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Le féminisme aviaire de Jean-Vincent Placé

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place poule feminisme verts

Je croise souvent Jean-Vincent Placé au marché, le dimanche matin, entre deux stands de poulet rôti et de légumes bio. À l’heure où je choisis ma barbaque chez l’excellent boucher-tripier italien, le sénateur EELV déambule en costume dans les allées, fier comme un coq… De manière générale, JVP aime se faire remarquer. Récemment, il avait encore fait un joli petit buzz grâce à un aveu pas banal pour un politicard.

Revenant sur son appel à manifester contre l’expulsion de Leonarda, adressé aux lycéens en octobre 2013, il avait confié le 2 mars dernier sur RMC : « Je m’étais lancé dans un propos complètement dé… décalé, parce que j’avais voulu suivre la position du parti (…). J’étais allé à une émission, j’avais raconté n’importe quoi. Et je m’en veux encore, parce qu’à un moment on se dit, bon, le parti pense ça, moi je vais raconter ça, comme ça je vais pas avoir des embrouilles avec les copains du parti. »


Quand Jean-Vincent Placé racontait « n’importe… par Lopinionfr

Dans la foulée de ce mea culpa plutôt franc, qui aurait pu laisser croire à des convictions en polystyrène, JVP devait trouver fissa un moyen de se refaire médiatiquement. En changeant de lunettes ? Pas assez voyant. En débarquant au marché Bastille en caleçon de bain hawaïen ? Bof. Non, JVP a fini par trouver une meilleure idée, avec la complicité de Marie-Claire. Pour la journée de la femme, le magazine que Leonarda ne doit pas lire souvent lui proposait de poser avec… une poule. Ce qui fut fait.

Jean-Vincent Placé poule Marie-Claire journée de la femme

Objectif ? « Attirer l’attention pour dénoncer toute forme de sexisme et de misogynie dans les différents corps de métier, dont la politique », a-t-il expliqué au Lab. Et de s’auto-congratuler : « Moi qui ai toujours été féministe et qui me bats pour la parité, j’ai trouvé que c’était un excellent moyen. » Ben oui, parce qu’au cas où ça ne vous empêcherait pas encore de dormir, JVP rappelle que « le monde politique est âgé et très masculin, ce sont des sexagénaires pas très ouverts ».

En quoi câliner un gallinacé pourrait-il bien aider les homo sapiens femelles à se faire une meilleure place dans ce monde phallocrate et machiste ? Simple : en octobre 2013, pendant que JVP appelait les lycéens à soutenir Leonarda dans la rue, la députée EELV Véronique Massonneau avait essuyé des caquètements peu amicaux dans l’hémicycle. De là à croire que Jean-Vincent chercherait à « attirer l’attention » sur sa solidarité avec les femmes de son parti plutôt qu’avec les filles de Roms expulsés…

Maintenant, on n’attend plus que la réaction des poulettes d’Osez le féminisme à la photographie de Marie-Claire.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00681026_000006.

Auschwitz, attentats de Copenhague : le journal d’Alain Finkielkraut

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attentats copenhague charlie hebdo

Les 70 ans de la libération d’Auschwitz (1er février 2015)

Élisabeth Lévy. Il y a soixante-dix ans, l’armée soviétique libérait le camp d’Auschwitz, ouvrant une ère nouvelle d’effroi et de culpabilité dans la conscience européenne. La cérémonie de commémoration a réuni des survivants et de nombreux chefs d’État dans le sinistre décor du camp. Quelques semaines après l’attentat de Vincennes, il était impossible de ne pas noter que la violence antisémite avait survécu au « plus jamais ça ». Malgré le télescopage presque incongru de la mort passée et de la vie présente, il me semble que quelque chose dans ces commémorations échappe au spectacle. Est-ce aussi votre impression ?

Alain Finkielkraut. Dans L’Écriture du désastre, Maurice Blanchot cite cette phrase d’un membre des Sonderkommandos d’Auschwitz dont on a retrouvé les notes enfouies près d’un crématoire : « La vérité fut toujours plus atroce, plus tragique que ce que l’on en dira. » Pour autant, écrit Blanchot, « comment accepter de ne pas connaître ? Nous lisons les livres sur Auschwitz. Le vœu de tous là-bas, le dernier vœu : sachez ce qui s’est passé, n’oubliez pas, et en même temps jamais vous ne saurez. »

Je sais beaucoup de choses sur cette période maudite, j’ai lu Primo Levi, Jean Améry, Imre Kertész et les ouvrages des historiens. J’ai vu Shoah de Claude Lanzmann, j’ai écouté les récits de mes parents, mais, malgré toutes ces connaissances accumulées, je suis resté sans voix devant le documentaire Jusqu’au dernier, diffusé à la télévision pour le 70e anniversaire de la découverte du camp d’Auschwitz. Était-ce la première fois que je voyais les photographies d’enfants juifs apeurés prises par des soldats allemands quelques instants avant leur exécution ou les images de femmes à moitié dévêtues, assises sur le trottoir et comme frappées de stupeur lors du pogrom de Lvov ? Peut-être pas. Mais rien ne me protégeait contre leur horreur insupportable et incompréhensible.

Plus notre savoir augmente, plus s’épaissit le mystère de ce crime méticuleux et sauvage. L’histoire, la philosophie, la littérature nous éclairent sur lui et s’y cassent les dents. À défaut de pouvoir percer l’énigme, Théodore Adorno a énoncé ce nouvel impératif catégorique : « Penser et agir en sorte d’Auschwitz ne se répète pas, que rien de semblable n’arrive », et l’Europe post-hitlérienne a repris cette exigence à son compte sous la forme ramassée du « plus jamais ça ». On a donc décidé de tout mettre en œuvre pour que les démons de l’Europe ne se réveillent jamais.

Ce que cette vigilance adornienne n’avait pas prévu et ne veut toujours pas prendre en compte, c’est que l’Europe puisse avoir non seulement des démons mais des ennemis, que ses ennemis détestent également les juifs et qu’ils invoquent, pour justifier leur haine, l’injustice dont ils continuent d’être victimes.[access capability= »lire_inedits »] Certains porte-parole du « plus jamais ça » viennent même à leur secours en dénonçant la stigmatisation qui les frappe, et c’est ainsi que le devoir de mémoire qui devait être la sœur Anne du XXIe siècle fonctionne comme le cheval de Troie de la nouvelle violence antijuive. Dans son Journal publié sous le titre L’Ultime Auberge, Imre Kertész écrit : « Les jours misérables du déclin de l’Europe. L’Europe s’aplatit devant l’islam, le supplie de lui faire grâce. Cette comédie me dégoûte. L’Europe meurt de sa lâcheté, de son incapacité à se défendre et de l’ornière morale évidente dont elle ne peut s’extraire depuis Auschwitz. » On craignait l’oubli, mais c’est l’usage que nous avons fait de la mémoire, c’est l’impératif catégorique énoncé par Adorno qui sont devenus notre ornière morale.

Il y a un mois, les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de Vincennes tuaient 17 personnes. La sidération s’est transformée en mobilisation et, le 11 janvier, 4,5 millions de Français sont descendus dans la rue. Dans les médias, on allait jusqu’à évoquer sans trop de périphrases l’antisémitisme de nos territoires perdus, voire à suggérer que l’islam de France devrait faire son aggiornamento républicain.

Mais, le 20 janvier, Manuel Valls parlait d’apartheid, et le problème était le tort que la France avait infligé à ses enfants immigrés. Or, s’il n’y a pas d’apartheid, il y a bien, de plus en plus, séparation. Et on n’a pas pu ne pas remarquer que « la France qui n’était pas Charlie » était pour une grande part celle des « quartiers », qui ne se sont guère mobilisés le 11 janvier.

Le 11 janvier 2015, les gens sont massivement descendus dans la rue pour défendre la République et, par-delà la République, la civilisation française. Moins d’un mois après, sous le nom d’« esprit du 11 janvier » et sous la haute autorité du chef de l’État, la mobilisation générale est remplacée par l’incitation à la pénitence collective. « Qu’avons-nous fait de mal pour qu’on nous ait fait tant de mal ? » Une fois encore – cela devient une désolante habitude –, la France réagit à l’agression par l’expiation. Et en guise de césure entre un avant et un après-11 janvier, on voit resurgir nos vieilles connaissances : l’exclusion, la ségrégation, la discrimination, la stigmatisation – tous ces « -ions » que les jeunes des « quartiers défavorisés » ont pris sur la figure avant de sombrer, parce qu’ils n’en pouvaient plus, dans la violence sectaire.

Au lendemain des émeutes urbaines de novembre 2005, les incendiaires présentaient la note sous la forme de cahiers de doléances et la République demandait pardon en jurant sur les valeurs inscrites à ses frontons qu’elle allait tout faire désormais pour réparer ses torts. Ça recommence. La République bat à nouveau sa coulpe. Elle s’excuse, elle se repent et promet qu’elle ne faillira plus. Mais quelle faute a-t-elle donc commise pour qu’une élève de terminale du lycée Averroès de Lille soutienne devant son professeur de philosophie que « la race juive est une race maudite par Allah » ? « L’esprit du 11 janvier » aimerait pouvoir incriminer l’apartheid social, territorial, scolaire, et une laïcité trop rigide. Seulement voilà : le lycée Averroès est un établissement privé sous contrat, flambant neuf et bien situé. Ce que manque la sociologie avec ses causes immuables et ses inévitables « effets boomerang », c’est, pour le dire avec les mots du philosophe Max Horkheimer : « la non-contemporanéité des contemporains ». Nous croyons que la mondialisation économique et technologique nous a fait entrer dans l’âge de l’histoire universelle. Mais, dans le temps de la sortie de la religion qui est le nôtre, on étudie et on admire le défi de Don Juan à la statue du Commandeur alors qu’en cas d’offense faite au Dieu miséricordieux ou à son prophète, la sympathie de la majorité des musulmans va spontanément à la force qui punit l’offenseur. Et il est vain de rappeler aux élèves du lycée Averroès, immergés dans l’antisémitisme, l’extermination des juifs par Hitler : cela ne les concerne pas, ce n’est pas leur généalogie, ce n’est pas leur histoire.

Je laisse aux experts le soin de décider s’il faut choisir, pour les nouveaux arrivants, la voie de l’intégration ou celle de l’assimilation. Tout ce que je sais, c’est que les habitants d’un même territoire ne peuvent vivre ensemble que si leurs montres indiquent la même heure. La synchronisation s’impose. Et pour synchroniser les Français, il faut que soit mis un terme à l’immigration de peuplement. Pour Philosophie magazine, Michel Eltchaninoff est allé à La Villeneuve, ce quartier des environs de Grenoble qui avait été conçu à l’origine comme « un modèle d’ouverture à autrui et à la mixité » et qui est devenu peu à peu ethniquement homogène. Pourquoi ce fiasco ? Parce que, selon un militant associatif resté sur les lieux : « La Villeneuve est une utopie du Nord peuplée avec des gens du Sud. On n’a jamais appris la vie urbaine à ces populations issues de la ruralité. C’est ce qui explique que tant de personnes jettent leurs ordures par les fenêtres. Dans ces pays, les espaces publics sont dégoûtants alors que l’espace privé est impeccable. »

Nul n’est par essence ou par fatalité étranger à l’urbanité française. Mais pour que tous deviennent contemporains, il ne faut pas qu’augmente indéfiniment le nombre de ceux qui ne le sont pas au départ. L’unique problème du monde, disait Leopold Kohr, le maître à penser d’Ivan Illich, n’est pas le mal mais la taille excessive : « Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. »[1. Cité dans Olivier Rey, Une question de taille, Stock, 2014.]

Les attentats de Copenhague (15 janvier)

Un homme a criblé de balles la façade d’un centre culturel de Copenhague où se déroulait un débat sur l’islamisme, la liberté d’expression et le blasphème, en hommage à Charlie Hebdo et en présence du dessinateur suédois Lars Vilks. L’homme a tué un passant et blessé trois policiers. Quelques heures plus tard, le même terroriste a tué un jeune garde qui veillait devant une synagogue de Copenhague et blessé des policiers, avant d’être lui-même abattu par la police danoise. Que vous inspire ce nouvel attentat en Europe ?

On dit indifféremment « nouvelles » et « informations », mais l’actualité, ces derniers temps, c’est moins souvent la nouveauté que le tragique de répétition. L’événement qui vient de se produire à Copenhague est le décalque des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Cibles similaires : les offenseurs de Mahomet et les juifs. Même mode opératoire : le fusil d’assaut. Un terrorisme d’autant plus inquiétant qu’il ne requiert aucune compétence particulière prend ses quartiers sur le Vieux Continent. Le spectaculaire attentat du 11 Septembre nécessitait une préparation minutieuse et un savoir-faire hors du commun. Il suffit d’être possédé par la haine et de posséder une kalachnikov pour imiter les frères Kouachi. Selon Peter Sloterdijk, « ce crime est la preuve du fait que le star system peut se déplacer vers la criminalité pseudo-politique. Les auteurs du massacre réclament d’abord cette partie de l’attention publique que seul un acte très médiatisé peut offrir ». Il est probable que cette course au martyre et à l’Oscar du carnage ne s’arrêtera pas à Copenhague.

Nos dirigeants répètent et répéteront demain qu’il n’est pas question de céder devant la terreur. N’oublions pas cependant que les mêmes qui proclamaient : « Debout la République ! » le 11 janvier se sont empressés de l’asseoir sur le banc des accusés pour répondre du crime d’apartheid. S’il y a sécession culturelle et radicalisation politique, nous disent le gouvernement politique de la nation et celui – médiatique – des consciences, c’est du fait de la « ghettoïsation » que subissent les sécessionnistes. Ancrés dans la certitude que le mal procède, en dernier ressort, de l’inégalité, ces gouvernements s’obstinent à ne pas voir que l’islamisme radical est une réaction non à ce que l’Occident a d’oppressif mais à ce qu’il a d’émancipateur. La mixité par exemple, qualifiée alternativement de « liberté bestiale » et de « marché d’esclaves » par Saïd Qotb, le plus important théoricien des Frères musulmans. Et tandis que la gauche s’engage sur la voie de l’expiation pour les crimes coloniaux d’hier et les discriminations d’aujourd’hui, la droite et le centre choisissent la voie plus réaliste de l’accommodement avec une population dont il faut désormais prendre en compte le poids électoral. Michèle Tribalat rappelait récemment que, pour chasser les communistes de la mairie de Bobigny, le candidat de l’UDI avait accueilli sur sa liste un membre de l’Union des démocrates musulmans de France et que celui-ci était chargé désormais d’installer un musée de l’histoire de la colonisation.

« Pas d’amalgame ! », dit-on de tous côtés. Je partage cette inquiétude, je me garde de confondre l’islam et l’islamisme, mais je constate que pour empêcher le glissement de l’un à l’autre la politique des pays européens tend de plus en plus, et au prix de l’autocensure, à ménager la susceptibilité des musulmans et à satisfaire leurs demandes. Soucieuse déjà d’éviter les crispations, la police ne fait plus respecter l’interdiction du voile intégral dans l’espace public. Et des voix s’élèvent pour inviter la République à relâcher ses exigences au nom de la liberté religieuse, c’est-à-dire des droits de l’homme. Nos mœurs peu à peu sacrifiées à notre idée du droit : voilà le programme.

