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La Belgique est-elle devenue un pays antisémite?

À Bruxelles, le chef d’orchestre israélien Lahav Shani fait l’objet d’appels au boycott et de pressions pour annuler sa venue au Bozar. À Louvain, le maire Mohamed Ridouani refuse d’accueillir le match de l’Union Saint-Gilloise contre l’Hapoël Beer-Sheva. Et on se souvient qu’à Liège, ville officiellement antifasciste, une synagogue a été visée par une explosion criminelle.


De mes années de prime jeunesse, j’ai conservé l’idée qu’ « on » n’en faisait jamais assez dans la lutte contre l’antisémitisme. À l’époque, les journaux que je dévorais, mes professeurs – forcément de gauche -, les campagnes des officines antiracistes ne cessaient de marteler le même discours convenu contre la bête immonde qui était alors d’extrême droite. Depuis que la haine ordinaire du juif est passée à l’extrême gauche, l’infâme semble devenu acceptable. En Belgique, plus sans doute qu’ailleurs en Europe, l’opposition à la politique du gouvernement israélien, les manifestations pour Gaza ou la posture antisioniste ne parviennent en réalité plus à masquer un mal beaucoup plus profond. 

Pétitions et démissions à l’opéra

Le directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, mais aussi de Munich, Lahav Shani doit se produire en novembre dans le prestigieux Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Déjà, la meute d’extrême gauche s’active pour faire annuler la venue de l’artiste, à coups de pétitions et de démissions – dont celles de trois membres du conseil d’administration de Bozar – et d’éditoriaux enflammés – dont celui de Baudouin Loos, du très à gauche quotidien Le Soir, estimant que, « même si Lahaf Shani condamne la guerre et ses atrocités, il doit être boycotté[1]« . Rappelons qu’il y a un an, il avait déjà été déprogrammé d’un festival à Gand et que, dans un autre registre musical, le chanteur israélien Amir avait été ciblé lors de sa venue aux Francofolies de Spa.

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Le monde de la culture n’est pas le seul touché par la vague brune. Le club bruxellois de l’Union Saint-Gilloise, dont les sympathisants sont par ailleurs un condensé de boboïsme, d’antifascisme bête et intolérant et de hipstérisme, doit affronter l’Hapoël Beer-Sheva en Coupe d’Europe au mois d’octobre. Tandis que le stade du club bruxellois ne répond pas aux normes pour abriter les rencontres continentales, l’Union a l’habitude de les délocaliser, souvent à Louvain. Seulement, le bourgmestre socialiste Mohamed Ridouani refuse que le rendez-vous footballistique se déroule sur le territoire de sa ville ; l’homme est un récidiviste puisqu’il avait déjà interdit la tenue d’un match des Red Flammes, équipe nationale belge féminine, contre son homologue israélienne. Pire encore, aucune autre ville belge semble disposée à accueillir le club du Néguev dans le sud d’Israël ; encore une fois, ce n’est pas un cas isolé : en 2024, Belgique-Israël avait dû se jouer… à Debrecen en Hongrie – on doute que nos dirigeants aient remercié Viktor Orbán pour l’hospitalité.

Promotion Rima Hassan à l’ULB

Ces prises de position récentes s’inscrivent dans une série d’incidents, plus ou moins graves, qui font tache : grabuge lors de la venue d’un professeur israélien de gauche à l’Université libre de Bruxelles – la même où il existe une « promotion Rima Hassan » -, slogans antisémites lors des manifestations, annulation d’une séance de dédicaces de Raphaël Enthoven prévue dans une librairie bruxelloise,  explosion criminelle visant une synagogue en mars dernier à Liège (ville officiellement « antifasciste ») et je sais déjà que ces lignes me vaudront quelques remarques antisémites basées sur mon patronyme proche du nom de scène d’un chanteur français de confession juive… Les Belges ont quant à eux pratiquement plus entendu le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot sur la Palestine que sur l’ensemble des autres dossiers internationaux, Ukraine y compris. Et si « la nuance est un acte de résistance », slogan affiché dans les locaux du parti, elle ne vaut pas quand il s’agit du Proche-Orient.

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Évidemment, affirmer que la Belgique a sombré dans l’antisémitisme est un tantinet exagéré et il existe des lois pour le punir et, bien sûr, chacun – citoyen, éditorialiste, homme politique… – a le droit de critiquer Israël, la politique de son gouvernement, son armée… Mais lorsque les cibles sont un chef d’orchestre peu suspect de sympathie pour Benyamin Netanyahou, des joueurs de football ou un penseur critique à l’égard de son propre pays, il est intellectuellement difficile de justifier que la situation à Gaza, l’antisionisme ou la lutte contre un gouvernement de droite dictent seuls les réactions. Quand des jeunes s’affichent en keffieh et défient quiconque porte un ruban jaune, et lorsque les mêmes sont incapables de situer le fleuve (river) et la mer (sea) de leur slogan, on devine que les passions tristes sont, davantage que le bien commun, l’aiguillon de leur colère. Quand Israël occupe l’espace médiatique jusqu’à l’hystérie, alors qu’ailleurs dans le monde les opposants, les femmes, les homosexuels (Afghanistan, Iran, Xinjiang où vivent les Ouïghours…) sont l’objet de persécutions non dénoncées, on comprend que la lutte pour la Palestine n’est pas un humanisme. 

Je repense évidemment aux propos de mes professeurs, des éditorialistes et des hommes politiques de l’époque. Ils ont tourné casaque pour la plupart, mais nous devons reprendre leur message : nous n’en ferons jamais assez pour lutter contre l’antisémitisme.


[1] https://www.lesoir.be/772289/article/2026-09-22/lahav-shani-ne-doit-pas-venir-bozar

Julien Gracq, notre prophète?

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L’immobilisme n’est pas une sagesse…


Et si le roman le plus lucide sur la France de 2026 avait été écrit en 1951 ? Le Rivage des Syrtes s’étire sur trois cents pages où il ne se passe rien. C’est tout le génie de Julien Gracq. La République d’Orsenna guette depuis des siècles un ennemi qu’elle ne voit jamais, dans une guerre qui ne vient pas. Gracq n’y décrit pas un pays, mais un ressenti collectif : celui d’un État qui s’est accommodé de son propre affaiblissement, au point d’en faire une politique, puis une culture. On referme le livre, on regarde autour de soi, et l’on se demande si Gracq n’écrivait pas, déjà, sur nous.

L’art de ne rien brusquer

Orsenna ne meurt pas sous le poids d’une épreuve. Elle se meurt de son absence. Ses fonctionnaires somnolent, ses soldats archivent, ses élites s’ennuient. L’inaction devient une doctrine. Il serait tentant et facile de plaquer cette fable sur l’actualité. Tentons-le tout de même, avec la prudence que l’exercice impose. On connaît cette liturgie que le bloc central répète inlassablement, comme une formule d’exorcisme : « apaisement », « responsabilité », « rassembleur ». Les mêmes qualificatifs reviennent, élection après élection, comme si les répéter suffisait à faire oublier leur bilan au pouvoir. L’autosatisfaction, à défaut de résultats, finit par tenir lieu de programme.

Répétés en temps de campagne, ces mots recouvrent le même vide : l’absence d’un projet assez audacieux pour déranger qui que ce soit. « Apaisement », « responsabilité », esprit « rassembleur » : un programme aussi aseptisé qu’inoffensif, qui n’a plus vocation à convaincre mais à endormir, comme une berceuse à un peuple fatigué pour qu’il cesse de poser des questions. Orsenna, elle aussi, s’est laissée bercer ainsi, jusqu’à confondre le sommeil avec la paix. La modération est une vertu quand elle accompagne une décision ; elle devient un artifice quand elle la remplace. Les gouvernements de ces dernières décennies n’ont rien osé brusquer, pas même le déclin qu’ils devaient enrayer, comme si le pays réclamait moins d’être dirigé que d’être rassuré.

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2027 ne fera sans doute pas exception. Le bloc central, dont la principale angoisse est désormais un second tour où il n’aurait pas sa place, y multipliera les candidatures comme on multiplie les extincteurs après l’incendie. On l’entendra s’émouvoir de la réforme des retraites, celle-là même qu’il a suspendue pour acheter les voix du PS et faire passer son budget 2026. On l’entendra, dans la foulée, s’inquiéter de la dette, dette qu’il aura lui-même gonflée de plus de 1200 milliards d’euros, et que le Covid, malgré ses 300 milliards, est loin de justifier à lui seul. Les postures y tiendront lieu de décisions, comme à Orsenna on soignait le rite plutôt que le rempart. Chacun y jouera son rôle avec le sérieux qu’on met à répéter une pièce dont on connaît déjà la fin.

Rompre l’immobilisme

Il y a chez Gracq, un personnage qui refuse cette torpeur. Aldo, observateur nommé à la vigie des Syrtes, finit par franchir la ligne que des siècles de prudence avaient sanctuarisée. Son geste n’est ni héroïque ni raisonné, il est comme instinctif, comme si le cœur décidait à la place de l’intellect. Mais ce geste, précisément parce qu’il rompt l’immobilisme, précipite l’Histoire hors de son sommeil.

On aimerait, dans le débat politique, une once de ce dérèglement salutaire. Non pas l’agitation, dont on ne manque pas, mais la rupture avec cette mollesse qui consiste à gérer le déclin plutôt qu’à le contester. Gracq, en géographe autant qu’en romancier, savait qu’un pays ne se réduit pas à l’administration de son propre effacement. Il est une volonté, ou il n’est rien.

Il y a quelque chose de savoureux à observer qu’une œuvre publiée en 1951 par un professeur discret retiré à Saint-Florent-le-Vieil (49) dise davantage sur notre présent que la plupart des programmes présidentiels. Orsenna n’a pas eu besoin d’ennemi pour décliner. Elle avait l’inaction, qui a amplement suffi. Il serait piquant que la France, à l’heure de choisir ses prochains dirigeants, se souvienne qu’observer le rivage n’a jamais tenu lieu de politique. Et si notre époque avait besoin, comme Aldo, de rompre l’immobilisme plutôt que de le célébrer comme sagesse ?

321 pages.

Le Rivage des Syrtes

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« New York Mosaic », les années Trump avant Trump

Vous pensiez connaître le roman noir ? Attendez d’avoir mis les pieds dans le New York de 1990 que nous décrit l’ancien flic Bertrand Dal Vecchio…


Publié chez Rue Fromentin, New York Mosaic de Bertrand Dal Vecchio nous plonge entre flics à bout de souffle, politiques qui manœuvrent et crack qui ravage les trottoirs. Une immersion brutale et solidement documentée.

Suffocant

Dans une rentrée littéraire souvent saturée par l’autofiction, les romans familiaux et les drames intimes, Dal Vecchio prend le large. Pas de petits états d’âme sous cloche, mais une fresque sociale et criminelle peuplée de flics, de voyous, d’élus, de cadavres et de citoyens pris dans une ville qui suffoque.

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New York, 1990. Le crack ravage les rues, les flingues parlent plus vite que les juges, la police bricole et la mairie compte les cadavres. Quand un rabbin est abattu dans ce climat sous tension, il faut un coupable. Et vite : la vérité attendra.

Dal Vecchio a passé dix ans à fouiller cette période, ses affaires criminelles, ses commissariats et ses hommes de pouvoir. Les principaux événements et plusieurs protagonistes s’appuient sur des faits réels. Il en résulte un livre qui mêle enquête, fiction et documentation sans chercher à dissimuler ses sources.

Tensions raciales

Au centre, David Dinkins, premier maire noir de New York, face à Rudy Giuliani, ancien procureur qui prépare sa revanche politique sur fond de « tolérance zéro ». Les tensions raciales et communautaires s’enveniment, tandis que la presse transforme les faits divers en munitions électorales. David Meyer, conseiller de Giuliani, en connaît les règles. Il ne se contente pas de conseiller un candidat : il façonne un discours, désigne des responsables et alimente les journaux. Le livre montre ainsi comment se fabriquait une campagne avant les réseaux sociaux : téléphone, télévision, presse, relations personnelles et exploitation des émotions collectives. Il faut une formule simple, un adversaire identifiable, une colère à canaliser. Trump apparaît dès les premières pages, encore promoteur immobilier, déjà présent dans cet univers où politique, médias et ambition personnelle se nourrissent mutuellement. D’où le titre : les années Trump avant Trump.

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Après son récit La Loi et la Rue (Cherche midi, 2022), Dal Vecchio confirme son goût du terrain. Sa langue ne cherche certes pas l’effet littéraire. Elle va droit aux faits, aux dialogues, au vocabulaire des commissariats et de la rue. Parfois sèche, parfois plus convenue, elle privilégie l’efficacité et le mouvement. Ce choix convient à cette vaste plongée dans les rouages d’une époque. À travers l’affrontement entre pouvoir politique, police et médias, l’auteur montre comment une ville peut devenir le théâtre d’une bataille pour le contrôle du récit. Plus qu’une simple enquête, New York Mosaic vaut pour cette plongée dans un New York où se fabriquent déjà certaines des méthodes politiques et médiatiques qui marqueront les décennies suivantes. Une époque révolue ? Pas si sûr.

320 pages.

Le Pape attendu dans une France en voie de déchristianisation finale

Léon XIV pourrait réveiller la France catholique, estime notre chroniqueur


Les Français oubliés vont-ils écrire la nouvelle histoire ? Ils sont les dépositaires d’une possible révolution[1]. Le réveil de la France catholique en offrira, dès vendredi, une illustration. Dès 10 heures, toutes les églises de France sonneront durant sept minutes pour saluer l’arrivée de Léon XIV. Les cloches parisiennes battront à nouveau à l’unisson à 17 heures, tandis que le pape entamera un parcours en papamobile dans les rues de la capitale. 80 000 jeunes sont attendus en soirée au Stade de France. Y sera exposée la tunique d’Argenteuil, ce vêtement rudimentaire et taché de sang que le Christ aurait porté durant son calvaire, avant sa crucifixion. La relique, offerte à Charlemagne, avait été confiée par l’empereur et roi des Francs au monastère d’Argenteuil, dont sa fille était l’abbesse. La tunique a été préservée jusqu’à nos jours, grâce à la transmission intacte d’un héritage millénaire. Samedi après-midi, une messe gigantesque sera célébrée place de la Concorde, sur les Champs-Élysées et dans les rues alentour. 600 000 fidèles se sont inscrits pour l’événement, qui restera ouvert à tous les autres.

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Instinct de survie

À l’évidence aucun homme politique, n’ayant pour horizon que le « pouvoir d’achat », ne peut prétendre à un tel engouement populaire. Cette ferveur s’exerce autour d’une autorité spirituelle économe de ses mots et de sa communication. Cette mobilisation de masse est celle d’un peuple que les fossoyeurs de la civilisation occidentale disent en voie de disparition. Or sa renaissance confirme la pérennité, enfouie au plus profond des mémoires, de l’instinct de survie de ceux qui ne veulent pas interrompre un destin collectif. Mardi, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il ne participerait à aucune messe. On l’imagine soucieux d’éviter des controverses sur la laïcité de la République, à un moment où l’islam conquérant exige sa place et sa visibilité. Cependant, le chef de l’État choisit de montrer, dans sa distance, une incompréhension face aux quêtes immatérielles d’un peuple discret, attaché à ses racines chrétiennes et à une élévation spirituelle dégagée du matérialisme abrutissant. Ce besoin d’au-delà donne une force qui échappe aux bonimenteurs de bien-être immédiat.

