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La France « rance » épinglée

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roms commission europeenne

Connaissez-vous Nils Muiznieks ? Ce monsieur, letton de son état, est l’actuel commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe. Docteur en sciences politiques, ancien président de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, il vient de produire l’un de ces rapports déconnectés du réel dont sa maison-mère détient le secret. Le constat dressé après une visite de courtoisie au mois de septembre 2014 y est sans appel : la France doit accueillir plus de réfugiés et, dans le même temps, lutter contre ses penchants racistes et xénophobes. Ceci n’est pas un canular.

Avant tout, il faut savoir que par le passé, Monsieur Muiznieks, appointé pour prodiguer des leçons d’intégration aux États intolérants, a été entre autres « ministre du gouvernement letton, chargé de l’intégration sociale, de la lutte contre la discrimination, des droits des minorités et du développement de la société civile ». Ce fait d’armes grandiloquent retient l’attention sur un curriculum bien garni (nécessaire à tout bon technocrate). Quiconque connaît tant soit peu la démographie lettonne est déjà sur ses gardes : population de deux millions d’habitants (Paris intramuros), exclusivement d’origine est-européenne et ne connaissant l’islam que par pays interposés et images satellite. Il n’est pas certain qu’une si maigre expérience de la notion de promiscuité puisse conférer de l’autorité en matière d’« intégration ».

Par suite, il faut mettre en regard les reproches adressés à la France et l’histoire complexe de ce pays, chose que néglige totalement un commissaire aux droits de l’Homme, tout à ses rêves d’une humanité confraternelle parce que déracinée. Dans l’optique des droits de l’Homme, ne sont en effet reconnus que des individus n’ayant qu’un rapport consumériste à la culture, tous invités à s’identifier à une idole, un homme générique pourvu d’un catalogue de droits sans cesse enrichi et, pour cette raison, objet d’un culte universel. Les peuples, eux, sont répudiés dans la mesure où ils n’entrent pas dans cette grille de lecture mercantile. Tout au plus tolèrera-t-on des identités minoritaires (issues essentiellement d’Afrique noire, du Maghreb et d’Europe de l’est), précisément parce qu’elles sont minoritaires et peuvent participer au ravinement des vieilles identités de masse, réputées sclérosantes et désuètes. La double injonction de Monsieur Muiznieks participe clairement de cette démarche.

Ce dernier enjoint en effet la France non seulement d’accueillir et de protéger davantage de réfugiés (en provenance de Syrie notamment), mais aussi d’intensifier la répression des actes et propos à caractère discriminatoire, et offensant a fortiori. L’accent est mis en particulier (la moitié du rapport) sur les « droits de l’homme des Gens du voyage et des Roms migrants ». En marge du rapport, certains « conseils » avisés du commissaire en disent long. Se montrant « inquiet du fort climat d’antitziganisme qui règne en France de très longue date », il préconise de les voir avant tout comme « victimes de violences commises par des particuliers et parfois même par des membres des forces de l’ordre, notamment lors des évacuations forcées de campements ». Généreux, le commissaire « souligne également l’urgence de garantir aux Roms l’accès aux soins de santé, à l’éducation, au logement et à l’emploi, ainsi qu’à mener des activités de sensibilisation du public afin de combattre les stéréotypes et les préjugés ». L’Aide Médicale d’État, ce gouffre financier doublé d’un appel d’air, est à ses yeux une bonne initiative mais qui peine encore dans sa mise en application. Peu importe qu’elle puisse ouvrir droit aux étrangers en situation irrégulière à des prestations refusées à un chômeur français : les droits de l’Homme ratissent large, et aux frais des péquenots franchouillards.

À présent redescendons sur terre et armons-nous d’un peu de logique, salutaire. Monsieur Muiznieks invite les Français à s’offrir encore davantage et à consentir au « vivre-ensemble ». Or, ceux-ci, dans les urnes, ne cessent de mettre en garde leurs représentants nationaux et de les informer que la coupe est pleine. Ce sont des gens qui ont des yeux. Ce sont des usagers de la France ordinaire, celle qui paie chaque jour que Dieu fait sa bêtise colonialiste d’antan par une immigration de masse en retour. Ce sont des gens qui, chaque jour, constatent la dissolution des repères communs dans les eaux glacées d’une tolérance grand-bourgeoise dont les tenants s’épargnent les désagréments. Ce sont des gens qui ont vu en vingt ans leur environnement social changer sans leur consentement par les exactions successives d’un personnel politique aux ordres de la nébuleuse européenne, soumettant ses administrés aux seules prérogatives marchandes (Bruxelles l’apothicaire), dans l’unique culte que l’homme se rend à lui-même (Strasbourg, Sainte-Chapelle des droits de l’homme).

Lors de son prochain passage dans le pays des discriminations et de l’intolérance, espérons que Monsieur le commissaire se laissera davantage guider dans les lieux reculés de la Socialie, là où les Roms, par exemple, ont droit à tous les égards, inscrivent gratuitement leurs enfants à la cantine (selon la méthode socialiste, y mange qui veut et paie pour tous qui peut) et orientent à tel point le niveau général des classes que les prolétaires autochtones finissent par se ruiner en écoles privées.

Voilà bien une réalité qui ne s’apprend pas dans les grandes universités mondiales mais s’éprouve au long d’une humble vie : le sacro-saint « vivre-ensemble » ne se décrète pas à coup de tolérance, il n’est que l’émanation d’un sentiment d’appartenance nationale, celle-là même que l’Union européenne bat en brèche. Pour elle, la France d’aujourd’hui est un peu comme un homme à qui elle aurait coupé les quatre membres, qu’elle aurait jeté à l’eau et à qui elle viendrait à présent faire le reproche de nager très mal.

Comme il nous faut néanmoins rester courtois malgré la colère, et puisque c’est de saison, je me permettrai simplement d’inviter tout technocrate, volubile dans le confort d’un beau bureau strasbourgeois, à bien vouloir aller se faire voir chez les Grecs. Nous, peuple français, nous chargerons de trouver les moins incapables des politiciens afin de gérer au mieux l’immense foutoir culturel que l’Europe impose à ses vassaux. En attendant une rupture définitive qui ne saurait tarder.

 *Photo : wikicommons.

Juncker, sors de ton bunker!

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jean claude juncker grece

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a le mérite de ne pas être un ectoplasme politique. Ce qui permet de le détester plutôt que de le mépriser comme c’était souvent le cas pour son prédécesseur. Ses interventions sont parfois abruptes, mais au moins elles sont claires. À propos du résultat des élections en Grèce et des demandes de négociations du nouveau gouvernement, interrogé par le Figaro il a déclaré : « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités ». Ce n’est pas très gentil pour ceux qui, comme moi, ont  des bouffées de tendresse pour Tsipras et son ministre des finances, tout de charisme décontracté arborant une calvitie évidemment destinée à rappeler que l’on ne peut pas tondre un œuf. Douche froide de Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Houle de rage sur les réseaux, souverainistes montant sur leurs grands chevaux, Marine Le Pen buvant du petit lait. Le problème est que le Président de la Commission a raison.

Ce genre de phrase et les réactions qu’elle suscite fait irrésistiblement penser à celle proférée en 1981 après la victoire de la gauche. André Laignel jeune député socialiste avait notamment déclaré à l’adresse d’un membre de la nouvelle minorité : « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire ». Sur le plan des institutions démocratiques et de leur fonctionnement cette pétition était irréfutable. En démocratie représentative, le peuple est souverain. Dès lors qu’il donne une majorité à des représentants, ceux-ci sont chargés d’élaborer la loi qui devient celle de tout le monde. Et ce qu’une majorité a fait, une nouvelle majorité peut le défaire (Novus rex, nova lex). Même la Constitution, loi fondamentale qui organise les compétences respectives des différents organes de l’État, n’y échappe pas même si les règles d’adoption sont plus exigeantes (majorité qualifiée). Mais, renforcée ou pas, la majorité est toujours la majorité.

En 1981, notre pays était souverain et l’ensemble des questions concernant le gouvernement de la France relevait de la délibération démocratique entre les citoyens français. 36 ans plus tard ce n’est plus le cas  et André Laignel aurait tort aujourd’hui. C’est Jean-Claude Juncker qui a raison. Et qui peut dire à Tsipras en substance : « vous avez juridiquement tort même si vous êtes politiquement majoritaire (chez vous) ».

Toute la construction européenne depuis le début des années quatre-vingt-dix s’est faite à partir d’abandons de souveraineté des États au profit d’abord de la Communauté puis de l’Union. Mais, le dispositif adopté ne consiste pas à transférer certaines parties de la souveraineté nationale à un organisme supranational ayant capacité de soumettre directement à la délibération démocratique des citoyens de l’Union Européenne les questions relevant de ses nouvelles compétences.

Pour deux raisons essentielles. Tout d’abord les transferts de souveraineté, ont été effectués par la signature de traités à valeur constitutionnelle. Précédée par des révisions des constitutions nationales permettant ces abandons. Ce qui relevait auparavant dans chacun des états de la délibération démocratique est aujourd’hui ossifié dans une constitution. L’indépendance de la banque centrale, la soumission du financement des états aux marchés financiers, la notion de « concurrence libre et non faussée » comme cœur du fonctionnement de toute l’économie et bien d’autres encore sont aujourd’hui quasiment immuables. Le Parlement européen élu au suffrage direct tous les 6 ans, n’a aucune compétence constitutionnelle.

Alors, et c’est la deuxième raison, la Constitution Européenne peut être révisée mais uniquement par la modification des traités. Et pour cela Il faut rassembler l’unanimité des états qui composent l’Union ! Comme elle a été portée tranquillement et discrètement à 25 membres, ceux qui aimeraient voir émerger « une autre Europe » par la voie juridique ne sont pas sortis des ronces.

Le processus de la construction européenne, n’a pas arrangé notre pauvre constitution de la Ve République. Défigurée par près de vingt-deux révisions successives en vingt-cinq ans, elle organise le fonctionnement des pouvoirs publics français dans des conditions qui n’ont plus rien à voir avec celles de 1958. Alors, on l’accuse de la rage et on propose d’en changer.

En oubliant que le problème est bien celui posé par Jean-Claude Juncker. L’Union Européenne n’est pas un dispositif de démocratie représentative. L’Espagne, après la Grèce pourra donner la majorité à Podemos aux Cortes, la France élire Jean-Luc Mélenchon, la situation sera la même. Celle de la Grèce incapable de supporter sa dette, réclamant une remise (un coup de rabot) impossible à accorder. Ce serait la ruée, Italie Espagne Portugal (et France ?) venant demander la même chose. Alors, comme le dit Frédéric Lordon l’alternative de Syriza et simple : « passer sous la table où la renverser ».

La renverser ? Le système construit a verrouillé un modèle économique sans marge de manœuvre, et plaqué sur des pays et des situations qui n’ont rien à voir. Il a instauré une monnaie unique-totem dont il est difficile de nier les effets délétères. Il a créé une bureaucratie bruxelloise choyée de près de 60 000 personnes qui ne peut avoir qu’un objectif, sa reproduction. Mais il rencontre aujourd’hui un obstacle dont la Grèce est un symptôme fort : le retour du politique. Manifestement, les peuples ne veulent plus de cette Europe. Partout, l’euroscepticisme progresse. La dénonciation du populisme et le mépris social qui l’accompagne ne mèneront pas loin. En Grèce, ce sont un peu plus de 30 % des électeurs qui ont élu Syriza. Les sondages lui donnent désormais 70 % de soutien dans la population. Pour une raison simple. Ce pays et ce peuple présentés comme des mendiants viennent de retrouver un peu de fierté. Et ça Monsieur Juncker… Pour l’instant vous avez juridiquement raison, mais probablement politiquement déjà tort. On sait depuis Hobbes que c’est l’autorité du souverain (en l’occurrence le peuple) et non la vérité de ses décisions qui fait la loi (voluntas non veritas facit legem). Ce que l’on appelle trivialement le rapport de force politique.

