Notre président, dès qu’il a été élu, a cessé d’actualiser sa page Facebook pour passer le relais à la page de « l’Elysée». C’était sans compter avec le besoin des Français de communiquer, notamment en ces temps de crise. Aujourd’hui, chaque photo et chaque post de la page de François Hollande sont couverts d’attaques, de moqueries et d’insultes. « Taxeland dégage », « un mec à ajouter en ennemi », voilà ce que l’on peut y lire, pendant que la page officielle de notre président de la République, elle, est restée totalement inactive depuis le 12 mai 2012. Tout un symbole.

Dès son élection gagnée avec 51,64% des voix, François Hollande gratifie la communauté Facebook d’un dernier post. Il passe le relais à la page de l’Elysée. Depuis, plus rien, si ce n’est cette avalanche de milliers de commentaires, à 90% négatifs qui jonchent sa page. Le déluge s’intensifie sur cette page inactive. Le président est tombé à 15% d’opinions favorables cette semaine. C’est le pire score de popularité jamais atteint par un président sous la Vème République. Les raisons de cette impopularité sautent aux yeux.

D’abord, il y a sa « photo de couverture » (inchangée depuis le 7 mai 2012), sur laquelle est affiché un grand « Merci » qui jouxte le visage bonhomme du président paré d’un large sourire se voulant plein de connivence avec ses supporters. Les internautes s’en donnent à cœur-joie. Elle est garnie de quelque 6266 commentaires. Un collégien lui dit « merci pour l’écotaxe », pendant qu’une danseuse, Ilona Gabriel, s’interroge : « merci pour quoi? Un pays en crise? ». Une certaine Bérénice Massilia Trota évoque une « monarchie modernisée à coups de taxes ». Un autre, Sébastien Deutsch, conseille au président de se comporter en homme courageux et de démissionner, pendant qu’un autre insulte carrément le président: « Chute de 22 à 15% en trois jours, vous êtes le plus benêt des hommes politiques ». Le 9 mai 2013, un « casse-toi, t’es un incapable » récolte 15 like!

Le physique du président n’est pas en reste, plusieurs internautes remarquant que son régime a vraisemblablement changé depuis qu’il est à l’Elysée.

Outre les insultes, les appels à la démission et les attaques récentes mais nombreuses sur l’écotaxe, un certain type de commentaire revient. Il s’agit de textes un peu plus longs, publiés par des Français qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts et décrivent leur enfer. La pression fiscale fait partie de cet enfer. Jean-Loup se plaint du fait que « pour 60€ d’augmentation par mois (1240 à 1300€) salaire élevé à vos dires. Je passe de 200€ à 1100 d’impôts. » S’ensuit un long commentaire sur les trop nombreux étrangers qui, selon cet homme, profitent de notre système et le grèvent. Sur cette page, l’exaspération gronde depuis un an et demi dans le vide. Le 2 janvier, on peut lire à demi-mots des menaces: « vous êtes nés du bon côté de la barrière monsieur François Hollande mais cette barrière n’existera bientôt plus et ce jour-là j’espère que vous serez dans votre bunker avec tous les gens de votre espèce car nous n’aurons nous non plus aucune pitié pour vous. Sincèrement. Une mère au bout du rouleau. » Pendant des kilomètres de commentaires, datant de mai 2012 à aujourd’hui, on a l’impression d’entendre cette mère de famille alsacienne qui au mois d’octobre s’en était pris à Jean-François Copé, lui présentant ses doléances via webcam, à la télévision. Sauf que là, c’est toute la France qui s’exprime, de manière anonyme, sans filtre et surtout sans obtenir de réponse. Rappelons que cette page avait été ouverte en novembre 2009, à l’époque où François Hollande essayait de devenir présidentiable et tachait d’instaurer un dialogue avec le peuple.

Il n’y a guère qu’une quinquagénaire de Dijon, Marie-France Afeissa, pour s’interroger : « Mais pourquoi ne réagissez-vous pas? ». Grande question. En effet, s’il n’y a rien d’étonnant à découvrir l’ampleur de la grogne des Français par ces commentaires, il est permis de se demander comment François Hollande a pu laisser à l’abandon sa page officielle. Les autres hommes d’Etat, en Europe aux Etats-Unis et partout dans le monde, continuent, une fois élus d’alimenter la leur. Par exemple, la chancelière Merkel, si elle ne dépasse pas de beaucoup le nombre de fans de Hollande (425 000 contre 417 000), est bien plus assidue. Son équipe met en ligne un article tous les quatre ou cinq jours à peu près, au gré des évènements. Chez Obama, on publie tous les deux ou trois jours, normal : il a 37 millions de fans. Notons toutefois que l’impopularité d’Obama, tombée au seuil record de 39%, lui vaut bien des commentaires négatifs du type « impeachment is remedy » voire des insultes. Mais il continue d’afficher ses politiques sur le réseau social, sans que cela n’empiète sur la page de la Maison Blanche.

Notre président envisage-t-il reprendre le contrôle de sa page, et ainsi tenter de réamorcer un dialogue avec les mécontents? Lit-il seulement les commentaires des Français?  Tentez toujours de lui donner votre avis sur la question en commentant cet article qui, lui, sera lu à coup sûr par les services de communication de l’Élysée !

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA.AP21330388_000002.

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