La politique européenne d’immigration repose sur l’idée que les individus sont interchangeables. Elle voit l’homme, d’où qu’il vienne et quel qu’il soit, à l’image du soldat inconnu, celui, comme dit Ernst Jünger, « dont la vertu réside dans le fait qu’on puisse le remplacer et que derrière chaque tué la relève se trouve déjà prête ». L’hécatombe de 1914-18 nous a guéris du nationalisme et de la guerre en chantant, mais nous n’avons pas rompu avec l’économie de la substitution. Nous l’avons même universalisée. La Commission Attali pour la libération de la croissance française recommandait en 2008 d’« élargir et favoriser la venue des travailleurs étrangers » pour remédier aux pénuries de main d’œuvre. L’un peut faire office de l’autre et l’autre de l’un : aux yeux de ceux qui comptent, le monde est tout entier peuplé de soldats inconnus. Si nous n’abandonnons pas cette anthropologie désespérante, elle finira par avoir raison de notre civilisation.[/access]

*Photo : wikicommons.

Contrôle au faciès : le Défenseur des droits accuse l’Etat

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police controles facies

Le 25 février, s’est ouvert le procès en appel des treize plaignants ayant assigné l’Etat et le ministère de l’Intérieur en justice pour faute lourde après avoir subi ce qu’ils estiment être des « contrôles au faciès ».
« Etudiants ou salariés, ils tous ont un casier judiciaire vide. Une partie d’entre eux a des origines arabes, l’autre a la peau noire (…) Déboutés en première instance, ils ont depuis obtenu l’appui devant la cour d’appel de Paris du Défenseur des droits Jacques Toubon», rapporte France info.

Quels sont leurs griefs ? Certains disent avoir été contrôlés tous les deux jours pendant plusieurs années (sic). Et tous estiment avoir été victimes de discriminations.
« C’est clairement la couleur de ma peau qui a fait que j’ai été contrôlé », raconte Bocar qui se souvient du procès en première instance, « Ils ne l’ont pas dit ouvertement lors du procès mais dire « il sortait d’un quartier, il marchait à vive allure et il avait une capuche, qu’est-ce que ça veut dire ? ».
En d’autres termes, les policiers, pour éviter de contrôler des gens inutilement, sont invités à repérer les profils à risque. Il faudrait être sacrément naïf pour ne pas savoir que la maréchaussée cible davantage les jeunes issus des quartiers difficiles, qui portent une capuche ou une casquette sur la tête plutôt que des septuagénaires promenant leur chien en laisse dans le XVIème arrondissement. Voudrait-on que la Police ne contrôle que des hommes blancs en costume dans le quartier de La Défense ? Faut-il aller jusqu’à cette mascarade pour prouver que la France n’est pas raciste?

Le même homme reproche également au policier qui l’a contrôlé d’avoir été « discourtois » et de l’avoir tutoyé. Et le plaignant d’ajouter : « Si on m’avait dit ‘Vous correspondez à un signalement’, j’aurais compris, mais là, je ne sais pas et je ne sais toujours pas ce qui s’est passé […] on nous explique que le contrôle n’a pas à être motivé. On est dans un Etat de droit ou pas ? »
Manifestement, certains de nos concitoyens ont tendance à confondre Etat de droit et « Etat de tous les droits », quitte à se décharger de tous leurs devoirs.

Mais passons sur ce détail car cette affaire réserve bien d’autres surprises.  Ainsi, l’appui qu’a apporté le Défenseur des droits à la plainte ne laisse pas de m’étonner. Un des représentants de Jacques Toubon était en effet présent le 25 février à l’audience pour dire qu’en matière de discrimination, il doit y avoir ce qu’on appelle « un aménagement de la charge de la preuve ». « Terme un peu technique qui veut dire que ce n’est pas au plaignant de prouver qu’il a été discriminé mais à l’institution de montrer qu’elle a été impartiale. » explique France info.

Que certains individus se sentent discriminés, on peut le comprendre. Que des policiers n’aient pas été très cordiaux, on peut également l’envisager. Mais qu’on demande désormais à la police de justifier chaque contrôle d’identité – en prouvant l’absence de volonté discriminatoire – dépasse l’entendement.
D’un côté, on demande à la police de ne plus laisser la moindre possibilité aux terroristes d’agir et de l’autre de justifier chaque contrôle d’identité. Quand la schizophrénie complète la paranoïa, on se dit que la France est vraiment malade.

Que dire enfin des propos de Sihame Assbague, porte-parole du collectif « Stop le contrôle au faciès » ? Lorsqu’elle déclare « Parler de ségrégation raciale comme l’a fait le président de la République, ou d’apartheid comme le Premier ministre (N.B : merci à eux pour le choix ô combien judicieux de ces termes) m’interpelle dans notre dossier parce que notre droit (…) n’est pas un droit d’apartheid. Chaque fils de la République a les mêmes droits », elle semble oublier que peu d’enfants de la République (pas moi en tout cas) ont eu l’honneur et le privilège de connaître la raison pour laquelle on leur demande leurs papiers.

Comme prévu, lors du procès en appel, la procureure a argué que l’Etat n’avait pas commis de faute lourde et que seul le législateur pouvait changer la loi. Voici ce que Siham Assbague en a conclu : « pour la procureure, il n’y a aucune faute lourde de l’État, c’est du mépris. On assiste à des contrôles au faciès sur le terrain et à une justice au faciès quand des citoyens portent plainte ». Preuve que la posture victimaire a encore de beaux jours devant elle…

La justice tranchera le 24 juin prochain.

*Photo : wikicommons.

Darmanin contre Taubira: un tacle téléphoné?

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gerald darmanin taubira fn

C’est une polémique de notre époque. Une phrase prononcée lors d’une émission matinale qui, il y a encore quelques années, n’aurait pas fait trois lignes dans les journaux du lendemain. Gérald Darmanin, nommé César du meilleur espoir de l’UMP par Nicolas Sarkozy lui-même, est le coupable. Invité mardi matin de LCI et Radio Classique, il a osé comparer Christiane Taubira à « un tract ambulant pour le FN ». Aussitôt, cette petite phrase sans relief a déclenché un flot de protestations digne des chroniques les plus polémiques d’Eric Zemmour. L’après-midi même, le Premier ministre en personne saisit l’occasion d’une question de Darmanin pour interpeller directement et très violemment le député fautif. Et mercredi matin, Christiane Taubira réagit enfin – Twitter retenait son souffle ! La réponse du Garde des sceaux, escaladant ses petits poneys, manque singulièrement de nuances puisqu’elle accuse le député Darmanin d’avoir proféré des « insultes et des déchets de la pensée humaine ». Déchets de la pensée humaine ! On ose à peine imaginer ce qu’il adviendrait si un élu UMP osait emprunter cette sémantique pour qualifier un homologue de gauche, au regard de ce que la déclaration inoffensive de Darmanin a pu susciter.

Qu’a donc fait Darmanin mardi matin ? Il s’est adonné au sport le plus pratiqué depuis trente ans par les élus UMP et PS : renvoyer la responsabilité de la vague FN sur son adversaire. Tous le font avec une régularité impressionnante, et une fréquence encore plus rapide depuis que Marine Le Pen en a accéléré la montée. Du côté de l’UMP, on rappelle le rôle de Mitterrand, du changement de mode de scrutin de 1986, des fameux chiffons rouges que la gauche agite, comme la perpétuelle tentation d’accorder le droit de vote aux étrangers ou, comme Darmanin le laissait penser, la volonté de mettre en œuvre des politiques pénales laxistes. Du côté du PS, on fustige les déclarations FN-compatibles de dirigeants de droite, du « bruit et les odeurs » de Chirac au discours de Grenoble de Sarkozy, rappelant que les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie (Christiane Taubira a d’ailleurs entonné ce refrain légendaire dans la Cour de l’Elysée ce matin). Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Il y a une dizaine de jours, Christiane Taubira était l’invitée de l’émission de Laurent Ruquier sur France 2. On a d’ailleurs pu assister à la métamorphose, l’espace d’une petite heure, d’Aymeric Caron, de fauve intransigeant en petit chaton affectueux. Spectacle réjouissant : ce type est donc humain, il a des passions, et la ministre de la Justice en fait partie. Mais c’est un peu plus tard, alors que Christiane Taubira avait quitté le plateau que, le fauve étant de retour, le comédien François Rollin a expliqué –dans un langage certes moins direct que celui de Darmanin- que les postures de Caron pouvaient très bien alimenter le vote FN. Il y a quelques mois, Jean-François Kahn venait présenter dans la même émission son dernier livre Marine Le Pen leur dit merci, et scandalisait lui aussi Caron en déclarant que le chroniqueur degôche pouvait se sentir concerné par l’interpellation du titre.

Tout cela démontre que Christiane Taubira subit cette accusation non pas parce qu’elle est « femme et noire », comme le déclarait ce pauvre Razzy Hammadi, qui ne sait plus quoi inventer pour faire parler de lui. On le répète : tout le monde accuse tout le monde de faire le jeu du FN, sans doute avec raison, puisque le PS et l’UMP ont bien des choses à se reprocher dans des proportions qui restent à déterminer, comme disait Jean Gabin dans Le Président. Si Christiane Taubira est très souvent la cible des critiques venues de l’autre camp, c’est parce qu’elle s’enorgueillit elle-même d’être emblématique de la gauche 2012-2015. Emblématique grâce au mariage pour tous où elle fut à la fois, efficace, talentueuse et clivante (mazette ! on dirait que je cause de Sarkozy période 2002-2005 !).

Emblématique en raison d’une politique pénale qu’Aymeric Caron trouve « progressiste », mais que la droite, ainsi que le ministre de l’Intérieur 2012-2014, un certain Manuel Valls, jugeaient laxiste, comme le prouve une note de Beauvau en direction de l’Elysée à l’automne 2013. Bref, le pauvre Darmanin s’est fait un nom, et nul doute que ce lynchage en place publique lui vaudra bien des lettres de soutien de la part de militants et électeurs droitiers. Christiane Taubira a pu conforter son immense ego en constatant qu’elle est l’icône de la gauche dans ce qu’elle a de plus juste et pure.

En résumé, tout le monde est content. Surtout Marine Le Pen.

*Photo : ALCALAY SARAH/SIPA . 00693661_000029.

Abd Al Malik voit des racistes partout

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abd al malik charlie hebdo

Abd Al Malik est actuellement en promo pour son nouvel ouvrage, très malencontreusement intitulé Place de la République.  On peut y lire, à longueur de pages, ce genre d’affirmation : “Soyons honnêtes, dans notre pays, les caricatures de Charlie Hebdo ont clairement contribué à la progression de l’islamophobie, du racisme et de la défiance envers tous les musulmans.”

Comme, pour des raisons qui m’échappent, le salafisme a mauvaise presse chez nous, cette fatwa anti-Charlie est bien sûr enrobée dans un raisonnement pseudomarxiste à la noix où Abd nous ressert la vieille soupe dominant/dominé façon Derrida/Bourdieu : “Lorsque l’on défend, nous explique doctement le rappeur philosophe,  la liberté de la presse, il ne faut pas oublier le rapport de force (…) entre celui qui l’exerce et celui qui la subit.”

Tous propos écrits, rappelons-le, après les attentats islamistes de janvier. Ils ont déjà donné lieu à une polémique hilarante entre Abd et Télérama , dont les lecteurs seraient mélanophobes grave, semble-t-il.

Des propos répétés à l’envi ces jours-ci sur moult plateaux radiotélés, dont celui du Grand Journal de Canal. Ce genre de crachage sur la tombe des copains aurait pu rester impuni sans l’intervention de Joann Sfar. Invité trois jours après Abd sur le même grand plateau, il s’est fendu d’un salutaire recadrage républicain : « J’ai entendu chez vous il y a trois jours, Abd Al Malik qui paraît-il est le représentant des modérés. Tout ce qu’il a trouvé à dire un mois après c’est que Charlie Hebdo avait été irresponsable. Donc, des journalistes ont été abattus parce qu’ils ont été irresponsables. Bravo. Si ça c’est des modérés, moi je ne sais pas où on va. »

Qu’ajouter à cette mise au point ? Pas grand-chose. Un peu de droit, peut-être…

Je ne suis point juriste, mais si Monsieur Malik dit vrai quand il affirme que les caricatures de Charlie ont clairement contribué à la progression du racisme, alors il doit aller au bout de ses opinions et contacter une organisation dite antiraciste pour qu’elle porte plainte. Pas contre Charb, Cabu, Tignous, Honoré ou Wolinski, nos lois ne le permettant pas. Mais il doit bien y avoir un moyen de traîner les dessinateurs survivants devant un tribunal, puis de les faire passer à la caisse, en plus, il paraît qu’ils sont blindés de tunes.

Mais peut-être n’ira-t-il pas défendre cette accusation de racisme devant un tribunal. Parce qu’il n’a aucune preuve de ce qu’il avance en diffamant des morts. Ce qui techniquement fait de lui un propagateur de fausses nouvelles ou un diffamateur. Je ne dirais pas un menteur, parce que je sais que la religion d’Abd interdit le mensonge. Et je ne voudrais pas qu’on aille penser que, moi aussi,  je…

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21664927_000002.

France 5 : service public ou sévices publicitaires?

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Scandale à la télé publique ! Des wagons de jeunes ont tweeté et retweeté des messages rageurs incriminant France Télévisions après une dramatique violation des droits du téléspectateur intervenue lors du dîner de C à vous sur France 5 ce lundi 2 mars.

Rappel des faits (gravissimes). Figurez-vous que dans un souci éthique de journalisme sans concession, mon excellente consœur Anne-Sophie-Lapix recevait la lumineuse artiste Louane Emera. Celle-ci était venue non pas pour faire la promo de La famille Bélier, qui lui a valu le César du Meilleur Espoir Féminin à la Cérémonie 2015, mais pour faire connaître dans un louable souci d’information, son fabuleux premier album « Chambre 12. »

Or voilà-t-y pas que vers 19h55, en pleine interview en direct de Louane Emera par Anne-So, la direction de France Télé – qui n’a pas le droit de diffuser de la pub après 20h – a décidé d’envoyer un tombereau de spots vantant diverses marques d’automobiles, de nourriture pour chats et de couches pour adultes. Horreur, malheur, protestations en masse de téléspectateurs, et même un tweet rageur d’Anne-Sophie-Lapix : « Nous sommes désolés pour cette coupure en pleine interview qui nous a également surpris… Toutes nos excuses à Louane et aux téléspectateurs. »

Purée, on n’avait pas vu pareil scandale à la télé depuis la censure pompidolienne de Maurice Clavel!

À quand une loi interdisant qu’on interrompe les promos avec des pubs?

Ces souches qu’on abat

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francais souche hollande cukierman

Dans un roman de Philip Roth, ça se finirait par la démission de François Hollande. Par chance pour le président, la France est frivole, même dans l’indignation : il s’en est tiré avec une micro-bronca et, tout de même, la réprobation bruyante de la patronne des Jeunes socialistes, Laura Slimani, qui l’a froidement tancé pour « brouillage intellectuel » – cette toupie n’a aucun respect…

C’est qu’il en a fait une belle. Vous n’allez pas le croire : il a dit « Français de souche ». En toutes lettres. Enfin, entre guillemets, paraît-il, mais on ne les a pas entendus, c’est ballot (le coup des guillemets est une trouvaille de Bruno Le Roux, chef des députés socialistes qui l’écoutent).

