.) et les injonctions censoriales de la Commission européenne représentent un risque majeur pour la liberté d’expression, y compris et surtout celle des Américains, la commission américaine est décidée à dénoncer toutes les décisions de l’UE qui mettront en péril un droit fondamental : le droit à la liberté d’expression[5]

Borderline content

Liberté d’expression qui continue de fondre comme neige au soleil sous nos latitudes. Sur le média d’extrême gauche Brut, Emmanuel Macron promet de nouvelles mesures pour « lutter contre la désinformation ». D’abord, le renforcement de… Viginum et l’abaissement du seuil de vues qui déclenchait jusqu’à présent l’intervention de ce service afin que, « dès qu’il y a des indices de désinformation », ce dernier puisse agir. Ensuite, la mise en place d’un « référé “fausse information en période électorale” » permettant aux juges « d’obliger la suspension des contenus si on voit qu’ils sont en train de fausser les élections ». Il est à noter que l’extrême gauche écologiste est sur la même longueur d’onde qu’Emmanuel Macron : l’eurodéputé vert David Cormand verrait d’un bon œil « l’expulsion de X du territoire européen » (Libération, 4 février 2025). Sur RTL, Marine Tondelier déclarait carrément que « ce réseau doit être interdit en Europe ».

https://www.youtube.com/watch?v=QyNeAi8ggI8

Ces annonces présidentielles sont à rapprocher de celles de l’EU Internet Forum (EUIF) concernant un concept tout ce qu’il y a de plus orwellien. Cette instance bruxelloise a en effet inventé la notion de « borderline content » en ligne, désignant ainsi les contenus sur internet et les réseaux sociaux qui, sans être illégaux, sont considérés par des ONG et des fact-checkers mandatés par l’UE comme de la désinformation, du complotisme ou des discours haineux, et doivent par conséquent être « modérés » – en clair, invisibilisés, shadow bannés, donc censurés – par les plate-formes numériques. Sont spécifiquement visés : la « rhétorique populiste », le « contenu anti-gouvernement/anti-UE », le « contenu anti-élite », le contenu « anti-migrants et islamophobe », le « sentiment anti-réfugiés, anti-immigration », le contenu « anti-LGBTIQ+[6] ». On est loin, très loin des seuls contenus pédophiles ou terroristes, lesquels n’auront servi en fin de compte qu’à justifier le contrôle total de nos messageries numériques.  

L’air devient irrespirable en Europe. Bientôt, on étouffera. Le portefeuille d’identité numérique européen, prévu pour novembre 2026, parachèvera l’arsenal de surveillance de tous les habitants de l’UE. Un contrôle social, technologique, politique et médiatique, absolu et irréversible – Emmanuel Macron, la Commission européenne et la caste politico-médiatique aux ordres en rêvent depuis longtemps et sont proches d’y parvenir. À moins que…


« Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel. » Michel Onfray. Théorie de la dictature.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.francetelevisions.fr/groupe/notre-actualite/france-televisions-et-viginum-nouent-un-partenariat-pour-faire-face-a-la-menace-48116     

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO852507N024.html

[3] https://www.frontieresmedia.fr/enquetes/le-nouveau-numero-magazine-frontieres-censure-la-tentation-totalitaire-est-disponible-en-kiosq—14726

[4] https://www.lejdd.fr/Societe/enquete-fatwa-bancaire-pourquoi-la-droite-est-systematiquement-visee-166388

[5] The foreign censorship threat, part II : Europe’s decade-long campaign to censor the global internet and how it harms American speech in the united states. 3 février 2026.

[6] Fdesouche.com, Censure du net : comment l’Union européenne prévoit d’agir sur des contenus légaux dits « borderline » anti-élite et anti-immigration. 4 février 2026.

Ana Blandiana, la poésie à l’épreuve de la liberté

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Ana Blandiana © Paul Buciuta

La poétesse roumaine est devenue une figure politique dans son pays. Elle sera présente en France à l’occasion du Printemps des poètes et fera une tournée de rencontres et de lectures du 1er au 14 mars qui passera par Lyon, Aix-en-Provence, Strasbourg et Paris.


Elle a un nom de cantate, une voix qui fut autrefois dangereuse, une trajectoire qui ressemble à une ligne de fuite. Ana Blandiana – Otilia Valeria Coman – est née en 1942 à Timișoara, au cœur d’un siècle ravagé, et sa poésie fut longtemps une présence indocile sous le poids du régime communiste roumain. Elle connut l’interdiction, la censure, l’exil intérieur du langage. Et aujourd’hui, on acclame cette survivante dans les salons culturels d’Europe, lui offrant prix et podiums. Mais cet hommage consensuel camoufle parfois une question plus embarrassante : avons-nous vraiment compris ce qu’elle défendait – et ce que la poésie peut encore être ?

Un vent de liberté souffle sur la Roumanie

Car Blandiana n’est pas seulement une figure historique. Elle est une poétesse vivante, dont l’œuvre traverse plus de trente livres traduits dans une vingtaine de langues, et qui a été récompensée en 2024 par le Prix Princesse des Asturies pour la Littérature, précisément pour « sa capacité extraordinaire à défier la censure ». Ce n’est pas un simple hommage à une dame des lettres ; c’est la reconnaissance d’un parcours, d’un destin où l’écriture est devenue, sous le communisme, un acte de vérité et de survie.

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Cette dimension-là mérite d’être rappelée parce qu’elle distingue, aujourd’hui, Blandiana de bien des poètes qui occupent nos scènes culturelles : elle n’a jamais considéré la poésie comme un simple art de salon. Dans les entretiens que j’ai réalisés avec elle, elle insiste sur ce point avec clarté : sous la dictature, écrire n’était pas une performance scénographique mais un combat discret contre l’effacement du mot et de l’esprit[1].

Cette posture n’est pas un folklore de dissidence. Elle s’enracine dans ce que Blandiana appelle elle-même – et ce n’est pas une formule creuse – la diminution de l’importance de la liberté de parole quand elle devient banale. Dans notre second entretien, elle le dit sans détour : ce qui était précieux autrefois, c’était précisément l’interdit, le risque que contenait chaque phrase[2].

Ce paradoxe de la liberté trouve un écho particulier dans l’expérience et les réflexions d’Ana Blandiana. Sous le communisme, chaque mot comportait un risque : « Même dans les dernières années de la censure, je luttais pour chaque vers, chaque ligne. À partir de ce moment-là, dès qu’un texte à moi avec mes vérités apparaissait, c’était la preuve qu’en Roumanie il y avait de la liberté », explique-t-elle. La parole était alors précieuse et fragile, un geste de vérité qui engageait à la fois l’auteur et sa communauté.

La poésie et le vacarme du monde

Aujourd’hui, remarque Blandiana, la situation est inversée : « La liberté de la parole a diminué de son importance ». Dans un monde saturé de mots, de discours et de performances, le poème peine à se faire entendre. Beaucoup de poètes contemporains ont confondu impact et visibilité, slogan et œuvre. L’époque a plus de mots que de voix, et la poésie, même lorsqu’elle revendique une fonction politique ou performative, peut se diluer dans le flux médiatique et perdre sa capacité à surprendre et à subvertir.

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C’est cette tension qui rend la présence de Blandiana au Printemps des poètes 2026 particulièrement significative. Invitée dans le cadre du thème « La liberté. Force vive, déployée », sa tournée française (du 1er au 14 mars 2026) met en dialogue la mémoire, la liberté de parole et l’engagement poétique. Chaque lecture, rencontre ou discussion se conçoit comme un espace de réflexion et d’échange, et non comme une simple performance. Blandiana rappelle ainsi que la véritable liberté de parole, pour être vivante et signifiante, ne réside pas dans la profusion des mots mais dans l’attention, la profondeur et le courage qu’on leur accorde. Dans un monde où tout semble déjà dit, elle montre que la poésie peut encore faire résonner une voix unique, capable de mobiliser et de toucher profondément, comme jadis chaque mot comptait sous la dictature.


NOUS AVONS TOUT

Feuilles, mots, larmes,
boîtes d’allumettes, chats,
tramways quelquefois, queues pour la farine,
charançons, bouteilles vides, discours,
images étalées sur le téléviseur,
doryphores, essence,
fanions, portraits de gens importants,
Coupe des clubs champions européens,
autobus marchant au gaz, pommes refusées à l’exportation,
journaux, pain blanc, huile mixte, œillets,
rencontres à l’aéroport, Cico, bâtons de chocolat,
saucisson de Bucarest, yaourt diététique,
tsiganes vendant des Kent à la sauvette, œufs de Crevedia,
rumeurs, feuilleton du samedi soir,
ersatz de café,
lutte des peuples pour la paix, chœurs,
production à l’hectare, Gérovital, anniversaires,
compote bulgare, rassemblement des hommes du Travail,
vin du terroir qualité supérieure, Adidas,
blagues, gars déambulant sur l’Allée de la Victoire,
poisson surgelé, Ode à la Roumanie,
nous avons tout

Ana Blandiana, Poèmes résistants, édition bilingue roumain-français, traduit par Hélène Lenz, préface de Jean Poncet, Jacques André éditeur, 2025, 320 p.

Poèmes résistants

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[1] Entretien avec Ana Blandiana, Poesibao, Grégory Rateau : https://www.poesibao.fr/entretien-avec-la-poete-roumaine-ana-blandiana-par-gregory-rateau/

[2] Ana Blandiana, entretien avec Grégory Rateau, Le Petit Journal de Bucarest : https://lepetitjournal.com/bucarest/communaute/ana-blandiana-la-liberte-de-la-parole-diminue-de-son-importance-241416

Finkielkraut: la consolation fraternelle de Pierre Manent

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Alain Finkielkraut et Pierre Manent © Hannah Assouline

Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Cela n’empêche pas Manent de dire ici son admiration pour l’académicien « mécontemporain ».


