Féminisme, que de crimes contre la liberté et l’esprit ne commet-on pas en ton nom ! L’idée d’« abolir » la prostitution, défendue par Najat Vallaud-Belkacem, laisse perplexes ceux qui – mauvais esprit ? – se demandent pourquoi un gouvernement aussi rigoriste tolère en son sein des partisans de la dépénalisation du cannabis et a préféré autoriser le « mariage pour tous » plutôt que d’« abolir » l’homosexualité.

Il réjouira, en revanche, tous les vrais défenseurs de la « dignité humaine » et de l’« égalité », car il serait un comble que, dans une société où les pratiques sadomasochistes passent pour exprimer les fantasmes et non l’indignité de leurs auteurs ; où hommes et femmes librement consentants peuvent, dès l’âge de quinze ans, copuler et forniquer en bande organisée; où les spectacles pornographiques sont licites ; où la liberté d’entreprise permet d’ouvrir en bon père de famille des lieux d’ébats échangistes ayant pignon sur rue ; où d’anciennes stars du porno tiennent le haut du pavé dans des médias de bon aloi, proposées ainsi en modèles pour la jeunesse ; où le racolage passif est interdit sur la chaussée mais le racolage actif autorisé dans les annonces « roses »  écrites ou audiovisuelles ; où les parents rêvent pour leurs filles d’une carrière de mannequin,  ferait-elle d’elles des  objets sexuels parfois dès l’enfance ; où les hommes et les femmes n’ont pas besoin de se marier  pour vivre avec plus d’un conjoint; où une femme peut exiger, de l’homme dans le dos duquel elle fait un enfant, une pension alimentaire alors même que notre société prône les naissances désirées.

Il serait vraiment un comble, n’est-ce pas, que, dans une société aussi éprise de Morale et de Raison, un être humain dans le besoin sexuel ou affectif  le satisfasse  auprès d’un(e) adulte librement consentant(e) contre — berk—  une somme d’argent préalablement convenue…

Pour prévenir la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) que les prostitué(e)s seront en situation d’opposer à la loi abolitionniste au nom de l’égalité devant la loi, Madame Vallaud-Belkacem ferait bien d’abolir les scènes érotiques des livres des théâtres et des écrans ; de poursuivre le public qui, en les regardant, favorise  la « marchandisation » des corps  ; d’« abolir » les « promotions-canapés » ; d’abolir aussi le repos de nos guerriers  auprès de « filles du bord » et dans les « bordels motorisés de campagne », la République se devant de donner l’exemple ; d’autoriser les douaniers à soumettre nos compatriotes au détecteur de mensonges pour s’assurer qu’ils n’ont pas eu d’échanges sexuels tarifés dans les pays dont ils reviennent; de placer des caméras dans les couloirs des grands hôtels pour dissuader les étrangers de recourir aux services des belles d’étage; et, last but not least, d’exiger de tout(e) fiancé(e) un tant soit peu fortuné(e) qu’il/elle apporte la preuve que son/sa futur conjoint(e) ne s’unit pas à lui/elle par intérêt afin que nul ne puisse plus dire que la différence entre mariage et prostitution est que, dans le mariage, on paie après.

« L’homme n’est ni ange ni bête et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête » : Mme Vallaud-Belkacem ferait bien de relire son Pascal avant de lancer l’État dans une entreprise dont les théocraties les plus favorables à la famille et les plus hostiles à la sexualité ont appris à se garder. Même dans les sociétés sans « mafias de l’Est », comme celles de l’Antiquité, la prostitution a existé.

En faisant valoir que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) admet le caractère « fondamental » du besoin sexuel et que la recherche médicale recommande trois relations sexuelles hebdomadaires, ceux que l’ « abolition » condamnera à l’abstinence pourront se considérer comme des victimes et saisir le juge afin qu’il oblige l’Etat à réparer leur préjudice ou à créer un service public du sexe.

À la différence d’une théocratie  qui peut toujours placer le Salut au-dessus de la Santé, l’Etat laïque ne peut en effet prohiber la prostitution sans prévoir un système de remplacement, sauf à introduire des inégalités et créer de  l’ « exclusion » sexuelle — un comble pour un gouvernement socialiste !