Et puisque je viens de m’adresser à Jean-Claude Juncker, j’aurais aussi un petit message pour Messieurs Tsipras et Vafourakis.

« Ne lâchez rien. Vous avez été choisis par le peuple grec pour le conduire dans le combat contre l’Union Européenne, sa bureaucratie, son cynisme et sa servilité vis-à-vis de la finance. Elle vient de vous adresser un ultimatum insolent. Vos mandants sont les citoyens grecs, mais désormais pas seulement. Vous représentez beaucoup plus. Les Italiens, les Espagnols, les Portugais qui souffrent de cette Europe, les Français bafoués dans leur vote en 2005, trahis après le 6 mai 2012, et bien d’autres encore. Ils vous regardent. »

« Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C’est la loi. C’est la règle. C’est le niveau des vies héroïques, c’est le niveau des vies de sainteté.»

C’est du Péguy. Pardonnez-moi cette grandiloquence, mais le moment la mérite.

Et puis soyez sympas, j’ai tellement envie de voir ça.

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA . AP21687985_000012 .

Procès du Carlton : de quoi DSK est-il le nom?

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dsk carlton lille proces

J’avoue ne pas tout comprendre au procès dit du Carlton de Lille. Voilà un gentil garçon qui a du tempérament, qui participe à des partouzes comme il s’en monte sans cesse dans le meilleur monde et dans les autres, qui a peut-être eu recours à des prostitués (est-ce un délit ? Non) et a un goût prononcé pour la sexualité libérée — j’entends celle qui ne sert pas à faire des enfants, comme on dit dans la Genèse. Sodomie ! Les journalistes se sont un peu gargarisés avec le mot, mais ce n’est pas leur faute : le dossier d’instruction n’a apparemment pas raté une pénétration anale — ce qui n’est pas un délit non plus, en France tout au moins, chacun étant libre de faire de ses fesses ce qu’il veut, pourvu qu’il n’y ait pas contrainte.
Or, tout est là : les juges, à rebours du Parquet, qui avait estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuite, ont fait de la sodomie l’axe central de leur dossier d’accusation. Voir sur le sujet un article très complet du Parisien.
Raisonnement en trois temps. 1. Seules des prostituées peuvent accepter se faire enculer — hmm… 2. Seules des prostituées peuvent accepter, si jeunes, se faire enculer par un vieux bedonnant — hmm… 3. Aucune tendresse dans ces enculades, menées de façon vigoureuse et parfois même avec une sorte de brutalité.
Hmm…

La dernière Enquête sur la sexualité en France (sous la direction de Nathalie Bajos et Michel Bozon, La Découverte, 2008) révèle (p. 275) chez les femmes, en moyenne, une pratique régulière pour environ 10% d’entre elles (15% pour les hommes), et une pratique irrégulière pour 40% (50 chez les hommes). Dans la tranche d’âge qui préoccupe les juges, les 18-25 ans, les chiffres pour les femmes sont respectivement de 7 et 25%. Et ce sur un très large échantillon sociologique, qui doit bien inclure deux ou trois putes, sur près de 100 000 personnes testées, mais aussi des agriculteurs, des profs, des flics et des économistes du FMI et d’ailleurs. En moyenne, c’est dans la tranche CAP / Bac que l’on se fait le plus sodomiser chez les dames, et que l’on s’y prête volontiers chez les hommes : considérant que DSK a fait des études supérieures, l’ex-directeur du FMI appartient à un créneau qui, en croisant l’âge et le niveau d’études, sodomise à 13%. Ce n’est pas majoritaire, mais ce n’est pas négligeable, c’est plus que jamais Mélenchon n’attira de votes, peut-être davantage que ce qu’aura Hollande en 2017.
Le même ouvrage (pp. 278-279) révèle que le recours à la prostitution ne faiblit pas, mais que l’éventail de drague s’ouvre grâce à Internet, qui procure dans le même temps un accès inédit à la pornographie — j’ai fait un livre sur le sujet, encore disponible sur les sites de soldes, je ne vais pas m’étendre sur la question.

De la prostitution sur le plan consommation, je ne sais rien — rien que ce que m’ont appris les livres : Roger Vailland, homme de gauche indubitable, membre du PC, en faisait grand cas ; il raconte par ailleurs dans Drôle de jeu qu’il faut savoir se servir d’une prostituée pour apprécier ce qu’elle apporte — et autant j’ai pour les maquereaux un mépris souverain (l’un des bons souvenirs de ma vie sera d’avoir cassé les incisives d’un apprenti-barbeau sur la margelle de la fontaine des Danaïdes, en haut de la Canebière), autant je respecte les prostituées, à qui je souris gentiment quand elles croient bon de me proposer leurs services, au hasard des rues.
Quant à la sodomie…

Ce que ce procès révèle, c’est l’épidémie de moraline, comme aurait dit Nietzsche, qui se répand en ce moment plus vite que la grippe — et le succès de Cinquante nuances, cette bleuette du SM rêvé par les impuissants, en témoigne directement. Eric Dupond-Moretti, avocat de David Roquet, a d’ailleurs dénoncé la « dérive puritaine de l’instruction ». Et Valérie de Senneville, journaliste aux Echos, n’a pas manqué de souligner qu’« il y a une sorte de complaisance de la part des juges à s’étendre sur des détails pornographiques qu’[elle] trouve assez dérangeante ».
Ce que les juges reprochent à DSK, c’est ce qu’ils ne font pas, ou ce qu’ils prétendent qu’ils ne font pas — car  la moraline se pimente volontiers d’hypocrisie. Il faudrait les sortir de temps en temps, les amener aux Chandelles ou ailleurs, là où se perdent les philosophes épicuriens contemporains, leur montrer que nombre de filles, et parfois fort jeunes, et tout à fait maîtresses de leur corps, ne jouissent vraiment que par ci ou par là. Et que les mots crus, voire grossiers, et les pratiques « un peu rudes », correspondent chez certaines à des demandes que le Net a d’ailleurs popularisées — « défonce-moi donc le cul » — au-delà même du pur principe de plaisir. Le foutre parle une langue débarrassée des fioritures, Sade a remarqué cela il y a beau temps, et la Philosophie dans le boudoir est un long exercice d’acquisition du vocabulaire pour la jeune Eugénie, en sus (si je puis dire) d’être une initiation de l’envers et de l’endroit.

« Désirs sexuels hors norme » dit l’acte d’accusation. « Hypersexualité », disent les psychiatres convoqués en renfort. Ma foi, ce que ces deux jugements révèlent, c’est la pauvreté des étreintes des juges et des psychiatres — ceux-là tout au moins. « Vu son âge, il devait prendre du Viagra », dit l’un des participants. C’est possible, mais le contraire n’est pas impossible, savez-vous… Les jeunes hommes sont des mitraillettes, les vieux des fusils à un coup — mais ils peuvent indéfiniment retenir l’explosion. Un que je connais, comme dit Brantôme, s’est vu maintes fois accuser de faire exprès de ne pas jouir, pour épuiser sa partenaire. DSK n’a jamais que quatre ans de plus que lui : tout ce que cette affaire proclame, c’est que les juges (et les psychiatres), quoique certainement plus jeunes — sinon, ils seraient à la retraite — n’ont pas ses capacités. Alors, basse jalousie d’hommes aux érections incertaines ?

Quant à l’argument de l’âge… « Que pouvaient-elles faire là avec un type bedonnant, trente ans plus âgé et rustre ? » dit l’une des ex-participantes. Ma foi, des hommes « d’un certain âge » qui sodomisent à leur demande des filles nettement plus jeunes, cela se trouve tous les jours. Trente ans d’écart, cela n’est rien — cela s’est pratiqué durant des siècles, et quand Mahomet à 44 ans a épousé Aïcha, elle était âgée de neuf ans, et Hafsa, épousée l’année suivante, n’avait guère plus, quoique déjà veuve.
DSK n’a peut-être pas pris modèle sur Mohammed, mais depuis l’aube des temps des hommes mûrs se sont retrouvés avec des filles plus jeunes — et bien plus rarement le contraire, parce qu’au fond de l’inconscient gît le désir de reproduction, qui à partir d’un certain âge devient capacité de reproduction, et ne fonctionne plus que dans un seul sens. Trente ans d’écart, cela n’est pas grand-chose.

DSK est le nom sexuel de la crise. J’ai publié dans l’insouciance des années 1990 des ouvrages érotiques. Aujourd’hui, l’éditeur m’a confié que depuis la crise des subprimes il ne pourrait plus les publier : quand tout va mal, les bourses se referment, si je puis dire. Les années 1960-1970 ont été de grandes années de libération, qui s’accordaient au sentiment euphorique née des Trente Glorieuses. Les années 2000-2010 sont des années tristounettes, où un homme aux appétits normaux est cloué au pilori par une conjuration des impuissants et des féministes de seconde génération. Je ne sais pas encore ce que décideront les juges, mais la tenue même du procès, qui n’aurait jamais dû avoir lieu (que l’on juge des pourvoyeurs, c’est autre chose) est inquiétante : nous avions inventé la liberté sexuelle, DSK, enfant du baby-boom, y croyait, le voici, nous voici alpagués par les brigades de la vertu. Triste époque qui s’agite autour d’une question de mœurs pour mieux camoufler ses turpitudes économiques, politiques, idéologiques. Le sexe est devenu la feuille de vigne de l’inavouable — la façon dont nous nous faisons, au jour le jour, enculer.

*Photo : Stephane Vansteenkiste/SIPA. 00705139_000006.

Travail le dimanche : il ne faut jamais désespérer du PS…

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La droite en avait rêvé, et comme pour beaucoup de choses, depuis 2012, le Parti socialiste l’a fait. Le travail le dimanche sera probablement généralisé au nom de la liberté. Il y aura bien quelques frondeurs pour se battre sur le poids des chaînes, à savoir le nombre de dimanches ouvrables dans l’année et le pourtour des zones touristiques mais il semble bien que la messe soit dite.

Puisqu’on parle de messe, d’ailleurs, on aimerait bien de nouveaux entendre les cathos ou les protestants. Je suis certain qu’avec un peu d’effort, ils pourraient se mobiliser avec la même force impressionnante que contre le mariage pour tous. Finalement, s’ils voyaient dans l’union devant le maire de deux hommes ou de deux femmes « une mutation anthropologique majeure », on leur rappellera que la fin du dimanche devrait l’être tout autant à leurs yeux.  Construire une société où l’idée de la liberté se résume à celle de consommer, y compris  le dimanche et les jours fériés, voire surtout le dimanche et les jours fériés, n’est pas non plus un petit changement.  C’est quand même soumettre la vie de ceux qui travailleront et de ceux qui ne travailleront pas à un temps marchand qui n’a rien à voir avec celui de l’amour, de la famille, de l’amitié, de la réflexion et du repos, Dieu lui-même ayant montré l’exemple dans la Genèse. Mais quelque chose nous dit qu’il ne faudra pas trop compter sur le Printemps français ou les Veilleurs pour monter au créneau avec la même virulence ou la même énergie. On pourra compter sur des évêques, surement, parce que c’est tout de même un peu leur affaire aussi, alors que les églises sont désertées, de voir leurs ouailles se  consacrer plutôt aux caddies qu’au caté.

Gageons qu’à ce moment-là, de bons esprits invoqueront la laïcité. Elle sert beaucoup ces temps-ci, la laïcité, même si on a de plus en plus de mal à la définir. Quoi, quels sont ces affreux curés qui veulent intervenir dans nos vies ! On croyait s’être battus pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat et que les choses étaient réglées depuis la loi de 1905, même si on pourrait trouver plus urgent, par les temps qui courent, de faire voter une loi séparant la vie et la marchandise et désignant à la seconde le périmètre qui est le sien pour ne pas coloniser la première.