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Psychologie des foules

Mardi, dans Le Figaro, le cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio, a eu cette réflexion prémonitoire : « Jean-Paul II a réveillé l’Est ; Léon XIV pourrait réveiller l’Ouest. » Apparait, de fait, les limites d’un système vermoulu, technocratique et sans affect. Il ne produit aucun idéal et méprise, au nom du rejet des enracinés, les aspirations immatérielles d’une partie de la France silencieuse. Gustave Le Bon[2]  disait des foules qu’elles « n’ont de puissance que pour détruire ». Il voyait la barbarie chez elles. Ici rien n’est plus faux. C’est au cœur des foules réactives, sorties de leur amnésie par la conscience de leur fragilité, que se lit l’épuisement d’un régime vidé de son humanisme pour s’être volontairement coupé de sa sève existentielle. Le miracle est que cette âme soit demeurée intacte. La puissance du renouveau se lira aux caricatures que les catholiques auront encore à supporter. Mais elles sont devenues inopérantes.

La révolution des oubliés

Prix: 10,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,16 €


[1] De l’auteur, La Révolution des oubliés, Fayard 2026

[2] Psychologie des foules, 1895

Un chien, Facebook et la peine de mort

Parti du Sri Lanka pour travailler en Arabie saoudite, Sivarasa Anojan a été condamné à mort pour un commentaire publié sur Facebook. Son affaire rappelle la dépendance réciproque entre les pays d’Asie qui vivent des salaires envoyés par leurs expatriés et les monarchies du Golfe qui emploient ces travailleurs par centaines de milliers.


Tout a commencé avec un chien errant devenu une vedette des réseaux sociaux. En juin 2026, l’animal avait suivi sur des centaines de kilomètres les pèlerins hindous qui marchaient vers le sanctuaire de Kataragama, au Sri Lanka. Ils l’avaient baptisé Subramani, l’un des noms du dieu Murugan, et certains voyaient dans sa fidélité à la procession un signe religieux. Le 27 juin, à Kalmunai, dans l’est de l’île, un jeune homme a été filmé en train de lui donner un coup de pied. La vidéo a provoqué l’indignation. Le suspect a été arrêté, puis remis en liberté sous caution. Sur Facebook, la dispute s’est poursuivie dans les jours suivants.

Subramani DR.

Insultes sur Internet

Des internautes hindous et musulmans ont échangé des insultes visant leurs religions respectives. Parmi eux, Sivarasa Anojan, un Sri-Lankais de 26 ans. Parti en septembre 2025 travailler sur un projet de pipeline en Arabie saoudite, il contribuait, selon un député sri-lankais, à faire vivre sa famille. Sa fonction précise et son salaire n’ont pas été rendus publics. Depuis l’Arabie saoudite, il a répondu en tamoul à un commentaire offensant envers le dieu Shiva. Sa réponse, jugée insultante envers le prophète Mahomet, a été traduite en arabe et portée à la connaissance des autorités saoudiennes.

Le 1er juillet, sa famille sollicitait l’aide du ministère sri-lankais des Affaires étrangères et le lendemain son employeur informait l’ambassade de son arrestation. Une querelle née autour d’un chien au Sri Lanka était devenue, en moins d’une semaine, une affaire pénale, puis diplomatique.

En juillet, la justice saoudienne a condamné M. Anojan à cinq ans de prison et à une amende de trois millions de riyals, soit environ 800 000 dollars. Ses défenseurs ont fait appel pour obtenir une peine moins lourde mais le parquet a demandé, lui aussi en appel, une peine plus sévère. En septembre, la juridiction d’appel a retenu l’accusation d’insulte au prophète et prononcé la peine de mort (une condamnation qui ne signifie pas qu’une exécution est imminente). Le ministre sri-lankais des Affaires étrangères l’a confirmé devant le Parlement le 22 septembre. Un recours devant la Cour suprême saoudienne est en préparation.

À Colombo, l’affaire a pris une dimension nationale. Le président Anura Kumara Dissanayake a reçu les parents de M. Anojan et demandé que les démarches juridiques et diplomatiques soient accélérées. Parallèlement, une demande de grâce doit être adressée au roi d’Arabie saoudite.

1 ménage sur 11 vit grâce à de l’argent en provenance de l’étranger

Cette histoire dépasse le drame d’un homme et de sa famille. Dans un pays de 21,8 millions d’habitants, environ 300 000 personnes partent chaque année travailler à l’étranger. En 2025, elles étaient 310 915, dont 80,2 % à destination du Moyen-Orient, principalement des États du Golfe. En juillet 2026, le gouvernement sri-lankais évaluait à 1,08 million le nombre de ses travailleurs enregistrés à l’étranger, dont plus de 900 000 dans quatre pays : les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar.

Leur travail fait vivre des familles. Le Sri Lanka compte à peu près de 6 millions de ménages et environ un sur onze reçoit de l’argent de l’étranger, soit, à l’échelle actuelle du pays, quelque 550 000 foyers. Pour mesurer ce qu’ils représentent à l’échelle d’un foyer, il faut rappeler qu’en 2024, la moitié des salariés sri-lankais payés au mois gagnaient moins de 48 000 roupies mensuelles, soit environ 150 euros. Le salaire moyen de cette catégorie était de 58 292 roupies. L’argent envoyé du Golfe couvre les dépenses courantes de nombreux foyers. Mais ils apportent aussi les devises dont le pays, marqué par la crise de 2022, a grandement besoin. En 2025, les expatriés ont envoyé 8,08 milliards de dollars au Sri Lanka, l’équivalent d’environ 7,4 % de son PIB, évalué à 108,8 milliards de dollars. Les Émirats, le Koweït et l’Arabie saoudite figurent parmi les principales provenances de ces transferts.

Codépendance

Cette dépendance donne sa portée politique à l’affaire de M. Anojan. Le Sri Lanka cherche à défendre l’un de ses ressortissants tout en préservant ses relations avec les États qui emploient des centaines de milliers de ses travailleurs. L’Inde, les Philippines, le Bangladesh et le Népal sont confrontés, à des degrés divers, à la même difficulté. Le salaire gagné dans le Golfe peut faire vivre plusieurs personnes restées au pays mais il relève cependant des lois de l’État où il travaille, comme M. Anojan vient de l’apprendre dans les circonstances les plus dramatiques.

De l’autre côté, les monarchies du Golfe dépendent tout autant de ces arrivées. Les étrangers représentent environ 42 % des habitants de l’Arabie saoudite, 67 % de ceux du Koweït et près de 88 % de ceux du Qatar, selon les données comparables rassemblées pour 2022 par le programme Gulf Labour Markets and Migration. Ces proportions concernent l’ensemble des résidents étrangers, travailleurs et familles compris. Elles donnent néanmoins la mesure du phénomène. Ces travailleurs occupent des emplois qui vont des chantiers aux hôpitaux, des services domestiques aux bureaux d’ingénierie. Le Golfe a ainsi construit une part de sa prospérité avec des hommes et des femmes auxquels il offre du travail sans leur ouvrir, dans la plupart des cas, la perspective de devenir membres de la communauté politique. Leurs pays d’origine, eux, comptent sur l’argent qu’ils renvoient tout en disposant de moyens limités pour les protéger une fois qu’ils ont franchi la frontière…

La guerre qui secoue la région depuis février 2026 met déjà cette dépendance à l’épreuve et son premier effet est déjà visible sur les nouveaux départs. Selon l’Organisation internationale du travail, les envois de travailleurs philippins vers les États du Golfe ont chuté d’environ 78 % en mars par rapport à mars 2025. Le Bangladesh, le Népal et le Pakistan ont également enregistré de fortes baisses. Les vols perturbés, les inquiétudes pour la sécurité et les recrutements différés peuvent empêcher un travailleur de partir avant même que son premier salaire soit versé.

Pour ceux qui sont déjà sur place, le choc peut être moins visible. Au Sri Lanka, une réunion organisée en août avec l’OIT a évoqué des heures réduites, des salaires retardés et des contrats non renouvelés, même lorsque les travailleurs conservent officiellement leur emploi. Il serait pourtant faux d’annoncer déjà un effondrement des transferts et les sommes reçues par le Sri Lanka ont encore augmenté de 21,4 % sur les sept premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. La guerre fragilise donc les perspectives d’emploi, sans avoir jusqu’ici interrompu la manne des expatriés. En revanche, elle alourdit déjà la facture pétrolière du pays, en hausse de près de 60 % sur cette période. Colombo pourrait ainsi avoir davantage besoin des devises envoyées du Golfe au moment même où les emplois qui les produisent deviennent plus incertains.

Trois phénomènes façonneront l’avenir de ces migrations de travail. À court terme, la guerre qui secoue la région depuis février 2026. Si les échanges et les chantiers reprennent, les recrutements pourraient retrouver leur rythme. Si le conflit dure ou s’étend, les employeurs du Golfe risquent de différer les embauches et le renouvellement des contrats. Les transferts d’argent pourraient alors diminuer avec retard, à mesure que les travailleurs déjà sur place perdraient leur emploi ou rentreraient chez eux. Pour l’heure, ce recul n’apparaît pas dans les chiffres sri-lankais : les sommes envoyées par les expatriés ont encore augmenté au cours des sept premiers mois de 2026.

À plus long terme, les économies asiatiques redistribueront peut-être les rôles.Le Sri Lanka cherche déjà d’autres débouchés, notamment au Japon et en Corée du Sud, dont le vieillissement crée des besoins de main-d’œuvre. La Chine vieillit elle aussi et sa population active diminue, mais rien ne permet de la présenter aujourd’hui comme un futur marché pour les travailleurs sri-lankais comparable au Golfe. De leur côté, les monarchies arabes veulent réserver davantage de postes à leurs citoyens tout en continuant à recruter des étrangers. Les pays qui envoient des travailleurs auront donc davantage de destinations possibles, sans être assurés que celles-ci offriront assez de places pour remplacer le marché du Golfe.

Enfin, le Sri Lanka pourrait voir se réduire sa propre réserve de travailleurs. Le pays compte 21,8 millions d’habitants, mais la fécondité est tombée à 1,3 enfant par femme, et 18 % de sa population a déjà 60 ans ou plus. Le vieillissement pourrait accroître le besoin de revenus envoyés de l’étranger tout en diminuant progressivement le nombre de jeunes susceptibles de partir. Ces trois évolutions rendent l’affaire Anojan plus délicate encore pour Colombo, mais aussi pour Riyad. Le Sri Lanka a besoin du travail offert par le Golfe. L’Arabie saoudite a besoin de ceux qui viennent l’accomplir. Le sort d’Anojan dira aussi ce que vaut cette dépendance réciproque lorsqu’un travailleur se retrouve face à la justice du pays qui l’emploie.

Primaire socialiste: les Marx Brothers font le spectacle

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Primaires pour 2027: la farce avant la tragédie


Le karaoké électoral de 2027 est lancé. Tous les naufrageurs rempilent et se trémoussent sur le dancefloor des primaires. Magic Circus, Moonwalk, petits meurtres entre amis : l’indécence commune et les pitreries vont crescendo. Triste comme un lion mangé par la vermine, le peuple français aux membres énervés est accablé par les déclassements, postures, forfaitures, dénis d’initiés sur la gravité des maux qui minent le pays. L’abstentionnisme, le complotisme, la désespérance ne sont pas les fruits amers d’un discours churchillien – de vérité -, jamais tenu, mais l’aboutissement des trahisons, mensonges et vérités alternatives répétés depuis des lustres et qui prennent le poli de la pierre.

Des chiffres et des Lettres

Les Comptes ne sont pas bons. Une ardoise de 3540 milliards d’euros, 122 % du PIB, 70 milliards d’intérêts à rembourser chaque année. La dette publique française augmente de 6000 euros chaque seconde. Etranglée par les créanciers, cernée par les ours, les loups, les renards, dans les choux, la chèvre française attend le méchoui. L’Europe n’est pas en reste. Derrière un masque d’Antigone Ange gardien se cache une Europe Félicité Baratin, Un Coeur simple. Elle perd les pédales dans un gloubi-boulga de directives, règlements, naïvetés, prend son perroquet Loulou pour le Saint-Esprit, fait pitié.

Les Lettres ne vont pas mieux. Lagarde meurt et Michard l’attend. L’électrocardiogramme du Mammouth est plat. La dégringolade se confirme dans les classements Pisa. Les politiques, les enseignants, syndicats, médias, se satisfont de l’omerta. Réformer serait acter la débâcle, reconnaître une responsabilité, risquer des heures supplémentaires.

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Les mots-valises, slogans toutlemondistes, incantations chamaniques (ta m…) sur le « vivre ensemble », n’abusent personne. Pas de nation sans communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs, d’espérances ; pas de patrie sans citoyens désireux de travailler, s’élever, combattre ensemble, vivre et mourir les uns pour les autres. Même pas en rêve… La France est fracturée, la communauté réduite aux applis et aux aguets. Marianne se meurt.

Ma Dalton, Jo, Averell, Monsieur Brun et Oum le dauphin

A la peine dans les sondages, la gauche garde le leadership du Grand-Guignol. Dans l’entre soi, les prébendes, le fanatisme, les inquisiteurs du camp du bien, France Inter, la Pigasse sphère, veulent fendre la presse. Les marmiteux de l’indignation, écolâtres décoloniaux, sycophantes siphonnés, pourchassent les sorcières mal-pensantes, achèvent la démolition nationale commencée en Mai 68. Ils exècrent le travail, le mérite, veulent des coupables, squattent un néant aseptisé baptisé « diversité ». Une pierre à la main ils guettent le sommet ; de l’autre ils font l’aumône.

Depuis cinquante ans, Jo Dalton Mélenchon, piquant et amer, mêlé de fiel et d’absinthe, remue à lourdes pelletées la suffisance et les oukases, multiplie les sorties, virages et stratégies : trotskiste, maçon, socialiste, mitterrandiste, jospiniste, islamo-gauchiste, mélenchoniste…

A lire aussi, François Degois: Le cœur à gauche mais la tête froide

Ségolène Royal, Ma Dalton du PS, Fêlée Clochette de la bravitude, accuse Averell Glucksmann d’être un stagiaire dangereux. Le bizut se rebiffe, raille Ségo Folle de Chaillot, Reine des Neiges, des pôles positions, maroquins et réceptions de l’ambassadeur. En ouverture de la primaire sociale-démocrate, Plein Soleil, les copains d’abord, amis franco de port, ont passé par-dessus bord Monsieur Brun, accusé de harcèlement et violences physiques. Casqué, affuté comme un crotale, William Flanby attend son heure, sur son scooter.

Les droites s’embrouillent dans les postulats d’Euclide. Les valeurs libérales, colbertistes, patriotes, européennes varient au gré des angles, congruences, ambitions personnelles. Écœurés par les trahisons, la cuisine politicienne, les salades composées, trois saveurs, deux « toppings », les électeurs ont le mal du Péguy. La Princesse de Clèves, d’Artagnan, Cyrano et les héros sont fatigués. Le mérite, l’honneur, le panache, la vertu, la grandeur n’ont plus court.

