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Cimetière de Castres: le déséquilibré en djellabah hospitalisé

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(Avec AFP) – L’enquête sur la profanation de 215 tombes chrétiennes du cimetière Saint-Roch de Castres (Tarn) a rapidement progressé jeudi avec le placement en garde à vue d’un suspect, qui a été interné d’office en hôpital psychiatrique.

« La garde à vue a été levée, le suspect, âgé de 21 ans, étant dans un état délirant inaccessible à la communication, et il a été hospitalisé d’office », a indiqué le vice-procureur Charlotte Beluet à l’AFP.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, venu dans le Tarn pour rendre hommage à un policier tué par un chauffard il y a une semaine, a visité le cimetière profané et a insisté sur le « respect des croyances et des opinions des uns par rapport aux autres » (sic).

« Le suspect, interpellé à 12h45 jeudi, correspond au signalement donné par un témoin, un employé du cimetière, qui avait repéré un homme vêtu de blanc de type djellabah, et l’avait suivi » (sic), a expliqué la magistrate.

« On a retrouvé des vêtements correspondant à la description à son domicile », dans le même quartier que le cimetière et que la salle de prière musulmane attenante, a ajouté Mme Beluet.

Mais la magistrate souligne que rien n’a pu venir éclairer les actes dont l’homme est suspecté, et notamment pas une revendication religieuse.

« L’homme répète en boucle des prières musulmanes, il bave et est inaccessible à la communication : son état a été déclaré incompatible avec une garde à vue » en raison de ses troubles psychiatriques, a-t-elle cependant précisé.

« Ce sont clairement des atteintes aux symboles de la foi chrétienne », a déclaré à l’AFP le maire divers droite Pascal Bugis, en soulignant que de nombreuses croix avaient été cassées ou jetées à terre.

Dès jeudi matin, l’Union des Mosquées de France avait condamné « avec la plus grande vigueur la profanation », dans un communiqué.

« On poursuivra des investigations pour mesurer son degré de responsabilité et savoir si à un moment il est audible ou non », a déclaré le vice-procureur de Castres.

L’ampleur des dégâts commis mercredi lors de la pause déjeuner des gardiens du cimetière avait conduit à s’interroger sur le nombre des vandales à l’œuvre.

Selon la magistrate, cet homme « était seul » lors des faits. La nature des dégradations est compatible avec l’action d’un seul homme, a-t-elle estimé, en précisant : « On n’est pas sur des tombeaux ouverts, ce sont des croix décrochées, jetées par terre. » Rien de grave, en somme...

La PMA sans raison médicale validée à Versailles

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PMA à l'étranger adoption Cour d'Appel de Versailles

(Avec AFP) La procréation artificielle sans raison médicale est désormais légale à une seule condition : qu’elle s’effectue à l’étranger, dans un pays où le procédé n’est pas réservé aux situations d’infertilité pathologique, comme c’est le cas chez nous. C’est ce que nous apprend l’abracadabrante décision de la Cour d’appel de Versailles, qui vient d’accorder à quatre couples de femmes l’adoption d’enfants conçus par PMA à l’étranger.

Traduction : n’importe qui peut désormais se faire fabriquer un bébé à la demande, pour l’adopter ensuite. Et s’épargner ainsi les affres de la copulation. Bien pratique pour nos copines lesbiennes, enfin libérées de cette contrainte naturelle dégoûtante, et odieusement discriminatoire !

« Mes clientes sont très soulagées et très heureuses après un an et demi de procédure de voir que la famille qu’elles constituent et leur fille sont légalement protégées », a tranquillement commenté Me Caroline Mecary, militante LGBT radicale et avocate de l’un des quatre couples.

On notera l’intéressante logique selon laquelle un enfant serait moins protégé lorsqu’il a accès à ses origines biologiques… Et on se demande ce qu’en dirait Adeline Renou, jeune maman à l’origine d’un documentaire sur les personnes conçues, comme elle, par insémination avec donneur anonyme, qui « vit avec le fantôme de son donneur ».


L’épreuve d’amour par Films-Documentaires

« Cet arrêt a aussi une portée symbolique : il vient clore la polémique sur la PMA et l’adoption. Désormais si toutes les conditions légales sont réunies, le mode de conception de l’enfant ne fera plus obstacle », a poursuivi Me Mecary. Autrement dit, suivant ce raisonnement : qu’un enfant sorte d’une usine à bébés africaine ou indienne ne devrait bientôt plus être pris en considération dans les procédures d’adoption.

Mais ce n’est pas le seul apport de cet arrêt, selon l’avocate : « Il pose aussi à nouveau la question de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes en France. Dans la mesure où elles peuvent adopter des enfants nés d’une PMA à l’étranger, il y a une espèce d’hypocrisie sur cette question. »

En effet, la loi Taubira sur le mariage homosexuel a ouvert le droit à l’adoption aux couples de même sexe, mais n’a toujours pas résolu l’épineuse question de la conception d’enfants sans père ou sans mère… Une « hypocrisie » dénoncée dès 2013 par nombre de défenseurs de la double filiation humaine, et que seule une réécriture de la loi permettrait de corriger en réaffirmant les grands principes du droit international en la matière.

L’Agence européenne des adoptés et la Manif pour Tous se sont élevées contre cette décision qui « encourage de fait une pratique illégale », selon cette dernière.

« L’adoption, c’est redonner un père et une mère a un enfant qui en a été privé par un aléa de la vie, ce n’est pas donner un enfant à un couple. En effet, il n’y a pas de droit A l’enfant : il n’y a que des droits DE l’enfant et le rôle de la justice est de les faire respecter », a estimé la présidente de La Manif Pour Tous, Ludovine de La Rochère, dans un communiqué.

Fin avril 2014, le TGI de Versailles avait rendu la première décision refusant l’adoption de l’enfant du conjoint dans une famille homoparentale au motif qu’il avait été conçu par PMA à l’étranger, ce qui constituait « une fraude à la loi ».

« Le problème n’est pas tant la fraude à la loi que le détournement de l’institution de l’adoption, avait pour sa part commenté la juriste Aude Mirkovic, auteur de PMA, GPA la controverse juridique (Pierre Téqui éditeur), citée par Le Figaro. Nous espérons qu’il y aura un pourvoi afin que la Cour de cassation se prononce sur cette question.»

La Cour de cassation a depuis été saisie par les tribunaux d’Avignon et de Poitiers pour trancher cette question de droit qui suscitait une « instabilité juridique », après des jugements contradictoires.

Dans deux avis datés du 22 septembre 2014, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a dû assumer les conséquences prévisibles de la loi Taubira : elle considère désormais que le recours à la PMA sans raison médicale, bien que toujours illégal en France, n’est « pas un obstacle » à l’adoption au sein d’un couple de femmes.

Désormais, le TGI de Versailles ne s’y oppose donc plus. « Depuis l’avis de la cour de cassation du 22 septembre 2014, nous sommes tenus d’accepter les adoptions homosexuelles d’enfants nés par PMA à l’étranger », a indiqué à l’AFP une source judiciaire.

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«Les Républicains» allemands: un parti néo-nazi

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(AFP) – En Allemagne, le parti « Les Républicains » (« Die Republikaner ») est une petite formation d’extrême droite fondée par des dissidents du parti conservateur bavarois CSU et un ancien membre de la Waffen-SS, le journaliste Franz Schönhuber, décédé en 2005.

L’UMP va se transformer fin mai en un nouveau parti qui, selon des sources concordantes, sera baptisé « Les Républicains ».

Actuellement dirigé par Johann Gärtner, « Die Republikaner » compte environ 6.500 membres. Il a été surveillé par les services de renseignements intérieurs allemands entre 1992 et 2006.

Die Republikaner, qui a dans le passé tenté de se rapprocher d’autres formations d’extrême droite allemandes comme DVU ou le NPD, a obtenu dans les années 80 et 90 quelques bons scores aux niveaux européen (six députés en 1989) et local, avec quelques élus à l’assemblée de l’Etat régional du Bade-Wurtemberg (sud-ouest) entre 1992 et 2001. Mais depuis cette date, le parti, quasi inexistant au niveau fédéral, n’est plus représenté dans aucun parlement régional.

Député européen de 1989 à 1994 sous la bannière des Republikaner, avant de claquer la porte du parti pour rallier le NPD, Franz Schönhuber est l’auteur d’un livre dans lequel il défend le régime nazi et son propre rôle dans la Waffen-SS, branche militaire de la SS. Il est également l’auteur d’un livre à la gloire de Jean-Marie Le Pen, l’ancien président du Front national français.

C’est lors de la présentation du livre en 1997 à Munich que M. Le Pen avait réitéré ses propos sur l’extermination des juifs, à ses yeux un « détail » de l’Histoire.

Europe : les cadres se rebiffent

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En octobre 2010, le journaliste et écrivain allemand Dirk Kurbjuweit publiait dans l’hebdomadaire Der Spiegel un article intitulé « Der Wutbürger », « Le bourgeois en colère », dans lequel il analysait la métamorphose, regrettable de son point de vue, de nombre de ses concitoyens appartenant aux couches moyennes et supérieures de la riche Allemagne : « Une nouvelle figure s’impose dans la société allemande : c’est le bourgeois en colère. Il rompt avec la tradition bourgeoise qui allie la modération politique à un comportement individuel et social fait de mesure et de retenue. Le bourgeois en colère siffle, crie, manifeste sa haine. Il est conservateur, financièrement à l’aise, et plus très jeune. Hier, c’était un pilier de l’ordre étatique. Aujourd’hui, il crie son dégoût de la classe politique. Il se montre lors des conférences de Thilo Sarrazin et dans les manifestations contre le projet de nouvelle gare ferroviaire de Stuttgart. »[1. En 2009, le gouvernement chrétien-démocrate du Land de Bade-Wurtemberg a été renversé par une coalition Verts-SPD à la suite de manifestations imposantes contre l’extension de la gare ferroviaire de Stuttgart.]. Il illustrait ensuite son propos sur cette transgression des codes de la bourgeoisie d’outre-Rhin par l’exemple de manifestations où l’on voyait le public très sélect de la salle du Manège de Munich brailler comme une bande de hooligans du virage sud de l’Allianz Arena, où se produit le Bayern, étoile bavaroise de la Bundesliga.

Cet article fera date, un peu comme le fameux « La France s’ennuie » de Pierre Viansson-Ponté, dans Le Monde du 15 mars 1968, et son auteur est régulièrement mentionné comme celui qui a repéré avant tout le monde cette mutation de l’état d’esprit des citoyens de l’Allemagne profonde. Le concept de Wutbürger est d’autant plus opérant qu’en allemand le mot Bürger désigne à la fois le bourgeois sociologique et le citoyen de la République : Herr Müller est en colère, car il se sent dépossédé de sa position centrale de pilier économique, politique et culturel de la nation. Les responsables de cette dépossession sont, à ses yeux, les élites mondialisées et bruxellisées qui dominent la politique et l’économie de la RFA, et les chantres du multiculturalisme qui l’invitent, comme la chancelière Angela Merkel, à s’accommoder du fait que l’islam « fait partie de l’Allemagne » au même titre que le christianisme, version papiste ou luthérienne. [access capability= »lire_inedits »]

Dans le reste de l’Europe, notamment en France, on vit toujours avec une perception du modèle allemand fondé sur les vertus du « capitalisme rhénan » : économie sociale de marché, cogestion des entreprises par le capital et les salariés, « patriotisme de la Constitution »[2. Le patriotisme de la Constitution est un concept introduit dans les années 80 par le philosophe Jürgen Habermas pour affirmer que l’Allemagne nouvelle aurait abandonné toute référence au sang et au sol dans la définition de son identité nationale.], modèle Jürgen Habermas, antidote à la résurgence d’un nationalisme qui avait mené le pays au désastre. Quand on prête exclusivement l’oreille aux intellectuels d’outre-Rhin qui annoncent l’avènement imminent d’une ère postnationale et raillent la persistance anachronique des rêves de « Grande Nation » des Français, on peut croire que la foi européiste des Allemands est inébranlable. Cette Allemagne qui se pensait immunisée contre l’émergence de partis politiques « antisystèmes », identitaires et xénophobes, à l’image du FN français, du FPÖ autrichien et des divers mouvements populistes des pays nordiques, se révèle aujourd’hui travaillée en profondeur par les mêmes angoisses que ses voisins. Le mouvement Pegida de Dresde en a été la manifestation la plus spectaculaire. Longtemps, les Verts allemands ont pu faire illusion : ils étaient parvenus à réunir, sous l’égide de dirigeants issus de l’extrême gauche, des écologistes ultra-conservateurs refusant les fétiches de la modernité et des altermondialistes rêvant de la dissolution de la nation allemande dans une Europe métissée. Leur intégration progressive dans le système, l’itinéraire personnel de leurs figures de proue, comme Joschka Fischer, devenu consultant de luxe des géants de l’industrie allemande, a mis fin à cette ambigüité : le bourgeois en colère, qui, parfois, votait pour eux, ne se reconnaît plus dans ce parti européiste et conciliant à l’égard des exigences communautaristes des islamistes.

L’exemple allemand montre que ce ne sont pas seulement la crise économique et la peur de perdre les acquis sociaux et matériels du siècle dernier qui engendrent la colère des « modérés ». L’insécurité culturelle s’empare des riches comme des pauvres. Elle se manifeste aussi bien à Athènes ou à Madrid qu’à Londres ou à Berlin. Le Wutbürger plébiscite des leaders ou des porte-parole venus de tous les horizons politiques : de l’extrême droite comme Marine Le Pen en France ou Geert Wilders aux Pays-Bas, de la droite conservatrice comme Nigel Farage au Royaume-Uni, de l’extrême gauche comme Alexis Tsipras en Grèce ou Pablo Iglesias, le chef de Podemos en Espagne. Peu importe son ADN idéologique, il suffit à ce leader d’être celui qui incarne de manière convaincante le rejet du « système », concept attrape-tout mêlant dans un même opprobre les élites nationales arrogantes et corrompues, la bureaucratie bruxelloise, la finance mondialisée.

