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Internet: un politiquement correct made in China

MAO CHINE INTErnet

La mondialisation, ce n’est pas seulement l’extension sans fin du domaine du bazar planétaire des choses et des gens. Les idées aussi sont embarquées dans « le grand déménagement du monde »[1. Selon l’heureuse expression, souvent relevée par Alain Finkielkraut, de Jean-Luc Mélenchon, rarement aussi bien inspiré.]. Et pour elles non plus, le voyage ne se passe pas toujours bien.  Il fut un temps pas si lointain où beaucoup imaginaient que grâce à Internet et le triomphe des idées libérales dont il était supposé être le vecteur, la réconciliation générale de l’humanité avec elle-même aurait lieu sans tarder. Les tyrans de tous horizons avaient vocation à disparaitre bien vite dans les poubelles de l’histoire grâce à la grande convergence des civilisations : l’individu triomphant, rendu tout-puissant par les possibilités infinies du « cyberespace », comme on disait alors, n’admettrait plus rien au-dessus de lui ; toutes les idoles politiques, tous les mythes collectifs, devaient être brisés et éparpillés façon puzzle en autant de petites mythologies personnelles de « l’invention de soi ». Internet ou le mythe collectif de la sortie du collectif.

Force est de constater que les choses se passent de façon un peu plus chaotique que prévu. Internet est devenu un moyen d’action privilégié pour les diverses tyrannies, anciennes et surtout modernes, qui prospèrent sur l’éternel terreau du mal. Elles utilisent à merveille les « possibilités infinies » du numérique pour produire et diffuser des vidéos d’une violence inouïe mais qui, au lieu de susciter le dégoût général, suscitent des vocations. Quand les nazis cachaient leurs atrocités, l’Etat Islamique, lui, exhibe les siennes. Et, jusqu’à preuve du contraire, ça lui réussit.

En Occident,  le réseau Internet et les autres moyens de communication sont aujourd’hui des moyens d’espionnage généralisé de tous les braves gens par tous les puissants, mais aussi de tous les puissants par tous les braves gens et bientôt, n’en doutons pas, de tous les braves gens par tous les braves gens. Une forme particulièrement cauchemardesque d’individualisme triomphant. Les frontières du public et du privé sont déjà devenues presque aussi poreuses que celles de l’espace Schengen. Monsieur Tout-le-monde semble être ravi de se transformer en cyberflic de son prochain en produisant, diffusant et commentant avec délectation les « dérapages » divers des grands et des moins grands dont la chute méritée est d’autant plus gratifiante que chacun peut avoir l’impression d’en être un peu la cause, sans pour autant se sentir coupable le moins du monde.

En Chine, la « grande muraille numérique » construite par le pouvoir communiste pour entraver la diffusion des informations qui le gênent n’empêche aucunement l’autoflicage de se diffuser au sein de la population. Un présentateur de la télévision l’a appris à ses dépens : il est fini le temps béni des années 1990 ou 2000 où l’on pouvait médire de Mao, au moins en privé. Une petite vidéo, prise par un anonyme au cours d’un repas durant lequel on peut entendre cette star des médias travestir une chanson tirée d’un opéra révolutionnaire, pour souligner les souffrances du peuple chinois sous Mao et traiter ce dernier de « fils de p…», sous les rires de l’assistance, a provoqué un scandale. Violemment attaqué par une « Nouvelle Gauche » hurlant au sacrilège et ragaillardie par l’arrivée de Xi JinPing au pouvoir, il a été contraint de demander pardon, et privé d’antenne pendant quelques jours. Pas de quoi fouetter un chat certes dans un pays où la politique peut être beaucoup plus sanguinaire, mais cela a suffi pour susciter l’indignation de beaucoup de médias occidentaux qui citent des internautes chinois selon lesquels ces dénonciations « détruisent la confiance de base dans la société » (mais oublient tous ceux qui épanchent sur l’Internet chinois leur envie du pénal). Certes, les vaches sacrées chez nous et là-bas ne sont pas les mêmes, mais on aimerait beaucoup que leur inquiétude soit aussi vive lorsque ce type de dénonciations délétères pour « la confiance de base » de leur propre société se produisent en France. C’est-à-dire à peu près trois fois par semaine.

*Photo : wikicommons.

Orson Welles s’amuse

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orson welles jaglom

Loin d’être un naufrage, la vieillesse libère les chevaux ! Elle fait fi de toutes les convenances. Elle ne respecte rien. L’amertume du grand âge et la déchéance financière agissent comme de puissants filtres de vérité. Ce que l’on perd en circonvolutions, on le gagne en lucidité et férocité. Les conversations entre Orson Welles (1915-1985) et Henry Jaglom qui viennent de paraître en français chez Robert Laffont se boivent comme du petit lait. Au goulot. Jusqu’à plus soif. Ce livre supervisé par Peter Biskind, l’auteur entre autres de Easy Riders et Le Nouvel Hollywood, est un règlement de comptes magistral. Une descente en règle, précise, joyeuse et acharnée du 7ème art. Orson, réactionnaire fulminant, énorme dans ses attaques, subtil dans ses emballements, le verbe marmoréen, tire à vue. Il ne cache rien, il n’oublie personne dans cet enfumage au napalm.

On en redemande tellement ça pilonne sévère. Le meilleur document sur les coulisses du cinéma depuis les Confessions de Dino Risi. Ces conversations ont été enregistrées entre 1983 et 1985 à la table du restaurant français « Ma maison », établissement du tout-Hollywood, tenu par Patrick Terrail. Le plaisir de lecture tient à la personnalité d’Orson dont le qualificatif de génie semble en deçà de la vérité historique. Mais aussi à son souffre-douleur préféré, le metteur en scène et scénariste Henry Jaglom, pétri de mièvrerie et de conformisme. L’intellectuel de « gauche » typique de ces années-là au progressisme navrant et hilarant. « Ne discute pas avec moi. Tu es tellement bien-pensant ! » lui assène son aîné de presque trente ans. Ces deux-là sont pourtant inséparables dans le canardage du milieu cinématographique. Orson s’en prend à tout le monde à un moment de sa vie où les contrats et la santé se font la malle. Autour d’une salade de poulet, il dégaine une verve, une culture et une mauvaise foi sans limite. Orson est un Géant du XXème siècle. Politique, cinéma, théâtre, radio, littérature, gastronomie et même sa participation à la série télé « La croisière s’amuse ». Il a tout vu, tout lu, tout compris, tout digéré.

Ses cibles ne s’en remettent pas. Un vrai carnage. Carnet de balles perdues. Bogart : « Un poltron qui ne savait pas se battre » ; Ingrid  Bergman : « Elle tient à peine une scène complète » ; Woody Allen « Il a le syndrome Chaplin, un mélange particulier d’arrogance et de timidité qui me fait grincer les dents » ; Mai 68 en France : « Des gamins qui lançaient des pierres » ; Malraux : « Il a fini en larbin […] C’est ce qui arrive aux intellectuels, tu comprends ? Ce sont les pires chiffes molles. Ils raffolent du pouvoir. Ils s’agglutinent autour du héros qui a pris les rênes et se mettent à justifier tout ce qu’il fait » ; le Centre Pompidou : « Un gros tas de ferraille. Raser les Halles a été le début de la fin » ; L’Ange Bleu : « Ce n’est que de la grosse pacotille » et même sur Rita Hayworth, son grand amour : « Mais pas sexuellement. Il fallait que je me force pour la baiser ». A cette liste, il faut ajouter sa détestation ordinaire des Irlando-Américains, des producteurs, des humoristes, des architectes, de l’Art déco ou des Français. Entre fanfaronnade et provocation, Henry Jaglom s’étrangle souvent. Mais quand Orson aime, il n’est pas avare en compliments sur Erich von Stroheim notamment : « c’était clairement un génie », sur la supériorité absolue de Buster Keaton face à Chaplin ou sur Gary Cooper : « une vraie star, une fantastique créature de cinéma ». Au-delà des sujets cinématographiques, Orson joue les politologues avisés relatant ses tête-à-tête avec le Président Roosevelt qui considérait la non-intervention dans le conflit espagnol comme « une grave erreur » ou sur l’origine du salut fasciste à rechercher du côté de Cecil B. DeMille ! Les maximes de Welles sont aussi perforatrices que celles de La Rochefoucauld : «  J’ai toujours soupçonné qu’il existait trois sexes : les hommes, les femmes et les acteurs. Et ces derniers réunissent les pires défauts des deux autres » ou encore « La circulation automobile a bousillé la vie sexuelle des Français » à propos du fameux 5 à 7. Du très grand art !

En tête à tête avec Orson – Conversations entre Orson Welles et Henry Jaglom – Editées et présentées par Peter Biskind – Robert Laffont

En tête à tête avec Orson: Conversations entre Henry Jaglom et Orson Welles

Prix: 3,23 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : RETRO/SIPA. 00121710_000001.

La Sapienza d’Eugène Green, film baroque

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eugene green sapienza

Un long travelling ascendant le long des façades aveugles des immeubles surplombant la porte d’Aubervilliers. Entrelacs grisâtres de voies rapides, d’arêtes bétonnées et de perspectives sans issue. L’horizon est bouché par le règne des immeubles de bureaux, des tours et des grandes barres aux couleurs délavées de l’utopie corbusienne. Un discours, prononcé sur un ton parfaitement neutre, accompagne le panoramique. La voix est claire et la diction irréprochable. Celui qui parle vante les progrès accomplis par un homme-Prométhée qui a fait de l’usine ou de l’entrepôt les nouvelles cathédrales du génie humain. L’homme qui tient ce discours se nomme Alexandre Schmid. C’est un architecte renommé qui vient de recevoir une distinction importante en même temps que la charge d’un nouveau projet de réaménagement urbain déterminant pour sa carrière, une carrière sur laquelle il s’interroge.

Mais le projet est refusé. Un aréopage glacial d’élus gestionnaires demande à Alexandre Schmid de revoir sa copie au nom de la sacro-sainte rentabilité budgétaire. Cela coûterait beaucoup plus cher, lui dit-on, de chercher à intégrer ce qui existait avant que de le faire disparaître. « En matière d’espaces verts, précise l’un des décideurs, les normes seront respectées par la construction d’un jardin sur dalle. »

Le soir venu, l’architecte retrouve sa femme, Aliénor. Elle non plus n’a pas eu une très bonne journée. Sociologue-comportementaliste, elle s’efforce d’étudier le coefficient de bonheur des populations. « Comment pouvez-vous distinguer les gens heureux des gens malheureux ? » lui demande-t-on à un moment. « Les gens heureux sont riches et les malheureux sont pauvres », répond-t-elle en souriant.

Au début de La Sapienza, tandis que son mari Alexandre se débat avec ses élus, elle, Aliénor, fait face à d’autres gestionnaires qui se penchent sur le cas de la cité des Zinguettes et expose la situation des habitants, des jeunes surtout, enfants d’immigrés qui ont abandonné leur culture sans intégrer celle du pays d’accueil. Aliénor expose d’une voix très claire son analyse bourdieusienne : la disparition de la verticalité du référent paternel, la dévirilisation post-moderne de la figure du père et ses conséquences sociales. « Il faut donc rebooster le quartier à la testostérone ! » en conclut, enthousiaste, la chargée de communication qui lui fait face. Aliénor ne répond rien, résignée et souriante. Le soir, Alexandre et Aliénor se retrouvent dans leur appartement. Alexandre fait part à Aliénor de sa volonté d’accomplir un nouveau voyage d’étude en Italie, pour se laisser le temps de mener à bien un vieux projet d’article sur l’architecte baroque Boromini. Aliénor aussi a besoin d’air frais et italien. Elle demande à l’accompagner. Ils partent.