Le président croyait pourtant s’être bordé. Oui, il a bien prononcé le mot en F, le mot français qui fâche, mais dans un contexte qui ne laissait aucun doute sur ses sentiments. Le 23 février, au milieu d’un dîner du CRIF particulièrement pimenté cette année, il a évoqué sa visite à Sarre-Union, « dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, français de souche, comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en hébreu (…), inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David, mais à ce point intolérants pour renverser le monument dédié aux victimes de la Shoah ». Imaginons qu’au soir du 7 janvier, le président ait précisé que les frères Kouachi étaient arabes et musulmans : on en parlerait encore. On découvre ici la matrice du double lien qui pèse sur tous les Français, sommés à la fois de ne pas voir la différence et de l’adorer. En vertu de la même logique, on a le droit de célébrer les bienfaits de l’immigration, mais il est interdit de remarquer qu’elle a changé le visage de la France. Et il va sans dire que toute mention du roman national exige une sémantique dépréciative.
Pas de panique, Hollande n’a nommé les « Français de souche » que pour pouvoir proclamer le dégoût qu’ils lui inspirent. Mais ce dégoût, c’est leur accorder une existence. Pour le Parti de l’Autre, c’est encore trop. Cette réjouissante formule d’Alain Finkielkraut est le meilleur nom que l’on puisse donner à la gauche d’aujourd’hui. Voilà quarante ans que ces « de souche » sont ses têtes de Turcs, au Parti de l’Autre. Il les a ridiculisés, intimidés, diabolisés, ringardisés, il les a mis entre guillemets. Maintenant, il voudrait bien les mettre entre parenthèses, et une bonne partie du réel avec eux. Et comme les vraies choses et les vrais gens ne se laissent pas engloutir volontiers, on interdit les mots. Supprimez le signifiant, le référent disparaîtra – méthode éprouvée sous de nombreux cieux. Bon, signifiant et référent, on dirait qu’il se mélange un peu les pinceaux, François Hollande : « Pour ceux qui m’ont écouté, il n’y avait pas de doute à avoir, je me suis distingué justement de cette expression », a-t-il déclaré. Le gentil président s’est distingué d’une méchante expression. Seigneur, protégez-nous des mots !

Il est clair que, d’un point de vue scientifique, un Français de souche, ça n’existe pas. Ce n’est pas le synonyme de « blanc », ni de « catholique », bien que cela n’ait pas rien à voir. En réalité, personne ne sait le définir, mais tout le monde sait ce que c’est – une marque d’ancienneté, un droit d’aînesse conféré non pas aux individus mais à leurs mœurs et à leurs usages. Du reste, si on utilise une notion aussi hasardeuse, c’est bien pour vivre dans la même réalité sensible que nos contemporains. Et là, il y a comme un gros problème. Quand un propos banal sur l’antisémitisme qui sévit dans nos banlieues peut vous envoyer au tribunal – version Arno Klarsfeld – ou vous valoir un lynchage en règle – version Cukierman –, quand au sommet de l’État on nous serine que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, c’est qu’on ne vit plus dans le même monde. Surtout que ces billevesées reçoivent promptement l’onction médiatique. Ainsi entendrai-je, sur une chaîne-info, une journaliste standard proférer avec assurance que « tout le monde sait bien que, Français de souche, ça ne veut rien dire ». Quelques jours plus tard, juste après les attentats de Copenhague, j’entends une autre voix affirmer doctement : « Tout le monde sait bien que c’est la misère sociale qui nourrit le terrorisme. » Si tout le monde le sait, évidemment, on ne peut pas lutter.

La messe est dite, les Français de souche n’existent pas. Puisque nous sommes tous immigrés, « avant moi, y’avait pas d’avant », comme ne le chantait pas tout à fait Barbara. Et puis « souche », ça a un petit côté biologisant, non ? Le paradoxe, c’est qu’à investir de sombres humeurs racialistes le concept, ceux qui l’utilisent, et en prime le groupe aux contours flous qu’il désigne, on a fourni à ce groupe une cohésion identitaire dont il était absolument dépourvu. L’appellation « Français de souche » est peut-être en passe de devenir une affaire de culture autant que de filiation – la communauté des sans-communautés. D’ailleurs, si elle perturbe les odorats trop délicats, ce n’est pas parce qu’elle suggère une hérédité, mais parce qu’elle exprime la volonté de rester un peuple, c’est-à-dire une collectivité humaine relativement homogène, en termes non pas ethniques, mais culturels et anthropologiques. Au point qu’on pourrait dire : on ne naît pas « de souche », on le devient.

Reste une question : que lui a-t-il fait, à la gauche, ce malheureux « de souche » ? En vérité, rien, sinon lui servir d’alibi, d’épouvantail et finalement d’ennemi, sous diverses figures – du beauf au facho en passant par le réac et le petit blanc. Il a donc fourni la trame d’un récit épique opposant la générosité à l’égoïsme, l’hospitalité à la fermeture, le frère humain au compatriote. Un récit dont il est interdit, depuis quarante ans, de contester les postulats qui le fondent. C’est ainsi que les Français ont dû accepter un changement démographique de grande ampleur, sans jamais être invités à se prononcer.

Dans ce dispositif, le Front national a joué et joue encore le rôle décisif du diable, qui coalise contre lui toutes les forces du bien – dans un fragile et improbable Front républicain. Certes, la normalisation engagée par Marine Le Pen est un sale coup pour le Parti de l’Autre, réduit à répéter en boucle que le FN ne respecte pas les valeurs de la République, voire qu’il a des « intentions funestes pour la démocratie », sans que ces affirmations soient jamais référées à un propos précis. Ainsi, quelques semaines après les attentats, la glorieuse lutte contre le FN redevenait-elle la priorité de la classe politique et médiatique. Ainsi, le 24 février, le dessin de « une » de Charlie Hebdo représentait le journal poursuivi par un djihadiste, Marine Le Pen et le pape. Sans doute fallait-il éviter de stigmatiser les djihadistes.

Mais la plus grande vertu du parti lepéniste est d’être un revolver pointé sur la tempe de tout citoyen, averti à intervalles régulier que ses agissements, voire ses pensées, pourraient faire le jeu de qui vous savez. En attendant, tous les présidentiables, convaincus que ce chantage suffira à leur barrer l’accès au pouvoir, rêvent d’un deuxième tour les opposant à la « peste blonde ». Reste que si le Front national est aussi dangereux qu’on le dit, il n’est pas très malin de le laisser se présenter comme le seul parti de la France.

Le cheminement qui a conduit la gauche à remplacer le prolo d’antan par l’immigré clandestin, le résistant palestinien ou le musulman dont l’ultime dignité tiendrait à l’adoration pour son prophète, est connu et brillamment analysé par Jean-Pierre Le Goff dans les pages suivantes. On a moins remarqué la formidable entourloupe réalisée dans l’opération. On dénonce volontiers le goût de nos élites pour l’autoflagellation et la repentance, mais il s’agit toujours ou presque de se battre la coulpe sur la poitrine des autres. La haine de soi française masque le plus souvent la haine de la France d’en face, ou de celle d’en bas. Eh bien, moi, j’aime qu’on m’aime ou, au moins, qu’on me considère, et à l’inverse, je n’aime pas qu’on se paie ma tête ou qu’on me méprise. Et j’ai comme l’impression que la majorité de mes compatriotes éprouvent les mêmes sentiments, donc la même exaspération que moi. Un jour viendra où des millions de Français, de souche ou pas, crieront : Respect !

Ce texte en accès libre est extrait du numéro de mars de Causeur. Pour l’acheter, cliquez ici !

Pourquoi tant de haine de soi?

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tribalat joffrin levet lemoine

« Pourquoi tant de haine de soi ? » En v’là une question qu’elle est bonne ! Quelques jours à peine après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, nos dirigeants refermaient le couvercle sur la réalité au profit d’un discours de repentance. Pauvres banlieues « ghettoïsées », pauvres djihadistes victimes d’un « apartheid territorial » ! Ainsi que le souligne notre chère directrice de la rédaction Elisabeth Lévy, « nos élites adorent l’autoflagellation et la repentance mais il s’agit toujours ou presque de se battre la coulpe sur la poitrine des autres » en désignant l’ennemi de l’intérieur : le « français de souche » ou l’électeur Front national, lorsqu’on n’assimile pas tout bonnement l’un à l’autre.

Heureusement, le réel reprend ses droits dans notre numéro de mars, qui donne la parole au maire de Montfermeil Xavier Lemoine ainsi qu’à Jean-Paul Lilienfeld, réalisateur du film La Journée de la jupe.  Bien qu’issus de milieux différents, le politique et l’artiste s’accordent sur le diagnostic d’une banlieue où l’assimilation et l’ascenseur social sont en panne malgré l’abondance des aides sociales. Un constat partagé par la démographe Michèle Tribalat dans un entretien-fleuve qui retrace l’évolution de ses recherches sur les dernières vagues d’immigration. Tandis que les grands ensembles urbains disparaissent, la pauvreté se déplace vers les zones pavillonnaires, comme le révèle notre reportage-photo effectué dans l’Est parisien.

Boycotté par les grands médias, Laurent Obertone, auteur de La France Big Brother, déplore la dislocation de la nation et nous livre ses analyses sur l’avenir de notre pays. Une voix de l’autre bord répond à ses sombres prophéties, en la personne de Laurent Joffrin. Le directeur de la rédaction de Libération, s’il se défend d’adhérer au discours de l’excuse, soutient que l’exclusion des banlieues constitue un vivier favorable au développement du fanatisme, avec les conséquences que l’on connaît (Kouachi, Coulibaly, etc.).

Question actualité, le mois de mars s’avère chargé. Entre les élections israéliennes, dont Alain Dieckhoff décrypte les enjeux, et les résultats de l’enquête publique sur la construction du futur TGV Sud-Ouest Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax, le printemps s’annonce riche en rebondissements, dans le Midi comme à Jérusalem.

D’autant que nous célébrons les 70 ans de la Série noire, collection mythique du polar, dans un dossier coordonné par Jérôme Leroy. Interrogée par Eugénie Bastié, la philosophe Bérénice Levet, spécialiste d’Hannah Arendt, décortique les soubassements de la théorie du genre, qui unit « féministes et LGBT face à un ennemi commun : le mâle blanc occidental hétérosexuel ». Avec les meilleures intentions du monde, ses propagandistes entendent nier la différence des sexes au nom d’une conception biaisée de l’égalité. « L’ivresse des possibles n’est plus aujourd’hui la marque exclusive des adolescents », constate l’intellectuelle, auteur de La théorie du genre ou Le monde rêvé des anges.

Avec les contributions habituelles d’Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Roland Jaccard et L’Ouvreuse, nos lecteurs sexués ont de quoi se réchauffer pour affronter les giboulées !

Également en version numérique avec notre application :



Islam et République, le dialogue d’aveugles

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rachid benzine islam

La tuerie de Charlie Hebdo et celle de l’Hyper Cacher créeront-elles un choc salutaire dans la société française en général, et chez les Français de confession musulmane en particulier ? Ou bien, l’émotion passée, reprendrons-nous nos habitudes conformistes sans nous interroger ni nous réformer ?

La société française a tendance à refuser son propre examen. Elle préfère dans bien des cas ne pas se confronter à la dureté des réalités. Je voudrais, ici, souligner un double déni. Un premier déni, de la part de nos institutions et de la population « majoritaire », vis-à-vis des citoyens ayant des références socioculturelles dans l’ancien empire colonial français : cet aveuglement plus ou moins volontaire conduit à minimiser le « fait religieux » et donc son importance dans le « vivre-ensemble ». Le second déni est le fait des musulmans : prompts à se démarquer du terrorisme islamiste, ils ont tendance à détourner le regard, ignorants ou démunis face à une réalité qui heurte tout humain doté d’un minimum de conscience.[access capability= »lire_inedits »]

La frustration des indépendances

Au contraire de l’Angleterre, la France des « après-indépendances » s’est retrouvée dans un paradoxe cruel. Au moins dans un cas, sûrement le plus emblématique de tous : l’après-Algérie française. Ses nationaux (près d’un million de pieds-noirs) ont dû quitter douloureusement l’Algérie devenue indépendante après huit années de guerre qualifiée de « maintien de l’ordre », tandis que cette même France en reconstruction a fait venir des dizaines de milliers de travailleurs issus de cette même Algérie indépendante. Ainsi, ces Algériens, qui, pour la plupart, avaient voulu la liberté, se retrouvaient à vendre leur force de travail à l’ancienne puissance colonisatrice.

Le déni fut tel qu’il a fallu attendre 1999 pour que l’Assemblée nationale française reconnaisse qu’il s’agissait bien d’une guerre entre la France et le peuple algérien. Des migrants et de leurs enfants, on a globalement exigé qu’ils fassent preuve de leur capacité à s’intégrer sans véritablement s’interroger sur nos institutions ni demander des comptes à nos responsables sur leur capacité à « faire place » aux nouvelles populations dans l’espace national français. Ce faisant, la France, de gauche comme de droite, s’est dispensée de s’interroger sur toute une série de mécanismes discriminatoires à l’œuvre, depuis le traitement policier particulier des populations jeunes au « faciès » basané jusqu’à l’accès inégal au marché du travail et au logement, en passant par la surreprésentation , déjà, à l’époque, des « minorités visibles » dans les prisons, et par la faible présence de candidats « arabes » et « noirs » sur les listes des partis pour les élections à dimension nationale.

Le modèle français, fondé sur l’intégration des individus sans référence à leur origine ethnique, nationale, religieuse, a montré ses qualités au cours des deux derniers siècles, et il reste pertinent lorsque règne le plein-emploi et que chacun peut trouver des revenus suffisants en toute dignité. Mais une société française qui compte quatre millions de chômeurs ne peut pas fonctionner de manière satisfaisante et paisible lorsque, parmi ceux-ci, la proportion de jeunes issus des immigrations postcoloniales est considérable.

Le sentiment d’être « mal-aimés », « laissés pour compte » et « stigmatisés » est dominant dans cette jeunesse-là. Même celles et ceux qui ont eu des parcours scolaires et professionnels respectables en viennent à trouver la France cruelle et, las d’être regardés comme « illégitimes », ils envisagent de s’expatrier au Qatar, à Dubai, en Suisse, en Grande-Bretagne, au Canada, etc. Voilà qui devrait alerter les responsables ! À moins qu’ils se satisfassent de cet exode…

Les élites démunies

Les terroristes comme Merah, Kouachi et autres Coulibaly sont l’aboutissement de facteurs multiples, au premier rang desquels un rapport à l’islam où la haine se nourrit de certains foyers en guerre dans le monde arabe, et on ne saurait incriminer pour cela d’abord la société française. Mais il faut regarder en face le « décrochage » d’une partie très importante de la jeunesse « franco-maghrébine » ou « franco-musulmane » par rapport à la société française, qui n’a pas tenu ses promesses. Ceux qu’on dit pudiquement « de banlieue » (même quand ils n’en sont pas !) en arrivent à un « mésamour » de la France. Pour nombre d’entre eux, les figures terroristes islamistes, d’Oussama Ben Laden à Amédy Coulibaly, suscitent à la fois répulsion et séduction. C’est ainsi que, dans nos prisons, les détenus des « minorités visibles », qui ont suivi en direct, sur leurs écrans de télévision ou de Smartphone, la prise d’otages meurtrière de l’Hyper Cacher, ont exprimé des sentiments sans grande ambiguïté, aussi bien à l’égard des juifs qu’à l’égard des policiers. Ne nous le cachons pas : certains se sont réjouis de ces actes.