Mais la liberté, on vous dit ! Et pour la défense des libertés, ils sont champions les socialistes ! Le Medef ne pouvait pas rêver meilleure partenaire, par exemple, que la députée Colette Capdevielle. Avec un mélange de vieux populisme qui joue la Province contre Paris et un soupçon de mépris pour la culture, cette dame refuse qu’on organise ses dimanches et que « l’on statue dans nos vies de manière intrusive ». On pourrait jouer aussi la carte du populisme, avec madame Capdevielle, et lui répondre qu’elle n’est probablement pas smicarde ou précaire et que donc elle ne vivra pas comme une obligation ce qu’elle présente comme une liberté, évidemment.  Mais on préférera lui faire remarquer que sa formulation est profondément absurde. Ce qui est intrusif, en bonne logique, c’est ce qui vient perturber ce qui existe. C’est le travail du dimanche qui est intrusif,  c’est Macron qui est intrusif et pas le fait de vouloir consacrer son dimanche à jouer aux boules, à lire, à voir un musée voire à s’ennuyer car l’ennui est aussi un droit de l’homme.

À moins qu’il y ait une autre explication à cet acharnement de la députée Capdevielle à vouloir faire travailler le dimanche. Etant donné la très probable raclée électorale que vont se prendre les socialistes dans un mois et demi, le travail le dimanche est un moyen comme un autre de rétablir le suffrage censitaire.

Au moins, pendant qu’ils bosseront, ces salauds de pauvres n’iront pas voter FN…

Alain Finkielkraut commente les attentats de Copenhague

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Sur les ondes de RCJ, comme chaque dimanche, Alain Finkielkraut a répondu aux questions d’Elisabeth Lévy. Le double attentat de Copenhague reproduisant le scénario des attaques parisiennes de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher ainsi que le grand déballage auquel donne lieu le procès de Dominique Strauss-Kahn composaient le programme du jour.

De Paris à Copenhague, la liberté a un prix

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paris copenhague terrorisme

Désormais, en France, au Danemark, vouloir vivre libre, vouloir penser librement signifie prendre un risque mortel. Affirmer ce droit c’est prendre le risque d’être assassiné par des personnes qui veulent imposer leur ordre au prix du sang. On connaît la logique historique de ces projets : le fascisme, le nazisme, le stalinisme, le maoïsme ont déjà terrorisé, massacré ceux qui refusaient cet ordre. Aujourd’hui, au nom de l’islam, certains veulent imposer un ordre totalitaire identique. Ce fascisme islamique adopte un fonctionnement semblable à celui de ses prédécesseurs : d’une main tirer à la kalachnikov contre ses ennemis, d’autre part présenter une face attirant la sympathie ou la compassion. Sous ce masque, se profile un projet proche de celui des tueurs : conquérir. L’Europe est une terre de conquête. La voie de l’islam serait la solution spirituelle pour une Europe désenchantée, déchristianisée. En utilisant la passif de la colonisation les islamistes soft cherchent à culpabiliser. En utilisant l’argument de la relégation sociale les mêmes cherchent à innocenter les auteurs des crimes : ce serait la misère et l’islamophobie qui seraient à la source de ces gestes désespérés. On connaît la musique et les paroles. Le Danemark n’a colonisé personne et pourtant le voilà la cible de cette haine.

Nous ne sommes plus aujourd’hui dans une configuration de débat policé. Certains tuent et d’autres sont tués : les ricaneurs de Mahomet et les Juifs. Pourquoi les juifs danois ? Qu’ont-ils fait aux musulmans ? Ont-ils eu le tort d’avoir eu un roi, Christian X, roi du Danemark, qui incita ses concitoyens en 1942 à porter l’étoile jaune en signe de solidarité avec les juifs danois quand son pays fut occupé par les nazis ? Quelle superbe coïncidence symbolique ! Les nazislamistes partagent, depuis longtemps, les mêmes objectifs que leurs maîtres à penser. On a trop vite oublié que le grand mufti de Jérusalem, Hadj  Amin El Husseini, était un grand admirateur d’Hitler, que le banquier nazi suisse, François Genoud, fut un serviteur zélé des mouvements nationalistes arabes et qu’Aloïs Brunner trouva refuge en Syrie dans une histoire plus récente. Certes c’est du passé, mais le passé rejoint le présent dans les tueries de Paris et de Copenhague. Un écrivain algérien, Boualem Sansal, fut le premier intellectuel issu du monde arabe a avoir eu le courage de dire ces vérités. Mal lui en prit. Pour avoir osé briser le tabou suprême : s’être rendu en Israël à l’invitation d’un rassemblement d’écrivains, le voilà traité de traître, de harki des juifs etc.

Les seuls à ne pas l’avoir fait sont tous ceux qui au contraire voyaient dans le signe arabe le ferment de l’émancipation des peuples en lutte pour leur liberté. Ce qui fut vrai ne l’est plus. Ni la colonisation, ni la supposée islamophobie ne peuvent justifier ou excuser aujourd’hui ce qui est commis au nom de l’islam. Ceux qui ont la mémoire courte devraient y regarder à deux fois avant de faire la leçon car leur responsabilité est immense dans la caution « progressiste » donnée à ces luttes. Algérienne d’abord : en refusant de nommer les crimes du FLN, ils ont donné des gages à toutes les violences passées et présentes commises en Algérie. Les seuls à l’avoir fait furent ces intellectuels algériens premières victimes de la terreur islamiste. Palestinienne ensuite : en refusant de considérer la part antijuive du nationalisme palestinien, en faisant de l’antisionisme un vecteur progressiste, les Etienne Balibar, Alain Badiou et autres Edgar Morin on cautionné des mises en équivalence abjectes, celle de la svastika avec l’étoile juive sur toutes les banderoles « anti impérialistes » des années 2000. Ce sont des « mort aux juifs » très progressistes qui furent criés l’été dernier à Sarcelles. Ceci accompagne cela : Merah, Nemmouche, Kouachi et Coulibaly, n’ont sûrement pas lu ces grands auteurs mais ils ont navigué dans un air du temps qui leur soufflait que le Juif était du côté du Mal parce que le juif était pour Israël et qu’Israël c’était le démon. Ceci n’a rien à voir avec la critique de la politique du gouvernement d’Israël.

Aujourd’hui, nous voilà accablés devant ce champ de ruines et inquiets devant l’avenir et ce n’est certainement pas par l’effet d’annonce d’une « politique de peuplement » que nous réduirons la folie qui gagne certains esprits islamiques. La France et l’Europe font face à une agression, une « guerre » ont même dit quelque temps le Président Hollande et le Premier Ministre Valls. Cette guerre serait le fait de « l’islamisme radical ». Pourquoi ce pléonasme ? Pourquoi dire deux fois une même idée ? Pour réduire la responsabilité de l’islamisme qui serait bien gentil s’il n’était pas radical ? On ne le répètera jamais assez avec Camus : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » Commençons donc à nommer les choses.

La radicalité de l’islam se suffit largement à elle-même. Des penseurs musulmans sont les premiers à le dire. Sans une réforme des canons de l’islam rien ne bougera, et cette réforme ne peut venir que de l’intérieur, elle ne peut être élaborée par ceux qui se réclament de cette culture ou de cette spiritualité. C’est avec le même souci de recentrer la responsabilité première que la culture de l’excuse doit simultanément être abandonnée au profit d’un discours de responsabilité : on ne devient pas un tueur parce que ses grands-parents ont été colonisés ou parce qu’on est né pauvre ou victime du racisme. Déresponsabiliser l’acte criminel au profit d’une explication sociologisante ôte au crime sa part autant réelle que symbolique. L’affirmation de la loi doit être son corollaire à condition d’enraciner ces principes dans une histoire et dans des pratiques : « ici c’est comme ça » pourrait-on faire remarquer à certains, « ici c’est comme ça qu’on s’habille, ici c’est comme ça qu’on se comporte, ici c’est comme ça qu’on parle, c’est comme ça qu’on s’adresse à autrui ». « Obéir aux lois et coutumes de son pays » devrait constituer la règle première d’une pratique commune permettant de vivre ensemble. La démocratie ne consiste pas à accepter tout et n’importe quoi. Rappeler Descartes pour défendre un certain héritage français et affirmer que le rap « Don’t laïk » de Médine relève d’une laideur complémentaire aux mots d’esprit de Dieudonné. Il y a des germes de haine dans ces paroles et ces images. Le film « 24 jours » d’Alexandre Arcady, racontant la barbarie dont fut victime Ilan Halimi en 2006, montre exactement la deshumanisation de certains morceaux de notre humanité. « Ça » s’est passé à côté de chez nous. Pourquoi des jeunes nés en France préfèrent-ils cet autre « ça » ? Shootés à l’Internet, la haine est devenu un support spirituel et la haine du juif un code de conduite. Enracinée dans un très ancien discours commun au Maghreb, cette haine sert d’aliment de base au ressentiment social. Elle s’est approprié les moyens techniques nécessaires à sa prolifération.

Si la France veut faire l’économie de la guerre civile annoncée, elle doit réaffirmer ce qu’elle a de meilleur et assumer son histoire, toute son histoire. La conscience des faiblesses inhérentes à la démocratie devient moins lourde à porter dès lors qu’on ne se ment pas, et cela permet d’exiger des autres un effort similaire. Dans le non-dit des relations franco-arabes ce n’est pas la concurrence des mémoires qui joue mais bien plus la mise en accusation de la France par elle-même autant que par son ancienne colonie. Cette attitude est à l’opposé de ce  que l’âge adulte de l’Algérie aurait le devoir d’assumer et la France le droit d’exiger. En attribuant à la colonisation une responsabilité imprescriptible dans leurs désastres actuels, les anciens colonisés s’interdisent un avenir qui leur soit propre et les supposés Indigènes de la République préfèrent s’enfermer dans un statut de néo colonisés alors qu’ils disposent en France de toutes les libertés formelles et réelles. C’est de cette culture du ressentiment que se nourrissent ceux qui, ici, ont fait du djihad une seconde guerre de libération.

Cette démocratie ne peut croire en elle-même que si elle repense, réinvente son modèle spirituel, autre que technocratique, consumériste et marchand. Or il fait défaut aujourd’hui dans la démocratie française, dans cette Europe en paix fragile, une raison d’être plus exigeante que celles de produire et de consommer. Les libertés dont nous jouissons, notre idéal de liberté, l’esprit de la démocratie, sont indifférents à ceux qui sont en manque de croyance excommunicatrice et espèrent trouver le paradis dans une spiritualité mortifère. C’est donc à une refonte de tout notre appareil conceptuel qu’il faut travailler, et cela va bien au-delà de l’affichage d’une charte de la laïcité dans les écoles. Quel spectacle la démocratie donne-t-elle d’elle-même en Europe aujourd’hui ? Celui du mensonge, de l’imposture, de l’hypocrisie, du double discours. Faut-il donner les titres des affaires : Bettencourt, Wikileaks, HSBC, procès du Carlton, Bygmalion. Les égouts débordent. La démocratie permet sans doute d’en être informé. Quelle triste consolation !

Ceux qui sont aux commandes de l’Europe devraient prendre conscience des fragilités présentes. Les Trente Glorieuses sont très loin derrière nous. Nous avions espéré que la chute du mur de Berlin signifierait la fin d’une histoire, mais sûrement pas ce choc des civilisations que certains s’efforcent de construire patiemment. Voilà que c’est la pire alternative qui est en train de se profiler.  Au lieu de regarder leurs nombrils avec délectation et 2017 comme la fin de leur histoire, nos grands leaders et nos grands penseurs devraient méditer cette formule gravée dans le marbre du monument dédié aux Marines à Washington : « Freedom is not free. » Il manque à l’Europe un Churchill.

La liberté n’est pas gratuite.

*Photo :  OLESEN PETER HOVE/AP/SIPA. AP21676609_000001.

