Cuisinier de talent (dit-il), gastronome compétent qui avait ouvert une page Facebook intitulée « Manger à Marseille » et faisant la chronique des bonnes tables phocéennes, notre chroniqueur a été sèchement remis à sa place par des vrais hommes de gauche lui reprochant d’avoir dîné dans une gargote huppée. C’est vrai, ça: pour qui se prend-il?
Me voici de nouveau catalogué fasciste, parce que je suis allé fêter mon anniversaire (73 : nombre premier !) dans un restaurant à vocation gastronomique, à quelques kilomètres de chez moi.
(Attention, paragraphe d’extrême-droite !)
Le Domaine du Colombier, à Malataverne, est tout à fait recommandable (menus ci-joints). À deux pas de Montélimar, il est une étape indispensable lorsqu’après avoir écumé les bouchons de Lyon et déjeuné chez Anne-Sophie Pic, à Valence, vous cherchez, en descendant la vallée du Rhône, une table accueillante avant de séjourner aux Baux-de-Provence à l’Oustau de Beaumanière — avant qu’il change de main en juin 2027. On s’en fiche, pourvu que Glenn Viel reste aux fourneaux.
J’aggrave mon cas. Parce que la seule mention d’un repas magnifique, arrosé d’un Crozes-Hermitage (Domaine des Bruyères, Cuvée Georges) qui s’accordait superbement avec les viandes du menu « Terre », a suffi à déclencher l’ire (comprennent-ils ce joli mot ancien ? Allons, pour les béotiens de LFI ? je rectifie) la colère des vrais gauchistes qui s’égarent parfois sur ma page Facebook. « On se goberge et on bafre, alors que le peuple galère loin des intellos conservateurs à la mode réac justement dénoncés par LFI », dit l’un. « Le peuple n’a pas besoin de savoir que certains peuvent se payer des restaus hors de prix ! (Même invité !) », ajoute un autre.
Curieuse morale où pour faire peuple, il faut avaler de la merde. C’est ce que s’est dit Matthieu Pigasse, qui a claqué 434 000 € pour deux pour 19 jours sur l’île Moustique, paradis des milliardaires qui aiment bien rester entre eux. Le patron du groupe de médias Combat (il se prend pour Camus, sans doute) et potentiellement candidat de gauche (un de plus) à la présidentielle s’est habilement justifié :
« Étaient membres du Tiers État ceux qui n’appartenaient ni au clergé, ni à la noblesse. Dans le tiers état, il y avait de riches industriels et de riches financiers », citant « Dupont de Nemours, Mirabeau, Mounier, Barnave ». « Ils avaient tous la même volonté de changement. C’est ce qui m’anime », poursuit-il, arguant que « ce qui compte, ce sont les engagements et les convictions.» Et de marteler : « Être de gauche, ce n’est pas faire vœu de pauvreté. »
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Croire qu’aimer bien manger autre chose que de la merde, comme disait le regretté Jean-Pierre Coffe, signe votre appartenance à l’extrême-droite est un raisonnement un peu court, tout à fait digne du tout petit niveau intellectuel de la gauche aujourd’hui. « Le Siècle des intellectuels », disait Michel Winock du XXe siècle. Le Siècle des imbéciles, dirait-on aujourd’hui. Cretinus Maximus a pris le pouvoir à gauche. Il serait dommage que la droite ne relève pas le gant et le niveau : il est temps d’y faire le ménage.
Ah, évidemment, ce que j’ai mangé si volontiers lundi dernier n’était pas halal — le cochon du Ventoux s’en garde bien. Et le bruit court (sans cesse démenti par le boss suprême) que McDo l’est davantage. Et c’était cher (129 € par, personne, fromage inclus — mais vous pouvez prendre le menu « Feu », qui vous fait combiner Air, Terre et Eau, si vous pouvez pousser jusqu’à 179€ — rajoutez une centaine d’euros pour le vin. Ma foi, c’est moins cher que le billet Luxe pour assister à la déroute de l’OM face au PSG, la veille — un cadeau souvent offert aux fans du peuple abreuvés de McDo et de mauvaise graisse.
Il y a une dizaine d’années, sur le coup de midi, la classe s’achevait, j’ai demandé à mes loulous, tous post-bac et pauvres Maghrébins pour la plupart, où et de quoi ils allaient déjeuner. « Au McDo », fut la réponse largement majoritaire. J’ai donc pris cinq minutes de leur temps pour leur expliquer que le prix au kilo des 80 grammes de viande entreposés entre deux couches de glucides, le tout vendu aux alentours de 6 €, était supérieur à celui du wagyu — dont ils ignoraient l’existence. Et que je me faisais fort, pour la même somme par personne, de leur concocter un repas de qualité — un bœuf bourguignon bien mijoté ne coûte pas plus cher, et c’est cent fois meilleur, frites comprises. Impossible de les convaincre : les pauvres sont persuadés que les saletés qu’ils avalent sont la seule pitance permise.
Ça, et voter LFI aux prochaines présidentielles — le parti qui veut dépouiller les retraités afin qu’eux aussi aient le droit de bouffer de la merde.
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