L’installation de l’islam en France aurait pu se réaliser d’une manière beaucoup moins conflictuelle, si la situation économico-sociale de la France et de l’Europe avait été meilleure et la  configuration géopolitique internationale différente. En effet, cette installation massive de l’islam dans une société qui ne l’imaginait pas cinquante ans plus tôt intervient sur fond de « revivalisme » musulman mondial où des courants puritains et dominateurs tendent à s’imposer grâce à la rente du pétrole, et dans un contexte historique d’implosion du monde arabe qui libère des forces destructrices. De surcroît, le développement des nouvelles technologies rend la maîtrise de l’information par les démocraties de plus en plus difficile, tandis que des influences extérieures néfastes pour la paix sociale peuvent s’exercer beaucoup plus facilement qu’autrefois. « L’islam du Web » exerce aujourd’hui une influence plus importante sur les jeunes musulmans de France que les imams de quartier et les parents, sans parler des « cadres officiels » de l’islam de France, que les pouvoirs publics se sont choisis comme interlocuteurs, et qui souvent n’ont aucun poids auprès des fidèles !

On ne réécrira pas ici la relation conflictuelle de la République avec l’Église catholique, qui a marqué deux siècles de l’histoire politique française. L’accélération de la déchristianisation depuis les années 1970 (qui se confirme jour après jour, même si l’Église résiste encore bien !) a pu laisser penser à certains qu’on en avait fini avec les religions. Or l’installation massive et très visible de l’islam est venue briser cet espoir.

Davantage habituées aux compromis… ou aux complaisances avec l’Église catholique, nos élites politiques ont fait preuve en ce domaine d’une gestion globalement désastreuse. La réponse « au coup par coup » a souvent servi de ligne politique, laissant parfois émerger une sorte de condescendance coupable à l’égard de la religion des ex-colonisés. C’est ainsi qu’on s’est satisfait de cadres du culte musulman qui, non seulement ne connaissaient pas le français et ne cherchaient pas à l’apprendre, mais qui tenaient publiquement des discours d’une grande indigence intellectuelle qu’on n’aurait pas tolérés de la part de rabbins et de prêtres. Dans tous les cas, au nom de la sacro-sainte laïcité des institutions, et particulièrement de l’école républicaine, l’État n’a pas favorisé la promotion d’un islam savant ni le développement d’une islamologie critique, à l’université par exemple.

Quant à la « classe médiatique », surtout pour ce qui concerne les chaînes de télévision en quête de sensationnel, elle préfère mettre en scène des musulmans de caricature, qui parlent un français approximatif ou font les malins avec leur « look ». Ou alors, elle s’adresse à des musulmans de foi ou de culture, dont la critique abrupte de l’islam vient renforcer les opinions défavorables à l’égard de cette religion. Le religieux comme dimension constitutive de l’être individuel et collectif est globalement considéré comme obscurantiste ou gênant, et la tendance est de le cacher le plus possible. Or ce n’est pas en niant sa réalité, ou en tentant d’en diminuer la prégnance, qu’on peut le gérer !

Le déni des musulmans

Venons-en à l’autre déni. Les responsables religieux musulmans, confrontés aux violences commises au nom de l’islam, sont prompts à proclamer : « Ceci n’est pas l’islam ! » ; « L’islam est une religion de paix ! ». Mais ce discours n’est plus convaincant, ni même audible, tant sont nombreuses et répétées ces violences meurtrières à revendication islamique.

Mieux vaut regarder cette réalité en face : « islam » est effectivement devenu un gros mot, un mot qui divise et qui sépare. Le Coran est au sens propre mis à toutes les sauces et invoqué à tort et à travers, que ce soit pour légitimer ou pour délégitimer des idées ou des actes. Un intellectuel par ailleurs respectable comme Abdelwahab Meddeb, qui vient de disparaître, ne sachant pas par quel bout traiter le problème, n’a pas craint de s’écrier que la violence était dans le texte. Beaucoup ont applaudi à cette philippique qui confortait trop bien leurs propres convictions sur la violence présumée ontologique de l’islam. D’autres protestent que non, l’islam, leur islam, est et ne peut être que pacifique.

Pourquoi nier l’évidence ? L’islam d’aujourd’hui peut être violent, soit en silence (réprobateur), soit en paroles, soit en actes jusqu’au pire, et il peut être réellement – ou se croire – non violent. Cependant, même parmi certains pacifistes proclamés, il ne faut souvent pas creuser bien loin pour voir resurgir à propos des assassinats du 7 janvier, avec plus ou moins de nuances, le « mais ils l’avaient bien cherché ». Rien ne sert de s’indigner. Il y a là un symptôme du rapport brouillé de l’homme d’aujourd’hui, non pas à d’autres hommes, mais à l’image qu’il se fait de la sacralité absolue de sa religion. C’est en fonction de cette représentation que s’est érigé le mur de l’interdit. Cette vision idéologique que le monde musulman contemporain s’est donnée à lui-même, il prétend l’imposer à tous.

 

Mais, il ne faut pas, en l’occurrence, se tromper de cible. Ce n’est pas le passé de l’islam qui contraint le présent à croire à ce qu’il croit. Ce n’est pas le Coran qui dicte quoi que ce soit aux hommes du présent. Ce sont bien les hommes de chaque époque qui en reconstruisent la lecture en fonction des enjeux et des crises de leur temps. C’est toujours le présent qui instrumentalise son passé pour se fabriquer les légitimations qui l’arrangent.

 

Le Coran est un texte, une parole, un discours. Or, ce sont des hommes qui portent les armes et s’en servent pour assassiner. Se laisser submerger par ses frustrations et son impuissance à faire que le monde soit celui auquel on aspire ou se perdre dans sa haine et son rejet de l’autre : c’est tout un problème. Mais une idéologie ne guérira pas d’une autre idéologie, ni une croyance d’une autre croyance. Le remède ne sera donc pas ou, en tout cas, pas seulement, la laïcité à la française, laquelle, ne l’oublions pas, est une aussi forme d’idéologie et d’ailleurs assez singulière. Elle qui structure légalement le vivre-ensemble dans notre société depuis un peu plus d’un siècle est historiquement constituée. Face à une croyance sacralisée, l’idéologie du laïcisme ne fera pas le poids. Même si on aboutit par la contrainte à la faire appliquer telle que nous la voulons, avec ses rites et ses codes, nous ne gagnerons pas pour autant les cœurs ni les esprits.

Alors, au lieu de se perdre dans un débat stérile en se drapant chacun dans son idéologie, il faut comprendre que c’est seulement en mettant l’histoire au centre du jeu qu’on peut espérer changer de paradigme. Cela permettrait, comme l’a déclaré Philippe Meirieu dans un entretien au Monde, de séparer « le savoir du croire » et de faire en sorte que « nul n’impose ses croyances comme des savoirs ». En effet, il n’y a guère que l’histoire, comme construction de savoir sur l’autre et sur le passé pour ce qu’il a été, sans interférence avec un futur qu’il ignorait, qui puisse démentir aussi bien les sacralisateurs de caricatures et les tueurs fanatisés que ceux qui essentialisent le passé et le décontextualisent ou encore ceux qui croient, par leurs protestations de pacifisme, s’exonérer d’une réflexion indispensable pour sortir de la terrible impasse dans laquelle nous nous trouvons.

Sortir de l’histoire sacrée

De façon très étonnante, l’histoire des origines de l’islam reste encore engluée dans l’histoire sacrée. Il est indispensable et urgent de déconstruire par le savoir les représentations délirantes des islamismes contemporains, et tout autant les interprétations sacralisantes qui déshistoricisent le religieux. En effet, ces dernières sont à terme d’autant plus dangereuses qu’elles couvent à bas bruit, entretenant les fantasmes et nourrissant les interdits que s’imposent des populations en perte de repères qui vont chercher sur Internet tout et n’importe quoi, y compris le pire.

Ce n’est certes pas à l’enseignement de convertir les musulmans français à un islam dont nous aurions le contrôle. Notre action doit porter exclusivement sur le savoir, et les moyens du savoir. La connaissance de l’islam doit être transmise du seul point de vue de l’histoire en ramenant cette histoire à sa dimension humaine, en dépit de tous les interdits que prétendent lui imposer les idéologies diverses qui traversent l’islam contemporain, des plus pacifiques aux plus violentes. L’histoire prémunit contre la croyance qui veut faire de l’autre le même ou qui prétend faire revivre le passé dans le présent. Elle prémunit aussi contre la tentation de s’exonérer par le passé de la responsabilité de ses actes au présent. L’histoire bien comprise combat les folies de l’idéologie par l’intelligence de la variété des situations. Elle permet d’intérioriser le civisme de manière bien plus efficace que n’importe quel apprentissage citoyen – consistant généralement à débiter la litanie des valeurs.

Le Coran, sur le plan social, correspond à un état de société qui n’existe plus : la société tribale de l’Arabie du viie siècle. La tradition dite « prophétique » (contenue dans le hadith) est historiquement plus tardive : deux siècles de décalage par rapport au Coran. Elle correspond donc à une société qui n’avait plus rien à voir avec la première époque de l’islam. Au ixe siècle, l’authenticité de la tradition prophétique a par ailleurs profondément divisé les savants musulmans. Le plus grand courant théologique de l’époque s’y est toujours violemment opposé. Mais le pouvoir politique a fini par se ranger du côté des partisans de cette tradition. L’approche littéraliste, qui convenait mieux aux masses que les raisonnements abstraits des théologiens, a fini par s’imposer comme une sorte de manuel pratique de la religion – le prophète faisait ceci ou cela, il s’habillait comme ceci ou cela, etc. Devenue un mythe fondateur que l’on se raconte sans jamais le questionner, cette conception a été mobilisée au service d’une reconstruction à peu près totale du passé en fonction de nouveaux enjeux de société.

Par exemple, dans le Coran, la lapidation est le fait d’éloigner le diable en lui lançant des pierres, elle n’est en aucun cas un châtiment qui s’applique à des humains. Par contre, dans le hadith, la lapidation commence à apparaître comme une pratique mise en œuvre. Alors que l’anthropologie nous explique que la violence du discours est d’autant plus grande que le passage à l’acte est impossible, certains s’obstinent aujourd’hui à confondre discours et action quand il s’agit de la tradition dite « prophétique ».

Un autre exemple tient aux vêtements des musulmanes. Dans le Coran, la tenue vestimentaire des femmes correspond à l’habit citadin de l’époque, qui n’était pas spécifiquement musulman. En ce temps-là, il s’opposait aux habits des Bédouines et à ceux des esclaves, beaucoup plus libres, du fait des conditions de vie différentes plus que des appartenances religieuses. En se rapportant au contexte historique, on réalise que l’islam coranique n’a jamais cherché à se différencier de la société, mais a cherché au contraire une vie harmonieuse dans celle-ci. Ceux qui étaient blâmés étaient ceux qui se démarquaient et rompaient le consensus social.

On peut étendre ce type d’analyse fondé sur l’historicité à des notions comme le djihad, la charia, l’apostasie, etc. Cela exige de remettre à plat nombre d’idées traditionnelles solidement ancrées dans les esprits et le discours des musulmans. Ce travail scientifique de questionnement de ce qui a été « sacré » est certes plus complexe que l’islam de la répétition. On peut comprendre cette difficulté. Elle ne saurait justifier le déni auquel les responsables musulmans nous ont habitués en France.[/access]

Interdire la fessée? Un rêve d’adulte!

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fesse enfant adulte

Interdire la fessée en France ? Saisi d’une réclamation par une ONG britannique, le Conseil de l’Europe a condamné la loi française car elle n’interdit pas totalement les châtiments corporels envers les enfants. Laissons un court instant le droit. Et plaçons-nous du côté de la psyché afin d’éclairer ce débat. La réponse se trouve, oserons-nous dire, dans la question : « interdire » et « fessée ». Nous pourrions préciser : « interdiction par l’adulte » et « de la fessée aux enfants ». Quel sentiment anime donc l’adulte pour qu’il cherche à proscrire la possibilité de « fesser » un enfant, le sien et, a priori à domicile, puisque la loi française prohibe déjà le châtiment corporel à l’école ou en prison ? Cet adulte décèlerait-il dans cet acte de fustigation quelque chose de nature à l’embarrasser, lui ?

Cette fessée dont certains appellent de leurs vœux le complet bannissement vient pas exemplifier, tout comme les violences sexuelles sur mineurs[1. Enquête de l’Association « Mémoire Traumatique et Victimologie » réalisée avec le soutien de l’UNICEF France.], cette relation asymétrique entre l’adulte et l’enfant des premiers temps. Une asymétrie génératrice, comme l’ont régulièrement montrée les travaux du regretté professeur Jean Laplanche, d’une séduction originaire, source d’une sexualité infantile « élargie » et productrice de l’inconscient humain. Ce qu’avaient esquissé dès 1905 les Trois essais sur la théorie de la sexualité  de Freud et confirmé ultérieurement les premiers analystes dans les verbatim de la Société psychanalytique de Vienne : l’intromission dans l’univers du tout-petit, par les gestes quotidiens les plus anodins et les plus innocents (allaitement, soins, tendresse, jeux…), de messages énigmatiques car compromis par la sexualité infantile et refoulée de ces adultes.

Sur France Info, le Docteur Gilles Lazimi, favorable à une interdiction complète des fessées, énonce : « il ne faut pas toucher un enfant ». Ecueil infranchissable pour le médecin, point de départ pour la réflexion du psychanalyste : comment différencier, en termes d’intolérance psychique, l’infiltration du sexuel infantile et refoulé de l’adulte sur l’enfant de l’attentat sexuel criminel sur mineurs ? Question encore plus insoluble si nous prenons en compte les solides enseignements de la clinique : confondus dans l’inconscient infantile de l’adulte, aimer et punir participent de cette communication originelle des premiers âges de la vie qui mêle amour et haine, apaisement et excitation pulsionnels, objet et fantasme, corps et surface corporelle. Mais aussi séduction et vengeance : c’est dans cet inconscient infantile de l’adulte, réactivé à l’occasion de sa relation avec le tout petit, que logent les « impulsions hostiles qui se manifestent dans la maltraitance des enfants »[2. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne  T.III, 1910-1911, Séance du 11 janvier 1911, Gallimard, 1979.].

Allons encore plus loin : l’interdiction de la fessée, légitime au demeurant pour le sens commun, vient mettre un sceau, « sanctuariser » ce que l’adulte « ayant autorité » cherche à abolir dans l’esprit de l’enfant. Fascinant paradoxe déjà mis en lumière par une épitre de Saint Paul aux Romains « Ainsi, je n’aurais pas connu la convoitise si la loi n’avait dit : tu ne convoiteras point » (Rom, 7, 7). C’est même l’admonestation et la censure par le monde des adultes qui viennent « confirmer » aux enfants la présence inavouable de la chose sexuelle : Montaigne (Essais, III, 5) s’en délecte par une anecdote révélatrice à propos de sa fille trébuchant dans son exercice de lecture sur le mot de « fouteau » (autre nom du hêtre) mot dont la gouvernante nia brutalement la signification. Et Montaigne de conclure : « le commerce de vingt laquais n’eût su imprimer en sa fantaisie… l’intelligence et toutes les conséquences du son de ces syllabes scélérates comme le fit cette bonne vieille par sa réprimande et interdiction ».

*Photo : wikicommons.