Roland Dumas : Stéphane Hessel version canaille

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bourdin roland dumas valls

La Providence (ou les dieux) ont préservé quelques-uns d’entre nous de la déchéance physique et mentale qui accompagne souvent le très grand âge. Les heureux bénéficiaires de cette élection ne se privent pas, alors, d’en profiter pour se lâcher, et lancer à la face du monde ce qu’ils pensaient in petto sans jamais pu avoir le dire ouvertement. Cela provoque chez eux une jouissance si intense qu’un sourire méphistophélique s’inscrit sur leur visage de « beau vieillard » lorsqu’ils profèrent des énormités. Ce faisant, ils défient la mort qui les hante et se régalent des petits cris offusqués qu’ils suscitent autour d’eux. Stéphane Hessel avait ainsi réussi à se maintenir jusqu’à son tardif trépas sous les feux de la rampe en faisant de son « indignation » (en fait de sa haine inextinguible d’Israël), une bombe éditoriale à fragmentation.

Roland Dumas, hôte de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV ce lundi 16 février, vient de se positionner très sérieusement, à 93 ans, en successeur naturel du défunt Hessel. Sous couvert d’une généalogie impeccable et d’un passé de résistant au nazisme incontestable, l’homme des basses œuvres de François Mitterrand tacle Manuel Valls en l’accusant de gouverner sous l’influence d’une épouse juive. Pour faire bonne mesure, il oppose à Valls les vertus de son père, peintre antifranquiste symbole de la vraie gauche « no pasaran ». De plus, le vicieux Dumas déstabilise Bourdin en faisant de lourdes allusions à l’épouse de ce dernier, la journaliste Anne Nivat, dont les prises de positions hostiles à Poutine ne seraient pas, selon Dumas, étrangères au biais antirusse de la chaîne BFM…

Bourdin n’a pas eu le réflexe de renvoyer cet indigne vieillard aux turpitudes, avouées ou cachées, qui ont entaché la longue existence  de l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, de la connivence intéressée avec la fille d’un ministre syrien de la défense, à la forfaiture consistant à avaliser, comme président du Conseil constitutionnel, les comptes bidons de la campagne présidentielle de Jacques Chirac. La liste des filouteries de Dumas aurait pu alimenter un roman-fleuve de son homonyme Alexandre… Mais Bourdin est un faux dur, trop soucieux de préserver le «  bon client » télégénique Roland Dumas pour oser révéler le triste visage d’un antisémite de salon.

Musulmans, désamalgamez-vous

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islam charlie attentat

Pas d’amalgame. C’est gentil de le préciser, au cas où on l’aurait oublié. En réalité, il y a bien longtemps que plus personne ne pratique d’amalgame en France, hormis quelques dentistes – et encore il y a débat.

Mais il reste peut-être quelques personnes qui se laissent amalgamer : quelle en est leur responsabilité, je l’ignore, et justement j’aimerais bien le savoir. En effet, nul d’entre nous, même si nous sommes méchants, comme l’ont aimablement rappelé une palanquée de journalistes, de gauche certainement puisqu’ils dénoncent, nul d’entre nous, donc, n’a envie d’accuser son voisin de quoi que ce soit, fût-il de l’espèce djellaba-baskets. Il serait pourtant non seulement utile, mais simplement décent, que les musulmans, de France comme du monde en général, prennent enfin leurs responsabilités et discriminent eux-mêmes entre ce qui relève de leur religion et ce qui la contredit.[access capability= »lire_inedits »] Je ne suis pas théologien musulman, contrairement aux innombrables chroniqueurs, journalistes, intellectuels, artistes et autres bonnes consciences que l’on voit par tous les médias et qui savent, eux, de source sûre quelle est la doctrine des féaux de Mahomet relativement à la guerre, dite sainte, je ne sais donc pas, moi, si un musulman a le droit de prendre les armes pour défendre sa foi, ou simplement l’honneur de son prophète. Je sais bien que les grands imams, nobles personnages selon toute apparence, qui s’expriment publiquement dans notre pays condamnent tous le recours à la violence dans ces cas-là. Je ne doute pas un instant de leur bonne foi, si j’ose dire. Seulement, je ne peux, comme beaucoup de monde, laisser de m’interroger sur l’influence véritable qu’ils exercent sur leur base, laquelle paraît relativement excitée, surtout si elle est adolescente ou jeune, par les nouveaux héros dits d’Allah qu’elle se découvre. Alors, cette base, je me demande d’où lui vient cet enthousiasme ; et encore, par exemple, les juges qui ont condamné Asia Bibi à mort au Pakistan au motif qu’après avoir été repoussée par de bonnes musulmanes  à qui elle avait apporté de l’eau, devenue haram puisque touchée de sa main de chrétienne, elle aurait en retour « insulté » leur prophète, à quelle loi se réfèrent-ils ?

Ce qui est certain, c’est que l’islam est une religion agrégative, excellemment communautaire, dans quoi l’on entre facilement en récitant une rapide profession de foi, mais dont l’on sort difficilement, voire jamais. Une grande anarchie que réglemente seule une juridiction complexe, aisément contradictoire selon les temps et les époques, ou les actes et les paroles du prophète Mahomet – le « beau modèle »–, eux-mêmes contradictoires et difficilement interprétables. L’islam ne possède pas d’anthropologie discernable, relevant selon la nomenclature de Thomas d’Aquin de la loi ancienne, celle qui retient la main, cohibet manum, et non de la loi nouvelle, celle qui retient l’esprit, cohibet animum : en quoi il est impossible pour l’observateur extérieur, comme pour le croyant certainement, de savoir si le vrai et « bon musulman » est plutôt le mystique soufi du IXème siècle al-Hallaj ou plutôt Ben Laden.

C’est malheureusement devenu notre souci, quoique cette foi ne nous intéresse pas, que les musulmans décident enfin, dans une assemblée plénière ou quelque chose d’approchant, si un homme qui prend les armes au nom d’Allah accomplit son devoir de croyant ou au contraire sort de l’islam. Pour en finir avec les amalgames.[/access]

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00701862_000004.

Cimetière juif profané : la faute aux skinheads islamistes?

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philippe bies cimetiere juif fn

On a retrouvé Marty Mc Fly ! Le héros du film Retour vers le futur est censé débouler parmi nous, au volant de sa machine à remonter le temps, en 2015, précisément le 21 octobre 2015. Mais il semble que Marty Mc Fly soit en avance et qu’il ait déjà fait irruption à notre époque pour prêter sa DeLorean à Philippe Bies, membre du Parti socialiste et député de la 2e circonscription du Bas-Rhin, afin que notre homme politique puisse lui aussi remonter le temps et en rapporter quelques paroles de sagesse et d’apaisement.

Après la profanation de trois cents tombes du cimetière juif de Sarre-Union entre jeudi et dimanche, Philippe Bies a, comme il se doit, condamné « avec la plus grande fermeté cet acte ignoble tant par le symbole que par l’ampleur » mais a cru bon également de se fendre d’un petit tweet, dont la teneur est plutôt surprenante : « C’est sans doute une coïncidence mais le #FN a fait près de 41% aux dernières municipales à #SarreUnion #vigilance #dnainfos. »

Pourtant on n’avait bien dit « pas d’amalgame », non ? Qu’est-ce qui lui prend au bon Philippe ? Il a sûrement fait un petit saut en arrière, vingt-cinq ans en arrière exactement, quand, dans la nuit du 8 au 9 mai 1990, trente-quatre sépultures juives avaient été profanées. À l’époque aussi les réactions n’avaient pas manqué. On avait alors montré du doigt le Front national, alors en pleine ascension électorale, grâce aux bons soins de François Mitterrand qui se trouvait fort embarrassé par cet enfant illégitime dont la croissance jetait une ombre funeste sur un second septennat qui commençait déjà fort mal, et politiques et médias s’étaient empressés, tout comme Philippe Bies, d’établir des liens de cause à effet audacieux.

On avait même jeté l’opprobre sur les pratiquants de jeux de rôle et les articles sensationnalistes de L’Evénement du Jeudi ou les analyses très subtiles de Mireille Dumas dans Bas les masques avaient contribué à pourrir pendant quelques temps la vie du fils du maire de Carpentras et de quelques milliers d’ados amateurs de Donjons et Dragons. Tout ce bel écran de fumée politico-journalistique avait été dissipé par l’arrestation de Yannick Garnier, l’un des responsables des profanations, venu de lui-même se dénoncer à la police. Ses complices avaient été également arrêtés, sauf le meneur Jean-Claude Gos, tué le 23 décembre 1993 à moto sur une route de la grande banlieue d’Avignon, par une voiture dont le conducteur, Rachid Belkir, fut retrouvé au fond du Rhône en 1995, avec deux balles dans le torse.

On ne saurait donc trop conseiller à Philippe Bies de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s’essayer imprudemment à la récupération politique en remuant imprudemment « toute la vase écœurante, horrible des misères de la vie, tout l’abîme de ces natures froides, mesquines, basses que nous rencontrons à chaque pas tous les jours », comme l’écrivait Gogol dans Les Âmes Mortes. Avant donc de se risquer à jouer les sycophantes à la petite semaine et de hasarder des parallèles douteux qui risquent de se retourner contre lui, Philippe Bies devrait méditer un peu cette autre phrase du grand Gogol : « Il y a beaucoup de têtes dans le monde que la nature semble avoir formées à la hâte, sans effort, sans employer de ciseaux, de limes, de vilebrequins et autres instruments de ce genre. »

Allez, maintenant Philippe, tu rends la DeLorean au monsieur.

Doctorat ou baby-sitting?

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Les Lyonnais et a fortiori les étudiants de toute la région Rhône-Alpes connaissent de réputation l’université Lyon-2, autrement baptisée par les plus méprisants d’entre eux « la fac des glandeurs ». D’abord vue de l’extérieur, la fac au rabais a fière allure. Les bâtiments du campus des quais du Rhône portent dignement la devise Scientia et Labore accompagnée d’une statue du grand Claude Bernard, et ne dépareillent pas à côté de la voisine, l’université Jean-Moulin-Lyon 3. Il faut y mettre les pieds, écumer les amphithéâtres mal chauffés et user ses fonds de culotte sur les chaises branlantes en balayant d’un revers de main les écailles de peinture qui tombent parfois du plafond pour se rendre compte, de l’intérieur, de l’étendue du désastre universitaire français.

Ces derniers mois, pourtant, un scandale aurait du faire grand bruit non seulement dans le microcosme universitaire mais dans l’opinion publique : une partie des quelque 1500 enseignants vacataires sont en grève pour réclamer … un contrat de travail. Depuis la rentrée de septembre 2014, en effet, la plupart effectuent ce qu’il convient d’appeler du travail au noir, n’ayant ni convention ni salaire pour reconnaître leur tâche pourtant de plus en plus importante au sein de l’institution. Suivant les filières, et particulièrement en sciences humaines, le volume de cours assuré par les vacataires (doctorants y compris) atteint 70% du total, incluant fatalement les cours magistraux pour lesquels, en principe, les maîtres de conférence et professeurs d’université sont bien mieux armés.

Exaspéré par la situation et le peu d’écho que la mobilisation rencontre, le collectif des vacataires en grève déplore, désabusé, la dégradation dramatique de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis une dizaine d’années. Les réformes engagées, désengagées, esquissées, n’ont eu pour seul effet de soulever un peu la poussière des salles de cours. Le budget alloué à la recherche publique stagne à 2.25% du PIB, entraînant la chute du nombre des emplois scientifiques, l’explosion de la précarité voire du chômage des jeunes docteurs. Un cercle vicieux.
Comment s’étonner alors de la fuite des cerveaux ? Comment, dans ces conditions, prétendre réparer la fracture abyssale entre l’université et les Grandes Écoles ?
Fin 2013, la gauche voulut stopper l’effondrement du rayonnement intellectuel français en le rendant plus exportable: en ligne de mire, le système franco-français des classes préparatoires. Supprimer un système à deux vitesses qui s’essouffle par une machine simple et performante faillit être séduisant.
Mais tant que des séances de baby-sitting rapportent davantage à des doctorants que leur poste d’enseignant vacataire, l’université française fera plus pitié qu’envie.

