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« Nous demandons à l’Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme! »

Entretien avec Guilhem Carayon, vice-président de l’UDR et fondateur de la Ligue des Libertés


« Nous demandons à l’Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme! »
Guilhem Carayon. DR.

Guilhem Carayon regrette que la directrice de Radio France, Sibyle Veil, et la directrice de France Inter, Céline Pigalle, aient manqué de courage face aux syndicats de gauche. Alors que l’élection présidentielle approche et que l’audiovisuel public appartient à tous les citoyens, il ne souhaite pas que l’affaire Charles Sapin en reste là.


Causeur. L’ancien directeur du CSA Jean-Éric Schoettl et l’avocate Noëlle Lenoir s’étonnaient hier, dans Le Figaro1, que l’Arcom ne fasse rien contre « l’accaparement idéologique des antennes publiques ». Votre démarche peut-elle contraindre l’organisme à finalement agir dans l’affaire Charles Sapin ?

Guilhem Carayon. Nous espérons que notre saisine de l’Arcom et la pression populaire de la pétition lancée en parallèle contraindront le gendarme de l’audiovisuel à agir.

Nous ne demandons ni le retour de Charles Sapin ni la désignation des chroniqueurs de France Inter par l’Arcom. Nous demandons à l’Arcom d’examiner la programmation de France Inter sur une période significative d’au moins trois mois, et notamment la diversité des chroniqueurs, des thématiques et des points de vue, ainsi que les formats dans lesquels les différentes opinions peuvent s’exprimer. Si un déséquilibre manifeste et durable devait être constaté, la Ligue des Libertés demanderait à l’Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme.

Il existe en effet un doute très sérieux quant au respect, sur France Inter, de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion, qui incombe à la radio publique.

L’affaire Sapin est un exemple particulièrement révélateur : alors même que la directrice de France Inter, Céline Pigalle, défendait publiquement ce choix à la rentrée au nom du pluralisme, qu’elle qualifiait de « fondamental » pour une radio publique, Charles Sapin a fini par être écarté. Non pour le fond de ses travaux passés ou de ses premiers éditoriaux sur la chaîne, mais simplement pour son appartenance à Valeurs actuelles — insupportable aux yeux des syndicats.

Ce doute est d’autant plus légitime que les chiffres sont éloquents. Ainsi, depuis le 1ᵉʳ septembre, France Inter n’a invité à s’exprimer dans sa matinale en semaine aucune personnalité du Rassemblement national et une seule personnalité de droite (Michel Barnier), sur un ensemble de 15 personnalités, comme le relève une étude de l’Observatoire Hexagone.

Les travaux de la commission d’enquête ne semblent pas avoir incité la direction de France Inter à prendre la mesure de ses obligations de pluralisme.

Qu’est-ce que la Ligue des Libertés, exactement ?

Fondée en février, la Ligue des Libertés est une association qui réunit des avocats, des juristes, des universitaires et des personnalités de la société civile.

Notre ambition est claire : porter devant les tribunaux la voix de ceux qu’on n’entend plus, afin que le droit redevienne un instrument de protection du peuple et de l’intérêt général. Et ce, dans tous les domaines : les libertés publiques, la sécurité, la politique migratoire, l’aide sociale à l’enfance, etc. Nous défendons ceux qui subissent les carences de la puissance publique : les familles, les contribuables, les entrepreneurs, les collectivités, les agents de l’État. Nous accompagnons depuis le début de l’année la famille d’un enfant victime d’abus sexuels dans le périscolaire parisien. Nous avons obtenu l’incarcération de l’animateur périscolaire accusé par de nombreuses autres victimes des mêmes faits. Nous sommes aux côtés de la famille de Louis, un jeune de 17 ans lynché à mort à Narbonne pendant l’été. Notre avocat bataille pour obtenir la condamnation la plus sévère pour les assassins de Louis.

Nous avons engagé plusieurs actions contre l’État : d’abord pour inaction sécuritaire avec Claire Géronimi afin de reconnaître la faute de l’État dans le drame qu’elle a subi. En effet, l’agresseur de Claire avait fait l’objet de plusieurs OQTF qui n’ont jamais été exécutées. Par ses carences, l’État a une responsabilité dans ce drame. Concernant la fuite des données de l’ANTS, nos avocats ont aussi engagé une procédure contre l’État devant les juridictions administratives. Au total, nous sommes déjà mobilisés sur une vingtaine de dossiers depuis le début de l’année. Et nous avons tellement d’autres combats à mener !

