Jean-Louis Borloo et François Bayrou se sont donc unis devant toute la presse politique hier réunie. À première vue, nous pourrions croire à un joli coup politique. Alors que l’UMP se déchirait le matin-même au sujet de l’écotaxe, la reconstitution d’un pôle de centre-droit pourrait apparaître comme un signe fort adressé en direction des Français. Mais ceux-ci attendaient-il impatiemment un tel signe ? Rien n’est moins sûr. Même si le spectacle de l’union est toujours plus agréable à l’électeur que celui de la division, la question qui se pose à nos duettistes est bien celle de l’espace politique dans lequel ils peuvent s’engouffrer. On a trop vite désigné cette alliance comme la résurrection de l’UDF. En réalité, c’est le CDS (Centre des Démocrates Sociaux) de Jean Lecanuet, le pilier le plus centriste de feue l’UDF qui a été reconstitué. Les autres piliers, libéraux et giscardiens, demeurent à l’UMP dont ils constituent d’ailleurs le centre de gravité idéologique par la grâce de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, qui ont dégaullisé la droite.

Le fond idéologique du vieux RPR, celui du discours d’Egletons et de l’Appel de Cochin, perpétué par le combat Pasqua-Séguin contre Maastricht, est aujourd’hui éclaté entre plusieurs chapelles, de la ligne Philippot au FN au MRC de Jean-Pierre Chevènement, en passant par DLR de Dupont-Aignan et quelques personnalités isolées de l’UMP, comme Guaino et Myard. « L’Alternative » UDI-Modem, n’en sera donc pas une. Elle sera une UMP encore plus européiste et plus à cheval sur les équilibres budgétaires. Comme le CDS autrefois par rapport aux « durs » du Parti Républicain, elle ne se différenciera en fait que par ses prises de position sur l’immigration et la sécurité[1. L’inventeur de la formule « l’immigration, une chance pour la France » n’est autre que Bernard Stasi, qui émargeait au CDS.].

Prise en étau entre une UMP, plus structurée qu’elle, et une gauche hollandiste qui applique honteusement mais sûrement ses préconisations économiques et européennes, l’alliance Borloo-Bayrou peine à trouver un espace politique. L’émergence de Manuel Valls à la droite de la gauche n’arrange pas non plus ses affaires. D’autant que le ministre de l’Intérieur incarne l’avenir, contrairement aux « deux B ». Nous verrons en juin prochain, lors des élections européennes, si cette analyse se confirme, puisque c’est le rendez-vous que Borloo et Bayrou donnent aux électeurs. En attendant, leur « Alternative » devrait connaître quelques perturbations lors des municipales puisque certains élus locaux du Modem ont d’ores et déjà choisi de faire alliance avec le PS. Ne proposant pas une véritable offre politique nouvelle, ne disposant que d’un très mince espace politique pour s’exprimer et n’étant pas exempte d’arrière-pensées dans les deux parti(e)s, l’alliance des deux B ne donne pas toutes les garanties  pour concurrencer UMP, PS et FN. Dans le meilleur des cas, elle connaîtra le destin du CDS époque Méhaignerie avec deux ou trois gros ministères à la clef en 2017, en cas de victoire de la droite. Mais, finalement, ce n’est déjà pas si mal, non ?

*Photo : WITT/SIPA. 00668816_000017.

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