Prôner l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, flatter Alger, réhabiliter Moscou tout en ménageant Pékin et Téhéran, la politique étrangère d’un président LFI serait clairement anti-occidentale. En mélenchonais, cette soumission aux régimes les plus déplorables de la planète s’appelle le « non-alignement ».
La meilleure défense, c’est l’attaque. Les Insoumis dénoncent bruyamment l’ancien emprunt du RN à une banque étrangère, les opérations de la firme israélienne BlackCore visant leurs candidats aux municipales à Marseille, Roubaix et Toulouse, ou les agissements d’E. Musk avec son réseau social X. Ils espèrent ainsi faire oublier leur complaisance coupable avec tout ce que la planète compte de régimes farouchement hostiles à l’Occident et à la France.
Si on peut reconnaître un mérite à Mélenchon, c’est d’avoir toujours accordé de l’importance aux relations internationales. Sa « nouvelle France » incarne à l’intérieur une stratégie de la tension qui s’articule à la nouvelle donne géopolitique mondiale. Imbriqué dans un vaste réseau d’acteurs à travers le monde, LFI s’articule solidement aux deux totalitarismes contemporains que sont l’islamisme et le wokisme. Elle peut donc être caractérisée comme le principal agent français du « Sud global », assemblage hétéroclite anti-occidental dont la Russie de Poutine est la tête de pont, l’Algérie, la Turquie et l’Iran les garde-flancs. Ses fantassins se recrutent en Afrique et en Amérique latine, ses éclaireurs et des kamikazes chez les « Palestiniens », ses idiots utiles dans les universités occidentales.
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Le 9 juin 2024, au soir du premier tour des législatives anticipées, Jean-Luc Mélenchon proclamait : « Notre France, c’est une France créolisée, mélangée. Une nouvelle France constituée de tous ceux qui veulent vivre ensemble. » L’immigrationnisme est l’arme de choix pour détruire la France en tant qu’État-nation. Les Insoumis promettent aux immigrés une revanche sur les Français « tout blancs tout moches ».
S’agissant des territoires et départements d’outre-mer, cette créolisation se mue carrément en projet « décolonial ». Ainsi, en juillet 2026, Mathilde Panot et Bastien Lachaud confirment sur le sol calédonien la promesse de Jean-Luc Mélenchon d’entériner l’indépendance de l’archipel dès janvier 2028 s’il est élu président. En Corse, LFI soutient les revendications autonomistes qui sont les faux-nez de la lutte indépendantiste. Cette position est parfaitement raccord avec l’entreprise de déstabilisation conduite par la Russie, en l’occurrence sous couverture azerbaïdjanaise. De manière assez surréaliste, en janvier 2024, l’Assemblée nationale aux ordres du président autocrate Ilham Aliyev a reconnu la légitimité de la réclamation d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de la Corse. Durant les émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, Bakou a clairement attisé la violence.
Le logiciel décolonial
La thématique décoloniale est aussi au cœur de la politique de soutien au régime algérien. Lors de son voyage en Algérie, en juillet 2025, en pleine crise diplomatique entre Paris et Alger, Delogu a renchéri sur la propagande gouvernementale antifrançaise. Et bien sûr, il n’a nullement évoqué les scandaleuses incarcérations du journaliste Christophe Gleizes et de Boualem Sansal. Quant à l’engagement résolument « antisioniste » de LFI, il repose sur la prétendue « colonisation » israélienne de ladite Palestine – de la mer au Jourdain.
Le propalestinisme, illustré par la place prépondérante de Rima Hassan, instrumentalise la défense compassionnelle du peuple palestinien dans le but stratégique d’obtenir la disparition de l’État d’Israël, accusé de colonisation, d’apartheid et de génocide. Au lendemain des massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023, un communiqué de presse sous-entendait que l’attaque était méritée puisqu’elle aurait répondu à une « intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ».
L’anti-américanisme des leaders de LFI, systématique et caricatural, ne date pas de la présidence de Donald Trump. En janvier 2026, Mélenchon déclarait que les États-Unis sont « un empire agressif né d’un génocide et qui a passé les neuf dixièmes de son temps en guerre avec le reste du monde ». Son anti-américanisme conjugue l’anti-impérialisme traditionnel de la « vieille gauche », l’antiracisme dévoyé de type wokiste dénonçant un « néosuprémacisme » blanc, et la solidarité avec les ennemis plus ou moins déclarés des États-Unis que sont la Russie, la Chine et l’Iran. Le soutien indéfectible du leader Insoumis au Venezuela chaviste, au-delà de l’engouement des débuts de la « révolution bolivarienne », rejoint logiquement l’appui au régime vénézuélien (et les investissements financiers) de ces trois grandes dictatures.
Du non-alignement à l’alignement
Les non-alignés des années 1950-1960 ont pour la plupart rapidement basculé dans le camp de l’URSS. De même, le « non-alignement » de Jean-Luc Mélenchon est en réalité un alignement sur les puissances anti-occidentales. Il ne s’en cache pas. Par exemple, quand il plaide ouvertement pour la « réintégration de la Russie dans le concert européen » malgré son agression contre l’Ukraine et les menaces réitérées de Poutine contre la France. Il est vrai cependant qu’entre la Russie et la Chine, LFI se garde bien de choisir. Sophia Chikirou défend ouvertement la Chine qu’elle refuse de qualifier de dictature au motif absurde qu’elle n’est pas « le régime d’un seul homme » (!). Dans un rapport de juillet 2025, elle dresse un réquisitoire contre la politique de l’UE : « L’approche résolument atlantiste adoptée par l’Europe a abouti à une sorte de guerre commerciale contre la Chine, aux effets délétères. »
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En Iran, si LFI a timidement soutenu le début de la révolte de la jeunesse en 2022, le parti, par la voix notamment de la députée Alma Dufour, a vivement condamné les frappes américano-israéliennes de juin 2025. Elle considérait l’Iran comme « l’État agressé » et évidemment Israël comme « l’État agresseur », et en appelait à l’intervention urgente de l’ONU, devenue la caisse de résonance du Sud global depuis que les dictatures de tout poil y sont largement majoritaires.
En juillet 2024, Rima Hassan publiait un édifiant message sur X : « La Mecque des révolutionnaires et de la liberté est et restera l’Algérie ». Gageons que si Mélenchon entrait à l’Elysée, elle réviserait son jugement et tournerait ses yeux de Chimène vers la France, qui pourrait bien, par la magie insoumise, devenir le lieu de rendez-vous des autocrates, des djihadistes et des oligarques qui les soutiennent. Vous avez aimé Saint-Denis ville du peuple vivant ? Vous adorerez Paris capitale du Sud Global.

Dernier ouvrage paru : Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, Éditions Intervalles, 2025.





