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Peugeot ne veut plus de Sochaux

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FC Sochaux Peugeot

Le cruel dénouement de la dernière journée de championnat de France ne m’a pas laissé indifférent, vous vous en doutez, puisque je vous avais part de ma passion pour le FC Sochaux quelques jours plus tôt. Attristé, j’avais fini par prendre les choses avec philosophie. Après tout, j’avais déjà connu trois relégations pour autant de remontées dans l’élite. Pourquoi la quatrième ferait-elle exception ? Seulement voilà, nous sommes en 2014. Et la dimension économique a pris, lors des dix dernières années une place sans commune mesure avec la situation de 1999, année de l’avant-dernière relégation du FCSM. Ce poids du business dans le foot se double d’une situation économique générale dans notre pays, et particulièrement dans le secteur automobile.

Or, Sochaux, c’est Peugeot. Et voilà que PSA vient d’annoncer qu’il recherchait des nouveaux partenaires, voire un repreneur si c’est possible. Vous avez bien lu : la firme qui avait créé le club mais aussi initié le championnat professionnel de football en France veut vendre le FC Sochaux. C’est une révolution. Le président de la SASP[1. Société Anonyme Sportive Professionnelle.], Alain Cordier, a démissionné en même temps que l’annonce de cette nouvelle. Il ne souhaitait visiblement pas être l’homme de la vente du FC Sochaux. Les supporteurs craignent la mort de leur club, car beaucoup de clubs dans cette situation ont fini par périr, les Strasbourgeois savent de quoi je parle. Jean-Claude Plessis, le dernier président à avoir offert des trophées au FCSM, se range, comme les supporteurs, dans le camp des inquiets.

Né en 1928, et après avoir passé soixante-six ans dans l’élite, soit plus que n’importe quel autre club français, mon club est sans doute en train de crever. La passion du gamin de dix ans, que je vous expliquais il y a deux semaines, ne s’éteindra jamais, mais je frémis à l’idée que plus jamais un autre gamin de dix ans ne connaisse la même passion que la mienne.

Tout cela n’est pas très grave, vous lis-je déjà commenter sous ce texte. Ce n’est après tout qu’une histoire de mecs qui courent après un ballon. Sauf que.

Sauf que cette volonté de PSA n’est pas isolée d’un contexte. Si Carlos Tavares, son nouveau président qui a fait ses classes chez Renault, a pris cette décision, c’est dans le cadre d’une stratégie plus vaste. Une stratégie selon laquelle le groupe doit se concentrer sur la filière automobile et ne plus se disperser. Où être actionnaire d’un club de football, et mettre la main à la poche de temps à autre pour combler un trou (comme c’est souvent le cas avec les clubs formateurs en 2014), ce n’est plus vraiment la priorité. Mais cette explication ne va pas assez loin. En vendant le FCSM dont le stade jouxte les usines de Sochaux-Montbéliard, Tavarès coupe volontairement le groupe de son histoire. Il la coupe d’une partie de ses racines. Et, selon Carlos Tavares, et Carlos Ghosn, pour un groupe mondialisé, les racines, l’Histoire, c’est superfétatoire. C’est là que le supporteur, qui n’est parfois pas chroniqueur à Causeur, mais tout simplement ouvrier à Sochaux, prend peur.

Ne serait-on pas prêt, après avoir vendu sa passion du samedi soir, de couper les racines géographiques du groupe et de poser sur la table le postulat suivant : l’avenir du groupe PSA n’est plus forcément lié au Pays de Montbéliard ? Le site industriel de Sochaux n’est-il pas en danger ? Des délocalisations se préparent-elles ? Que ceux qui étaient prêts à m’expliquer que le sort d’un club de foot passe après les emplois des ouvriers en soient bien conscients : les deux ne sont pas incompatibles, ils sont même très liés. Le FCSM, c’est le trait d’union entre Peugeot et Sochaux. Penser à l’un, c’est penser à l’autre, car il y a l’histoire et il y a la géographie.

Ce monument en péril peut-il encore être sauvé ? Assurément. Tous les regards sont aujourd’hui tournés en direction de la Famille Peugeot, à la tête d’une des plus grandes fortunes de France. Si, en mémoire de ses ancêtres qui avaient installés les usines dans le  Pays de Montbéliard[2. Parce que beaucoup de leurs coreligionnaires protestants y vivaient.], cette famille pouvait racheter les parts du club (goutte d’eau par rapport à l’étendue de son patrimoine), le FCSM ne mourrait pas. Et un signe serait envoyé à Monsieur Tavares : un grand groupe industriel ne se coupe pas de ses racines. Les zélateurs du modèle allemand, d’ailleurs, ne me contrediront pas. Bayer Leverkusen et VSL Wolfsburg existent, après tout.

*Photo: Laurent Cipriani/AP/SIPA.AP21559032_000007.

PMA : Et 343 de plus !

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manifeste 343 liberation pma

Libération a toujours eu le mot pour rire. C’est même à ça qu’on reconnaît ce journal, dont les titres à base de détournements et autres jeux de mots constituent la marque de fabrique. Pour son numéro du vendredi 6 juin, on aurait pu s’attendre à quelque chose comme « Hollande ne manque pas D-Day », ou encore « Welcome to Omaha, bitch ! » Mais non. Le quotidien régional du Marais (pas celui de Ségo, l’autre) a trouvé beaucoup mieux. Plus frais, plus accrocheur.

À la « une », un gros titre : « Procréation médicalement assistée POUR TOUS ! » Et en-dessous : « Le manifeste des 343 fraudeuses. » La référence est reconnaissable au premier coup d’œil. Oui, c’est bien la même qui avait valu à votre magazine préféré un procès en moralité digne de l’Inquisition à l’occasion de son numéro spécial « Touche pas à ma pute ! », sous-titré « Le manifeste des 343 salauds ». Cette fois, de façon incompréhensible, personne ne moufte. À croire que 343 signatures sont, au choix, féminines ou sacrilèges. Mais passons. À l’origine, « Le manifeste des 343 salopes » avait réuni autant de femmes qui avouaient avoir avorté. Il s’agissait d’aide médicale à la non-procréation. Désormais, il est question d’aide médicale à la procréation. Exactement l’inverse, quoi.

Décidément, les temps changent. Mais le détournement du titre est double, puisqu’il reprend aussi l’incontournable expression « pour tous », accolée à tout et n’importe quoi depuis qu’on a décrété que le mariage était un droit, et l’enfant itou. En attendant la « maternelle pour tous » ouverte aux retraités, ou « l’hôpital pour tous » ouvert aux valides, nous voilà donc en présence d’une revendication de « PMA pour tous ». Toutes ? Non, tous. Hommes et femmes compris, puisque le masculin l’emporte.

« Il y a en France un principe fort ridicule et qui est vivement enraciné, c’est que l’égalité consiste à ce que chacun puisse prétendre à tout. », écrivait Joseph Fiévée (1767-1839), dans ses Correspondances et relations avec Bonaparte. Homosexuel assumé à une époque où tout n’était pas si facile, sa femme était morte en couches en lui laissant un enfant. Il a élevé son rejeton et vécu auprès de son compagnon jusqu’à sa mort, et partage aujourd’hui avec lui une tombe au Père-Lachaise. Jamais, sans doute, cet homme libre qui fut journaliste, écrivain, haut-fonctionnaire et agent secret n’aurait cru si bien dire.

La PMA « pour tous » était à l’origine un « pilier » de la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, selon son rapporteur à l’Assemblée Erwann Binet. Mais face au mouvement de contestation le plus important depuis 45 ans, le gouvernement l’a finalement rangée dans un tiroir. Il n’en fallait pas plus pour que la gazette des bourgeois-bohème du 4ème arrondissement de Paris reprenne les armes. Les lesbiennes fertiles sont des malades comme les autres ! Elles ont « droit » à une aide médicale puisqu’elles ne peuvent pas procréer entre elles. Vite, un manifeste !

Problème : dans l’argumentaire déroulé sous le titre de Libé, la logique élémentaire en prend un méchant coup. Premier point : « Nous réclamons l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, sans discrimination. » Ça tombe bien, il n’y a jamais eu de discrimination selon l’orientation sexuelle pour bénéficier de la PMA, pas plus que pour se marier. Deuxième point : « Nous réclamons que la loi ouvrant l’adoption aux couples de même sexe soit appliquée partout en France. » Bonne nouvelle, c’est le cas : conformément à la décision du Conseil Constitutionnel, les tribunaux jugent au cas par cas de l’intérêt de l’enfant.

C’est après que ça se complique. Troisième point : « Nous réclamons l’égalité entre couples homosexuels et hétérosexuels pour l’établissement de la filiation de leurs enfants. » Pas évident, vu qu’aucun couple hétérosexuel fertile et en bonne santé n’aura jamais besoin de la PMA, contrairement à un couple de lesbiennes, même en pleine forme. Quatrième et dernier point : « Nous réclamons que tous les enfants de France puissent bénéficier des mêmes droits et que cessent immédiatement les discriminations dont sont victimes les enfants élevés dans les familles homoparentales. » Sur ce sujet, patience, les tribunaux recueilleront d’ici quelques années les centaines de demandes d’accès à leurs origines réelles d’enfants réputés « nés de » (sic) deux mères. Et nul doute qu’on se rappellera alors la seule chose qui soit vraiment le cas « pour tous » : chaque être humain naît d’un père et d’une mère.

Poutine et ses drôles de dames

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poutine femen meurtreIl n’est pas certain que les moins de vingt ans aient tout compris, mais enfin, ce fut une belle fête, l’endroit où il fallait être quand on fait partie des grands de ce monde. Obama, Poutine, sa Gracieuse Majesté Elisabeth II et son ébouriffante collection de chapeaux, David Cameron, Angela Merkel et quelques autres : pour le soixante-dixième anniversaire du D-Day, une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement étaient invités, vainqueurs et vaincus se donnant la main pour sceller la grande réconciliation planétaire sur l’autel du « Plus jamais ça ! ». Comme l’a justement remarqué l’excellent Guillaume Erner sur France Inter, il est peu probable que la belle jeunesse à laquelle se sont adressés tous les discours sache pourquoi le président ukrainien était convié en même temps que son grand frère ennemi russe – tout simplement parce qu’une proportion notable des civils et des soldats soviétiques tués pendant la guerre étaient ukrainiens….

On laissera cependant aux commentateurs plus avisés le soin d’analyser le vaudeville diplomatico-gastronomique orchestré autour de quelques bonnes tables parisiennes en marge de ces festivités, de disséquer les poignées de mains échangées et les rencontres qui n’ont pas eu lieu, pour s’intéresser à une question autrement plus palpitante : Poutine et les femmes ou, plus précisément, Poutine, Valérie Trierweiler et les Femen.
Je vous le concède, les Femen peuvent être très énervantes avec leurs provocations à deux balles, par exemple quand elles déboulent à Notre Dame dépoitraillées, conformément au dress-code qui les a rendues célèbres ; elles sont carrément dégoûtantes quand elles urinent collectivement et publiquement sur le portrait de Poutine, comme elles l’ont fait le 1er décembre. Reste qu’elles sont un rêve de journal télévisé et de journal tout court. Grâce à elles, en effet, on peut afficher des seins nus à la « une », bonne conscience féministe en prime. Aujourd’hui, on peut donc se délecter de la photo de l’une d’elles, seins à l’air comme il se doit, massacrant Poutine à coups de pieu sous le regard égaré de François Hollande, Barack Obama et Juan Carlos. Toutefois, si la dame et ses gracieux attributs sont bien réels, les chefs d’Etat ne sont que des effigies de cire puisque la scène s’est déroulée jeudi au Musée Grévin. Ajoutons que le dragon terrassé par la belle ressemble plus à Claude François qu’au chef de la Sainte Russie, mais bon, cela doit être un problème d’éclairage.

À vrai dire le coup du musée Grévin n’est pas de première fraîcheur. Les militants nationalistes qui, en 1980, avaient enlevé la statue de Georges Marchais pour l’abandonner dans la fosse aux ours du Jardin des Plantes – fine allusion à l’ours soviétique – étaient un peu plus rigolos que nos belles, même s’ils ne disposaient pas d’arguments aussi convaincants. N’empêche, en termes d’agit-prop, ce n’est pas si mal vu : si les Femen s’étaient contentées de publier un communiqué furieux contre Poutine, cela n’aurait guère passionné les foules. Mais en offrant aux fleurons de la « grande presse » – dont Causeur…– un excellent alibi pour appâter le chaland avec des filles à poils, comme des tabloïds de bas étages, nos amazones ont inventé l’actu-porno : c’est sexy, c’est pour la bonne cause et ça marche !

Certes, les raisons de critiquer vertement Poutine – et même plus – ne manquaient pas bien avant qu’une erreur de traduction le fasse passer, en plus du reste, pour un sacré mufle. Lorsque, dans le cours du long entretien qu’il a accordé jeudi à TF1, il a été interrogé sur les propos de Hillary Clinton qui, toute en nuances, l’avait comparé à Hitler, le président russe n’a pas répondu, comme on l’a d’abord dit « Il ne faut pas débattre avec les femmes », mais « Il est toujours préférable de ne pas se disputer avec les femmes ». Or, quelle que soit notre envie de le dépeindre en monstre, de tels propos relèvent plutôt de la galanterie à l’ancienne que de la goujaterie. Bien sûr, Valérie Trierweiler ne s’est pas embarrassée de telles subtilités. L’ex première girl-friend et reine du tweet s’est sentie obligée de faire savoir à la France qu’elle était bien contente de ne pas avoir à serrer la main de l’ours russe. Information du plus haut intérêt, semble-t-il, puisqu’elle a été « retweetée » des centaines de fois et abondamment commentée – on attend désormais les réflexions de Julie Gayet sur la nouvelle politique de la Banque centrale européenne.