Alain Finkielkraut est certainement parmi nous une des figures intellectuelles les plus significatives. Son nom éveille en chacun des sentiments et jugements souvent fort vifs, dans l’adhésion ou le rejet. Il y a quelques années, à l’occasion de son livre À la première personne, je notai comme un signe sinistre de l’état de l’opinion dans notre pays qu’il était désormais chez beaucoup l’objet d’une élection de haine. J’hésiterais à employer la même expression aujourd’hui, non que l’esprit public se soit amendé, mais les méchants aussi se lassent. En tout cas, Alain Finkielkraut a traversé sans dévier ni fléchir ces années où il fut dans le pressoir. Malgré son titre – Le Cœur lourd –, la conversation avec Vincent Trémolet de Villers qu’il vient de publier est parcourue par cette électricité intellectuelle et cette joie de se colleter avec le monde qui font le charme et le prix de ses écrits  comme de sa parole.

Vague de contre-vérités

S’il faut résumer d’un mot la physionomie d’Alain Finkielkraut, sa forme d’âme en quelque sorte, je dirais : c’est un homme qui s’expose. Non pas qui se montre, encore moins qui se vante, mais qui laisse voir sur sa personne ces « morsures du présent » dont parlait Péguy et sans lesquelles on ne touche pas le réel puisqu’il ne nous touche pas réellement. Tout l’émeut, tout l’ébranle, rien ne le protège, rien ne le rassure. Il ne se met jamais en défense. Tel est son courage, non seulement rare mais singulier.

Il porte cette franchise dans la considération du sujet de dispute le plus brûlant aujourd’hui, sur lequel du reste il n’a jamais cessé de s’exprimer avec clarté et netteté, mais aussi l’engagement d’un cœur toujours à vif. On le sait, avec la France, Israël est le nom de son tourment, non pas seulement l’État d’Israël mais le peuple juif comme histoire et comme mémoire, comme appartenance et comme héritage. Aujourd’hui, cependant, c’est d’abord l’État d’Israël qui est en jeu et en procès. Une opinion s’est brusquement répandue ou exacerbée, une passion s’est mise à flamber dans les lieux du monde qui semblaient devoir en être particulièrement préservés comme les universités, pour installer au centre de toute perspective politique, comme la vérité la plus significative du monde présent, la thèse suivante : l’État d’Israël est un État essentiellement illégitime car « colonial » et « les Juifs » forment le dernier ou principal obstacle à cette heureuse unification de l’humanité que le mouvement spontané des peuples du monde est autrement en train de produire. Comment faire face à cette vague de contre-vérités portées par une passion meurtrière ?

S’il est justement révulsé par les violences de colons en Cisjordanie et par les encouragements odieux qu’ils reçoivent de certains ministres de la coalition au pouvoir, Alain Finkielkraut a à cœur de rappeler pourquoi la caractérisation « coloniale » d’Israël est aussi fausse qu’injuste. Israël est un pays nouveau, mais il n’est pas né d’un acte de force arbitraire venu de l’autre bout du monde ; il est le pays du retour, vers lequel les Juifs dispersés, humiliés, violentés, en pays chrétiens comme musulmans, n’ont jamais cessé de diriger leurs prières et leurs vœux, jusqu’à ce qu’enfin, après la destruction des Juifs d’Europe, les Nations unies en décident la création. La Terre promise ne fut d’ailleurs jamais « sans Juifs », mais ceux qui, quoiqu’exposés aux pires violences et vexations, ne l’avaient jamais quittée ne survivaient que grâce à l’aide des dispersés, eux-mêmes vivant le plus souvent dans des conditions précaires. L’histoire des Juifs ne ressemble à aucune autre, et Israël comme État ne ressemble à aucun autre. Cela ne l’exonère pas des obligations de justice qui pèsent sur tous les États, mais les notions « universelles » dont nous faisons usage et parade peinent à lui rendre justice.

C’est pourquoi, d’ailleurs, pour le dire en passant, je suis étonné qu’Alain Finkielkraut approuve aussi résolument la décision d’Emmanuel Macron de reconnaître l’État de Palestine : « Sur ce point, je lui donne raison » (p. 149). Cette décision, et le président le savait, ne pouvait être suivie d’aucun effet. Ou si, par extraordinaire, elle était suivie d’effet, le nouvel État serait gouverné par le Hamas ou l’Autorité palestinienne. Pour donner consistance politique à cet État, rien d’autre n’est aujourd’hui disponible, rien d’autre ne se dessine, rien d’autre ne semble sérieusement envisagé. La décision du président français n’avait pas d’autre effet que de contribuer à délégitimer Israël. L’impuissance française pouvait encore faire cela.

Personne ne sait comment résoudre le « problème israélo-palestinien ». On peut toujours dire : solution à deux États ! Je dis la même chose, mais en ajoutant : si cela est possible. Est-ce possible ? Le Proche-Orient n’est pas une zone propice aux États-nations. Elle est contestée depuis des millénaires entre les empires. Les nations consistantes qui s’y trouvent sont les restes, certes imposants, d’anciens empires : Turquie, Iran, Égypte. Ce sont des empires musulmans, c’est-à-dire nourris d’une religion de forme impériale, et qui s’est étendue par des conquêtes impériales. Je pourrais mentionner aussi, bien sûr, le rôle et le mandat de l’Empire britannique. L’État d’Israël a été fondé dans cette zone disputée par une décision de l’ONU et s’est imposé par la force contre les attaques de ses voisins. Dans la dernière période, encerclé et attaqué par les alliés ou supplétifs de l’Iran, il a été en guerre sur tous les fronts, guerre largement victorieuse, mais qui contribue à donner à Israël aussi des habitudes d’empire. Où pense-t-on loger l’État de Palestine dans ce chaos où il n’a jamais été possible de prendre les habitudes de la paix ? Si l’État de Palestine avait existé, jamais celui d’Israël n’aurait pu être fondé. Dès lors qu’Israël a été fondé et s’est développé de la manière que l’on sait, où trouver place pour l’État palestinien, sinon en obligeant les deux États à subir des contraintes insupportables et accepter des risques inacceptables ? Comment alors réparer autant que possible l’injustice subie par la population palestinienne ? Ou au moins mettre un terme au contrôle constant, humiliant pour les deux protagonistes, qu’Israël exerce sur elle ?

Constant souci d’humanité et de justice

La manière dont Alain Finkielkraut accueille, commente et évalue les événements du Proche-Orient témoigne d’un constant souci d’humanité et de justice, mais je crains qu’il n’étende indûment le domaine du possible. En tout cas la solution qui reçoit l’adhésion de « toutes les personnes raisonnables » me semble entièrement hors d’atteinte aujourd’hui et pour longtemps. Seule, peut-être, la chute de la République islamique d’Iran, suivie de l’installation d’un régime de liberté ayant abandonné le projet de détruire Israël, changerait à ce point la situation de la région qu’Israël pourrait commencer à envisager de prendre les risques qu’il ne peut prendre aujourd’hui. En attendant, que faire ? Je n’ai pas de réponse à cette question. En tout cas, ce que Juifs et chrétiens, et tous ceux qui mesurent l’étendue et la virulence de la haine des Juifs dans toutes les parties du monde aujourd’hui, éviteront par-dessus tout, c’est d’entamer si peu que ce soit la légitimité de l’État d’Israël, sur l’existence et la force duquel repose la sécurité, donc la vie même du peuple juif.

Alain Finkielkraut lors de sa réception à l’Académie française, Paris, 28 janvier 2016. © EULER/AP/SIPA

Je viens de dire : Juifs et chrétiens. Beaucoup dépend de ce « et ». Je suis depuis longtemps frappé et touché par l’amitié avec laquelle Alain Finkielkraut parle du christianisme. On le sait, Dieu n’entre pas dans son équation : « L’inexistence de Dieu se présente à moi comme un savoir » (p. 41). Ainsi résume-t-il son judaïsme « généalogique » : « On honore non seulement son père et sa mère, mais ses ancêtres, et à travers eux le peuple dont on est issu » (p. 158). Quant au christianisme, c’est le propre de cette religion, c’est l’incarnation qui, loin de susciter son rejet scandalisé, éveille son émotion et sa réflexion. Alain Finkielkraut n’est pas prisonnier du procès bimillénaire entre les deux religions.

Deux religions ? C’est une commode, mais inexacte et même vicieuse façon de parler. Le lien spirituel entre Juifs et chrétiens est si étroit que Pascal a pu écrire que « les vrais Juifs et les vrais chrétiens n’ont qu’une même religion ». Le fonds de la prière chrétienne est dans la prière juive des Psaumes, qui est la prière de Jésus-Christ, envoyé dans ce monde « pour les brebis perdues de la maison d’Israël ». Comme le rappelle Alain Finkielkraut, c’est un hérésiarque excommunié, Marcion, qui a prétendu séparer radicalement les deux testaments. Comme il le relève aussi, cette tentation marcioniste est restée présente et active tout au long de l’histoire de l’Église (p. 164). Jadis et même naguère, ce fut au nom d’une « théologie de la substitution » selon laquelle l’Église, après le refus d’Israël de reconnaître la divinité de Jésus, serait devenue le verus Israel, médiatrice exclusive de l’alliance entre Dieu et les hommes. L’Église aujourd’hui reconnaît que le peuple juif continue de jouer un rôle actif et positif dans le dessein de Dieu pour les hommes.

