À Bruxelles, le chef d’orchestre israélien Lahav Shani fait l’objet d’appels au boycott et de pressions pour annuler sa venue au Bozar. À Louvain, le maire Mohamed Ridouani refuse d’accueillir le match de l’Union Saint-Gilloise contre l’Hapoël Beer-Sheva. Et on se souvient qu’à Liège, ville officiellement antifasciste, une synagogue a été visée par une explosion criminelle.
De mes années de prime jeunesse, j’ai conservé l’idée qu’ « on » n’en faisait jamais assez dans la lutte contre l’antisémitisme. À l’époque, les journaux que je dévorais, mes professeurs – forcément de gauche -, les campagnes des officines antiracistes ne cessaient de marteler le même discours convenu contre la bête immonde qui était alors d’extrême droite. Depuis que la haine ordinaire du juif est passée à l’extrême gauche, l’infâme semble devenu acceptable. En Belgique, plus sans doute qu’ailleurs en Europe, l’opposition à la politique du gouvernement israélien, les manifestations pour Gaza ou la posture antisioniste ne parviennent en réalité plus à masquer un mal beaucoup plus profond.
Pétitions et démissions à l’opéra
Le directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, mais aussi de Munich, Lahav Shani doit se produire en novembre dans le prestigieux Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Déjà, la meute d’extrême gauche s’active pour faire annuler la venue de l’artiste, à coups de pétitions et de démissions – dont celles de trois membres du conseil d’administration de Bozar – et d’éditoriaux enflammés – dont celui de Baudouin Loos, du très à gauche quotidien Le Soir, estimant que, « même si Lahaf Shani condamne la guerre et ses atrocités, il doit être boycotté[1]« . Rappelons qu’il y a un an, il avait déjà été déprogrammé d’un festival à Gand et que, dans un autre registre musical, le chanteur israélien Amir avait été ciblé lors de sa venue aux Francofolies de Spa.
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Le monde de la culture n’est pas le seul touché par la vague brune. Le club bruxellois de l’Union Saint-Gilloise, dont les sympathisants sont par ailleurs un condensé de boboïsme, d’antifascisme bête et intolérant et de hipstérisme, doit affronter l’Hapoël Beer-Sheva en Coupe d’Europe au mois d’octobre. Tandis que le stade du club bruxellois ne répond pas aux normes pour abriter les rencontres continentales, l’Union a l’habitude de les délocaliser, souvent à Louvain. Seulement, le bourgmestre socialiste Mohamed Ridouani refuse que le rendez-vous footballistique se déroule sur le territoire de sa ville ; l’homme est un récidiviste puisqu’il avait déjà interdit la tenue d’un match des Red Flammes, équipe nationale belge féminine, contre son homologue israélienne. Pire encore, aucune autre ville belge semble disposée à accueillir le club du Néguev dans le sud d’Israël ; encore une fois, ce n’est pas un cas isolé : en 2024, Belgique-Israël avait dû se jouer… à Debrecen en Hongrie – on doute que nos dirigeants aient remercié Viktor Orbán pour l’hospitalité.
Promotion Rima Hassan à l’ULB
Ces prises de position récentes s’inscrivent dans une série d’incidents, plus ou moins graves, qui font tache : grabuge lors de la venue d’un professeur israélien de gauche à l’Université libre de Bruxelles – la même où il existe une « promotion Rima Hassan » -, slogans antisémites lors des manifestations, annulation d’une séance de dédicaces de Raphaël Enthoven prévue dans une librairie bruxelloise, explosion criminelle visant une synagogue en mars dernier à Liège (ville officiellement « antifasciste ») et je sais déjà que ces lignes me vaudront quelques remarques antisémites basées sur mon patronyme proche du nom de scène d’un chanteur français de confession juive… Les Belges ont quant à eux pratiquement plus entendu le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot sur la Palestine que sur l’ensemble des autres dossiers internationaux, Ukraine y compris. Et si « la nuance est un acte de résistance », slogan affiché dans les locaux du parti, elle ne vaut pas quand il s’agit du Proche-Orient.
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Évidemment, affirmer que la Belgique a sombré dans l’antisémitisme est un tantinet exagéré et il existe des lois pour le punir et, bien sûr, chacun – citoyen, éditorialiste, homme politique… – a le droit de critiquer Israël, la politique de son gouvernement, son armée… Mais lorsque les cibles sont un chef d’orchestre peu suspect de sympathie pour Benyamin Netanyahou, des joueurs de football ou un penseur critique à l’égard de son propre pays, il est intellectuellement difficile de justifier que la situation à Gaza, l’antisionisme ou la lutte contre un gouvernement de droite dictent seuls les réactions. Quand des jeunes s’affichent en keffieh et défient quiconque porte un ruban jaune, et lorsque les mêmes sont incapables de situer le fleuve (river) et la mer (sea) de leur slogan, on devine que les passions tristes sont, davantage que le bien commun, l’aiguillon de leur colère. Quand Israël occupe l’espace médiatique jusqu’à l’hystérie, alors qu’ailleurs dans le monde les opposants, les femmes, les homosexuels (Afghanistan, Iran, Xinjiang où vivent les Ouïghours…) sont l’objet de persécutions non dénoncées, on comprend que la lutte pour la Palestine n’est pas un humanisme.
Je repense évidemment aux propos de mes professeurs, des éditorialistes et des hommes politiques de l’époque. Ils ont tourné casaque pour la plupart, mais nous devons reprendre leur message : nous n’en ferons jamais assez pour lutter contre l’antisémitisme.
[1] https://www.lesoir.be/772289/article/2026-09-22/lahav-shani-ne-doit-pas-venir-bozar