En attendant, elle n’est jamais contente, l’ex-première chipie de France. Voyez-vous, elle trouve qu’on en a trop fait avec ses états d’âme anti-Poutine alors que quand elle se fend d’un tweet pour dire que c’est bien triste qu’il y ait des enfants malades, tout le monde s’en fiche. En somme, elle fait son intéressante pour qu’on parle d’elle et quand on parle d’elle, elle fait sa sucrée, allez comprendre.
La morale de l’histoire, c’est que si vous rêvez d’être célèbre, il est inutile de vous donner la peine d’accomplir de grandes choses, surtout si vous êtes une femme. Essayez plutôt d’être la femme ou l’ex de : avec un tel titre de gloire, vous n’aurez même pas besoin d’enlever le haut.

Photo : Twitter d’Inna Schevchenko https://twitter.com/femeninna

«Plutôt le Smic jeunes que la précarité»

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hakim karoui smic jeunes

Ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, Hakim El Karoui est consultant et essayiste. Il a récemment publié La Lutte des âges (Flammarion, 2013).

Causeur. D’après l’enquête du Monde sur les 18-34 ans[1. Enquête « Génération quoi ? » réalisée auprès de 210 000 Français de 18 à 34 ans. Ipsos, France Télévisions, Le Monde, 26 février 2014.], les jeunes ont aujourd’hui le sentiment d’appartenir à une « génération perdue ». Certes, le taux de chômage des 15-24 ans atteint 24%. Mais est-ce objectivement plus difficile d’être jeune aujourd’hui qu’en mai 1968 ?

Hakim El-Karoui. La situation économique des jeunes est évidemment plus délicate que celle de leurs aînés. Il faut aujourd’hui sept ans pour obtenir un CDI et vingt-cinq ans pour devenir propriétaire. Pour autant, la jeunesse ne se résume pas à ses difficultés économiques. En 1968, la France s’ennuie et les jeunes font Mai-68. En 2014, la France s’ennuie et les jeunes se disent : « Sauve qui peut ! » Certains partent, d’autres essaient de s’en sortir malgré tout en développant des stratégies individuelles. Ce qui a aussi changé, c’est le regard de la société sur la jeunesse. On entend un discours à la fois catastrophiste  ̶  « C’est horrible d’être jeune aujourd’hui »  ̶  et accusateur   ̶   « Les jeunes ne pensent qu’à eux, ils ne s’organisent pas ».

Ce dernier constat n’est pas entièrement faux. À la différence de leurs parents, la génération CPE ne se mobilise que pour défendre ses avantages hérités de la Libération. On est loin du « Changez tout ! » de Mai-68…

Les jeunes descendent dans la rue pour dire : « Nous aussi, nous avons droit à notre part du gâteau ! » Bref, ils défendent des acquis sociaux dont ils ne bénéficieront pas ou peu, compte tenu du vieillissement de la population et de son impact sur le financement de la protection sociale. Cependant, ils se posent des questions sur leur emploi et leur avenir. Ils voient bien qu’il y a un énorme problème entre les générations, mais ils restent inertes.

Comment décririez-vous ce « problème entre les générations » ?

Les gens qui travaillent contribuent trois fois plus à la solidarité entre les générations que les retraités. Et qu’on ne me dise pas que les grands-parents atténuent ces inégalités en renflouant leurs petits-enfants : la somme des transferts des premiers vers les seconds ne représente que 6% du PIB alors que le transfert des actifs vers les retraités atteint 20%  de la richesse créée. Certes, dans un contexte économique difficile, les parents et grands-parents aident leurs enfants plus que par le passé, mais ils en ont largement les moyens. L’égalité étant profondément ancrée dans la culture française, ils tâchent ainsi de l’atteindre au sein de la famille, sans remettre en cause la concentration du patrimoine chez les plus âgés.

On ne peut tout de même pas reprocher à nos aînés d’avoir profité des fruits de la croissance…

J’observe que nous avons accumulé de la dette à partir de la fin du « baby boom », lorsque nous savions déjà que nous ne pourrions plus payer les retraites. Après avoir endetté la génération de leurs enfants, après s’être enrichie grâce à la hausse de l’immobilier, la génération née entre 1945 et 1960 nous explique aujourd’hui qu’il ne faut rien changer au modèle social conçu en 1945, et finalement très peu amendé depuis dans ses grands principes et ses grands équilibres. Mais si rien ne bouge d’ici à 2025, c’est à la fois la compétitivité de l’économie et le financement de la santé et des retraites des enfants des « baby-boomers » qui sont en danger.

Le vieillissement de la population touche tous les pays développés. Pourquoi ce phénomène grève-t-il spécifiquement l’avenir de la jeunesse française ?

Tout simplement parce que nous n’avons pas engagé les réformes qui s’imposaient. En 2000, l’Allemagne était l’« homme malade » de l’Europe et partait d’une situation comparable à la nôtre : déficits abyssaux, chômage de masse, etc. Conscients de ce marasme, et de la nécessité d’améliorer la compétitivité de l’économie, les dirigeants allemands ont décidé de favoriser les actifs plutôt que les inactifs, et les actifs de l’industrie plutôt que ceux des services. Ils ont violemment réduit les salaires des employés du tertiaire mais n’ont que légèrement baissé ceux des salariés de l’industrie. Résultat : les salaires allemands   ̶   qui partaient de plus haut   ̶   ont baissé de 10% entre 2002 et 2012 quand les salaires français augmentaient de 20%. Dans un pays encore plus âgé que le nôtre, ces réformes ont permis un nouveau partage de la richesse entre les générations car, pendant ce temps, l’âge de la retraite a été repoussé et le taux de remplacement des retraites baissé. Or, en France, si nous ne faisons rien, nous nous heurterons au mur des finances publiques dans dix ans.

Pourquoi ?

En 2025, les Français nés en 1945 auront 80 ans. Les décès de « baby boomers » vont exploser au même rythme que les coûts sociaux car, dans sa dernière année de vie, on dépense cinq fois plus en matière de santé qu’au cours de toutes les années précédentes. Aussi faut-il réformer tant que nous avons encore des retraités qui sont de plus en plus aisés (même si ce n’est évidemment pas le cas de tous !) et en bonne santé. Augmenter progressivement les cotisations sociales qui pèsent sur les retraités et arrêter la revalorisation automatique des prestations de retraite ne serait que justice et, en prime, cela renforcerait la compétitivité de nos entreprises. Certains imaginent des solutions plus radicales : l’inflation ou le défaut partiel sur la dette qui affecterait d’abord les rentiers.

J’imagine mal nos chers retraités – qui sont le socle des majorités politiques – consentir à de tels sacrifices. Mais ne les blâmons pas : à leur place, nous aurions probablement agi à l’identique ! D’une certaine façon, le repli d’une génération sur ses privilèges n’est-il pas symptomatique du malaise occidental que vous diagnostiquiez dans votre précédent essai Réinventer l’Occident (Flammarion, 2010) ?

L’Occident sait qu’il a perdu le monopole de l’Histoire et de l’intelligence. En 2000, l’Union européenne se berçait encore d’illusions lorsqu’elle élaborait l’Agenda de Lisbonne pour bâtir la « société la plus intelligente du monde ». Manque de chance, les Chinois ne sont pas si bêtes ! Ils nous démontrent chaque jour que l’avenir ne s’écrit pas avec le langage de l’Occident et qu’on peut, par exemple, développer l’économie de marché sans démocratie. Si l’Europe reste le plus grand marché au monde, on sent bien que la dynamique n’est plus là : les gens ne caressent plus aucune ambition collective, ils sont dans le sauve-qui-peut individuel.

La proposition d’un « SMIC jeunes » doit vous faire bondir. Mais ne vaut-il pas mieux être mal payé plutôt que chômeur ?

Je vois dans le « SMIC jeunes » un moyen de lutter contre la précarité et les stages dans lesquels toute une tranche d’âge est enfoncée. Aujourd’hui, à travers les stages, les jeunes sont la variable d’ajustement de la compétitivité française ! Un SMIC jeunes pourrait accorder un meilleur statut aux jeunes qui commencent leur carrière et remédier aux rigidités de notre système social. Ce dernier protège tellement les salariés sous CDI qu’il met des barrières de plus en plus difficiles à franchir pour arriver à ce nouveau Graal. Il faut élargir le cercle des « insiders ».

*Photo : HALEY/SIPA. 00577754_000008.

Sus aux cadenas d’amour !

Paris est une grande ville pleine de piétons, de pigeons, de péniches voguant sur la Seine dans le brouillard du petit matin, de Tour Eiffel, de Maison de la radio, de touristes japonais, de musée du Louvre et d’immeubles dotés de tout le confort moderne. A défaut de Manneken-Pis on y trouve le Zouave du pont de l’Alma (qui en a plein les bottes !), et à défaut de la Sagrada Família d’Antoni Gaudí se dresse Notre-Dame de Paris. Ce qui fait déjà beaucoup.
En suivant le cours de la Seine, qui prend sa source en Côte-d’Or et se jette – désespérée par tout ce qu’elle a engrangée au fil de l’eau – dans la Manche, entre Le Havre et Honfleur, on tombe très vite sur le pont des Arts. Ce dernier relie les quais Malaquais et Conti au niveau de l’Académie française. Ce qui explique que beaucoup d’académiciens y ont été vus en train de se balader avec leur sabre. Les rues de Paris ne sont plus sûres!
L’amour, qui est la chose la plus partagée au monde avec la bêtise, vient s’échouer depuis des décennies, sans imagination, sur le pont des Arts où les amoureux scellent invariablement leurs destins avec un cadenas symbolique.
Mais l’élection récente de la belle de Cadix, Anne Hidalgo, à la maire de Paris a radicalement changé la donne. Priorité a été donnée aux sujets prioritaires ! Sus aux cadenas d’amour ! Finies les âneries ! « La mairie de Paris cherche une alternative aux « cadenas d’amour » » titre gravement le Huffington Post français. L’adjoint socialiste en charge de la Culture, Bruno Julliard – ex leader tête-à-claque (apolitique) de la grogne estudiantine de la fin des années 90, explique « C’est d’abord une question de sécurité. Cette masse de cadenas pèse sur les garde-corps jusqu’à risquer de les faire tomber. C’est aussi dangereux pour les passants que pour les bateaux-mouches qui circulent en dessous. »
Le coup est rude. On ne s’attendait pas à ce que la nouvelle mairesse© frappe aussi vigoureusement, surtout en début de mandat. De quoi demain sera fait ? Mystère… On a hâte de connaître l’ « alternative ».

L’alternative aux cadenas d’amour…

Europe : l’année de tous les séismes

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europe fn orban farage

La performance, pourtant attendue, du Front national de Marine Le Pen aux élections européennes en France a fait l’effet d’un coup de flash dans une salle obscure : aveuglant, masquant l’essentiel : l’élection des députés au Parlement européen a été détournée, par ces cochons d’électeurs, en un moyen pour signifier à leurs dirigeants nationaux qu’ils formaient un peuple, reconnu ou non, dans le grand registre des nations. Ils voulaient que cela se sache, et que l’on en tire les conséquences : faute de peuple européen introuvable, soyez à l’écoute de la voix des peuples qui vous ont confié leur destin, ou dégagez !

Si l’on fait le bilan global de tous ces scrutins, sans se laisser leurrer par la grille réductrice proposée par les politologues et éditorialistes installés (droite/gauche, europhiles/eurosceptiques, populistes/partis de gouverne- ment), une constatation s’impose : ces votes vont accélérer la crise généralisée du système de représentation démocratique géré par des partis englués dans des idéologies et des représentations du siècle dernier. L’intensité de cette crise, variable d’un pays à l’autre, ne dépend qu’en partie de la situation économique des nations concernées. Comment expliquer, sinon, que le Parti du peuple danois, étiqueté populiste et xénophobe, soit arrivé en tête dans un pays réputé le plus « heureux » du continent ? Ou la forte progression du FPÖ, allié de Marine Le Pen, dans une Autriche où règne le quasi-plein emploi ?