Le féminisme aviaire de Jean-Vincent Placé

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place poule feminisme verts

place poule feminisme verts

Je croise souvent Jean-Vincent Placé au marché, le dimanche matin, entre deux stands de poulet rôti et de légumes bio. À l’heure où je choisis ma barbaque chez l’excellent boucher-tripier italien, le sénateur EELV déambule en costume dans les allées, fier comme un coq… De manière générale, JVP aime se faire remarquer. Récemment, il avait encore fait un joli petit buzz grâce à un aveu pas banal pour un politicard.

Revenant sur son appel à manifester contre l’expulsion de Leonarda, adressé aux lycéens en octobre 2013, il avait confié le 2 mars dernier sur RMC : « Je m’étais lancé dans un propos complètement dé… décalé, parce que j’avais voulu suivre la position du parti (…). J’étais allé à une émission, j’avais raconté n’importe quoi. Et je m’en veux encore, parce qu’à un moment on se dit, bon, le parti pense ça, moi je vais raconter ça, comme ça je vais pas avoir des embrouilles avec les copains du parti. »


Quand Jean-Vincent Placé racontait « n’importe… par Lopinionfr

Dans la foulée de ce mea culpa plutôt franc, qui aurait pu laisser croire à des convictions en polystyrène, JVP devait trouver fissa un moyen de se refaire médiatiquement. En changeant de lunettes ? Pas assez voyant. En débarquant au marché Bastille en caleçon de bain hawaïen ? Bof. Non, JVP a fini par trouver une meilleure idée, avec la complicité de Marie-Claire. Pour la journée de la femme, le magazine que Leonarda ne doit pas lire souvent lui proposait de poser avec… une poule. Ce qui fut fait.

Jean-Vincent Placé poule Marie-Claire journée de la femme

Objectif ? « Attirer l’attention pour dénoncer toute forme de sexisme et de misogynie dans les différents corps de métier, dont la politique », a-t-il expliqué au Lab. Et de s’auto-congratuler : « Moi qui ai toujours été féministe et qui me bats pour la parité, j’ai trouvé que c’était un excellent moyen. » Ben oui, parce qu’au cas où ça ne vous empêcherait pas encore de dormir, JVP rappelle que « le monde politique est âgé et très masculin, ce sont des sexagénaires pas très ouverts ».

En quoi câliner un gallinacé pourrait-il bien aider les homo sapiens femelles à se faire une meilleure place dans ce monde phallocrate et machiste ? Simple : en octobre 2013, pendant que JVP appelait les lycéens à soutenir Leonarda dans la rue, la députée EELV Véronique Massonneau avait essuyé des caquètements peu amicaux dans l’hémicycle. De là à croire que Jean-Vincent chercherait à « attirer l’attention » sur sa solidarité avec les femmes de son parti plutôt qu’avec les filles de Roms expulsés…

Maintenant, on n’attend plus que la réaction des poulettes d’Osez le féminisme à la photographie de Marie-Claire.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00681026_000006.

Auschwitz, attentats de Copenhague : le journal d’Alain Finkielkraut

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attentats copenhague charlie hebdo

attentats copenhague charlie hebdo

Les 70 ans de la libération d’Auschwitz (1er février 2015)

Élisabeth Lévy. Il y a soixante-dix ans, l’armée soviétique libérait le camp d’Auschwitz, ouvrant une ère nouvelle d’effroi et de culpabilité dans la conscience européenne. La cérémonie de commémoration a réuni des survivants et de nombreux chefs d’État dans le sinistre décor du camp. Quelques semaines après l’attentat de Vincennes, il était impossible de ne pas noter que la violence antisémite avait survécu au « plus jamais ça ». Malgré le télescopage presque incongru de la mort passée et de la vie présente, il me semble que quelque chose dans ces commémorations échappe au spectacle. Est-ce aussi votre impression ?

Alain Finkielkraut. Dans L’Écriture du désastre, Maurice Blanchot cite cette phrase d’un membre des Sonderkommandos d’Auschwitz dont on a retrouvé les notes enfouies près d’un crématoire : « La vérité fut toujours plus atroce, plus tragique que ce que l’on en dira. » Pour autant, écrit Blanchot, « comment accepter de ne pas connaître ? Nous lisons les livres sur Auschwitz. Le vœu de tous là-bas, le dernier vœu : sachez ce qui s’est passé, n’oubliez pas, et en même temps jamais vous ne saurez. »

Je sais beaucoup de choses sur cette période maudite, j’ai lu Primo Levi, Jean Améry, Imre Kertész et les ouvrages des historiens. J’ai vu Shoah de Claude Lanzmann, j’ai écouté les récits de mes parents, mais, malgré toutes ces connaissances accumulées, je suis resté sans voix devant le documentaire Jusqu’au dernier, diffusé à la télévision pour le 70e anniversaire de la découverte du camp d’Auschwitz. Était-ce la première fois que je voyais les photographies d’enfants juifs apeurés prises par des soldats allemands quelques instants avant leur exécution ou les images de femmes à moitié dévêtues, assises sur le trottoir et comme frappées de stupeur lors du pogrom de Lvov ? Peut-être pas. Mais rien ne me protégeait contre leur horreur insupportable et incompréhensible.

Plus notre savoir augmente, plus s’épaissit le mystère de ce crime méticuleux et sauvage. L’histoire, la philosophie, la littérature nous éclairent sur lui et s’y cassent les dents. À défaut de pouvoir percer l’énigme, Théodore Adorno a énoncé ce nouvel impératif catégorique : « Penser et agir en sorte d’Auschwitz ne se répète pas, que rien de semblable n’arrive », et l’Europe post-hitlérienne a repris cette exigence à son compte sous la forme ramassée du « plus jamais ça ». On a donc décidé de tout mettre en œuvre pour que les démons de l’Europe ne se réveillent jamais.

Ce que cette vigilance adornienne n’avait pas prévu et ne veut toujours pas prendre en compte, c’est que l’Europe puisse avoir non seulement des démons mais des ennemis, que ses ennemis détestent également les juifs et qu’ils invoquent, pour justifier leur haine, l’injustice dont ils continuent d’être victimes.[access capability= »lire_inedits »] Certains porte-parole du « plus jamais ça » viennent même à leur secours en dénonçant la stigmatisation qui les frappe, et c’est ainsi que le devoir de mémoire qui devait être la sœur Anne du XXIe siècle fonctionne comme le cheval de Troie de la nouvelle violence antijuive. Dans son Journal publié sous le titre L’Ultime Auberge, Imre Kertész écrit : « Les jours misérables du déclin de l’Europe. L’Europe s’aplatit devant l’islam, le supplie de lui faire grâce. Cette comédie me dégoûte. L’Europe meurt de sa lâcheté, de son incapacité à se défendre et de l’ornière morale évidente dont elle ne peut s’extraire depuis Auschwitz. » On craignait l’oubli, mais c’est l’usage que nous avons fait de la mémoire, c’est l’impératif catégorique énoncé par Adorno qui sont devenus notre ornière morale.

Il y a un mois, les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de Vincennes tuaient 17 personnes. La sidération s’est transformée en mobilisation et, le 11 janvier, 4,5 millions de Français sont descendus dans la rue. Dans les médias, on allait jusqu’à évoquer sans trop de périphrases l’antisémitisme de nos territoires perdus, voire à suggérer que l’islam de France devrait faire son aggiornamento républicain.

Mais, le 20 janvier, Manuel Valls parlait d’apartheid, et le problème était le tort que la France avait infligé à ses enfants immigrés. Or, s’il n’y a pas d’apartheid, il y a bien, de plus en plus, séparation. Et on n’a pas pu ne pas remarquer que « la France qui n’était pas Charlie » était pour une grande part celle des « quartiers », qui ne se sont guère mobilisés le 11 janvier.

Le 11 janvier 2015, les gens sont massivement descendus dans la rue pour défendre la République et, par-delà la République, la civilisation française. Moins d’un mois après, sous le nom d’« esprit du 11 janvier » et sous la haute autorité du chef de l’État, la mobilisation générale est remplacée par l’incitation à la pénitence collective. « Qu’avons-nous fait de mal pour qu’on nous ait fait tant de mal ? » Une fois encore – cela devient une désolante habitude –, la France réagit à l’agression par l’expiation. Et en guise de césure entre un avant et un après-11 janvier, on voit resurgir nos vieilles connaissances : l’exclusion, la ségrégation, la discrimination, la stigmatisation – tous ces « -ions » que les jeunes des « quartiers défavorisés » ont pris sur la figure avant de sombrer, parce qu’ils n’en pouvaient plus, dans la violence sectaire.

Au lendemain des émeutes urbaines de novembre 2005, les incendiaires présentaient la note sous la forme de cahiers de doléances et la République demandait pardon en jurant sur les valeurs inscrites à ses frontons qu’elle allait tout faire désormais pour réparer ses torts. Ça recommence. La République bat à nouveau sa coulpe. Elle s’excuse, elle se repent et promet qu’elle ne faillira plus. Mais quelle faute a-t-elle donc commise pour qu’une élève de terminale du lycée Averroès de Lille soutienne devant son professeur de philosophie que « la race juive est une race maudite par Allah » ? « L’esprit du 11 janvier » aimerait pouvoir incriminer l’apartheid social, territorial, scolaire, et une laïcité trop rigide. Seulement voilà : le lycée Averroès est un établissement privé sous contrat, flambant neuf et bien situé. Ce que manque la sociologie avec ses causes immuables et ses inévitables « effets boomerang », c’est, pour le dire avec les mots du philosophe Max Horkheimer : « la non-contemporanéité des contemporains ». Nous croyons que la mondialisation économique et technologique nous a fait entrer dans l’âge de l’histoire universelle. Mais, dans le temps de la sortie de la religion qui est le nôtre, on étudie et on admire le défi de Don Juan à la statue du Commandeur alors qu’en cas d’offense faite au Dieu miséricordieux ou à son prophète, la sympathie de la majorité des musulmans va spontanément à la force qui punit l’offenseur. Et il est vain de rappeler aux élèves du lycée Averroès, immergés dans l’antisémitisme, l’extermination des juifs par Hitler : cela ne les concerne pas, ce n’est pas leur généalogie, ce n’est pas leur histoire.

Je laisse aux experts le soin de décider s’il faut choisir, pour les nouveaux arrivants, la voie de l’intégration ou celle de l’assimilation. Tout ce que je sais, c’est que les habitants d’un même territoire ne peuvent vivre ensemble que si leurs montres indiquent la même heure. La synchronisation s’impose. Et pour synchroniser les Français, il faut que soit mis un terme à l’immigration de peuplement. Pour Philosophie magazine, Michel Eltchaninoff est allé à La Villeneuve, ce quartier des environs de Grenoble qui avait été conçu à l’origine comme « un modèle d’ouverture à autrui et à la mixité » et qui est devenu peu à peu ethniquement homogène. Pourquoi ce fiasco ? Parce que, selon un militant associatif resté sur les lieux : « La Villeneuve est une utopie du Nord peuplée avec des gens du Sud. On n’a jamais appris la vie urbaine à ces populations issues de la ruralité. C’est ce qui explique que tant de personnes jettent leurs ordures par les fenêtres. Dans ces pays, les espaces publics sont dégoûtants alors que l’espace privé est impeccable. »

Nul n’est par essence ou par fatalité étranger à l’urbanité française. Mais pour que tous deviennent contemporains, il ne faut pas qu’augmente indéfiniment le nombre de ceux qui ne le sont pas au départ. L’unique problème du monde, disait Leopold Kohr, le maître à penser d’Ivan Illich, n’est pas le mal mais la taille excessive : « Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. »[1. Cité dans Olivier Rey, Une question de taille, Stock, 2014.]

Les attentats de Copenhague (15 janvier)

Un homme a criblé de balles la façade d’un centre culturel de Copenhague où se déroulait un débat sur l’islamisme, la liberté d’expression et le blasphème, en hommage à Charlie Hebdo et en présence du dessinateur suédois Lars Vilks. L’homme a tué un passant et blessé trois policiers. Quelques heures plus tard, le même terroriste a tué un jeune garde qui veillait devant une synagogue de Copenhague et blessé des policiers, avant d’être lui-même abattu par la police danoise. Que vous inspire ce nouvel attentat en Europe ?

On dit indifféremment « nouvelles » et « informations », mais l’actualité, ces derniers temps, c’est moins souvent la nouveauté que le tragique de répétition. L’événement qui vient de se produire à Copenhague est le décalque des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Cibles similaires : les offenseurs de Mahomet et les juifs. Même mode opératoire : le fusil d’assaut. Un terrorisme d’autant plus inquiétant qu’il ne requiert aucune compétence particulière prend ses quartiers sur le Vieux Continent. Le spectaculaire attentat du 11 Septembre nécessitait une préparation minutieuse et un savoir-faire hors du commun. Il suffit d’être possédé par la haine et de posséder une kalachnikov pour imiter les frères Kouachi. Selon Peter Sloterdijk, « ce crime est la preuve du fait que le star system peut se déplacer vers la criminalité pseudo-politique. Les auteurs du massacre réclament d’abord cette partie de l’attention publique que seul un acte très médiatisé peut offrir ». Il est probable que cette course au martyre et à l’Oscar du carnage ne s’arrêtera pas à Copenhague.

Nos dirigeants répètent et répéteront demain qu’il n’est pas question de céder devant la terreur. N’oublions pas cependant que les mêmes qui proclamaient : « Debout la République ! » le 11 janvier se sont empressés de l’asseoir sur le banc des accusés pour répondre du crime d’apartheid. S’il y a sécession culturelle et radicalisation politique, nous disent le gouvernement politique de la nation et celui – médiatique – des consciences, c’est du fait de la « ghettoïsation » que subissent les sécessionnistes. Ancrés dans la certitude que le mal procède, en dernier ressort, de l’inégalité, ces gouvernements s’obstinent à ne pas voir que l’islamisme radical est une réaction non à ce que l’Occident a d’oppressif mais à ce qu’il a d’émancipateur. La mixité par exemple, qualifiée alternativement de « liberté bestiale » et de « marché d’esclaves » par Saïd Qotb, le plus important théoricien des Frères musulmans. Et tandis que la gauche s’engage sur la voie de l’expiation pour les crimes coloniaux d’hier et les discriminations d’aujourd’hui, la droite et le centre choisissent la voie plus réaliste de l’accommodement avec une population dont il faut désormais prendre en compte le poids électoral. Michèle Tribalat rappelait récemment que, pour chasser les communistes de la mairie de Bobigny, le candidat de l’UDI avait accueilli sur sa liste un membre de l’Union des démocrates musulmans de France et que celui-ci était chargé désormais d’installer un musée de l’histoire de la colonisation.

« Pas d’amalgame ! », dit-on de tous côtés. Je partage cette inquiétude, je me garde de confondre l’islam et l’islamisme, mais je constate que pour empêcher le glissement de l’un à l’autre la politique des pays européens tend de plus en plus, et au prix de l’autocensure, à ménager la susceptibilité des musulmans et à satisfaire leurs demandes. Soucieuse déjà d’éviter les crispations, la police ne fait plus respecter l’interdiction du voile intégral dans l’espace public. Et des voix s’élèvent pour inviter la République à relâcher ses exigences au nom de la liberté religieuse, c’est-à-dire des droits de l’homme. Nos mœurs peu à peu sacrifiées à notre idée du droit : voilà le programme.