Avant de trouver un débouché politique dans des formations qui émergent des marges pour menacer dans les urnes les partis de gouvernement, les bourgeois en colère avaient assuré le succès éditorial de livres exprimant leurs sentiments avec habileté et talent : en Italie, la journaliste vedette Oriana Fallaci, antifasciste incontestable qui a combattu avec les partisans pendant la Seconde Guerre mondiale, publie, en 2002, La Rage et l’Orgueil, un pamphlet tonnant contre les ravages de l’immigration incontrôlée dans la péninsule. En Allemagne, Thilo Sarrazin, ancien haut responsable du Parti social-démocrate, dépasse le million d’exemplaires en 2010 avec L’Allemagne disparaît, un ouvrage qui inspirera Éric Zemmour pour lancer la bombe éditoriale du Suicide français en 2014.

Dans les pays du sud de l’Europe, notamment en Espagne et en Grèce, l’indignation hesselienne, fortement marquée par le vieil altermondialisme issu des affrontements géopolitiques du siècle dernier, avait nourri les révoltes populaires. Elle échappe aujourd’hui à ses concepteurs pour se muer en force souverainiste accusant les pouvoirs en place de brader les intérêts nationaux en obéissant aux diktats de Bruxelles, de Francfort et du FMI. Dans les pays d’Europe du Nord, les ressentiments du bourgeois en colère se concentrent essentiellement sur la déstabilisation du modèle culturel provoquée par l’arrivée massive de populations allogènes, principalement musulmanes, dans des sociétés qui avaient préservé, jusque-là, une grande homogénéité ethnique. En Allemagne, les multiples coups de canif dans le contrat européen, qui prévoyait que chaque pays de la zone euro assumerait seul les conséquences de ses errances budgétaires, provoquent une révolte des fourmis contre les cigales présumées, et la montée du parti europhobe AfD. Quant à la Grande-Bretagne, après avoir torpillé le projet d’« Europe puissance », elle s’emploie, sous la pression de l’UKIP (United Kingdom Independence Party) de Nigel Farage, à s’affranchir chaque jour un peu plus des règles communes auxquelles elle a souscrit.

Les pays de la « nouvelle Europe », qui ont rejoint l’OTAN et l’UE à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique, ne sont pas épargnés par ce mouvement de fond : en Hongrie, le gouvernement de Viktor Orban a été porté au pouvoir par une classe moyenne exaspérée par la corruption et l’incompétence de dirigeants politiques postcommunistes reconvertis en affairistes sans scrupule. Les élections au Parlement de Strasbourg, baromètre de l’adhésion populaire à l’idéal européiste, n’attirent plus qu’une infime minorité de citoyens avant tout soucieux de faire un usage plein et entier d’une souveraineté nationale bafouée pendant près d’un demi-siècle par l’hégémonie soviétique. On en arrive même au point où des pays comme la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie expriment aujourd’hui leurs réticences à l’égard d’une politique de fermeté verbale face à la Russie de Vladimir Poutine : les citoyens de ces pays ont des doutes – justifiés – sur la capacité de l’Occident à endiguer le néo-impérialisme russe. Par conséquent, chacun tente, dans son coin, de conclure de petits arrangements avec le diable.

Cependant, la bourgeoisie des pays d’Europe centrale et des pays baltes est encore en phase de constitution, ou de reconstitution, d’un ordre social et économique porteur d’avenir pour elle-même et sa descendance. Alors que la mémoire de la faillite politique, économique et morale du communisme est toujours vive, l’idée du déclin ne s’impose pas encore, mais la foi dans les vertus de la démocratie libérale comme seul mode possible de l’exercice du pouvoir s’est muée en un scepticisme généralisé. On préfère alors confier les clés de la maison à des oligarques dont le programme consiste à appliquer à la gestion des affaires publiques les recettes de leur succès entrepreneurial. Aussi proposent-ils à leurs mandants un contrat de citoyenneté similaire à un contrat de travail dans l’entreprise, la sujétion volontaire garantissant la sécurité matérielle, et l’espoir d’ascension sociale.

Fait nouveau, le bourgeois en colère ne se laisse plus intimider par la reductio ad Hitlerum que lui opposent les tenants de l’ordre établi. Que l’on disqualifie son insécurité culturelle en la réduisant aux qualificatifs infamants de xénophobie, islamophobie, homophobie et autres ne fait qu’accroître son ire. Le fantassin de la République, qui s’accommodait jusque-là tant bien que mal de la dégradation des conditions matérielles et morales du service, résultat des errances idéologiques de l’état-major, met la crosse en l’air, dans la rue et dans les urnes. Cela produit des mouvements de foule qui laissent les experts patentés, sociologues, politologues et éditorialistes mainstream aussi désemparés que des poules devant un couteau.

Qui aurait pu prévoir que, dans une France largement déchristianisée, l’instauration du mariage gay ferait descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes attachées à une conception traditionnelle du mariage et de la filiation ? Contrairement au bourgeois allemand qui, à en croire Kurbjuweit, adopterait les codes comportementaux de la « canaille », les participants à La Manif pour tous restent polis, mais pour combien de temps encore ? La victoire à la Pyrrhus du gouvernement socialiste dans ce dossier a sans doute précipité la désertion du bourgeois en colère du camp politique qui lui était assigné, centre gauche pour la « bourgeoisie de savoir » (les classes moyennes éduquées issues du peuple), centre droit pour la « bourgeoisie d’héritage et de savoir-faire » (commerçants, artisans, professions libérales)… D’un bout à l’autre de l’Europe, le Wutbürger ne se sent plus protégé, son statut social vacille et son environnement culturel se désagrège. Aussi est-il la proie idéale pour les démagogues les plus primitifs. L’ordre moral (ou immoral) instauré en Occident après 1945 vacille, sous les coups de boutoir des djihadistes et de leurs idiots utiles, pendant que Bruxelles compte ses sous. On se souvient de la prophétie adressée par Mikhaïl Gorbatchev à Erich Honecker à Berlin, en novembre 1989 : « Ceux qui arrivent trop tard seront punis par l’Histoire. » Jamais, elle n’a été autant d’actualité.[/access]

*Photo : Hendrik Schmidt/AP/SIPA. AP21681336_000020.

Vote obligatoire : à quoi joue Bartolone?

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vote obligatoire bartolone

Et revoilà le vote obligatoire ! Cette idée revient de temps à autre, avec l’idée de culpabiliser ceux qui ont l’audace de préférer taquiner le goujon les jours de scrutin. Claude Bartolone vient de découvrir –tenez-vous bien !- que l’abstention serait moins importante si on verbalisait les abstentionnistes. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce cas. Un parti souverainiste qui a toute ma sympathie a fait sienne cette proposition depuis quelques années, ce qui m’a valu de belles engueulades avec de bons amis, qui m’assurent que cette solution permettrait aux petits partis de devenir plus gros. Je n’y ai jamais cru. Le désir ne se décrète pas. Que penserait-on d’un cuisinier qui forcerait, tel l’un des personnages de L’Aile ou la cuisse, ses convives à ingurgiter des plats qu’ils trouvent immangeables ? Les citoyens, en réalité, sont loin d’être aveugles. Et les Français demeurent un peuple très politique, malgré les forts taux d’abstention. Il suffit d’examiner le différentiel des taux de participation selon les types d’élection pour s’apercevoir que les citoyens peuvent se mobiliser massivement (élection présidentielle, référendums sur l’Europe) ou en bouder d’autres, en fonction des enjeux. Il n’y a donc pas de crise de la demande de politique mais bien une crise de l’offre.

L’illégitimité de la proposition du Président de l’Assemblée nationale prend sa source ici. C’est un responsable emblématique de l’offre qui souhaite sanctionner les récalcitrants. Comme d’habitude, on nous fait le coup des gens-qui-sont-morts-pour-que-nous-puissions-voter. Culpabilisation insupportable au pire, qui en touche une sans faire bouger l’autre, au mieux.  Alors, comme ça ne suffit pas, on va mettre une amende à ceux qui ne se déplacent pas, en faire des chauffards de la démocratie. Et pourquoi pas nous enlever des points sur notre permis de conduire ? S’il n’est pas satisfait de l’offre, le chauffard peut très bien voter blanc, explique Bartolone. D’ailleurs, depuis un an, on sépare les bulletins blancs des bulletins nuls. Mais bon, on n’est pas allé jusqu’à les compter dans le total suffrages exprimés. Parce que le citoyen qui se rend au bureau de vote et ne met rien dans son enveloppe, il n’exprime rien, c’est bien connu. On se demande également ce qu’il adviendra des gens qui décident, par exemple à la faveur d’un déménagement, de ne pas s’inscrire sur les listes électorales. Claude Bartolone a-t-il prévu de les traquer ? Devront-ils participer à des stages de rééducation à la citoyenneté ? Ou ne s’en préoccupera-t-on pas, créant une inégalité flagrante avec l’abstentionniste occasionnel verbalisé ?

Notre époque ne manque pas de paradoxes. Comme me le soufflait hier ma consoeur Eugénie Bastié, il sera bientôt interdit de fumer, d’être trop gros ou trop maigre, alors qu’on pourra se shooter librement dans des salles prévues à cet effet ou aller faire une GPA à l’étranger, tandis qu’il sera obligatoire de voter ou de donner ses organes. On ne saurait mieux résumer le ridicule de la situation.

 

Najat Vallaud-Belkacem et la fin de l’Histoire

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najat vallaud histoire

Qu’ont donc fait les enfants de notre République pour mériter que la rue de Grenelle leur jette encore un mauvais sort avec le projet des nouveaux programmes d’histoire ?

Lundi dernier, notre sirène nationale, Najat Vallaud-Belkacem est venue bercer Jean-Jacques Bourdin et les auditeurs de RMC de son chant envoûtant : « Non, l’enseignement des langues anciennes n’est pas menacé mais au contraire renforcé. Oui, on baigne dans la désinformation la plus complète, etc. »

Avis aux professeurs de lettres et aux intellectuels engagés pour la défense des humanités (Régis Debray, Marc Fumaroli). Vous faites de la désinformation, vous véhiculez de fausses rumeurs. Bref, vous êtes des menteurs, voici donc en substance le message transmis par Madame le ministre de l’Education nationale vous concernant. Nul doute que vous saurez la remercier comme il se doit pour l’extrême amabilité dont elle fait preuve à votre égard.

Et maintenant, le projet des nouveaux programmes d’histoire concocté par le Conseil supérieur des programmes et qui vient d’être rendu public sur le site du ministère de l’Education nationale.  Pour flatter le féminisme de Najat Vallaud-Belkacem, il faut relever la place accordée aux femmes dans le langage utilisé ; on ne parle pas dans les intitulés du programme de 3e des « Français » mais « des Françaises et des Français ».

Parlons plutôt du fond. Une distinction est faite entre les thèmes à aborder obligatoirement et les thèmes laissés au libre choix de l’enseignant. Tout ceci pourrait être réjouissant si le choix à la fois de certains thèmes et de ce qui est imposé ou non n’était pas proprement hallucinant !  Signalons au passage que l’Egypte ne devant plus figurer au programme de 6e, ces classes ne connaîtront des pyramides que celle de l’entrée du musée du Louvre.

Prenons pour exemple, le programme de 4e, dont la domination de l’Europe sur le monde constitue le leitmotiv, l’étude de la traite négrière est obligatoire mais pas celle des sociétés des Lumières.

Mais surtout, ce sont les élèves de 5e qui se verront enseigner une histoire du Moyen-Âge très particulière, où l’étude de l’islam sera obligatoire et celle du christianisme, optionnelle (non, je n’invente pas) ! De plus, celui-ci ne sera pratiquement abordé que dans le chapitre « une société rurale encadrée par l’Eglise ». Les cathédrales ayant, me semble-t-il, été érigées dans les villes et non dans les campagnes, elles n’auront donc plus leur place dans le programme de 5e !

Jean-Jacques Bourdin, vous qui aimez poser les questions qui fâchent, n’omettez pas, la prochaine fois que vous inviterez Mme Najat Vallaud-Belkacem, de lui poser la question suivante : « pourquoi au collège, en cinquième, sera-t-il obligatoire pour un enseignant d’aborder l’islam mais pas le christianisme? »

Est-ce pour prémunir nos collégiens du danger que représente l’islamophobie que le Conseil supérieur des programmes propose cette nouvelle mouture ?

Ce programme d’histoire de cinquième est un pas symbolique mais décisif dans l’esprit de « soumission » qui commence à animer nos gouvernants et certaines de nos élites qui ne voient pas d’inconvénient à faire de l’islam l’héritage principal de notre civilisation, les héritages gréco-romain et judéo-chrétien risquant, à terme, de devenir de purs accessoires. Le problème est que l’Andalousie et son magnifique patrimoine arabo-islamique sont géographiquement éloignés et que nos chers élèves n’auront pas d’autre choix que de visiter avec leurs professeurs d’histoire-géographie les mosquées de Seine-Saint Denis, qui n’ont pas encore le privilège de figurer parmi les sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

*Photo : wikicommons.

