Jeunes électeurs de gauche, c’est une femme de gauche qui vous parle: vos colères sont justes, mais votre champion, Mélenchon, l’est beaucoup moins. Ne lui abandonnez ni la justice, ni l’écologie, ni la Palestine. Vos engagements méritent mieux que ses fureurs, ses slogans et ses calculs.
Je préfère prévenir le lecteur. Je ne fais ni dans le jugement moral, ni dans ces analyses de coin de table sur la jeunesse, le « c’était mieux avant » et toutes les inepties fourbies depuis des années sur cette génération qui ne saurait plus lire, ni écrire, ni penser, ni de se comporter et serait donc incapable de penser.
Je voudrais m’adresser ici à tous les jeunes qui ont l’intention de voter pour Jean-Luc Mélenchon.
La passion de la justice, l’angoisse écologique et le désir de renverser la table, tous ces sentiments fondés et les émotions qui les accompagnent ne peuvent dispenser d’une réflexion solide et approfondie au moment de voter.
Jean-Luc Mélenchon est un merveilleux tribun. Comme l’était Benito Mussolini.
Si je le compare au leader fasciste, c’est en raison de cette gestuelle caractéristique, des expressions de visage qui ponctuent ses phrases, de cette voix tonitruante et musicale, et de cet art de manier l’histoire de France comme Mussolini maniait celle de l’Empire romain.
Personne ne parle mieux à l’inconscient de la gauche que le leader de la France insoumise.
Personne ne réveille mieux les idéaux révolutionnaires nichés dans les recoins de notre âme française.
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Dans ce moment de gris, de dangerosité et d’impuissance avérée des politiques, la furie Mélenchon touche votre jeune cœur qui a besoin de s’exalter, de se confronter, de rêver plus grand.
En exacerbant le conflit israélo-palestinien et en martelant depuis trois ans un seul mot – « Gaza ! » –, Mélenchon le manipulateur sait parfaitement qu’il émeut les jeunes idéalistes que vous êtes avec une cause romantique, absolue, qu’il faut défendre jusqu’à l’absurde. Vous avez raison de vous soucier des enfants palestiniens. Mais vous avez tort de croire le récit binaire de Mélenchon, qui vous raconte un conflit entre gentils Palestiniens et méchants Israéliens, qui deviennent vite, dans un raccourci infernal, les méchants juifs.
Bien sûr que vous n’êtes pas antisémites. Vous vous mobilisez pour une cause vieille comme le monde : la défense des opprimés qui sont à portée de voix dans un monde sur lequel vous avez le sentiment de ne plus avoir de prise. D’ailleurs, vous n’êtes pas les seuls, car vos parents et vos grands-parents se sentent eux aussi bien souvent dépossédés.
Mais il faut apprendre à regarder derrière le rideau du petit théâtre d’ombres. À ne pas se faire avoir par les discours, aussi flamboyants soient-ils. À penser contre soi-même, comme le dit Edwy Plenel, une autre de vos idoles.
Le charme noir du tribun
Sur ce conflit israélo-palestinien qui vous tient tellement à cœur, Jean-Luc Mélenchon vous fait croire qu’avec lui au pouvoir, tout changera. Mais il vous trompe. Sera-t-il en mesure de relancer des accords de paix ? D’interrompre le partenariat entre l’Union européenne et Israël ? Que fera-t-il de plus que ce que fait déjà la France ? RIEN.
Sa parole est-elle crédible dans ce Moyen-Orient si compliqué sur lequel il a dit à peu près tout et n’importe quoi ? Est-il capable de tenir tête à Donald Trump ou à Vladimir Poutine sur la question ukrainienne, lui qui n’a jamais caché, jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, son tropisme pour le satrape du Kremlin ? NON.
Comment pourrait-il sauvegarder les intérêts de la France et de l’Europe face à la Chine, dont l’une de ses plus proches, Sophia Chikirou, salue le modèle ?
Pouvez-vous vraiment avaler qu’il suffira de brûler la dette ou de la geler (car en quarante-huit heures, il est passé de l’un à l’autre) pour trouver les marges budgétaires nécessaires à la refondation écologique et républicaine ?
Peut-on croire, même quand on a 25 ans que, si Mélenchon arrive au pouvoir, il réglera le problème de la canicule comme il l’a promis dans son discours de rentrée ?
Et puis demandez-vous qui est Jean-Luc Mélenchon : le laïcard farouche des années 2000 qui ne supportait pas de voir une femme voilée ? Ou celui de 2026 qui prétend que la « Nouvelle France » va succéder à l’ancienne, trop « blanche et moche », selon ses propres mots ? Avez-vous combattu le racisme pour en accepter un nouveau ?
Pensez-vous vraiment que Mélenchon défendra les droits des femmes et des minorités sexuelles, quand il accorde son plein soutien au nouveau régime sénégalais qui persécute les homosexuels et se garde bien de trop critiquer le régime des mollahs iraniens qui massacre sa jeunesse et les femmes qui refusent de porter le voile ?
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Au cas où vous auriez raté quelques cours d’histoire, permettez à une vieille routarde de la politique de vous rafraîchir la mémoire. Mélenchon promet une Constituante, dont personne ne connaît vraiment les contours et les modalités, pour fonder une VIe République. On a déjà entendu ça. Dans un livre intitulé Le Coup d’État permanent, un autre homme de gauche a déjà dénoncé les pouvoirs exorbitants accordés au président par la Constitution de 1958 et promis de la remplacer par une autre. Mais une fois président lui-même, il a trouvé que ce texte lui convenait très bien. Il s’appelait François Mitterrand.
Comme le dit un vieux proverbe pyrénéen, « les promesses rendent les fous joyeux ».
Jean-Luc Mélenchon est un marchand de poudre de perlimpinpin.
Vous êtes jeunes, c’est une chance. Vous êtes de gauche et vous avez raison. Vous cherchez des dirigeants en qui avoir confiance et je vous comprends. C’est pourquoi je vous encourage à méditer sur la vie d’un homme extraordinaire, Léon Blum, leader du Front populaire, juif, attaqué sa vie entière par des antisémites forcenés. Charles Maurras disait de lui : « Il faut le fusiller, mais dans le dos. » Jamais Léon Blum ne perdit son sourire malicieux, jamais il ne se laissa aller à l’insulte, au bruit, à la fureur et pourtant, c’est lui qui en 1936 révolutionna véritablement la société française.
Dans un petit ouvrage intitulé Pour être socialiste, il s’adresse à la jeunesse qu’il chérissait : « Vous êtes à l’instant des choix décisifs. […] Réfléchissez, examinez. »
Oui, vous êtes à l’instant des choix décisifs. Alors faites mentir le dicton. Quand on est jeune, on n’est pas con. N’abusez pas du Mélenchon. Mélenchon.