Judaïsme et christianisme sont deux expressions, successives et mystérieusement contemporaines, de l’Alliance de Dieu avec les hommes. Il ne faut pas opposer le « particularisme » juif à l’« universalisme » chrétien. L’« élection » du peuple juif n’a rien à voir avec l’« égoïsme national » que dénonçait Simone Weil. Dieu se lie par sa Loi à son peuple, qu’il destine à « être la lumière des nations pour que [son] salut parvienne jusqu’à l’extrémité de la terre ». Symétriquement, la révélation chrétienne ne s’adresse pas à l’homme en général. Lorsque Jésus commande à ses disciples d’enseigner les nations, il leur commande de les baptiser au nom du Père, du Fils et de l’Esprit pour en faire à leur tour des disciples. Le Dieu chrétien aussi se lie aux hommes par un peuple particulier qui a nom l’Église. Aujourd’hui la religion de l’homme en général, de l’humanité sans forme ni vocation, est l’hérésie universelle qui s’en prend indifféremment mais tout spécialement à Israël et à l’Église. Quand nous disons « les Juifs et les chrétiens », nous touchons à un mystère et nous formons une intention, peut-être une prière. C’est en entretenant ces pensées, Alain Finkielkraut ne m’en voudra pas, que j’ai tourné la dernière page de son livre.

Alain Finkielkraut, Le cœur lourd, Conversation avec Vincent Trémolet de Villers, Gallimard 2026.

La France minée par l’infantilisation gastronomique

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Cyril Lignac et Mercotte, cuisiniers sur le petit écran (M6). DR.

La France capitule. Pas sur un champ de bataille, pas dans un traité humiliant, mais dans l’assiette, ce Royaume où elle régnait en maîtresse absolue depuis que Vatel s’était embroché pour une livraison de poisson en retard. Nous avons déposé les armes, rendu notre tablier, abdiqué devant l’envahisseur en food truck, troqué notre glorieux patrimoine gastronomique contre des burgers photogéniques et des slogans gravés au pochoir sur des murs de briques.

Justice pour François de Rugy !

Même nos élites ont sombré. Qui se souvient de M. de Rugy, éphémère président de l’Assemblée nationale, organisant un dîner à l’Hôtel de Lassay où le homard côtoyait outrageusement le Chateau d’Yquem 1999 ? Le faux scandale avait fait frémir les députés en mal de vertu populiste : du homard aux frais de la princesse ! Comme si le crime véritable tenait à l’opulence, et non à l’accord sacrilège : un Sauternes sur des crustacés ! Quelle indignité comme dirait l’autre. Un fin gourmet aurait exigé un Condrieu tout en tension minérale, un Corton-Charlemagne d’une majesté souveraine, ou, à la rigueur, un Puligny-Montrachet dont la finesse cristalline aurait exalté l’iode. Nos élites, censées incarner le summum du goût français, ont perdu tout sens du palais. Elles se gavent de symboles de luxe sans même savoir les accorder correctement. C’est l’infantilisation gustative au sommet de l’État.

Francois de Rugy © SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA Numéro de reportage : 00911931_000006

Il ne faut guère désormais s’étonner que le pays qui a codifié la haute cuisine, inventé le restaurant, érigé le repas en liturgie civilisationnelle, se nourrit désormais comme un gamin de huit ans dont les parents ont renoncé à éduquer le palais. On a remplacé le bœuf bourguignon par du cheddar fondu, la blanquette par de la mozzarella industrielle, la sole meunière par du saumon d’élevage baignant dans sa propre médiocrité.

Et personne ne bronche. Au contraire : on célèbre. On fait la queue. On instagramme. « C’est tellement bon, tellement convivial, tellement accessible. » Traduction : c’est tellement rassurant de manger comme quand maman nous laissait choisir au McDo parce qu’elle était trop crevée pour cuisiner.

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Les cartes ne comportent plus de plats. Elles comportent des concepts.

  •  Le « smash burger » — ce steak écrabouillé sur une plancha jusqu’à développer cette croûte carbonisée que les Anglo-Saxons ont rebaptisée « caramélisation » pour masquer qu’il s’agit juste de viande cramée.
  • La « pizza napolitaine authentique », cuite soixante secondes par un barbu hipster qui n’a jamais mis les pieds à Naples mais s’autoproclame pizzaiolo après trois tutoriels YouTube.
  • Le « poke bowl », cette escroquerie hawaïenne qui consiste à démembrer un poisson, le jeter sur du riz, ajouter trois dés d’avocat hors de prix et facturer dix-huit euros cette déconstruction insultante du chirashi.
  • Les sushis. Du poisson cru sur du riz, assaisonné de sauce soja industrielle et de wasabi synthétique. Une préparation que n’importe quel Japonais mépriserait comme on méprise une contrefaçon de sac Hermès achetée à la sauvette.

Extase

Mais ici, on s’extasie. On organise des soirées sushis comme autrefois on organisait des dîners. Sauf que le dîner nécessitait de cuisiner, de recevoir, de s’engager. Les sushis, on les commande sur Uber Eats, on les mange dans des barquettes en plastique devant Netflix, et on se persuade qu’on a fait un repas parce que c’est japonais donc forcément raffiné.

La star Sophie Marceau fait la publicité pour « Uber Eats ». DR.

Nos grands-parents distinguaient un filet de bœuf d’une entrecôte, savaient préparer un roux, comprenaient qu’un bon plat exige du temps et une maîtrise technique accumulée sur des générations. Nous, on commande un « Poke bowl » composé par une IA selon nos « préférences alimentaires » — ce concept obscène qui transforme le goût en algorithme et le repas en dashboard nutritionnel.

Les food courts sont ces hangars où l’on parque des adultes sur des bancs collectifs comme dans une cantine pénitentiaire relookée par un architecte qui a découvert le style industriel sur Pinterest. Une douzaine de stands proposant la même tambouille sous des appellations différentes : des glucides, des protéines, des matières grasses, nappés de sauces douteuses dont la fonction est de masquer que le produit de base n’a aucun goût. « Il y en a pour tous les goûts ! » On peut choisir entre un burger au bœuf, un burger au poulet, ou un burger végétarien. Parlons-en du burger végétarien, cette imposture qui massacre des légumes jusqu’à ce qu’ils imitent la viande pour satisfaire des végans qui n’ont manifestement pas fait le deuil du carnivore qu’ils prétendent avoir quitté.

Le vrai restaurant, lui, agonise. Pas le trois-étoiles Michelin fréquenté par des businessmen en notes de frais, celui-là survivra, muséifié, sous perfusion pour touristes chinois et oligarques russes. Non, le vrai restaurant : le bistrot de quartier tenu par un couple qui se lève à cinq heures pour aller aux Halles, qui connaît ses fournisseurs par leur prénom, qui cuisine une blanquette comme sa grand-mère la lui a apprise.

Ces endroits-là crèvent. Parce que c’est « trop cher », traduisez : le prix reflète le coût réel de produits décents. Parce que « ça prend trop de temps », traduisez : on ne peut pas avaler en douze minutes chrono en scrollant. Parce que « c’est pas instagrammable », traduisez : la vraie cuisine ne brille pas sous les néons, ne ressemble pas aux photos retouchées que vomissent les influenceurs culinaires, ces parasites qui se gavent gratis en échange de contenus publicitaires déguisés en recommandations authentiques.

Parlons de « comfort food ». Cet euphémisme perfide (comme l’Albion) est utilisé pour désigner la bouffe des pauvres, riche en glucides, sel et graisses. Sauf que cette nourriture n’a plus rien de pauvre : vingt-deux euros pour un grilled cheese « revisité » dans un endroit où les ampoules pendouillent au bout de fils dénudés et où les serveurs arborent des tabliers en cuir comme s’ils sortaient d’un atelier de forgeron. Le confort n’est pas gustatif, tout baigne dans le gras et le sel pour masquer la médiocrité. Le confort est régressif. On mange ce que nos papilles sous-développées réclamaient à dix ans quand on considérait les épinards comme un châtiment parental.

Oubliés, les gestes précis d’autrefois

Nous avons érigé l’infantilisme en esthétique culinaire. Les restaurants s’appellent « Big Mamma », « Chez Mémé », « Comme à la Maison », cette nostalgie fabriquée d’une enfance fantasmée. Sauf que la vraie cuisine de grand-mère nécessitait trois heures de préparation, des gestes précis, une connaissance des produits et des saisons. La version contemporaine balance des pâtes trop cuites dans une sauce tomate industrielle, parsème de parmesan en poudre, et facture vingt-six euros l’imposture sous prétexte que c’est servi dans une assiette vintage et que le serveur vous appelle « chef » avec cet accent italien suintant de fausseté qu’aucun Italien authentique n’utiliserait.

Il y a aussi les burgers « gastronomiques ». Cette contradiction dans les termes qui résume notre époque : on habille la junk food du vocabulaire de la haute cuisine pour se donner bonne conscience. Le pain ? Brioché. La viande ? D’une race obscure élevée en liberté par un éleveur qui leur fait écouter du Debussy. Le résultat ? Exactement la même chose qu’un Big Mac : un tas de glucides et de lipides qu’on dévore en s’en mettant plein les doigts, sauf qu’on a payé trois fois plus cher et qu’on peut se raconter qu’on a fait un choix éclairé plutôt que d’assumer qu’on a cédé à nos pulsions primitives.