Les bas-fonds

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bas fonds baroque

Je sors d’une splendide expo sise au Petit Palais sur « Les bas-fonds du baroque — la Rome du vice et de la misère ». Soixante-dix tableaux d’artistes présents à Rome entre 1600 et 1650, au plus fort de l’esthétique caravagesque — mais pas seulement : des Français venus se frotter aux grands modèles, et qui menèrent là une vie de débauche désargentée (Simon Vouet, Claude Lorrain, Valentin de Boulogne), des Italiens bien sûr, comme Bartolomeo Manfredi, ou des Flamands et des Espagnols de passage, tels Van Laer ou Ribera. Comme dit fort bien le texte de présentation de l’expo, « non plus la Rome du Beau idéal, mais celle d’après nature ». On y apprend en particulier (enfin, moi j’y ai appris — mais mon ignorance est insondable) l’existence de confréries de francs buveurs et noceurs — les Bentvueghels — dont les fêtes, pour ce qui en est représenté, ne devaient pas être tristes. Les confréries bachiques sont légion, et il est significatif que les peintres baroques présentés ici (souvent ces Bamboccianti, les bambocheurs, dont Van Laer était le plus digne représentant) optent pour Dionysos contre Apollon. Le dieu du Cosmos (contre Dionysos, dieu du Chaos) triomphera surtout dans la seconde moitié du siècle. Poussin — présent à Rome à la même époque, mais qui n’a voulu y voir que l’ordre antique et les canons officiels du Beau — postule Apollon au centre de sa célèbre Inspiration du poète, que Lagarde & Michard mirent en couverture de leur XVIIème siècle, choisissant d’occulter tout le baroque, ou presque. Comme dit le Poète, la lumière « suppose d’ombre une morne moitié ». L’exposition du Petit Palais, c’est la part nocturne du « Grand siècle » — et l’on sort de là en se demandant si l’abus idéologique de soleil, à partir de 1661, n’est pas une escroquerie : musiciens fauchés, buveurs illustres, tricheurs, malandrins (maintes toiles sont consacrées aux sanglants bandits romains), prostituées souvent mineures et gitons dénudés, mages et cartomanciennes, c’est l’envers de l’aristocratie. L’Europe d’en bas. Les gens de peu. Voir Le Mendiant de Ribera, que le peintre exploitera plus tard pour en tirer son Archimède, passant du réalisme à l’Idée, ou plutôt montrant que l’idéal est empreint de misère.

jusepe de ribera

Œuvre emblématique, le tableau d’Anton Goubau, Artistes qui dessinent d’après l’antique et artistes à la taverne, met en scène cette opposition d’Apollon (et des Muses très comme il faut) et de Dionysos et des épaves vautrées dans la vinasse, dans un décor soigneusement antique…

goubau brighelli

Humour du peintre réaliste qui sait ce qu’on lui demande (de l’Idéal ! De l’Idéal !) mais qui y glisse un fragment de sa vie réelle. Idem pour Le Lorrain, dont on connaît les couchers de soleil splendides sur marines de convention, mais dont on ignore la Vue de Rome avec la Trinité-des-Monts (l’église archi-célèbre au dessus de la Piazza di Spagna, sur les escaliers de laquelle posent tous les touristes en goguette) — avec au premier plan en bas à droite, une scène de prostitution où la maquerelle vend au client des gamines pas même nubiles.

Dans le même genre, le Paysage de ruines avec scène pastorale — en fait, le berger pisse contre un monument romain antique — de Cornelis van Poelenburgh.

baroque bas fonds

C’était à l’époque où Ferrante Pallavicino publiait la Rhétorique des putains — ce qui lui valut, en 1644, à 29 ans, après 56 jours de torture, d’être décapité à Avignon sur ordre du pape : les bas-fonds sont aussi une prise de risque.

L’orgie vineuse de Dionysos est souvent un prétexte pour exposer de l’éphèbe très dénudé : voir le Jeune Bacchus du Pseudo-Salini.

brighelli salini

Voir surtout le Jeune homme nu sur un lit avec un chat (si ! Il a osé !) de Giovanni Lanfranco.

bas fonds baroque

C’est autrement plus beau, dans le genre hormosessuel, comme disait Zazie, que les chromos dérisoires de Pierre et Gilles.

pierre gilles homo

Un artiste somme toute classique comme Simon Vouet est tout aussi capable de représenter un Jeune homme aux figues, qui fait la figue de la main droite — geste obscène s’il en est — tout en tenant deux figues (que tient-il donc, en fait ?) de la gauche.
Tout cela pour dire…

jeune homme figues

Gorki avait écrit les Bas-fonds — et j’ai souvenir d’une belle mise en scène, en 1972 (je venais d’arriver à Paris) de Robert Hossein où je découvris jacques Weber. Je vis plus tard le film de Renoir (1936), plus tard encore celui de Kurosawa (1957 — et Toshiro Mifune, déjà). Le peuple d’en bas surgissait en littérature et au cinéma — comme les mots du bas-ventre avaient jailli sous Rabelais, faisant la figue, pour quelques siècles, au vocabulaire poli et policé de la « belle » littérature : les livres aussi sont partagés entre Apollon et Dionysos.
Mais de ce peuple-là, que reste-t-il aujourd’hui ? Les magazines nous proposent tous des images sur papier glacé, les photographes ne s’intéressent plus à l’envers du décor (alors qu’en 1929-1934, Dorothea Lange, entre autres, avait su fixer sur son reflex les images de la Grande dépression), et les politiques préfèrent ignorer qu’il y a un autre peuple que celui des bobos.

bas fonds peuple

Ah, mais j’oubliais, on a réduit depuis peu la « fracture sociale »… On l’a tellement réduite que la plèbe s’est inventé des amours tumultueuses (et tueuses est bien le terme) avec Jean-Marie l’ineffable, à la grande consternation des bien-pensants. Et on le lui reproche ! Peut-être devrait-on s’intéresser à la France d’en bas — encore faudrait-il qu’il y ait encore en France des artistes, et des politiques dignes de ce nom. Mais ce n’est pas en interdisant d’image les réprouvés, les chômeurs, les ivrognes, les putes d’occasion et de fins de mois, qu’on les effacera du paysage. J’ai même dans l’idée qu’à force d’être ignorée, la marge reviendra un jour en pleine page.

PS. Le catalogue est parfait, d’érudition et de reproduction.

Républicain, moi-même!

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ump leguen republicains fn

Le grognard du gouvernement a encore frappé. Interrogé ce matin sur Sud Radio, le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement s’en est vivement pris à l’UMP. Pour une fois, ce ne sont pas les frondeurs socialistes qui sont l’objet de son courroux social-démocrate n’admettant pas d’autre ligne à la gauche du vallsisme. Non, la pomme de discorde entre cet ex-strauss kahnien et ses adversaires de droite porte sur une simple expression, en l’occurrence « Les Républicains », nouveau nom que Nicolas Sarkozy voudrait proposer à l’UMP. Verdict du ministre : « C’est évidemment un abus de pouvoir. Non pas qu’il n’y ait pas une droite qui ne soit pas républicaine, moi personnellement je sais faire la différence entre des idées d’extrême-droite et la droite » mais « ce qui est vrai – on l’a vu avec cette affaire du ni-ni -, c’est qu’elle n’est pas toujours au clair », a-t-il expliqué en désignant la droite avec la répétition du sujet si chère à François Hollande. Et la sentence de tomber : « Donc il y a à mon avis un abus de position que de vouloir se réclamer républicain de la part de l’UMP ». Certes, on ne sache pas que la hargne de l’ancien médecin, très engagé dans la lutte contre l’obésité, ait fait dégrossir les scores mirobolants du Front national, mais seule l’intention compte…

Explication de texte. L’UMP refusant de faire barrage au Front national par tous les moyens, y compris d’appeler à voter pour un candidat de gauche au second tour, le parti post-gaulliste ne peut se prévaloir de l’épithète de « républicain ». Clair comme de l’eau de roche : pour avoir droit au label AOC, encore faut-il respecter le sacrosaint « pacte républicain » et passer avec succès l’inspection des troupes qu’impose le brigadier chef Le Guen. Qu’un parti socialiste, dont le slogan était encore « pas un canton pour le FN » en 2011 puisse poser en arbitre des élégances républicaines surprendra les naïfs. Mais quoi, comme son n+1 Valls, Jean-Marie Le Guen a toute légitimité pour distribuer les bons points et décider qui est républicain et qui ne l’est pas. Je me répète ? C’est que vous n’avez pas saisi l’axiome de base du leguénisme : la République, c’est moi !

Le piquant de cette affaire, c’est que Sarkozy n’a évidemment pas choisi ce label par hasard. Las de s’entendre amalgamés à l’intérieur du monstre « UMPS », ses militants le pressaient de changer de nom, afin d’échapper aux imprécations verbales de Marine Le Pen. Voilà pour le flanc droit du parti, que l’association avec le PS insupporte. Mais Sarkozy, qui n’a rien d’un idéologue et tout du parfait opportuniste, avait également pour souci de satisfaire son hémisphère gauche en apposant un brevet de républicanisme au logo de l’UMP. La République comme ADN, nom et prénom, avec comme supplément d’âme un clin d’œil à l’Amérique, que demander de plus ? « Je suis républicain parce que je le dis » : horreur, malheur, le principe élémentaire du leguénisme a infusé à droite !

République, république, république : une telle avalanche de mot-valise vide de sens finit par épuiser ce qu’il reste de citoyens. Pendant ce temps, un petit parti qui monte, qui monte, qui monte capitalise sur le projet d’une république sociale, à la laïcité intransigeante, malgré ses casseroles et son passé de cancre de la classe politique. Sarkozy et Le Guen auront beau faire tourner les tables en tous sens, j’en connais une qui a le front de se définir comme la seule femme politique républicaine, nationale et sociale. Diable, le leguénisme aurait-il contaminé le FN ?

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00705510_000031.

Charlie Hebdo : Booba s’embourbe

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« J’étais ni Charlie ni pas Charlie » : patatras, le rappeur Booba a enfin fait son coming-out de normand ! À la consternation générale, le bad boy de Boulogne a expliqué au Parisien que les dessinateurs de Charlie Hebdo auraient dû s’attendre à la boucherie du 7 janvier. « Quand on joue avec le jeu, faut pas s’étonner de se brûler » argue-t-il sans aucun flow, en comparant les djihadistes courroucés par les caricatures de Mahomet à un banc de « requins ». Et l’exilé fiscal bling-bling d’expliquer qu’on ne se baigne pas impunément dans la mer d’Australie : « Il y a une différence entre la liberté d’expression et l’insulte. Tu peux me critiquer, critiquer mon disque. Mais si tu me dis «T’es qu’une merde», attends-toi à te prendre une tarte. Et là, ils ont dit «Le Coran c’est de la merde».

Hier soir, sur iTélé, la présidente des Jeunes socialistes Laura Slimani ne savait quoi répondre au débat lancé par Audrey Pulvar. L’idole des djeunes a-t-il dérapé comme un vulgaire Jean-Marie Le Pen au bord de la retraite ? Slimani s’afflige de tels propos chez quelqu’un « qui est si écouté parmi les jeunes ». Ah si seulement Booba avait parlé « des discriminations dans les quartiers populaires », de la souffrance du peuple des banlieues et de tout le bazar victimaire que le MJS exhibe comme un totem, a regretté sa jeune présidente.

Tout bien réfléchi, c’est surtout la métaphore animalière de Booba qui choque le citoyen vigilant que je suis : en assimilant tous les requins à des prédateurs, et les djihadistes à ces bêtes assoiffées de sang, Booba stigmatise deux communautés objets des pires stéréotypes. On avait pourtant dit « pas d’amalgame »…

 

Dreux aux avants-postes du malaise français

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Porcs-épics, belettes et renards écrasés, vous êtes bien sur la route de Dreux. Nationale 12. En pleine campagne. Les champs se succèdent quand, soudain, trois tours HLM couronnent la cime des arbres. Ci-gît une ville de banlieue à 100 kilomètres de Paris. Ancienne cité gauloise, Dreux a longtemps été un point d’accès au royaume de France, mais la porte a cédé, et la ville est aujourd’hui peuplée à 40 % d’étrangers. « C’est Sarcelles », « Fais attention à toi ! », tels sont les encouragements prodigués à quiconque projette de s’y aventurer. La ville de 31 000 habitants est aujourd’hui plus connue pour être l’une des plaques tournantes nationales du trafic de drogue que pour la chapelle royale qui la domine du haut d’une colline. Entourée de plateaux, Dreux est un creux, pas seulement géographique. Près d’un habitant sur quatre est au chômage, et l’écart entre les revenus les plus hauts et les plus faibles y est presque deux fois plus important que dans l’ensemble du pays. En 2010, elle était même classée dixième ville la plus pauvre de France.

Si la France entière connaît le nom de Dreux, c’est parce que, il y a trente ans, le Front national y réalisait sa première véritable percée. Nous sommes le 4 septembre 1983, et à Dreux, c’est jour d’élection municipale, celle du printemps précédent ayant été invalidée. Le « tonnerre de Dreux » résonne sur la France : la liste menée par Jean-Pierre Stirbois, numéro 2 du FN, recueille plus de 16 % des voix – un score qu’on trouverait aujourd’hui faiblard ! [access capability= »lire_inedits »] C’est assez pour inquiéter la droite classique et inaugurer une alliance RPR-FN qui emporte la mairie, dix élus FN intégrant la majorité municipale. Premier avertissement. La gauche n’a pas encore fait du FN son principal fonds de commerce électoral – ni congédié le prolo. Un an avant la création de SOS Racisme, l’antifascisme d’opérette que l’on connaîtra ensuite est à peine balbutiant. Certes, à Paris, les people commencent à s’offusquer : Yves Montand, Simone Signoret, Simone de Beauvoir… À Dreux, quelques enjoués brisent des vitres à coups de « Stirbois salaud, le peuple aura ta peau ». Un accident suffira : en 1988, Jean-Pierre Stirbois, 43 ans, meurt au volant.

Deuxième avertissement seize ans plus tard, en 1999 : invitée par le maire RPR de la ville, Gérard Hamel, à enquêter sur place, Michèle Tribalat, démographe à l’INED (Institut national d’études démographiques), publie son bilan. Dans Dreux, voyage au cœur du malaise français, elle décrit une ville en proie au morcellement ethnique où le racisme « antiarabe » et son double mimétique, le racisme « antifrançais », organisent la vie sociale. Vexé, le maire et commanditaire rejette férocement des conclusions « partisanes » qui, selon lui, « remettent en cause la crédibilité de l’étude ». « Nous avons  affaire, là, à des affirmations gratuites qui ne reposent sur aucun fondement », écrit-il dans la postface. Il est même convaincu que Dreux sera « l’Exemple français ». Avec un grand « E ». Il est toujours maire de Dreux, mais on ne saura pas s’il pense toujours que sa ville est un modèle pour la France, nos demandes de rendez-vous n’ayant pas reçu de réponse, même négative.