Eugène Green, réalisateur et homme de théâtre, dirige depuis les années 1970 le Théâtre de la Sapience, une troupe avec laquelle il tente de restituer le jeu et la diction baroque. Après Toutes les nuits en 1999, Le Monde Vivant en 2003 et Ponts des Arts en 2004, il revient à nouveau au cinéma avec le parti-pris de filmer, à travers la lumineuse Italie de Boromini et du Bernin, des acteurs qui parlent et savent écouter comme on le faisait sur les planches au XVIIe siècle : « Chercher la lumière qui fait voir la parole. Nulle forme n’y est mieux adaptée que le cinéma, art du présent, parole faite image. » Nul cri, nul haussement de voix ou de débit précipité ne vient perturber le jeu grave et simple de Fabrizio Rongione (Alexandre) ou Christelle Prot (Aliénor).

La caméra d’Eugène Green encadre le visage de ses acteurs comme s’il peignait leur portrait au lieu de les filmer, tandis qu’ils énoncent leur dialogue avec la diction claire et le phrasé étrangement artificiel du théâtre baroque. Le parti-pris peut surprendre le spectateur. Il aurait tort de s’y arrêter et de gâcher ainsi le beau voyage que propose La Sapienza. Un voyage qui prend un autre tour pour le couple Schmid quand il fait la connaissance à Stresa de Goffredo (Ludovico Succio) et Lavinia (Arianna Nastro), un frère et une sœur qui paraissent sortir de l’atelier de David ou d’un tableau de Botticelli. Goffredo a vingt ans et veut devenir architecte. Sa sœur, Lavinia, est une jeune fille évanescente qui souffre de crises de langueur, comme au XIXe siècle. « Ce genre de crise n’existe plus depuis 1914 », assène froidement Alexandre Schmid au jeune homme qui répond sans se laisser démonter que « personne n’a songé à prévenir ma sœur. » La première rencontre entre l’architecte français blasé et Goffredo ne se passe pas de manière idéale. A la table d’un restaurant, Alexandre Schmid et son vis-à-vis restent obstinément muets durant de longues minutes. « Je savais que vous auriez beaucoup de choses à vous dire », conclut, moqueuse, Aliénor Schmid. La confrontation entre le couple français peu désabusé et la jeune fratrie révèle le jeu de miroirs que met en place Eugène Green dans la plus pure tradition baroque. Aliénor veut s’occuper de Lavinia et la soigner. La jeune italienne évoque le deuil longtemps enfouis d’un enfant, perdu des années auparavant. Alexandre retrouve en Goffredo un ami et rival trop tôt disparu. Dans les deux cas, le deuil et l’évocation d’une jeunesse enfuie s’attachent aux beaux visages de Goffredo et Lavinia. Attentive et patiente, la caméra d’Eugène Green capte la lumière qui irradie les visages, baigne la façade de l’église de la Sapienza ou joue simplement sur deux verres laissés sur une table au soleil.

 

C’est à la lumière, justement, que Goffredo entend rendre sa place dans l’architecture. Battu froid par un Alexandre tout d’abord peu amène, le jeune italien insiste. Lui aussi veut bâtir pour pouvoir, dit-il, combler les creux. « Et que mettrez-vous dans les creux ? » lui demande un Alexandre dubitatif. « Des gens et de la lumière » est la réponse. La suite est une double initiation. L’architecte désabusé et son apprenti improvisé partent en voyage d’étude, à Rome, pour redécouvrir les réalisations de Francesco Boromini et du Bernin. Aliénor elle, reste avec Lavinia, tentant de percer le mystère de son étrange maladie. Le jeu de miroir, accentué par les plans fixes sur les visages qui alternent avec régularité au rythme des conversations, confronte les personnalités et les époques et renverse bien entendu les hiérarchies. L’élève devient le maître et c’est la France qui réapprend l’architecture au contact de l’Italie rajeunie à travers deux autres figures qui se superposent à Alexandre et Goffredo : celle du Bernin et surtout de Borromini à la redécouverte desquels partent l’architecte français et le jeune italien. Le voyage et la leçon sont prodigieux et l’on regarde émerveillé glisser la caméra sur les frontons, les façades tandis que la voix grave et posée d’Alexandre et les remarques de Goffredo  dépouillent peu à peu le mystère de la création et des chefs d’œuvres au milieu desquels nous entraînent les deux visiteurs. « Le Bernin, dit Alexandre, c’est le baroque institutionnalisé, celui qui respecte les conventions de l’époque. Boromini, c’est le baroque mystique. Jamais Boromini n’aurait pu faire carrière en France. »

Eugène Green lui, a choisi la France, bien que l’Italie lui ait, selon ses dires, rendu l’ouïe et la vue. Né aux Etats-Unis, dont il ne prononce jamais le nom, il a quitté son pays natal qu’il ne nomme que « La Barbarie » pour s’établir en Europe et prendre la nationalité française. Dans La Sapienza il fait une courte apparition sous les traits d’un émigré irakien, un babylonien égaré, dernier représentant d’un peuple qui meurt, dit-il, « de ne plus avoir de lieu » tout comme l’architecture moderne meurt elle de ne plus savoir aménager que des territoires au lieu de concevoir des lieux que les gens et la lumière habitent. « Nous arrivons, écrivait Claudel, aux temps modernes, à nos temples concordataires et bourgeois, congelés et contractés par la défiance et par la consigne. » Face aux monuments de la tristesse moderne, Claudel dresse Beauvais, qui « avec les quarante-huit mètres de son chœur, marque l’effort suprême de cet enthousiasme vertical et de cette ascension vers la lumière. » Eugène Green dresse lui l’église de la Sapienza, chefs d’œuvres de Boromini dont la beauté proclame symboliquement que la sapience est d’abord le Verbe divin et que cette parole est lumière. Comme celle qui éclaire le film de Green ou les vitraux de Claudel.

La Sapienza d’Eugène Green, en salles depuis le 25 mars.

Les habits neufs de la graphie chinoise

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chinois mao chine

Quelques lecteurs ont trouvé surprenante la romanisation des mots chinois dans mes chroniques. Le metteur en pages n’ayant pas été informé, quelques corrections intempestives et diverses petites incohérences s’y sont glissées. Cette livraison est donc une excellente occasion de bien fixer mes règles et les expliquer.

Contrairement à une rumeur sans fondement, le chinois moderne n’est pas une langue monosyllabique, la plupart des mots comptent deux ou trois syllabes :

Parapluie 雨傘YuSan
Prison 監獄 JianYu
Préservatif 保險套 BaoXianTao
Littérature 文學 WenXue

Mais, à la différence du français, chaque syllabe en chinois correspond à un caractère, et chaque caractère a un sens. Les Chinois vivent donc, en quelque sorte, dans l’étymologie de leur langue et ils y sont attachés. Par exemple «ZhongGuo» 「中國」(la Chine) compte deux caractères, deux syllabes, la première signifie «milieu», la seconde «pays». Un peu comme en français «faux-col» compte deux syllabes et chacune d’elle a un sens. Mais, en français c’est rare : dans «cheval», «che» n’a pas de sens, pas plus que «val».

C’est pour marquer le caractère polysyllabique du chinois que les sinologues occidentaux avaient utilisé le tiret pour relier et rapprocher les syllabes. Mais pour les profanes, le tiret est devenu plus un signe d’éloignement que de rapprochement.

Donc je préconise, comme bien d’autres, que le tiret soit supprimé. Mais, pour bien marquer les syllabes, il paraît logique d’utiliser une capitale à l’initiale de chacune d’elles : «ZhongGuo» 「中 國」 (la Chine), «FaGuo» 「法國」 (la France), «GuangDong» 「廣東」 (la province dont la capitale est «GuangZhou» 「廣州」, i.e. Canton).

Sur le fond, quelles sont historiquement les différentes romanisations du chinois ? Et quelle est celle que j’utilise ?

Rappelons que l’écriture chinoise n’est pas phonétique et que rien ne permet de savoir comment un caractère se prononce précisément, un peu comme les chiffres arabes s’écrivent sans que rien ne permette de discerner leur prononciation.

L’avantage c’est que les mêmes chiffres sont prononcés de manière différente dans différents pays, mais partout compris sous leur forme écrite. De la même façon, les caractères chinois restent intangibles, même s’ils sont prononcés de manière différente selon les régions et les dialectes de la vaste Chine (et même dans le cas des kanji – ce qui veut dire «caractères chinois» – dans l’écriture japonaise).

La romanisation qui a été le plus usitée mondialement jusqu’en 1949 était la «Wade-Giles» du nom de deux sinologues britanniques, avec des conventions de prononciation anglo-saxonnes. En France, on a adopté celle de l’Ecole française d’Extrême Orient (EFEO). Mais les Postes chinoises d’avant 1949 utilisaient des transcriptions différentes pour les noms de lieux : «Foochow» par exemple pour la ville de «FuZhou» 「福州」, qu’en EFEO on écrit «Fou-tcheou», et en Wade-
Giles «Fu-chou».
La République populaire de Chine, autrement dit la Chine communiste, a promulgué un nouveau système, le PinYin, qu’elle a élaboré avec certains linguistes soviétiques. Le PinYin est aujourd’hui accepté pratiquement dans le monde entier. Il souffre toutefois de deux défauts :

– Certaines conventions de prononciation sont peu évidentes pour les francophones : dans «RenMin RiBao»「人民日報」 (pour Le Quotidien du peuple), le R se prononce comme un J français. Alors que le J du PinYin se prononce «ts’i», etc.

– Le PinYin a une «odeur maoïste», qui déplaît aux démocrates. Mais, en capitalisant l’initiale des syllabes, les démocrates marquent leur différence et font preuve de bon sens.

Certains usages particuliers, individuels ou historiques, ont cependant subsisté. Par exemple les Français continuent d’utiliser Pékin, Nankin, Canton.

Pour certains noms de personnes, on a conservé celui qui avait été choisi par les intéressés :

Lee Kwan-yew 李光耀, Li GuangYao en Pinyin,
Sun Yat-sen 孫逸仙, Sun YiXian,
Chiang Kai-shek 蔣介石, Jiang JieShi.

La romanisation a-t-elle quelque chose à voir avec le débat sur les «caractères traditionnels» et des «caractères simplifiés» ? Non. C’est un tout autre débat qui repose sur des considérations historiques et politiques que l’on peut ainsi résumer :

Tous les caractères chinois sont composés de traits de base, simples et peu nombreux (moins de 12) , mais ils peuvent être complexes, et compter jusqu’à 36 reprises de ces 12 traits. Au cours des siècles, des graphies simplifiées sont apparues, au fil du pinceau puis du stylo, personnelles mais homogènes, car l’ordre (immuable) des traits que l’on trace dicte des simplifications calligraphiques identiques. La tentation a donc été grande de normaliser en typographie ces simplifications d’usage manuscrit ancien.

C’est ce que décidèrent les dirigeants de la Chine communiste qui créèrent ainsi une écriture chinoise simplifiée. Mais en fait l’objectif du pouvoir maoïste fut de priver les nouvelles générations de la possibilité de lire les ouvrages anciens, pas forcément très anciens ou classiques, mais tous les livres d’avant le maoïsme. Cette «simplification» heureusement n’a pas été adoptée à HongKong, ni à Taiwan (seulement à Singapour en dehors de la Chine).