Et les pizzas. Hormis le fait que les pizzerias servent de blanchisseries pour activités répréhensibles, la France croule sous les pizzerias « napolitaines authentiques » tenues par des Français qui ont, dans le meilleur des cas, passé trois mois à Naples. On vous sert un discours marketing rodé sur l’authenticité, la tradition, le respect du produit. Puis on vous apporte une galette flasque, brûlée par endroits et crue ailleurs, noyée sous du fromage industriel, pour dix-neuf euros. Et vous ne dites rien. Vous souriez. Vous photographiez. Vous postez. Parce que c’est une vraie pizza napolitaine, bordel, pas une Sodebo réchauffée. Vous avez vos standards, quand même.

L’obsession du « fait maison ». Cette mention pathétique qui figure sur toutes les cartes comme un label de qualité. « Nos frites sont faites maison. » Félicitations. Vous avez pelé des patates. Vous voulez une médaille ? On en est arrivé à ce niveau d’indigence : mentionner qu’on cuisine ce qu’on sert est devenu un argument commercial. La norme, c’est le surgelé réchauffé. Le plat sous-vide livré par Métro. La sauce en poche plastique. Le « fait maison » n’est plus un standard: c’est une exception qu’il faut signaler, comme un allergène.

Le « batch cooking ». Cette mode débile qui consiste à passer son dimanche à préparer tous les repas de la semaine dans des Tupperware étiquetés, empilés dans le frigo comme si la vie était un problème logistique à optimiser. On ne cuisine plus pour le plaisir, pour l’imprévu, pour le rituel qui structure le temps. On cuisine comme on gère un stock de munitions. Efficacité maximale. Zéro âme. De la bouffe pré-produite qu’on réchauffera entre deux Zoom en se félicitant d’avoir « optimisé son temps ».

Les « bowls ». Le repas transformé en assemblage standardisé. Un féculent, une protéine, trois légumes, une sauce, des graines. On n’compose plus un plat, on exécute un algorithme. C’est la cuisine en kit IKEA : des éléments modulables empilés selon un schéma prédéfini. On ne mange plus. On optimise son apport nutritionnel. On ajuste ses macros. Le repas n’est plus un plaisir : c’est un dashboard quantifié qu’on consulte sur MyFitnessPal.

Les applications de livraison sont le coup de grâce. Deliveroo, Uber Eats — ces plateformes ont transformé les restaurants en cuisines industrielles, les livreurs en esclaves ubérisés, et nous en consommateurs passifs. On commande de la bouffe tiède livrée par un type sous-payé qui slalome entre les voitures pour nous éviter l’effort insupportable de sortir. Ce qui arrive n’a plus rien d’un restaurant : c’est de la nourriture qui a voyagé vingt minutes dans un sac isotherme, qui a perdu toute texture, toute dignité. Mais au moins, on n’a pas eu à s’habiller. On a pu continuer à binge-watcher en enfournant machinalement des gyozas tièdes dont on ne se souviendra pas dans trois heures.

Les food halls sont la version gentrifiée du food court, avec du bois brut, des néons, un DJ qui mixe de l’électro pendant que vous engloutissez des tacos à quinze euros. Des endroits bondés où il faut faire la queue, porter son plateau, partager sa table avec des inconnus, et payer des prix gastronomiques pour une expérience de réfectoire universitaire. Mais c’est branché. Il y a une file d’attente donc ça doit être bon. La foule comme seul étalon de qualité. Si TikTok en parle, ça vaut le coup.

La France a vendu son âme pour un burger photogénique. Elle a bradé trois siècles de tradition pour des tartines d’avocat à douze euros dans des cafés décorés par les mêmes architectes qui recyclent le même mood board industrialo-vintage de Tokyo à Brooklyn. On mange la même chose partout, dans les mêmes décors, avec les mêmes serveurs en tabliers de cuir qui récitent les mêmes boniments sur la « sélection rigoureuse des producteurs locaux ». Tout est devenu global, standardisé, interchangeable. On a troqué le terroir contre le branding. L’authenticité contre l’instagrammabilité. Le savoir-faire contre le marketing. Et on appelle ça du progrès. On se persuade qu’on vit une révolution culinaire. On croit avoir le choix parce qu’on peut choisir entre trente variations du même produit industriel assaisonné différemment.

Les influenceurs food sont ces propagandistes qui photographient compulsivement chaque assiette avant d’y toucher, qui transforment chaque repas en contenu sponsorisé. Ils ne mangent pas. Ils produisent. Ils ne savourent pas. Ils monétisent. Et nous, on les suit. On fait la queue dans les endroits qu’ils ont validés. On paie notre tribut à cette économie où la qualité d’un plat importe moins que sa capacité à générer des likes.

Le guide Michelin s’est vendu à cette nouvelle religion. Il étoile des restaurants de ramen, des stands de street food, des concepts fusion n’importe quoi. Non par ouverture d’esprit, mais par calcul marketing. Une génération considère qu’un bol de nouilles à 9,50€ mérite la même considération qu’un turbot cuit à la perfection par un chef qui a passé quinze ans à maîtriser son art.

Quand la France ne cuisinera plus

Nos arrière-grands-parents se nourrissaient mieux que nous. Avec infiniment moins. Ils achetaient des produits bruts au marché. Ils cuisinaient chaque jour. Pas par vertu, par nécessité. Mais cette nécessité produisait du sens, créait du lien, structurait l’existence. Le repas était un moment, pas une corvée qu’on expédie.

Nous, on ne cuisine plus. On assemble. On réchauffe. On commande. On snacke — ce verbe obscène qui a remplacé « manger » comme « se faire une saison » a remplacé « regarder une série ». On ne mange plus des repas. On ingère des calories entre deux tâches, debout, en scrollant, sans y penser. L’acte le plus fondamental de l’existence — se nourrir — est devenu une contrainte qu’on expédie avec l’élégance d’un distributeur automatique.

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Et nos enfants. Élevés au nugget et aux pâtes au beurre ! Incapables de manger un légume qui n’a pas été transformé en purée. Terrorisés par les textures, les saveurs fortes. On « respecte leurs préférences alimentaires », comme si un gamin de six ans avait la maturité pour décider de ce qui est bon pour lui. Résultat : une génération avec le palais d’un nourrisson qui perpétuera cette régression ad infinitum.

L’ironie suprême ? On n’a jamais autant parlé de bouffe. Les émissions culinaires saturent les chaînes. Instagram déborde de food porn. On consomme compulsivement du contenu culinaire tout en mangeant de la merde. On regarde des chefs étoilés pendant qu’on enfourne un Uber Eats. On visionne des documentaires sur le terroir en commandant des sushis industriels. La cuisine est devenue un spectacle qu’on contemple, plus une pratique qu’on exerce…

On a transformé la gastronomie en divertissement. En folklore. On visite les étoilés comme on visite les musées : par devoir culturel, pour cocher une case. Mais au quotidien, on commande sur Deliveroo. On se gave de burgers « gourmet » parce que le pain est brioché et le bacon fumé au bois de pommier.

La France a capitulé. Sans combat. Par flemme. Par paresse intellectuelle. On a échangé notre patrimoine contre des applications de livraison. On a troqué Carême contre les Avengers du burger. On a liquidé Escoffier pour du comfort food instagrammable. Et personne ne pleure. On célèbre cette déchéance comme une libération. « C’est tellement moins coincé, tellement plus fun, tellement plus accessible. » Oui. Accessible comme le néant. Fun comme l’amnésie. Décoincé comme une lobotomie. Nos petits-enfants ne sauront plus ce qu’était un vrai pot-au-feu. Une vraie daube. Un vrai coq au vin. Ils grandiront en croyant que la cuisine française, c’est le croissant industriel de gare et le pain au chocolat Lidl. Et quand ils nous demanderont pourquoi on n’a rien fait, on leur répondra qu’on était occupés. Occupés à photographier nos assiettes.

Les fables de Piketty

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Thomas Piketty, piètre statisticien, est l’économiste chouchou des médias de gauche


L’économiste Thomas Piketty s’est imposé ces dernières années avec une thèse aussi simple que séduisante.

Au début du xxᵉ siècle, les sociétés occidentales auraient été caractérisées par une forte concentration des patrimoines et des revenus. Mais ces inégalités auraient été profondément réduites au cours du xxᵉ siècle – en particulier entre 1914 et 1980 – grâce à une fiscalité progressive et au développement de l’État-providence. Malheureusement, depuis les années 1980, poursuit Piketty, ce mouvement se serait inversé. La dérégulation financière et l’affaiblissement de la progressivité de l’impôt auraient relancé la hausse des inégalités. L’histoire livrerait ainsi une leçon limpide : seules une fiscalité fortement progressive et une redistribution assumée permettraient de contenir des écarts de richesse jugés excessifs. Le problème, soutient l’économiste Vincent Geloso, est que cette belle histoire est fausse. Dans une note récente du think tank The Centre for Enterprise, Markets and Ethics, il avance ainsi, références à l’appui, que Piketty effectue une lecture très sélective des données fiscales, qui exagère la baisse des inégalités et en attribue à tort le mérite à l’action publique. De fait, lorsque l’on corrige ses biais méthodologiques, son récit se fissure. La décrue des inégalités commence avant 1914, avant donc les politiques redistributives. Puis, la grande réduction des inégalités ne s’est pas produite après 1945 avec des taux d’imposition plus élevés et un État-providence plus généreux : elle s’est principalement faite entre 1929 et 1935, pendant la Grande Dépression, alors que pratiquement tout le monde s’appauvrissait. Plus gênant encore, Piketty relègue systématiquement au second plan les dynamiques de marché et la croissance, comme si l’amélioration du niveau de vie de la population ne pouvait provenir que de l’État.