Dreux , c’est la grenouille qui voulait être aussi grosse que le bœuf. En 1943, quand Christian Lévêque, 77 ans, agent d’assurances en retraite, s’y installe, ce n’est qu’ « une petite ville de province, qui ne compte pas plus de 14 000 habitants », se souvient-il. Mais à partir des années 1950, elle s’étend, et s’enfle, et se travaille. Les maires successifs œuvrent à transformer la ville, qui n’abritait que quelques fonderies, en zone industrielle spécialisée dans ce qu’on n’appelle pas encore le high-tech. Philips et Radiola s’y installent, suivies par une cinquantaine d’usines. Dreux se rêve en métropole. Alors il faut des bras, et les maires radicaux en font venir par milliers. En une quinzaine d’années, la population double, pour atteindre 30 000 habitants en 1968. Et elle change de visage, comme le raconte Christian Lévêque : « À Marseille, quand les mecs débarquaient sur le port, il y avait des pancartes : “Dreux, 900 kilomètres, ville ouverte” . Si bien que les Nord-Africains sont arrivés en masse… » Pour loger tout ce monde, il faut construire. Construire à tout-va. Les mots « banlieue » et « cité » ont encore un parfum de modernité et de Trente Glorieuses. Prod’homme, Les Chamards, Les Bâtes, le Lièvre d’or : sur les hauteurs de la ville, des cités champignons poussent à grande allure. Christian se souvient de leur apparition : « Ils ont construit des immeubles le plus vite possible. Niveau logement, ce n’était pas si mal en apparence, mais ce n’était absolument pas isolé : au premier, on entendait ce qui se disait au douzième. Bref, c’était une cata ! » Arrivent les années 1980, la crise, la rigueur, la fin des ambitions – ou des illusions – socialistes. L’une après l’autre, les entreprises licencient puis ferment, à l’image de Philips EGP, qui disparaît définitivement en février 2010.

Ces rêves de gloire industrielle sont bien révolus. « Il n’y a plus d’usine digne de ce nom, il ne reste que des bricoles. » Au volant de son Duster, Dominique Maillot, la soixantaine désabusée, secrétaire de l’union locale du syndicat Force ouvrière, pratique « l’archéologie industrielle ». « Ici, il y avait deux usines, là trois, et sur votre droite c’était Renault. » À travers le pare-brise, on voit défiler des aires de stockage, des parkings vides, des bâtiments délabrés. Gris, déserts, bétonnés. Sur les façades, on déchiffre encore les noms des entreprises effacés par le temps et par la crise. Dominique Maillot les suit du bout des doigts, égrenant le nombre d’emplois détruits par chacune d’elles. « L’espèce de restau asiatique, là, c’était Floquet, 600 emplois ; ici, Rosi, 300 emplois… » La même histoire se répète sur des kilomètres. « Avant, ici, il y avait la queue pour aller à l’usine, regrette ce militant acharné. Le matin, on distribuait 5 000 tracts sans problème. Toutes les boîtes, sans exception, qui ont fermé à Dreux gagnaient beaucoup d’argent, mais pas assez pour les marchés. Tout a été purement et simplement liquidé… »

Un peu plus loin, Dominique tourne dans une petite rue où des maisons sans étage sont alignées sur plusieurs centaines de mètres. L’expression « au milieu de nulle part » n’a jamais eu autant de sens pour moi. C’est ici que vit le « lumpen » blanc, la population « la plus délaissée » de la ville, observe Dominique, avant de préciser qu’il y a « beaucoup de gitans » : « Moi, je suis connu, alors ça va, mais, ici, on prend un coup de fusil vite fait. » Bienvenue aux Prod’homme, l’un des premiers quartiers construits dans l’urgence pour loger les ouvriers. Des passants semblent étonnés de voir une voiture circuler dans un décor dont plusieurs façades murées accentuent la désolation. Comme pour apporter sa contribution à l’absurdité ambiante, un bus garé le long d’un trottoir affiche un implacable « sans voyageurs ».

De l’autre côté de la ville, sur le plateau Est, s’étend le domaine du « lumpen » noir, ou beur, comme vous voudrez. La cité des Chamards, rebaptisée « Les Oriels », sans doute par des experts de la politique de la ville, est l’un des quartiers « immigrés ». Trois tours, une grande place et des dizaines de petits immeubles jaune et blanc. Nora Immeradan, environ 30 ans, en parle avec fierté. Elle y est née et y habite encore avec son fils de 8 ans, qui gambade à toutes jambes sur les trottoirs. C’est pourtant là que prospère le trafic de drogue. « On vit avec, ça ne dérange pas. Et quelque part, on les comprend », déclare Nora. Responsable de l’association Les Drouaises, qui promeut le vivre-ensemble dans le quartier, elle parle d’un jeune qui a vraiment tout fait pour s’en sortir, réussir, trouver du travail. C’était « trop dur », il a fini « dans la vente » – de produits illicites, pas de polices d’assurance. Les derniers chiffres de l’Insee, publiés fin 2012, sont accablants : le plateau Est concentre à lui seul 39 % des chômeurs de la ville. « Il n’y a plus d’emploi à Dreux, confirme Nora. Vers 5 heures du matin, on voit les gens qui travaillent à Paris descendre vers la gare en file indienne. » Une heure de transports à l’aller, une heure au retour. Quand il n’y a pas de grève.

Les autres doivent rester chez eux : entre les tours, il n’y a presque personne. Sur la place des Oriels, une boulangerie propose des jus de fruits turcs et des galettes des rois, en plein mois de mars. Juste à côté, chez At’Tawbah (littéralement « le désaveu »), on vend des voiles intégraux, couleur au choix, qui ne laissent voir qu’un bout de visage. Dreux est une ville très pieuse – on l’aura compris, c’est de piété islamique qu‘il est question. Six mosquées, sans compter celle de Vernouillet. Marocains, Algériens, Turcs…, chacun a la sienne. Y compris les fondamentalistes : la mosquée Es-Sunna accueille la communauté tabligh, mais pas les journalistes, ces mécréants qui pourraient être rebutés par l’interprétation littéraliste de l’islam qui y a cours. Le père Jean-Eudes Coulomb, 32 ans, est à la fois malicieux et prudent : « Ce n’est pas forcément négatif, mais il y a un prosélytisme important de la part des musulmans à Dreux. Il y a des tractages dans les rues pour appeler à financer la construction de mosquées. Et, parfois, des groupes de deux ou trois personnes qui font du porte-à-porte. » Ce n’est pas le plus grave. « À l’aumônerie, poursuit le prêtre, je rencontre des collégiens qui ont un mal fou à dire qu’ils sont chrétiens. » Quand, dans la rue, des Arabes lui crient « Allahou akbar » ou « Inch’Allah », il n’hésite pas à répliquer : « En Français, on dit à Dieu vat ! » D’après lui, les musulmans constituent 40 % de la population de sa ville : « C’est un chiffre qui court. » Contre « seulement 2 à 3 % » de catholiques pratiquants. Je me demande si les mosquées pleines suscitent une vague jalousie chez ce prêtre qui voit les églises se vider.

Chômage, immigration, islamisation : Dreux devrait être un eldorado pour le FN. Pourtant, trente ans après le « coup de tonnerre », le parti lepéniste est loin d’avoir raflé la mise, et si ses scores sont en hausse, ils restent inférieurs à la moyenne nationale. Julien Auer, 33 ans, principal responsable local et candidat aux départementales, l’explique très simplement : « Il est vrai qu’après la mort de Stirbois, le parti a été miné par des conflits et des problèmes d’ego, mais notre faiblesse tient surtout à la démographie : la ville est devenue un vrai fourre-tout, plus de la moitié des habitants sont d’origine étrangère et, malheureusement, les médias leur ont tellement inculqué que le FN ne voulait pas d’eux que, même avec les meilleurs militants du monde… » De toute façon, ces militants, Julien Auer ne les a pas. Dans le Drouais, ils sont au plus « une trentaine ».

Julien Auer marche avec sa colistière, Emmanuelle Letellier, dans le centre-ville historique qu’il fréquentait enfant. Ils désignent un commerce désaffecté avec une mine désolée : « Vous voyez, cette rue, la rue Rotrou. Il y a encore cinq ans elle était très commerçante. Il y avait même une galerie qui la reliait à la grande rue Maurice-Violette. » Ce vendredi après-midi, les voix résonnent dans le quasi-silence de la principale artère piétonnière et le couple de candidats y croise au mieux une trentaine de personnes. « Un commerçant sur deux ferme au bout d’un an, soupire le jeune homme en désignant un magasin de vêtements pour jeunes. Celui-là, je ne lui donne pas six mois. » La fin de sa phrase est couverte par le vacarme d’un cortège nuptial qui passe à proximité, annoncé par force coups de klaxon et nombre de drapeaux marocains.

Il faut dire que les jeunes des « quartiers » ne vont pas spontanément au centre-ville. « Rien n’est adapté pour nous là-bas, tempête Myriam Dieye, la trentaine, accompagnatrice sociale aux Oriels. Ce n’est pas une expo de peinture qui va nous attirer… » De même, ceux du centre-ville n’ont « rien à faire » dans les « quartiers » – sinon y acheter de la drogue. Mais on ne circule pas plus entre les « quartiers ». « On a des codes, des façons d’être et un ressenti différents, selon qu’on est des Oriels ou des Bâtes, explique Nora. Quand il m’arrive d’aller ailleurs, j’attire les regards, je ne me sens pas à l’aise. » Si les « quartiers », à Dreux et ailleurs, n’ont ni le charme ni la tranquillité des villages d’antan, la contrainte sociale y est au moins aussi pesante – bien plus en vérité.

Sur le site officiel de la Mairie, on ne se donne pas la peine de repeindre la réalité en rose, on l’efface. Aucune image des fameux « quartiers », où vivent la moitié des Drouais, mais le centre historique sous tous les angles – son beffroi, son église, ses rues presque bondées, sa rivière et ses quelques ponts : un petit bout de France d’avant, aussi kitsch qu’une boule à neige.

D’accord, tout le monde le reconnaît, depuis dix ans Dreux va « un peu mieux ». Les rues sont moins dangereuses – heureuse influence des « barbus » ? – et la ville « s’est embellie » : une nouvelle médiathèque, quelques pots de fleurs et beaucoup d’immeubles détruits. « On n’a plus besoin des ouvriers, alors on rase leurs logements », rouspète le syndicaliste Dominique Maillot, qui accuse le maire UMP, Gérard Hamel, de vouloir attirer des Parisiens pour faire de Dreux « un petit Rambouillet ». Aussi baroque paraisse ce rêve de gentrification, vu des cités du plateau Est, un grand chantier – parmi d’autres – a bien démarré, dans une zone limitrophe de la ville voisine de Vernouillet. Les grues ont fait place nette, réduisant littéralement en poussière les grands ensembles que le temps et l’abandon avaient ruinés depuis longtemps, comme la cité des Mille.

Christian Lévêque, qui habite dans le quartier proche des Oriels, a éprouvé un petit soulagement. « Avant, ici, c’était l’horreur, c’était très dangereux, déclare le retraité, fronçant ses sourcils broussailleux. Nous avons été cambriolés plusieurs fois. Certaines personnes ont quitté la ville, et ça n’a pas fait de mal. » Assis dans sa véranda, il jette un regard derrière lui : « Dans la cité des Mille, il y avait toutes les nationalités, européennes et, surtout, pas européennes. Il y avait trop de promiscuité, c’était la faune ! » Lévêque raconte avec ses mots à lui la perte d’identité, le sentiment de ne plus être chez soi. Il s’énerve un peu. « Certains me l’ont dit carrément : maintenant ce n’est plus chez vous mais chez nous. La plupart des Français de souche se sont barrés, on n’est plus que quatre. Mais je ne partirai pas. On a installé à côté de moi des gens que je n’avais pas du tout envie de voir. S’ils s’adaptent, aucun souci, sinon ça va pas gazer. » À l’entendre, on jurerait que Christian est un électeur enthousiaste de Marine. Il jure pourtant qu’il ne votera jamais FN. La presse qui souligne avec épouvante que les idées frontistes voyagent ne se trompe pas complètement…

Pas une rue de Dreux n’échappe aux panneaux « à vendre ». Et quand on demande aux jeunes ce qu’ils font pour s’occuper, c’est toujours la même réponse, déprimante, lancinante : « Rien. » « On se pose au McDo, on boit, on fume », confesse Mathilde Lefrançois, 20 ans, employée à l’office du tourisme.

Christian ne partira pas. Ou peut-être que si, finalement. Après tout, il peut fuir la banlieue sans s’exiler dans la France périphérique, puisqu’il y est déjà. En fait de Rambouillet, les dizaines de pavillons qui ont surgi à la place de la cité des Mille font plutôt penser aux zones grises décrites par Christophe Guilluy. Alors on prend de la hauteur et, depuis la chapelle royale qui surplombe la ville, on comprend que le partage du territoire progresse inexorablement. Ici, les « quartiers » et les  zones périurbaines vivent ensemble sans jamais se croiser : Dreux, c’est la France, et la France ressemble de plus en plus à Dreux.

 La ville de toutes les expérimentations 

Ça ne saute pas aux yeux, mais Dreux est un vrai laboratoire.

Elle a d’abord été ville-pilote pour l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), créée en 2003, et dont le président de 2007 à 2013 n’était autre que son maire UMP Gérard Hamel. Dès 2004, plus de 115 millions d’euros sont investis dans des quartiers comme Les Bâtes ou Les Oriels pour tenter de les désenclaver et d’y introduire une certaine mixité sociale. Aujourd’hui, l’ANRU concerne près de 500 quartiers en France pour un coût total de plus de 40 milliards d’euros.

Dreux et ses 23 % de chômeurs ont aussi été choisis pour expérimenter l’Action de formation préalable au recrutement (AFPR), inventée en 2009. Elle permet à une entreprise d’employer un demandeur d’emploi, rémunéré par Pôle emploi, en échange d’une période de formation et d’une promesse de CDI à la fin de ladite période. Elle a été généralisée à l’échelle nationale mais a fait l’objet d’abus : certains employeurs, comme le Leclerc d’Évry en novembre dernier, se débarrassant finalement des personnes accueillies au terme de leur formation.

Début 2013 enfin, Dreux a été l’éphémère capitale du « made in France » d’Arnaud Montebourg. Le ministre du Redressement productif s’était rendu sur place pour « rendre hommage » à la fonderie Loiselet, l’une des premières à relocaliser sa production en France après un exil en Chine. La robotisation de l’usine, installée dans les locaux désertés par Philips en 2010, devait permettre de produire « à un prix meilleur que le prix chinois » tout en favorisant l’embauche. Mais, moins d’un an après son ouverture, l’entreprise, qui a bénéficié d’une avance publique remboursable à taux zéro de 6,5 millions d’euros, était placée en redressement judiciaire.[/access]

*Photo : Vincent Lhuillier.