La France « rance » épinglée

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roms commission europeenne

roms commission europeenne

Connaissez-vous Nils Muiznieks ? Ce monsieur, letton de son état, est l’actuel commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe. Docteur en sciences politiques, ancien président de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, il vient de produire l’un de ces rapports déconnectés du réel dont sa maison-mère détient le secret. Le constat dressé après une visite de courtoisie au mois de septembre 2014 y est sans appel : la France doit accueillir plus de réfugiés et, dans le même temps, lutter contre ses penchants racistes et xénophobes. Ceci n’est pas un canular.

Avant tout, il faut savoir que par le passé, Monsieur Muiznieks, appointé pour prodiguer des leçons d’intégration aux États intolérants, a été entre autres « ministre du gouvernement letton, chargé de l’intégration sociale, de la lutte contre la discrimination, des droits des minorités et du développement de la société civile ». Ce fait d’armes grandiloquent retient l’attention sur un curriculum bien garni (nécessaire à tout bon technocrate). Quiconque connaît tant soit peu la démographie lettonne est déjà sur ses gardes : population de deux millions d’habitants (Paris intramuros), exclusivement d’origine est-européenne et ne connaissant l’islam que par pays interposés et images satellite. Il n’est pas certain qu’une si maigre expérience de la notion de promiscuité puisse conférer de l’autorité en matière d’« intégration ».

Par suite, il faut mettre en regard les reproches adressés à la France et l’histoire complexe de ce pays, chose que néglige totalement un commissaire aux droits de l’Homme, tout à ses rêves d’une humanité confraternelle parce que déracinée. Dans l’optique des droits de l’Homme, ne sont en effet reconnus que des individus n’ayant qu’un rapport consumériste à la culture, tous invités à s’identifier à une idole, un homme générique pourvu d’un catalogue de droits sans cesse enrichi et, pour cette raison, objet d’un culte universel. Les peuples, eux, sont répudiés dans la mesure où ils n’entrent pas dans cette grille de lecture mercantile. Tout au plus tolèrera-t-on des identités minoritaires (issues essentiellement d’Afrique noire, du Maghreb et d’Europe de l’est), précisément parce qu’elles sont minoritaires et peuvent participer au ravinement des vieilles identités de masse, réputées sclérosantes et désuètes. La double injonction de Monsieur Muiznieks participe clairement de cette démarche.

Ce dernier enjoint en effet la France non seulement d’accueillir et de protéger davantage de réfugiés (en provenance de Syrie notamment), mais aussi d’intensifier la répression des actes et propos à caractère discriminatoire, et offensant a fortiori. L’accent est mis en particulier (la moitié du rapport) sur les « droits de l’homme des Gens du voyage et des Roms migrants ». En marge du rapport, certains « conseils » avisés du commissaire en disent long. Se montrant « inquiet du fort climat d’antitziganisme qui règne en France de très longue date », il préconise de les voir avant tout comme « victimes de violences commises par des particuliers et parfois même par des membres des forces de l’ordre, notamment lors des évacuations forcées de campements ». Généreux, le commissaire « souligne également l’urgence de garantir aux Roms l’accès aux soins de santé, à l’éducation, au logement et à l’emploi, ainsi qu’à mener des activités de sensibilisation du public afin de combattre les stéréotypes et les préjugés ». L’Aide Médicale d’État, ce gouffre financier doublé d’un appel d’air, est à ses yeux une bonne initiative mais qui peine encore dans sa mise en application. Peu importe qu’elle puisse ouvrir droit aux étrangers en situation irrégulière à des prestations refusées à un chômeur français : les droits de l’Homme ratissent large, et aux frais des péquenots franchouillards.

À présent redescendons sur terre et armons-nous d’un peu de logique, salutaire. Monsieur Muiznieks invite les Français à s’offrir encore davantage et à consentir au « vivre-ensemble ». Or, ceux-ci, dans les urnes, ne cessent de mettre en garde leurs représentants nationaux et de les informer que la coupe est pleine. Ce sont des gens qui ont des yeux. Ce sont des usagers de la France ordinaire, celle qui paie chaque jour que Dieu fait sa bêtise colonialiste d’antan par une immigration de masse en retour. Ce sont des gens qui, chaque jour, constatent la dissolution des repères communs dans les eaux glacées d’une tolérance grand-bourgeoise dont les tenants s’épargnent les désagréments. Ce sont des gens qui ont vu en vingt ans leur environnement social changer sans leur consentement par les exactions successives d’un personnel politique aux ordres de la nébuleuse européenne, soumettant ses administrés aux seules prérogatives marchandes (Bruxelles l’apothicaire), dans l’unique culte que l’homme se rend à lui-même (Strasbourg, Sainte-Chapelle des droits de l’homme).

Lors de son prochain passage dans le pays des discriminations et de l’intolérance, espérons que Monsieur le commissaire se laissera davantage guider dans les lieux reculés de la Socialie, là où les Roms, par exemple, ont droit à tous les égards, inscrivent gratuitement leurs enfants à la cantine (selon la méthode socialiste, y mange qui veut et paie pour tous qui peut) et orientent à tel point le niveau général des classes que les prolétaires autochtones finissent par se ruiner en écoles privées.

Voilà bien une réalité qui ne s’apprend pas dans les grandes universités mondiales mais s’éprouve au long d’une humble vie : le sacro-saint « vivre-ensemble » ne se décrète pas à coup de tolérance, il n’est que l’émanation d’un sentiment d’appartenance nationale, celle-là même que l’Union européenne bat en brèche. Pour elle, la France d’aujourd’hui est un peu comme un homme à qui elle aurait coupé les quatre membres, qu’elle aurait jeté à l’eau et à qui elle viendrait à présent faire le reproche de nager très mal.

Comme il nous faut néanmoins rester courtois malgré la colère, et puisque c’est de saison, je me permettrai simplement d’inviter tout technocrate, volubile dans le confort d’un beau bureau strasbourgeois, à bien vouloir aller se faire voir chez les Grecs. Nous, peuple français, nous chargerons de trouver les moins incapables des politiciens afin de gérer au mieux l’immense foutoir culturel que l’Europe impose à ses vassaux. En attendant une rupture définitive qui ne saurait tarder.

 *Photo : wikicommons.

Juncker, sors de ton bunker!

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jean claude juncker grece

jean claude juncker grece

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a le mérite de ne pas être un ectoplasme politique. Ce qui permet de le détester plutôt que de le mépriser comme c’était souvent le cas pour son prédécesseur. Ses interventions sont parfois abruptes, mais au moins elles sont claires. À propos du résultat des élections en Grèce et des demandes de négociations du nouveau gouvernement, interrogé par le Figaro il a déclaré : « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités ». Ce n’est pas très gentil pour ceux qui, comme moi, ont  des bouffées de tendresse pour Tsipras et son ministre des finances, tout de charisme décontracté arborant une calvitie évidemment destinée à rappeler que l’on ne peut pas tondre un œuf. Douche froide de Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Houle de rage sur les réseaux, souverainistes montant sur leurs grands chevaux, Marine Le Pen buvant du petit lait. Le problème est que le Président de la Commission a raison.

Ce genre de phrase et les réactions qu’elle suscite fait irrésistiblement penser à celle proférée en 1981 après la victoire de la gauche. André Laignel jeune député socialiste avait notamment déclaré à l’adresse d’un membre de la nouvelle minorité : « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire ». Sur le plan des institutions démocratiques et de leur fonctionnement cette pétition était irréfutable. En démocratie représentative, le peuple est souverain. Dès lors qu’il donne une majorité à des représentants, ceux-ci sont chargés d’élaborer la loi qui devient celle de tout le monde. Et ce qu’une majorité a fait, une nouvelle majorité peut le défaire (Novus rex, nova lex). Même la Constitution, loi fondamentale qui organise les compétences respectives des différents organes de l’État, n’y échappe pas même si les règles d’adoption sont plus exigeantes (majorité qualifiée). Mais, renforcée ou pas, la majorité est toujours la majorité.

En 1981, notre pays était souverain et l’ensemble des questions concernant le gouvernement de la France relevait de la délibération démocratique entre les citoyens français. 36 ans plus tard ce n’est plus le cas  et André Laignel aurait tort aujourd’hui. C’est Jean-Claude Juncker qui a raison. Et qui peut dire à Tsipras en substance : « vous avez juridiquement tort même si vous êtes politiquement majoritaire (chez vous) ».

Toute la construction européenne depuis le début des années quatre-vingt-dix s’est faite à partir d’abandons de souveraineté des États au profit d’abord de la Communauté puis de l’Union. Mais, le dispositif adopté ne consiste pas à transférer certaines parties de la souveraineté nationale à un organisme supranational ayant capacité de soumettre directement à la délibération démocratique des citoyens de l’Union Européenne les questions relevant de ses nouvelles compétences.

Pour deux raisons essentielles. Tout d’abord les transferts de souveraineté, ont été effectués par la signature de traités à valeur constitutionnelle. Précédée par des révisions des constitutions nationales permettant ces abandons. Ce qui relevait auparavant dans chacun des états de la délibération démocratique est aujourd’hui ossifié dans une constitution. L’indépendance de la banque centrale, la soumission du financement des états aux marchés financiers, la notion de « concurrence libre et non faussée » comme cœur du fonctionnement de toute l’économie et bien d’autres encore sont aujourd’hui quasiment immuables. Le Parlement européen élu au suffrage direct tous les 6 ans, n’a aucune compétence constitutionnelle.

Alors, et c’est la deuxième raison, la Constitution Européenne peut être révisée mais uniquement par la modification des traités. Et pour cela Il faut rassembler l’unanimité des états qui composent l’Union ! Comme elle a été portée tranquillement et discrètement à 25 membres, ceux qui aimeraient voir émerger « une autre Europe » par la voie juridique ne sont pas sortis des ronces.

Le processus de la construction européenne, n’a pas arrangé notre pauvre constitution de la Ve République. Défigurée par près de vingt-deux révisions successives en vingt-cinq ans, elle organise le fonctionnement des pouvoirs publics français dans des conditions qui n’ont plus rien à voir avec celles de 1958. Alors, on l’accuse de la rage et on propose d’en changer.

En oubliant que le problème est bien celui posé par Jean-Claude Juncker. L’Union Européenne n’est pas un dispositif de démocratie représentative. L’Espagne, après la Grèce pourra donner la majorité à Podemos aux Cortes, la France élire Jean-Luc Mélenchon, la situation sera la même. Celle de la Grèce incapable de supporter sa dette, réclamant une remise (un coup de rabot) impossible à accorder. Ce serait la ruée, Italie Espagne Portugal (et France ?) venant demander la même chose. Alors, comme le dit Frédéric Lordon l’alternative de Syriza et simple : « passer sous la table où la renverser ».

La renverser ? Le système construit a verrouillé un modèle économique sans marge de manœuvre, et plaqué sur des pays et des situations qui n’ont rien à voir. Il a instauré une monnaie unique-totem dont il est difficile de nier les effets délétères. Il a créé une bureaucratie bruxelloise choyée de près de 60 000 personnes qui ne peut avoir qu’un objectif, sa reproduction. Mais il rencontre aujourd’hui un obstacle dont la Grèce est un symptôme fort : le retour du politique. Manifestement, les peuples ne veulent plus de cette Europe. Partout, l’euroscepticisme progresse. La dénonciation du populisme et le mépris social qui l’accompagne ne mèneront pas loin. En Grèce, ce sont un peu plus de 30 % des électeurs qui ont élu Syriza. Les sondages lui donnent désormais 70 % de soutien dans la population. Pour une raison simple. Ce pays et ce peuple présentés comme des mendiants viennent de retrouver un peu de fierté. Et ça Monsieur Juncker… Pour l’instant vous avez juridiquement raison, mais probablement politiquement déjà tort. On sait depuis Hobbes que c’est l’autorité du souverain (en l’occurrence le peuple) et non la vérité de ses décisions qui fait la loi (voluntas non veritas facit legem). Ce que l’on appelle trivialement le rapport de force politique.

Et puisque je viens de m’adresser à Jean-Claude Juncker, j’aurais aussi un petit message pour Messieurs Tsipras et Vafourakis.