Au final, Geloso estime que les travaux de Piketty relèvent moins de l’analyse historique rigoureuse que de la fable politique, soigneusement ajustée pour servir sa cause.

Des Verts trop blancs

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L’hégémonie blanche des lapins de Hotot


Décidé à combattre la « centralité blanche » prédominante dans la société française, le média écologiste Reporterre a récemment consacré un long article à « l’entre-soi blanc du mouvement écolo ». Des témoignages accablants illustrent cette situation. Ainsi, lors d’une soirée organisée par Reporterre sur le thème « L’écologie contre l’extrême droite », le chercheur au CNRS Malcom Ferdinand a-t-il ressenti un grand malaise : parmi les 150 personnes composant le public, il était « l’un des rares hommes noirs ». Une conclusion quasi scientifique s’impose alors à lui : « L’écologie politique française opère au sein d’espaces structurés autour de la blanchité. » Reporterre propose neuf pistes de réflexion pour combattre l’hégémonie blanche dans l’écologie. L’une d’elles consiste à prendre conscience de cette « domination ancrée dans l’imaginaire raciste de l’Occident » en s’appuyant sur un livre au titre alléchant : Mécanique du privilège blanc. Comment l’identifier et le déjouer ? Une autre propose de « reconnaître la charge raciale », laquelle désigne « la peur de mourir prématurément dans une société raciste », ce qui nécessite de « planifier ses vacances selon les risques d’agressions racistes ». Les écologistes sont également priés de faire extrêmement attention au vocabulaire qu’ils emploient. Certains termes – comme « espèces invasives » ou « jungle » – charrieraient en effet un « imaginaire racialisé ».

Bref, conclut Reporterre, il est temps de « trahir l’hégémonie blanche occidentale » en la débusquant partout où elle se cache. Programme ambitieux auquel Causeur se devait de participer en suggérant au média écolo de se pencher sur le cas méconnu des éleveurs de lapins blancs de Hotot. Issue d’une sélection de sujets choisis pour obtenir un pelage d’une blancheur immaculée, la race des lapins blancs de Hotot a été sauvée durant la Seconde Guerre mondiale par Friedrich Joppich, un éleveur… allemand ! Est-ce un hasard ? Nous comptons sur les très sérieux journalistes de Reporterre pour mener l’enquête et répondre à cette angoissante mais inévitable question.

Cirque Traoré: la tournée continue

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La militante Assa Traoré soutient le député d'extrème gauche Sébastien Delogu pour la mairie de Marseille, 6 décembre 2025 © Frderic MUNSCH/SIPA

C’est reparti pour un tour, dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré ! Hier, la Cour de cassation a confirmé le non-lieu en faveur des gendarmes, mettant fin à dix ans de procédure marqués par des expertises médicales à répétition. La justice a donc conclu – et pas moins de trois niveaux judiciaires ont examiné le dossier – que l’intervention des gendarmes n’était pas la cause de la mort du jeune homme, un verdict toujours contesté par la famille qui porte l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.


Chouette ! De nouveau, nous allons pouvoir nous régaler, sur les antennes de Quotidien et autres médias où la détestation de la France est de règle, des prestations pathétiques et dégoulinantes de haine de la dévote sœur Assa, la contrefaçon pathétique de la militante américaine Angela Davis. Même coupe Davis, je veux dire pour la chevelure – j’allais dire la crinière, mais le mot étant habituellement associé au lion, le roi des animaux, je m’en voudrais de le rabaisser à ce niveau – la chevelure donc et, au vu des dernières images, les ongles aussi longs que les dents. Car on a les dents longues, du côté du clan Traoré. On tient à exploiter jusqu’à la corde la moindre opportunité de concentrer sur soi les feux médiatiques de complaisance et s’assurer ainsi une célébrité warholienne dont, en l’occurrence, la durée excède malheureusement bien davantage que le quart d’heure de référence.

La police est raciste, la police tue… etc.

Il se trouve que la Cour de cassation vient de confirmer le non-lieu dont la juridiction d’appel avait d’ores et déjà crédité les gendarmes en charge de l’arrestation du frère de la dame, Adama ce jeune homme bien sous tous rapports dont il se dit qu’il aurait notamment agrémenté son séjour derrière les barreaux en imposant, sous la menace d’une fourchette, une fellation à un co-détenu. J’ignore la couleur de peau de cette victime sur laquelle au demeurant personne ne verse la moindre larme. Pour la couleur de peau des gendarmes étant intervenus lors de l’arrestation du sympathique garçon, qui notons-le n’avait pas cru bon d’obtempérer, il semble bien que deux d’entre eux étaient « racisés », terme aujourd’hui consacré et encore licite. Ce qui n’empêche nullement notre Angela de pacotille et ses soutiens de hurler au racisme. On connaît la chanson, la police est raciste, la justice est raciste, la France est raciste, les blancs sont racistes, les racistes eux-mêmes sont racistes, c’est dire !

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Donc, refusant les décisions et arrêts de cette justice vicieusement raciste et fasciste, Miss dents longues et son avocat annoncent vouloir s’en remettre désormais à la Cour Européenne des Droits de l’Homme afin – je cite – « de faire condamner la France ». Bel aveu ! La cible, le monstre à abattre n’est autre que la France, bien sûr ! On ne peut mieux exprimer la haine frénétique du pays dans lequel, cependant, on a grandi, on vit et dont les principes de justice sont à ce point généreux qu’on peut faire traîner en longueur, ad nauseam, des procédures qui n’ont d’autre finalité que de s’offrir le répugnant plaisir de lui cracher dessus, de l’insulter, ce pays, le traîner dans la boue. Oui, vomir sur la France, cette France probablement tellement raciste qu’ils se bousculent par dizaines de mille pour venir s’y entasser. Belle contradiction. Mais dans ce camp-là, on n’en est pas à une près. Plus c’est gros plus ça passe ! Plus on donne dans la stupidité la plus crasse plus on accumule les temps d’antenne. Pourquoi s’en priver ?

Encore une minute, Monsieur le bourreau

Je vais vous faire un aveu. Moi, je l’aime bien, Assa Traoré, avec sa chevelure au vent et tout, et tout. Chaque fois que je la vois paraître, et chaque fois qu’elle ouvre la bouche, je déclenche mon chronomètre, bien persuadé qu’à chaque minute qui lui est accordée, c’est autant de votes qui finiront dans l’escarcelle des partis qu’elle vomit le plus. Ai-je besoin de les nommer ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Faites-le taire !

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Le député de l'Hérault Charles Alloncle, rapporteur de la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public, Paris, 17 décembre 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

Le combat perdu de la gauche mondaine contre le député Charles Alloncle


Le gratin de la gauche mondaine veut faire taire Charles Alloncle, ce député ciottiste qui malmène l’audiovisuel public en lui demandant des comptes au nom du parlement. Les pétitionnaires professionnels reprochent au rapporteur et à certains membres de la commission d’enquête (Le Monde, mardi) des « méthodes inquisitoriales diffamatoires et menaçantes ». Certains pointent « l’extrême droite » derrière tant d’irrespects pour la citadelle progressiste, théoriquement intouchable, qu’est France Télévisions. 

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Une commission parlementaire est passée par-ci, une commission parlementaire passera par-là…

Comme en écho, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est dite opposée, mardi sur Europe 1, à une commission d’enquête parlementaire sur les possibles implications pédo-criminelles ou financières de l’affaire Epstein en France. Dans Le Monde, l’ancienne ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a admis pour sa part, dressant le portrait du président démissionnaire de l’Institut du monde arabe, Jack Lang : « Tout le monde savait qu’il ne payait rien à Cannes. Il considère qu’il doit être invité partout, dans des conditions de luxe (…) ». Tout le monde savait son goût du luxe et les liens du pique-assiette avec Epstein, mais personne n’a jamais rien dit. Ainsi fonctionne, sous la loi du silence et du rappel à l’ordre pour les bavards, le petit cercle parisien de la culture et des médias qui se claquemure, exige l’omerta et crie au complotisme quand il s’agit de récuser des accusateurs. Jusqu’à ce que Jean-Marc Morandini se retire de l’antenne de Cnews lundi, après avoir été définitivement condamné pour « corruption de mineur », toutes les turpitudes se résumaient au maintien de l’animateur sur la chaîne honnie par le camp du Bien.

Obsessions d’hier et d’aujourd’hui

Libération, qui fait sa Une ce mercredi sur un nouveau prédateur pédophile qui aurait à son actif 89 jeunes victimes, a évidemment raison de s’horrifier de ces déviances. Mais l’histoire de ce journal reste entachée par sa défense post-soixante-huitarde de la sexualité entre adultes et enfants. L’autre jour, Libé rappelait, en oubliant ses propres travers, les pétitions parues dans Le Monde, en 1977, signées notamment par Lang, qui réclamaient la dépénalisation de la pédophilie. Déjà, à l’époque, la gauche caviar s’estimait à l’avant-garde des lumières et des libertés nouvelles. Aujourd’hui, elle persiste à ne rien comprendre des nouvelles exigences morales de la société civile vis-à-vis d’une caste qui s’est appropriée le droit de décréter le dicible.

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L’obsession de ces fausses élites à faire taire les expressions dissidentes, dans le seul but de préserver leur hégémonie idéologique, n’est plus tenable. C’est évidemment Alloncle qui a raison quand il bouscule les mandarins de l’information étatisée. C’est évidemment Braun-Pivet qui a tort quand elle s’oppose à des enquêtes parlementaires sur les ramifications parisiennes du réseau Epstein.