Cimetière de Castres: le déséquilibré en djellabah hospitalisé

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(Avec AFP) – L’enquête sur la profanation de 215 tombes chrétiennes du cimetière Saint-Roch de Castres (Tarn) a rapidement progressé jeudi avec le placement en garde à vue d’un suspect, qui a été interné d’office en hôpital psychiatrique.

« La garde à vue a été levée, le suspect, âgé de 21 ans, étant dans un état délirant inaccessible à la communication, et il a été hospitalisé d’office », a indiqué le vice-procureur Charlotte Beluet à l’AFP.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, venu dans le Tarn pour rendre hommage à un policier tué par un chauffard il y a une semaine, a visité le cimetière profané et a insisté sur le « respect des croyances et des opinions des uns par rapport aux autres » (sic).

« Le suspect, interpellé à 12h45 jeudi, correspond au signalement donné par un témoin, un employé du cimetière, qui avait repéré un homme vêtu de blanc de type djellabah, et l’avait suivi » (sic), a expliqué la magistrate.

« On a retrouvé des vêtements correspondant à la description à son domicile », dans le même quartier que le cimetière et que la salle de prière musulmane attenante, a ajouté Mme Beluet.

Mais la magistrate souligne que rien n’a pu venir éclairer les actes dont l’homme est suspecté, et notamment pas une revendication religieuse.

« L’homme répète en boucle des prières musulmanes, il bave et est inaccessible à la communication : son état a été déclaré incompatible avec une garde à vue » en raison de ses troubles psychiatriques, a-t-elle cependant précisé.

« Ce sont clairement des atteintes aux symboles de la foi chrétienne », a déclaré à l’AFP le maire divers droite Pascal Bugis, en soulignant que de nombreuses croix avaient été cassées ou jetées à terre.

Dès jeudi matin, l’Union des Mosquées de France avait condamné « avec la plus grande vigueur la profanation », dans un communiqué.

« On poursuivra des investigations pour mesurer son degré de responsabilité et savoir si à un moment il est audible ou non », a déclaré le vice-procureur de Castres.

L’ampleur des dégâts commis mercredi lors de la pause déjeuner des gardiens du cimetière avait conduit à s’interroger sur le nombre des vandales à l’œuvre.

Selon la magistrate, cet homme « était seul » lors des faits. La nature des dégradations est compatible avec l’action d’un seul homme, a-t-elle estimé, en précisant : « On n’est pas sur des tombeaux ouverts, ce sont des croix décrochées, jetées par terre. » Rien de grave, en somme...

La PMA sans raison médicale validée à Versailles

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PMA Cour d'Appel de Versailles

PMA à l'étranger adoption Cour d'Appel de Versailles

(Avec AFP) La procréation artificielle sans raison médicale est désormais légale à une seule condition : qu’elle s’effectue à l’étranger, dans un pays où le procédé n’est pas réservé aux situations d’infertilité pathologique, comme c’est le cas chez nous. C’est ce que nous apprend l’abracadabrante décision de la Cour d’appel de Versailles, qui vient d’accorder à quatre couples de femmes l’adoption d’enfants conçus par PMA à l’étranger.

Traduction : n’importe qui peut désormais se faire fabriquer un bébé à la demande, pour l’adopter ensuite. Et s’épargner ainsi les affres de la copulation. Bien pratique pour nos copines lesbiennes, enfin libérées de cette contrainte naturelle dégoûtante, et odieusement discriminatoire !

« Mes clientes sont très soulagées et très heureuses après un an et demi de procédure de voir que la famille qu’elles constituent et leur fille sont légalement protégées », a tranquillement commenté Me Caroline Mecary, militante LGBT radicale et avocate de l’un des quatre couples.

On notera l’intéressante logique selon laquelle un enfant serait moins protégé lorsqu’il a accès à ses origines biologiques… Et on se demande ce qu’en dirait Adeline Renou, jeune maman à l’origine d’un documentaire sur les personnes conçues, comme elle, par insémination avec donneur anonyme, qui « vit avec le fantôme de son donneur ».


L’épreuve d’amour par Films-Documentaires

« Cet arrêt a aussi une portée symbolique : il vient clore la polémique sur la PMA et l’adoption. Désormais si toutes les conditions légales sont réunies, le mode de conception de l’enfant ne fera plus obstacle », a poursuivi Me Mecary. Autrement dit, suivant ce raisonnement : qu’un enfant sorte d’une usine à bébés africaine ou indienne ne devrait bientôt plus être pris en considération dans les procédures d’adoption.

Mais ce n’est pas le seul apport de cet arrêt, selon l’avocate : « Il pose aussi à nouveau la question de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes en France. Dans la mesure où elles peuvent adopter des enfants nés d’une PMA à l’étranger, il y a une espèce d’hypocrisie sur cette question. »

En effet, la loi Taubira sur le mariage homosexuel a ouvert le droit à l’adoption aux couples de même sexe, mais n’a toujours pas résolu l’épineuse question de la conception d’enfants sans père ou sans mère… Une « hypocrisie » dénoncée dès 2013 par nombre de défenseurs de la double filiation humaine, et que seule une réécriture de la loi permettrait de corriger en réaffirmant les grands principes du droit international en la matière.

L’Agence européenne des adoptés et la Manif pour Tous se sont élevées contre cette décision qui « encourage de fait une pratique illégale », selon cette dernière.

« L’adoption, c’est redonner un père et une mère a un enfant qui en a été privé par un aléa de la vie, ce n’est pas donner un enfant à un couple. En effet, il n’y a pas de droit A l’enfant : il n’y a que des droits DE l’enfant et le rôle de la justice est de les faire respecter », a estimé la présidente de La Manif Pour Tous, Ludovine de La Rochère, dans un communiqué.

Fin avril 2014, le TGI de Versailles avait rendu la première décision refusant l’adoption de l’enfant du conjoint dans une famille homoparentale au motif qu’il avait été conçu par PMA à l’étranger, ce qui constituait « une fraude à la loi ».

« Le problème n’est pas tant la fraude à la loi que le détournement de l’institution de l’adoption, avait pour sa part commenté la juriste Aude Mirkovic, auteur de PMA, GPA la controverse juridique (Pierre Téqui éditeur), citée par Le Figaro. Nous espérons qu’il y aura un pourvoi afin que la Cour de cassation se prononce sur cette question.»

La Cour de cassation a depuis été saisie par les tribunaux d’Avignon et de Poitiers pour trancher cette question de droit qui suscitait une « instabilité juridique », après des jugements contradictoires.

Dans deux avis datés du 22 septembre 2014, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a dû assumer les conséquences prévisibles de la loi Taubira : elle considère désormais que le recours à la PMA sans raison médicale, bien que toujours illégal en France, n’est « pas un obstacle » à l’adoption au sein d’un couple de femmes.

Désormais, le TGI de Versailles ne s’y oppose donc plus. « Depuis l’avis de la cour de cassation du 22 septembre 2014, nous sommes tenus d’accepter les adoptions homosexuelles d’enfants nés par PMA à l’étranger », a indiqué à l’AFP une source judiciaire.

PMA, GPA : La controverse juridique

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«Les Républicains» allemands: un parti néo-nazi

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(AFP) – En Allemagne, le parti « Les Républicains » (« Die Republikaner ») est une petite formation d’extrême droite fondée par des dissidents du parti conservateur bavarois CSU et un ancien membre de la Waffen-SS, le journaliste Franz Schönhuber, décédé en 2005.

L’UMP va se transformer fin mai en un nouveau parti qui, selon des sources concordantes, sera baptisé « Les Républicains ».

Actuellement dirigé par Johann Gärtner, « Die Republikaner » compte environ 6.500 membres. Il a été surveillé par les services de renseignements intérieurs allemands entre 1992 et 2006.

Die Republikaner, qui a dans le passé tenté de se rapprocher d’autres formations d’extrême droite allemandes comme DVU ou le NPD, a obtenu dans les années 80 et 90 quelques bons scores aux niveaux européen (six députés en 1989) et local, avec quelques élus à l’assemblée de l’Etat régional du Bade-Wurtemberg (sud-ouest) entre 1992 et 2001. Mais depuis cette date, le parti, quasi inexistant au niveau fédéral, n’est plus représenté dans aucun parlement régional.

Député européen de 1989 à 1994 sous la bannière des Republikaner, avant de claquer la porte du parti pour rallier le NPD, Franz Schönhuber est l’auteur d’un livre dans lequel il défend le régime nazi et son propre rôle dans la Waffen-SS, branche militaire de la SS. Il est également l’auteur d’un livre à la gloire de Jean-Marie Le Pen, l’ancien président du Front national français.

C’est lors de la présentation du livre en 1997 à Munich que M. Le Pen avait réitéré ses propos sur l’extermination des juifs, à ses yeux un « détail » de l’Histoire.

Europe : les cadres se rebiffent

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syriza pegida ukip europe

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En octobre 2010, le journaliste et écrivain allemand Dirk Kurbjuweit publiait dans l’hebdomadaire Der Spiegel un article intitulé « Der Wutbürger », « Le bourgeois en colère », dans lequel il analysait la métamorphose, regrettable de son point de vue, de nombre de ses concitoyens appartenant aux couches moyennes et supérieures de la riche Allemagne : « Une nouvelle figure s’impose dans la société allemande : c’est le bourgeois en colère. Il rompt avec la tradition bourgeoise qui allie la modération politique à un comportement individuel et social fait de mesure et de retenue. Le bourgeois en colère siffle, crie, manifeste sa haine. Il est conservateur, financièrement à l’aise, et plus très jeune. Hier, c’était un pilier de l’ordre étatique. Aujourd’hui, il crie son dégoût de la classe politique. Il se montre lors des conférences de Thilo Sarrazin et dans les manifestations contre le projet de nouvelle gare ferroviaire de Stuttgart. »[1. En 2009, le gouvernement chrétien-démocrate du Land de Bade-Wurtemberg a été renversé par une coalition Verts-SPD à la suite de manifestations imposantes contre l’extension de la gare ferroviaire de Stuttgart.]. Il illustrait ensuite son propos sur cette transgression des codes de la bourgeoisie d’outre-Rhin par l’exemple de manifestations où l’on voyait le public très sélect de la salle du Manège de Munich brailler comme une bande de hooligans du virage sud de l’Allianz Arena, où se produit le Bayern, étoile bavaroise de la Bundesliga.

Cet article fera date, un peu comme le fameux « La France s’ennuie » de Pierre Viansson-Ponté, dans Le Monde du 15 mars 1968, et son auteur est régulièrement mentionné comme celui qui a repéré avant tout le monde cette mutation de l’état d’esprit des citoyens de l’Allemagne profonde. Le concept de Wutbürger est d’autant plus opérant qu’en allemand le mot Bürger désigne à la fois le bourgeois sociologique et le citoyen de la République : Herr Müller est en colère, car il se sent dépossédé de sa position centrale de pilier économique, politique et culturel de la nation. Les responsables de cette dépossession sont, à ses yeux, les élites mondialisées et bruxellisées qui dominent la politique et l’économie de la RFA, et les chantres du multiculturalisme qui l’invitent, comme la chancelière Angela Merkel, à s’accommoder du fait que l’islam « fait partie de l’Allemagne » au même titre que le christianisme, version papiste ou luthérienne. [access capability= »lire_inedits »]

Dans le reste de l’Europe, notamment en France, on vit toujours avec une perception du modèle allemand fondé sur les vertus du « capitalisme rhénan » : économie sociale de marché, cogestion des entreprises par le capital et les salariés, « patriotisme de la Constitution »[2. Le patriotisme de la Constitution est un concept introduit dans les années 80 par le philosophe Jürgen Habermas pour affirmer que l’Allemagne nouvelle aurait abandonné toute référence au sang et au sol dans la définition de son identité nationale.], modèle Jürgen Habermas, antidote à la résurgence d’un nationalisme qui avait mené le pays au désastre. Quand on prête exclusivement l’oreille aux intellectuels d’outre-Rhin qui annoncent l’avènement imminent d’une ère postnationale et raillent la persistance anachronique des rêves de « Grande Nation » des Français, on peut croire que la foi européiste des Allemands est inébranlable. Cette Allemagne qui se pensait immunisée contre l’émergence de partis politiques « antisystèmes », identitaires et xénophobes, à l’image du FN français, du FPÖ autrichien et des divers mouvements populistes des pays nordiques, se révèle aujourd’hui travaillée en profondeur par les mêmes angoisses que ses voisins. Le mouvement Pegida de Dresde en a été la manifestation la plus spectaculaire. Longtemps, les Verts allemands ont pu faire illusion : ils étaient parvenus à réunir, sous l’égide de dirigeants issus de l’extrême gauche, des écologistes ultra-conservateurs refusant les fétiches de la modernité et des altermondialistes rêvant de la dissolution de la nation allemande dans une Europe métissée. Leur intégration progressive dans le système, l’itinéraire personnel de leurs figures de proue, comme Joschka Fischer, devenu consultant de luxe des géants de l’industrie allemande, a mis fin à cette ambigüité : le bourgeois en colère, qui, parfois, votait pour eux, ne se reconnaît plus dans ce parti européiste et conciliant à l’égard des exigences communautaristes des islamistes.

L’exemple allemand montre que ce ne sont pas seulement la crise économique et la peur de perdre les acquis sociaux et matériels du siècle dernier qui engendrent la colère des « modérés ». L’insécurité culturelle s’empare des riches comme des pauvres. Elle se manifeste aussi bien à Athènes ou à Madrid qu’à Londres ou à Berlin. Le Wutbürger plébiscite des leaders ou des porte-parole venus de tous les horizons politiques : de l’extrême droite comme Marine Le Pen en France ou Geert Wilders aux Pays-Bas, de la droite conservatrice comme Nigel Farage au Royaume-Uni, de l’extrême gauche comme Alexis Tsipras en Grèce ou Pablo Iglesias, le chef de Podemos en Espagne. Peu importe son ADN idéologique, il suffit à ce leader d’être celui qui incarne de manière convaincante le rejet du « système », concept attrape-tout mêlant dans un même opprobre les élites nationales arrogantes et corrompues, la bureaucratie bruxelloise, la finance mondialisée.