S’ensuivit l’émergence, en Chine, d’une «classe supérieure aux autres», désormais assez nombreuse, celle qui sait lire (comme Mao) les ouvrages anciens (que Mao lisait avec délectation) et celle des gens ordinaires et peu lettrés qui ne peuvent lire que les journaux et ouvrages récents, dont les Œuvres du Président Mao !

Avec l’informatique, on peut très facilement – et sans délai – “passer des traditionnels aux simplifiés”, pour des textes même très longs, en frappant une seule touche de son clavier. Mais le contraire, dans l’autre sens, des simplifiés vers les traditionnels n’est pas aussi automatique. Heureusement, les progrès de l’informatique ont considérablement réduit cet obstacle.

Voici deux exemples :

「說話」 ShuoHua “parler” est devenu 「说话」 par “simple” simplification de la “clé”, c’est-à-dire la partie gauche du caractère. Elle correspond à cette simplification manuelle traditionnelle et elle ne pose pas de problème!
Mais 「頭髮」 TouFa “cheveux” est devenu 「头发」 et 「開發」 KaiFa “développer” est devenu 「开发」: il est bien sûr dommage de confondre les deux caractères Fa, qui ont une étymologie et un sens totalement différents.

Un équivalent français imparfait pour tenter de faire comprendre le goût et l’odeur de la “nouvel ortograf maoyst” : “Se metre d’ekol et in foku” restitue à peu près l’impression qu’un Parisien aurait si un “frankofon maoyst du kanada” ayant “réformé” l’orthographe voulait lui écrire “ce maître d’école est un faux-cul”. Mais l’impression pour un Chinois à la lecture des simplifications-restrictions maoïstes est bien plus profonde puisque ce qui est en cause c’est la tragique perte du sens d’un trop grand nombre de caractères.

D’où de multiples occasions de plaisanteries. Par exemple, un “sèche-mains” 「乾手機」 taiwanais, sur le continent chinois devient “une machine à masturber ou à niquer” 「干⼿机」 car trois caractères traditionnels 「乾」「幹」「干」ont été remplacés par un seul et unique caractère simplifié 「干」.

Les Taiwanais n’ont donc pas de problème s’ils doivent diffuser une note de service auprès de leurs employés chinois en Chine continentale post-maoïste. Mais les nombreux touristes chinois qui visitent Taiwan doivent apprendre les graphies traditionnelles des menus de restaurants, des journaux qu’ils lisent avidement, etc. Cela ne leur est pas très difficile, les amuse, et les encourage à enseigner les caractères traditionnels à leurs enfants pour qu’ils puissent lire les nombreux livres qu’ils rapportent de Taiwan en Chine.

Faut-il rappeler que tous les Taiwanais savent lire et écrire les caractères traditionnels. Pourquoi les Chinois du continent éduqués sous le régime maoïste ou post-maoïste en seraient-ils incapables ?

Lire des caractères simplifiés, c’est comme manger des surimis (du poisson reconstitué et parfumé), ou un petit-pot-pour-bébés, ou boire un jus de fruits en boîte, au lieu de déguster un fruit que l’on épluche en pensant à l’arbre et au verger, un légume que l’on reconnaît dans son assiette, un morceau de viande qui se laisse comprendre et qu’on entend presque mugir, un sashimi dont le poisson vient de vous faire un dernier clin d’oeil de l’autre côté du comptoir sous le couteau du maître-poissonnier.

Une anecdote – que l’on vient de me raconter – peut aider à comprendre : Mouton Rothschild a publié une superbe brochure illustrée sur l’histoire de ce grand vignoble, en caractères simplifiés. Un riche (on comprend pourquoi) Chinois s’étonnait de cette aberration : «Comment peut-on faire la promotion d’un premier grand cru classé comme Mouton Rothschild en caractères simplifiés — qui devraient être réservés au Mouton Cadet». Cette condescendance est un héritage du Président Mao et une «ruse de l’histoire» 「歷史的詭計」 “LìShǐ De GuǐJì” : ce qui était une simplification à visées restrictives, a entrainé l’émergence d’une nouvelle «classe» élitiste en Chine post-maoïste.Et en avant pour une nouvelle «lutte des classes» 「階級鬥爭」 “JiēJí DòuZhēng” !

Mais, on l’aura compris, il s’agit rarement d’une question de luxe, plutôt simplement de plaisir et de volupté, pour les gens modestes tout autant : un Chinois – même désargenté – éprouve un grand bonheur à pouvoir lire et comprendre la littérature populaire des siècles précédents, des Bords de l’eau à La Chair comme tapis de prière. Ceux qui ont tenté d’éliminer les caractères chinois sont les mêmes qui ont détruit la plus grande partie de Pékin et qui s’acharnent à démolir, même après la «révo. cul.» tous les vestiges culturels du passé. Qu’attend l’UNESCO pour classer les caractères chinois traditionnels au titre des trésors de l’Humanité ? Ils existent, inchangés et pourtant commodes, et beaux, depuis plus de vingt siècles, écrits avec des pinceaux en poil de loup ou sur les smartphones. Voilà qui mérite quand même un peu de considération.

Les lecteurs auront remarqué, dans le paragraphe plus haut, des diacritiques sur certaines voyelles de la romanisation PinYin : c’est pour marquer les “tons”. Il y en a quatre en «mandarin» i.e. le GuanHua 「官話」, c’est-à-dire la prononciation standard du chinois, celle de la Chine du Nord devenue langue nationale voici plusieurs siècles. Mais dans l’usage courant, pour les étrangers, les tons ne sont pas marqués dans les diverses romanisations.

En France, l’enseignement de la langue chinoise est assuré le plus souvent dans les deux écritures, caractères simplifiés et traditionnels, qui sont donc proches, tout en étant séparées —— comme sont séparées Taiwan et la Chine par le Détroit de Formose et par… deux systèmes d’écriture. Le slogan «un pays, deux systèmes» 「一國兩治」 “YīGuó LiǎngZhì” a donc un second sens. Le paradoxe c’est que les maoïstes chinois du continent, en maintenant la simplification des caractères chinois dans les journaux, etc. auront prolongé d’autant la «séparation entre les deux Chine(s)», la République populaire de Chine et la République de Chine dans l’île de Formose. «L’unification» des deux Chine(s) attendra donc un peu plus, à cause des linguistes, et du Président Mao !

Phnom Penh, ville phénix

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Phnom Penh Cambodge

Le Cambodge est ce plat pays d’Asie du Sud-Est, vaste plaine fertile où les crues annuelles des cours d’eau assurent depuis des millénaires l’irrigation des rizières. Teuk Dey, l’eau et la terre en langue khmère, formule qui lie conjointement les deux éléments qui ont fécondé ce terroir rural. Ici s’est épanoui le peuple khmer, aux racines si lointaines que le mythe se confond parfois avec l’histoire. Le paysage bucolique est parsemé de quelques agglomérations d’une importance quelconque, à l’exception d’une grande cité : Phnom Penh, la capitale, centre à la fois politique et économique du royaume. Ici se concentrent tous les pouvoirs, les fortunes ainsi que les aspirations des migrants issus des campagnes, attirés par l’espérance d’une vie meilleure.

De la ville se dégage une immédiate sensation d’énergie, une personnalité singulière, vibrante, qui saisit de prime abord le visiteur. Son architecture repose sur un mélange détonnant, presque baroque, où l’œil peut s’exercer à retrouver les strates d’une histoire discontinue, faite de ruptures souvent douloureuses. Tous les symboles visibles sur les drapeaux, les monuments, les décorations renvoient en outre à un site autre, un ailleurs, pourtant omniprésent : Angkor, l’ancienne capitale des Khmers, sise à quelques centaines de kilomètres plus au nord, dont les incroyables temples de pierre témoignent de la magnificence d’une cité qui régnait alors sur une grande partie de l’Asie du Sud-Est.

Depuis le XVe siècle, Angkor n’a plus joué qu’une fonction religieuse auprès des Khmers, mais qu’importe : le site est devenu synonyme d’un âge d’or, d’une gloire évanouie, avalée par la forêt mais qui luit toujours dans l’inconscient collectif. A Angkor, la part de la légende, celle où les rois se faisaient l’égal des dieux ; à Phnom Penh, la part de l’histoire. Une histoire nécessairement moins grandiloquente, faite de chair et de sang, de liens d’argent et de commerce, d’accointements avec les puissances étrangères, d’ambitions avortées, de héros trop humains. Mais on ne saurait jamais assez se méfier de la frustration née d’une blessure narcissique, provoquée par le sentiment de sa déchéance.

Phnom Penh fut ainsi le théâtre d’un évènement inouï, digne de la démesure d’Angkor, mais dans son versant noir, celui de la terreur, de la force aveugle. Tout près de nous, dans le dernier quart du XXe siècle. Début du mois d’avril 1975. La ville est alors en passe de tomber aux mains des « Khmers rouges », les révolutionnaires cambodgiens, qui mènent le siège depuis des semaines. Beaucoup de grands reporters sont absents. Ils guettent non loin de là la chute de Saigon, la grande cité du Sud-Vietnam, assiégée dans le même temps par les armées du Nord communiste. Un symbole stratégique considéré comme d’une autre importance.

Phnom Penh croule sous les réfugiés des campagnes en proie à une impitoyable guerre civile, pourtant ce conflit régional demeure encore la seule « guerre du Vietnam » aux yeux de bon nombre d’observateurs internationaux. Les mystérieux guérilleros cambodgiens sont considérés comme un simple avatar local, une force d’appoint pour les marxistes vietnamiens. Beaucoup, s’appuyant sur les clichés associés au Cambodge, veulent même croire que les révolutionnaires khmers offrent un profil plus débonnaire que les austères communistes vietnamiens aux accents confucéens. Ils se trompent.

Lorsque la ville tombe aux mains des troupes de Pol Pot, le monde stupéfait apprend la nouvelle, inimaginable : l’exode immédiat et complet de tous les habitants de Phnom Penh. Une cité de deux millions d’habitants, renvoyée sur le champ au néant, un long cortège de douleur sur les routes, vieillards, femmes, enfants, invalides, qui piétinent sous la canicule d’avril, apogée de la saison chaude sous ces tropiques. Cet évènement inaugural, digne de Gengis Khan, ouvre la page la plus sombre de l’histoire du Cambodge. On prend alors conscience de la radicalité qui émane des nouveaux maîtres du pays, capables d’effacer toute présence humaine d’une grande cité.

Chez les Khmers rouges, la volonté révolutionnaire, farouche, se double en effet d’un véritable vertige identitaire. Le socialisme, selon les termes de Pol Pot, est avant tout le moyen de « défendre le pays et sauvegarder la race kampuchéenne » (pour Kampuchea, Cambodge en khmer). La notion de pureté, revient obsessionnellement dans sa bouche, formant un vœu de régénération aux accents morbides. Le paysan khmer démuni de tout, ou plutôt l’idée que les Khmers rouges se font de celui-ci, vierge de toute influence étrangère, devient le modèle incontournable pour renouer avec la grandeur évanouie des temps angkoriens. Pour que cela advienne, les sbires de Pol Pot, en émules contemporains de Savonarole, ont d’abord voulu en finir avec Phnom Penh, cette ville à leurs yeux cosmopolite et corrompue, symbole des incertitudes d’une modernité tâtonnante.