Lundi, dans Le Figaro, Rachida Dati, candidate à la maire du Paris, a dévoilé « un scandale sexuel dans le périscolaire » et a évoqué « des enfants de maternelle violés dans nos écoles publiques ». Mais qui parle de cette abomination chez les belles âmes ?

La révolution des oubliés

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Des mollahs aux pieds d’argile

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Iraj Mesdaghi © Hannah Assouline

Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Pour lui, alors que les Iraniens rejettent autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entraînera l’effondrement de tout le système.


Né à Téhéran en 1960 dans une famille bourgeoise, Iraj Mesdaghi appartient à la génération devenue adulte au moment où le règne du shah vacillait. Comme beaucoup de jeunes Iraniens de son milieu, il est alors animé par un idéal de justice sociale, de liberté individuelle et de dignité nationale. La « faille », au sens tragique du terme, qu’il partage avec tous ceux qui ont eu le même engagement que le sien à cette époque, tient à leur conviction, erronée, selon laquelle la chute de la monarchie ouvrira nécessairement et presque mécaniquement la voie à un régime plus juste, et à terme à une démocratie de type occidental. Emporté par cette espérance, il interrompt ses études aux États-Unis, rentre en Iran et s’engage aux côtés de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, mouvement révolutionnaire hybride, à la fois islamiste et marxiste.

Mais, après le départ du shah, la révolution ne met pas longtemps à dévorer ses propres enfants. À l’image de Lénine après octobre 1917, Rouhollah Khomeyni élimine méthodiquement ses anciens alliés devenus rivaux. Iraj Mesdaghi et sa jeune épouse sont arrêtés au début des années 1980 et condamnés à dix ans de prison. En captivité, ils découvrent la torture systématique, les humiliations quotidiennes et le broyage méthodique des individus, dans un univers où la violence n’est ni accidentelle ni excessive, mais constitutive du système.

L’année 1988 constitue le cœur noir de cette terrible expérience. Au cours de l’été, Rouhollah Khomeyni, furieux d’avoir dû signer un cessez-le-feu avec l’Irak après huit ans de guerre, crée des commissions spéciales, passées à la postérité sous le nom de « commissions de la mort », qui ont pour tâche de faire exécuter des milliers de prisonniers politiques, accusés d’être des « ennemis de l’intérieur ».

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Iraj Mesdaghi est le témoin direct des sélections arbitraires, des couloirs de la mort, des appels de noms et des pendaisons en série. Il voit disparaître en quelques semaines des centaines de codétenus. Cette expérience scelle en lui une certitude irrévocable : le régime islamique n’est pas une simple dictature, mais un système totalitaire prêt à l’extermination de masse pour se maintenir au pouvoir.

Libéré au début des années 1990, Mesdaghi quitte l’Iran avec sa famille. Après un long périple, aussi dangereux que clandestin, il obtient le droit d’asile en Suède. En exil, il entreprend un travail minutieux et obsessionnel de documentation du massacre de 1988, recueillant témoignages, noms, dates et responsabilités, et publiant plusieurs ouvrages devenus des références sur le sujet. Dans le même mouvement, il s’éloigne progressivement des Moudjahiddines du peuple, dont il dénonce la dérive sectaire.

Son travail de longue haleine trouve un aboutissement quand, en 2019, un ancien responsable pénitentiaire iranien, Hamid Nouri, impliqué dans les exécutions de 1988, tombe dans son piège. Se faisant passer pour le responsable d’une agence de voyages, Mesdaghi entre en contact avec cet homme fort du régime et organise pour lui un tour d’Europe. Nouri est immédiatement arrêté à son arrivée à l’aéroport de Stockholm, où la justice suédoise, qui s’autorise de sa compétence universelle en cas de crime de guerre, ouvre contre lui un procès historique. En 2022, il est condamné à la réclusion à perpétuité pour torture, exécution et enterrements secrets. Il ne restera toutefois que deux ans en détention, les autorités suédoises décidant de l’élargir dans le cadre d’un échange de prisonniers visant à obtenir la libération d’un ressortissant européen détenu arbitrairement par l’Iran.


Causeur. On sait, au moins depuis 2009, que les mollahs truquent les élections pour conserver le pouvoir, et on a vu ces dernières semaines les massacres dont ils sont capables pour rester les maîtres de l’Iran. Comment expliquer qu’ils ne soient toujours pas renversés, comme le shah en 1979 ?

Iraj Mesdaghi. Contrairement à ce que disent beaucoup de médias occidentaux, notamment en France, ce régime n’a rien à voir avec celui du shah ! En 1979, dans des circonstances de contestation comparables à aujourd’hui, Mohammad Reza Pahlavi a refusé de gouverner par le sang ! Il a préféré quitter le pays, précisément pour éviter un massacre comme celui qu’on a vu en janvier. Le régime islamique, lui, n’a aucune retenue ! Nous sommes face à un système qui assume une violence de masse épouvantable. On parle aujourd’hui de 12 000 morts rien qu’en deux nuits, estimation plutôt prudente. Cela choque en Europe mais pour moi, qui ai été en prison et qui ai vu des milliers d’exécutions en quelques semaines en 1988, ces chiffres sont crédibles.

Vous parlez d’une violence extrême assumée et à grande échelle. Comment le régime parvient-il concrètement à exercer cette répression ?

Tout d’abord en diabolisant ses opposants. Dès les années 1980, Khomeyni parlait de « bêtes dangereuses » et donnait ainsi carte blanche pour tuer. Aujourd’hui encore, les autorités, y compris les soi-disant réformistes, qualifient les manifestants de terroristes. Cela permet de tirer dans la foule sans scrupule.

Mais enfin, ceux qui tirent dans la foule ont des enfants, des amis, des parents…

C’est pourquoi le régime s’appuie sur des forces étrangères. Des unités afghanes, comme les Fatimiyoun et les Zeynabiyoun, autrefois déployées en Syrie, sont aujourd’hui opérationnelles en Iran. Ce sont elles que le régime a utilisées pour cette répression sanglante.

Sur quoi repose encore la base sociale du régime ?

Sur la peur très concrète qui règne dans de larges pans de la population : celle de perdre les biens acquis après 1979. Beaucoup d’Iraniens ont profité des confiscations postrévolutionnaires pour prendre possession de logements, de terres et d’entreprises. Ils redoutent qu’un changement de régime entraîne des restitutions. Reza Pahlavi, le fils du dernier shah, l’a bien compris. Il a présenté un plan clair pour l’après-régime, excluant des purges à l’irakienne et proposant une transition encadrée vers des élections libres.

Peut-il incarner l’avenir de l’Iran ?

Assurément. Tout d’abord parce qu’il est populaire. Même ceux qui ne sont pas monarchistes le soutiennent comme figure de transition. Depuis sept ou huit ans, on entendait son nom dans certaines manifestations. Mais pour la première fois cette année, les slogans en sa faveur sont carrément devenus nationaux. On les a même entendus dans des rassemblements, jusque-là inédits, dans des quartiers privilégiés de Téhéran, tels que Niavaran ou l’avenue Fereshteh. C’était inimaginable auparavant.

On a vu des mosquées, des centres islamiques, des écoles religieuses attaquées. La société iranienne est-elle en révolte contre l’islam ?

C’est la grande nouveauté : une majorité de la population rejette explicitement l’islam politique, et une part croissante rejette l’islam tout court. L’Iran est probablement le seul pays musulman où, en cas d’élections libres, les islamistes n’auraient aucune chance.

Certains appellent à une intervention extérieure. Quelle est votre position ?

Je suis d’accord avec Reza Pahlavi, qui, comme Shirin Ebadi, demande un soutien occidental ciblé. Mais il ne s’agirait pas d’envoyer des troupes au sol. Selon moi, il faudrait viser le seul centre de gravité du régime, c’est-à-dire Ali Khamenei en personne. Éliminer des généraux ne changerait rien. Ce ne sont pas des Napoléon ! En revanche, si Khamenei tombe, tout le système s’effondre.

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L’une des raisons pour laquelle les puissances occidentales, Union européenne en tête, hésitent à faire cela est l’amère expérience de changement de régime en Irak. Et bien entendu la crainte qu’un régime instauré par les baïonnettes étrangères soufre immédiatement d’un problème de légitimité.

Mais l’Iran n’est pas l’Irak ! Vous ne comprenez pas la société et l’histoire de l’Iran. Il s’agit d’une vieille civilisation et non pas d’une création nationale récente et artificielle comme l’Irak ou la Libye. Le peuple iranien est tout à fait capable de prendre son destin en main.

Existe-t-il un risque de guerre civile en cas de chute du régime ?

Non. Il n’y a pas de lignes de fracture permettant une guerre civile. Entre qui et qui ? L’armée, les gardiens de la révolution islamique et la population partagent largement le même rejet du régime. Couper la tête suffirait. Comme en URSS, l’effondrement peut venir du sommet.

Quel rôle jouent les soutiens occidentaux du régime, notamment à gauche ?

Une partie de l’extrême gauche occidentale a historiquement soutenu le régime iranien, par anti-américanisme et parfois par antisémitisme. J’ai vu ces réseaux à l’œuvre jusque dans les instances onusiennes. Ils relativisent la répression, parlent d’impérialisme et ferment les yeux sur les crimes. Mais ils ne soutiennent jamais réellement le peuple iranien.

Quel message adressez-vous aux Européens et aux Français ?

Je leur dis que la chute du régime iranien ne concerne pas seulement les Iraniens. L’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite. La France et l’Europe ont un intérêt direct à soutenir le peuple iranien. C’est le moment.

🎙️ Podcast: Chine, la Grande Muraille est-elle fissurée?