La politique européenne d’immigration repose sur l’idée que les individus sont interchangeables. Elle voit l’homme, d’où qu’il vienne et quel qu’il soit, à l’image du soldat inconnu, celui, comme dit Ernst Jünger, « dont la vertu réside dans le fait qu’on puisse le remplacer et que derrière chaque tué la relève se trouve déjà prête ». L’hécatombe de 1914-18 nous a guéris du nationalisme et de la guerre en chantant, mais nous n’avons pas rompu avec l’économie de la substitution. Nous l’avons même universalisée. La Commission Attali pour la libération de la croissance française recommandait en 2008 d’« élargir et favoriser la venue des travailleurs étrangers » pour remédier aux pénuries de main d’œuvre. L’un peut faire office de l’autre et l’autre de l’un : aux yeux de ceux qui comptent, le monde est tout entier peuplé de soldats inconnus. Si nous n’abandonnons pas cette anthropologie désespérante, elle finira par avoir raison de notre civilisation.[/access]

*Photo : wikicommons.

Contrôle au faciès : le Défenseur des droits accuse l’Etat

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police controles facies

police controles facies

Le 25 février, s’est ouvert le procès en appel des treize plaignants ayant assigné l’Etat et le ministère de l’Intérieur en justice pour faute lourde après avoir subi ce qu’ils estiment être des « contrôles au faciès ».
« Etudiants ou salariés, ils tous ont un casier judiciaire vide. Une partie d’entre eux a des origines arabes, l’autre a la peau noire (…) Déboutés en première instance, ils ont depuis obtenu l’appui devant la cour d’appel de Paris du Défenseur des droits Jacques Toubon», rapporte France info.

Quels sont leurs griefs ? Certains disent avoir été contrôlés tous les deux jours pendant plusieurs années (sic). Et tous estiment avoir été victimes de discriminations.
« C’est clairement la couleur de ma peau qui a fait que j’ai été contrôlé », raconte Bocar qui se souvient du procès en première instance, « Ils ne l’ont pas dit ouvertement lors du procès mais dire « il sortait d’un quartier, il marchait à vive allure et il avait une capuche, qu’est-ce que ça veut dire ? ».
En d’autres termes, les policiers, pour éviter de contrôler des gens inutilement, sont invités à repérer les profils à risque. Il faudrait être sacrément naïf pour ne pas savoir que la maréchaussée cible davantage les jeunes issus des quartiers difficiles, qui portent une capuche ou une casquette sur la tête plutôt que des septuagénaires promenant leur chien en laisse dans le XVIème arrondissement. Voudrait-on que la Police ne contrôle que des hommes blancs en costume dans le quartier de La Défense ? Faut-il aller jusqu’à cette mascarade pour prouver que la France n’est pas raciste?

Le même homme reproche également au policier qui l’a contrôlé d’avoir été « discourtois » et de l’avoir tutoyé. Et le plaignant d’ajouter : « Si on m’avait dit ‘Vous correspondez à un signalement’, j’aurais compris, mais là, je ne sais pas et je ne sais toujours pas ce qui s’est passé […] on nous explique que le contrôle n’a pas à être motivé. On est dans un Etat de droit ou pas ? »
Manifestement, certains de nos concitoyens ont tendance à confondre Etat de droit et « Etat de tous les droits », quitte à se décharger de tous leurs devoirs.

Mais passons sur ce détail car cette affaire réserve bien d’autres surprises.  Ainsi, l’appui qu’a apporté le Défenseur des droits à la plainte ne laisse pas de m’étonner. Un des représentants de Jacques Toubon était en effet présent le 25 février à l’audience pour dire qu’en matière de discrimination, il doit y avoir ce qu’on appelle « un aménagement de la charge de la preuve ». « Terme un peu technique qui veut dire que ce n’est pas au plaignant de prouver qu’il a été discriminé mais à l’institution de montrer qu’elle a été impartiale. » explique France info.

Que certains individus se sentent discriminés, on peut le comprendre. Que des policiers n’aient pas été très cordiaux, on peut également l’envisager. Mais qu’on demande désormais à la police de justifier chaque contrôle d’identité – en prouvant l’absence de volonté discriminatoire – dépasse l’entendement.
D’un côté, on demande à la police de ne plus laisser la moindre possibilité aux terroristes d’agir et de l’autre de justifier chaque contrôle d’identité. Quand la schizophrénie complète la paranoïa, on se dit que la France est vraiment malade.

Que dire enfin des propos de Sihame Assbague, porte-parole du collectif « Stop le contrôle au faciès » ? Lorsqu’elle déclare « Parler de ségrégation raciale comme l’a fait le président de la République, ou d’apartheid comme le Premier ministre (N.B : merci à eux pour le choix ô combien judicieux de ces termes) m’interpelle dans notre dossier parce que notre droit (…) n’est pas un droit d’apartheid. Chaque fils de la République a les mêmes droits », elle semble oublier que peu d’enfants de la République (pas moi en tout cas) ont eu l’honneur et le privilège de connaître la raison pour laquelle on leur demande leurs papiers.

Comme prévu, lors du procès en appel, la procureure a argué que l’Etat n’avait pas commis de faute lourde et que seul le législateur pouvait changer la loi. Voici ce que Siham Assbague en a conclu : « pour la procureure, il n’y a aucune faute lourde de l’État, c’est du mépris. On assiste à des contrôles au faciès sur le terrain et à une justice au faciès quand des citoyens portent plainte ». Preuve que la posture victimaire a encore de beaux jours devant elle…

La justice tranchera le 24 juin prochain.

*Photo : wikicommons.

Darmanin contre Taubira: un tacle téléphoné?

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gerald darmanin taubira fn

gerald darmanin taubira fn

C’est une polémique de notre époque. Une phrase prononcée lors d’une émission matinale qui, il y a encore quelques années, n’aurait pas fait trois lignes dans les journaux du lendemain. Gérald Darmanin, nommé César du meilleur espoir de l’UMP par Nicolas Sarkozy lui-même, est le coupable. Invité mardi matin de LCI et Radio Classique, il a osé comparer Christiane Taubira à « un tract ambulant pour le FN ». Aussitôt, cette petite phrase sans relief a déclenché un flot de protestations digne des chroniques les plus polémiques d’Eric Zemmour. L’après-midi même, le Premier ministre en personne saisit l’occasion d’une question de Darmanin pour interpeller directement et très violemment le député fautif. Et mercredi matin, Christiane Taubira réagit enfin – Twitter retenait son souffle ! La réponse du Garde des sceaux, escaladant ses petits poneys, manque singulièrement de nuances puisqu’elle accuse le député Darmanin d’avoir proféré des « insultes et des déchets de la pensée humaine ». Déchets de la pensée humaine ! On ose à peine imaginer ce qu’il adviendrait si un élu UMP osait emprunter cette sémantique pour qualifier un homologue de gauche, au regard de ce que la déclaration inoffensive de Darmanin a pu susciter.

Qu’a donc fait Darmanin mardi matin ? Il s’est adonné au sport le plus pratiqué depuis trente ans par les élus UMP et PS : renvoyer la responsabilité de la vague FN sur son adversaire. Tous le font avec une régularité impressionnante, et une fréquence encore plus rapide depuis que Marine Le Pen en a accéléré la montée. Du côté de l’UMP, on rappelle le rôle de Mitterrand, du changement de mode de scrutin de 1986, des fameux chiffons rouges que la gauche agite, comme la perpétuelle tentation d’accorder le droit de vote aux étrangers ou, comme Darmanin le laissait penser, la volonté de mettre en œuvre des politiques pénales laxistes. Du côté du PS, on fustige les déclarations FN-compatibles de dirigeants de droite, du « bruit et les odeurs » de Chirac au discours de Grenoble de Sarkozy, rappelant que les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie (Christiane Taubira a d’ailleurs entonné ce refrain légendaire dans la Cour de l’Elysée ce matin). Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Il y a une dizaine de jours, Christiane Taubira était l’invitée de l’émission de Laurent Ruquier sur France 2. On a d’ailleurs pu assister à la métamorphose, l’espace d’une petite heure, d’Aymeric Caron, de fauve intransigeant en petit chaton affectueux. Spectacle réjouissant : ce type est donc humain, il a des passions, et la ministre de la Justice en fait partie. Mais c’est un peu plus tard, alors que Christiane Taubira avait quitté le plateau que, le fauve étant de retour, le comédien François Rollin a expliqué –dans un langage certes moins direct que celui de Darmanin- que les postures de Caron pouvaient très bien alimenter le vote FN. Il y a quelques mois, Jean-François Kahn venait présenter dans la même émission son dernier livre Marine Le Pen leur dit merci, et scandalisait lui aussi Caron en déclarant que le chroniqueur degôche pouvait se sentir concerné par l’interpellation du titre.

Tout cela démontre que Christiane Taubira subit cette accusation non pas parce qu’elle est « femme et noire », comme le déclarait ce pauvre Razzy Hammadi, qui ne sait plus quoi inventer pour faire parler de lui. On le répète : tout le monde accuse tout le monde de faire le jeu du FN, sans doute avec raison, puisque le PS et l’UMP ont bien des choses à se reprocher dans des proportions qui restent à déterminer, comme disait Jean Gabin dans Le Président. Si Christiane Taubira est très souvent la cible des critiques venues de l’autre camp, c’est parce qu’elle s’enorgueillit elle-même d’être emblématique de la gauche 2012-2015. Emblématique grâce au mariage pour tous où elle fut à la fois, efficace, talentueuse et clivante (mazette ! on dirait que je cause de Sarkozy période 2002-2005 !).

Emblématique en raison d’une politique pénale qu’Aymeric Caron trouve « progressiste », mais que la droite, ainsi que le ministre de l’Intérieur 2012-2014, un certain Manuel Valls, jugeaient laxiste, comme le prouve une note de Beauvau en direction de l’Elysée à l’automne 2013. Bref, le pauvre Darmanin s’est fait un nom, et nul doute que ce lynchage en place publique lui vaudra bien des lettres de soutien de la part de militants et électeurs droitiers. Christiane Taubira a pu conforter son immense ego en constatant qu’elle est l’icône de la gauche dans ce qu’elle a de plus juste et pure.

En résumé, tout le monde est content. Surtout Marine Le Pen.

*Photo : ALCALAY SARAH/SIPA . 00693661_000029.

Abd Al Malik voit des racistes partout

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abd al malik charlie hebdo

abd al malik charlie hebdo

Abd Al Malik est actuellement en promo pour son nouvel ouvrage, très malencontreusement intitulé Place de la République.  On peut y lire, à longueur de pages, ce genre d’affirmation : “Soyons honnêtes, dans notre pays, les caricatures de Charlie Hebdo ont clairement contribué à la progression de l’islamophobie, du racisme et de la défiance envers tous les musulmans.”

Comme, pour des raisons qui m’échappent, le salafisme a mauvaise presse chez nous, cette fatwa anti-Charlie est bien sûr enrobée dans un raisonnement pseudomarxiste à la noix où Abd nous ressert la vieille soupe dominant/dominé façon Derrida/Bourdieu : “Lorsque l’on défend, nous explique doctement le rappeur philosophe,  la liberté de la presse, il ne faut pas oublier le rapport de force (…) entre celui qui l’exerce et celui qui la subit.”

Tous propos écrits, rappelons-le, après les attentats islamistes de janvier. Ils ont déjà donné lieu à une polémique hilarante entre Abd et Télérama , dont les lecteurs seraient mélanophobes grave, semble-t-il.

Des propos répétés à l’envi ces jours-ci sur moult plateaux radiotélés, dont celui du Grand Journal de Canal. Ce genre de crachage sur la tombe des copains aurait pu rester impuni sans l’intervention de Joann Sfar. Invité trois jours après Abd sur le même grand plateau, il s’est fendu d’un salutaire recadrage républicain : « J’ai entendu chez vous il y a trois jours, Abd Al Malik qui paraît-il est le représentant des modérés. Tout ce qu’il a trouvé à dire un mois après c’est que Charlie Hebdo avait été irresponsable. Donc, des journalistes ont été abattus parce qu’ils ont été irresponsables. Bravo. Si ça c’est des modérés, moi je ne sais pas où on va. »

Qu’ajouter à cette mise au point ? Pas grand-chose. Un peu de droit, peut-être…

Je ne suis point juriste, mais si Monsieur Malik dit vrai quand il affirme que les caricatures de Charlie ont clairement contribué à la progression du racisme, alors il doit aller au bout de ses opinions et contacter une organisation dite antiraciste pour qu’elle porte plainte. Pas contre Charb, Cabu, Tignous, Honoré ou Wolinski, nos lois ne le permettant pas. Mais il doit bien y avoir un moyen de traîner les dessinateurs survivants devant un tribunal, puis de les faire passer à la caisse, en plus, il paraît qu’ils sont blindés de tunes.

Mais peut-être n’ira-t-il pas défendre cette accusation de racisme devant un tribunal. Parce qu’il n’a aucune preuve de ce qu’il avance en diffamant des morts. Ce qui techniquement fait de lui un propagateur de fausses nouvelles ou un diffamateur. Je ne dirais pas un menteur, parce que je sais que la religion d’Abd interdit le mensonge. Et je ne voudrais pas qu’on aille penser que, moi aussi,  je…

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21664927_000002.

France 5 : service public ou sévices publicitaires?

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Scandale à la télé publique ! Des wagons de jeunes ont tweeté et retweeté des messages rageurs incriminant France Télévisions après une dramatique violation des droits du téléspectateur intervenue lors du dîner de C à vous sur France 5 ce lundi 2 mars.

Rappel des faits (gravissimes). Figurez-vous que dans un souci éthique de journalisme sans concession, mon excellente consœur Anne-Sophie-Lapix recevait la lumineuse artiste Louane Emera. Celle-ci était venue non pas pour faire la promo de La famille Bélier, qui lui a valu le César du Meilleur Espoir Féminin à la Cérémonie 2015, mais pour faire connaître dans un louable souci d’information, son fabuleux premier album « Chambre 12. »

Or voilà-t-y pas que vers 19h55, en pleine interview en direct de Louane Emera par Anne-So, la direction de France Télé – qui n’a pas le droit de diffuser de la pub après 20h – a décidé d’envoyer un tombereau de spots vantant diverses marques d’automobiles, de nourriture pour chats et de couches pour adultes. Horreur, malheur, protestations en masse de téléspectateurs, et même un tweet rageur d’Anne-Sophie-Lapix : « Nous sommes désolés pour cette coupure en pleine interview qui nous a également surpris… Toutes nos excuses à Louane et aux téléspectateurs. »

Purée, on n’avait pas vu pareil scandale à la télé depuis la censure pompidolienne de Maurice Clavel!

À quand une loi interdisant qu’on interrompe les promos avec des pubs?

Ces souches qu’on abat

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francais souche hollande cukierman

francais souche hollande cukierman

Dans un roman de Philip Roth, ça se finirait par la démission de François Hollande. Par chance pour le président, la France est frivole, même dans l’indignation : il s’en est tiré avec une micro-bronca et, tout de même, la réprobation bruyante de la patronne des Jeunes socialistes, Laura Slimani, qui l’a froidement tancé pour « brouillage intellectuel » – cette toupie n’a aucun respect…

C’est qu’il en a fait une belle. Vous n’allez pas le croire : il a dit « Français de souche ». En toutes lettres. Enfin, entre guillemets, paraît-il, mais on ne les a pas entendus, c’est ballot (le coup des guillemets est une trouvaille de Bruno Le Roux, chef des députés socialistes qui l’écoutent).