Le chômage n’explique pas tout. Que ce soit par l’abstention ou le bulletin de vote, les électeurs ont saisi la perche électorale qui leur était tendue pour exprimer des aspirations qui n’ont pas grand-chose à voir  avec les enjeux européens définis par les élites au pouvoir. Ce qui se fait entendre, ou cherche à se faire entendre, derrière les résultats, c’est l’angoisse identitaire de peuples culturellement déstabilisés.[access capability= »lire_inedits »] 

Le malaise de ceux qui ont découvert les limites de l’individualisme hédoniste, éprouvé la réalité accablante du multiculturalisme devenu, sans qu’on le leur demande et sans même qu’on le leur dise, la réponse unique à l’immigration massive, autrement dit le mode d’emploi du « vivre-ensemble », fondé dans les faits sur une séparation de plus ou moins bon aloi. De ce mal, tous sont frappés, jusqu’aux Allemands érigés en modèle de réussite économique et démocratique : la percée des « europhobes » d’Alternative für Deutschland (AfD) est, certes, limitée, mais conforte ceux qui, au sein de la droite, notamment dans la CSU bavaroise, enragent que Berlin soit le dindon de la farce européenne, et jugent intolérable la solidarité financière avec les partenaires en difficulté. La Belgique a aussi eu son séisme avec le triomphe de la Nouvelle Alliance flamande (NVA) de Bart de Wever à l’élection législative : le royaume est reparti pour une nouvelle crise de son modèle fédéral qui le rapproche encore plus de l’éclatement, avec au bout du chemin une  Flandre indépendante. Et puissante. On aurait pu croire que le parti de l’Europe allait se consoler avec la Catalogne : une participation record, en hausse de 9 points par rapport à la dernière fois, quels bons Européens que ces gens-là ! Oui, les Catalans ont voté en masse. Pas pour l’Europe, pour les deux partis indépendantistes, Ezquerra republicana (gauche) et Convergencia y Union (centre droit). Back to Britain ! Au Royaume- Uni, le succès de l’UKIP de Nigel Farage indique sans équivoque le chemin où veut s’engager la majorité des sujets de Sa Majesté. Même si, en raison de la loi électorale, l’UKIP ne pourra probablement faire élire qu’une dizaine de députés aux Communes en 2015, ce message ne peut être ignoré des partis de gouvernement, conservateur et travailliste. Quant aux pays nordiques, Danemark, Suède, Finlande, ils veilleront encore plus jalousement que par le passé sur les attributs de souveraineté qu’ils ont préservés lors de leur entrée dans l’UE : exemptions diverses des règles communes et, pour deux d’entre eux, Suède et Danemark, maintien de leur monnaie nationale. À l’Est, dans les « nouveaux pays » entrés dans l’UE après la chute du communisme, le désintérêt pour l’UE est devenu abyssal, à l’image du taux d’abstention en Slovaquie (87 % !), et guère moins élevé en République tchèque, Hongrie et pays baltes. Seule la Pologne, dont le poids démographique et économique lui permet de faire entendre, de temps en temps, sa voix à Bruxelles, manifeste encore son existence communautaire. La ferveur démocratique des lendemains de liberté retrouvée s’est fracassée sur la corruption et l’incompétence de la nouvelle classe politique. Un phénomène curieux se répand, de Prague à Kiev : la remise du pouvoir entre les mains d’oligarques auxquels le peuple demande d’administrer aussi bien les affaires de l’État qu’ils ont géré leurs affaires personnelles. Et tant pis si cela implique d’échanger son statut de citoyen contre celui d’employé d’une nation-entreprise !

Où que l’on se tourne, la nation « ressentie », qu’elle corresponde ou non avec les frontières des États existants, fait un retour en force, mobilisant les affects et les passions de ceux qui estiment en faire partie. Le discours postnational, tel qu’il est par exemple formulé par Jürgen Habermas et popularisé (avec talent) par Dany Cohn-Bendit, ne séduit plus que les post-soixante-huitards attardés qui vont, peu à peu, prendre congé de ce monde.

Que demande un peuple en déshérence ? Sûrement pas le modèle de dirigeant tel qu’il a été engendré par la technostructure des démocraties européennes de la fin du siècle dernier, un produit formaté dans des universités élitaires ou des partis- entreprises, qui ne peuvent pas faire un geste sans l’aval de leurs « communicants » et autres gourous des sondages. Non, ils demandent un guide, ce qui ne signifie pas obligatoirement un dictateur. Les Hongrois ont trouvé le leur avec Viktor Orban, les Flamands avec Bart de Wever, et les Italiens plébiscitent un Renzi, qui a cassé tous les codes du jeu politique italien traditionnel. Le trait commun : ils sont jeunes, ont renversé la table, et se soucient fort peu d’être en conformité avec leur famille politique d’origine. Mais ils ont le sens du peuple. En France, Marine Le Pen occupe par défaut cette position dont elle révèle l’importance sans être en mesure de pouvoir l’assumer pleinement : il faudrait pour cela qu’elle dissolve le Front national, trop marqué par son histoire et par son père. Une place est donc à prendre. Souvenons-nous de Jacques Lacan apostrophant les braillards venus perturber son séminaire en mai 1968 : « Vous cherchez un maître ? Eh bien vous l’aurez ! », avant d’éclater d’un rire sardonique, laissant les « révolutionnaires » sans voix. Le temps est venu.[/access]

*Image : Soleil.

Europe : les deux UMP

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ump europe juppe fillon

L’UMP traverse une mauvaise passe. Non seulement elle vient d’essuyer un échec relatif aux élections européennes, qui met en lumière ses contradictions sur l’Europe et l’oblige à un examen de conscience douloureux, mais en plus ses dirigeants semblent avoir perdu la raison. Alors que les souverainistes l’ont largement emporté en France aux européennes, ils décident de confier l’organisation, étêtée depuis l’éviction de son président Jean-François Copé, à un triumvirat d’anciens Premiers ministres dont l’engagement pro-européen n’est plus à démontrer. Comprenne qui pourra.

Parmi ces trois éminences, le plus prolixe depuis dimanche est sans conteste Alain Juppé. Après avoir préparé le terrain en signant une lettre d’amour à l’Europe avant les élections, il s’est rapidement placé en sauveur du navire en perdition en s’exprimant pour un rapprochement avec les centristes de l’UDI-Modem – qui, en tant que porteurs historiques du projet européen, font bien pâle figure avec leurs maigres 10%. Car pour le maire de Bordeaux, le sort de l’UMP dépend d’un constat soi-disant limpide : puisque les votants ont plébiscité la droite de la droite, la droite doit aller au centre.

Une telle constance dans l’incapacité (ou le refus) de saisir les attentes d’une partie croissante de l’électorat laisse coi, et songeur : si « le meilleur d’entre [eux] » se trompe à ce point, la droite française est dans de beaux draps. Car, n’en déplaise à Alain Juppé, les déboires de l’UMP aux présidentielles et aux européennes, proviennent essentiellement du fait que son parti n’est plus audible sur un sujet aussi crucial que celui de la place de la France en Europe. Tout simplement parce que cohabitent en son sein deux tendances opposées : la souverainiste ex-RPR et l’européiste ex-UDF.

On arguera que cet artifice a parfaitement fonctionné aux grandes heures de Nicolas Sarkozy. L’homme qui souhaitait réconcilier « la France du oui » et celle du « non » a en effet, ménagé la chèvre souverainiste et le choux fédéraliste en oscillant entre discours gaulliens et « intégrationnisme merkozyen ». Pour satisfaire tous ces gens aux opinions diamétralement opposées sur l’Europe, il suffisait de parler subsidiarité, répartition de compétences, de prôner une Europe « à sa juste place », et de laisser chacun entendre ce qu’il voulait dans ces paroles.

Mais la victoire du FN aux européennes montre que le charme est tombé. Le vote souverainiste a délaissé sa famille politique historique, ex-gaulliste, car il a décelé la supercherie derrière ce subterfuge de la subsidiarité. Celle-ci ne saurait en effet justifier l’économie d’un débat de fond à droite sur la nature de la construction européenne, tout simplement car elle n’est qu’une méthode, une façon de faire et ne peut pas être un projet politique, surtout pas pour une construction européenne sans finalité claire. La subsidiarité requiert en effet d’avoir préalablement distingué le principal du subsidiaire. Or c’est précisément la ligne de fracture aujourd’hui au sein de la droite française: il y a ceux – les souverainistes – pour qui la France est le principal, le cadre naturel de la démocratie et de la politique nationales, et qui conçoivent l’UE comme un appui pour les nations dans la mise en œuvre de leurs nécessaires coopérations. Et il y a les autres – les « intégrationnistes » ou fédéralistes plus ou moins assumés – pour qui l’UE est le nouvel horizon de la politique en Europe ; une organisation engagée dans un processus de construction étatique qui doit progressivement en revêtir les attributs (avoir sa monnaie, sa justice, sa diplomatie etc.)

L’UMP, en souhaitant réunir ces deux tendances contraires sur la question européenne, ne parvient plus à présenter une offre politique claire et cohérente. Contrainte de souffler le chaud et le froid sur l’Union européenne, et sur bien d’autres sujets, l’UMP est aujourd’hui confrontée à une contradiction qui lui est inhérente, et dont la droite française ne se départira qu’en prenant acte de la nécessité de présenter à son électorat les offres politiques qui lui conviennent. Si la droite libérale et pro-européenne semble incarnée par la jeune UDI, il importe de rendre à la démocratie française un grand parti de droite, républicain et souverainiste.

Que les nostalgiques de l’union de ces deux familles se rassurent : elles seront amenées à travailler conjointement, voire à s’entendre pour gouverner ensemble, à  l’image de la « cohabitation » Giscard/Chirac de 1974 à 1976. Mais il est dans l’intérêt d’une démocratie saine que chacun reste soi-même et tente de convaincre l’autre, plutôt que d’essayer, dans une optique purement comptable, de fusionner pour additionner les voix, quitte à nier les divergences.

Si l’huile et le vinaigre se marient très bien en vinaigrette, ils ne pourront jamais être parfaitement solubles l’un dans l’autre.

*Photo : VILLARD/SIPA. 00681785_000059.

« Le centrisme ne peut pas être le ciment de l’UMP »

henri guaino europe umpAncien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, Hacenri Guaino est député des Yvelines.

Causeur. Vous n’avez pas voté pour votre parti, l’UMP, aux européennes, après avoir publiquement désapprouvé le choix du fédéraliste Alain Lamassoure comme tête de liste en  Île-de-France. Que faites-vous encore tous les deux dans le même parti ?

Henri Guaino. Je respecte les convictions d’Alain Lamassoure, mais je ne pouvais pas me résigner à ce qu’elles symbolisent la ligne politique de l’UMP sur l’Europe, ce qui était le cas dès lors qu’il était placé en tête de liste en Île-de-France. Au moins, Nicolas Sarkozy essayait de dépasser les divergences en dégageant une synthèse dans laquelle les différentes sensibilités pouvaient se reconnaître. Beaucoup de militants, de sympathisants et d’élus UMP partagent la même sensibilité gaulliste que moi. Il faut les respecter.

Votre sens du pluralisme vous honore… Mais, en l’absence d’unité et de cohérence idéologiques, à quoi rime encore l’UMP ?

Il  y a toujours eu des divisions sur ce sujet au sein de la droite française. Il vaudrait mieux dire : « des droites ». Le débat sur l’Europe a commencé avec la construction européenne elle-même. En 1992, lors du débat sur Maastricht, la direction du RPR regroupée autour de Balladur, Chirac et Juppé a voté pour le « oui » alors que les trois quarts de nos élus et militants disaient « non ».  Vingt ans plus tard, les choses n’ont pas tellement changé.

La spectaculaire victoire du Front national aux élections européennes  ne change-t-elle pas la donne ?

Dans la politique française, certainement, parce qu’elle aura des conséquences au sein des deux grands partis que sont le PS et l’UMP. [access capability= »lire_inedits »] Mais cela ne changera rien au fonctionnement de l’UE. Le pire serait qu’aucune leçon ne soit tirée et que cela ne change rien nulle part. Dans ce cas, il y aurait du souci à se faire pour la démocratie. Personne ne peut prévoir jusqu’où irait alors la poussée des populismes et des extrémismes en France et en Europe.

Pardonnez-nous d’insister, mais puisque vous rejetez tant les fédéralistes que les populistes, pourquoi n’essayez-vous pas de constituer un grand rassemblement gaulliste ? Sur la question européenne, vous êtes plus proche d’un Dupont-Aignan ou d’un Chevènement que de Juppé et Lamassoure…

On ne crée pas ex-nihilo un parti capable de peser dans la vie politique. Même le général de Gaulle a échoué avec le RPF. Il faut énormément de temps pour qu’une force politique nouvelle s’ancre dans l’histoire et s’impose sur la scène politique. Et puis les amitiés, les habitudes, les souvenirs des combats communs qui cimentent les familles politiques ne s’effacent pas aisément. Le Front national a mis trente ans à émerger sur la scène nationale. Sachant la difficulté de bouleverser l’équilibre partisan,  un homme politique qui veut agir doit d’abord essayer de devenir majoritaire dans sa formation politique pour en infléchir la ligne.

On a l’impression que le « politiquement correct » vous contraint à édulcorer vos positions. Par exemple, bien qu’opposé à la construction européenne, vous ne cessez de répéter « Je suis pour l’Europe », comme si vous craigniez de blasphémer. Est-ce moralement répréhensible de se dire opposé à l’Europe ? 

Non, c’est simplement absurde : du point de vue de l’histoire, de la géographie, de la civilisation, l’Europe existe et nous en sommes les héritiers. Je me sens profondément européen, solidaire de la civilisation de l’Europe, de sa culture, de son idéal humain. C’est à l’Union européenne telle qu’elle est que je m’oppose, c’est-à-dire à des institutions qui détruisent l’idéal qu’elles sont censées servir. Les institutions ne sont que des institutions. Elles peuvent être critiquées, réformées. Si l’on confond l’Europe et l’UE, si l’on proclame que « l’UE, c’est la paix », on sacralise des institutions qui sont défaillantes et on court à la catastrophe.

