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Mamdani, le Mélenchon new-yorkais?

LFI doit-elle s'inspirer du socialiste US qui séduit la génération Z mais peine à mettre en place son programme depuis janvier?


Mamdani, le Mélenchon new-yorkais?
Zohran Mamdani, candidat du gel des loyers, lors d’une conférence de presse à New York, 6 juin 2025 © Daniel Efram/ZUMA Press Wire/SIPA

Il est touchant de voir chaque génération croire à nouveau dans l’efficacité du socialisme. À New York, le maire Zohran Mamdani a promis à coups de TikTok gel des loyers, bus gratuits, épiceries solidaires… Débandade huit mois plus tard, après un début d’exode des riches et les rappels à l’ordre du gouverneur et des investisseurs.


« Eat the rich ! », « Mangeons les riches ! » Depuis 2019, cette injonction attribuée à Jean-Jacques Rousseau est devenue le slogan des jeunes socialistes du monde anglophone. Sous sa forme moins agressive, « Tax the rich ! », elle exprime l’obsession primordiale du socialisme façon génération Z qui, outre-Atlantique, permet aux socialistes démocrates d’Amérique (les DSA) d’engranger un certain nombre de succès électoraux. Cette organisation, fondée sous sa forme actuelle en 1983, a connu un développement rapide au cours des dix dernières années, en parallèle à la montée de LFI en France. Pour le moment, elle œuvre au sein du Parti démocrate pour le pousser plus vers la gauche et, aux primaires, faire gagner ses propres candidats face aux démocrates traditionnels, plus modérés. C’est ainsi qu’Alexandria Ocasio-Cortez, DSA et démocrate, a été élue à la Chambre des représentants en 2018. Elle pourrait même être la candidate démocrate à la présidentielle de 2028. Un autre membre des deux formations, Zohran Mamdani, a été élu maire de la ville de New York en 2025. À 34 ans, c’est un vrai jeune comparé à Jean-Luc Mélenchon. Né en Ouganda de parents indiens, il est lui-même issu de l’immigration et pratique la foi musulmane. Son électorat et celui de LFI en France se recoupent partiellement par l’âge et les préoccupations. Au pouvoir dans une grande ville depuis huit mois, la gestion de Mamdani donne un avant-goût de ce que pourrait être un gouvernement Insoumis. Certes, sa marge de manœuvre est limitée par des instances supérieures – l’État de New York et l’administration fédérale –, mais son action sur le plan économique montre ce qui se passe quand les idéaux de la gauche « gen Z » rencontrent la réalité du terrain.

Revanche

Le socialisme des jeunes d’aujourd’hui se distingue et du socialisme classique et du wokisme post-BLM. Les références au marxisme et à l’idéologie DEI, toujours présentes, sont éclipsées par des préoccupations plus quotidiennes. Cette nouvelle gauche est en faveur de tout ce qui peut améliorer la vie au jour le jour : contrôle des prix et subvention des denrées alimentaires ; accès facile au logement et gel des loyers ; gratuité pour tous des soins médicaux, des transports publics, de la garde des enfants et de l’éducation. Ces revendications sont compréhensibles : la vie pour bien des jeunes est matériellement difficile. D’ailleurs, beaucoup sont des Blancs diplômés (80 % des adhérents des DSA) qui se trouvent lésés, n’ayant pas atteint le statut social et le niveau salarial qu’on leur avait promis. Pour financer leur revanche, il suffirait de faire payer les riches. Là où les socialistes traditionnels prônaient des augmentations d’impôts pour tous, les nouveaux préfèrent un transfert massif de richesses par la fiscalité. Ils citent l’« économie en forme de K » : selon ce schéma, les revenus des plus aisés sont en train de monter en flèche, tandis que ceux des autres chutent. Aux élus, donc, de renverser la situation par décret.

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C’est sur ce programme, à la fois pratique et utopique, que Mamdani est devenu maire. Il a vite compris qu’il fallait modérer ses ambitions, sans doute parce qu’il a découvert les limites de son pouvoir de diriger l’économie. Il voulait augmenter le SMIC à New York de 17 à 30 dollars de l’heure, mais cette décision appartient à la gouverneure de l’État, Kathy Hochul, qui est une démocrate centriste prudente. Il se dit en faveur de la gratuité des soins pour tous mais, depuis 2003 au Congrès fédéral, et 1991 à l’assemblée de l’État de New York, des projets de loi allant dans ce sens sont restés bloqués. Mamdani n’y peut rien. Il va investir 22 milliards de dollars, somme énorme mais insuffisante, dans la construction de 200 000 nouveaux logements et la rénovation de 200 000 autres sur dix ans. Tous seront soumis à des contrôles de loyer. Sauf que le vrai besoin de la ville serait de 700 000 logements, chiffre inatteignable sans le secteur privé. Or, les contrôles sont de nature à décourager l’investissement et la location, limitant le nombre de logements disponibles et augmentant les prix. Pire, pour le million de logements où la ville a le droit de limiter le pouvoir des propriétaires, Mamdani a imposé un gel complet des loyers pendant deux ans. Cette approche a déjà été tentée par un de ses prédécesseurs, Bill de Blasio, sans succès.

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Mamdani a obtenu l’approbation de la gouverneure pour investir 1,2 milliard dans l’extension de la garde d’enfants gratuite à 22 000 familles modestes, mais aller plus loin demanderait entre 6 et 9 milliards. Il a voulu rendre gratuits les bus publics, mais cela coûterait autour d’un milliard par an, et le système de transports a déjà presque 48 milliards de dettes. Hochul a refusé, et le maire doit se contenter de quelques projets pilotes. Il promet la construction de cinq épiceries publiques – une par arrondissement – pratiquant une réduction de 30 % sur les prix des produits de première nécessité. 70 millions ont été affectés à la construction d’une première boutique l’année prochaine, mais la subvention des denrées sera à la charge de la ville dans la durée. Seule une minorité de New-Yorkais vivant près d’une épicerie y aura accès. Ce sont les autres contribuables, riches ou pauvres, qui vont payer.

Pas facile

En juin, Mamdani a fait voter le budget le plus élevé de l’histoire de New York, près de 125 milliards, l’équivalent de la dette de la ville. Il a voulu augmenter les impôts sur les sociétés et introduire un impôt supplémentaire sur les revenus de plus d’un million de dollars, mais Hochul et la présidente du conseil municipal ont fait obstacle. Déjà, des riches déménageaient en Floride, et une telle mesure en Californie a fait perdre à l’État 536 milliards en revenus. Enfin le maire a trouvé un compromis avec la gouverneure pour promulguer une surcharge – surnommée la « taxe pied-à-terre » – sur certaines catégories de résidences secondaires. La mise en œuvre malhabile de la mesure, présentée par Mamdani comme visant « les élites mondialisées », a provoqué l’ire de beaucoup de citoyens aisés mais pas richissimes. Le maire prétend avoir déjà démontré que « les socialistes comprennent l’économie aussi bien que les capitalistes ». En réalité, il pratique une politique de « vibes », comme on dit en anglais, ou de « bonnes ondes ». Il se montre affable et empathique ; il maîtrise TikTok ; mais sa gestion montre surtout que les riches ne se laissent pas manger facilement.

Septembre 2026 - #148

Article extrait du Magazine Causeur




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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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