Avant de trouver un débouché politique dans des formations qui émergent des marges pour menacer dans les urnes les partis de gouvernement, les bourgeois en colère avaient assuré le succès éditorial de livres exprimant leurs sentiments avec habileté et talent : en Italie, la journaliste vedette Oriana Fallaci, antifasciste incontestable qui a combattu avec les partisans pendant la Seconde Guerre mondiale, publie, en 2002, La Rage et l’Orgueil, un pamphlet tonnant contre les ravages de l’immigration incontrôlée dans la péninsule. En Allemagne, Thilo Sarrazin, ancien haut responsable du Parti social-démocrate, dépasse le million d’exemplaires en 2010 avec L’Allemagne disparaît, un ouvrage qui inspirera Éric Zemmour pour lancer la bombe éditoriale du Suicide français en 2014.

Dans les pays du sud de l’Europe, notamment en Espagne et en Grèce, l’indignation hesselienne, fortement marquée par le vieil altermondialisme issu des affrontements géopolitiques du siècle dernier, avait nourri les révoltes populaires. Elle échappe aujourd’hui à ses concepteurs pour se muer en force souverainiste accusant les pouvoirs en place de brader les intérêts nationaux en obéissant aux diktats de Bruxelles, de Francfort et du FMI. Dans les pays d’Europe du Nord, les ressentiments du bourgeois en colère se concentrent essentiellement sur la déstabilisation du modèle culturel provoquée par l’arrivée massive de populations allogènes, principalement musulmanes, dans des sociétés qui avaient préservé, jusque-là, une grande homogénéité ethnique. En Allemagne, les multiples coups de canif dans le contrat européen, qui prévoyait que chaque pays de la zone euro assumerait seul les conséquences de ses errances budgétaires, provoquent une révolte des fourmis contre les cigales présumées, et la montée du parti europhobe AfD. Quant à la Grande-Bretagne, après avoir torpillé le projet d’« Europe puissance », elle s’emploie, sous la pression de l’UKIP (United Kingdom Independence Party) de Nigel Farage, à s’affranchir chaque jour un peu plus des règles communes auxquelles elle a souscrit.

Les pays de la « nouvelle Europe », qui ont rejoint l’OTAN et l’UE à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique, ne sont pas épargnés par ce mouvement de fond : en Hongrie, le gouvernement de Viktor Orban a été porté au pouvoir par une classe moyenne exaspérée par la corruption et l’incompétence de dirigeants politiques postcommunistes reconvertis en affairistes sans scrupule. Les élections au Parlement de Strasbourg, baromètre de l’adhésion populaire à l’idéal européiste, n’attirent plus qu’une infime minorité de citoyens avant tout soucieux de faire un usage plein et entier d’une souveraineté nationale bafouée pendant près d’un demi-siècle par l’hégémonie soviétique. On en arrive même au point où des pays comme la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie expriment aujourd’hui leurs réticences à l’égard d’une politique de fermeté verbale face à la Russie de Vladimir Poutine : les citoyens de ces pays ont des doutes – justifiés – sur la capacité de l’Occident à endiguer le néo-impérialisme russe. Par conséquent, chacun tente, dans son coin, de conclure de petits arrangements avec le diable.

Cependant, la bourgeoisie des pays d’Europe centrale et des pays baltes est encore en phase de constitution, ou de reconstitution, d’un ordre social et économique porteur d’avenir pour elle-même et sa descendance. Alors que la mémoire de la faillite politique, économique et morale du communisme est toujours vive, l’idée du déclin ne s’impose pas encore, mais la foi dans les vertus de la démocratie libérale comme seul mode possible de l’exercice du pouvoir s’est muée en un scepticisme généralisé. On préfère alors confier les clés de la maison à des oligarques dont le programme consiste à appliquer à la gestion des affaires publiques les recettes de leur succès entrepreneurial. Aussi proposent-ils à leurs mandants un contrat de citoyenneté similaire à un contrat de travail dans l’entreprise, la sujétion volontaire garantissant la sécurité matérielle, et l’espoir d’ascension sociale.

Fait nouveau, le bourgeois en colère ne se laisse plus intimider par la reductio ad Hitlerum que lui opposent les tenants de l’ordre établi. Que l’on disqualifie son insécurité culturelle en la réduisant aux qualificatifs infamants de xénophobie, islamophobie, homophobie et autres ne fait qu’accroître son ire. Le fantassin de la République, qui s’accommodait jusque-là tant bien que mal de la dégradation des conditions matérielles et morales du service, résultat des errances idéologiques de l’état-major, met la crosse en l’air, dans la rue et dans les urnes. Cela produit des mouvements de foule qui laissent les experts patentés, sociologues, politologues et éditorialistes mainstream aussi désemparés que des poules devant un couteau.

Qui aurait pu prévoir que, dans une France largement déchristianisée, l’instauration du mariage gay ferait descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes attachées à une conception traditionnelle du mariage et de la filiation ? Contrairement au bourgeois allemand qui, à en croire Kurbjuweit, adopterait les codes comportementaux de la « canaille », les participants à La Manif pour tous restent polis, mais pour combien de temps encore ? La victoire à la Pyrrhus du gouvernement socialiste dans ce dossier a sans doute précipité la désertion du bourgeois en colère du camp politique qui lui était assigné, centre gauche pour la « bourgeoisie de savoir » (les classes moyennes éduquées issues du peuple), centre droit pour la « bourgeoisie d’héritage et de savoir-faire » (commerçants, artisans, professions libérales)… D’un bout à l’autre de l’Europe, le Wutbürger ne se sent plus protégé, son statut social vacille et son environnement culturel se désagrège. Aussi est-il la proie idéale pour les démagogues les plus primitifs. L’ordre moral (ou immoral) instauré en Occident après 1945 vacille, sous les coups de boutoir des djihadistes et de leurs idiots utiles, pendant que Bruxelles compte ses sous. On se souvient de la prophétie adressée par Mikhaïl Gorbatchev à Erich Honecker à Berlin, en novembre 1989 : « Ceux qui arrivent trop tard seront punis par l’Histoire. » Jamais, elle n’a été autant d’actualité.[/access]

*Photo : Hendrik Schmidt/AP/SIPA. AP21681336_000020.

Vote obligatoire : à quoi joue Bartolone?

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vote obligatoire bartolone

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Et revoilà le vote obligatoire ! Cette idée revient de temps à autre, avec l’idée de culpabiliser ceux qui ont l’audace de préférer taquiner le goujon les jours de scrutin. Claude Bartolone vient de découvrir –tenez-vous bien !- que l’abstention serait moins importante si on verbalisait les abstentionnistes. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce cas. Un parti souverainiste qui a toute ma sympathie a fait sienne cette proposition depuis quelques années, ce qui m’a valu de belles engueulades avec de bons amis, qui m’assurent que cette solution permettrait aux petits partis de devenir plus gros. Je n’y ai jamais cru. Le désir ne se décrète pas. Que penserait-on d’un cuisinier qui forcerait, tel l’un des personnages de L’Aile ou la cuisse, ses convives à ingurgiter des plats qu’ils trouvent immangeables ? Les citoyens, en réalité, sont loin d’être aveugles. Et les Français demeurent un peuple très politique, malgré les forts taux d’abstention. Il suffit d’examiner le différentiel des taux de participation selon les types d’élection pour s’apercevoir que les citoyens peuvent se mobiliser massivement (élection présidentielle, référendums sur l’Europe) ou en bouder d’autres, en fonction des enjeux. Il n’y a donc pas de crise de la demande de politique mais bien une crise de l’offre.

L’illégitimité de la proposition du Président de l’Assemblée nationale prend sa source ici. C’est un responsable emblématique de l’offre qui souhaite sanctionner les récalcitrants. Comme d’habitude, on nous fait le coup des gens-qui-sont-morts-pour-que-nous-puissions-voter. Culpabilisation insupportable au pire, qui en touche une sans faire bouger l’autre, au mieux.  Alors, comme ça ne suffit pas, on va mettre une amende à ceux qui ne se déplacent pas, en faire des chauffards de la démocratie. Et pourquoi pas nous enlever des points sur notre permis de conduire ? S’il n’est pas satisfait de l’offre, le chauffard peut très bien voter blanc, explique Bartolone. D’ailleurs, depuis un an, on sépare les bulletins blancs des bulletins nuls. Mais bon, on n’est pas allé jusqu’à les compter dans le total suffrages exprimés. Parce que le citoyen qui se rend au bureau de vote et ne met rien dans son enveloppe, il n’exprime rien, c’est bien connu. On se demande également ce qu’il adviendra des gens qui décident, par exemple à la faveur d’un déménagement, de ne pas s’inscrire sur les listes électorales. Claude Bartolone a-t-il prévu de les traquer ? Devront-ils participer à des stages de rééducation à la citoyenneté ? Ou ne s’en préoccupera-t-on pas, créant une inégalité flagrante avec l’abstentionniste occasionnel verbalisé ?

Notre époque ne manque pas de paradoxes. Comme me le soufflait hier ma consoeur Eugénie Bastié, il sera bientôt interdit de fumer, d’être trop gros ou trop maigre, alors qu’on pourra se shooter librement dans des salles prévues à cet effet ou aller faire une GPA à l’étranger, tandis qu’il sera obligatoire de voter ou de donner ses organes. On ne saurait mieux résumer le ridicule de la situation.

 

Najat Vallaud-Belkacem et la fin de l’Histoire

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najat vallaud histoire

najat vallaud histoire

Qu’ont donc fait les enfants de notre République pour mériter que la rue de Grenelle leur jette encore un mauvais sort avec le projet des nouveaux programmes d’histoire ?

Lundi dernier, notre sirène nationale, Najat Vallaud-Belkacem est venue bercer Jean-Jacques Bourdin et les auditeurs de RMC de son chant envoûtant : « Non, l’enseignement des langues anciennes n’est pas menacé mais au contraire renforcé. Oui, on baigne dans la désinformation la plus complète, etc. »

Avis aux professeurs de lettres et aux intellectuels engagés pour la défense des humanités (Régis Debray, Marc Fumaroli). Vous faites de la désinformation, vous véhiculez de fausses rumeurs. Bref, vous êtes des menteurs, voici donc en substance le message transmis par Madame le ministre de l’Education nationale vous concernant. Nul doute que vous saurez la remercier comme il se doit pour l’extrême amabilité dont elle fait preuve à votre égard.

Et maintenant, le projet des nouveaux programmes d’histoire concocté par le Conseil supérieur des programmes et qui vient d’être rendu public sur le site du ministère de l’Education nationale.  Pour flatter le féminisme de Najat Vallaud-Belkacem, il faut relever la place accordée aux femmes dans le langage utilisé ; on ne parle pas dans les intitulés du programme de 3e des « Français » mais « des Françaises et des Français ».

Parlons plutôt du fond. Une distinction est faite entre les thèmes à aborder obligatoirement et les thèmes laissés au libre choix de l’enseignant. Tout ceci pourrait être réjouissant si le choix à la fois de certains thèmes et de ce qui est imposé ou non n’était pas proprement hallucinant !  Signalons au passage que l’Egypte ne devant plus figurer au programme de 6e, ces classes ne connaîtront des pyramides que celle de l’entrée du musée du Louvre.

Prenons pour exemple, le programme de 4e, dont la domination de l’Europe sur le monde constitue le leitmotiv, l’étude de la traite négrière est obligatoire mais pas celle des sociétés des Lumières.

Mais surtout, ce sont les élèves de 5e qui se verront enseigner une histoire du Moyen-Âge très particulière, où l’étude de l’islam sera obligatoire et celle du christianisme, optionnelle (non, je n’invente pas) ! De plus, celui-ci ne sera pratiquement abordé que dans le chapitre « une société rurale encadrée par l’Eglise ». Les cathédrales ayant, me semble-t-il, été érigées dans les villes et non dans les campagnes, elles n’auront donc plus leur place dans le programme de 5e !

Jean-Jacques Bourdin, vous qui aimez poser les questions qui fâchent, n’omettez pas, la prochaine fois que vous inviterez Mme Najat Vallaud-Belkacem, de lui poser la question suivante : « pourquoi au collège, en cinquième, sera-t-il obligatoire pour un enseignant d’aborder l’islam mais pas le christianisme? »

Est-ce pour prémunir nos collégiens du danger que représente l’islamophobie que le Conseil supérieur des programmes propose cette nouvelle mouture ?

Ce programme d’histoire de cinquième est un pas symbolique mais décisif dans l’esprit de « soumission » qui commence à animer nos gouvernants et certaines de nos élites qui ne voient pas d’inconvénient à faire de l’islam l’héritage principal de notre civilisation, les héritages gréco-romain et judéo-chrétien risquant, à terme, de devenir de purs accessoires. Le problème est que l’Andalousie et son magnifique patrimoine arabo-islamique sont géographiquement éloignés et que nos chers élèves n’auront pas d’autre choix que de visiter avec leurs professeurs d’histoire-géographie les mosquées de Seine-Saint Denis, qui n’ont pas encore le privilège de figurer parmi les sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

*Photo : wikicommons.