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Le président chinois Xi Jinping fait son allocation de Nouvel An à Pékin, le 31 décembre 2025. Yan Yan/AP/SIPA

Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Le dirigeant de l’Etat chinois, qui est aussi – bien sûr – le chef du Parti communiste chinois, Xi Jinping, vient de terminer une opération d’épuration de ses généraux les plus gradés. Le dernier à y passer est Zhang Youxia, pourtant un vieux camarade de Xi Jinping qui a grandi avec lui. C’est aussi le dernier chef de l’Etat-major à avoir une véritable expérience du combat, expérience acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979.

Les autres généraux ne se sont pas pressés d’approuver publiquement cette action, en faisant l’éloge du leader glorieux et en dénonçant leur ancien chef militaire. Tout semble indiquer qu’il y a actuellement une lutte pour le pouvoir et une guerre de factions dans le nouvel Empire du Milieu. Ces tensions sont le fruit de la transformation du régime par Xi Jinping qui, ayant entamé un troisième mandat de président et espérant un quatrième, a remplacé la dictature du Parti, fondée quand même sur un système de règles, par une dictature personnelle.

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Il se peut aussi que Xi Jinping soupçonne l’Armée de libération populaire, dans la modernisation de laquelle il a investi des sommes pharamineuses, de ne pas être aussi performante en réalité que sur le papier, suite à des années de corruption et de détournement de l’argent de l’Etat.

Nos invités discutent de toutes ces questions, ainsi que de celles du soft power chinois, des dernières évolutions de la Nouvelle Route de la soie, et de l’ « involution » qui mine la croissance économique chinoise de l’intérieur.

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Information: tout est sous contrôle

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Marc-Antoine Brillant du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères et Delphine Ernotte Cunci de France Télévisions signent un accord de collaboration, Paris, octobre 2025 © Nathalie Guyon / France Télévisions

Contrôler et labelliser l’information est une nouvelle obsession en Europe, et singulièrement en France. Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et les technocrates de Bruxelles sont les artisans d’un vaste dispositif de lutte contre la désinformation associant notamment Viginum, médias publics et des projets de nouvelles régulations européennes. Sous couvert de « résilience démocratique » et de protection contre les ingérences étrangères, les outils de surveillance et de contrôle de nos réseaux sociaux, de nos médias alternatifs et des débats électoraux se multiplient. La chronique médias de Didier Desrimais


Cette information est passée totalement inaperçue. Pourtant… Le 15 octobre 2025, France Télévisions annonçait sur son site avoir noué un partenariat avec Viginum. L’objectif de cette coopération est officiellement « d’informer, sensibiliser et outiller les publics face aux risques liés aux manipulations de l’information », de « renforcer la résilience collective »face aux « fake news venues d’ailleurs »et de participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information », en particulier auprès des « jeunes publics ».

Les lecteurs seront (peut-être) rassurés d’apprendre « qu’en croisant expertise technique, exigence journalistique et sensibilisation des publics, ce partenariat participe au renforcement de la résilience démocratique et à la protection du débat public[1]. » Il convient maintenant d’expliquer ce qu’est Viginum et dans quel véritable but ce partenariat a été créé. 

Aie confiance…

Viginum est un service de l’État rattaché à Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Il est chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères. Sa création a été décidée en juillet 2021 par Emmanuel Macron, avec une idée derrière la tête qu’il est aisé de deviner. D’ailleurs… « Conscient que la création de cette nouvelle agence présente le risque de la faire passer pour un outil d’influence en ligne au service de l’exécutif français à un an de la présidentielle, le SGDSN promet la “transparence totale” sur ses actions. Un comité d’éthique et scientifique composé d’un membre du Conseil d’Etat, d’un membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel [devenu Arcom], d’un magistrat, d’un ambassadeur, de journalistes et de chercheurs veillera sur les activités de cette agence », lit-on alors dans Le Monde pour rassurer les Français. La crainte de voir ce service accomplir les noirs desseins d’un exécutif de plus en plus directif est d’autant plus légitime que, quelques mois plus tard, un nouveau décret conférera à Viginum l’autorisation de « collecter, exploiter et traiter de façon automatisée les données à caractère personnel sur les plateformes en ligne ». Une de ses missions principales sera de « détecter et caractériser les opérations qui pourraient altérer l’information des citoyens pendant les périodes électorales ». Il manquait à cette agence barbouzarde un rouage médiatique susceptible de propager efficacement, à grande échelle, un argumentaire sur les « ingérences étrangères » justifiant de possibles sanctions contre les réseaux sociaux ou les médias indépendants. Son partenariat avec France TV vient combler cette lacune.

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Le 18 mars 2025, dans le cadre de la Commission d’enquête concernant l’organisation des élections en France[2], le chef de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a tenu à rappeler les « menaces » qui auraient motivé la création de ce service, entre autres les « soupçons d’ingérence étrangère » via TikTok ayant conduit à l’annulation de l’élection présidentielle roumaine et à l’éviction du candidat nationaliste Calin Georgescu. Lors de son audition, M. Brillant n’a pas cru bon d’évoquer les informations avancées par le média d’investigation roumain Snoop, informations sur lesquelles les médias français ne se sont pas non plus attardés. S’appuyant sur les documents déclassifiés des services de renseignements roumains, les journalistes dudit média affirmaient en effet qu’aucune preuve d’ingérence russe sur le réseau social TikTok n’avait pu être produite – ce que les dirigeants de TikTok ont confirmé. En revanche, il ressortirait de ces documents que le Parti national libéral (PNL) au pouvoir aurait alimenté de faux comptes TikTok en faveur de son adversaire, le nationaliste et eurosceptique Calin Georgescu, dans le but de diviser l’extrême droite – représentée par Calin Georgescu et George Simion – et de favoriser l’accession au second tour de son candidat…

Quoi qu’il en soit, l’annulation d’une élection présidentielle pour des motifs aussi discutables, sans preuves indiscutables d’une ingérence étrangère pourtant mise en avant pour la justifier, est une grande première en Europe. Plus tard, alors que les élections en Allemagne laisseront présager d’excellents scores pour l’AfD, Thierry Breton menacera sur RMC : « On l’a fait en Roumanie et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne. » Faire quoi ? Remettre en cause, au motif qu’il y aurait eu une « ingérence étrangère », les résultats des élections s’ils ne vont pas dans le sens espéré par les élites bruxelloises et mondialistes, bien entendu. De son côté, le chef de Viginum prévient : au motif que la source serait possiblement étrangère, tout ce qui, sur les réseaux sociaux, tendra « à polariser le débat public numérique sur des thèmes qui divisent et dont on sait qu’ils peuvent influencer le comportement des électeurs » et « à alimenter la défiance à l’égard des médias traditionnels » pour « détourner une partie de leur public au profit de médias alternatifs », sera notifié à qui de droit – président de la République, ministre de l’Intérieur, Arcom, juge électoral – afin d’organiser « la prise en charge et l’atténuation des risques systémiques provoqués par l’utilisation malveillante des plateformes en ligne ».

Thierry Breton et Nathalie Loiseau, contrôleurs aériens !

S’il échoue à peu près sur tout, Emmanuel Macron semble particulièrement efficace quand il s’agit de faire surveiller, voire censurer ceux qui s’opposent à son mandat ou au projet d’Europe fédérale qu’il appelle de ses vœux en espérant s’y voir attribuer une fonction majeure. La France est le pays de l’UE le plus actif et le plus influent en ce qui concerne la surveillance des médias et des réseaux sociaux. C’est un Français, Thierry Breton, qui a promu le Digital Services Act  (DSA), un service de surveillance des plateformes numériques qui est en réalité le premier étage de la tour de contrôle de l’information échafaudé par l’UE. C’est une Française, Nathalie Loiseau, qui dirige actuellement la commission chargée d’élaborer le deuxième étage de cette tour de contrôle, un Bouclier de la Démocratie Européen (BDE) constitué d’une série de mesures permettant le quadrillage complet de l’information et du contrôle de celle-ci. Le verbiage du communiqué de presse de ladite commission du 12 novembre 2025 enrobe du mieux qu’il peut les objectifs réels de ce dispositif mais ne parvient pas à les camoufler complètement. Il est ainsi prévu que « le bouclier européen de la démocratie débouchera notamment sur la création d’un nouveau Centre européen pour la résilience démocratique au sein duquel seront rassemblées l’expertise et les ressources de l’UE et des États membres afin d’accroître notre capacité collective à anticiper les menaces, à les détecter et à y réagir et de renforcer la résilience démocratique ». Pour ce faire, un « réseau européen indépendant de vérificateurs de faits sera mis sur pied et l’Observatoire européen des médias numériques développera de nouvelles capacités indépendantes de suivi et d’analyse pour l’appréciation de la situation en matière d’élections ou en cas de crise ». De plus, « un soutien financier renforcé en faveur du journalisme indépendant et local sera fourni dans le cadre du nouveau programme consacré à la résilience médiatique ». [Il faudra un jour faire l’exégèse de la notion qui entoure le mot « résilience » et analyser sérieusement l’usage abusif et intempestif qu’en font les idéologues progressistes en général et les technocrates bruxellois en particulier.] En résumé, des commissaires médiatico-politiques désignés et financés par l’UE, recrutés au sein d’organismes étatiques, d’ONG, d’associations et de médias ayant fait preuve de leur allégeance au pouvoir en place, vont être autorisés à traquer, plus particulièrement pendant les périodes électorales ou en « cas de crise » (« crise » qu’il faut entretenir = « crise sanitaire », « urgence climatique », « menace russe », etc.), les plateformes numériques, les médias alternatifs et même les particuliers qui s’opposeront au discours dominant, aux décisions prises par la Commission européenne et à l’application des directives de cette dernière. L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) se porte naturellement candidate et en rajoute par la voix de son directeur Thibaut Bruttin : « Avec ce bouclier démocratique, la Commission européenne marque sa volonté de soutenir les médias et le journalisme comme antidotes à la désinformation, aux manipulations de l’information et aux ingérences étrangères. Mais renforcer la résilience des médias ne permettra de lutter contre ces menaces que si cette information fiable produite par les médias parvient aux citoyens. Il faut renforcer les acteurs et changer en leur faveur les règles du jeu. » Par « les acteurs », RSF désigne bien entendu les journalistes issus de ses rangs mais également les associations censées lutter contre les « théories complotistes » comme Conspiracy Watch, les médias mainstream et les fact-checkers aux ordres du pouvoir, ainsi que l’audiovisuel public. « Changer en leur faveur les règles du jeu » signifie : leur offrir tout l’espace médiatique, leur donner les clefs de la tour de contrôle, leur octroyer des moyens supplémentaires pour mater les médias dissidents et pour éduquer la population à l’information « labellisée » !