Mais que peut-on bâtir, à partir d’un extrémisme aussi étroit ? La fureur khmère rouge, comme un bateau ivre, va finir par décimer ses propres rangs au gré de purges sanglantes, avant que, le 7 janvier 1979, les divisions vietnamiennes viennent occuper la ville-fantôme, et en chasser les bourreaux. Phnom Penh est mutilée, défigurée, à l’image des survivants, hâves, épuisés, qui la repeuplent timidement. Elle doit s’accommoder de la présence encombrante de militaires vietnamiens, authentiques libérateurs mais aussi occupants opportunistes. Addition indécente aux souffrances accumulées, la ville est soumise à un embargo de la part de l’Occident, puisque coupable d’avoir été libérée par le mauvais camp, celui des alliés des soviétiques (la compassion s’exercera auprès des seuls réfugiés qui s’amassent à la frontière thaïlandaise, parmi lesquels les Khmers rouges qui se réarment, en vue de la revanche).

Il faudra l’extinction de la « guerre froide », à la fin des années 80, pour que les grandes puissances s’entendent de manière à ficeler avec les factions cambodgiennes les accords d’une paix précaire, sponsorisée par l’Onu pour un coût de deux milliards de dollars. L’espoir revient dans le Phnom Penh des Casques bleus onusiens, avec le retour d’exil du roi puis celui des réfugiés. Mais les luttes intestines, la présence résiduelle des Khmers rouges, les coups de force politiques alimenteront encore la chronique pendant toute la décennie suivante. Bon an mal an, la vie reprend pourtant ses droits, une kyrielle d’ONG débarque pour panser les plaies d’une population abandonnée pendant trop longtemps, les squatteurs s’entassent jusqu’aux toits d’immeubles dont les anciens occupants ne reviendront plus, aventuriers et investisseurs, venus de tous horizons, posent leurs valises dans une ville où tout est à rebâtir. Capharnaüm parfois ubuesque, qui charrie son lot de contradictions, de peines, d’espoirs toujours recommencés. Mais préférable au silence de la « pureté » des charniers, l’utopique fin de l’histoire de Pol Pot.

Aujourd’hui, ces sites sanglants sont devenus des lieux de mémoire des horreurs du siècle écoulé, à l’instar d’Auschwitz ou d’Hiroshima. La ville, quand à elle, vit depuis le milieu des années 2000 au gré des poussées de fièvre spéculative, le regard rivé sur Bangkok, Singapour ou Saigon, qu’elle rêve d’imiter. De terre surgissent des constructions élevées où s’affairent des maçons perchés sur des échafaudages de bambou, de pauvres hères défendent leurs taudis contre les appétits d’investisseurs véreux, des fortunes pas toujours bien acquises se dépensent dans la fièvre des casinos, aux bonnes tables de la ville et sur les banquettes des karaokés huppés. D’anciens caporaux khmers rouges se rêvent en condottiere et capitaines d’industrie, les énormes 4×4 Lexus des fratries au pouvoir se garent sur les trottoirs où l’on croise des mendiants invalides. Les jeunes citadins, avides de vivre, draguent, se sculptent des coiffures qui défient la gravité, font vrombir leurs motos japonaises, toute une nouvelle scène artistique fait son apparition, qui tente à sa façon d’exorciser les spectres du passé.

Phnom Penh change vite, parfois trop vite, au risque de se perdre. Mais la fascination demeure intacte pour cette ville en perpétuelle mutation, qui tente, même claudicante, d’aller toujours de l’avant. Face à cette image chaotique et parfois indécente, beaucoup de visiteurs choisissent de sauter l´étape pour alimenter la nostalgie du passé en se contentant des froides lignes de pierre des ruines d’Angkor. Ils ont tort. Il faut aimer Phnom Penh, dans ses épreuves et ses errements : une ville martyre, une ville d’esbroufe, chargée de défauts, qui a chu brutalement, mais dont toute la grandeur repose sur l’effort de se redresser. Nulle autre capitale au monde n’incarne peut-être, de façon aussi poignante, la condition humaine.

*Photo : Wikipedia.org

Kurdes assassinées à Paris: que valent les engagements de Valls?

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(AFP) – Les familles des trois militantes kurdes assassinées à Paris en 2013 reprochent à Manuel Valls d’être « loin de (son) engagement de faire toute la lumière » sur ces crimes, en ne déclassifiant pas largement des documents confidentiels, dans une lettre dont l’AFP a eu copie vendredi.

« Lorsque vous vous êtes rendu au matin du 10 janvier 2013 » sur les lieux des crimes, « en plein cœur de Paris, vos fortes paroles ont donné espoir aux familles des victimes que nous représentons », écrivent les avocats dans ce courrier daté du 27 mars, adressé à Manuel Valls, ministre de l’Intérieur à l’époque des faits.

Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez avaient été abattues quelques heures plus tôt. Un Turc, Omer Guney, actuellement incarcéré, est soupçonné d’être leur assassin. Il nie.

Convaincues d’une implication des services secrets turcs, les familles des victimes veulent que l’enquête s’oriente dans cette direction. Explorant cette piste, la magistrate antiterroriste en charge de l’instruction a fait des demandes de déclassification de documents aux ministères de l’Intérieur et de la Défense.

En janvier et février, la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a donné aux ministres un avis recommandant des déclassifications très partielles.

Un avis consultatif que les ministres ont suivi en transmettant à la juge des documents « massivement caviardés », « déjà connus en procédure ou (figurant) dans le domaine public, de telle sorte qu’ils n’apportent aucun élément permettant de faire progresser utilement les investigations », déplorent les avocats.

« A titre d’exemples, une note du 7 janvier 2013, soit l’avant-veille des assassinats, n’est déclassifiée qu’à raison de trois paragraphes généraux sur la situation d’une des victimes, à l’exclusion des cinq autres pages du document émanant de la DGSI », détaillent-ils. « Il en est de même d’une note de ce service du 23 janvier 2013 » sur Guney « comportant sept pages dont la quasi intégralité n’a pas été déclassifiée ».

« On est loin de l’engagement que vous aviez pris de faire toute la lumière sur cet acte insupportable », reprochent les avocats qui demandent au Premier ministre de faire en sorte que son gouvernement participe « pleinement à l’élucidation de ces assassinats en produisant les pièces de nature à faire avancer les investigations et à éclairer la Justice ».

Chrétiens jetés à la mer: 15 migrants musulmans inculpés

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mirgants chrétiens musulmans Palerme

(Avec AFP) Quinze hommes d’origine africaine et de confession musulmane ont été arrêtés jeudi à leur arrivée en Sicile pour avoir, selon des témoins, jeté par-dessus bord douze réfugiés chrétiens après une dispute sur le bateau les transportant en Méditerranée, a annoncé la police de Palerme.

Les quinze migrants, de nationalité ivoirienne, malienne et sénégalaise, étaient arrivés mercredi dans le port sicilien à bord du navire Ellensborg qui les avait recueillis. Ils ont été inculpés jeudi d’« homicide multiple, aggravé par la haine religieuse ». Le drame est survenu dans le détroit de Sicile. Selon les témoignages fournis à la police par une dizaine de réfugiés nigérians et ghanéens qui se trouvaient à bord de l’embarcation, une dispute a éclaté pour des raisons religieuses.

Les survivants ont expliqué être partis mardi des côtes libyennes sur un canot pneumatique qui transportait au total une centaine de passagers.

« Au cours de la traversée, les Nigérians et les Ghanéens, en minorité, auraient été menacés d’être jetés à l’eau par une quinzaine de passagers », a rapporté le communiqué de la police. Le motif de la colère des agresseurs, a-t-il précisé, « serait la profession de la foi chrétienne par les victimes, au contraire de la foi musulmane professée par les agresseurs ». Les menaces se seraient ensuite concrétisées et douze personnes, toutes nigérianes et ghanéennes, auraient succombé dans les eaux de la Méditerranée.

« Les survivants auraient survécu en s’opposant par la force à la tentative de noyade, formant dans certains cas une véritable chaîne humaine », a indiqué le communiqué qui fait état de « détails épouvantables » donnés par des « témoins en larmes ». Selon des sources judiciaires citées par les médias, ces « témoignages cohérents » ont permis de reconstituer les faits. Certaines photos auraient été prises à bord.

Des arrestations pour ce motif sont inédites en Italie. Le parquet de Palerme va demander vendredi le maintien en détention des quinze accusés, a-t-on appris de source judiciaire.

« L’enquête en est encore à ses débuts », explique dans un entretien accordé à La Repubblica, le procureur général de Palerme, Francesco Lo Voi. « Nous avons encore beaucoup à travailler pour reconstruire exactement la manière dont les choses se sont déroulées », a-t-il souligné.

« Ce drame jette aussi un nouvel éclairage sur ces phénomènes parce que c’est la première fois que ça arrive », affirme M. Lo Voi. « Jusqu’à présent les migrants étaient les victimes des organisations de trafiquants, de contrebandiers sans scrupules qui les entassaient sur des embarcations inadaptées pour affronter la mer. L’affrontement religieux qui aurait fait ces victimes ouvre une brèche véritablement déroutante », a-t-il expliqué.

« Il s’agit d’une tragédie dans la tragédie. Nous sommes devant un drame qui résulte par-dessus tout du désespoir », s’inquiète, également dans La Repubblica, Mgr Giancarlo Perego, directeur général de la Fondation Migrantes, une organisation catholique d’aide aux migrants,

« Dans ces bateaux ces pauvres gens, malheureusement, apportent parfois avec eux, également, les divisions et les misères présentes dans leurs pays », ajoute-t-il.

L’Allemagne, la France, l’Italie et la Slovaquie ont par ailleurs réclamé vendredi une solution « forte et résolue » au niveau européen aux problèmes d’immigration, après les dernières tragédies en Méditerranée.

« Les tragiques événements récents en Méditerranée, avec la disparition de centaines de personnes sur des bateaux de migrants, réclament une réaction commune et forte de l’Europe », écrivent les ministres des Affaires européennes de ces quatre pays, dans une déclaration commune publiée à l’issue d’une réunion à Cesena (nord-est).

Ces ministres jugent notamment que l’Union européenne doit se saisir de ces questions et élaborer urgemment une « politique européenne commune et cohérente sur l’immigration », ce qui n’est actuellement pas le cas.

Ils réclament également un « engagement fort contre les réseaux criminels qui tirent profit du désespoir de ceux qui cherchent à gagner l’Europe ».

« Cette tragédie concerne toute l’Europe et réclame une réponse européenne résolue », ajoutent ces ministres : Harlem Désir pour la France, Michael Roth pour l’Allemagne, Sandro Gozi pour l’Italie, et Peter Javorcik pour la Slovaquie.

L’Italie, en première ligne avec des centaines d’arrivées de migrants par jour sur ses côtes, réclame depuis des mois une réponse forte de l’Europe et davantage de moyens de la part de l’Union européenne.

Plus de 11.000 migrants ont débarqué en six jours sur les côtes italiennes. Au moins deux naufrages auraient provoqué près de 450 morts ces derniers jours, selon le récit de survivants aux organisations humanitaires.