Au centre, des gouvernements de rencontre, Colbert en carton-pâte, louvoient, verbigèrent, changent de réforme, modernisent la bureaucratie, singent le pouvoir. Gabriel Attal « pense savoir comment présider la France » ; il nous le dit sans fard. Oum le Dauphin, fait des bulles, des saltos, se prend pour Moby Dick. Au Havre, insoucieux de tous les équipages, dans le clapotement furieux du marais, Capitaine Haddock du changement dans la continuité, Edouard Philippe cherche une boussole et un cap.

La nef des fous, du flou, la nullité de notre classe politique, le Mal français, ne datent pas d’hier. Le salut, l’urgence absolue, se résument à trois chantiers : contrôler les frontières pour juguler le chaos migratoire, équilibrer les comptes de la nation pour éviter le dépôt de bilan, remettre la jeunesse à l’étude et le pays au travail. Aucun parti n’a le courage de s’engager de façon inconditionnelle sur cet agenda de la dernière chance. 

La Dernière classe

La France est dans la nasse, pour de bon. Le chantage au péril fasciste, les barrages républicains, arcs citoyens, pactes « l’eusses-tu cru », déodorants anti-nauséabond, font pschitt. La conviction qu’en 2027 nous allons rempiler pour un quinquennat d’impuissance, de compromis impossibles et descente aux enfers, est désespérante. Le pays est irréformable parce qu’il a perdu pied avec le réel. Trois générations de gauchisme d’atmosphère, bourdieuseries, culture de l’excuse, lamentos victimaires, ont lavé les cerveaux. Les économistes, les éducateurs, les journalistes du service public, sont les plus atteints. Au royaume des bons sentiments, la dette, l’insécurité, la DZ Mafia, le grand remplacement n’existent pas. Nous sommes riches de nos différences.

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La France ne se redresse qu’après les déculottées militaires : 1815, 1870, 1945… Dans Les Contes du lundi, Alphonse Daudet relate « La Dernière classe » d’un instituteur alsacien, avant l’arrivée des Prussiens. 

« Alors, d’une chose à l’autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide : qu’il fallait la garder entre nous et ne jamais l’oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clef de sa prison (…) Ah ! je m’en souviendrai de cette dernière classe…

Tout à coup l’horloge de l’église sonna midi, puis l’Angelus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l’exercice éclatèrent sous nos fenêtres… M. Hamel se leva tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m’avait paru si grand. « Mes amis, dit-il, mes amis, je… je… ». Mais quelque chose l’étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase. Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put : « VIVE LA FRANCE ! ». Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main, il nous faisait signe : C’est fini… allez-vous-en ».

Aujourd’hui les Prussiens sont à Saint-Denis, dans les rectorats, au Collège de France, à la Maison de la radio, à Sciences Po. Le pays sombre et se déchire. Comme l’aspirant Grange, le capitaine de Reixach, le commandant Drogo, les Français, sans illusions, attendent.

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Hal, open the fucking door!

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Scandale. Un succès de la rentrée littéraire déclaré positif au contrôle anti-dopage ! Le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien est accusé d’avoir été écrit par l’intelligence artificielle. Elisabeth Lévy livre ses réflexions sur cette affaire vertigineuse dans sa chronique du matin. Nous vous proposons de l’écouter.


Qui est l’auteur de C’était ça ou mourir, un roman à succès : un écrivain ou une machine ? Ce livre a fait pleurer Robert Ménard et enthousiasmé la critique. Signé par l’Haïtien-Canadien Thélyson Orélien, il raconte les tribulations de Jonas Dorléon, un professeur de Port-au-Prince qui part s’installer au Canada. 35 000 exemplaires vendus, en lice pour les prix Goncourt et Renaudot : nous avons affaire à un roman sur l’exil bien sous tous rapports et à un auteur devenu la coqueluche de la République des lettres.

Hier, C’était ça ou mourir a gagné le prix du roman Fnac. Une heure après, le compte X « Balance ton Claude » balance une bombe : 100 % du livre aurait été écrit par l’intelligence artificielle. Ce résultat est fourni par un détecteur appelé Pangram, considéré comme fiable (l’équivalent d’un expert en tableaux, selon Le Figaro). Pangram a avalé le roman. Verdict : 100 % IA. Ce qu’on croit être d’agaçants tics de langage (comme le rythme ternaire, par exemple) tiendrait à des récurrences produites par des algorithmes.

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L’auteur a protesté, se disant évidemment victime de « haters » et de racistes – le contraire aurait été étonnant – et il a fermé son blog où les internautes allaient fouiner dans son travail. Le Figaro a passé ses travaux antérieurs à ChatGPT à la même moulinette Pangram : ces textes-là ont, quant à eux, été validés 100 % humain. Cela ne constitue pas une preuve, mais tout de même un indice troublant.

Même si le livre est écrit par une IA, l’émotion des lecteurs est bien humaine. Après tout, qu’est-ce que ça change ?

Qu’est-ce que ça change si ce Rembrandt est un faux ? C’est une rupture du contrat imaginaire entre un artiste et son public. L’œuvre n’est plus le message qu’un ami inconnu vous adresse, à travers les siècles ou les océans, mais une pure fabrication calculée pour vous plaire. Dans Le Figaro, le chroniqueur Samuel Fitoussi dit que «la lecture est un acte social», qu’«on a envie d’avoir accès à une autre subjectivité» – une subjectivité humaine, s’il faut le préciser.

Cette affaire pose des questions vertigineuses sur la destitution de l’homme. «Après Copernic, Darwin et Freud, voici la quatrième blessure narcissique: l’homme écrit moins bien qu’un ordinateur», disait récemment l’écrivain Frédéric Beigbeder. Quel est le propre de l’homme sinon le langage ? Si une machine sait fabriquer du beau, pourquoi ne pourrait-elle pas gouverner le monde ? Et nous foutre dehors dans l’espace, un peu comme Hal dans 2001 : L’Odyssée de l’espace ?

Ce qui fait peur n’est pas seulement que la machine écrive aussi bien qu’un humain, c’est qu’on ait besoin d’une machine pour faire la différence. Peut-être que ce n’est pas la machine qui écrit bien, mais nous qui lisons mal et nous contentons désormais d’une langue morte et d’émotions précalibrées : peut-être, autrement dit, que nous sommes de moins en moins humains. Et pas par la faute des machines.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

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« Nous demandons à l’Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme! »

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Guilhem Carayon regrette que la directrice de Radio France, Sibyle Veil, et la directrice de France Inter, Céline Pigalle, aient manqué de courage face aux syndicats de gauche. Alors que l’élection présidentielle approche et que l’audiovisuel public appartient à tous les citoyens, il ne souhaite pas que l’affaire Charles Sapin en reste là.


Causeur. L’ancien directeur du CSA Jean-Éric Schoettl et l’avocate Noëlle Lenoir s’étonnaient hier, dans Le Figaro1, que l’Arcom ne fasse rien contre « l’accaparement idéologique des antennes publiques ». Votre démarche peut-elle contraindre l’organisme à finalement agir dans l’affaire Charles Sapin ?

Guilhem Carayon. Nous espérons que notre saisine de l’Arcom et la pression populaire de la pétition lancée en parallèle contraindront le gendarme de l’audiovisuel à agir.

Nous ne demandons ni le retour de Charles Sapin ni la désignation des chroniqueurs de France Inter par l’Arcom. Nous demandons à l’Arcom d’examiner la programmation de France Inter sur une période significative d’au moins trois mois, et notamment la diversité des chroniqueurs, des thématiques et des points de vue, ainsi que les formats dans lesquels les différentes opinions peuvent s’exprimer. Si un déséquilibre manifeste et durable devait être constaté, la Ligue des Libertés demanderait à l’Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme.

Il existe en effet un doute très sérieux quant au respect, sur France Inter, de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion, qui incombe à la radio publique.

L’affaire Sapin est un exemple particulièrement révélateur : alors même que la directrice de France Inter, Céline Pigalle, défendait publiquement ce choix à la rentrée au nom du pluralisme, qu’elle qualifiait de « fondamental » pour une radio publique, Charles Sapin a fini par être écarté. Non pour le fond de ses travaux passés ou de ses premiers éditoriaux sur la chaîne, mais simplement pour son appartenance à Valeurs actuelles — insupportable aux yeux des syndicats.

Ce doute est d’autant plus légitime que les chiffres sont éloquents. Ainsi, depuis le 1ᵉʳ septembre, France Inter n’a invité à s’exprimer dans sa matinale en semaine aucune personnalité du Rassemblement national et une seule personnalité de droite (Michel Barnier), sur un ensemble de 15 personnalités, comme le relève une étude de l’Observatoire Hexagone.

Les travaux de la commission d’enquête ne semblent pas avoir incité la direction de France Inter à prendre la mesure de ses obligations de pluralisme.

Qu’est-ce que la Ligue des Libertés, exactement ?

Fondée en février, la Ligue des Libertés est une association qui réunit des avocats, des juristes, des universitaires et des personnalités de la société civile.

Notre ambition est claire : porter devant les tribunaux la voix de ceux qu’on n’entend plus, afin que le droit redevienne un instrument de protection du peuple et de l’intérêt général. Et ce, dans tous les domaines : les libertés publiques, la sécurité, la politique migratoire, l’aide sociale à l’enfance, etc. Nous défendons ceux qui subissent les carences de la puissance publique : les familles, les contribuables, les entrepreneurs, les collectivités, les agents de l’État. Nous accompagnons depuis le début de l’année la famille d’un enfant victime d’abus sexuels dans le périscolaire parisien. Nous avons obtenu l’incarcération de l’animateur périscolaire accusé par de nombreuses autres victimes des mêmes faits. Nous sommes aux côtés de la famille de Louis, un jeune de 17 ans lynché à mort à Narbonne pendant l’été. Notre avocat bataille pour obtenir la condamnation la plus sévère pour les assassins de Louis.

Nous avons engagé plusieurs actions contre l’État : d’abord pour inaction sécuritaire avec Claire Géronimi afin de reconnaître la faute de l’État dans le drame qu’elle a subi. En effet, l’agresseur de Claire avait fait l’objet de plusieurs OQTF qui n’ont jamais été exécutées. Par ses carences, l’État a une responsabilité dans ce drame. Concernant la fuite des données de l’ANTS, nos avocats ont aussi engagé une procédure contre l’État devant les juridictions administratives. Au total, nous sommes déjà mobilisés sur une vingtaine de dossiers depuis le début de l’année. Et nous avons tellement d’autres combats à mener !

Dans l’affaire qui nous occupe aujourd’hui, cette fameuse chronique hebdomadaire dominicale « cancelée » du directeur adjoint de Valeurs actuelles, on a l’impression que ce sont les syndicats gauchisants qui auront eu le dernier mot. Qui dirige vraiment Radio France ? La CGT ? Mmes Veil et Pigalle ? Le gouvernement n’aurait-il pas dû intervenir dans ce dossier ?

Tout d’abord, les syndicats sont dans leur rôle : la liberté syndicale les autorise à exprimer publiquement leur opinion sur telle ou telle décision de la direction. Ils n’ont toutefois aucun pouvoir de décision ni de sanction. Les décisions sont du ressort direct de Mmes Veil et Pigalle, qui doivent les assumer avec courage. C’est précisément ce courage qui a manqué dans l’affaire Sapin. La direction a préféré acheter la paix sociale plutôt que de défendre par des actes les principes fondamentaux de l’audiovisuel public.

Le journaliste Charles Sapin au micro de France inter. Open AI.

Ensuite, non, le gouvernement n’a pas à intervenir. En effet, l’indépendance éditoriale et opérationnelle de l’audiovisuel public est, à raison, strictement protégée par la loi. C’est à l’Arcom, en tant qu’autorité publique indépendante, de s’assurer que les règles du pluralisme sont respectées sur l’antenne de France Inter. Et nous espérons que l’Arcom remplira sa mission.

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Les salariés de Radio France mécontents avancent que l’hebdomadaire ayant été condamné en justice et ayant consacré des unes à charge contre l’audiovisuel public ces dernières années, ce n’est pas la personne de Charles Sapin, mais son appartenance à Valeurs actuelles qui rendait la collaboration impossible. Cet argument doit-il être balayé d’un revers de main, selon vous ?

La position des salariés de Radio France est révélatrice de la conception hypocrite de la liberté d’opinion que se font certains (visiblement nombreux) au sein de la Maison ronde. Plutôt que de juger Charles Sapin sur le fond de ses précédents papiers ou de ses deux premières chroniques, ils se sont arrêtés à son appartenance à un journal dont ils ne supportent pas la ligne éditoriale. Il est regrettable qu’ils n’aient pas eu l’intelligence démocratique de le laisser s’exprimer puis de juger ses chroniques qui, rappelons-le, ne duraient que deux minutes trente par semaine. On était loin d’une nouvelle ligne éditoriale au sein de France Inter ! Charles Sapin ne venait pas au micro de France Inter faire de la propagande pour Valeurs actuelles, mais bien exprimer son point de vue personnel qui, visiblement, ne dérangeait pas l’an dernier lors de ses passages réguliers au micro de la radio.

Après être passé par l’UNI et avoir dirigé les Jeunes LR jusqu’en 2024, vous avez rejoint l’UDR d’Éric Ciotti, soutien de Marine Le Pen. Quelle réforme de l’audiovisuel public votre mouvement préconise-t-il ?

Nous voulons un audiovisuel public neutre, recentré, rigoureux et mieux gouverné. D’abord, un audiovisuel public neutre. Cette exigence implique d’appliquer réellement aux salariés l’obligation de neutralité, y compris sur les réseaux sociaux, avec un devoir de réserve renforcé pour les présentateurs et des sanctions graduées et publiques. Ensuite, un périmètre resserré : nous préconisons de fusionner France 2 et France 5, Franceinfo et France 24, France 3 Régions et ICI, et de supprimer France 4, France TV Slash et Mouv’. Puis, la rigueur : nous souhaitons réduire de trois quarts le budget des jeux et divertissements, d’un tiers celui des sports, mettre fin au recours aux animateurs-producteurs et soumettre les achats de programmes à la commande publique. Enfin, la gouvernance : nous voulons que les dirigeants soient nommés par le président de la République après avis du parlement et avis conforme de l’Arcom. Nous souhaitons en outre un contrôle de la Cour des comptes tous les cinq ans ainsi qu’une loi de programmation.

Ces mesures représentent au total un milliard d’euros d’économies : de quoi augmenter de moitié les crédits d’entretien du patrimoine et consacrer 500 millions d’euros au désendettement de l’État, tout en garantissant un audiovisuel public de qualité.