On croirait entendre Nicolas Sarkozy ! Dans sa tribune publiée par Le Point, l’ancien président se dit amoureux d’une Union européenne qu’il propose de réformer de fond en comble. N’est-ce pas contradictoire ?

Nicolas Sarkozy éprouve peut-être pour l’Europe un amour plus passionné que le mien. Mais, au-delà des mots et de quelques questions de détail sur les pouvoirs de la Commission européenne,  nous partageons la même démarche. Il faut effectivement tout changer, réformer Schengen, mais aussi que les États reprennent des compétences à Bruxelles. Ce monstre bureaucratique ne peut pas continuer à étouffer les démocraties nationales.

En attendant, on dirait que l’Europe est une religion. Et comme la foi ne se discute pas, il  semble toujours aussi impossible qu’en 2005, ou même en 1993, d’avoir un véritable débat…

S’il n’y a pas de débat, il y aura une grave crise de la démocratie : on ne peut pas continuer à élire des gens qui, le lendemain des élections, proclament qu’ils ne peuvent rien !

Quelles sont les responsabilités politiques respectives des médias et des partis politiques dans la diffusion de la doxa européiste ?

La « doxa européiste », comme vous dites, n’est qu’une pièce du grand puzzle de la pensée unique politique et médiatique qui rejette hors du « cercle de la raison » tout ce qui ne s’accorde pas avec elle. Ce politiquement correct qui ne cherche qu’à exclure et à disqualifier devient insupportable pour un nombre de plus en plus grand de Français parce qu’il exprime un « entre-soi » imperméable aux aspirations et aux difficultés des gens, à ce qu’ils vivent, à ce qu’ils ressentent. Les médias ont leur part de responsabilité parce qu’ils n’offrent plus d’espace propice aux discussions de fond, parce qu’ils sont désormais davantage dans la réaction que dans l’information, parce qu’ils nourrissent, bon gré mal gré, le « Tous pourris ! ». Tout le monde joue avec le feu.

Vous avez déposé, le 16 mai, une proposition de résolution à l’Assemblée réclamant la suspension des poursuites judiciaires engagées à votre encontre pour « outrage à magistrat ». Certains y voient une tentative de vous soustraire à la justice.  Que leur répondez-vous ?

Cette réaction démagogique est l’exemple type de ce qui nourrit la crise de la démocratie. La procédure de suspension des poursuites est prévue par la Constitution. C’est une très ancienne tradition républicaine utilisée sous la IIIe, la IVe et la Ve République. Si la proposition était adoptée, elle suspendrait les poursuites pour seulement quelques jours, jusqu’à la fin de la session, le 30 juin ! Aucune protection, donc. C’est un acte symbolique pour que l’Assemblée se prononce sur l’exercice de la liberté la plus fondamentale dans une démocratie : la liberté d’expression, et d’abord celle des parlementaires qui ont mandat de parler et d’agir au nom des citoyens. Les mêmes qui critiquent devraient se souvenir qu’il n’y a pas longtemps ils criaient : « La caricature plutôt que la censure ! ». 

Depuis les aveux télévisés de Jérôme Lavrilleux, proche de Jean-François Copé qui fut directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, sur le surfacturage de certains meetings, la crise est ouverte à l’UMP. Aux différends idéologiques et aux dissensions entre copéistes et fillonistes, s’ajoute un scandale financier. L’UMP peut-elle y survivre ?

Aujourd’hui l’UMP est dévastée. Elle a l’avenir que voudront lui construire ses élus, ses militants et les électeurs. Si toutes les sensibilités réunies au sein de l’UMP veulent vivre ensemble, travailler ensemble et faire de leur diversité une richesse, alors l’UMP aura un avenir. Il est vrai que cette diversité a besoin d’un ciment. Ce ciment ne peut pas être le centrisme mais plutôt quelque chose qui s’inspirerait du Gaullisme, c’est-à-dire d’une volonté, non de trouver un juste milieu mais de dépasser les clivages.
Quant à moi, je suis déterminé à tout faire pour changer ma famille politique de l’intérieur. Mais il faut être bien conscient de ce qui se joue: la disparition de l’UMP laisserait un trou béant entre un Centre fragilisé et un FN triomphant. C’est ce qui arrivera si nous abandonnons l’Etat, la République, l’autorité, la question nationale et la question locale au FN. L’UMP a besoin de se reconstruire moralement et intellectuellement avant de se préoccuper de ses alliances.
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a du travail. Une fois de plus c’est l’élection présidentielle qui sera décisive. [/access]

Photo : Hannah

Tiens tiens, Sarkozy revient

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J’ai récemment pronostiqué que les futurs candidats à la primaire de l’UMP trouveraient un homme de consensus pour présider leur parti en la personne de François Baroin. Dimanche, sur France 5, Xavier Bertrand a confirmé mon intuition en citant le nom du député-maire de Troyes comme meilleur repreneur de ce paquebot à la dérive. Je pensais également qu’un ticket Guaino-Wauquiez pourrait compléter la distribution du film et nourrir un débat idéologique intéressant au sein de l’UMP. Mais la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy a mis à bas cet édifice. Nadine Morano, dimanche, puis Brice Hortefeux, Pierre Charon et Roger Karoutchi ont dégainé mercredi. Pour eux, Nicolas Sarkozy doit être candidat à la présidence de l’UMP. Les chevau-légers du sarkozysme plastronnent : leur champion serait le seul à pouvoir remettre de l’ordre dans la maison UMP, ce qui exigerait la suppression de l’élection primaire qu’ils vouent aux gémonies. On imagine difficilement que cette sortie coordonnée ait pu se faire sans le feu vert de l’ancien président de la République ; on peut même légitimement penser qu’il l’a demandée.

Certes, dans son entourage, d’autres plaident pour qu’il se désintéresse de l’appareil politique vermoulu de l’UMP et qu’il construise sa candidature de façon gaullienne, hors des partis. Peut-être garde-t-il ces deux fers au feu. S’il se décide finalement à ne pas aller au congrès d’octobre, l’aimable invitation de  Morano et Hortefeux apparaîtra d’autant plus comme une manière de dire : « Vous voyez, j’aurais pu y aller et j’aurais gagné, mais je suis au-dessus de tout cela. »

Ce n’est visiblement pas ce que pense François Fillon. Mardi soir, il a tenu un discours d’une violence rare à la tribune de son club Force Républicaine. C’est bien Nicolas Sarkozy et son éventuel retour qui étaient visés. Qu’on en juge : « Des millions d’euros détournés… C’est cela la politique ? La fin justifie les moyens ? On peut mentir, tricher, détourner l’argent des adhérents et des sympathisants et prétendre représenter la France et les Français ? Non ! ».

On a peine à croire que la cible de Fillon puisse être Jean-François Copé. Ce dernier, conscient de sa cote de popularité, a abandonné toute ambition pour 2017.  Fillon visait probablement celui qui, selon l’avocat de Bygmalion et Jérôme Lavrilleux, aurait bénéficié de  fausses facturations pour sa campagne présidentielle.

Les sarkozystes savent bien que cette ligne de défense ne tient pas. Domenach et Zemmour faisaient remarquer que Nicolas Sarkozy était le meilleur spécialiste français de l’organisation de meeting. Partant, comment croire qu’il ignorait le coût des grands barnums de Villepinte, de la Concorde et du Trocadéro ? C’est pourquoi, sa garde rapprochée dément en bloc les accusations de Maître Maisonneuve et Jérôme Lavrilleux, pointant plutôt du doigt un enrichissement de Bygmalion – ce qui mouille davantage le clan Copé – sur le dos de l’UMP.

L’affaire Bygmalion, c’est le caillou dans la chaussure de Sarkozy. Pourquoi, alors que policiers et juges ont mis leur nez dans les comptes de l’UMP, Nicolas Sarkozy aurait intérêt à aller en plein milieu du nid de frelons ? Mais un retour comporte aussi ses avantages. Le premier, c’est que la place est libre et que ses concurrents Juppé et Fillon ne comptaient  envisageaient de placer un homme de paille à la présidence du parti pour mieux préparer la primaire en vue de 2017.  Or, une candidature de Sarkozy à la présidence de l’UMP jetterait leur plan à la rivière. L’ancien président battrait tout candidat de seconde catégorie à plates coutures. Il met donc la pression sur Fillon Juppé en les poussant à se dévoiler. Juppé et Fillon pourraient-il oser affronter directement Sarkozy dans un congrès de l’UMP ?  Juppé aurait toute légitimité à le faire, fort d’arguments idéologiques et politiques. Mais de toute évidence, on ne le voit pas aller au feu.

Reste Fillon. Son discours viril de mardi soir annonce-t-il sa future candidature face à Nicolas Sarkozy ? Si tel était le cas, la campagne pour la présidence de l’UMP serait d’une telle violence qu’elle ferait passer celle de l’hiver 2012 pour les aventures de Oui-Oui.

Dans une telle bataille, il ne faudrait pas sous-estimer l’ancien Premier ministre, soutenu  par de nombreux parlementaires et anciens ministres. Toutefois, s’il défiait Sarkozy, le parti irait vers la scission et à la double candidature pour 2017. Du sang sur les murs.

À moins que François Fillon ne finisse par se déballonner, en homme auto-émasculé comme le décrit Jérôme Lavrilleux dans la dernière livraison du Point. S’il se ralliait au panache de Nicolas Sarkozy avant l’élection du président de l’UMP, il devrait espérer que son éternel rival soit finalement rattrapé par une quelconque « affaire » d’ici 2017. Les prochaines semaines nous en diront beaucoup sur le caractère de François Fillon. Ce n’est pas le moindre intérêt de l’éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP.

*Photo : Paul White/AP/SIPA. AP21573770_000005.

Un gay frontiste un peu trop Têtu…

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« Je suis quelqu’un de très sensible face à la détresse humaine, mais également à celle des animaux. Je suis devenu végétarien à l’âge de 16 ans et à 13 ans tout juste, je militais déjà dans les rues, distribuais des tracts aux passants et essayais de crier haut et fort la détresse du monde dans lequel on vit », confiait Matthieu, après son élection comme « Mister gay » du mois de mai par les internautes naviguant sur le site du journal Têtu. Ce discours aussi lisse qu’un torse épilé seyait parfaitement à l’occasion : on attend d’une Miss France queer qu’elle aime l’humanité et les petits oiseaux, pas qu’elle discute des mérites littéraires respectifs de Rimbaud et Baudelaire. Comble de bons sentiments, Matthieu annonçait dans la foulée qu’il allait bientôt poser pour le calendrier d’une association LGBT luttant contre les discriminations. Jusqu’ici, tout allait si bien que vous devez vous demander quel est l’intérêt de cette brève mollassonne. Ne zappez pas, vous louperiez le meilleur.

Le drame commence lorsque le sympathique Matthieu, déclare sa flamme… au Front national ! Vous avez bien lu : sur sa page Facebook, l’heureux élu n’y est allé avec le dos de la cuillère, publiant carrément la vidéo de l’agression d’une jeune femme blanche par un homme noir, assortie de ce commentaire : « « Voilà Pourquoi je Voterais FN ! » (sic, la marque du conditionnel étant sans doute involontaire).  Émoi et consternation sur le réseau social. Pour préciser le tir, sans toutefois le rectifier, Matthieu rétorque : « « Ce sont à coup sur ces memes gens qui n’ont pas de travail, qui n’en cherchent pas, qui se plaignent qu’il n’y en a pas, qui atendent que ça leur tombe tout cru ! Ce sont à coup sur ces memes gens qui ont giflé leur prof à l’école, qui ce sont fait renvoyés de leur lycée ou qui n’y sont plus allé d’eux meme ! A coup sur, ce sont ces meme gens qui viennent vous pourrir votre manif à Paris, qui brulent les voitures, qui volent vos téléphones dans le Metro, qui vous défonsse la gueule à votre sortie de boite de nuit« . (re-sic)

Pour couronner le tout, lorsque l’un de ses amis Facebook traite l’agresseur noir de « primate », le playboy ne trouve rien de mieux à lui opposer qu’un « MDR Bien » (re-re-sic). Ne pouvant pas plaider le malentendu, la direction de Têtu riposte par une série de Scud sur Twitter.

tetu matthieu fn

Eh oui, le racisme, c’est mal. Sans ironie aucune. Les mauvais esprits ricaneront devant la promotion d’un sympathisant frontiste par LE magazine gay. Têtu ayant été détenu par Pierre Bergé puis repris par un proche de François Hollande, on ne saurait l’accuser de collusion, même involontaire, avec le Front national. Imaginons qu’un magazine féminin ait connu la même mésaventure.  Des féministes aurait tôt fait de crier au sexisme en jouant les Cassandre : « Voilà ce qui arrive quand on met en valeur les ventres plats et les silhouettes d’anorexiques ».