Souveraineté informationnelle : Delphine Ernotte veille

Le partenariat entre Viginum et France Télévisions semble répondre en partie aux souhaits de RSF. Delphine Ernotte écrit sur le site de France TV : « Alors que des puissances étrangères étendent leur influence sur notre espace informationnel, France Télévisions est mobilisé pour garantir l’accès de tous à une information fiable et indépendante. Grâce à l’expertise de VIGINUM, notre Groupe conforte son engagement dans la lutte contre les tentatives de manipulations, notamment par le développement d’actions de sensibilisation et de formation auprès de tous les publics. Il réaffirme ainsi le rôle essentiel des médias de service public pour la protection de la souveraineté informationnelle et culturelle, qui constitue un véritable enjeu de sécurité nationale. » Même chose du côté du chef de Viginum qui affirme vouloir « appuyer les travaux d’investigation journalistique, accroitre significativement les efforts en matière de sensibilisation à la menace informationnelle et œuvrer en faveur de la résilience démocratique. » Le discours est rodé. Il est un copié-collé de celui d’Emmanuel Macron, inspiré par la Commission européenne. Cette collaboration entre un service étatique et un média public vient compléter la panoplie des moyens mis en œuvre par une caste politico-médiatique qui sent le vent tourner. Hors de question de trop laisser les opposants s’exprimer. Hors de question de laisser les Français s’informer ailleurs que dans des médias estampillés « informateur fiable ». France TV soutenu par Viginum devient le bras armé d’un pouvoir qui a pris conscience que tout lui échappe, que les Français ne sont plus dupes et qu’ils se tournent vers des sources d’information plus proches des réalités qu’ils vivent.

La « menace informationnelle » est réelle – mais elle est aussi celle que font planer sur la liberté d’expression certains dirigeants occidentaux et les technocrates bruxellois en accumulant des dispositifs de censure. De nombreuses structures médiatiques, politiques ou associatives participent à ce contrôle de l’information. Les réseaux sociaux et les médias indépendants et alternatifs sont régulièrement la cible de ces structures peu enclines au débat et supportant mal de voir leur influence s’effriter au fil des jours. L’anathème « extrême droite » ne suffisant plus à effrayer le citoyen qui a eu sa dose de « barrage républicain », ces nouveaux commissaires politiques ont décidé de passer à la vitesse supérieure : intimidation auprès des entreprises achetant des espaces publicitaires dans ces médias, fermetures de comptes bancaires, harcèlement judiciaire, surveillance constante et innombrables signalements auprès de l’Arcom, multiplication des demandes de règles contraignantes, le tout orchestré par un gouvernement et des partis politiques aux abois, des associations doctrinaires et des médias largement subventionnés dont les Français se détournent de plus en plus mais qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance. [À ce sujet, je conseille ardemment la lecture du dernier et très documenté numéro de la revue du média Frontières intitulé Censure, la tentation totalitaire[3], ainsi que le récent article de François Bousquet dans le JDD, Fatwa bancaire, pourquoi la droite est systématiquement visée[4].]

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Tous les moyens seront-ils bons pour empêcher les dissidents de parler ? L’UE a infligé une amende de 140 millions d’euros au réseau social X. Le siège social parisien de ce dernier est perquisitionné. L’oligarchie politico-médiatique européenne n’a apparemment pas l’intention de laisser les gens s’informer ailleurs que dans des médias « labellisés » reconnaissables à ceci : aucune de ces mesures coercitives mises en place par la Commission européenne et le gouvernement français ne semble jamais les effrayer, bien au contraire. Nos députés dits d’opposition ne semblent guère plus inquiets. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique que l’on tire la sonnette d’alarme. Après que J.D. Vance a répété son inquiétude devant le recul de la liberté d’expression en Europe, la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis vient de rendre un rapport au vitriol sur les agissements de la Commission européenne. Les propos liminaires mitraillent sec : « Bien que souvent présentée comme une lutte contre les prétendus “discours de haine” ou la “désinformation”, la Commission européenne a œuvré à censurer des informations véridiques et des discours politiques concernant certains des débats politiques les plus importants de l’histoire récente, notamment la pandémie de COVID-19, l’immigration de masse et les questions transgenres. Après dix ans, la Commission européenne a établi un contrôle suffisant sur la liberté d’expression en ligne à l’échelle mondiale pour réprimer de manière exhaustive les discours qui menacent son pouvoir. » La Commission américaine accuse la Commission européenne d’avoir « exercé des pressions sur les plateformes pour censurer des contenus avant les élections nationales en Slovaquie, aux Pays-Bas, en France, en Moldavie, en Roumanie et en Irlande, ainsi qu’avant les élections européennes de juin 2024 », ceci dans le but de « défavoriser les partis politiques conservateurs et populistes ». Elle affirme avoir en sa possession des documents prouvant ces accusations. Considérant que les réglementations (DSA, Bouclier européen, etc.) et les injonctions censoriales de la Commission européenne représentent un risque majeur pour la liberté d’expression, y compris et surtout celle des Américains, la commission américaine est décidée à dénoncer toutes les décisions de l’UE qui mettront en péril un droit fondamental : le droit à la liberté d’expression[5]

Borderline content

Liberté d’expression qui continue de fondre comme neige au soleil sous nos latitudes. Sur le média d’extrême gauche Brut, Emmanuel Macron promet de nouvelles mesures pour « lutter contre la désinformation ». D’abord, le renforcement de… Viginum et l’abaissement du seuil de vues qui déclenchait jusqu’à présent l’intervention de ce service afin que, « dès qu’il y a des indices de désinformation », ce dernier puisse agir. Ensuite, la mise en place d’un « référé “fausse information en période électorale” » permettant aux juges « d’obliger la suspension des contenus si on voit qu’ils sont en train de fausser les élections ». Il est à noter que l’extrême gauche écologiste est sur la même longueur d’onde qu’Emmanuel Macron : l’eurodéputé vert David Cormand verrait d’un bon œil « l’expulsion de X du territoire européen » (Libération, 4 février 2025). Sur RTL, Marine Tondelier déclarait carrément que « ce réseau doit être interdit en Europe ».

https://www.youtube.com/watch?v=QyNeAi8ggI8

Ces annonces présidentielles sont à rapprocher de celles de l’EU Internet Forum (EUIF) concernant un concept tout ce qu’il y a de plus orwellien. Cette instance bruxelloise a en effet inventé la notion de « borderline content » en ligne, désignant ainsi les contenus sur internet et les réseaux sociaux qui, sans être illégaux, sont considérés par des ONG et des fact-checkers mandatés par l’UE comme de la désinformation, du complotisme ou des discours haineux, et doivent par conséquent être « modérés » – en clair, invisibilisés, shadow bannés, donc censurés – par les plate-formes numériques. Sont spécifiquement visés : la « rhétorique populiste », le « contenu anti-gouvernement/anti-UE », le « contenu anti-élite », le contenu « anti-migrants et islamophobe », le « sentiment anti-réfugiés, anti-immigration », le contenu « anti-LGBTIQ+[6] ». On est loin, très loin des seuls contenus pédophiles ou terroristes, lesquels n’auront servi en fin de compte qu’à justifier le contrôle total de nos messageries numériques.  

L’air devient irrespirable en Europe. Bientôt, on étouffera. Le portefeuille d’identité numérique européen, prévu pour novembre 2026, parachèvera l’arsenal de surveillance de tous les habitants de l’UE. Un contrôle social, technologique, politique et médiatique, absolu et irréversible – Emmanuel Macron, la Commission européenne et la caste politico-médiatique aux ordres en rêvent depuis longtemps et sont proches d’y parvenir. À moins que…


« Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel. » Michel Onfray. Théorie de la dictature.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.francetelevisions.fr/groupe/notre-actualite/france-televisions-et-viginum-nouent-un-partenariat-pour-faire-face-a-la-menace-48116     

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO852507N024.html

[3] https://www.frontieresmedia.fr/enquetes/le-nouveau-numero-magazine-frontieres-censure-la-tentation-totalitaire-est-disponible-en-kiosq—14726

[4] https://www.lejdd.fr/Societe/enquete-fatwa-bancaire-pourquoi-la-droite-est-systematiquement-visee-166388

[5] The foreign censorship threat, part II : Europe’s decade-long campaign to censor the global internet and how it harms American speech in the united states. 3 février 2026.

[6] Fdesouche.com, Censure du net : comment l’Union européenne prévoit d’agir sur des contenus légaux dits « borderline » anti-élite et anti-immigration. 4 février 2026.