Liberté d’expression. Après avoir émis, au sujet du conflit au Proche-Orient, une opinion contraire au récit victimaire pro-palestinien, Barbara Lefebvre a comparu mercredi devant le tribunal judiciaire de Paris.
C’est une inquiétante séance de justice politique qui s’est tenue le 23 septembre dernier. Poursuivie par diverses associations anti-racistes, Barbara Lefebvre comparaissait devant la 17ème chambre correctionnelle, spécialisée dans les délits de presse. Pour avoir donné à la télévision son avis sur la situation à Gaza (un avis certes véhément mais n’appelant en rien à la violence ni à la discrimination), l’ex-sociétaire des Grandes Gueules de RMC est accusée d’« apologie de crime contre l’humanité » et de « provocation à la haine ». À l’issue de l’audience, ce sont pas moins de huit mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende qui ont été requis contre elle par le ministère public. Des charges et une peine d’une sévérité incompréhensible par rapport aux faits.
En cause, des paroles que la chroniqueuse a tenues à l’antenne de la chaîne franco-israélienne i24 le 20 février 2025 : « Les civils à Gaza sont autant responsables que les membres du Hamas et du djihad islamique » a-t-elle notamment dit alors qu’on l’interrogeait au sujet de la remise de dépouilles d’otages israéliens (dont les deux enfants Bibas, de 4 et 9 ans) qui était retransmise depuis Khan Younès, dans le sud de l’enclave palestinienne. « Il faut vider la bande de Gaza», a-t-elle également déclaré quelques instants après. Des mots qui, sortis de leur contexte, ont l’air abrupts, mais qui s’inscrivent en réalité dans un discours plus large et circonstancié, ayant au surplus fait l’objet d’une longue mise au point de la part de l’essayiste dès les jours qui ont suivi afin de ne pas être interprétés à tort et à travers.
Un procès politique ?
Mais avant de rentrer dans le détail de ces propos, une première évidence s’impose : cette procédure est indéniablement (et scandaleusement) politique. D’abord parce que son point de départ n’est autre qu’un signalement article 40 de Thomas Portes, député LFI. Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, M. Portes est ce proche de Jean-Luc Mélenchon qui s’est illustré en se trouvant à la frontière avec le Gaza le 5 octobre 2023, n’hésitant pas à republier quarante-huit heures après, soit le jour-même des attaques du 7-octobre, le message d’un militant proche du Hamas se félicitant de « l’entrée de la résistance (sic) palestinienne dans les colonies entourant Gaza ». Il fut aussi le premier à lancer un mot d’ordre d’apartheid à la veille des Jeux olympiques de Paris 2024 : « Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus. »
Mais la politique s’est encore davantage immiscée dans l’affaire Lefebvre le jour du procès. À l’audience, on a en effet entendu le procureur se lancer dans un curieux développement. S’arrogeant, en dépit de la séparation des pouvoirs, le rôle d’arbitre du débat démocratique français, le magistrat a, en plein réquisitoire, très explicitement indiqué voir dans ce dossier l’heureuse occasion de montrer que la 17ème chambre ne poursuit pas seulement des voix pro-palestiniennes mais aussi des voix pro-israéliennes. Avant de remarquer que son institution instruit plus de cas entrant dans la première catégorie que dans la seconde. Comme si la Justice avait pour mission de tenir ce type de comptabilité et de se poser en puissance d’équilibre dans le conflit israélo-palestinien.
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Si Thomas Portes était physiquement absent dans la salle, son ombre politique était donc bien présente. Non content d’avoir obtenu que sa cause partisane obtienne ici une consternante traduction judiciaire, l’élu de Seine-Saint-Denis a aussi reçu en prime ce jour-là de la part du parquet une aimable réponse, presque personnalisée, aux accusations de « double standard » qu’il formule régulièrement contre le pouvoir. Quand un magistrat prend son tribunal pour une tribune, la loi et la règle de droit, eux, peuvent attendre.