« Ne lâchez rien. Vous avez été choisis par le peuple grec pour le conduire dans le combat contre l’Union Européenne, sa bureaucratie, son cynisme et sa servilité vis-à-vis de la finance. Elle vient de vous adresser un ultimatum insolent. Vos mandants sont les citoyens grecs, mais désormais pas seulement. Vous représentez beaucoup plus. Les Italiens, les Espagnols, les Portugais qui souffrent de cette Europe, les Français bafoués dans leur vote en 2005, trahis après le 6 mai 2012, et bien d’autres encore. Ils vous regardent. »

« Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C’est la loi. C’est la règle. C’est le niveau des vies héroïques, c’est le niveau des vies de sainteté.»

C’est du Péguy. Pardonnez-moi cette grandiloquence, mais le moment la mérite.

Et puis soyez sympas, j’ai tellement envie de voir ça.

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA . AP21687985_000012 .

Procès du Carlton : de quoi DSK est-il le nom?

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dsk carlton lille proces

dsk carlton lille proces

J’avoue ne pas tout comprendre au procès dit du Carlton de Lille. Voilà un gentil garçon qui a du tempérament, qui participe à des partouzes comme il s’en monte sans cesse dans le meilleur monde et dans les autres, qui a peut-être eu recours à des prostitués (est-ce un délit ? Non) et a un goût prononcé pour la sexualité libérée — j’entends celle qui ne sert pas à faire des enfants, comme on dit dans la Genèse. Sodomie ! Les journalistes se sont un peu gargarisés avec le mot, mais ce n’est pas leur faute : le dossier d’instruction n’a apparemment pas raté une pénétration anale — ce qui n’est pas un délit non plus, en France tout au moins, chacun étant libre de faire de ses fesses ce qu’il veut, pourvu qu’il n’y ait pas contrainte.
Or, tout est là : les juges, à rebours du Parquet, qui avait estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuite, ont fait de la sodomie l’axe central de leur dossier d’accusation. Voir sur le sujet un article très complet du Parisien.
Raisonnement en trois temps. 1. Seules des prostituées peuvent accepter se faire enculer — hmm… 2. Seules des prostituées peuvent accepter, si jeunes, se faire enculer par un vieux bedonnant — hmm… 3. Aucune tendresse dans ces enculades, menées de façon vigoureuse et parfois même avec une sorte de brutalité.
Hmm…

La dernière Enquête sur la sexualité en France (sous la direction de Nathalie Bajos et Michel Bozon, La Découverte, 2008) révèle (p. 275) chez les femmes, en moyenne, une pratique régulière pour environ 10% d’entre elles (15% pour les hommes), et une pratique irrégulière pour 40% (50 chez les hommes). Dans la tranche d’âge qui préoccupe les juges, les 18-25 ans, les chiffres pour les femmes sont respectivement de 7 et 25%. Et ce sur un très large échantillon sociologique, qui doit bien inclure deux ou trois putes, sur près de 100 000 personnes testées, mais aussi des agriculteurs, des profs, des flics et des économistes du FMI et d’ailleurs. En moyenne, c’est dans la tranche CAP / Bac que l’on se fait le plus sodomiser chez les dames, et que l’on s’y prête volontiers chez les hommes : considérant que DSK a fait des études supérieures, l’ex-directeur du FMI appartient à un créneau qui, en croisant l’âge et le niveau d’études, sodomise à 13%. Ce n’est pas majoritaire, mais ce n’est pas négligeable, c’est plus que jamais Mélenchon n’attira de votes, peut-être davantage que ce qu’aura Hollande en 2017.
Le même ouvrage (pp. 278-279) révèle que le recours à la prostitution ne faiblit pas, mais que l’éventail de drague s’ouvre grâce à Internet, qui procure dans le même temps un accès inédit à la pornographie — j’ai fait un livre sur le sujet, encore disponible sur les sites de soldes, je ne vais pas m’étendre sur la question.

De la prostitution sur le plan consommation, je ne sais rien — rien que ce que m’ont appris les livres : Roger Vailland, homme de gauche indubitable, membre du PC, en faisait grand cas ; il raconte par ailleurs dans Drôle de jeu qu’il faut savoir se servir d’une prostituée pour apprécier ce qu’elle apporte — et autant j’ai pour les maquereaux un mépris souverain (l’un des bons souvenirs de ma vie sera d’avoir cassé les incisives d’un apprenti-barbeau sur la margelle de la fontaine des Danaïdes, en haut de la Canebière), autant je respecte les prostituées, à qui je souris gentiment quand elles croient bon de me proposer leurs services, au hasard des rues.
Quant à la sodomie…

Ce que ce procès révèle, c’est l’épidémie de moraline, comme aurait dit Nietzsche, qui se répand en ce moment plus vite que la grippe — et le succès de Cinquante nuances, cette bleuette du SM rêvé par les impuissants, en témoigne directement. Eric Dupond-Moretti, avocat de David Roquet, a d’ailleurs dénoncé la « dérive puritaine de l’instruction ». Et Valérie de Senneville, journaliste aux Echos, n’a pas manqué de souligner qu’« il y a une sorte de complaisance de la part des juges à s’étendre sur des détails pornographiques qu’[elle] trouve assez dérangeante ».
Ce que les juges reprochent à DSK, c’est ce qu’ils ne font pas, ou ce qu’ils prétendent qu’ils ne font pas — car  la moraline se pimente volontiers d’hypocrisie. Il faudrait les sortir de temps en temps, les amener aux Chandelles ou ailleurs, là où se perdent les philosophes épicuriens contemporains, leur montrer que nombre de filles, et parfois fort jeunes, et tout à fait maîtresses de leur corps, ne jouissent vraiment que par ci ou par là. Et que les mots crus, voire grossiers, et les pratiques « un peu rudes », correspondent chez certaines à des demandes que le Net a d’ailleurs popularisées — « défonce-moi donc le cul » — au-delà même du pur principe de plaisir. Le foutre parle une langue débarrassée des fioritures, Sade a remarqué cela il y a beau temps, et la Philosophie dans le boudoir est un long exercice d’acquisition du vocabulaire pour la jeune Eugénie, en sus (si je puis dire) d’être une initiation de l’envers et de l’endroit.

« Désirs sexuels hors norme » dit l’acte d’accusation. « Hypersexualité », disent les psychiatres convoqués en renfort. Ma foi, ce que ces deux jugements révèlent, c’est la pauvreté des étreintes des juges et des psychiatres — ceux-là tout au moins. « Vu son âge, il devait prendre du Viagra », dit l’un des participants. C’est possible, mais le contraire n’est pas impossible, savez-vous… Les jeunes hommes sont des mitraillettes, les vieux des fusils à un coup — mais ils peuvent indéfiniment retenir l’explosion. Un que je connais, comme dit Brantôme, s’est vu maintes fois accuser de faire exprès de ne pas jouir, pour épuiser sa partenaire. DSK n’a jamais que quatre ans de plus que lui : tout ce que cette affaire proclame, c’est que les juges (et les psychiatres), quoique certainement plus jeunes — sinon, ils seraient à la retraite — n’ont pas ses capacités. Alors, basse jalousie d’hommes aux érections incertaines ?

Quant à l’argument de l’âge… « Que pouvaient-elles faire là avec un type bedonnant, trente ans plus âgé et rustre ? » dit l’une des ex-participantes. Ma foi, des hommes « d’un certain âge » qui sodomisent à leur demande des filles nettement plus jeunes, cela se trouve tous les jours. Trente ans d’écart, cela n’est rien — cela s’est pratiqué durant des siècles, et quand Mahomet à 44 ans a épousé Aïcha, elle était âgée de neuf ans, et Hafsa, épousée l’année suivante, n’avait guère plus, quoique déjà veuve.
DSK n’a peut-être pas pris modèle sur Mohammed, mais depuis l’aube des temps des hommes mûrs se sont retrouvés avec des filles plus jeunes — et bien plus rarement le contraire, parce qu’au fond de l’inconscient gît le désir de reproduction, qui à partir d’un certain âge devient capacité de reproduction, et ne fonctionne plus que dans un seul sens. Trente ans d’écart, cela n’est pas grand-chose.

DSK est le nom sexuel de la crise. J’ai publié dans l’insouciance des années 1990 des ouvrages érotiques. Aujourd’hui, l’éditeur m’a confié que depuis la crise des subprimes il ne pourrait plus les publier : quand tout va mal, les bourses se referment, si je puis dire. Les années 1960-1970 ont été de grandes années de libération, qui s’accordaient au sentiment euphorique née des Trente Glorieuses. Les années 2000-2010 sont des années tristounettes, où un homme aux appétits normaux est cloué au pilori par une conjuration des impuissants et des féministes de seconde génération. Je ne sais pas encore ce que décideront les juges, mais la tenue même du procès, qui n’aurait jamais dû avoir lieu (que l’on juge des pourvoyeurs, c’est autre chose) est inquiétante : nous avions inventé la liberté sexuelle, DSK, enfant du baby-boom, y croyait, le voici, nous voici alpagués par les brigades de la vertu. Triste époque qui s’agite autour d’une question de mœurs pour mieux camoufler ses turpitudes économiques, politiques, idéologiques. Le sexe est devenu la feuille de vigne de l’inavouable — la façon dont nous nous faisons, au jour le jour, enculer.

*Photo : Stephane Vansteenkiste/SIPA. 00705139_000006.

Travail le dimanche : il ne faut jamais désespérer du PS…

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La droite en avait rêvé, et comme pour beaucoup de choses, depuis 2012, le Parti socialiste l’a fait. Le travail le dimanche sera probablement généralisé au nom de la liberté. Il y aura bien quelques frondeurs pour se battre sur le poids des chaînes, à savoir le nombre de dimanches ouvrables dans l’année et le pourtour des zones touristiques mais il semble bien que la messe soit dite.

Puisqu’on parle de messe, d’ailleurs, on aimerait bien de nouveaux entendre les cathos ou les protestants. Je suis certain qu’avec un peu d’effort, ils pourraient se mobiliser avec la même force impressionnante que contre le mariage pour tous. Finalement, s’ils voyaient dans l’union devant le maire de deux hommes ou de deux femmes « une mutation anthropologique majeure », on leur rappellera que la fin du dimanche devrait l’être tout autant à leurs yeux.  Construire une société où l’idée de la liberté se résume à celle de consommer, y compris  le dimanche et les jours fériés, voire surtout le dimanche et les jours fériés, n’est pas non plus un petit changement.  C’est quand même soumettre la vie de ceux qui travailleront et de ceux qui ne travailleront pas à un temps marchand qui n’a rien à voir avec celui de l’amour, de la famille, de l’amitié, de la réflexion et du repos, Dieu lui-même ayant montré l’exemple dans la Genèse. Mais quelque chose nous dit qu’il ne faudra pas trop compter sur le Printemps français ou les Veilleurs pour monter au créneau avec la même virulence ou la même énergie. On pourra compter sur des évêques, surement, parce que c’est tout de même un peu leur affaire aussi, alors que les églises sont désertées, de voir leurs ouailles se  consacrer plutôt aux caddies qu’au caté.

Gageons qu’à ce moment-là, de bons esprits invoqueront la laïcité. Elle sert beaucoup ces temps-ci, la laïcité, même si on a de plus en plus de mal à la définir. Quoi, quels sont ces affreux curés qui veulent intervenir dans nos vies ! On croyait s’être battus pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat et que les choses étaient réglées depuis la loi de 1905, même si on pourrait trouver plus urgent, par les temps qui courent, de faire voter une loi séparant la vie et la marchandise et désignant à la seconde le périmètre qui est le sien pour ne pas coloniser la première.