  1. https://www.lefigaro.fr/vox/medias/charles-sapin-ecarte-de-france-inter-que-fait-l-arcom-face-a-l-accaparement-ideologique-des-antennes-publiques-20260921 ↩︎

Derrière la poussée spectaculaire de la gauche radicale à Berlin

Les deux jeunesses de la nouvelle gauche européenne


Ce qui vient de se passer à Berlin mérite d’être regardé en France, non parce que les deux situations seraient identiques, mais parce qu’on y voit apparaître une configuration politique qui n’est pas sans écho chez nous. Die Linke y a remporté environ 25,7 % des suffrages, plus du double de son résultat de 2023, avec une poussée spectaculaire chez les jeunes. Le vieux parti issu de l’histoire communiste allemande rajeunit ainsi au moment même où disparaissent ceux qui avaient connu le communisme: il fallait peut-être que celui-ci devînt un souvenir pour que son lointain héritier pût redevenir jeune.

Si jeunesse savait…

Mais cette jeunesse n’est plus celle de l’ancienne gauche. Le prolétaire en bleu de travail, l’usine, le syndicat et la conscience ouvrière ont quitté le tableau. À leur place apparaît une coalition autrement étrange, dont La France insoumise offre chez nous, toutes différences gardées, une autre configuration : d’un côté, la jeunesse des universités et des métropoles ; de l’autre, une jeunesse issue des immigrations extra-européennes, notamment musulmanes.

Deux jeunesses que presque rien ne semblait destiner à faire peuple ensemble.

La première est celle des étudiants, diplômés et jeunes employés des secteurs culturels, associatifs, universitaires ou numériques, auxquels l’école, les médias et surtout les réseaux sociaux ont transmis moins une culture commune qu’un vocabulaire pour interpréter le monde : écologie, discriminations, genre, colonialisme, diversité, privilèges, domination.

Il ne faudrait pas en faire une bourgeoisie privilégiée. Beaucoup connaissent les loyers trop lourds, les emplois incertains et cette autonomie tardive qui permet d’avoir trente ans, un diplôme et de dépendre encore de ses parents. Mais il serait tout aussi inexact de les dire simplement incultes. Ils sont moins incultes que formatés, immergés depuis l’adolescence dans un flot d’informations et d’indignations qui leur ouvre la planète entière tout en leur fournissant les catégories avec lesquelles il convient de l’interpréter.

Le paradoxe est celui d’une culture sans véritable héritage commun. On peut suivre heure par heure ce qui se passe à Gaza ou sur un campus américain, maîtriser le vocabulaire du privilège et de la domination, et connaître beaucoup moins les longues histoires nationales, religieuses et politiques auxquelles on applique ces catégories. Cette jeunesse sait énormément de choses sur ce qui arrive et parfois beaucoup moins sur ce qui est arrivé ; elle a appris à juger l’héritage avant de l’avoir reçu.

À côté d’elle grandit une autre jeunesse, issue davantage des immigrations extra-européennes et, pour une partie d’entre elle, de quartiers islamisés, c’est-à-dire de quartiers où l’islam n’est plus seulement une croyance privée mais une présence sociale et culturelle intervenant dans les appartenances et les normes.

Cette seconde jeunesse n’est précisément pas progressiste, et c’est ici que les catégories habituelles de la gauche deviennent trompeuses. Un jeune musulman appartenant à une famille conservatrice peut avoir sur la religion, la famille, la sexualité ou les rapports entre hommes et femmes des conceptions beaucoup plus traditionnelles que l’étudiant progressiste qui marche à côté de lui dans une manifestation.

Islamo-gauchisme : définition

L’un a appris à se méfier des héritages quand l’autre peut chercher dans le sien une dignité ; l’un voit volontiers l’appartenance comme une limite quand l’autre l’éprouve comme une fidélité et parfois comme la réponse à cette question que le premier ne sait plus très bien se poser : de quoi suis-je l’héritier ?

Et pourtant leurs bulletins peuvent tomber dans la même urne.

C’est ce rapprochement, bien davantage qu’une conversion générale de la jeunesse européenne au progressisme, qui constitue la nouveauté politique.

Elif Eralp, qui a conduit Die Linke lors du scrutin berlinois, se trouve au croisement de ces mondes. Née à Munich de parents venus de Turquie, socialistes et syndicalistes ayant fui leur pays après le coup d’État militaire de 1980, juriste allemande, fille d’une mère féministe, elle appartient pleinement à la gauche progressiste tout en portant dans sa biographie l’histoire migratoire de l’Allemagne contemporaine. Elle n’incarne évidemment pas la jeunesse musulmane conservatrice, mais peut parler le langage de la gauche tout en s’adressant à une Allemagne issue de l’immigration.

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Jean-Luc Mélenchon poursuit en France, avec son remarquable instinct des déplacements politiques, une entreprise comparable. Dans son discours de Saint-Denis du 7 juin 2026, lorsqu’il décrit la jeunesse comme une « quasi-classe générationnelle » avant de réunir cet ensemble sous le nom de « nouvelle France », il ne cherche pas seulement des voix : il cherche à donner un nom à ce qu’il espère transformer en peuple politique.

L’ancienne gauche pouvait s’appuyer sur une expérience relativement commune: l’usine, le patron, le salaire, la grève donnaient au mot « classe » une réalité que la théorie n’avait pas à inventer. La gauche nouvelle doit accomplir une opération plus improbable: faire cohabiter le diplômé écologiste, la jeune féministe, le locataire étranglé par son loyer, le fils d’immigrés convaincu de subir une discrimination et le musulman conservateur que certaines conquêtes culturelles célébrées par ses alliés peuvent laisser indifférent, voire heurter.

Langage commun

Elle dispose pour cela d’un langage commun: celui de la domination. L’inégalité économique, le patriarcat, le racisme, les discriminations ou la police peuvent être traduits dans une même grammaire opposant ceux qui subissent à ceux qui détiennent le pouvoir.

La Palestine constitue probablement le lieu où cette convergence devient la plus visible. Le jeune progressiste peut y retrouver son anticolonialisme, son antiracisme et sa critique de l’Occident ; une partie de la jeunesse musulmane peut y investir une solidarité historique, familiale, religieuse ou identitaire beaucoup plus immédiate.

Ils portent le même drapeau sans nécessairement y voir la même chose. C’est peut-être le secret de cette coalition : elle n’a pas besoin d’une communauté complète de valeurs ; une communauté suffisante de griefs, de causes et d’adversaires peut lui suffire.

Il serait pourtant trop facile de n’y voir qu’une manipulation idéologique, car les idéologies puissantes n’inventent pas les blessures ; elles les recueillent et leur donnent une interprétation. À Berlin comme à Paris, le logement est devenu une épreuve, l’autonomie se retarde, la propriété s’éloigne et la vieille promesse selon laquelle les études permettraient aux enfants de vivre mieux que leurs parents a perdu son évidence.

La nouvelle gauche transforme ces inquiétudes en récit politique. L’ancienne lutte des classes laisse ainsi apparaître une coalition des dominations, plus disparate que le prolétariat dont rêvaient les marxistes, mais singulièrement adaptée aux sociétés fragmentées du XXIe siècle.

Seulement Berlin n’est pas l’Allemagne. Ailleurs, notamment dans l’Est, une autre partie de la jeunesse se tourne vers l’AfD. Elle aussi peut éprouver le sentiment qu’on lui retire quelque chose, mais elle n’en désigne pas les responsables au même endroit. Quand les uns pensent que l’Europe souffre encore de trop de frontières, de traditions et de discriminations, les autres estiment que ce sont précisément les frontières, les traditions et les continuités historiques qui ont été trop affaiblies. Les premiers craignent que le vieux monde ne disparaisse pas assez vite ; les seconds qu’il ait déjà presque disparu. La fracture ne passe donc plus seulement entre les enfants et leurs parents ; elle traverse les enfants eux-mêmes.

Entre ces jeunesses demeure ce vaste centre européen qui a longtemps cru qu’une société pouvait être administrée à coups de normes, d’expertises et de compromis. Il peut encore gouverner ; il peine davantage à expliquer pourquoi le monde qu’il administre mérite d’être continué.

Car une civilisation ne survit pas seulement grâce à ses institutions. Elle survit aussi longtemps qu’elle réussit à faire comprendre à ceux qui viennent après elle que le monde reçu des morts, malgré ses crimes et ses injustices, contient quelque chose qui mérite d’être transmis. Lorsque cette conviction disparaît, l’Histoire cesse d’être un héritage et devient une salle d’audience où l’on convoque les morts pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas nos opinions, jusqu’à ne plus comprendre pourquoi les peuples voulurent demeurer des peuples ni pourquoi aucune civilisation ne peut longtemps survivre si elle ne transmet à ses enfants que les raisons d’avoir honte d’elle.

Le succès de Die Linke à Berlin et l’attraction exercée par La France insoumise sur une partie de la jeunesse française révèlent ainsi davantage qu’un déplacement électoral. Une gauche nouvelle apprend à réunir des groupes qui n’ont ni les mêmes origines, ni les mêmes mœurs, ni toujours la même conception de l’émancipation, mais dont les mécontentements peuvent être traduits dans une langue politique commune.

Son invention est peut-être d’avoir compris qu’il n’est pas nécessaire de vouloir exactement le même monde pour combattre momentanément le même.

Sa difficulté commencera lorsque ceux qui se sont accordés sur ce qu’ils refusent devront décider de ce qu’ils veulent conserver et transmettre. Ils découvriront alors si leur alliance constituait véritablement un peuple politique ou seulement la rencontre provisoire de deux jeunesses ayant trouvé les mêmes adversaires sans avoir jamais rêvé du même avenir.

Allemagne: il n’est plus question d’interdire l’AfD

Coup dur pour la CDU. Le parti du chancelier Merz ressort très affaibli des élections de dimanche dernier: il s’incline face aux nationalistes en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et cède du terrain face à la gauche radicale dans le Land de Berlin.


Nouvelle bérézina pour Merz

Deux semaines après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, une nouvelle bérézina n’a pu être évitée par le chancelier Merz dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où la CDU a obtenu un maigre score de 4,9 %. Pire encore, selon les données connues à ce jour, la CDU n’entrera même pas au parlement régional du Land. Lors des élections du dimanche 20 septembre, la CDU de Merz a perdu 8,4 points par rapport à son score des élections de 2021. Vraisemblablement, une part significative des électeurs de la CDU s’est tournée vers l’AfD, qui est sortie comme la force politique principale lors des élections de dimanche dernier.

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Pour la première fois, les démocrates-chrétiens ne seront pas représentés au parlement régional. C’est un événement en soi. Le président régional de la CDU, Daniel Peters, après la publication des résultats généraux, a déclaré que son parti avait subi une « défaite cuisante ». Dans une manœuvre politicienne, il a tenté de disculper le chancelier allemand. Sans succès, car, dans les débats politiques des médias ou entre simples citoyens, l’opinion publique considère Friedrich Merz comme directement responsable de la défaite de la CDU.

Ce résultat marque également un autre record historique pour la CDU : il s’agit de son pire résultat aux élections régionales depuis 1951, année où le parti avait obtenu 9 % des voix à Brême. Un résultat si cinglant, avec une telle perte d’électeurs (et de sièges régionaux), atteste d’un séisme politique en Allemagne. Les forces politiques traditionnelles ne peuvent plus contenir les sensibilités des électeurs, qui en sont arrivés à la détestation de personnalités comme le chancelier Friedrich Merz, considéré par une majorité de citoyens comme inapte à l’exercice de hautes responsabilités publiques.

L’AfD comme force politique incontournable

Les sondages, que la Chancellerie fédérale battait en brèche, prévoyaient justement une défaite historique du chancelier Friedrich Merz et la consolidation de la montée en puissance de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ainsi, l’Alternative pour l’Allemagne est arrivée en première position avec 37 à 38 % des voix, soit une croissance de 21,5 % par rapport aux élections de 2021. De l’avis général, cette formation est en passe de devenir un acteur institutionnel du pouvoir en Allemagne.

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Ce score assure à l’Alternative pour l’Allemagne 32 sièges au parlement régional du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (+18), dépassant ainsi le SPD au pouvoir, qui ne disposera que de 29 sièges, soit cinq membres en moins que pendant les cinq dernières années. Malgré cette nette mise en difficulté, l’actuelle ministre-présidente du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Manuela Schwesig, membre du SPD, s’apprête à tenter une alliance avec d’autres partis afin de conserver son poste et d’empêcher l’AfD de gouverner la région.

Razzia sur les électeurs

Lors de cette élection, l’AfD a arraché environ 45 000 électeurs au SPD, tout en mettant la main sur une grande partie des 67 000 électeurs qui votaient pour la première fois, au détriment de la CDU et du SPD. Forts de cette percée, les responsables de l’AfD ont revendiqué un mandat populaire pour gouverner le Land, notant une conquête progressive de l’ensemble de la société allemande par le parti. Le coprésident de l’AfD, Tino Chrupalla, a déclaré que la victoire de l’AfD dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale était un message sans équivoque adressé aux bureaux situés au 1, Willy-Brandt-Straße : Merz doit démissionner.

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Chrupalla a encore déclaré que son parti était disposé à dialoguer avec toutes les forces politiques. Quant à Alice Weidel, autre figure centrale de l’AfD, elle a souligné, outre la montée en puissance de son parti en tant qu’expression fédérale, que « Friedrich Merz devait assumer les conséquences de ses actes. Il doit le faire pour son parti et pour l’Allemagne. » Ces déclarations font suite à un communiqué du chancelier Merz, dont le contenu semblait avoir été rédigé avant même la fin du scrutin, dans lequel il s’abstenait de toute autocritique et encourageait son équipe à poursuivre dans la même voie. Ce message a suscité de nombreuses interrogations de la part d’acteurs de la sphère politique et culturelle. Ils reprochent au chancelier d’être déconnecté de la réalité et de s’accrocher désespérément au pouvoir.

Une diabolisation impossible

Les derniers résultats électoraux prouvent que la diabolisation de l’AfD, encore efficace il y a dix ans, ne porte plus ses fruits. Et, désormais, le scénario d’une interdiction brutale de l’AfD tournerait à son avantage.

En effet, la popularité indéniable de l’AfD transparaît non seulement dans le paysage allemand actuel, mais aussi au travers d’indicateurs émanant de la Große Koalition elle-même, où certains ont estimé, bien que timidement, qu’il ne serait pas approprié, à ce stade, de plaider pour l’inconstitutionnalité de l’AfD. Une telle décision pourrait donner l’impression que l’Allemagne s’est transformée en dictature, où l’opinion et les attentes de millions de citoyens ayant choisi l’AfD sont bafouées.

Pour rappel, depuis plus d’un an, les sondages d’opinion indiquent que plus de la moitié des Allemands sont hostiles à une exclusion de l’AfD des partis légaux et se montrent au contraire favorables à une cohabitation entre l’AfD et les partis traditionnels pour gouverner le pays.

La Belgique est-elle devenue un pays antisémite?

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Bruxelles, juillet 2026 © ERIC LALMAND/BELGA/SIPA

À Bruxelles, le chef d’orchestre israélien Lahav Shani fait l’objet d’appels au boycott et de pressions pour annuler sa venue au Bozar. À Louvain, le maire Mohamed Ridouani refuse d’accueillir le match de l’Union Saint-Gilloise contre l’Hapoël Beer-Sheva. Et on se souvient qu’à Liège, ville officiellement antifasciste, une synagogue a été visée par une explosion criminelle.