*Photo : Alessandro Fucarini/AP/SIPA/AP21721159_000010

États-Unis, Cuba, Venezuela: la diplomatie des chaises musicales

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Venezuela Etats-Unis Cuba

Le 14 avril 2015, le président Obama a proposé le retrait de Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme : suite logique du lancement de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, en décembre dernier, lors d’un double show télévisé, ainsi que de la dynamique médiatique réanimée lors du Sommet des Amériques à Panama. Les élus nord-américains ont 45 jours pour manifester leur désaccord, mais, malgré de fortes oppositions aux choix d’Obama, il est peu probable qu’ils le fassent, tant ce choix est populaire dans l’opinion publique : selon un sondage réalisé en février 2015, 56% des Américains se déclarent désormais en faveur d’une normalisation croissante des relations avec Cuba. Quant à leur opinion sur ce pays, elle n’a jamais été aussi bonne depuis 20 ans. Plus encore, les milieux d’affaires aux États-Unis sont très favorables à la levée de l’embargo.

Ainsi, tandis que le 18 février 2015, le ministre cubain des affaires étrangères Bruno Rodríguez recevait en visite officielle une délégation de membres du Congrès dirigée par la démocrate Nancy Pelosi pour faire avancer le dossier diplomatique, un autre groupe nord-américain, composé de trois sénateurs, venait pour explorer les possibilités de relations commerciales avec l’île. Les sénateurs ont en particulier remarqué les opportunités dans les secteurs de l’agriculture et du tourisme et ont souligné « l’esprit entrepreneurial » du secteur privé cubain. Les retombées économiques de la levée de l’embargo seraient en effet importantes pour les entreprises  nord-américaines. Bien positionnées, celles-ci espèrent être prioritaires et tenir les Européens en lisière dans la course pour investir dans tous les secteurs, et reproduire leur exploit économique au Vietnam après la normalisation des relations entre les deux pays.

Outre qu’elle favorise donc les intérêts économiques nord-américains, la décision d’Obama de mettre un terme à une politique vieille de plus de 50 ans, marquée au sceau de la guerre froide, peut sembler par ailleurs d’autant plus raisonnable qu’elle est saluée par l’ensemble des Latino-américains. Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), José Miguel Insulza, a ainsi déclaré que les deux parties avaient fait preuve d’une « remarquable grandeur d’âme » et le secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), Ernesto Samper, qu’« il est temps de penser à une relance des relations hémisphériques avec les États-Unis ». Au demeurant, on peut se demander si nous n’assistons pas à un magistral jeu de dupes, qui participe au maintien du régime « communiste » cubain et à l’affaiblissement de l’idée démocratique.

En effet, Raul Castro n’a rien cédé sur la nature du régime et dès le 30 décembre 2014, deux semaines seulement après l’annonce de la future normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba, la police politique cubaine a arrêté ou assigné à résidence plusieurs personnalités du monde culturel, pour empêcher une manifestation évidemment non autorisée. La blogueuse Yoani Sanchez a annoncé sur Internet qu’elle était retenue à son domicile et que son époux Reinaldo Escobar avait été interpellé en compagnie du dissident Eliecer Avila. Elle a fait connaître également l’arrestation de plusieurs opposants, et notamment de l’artiste Tania Bruguera. Mais malgré les affirmations de la secrétaire d’État adjointe Roberta Jacobson qui soulignait en janvier 2015 que, compte tenu des « profondes différences » bilatérales, les négociations seraient un processus long et complexe, la question du respect des droits de l’Homme et des libertés publiques à Cuba ne fait pas l’objet des négociations en cours.

Alors, comme pour compenser cet « oubli », Barak Obama fustige le Venezuela et le menace de lui faire prendre la place de Cuba dans la liste noire des États terroristes. Ce qui serait loin d’être infondé compte tenu des relations privilégiées entretenues avec le Hezbollah notamment, et du nombre de terroristes arrêtés ces dernières années dans le monde avec des passeports vénézuéliens. Quant à la question des droits de l’Homme au Venezuela, préoccupante depuis plusieurs années, elle est en effet devenue alarmante dans la dernière période, avec près de 150 jeunes gens tués par les forces de police et les groupes paramilitaires des « chemises rouges » chavistes à l’occasion de manifestations, des milliers d’arrestations extra-judiciaires et des centaines de cas répertoriés de blessures par balles à billes de verre notamment, de tortures (brûles, étouffements, décharges électriques) et de mauvais traitements (coups de casques, de matraques, de bâtons, de crosses de fusil).

Certes, lors de la visite de Nicolás Maduro à Cuba le 21 février 2015, le président vénézuélien qui s’est entretenu avec les deux frères Castro a pu apprécier que le régime cubain exprimait, une fois encore, « sa solidarité immuable » avec le Venezuela et son président. Ont été également rappelés les liens économiques et politiques que les deux pays entretiennent depuis 2002, époque où fut passé un accord global qui incluait notamment une clause énergétique stipulant la livraison à Cuba de 100.000 barils de pétrole par jour à prix d’ami. Pourtant, la crise économique extrêmement grave que connaît le Venezuela aujourd’hui – due en partie à la chute du prix du baril, en partie à l’incurie et à la corruption du régime chaviste – fait craindre aux Cubains la perte du soutien qui les a aidés à garder la tête hors de l’eau après la disparition du grand protecteur soviétique et la misère de la « période spéciale » de la décennie 1991-2002.

Les menaces des Etats-Unis à l’égard du Venezuela viennent alors jouer le rôle que l’embargo a tenu pendant des décennies dans le discours anti-impérialiste cubain : victimiser les « révolutionnaires » et fournir une excuse à leur incompétence et à leur autoritarisme. Quant aux castristes, ils se dédouanent de leur rapprochement avec les États-Unis en reprenant, dans une schizophrénie éhontée, les antiennes anti-américaines du passé : ils dénoncent les États-Unis et l’OEA qui « alimentent et promeuvent la subversion interne » à l’encontre du pays frère sud-américain. Malgré la levée probable de l’embargo, les Cubains risquent donc de devoir résister encore longtemps contre un régime liberticide et peu performant sur le plan économique.

Il faut espérer, en revanche, que le régime castriste abandonnera l’ancien protecteur vénézuélien aujourd’hui aux abois, permettant ainsi la mise en œuvre d’un processus – certes encore très hasardeux – de transition démocratique au Venezuela. Cependant, malgré la résistance farouche de l’opposition et le désespoir toujours plus grand de la population soumise aux graves pénuries et à l’escalade de la violence, l’aide et le soutien international ainsi qu’une intermédiation courageuse des gouvernements latino-américains sont sans doute indispensables pour trouver un chemin pacifique de sortie de la dictature et construire un consensus national démocratique au Venezuela.

*Photo : Moises Castillo/AP/SIPA/AP21719605_000001

La Reine du Danemark fait son 11 janvier

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Le chef de l’Etat Danois, sa Majesté la Reine Margarethe II, a accordé une interview pour son 75e anniversaire. Une interview qui provoque la panique dans le monde du politiquement correct. Qu’a-t-elle donc fait de si grave ?

« Celui qui s’installe au Danemark doit se conformer aux normes et valeurs Danoises », déclare-t-elle. « Nous pouvons les accueillir, mais nous devons aussi leur dire ce que nous attendons. Car il s’agit de notre société, dans laquelle ils se rendent. Ils doivent comprendre dans quel monde ils sont venus. » Et la Reine de se faire plus précise encore : « Nous faisons volontiers de la place. Cependant, ils sont venus dans notre société et ne peuvent pas s’attendre à pouvoir perpétuer leur modèle de société chez nous. Ils peuvent se rendre dans les mosquées s’ils le veulent, mais s’ils font des choses incompatibles avec le modèle de la société Danoise, ils doivent reconnaître que cela n’ira pas. » La Reine désigne bien entendu une certaine immigration qui se constitue en société parallèle. Elle a aussi fait passer un message sur la liberté d’expression, qui n’est pas seulement menacée par les terroristes : « Je sais bien que certains disent qu’il faut être prudent, qu’il faut réfléchir, cependant nous devons absolument pouvoir nommer les choses et dire comment celles-ci doivent être selon nous. Ils veulent nous effrayer, nous ne devons pas nous laisser intimider. » Un message on ne peut plus clair adressé à ceux qui ne cessent de relativiser, de minimiser nos valeurs fondamentales, afin de ne pas heurter les musulmans. Elle se déclare également choquée par l’augmentation des menaces et persécutions contre les juifs du Danemark. « Soudain, l’on regarde les juifs de travers, ils se sentent mis sous pression et menacés, ce qui est choquant. Ils supportent cela avec dignité, comme ils le font toujours, mais il est choquant d’observer cela », lance la Reine.

Les cris d’orfraies ne se sont pas fait attendre après ces déclarations politiquement incorrectes. L’ancien communiste Johannes Andersen, un sociologue de l’Université d’Aalborg, a estimé que la Reine s’immisce politiquement dans les débats sur l’immigration en faisant savoir aux immigrants que le Danemark ne doit pas être un pays multiculturel. D’autres l’accusent de diviser le pays. Exemple, l’imam Fatih Alev, du Centre Islamique Danois : « Ce ne sont même plus les partis de droite maintenant ! Même la Reine est désormais influencée par cette tendance. Peut-être ressentait-elle le besoin d’exprimer ses critiques, afin de ne pas paraître naïve. Les musulmans auraient-ils perdu leur Reine ? » Et, le jour de la venue de Geert Wilders, la Reine a donné une conférence de presse pour souligner ses propos : « La plupart savent bien de quoi ils doivent se priver, lorsqu’ils arrivent dans un pays étranger, ils ne doivent pas pour autant changer leur religion ou manger différemment. Il ne s’agit pas de fricadelles. Il s’agit de s’adapter au pays dans lequel on est venu. » Précisons que la Reine du Danemark s’est considérablement renseignée depuis 1984, lorsqu’elle déclarait : « Les Danois feraient mieux de garder pour eux leurs observations idiotes sur les immigrants. » A l’époque, personne ne pensait qu’elle se mêlerait de politique. Ce n’est qu’en 2006 qu’elle a fini par se rendre compte de la situation, lors de ses vœux pour le nouvel an : « Nous devons commencer à reconnaître qu’il nous faut être clairs sur nos valeurs, sur lesquelles notre société repose. »

Alors Messieurs Hollande et Valls, il n’est jamais trop tard pour rallumer la flamme du 11 janvier !

Impie comme un Polonais?

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POLOGNE EGLISE ATHEISME

C’était en 2002 ou en 2003, je ne m’en souviens plus. En vacances chez des amis de Varsovie- un couple (non marié) de yuppies au sommet de la branchitude – je m’employais à mener une sorte d’étude ethnologique selon la méthode inventée par Bronislaw Malinowski au début du XXème siècle et savamment appelée « observation participante ». En substance, la méthode préconise de s’immerger dans la société dont on souhaite comprendre le fonctionnement et de partager la vie des indigènes. Ainsi, chaque dimanche matin j’accompagnais mes amis à la messe, en essayant, le reste de nos week-ends, d’être à la hauteur pour ingurgiter autant de spiritueux que mes hôtes. Pas entièrement convaincus de l’existence de Dieu, mes amis, comme beaucoup de jeunes gens de leur milieu, se déclaraient néanmoins catholiques. À l’époque, leur attitude semblait toutefois marginale au sein de la société polonaise. À cent kilomètres de la capitale polonaise, pensais-je, les gens continuaient d’aller à l’église parce qu’ils continuaient de croire en Dieu. Erreur de jugement. Les récents résultats des sondages d’opinion révèlent qu’en une décennie le nombre de catholiques pratiquants a baissé en Pologne de deux millions. Et ce n’est pas tout.