Le président croyait pourtant s’être bordé. Oui, il a bien prononcé le mot en F, le mot français qui fâche, mais dans un contexte qui ne laissait aucun doute sur ses sentiments. Le 23 février, au milieu d’un dîner du CRIF particulièrement pimenté cette année, il a évoqué sa visite à Sarre-Union, « dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, français de souche, comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en hébreu (…), inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David, mais à ce point intolérants pour renverser le monument dédié aux victimes de la Shoah ». Imaginons qu’au soir du 7 janvier, le président ait précisé que les frères Kouachi étaient arabes et musulmans : on en parlerait encore. On découvre ici la matrice du double lien qui pèse sur tous les Français, sommés à la fois de ne pas voir la différence et de l’adorer. En vertu de la même logique, on a le droit de célébrer les bienfaits de l’immigration, mais il est interdit de remarquer qu’elle a changé le visage de la France. Et il va sans dire que toute mention du roman national exige une sémantique dépréciative.
Pas de panique, Hollande n’a nommé les « Français de souche » que pour pouvoir proclamer le dégoût qu’ils lui inspirent. Mais ce dégoût, c’est leur accorder une existence. Pour le Parti de l’Autre, c’est encore trop. Cette réjouissante formule d’Alain Finkielkraut est le meilleur nom que l’on puisse donner à la gauche d’aujourd’hui. Voilà quarante ans que ces « de souche » sont ses têtes de Turcs, au Parti de l’Autre. Il les a ridiculisés, intimidés, diabolisés, ringardisés, il les a mis entre guillemets. Maintenant, il voudrait bien les mettre entre parenthèses, et une bonne partie du réel avec eux. Et comme les vraies choses et les vrais gens ne se laissent pas engloutir volontiers, on interdit les mots. Supprimez le signifiant, le référent disparaîtra – méthode éprouvée sous de nombreux cieux. Bon, signifiant et référent, on dirait qu’il se mélange un peu les pinceaux, François Hollande : « Pour ceux qui m’ont écouté, il n’y avait pas de doute à avoir, je me suis distingué justement de cette expression », a-t-il déclaré. Le gentil président s’est distingué d’une méchante expression. Seigneur, protégez-nous des mots !

Il est clair que, d’un point de vue scientifique, un Français de souche, ça n’existe pas. Ce n’est pas le synonyme de « blanc », ni de « catholique », bien que cela n’ait pas rien à voir. En réalité, personne ne sait le définir, mais tout le monde sait ce que c’est – une marque d’ancienneté, un droit d’aînesse conféré non pas aux individus mais à leurs mœurs et à leurs usages. Du reste, si on utilise une notion aussi hasardeuse, c’est bien pour vivre dans la même réalité sensible que nos contemporains. Et là, il y a comme un gros problème. Quand un propos banal sur l’antisémitisme qui sévit dans nos banlieues peut vous envoyer au tribunal – version Arno Klarsfeld – ou vous valoir un lynchage en règle – version Cukierman –, quand au sommet de l’État on nous serine que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, c’est qu’on ne vit plus dans le même monde. Surtout que ces billevesées reçoivent promptement l’onction médiatique. Ainsi entendrai-je, sur une chaîne-info, une journaliste standard proférer avec assurance que « tout le monde sait bien que, Français de souche, ça ne veut rien dire ». Quelques jours plus tard, juste après les attentats de Copenhague, j’entends une autre voix affirmer doctement : « Tout le monde sait bien que c’est la misère sociale qui nourrit le terrorisme. » Si tout le monde le sait, évidemment, on ne peut pas lutter.

La messe est dite, les Français de souche n’existent pas. Puisque nous sommes tous immigrés, « avant moi, y’avait pas d’avant », comme ne le chantait pas tout à fait Barbara. Et puis « souche », ça a un petit côté biologisant, non ? Le paradoxe, c’est qu’à investir de sombres humeurs racialistes le concept, ceux qui l’utilisent, et en prime le groupe aux contours flous qu’il désigne, on a fourni à ce groupe une cohésion identitaire dont il était absolument dépourvu. L’appellation « Français de souche » est peut-être en passe de devenir une affaire de culture autant que de filiation – la communauté des sans-communautés. D’ailleurs, si elle perturbe les odorats trop délicats, ce n’est pas parce qu’elle suggère une hérédité, mais parce qu’elle exprime la volonté de rester un peuple, c’est-à-dire une collectivité humaine relativement homogène, en termes non pas ethniques, mais culturels et anthropologiques. Au point qu’on pourrait dire : on ne naît pas « de souche », on le devient.

Reste une question : que lui a-t-il fait, à la gauche, ce malheureux « de souche » ? En vérité, rien, sinon lui servir d’alibi, d’épouvantail et finalement d’ennemi, sous diverses figures – du beauf au facho en passant par le réac et le petit blanc. Il a donc fourni la trame d’un récit épique opposant la générosité à l’égoïsme, l’hospitalité à la fermeture, le frère humain au compatriote. Un récit dont il est interdit, depuis quarante ans, de contester les postulats qui le fondent. C’est ainsi que les Français ont dû accepter un changement démographique de grande ampleur, sans jamais être invités à se prononcer.

Dans ce dispositif, le Front national a joué et joue encore le rôle décisif du diable, qui coalise contre lui toutes les forces du bien – dans un fragile et improbable Front républicain. Certes, la normalisation engagée par Marine Le Pen est un sale coup pour le Parti de l’Autre, réduit à répéter en boucle que le FN ne respecte pas les valeurs de la République, voire qu’il a des « intentions funestes pour la démocratie », sans que ces affirmations soient jamais référées à un propos précis. Ainsi, quelques semaines après les attentats, la glorieuse lutte contre le FN redevenait-elle la priorité de la classe politique et médiatique. Ainsi, le 24 février, le dessin de « une » de Charlie Hebdo représentait le journal poursuivi par un djihadiste, Marine Le Pen et le pape. Sans doute fallait-il éviter de stigmatiser les djihadistes.

Mais la plus grande vertu du parti lepéniste est d’être un revolver pointé sur la tempe de tout citoyen, averti à intervalles régulier que ses agissements, voire ses pensées, pourraient faire le jeu de qui vous savez. En attendant, tous les présidentiables, convaincus que ce chantage suffira à leur barrer l’accès au pouvoir, rêvent d’un deuxième tour les opposant à la « peste blonde ». Reste que si le Front national est aussi dangereux qu’on le dit, il n’est pas très malin de le laisser se présenter comme le seul parti de la France.

Le cheminement qui a conduit la gauche à remplacer le prolo d’antan par l’immigré clandestin, le résistant palestinien ou le musulman dont l’ultime dignité tiendrait à l’adoration pour son prophète, est connu et brillamment analysé par Jean-Pierre Le Goff dans les pages suivantes. On a moins remarqué la formidable entourloupe réalisée dans l’opération. On dénonce volontiers le goût de nos élites pour l’autoflagellation et la repentance, mais il s’agit toujours ou presque de se battre la coulpe sur la poitrine des autres. La haine de soi française masque le plus souvent la haine de la France d’en face, ou de celle d’en bas. Eh bien, moi, j’aime qu’on m’aime ou, au moins, qu’on me considère, et à l’inverse, je n’aime pas qu’on se paie ma tête ou qu’on me méprise. Et j’ai comme l’impression que la majorité de mes compatriotes éprouvent les mêmes sentiments, donc la même exaspération que moi. Un jour viendra où des millions de Français, de souche ou pas, crieront : Respect !

Ce texte en accès libre est extrait du numéro de mars de Causeur. Pour l’acheter, cliquez ici !

Pourquoi tant de haine de soi?

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tribalat joffrin levet lemoine

tribalat joffrin levet lemoine

« Pourquoi tant de haine de soi ? » En v’là une question qu’elle est bonne ! Quelques jours à peine après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, nos dirigeants refermaient le couvercle sur la réalité au profit d’un discours de repentance. Pauvres banlieues « ghettoïsées », pauvres djihadistes victimes d’un « apartheid territorial » ! Ainsi que le souligne notre chère directrice de la rédaction Elisabeth Lévy, « nos élites adorent l’autoflagellation et la repentance mais il s’agit toujours ou presque de se battre la coulpe sur la poitrine des autres » en désignant l’ennemi de l’intérieur : le « français de souche » ou l’électeur Front national, lorsqu’on n’assimile pas tout bonnement l’un à l’autre.

Heureusement, le réel reprend ses droits dans notre numéro de mars, qui donne la parole au maire de Montfermeil Xavier Lemoine ainsi qu’à Jean-Paul Lilienfeld, réalisateur du film La Journée de la jupe.  Bien qu’issus de milieux différents, le politique et l’artiste s’accordent sur le diagnostic d’une banlieue où l’assimilation et l’ascenseur social sont en panne malgré l’abondance des aides sociales. Un constat partagé par la démographe Michèle Tribalat dans un entretien-fleuve qui retrace l’évolution de ses recherches sur les dernières vagues d’immigration. Tandis que les grands ensembles urbains disparaissent, la pauvreté se déplace vers les zones pavillonnaires, comme le révèle notre reportage-photo effectué dans l’Est parisien.

Boycotté par les grands médias, Laurent Obertone, auteur de La France Big Brother, déplore la dislocation de la nation et nous livre ses analyses sur l’avenir de notre pays. Une voix de l’autre bord répond à ses sombres prophéties, en la personne de Laurent Joffrin. Le directeur de la rédaction de Libération, s’il se défend d’adhérer au discours de l’excuse, soutient que l’exclusion des banlieues constitue un vivier favorable au développement du fanatisme, avec les conséquences que l’on connaît (Kouachi, Coulibaly, etc.).

Question actualité, le mois de mars s’avère chargé. Entre les élections israéliennes, dont Alain Dieckhoff décrypte les enjeux, et les résultats de l’enquête publique sur la construction du futur TGV Sud-Ouest Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax, le printemps s’annonce riche en rebondissements, dans le Midi comme à Jérusalem.

D’autant que nous célébrons les 70 ans de la Série noire, collection mythique du polar, dans un dossier coordonné par Jérôme Leroy. Interrogée par Eugénie Bastié, la philosophe Bérénice Levet, spécialiste d’Hannah Arendt, décortique les soubassements de la théorie du genre, qui unit « féministes et LGBT face à un ennemi commun : le mâle blanc occidental hétérosexuel ». Avec les meilleures intentions du monde, ses propagandistes entendent nier la différence des sexes au nom d’une conception biaisée de l’égalité. « L’ivresse des possibles n’est plus aujourd’hui la marque exclusive des adolescents », constate l’intellectuelle, auteur de La théorie du genre ou Le monde rêvé des anges.

Avec les contributions habituelles d’Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Roland Jaccard et L’Ouvreuse, nos lecteurs sexués ont de quoi se réchauffer pour affronter les giboulées !

Également en version numérique avec notre application :



Islam et République, le dialogue d’aveugles

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rachid benzine islam

rachid benzine islam

La tuerie de Charlie Hebdo et celle de l’Hyper Cacher créeront-elles un choc salutaire dans la société française en général, et chez les Français de confession musulmane en particulier ? Ou bien, l’émotion passée, reprendrons-nous nos habitudes conformistes sans nous interroger ni nous réformer ?

La société française a tendance à refuser son propre examen. Elle préfère dans bien des cas ne pas se confronter à la dureté des réalités. Je voudrais, ici, souligner un double déni. Un premier déni, de la part de nos institutions et de la population « majoritaire », vis-à-vis des citoyens ayant des références socioculturelles dans l’ancien empire colonial français : cet aveuglement plus ou moins volontaire conduit à minimiser le « fait religieux » et donc son importance dans le « vivre-ensemble ». Le second déni est le fait des musulmans : prompts à se démarquer du terrorisme islamiste, ils ont tendance à détourner le regard, ignorants ou démunis face à une réalité qui heurte tout humain doté d’un minimum de conscience.[access capability= »lire_inedits »]

La frustration des indépendances

Au contraire de l’Angleterre, la France des « après-indépendances » s’est retrouvée dans un paradoxe cruel. Au moins dans un cas, sûrement le plus emblématique de tous : l’après-Algérie française. Ses nationaux (près d’un million de pieds-noirs) ont dû quitter douloureusement l’Algérie devenue indépendante après huit années de guerre qualifiée de « maintien de l’ordre », tandis que cette même France en reconstruction a fait venir des dizaines de milliers de travailleurs issus de cette même Algérie indépendante. Ainsi, ces Algériens, qui, pour la plupart, avaient voulu la liberté, se retrouvaient à vendre leur force de travail à l’ancienne puissance colonisatrice.

Le déni fut tel qu’il a fallu attendre 1999 pour que l’Assemblée nationale française reconnaisse qu’il s’agissait bien d’une guerre entre la France et le peuple algérien. Des migrants et de leurs enfants, on a globalement exigé qu’ils fassent preuve de leur capacité à s’intégrer sans véritablement s’interroger sur nos institutions ni demander des comptes à nos responsables sur leur capacité à « faire place » aux nouvelles populations dans l’espace national français. Ce faisant, la France, de gauche comme de droite, s’est dispensée de s’interroger sur toute une série de mécanismes discriminatoires à l’œuvre, depuis le traitement policier particulier des populations jeunes au « faciès » basané jusqu’à l’accès inégal au marché du travail et au logement, en passant par la surreprésentation , déjà, à l’époque, des « minorités visibles » dans les prisons, et par la faible présence de candidats « arabes » et « noirs » sur les listes des partis pour les élections à dimension nationale.

Le modèle français, fondé sur l’intégration des individus sans référence à leur origine ethnique, nationale, religieuse, a montré ses qualités au cours des deux derniers siècles, et il reste pertinent lorsque règne le plein-emploi et que chacun peut trouver des revenus suffisants en toute dignité. Mais une société française qui compte quatre millions de chômeurs ne peut pas fonctionner de manière satisfaisante et paisible lorsque, parmi ceux-ci, la proportion de jeunes issus des immigrations postcoloniales est considérable.

Le sentiment d’être « mal-aimés », « laissés pour compte » et « stigmatisés » est dominant dans cette jeunesse-là. Même celles et ceux qui ont eu des parcours scolaires et professionnels respectables en viennent à trouver la France cruelle et, las d’être regardés comme « illégitimes », ils envisagent de s’expatrier au Qatar, à Dubai, en Suisse, en Grande-Bretagne, au Canada, etc. Voilà qui devrait alerter les responsables ! À moins qu’ils se satisfassent de cet exode…

Les élites démunies

Les terroristes comme Merah, Kouachi et autres Coulibaly sont l’aboutissement de facteurs multiples, au premier rang desquels un rapport à l’islam où la haine se nourrit de certains foyers en guerre dans le monde arabe, et on ne saurait incriminer pour cela d’abord la société française. Mais il faut regarder en face le « décrochage » d’une partie très importante de la jeunesse « franco-maghrébine » ou « franco-musulmane » par rapport à la société française, qui n’a pas tenu ses promesses. Ceux qu’on dit pudiquement « de banlieue » (même quand ils n’en sont pas !) en arrivent à un « mésamour » de la France. Pour nombre d’entre eux, les figures terroristes islamistes, d’Oussama Ben Laden à Amédy Coulibaly, suscitent à la fois répulsion et séduction. C’est ainsi que, dans nos prisons, les détenus des « minorités visibles », qui ont suivi en direct, sur leurs écrans de télévision ou de Smartphone, la prise d’otages meurtrière de l’Hyper Cacher, ont exprimé des sentiments sans grande ambiguïté, aussi bien à l’égard des juifs qu’à l’égard des policiers. Ne nous le cachons pas : certains se sont réjouis de ces actes.