De mes années de prime jeunesse, j’ai conservé l’idée qu’ « on » n’en faisait jamais assez dans la lutte contre l’antisémitisme. À l’époque, les journaux que je dévorais, mes professeurs – forcément de gauche -, les campagnes des officines antiracistes ne cessaient de marteler le même discours convenu contre la bête immonde qui était alors d’extrême droite. Depuis que la haine ordinaire du juif est passée à l’extrême gauche, l’infâme semble devenu acceptable. En Belgique, plus sans doute qu’ailleurs en Europe, l’opposition à la politique du gouvernement israélien, les manifestations pour Gaza ou la posture antisioniste ne parviennent en réalité plus à masquer un mal beaucoup plus profond. 

Pétitions et démissions à l’opéra

Le directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, mais aussi de Munich, Lahav Shani doit se produire en novembre dans le prestigieux Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Déjà, la meute d’extrême gauche s’active pour faire annuler la venue de l’artiste, à coups de pétitions et de démissions – dont celles de trois membres du conseil d’administration de Bozar – et d’éditoriaux enflammés – dont celui de Baudouin Loos, du très à gauche quotidien Le Soir, estimant que, « même si Lahaf Shani condamne la guerre et ses atrocités, il doit être boycotté[1]« . Rappelons qu’il y a un an, il avait déjà été déprogrammé d’un festival à Gand et que, dans un autre registre musical, le chanteur israélien Amir avait été ciblé lors de sa venue aux Francofolies de Spa.

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Le monde de la culture n’est pas le seul touché par la vague brune. Le club bruxellois de l’Union Saint-Gilloise, dont les sympathisants sont par ailleurs un condensé de boboïsme, d’antifascisme bête et intolérant et de hipstérisme, doit affronter l’Hapoël Beer-Sheva en Coupe d’Europe au mois d’octobre. Tandis que le stade du club bruxellois ne répond pas aux normes pour abriter les rencontres continentales, l’Union a l’habitude de les délocaliser, souvent à Louvain. Seulement, le bourgmestre socialiste Mohamed Ridouani refuse que le rendez-vous footballistique se déroule sur le territoire de sa ville ; l’homme est un récidiviste puisqu’il avait déjà interdit la tenue d’un match des Red Flammes, équipe nationale belge féminine, contre son homologue israélienne. Pire encore, aucune autre ville belge semble disposée à accueillir le club du Néguev dans le sud d’Israël ; encore une fois, ce n’est pas un cas isolé : en 2024, Belgique-Israël avait dû se jouer… à Debrecen en Hongrie – on doute que nos dirigeants aient remercié Viktor Orbán pour l’hospitalité.

Promotion Rima Hassan à l’ULB

Ces prises de position récentes s’inscrivent dans une série d’incidents, plus ou moins graves, qui font tache : grabuge lors de la venue d’un professeur israélien de gauche à l’Université libre de Bruxelles – la même où il existe une « promotion Rima Hassan » -, slogans antisémites lors des manifestations, annulation d’une séance de dédicaces de Raphaël Enthoven prévue dans une librairie bruxelloise,  explosion criminelle visant une synagogue en mars dernier à Liège (ville officiellement « antifasciste ») et je sais déjà que ces lignes me vaudront quelques remarques antisémites basées sur mon patronyme proche du nom de scène d’un chanteur français de confession juive… Les Belges ont quant à eux pratiquement plus entendu le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot sur la Palestine que sur l’ensemble des autres dossiers internationaux, Ukraine y compris. Et si « la nuance est un acte de résistance », slogan affiché dans les locaux du parti, elle ne vaut pas quand il s’agit du Proche-Orient.

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Évidemment, affirmer que la Belgique a sombré dans l’antisémitisme est un tantinet exagéré et il existe des lois pour le punir et, bien sûr, chacun – citoyen, éditorialiste, homme politique… – a le droit de critiquer Israël, la politique de son gouvernement, son armée… Mais lorsque les cibles sont un chef d’orchestre peu suspect de sympathie pour Benyamin Netanyahou, des joueurs de football ou un penseur critique à l’égard de son propre pays, il est intellectuellement difficile de justifier que la situation à Gaza, l’antisionisme ou la lutte contre un gouvernement de droite dictent seuls les réactions. Quand des jeunes s’affichent en keffieh et défient quiconque porte un ruban jaune, et lorsque les mêmes sont incapables de situer le fleuve (river) et la mer (sea) de leur slogan, on devine que les passions tristes sont, davantage que le bien commun, l’aiguillon de leur colère. Quand Israël occupe l’espace médiatique jusqu’à l’hystérie, alors qu’ailleurs dans le monde les opposants, les femmes, les homosexuels (Afghanistan, Iran, Xinjiang où vivent les Ouïghours…) sont l’objet de persécutions non dénoncées, on comprend que la lutte pour la Palestine n’est pas un humanisme. 

Je repense évidemment aux propos de mes professeurs, des éditorialistes et des hommes politiques de l’époque. Ils ont tourné casaque pour la plupart, mais nous devons reprendre leur message : nous n’en ferons jamais assez pour lutter contre l’antisémitisme.


[1] https://www.lesoir.be/772289/article/2026-09-22/lahav-shani-ne-doit-pas-venir-bozar

Julien Gracq, notre prophète?

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L'écrivain français Julien Gracq (1910-2007). DR.

L’immobilisme n’est pas une sagesse…


Et si le roman le plus lucide sur la France de 2026 avait été écrit en 1951 ? Le Rivage des Syrtes s’étire sur trois cents pages où il ne se passe rien. C’est tout le génie de Julien Gracq. La République d’Orsenna guette depuis des siècles un ennemi qu’elle ne voit jamais, dans une guerre qui ne vient pas. Gracq n’y décrit pas un pays, mais un ressenti collectif : celui d’un État qui s’est accommodé de son propre affaiblissement, au point d’en faire une politique, puis une culture. On referme le livre, on regarde autour de soi, et l’on se demande si Gracq n’écrivait pas, déjà, sur nous.

L’art de ne rien brusquer

Orsenna ne meurt pas sous le poids d’une épreuve. Elle se meurt de son absence. Ses fonctionnaires somnolent, ses soldats archivent, ses élites s’ennuient. L’inaction devient une doctrine. Il serait tentant et facile de plaquer cette fable sur l’actualité. Tentons-le tout de même, avec la prudence que l’exercice impose. On connaît cette liturgie que le bloc central répète inlassablement, comme une formule d’exorcisme : « apaisement », « responsabilité », « rassembleur ». Les mêmes qualificatifs reviennent, élection après élection, comme si les répéter suffisait à faire oublier leur bilan au pouvoir. L’autosatisfaction, à défaut de résultats, finit par tenir lieu de programme.

Répétés en temps de campagne, ces mots recouvrent le même vide : l’absence d’un projet assez audacieux pour déranger qui que ce soit. « Apaisement », « responsabilité », esprit « rassembleur » : un programme aussi aseptisé qu’inoffensif, qui n’a plus vocation à convaincre mais à endormir, comme une berceuse à un peuple fatigué pour qu’il cesse de poser des questions. Orsenna, elle aussi, s’est laissée bercer ainsi, jusqu’à confondre le sommeil avec la paix. La modération est une vertu quand elle accompagne une décision ; elle devient un artifice quand elle la remplace. Les gouvernements de ces dernières décennies n’ont rien osé brusquer, pas même le déclin qu’ils devaient enrayer, comme si le pays réclamait moins d’être dirigé que d’être rassuré.

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2027 ne fera sans doute pas exception. Le bloc central, dont la principale angoisse est désormais un second tour où il n’aurait pas sa place, y multipliera les candidatures comme on multiplie les extincteurs après l’incendie. On l’entendra s’émouvoir de la réforme des retraites, celle-là même qu’il a suspendue pour acheter les voix du PS et faire passer son budget 2026. On l’entendra, dans la foulée, s’inquiéter de la dette, dette qu’il aura lui-même gonflée de plus de 1200 milliards d’euros, et que le Covid, malgré ses 300 milliards, est loin de justifier à lui seul. Les postures y tiendront lieu de décisions, comme à Orsenna on soignait le rite plutôt que le rempart. Chacun y jouera son rôle avec le sérieux qu’on met à répéter une pièce dont on connaît déjà la fin.

Rompre l’immobilisme

Il y a chez Gracq, un personnage qui refuse cette torpeur. Aldo, observateur nommé à la vigie des Syrtes, finit par franchir la ligne que des siècles de prudence avaient sanctuarisée. Son geste n’est ni héroïque ni raisonné, il est comme instinctif, comme si le cœur décidait à la place de l’intellect. Mais ce geste, précisément parce qu’il rompt l’immobilisme, précipite l’Histoire hors de son sommeil.

On aimerait, dans le débat politique, une once de ce dérèglement salutaire. Non pas l’agitation, dont on ne manque pas, mais la rupture avec cette mollesse qui consiste à gérer le déclin plutôt qu’à le contester. Gracq, en géographe autant qu’en romancier, savait qu’un pays ne se réduit pas à l’administration de son propre effacement. Il est une volonté, ou il n’est rien.

Il y a quelque chose de savoureux à observer qu’une œuvre publiée en 1951 par un professeur discret retiré à Saint-Florent-le-Vieil (49) dise davantage sur notre présent que la plupart des programmes présidentiels. Orsenna n’a pas eu besoin d’ennemi pour décliner. Elle avait l’inaction, qui a amplement suffi. Il serait piquant que la France, à l’heure de choisir ses prochains dirigeants, se souvienne qu’observer le rivage n’a jamais tenu lieu de politique. Et si notre époque avait besoin, comme Aldo, de rompre l’immobilisme plutôt que de le célébrer comme sagesse ?

321 pages.

Le Rivage des Syrtes

Prix: 21,00 €

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« New York Mosaic », les années Trump avant Trump

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Le romancier Bertrand Dal Vecchio. DR.

Vous pensiez connaître le roman noir ? Attendez d’avoir mis les pieds dans le New York de 1990 que nous décrit l’ancien flic Bertrand Dal Vecchio…


Publié chez Rue Fromentin, New York Mosaic de Bertrand Dal Vecchio nous plonge entre flics à bout de souffle, politiques qui manœuvrent et crack qui ravage les trottoirs. Une immersion brutale et solidement documentée.

Suffocant

Dans une rentrée littéraire souvent saturée par l’autofiction, les romans familiaux et les drames intimes, Dal Vecchio prend le large. Pas de petits états d’âme sous cloche, mais une fresque sociale et criminelle peuplée de flics, de voyous, d’élus, de cadavres et de citoyens pris dans une ville qui suffoque.

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New York, 1990. Le crack ravage les rues, les flingues parlent plus vite que les juges, la police bricole et la mairie compte les cadavres. Quand un rabbin est abattu dans ce climat sous tension, il faut un coupable. Et vite : la vérité attendra.

Dal Vecchio a passé dix ans à fouiller cette période, ses affaires criminelles, ses commissariats et ses hommes de pouvoir. Les principaux événements et plusieurs protagonistes s’appuient sur des faits réels. Il en résulte un livre qui mêle enquête, fiction et documentation sans chercher à dissimuler ses sources.

Tensions raciales

Au centre, David Dinkins, premier maire noir de New York, face à Rudy Giuliani, ancien procureur qui prépare sa revanche politique sur fond de « tolérance zéro ». Les tensions raciales et communautaires s’enveniment, tandis que la presse transforme les faits divers en munitions électorales. David Meyer, conseiller de Giuliani, en connaît les règles. Il ne se contente pas de conseiller un candidat : il façonne un discours, désigne des responsables et alimente les journaux. Le livre montre ainsi comment se fabriquait une campagne avant les réseaux sociaux : téléphone, télévision, presse, relations personnelles et exploitation des émotions collectives. Il faut une formule simple, un adversaire identifiable, une colère à canaliser. Trump apparaît dès les premières pages, encore promoteur immobilier, déjà présent dans cet univers où politique, médias et ambition personnelle se nourrissent mutuellement. D’où le titre : les années Trump avant Trump.

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Après son récit La Loi et la Rue (Cherche midi, 2022), Dal Vecchio confirme son goût du terrain. Sa langue ne cherche certes pas l’effet littéraire. Elle va droit aux faits, aux dialogues, au vocabulaire des commissariats et de la rue. Parfois sèche, parfois plus convenue, elle privilégie l’efficacité et le mouvement. Ce choix convient à cette vaste plongée dans les rouages d’une époque. À travers l’affrontement entre pouvoir politique, police et médias, l’auteur montre comment une ville peut devenir le théâtre d’une bataille pour le contrôle du récit. Plus qu’une simple enquête, New York Mosaic vaut pour cette plongée dans un New York où se fabriquent déjà certaines des méthodes politiques et médiatiques qui marqueront les décennies suivantes. Une époque révolue ? Pas si sûr.

320 pages.

Le Pape attendu dans une France en voie de déchristianisation finale

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Banderole dans une église à Douai, à l'occasion de la venue en France du Pape, 20 septembre 2026 © Francois Greuez/SIPA

Léon XIV pourrait réveiller la France catholique, estime notre chroniqueur


Les Français oubliés vont-ils écrire la nouvelle histoire ? Ils sont les dépositaires d’une possible révolution[1]. Le réveil de la France catholique en offrira, dès vendredi, une illustration. Dès 10 heures, toutes les églises de France sonneront durant sept minutes pour saluer l’arrivée de Léon XIV. Les cloches parisiennes battront à nouveau à l’unisson à 17 heures, tandis que le pape entamera un parcours en papamobile dans les rues de la capitale. 80 000 jeunes sont attendus en soirée au Stade de France. Y sera exposée la tunique d’Argenteuil, ce vêtement rudimentaire et taché de sang que le Christ aurait porté durant son calvaire, avant sa crucifixion. La relique, offerte à Charlemagne, avait été confiée par l’empereur et roi des Francs au monastère d’Argenteuil, dont sa fille était l’abbesse. La tunique a été préservée jusqu’à nos jours, grâce à la transmission intacte d’un héritage millénaire. Samedi après-midi, une messe gigantesque sera célébrée place de la Concorde, sur les Champs-Élysées et dans les rues alentour. 600 000 fidèles se sont inscrits pour l’événement, qui restera ouvert à tous les autres.

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Instinct de survie

À l’évidence aucun homme politique, n’ayant pour horizon que le « pouvoir d’achat », ne peut prétendre à un tel engouement populaire. Cette ferveur s’exerce autour d’une autorité spirituelle économe de ses mots et de sa communication. Cette mobilisation de masse est celle d’un peuple que les fossoyeurs de la civilisation occidentale disent en voie de disparition. Or sa renaissance confirme la pérennité, enfouie au plus profond des mémoires, de l’instinct de survie de ceux qui ne veulent pas interrompre un destin collectif. Mardi, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il ne participerait à aucune messe. On l’imagine soucieux d’éviter des controverses sur la laïcité de la République, à un moment où l’islam conquérant exige sa place et sa visibilité. Cependant, le chef de l’État choisit de montrer, dans sa distance, une incompréhension face aux quêtes immatérielles d’un peuple discret, attaché à ses racines chrétiennes et à une élévation spirituelle dégagée du matérialisme abrutissant. Ce besoin d’au-delà donne une force qui échappe aux bonimenteurs de bien-être immédiat.

