Une question me taraude : pourquoi n’avons-nous pas les mêmes vieux en France et en Russie ?

Ma grand-mère française est hyperactive, elle court toujours, elle court pour ne pas sentir le vide de l’ âge. Elle veut vivre et le revendique. Elle appartient à la France qui se lève tôt. Elle exige l’accès à ses droits. Le droit à l’élégance. Le droit de séduire. Le droit d’être respectée. Le droit de dépenser. Elle abolit les conventions, une grand-mère peut danser, boire et faire l’amour. Elle peut parler de tout et a le droit de ne pas être choquée. Ce n’est pas son rôle. Elle est la meilleure amie des jeunes. Elle aime écouter leurs intrigues. Elle réclame qu’on lui accorde du temps, de l’attention, de l’affection.  Elle est géniale, pleine d’idée, créative, inventive, et réalisatrice.

Elle contraste grandement avec  les babouchkas que je connais.

Les babouchkas sont résolues et soumises. Elles habitent souvent dans leur appartement  avec  leur fille et leur gendre. Ce dernier ne leur parle pas mais elles s’en accommodent. Elles ont l’air vieilles et usées.  Elles ne font plus attention à leur apparence. Elles sont marquées par leur vie et leur expérience. Le temps les a apprivoisées. Elles sont sages et calmes. Elles s’accoutument de tout. Leur destin est de rester à la surface, sans faire de remous. Elles n’embêtent pas même si elles influent. Elles écoutent tout mais n’attendent pas qu’on les écoute. Elles reprennent leur rôle premier de nourricière. Elles attendent patiemment leur fin.

Pourquoi sont-elles si différentes ? Est-ce notre côté revendicateur qui a transformé le fondement de nos grands-parents ? Est-ce la santé qui les secoue jusqu’au bout ? L’image véhiculée d’une jeunesse éternelle qui leur a donné de mauvaises idées ?

La volonté de rester jeune tue la sagesse, qui fait la richesse de l’âge. Nos vieux ont acquis de nouveaux privilèges. Mais ce n’est pas certain qu’ils soient plus heureux.

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