Dans l’affaire qui nous occupe aujourd’hui, cette fameuse chronique hebdomadaire dominicale « cancelée » du directeur adjoint de Valeurs actuelles, on a l’impression que ce sont les syndicats gauchisants qui auront eu le dernier mot. Qui dirige vraiment Radio France ? La CGT ? Mmes Veil et Pigalle ? Le gouvernement n’aurait-il pas dû intervenir dans ce dossier ?

Tout d’abord, les syndicats sont dans leur rôle : la liberté syndicale les autorise à exprimer publiquement leur opinion sur telle ou telle décision de la direction. Ils n’ont toutefois aucun pouvoir de décision ni de sanction. Les décisions sont du ressort direct de Mmes Veil et Pigalle, qui doivent les assumer avec courage. C’est précisément ce courage qui a manqué dans l’affaire Sapin. La direction a préféré acheter la paix sociale plutôt que de défendre par des actes les principes fondamentaux de l’audiovisuel public.

Le journaliste Charles Sapin au micro de France inter. Open AI.

Ensuite, non, le gouvernement n’a pas à intervenir. En effet, l’indépendance éditoriale et opérationnelle de l’audiovisuel public est, à raison, strictement protégée par la loi. C’est à l’Arcom, en tant qu’autorité publique indépendante, de s’assurer que les règles du pluralisme sont respectées sur l’antenne de France Inter. Et nous espérons que l’Arcom remplira sa mission.

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Les salariés de Radio France mécontents avancent que l’hebdomadaire ayant été condamné en justice et ayant consacré des unes à charge contre l’audiovisuel public ces dernières années, ce n’est pas la personne de Charles Sapin, mais son appartenance à Valeurs actuelles qui rendait la collaboration impossible. Cet argument doit-il être balayé d’un revers de main, selon vous ?

La position des salariés de Radio France est révélatrice de la conception hypocrite de la liberté d’opinion que se font certains (visiblement nombreux) au sein de la Maison ronde. Plutôt que de juger Charles Sapin sur le fond de ses précédents papiers ou de ses deux premières chroniques, ils se sont arrêtés à son appartenance à un journal dont ils ne supportent pas la ligne éditoriale. Il est regrettable qu’ils n’aient pas eu l’intelligence démocratique de le laisser s’exprimer puis de juger ses chroniques qui, rappelons-le, ne duraient que deux minutes trente par semaine. On était loin d’une nouvelle ligne éditoriale au sein de France Inter ! Charles Sapin ne venait pas au micro de France Inter faire de la propagande pour Valeurs actuelles, mais bien exprimer son point de vue personnel qui, visiblement, ne dérangeait pas l’an dernier lors de ses passages réguliers au micro de la radio.

Après être passé par l’UNI et avoir dirigé les Jeunes LR jusqu’en 2024, vous avez rejoint l’UDR d’Éric Ciotti, soutien de Marine Le Pen. Quelle réforme de l’audiovisuel public votre mouvement préconise-t-il ?

Nous voulons un audiovisuel public neutre, recentré, rigoureux et mieux gouverné. D’abord, un audiovisuel public neutre. Cette exigence implique d’appliquer réellement aux salariés l’obligation de neutralité, y compris sur les réseaux sociaux, avec un devoir de réserve renforcé pour les présentateurs et des sanctions graduées et publiques. Ensuite, un périmètre resserré : nous préconisons de fusionner France 2 et France 5, Franceinfo et France 24, France 3 Régions et ICI, et de supprimer France 4, France TV Slash et Mouv’. Puis, la rigueur : nous souhaitons réduire de trois quarts le budget des jeux et divertissements, d’un tiers celui des sports, mettre fin au recours aux animateurs-producteurs et soumettre les achats de programmes à la commande publique. Enfin, la gouvernance : nous voulons que les dirigeants soient nommés par le président de la République après avis du parlement et avis conforme de l’Arcom. Nous souhaitons en outre un contrôle de la Cour des comptes tous les cinq ans ainsi qu’une loi de programmation.

Ces mesures représentent au total un milliard d’euros d’économies : de quoi augmenter de moitié les crédits d’entretien du patrimoine et consacrer 500 millions d’euros au désendettement de l’État, tout en garantissant un audiovisuel public de qualité.

  1. https://www.lefigaro.fr/vox/medias/charles-sapin-ecarte-de-france-inter-que-fait-l-arcom-face-a-l-accaparement-ideologique-des-antennes-publiques-20260921 ↩︎


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Rédacteur en chef du site Causeur.fr

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