Les bas-fonds

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bas fonds baroque

bas fonds baroque

Je sors d’une splendide expo sise au Petit Palais sur « Les bas-fonds du baroque — la Rome du vice et de la misère ». Soixante-dix tableaux d’artistes présents à Rome entre 1600 et 1650, au plus fort de l’esthétique caravagesque — mais pas seulement : des Français venus se frotter aux grands modèles, et qui menèrent là une vie de débauche désargentée (Simon Vouet, Claude Lorrain, Valentin de Boulogne), des Italiens bien sûr, comme Bartolomeo Manfredi, ou des Flamands et des Espagnols de passage, tels Van Laer ou Ribera. Comme dit fort bien le texte de présentation de l’expo, « non plus la Rome du Beau idéal, mais celle d’après nature ». On y apprend en particulier (enfin, moi j’y ai appris — mais mon ignorance est insondable) l’existence de confréries de francs buveurs et noceurs — les Bentvueghels — dont les fêtes, pour ce qui en est représenté, ne devaient pas être tristes. Les confréries bachiques sont légion, et il est significatif que les peintres baroques présentés ici (souvent ces Bamboccianti, les bambocheurs, dont Van Laer était le plus digne représentant) optent pour Dionysos contre Apollon. Le dieu du Cosmos (contre Dionysos, dieu du Chaos) triomphera surtout dans la seconde moitié du siècle. Poussin — présent à Rome à la même époque, mais qui n’a voulu y voir que l’ordre antique et les canons officiels du Beau — postule Apollon au centre de sa célèbre Inspiration du poète, que Lagarde & Michard mirent en couverture de leur XVIIème siècle, choisissant d’occulter tout le baroque, ou presque. Comme dit le Poète, la lumière « suppose d’ombre une morne moitié ». L’exposition du Petit Palais, c’est la part nocturne du « Grand siècle » — et l’on sort de là en se demandant si l’abus idéologique de soleil, à partir de 1661, n’est pas une escroquerie : musiciens fauchés, buveurs illustres, tricheurs, malandrins (maintes toiles sont consacrées aux sanglants bandits romains), prostituées souvent mineures et gitons dénudés, mages et cartomanciennes, c’est l’envers de l’aristocratie. L’Europe d’en bas. Les gens de peu. Voir Le Mendiant de Ribera, que le peintre exploitera plus tard pour en tirer son Archimède, passant du réalisme à l’Idée, ou plutôt montrant que l’idéal est empreint de misère.

jusepe de ribera

Œuvre emblématique, le tableau d’Anton Goubau, Artistes qui dessinent d’après l’antique et artistes à la taverne, met en scène cette opposition d’Apollon (et des Muses très comme il faut) et de Dionysos et des épaves vautrées dans la vinasse, dans un décor soigneusement antique…

goubau brighelli

Humour du peintre réaliste qui sait ce qu’on lui demande (de l’Idéal ! De l’Idéal !) mais qui y glisse un fragment de sa vie réelle. Idem pour Le Lorrain, dont on connaît les couchers de soleil splendides sur marines de convention, mais dont on ignore la Vue de Rome avec la Trinité-des-Monts (l’église archi-célèbre au dessus de la Piazza di Spagna, sur les escaliers de laquelle posent tous les touristes en goguette) — avec au premier plan en bas à droite, une scène de prostitution où la maquerelle vend au client des gamines pas même nubiles.

Dans le même genre, le Paysage de ruines avec scène pastorale — en fait, le berger pisse contre un monument romain antique — de Cornelis van Poelenburgh.

baroque bas fonds

C’était à l’époque où Ferrante Pallavicino publiait la Rhétorique des putains — ce qui lui valut, en 1644, à 29 ans, après 56 jours de torture, d’être décapité à Avignon sur ordre du pape : les bas-fonds sont aussi une prise de risque.

L’orgie vineuse de Dionysos est souvent un prétexte pour exposer de l’éphèbe très dénudé : voir le Jeune Bacchus du Pseudo-Salini.

brighelli salini

Voir surtout le Jeune homme nu sur un lit avec un chat (si ! Il a osé !) de Giovanni Lanfranco.

bas fonds baroque

C’est autrement plus beau, dans le genre hormosessuel, comme disait Zazie, que les chromos dérisoires de Pierre et Gilles.

pierre gilles homo

Un artiste somme toute classique comme Simon Vouet est tout aussi capable de représenter un Jeune homme aux figues, qui fait la figue de la main droite — geste obscène s’il en est — tout en tenant deux figues (que tient-il donc, en fait ?) de la gauche.
Tout cela pour dire…

jeune homme figues

Gorki avait écrit les Bas-fonds — et j’ai souvenir d’une belle mise en scène, en 1972 (je venais d’arriver à Paris) de Robert Hossein où je découvris jacques Weber. Je vis plus tard le film de Renoir (1936), plus tard encore celui de Kurosawa (1957 — et Toshiro Mifune, déjà). Le peuple d’en bas surgissait en littérature et au cinéma — comme les mots du bas-ventre avaient jailli sous Rabelais, faisant la figue, pour quelques siècles, au vocabulaire poli et policé de la « belle » littérature : les livres aussi sont partagés entre Apollon et Dionysos.
Mais de ce peuple-là, que reste-t-il aujourd’hui ? Les magazines nous proposent tous des images sur papier glacé, les photographes ne s’intéressent plus à l’envers du décor (alors qu’en 1929-1934, Dorothea Lange, entre autres, avait su fixer sur son reflex les images de la Grande dépression), et les politiques préfèrent ignorer qu’il y a un autre peuple que celui des bobos.

bas fonds peuple

Ah, mais j’oubliais, on a réduit depuis peu la « fracture sociale »… On l’a tellement réduite que la plèbe s’est inventé des amours tumultueuses (et tueuses est bien le terme) avec Jean-Marie l’ineffable, à la grande consternation des bien-pensants. Et on le lui reproche ! Peut-être devrait-on s’intéresser à la France d’en bas — encore faudrait-il qu’il y ait encore en France des artistes, et des politiques dignes de ce nom. Mais ce n’est pas en interdisant d’image les réprouvés, les chômeurs, les ivrognes, les putes d’occasion et de fins de mois, qu’on les effacera du paysage. J’ai même dans l’idée qu’à force d’être ignorée, la marge reviendra un jour en pleine page.

PS. Le catalogue est parfait, d’érudition et de reproduction.

Républicain, moi-même!

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ump leguen republicains fn

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Le grognard du gouvernement a encore frappé. Interrogé ce matin sur Sud Radio, le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement s’en est vivement pris à l’UMP. Pour une fois, ce ne sont pas les frondeurs socialistes qui sont l’objet de son courroux social-démocrate n’admettant pas d’autre ligne à la gauche du vallsisme. Non, la pomme de discorde entre cet ex-strauss kahnien et ses adversaires de droite porte sur une simple expression, en l’occurrence « Les Républicains », nouveau nom que Nicolas Sarkozy voudrait proposer à l’UMP. Verdict du ministre : « C’est évidemment un abus de pouvoir. Non pas qu’il n’y ait pas une droite qui ne soit pas républicaine, moi personnellement je sais faire la différence entre des idées d’extrême-droite et la droite » mais « ce qui est vrai – on l’a vu avec cette affaire du ni-ni -, c’est qu’elle n’est pas toujours au clair », a-t-il expliqué en désignant la droite avec la répétition du sujet si chère à François Hollande. Et la sentence de tomber : « Donc il y a à mon avis un abus de position que de vouloir se réclamer républicain de la part de l’UMP ». Certes, on ne sache pas que la hargne de l’ancien médecin, très engagé dans la lutte contre l’obésité, ait fait dégrossir les scores mirobolants du Front national, mais seule l’intention compte…

Explication de texte. L’UMP refusant de faire barrage au Front national par tous les moyens, y compris d’appeler à voter pour un candidat de gauche au second tour, le parti post-gaulliste ne peut se prévaloir de l’épithète de « républicain ». Clair comme de l’eau de roche : pour avoir droit au label AOC, encore faut-il respecter le sacrosaint « pacte républicain » et passer avec succès l’inspection des troupes qu’impose le brigadier chef Le Guen. Qu’un parti socialiste, dont le slogan était encore « pas un canton pour le FN » en 2011 puisse poser en arbitre des élégances républicaines surprendra les naïfs. Mais quoi, comme son n+1 Valls, Jean-Marie Le Guen a toute légitimité pour distribuer les bons points et décider qui est républicain et qui ne l’est pas. Je me répète ? C’est que vous n’avez pas saisi l’axiome de base du leguénisme : la République, c’est moi !

Le piquant de cette affaire, c’est que Sarkozy n’a évidemment pas choisi ce label par hasard. Las de s’entendre amalgamés à l’intérieur du monstre « UMPS », ses militants le pressaient de changer de nom, afin d’échapper aux imprécations verbales de Marine Le Pen. Voilà pour le flanc droit du parti, que l’association avec le PS insupporte. Mais Sarkozy, qui n’a rien d’un idéologue et tout du parfait opportuniste, avait également pour souci de satisfaire son hémisphère gauche en apposant un brevet de républicanisme au logo de l’UMP. La République comme ADN, nom et prénom, avec comme supplément d’âme un clin d’œil à l’Amérique, que demander de plus ? « Je suis républicain parce que je le dis » : horreur, malheur, le principe élémentaire du leguénisme a infusé à droite !

République, république, république : une telle avalanche de mot-valise vide de sens finit par épuiser ce qu’il reste de citoyens. Pendant ce temps, un petit parti qui monte, qui monte, qui monte capitalise sur le projet d’une république sociale, à la laïcité intransigeante, malgré ses casseroles et son passé de cancre de la classe politique. Sarkozy et Le Guen auront beau faire tourner les tables en tous sens, j’en connais une qui a le front de se définir comme la seule femme politique républicaine, nationale et sociale. Diable, le leguénisme aurait-il contaminé le FN ?

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00705510_000031.

Charlie Hebdo : Booba s’embourbe

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« J’étais ni Charlie ni pas Charlie » : patatras, le rappeur Booba a enfin fait son coming-out de normand ! À la consternation générale, le bad boy de Boulogne a expliqué au Parisien que les dessinateurs de Charlie Hebdo auraient dû s’attendre à la boucherie du 7 janvier. « Quand on joue avec le jeu, faut pas s’étonner de se brûler » argue-t-il sans aucun flow, en comparant les djihadistes courroucés par les caricatures de Mahomet à un banc de « requins ». Et l’exilé fiscal bling-bling d’expliquer qu’on ne se baigne pas impunément dans la mer d’Australie : « Il y a une différence entre la liberté d’expression et l’insulte. Tu peux me critiquer, critiquer mon disque. Mais si tu me dis «T’es qu’une merde», attends-toi à te prendre une tarte. Et là, ils ont dit «Le Coran c’est de la merde».

Hier soir, sur iTélé, la présidente des Jeunes socialistes Laura Slimani ne savait quoi répondre au débat lancé par Audrey Pulvar. L’idole des djeunes a-t-il dérapé comme un vulgaire Jean-Marie Le Pen au bord de la retraite ? Slimani s’afflige de tels propos chez quelqu’un « qui est si écouté parmi les jeunes ». Ah si seulement Booba avait parlé « des discriminations dans les quartiers populaires », de la souffrance du peuple des banlieues et de tout le bazar victimaire que le MJS exhibe comme un totem, a regretté sa jeune présidente.

Tout bien réfléchi, c’est surtout la métaphore animalière de Booba qui choque le citoyen vigilant que je suis : en assimilant tous les requins à des prédateurs, et les djihadistes à ces bêtes assoiffées de sang, Booba stigmatise deux communautés objets des pires stéréotypes. On avait pourtant dit « pas d’amalgame »…

 

Dreux aux avants-postes du malaise français

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Porcs-épics, belettes et renards écrasés, vous êtes bien sur la route de Dreux. Nationale 12. En pleine campagne. Les champs se succèdent quand, soudain, trois tours HLM couronnent la cime des arbres. Ci-gît une ville de banlieue à 100 kilomètres de Paris. Ancienne cité gauloise, Dreux a longtemps été un point d’accès au royaume de France, mais la porte a cédé, et la ville est aujourd’hui peuplée à 40 % d’étrangers. « C’est Sarcelles », « Fais attention à toi ! », tels sont les encouragements prodigués à quiconque projette de s’y aventurer. La ville de 31 000 habitants est aujourd’hui plus connue pour être l’une des plaques tournantes nationales du trafic de drogue que pour la chapelle royale qui la domine du haut d’une colline. Entourée de plateaux, Dreux est un creux, pas seulement géographique. Près d’un habitant sur quatre est au chômage, et l’écart entre les revenus les plus hauts et les plus faibles y est presque deux fois plus important que dans l’ensemble du pays. En 2010, elle était même classée dixième ville la plus pauvre de France.

Si la France entière connaît le nom de Dreux, c’est parce que, il y a trente ans, le Front national y réalisait sa première véritable percée. Nous sommes le 4 septembre 1983, et à Dreux, c’est jour d’élection municipale, celle du printemps précédent ayant été invalidée. Le « tonnerre de Dreux » résonne sur la France : la liste menée par Jean-Pierre Stirbois, numéro 2 du FN, recueille plus de 16 % des voix – un score qu’on trouverait aujourd’hui faiblard ! [access capability= »lire_inedits »] C’est assez pour inquiéter la droite classique et inaugurer une alliance RPR-FN qui emporte la mairie, dix élus FN intégrant la majorité municipale. Premier avertissement. La gauche n’a pas encore fait du FN son principal fonds de commerce électoral – ni congédié le prolo. Un an avant la création de SOS Racisme, l’antifascisme d’opérette que l’on connaîtra ensuite est à peine balbutiant. Certes, à Paris, les people commencent à s’offusquer : Yves Montand, Simone Signoret, Simone de Beauvoir… À Dreux, quelques enjoués brisent des vitres à coups de « Stirbois salaud, le peuple aura ta peau ». Un accident suffira : en 1988, Jean-Pierre Stirbois, 43 ans, meurt au volant.

Deuxième avertissement seize ans plus tard, en 1999 : invitée par le maire RPR de la ville, Gérard Hamel, à enquêter sur place, Michèle Tribalat, démographe à l’INED (Institut national d’études démographiques), publie son bilan. Dans Dreux, voyage au cœur du malaise français, elle décrit une ville en proie au morcellement ethnique où le racisme « antiarabe » et son double mimétique, le racisme « antifrançais », organisent la vie sociale. Vexé, le maire et commanditaire rejette férocement des conclusions « partisanes » qui, selon lui, « remettent en cause la crédibilité de l’étude ». « Nous avons  affaire, là, à des affirmations gratuites qui ne reposent sur aucun fondement », écrit-il dans la postface. Il est même convaincu que Dreux sera « l’Exemple français ». Avec un grand « E ». Il est toujours maire de Dreux, mais on ne saura pas s’il pense toujours que sa ville est un modèle pour la France, nos demandes de rendez-vous n’ayant pas reçu de réponse, même négative.