Mené par le CBOS, l’équivalent polonais de l’IFOP, et publié en mars dernier, le sondage qui fait couler beaucoup d’encre au bord de la Vistule indique en effet que non seulement des catholiques rechignent à assister à la messe dominicale -selon les données de l’Episcopat leur pourcentage est descendu au-dessous de 40%- mais surtout, seulement 39% d’entre eux se conforment à l’enseignement de l’Eglise. Le décalage le plus flagrant entre les recommandations ecclésiastiques et les pratiques des fidèles apparaît dans le domaine de la sexualité. À peine 6% des catholiques polonais se prononcent ouvertement contre les moyens contraceptifs, tandis que 84% estiment que l’éducation sexuelle devrait figurer dans le programme scolaire. Et l’on peut fortement douter que porte ses fruits la campagne publicitaire récemment tentée par l’Eglise polonaise, couvrant le pays de l’affiche « Le concubinat est un pêché- dite NON à l’adultère ». 63% des Polonais acceptent la vie commune sans mariage. Rien d’étonnant à cela. Si on savait le catholicisme polonais superficiel et folklorique, à travers le dernier sondage on le découvre carrément hérétique. Le magistère de l’Eglise catholique, autrement dit l’autorité de l’ensemble des évêques et du pape sur les fidèles en matière de morale et de foi semble en Pologne pour le moins fragile : tout bonnement les catholiques polonais ne voient pas clairement le rapport entre la moralité et la religion. La moitié rejette catégoriquement le concept de règles morales immuables et 30% estiment ne pas avoir besoin de telles règles dans la vie quotidienne. Les choses se corsent davantage quand on apprend qu’un tiers des catholiques polonais croit en la réincarnation et autant d’entre eux dans l’idée que les animaux ont, eux aussi, une âme immortelle. Avec beaucoup de philosophie, les représentants de l’Eglise polonaise commentent ces résultats en évoquant l’émergence d’un catholicisme hybride, mélangeant des éléments de la tradition, de la doctrine, de la pratique transmise de générations en générations, mais également de pragmatisme et de conformisme. En somme, les catholiques en Pologne croient en ce qui les arrange. À qui la faute ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la responsabilité de la misérable condition morale et intellectuelle de l’Eglise polonaise incomberait dans une grande mesure à Jean Paul II. Selon l’anthropologue Wojciech Burszta, l’élection de Karol Wojtyla comme successeur de Saint Pierre a plongé le clergé polonais dans la mégalomanie et dans l’autosatisfaction. En négligeant la qualité du ministère et l’accompagnement des fidèles, l’Eglise de Pologne s’était peu à peu transformée en prestataire de services, d’ailleurs excessivement facturés. Certes, 80% des catholiques en Pologne confirment leur attachement aux mariages et aux enterrements religieux, mais il reste à craindre que ce pourcentage diminue au fur et à mesure que les cérémonies laïques, conçues « sur mesure » pour mieux ménager la nouvelle spiritualité composite des Polonais, entrent dans les mœurs. Une spéculation, certes, mais justifiée. Car étant toujours majoritaires à approuver la présence des croix et des symboles religieux dans l’espace public, les Polonais s’insurgent désormais contre les pressions de l’Eglise sur la législation ou sur la vie politique. 80% d’entre eux manifestent ouvertement leur hostilité à l’idée que l’Eglise leur suggère pour qui ils doivent voter.

Ne serait-ce cependant pas trop facile de tout mettre sur le dos de Jean-Paul II ? Incontestablement, l’influence du pape polonais sur la forme du catholicisme pratiqué en Pologne a été considérable. Ce n’est pas par hasard que le CBOS a choisi comme césure l’année de sa mort, 2005, pour analyser la religiosité des Polonais. La décennie qui a suivi la disparition de Wojtyla a vu s’accélérer des phénomènes qui existaient déjà pendant son pontificat -la sécularisation, l’ouverture vers d’autres confessions, l’individualisation- anéantissant par là même les espoirs liés à la dite « génération JP2 ». Mais l’omniprésence de l’Eglise dans la sphère publique, qui agace de plus en plus les Polonais, résulte en premier lieu du zèle de l’Etat- une histoire ancienne qui date de la fin de l’époque communiste lorsque le Parti, menacé dans son existence, n’a pas reculé devant quelques compromis significatifs comme le financement des établissements universitaires catholiques. Depuis lors les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, se surpassent dans l’allégeance à l’Episcopat devenu, pour sa part, plus gourmand que jamais. Les ragots au sujet de la fabuleuse richesse de l’Eglise polonaise ne disparaîtront pas tant que l’Etat n’exigera pas la publication des revenus du clergé et n’informera pas l’opinion à quelle hauteur il finance les institutions catholiques. A l’heure actuelle il n’en est pas question, le patrimoine de l’Eglise constituant en Pologne et avec la bénédiction de l’Etat, le secret le mieux gardé. Autre domaine controversé- le catéchisme. Introduits dans les écoles publiques en 1990, les cours de catéchisme ont échappés à tout contrôle de la part de l’Etat suite à des réformes de l’éducation nationale et non pas du fait du Concordat signé entre la Pologne et le Vatican en 1993. La Constitution a beau garantir la liberté et l’égalité des confessions, l’Etat a de son plein gré concédé à l’Eglise un droit de regard exclusif sur les manuels de catéchisme, tout en prenant l’initiative de rémunérer les catéchètes et abandonnant à leur sort les enfants d’autres confessions que catholique ou non-croyants. Dans son rapport sur la discrimination de ces derniers, la Fondation « Polisfera » œuvrant en faveur de la tolérance religieuse, pointe des pratiques qui violent ouvertement la législation en vigueur. Selon la loi, ce sont les parents qui souhaitent que leur enfant participe à la catéchèse qui doivent signer une déclaration dans ce sens. En réalité, les directeurs des établissements scolaires l’exigent, au contraire, des parents qui s’opposent à la catéchisation de leur enfant.

Or, si les athées en Pologne constituent une minorité, leur nombre augmente d’année en année. Ils n’étaient que 3% en 2005. En 2015 ils sont, selon les sondages, entre 6% et 10%. Décomplexés, affirmés, revendicatifs même, depuis sept ans ils organisent les Journées de l’athéisme dans les grandes villes polonaises,  défilent sous le slogan « No God, no problem » et défient l’Eglise sur le plan communicationnel. En réponse à la campagne publicitaire condamnant l’adultère, ils ont financé des affiches sur lesquelles on lisait : « Je ne tue pas, je ne vole pas, je ne crois pas ! ». Il y a quelques jours, leur défilé à Varsovie a attiré les foules. Son héroïne, Grazyna Juszczyk, prof dans une école publique, dénonçait la mainmise de l’Eglise sur l’enseignement : « Nous devons nous opposer à l’agressive expansion de l’Eglise catholique et à ceux des hommes politiques qui se soumettent à ses diktats. Sinon, nous nous réveillerons un jour dans un pays totalitaire ».  Perturbé par une poignée de fondamentalistes religieux, l’évènement a pourtant inspiré des idées audacieuses à certains catéchètes qui ont postulé le retrait de leurs cours de l’école. Enseigné à nouveau dans les paroisses, le catéchisme récupérerait son caractère authentique, n’attirant plus que les enfants vraiment motivés. Moins de croyants mais de bonne qualité serait alors la nouvelle recette de l’Eglise polonaise dont la frange radicale évoque l’exemple français. Le couple de mes amis de Varsovie-devenus bouddhistes il y a cinq ans- doute que l’Episcopat sache s’en satisfaire.

*Photo : wikicommons.

Internet: un politiquement correct made in China

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MAO CHINE INTErnet

MAO CHINE INTErnet

La mondialisation, ce n’est pas seulement l’extension sans fin du domaine du bazar planétaire des choses et des gens. Les idées aussi sont embarquées dans « le grand déménagement du monde »[1. Selon l’heureuse expression, souvent relevée par Alain Finkielkraut, de Jean-Luc Mélenchon, rarement aussi bien inspiré.]. Et pour elles non plus, le voyage ne se passe pas toujours bien.  Il fut un temps pas si lointain où beaucoup imaginaient que grâce à Internet et le triomphe des idées libérales dont il était supposé être le vecteur, la réconciliation générale de l’humanité avec elle-même aurait lieu sans tarder. Les tyrans de tous horizons avaient vocation à disparaitre bien vite dans les poubelles de l’histoire grâce à la grande convergence des civilisations : l’individu triomphant, rendu tout-puissant par les possibilités infinies du « cyberespace », comme on disait alors, n’admettrait plus rien au-dessus de lui ; toutes les idoles politiques, tous les mythes collectifs, devaient être brisés et éparpillés façon puzzle en autant de petites mythologies personnelles de « l’invention de soi ». Internet ou le mythe collectif de la sortie du collectif.

Force est de constater que les choses se passent de façon un peu plus chaotique que prévu. Internet est devenu un moyen d’action privilégié pour les diverses tyrannies, anciennes et surtout modernes, qui prospèrent sur l’éternel terreau du mal. Elles utilisent à merveille les « possibilités infinies » du numérique pour produire et diffuser des vidéos d’une violence inouïe mais qui, au lieu de susciter le dégoût général, suscitent des vocations. Quand les nazis cachaient leurs atrocités, l’Etat Islamique, lui, exhibe les siennes. Et, jusqu’à preuve du contraire, ça lui réussit.

En Occident,  le réseau Internet et les autres moyens de communication sont aujourd’hui des moyens d’espionnage généralisé de tous les braves gens par tous les puissants, mais aussi de tous les puissants par tous les braves gens et bientôt, n’en doutons pas, de tous les braves gens par tous les braves gens. Une forme particulièrement cauchemardesque d’individualisme triomphant. Les frontières du public et du privé sont déjà devenues presque aussi poreuses que celles de l’espace Schengen. Monsieur Tout-le-monde semble être ravi de se transformer en cyberflic de son prochain en produisant, diffusant et commentant avec délectation les « dérapages » divers des grands et des moins grands dont la chute méritée est d’autant plus gratifiante que chacun peut avoir l’impression d’en être un peu la cause, sans pour autant se sentir coupable le moins du monde.

En Chine, la « grande muraille numérique » construite par le pouvoir communiste pour entraver la diffusion des informations qui le gênent n’empêche aucunement l’autoflicage de se diffuser au sein de la population. Un présentateur de la télévision l’a appris à ses dépens : il est fini le temps béni des années 1990 ou 2000 où l’on pouvait médire de Mao, au moins en privé. Une petite vidéo, prise par un anonyme au cours d’un repas durant lequel on peut entendre cette star des médias travestir une chanson tirée d’un opéra révolutionnaire, pour souligner les souffrances du peuple chinois sous Mao et traiter ce dernier de « fils de p…», sous les rires de l’assistance, a provoqué un scandale. Violemment attaqué par une « Nouvelle Gauche » hurlant au sacrilège et ragaillardie par l’arrivée de Xi JinPing au pouvoir, il a été contraint de demander pardon, et privé d’antenne pendant quelques jours. Pas de quoi fouetter un chat certes dans un pays où la politique peut être beaucoup plus sanguinaire, mais cela a suffi pour susciter l’indignation de beaucoup de médias occidentaux qui citent des internautes chinois selon lesquels ces dénonciations « détruisent la confiance de base dans la société » (mais oublient tous ceux qui épanchent sur l’Internet chinois leur envie du pénal). Certes, les vaches sacrées chez nous et là-bas ne sont pas les mêmes, mais on aimerait beaucoup que leur inquiétude soit aussi vive lorsque ce type de dénonciations délétères pour « la confiance de base » de leur propre société se produisent en France. C’est-à-dire à peu près trois fois par semaine.

*Photo : wikicommons.