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Psychologie des foules

Mardi, dans Le Figaro, le cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio, a eu cette réflexion prémonitoire : « Jean-Paul II a réveillé l’Est ; Léon XIV pourrait réveiller l’Ouest. » Apparait, de fait, les limites d’un système vermoulu, technocratique et sans affect. Il ne produit aucun idéal et méprise, au nom du rejet des enracinés, les aspirations immatérielles d’une partie de la France silencieuse. Gustave Le Bon[2]  disait des foules qu’elles « n’ont de puissance que pour détruire ». Il voyait la barbarie chez elles. Ici rien n’est plus faux. C’est au cœur des foules réactives, sorties de leur amnésie par la conscience de leur fragilité, que se lit l’épuisement d’un régime vidé de son humanisme pour s’être volontairement coupé de sa sève existentielle. Le miracle est que cette âme soit demeurée intacte. La puissance du renouveau se lira aux caricatures que les catholiques auront encore à supporter. Mais elles sont devenues inopérantes.

La révolution des oubliés

Prix: 10,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,16 €


[1] De l’auteur, La Révolution des oubliés, Fayard 2026

[2] Psychologie des foules, 1895

Un chien, Facebook et la peine de mort

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Le travailleur sri-lankais en Arabie Saoudite, Sivarasa Anojan, condamné à mort pour blasphème. DR.

Parti du Sri Lanka pour travailler en Arabie saoudite, Sivarasa Anojan a été condamné à mort pour un commentaire publié sur Facebook. Son affaire rappelle la dépendance réciproque entre les pays d’Asie qui vivent des salaires envoyés par leurs expatriés et les monarchies du Golfe qui emploient ces travailleurs par centaines de milliers.


Tout a commencé avec un chien errant devenu une vedette des réseaux sociaux. En juin 2026, l’animal avait suivi sur des centaines de kilomètres les pèlerins hindous qui marchaient vers le sanctuaire de Kataragama, au Sri Lanka. Ils l’avaient baptisé Subramani, l’un des noms du dieu Murugan, et certains voyaient dans sa fidélité à la procession un signe religieux. Le 27 juin, à Kalmunai, dans l’est de l’île, un jeune homme a été filmé en train de lui donner un coup de pied. La vidéo a provoqué l’indignation. Le suspect a été arrêté, puis remis en liberté sous caution. Sur Facebook, la dispute s’est poursuivie dans les jours suivants.

Subramani DR.

Insultes sur Internet

Des internautes hindous et musulmans ont échangé des insultes visant leurs religions respectives. Parmi eux, Sivarasa Anojan, un Sri-Lankais de 26 ans. Parti en septembre 2025 travailler sur un projet de pipeline en Arabie saoudite, il contribuait, selon un député sri-lankais, à faire vivre sa famille. Sa fonction précise et son salaire n’ont pas été rendus publics. Depuis l’Arabie saoudite, il a répondu en tamoul à un commentaire offensant envers le dieu Shiva. Sa réponse, jugée insultante envers le prophète Mahomet, a été traduite en arabe et portée à la connaissance des autorités saoudiennes.

Le 1er juillet, sa famille sollicitait l’aide du ministère sri-lankais des Affaires étrangères et le lendemain son employeur informait l’ambassade de son arrestation. Une querelle née autour d’un chien au Sri Lanka était devenue, en moins d’une semaine, une affaire pénale, puis diplomatique.

En juillet, la justice saoudienne a condamné M. Anojan à cinq ans de prison et à une amende de trois millions de riyals, soit environ 800 000 dollars. Ses défenseurs ont fait appel pour obtenir une peine moins lourde mais le parquet a demandé, lui aussi en appel, une peine plus sévère. En septembre, la juridiction d’appel a retenu l’accusation d’insulte au prophète et prononcé la peine de mort (une condamnation qui ne signifie pas qu’une exécution est imminente). Le ministre sri-lankais des Affaires étrangères l’a confirmé devant le Parlement le 22 septembre. Un recours devant la Cour suprême saoudienne est en préparation.

À Colombo, l’affaire a pris une dimension nationale. Le président Anura Kumara Dissanayake a reçu les parents de M. Anojan et demandé que les démarches juridiques et diplomatiques soient accélérées. Parallèlement, une demande de grâce doit être adressée au roi d’Arabie saoudite.

1 ménage sur 11 vit grâce à de l’argent en provenance de l’étranger

Cette histoire dépasse le drame d’un homme et de sa famille. Dans un pays de 21,8 millions d’habitants, environ 300 000 personnes partent chaque année travailler à l’étranger. En 2025, elles étaient 310 915, dont 80,2 % à destination du Moyen-Orient, principalement des États du Golfe. En juillet 2026, le gouvernement sri-lankais évaluait à 1,08 million le nombre de ses travailleurs enregistrés à l’étranger, dont plus de 900 000 dans quatre pays : les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar.

Leur travail fait vivre des familles. Le Sri Lanka compte à peu près de 6 millions de ménages et environ un sur onze reçoit de l’argent de l’étranger, soit, à l’échelle actuelle du pays, quelque 550 000 foyers. Pour mesurer ce qu’ils représentent à l’échelle d’un foyer, il faut rappeler qu’en 2024, la moitié des salariés sri-lankais payés au mois gagnaient moins de 48 000 roupies mensuelles, soit environ 150 euros. Le salaire moyen de cette catégorie était de 58 292 roupies. L’argent envoyé du Golfe couvre les dépenses courantes de nombreux foyers. Mais ils apportent aussi les devises dont le pays, marqué par la crise de 2022, a grandement besoin. En 2025, les expatriés ont envoyé 8,08 milliards de dollars au Sri Lanka, l’équivalent d’environ 7,4 % de son PIB, évalué à 108,8 milliards de dollars. Les Émirats, le Koweït et l’Arabie saoudite figurent parmi les principales provenances de ces transferts.

Codépendance

Cette dépendance donne sa portée politique à l’affaire de M. Anojan. Le Sri Lanka cherche à défendre l’un de ses ressortissants tout en préservant ses relations avec les États qui emploient des centaines de milliers de ses travailleurs. L’Inde, les Philippines, le Bangladesh et le Népal sont confrontés, à des degrés divers, à la même difficulté. Le salaire gagné dans le Golfe peut faire vivre plusieurs personnes restées au pays mais il relève cependant des lois de l’État où il travaille, comme M. Anojan vient de l’apprendre dans les circonstances les plus dramatiques.

De l’autre côté, les monarchies du Golfe dépendent tout autant de ces arrivées. Les étrangers représentent environ 42 % des habitants de l’Arabie saoudite, 67 % de ceux du Koweït et près de 88 % de ceux du Qatar, selon les données comparables rassemblées pour 2022 par le programme Gulf Labour Markets and Migration. Ces proportions concernent l’ensemble des résidents étrangers, travailleurs et familles compris. Elles donnent néanmoins la mesure du phénomène. Ces travailleurs occupent des emplois qui vont des chantiers aux hôpitaux, des services domestiques aux bureaux d’ingénierie. Le Golfe a ainsi construit une part de sa prospérité avec des hommes et des femmes auxquels il offre du travail sans leur ouvrir, dans la plupart des cas, la perspective de devenir membres de la communauté politique. Leurs pays d’origine, eux, comptent sur l’argent qu’ils renvoient tout en disposant de moyens limités pour les protéger une fois qu’ils ont franchi la frontière…

La guerre qui secoue la région depuis février 2026 met déjà cette dépendance à l’épreuve et son premier effet est déjà visible sur les nouveaux départs. Selon l’Organisation internationale du travail, les envois de travailleurs philippins vers les États du Golfe ont chuté d’environ 78 % en mars par rapport à mars 2025. Le Bangladesh, le Népal et le Pakistan ont également enregistré de fortes baisses. Les vols perturbés, les inquiétudes pour la sécurité et les recrutements différés peuvent empêcher un travailleur de partir avant même que son premier salaire soit versé.

Pour ceux qui sont déjà sur place, le choc peut être moins visible. Au Sri Lanka, une réunion organisée en août avec l’OIT a évoqué des heures réduites, des salaires retardés et des contrats non renouvelés, même lorsque les travailleurs conservent officiellement leur emploi. Il serait pourtant faux d’annoncer déjà un effondrement des transferts et les sommes reçues par le Sri Lanka ont encore augmenté de 21,4 % sur les sept premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. La guerre fragilise donc les perspectives d’emploi, sans avoir jusqu’ici interrompu la manne des expatriés. En revanche, elle alourdit déjà la facture pétrolière du pays, en hausse de près de 60 % sur cette période. Colombo pourrait ainsi avoir davantage besoin des devises envoyées du Golfe au moment même où les emplois qui les produisent deviennent plus incertains.

Trois phénomènes façonneront l’avenir de ces migrations de travail. À court terme, la guerre qui secoue la région depuis février 2026. Si les échanges et les chantiers reprennent, les recrutements pourraient retrouver leur rythme. Si le conflit dure ou s’étend, les employeurs du Golfe risquent de différer les embauches et le renouvellement des contrats. Les transferts d’argent pourraient alors diminuer avec retard, à mesure que les travailleurs déjà sur place perdraient leur emploi ou rentreraient chez eux. Pour l’heure, ce recul n’apparaît pas dans les chiffres sri-lankais : les sommes envoyées par les expatriés ont encore augmenté au cours des sept premiers mois de 2026.

À plus long terme, les économies asiatiques redistribueront peut-être les rôles.Le Sri Lanka cherche déjà d’autres débouchés, notamment au Japon et en Corée du Sud, dont le vieillissement crée des besoins de main-d’œuvre. La Chine vieillit elle aussi et sa population active diminue, mais rien ne permet de la présenter aujourd’hui comme un futur marché pour les travailleurs sri-lankais comparable au Golfe. De leur côté, les monarchies arabes veulent réserver davantage de postes à leurs citoyens tout en continuant à recruter des étrangers. Les pays qui envoient des travailleurs auront donc davantage de destinations possibles, sans être assurés que celles-ci offriront assez de places pour remplacer le marché du Golfe.

Enfin, le Sri Lanka pourrait voir se réduire sa propre réserve de travailleurs. Le pays compte 21,8 millions d’habitants, mais la fécondité est tombée à 1,3 enfant par femme, et 18 % de sa population a déjà 60 ans ou plus. Le vieillissement pourrait accroître le besoin de revenus envoyés de l’étranger tout en diminuant progressivement le nombre de jeunes susceptibles de partir. Ces trois évolutions rendent l’affaire Anojan plus délicate encore pour Colombo, mais aussi pour Riyad. Le Sri Lanka a besoin du travail offert par le Golfe. L’Arabie saoudite a besoin de ceux qui viennent l’accomplir. Le sort d’Anojan dira aussi ce que vaut cette dépendance réciproque lorsqu’un travailleur se retrouve face à la justice du pays qui l’emploie.

Primaire socialiste: les Marx Brothers font le spectacle

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L'impayable socialiste Ségolène Royal en meeting à Alfortville (94), le 22 septembre 2026 ISA HARSIN/SIPA

Primaires pour 2027: la farce avant la tragédie


Le karaoké électoral de 2027 est lancé. Tous les naufrageurs rempilent et se trémoussent sur le dancefloor des primaires. Magic Circus, Moonwalk, petits meurtres entre amis : l’indécence commune et les pitreries vont crescendo. Triste comme un lion mangé par la vermine, le peuple français aux membres énervés est accablé par les déclassements, postures, forfaitures, dénis d’initiés sur la gravité des maux qui minent le pays. L’abstentionnisme, le complotisme, la désespérance ne sont pas les fruits amers d’un discours churchillien – de vérité -, jamais tenu, mais l’aboutissement des trahisons, mensonges et vérités alternatives répétés depuis des lustres et qui prennent le poli de la pierre.

Des chiffres et des Lettres

Les Comptes ne sont pas bons. Une ardoise de 3540 milliards d’euros, 122 % du PIB, 70 milliards d’intérêts à rembourser chaque année. La dette publique française augmente de 6000 euros chaque seconde. Etranglée par les créanciers, cernée par les ours, les loups, les renards, dans les choux, la chèvre française attend le méchoui. L’Europe n’est pas en reste. Derrière un masque d’Antigone Ange gardien se cache une Europe Félicité Baratin, Un Coeur simple. Elle perd les pédales dans un gloubi-boulga de directives, règlements, naïvetés, prend son perroquet Loulou pour le Saint-Esprit, fait pitié.

Les Lettres ne vont pas mieux. Lagarde meurt et Michard l’attend. L’électrocardiogramme du Mammouth est plat. La dégringolade se confirme dans les classements Pisa. Les politiques, les enseignants, syndicats, médias, se satisfont de l’omerta. Réformer serait acter la débâcle, reconnaître une responsabilité, risquer des heures supplémentaires.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: L’école n’est qu’un dégât collatéral…

Les mots-valises, slogans toutlemondistes, incantations chamaniques (ta m…) sur le « vivre ensemble », n’abusent personne. Pas de nation sans communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs, d’espérances ; pas de patrie sans citoyens désireux de travailler, s’élever, combattre ensemble, vivre et mourir les uns pour les autres. Même pas en rêve… La France est fracturée, la communauté réduite aux applis et aux aguets. Marianne se meurt.

Ma Dalton, Jo, Averell, Monsieur Brun et Oum le dauphin

A la peine dans les sondages, la gauche garde le leadership du Grand-Guignol. Dans l’entre soi, les prébendes, le fanatisme, les inquisiteurs du camp du bien, France Inter, la Pigasse sphère, veulent fendre la presse. Les marmiteux de l’indignation, écolâtres décoloniaux, sycophantes siphonnés, pourchassent les sorcières mal-pensantes, achèvent la démolition nationale commencée en Mai 68. Ils exècrent le travail, le mérite, veulent des coupables, squattent un néant aseptisé baptisé « diversité ». Une pierre à la main ils guettent le sommet ; de l’autre ils font l’aumône.

Depuis cinquante ans, Jo Dalton Mélenchon, piquant et amer, mêlé de fiel et d’absinthe, remue à lourdes pelletées la suffisance et les oukases, multiplie les sorties, virages et stratégies : trotskiste, maçon, socialiste, mitterrandiste, jospiniste, islamo-gauchiste, mélenchoniste…

A lire aussi, François Degois: Le cœur à gauche mais la tête froide

Ségolène Royal, Ma Dalton du PS, Fêlée Clochette de la bravitude, accuse Averell Glucksmann d’être un stagiaire dangereux. Le bizut se rebiffe, raille Ségo Folle de Chaillot, Reine des Neiges, des pôles positions, maroquins et réceptions de l’ambassadeur. En ouverture de la primaire sociale-démocrate, Plein Soleil, les copains d’abord, amis franco de port, ont passé par-dessus bord Monsieur Brun, accusé de harcèlement et violences physiques. Casqué, affuté comme un crotale, William Flanby attend son heure, sur son scooter.