L’installation de l’islam en France aurait pu se réaliser d’une manière beaucoup moins conflictuelle, si la situation économico-sociale de la France et de l’Europe avait été meilleure et la  configuration géopolitique internationale différente. En effet, cette installation massive de l’islam dans une société qui ne l’imaginait pas cinquante ans plus tôt intervient sur fond de « revivalisme » musulman mondial où des courants puritains et dominateurs tendent à s’imposer grâce à la rente du pétrole, et dans un contexte historique d’implosion du monde arabe qui libère des forces destructrices. De surcroît, le développement des nouvelles technologies rend la maîtrise de l’information par les démocraties de plus en plus difficile, tandis que des influences extérieures néfastes pour la paix sociale peuvent s’exercer beaucoup plus facilement qu’autrefois. « L’islam du Web » exerce aujourd’hui une influence plus importante sur les jeunes musulmans de France que les imams de quartier et les parents, sans parler des « cadres officiels » de l’islam de France, que les pouvoirs publics se sont choisis comme interlocuteurs, et qui souvent n’ont aucun poids auprès des fidèles !

On ne réécrira pas ici la relation conflictuelle de la République avec l’Église catholique, qui a marqué deux siècles de l’histoire politique française. L’accélération de la déchristianisation depuis les années 1970 (qui se confirme jour après jour, même si l’Église résiste encore bien !) a pu laisser penser à certains qu’on en avait fini avec les religions. Or l’installation massive et très visible de l’islam est venue briser cet espoir.

Davantage habituées aux compromis… ou aux complaisances avec l’Église catholique, nos élites politiques ont fait preuve en ce domaine d’une gestion globalement désastreuse. La réponse « au coup par coup » a souvent servi de ligne politique, laissant parfois émerger une sorte de condescendance coupable à l’égard de la religion des ex-colonisés. C’est ainsi qu’on s’est satisfait de cadres du culte musulman qui, non seulement ne connaissaient pas le français et ne cherchaient pas à l’apprendre, mais qui tenaient publiquement des discours d’une grande indigence intellectuelle qu’on n’aurait pas tolérés de la part de rabbins et de prêtres. Dans tous les cas, au nom de la sacro-sainte laïcité des institutions, et particulièrement de l’école républicaine, l’État n’a pas favorisé la promotion d’un islam savant ni le développement d’une islamologie critique, à l’université par exemple.

Quant à la « classe médiatique », surtout pour ce qui concerne les chaînes de télévision en quête de sensationnel, elle préfère mettre en scène des musulmans de caricature, qui parlent un français approximatif ou font les malins avec leur « look ». Ou alors, elle s’adresse à des musulmans de foi ou de culture, dont la critique abrupte de l’islam vient renforcer les opinions défavorables à l’égard de cette religion. Le religieux comme dimension constitutive de l’être individuel et collectif est globalement considéré comme obscurantiste ou gênant, et la tendance est de le cacher le plus possible. Or ce n’est pas en niant sa réalité, ou en tentant d’en diminuer la prégnance, qu’on peut le gérer !

Le déni des musulmans

Venons-en à l’autre déni. Les responsables religieux musulmans, confrontés aux violences commises au nom de l’islam, sont prompts à proclamer : « Ceci n’est pas l’islam ! » ; « L’islam est une religion de paix ! ». Mais ce discours n’est plus convaincant, ni même audible, tant sont nombreuses et répétées ces violences meurtrières à revendication islamique.

Mieux vaut regarder cette réalité en face : « islam » est effectivement devenu un gros mot, un mot qui divise et qui sépare. Le Coran est au sens propre mis à toutes les sauces et invoqué à tort et à travers, que ce soit pour légitimer ou pour délégitimer des idées ou des actes. Un intellectuel par ailleurs respectable comme Abdelwahab Meddeb, qui vient de disparaître, ne sachant pas par quel bout traiter le problème, n’a pas craint de s’écrier que la violence était dans le texte. Beaucoup ont applaudi à cette philippique qui confortait trop bien leurs propres convictions sur la violence présumée ontologique de l’islam. D’autres protestent que non, l’islam, leur islam, est et ne peut être que pacifique.

Pourquoi nier l’évidence ? L’islam d’aujourd’hui peut être violent, soit en silence (réprobateur), soit en paroles, soit en actes jusqu’au pire, et il peut être réellement – ou se croire – non violent. Cependant, même parmi certains pacifistes proclamés, il ne faut souvent pas creuser bien loin pour voir resurgir à propos des assassinats du 7 janvier, avec plus ou moins de nuances, le « mais ils l’avaient bien cherché ». Rien ne sert de s’indigner. Il y a là un symptôme du rapport brouillé de l’homme d’aujourd’hui, non pas à d’autres hommes, mais à l’image qu’il se fait de la sacralité absolue de sa religion. C’est en fonction de cette représentation que s’est érigé le mur de l’interdit. Cette vision idéologique que le monde musulman contemporain s’est donnée à lui-même, il prétend l’imposer à tous.

 

Mais, il ne faut pas, en l’occurrence, se tromper de cible. Ce n’est pas le passé de l’islam qui contraint le présent à croire à ce qu’il croit. Ce n’est pas le Coran qui dicte quoi que ce soit aux hommes du présent. Ce sont bien les hommes de chaque époque qui en reconstruisent la lecture en fonction des enjeux et des crises de leur temps. C’est toujours le présent qui instrumentalise son passé pour se fabriquer les légitimations qui l’arrangent.

 

Le Coran est un texte, une parole, un discours. Or, ce sont des hommes qui portent les armes et s’en servent pour assassiner. Se laisser submerger par ses frustrations et son impuissance à faire que le monde soit celui auquel on aspire ou se perdre dans sa haine et son rejet de l’autre : c’est tout un problème. Mais une idéologie ne guérira pas d’une autre idéologie, ni une croyance d’une autre croyance. Le remède ne sera donc pas ou, en tout cas, pas seulement, la laïcité à la française, laquelle, ne l’oublions pas, est une aussi forme d’idéologie et d’ailleurs assez singulière. Elle qui structure légalement le vivre-ensemble dans notre société depuis un peu plus d’un siècle est historiquement constituée. Face à une croyance sacralisée, l’idéologie du laïcisme ne fera pas le poids. Même si on aboutit par la contrainte à la faire appliquer telle que nous la voulons, avec ses rites et ses codes, nous ne gagnerons pas pour autant les cœurs ni les esprits.

Alors, au lieu de se perdre dans un débat stérile en se drapant chacun dans son idéologie, il faut comprendre que c’est seulement en mettant l’histoire au centre du jeu qu’on peut espérer changer de paradigme. Cela permettrait, comme l’a déclaré Philippe Meirieu dans un entretien au Monde, de séparer « le savoir du croire » et de faire en sorte que « nul n’impose ses croyances comme des savoirs ». En effet, il n’y a guère que l’histoire, comme construction de savoir sur l’autre et sur le passé pour ce qu’il a été, sans interférence avec un futur qu’il ignorait, qui puisse démentir aussi bien les sacralisateurs de caricatures et les tueurs fanatisés que ceux qui essentialisent le passé et le décontextualisent ou encore ceux qui croient, par leurs protestations de pacifisme, s’exonérer d’une réflexion indispensable pour sortir de la terrible impasse dans laquelle nous nous trouvons.

Sortir de l’histoire sacrée

De façon très étonnante, l’histoire des origines de l’islam reste encore engluée dans l’histoire sacrée. Il est indispensable et urgent de déconstruire par le savoir les représentations délirantes des islamismes contemporains, et tout autant les interprétations sacralisantes qui déshistoricisent le religieux. En effet, ces dernières sont à terme d’autant plus dangereuses qu’elles couvent à bas bruit, entretenant les fantasmes et nourrissant les interdits que s’imposent des populations en perte de repères qui vont chercher sur Internet tout et n’importe quoi, y compris le pire.

Ce n’est certes pas à l’enseignement de convertir les musulmans français à un islam dont nous aurions le contrôle. Notre action doit porter exclusivement sur le savoir, et les moyens du savoir. La connaissance de l’islam doit être transmise du seul point de vue de l’histoire en ramenant cette histoire à sa dimension humaine, en dépit de tous les interdits que prétendent lui imposer les idéologies diverses qui traversent l’islam contemporain, des plus pacifiques aux plus violentes. L’histoire prémunit contre la croyance qui veut faire de l’autre le même ou qui prétend faire revivre le passé dans le présent. Elle prémunit aussi contre la tentation de s’exonérer par le passé de la responsabilité de ses actes au présent. L’histoire bien comprise combat les folies de l’idéologie par l’intelligence de la variété des situations. Elle permet d’intérioriser le civisme de manière bien plus efficace que n’importe quel apprentissage citoyen – consistant généralement à débiter la litanie des valeurs.

Le Coran, sur le plan social, correspond à un état de société qui n’existe plus : la société tribale de l’Arabie du viie siècle. La tradition dite « prophétique » (contenue dans le hadith) est historiquement plus tardive : deux siècles de décalage par rapport au Coran. Elle correspond donc à une société qui n’avait plus rien à voir avec la première époque de l’islam. Au ixe siècle, l’authenticité de la tradition prophétique a par ailleurs profondément divisé les savants musulmans. Le plus grand courant théologique de l’époque s’y est toujours violemment opposé. Mais le pouvoir politique a fini par se ranger du côté des partisans de cette tradition. L’approche littéraliste, qui convenait mieux aux masses que les raisonnements abstraits des théologiens, a fini par s’imposer comme une sorte de manuel pratique de la religion – le prophète faisait ceci ou cela, il s’habillait comme ceci ou cela, etc. Devenue un mythe fondateur que l’on se raconte sans jamais le questionner, cette conception a été mobilisée au service d’une reconstruction à peu près totale du passé en fonction de nouveaux enjeux de société.

Par exemple, dans le Coran, la lapidation est le fait d’éloigner le diable en lui lançant des pierres, elle n’est en aucun cas un châtiment qui s’applique à des humains. Par contre, dans le hadith, la lapidation commence à apparaître comme une pratique mise en œuvre. Alors que l’anthropologie nous explique que la violence du discours est d’autant plus grande que le passage à l’acte est impossible, certains s’obstinent aujourd’hui à confondre discours et action quand il s’agit de la tradition dite « prophétique ».

Un autre exemple tient aux vêtements des musulmanes. Dans le Coran, la tenue vestimentaire des femmes correspond à l’habit citadin de l’époque, qui n’était pas spécifiquement musulman. En ce temps-là, il s’opposait aux habits des Bédouines et à ceux des esclaves, beaucoup plus libres, du fait des conditions de vie différentes plus que des appartenances religieuses. En se rapportant au contexte historique, on réalise que l’islam coranique n’a jamais cherché à se différencier de la société, mais a cherché au contraire une vie harmonieuse dans celle-ci. Ceux qui étaient blâmés étaient ceux qui se démarquaient et rompaient le consensus social.

On peut étendre ce type d’analyse fondé sur l’historicité à des notions comme le djihad, la charia, l’apostasie, etc. Cela exige de remettre à plat nombre d’idées traditionnelles solidement ancrées dans les esprits et le discours des musulmans. Ce travail scientifique de questionnement de ce qui a été « sacré » est certes plus complexe que l’islam de la répétition. On peut comprendre cette difficulté. Elle ne saurait justifier le déni auquel les responsables musulmans nous ont habitués en France.[/access]

Interdire la fessée? Un rêve d’adulte!

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fesse enfant adulte

fesse enfant adulte

Interdire la fessée en France ? Saisi d’une réclamation par une ONG britannique, le Conseil de l’Europe a condamné la loi française car elle n’interdit pas totalement les châtiments corporels envers les enfants. Laissons un court instant le droit. Et plaçons-nous du côté de la psyché afin d’éclairer ce débat. La réponse se trouve, oserons-nous dire, dans la question : « interdire » et « fessée ». Nous pourrions préciser : « interdiction par l’adulte » et « de la fessée aux enfants ». Quel sentiment anime donc l’adulte pour qu’il cherche à proscrire la possibilité de « fesser » un enfant, le sien et, a priori à domicile, puisque la loi française prohibe déjà le châtiment corporel à l’école ou en prison ? Cet adulte décèlerait-il dans cet acte de fustigation quelque chose de nature à l’embarrasser, lui ?

Cette fessée dont certains appellent de leurs vœux le complet bannissement vient pas exemplifier, tout comme les violences sexuelles sur mineurs[1. Enquête de l’Association « Mémoire Traumatique et Victimologie » réalisée avec le soutien de l’UNICEF France.], cette relation asymétrique entre l’adulte et l’enfant des premiers temps. Une asymétrie génératrice, comme l’ont régulièrement montrée les travaux du regretté professeur Jean Laplanche, d’une séduction originaire, source d’une sexualité infantile « élargie » et productrice de l’inconscient humain. Ce qu’avaient esquissé dès 1905 les Trois essais sur la théorie de la sexualité  de Freud et confirmé ultérieurement les premiers analystes dans les verbatim de la Société psychanalytique de Vienne : l’intromission dans l’univers du tout-petit, par les gestes quotidiens les plus anodins et les plus innocents (allaitement, soins, tendresse, jeux…), de messages énigmatiques car compromis par la sexualité infantile et refoulée de ces adultes.

Sur France Info, le Docteur Gilles Lazimi, favorable à une interdiction complète des fessées, énonce : « il ne faut pas toucher un enfant ». Ecueil infranchissable pour le médecin, point de départ pour la réflexion du psychanalyste : comment différencier, en termes d’intolérance psychique, l’infiltration du sexuel infantile et refoulé de l’adulte sur l’enfant de l’attentat sexuel criminel sur mineurs ? Question encore plus insoluble si nous prenons en compte les solides enseignements de la clinique : confondus dans l’inconscient infantile de l’adulte, aimer et punir participent de cette communication originelle des premiers âges de la vie qui mêle amour et haine, apaisement et excitation pulsionnels, objet et fantasme, corps et surface corporelle. Mais aussi séduction et vengeance : c’est dans cet inconscient infantile de l’adulte, réactivé à l’occasion de sa relation avec le tout petit, que logent les « impulsions hostiles qui se manifestent dans la maltraitance des enfants »[2. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne  T.III, 1910-1911, Séance du 11 janvier 1911, Gallimard, 1979.].

Allons encore plus loin : l’interdiction de la fessée, légitime au demeurant pour le sens commun, vient mettre un sceau, « sanctuariser » ce que l’adulte « ayant autorité » cherche à abolir dans l’esprit de l’enfant. Fascinant paradoxe déjà mis en lumière par une épitre de Saint Paul aux Romains « Ainsi, je n’aurais pas connu la convoitise si la loi n’avait dit : tu ne convoiteras point » (Rom, 7, 7). C’est même l’admonestation et la censure par le monde des adultes qui viennent « confirmer » aux enfants la présence inavouable de la chose sexuelle : Montaigne (Essais, III, 5) s’en délecte par une anecdote révélatrice à propos de sa fille trébuchant dans son exercice de lecture sur le mot de « fouteau » (autre nom du hêtre) mot dont la gouvernante nia brutalement la signification. Et Montaigne de conclure : « le commerce de vingt laquais n’eût su imprimer en sa fantaisie… l’intelligence et toutes les conséquences du son de ces syllabes scélérates comme le fit cette bonne vieille par sa réprimande et interdiction ».

*Photo : wikicommons.