Mais revenons aux propos incriminés de Barbara Lefebvre. Contrairement aux autres médias qui ont couvert le procès, il nous semble indispensable à la compréhension de nos lecteurs de les mentionner in-extenso. Les voici, tels que cités dans la convocation judiciaire, à laquelle nous avons eu accès : « La plupart des kidnappés ont été kidnappés par des civils. Et Shiri Kfir et Ariel dont les corps ont été kidnappés par des civils. Les civils à Gaza sont autant responsables que les membres du Hamas et du djihad islamique. Tout cela devra à un moment ou à un autre être payé et être payé au prix fort. Et donc effectivement on ne peut que soutenir le plan Trump et décider une bonne fois pour toutes que la bande de Gaza doit devenir une zone vierge. Il faut que ces gens-là aillent vivre ailleurs, qu’une génération entière puisse aller se ressourcer mentalement dans d’autres univers, mais certainement pas à côté des Israéliens, à côté des juifs, qu’ils veulent de toute façon éradiquer et exterminer. C’est terminé ce temps-là. Il faut récupérer tous les otages. Et une fois que tous les otages seront récupérés, il faut vider la bande de Gaza. »
Trump Gaza
Tout lecteur de bonne foi voit bien que Barbara Lefebvre, pourtant très affectée ce jour-là par les images abjectes de la restitution des otages par le Hamas, n’appelle pas un seul instant à ce qu’une brutale punition collective soit administrée aux habitants de Gaza. La chroniqueuse indique bien qu’elle ne déteste pas cette population et ne souhaite pas s’en débarrasser, mais qu’elle croit indispensable de la déradicaliser à l’aide du projet, certes très hypothétique (voire fantaisiste aux yeux de certains), de « Riviera » lancé par Donald Trump, qui consiste dans sa phase initiale à évacuer la zone afin de faciliter la reconstruction d’une cité prospère et paisible à plus long terme.
Durant le procès, le terme « zone vierge » lui a été toutefois reproché. Bien qu’elle ait expliqué que cette notion était d’usage dans le domaine stratégique et militaire pour gérer un espace dangereux notamment pour les populations y vivant, le procureur l’a entendu différemment : pour lui, dire « zone vierge » c’est vouloir transformer Gaza en forêt vierge (sic), c’est-à-dire vide de tout être humain. Où l’on perçoit bien jusqu’où peut délirer l’imaginaire d’un magistrat, sans doute bien formé et de bonne volonté, mais manifestement désorienté par la propagande anti-israélienne la plus fallacieuse.
Barbara Lefebvre n’a jamais dit qu’elle souhaitait la vitrification de Gaza ou son épuration ethnique façon exil définitif des pieds-noirs en Algérie. C’est du reste ce qu’elle a précisé très tôt, quatre jours seulement après l’émission, dans un texte de quatre pages qu’elle a publié sur le site d’i24 (et qui est toujours en ligne), en réaction à l’émotion suscitée sur les réseaux sociaux, l’affaire n’ayant à ce stade pas encore pris un tour judiciaire puisque le signalement de Thomas Portes n’a été produit que trois jours après. « “Vider Gaza” comme le propose Trump ne signifie en rien exterminer les Palestiniens, écrit-elle. Cela signifie rebâtir un espace pour une paix lointaine mais jamais impossible si la génération du 7 octobre est éloignée du lieu de ses crimes. Quel ami du peuple palestinien peut vouloir qu’une population de deux millions de personnes demeure sans espoir dans un territoire dévasté, sans infrastructure sanitaire ou médicale, sans autre ressource que ce que le Hamas veut bien leur distribuer au gré des détournements de l’aide humanitaire ? »
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En d’autres termes, Barbara Lefebvre estime que les Gazaouis doivent être appréhendés comme les Allemands durant le IIIème Reich : pour envisager un avenir avec eux, une « dénazification » doit être opérée, avance-t-elle. On peut être en désaccord avec cette position, trouver la méthode proposée illusoire ou trop rude, mais l’honnêteté oblige à reconnaître qu’elle ne consiste ni dans l’incitation à la haine ni dans l’apologie de crime contre l’humanité (l’épuration ethnique ou le transfert forcé de civils étant un crime contre l’humanité). Seulement, elle ne consiste pas non plus dans la sanctification d’un peuple telle que le récit de LFI veut l’imposer depuis le 7 octobre 2023 et dont toutes les parties civiles se sont fait l’écho à l’audience. On remarquera d’ailleurs que six d’entre elles se sont invitées dans le dossier seulement 48 heures avant l’audience voire le jour de l’audience, ce qui en dit long sur l’opportunisme judiciaire de ces associations que le dossier n’intéressait pas vraiment avant la semaine dernière.
La Justice donnera-t-elle à la vision insoumise du conflit israélo-palestinien force de loi ? Réponse le 13 novembre, jour de l’annonce de la décision.
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