Les droites s’embrouillent dans les postulats d’Euclide. Les valeurs libérales, colbertistes, patriotes, européennes varient au gré des angles, congruences, ambitions personnelles. Écœurés par les trahisons, la cuisine politicienne, les salades composées, trois saveurs, deux « toppings », les électeurs ont le mal du Péguy. La Princesse de Clèves, d’Artagnan, Cyrano et les héros sont fatigués. Le mérite, l’honneur, le panache, la vertu, la grandeur n’ont plus court.

Au centre, des gouvernements de rencontre, Colbert en carton-pâte, louvoient, verbigèrent, changent de réforme, modernisent la bureaucratie, singent le pouvoir. Gabriel Attal « pense savoir comment présider la France » ; il nous le dit sans fard. Oum le Dauphin, fait des bulles, des saltos, se prend pour Moby Dick. Au Havre, insoucieux de tous les équipages, dans le clapotement furieux du marais, Capitaine Haddock du changement dans la continuité, Edouard Philippe cherche une boussole et un cap.

La nef des fous, du flou, la nullité de notre classe politique, le Mal français, ne datent pas d’hier. Le salut, l’urgence absolue, se résument à trois chantiers : contrôler les frontières pour juguler le chaos migratoire, équilibrer les comptes de la nation pour éviter le dépôt de bilan, remettre la jeunesse à l’étude et le pays au travail. Aucun parti n’a le courage de s’engager de façon inconditionnelle sur cet agenda de la dernière chance. 

La Dernière classe

La France est dans la nasse, pour de bon. Le chantage au péril fasciste, les barrages républicains, arcs citoyens, pactes « l’eusses-tu cru », déodorants anti-nauséabond, font pschitt. La conviction qu’en 2027 nous allons rempiler pour un quinquennat d’impuissance, de compromis impossibles et descente aux enfers, est désespérante. Le pays est irréformable parce qu’il a perdu pied avec le réel. Trois générations de gauchisme d’atmosphère, bourdieuseries, culture de l’excuse, lamentos victimaires, ont lavé les cerveaux. Les économistes, les éducateurs, les journalistes du service public, sont les plus atteints. Au royaume des bons sentiments, la dette, l’insécurité, la DZ Mafia, le grand remplacement n’existent pas. Nous sommes riches de nos différences.

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La France ne se redresse qu’après les déculottées militaires : 1815, 1870, 1945… Dans Les Contes du lundi, Alphonse Daudet relate « La Dernière classe » d’un instituteur alsacien, avant l’arrivée des Prussiens. 

« Alors, d’une chose à l’autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide : qu’il fallait la garder entre nous et ne jamais l’oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clef de sa prison (…) Ah ! je m’en souviendrai de cette dernière classe…

Tout à coup l’horloge de l’église sonna midi, puis l’Angelus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l’exercice éclatèrent sous nos fenêtres… M. Hamel se leva tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m’avait paru si grand. « Mes amis, dit-il, mes amis, je… je… ». Mais quelque chose l’étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase. Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put : « VIVE LA FRANCE ! ». Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main, il nous faisait signe : C’est fini… allez-vous-en ».

Aujourd’hui les Prussiens sont à Saint-Denis, dans les rectorats, au Collège de France, à la Maison de la radio, à Sciences Po. Le pays sombre et se déchire. Comme l’aspirant Grange, le capitaine de Reixach, le commandant Drogo, les Français, sans illusions, attendent.

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Hal, open the fucking door!

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Open AI.

Scandale. Un succès de la rentrée littéraire déclaré positif au contrôle anti-dopage ! Le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien est accusé d’avoir été écrit par l’intelligence artificielle. Elisabeth Lévy livre ses réflexions sur cette affaire vertigineuse dans sa chronique du matin. Nous vous proposons de l’écouter.


Qui est l’auteur de C’était ça ou mourir, un roman à succès : un écrivain ou une machine ? Ce livre a fait pleurer Robert Ménard et enthousiasmé la critique. Signé par l’Haïtien-Canadien Thélyson Orélien, il raconte les tribulations de Jonas Dorléon, un professeur de Port-au-Prince qui part s’installer au Canada. 35 000 exemplaires vendus, en lice pour les prix Goncourt et Renaudot : nous avons affaire à un roman sur l’exil bien sous tous rapports et à un auteur devenu la coqueluche de la République des lettres.

Hier, C’était ça ou mourir a gagné le prix du roman Fnac. Une heure après, le compte X « Balance ton Claude » balance une bombe : 100 % du livre aurait été écrit par l’intelligence artificielle. Ce résultat est fourni par un détecteur appelé Pangram, considéré comme fiable (l’équivalent d’un expert en tableaux, selon Le Figaro). Pangram a avalé le roman. Verdict : 100 % IA. Ce qu’on croit être d’agaçants tics de langage (comme le rythme ternaire, par exemple) tiendrait à des récurrences produites par des algorithmes.

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L’auteur a protesté, se disant évidemment victime de « haters » et de racistes – le contraire aurait été étonnant – et il a fermé son blog où les internautes allaient fouiner dans son travail. Le Figaro a passé ses travaux antérieurs à ChatGPT à la même moulinette Pangram : ces textes-là ont, quant à eux, été validés 100 % humain. Cela ne constitue pas une preuve, mais tout de même un indice troublant.

Même si le livre est écrit par une IA, l’émotion des lecteurs est bien humaine. Après tout, qu’est-ce que ça change ?

Qu’est-ce que ça change si ce Rembrandt est un faux ? C’est une rupture du contrat imaginaire entre un artiste et son public. L’œuvre n’est plus le message qu’un ami inconnu vous adresse, à travers les siècles ou les océans, mais une pure fabrication calculée pour vous plaire. Dans Le Figaro, le chroniqueur Samuel Fitoussi dit que «la lecture est un acte social», qu’«on a envie d’avoir accès à une autre subjectivité» – une subjectivité humaine, s’il faut le préciser.

Cette affaire pose des questions vertigineuses sur la destitution de l’homme. «Après Copernic, Darwin et Freud, voici la quatrième blessure narcissique: l’homme écrit moins bien qu’un ordinateur», disait récemment l’écrivain Frédéric Beigbeder. Quel est le propre de l’homme sinon le langage ? Si une machine sait fabriquer du beau, pourquoi ne pourrait-elle pas gouverner le monde ? Et nous foutre dehors dans l’espace, un peu comme Hal dans 2001 : L’Odyssée de l’espace ?

Ce qui fait peur n’est pas seulement que la machine écrive aussi bien qu’un humain, c’est qu’on ait besoin d’une machine pour faire la différence. Peut-être que ce n’est pas la machine qui écrit bien, mais nous qui lisons mal et nous contentons désormais d’une langue morte et d’émotions précalibrées : peut-être, autrement dit, que nous sommes de moins en moins humains. Et pas par la faute des machines.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

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« Nous demandons à l’Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme! »

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Guilhem Carayon. DR.

Guilhem Carayon regrette que la directrice de Radio France, Sibyle Veil, et la directrice de France Inter, Céline Pigalle, aient manqué de courage face aux syndicats de gauche. Alors que l’élection présidentielle approche et que l’audiovisuel public appartient à tous les citoyens, il ne souhaite pas que l’affaire Charles Sapin en reste là.


Causeur. L’ancien directeur du CSA Jean-Éric Schoettl et l’avocate Noëlle Lenoir s’étonnaient hier, dans Le Figaro1, que l’Arcom ne fasse rien contre « l’accaparement idéologique des antennes publiques ». Votre démarche peut-elle contraindre l’organisme à finalement agir dans l’affaire Charles Sapin ?

Guilhem Carayon. Nous espérons que notre saisine de l’Arcom et la pression populaire de la pétition lancée en parallèle contraindront le gendarme de l’audiovisuel à agir.

Nous ne demandons ni le retour de Charles Sapin ni la désignation des chroniqueurs de France Inter par l’Arcom. Nous demandons à l’Arcom d’examiner la programmation de France Inter sur une période significative d’au moins trois mois, et notamment la diversité des chroniqueurs, des thématiques et des points de vue, ainsi que les formats dans lesquels les différentes opinions peuvent s’exprimer. Si un déséquilibre manifeste et durable devait être constaté, la Ligue des Libertés demanderait à l’Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme.

Il existe en effet un doute très sérieux quant au respect, sur France Inter, de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion, qui incombe à la radio publique.

L’affaire Sapin est un exemple particulièrement révélateur : alors même que la directrice de France Inter, Céline Pigalle, défendait publiquement ce choix à la rentrée au nom du pluralisme, qu’elle qualifiait de « fondamental » pour une radio publique, Charles Sapin a fini par être écarté. Non pour le fond de ses travaux passés ou de ses premiers éditoriaux sur la chaîne, mais simplement pour son appartenance à Valeurs actuelles — insupportable aux yeux des syndicats.

Ce doute est d’autant plus légitime que les chiffres sont éloquents. Ainsi, depuis le 1ᵉʳ septembre, France Inter n’a invité à s’exprimer dans sa matinale en semaine aucune personnalité du Rassemblement national et une seule personnalité de droite (Michel Barnier), sur un ensemble de 15 personnalités, comme le relève une étude de l’Observatoire Hexagone.

Les travaux de la commission d’enquête ne semblent pas avoir incité la direction de France Inter à prendre la mesure de ses obligations de pluralisme.

Qu’est-ce que la Ligue des Libertés, exactement ?

Fondée en février, la Ligue des Libertés est une association qui réunit des avocats, des juristes, des universitaires et des personnalités de la société civile.

Notre ambition est claire : porter devant les tribunaux la voix de ceux qu’on n’entend plus, afin que le droit redevienne un instrument de protection du peuple et de l’intérêt général. Et ce, dans tous les domaines : les libertés publiques, la sécurité, la politique migratoire, l’aide sociale à l’enfance, etc. Nous défendons ceux qui subissent les carences de la puissance publique : les familles, les contribuables, les entrepreneurs, les collectivités, les agents de l’État. Nous accompagnons depuis le début de l’année la famille d’un enfant victime d’abus sexuels dans le périscolaire parisien. Nous avons obtenu l’incarcération de l’animateur périscolaire accusé par de nombreuses autres victimes des mêmes faits. Nous sommes aux côtés de la famille de Louis, un jeune de 17 ans lynché à mort à Narbonne pendant l’été. Notre avocat bataille pour obtenir la condamnation la plus sévère pour les assassins de Louis.

Nous avons engagé plusieurs actions contre l’État : d’abord pour inaction sécuritaire avec Claire Géronimi afin de reconnaître la faute de l’État dans le drame qu’elle a subi. En effet, l’agresseur de Claire avait fait l’objet de plusieurs OQTF qui n’ont jamais été exécutées. Par ses carences, l’État a une responsabilité dans ce drame. Concernant la fuite des données de l’ANTS, nos avocats ont aussi engagé une procédure contre l’État devant les juridictions administratives. Au total, nous sommes déjà mobilisés sur une vingtaine de dossiers depuis le début de l’année. Et nous avons tellement d’autres combats à mener !

Dans l’affaire qui nous occupe aujourd’hui, cette fameuse chronique hebdomadaire dominicale « cancelée » du directeur adjoint de Valeurs actuelles, on a l’impression que ce sont les syndicats gauchisants qui auront eu le dernier mot. Qui dirige vraiment Radio France ? La CGT ? Mmes Veil et Pigalle ? Le gouvernement n’aurait-il pas dû intervenir dans ce dossier ?

Tout d’abord, les syndicats sont dans leur rôle : la liberté syndicale les autorise à exprimer publiquement leur opinion sur telle ou telle décision de la direction. Ils n’ont toutefois aucun pouvoir de décision ni de sanction. Les décisions sont du ressort direct de Mmes Veil et Pigalle, qui doivent les assumer avec courage. C’est précisément ce courage qui a manqué dans l’affaire Sapin. La direction a préféré acheter la paix sociale plutôt que de défendre par des actes les principes fondamentaux de l’audiovisuel public.

Le journaliste Charles Sapin au micro de France inter. Open AI.

Ensuite, non, le gouvernement n’a pas à intervenir. En effet, l’indépendance éditoriale et opérationnelle de l’audiovisuel public est, à raison, strictement protégée par la loi. C’est à l’Arcom, en tant qu’autorité publique indépendante, de s’assurer que les règles du pluralisme sont respectées sur l’antenne de France Inter. Et nous espérons que l’Arcom remplira sa mission.

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Les salariés de Radio France mécontents avancent que l’hebdomadaire ayant été condamné en justice et ayant consacré des unes à charge contre l’audiovisuel public ces dernières années, ce n’est pas la personne de Charles Sapin, mais son appartenance à Valeurs actuelles qui rendait la collaboration impossible. Cet argument doit-il être balayé d’un revers de main, selon vous ?

La position des salariés de Radio France est révélatrice de la conception hypocrite de la liberté d’opinion que se font certains (visiblement nombreux) au sein de la Maison ronde. Plutôt que de juger Charles Sapin sur le fond de ses précédents papiers ou de ses deux premières chroniques, ils se sont arrêtés à son appartenance à un journal dont ils ne supportent pas la ligne éditoriale. Il est regrettable qu’ils n’aient pas eu l’intelligence démocratique de le laisser s’exprimer puis de juger ses chroniques qui, rappelons-le, ne duraient que deux minutes trente par semaine. On était loin d’une nouvelle ligne éditoriale au sein de France Inter ! Charles Sapin ne venait pas au micro de France Inter faire de la propagande pour Valeurs actuelles, mais bien exprimer son point de vue personnel qui, visiblement, ne dérangeait pas l’an dernier lors de ses passages réguliers au micro de la radio.

Après être passé par l’UNI et avoir dirigé les Jeunes LR jusqu’en 2024, vous avez rejoint l’UDR d’Éric Ciotti, soutien de Marine Le Pen. Quelle réforme de l’audiovisuel public votre mouvement préconise-t-il ?

Nous voulons un audiovisuel public neutre, recentré, rigoureux et mieux gouverné. D’abord, un audiovisuel public neutre. Cette exigence implique d’appliquer réellement aux salariés l’obligation de neutralité, y compris sur les réseaux sociaux, avec un devoir de réserve renforcé pour les présentateurs et des sanctions graduées et publiques. Ensuite, un périmètre resserré : nous préconisons de fusionner France 2 et France 5, Franceinfo et France 24, France 3 Régions et ICI, et de supprimer France 4, France TV Slash et Mouv’. Puis, la rigueur : nous souhaitons réduire de trois quarts le budget des jeux et divertissements, d’un tiers celui des sports, mettre fin au recours aux animateurs-producteurs et soumettre les achats de programmes à la commande publique. Enfin, la gouvernance : nous voulons que les dirigeants soient nommés par le président de la République après avis du parlement et avis conforme de l’Arcom. Nous souhaitons en outre un contrôle de la Cour des comptes tous les cinq ans ainsi qu’une loi de programmation.

Ces mesures représentent au total un milliard d’euros d’économies : de quoi augmenter de moitié les crédits d’entretien du patrimoine et consacrer 500 millions d’euros au désendettement de l’État, tout en garantissant un audiovisuel public de qualité.