Orson Welles s’amuse

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orson welles jaglom

orson welles jaglom

Loin d’être un naufrage, la vieillesse libère les chevaux ! Elle fait fi de toutes les convenances. Elle ne respecte rien. L’amertume du grand âge et la déchéance financière agissent comme de puissants filtres de vérité. Ce que l’on perd en circonvolutions, on le gagne en lucidité et férocité. Les conversations entre Orson Welles (1915-1985) et Henry Jaglom qui viennent de paraître en français chez Robert Laffont se boivent comme du petit lait. Au goulot. Jusqu’à plus soif. Ce livre supervisé par Peter Biskind, l’auteur entre autres de Easy Riders et Le Nouvel Hollywood, est un règlement de comptes magistral. Une descente en règle, précise, joyeuse et acharnée du 7ème art. Orson, réactionnaire fulminant, énorme dans ses attaques, subtil dans ses emballements, le verbe marmoréen, tire à vue. Il ne cache rien, il n’oublie personne dans cet enfumage au napalm.

On en redemande tellement ça pilonne sévère. Le meilleur document sur les coulisses du cinéma depuis les Confessions de Dino Risi. Ces conversations ont été enregistrées entre 1983 et 1985 à la table du restaurant français « Ma maison », établissement du tout-Hollywood, tenu par Patrick Terrail. Le plaisir de lecture tient à la personnalité d’Orson dont le qualificatif de génie semble en deçà de la vérité historique. Mais aussi à son souffre-douleur préféré, le metteur en scène et scénariste Henry Jaglom, pétri de mièvrerie et de conformisme. L’intellectuel de « gauche » typique de ces années-là au progressisme navrant et hilarant. « Ne discute pas avec moi. Tu es tellement bien-pensant ! » lui assène son aîné de presque trente ans. Ces deux-là sont pourtant inséparables dans le canardage du milieu cinématographique. Orson s’en prend à tout le monde à un moment de sa vie où les contrats et la santé se font la malle. Autour d’une salade de poulet, il dégaine une verve, une culture et une mauvaise foi sans limite. Orson est un Géant du XXème siècle. Politique, cinéma, théâtre, radio, littérature, gastronomie et même sa participation à la série télé « La croisière s’amuse ». Il a tout vu, tout lu, tout compris, tout digéré.

Ses cibles ne s’en remettent pas. Un vrai carnage. Carnet de balles perdues. Bogart : « Un poltron qui ne savait pas se battre » ; Ingrid  Bergman : « Elle tient à peine une scène complète » ; Woody Allen « Il a le syndrome Chaplin, un mélange particulier d’arrogance et de timidité qui me fait grincer les dents » ; Mai 68 en France : « Des gamins qui lançaient des pierres » ; Malraux : « Il a fini en larbin […] C’est ce qui arrive aux intellectuels, tu comprends ? Ce sont les pires chiffes molles. Ils raffolent du pouvoir. Ils s’agglutinent autour du héros qui a pris les rênes et se mettent à justifier tout ce qu’il fait » ; le Centre Pompidou : « Un gros tas de ferraille. Raser les Halles a été le début de la fin » ; L’Ange Bleu : « Ce n’est que de la grosse pacotille » et même sur Rita Hayworth, son grand amour : « Mais pas sexuellement. Il fallait que je me force pour la baiser ». A cette liste, il faut ajouter sa détestation ordinaire des Irlando-Américains, des producteurs, des humoristes, des architectes, de l’Art déco ou des Français. Entre fanfaronnade et provocation, Henry Jaglom s’étrangle souvent. Mais quand Orson aime, il n’est pas avare en compliments sur Erich von Stroheim notamment : « c’était clairement un génie », sur la supériorité absolue de Buster Keaton face à Chaplin ou sur Gary Cooper : « une vraie star, une fantastique créature de cinéma ». Au-delà des sujets cinématographiques, Orson joue les politologues avisés relatant ses tête-à-tête avec le Président Roosevelt qui considérait la non-intervention dans le conflit espagnol comme « une grave erreur » ou sur l’origine du salut fasciste à rechercher du côté de Cecil B. DeMille ! Les maximes de Welles sont aussi perforatrices que celles de La Rochefoucauld : «  J’ai toujours soupçonné qu’il existait trois sexes : les hommes, les femmes et les acteurs. Et ces derniers réunissent les pires défauts des deux autres » ou encore « La circulation automobile a bousillé la vie sexuelle des Français » à propos du fameux 5 à 7. Du très grand art !

En tête à tête avec Orson – Conversations entre Orson Welles et Henry Jaglom – Editées et présentées par Peter Biskind – Robert Laffont

En tête à tête avec Orson: Conversations entre Henry Jaglom et Orson Welles

Prix: 3,23 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : RETRO/SIPA. 00121710_000001.

La Sapienza d’Eugène Green, film baroque

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eugene green sapienza

eugene green sapienza

Un long travelling ascendant le long des façades aveugles des immeubles surplombant la porte d’Aubervilliers. Entrelacs grisâtres de voies rapides, d’arêtes bétonnées et de perspectives sans issue. L’horizon est bouché par le règne des immeubles de bureaux, des tours et des grandes barres aux couleurs délavées de l’utopie corbusienne. Un discours, prononcé sur un ton parfaitement neutre, accompagne le panoramique. La voix est claire et la diction irréprochable. Celui qui parle vante les progrès accomplis par un homme-Prométhée qui a fait de l’usine ou de l’entrepôt les nouvelles cathédrales du génie humain. L’homme qui tient ce discours se nomme Alexandre Schmid. C’est un architecte renommé qui vient de recevoir une distinction importante en même temps que la charge d’un nouveau projet de réaménagement urbain déterminant pour sa carrière, une carrière sur laquelle il s’interroge.

Mais le projet est refusé. Un aréopage glacial d’élus gestionnaires demande à Alexandre Schmid de revoir sa copie au nom de la sacro-sainte rentabilité budgétaire. Cela coûterait beaucoup plus cher, lui dit-on, de chercher à intégrer ce qui existait avant que de le faire disparaître. « En matière d’espaces verts, précise l’un des décideurs, les normes seront respectées par la construction d’un jardin sur dalle. »

Le soir venu, l’architecte retrouve sa femme, Aliénor. Elle non plus n’a pas eu une très bonne journée. Sociologue-comportementaliste, elle s’efforce d’étudier le coefficient de bonheur des populations. « Comment pouvez-vous distinguer les gens heureux des gens malheureux ? » lui demande-t-on à un moment. « Les gens heureux sont riches et les malheureux sont pauvres », répond-t-elle en souriant.

Au début de La Sapienza, tandis que son mari Alexandre se débat avec ses élus, elle, Aliénor, fait face à d’autres gestionnaires qui se penchent sur le cas de la cité des Zinguettes et expose la situation des habitants, des jeunes surtout, enfants d’immigrés qui ont abandonné leur culture sans intégrer celle du pays d’accueil. Aliénor expose d’une voix très claire son analyse bourdieusienne : la disparition de la verticalité du référent paternel, la dévirilisation post-moderne de la figure du père et ses conséquences sociales. « Il faut donc rebooster le quartier à la testostérone ! » en conclut, enthousiaste, la chargée de communication qui lui fait face. Aliénor ne répond rien, résignée et souriante. Le soir, Alexandre et Aliénor se retrouvent dans leur appartement. Alexandre fait part à Aliénor de sa volonté d’accomplir un nouveau voyage d’étude en Italie, pour se laisser le temps de mener à bien un vieux projet d’article sur l’architecte baroque Boromini. Aliénor aussi a besoin d’air frais et italien. Elle demande à l’accompagner. Ils partent.

Eugène Green, réalisateur et homme de théâtre, dirige depuis les années 1970 le Théâtre de la Sapience, une troupe avec laquelle il tente de restituer le jeu et la diction baroque. Après Toutes les nuits en 1999, Le Monde Vivant en 2003 et Ponts des Arts en 2004, il revient à nouveau au cinéma avec le parti-pris de filmer, à travers la lumineuse Italie de Boromini et du Bernin, des acteurs qui parlent et savent écouter comme on le faisait sur les planches au XVIIe siècle : « Chercher la lumière qui fait voir la parole. Nulle forme n’y est mieux adaptée que le cinéma, art du présent, parole faite image. » Nul cri, nul haussement de voix ou de débit précipité ne vient perturber le jeu grave et simple de Fabrizio Rongione (Alexandre) ou Christelle Prot (Aliénor).

La caméra d’Eugène Green encadre le visage de ses acteurs comme s’il peignait leur portrait au lieu de les filmer, tandis qu’ils énoncent leur dialogue avec la diction claire et le phrasé étrangement artificiel du théâtre baroque. Le parti-pris peut surprendre le spectateur. Il aurait tort de s’y arrêter et de gâcher ainsi le beau voyage que propose La Sapienza. Un voyage qui prend un autre tour pour le couple Schmid quand il fait la connaissance à Stresa de Goffredo (Ludovico Succio) et Lavinia (Arianna Nastro), un frère et une sœur qui paraissent sortir de l’atelier de David ou d’un tableau de Botticelli. Goffredo a vingt ans et veut devenir architecte. Sa sœur, Lavinia, est une jeune fille évanescente qui souffre de crises de langueur, comme au XIXe siècle. « Ce genre de crise n’existe plus depuis 1914 », assène froidement Alexandre Schmid au jeune homme qui répond sans se laisser démonter que « personne n’a songé à prévenir ma sœur. » La première rencontre entre l’architecte français blasé et Goffredo ne se passe pas de manière idéale. A la table d’un restaurant, Alexandre Schmid et son vis-à-vis restent obstinément muets durant de longues minutes. « Je savais que vous auriez beaucoup de choses à vous dire », conclut, moqueuse, Aliénor Schmid. La confrontation entre le couple français peu désabusé et la jeune fratrie révèle le jeu de miroirs que met en place Eugène Green dans la plus pure tradition baroque. Aliénor veut s’occuper de Lavinia et la soigner. La jeune italienne évoque le deuil longtemps enfouis d’un enfant, perdu des années auparavant. Alexandre retrouve en Goffredo un ami et rival trop tôt disparu. Dans les deux cas, le deuil et l’évocation d’une jeunesse enfuie s’attachent aux beaux visages de Goffredo et Lavinia. Attentive et patiente, la caméra d’Eugène Green capte la lumière qui irradie les visages, baigne la façade de l’église de la Sapienza ou joue simplement sur deux verres laissés sur une table au soleil.