Qui sait, il se trouvera peut-être des militants homosexuels assez subversifs pour s’indigner que les « Misters Têtu » soient élus sur la seule foi de leur plastique. On peut toujours rêver…

Peugeot ne veut plus de Sochaux

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FC Sochaux Peugeot

Le cruel dénouement de la dernière journée de championnat de France ne m’a pas laissé indifférent, vous vous en doutez, puisque je vous avais part de ma passion pour le FC Sochaux quelques jours plus tôt. Attristé, j’avais fini par prendre les choses avec philosophie. Après tout, j’avais déjà connu trois relégations pour autant de remontées dans l’élite. Pourquoi la quatrième ferait-elle exception ? Seulement voilà, nous sommes en 2014. Et la dimension économique a pris, lors des dix dernières années une place sans commune mesure avec la situation de 1999, année de l’avant-dernière relégation du FCSM. Ce poids du business dans le foot se double d’une situation économique générale dans notre pays, et particulièrement dans le secteur automobile.

Or, Sochaux, c’est Peugeot. Et voilà que PSA vient d’annoncer qu’il recherchait des nouveaux partenaires, voire un repreneur si c’est possible. Vous avez bien lu : la firme qui avait créé le club mais aussi initié le championnat professionnel de football en France veut vendre le FC Sochaux. C’est une révolution. Le président de la SASP[1. Société Anonyme Sportive Professionnelle.], Alain Cordier, a démissionné en même temps que l’annonce de cette nouvelle. Il ne souhaitait visiblement pas être l’homme de la vente du FC Sochaux. Les supporteurs craignent la mort de leur club, car beaucoup de clubs dans cette situation ont fini par périr, les Strasbourgeois savent de quoi je parle. Jean-Claude Plessis, le dernier président à avoir offert des trophées au FCSM, se range, comme les supporteurs, dans le camp des inquiets.

Né en 1928, et après avoir passé soixante-six ans dans l’élite, soit plus que n’importe quel autre club français, mon club est sans doute en train de crever. La passion du gamin de dix ans, que je vous expliquais il y a deux semaines, ne s’éteindra jamais, mais je frémis à l’idée que plus jamais un autre gamin de dix ans ne connaisse la même passion que la mienne.

Tout cela n’est pas très grave, vous lis-je déjà commenter sous ce texte. Ce n’est après tout qu’une histoire de mecs qui courent après un ballon. Sauf que.

Sauf que cette volonté de PSA n’est pas isolée d’un contexte. Si Carlos Tavares, son nouveau président qui a fait ses classes chez Renault, a pris cette décision, c’est dans le cadre d’une stratégie plus vaste. Une stratégie selon laquelle le groupe doit se concentrer sur la filière automobile et ne plus se disperser. Où être actionnaire d’un club de football, et mettre la main à la poche de temps à autre pour combler un trou (comme c’est souvent le cas avec les clubs formateurs en 2014), ce n’est plus vraiment la priorité. Mais cette explication ne va pas assez loin. En vendant le FCSM dont le stade jouxte les usines de Sochaux-Montbéliard, Tavarès coupe volontairement le groupe de son histoire. Il la coupe d’une partie de ses racines. Et, selon Carlos Tavares, et Carlos Ghosn, pour un groupe mondialisé, les racines, l’Histoire, c’est superfétatoire. C’est là que le supporteur, qui n’est parfois pas chroniqueur à Causeur, mais tout simplement ouvrier à Sochaux, prend peur.

Ne serait-on pas prêt, après avoir vendu sa passion du samedi soir, de couper les racines géographiques du groupe et de poser sur la table le postulat suivant : l’avenir du groupe PSA n’est plus forcément lié au Pays de Montbéliard ? Le site industriel de Sochaux n’est-il pas en danger ? Des délocalisations se préparent-elles ? Que ceux qui étaient prêts à m’expliquer que le sort d’un club de foot passe après les emplois des ouvriers en soient bien conscients : les deux ne sont pas incompatibles, ils sont même très liés. Le FCSM, c’est le trait d’union entre Peugeot et Sochaux. Penser à l’un, c’est penser à l’autre, car il y a l’histoire et il y a la géographie.

Ce monument en péril peut-il encore être sauvé ? Assurément. Tous les regards sont aujourd’hui tournés en direction de la Famille Peugeot, à la tête d’une des plus grandes fortunes de France. Si, en mémoire de ses ancêtres qui avaient installés les usines dans le  Pays de Montbéliard[2. Parce que beaucoup de leurs coreligionnaires protestants y vivaient.], cette famille pouvait racheter les parts du club (goutte d’eau par rapport à l’étendue de son patrimoine), le FCSM ne mourrait pas. Et un signe serait envoyé à Monsieur Tavares : un grand groupe industriel ne se coupe pas de ses racines. Les zélateurs du modèle allemand, d’ailleurs, ne me contrediront pas. Bayer Leverkusen et VSL Wolfsburg existent, après tout.

*Photo: Laurent Cipriani/AP/SIPA.AP21559032_000007.

PMA : Et 343 de plus !

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manifeste 343 liberation pma

manifeste 343 liberation pma

Libération a toujours eu le mot pour rire. C’est même à ça qu’on reconnaît ce journal, dont les titres à base de détournements et autres jeux de mots constituent la marque de fabrique. Pour son numéro du vendredi 6 juin, on aurait pu s’attendre à quelque chose comme « Hollande ne manque pas D-Day », ou encore « Welcome to Omaha, bitch ! » Mais non. Le quotidien régional du Marais (pas celui de Ségo, l’autre) a trouvé beaucoup mieux. Plus frais, plus accrocheur.

À la « une », un gros titre : « Procréation médicalement assistée POUR TOUS ! » Et en-dessous : « Le manifeste des 343 fraudeuses. » La référence est reconnaissable au premier coup d’œil. Oui, c’est bien la même qui avait valu à votre magazine préféré un procès en moralité digne de l’Inquisition à l’occasion de son numéro spécial « Touche pas à ma pute ! », sous-titré « Le manifeste des 343 salauds ». Cette fois, de façon incompréhensible, personne ne moufte. À croire que 343 signatures sont, au choix, féminines ou sacrilèges. Mais passons. À l’origine, « Le manifeste des 343 salopes » avait réuni autant de femmes qui avouaient avoir avorté. Il s’agissait d’aide médicale à la non-procréation. Désormais, il est question d’aide médicale à la procréation. Exactement l’inverse, quoi.

Décidément, les temps changent. Mais le détournement du titre est double, puisqu’il reprend aussi l’incontournable expression « pour tous », accolée à tout et n’importe quoi depuis qu’on a décrété que le mariage était un droit, et l’enfant itou. En attendant la « maternelle pour tous » ouverte aux retraités, ou « l’hôpital pour tous » ouvert aux valides, nous voilà donc en présence d’une revendication de « PMA pour tous ». Toutes ? Non, tous. Hommes et femmes compris, puisque le masculin l’emporte.

« Il y a en France un principe fort ridicule et qui est vivement enraciné, c’est que l’égalité consiste à ce que chacun puisse prétendre à tout. », écrivait Joseph Fiévée (1767-1839), dans ses Correspondances et relations avec Bonaparte. Homosexuel assumé à une époque où tout n’était pas si facile, sa femme était morte en couches en lui laissant un enfant. Il a élevé son rejeton et vécu auprès de son compagnon jusqu’à sa mort, et partage aujourd’hui avec lui une tombe au Père-Lachaise. Jamais, sans doute, cet homme libre qui fut journaliste, écrivain, haut-fonctionnaire et agent secret n’aurait cru si bien dire.

La PMA « pour tous » était à l’origine un « pilier » de la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, selon son rapporteur à l’Assemblée Erwann Binet. Mais face au mouvement de contestation le plus important depuis 45 ans, le gouvernement l’a finalement rangée dans un tiroir. Il n’en fallait pas plus pour que la gazette des bourgeois-bohème du 4ème arrondissement de Paris reprenne les armes. Les lesbiennes fertiles sont des malades comme les autres ! Elles ont « droit » à une aide médicale puisqu’elles ne peuvent pas procréer entre elles. Vite, un manifeste !

Problème : dans l’argumentaire déroulé sous le titre de Libé, la logique élémentaire en prend un méchant coup. Premier point : « Nous réclamons l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, sans discrimination. » Ça tombe bien, il n’y a jamais eu de discrimination selon l’orientation sexuelle pour bénéficier de la PMA, pas plus que pour se marier. Deuxième point : « Nous réclamons que la loi ouvrant l’adoption aux couples de même sexe soit appliquée partout en France. » Bonne nouvelle, c’est le cas : conformément à la décision du Conseil Constitutionnel, les tribunaux jugent au cas par cas de l’intérêt de l’enfant.

C’est après que ça se complique. Troisième point : « Nous réclamons l’égalité entre couples homosexuels et hétérosexuels pour l’établissement de la filiation de leurs enfants. » Pas évident, vu qu’aucun couple hétérosexuel fertile et en bonne santé n’aura jamais besoin de la PMA, contrairement à un couple de lesbiennes, même en pleine forme. Quatrième et dernier point : « Nous réclamons que tous les enfants de France puissent bénéficier des mêmes droits et que cessent immédiatement les discriminations dont sont victimes les enfants élevés dans les familles homoparentales. » Sur ce sujet, patience, les tribunaux recueilleront d’ici quelques années les centaines de demandes d’accès à leurs origines réelles d’enfants réputés « nés de » (sic) deux mères. Et nul doute qu’on se rappellera alors la seule chose qui soit vraiment le cas « pour tous » : chaque être humain naît d’un père et d’une mère.

Poutine et ses drôles de dames

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poutine femen meurtre

poutine femen meurtreIl n’est pas certain que les moins de vingt ans aient tout compris, mais enfin, ce fut une belle fête, l’endroit où il fallait être quand on fait partie des grands de ce monde. Obama, Poutine, sa Gracieuse Majesté Elisabeth II et son ébouriffante collection de chapeaux, David Cameron, Angela Merkel et quelques autres : pour le soixante-dixième anniversaire du D-Day, une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement étaient invités, vainqueurs et vaincus se donnant la main pour sceller la grande réconciliation planétaire sur l’autel du « Plus jamais ça ! ». Comme l’a justement remarqué l’excellent Guillaume Erner sur France Inter, il est peu probable que la belle jeunesse à laquelle se sont adressés tous les discours sache pourquoi le président ukrainien était convié en même temps que son grand frère ennemi russe – tout simplement parce qu’une proportion notable des civils et des soldats soviétiques tués pendant la guerre étaient ukrainiens….

On laissera cependant aux commentateurs plus avisés le soin d’analyser le vaudeville diplomatico-gastronomique orchestré autour de quelques bonnes tables parisiennes en marge de ces festivités, de disséquer les poignées de mains échangées et les rencontres qui n’ont pas eu lieu, pour s’intéresser à une question autrement plus palpitante : Poutine et les femmes ou, plus précisément, Poutine, Valérie Trierweiler et les Femen.
Je vous le concède, les Femen peuvent être très énervantes avec leurs provocations à deux balles, par exemple quand elles déboulent à Notre Dame dépoitraillées, conformément au dress-code qui les a rendues célèbres ; elles sont carrément dégoûtantes quand elles urinent collectivement et publiquement sur le portrait de Poutine, comme elles l’ont fait le 1er décembre. Reste qu’elles sont un rêve de journal télévisé et de journal tout court. Grâce à elles, en effet, on peut afficher des seins nus à la « une », bonne conscience féministe en prime. Aujourd’hui, on peut donc se délecter de la photo de l’une d’elles, seins à l’air comme il se doit, massacrant Poutine à coups de pieu sous le regard égaré de François Hollande, Barack Obama et Juan Carlos. Toutefois, si la dame et ses gracieux attributs sont bien réels, les chefs d’Etat ne sont que des effigies de cire puisque la scène s’est déroulée jeudi au Musée Grévin. Ajoutons que le dragon terrassé par la belle ressemble plus à Claude François qu’au chef de la Sainte Russie, mais bon, cela doit être un problème d’éclairage.

À vrai dire le coup du musée Grévin n’est pas de première fraîcheur. Les militants nationalistes qui, en 1980, avaient enlevé la statue de Georges Marchais pour l’abandonner dans la fosse aux ours du Jardin des Plantes – fine allusion à l’ours soviétique – étaient un peu plus rigolos que nos belles, même s’ils ne disposaient pas d’arguments aussi convaincants. N’empêche, en termes d’agit-prop, ce n’est pas si mal vu : si les Femen s’étaient contentées de publier un communiqué furieux contre Poutine, cela n’aurait guère passionné les foules. Mais en offrant aux fleurons de la « grande presse » – dont Causeur…– un excellent alibi pour appâter le chaland avec des filles à poils, comme des tabloïds de bas étages, nos amazones ont inventé l’actu-porno : c’est sexy, c’est pour la bonne cause et ça marche !

Certes, les raisons de critiquer vertement Poutine – et même plus – ne manquaient pas bien avant qu’une erreur de traduction le fasse passer, en plus du reste, pour un sacré mufle. Lorsque, dans le cours du long entretien qu’il a accordé jeudi à TF1, il a été interrogé sur les propos de Hillary Clinton qui, toute en nuances, l’avait comparé à Hitler, le président russe n’a pas répondu, comme on l’a d’abord dit « Il ne faut pas débattre avec les femmes », mais « Il est toujours préférable de ne pas se disputer avec les femmes ». Or, quelle que soit notre envie de le dépeindre en monstre, de tels propos relèvent plutôt de la galanterie à l’ancienne que de la goujaterie. Bien sûr, Valérie Trierweiler ne s’est pas embarrassée de telles subtilités. L’ex première girl-friend et reine du tweet s’est sentie obligée de faire savoir à la France qu’elle était bien contente de ne pas avoir à serrer la main de l’ours russe. Information du plus haut intérêt, semble-t-il, puisqu’elle a été « retweetée » des centaines de fois et abondamment commentée – on attend désormais les réflexions de Julie Gayet sur la nouvelle politique de la Banque centrale européenne.