Avec l’argent du « cochon de contribuable », Mme Vallaud-Belkacem devra donc très vite demander à une mission d’experts le soin d’énumérer les critères d’accès à ce service public d’un genre nouveau et les prestations qu’il fournira.

Serait ainsi défini un S.I.S. (Seuil d’Indigence Sexuelle) en-deçà duquel les individus seraient éligibles aux dites prestations en qualité de SPSFO (Sans Partenaire Sexuel Fixe ou Occasionnel).Par  analogie avec le seuil de pauvreté économique (60% du revenu médian), le S.I.S. serait fixé à 60% du nombre médian de rapports sexuels mensuels, ou, si l’on ne dispose pas de cette statistique, à 60% du nombre moyen de rapports déclarés (9 pour les personnes en couple depuis plus de cinq ans), ce qui donnerait un S.I.S. de 5, 4 rapports sexuels par mois.

Difficulté : déterminer si les prestations doivent être réservées aux majeurs sexuels de 15 ans ou civils de 18 ans, aux seuls Français ou à tous les  résidents, légaux ou illégaux, voire aux touristes en quête de cette « vie parisienne » qui a tant fait pour la gloire de notre pays.

À côté de prestations sexuelles préventives (médecins et psychologues aidant à surmonter les obstacles physiques ou psychiques à la normalisation de la sexualité), seraient fournies des prestations compensatoires. Les exclus du sexe, grâce à des sites et lieux de rencontres spécialisés, seraient d’abord fortement incités à satisfaire leurs besoins sexuels entre eux — par des réductions ou des crédits d’impôt, pourquoi pas.

À ceux qui, malgré ces stimulants fiscaux, ne parviendraient pas à se donner mutuellement du plaisir, l’État fournirait des partenaires sexuels. Par économie, il ferait d’abord appel à des bénévoles — à la disposition desquels il mettrait des lieux de rencontres
immeubles ou meubles (camionnettes) — dont il récompenserait les ardeurs par des décorations, des médailles. Les jeunes du Service civil  pourraient prêter  « main » forte ; et les femmes-cougars joindre l’utile à l’agréable.

Si ces volontaires devaient ne pas suffire, l’État pourrait — comme des villes et des monastères au Moyen-Âge — prendre en régie directe la distribution des prestations sexuelles en recrutant, formant et rétribuant les candidat(e)s. Il lui faudra s’assurer qu’ils ne gagnent pas aussi plus que leurs conjoints, faute de quoi ceux-ci verseraient dans le proxénétisme nolens volens.

À côté de généralistes, des travailleurs du sexe spécialisés dans certains fantasmes seraient rémunérés en conséquence et susceptibles de prendre leur retraite dès 60 ans vu la pénibilité du job. 
Afin que l’État-Providence ne se transforme pas en État-Julot-casse-croûte, les prestations seraient fournies à prix coûtants — si ce n’est à perte pour mieux tuer dans l’œuf la concurrence des réseaux. Autant de mesures qui coûteraient moins cher au pays qu’une armée de policiers et de juges anti-prostitution.

À moins que notre ministre des droits de la femme ne préfère autoriser, par délégation de service public, l’exercice libéral de la prostitution par des sujets que l’administration aurait agréés.

L’État-de-joie médicaliserait son interventionnisme en présentant les prostitué(e)s bénévoles ou professionnels comme un corps d’auxiliaires de santé analogue à celui des infirmiers ou des kinésithérapeutes. Sur le modèle de la Fête de la Musique ou de la Gay Pride – mais n’évoquent-elles pas les bacchanales antiques ? – une « Prostitution Pride «  porterait à son apothéose le changement socialiste.

Pour avoir trouvé le moyen de concilier droits de l’homme, droits de la femme et droit des « petits femmes », notre peuple redeviendrait un exemple pour la terre entière.

N’en déplaise à la pudibonde mais inconséquente Suède qui interdit « l’achat de services sexuels » mais subventionne des courts métrages pornographiques pour la seule raison qu’ils sont réalisés par une femme, féministe qui plus est.

Comprenne qui pourra…

*Photo : PDN/SIPA. 00666531_000022.

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