  1. https://www.lefigaro.fr/vox/medias/charles-sapin-ecarte-de-france-inter-que-fait-l-arcom-face-a-l-accaparement-ideologique-des-antennes-publiques-20260921 ↩︎

Derrière la poussée spectaculaire de la gauche radicale à Berlin

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Une affiche électorale pour Elif Eralp devant le siège du parti "Die Linke" à Berlin, le 21 septembre 2026 © Fabian Sommer/DPA/SIPA

Les deux jeunesses de la nouvelle gauche européenne


Ce qui vient de se passer à Berlin mérite d’être regardé en France, non parce que les deux situations seraient identiques, mais parce qu’on y voit apparaître une configuration politique qui n’est pas sans écho chez nous. Die Linke y a remporté environ 25,7 % des suffrages, plus du double de son résultat de 2023, avec une poussée spectaculaire chez les jeunes. Le vieux parti issu de l’histoire communiste allemande rajeunit ainsi au moment même où disparaissent ceux qui avaient connu le communisme: il fallait peut-être que celui-ci devînt un souvenir pour que son lointain héritier pût redevenir jeune.

Si jeunesse savait…

Mais cette jeunesse n’est plus celle de l’ancienne gauche. Le prolétaire en bleu de travail, l’usine, le syndicat et la conscience ouvrière ont quitté le tableau. À leur place apparaît une coalition autrement étrange, dont La France insoumise offre chez nous, toutes différences gardées, une autre configuration : d’un côté, la jeunesse des universités et des métropoles ; de l’autre, une jeunesse issue des immigrations extra-européennes, notamment musulmanes.

Deux jeunesses que presque rien ne semblait destiner à faire peuple ensemble.

La première est celle des étudiants, diplômés et jeunes employés des secteurs culturels, associatifs, universitaires ou numériques, auxquels l’école, les médias et surtout les réseaux sociaux ont transmis moins une culture commune qu’un vocabulaire pour interpréter le monde : écologie, discriminations, genre, colonialisme, diversité, privilèges, domination.

Il ne faudrait pas en faire une bourgeoisie privilégiée. Beaucoup connaissent les loyers trop lourds, les emplois incertains et cette autonomie tardive qui permet d’avoir trente ans, un diplôme et de dépendre encore de ses parents. Mais il serait tout aussi inexact de les dire simplement incultes. Ils sont moins incultes que formatés, immergés depuis l’adolescence dans un flot d’informations et d’indignations qui leur ouvre la planète entière tout en leur fournissant les catégories avec lesquelles il convient de l’interpréter.

Le paradoxe est celui d’une culture sans véritable héritage commun. On peut suivre heure par heure ce qui se passe à Gaza ou sur un campus américain, maîtriser le vocabulaire du privilège et de la domination, et connaître beaucoup moins les longues histoires nationales, religieuses et politiques auxquelles on applique ces catégories. Cette jeunesse sait énormément de choses sur ce qui arrive et parfois beaucoup moins sur ce qui est arrivé ; elle a appris à juger l’héritage avant de l’avoir reçu.

À côté d’elle grandit une autre jeunesse, issue davantage des immigrations extra-européennes et, pour une partie d’entre elle, de quartiers islamisés, c’est-à-dire de quartiers où l’islam n’est plus seulement une croyance privée mais une présence sociale et culturelle intervenant dans les appartenances et les normes.

Cette seconde jeunesse n’est précisément pas progressiste, et c’est ici que les catégories habituelles de la gauche deviennent trompeuses. Un jeune musulman appartenant à une famille conservatrice peut avoir sur la religion, la famille, la sexualité ou les rapports entre hommes et femmes des conceptions beaucoup plus traditionnelles que l’étudiant progressiste qui marche à côté de lui dans une manifestation.

Islamo-gauchisme : définition

L’un a appris à se méfier des héritages quand l’autre peut chercher dans le sien une dignité ; l’un voit volontiers l’appartenance comme une limite quand l’autre l’éprouve comme une fidélité et parfois comme la réponse à cette question que le premier ne sait plus très bien se poser : de quoi suis-je l’héritier ?

Et pourtant leurs bulletins peuvent tomber dans la même urne.

C’est ce rapprochement, bien davantage qu’une conversion générale de la jeunesse européenne au progressisme, qui constitue la nouveauté politique.

Elif Eralp, qui a conduit Die Linke lors du scrutin berlinois, se trouve au croisement de ces mondes. Née à Munich de parents venus de Turquie, socialistes et syndicalistes ayant fui leur pays après le coup d’État militaire de 1980, juriste allemande, fille d’une mère féministe, elle appartient pleinement à la gauche progressiste tout en portant dans sa biographie l’histoire migratoire de l’Allemagne contemporaine. Elle n’incarne évidemment pas la jeunesse musulmane conservatrice, mais peut parler le langage de la gauche tout en s’adressant à une Allemagne issue de l’immigration.

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Jean-Luc Mélenchon poursuit en France, avec son remarquable instinct des déplacements politiques, une entreprise comparable. Dans son discours de Saint-Denis du 7 juin 2026, lorsqu’il décrit la jeunesse comme une « quasi-classe générationnelle » avant de réunir cet ensemble sous le nom de « nouvelle France », il ne cherche pas seulement des voix : il cherche à donner un nom à ce qu’il espère transformer en peuple politique.

L’ancienne gauche pouvait s’appuyer sur une expérience relativement commune: l’usine, le patron, le salaire, la grève donnaient au mot « classe » une réalité que la théorie n’avait pas à inventer. La gauche nouvelle doit accomplir une opération plus improbable: faire cohabiter le diplômé écologiste, la jeune féministe, le locataire étranglé par son loyer, le fils d’immigrés convaincu de subir une discrimination et le musulman conservateur que certaines conquêtes culturelles célébrées par ses alliés peuvent laisser indifférent, voire heurter.

Langage commun

Elle dispose pour cela d’un langage commun: celui de la domination. L’inégalité économique, le patriarcat, le racisme, les discriminations ou la police peuvent être traduits dans une même grammaire opposant ceux qui subissent à ceux qui détiennent le pouvoir.

La Palestine constitue probablement le lieu où cette convergence devient la plus visible. Le jeune progressiste peut y retrouver son anticolonialisme, son antiracisme et sa critique de l’Occident ; une partie de la jeunesse musulmane peut y investir une solidarité historique, familiale, religieuse ou identitaire beaucoup plus immédiate.

Ils portent le même drapeau sans nécessairement y voir la même chose. C’est peut-être le secret de cette coalition : elle n’a pas besoin d’une communauté complète de valeurs ; une communauté suffisante de griefs, de causes et d’adversaires peut lui suffire.

Il serait pourtant trop facile de n’y voir qu’une manipulation idéologique, car les idéologies puissantes n’inventent pas les blessures ; elles les recueillent et leur donnent une interprétation. À Berlin comme à Paris, le logement est devenu une épreuve, l’autonomie se retarde, la propriété s’éloigne et la vieille promesse selon laquelle les études permettraient aux enfants de vivre mieux que leurs parents a perdu son évidence.

La nouvelle gauche transforme ces inquiétudes en récit politique. L’ancienne lutte des classes laisse ainsi apparaître une coalition des dominations, plus disparate que le prolétariat dont rêvaient les marxistes, mais singulièrement adaptée aux sociétés fragmentées du XXIe siècle.

Seulement Berlin n’est pas l’Allemagne. Ailleurs, notamment dans l’Est, une autre partie de la jeunesse se tourne vers l’AfD. Elle aussi peut éprouver le sentiment qu’on lui retire quelque chose, mais elle n’en désigne pas les responsables au même endroit. Quand les uns pensent que l’Europe souffre encore de trop de frontières, de traditions et de discriminations, les autres estiment que ce sont précisément les frontières, les traditions et les continuités historiques qui ont été trop affaiblies. Les premiers craignent que le vieux monde ne disparaisse pas assez vite ; les seconds qu’il ait déjà presque disparu. La fracture ne passe donc plus seulement entre les enfants et leurs parents ; elle traverse les enfants eux-mêmes.

Entre ces jeunesses demeure ce vaste centre européen qui a longtemps cru qu’une société pouvait être administrée à coups de normes, d’expertises et de compromis. Il peut encore gouverner ; il peine davantage à expliquer pourquoi le monde qu’il administre mérite d’être continué.

Car une civilisation ne survit pas seulement grâce à ses institutions. Elle survit aussi longtemps qu’elle réussit à faire comprendre à ceux qui viennent après elle que le monde reçu des morts, malgré ses crimes et ses injustices, contient quelque chose qui mérite d’être transmis. Lorsque cette conviction disparaît, l’Histoire cesse d’être un héritage et devient une salle d’audience où l’on convoque les morts pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas nos opinions, jusqu’à ne plus comprendre pourquoi les peuples voulurent demeurer des peuples ni pourquoi aucune civilisation ne peut longtemps survivre si elle ne transmet à ses enfants que les raisons d’avoir honte d’elle.

Le succès de Die Linke à Berlin et l’attraction exercée par La France insoumise sur une partie de la jeunesse française révèlent ainsi davantage qu’un déplacement électoral. Une gauche nouvelle apprend à réunir des groupes qui n’ont ni les mêmes origines, ni les mêmes mœurs, ni toujours la même conception de l’émancipation, mais dont les mécontentements peuvent être traduits dans une langue politique commune.

Son invention est peut-être d’avoir compris qu’il n’est pas nécessaire de vouloir exactement le même monde pour combattre momentanément le même.

Sa difficulté commencera lorsque ceux qui se sont accordés sur ce qu’ils refusent devront décider de ce qu’ils veulent conserver et transmettre. Ils découvriront alors si leur alliance constituait véritablement un peuple politique ou seulement la rencontre provisoire de deux jeunesses ayant trouvé les mêmes adversaires sans avoir jamais rêvé du même avenir.

Allemagne: il n’est plus question d’interdire l’AfD

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Le chancelier allemand Friedrich Merz lors d'une réunion de son groupe parlementaire au Bundestag. Son parti, la CDU, a été considérablement fragilisé par les percées électorales de l’AfD dans plusieurs régions. © Kay Nietfeld/DPA/SIPA

Coup dur pour la CDU. Le parti du chancelier Merz ressort très affaibli des élections de dimanche dernier: il s’incline face aux nationalistes en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et cède du terrain face à la gauche radicale dans le Land de Berlin.


Nouvelle bérézina pour Merz

Deux semaines après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, une nouvelle bérézina n’a pu être évitée par le chancelier Merz dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où la CDU a obtenu un maigre score de 4,9 %. Pire encore, selon les données connues à ce jour, la CDU n’entrera même pas au parlement régional du Land. Lors des élections du dimanche 20 septembre, la CDU de Merz a perdu 8,4 points par rapport à son score des élections de 2021. Vraisemblablement, une part significative des électeurs de la CDU s’est tournée vers l’AfD, qui est sortie comme la force politique principale lors des élections de dimanche dernier.

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Pour la première fois, les démocrates-chrétiens ne seront pas représentés au parlement régional. C’est un événement en soi. Le président régional de la CDU, Daniel Peters, après la publication des résultats généraux, a déclaré que son parti avait subi une « défaite cuisante ». Dans une manœuvre politicienne, il a tenté de disculper le chancelier allemand. Sans succès, car, dans les débats politiques des médias ou entre simples citoyens, l’opinion publique considère Friedrich Merz comme directement responsable de la défaite de la CDU.

Ce résultat marque également un autre record historique pour la CDU : il s’agit de son pire résultat aux élections régionales depuis 1951, année où le parti avait obtenu 9 % des voix à Brême. Un résultat si cinglant, avec une telle perte d’électeurs (et de sièges régionaux), atteste d’un séisme politique en Allemagne. Les forces politiques traditionnelles ne peuvent plus contenir les sensibilités des électeurs, qui en sont arrivés à la détestation de personnalités comme le chancelier Friedrich Merz, considéré par une majorité de citoyens comme inapte à l’exercice de hautes responsabilités publiques.

L’AfD comme force politique incontournable

Les sondages, que la Chancellerie fédérale battait en brèche, prévoyaient justement une défaite historique du chancelier Friedrich Merz et la consolidation de la montée en puissance de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ainsi, l’Alternative pour l’Allemagne est arrivée en première position avec 37 à 38 % des voix, soit une croissance de 21,5 % par rapport aux élections de 2021. De l’avis général, cette formation est en passe de devenir un acteur institutionnel du pouvoir en Allemagne.

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Ce score assure à l’Alternative pour l’Allemagne 32 sièges au parlement régional du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (+18), dépassant ainsi le SPD au pouvoir, qui ne disposera que de 29 sièges, soit cinq membres en moins que pendant les cinq dernières années. Malgré cette nette mise en difficulté, l’actuelle ministre-présidente du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Manuela Schwesig, membre du SPD, s’apprête à tenter une alliance avec d’autres partis afin de conserver son poste et d’empêcher l’AfD de gouverner la région.

Razzia sur les électeurs

Lors de cette élection, l’AfD a arraché environ 45 000 électeurs au SPD, tout en mettant la main sur une grande partie des 67 000 électeurs qui votaient pour la première fois, au détriment de la CDU et du SPD. Forts de cette percée, les responsables de l’AfD ont revendiqué un mandat populaire pour gouverner le Land, notant une conquête progressive de l’ensemble de la société allemande par le parti. Le coprésident de l’AfD, Tino Chrupalla, a déclaré que la victoire de l’AfD dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale était un message sans équivoque adressé aux bureaux situés au 1, Willy-Brandt-Straße : Merz doit démissionner.

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Chrupalla a encore déclaré que son parti était disposé à dialoguer avec toutes les forces politiques. Quant à Alice Weidel, autre figure centrale de l’AfD, elle a souligné, outre la montée en puissance de son parti en tant qu’expression fédérale, que « Friedrich Merz devait assumer les conséquences de ses actes. Il doit le faire pour son parti et pour l’Allemagne. » Ces déclarations font suite à un communiqué du chancelier Merz, dont le contenu semblait avoir été rédigé avant même la fin du scrutin, dans lequel il s’abstenait de toute autocritique et encourageait son équipe à poursuivre dans la même voie. Ce message a suscité de nombreuses interrogations de la part d’acteurs de la sphère politique et culturelle. Ils reprochent au chancelier d’être déconnecté de la réalité et de s’accrocher désespérément au pouvoir.

Une diabolisation impossible

Les derniers résultats électoraux prouvent que la diabolisation de l’AfD, encore efficace il y a dix ans, ne porte plus ses fruits. Et, désormais, le scénario d’une interdiction brutale de l’AfD tournerait à son avantage.

En effet, la popularité indéniable de l’AfD transparaît non seulement dans le paysage allemand actuel, mais aussi au travers d’indicateurs émanant de la Große Koalition elle-même, où certains ont estimé, bien que timidement, qu’il ne serait pas approprié, à ce stade, de plaider pour l’inconstitutionnalité de l’AfD. Une telle décision pourrait donner l’impression que l’Allemagne s’est transformée en dictature, où l’opinion et les attentes de millions de citoyens ayant choisi l’AfD sont bafouées.

Pour rappel, depuis plus d’un an, les sondages d’opinion indiquent que plus de la moitié des Allemands sont hostiles à une exclusion de l’AfD des partis légaux et se montrent au contraire favorables à une cohabitation entre l’AfD et les partis traditionnels pour gouverner le pays.