En attendant, elle n’est jamais contente, l’ex-première chipie de France. Voyez-vous, elle trouve qu’on en a trop fait avec ses états d’âme anti-Poutine alors que quand elle se fend d’un tweet pour dire que c’est bien triste qu’il y ait des enfants malades, tout le monde s’en fiche. En somme, elle fait son intéressante pour qu’on parle d’elle et quand on parle d’elle, elle fait sa sucrée, allez comprendre.
La morale de l’histoire, c’est que si vous rêvez d’être célèbre, il est inutile de vous donner la peine d’accomplir de grandes choses, surtout si vous êtes une femme. Essayez plutôt d’être la femme ou l’ex de : avec un tel titre de gloire, vous n’aurez même pas besoin d’enlever le haut.

Photo : Twitter d’Inna Schevchenko https://twitter.com/femeninna

«Plutôt le Smic jeunes que la précarité»

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hakim karoui smic jeunes

hakim karoui smic jeunes

Ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, Hakim El Karoui est consultant et essayiste. Il a récemment publié La Lutte des âges (Flammarion, 2013).

Causeur. D’après l’enquête du Monde sur les 18-34 ans[1. Enquête « Génération quoi ? » réalisée auprès de 210 000 Français de 18 à 34 ans. Ipsos, France Télévisions, Le Monde, 26 février 2014.], les jeunes ont aujourd’hui le sentiment d’appartenir à une « génération perdue ». Certes, le taux de chômage des 15-24 ans atteint 24%. Mais est-ce objectivement plus difficile d’être jeune aujourd’hui qu’en mai 1968 ?

Hakim El-Karoui. La situation économique des jeunes est évidemment plus délicate que celle de leurs aînés. Il faut aujourd’hui sept ans pour obtenir un CDI et vingt-cinq ans pour devenir propriétaire. Pour autant, la jeunesse ne se résume pas à ses difficultés économiques. En 1968, la France s’ennuie et les jeunes font Mai-68. En 2014, la France s’ennuie et les jeunes se disent : « Sauve qui peut ! » Certains partent, d’autres essaient de s’en sortir malgré tout en développant des stratégies individuelles. Ce qui a aussi changé, c’est le regard de la société sur la jeunesse. On entend un discours à la fois catastrophiste  ̶  « C’est horrible d’être jeune aujourd’hui »  ̶  et accusateur   ̶   « Les jeunes ne pensent qu’à eux, ils ne s’organisent pas ».

Ce dernier constat n’est pas entièrement faux. À la différence de leurs parents, la génération CPE ne se mobilise que pour défendre ses avantages hérités de la Libération. On est loin du « Changez tout ! » de Mai-68…

Les jeunes descendent dans la rue pour dire : « Nous aussi, nous avons droit à notre part du gâteau ! » Bref, ils défendent des acquis sociaux dont ils ne bénéficieront pas ou peu, compte tenu du vieillissement de la population et de son impact sur le financement de la protection sociale. Cependant, ils se posent des questions sur leur emploi et leur avenir. Ils voient bien qu’il y a un énorme problème entre les générations, mais ils restent inertes.

Comment décririez-vous ce « problème entre les générations » ?

Les gens qui travaillent contribuent trois fois plus à la solidarité entre les générations que les retraités. Et qu’on ne me dise pas que les grands-parents atténuent ces inégalités en renflouant leurs petits-enfants : la somme des transferts des premiers vers les seconds ne représente que 6% du PIB alors que le transfert des actifs vers les retraités atteint 20%  de la richesse créée. Certes, dans un contexte économique difficile, les parents et grands-parents aident leurs enfants plus que par le passé, mais ils en ont largement les moyens. L’égalité étant profondément ancrée dans la culture française, ils tâchent ainsi de l’atteindre au sein de la famille, sans remettre en cause la concentration du patrimoine chez les plus âgés.

On ne peut tout de même pas reprocher à nos aînés d’avoir profité des fruits de la croissance…

J’observe que nous avons accumulé de la dette à partir de la fin du « baby boom », lorsque nous savions déjà que nous ne pourrions plus payer les retraites. Après avoir endetté la génération de leurs enfants, après s’être enrichie grâce à la hausse de l’immobilier, la génération née entre 1945 et 1960 nous explique aujourd’hui qu’il ne faut rien changer au modèle social conçu en 1945, et finalement très peu amendé depuis dans ses grands principes et ses grands équilibres. Mais si rien ne bouge d’ici à 2025, c’est à la fois la compétitivité de l’économie et le financement de la santé et des retraites des enfants des « baby-boomers » qui sont en danger.

Le vieillissement de la population touche tous les pays développés. Pourquoi ce phénomène grève-t-il spécifiquement l’avenir de la jeunesse française ?

Tout simplement parce que nous n’avons pas engagé les réformes qui s’imposaient. En 2000, l’Allemagne était l’« homme malade » de l’Europe et partait d’une situation comparable à la nôtre : déficits abyssaux, chômage de masse, etc. Conscients de ce marasme, et de la nécessité d’améliorer la compétitivité de l’économie, les dirigeants allemands ont décidé de favoriser les actifs plutôt que les inactifs, et les actifs de l’industrie plutôt que ceux des services. Ils ont violemment réduit les salaires des employés du tertiaire mais n’ont que légèrement baissé ceux des salariés de l’industrie. Résultat : les salaires allemands   ̶   qui partaient de plus haut   ̶   ont baissé de 10% entre 2002 et 2012 quand les salaires français augmentaient de 20%. Dans un pays encore plus âgé que le nôtre, ces réformes ont permis un nouveau partage de la richesse entre les générations car, pendant ce temps, l’âge de la retraite a été repoussé et le taux de remplacement des retraites baissé. Or, en France, si nous ne faisons rien, nous nous heurterons au mur des finances publiques dans dix ans.

Pourquoi ?

En 2025, les Français nés en 1945 auront 80 ans. Les décès de « baby boomers » vont exploser au même rythme que les coûts sociaux car, dans sa dernière année de vie, on dépense cinq fois plus en matière de santé qu’au cours de toutes les années précédentes. Aussi faut-il réformer tant que nous avons encore des retraités qui sont de plus en plus aisés (même si ce n’est évidemment pas le cas de tous !) et en bonne santé. Augmenter progressivement les cotisations sociales qui pèsent sur les retraités et arrêter la revalorisation automatique des prestations de retraite ne serait que justice et, en prime, cela renforcerait la compétitivité de nos entreprises. Certains imaginent des solutions plus radicales : l’inflation ou le défaut partiel sur la dette qui affecterait d’abord les rentiers.

J’imagine mal nos chers retraités – qui sont le socle des majorités politiques – consentir à de tels sacrifices. Mais ne les blâmons pas : à leur place, nous aurions probablement agi à l’identique ! D’une certaine façon, le repli d’une génération sur ses privilèges n’est-il pas symptomatique du malaise occidental que vous diagnostiquiez dans votre précédent essai Réinventer l’Occident (Flammarion, 2010) ?

L’Occident sait qu’il a perdu le monopole de l’Histoire et de l’intelligence. En 2000, l’Union européenne se berçait encore d’illusions lorsqu’elle élaborait l’Agenda de Lisbonne pour bâtir la « société la plus intelligente du monde ». Manque de chance, les Chinois ne sont pas si bêtes ! Ils nous démontrent chaque jour que l’avenir ne s’écrit pas avec le langage de l’Occident et qu’on peut, par exemple, développer l’économie de marché sans démocratie. Si l’Europe reste le plus grand marché au monde, on sent bien que la dynamique n’est plus là : les gens ne caressent plus aucune ambition collective, ils sont dans le sauve-qui-peut individuel.

La proposition d’un « SMIC jeunes » doit vous faire bondir. Mais ne vaut-il pas mieux être mal payé plutôt que chômeur ?

Je vois dans le « SMIC jeunes » un moyen de lutter contre la précarité et les stages dans lesquels toute une tranche d’âge est enfoncée. Aujourd’hui, à travers les stages, les jeunes sont la variable d’ajustement de la compétitivité française ! Un SMIC jeunes pourrait accorder un meilleur statut aux jeunes qui commencent leur carrière et remédier aux rigidités de notre système social. Ce dernier protège tellement les salariés sous CDI qu’il met des barrières de plus en plus difficiles à franchir pour arriver à ce nouveau Graal. Il faut élargir le cercle des « insiders ».

*Photo : HALEY/SIPA. 00577754_000008.

Sus aux cadenas d’amour !

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Paris est une grande ville pleine de piétons, de pigeons, de péniches voguant sur la Seine dans le brouillard du petit matin, de Tour Eiffel, de Maison de la radio, de touristes japonais, de musée du Louvre et d’immeubles dotés de tout le confort moderne. A défaut de Manneken-Pis on y trouve le Zouave du pont de l’Alma (qui en a plein les bottes !), et à défaut de la Sagrada Família d’Antoni Gaudí se dresse Notre-Dame de Paris. Ce qui fait déjà beaucoup.
En suivant le cours de la Seine, qui prend sa source en Côte-d’Or et se jette – désespérée par tout ce qu’elle a engrangée au fil de l’eau – dans la Manche, entre Le Havre et Honfleur, on tombe très vite sur le pont des Arts. Ce dernier relie les quais Malaquais et Conti au niveau de l’Académie française. Ce qui explique que beaucoup d’académiciens y ont été vus en train de se balader avec leur sabre. Les rues de Paris ne sont plus sûres!
L’amour, qui est la chose la plus partagée au monde avec la bêtise, vient s’échouer depuis des décennies, sans imagination, sur le pont des Arts où les amoureux scellent invariablement leurs destins avec un cadenas symbolique.
Mais l’élection récente de la belle de Cadix, Anne Hidalgo, à la maire de Paris a radicalement changé la donne. Priorité a été donnée aux sujets prioritaires ! Sus aux cadenas d’amour ! Finies les âneries ! « La mairie de Paris cherche une alternative aux « cadenas d’amour » » titre gravement le Huffington Post français. L’adjoint socialiste en charge de la Culture, Bruno Julliard – ex leader tête-à-claque (apolitique) de la grogne estudiantine de la fin des années 90, explique « C’est d’abord une question de sécurité. Cette masse de cadenas pèse sur les garde-corps jusqu’à risquer de les faire tomber. C’est aussi dangereux pour les passants que pour les bateaux-mouches qui circulent en dessous. »
Le coup est rude. On ne s’attendait pas à ce que la nouvelle mairesse© frappe aussi vigoureusement, surtout en début de mandat. De quoi demain sera fait ? Mystère… On a hâte de connaître l’ « alternative ».

L’alternative aux cadenas d’amour…

Europe : l’année de tous les séismes

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europe fn orban farage

europe fn orban farage

La performance, pourtant attendue, du Front national de Marine Le Pen aux élections européennes en France a fait l’effet d’un coup de flash dans une salle obscure : aveuglant, masquant l’essentiel : l’élection des députés au Parlement européen a été détournée, par ces cochons d’électeurs, en un moyen pour signifier à leurs dirigeants nationaux qu’ils formaient un peuple, reconnu ou non, dans le grand registre des nations. Ils voulaient que cela se sache, et que l’on en tire les conséquences : faute de peuple européen introuvable, soyez à l’écoute de la voix des peuples qui vous ont confié leur destin, ou dégagez !

Si l’on fait le bilan global de tous ces scrutins, sans se laisser leurrer par la grille réductrice proposée par les politologues et éditorialistes installés (droite/gauche, europhiles/eurosceptiques, populistes/partis de gouverne- ment), une constatation s’impose : ces votes vont accélérer la crise généralisée du système de représentation démocratique géré par des partis englués dans des idéologies et des représentations du siècle dernier. L’intensité de cette crise, variable d’un pays à l’autre, ne dépend qu’en partie de la situation économique des nations concernées. Comment expliquer, sinon, que le Parti du peuple danois, étiqueté populiste et xénophobe, soit arrivé en tête dans un pays réputé le plus « heureux » du continent ? Ou la forte progression du FPÖ, allié de Marine Le Pen, dans une Autriche où règne le quasi-plein emploi ?