Dreux , c’est la grenouille qui voulait être aussi grosse que le bœuf. En 1943, quand Christian Lévêque, 77 ans, agent d’assurances en retraite, s’y installe, ce n’est qu’ « une petite ville de province, qui ne compte pas plus de 14 000 habitants », se souvient-il. Mais à partir des années 1950, elle s’étend, et s’enfle, et se travaille. Les maires successifs œuvrent à transformer la ville, qui n’abritait que quelques fonderies, en zone industrielle spécialisée dans ce qu’on n’appelle pas encore le high-tech. Philips et Radiola s’y installent, suivies par une cinquantaine d’usines. Dreux se rêve en métropole. Alors il faut des bras, et les maires radicaux en font venir par milliers. En une quinzaine d’années, la population double, pour atteindre 30 000 habitants en 1968. Et elle change de visage, comme le raconte Christian Lévêque : « À Marseille, quand les mecs débarquaient sur le port, il y avait des pancartes : “Dreux, 900 kilomètres, ville ouverte” . Si bien que les Nord-Africains sont arrivés en masse… » Pour loger tout ce monde, il faut construire. Construire à tout-va. Les mots « banlieue » et « cité » ont encore un parfum de modernité et de Trente Glorieuses. Prod’homme, Les Chamards, Les Bâtes, le Lièvre d’or : sur les hauteurs de la ville, des cités champignons poussent à grande allure. Christian se souvient de leur apparition : « Ils ont construit des immeubles le plus vite possible. Niveau logement, ce n’était pas si mal en apparence, mais ce n’était absolument pas isolé : au premier, on entendait ce qui se disait au douzième. Bref, c’était une cata ! » Arrivent les années 1980, la crise, la rigueur, la fin des ambitions – ou des illusions – socialistes. L’une après l’autre, les entreprises licencient puis ferment, à l’image de Philips EGP, qui disparaît définitivement en février 2010.

Ces rêves de gloire industrielle sont bien révolus. « Il n’y a plus d’usine digne de ce nom, il ne reste que des bricoles. » Au volant de son Duster, Dominique Maillot, la soixantaine désabusée, secrétaire de l’union locale du syndicat Force ouvrière, pratique « l’archéologie industrielle ». « Ici, il y avait deux usines, là trois, et sur votre droite c’était Renault. » À travers le pare-brise, on voit défiler des aires de stockage, des parkings vides, des bâtiments délabrés. Gris, déserts, bétonnés. Sur les façades, on déchiffre encore les noms des entreprises effacés par le temps et par la crise. Dominique Maillot les suit du bout des doigts, égrenant le nombre d’emplois détruits par chacune d’elles. « L’espèce de restau asiatique, là, c’était Floquet, 600 emplois ; ici, Rosi, 300 emplois… » La même histoire se répète sur des kilomètres. « Avant, ici, il y avait la queue pour aller à l’usine, regrette ce militant acharné. Le matin, on distribuait 5 000 tracts sans problème. Toutes les boîtes, sans exception, qui ont fermé à Dreux gagnaient beaucoup d’argent, mais pas assez pour les marchés. Tout a été purement et simplement liquidé… »

Un peu plus loin, Dominique tourne dans une petite rue où des maisons sans étage sont alignées sur plusieurs centaines de mètres. L’expression « au milieu de nulle part » n’a jamais eu autant de sens pour moi. C’est ici que vit le « lumpen » blanc, la population « la plus délaissée » de la ville, observe Dominique, avant de préciser qu’il y a « beaucoup de gitans » : « Moi, je suis connu, alors ça va, mais, ici, on prend un coup de fusil vite fait. » Bienvenue aux Prod’homme, l’un des premiers quartiers construits dans l’urgence pour loger les ouvriers. Des passants semblent étonnés de voir une voiture circuler dans un décor dont plusieurs façades murées accentuent la désolation. Comme pour apporter sa contribution à l’absurdité ambiante, un bus garé le long d’un trottoir affiche un implacable « sans voyageurs ».

De l’autre côté de la ville, sur le plateau Est, s’étend le domaine du « lumpen » noir, ou beur, comme vous voudrez. La cité des Chamards, rebaptisée « Les Oriels », sans doute par des experts de la politique de la ville, est l’un des quartiers « immigrés ». Trois tours, une grande place et des dizaines de petits immeubles jaune et blanc. Nora Immeradan, environ 30 ans, en parle avec fierté. Elle y est née et y habite encore avec son fils de 8 ans, qui gambade à toutes jambes sur les trottoirs. C’est pourtant là que prospère le trafic de drogue. « On vit avec, ça ne dérange pas. Et quelque part, on les comprend », déclare Nora. Responsable de l’association Les Drouaises, qui promeut le vivre-ensemble dans le quartier, elle parle d’un jeune qui a vraiment tout fait pour s’en sortir, réussir, trouver du travail. C’était « trop dur », il a fini « dans la vente » – de produits illicites, pas de polices d’assurance. Les derniers chiffres de l’Insee, publiés fin 2012, sont accablants : le plateau Est concentre à lui seul 39 % des chômeurs de la ville. « Il n’y a plus d’emploi à Dreux, confirme Nora. Vers 5 heures du matin, on voit les gens qui travaillent à Paris descendre vers la gare en file indienne. » Une heure de transports à l’aller, une heure au retour. Quand il n’y a pas de grève.

Les autres doivent rester chez eux : entre les tours, il n’y a presque personne. Sur la place des Oriels, une boulangerie propose des jus de fruits turcs et des galettes des rois, en plein mois de mars. Juste à côté, chez At’Tawbah (littéralement « le désaveu »), on vend des voiles intégraux, couleur au choix, qui ne laissent voir qu’un bout de visage. Dreux est une ville très pieuse – on l’aura compris, c’est de piété islamique qu‘il est question. Six mosquées, sans compter celle de Vernouillet. Marocains, Algériens, Turcs…, chacun a la sienne. Y compris les fondamentalistes : la mosquée Es-Sunna accueille la communauté tabligh, mais pas les journalistes, ces mécréants qui pourraient être rebutés par l’interprétation littéraliste de l’islam qui y a cours. Le père Jean-Eudes Coulomb, 32 ans, est à la fois malicieux et prudent : « Ce n’est pas forcément négatif, mais il y a un prosélytisme important de la part des musulmans à Dreux. Il y a des tractages dans les rues pour appeler à financer la construction de mosquées. Et, parfois, des groupes de deux ou trois personnes qui font du porte-à-porte. » Ce n’est pas le plus grave. « À l’aumônerie, poursuit le prêtre, je rencontre des collégiens qui ont un mal fou à dire qu’ils sont chrétiens. » Quand, dans la rue, des Arabes lui crient « Allahou akbar » ou « Inch’Allah », il n’hésite pas à répliquer : « En Français, on dit à Dieu vat ! » D’après lui, les musulmans constituent 40 % de la population de sa ville : « C’est un chiffre qui court. » Contre « seulement 2 à 3 % » de catholiques pratiquants. Je me demande si les mosquées pleines suscitent une vague jalousie chez ce prêtre qui voit les églises se vider.

Chômage, immigration, islamisation : Dreux devrait être un eldorado pour le FN. Pourtant, trente ans après le « coup de tonnerre », le parti lepéniste est loin d’avoir raflé la mise, et si ses scores sont en hausse, ils restent inférieurs à la moyenne nationale. Julien Auer, 33 ans, principal responsable local et candidat aux départementales, l’explique très simplement : « Il est vrai qu’après la mort de Stirbois, le parti a été miné par des conflits et des problèmes d’ego, mais notre faiblesse tient surtout à la démographie : la ville est devenue un vrai fourre-tout, plus de la moitié des habitants sont d’origine étrangère et, malheureusement, les médias leur ont tellement inculqué que le FN ne voulait pas d’eux que, même avec les meilleurs militants du monde… » De toute façon, ces militants, Julien Auer ne les a pas. Dans le Drouais, ils sont au plus « une trentaine ».

Julien Auer marche avec sa colistière, Emmanuelle Letellier, dans le centre-ville historique qu’il fréquentait enfant. Ils désignent un commerce désaffecté avec une mine désolée : « Vous voyez, cette rue, la rue Rotrou. Il y a encore cinq ans elle était très commerçante. Il y avait même une galerie qui la reliait à la grande rue Maurice-Violette. » Ce vendredi après-midi, les voix résonnent dans le quasi-silence de la principale artère piétonnière et le couple de candidats y croise au mieux une trentaine de personnes. « Un commerçant sur deux ferme au bout d’un an, soupire le jeune homme en désignant un magasin de vêtements pour jeunes. Celui-là, je ne lui donne pas six mois. » La fin de sa phrase est couverte par le vacarme d’un cortège nuptial qui passe à proximité, annoncé par force coups de klaxon et nombre de drapeaux marocains.

Il faut dire que les jeunes des « quartiers » ne vont pas spontanément au centre-ville. « Rien n’est adapté pour nous là-bas, tempête Myriam Dieye, la trentaine, accompagnatrice sociale aux Oriels. Ce n’est pas une expo de peinture qui va nous attirer… » De même, ceux du centre-ville n’ont « rien à faire » dans les « quartiers » – sinon y acheter de la drogue. Mais on ne circule pas plus entre les « quartiers ». « On a des codes, des façons d’être et un ressenti différents, selon qu’on est des Oriels ou des Bâtes, explique Nora. Quand il m’arrive d’aller ailleurs, j’attire les regards, je ne me sens pas à l’aise. » Si les « quartiers », à Dreux et ailleurs, n’ont ni le charme ni la tranquillité des villages d’antan, la contrainte sociale y est au moins aussi pesante – bien plus en vérité.

Sur le site officiel de la Mairie, on ne se donne pas la peine de repeindre la réalité en rose, on l’efface. Aucune image des fameux « quartiers », où vivent la moitié des Drouais, mais le centre historique sous tous les angles – son beffroi, son église, ses rues presque bondées, sa rivière et ses quelques ponts : un petit bout de France d’avant, aussi kitsch qu’une boule à neige.

D’accord, tout le monde le reconnaît, depuis dix ans Dreux va « un peu mieux ». Les rues sont moins dangereuses – heureuse influence des « barbus » ? – et la ville « s’est embellie » : une nouvelle médiathèque, quelques pots de fleurs et beaucoup d’immeubles détruits. « On n’a plus besoin des ouvriers, alors on rase leurs logements », rouspète le syndicaliste Dominique Maillot, qui accuse le maire UMP, Gérard Hamel, de vouloir attirer des Parisiens pour faire de Dreux « un petit Rambouillet ». Aussi baroque paraisse ce rêve de gentrification, vu des cités du plateau Est, un grand chantier – parmi d’autres – a bien démarré, dans une zone limitrophe de la ville voisine de Vernouillet. Les grues ont fait place nette, réduisant littéralement en poussière les grands ensembles que le temps et l’abandon avaient ruinés depuis longtemps, comme la cité des Mille.

Christian Lévêque, qui habite dans le quartier proche des Oriels, a éprouvé un petit soulagement. « Avant, ici, c’était l’horreur, c’était très dangereux, déclare le retraité, fronçant ses sourcils broussailleux. Nous avons été cambriolés plusieurs fois. Certaines personnes ont quitté la ville, et ça n’a pas fait de mal. » Assis dans sa véranda, il jette un regard derrière lui : « Dans la cité des Mille, il y avait toutes les nationalités, européennes et, surtout, pas européennes. Il y avait trop de promiscuité, c’était la faune ! » Lévêque raconte avec ses mots à lui la perte d’identité, le sentiment de ne plus être chez soi. Il s’énerve un peu. « Certains me l’ont dit carrément : maintenant ce n’est plus chez vous mais chez nous. La plupart des Français de souche se sont barrés, on n’est plus que quatre. Mais je ne partirai pas. On a installé à côté de moi des gens que je n’avais pas du tout envie de voir. S’ils s’adaptent, aucun souci, sinon ça va pas gazer. » À l’entendre, on jurerait que Christian est un électeur enthousiaste de Marine. Il jure pourtant qu’il ne votera jamais FN. La presse qui souligne avec épouvante que les idées frontistes voyagent ne se trompe pas complètement…

Pas une rue de Dreux n’échappe aux panneaux « à vendre ». Et quand on demande aux jeunes ce qu’ils font pour s’occuper, c’est toujours la même réponse, déprimante, lancinante : « Rien. » « On se pose au McDo, on boit, on fume », confesse Mathilde Lefrançois, 20 ans, employée à l’office du tourisme.

Christian ne partira pas. Ou peut-être que si, finalement. Après tout, il peut fuir la banlieue sans s’exiler dans la France périphérique, puisqu’il y est déjà. En fait de Rambouillet, les dizaines de pavillons qui ont surgi à la place de la cité des Mille font plutôt penser aux zones grises décrites par Christophe Guilluy. Alors on prend de la hauteur et, depuis la chapelle royale qui surplombe la ville, on comprend que le partage du territoire progresse inexorablement. Ici, les « quartiers » et les  zones périurbaines vivent ensemble sans jamais se croiser : Dreux, c’est la France, et la France ressemble de plus en plus à Dreux.

 La ville de toutes les expérimentations 

Ça ne saute pas aux yeux, mais Dreux est un vrai laboratoire.

Elle a d’abord été ville-pilote pour l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), créée en 2003, et dont le président de 2007 à 2013 n’était autre que son maire UMP Gérard Hamel. Dès 2004, plus de 115 millions d’euros sont investis dans des quartiers comme Les Bâtes ou Les Oriels pour tenter de les désenclaver et d’y introduire une certaine mixité sociale. Aujourd’hui, l’ANRU concerne près de 500 quartiers en France pour un coût total de plus de 40 milliards d’euros.

Dreux et ses 23 % de chômeurs ont aussi été choisis pour expérimenter l’Action de formation préalable au recrutement (AFPR), inventée en 2009. Elle permet à une entreprise d’employer un demandeur d’emploi, rémunéré par Pôle emploi, en échange d’une période de formation et d’une promesse de CDI à la fin de ladite période. Elle a été généralisée à l’échelle nationale mais a fait l’objet d’abus : certains employeurs, comme le Leclerc d’Évry en novembre dernier, se débarrassant finalement des personnes accueillies au terme de leur formation.

Début 2013 enfin, Dreux a été l’éphémère capitale du « made in France » d’Arnaud Montebourg. Le ministre du Redressement productif s’était rendu sur place pour « rendre hommage » à la fonderie Loiselet, l’une des premières à relocaliser sa production en France après un exil en Chine. La robotisation de l’usine, installée dans les locaux désertés par Philips en 2010, devait permettre de produire « à un prix meilleur que le prix chinois » tout en favorisant l’embauche. Mais, moins d’un an après son ouverture, l’entreprise, qui a bénéficié d’une avance publique remboursable à taux zéro de 6,5 millions d’euros, était placée en redressement judiciaire.[/access]

*Photo : Vincent Lhuillier.