On peut même dire qu’elle est plutôt bonne fille. Voilà à peine deux ans, alors que Notre-Dame de Paris rouvrait ses portes et recouvrait son âme, le successeur de saint Pierre de l’époque n’avait pas jugé opportun d’honorer l’événement de sa pontificale présence. Pourtant une sainte messe eût été la bienvenue, ne serait-ce que pour saluer la prodigieuse mobilisation du peuple de France, de la fille aînée de l’Église donc, mobilisation récompensée par une forme de miracle. En l’espace de seulement cinq Nativités et cinq Pâques, les pierres sublimes de l’édifice furent rendues à Dieu.
Rendez-vous tristement manqué en cet hiver 2024, quelques jours avant Noël. Nombre de Français, catholiques ou non, en ont été contrits. Ils se sont sentis humiliés, peut-être bien.
Une gigantesque célébration en place publique, une autre là où les rappeurs remplissent les stades pourraient-elles faire oublier l’amertume légitime du dédain — du ratage — sus-évoqué ? Par la présence de centaines de milliers de ses fidèles lors des différentes cérémonies papales, à Paris, Metz ou Lourdes, la fille aînée de l’Église aura su répondre par l’affirmative, tant le bel et noble principe du pardon des offenses l’habite et dicte sa conduite.
Cependant, d’aucuns s’interrogent. La France l’est-elle encore, la fille aînée de l’Église ?
Elle ne l’est plus.
Du moins, plus de la même façon. Tout simplement parce que l’Église elle-même n’est plus ce qu’elle était lorsque la formule avait cours et prenait sens.
Le pape Léon a clairement exprimé cette métamorphose dans sa récente encyclique Dignitatis humanae, reconnaissant, après Vatican II, que « la liberté religieuse est un droit fondamental enraciné dans la personne humaine qui doit être garanti par l’ordre juridique afin que nul ne soit contraint d’agir contre sa conscience ou empêché de rechercher ou de professer la vérité en privé et en public. »
Le croyant se trouve donc ainsi rendu à la liberté, cette liberté qui est le don de Dieu accordé à l’être créé à son image.
Le piège est que la liberté convient aux âmes fortes et égare les autres. C’est sans doute ce à quoi nous assistons. L’Église du passé, l’Église d’avant, s’est-elle assez préoccupée d’armer les âmes pour ce temps où, inéluctablement, cette évolution viendrait et produirait ses effets ? Ce n’est pas aux Lumières de porter la culpabilité de la déchristianisation des temps nouveaux. Les Lumières disaient, avant lui, ce que le pape Léon dit aujourd’hui, et qui, de ce fait, se révèle parfaitement compatible avec les exigences de la foi. Trop de siècles de contrition forcée, d’infantilisante repentance, de soumission doctrinaire à des pratiques plus ou moins gauchies par la superstition ont, au bout du compte, affaibli et altéré les âmes, les rendant impropres à la confrontation, toujours exigeante et âpre, avec la liberté.
Un autre rendez-vous manqué. Alors même qu’il restaurait le principe divin de la liberté humaine, le concile Vatican II est allé se fourvoyer dans une absurde entreprise de désacralisation, appauvrissant le rituel, profanant le mystère de la messe, avilissant les offices et jusqu’à la prière en happenings de kermesse. Alors que, tout au contraire, la ressacralisation de la liberté eût exigé l’exaltation affirmée, revendiquée de l’alliance spirituellement et intellectuellement salvatrice de la liberté et du beau.
Dans les cœurs de ceux qui prieront avec le pape ce week-end, la France est évidemment encore la fille aînée de l’Église, n’en doutons pas.
Mais que dira le pape Léon à cette fille ?
Lorsqu’il se rendra à l’Unesco, y ira-t-il de nouveau de son couplet pro-immigration de masse ? C’est à craindre. À craindre aussi que la France, de ce fait, à terme, ne soit plus la France. Dès lors, la question de savoir de qui elle pourrait bien être la fille aînée sera — désespérément et définitivement — sans objet.
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