Le chômage n’explique pas tout. Que ce soit par l’abstention ou le bulletin de vote, les électeurs ont saisi la perche électorale qui leur était tendue pour exprimer des aspirations qui n’ont pas grand-chose à voir  avec les enjeux européens définis par les élites au pouvoir. Ce qui se fait entendre, ou cherche à se faire entendre, derrière les résultats, c’est l’angoisse identitaire de peuples culturellement déstabilisés.[access capability= »lire_inedits »] 

Le malaise de ceux qui ont découvert les limites de l’individualisme hédoniste, éprouvé la réalité accablante du multiculturalisme devenu, sans qu’on le leur demande et sans même qu’on le leur dise, la réponse unique à l’immigration massive, autrement dit le mode d’emploi du « vivre-ensemble », fondé dans les faits sur une séparation de plus ou moins bon aloi. De ce mal, tous sont frappés, jusqu’aux Allemands érigés en modèle de réussite économique et démocratique : la percée des « europhobes » d’Alternative für Deutschland (AfD) est, certes, limitée, mais conforte ceux qui, au sein de la droite, notamment dans la CSU bavaroise, enragent que Berlin soit le dindon de la farce européenne, et jugent intolérable la solidarité financière avec les partenaires en difficulté. La Belgique a aussi eu son séisme avec le triomphe de la Nouvelle Alliance flamande (NVA) de Bart de Wever à l’élection législative : le royaume est reparti pour une nouvelle crise de son modèle fédéral qui le rapproche encore plus de l’éclatement, avec au bout du chemin une  Flandre indépendante. Et puissante. On aurait pu croire que le parti de l’Europe allait se consoler avec la Catalogne : une participation record, en hausse de 9 points par rapport à la dernière fois, quels bons Européens que ces gens-là ! Oui, les Catalans ont voté en masse. Pas pour l’Europe, pour les deux partis indépendantistes, Ezquerra republicana (gauche) et Convergencia y Union (centre droit). Back to Britain ! Au Royaume- Uni, le succès de l’UKIP de Nigel Farage indique sans équivoque le chemin où veut s’engager la majorité des sujets de Sa Majesté. Même si, en raison de la loi électorale, l’UKIP ne pourra probablement faire élire qu’une dizaine de députés aux Communes en 2015, ce message ne peut être ignoré des partis de gouvernement, conservateur et travailliste. Quant aux pays nordiques, Danemark, Suède, Finlande, ils veilleront encore plus jalousement que par le passé sur les attributs de souveraineté qu’ils ont préservés lors de leur entrée dans l’UE : exemptions diverses des règles communes et, pour deux d’entre eux, Suède et Danemark, maintien de leur monnaie nationale. À l’Est, dans les « nouveaux pays » entrés dans l’UE après la chute du communisme, le désintérêt pour l’UE est devenu abyssal, à l’image du taux d’abstention en Slovaquie (87 % !), et guère moins élevé en République tchèque, Hongrie et pays baltes. Seule la Pologne, dont le poids démographique et économique lui permet de faire entendre, de temps en temps, sa voix à Bruxelles, manifeste encore son existence communautaire. La ferveur démocratique des lendemains de liberté retrouvée s’est fracassée sur la corruption et l’incompétence de la nouvelle classe politique. Un phénomène curieux se répand, de Prague à Kiev : la remise du pouvoir entre les mains d’oligarques auxquels le peuple demande d’administrer aussi bien les affaires de l’État qu’ils ont géré leurs affaires personnelles. Et tant pis si cela implique d’échanger son statut de citoyen contre celui d’employé d’une nation-entreprise !

Où que l’on se tourne, la nation « ressentie », qu’elle corresponde ou non avec les frontières des États existants, fait un retour en force, mobilisant les affects et les passions de ceux qui estiment en faire partie. Le discours postnational, tel qu’il est par exemple formulé par Jürgen Habermas et popularisé (avec talent) par Dany Cohn-Bendit, ne séduit plus que les post-soixante-huitards attardés qui vont, peu à peu, prendre congé de ce monde.

Que demande un peuple en déshérence ? Sûrement pas le modèle de dirigeant tel qu’il a été engendré par la technostructure des démocraties européennes de la fin du siècle dernier, un produit formaté dans des universités élitaires ou des partis- entreprises, qui ne peuvent pas faire un geste sans l’aval de leurs « communicants » et autres gourous des sondages. Non, ils demandent un guide, ce qui ne signifie pas obligatoirement un dictateur. Les Hongrois ont trouvé le leur avec Viktor Orban, les Flamands avec Bart de Wever, et les Italiens plébiscitent un Renzi, qui a cassé tous les codes du jeu politique italien traditionnel. Le trait commun : ils sont jeunes, ont renversé la table, et se soucient fort peu d’être en conformité avec leur famille politique d’origine. Mais ils ont le sens du peuple. En France, Marine Le Pen occupe par défaut cette position dont elle révèle l’importance sans être en mesure de pouvoir l’assumer pleinement : il faudrait pour cela qu’elle dissolve le Front national, trop marqué par son histoire et par son père. Une place est donc à prendre. Souvenons-nous de Jacques Lacan apostrophant les braillards venus perturber son séminaire en mai 1968 : « Vous cherchez un maître ? Eh bien vous l’aurez ! », avant d’éclater d’un rire sardonique, laissant les « révolutionnaires » sans voix. Le temps est venu.[/access]

*Image : Soleil.

Europe : les deux UMP

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ump europe juppe fillon

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L’UMP traverse une mauvaise passe. Non seulement elle vient d’essuyer un échec relatif aux élections européennes, qui met en lumière ses contradictions sur l’Europe et l’oblige à un examen de conscience douloureux, mais en plus ses dirigeants semblent avoir perdu la raison. Alors que les souverainistes l’ont largement emporté en France aux européennes, ils décident de confier l’organisation, étêtée depuis l’éviction de son président Jean-François Copé, à un triumvirat d’anciens Premiers ministres dont l’engagement pro-européen n’est plus à démontrer. Comprenne qui pourra.

Parmi ces trois éminences, le plus prolixe depuis dimanche est sans conteste Alain Juppé. Après avoir préparé le terrain en signant une lettre d’amour à l’Europe avant les élections, il s’est rapidement placé en sauveur du navire en perdition en s’exprimant pour un rapprochement avec les centristes de l’UDI-Modem – qui, en tant que porteurs historiques du projet européen, font bien pâle figure avec leurs maigres 10%. Car pour le maire de Bordeaux, le sort de l’UMP dépend d’un constat soi-disant limpide : puisque les votants ont plébiscité la droite de la droite, la droite doit aller au centre.

Une telle constance dans l’incapacité (ou le refus) de saisir les attentes d’une partie croissante de l’électorat laisse coi, et songeur : si « le meilleur d’entre [eux] » se trompe à ce point, la droite française est dans de beaux draps. Car, n’en déplaise à Alain Juppé, les déboires de l’UMP aux présidentielles et aux européennes, proviennent essentiellement du fait que son parti n’est plus audible sur un sujet aussi crucial que celui de la place de la France en Europe. Tout simplement parce que cohabitent en son sein deux tendances opposées : la souverainiste ex-RPR et l’européiste ex-UDF.

On arguera que cet artifice a parfaitement fonctionné aux grandes heures de Nicolas Sarkozy. L’homme qui souhaitait réconcilier « la France du oui » et celle du « non » a en effet, ménagé la chèvre souverainiste et le choux fédéraliste en oscillant entre discours gaulliens et « intégrationnisme merkozyen ». Pour satisfaire tous ces gens aux opinions diamétralement opposées sur l’Europe, il suffisait de parler subsidiarité, répartition de compétences, de prôner une Europe « à sa juste place », et de laisser chacun entendre ce qu’il voulait dans ces paroles.

Mais la victoire du FN aux européennes montre que le charme est tombé. Le vote souverainiste a délaissé sa famille politique historique, ex-gaulliste, car il a décelé la supercherie derrière ce subterfuge de la subsidiarité. Celle-ci ne saurait en effet justifier l’économie d’un débat de fond à droite sur la nature de la construction européenne, tout simplement car elle n’est qu’une méthode, une façon de faire et ne peut pas être un projet politique, surtout pas pour une construction européenne sans finalité claire. La subsidiarité requiert en effet d’avoir préalablement distingué le principal du subsidiaire. Or c’est précisément la ligne de fracture aujourd’hui au sein de la droite française: il y a ceux – les souverainistes – pour qui la France est le principal, le cadre naturel de la démocratie et de la politique nationales, et qui conçoivent l’UE comme un appui pour les nations dans la mise en œuvre de leurs nécessaires coopérations. Et il y a les autres – les « intégrationnistes » ou fédéralistes plus ou moins assumés – pour qui l’UE est le nouvel horizon de la politique en Europe ; une organisation engagée dans un processus de construction étatique qui doit progressivement en revêtir les attributs (avoir sa monnaie, sa justice, sa diplomatie etc.)

L’UMP, en souhaitant réunir ces deux tendances contraires sur la question européenne, ne parvient plus à présenter une offre politique claire et cohérente. Contrainte de souffler le chaud et le froid sur l’Union européenne, et sur bien d’autres sujets, l’UMP est aujourd’hui confrontée à une contradiction qui lui est inhérente, et dont la droite française ne se départira qu’en prenant acte de la nécessité de présenter à son électorat les offres politiques qui lui conviennent. Si la droite libérale et pro-européenne semble incarnée par la jeune UDI, il importe de rendre à la démocratie française un grand parti de droite, républicain et souverainiste.

Que les nostalgiques de l’union de ces deux familles se rassurent : elles seront amenées à travailler conjointement, voire à s’entendre pour gouverner ensemble, à  l’image de la « cohabitation » Giscard/Chirac de 1974 à 1976. Mais il est dans l’intérêt d’une démocratie saine que chacun reste soi-même et tente de convaincre l’autre, plutôt que d’essayer, dans une optique purement comptable, de fusionner pour additionner les voix, quitte à nier les divergences.

Si l’huile et le vinaigre se marient très bien en vinaigrette, ils ne pourront jamais être parfaitement solubles l’un dans l’autre.

*Photo : VILLARD/SIPA. 00681785_000059.

« Le centrisme ne peut pas être le ciment de l’UMP »

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henri guaino europe ump

henri guaino europe umpAncien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, Hacenri Guaino est député des Yvelines.

Causeur. Vous n’avez pas voté pour votre parti, l’UMP, aux européennes, après avoir publiquement désapprouvé le choix du fédéraliste Alain Lamassoure comme tête de liste en  Île-de-France. Que faites-vous encore tous les deux dans le même parti ?

Henri Guaino. Je respecte les convictions d’Alain Lamassoure, mais je ne pouvais pas me résigner à ce qu’elles symbolisent la ligne politique de l’UMP sur l’Europe, ce qui était le cas dès lors qu’il était placé en tête de liste en Île-de-France. Au moins, Nicolas Sarkozy essayait de dépasser les divergences en dégageant une synthèse dans laquelle les différentes sensibilités pouvaient se reconnaître. Beaucoup de militants, de sympathisants et d’élus UMP partagent la même sensibilité gaulliste que moi. Il faut les respecter.

Votre sens du pluralisme vous honore… Mais, en l’absence d’unité et de cohérence idéologiques, à quoi rime encore l’UMP ?

Il  y a toujours eu des divisions sur ce sujet au sein de la droite française. Il vaudrait mieux dire : « des droites ». Le débat sur l’Europe a commencé avec la construction européenne elle-même. En 1992, lors du débat sur Maastricht, la direction du RPR regroupée autour de Balladur, Chirac et Juppé a voté pour le « oui » alors que les trois quarts de nos élus et militants disaient « non ».  Vingt ans plus tard, les choses n’ont pas tellement changé.

La spectaculaire victoire du Front national aux élections européennes  ne change-t-elle pas la donne ?

Dans la politique française, certainement, parce qu’elle aura des conséquences au sein des deux grands partis que sont le PS et l’UMP. [access capability= »lire_inedits »] Mais cela ne changera rien au fonctionnement de l’UE. Le pire serait qu’aucune leçon ne soit tirée et que cela ne change rien nulle part. Dans ce cas, il y aurait du souci à se faire pour la démocratie. Personne ne peut prévoir jusqu’où irait alors la poussée des populismes et des extrémismes en France et en Europe.

Pardonnez-nous d’insister, mais puisque vous rejetez tant les fédéralistes que les populistes, pourquoi n’essayez-vous pas de constituer un grand rassemblement gaulliste ? Sur la question européenne, vous êtes plus proche d’un Dupont-Aignan ou d’un Chevènement que de Juppé et Lamassoure…

On ne crée pas ex-nihilo un parti capable de peser dans la vie politique. Même le général de Gaulle a échoué avec le RPF. Il faut énormément de temps pour qu’une force politique nouvelle s’ancre dans l’histoire et s’impose sur la scène politique. Et puis les amitiés, les habitudes, les souvenirs des combats communs qui cimentent les familles politiques ne s’effacent pas aisément. Le Front national a mis trente ans à émerger sur la scène nationale. Sachant la difficulté de bouleverser l’équilibre partisan,  un homme politique qui veut agir doit d’abord essayer de devenir majoritaire dans sa formation politique pour en infléchir la ligne.

On a l’impression que le « politiquement correct » vous contraint à édulcorer vos positions. Par exemple, bien qu’opposé à la construction européenne, vous ne cessez de répéter « Je suis pour l’Europe », comme si vous craigniez de blasphémer. Est-ce moralement répréhensible de se dire opposé à l’Europe ? 

Non, c’est simplement absurde : du point de vue de l’histoire, de la géographie, de la civilisation, l’Europe existe et nous en sommes les héritiers. Je me sens profondément européen, solidaire de la civilisation de l’Europe, de sa culture, de son idéal humain. C’est à l’Union européenne telle qu’elle est que je m’oppose, c’est-à-dire à des institutions qui détruisent l’idéal qu’elles sont censées servir. Les institutions ne sont que des institutions. Elles peuvent être critiquées, réformées. Si l’on confond l’Europe et l’UE, si l’on proclame que « l’UE, c’est la paix », on sacralise des institutions qui sont défaillantes et on court à la catastrophe.