Mais la liberté, on vous dit ! Et pour la défense des libertés, ils sont champions les socialistes ! Le Medef ne pouvait pas rêver meilleure partenaire, par exemple, que la députée Colette Capdevielle. Avec un mélange de vieux populisme qui joue la Province contre Paris et un soupçon de mépris pour la culture, cette dame refuse qu’on organise ses dimanches et que « l’on statue dans nos vies de manière intrusive ». On pourrait jouer aussi la carte du populisme, avec madame Capdevielle, et lui répondre qu’elle n’est probablement pas smicarde ou précaire et que donc elle ne vivra pas comme une obligation ce qu’elle présente comme une liberté, évidemment.  Mais on préférera lui faire remarquer que sa formulation est profondément absurde. Ce qui est intrusif, en bonne logique, c’est ce qui vient perturber ce qui existe. C’est le travail du dimanche qui est intrusif,  c’est Macron qui est intrusif et pas le fait de vouloir consacrer son dimanche à jouer aux boules, à lire, à voir un musée voire à s’ennuyer car l’ennui est aussi un droit de l’homme.

À moins qu’il y ait une autre explication à cet acharnement de la députée Capdevielle à vouloir faire travailler le dimanche. Etant donné la très probable raclée électorale que vont se prendre les socialistes dans un mois et demi, le travail le dimanche est un moyen comme un autre de rétablir le suffrage censitaire.

Au moins, pendant qu’ils bosseront, ces salauds de pauvres n’iront pas voter FN…

Alain Finkielkraut commente les attentats de Copenhague

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alain finkielkraut bibliothèque

alain finkielkraut bibliothèque

Sur les ondes de RCJ, comme chaque dimanche, Alain Finkielkraut a répondu aux questions d’Elisabeth Lévy. Le double attentat de Copenhague reproduisant le scénario des attaques parisiennes de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher ainsi que le grand déballage auquel donne lieu le procès de Dominique Strauss-Kahn composaient le programme du jour.

De Paris à Copenhague, la liberté a un prix

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paris copenhague terrorisme

paris copenhague terrorisme

Désormais, en France, au Danemark, vouloir vivre libre, vouloir penser librement signifie prendre un risque mortel. Affirmer ce droit c’est prendre le risque d’être assassiné par des personnes qui veulent imposer leur ordre au prix du sang. On connaît la logique historique de ces projets : le fascisme, le nazisme, le stalinisme, le maoïsme ont déjà terrorisé, massacré ceux qui refusaient cet ordre. Aujourd’hui, au nom de l’islam, certains veulent imposer un ordre totalitaire identique. Ce fascisme islamique adopte un fonctionnement semblable à celui de ses prédécesseurs : d’une main tirer à la kalachnikov contre ses ennemis, d’autre part présenter une face attirant la sympathie ou la compassion. Sous ce masque, se profile un projet proche de celui des tueurs : conquérir. L’Europe est une terre de conquête. La voie de l’islam serait la solution spirituelle pour une Europe désenchantée, déchristianisée. En utilisant la passif de la colonisation les islamistes soft cherchent à culpabiliser. En utilisant l’argument de la relégation sociale les mêmes cherchent à innocenter les auteurs des crimes : ce serait la misère et l’islamophobie qui seraient à la source de ces gestes désespérés. On connaît la musique et les paroles. Le Danemark n’a colonisé personne et pourtant le voilà la cible de cette haine.

Nous ne sommes plus aujourd’hui dans une configuration de débat policé. Certains tuent et d’autres sont tués : les ricaneurs de Mahomet et les Juifs. Pourquoi les juifs danois ? Qu’ont-ils fait aux musulmans ? Ont-ils eu le tort d’avoir eu un roi, Christian X, roi du Danemark, qui incita ses concitoyens en 1942 à porter l’étoile jaune en signe de solidarité avec les juifs danois quand son pays fut occupé par les nazis ? Quelle superbe coïncidence symbolique ! Les nazislamistes partagent, depuis longtemps, les mêmes objectifs que leurs maîtres à penser. On a trop vite oublié que le grand mufti de Jérusalem, Hadj  Amin El Husseini, était un grand admirateur d’Hitler, que le banquier nazi suisse, François Genoud, fut un serviteur zélé des mouvements nationalistes arabes et qu’Aloïs Brunner trouva refuge en Syrie dans une histoire plus récente. Certes c’est du passé, mais le passé rejoint le présent dans les tueries de Paris et de Copenhague. Un écrivain algérien, Boualem Sansal, fut le premier intellectuel issu du monde arabe a avoir eu le courage de dire ces vérités. Mal lui en prit. Pour avoir osé briser le tabou suprême : s’être rendu en Israël à l’invitation d’un rassemblement d’écrivains, le voilà traité de traître, de harki des juifs etc.

Les seuls à ne pas l’avoir fait sont tous ceux qui au contraire voyaient dans le signe arabe le ferment de l’émancipation des peuples en lutte pour leur liberté. Ce qui fut vrai ne l’est plus. Ni la colonisation, ni la supposée islamophobie ne peuvent justifier ou excuser aujourd’hui ce qui est commis au nom de l’islam. Ceux qui ont la mémoire courte devraient y regarder à deux fois avant de faire la leçon car leur responsabilité est immense dans la caution « progressiste » donnée à ces luttes. Algérienne d’abord : en refusant de nommer les crimes du FLN, ils ont donné des gages à toutes les violences passées et présentes commises en Algérie. Les seuls à l’avoir fait furent ces intellectuels algériens premières victimes de la terreur islamiste. Palestinienne ensuite : en refusant de considérer la part antijuive du nationalisme palestinien, en faisant de l’antisionisme un vecteur progressiste, les Etienne Balibar, Alain Badiou et autres Edgar Morin on cautionné des mises en équivalence abjectes, celle de la svastika avec l’étoile juive sur toutes les banderoles « anti impérialistes » des années 2000. Ce sont des « mort aux juifs » très progressistes qui furent criés l’été dernier à Sarcelles. Ceci accompagne cela : Merah, Nemmouche, Kouachi et Coulibaly, n’ont sûrement pas lu ces grands auteurs mais ils ont navigué dans un air du temps qui leur soufflait que le Juif était du côté du Mal parce que le juif était pour Israël et qu’Israël c’était le démon. Ceci n’a rien à voir avec la critique de la politique du gouvernement d’Israël.

Aujourd’hui, nous voilà accablés devant ce champ de ruines et inquiets devant l’avenir et ce n’est certainement pas par l’effet d’annonce d’une « politique de peuplement » que nous réduirons la folie qui gagne certains esprits islamiques. La France et l’Europe font face à une agression, une « guerre » ont même dit quelque temps le Président Hollande et le Premier Ministre Valls. Cette guerre serait le fait de « l’islamisme radical ». Pourquoi ce pléonasme ? Pourquoi dire deux fois une même idée ? Pour réduire la responsabilité de l’islamisme qui serait bien gentil s’il n’était pas radical ? On ne le répètera jamais assez avec Camus : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » Commençons donc à nommer les choses.

La radicalité de l’islam se suffit largement à elle-même. Des penseurs musulmans sont les premiers à le dire. Sans une réforme des canons de l’islam rien ne bougera, et cette réforme ne peut venir que de l’intérieur, elle ne peut être élaborée par ceux qui se réclament de cette culture ou de cette spiritualité. C’est avec le même souci de recentrer la responsabilité première que la culture de l’excuse doit simultanément être abandonnée au profit d’un discours de responsabilité : on ne devient pas un tueur parce que ses grands-parents ont été colonisés ou parce qu’on est né pauvre ou victime du racisme. Déresponsabiliser l’acte criminel au profit d’une explication sociologisante ôte au crime sa part autant réelle que symbolique. L’affirmation de la loi doit être son corollaire à condition d’enraciner ces principes dans une histoire et dans des pratiques : « ici c’est comme ça » pourrait-on faire remarquer à certains, « ici c’est comme ça qu’on s’habille, ici c’est comme ça qu’on se comporte, ici c’est comme ça qu’on parle, c’est comme ça qu’on s’adresse à autrui ». « Obéir aux lois et coutumes de son pays » devrait constituer la règle première d’une pratique commune permettant de vivre ensemble. La démocratie ne consiste pas à accepter tout et n’importe quoi. Rappeler Descartes pour défendre un certain héritage français et affirmer que le rap « Don’t laïk » de Médine relève d’une laideur complémentaire aux mots d’esprit de Dieudonné. Il y a des germes de haine dans ces paroles et ces images. Le film « 24 jours » d’Alexandre Arcady, racontant la barbarie dont fut victime Ilan Halimi en 2006, montre exactement la deshumanisation de certains morceaux de notre humanité. « Ça » s’est passé à côté de chez nous. Pourquoi des jeunes nés en France préfèrent-ils cet autre « ça » ? Shootés à l’Internet, la haine est devenu un support spirituel et la haine du juif un code de conduite. Enracinée dans un très ancien discours commun au Maghreb, cette haine sert d’aliment de base au ressentiment social. Elle s’est approprié les moyens techniques nécessaires à sa prolifération.

Si la France veut faire l’économie de la guerre civile annoncée, elle doit réaffirmer ce qu’elle a de meilleur et assumer son histoire, toute son histoire. La conscience des faiblesses inhérentes à la démocratie devient moins lourde à porter dès lors qu’on ne se ment pas, et cela permet d’exiger des autres un effort similaire. Dans le non-dit des relations franco-arabes ce n’est pas la concurrence des mémoires qui joue mais bien plus la mise en accusation de la France par elle-même autant que par son ancienne colonie. Cette attitude est à l’opposé de ce  que l’âge adulte de l’Algérie aurait le devoir d’assumer et la France le droit d’exiger. En attribuant à la colonisation une responsabilité imprescriptible dans leurs désastres actuels, les anciens colonisés s’interdisent un avenir qui leur soit propre et les supposés Indigènes de la République préfèrent s’enfermer dans un statut de néo colonisés alors qu’ils disposent en France de toutes les libertés formelles et réelles. C’est de cette culture du ressentiment que se nourrissent ceux qui, ici, ont fait du djihad une seconde guerre de libération.

Cette démocratie ne peut croire en elle-même que si elle repense, réinvente son modèle spirituel, autre que technocratique, consumériste et marchand. Or il fait défaut aujourd’hui dans la démocratie française, dans cette Europe en paix fragile, une raison d’être plus exigeante que celles de produire et de consommer. Les libertés dont nous jouissons, notre idéal de liberté, l’esprit de la démocratie, sont indifférents à ceux qui sont en manque de croyance excommunicatrice et espèrent trouver le paradis dans une spiritualité mortifère. C’est donc à une refonte de tout notre appareil conceptuel qu’il faut travailler, et cela va bien au-delà de l’affichage d’une charte de la laïcité dans les écoles. Quel spectacle la démocratie donne-t-elle d’elle-même en Europe aujourd’hui ? Celui du mensonge, de l’imposture, de l’hypocrisie, du double discours. Faut-il donner les titres des affaires : Bettencourt, Wikileaks, HSBC, procès du Carlton, Bygmalion. Les égouts débordent. La démocratie permet sans doute d’en être informé. Quelle triste consolation !

Ceux qui sont aux commandes de l’Europe devraient prendre conscience des fragilités présentes. Les Trente Glorieuses sont très loin derrière nous. Nous avions espéré que la chute du mur de Berlin signifierait la fin d’une histoire, mais sûrement pas ce choc des civilisations que certains s’efforcent de construire patiemment. Voilà que c’est la pire alternative qui est en train de se profiler.  Au lieu de regarder leurs nombrils avec délectation et 2017 comme la fin de leur histoire, nos grands leaders et nos grands penseurs devraient méditer cette formule gravée dans le marbre du monument dédié aux Marines à Washington : « Freedom is not free. » Il manque à l’Europe un Churchill.

La liberté n’est pas gratuite.

*Photo :  OLESEN PETER HOVE/AP/SIPA. AP21676609_000001.