On croirait entendre Nicolas Sarkozy ! Dans sa tribune publiée par Le Point, l’ancien président se dit amoureux d’une Union européenne qu’il propose de réformer de fond en comble. N’est-ce pas contradictoire ?

Nicolas Sarkozy éprouve peut-être pour l’Europe un amour plus passionné que le mien. Mais, au-delà des mots et de quelques questions de détail sur les pouvoirs de la Commission européenne,  nous partageons la même démarche. Il faut effectivement tout changer, réformer Schengen, mais aussi que les États reprennent des compétences à Bruxelles. Ce monstre bureaucratique ne peut pas continuer à étouffer les démocraties nationales.

En attendant, on dirait que l’Europe est une religion. Et comme la foi ne se discute pas, il  semble toujours aussi impossible qu’en 2005, ou même en 1993, d’avoir un véritable débat…

S’il n’y a pas de débat, il y aura une grave crise de la démocratie : on ne peut pas continuer à élire des gens qui, le lendemain des élections, proclament qu’ils ne peuvent rien !

Quelles sont les responsabilités politiques respectives des médias et des partis politiques dans la diffusion de la doxa européiste ?

La « doxa européiste », comme vous dites, n’est qu’une pièce du grand puzzle de la pensée unique politique et médiatique qui rejette hors du « cercle de la raison » tout ce qui ne s’accorde pas avec elle. Ce politiquement correct qui ne cherche qu’à exclure et à disqualifier devient insupportable pour un nombre de plus en plus grand de Français parce qu’il exprime un « entre-soi » imperméable aux aspirations et aux difficultés des gens, à ce qu’ils vivent, à ce qu’ils ressentent. Les médias ont leur part de responsabilité parce qu’ils n’offrent plus d’espace propice aux discussions de fond, parce qu’ils sont désormais davantage dans la réaction que dans l’information, parce qu’ils nourrissent, bon gré mal gré, le « Tous pourris ! ». Tout le monde joue avec le feu.

Vous avez déposé, le 16 mai, une proposition de résolution à l’Assemblée réclamant la suspension des poursuites judiciaires engagées à votre encontre pour « outrage à magistrat ». Certains y voient une tentative de vous soustraire à la justice.  Que leur répondez-vous ?

Cette réaction démagogique est l’exemple type de ce qui nourrit la crise de la démocratie. La procédure de suspension des poursuites est prévue par la Constitution. C’est une très ancienne tradition républicaine utilisée sous la IIIe, la IVe et la Ve République. Si la proposition était adoptée, elle suspendrait les poursuites pour seulement quelques jours, jusqu’à la fin de la session, le 30 juin ! Aucune protection, donc. C’est un acte symbolique pour que l’Assemblée se prononce sur l’exercice de la liberté la plus fondamentale dans une démocratie : la liberté d’expression, et d’abord celle des parlementaires qui ont mandat de parler et d’agir au nom des citoyens. Les mêmes qui critiquent devraient se souvenir qu’il n’y a pas longtemps ils criaient : « La caricature plutôt que la censure ! ». 

Depuis les aveux télévisés de Jérôme Lavrilleux, proche de Jean-François Copé qui fut directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, sur le surfacturage de certains meetings, la crise est ouverte à l’UMP. Aux différends idéologiques et aux dissensions entre copéistes et fillonistes, s’ajoute un scandale financier. L’UMP peut-elle y survivre ?

Aujourd’hui l’UMP est dévastée. Elle a l’avenir que voudront lui construire ses élus, ses militants et les électeurs. Si toutes les sensibilités réunies au sein de l’UMP veulent vivre ensemble, travailler ensemble et faire de leur diversité une richesse, alors l’UMP aura un avenir. Il est vrai que cette diversité a besoin d’un ciment. Ce ciment ne peut pas être le centrisme mais plutôt quelque chose qui s’inspirerait du Gaullisme, c’est-à-dire d’une volonté, non de trouver un juste milieu mais de dépasser les clivages.
Quant à moi, je suis déterminé à tout faire pour changer ma famille politique de l’intérieur. Mais il faut être bien conscient de ce qui se joue: la disparition de l’UMP laisserait un trou béant entre un Centre fragilisé et un FN triomphant. C’est ce qui arrivera si nous abandonnons l’Etat, la République, l’autorité, la question nationale et la question locale au FN. L’UMP a besoin de se reconstruire moralement et intellectuellement avant de se préoccuper de ses alliances.
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a du travail. Une fois de plus c’est l’élection présidentielle qui sera décisive. [/access]

Photo : Hannah

Tiens tiens, Sarkozy revient

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sarkozy ump bygmalion juppe

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J’ai récemment pronostiqué que les futurs candidats à la primaire de l’UMP trouveraient un homme de consensus pour présider leur parti en la personne de François Baroin. Dimanche, sur France 5, Xavier Bertrand a confirmé mon intuition en citant le nom du député-maire de Troyes comme meilleur repreneur de ce paquebot à la dérive. Je pensais également qu’un ticket Guaino-Wauquiez pourrait compléter la distribution du film et nourrir un débat idéologique intéressant au sein de l’UMP. Mais la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy a mis à bas cet édifice. Nadine Morano, dimanche, puis Brice Hortefeux, Pierre Charon et Roger Karoutchi ont dégainé mercredi. Pour eux, Nicolas Sarkozy doit être candidat à la présidence de l’UMP. Les chevau-légers du sarkozysme plastronnent : leur champion serait le seul à pouvoir remettre de l’ordre dans la maison UMP, ce qui exigerait la suppression de l’élection primaire qu’ils vouent aux gémonies. On imagine difficilement que cette sortie coordonnée ait pu se faire sans le feu vert de l’ancien président de la République ; on peut même légitimement penser qu’il l’a demandée.

Certes, dans son entourage, d’autres plaident pour qu’il se désintéresse de l’appareil politique vermoulu de l’UMP et qu’il construise sa candidature de façon gaullienne, hors des partis. Peut-être garde-t-il ces deux fers au feu. S’il se décide finalement à ne pas aller au congrès d’octobre, l’aimable invitation de  Morano et Hortefeux apparaîtra d’autant plus comme une manière de dire : « Vous voyez, j’aurais pu y aller et j’aurais gagné, mais je suis au-dessus de tout cela. »

Ce n’est visiblement pas ce que pense François Fillon. Mardi soir, il a tenu un discours d’une violence rare à la tribune de son club Force Républicaine. C’est bien Nicolas Sarkozy et son éventuel retour qui étaient visés. Qu’on en juge : « Des millions d’euros détournés… C’est cela la politique ? La fin justifie les moyens ? On peut mentir, tricher, détourner l’argent des adhérents et des sympathisants et prétendre représenter la France et les Français ? Non ! ».

On a peine à croire que la cible de Fillon puisse être Jean-François Copé. Ce dernier, conscient de sa cote de popularité, a abandonné toute ambition pour 2017.  Fillon visait probablement celui qui, selon l’avocat de Bygmalion et Jérôme Lavrilleux, aurait bénéficié de  fausses facturations pour sa campagne présidentielle.

Les sarkozystes savent bien que cette ligne de défense ne tient pas. Domenach et Zemmour faisaient remarquer que Nicolas Sarkozy était le meilleur spécialiste français de l’organisation de meeting. Partant, comment croire qu’il ignorait le coût des grands barnums de Villepinte, de la Concorde et du Trocadéro ? C’est pourquoi, sa garde rapprochée dément en bloc les accusations de Maître Maisonneuve et Jérôme Lavrilleux, pointant plutôt du doigt un enrichissement de Bygmalion – ce qui mouille davantage le clan Copé – sur le dos de l’UMP.

L’affaire Bygmalion, c’est le caillou dans la chaussure de Sarkozy. Pourquoi, alors que policiers et juges ont mis leur nez dans les comptes de l’UMP, Nicolas Sarkozy aurait intérêt à aller en plein milieu du nid de frelons ? Mais un retour comporte aussi ses avantages. Le premier, c’est que la place est libre et que ses concurrents Juppé et Fillon ne comptaient  envisageaient de placer un homme de paille à la présidence du parti pour mieux préparer la primaire en vue de 2017.  Or, une candidature de Sarkozy à la présidence de l’UMP jetterait leur plan à la rivière. L’ancien président battrait tout candidat de seconde catégorie à plates coutures. Il met donc la pression sur Fillon Juppé en les poussant à se dévoiler. Juppé et Fillon pourraient-il oser affronter directement Sarkozy dans un congrès de l’UMP ?  Juppé aurait toute légitimité à le faire, fort d’arguments idéologiques et politiques. Mais de toute évidence, on ne le voit pas aller au feu.

Reste Fillon. Son discours viril de mardi soir annonce-t-il sa future candidature face à Nicolas Sarkozy ? Si tel était le cas, la campagne pour la présidence de l’UMP serait d’une telle violence qu’elle ferait passer celle de l’hiver 2012 pour les aventures de Oui-Oui.

Dans une telle bataille, il ne faudrait pas sous-estimer l’ancien Premier ministre, soutenu  par de nombreux parlementaires et anciens ministres. Toutefois, s’il défiait Sarkozy, le parti irait vers la scission et à la double candidature pour 2017. Du sang sur les murs.

À moins que François Fillon ne finisse par se déballonner, en homme auto-émasculé comme le décrit Jérôme Lavrilleux dans la dernière livraison du Point. S’il se ralliait au panache de Nicolas Sarkozy avant l’élection du président de l’UMP, il devrait espérer que son éternel rival soit finalement rattrapé par une quelconque « affaire » d’ici 2017. Les prochaines semaines nous en diront beaucoup sur le caractère de François Fillon. Ce n’est pas le moindre intérêt de l’éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP.

*Photo : Paul White/AP/SIPA. AP21573770_000005.

Un gay frontiste un peu trop Têtu…

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« Je suis quelqu’un de très sensible face à la détresse humaine, mais également à celle des animaux. Je suis devenu végétarien à l’âge de 16 ans et à 13 ans tout juste, je militais déjà dans les rues, distribuais des tracts aux passants et essayais de crier haut et fort la détresse du monde dans lequel on vit », confiait Matthieu, après son élection comme « Mister gay » du mois de mai par les internautes naviguant sur le site du journal Têtu. Ce discours aussi lisse qu’un torse épilé seyait parfaitement à l’occasion : on attend d’une Miss France queer qu’elle aime l’humanité et les petits oiseaux, pas qu’elle discute des mérites littéraires respectifs de Rimbaud et Baudelaire. Comble de bons sentiments, Matthieu annonçait dans la foulée qu’il allait bientôt poser pour le calendrier d’une association LGBT luttant contre les discriminations. Jusqu’ici, tout allait si bien que vous devez vous demander quel est l’intérêt de cette brève mollassonne. Ne zappez pas, vous louperiez le meilleur.

Le drame commence lorsque le sympathique Matthieu, déclare sa flamme… au Front national ! Vous avez bien lu : sur sa page Facebook, l’heureux élu n’y est allé avec le dos de la cuillère, publiant carrément la vidéo de l’agression d’une jeune femme blanche par un homme noir, assortie de ce commentaire : « « Voilà Pourquoi je Voterais FN ! » (sic, la marque du conditionnel étant sans doute involontaire).  Émoi et consternation sur le réseau social. Pour préciser le tir, sans toutefois le rectifier, Matthieu rétorque : « « Ce sont à coup sur ces memes gens qui n’ont pas de travail, qui n’en cherchent pas, qui se plaignent qu’il n’y en a pas, qui atendent que ça leur tombe tout cru ! Ce sont à coup sur ces memes gens qui ont giflé leur prof à l’école, qui ce sont fait renvoyés de leur lycée ou qui n’y sont plus allé d’eux meme ! A coup sur, ce sont ces meme gens qui viennent vous pourrir votre manif à Paris, qui brulent les voitures, qui volent vos téléphones dans le Metro, qui vous défonsse la gueule à votre sortie de boite de nuit« . (re-sic)

Pour couronner le tout, lorsque l’un de ses amis Facebook traite l’agresseur noir de « primate », le playboy ne trouve rien de mieux à lui opposer qu’un « MDR Bien » (re-re-sic). Ne pouvant pas plaider le malentendu, la direction de Têtu riposte par une série de Scud sur Twitter.

tetu matthieu fn

Eh oui, le racisme, c’est mal. Sans ironie aucune. Les mauvais esprits ricaneront devant la promotion d’un sympathisant frontiste par LE magazine gay. Têtu ayant été détenu par Pierre Bergé puis repris par un proche de François Hollande, on ne saurait l’accuser de collusion, même involontaire, avec le Front national. Imaginons qu’un magazine féminin ait connu la même mésaventure.  Des féministes aurait tôt fait de crier au sexisme en jouant les Cassandre : « Voilà ce qui arrive quand on met en valeur les ventres plats et les silhouettes d’anorexiques ».

Qui sait, il se trouvera peut-être des militants homosexuels assez subversifs pour s’indigner que les « Misters Têtu » soient élus sur la seule foi de leur plastique. On peut toujours rêver…