Roland Dumas : Stéphane Hessel version canaille

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bourdin roland dumas valls

bourdin roland dumas valls

La Providence (ou les dieux) ont préservé quelques-uns d’entre nous de la déchéance physique et mentale qui accompagne souvent le très grand âge. Les heureux bénéficiaires de cette élection ne se privent pas, alors, d’en profiter pour se lâcher, et lancer à la face du monde ce qu’ils pensaient in petto sans jamais pu avoir le dire ouvertement. Cela provoque chez eux une jouissance si intense qu’un sourire méphistophélique s’inscrit sur leur visage de « beau vieillard » lorsqu’ils profèrent des énormités. Ce faisant, ils défient la mort qui les hante et se régalent des petits cris offusqués qu’ils suscitent autour d’eux. Stéphane Hessel avait ainsi réussi à se maintenir jusqu’à son tardif trépas sous les feux de la rampe en faisant de son « indignation » (en fait de sa haine inextinguible d’Israël), une bombe éditoriale à fragmentation.

Roland Dumas, hôte de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV ce lundi 16 février, vient de se positionner très sérieusement, à 93 ans, en successeur naturel du défunt Hessel. Sous couvert d’une généalogie impeccable et d’un passé de résistant au nazisme incontestable, l’homme des basses œuvres de François Mitterrand tacle Manuel Valls en l’accusant de gouverner sous l’influence d’une épouse juive. Pour faire bonne mesure, il oppose à Valls les vertus de son père, peintre antifranquiste symbole de la vraie gauche « no pasaran ». De plus, le vicieux Dumas déstabilise Bourdin en faisant de lourdes allusions à l’épouse de ce dernier, la journaliste Anne Nivat, dont les prises de positions hostiles à Poutine ne seraient pas, selon Dumas, étrangères au biais antirusse de la chaîne BFM…

Bourdin n’a pas eu le réflexe de renvoyer cet indigne vieillard aux turpitudes, avouées ou cachées, qui ont entaché la longue existence  de l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, de la connivence intéressée avec la fille d’un ministre syrien de la défense, à la forfaiture consistant à avaliser, comme président du Conseil constitutionnel, les comptes bidons de la campagne présidentielle de Jacques Chirac. La liste des filouteries de Dumas aurait pu alimenter un roman-fleuve de son homonyme Alexandre… Mais Bourdin est un faux dur, trop soucieux de préserver le «  bon client » télégénique Roland Dumas pour oser révéler le triste visage d’un antisémite de salon.

Musulmans, désamalgamez-vous

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islam charlie attentat

islam charlie attentat

Pas d’amalgame. C’est gentil de le préciser, au cas où on l’aurait oublié. En réalité, il y a bien longtemps que plus personne ne pratique d’amalgame en France, hormis quelques dentistes – et encore il y a débat.

Mais il reste peut-être quelques personnes qui se laissent amalgamer : quelle en est leur responsabilité, je l’ignore, et justement j’aimerais bien le savoir. En effet, nul d’entre nous, même si nous sommes méchants, comme l’ont aimablement rappelé une palanquée de journalistes, de gauche certainement puisqu’ils dénoncent, nul d’entre nous, donc, n’a envie d’accuser son voisin de quoi que ce soit, fût-il de l’espèce djellaba-baskets. Il serait pourtant non seulement utile, mais simplement décent, que les musulmans, de France comme du monde en général, prennent enfin leurs responsabilités et discriminent eux-mêmes entre ce qui relève de leur religion et ce qui la contredit.[access capability= »lire_inedits »] Je ne suis pas théologien musulman, contrairement aux innombrables chroniqueurs, journalistes, intellectuels, artistes et autres bonnes consciences que l’on voit par tous les médias et qui savent, eux, de source sûre quelle est la doctrine des féaux de Mahomet relativement à la guerre, dite sainte, je ne sais donc pas, moi, si un musulman a le droit de prendre les armes pour défendre sa foi, ou simplement l’honneur de son prophète. Je sais bien que les grands imams, nobles personnages selon toute apparence, qui s’expriment publiquement dans notre pays condamnent tous le recours à la violence dans ces cas-là. Je ne doute pas un instant de leur bonne foi, si j’ose dire. Seulement, je ne peux, comme beaucoup de monde, laisser de m’interroger sur l’influence véritable qu’ils exercent sur leur base, laquelle paraît relativement excitée, surtout si elle est adolescente ou jeune, par les nouveaux héros dits d’Allah qu’elle se découvre. Alors, cette base, je me demande d’où lui vient cet enthousiasme ; et encore, par exemple, les juges qui ont condamné Asia Bibi à mort au Pakistan au motif qu’après avoir été repoussée par de bonnes musulmanes  à qui elle avait apporté de l’eau, devenue haram puisque touchée de sa main de chrétienne, elle aurait en retour « insulté » leur prophète, à quelle loi se réfèrent-ils ?

Ce qui est certain, c’est que l’islam est une religion agrégative, excellemment communautaire, dans quoi l’on entre facilement en récitant une rapide profession de foi, mais dont l’on sort difficilement, voire jamais. Une grande anarchie que réglemente seule une juridiction complexe, aisément contradictoire selon les temps et les époques, ou les actes et les paroles du prophète Mahomet – le « beau modèle »–, eux-mêmes contradictoires et difficilement interprétables. L’islam ne possède pas d’anthropologie discernable, relevant selon la nomenclature de Thomas d’Aquin de la loi ancienne, celle qui retient la main, cohibet manum, et non de la loi nouvelle, celle qui retient l’esprit, cohibet animum : en quoi il est impossible pour l’observateur extérieur, comme pour le croyant certainement, de savoir si le vrai et « bon musulman » est plutôt le mystique soufi du IXème siècle al-Hallaj ou plutôt Ben Laden.

C’est malheureusement devenu notre souci, quoique cette foi ne nous intéresse pas, que les musulmans décident enfin, dans une assemblée plénière ou quelque chose d’approchant, si un homme qui prend les armes au nom d’Allah accomplit son devoir de croyant ou au contraire sort de l’islam. Pour en finir avec les amalgames.[/access]

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00701862_000004.

Cimetière juif profané : la faute aux skinheads islamistes?

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philippe bies cimetiere juif fn

philippe bies cimetiere juif fn

On a retrouvé Marty Mc Fly ! Le héros du film Retour vers le futur est censé débouler parmi nous, au volant de sa machine à remonter le temps, en 2015, précisément le 21 octobre 2015. Mais il semble que Marty Mc Fly soit en avance et qu’il ait déjà fait irruption à notre époque pour prêter sa DeLorean à Philippe Bies, membre du Parti socialiste et député de la 2e circonscription du Bas-Rhin, afin que notre homme politique puisse lui aussi remonter le temps et en rapporter quelques paroles de sagesse et d’apaisement.

Après la profanation de trois cents tombes du cimetière juif de Sarre-Union entre jeudi et dimanche, Philippe Bies a, comme il se doit, condamné « avec la plus grande fermeté cet acte ignoble tant par le symbole que par l’ampleur » mais a cru bon également de se fendre d’un petit tweet, dont la teneur est plutôt surprenante : « C’est sans doute une coïncidence mais le #FN a fait près de 41% aux dernières municipales à #SarreUnion #vigilance #dnainfos. »

Pourtant on n’avait bien dit « pas d’amalgame », non ? Qu’est-ce qui lui prend au bon Philippe ? Il a sûrement fait un petit saut en arrière, vingt-cinq ans en arrière exactement, quand, dans la nuit du 8 au 9 mai 1990, trente-quatre sépultures juives avaient été profanées. À l’époque aussi les réactions n’avaient pas manqué. On avait alors montré du doigt le Front national, alors en pleine ascension électorale, grâce aux bons soins de François Mitterrand qui se trouvait fort embarrassé par cet enfant illégitime dont la croissance jetait une ombre funeste sur un second septennat qui commençait déjà fort mal, et politiques et médias s’étaient empressés, tout comme Philippe Bies, d’établir des liens de cause à effet audacieux.

On avait même jeté l’opprobre sur les pratiquants de jeux de rôle et les articles sensationnalistes de L’Evénement du Jeudi ou les analyses très subtiles de Mireille Dumas dans Bas les masques avaient contribué à pourrir pendant quelques temps la vie du fils du maire de Carpentras et de quelques milliers d’ados amateurs de Donjons et Dragons. Tout ce bel écran de fumée politico-journalistique avait été dissipé par l’arrestation de Yannick Garnier, l’un des responsables des profanations, venu de lui-même se dénoncer à la police. Ses complices avaient été également arrêtés, sauf le meneur Jean-Claude Gos, tué le 23 décembre 1993 à moto sur une route de la grande banlieue d’Avignon, par une voiture dont le conducteur, Rachid Belkir, fut retrouvé au fond du Rhône en 1995, avec deux balles dans le torse.

On ne saurait donc trop conseiller à Philippe Bies de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s’essayer imprudemment à la récupération politique en remuant imprudemment « toute la vase écœurante, horrible des misères de la vie, tout l’abîme de ces natures froides, mesquines, basses que nous rencontrons à chaque pas tous les jours », comme l’écrivait Gogol dans Les Âmes Mortes. Avant donc de se risquer à jouer les sycophantes à la petite semaine et de hasarder des parallèles douteux qui risquent de se retourner contre lui, Philippe Bies devrait méditer un peu cette autre phrase du grand Gogol : « Il y a beaucoup de têtes dans le monde que la nature semble avoir formées à la hâte, sans effort, sans employer de ciseaux, de limes, de vilebrequins et autres instruments de ce genre. »

Allez, maintenant Philippe, tu rends la DeLorean au monsieur.

Doctorat ou baby-sitting?

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Les Lyonnais et a fortiori les étudiants de toute la région Rhône-Alpes connaissent de réputation l’université Lyon-2, autrement baptisée par les plus méprisants d’entre eux « la fac des glandeurs ». D’abord vue de l’extérieur, la fac au rabais a fière allure. Les bâtiments du campus des quais du Rhône portent dignement la devise Scientia et Labore accompagnée d’une statue du grand Claude Bernard, et ne dépareillent pas à côté de la voisine, l’université Jean-Moulin-Lyon 3. Il faut y mettre les pieds, écumer les amphithéâtres mal chauffés et user ses fonds de culotte sur les chaises branlantes en balayant d’un revers de main les écailles de peinture qui tombent parfois du plafond pour se rendre compte, de l’intérieur, de l’étendue du désastre universitaire français.

Ces derniers mois, pourtant, un scandale aurait du faire grand bruit non seulement dans le microcosme universitaire mais dans l’opinion publique : une partie des quelque 1500 enseignants vacataires sont en grève pour réclamer … un contrat de travail. Depuis la rentrée de septembre 2014, en effet, la plupart effectuent ce qu’il convient d’appeler du travail au noir, n’ayant ni convention ni salaire pour reconnaître leur tâche pourtant de plus en plus importante au sein de l’institution. Suivant les filières, et particulièrement en sciences humaines, le volume de cours assuré par les vacataires (doctorants y compris) atteint 70% du total, incluant fatalement les cours magistraux pour lesquels, en principe, les maîtres de conférence et professeurs d’université sont bien mieux armés.

Exaspéré par la situation et le peu d’écho que la mobilisation rencontre, le collectif des vacataires en grève déplore, désabusé, la dégradation dramatique de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis une dizaine d’années. Les réformes engagées, désengagées, esquissées, n’ont eu pour seul effet de soulever un peu la poussière des salles de cours. Le budget alloué à la recherche publique stagne à 2.25% du PIB, entraînant la chute du nombre des emplois scientifiques, l’explosion de la précarité voire du chômage des jeunes docteurs. Un cercle vicieux.
Comment s’étonner alors de la fuite des cerveaux ? Comment, dans ces conditions, prétendre réparer la fracture abyssale entre l’université et les Grandes Écoles ?
Fin 2013, la gauche voulut stopper l’effondrement du rayonnement intellectuel français en le rendant plus exportable: en ligne de mire, le système franco-français des classes préparatoires. Supprimer un système à deux vitesses qui s’essouffle par une machine simple et performante faillit être séduisant.
Mais tant que des séances de baby-sitting rapportent davantage à des doctorants que leur poste d’enseignant vacataire, l’université française fera plus pitié qu’envie.