 

C’est à la lumière, justement, que Goffredo entend rendre sa place dans l’architecture. Battu froid par un Alexandre tout d’abord peu amène, le jeune italien insiste. Lui aussi veut bâtir pour pouvoir, dit-il, combler les creux. « Et que mettrez-vous dans les creux ? » lui demande un Alexandre dubitatif. « Des gens et de la lumière » est la réponse. La suite est une double initiation. L’architecte désabusé et son apprenti improvisé partent en voyage d’étude, à Rome, pour redécouvrir les réalisations de Francesco Boromini et du Bernin. Aliénor elle, reste avec Lavinia, tentant de percer le mystère de son étrange maladie. Le jeu de miroir, accentué par les plans fixes sur les visages qui alternent avec régularité au rythme des conversations, confronte les personnalités et les époques et renverse bien entendu les hiérarchies. L’élève devient le maître et c’est la France qui réapprend l’architecture au contact de l’Italie rajeunie à travers deux autres figures qui se superposent à Alexandre et Goffredo : celle du Bernin et surtout de Borromini à la redécouverte desquels partent l’architecte français et le jeune italien. Le voyage et la leçon sont prodigieux et l’on regarde émerveillé glisser la caméra sur les frontons, les façades tandis que la voix grave et posée d’Alexandre et les remarques de Goffredo  dépouillent peu à peu le mystère de la création et des chefs d’œuvres au milieu desquels nous entraînent les deux visiteurs. « Le Bernin, dit Alexandre, c’est le baroque institutionnalisé, celui qui respecte les conventions de l’époque. Boromini, c’est le baroque mystique. Jamais Boromini n’aurait pu faire carrière en France. »

Eugène Green lui, a choisi la France, bien que l’Italie lui ait, selon ses dires, rendu l’ouïe et la vue. Né aux Etats-Unis, dont il ne prononce jamais le nom, il a quitté son pays natal qu’il ne nomme que « La Barbarie » pour s’établir en Europe et prendre la nationalité française. Dans La Sapienza il fait une courte apparition sous les traits d’un émigré irakien, un babylonien égaré, dernier représentant d’un peuple qui meurt, dit-il, « de ne plus avoir de lieu » tout comme l’architecture moderne meurt elle de ne plus savoir aménager que des territoires au lieu de concevoir des lieux que les gens et la lumière habitent. « Nous arrivons, écrivait Claudel, aux temps modernes, à nos temples concordataires et bourgeois, congelés et contractés par la défiance et par la consigne. » Face aux monuments de la tristesse moderne, Claudel dresse Beauvais, qui « avec les quarante-huit mètres de son chœur, marque l’effort suprême de cet enthousiasme vertical et de cette ascension vers la lumière. » Eugène Green dresse lui l’église de la Sapienza, chefs d’œuvres de Boromini dont la beauté proclame symboliquement que la sapience est d’abord le Verbe divin et que cette parole est lumière. Comme celle qui éclaire le film de Green ou les vitraux de Claudel.

La Sapienza d’Eugène Green, en salles depuis le 25 mars.

Les habits neufs de la graphie chinoise

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chinois mao chine

chinois mao chine

Quelques lecteurs ont trouvé surprenante la romanisation des mots chinois dans mes chroniques. Le metteur en pages n’ayant pas été informé, quelques corrections intempestives et diverses petites incohérences s’y sont glissées. Cette livraison est donc une excellente occasion de bien fixer mes règles et les expliquer.

Contrairement à une rumeur sans fondement, le chinois moderne n’est pas une langue monosyllabique, la plupart des mots comptent deux ou trois syllabes :

Parapluie 雨傘YuSan
Prison 監獄 JianYu
Préservatif 保險套 BaoXianTao
Littérature 文學 WenXue

Mais, à la différence du français, chaque syllabe en chinois correspond à un caractère, et chaque caractère a un sens. Les Chinois vivent donc, en quelque sorte, dans l’étymologie de leur langue et ils y sont attachés. Par exemple «ZhongGuo» 「中國」(la Chine) compte deux caractères, deux syllabes, la première signifie «milieu», la seconde «pays». Un peu comme en français «faux-col» compte deux syllabes et chacune d’elle a un sens. Mais, en français c’est rare : dans «cheval», «che» n’a pas de sens, pas plus que «val».

C’est pour marquer le caractère polysyllabique du chinois que les sinologues occidentaux avaient utilisé le tiret pour relier et rapprocher les syllabes. Mais pour les profanes, le tiret est devenu plus un signe d’éloignement que de rapprochement.

Donc je préconise, comme bien d’autres, que le tiret soit supprimé. Mais, pour bien marquer les syllabes, il paraît logique d’utiliser une capitale à l’initiale de chacune d’elles : «ZhongGuo» 「中 國」 (la Chine), «FaGuo» 「法國」 (la France), «GuangDong» 「廣東」 (la province dont la capitale est «GuangZhou» 「廣州」, i.e. Canton).

Sur le fond, quelles sont historiquement les différentes romanisations du chinois ? Et quelle est celle que j’utilise ?

Rappelons que l’écriture chinoise n’est pas phonétique et que rien ne permet de savoir comment un caractère se prononce précisément, un peu comme les chiffres arabes s’écrivent sans que rien ne permette de discerner leur prononciation.

L’avantage c’est que les mêmes chiffres sont prononcés de manière différente dans différents pays, mais partout compris sous leur forme écrite. De la même façon, les caractères chinois restent intangibles, même s’ils sont prononcés de manière différente selon les régions et les dialectes de la vaste Chine (et même dans le cas des kanji – ce qui veut dire «caractères chinois» – dans l’écriture japonaise).

La romanisation qui a été le plus usitée mondialement jusqu’en 1949 était la «Wade-Giles» du nom de deux sinologues britanniques, avec des conventions de prononciation anglo-saxonnes. En France, on a adopté celle de l’Ecole française d’Extrême Orient (EFEO). Mais les Postes chinoises d’avant 1949 utilisaient des transcriptions différentes pour les noms de lieux : «Foochow» par exemple pour la ville de «FuZhou» 「福州」, qu’en EFEO on écrit «Fou-tcheou», et en Wade-
Giles «Fu-chou».
La République populaire de Chine, autrement dit la Chine communiste, a promulgué un nouveau système, le PinYin, qu’elle a élaboré avec certains linguistes soviétiques. Le PinYin est aujourd’hui accepté pratiquement dans le monde entier. Il souffre toutefois de deux défauts :

– Certaines conventions de prononciation sont peu évidentes pour les francophones : dans «RenMin RiBao»「人民日報」 (pour Le Quotidien du peuple), le R se prononce comme un J français. Alors que le J du PinYin se prononce «ts’i», etc.

– Le PinYin a une «odeur maoïste», qui déplaît aux démocrates. Mais, en capitalisant l’initiale des syllabes, les démocrates marquent leur différence et font preuve de bon sens.

Certains usages particuliers, individuels ou historiques, ont cependant subsisté. Par exemple les Français continuent d’utiliser Pékin, Nankin, Canton.

Pour certains noms de personnes, on a conservé celui qui avait été choisi par les intéressés :

Lee Kwan-yew 李光耀, Li GuangYao en Pinyin,
Sun Yat-sen 孫逸仙, Sun YiXian,
Chiang Kai-shek 蔣介石, Jiang JieShi.

La romanisation a-t-elle quelque chose à voir avec le débat sur les «caractères traditionnels» et des «caractères simplifiés» ? Non. C’est un tout autre débat qui repose sur des considérations historiques et politiques que l’on peut ainsi résumer :

Tous les caractères chinois sont composés de traits de base, simples et peu nombreux (moins de 12) , mais ils peuvent être complexes, et compter jusqu’à 36 reprises de ces 12 traits. Au cours des siècles, des graphies simplifiées sont apparues, au fil du pinceau puis du stylo, personnelles mais homogènes, car l’ordre (immuable) des traits que l’on trace dicte des simplifications calligraphiques identiques. La tentation a donc été grande de normaliser en typographie ces simplifications d’usage manuscrit ancien.

C’est ce que décidèrent les dirigeants de la Chine communiste qui créèrent ainsi une écriture chinoise simplifiée. Mais en fait l’objectif du pouvoir maoïste fut de priver les nouvelles générations de la possibilité de lire les ouvrages anciens, pas forcément très anciens ou classiques, mais tous les livres d’avant le maoïsme. Cette «simplification» heureusement n’a pas été adoptée à HongKong, ni à Taiwan (seulement à Singapour en dehors de la Chine).

S’ensuivit l’émergence, en Chine, d’une «classe supérieure aux autres», désormais assez nombreuse, celle qui sait lire (comme Mao) les ouvrages anciens (que Mao lisait avec délectation) et celle des gens ordinaires et peu lettrés qui ne peuvent lire que les journaux et ouvrages récents, dont les Œuvres du Président Mao !

Avec l’informatique, on peut très facilement – et sans délai – “passer des traditionnels aux simplifiés”, pour des textes même très longs, en frappant une seule touche de son clavier. Mais le contraire, dans l’autre sens, des simplifiés vers les traditionnels n’est pas aussi automatique. Heureusement, les progrès de l’informatique ont considérablement réduit cet obstacle.

Voici deux exemples :

「說話」 ShuoHua “parler” est devenu 「说话」 par “simple” simplification de la “clé”, c’est-à-dire la partie gauche du caractère. Elle correspond à cette simplification manuelle traditionnelle et elle ne pose pas de problème!
Mais 「頭髮」 TouFa “cheveux” est devenu 「头发」 et 「開發」 KaiFa “développer” est devenu 「开发」: il est bien sûr dommage de confondre les deux caractères Fa, qui ont une étymologie et un sens totalement différents.

Un équivalent français imparfait pour tenter de faire comprendre le goût et l’odeur de la “nouvel ortograf maoyst” : “Se metre d’ekol et in foku” restitue à peu près l’impression qu’un Parisien aurait si un “frankofon maoyst du kanada” ayant “réformé” l’orthographe voulait lui écrire “ce maître d’école est un faux-cul”. Mais l’impression pour un Chinois à la lecture des simplifications-restrictions maoïstes est bien plus profonde puisque ce qui est en cause c’est la tragique perte du sens d’un trop grand nombre de caractères.

D’où de multiples occasions de plaisanteries. Par exemple, un “sèche-mains” 「乾手機」 taiwanais, sur le continent chinois devient “une machine à masturber ou à niquer” 「干⼿机」 car trois caractères traditionnels 「乾」「幹」「干」ont été remplacés par un seul et unique caractère simplifié 「干」.

Les Taiwanais n’ont donc pas de problème s’ils doivent diffuser une note de service auprès de leurs employés chinois en Chine continentale post-maoïste. Mais les nombreux touristes chinois qui visitent Taiwan doivent apprendre les graphies traditionnelles des menus de restaurants, des journaux qu’ils lisent avidement, etc. Cela ne leur est pas très difficile, les amuse, et les encourage à enseigner les caractères traditionnels à leurs enfants pour qu’ils puissent lire les nombreux livres qu’ils rapportent de Taiwan en Chine.

Faut-il rappeler que tous les Taiwanais savent lire et écrire les caractères traditionnels. Pourquoi les Chinois du continent éduqués sous le régime maoïste ou post-maoïste en seraient-ils incapables ?

Lire des caractères simplifiés, c’est comme manger des surimis (du poisson reconstitué et parfumé), ou un petit-pot-pour-bébés, ou boire un jus de fruits en boîte, au lieu de déguster un fruit que l’on épluche en pensant à l’arbre et au verger, un légume que l’on reconnaît dans son assiette, un morceau de viande qui se laisse comprendre et qu’on entend presque mugir, un sashimi dont le poisson vient de vous faire un dernier clin d’oeil de l’autre côté du comptoir sous le couteau du maître-poissonnier.

Une anecdote – que l’on vient de me raconter – peut aider à comprendre : Mouton Rothschild a publié une superbe brochure illustrée sur l’histoire de ce grand vignoble, en caractères simplifiés. Un riche (on comprend pourquoi) Chinois s’étonnait de cette aberration : «Comment peut-on faire la promotion d’un premier grand cru classé comme Mouton Rothschild en caractères simplifiés — qui devraient être réservés au Mouton Cadet». Cette condescendance est un héritage du Président Mao et une «ruse de l’histoire» 「歷史的詭計」 “LìShǐ De GuǐJì” : ce qui était une simplification à visées restrictives, a entrainé l’émergence d’une nouvelle «classe» élitiste en Chine post-maoïste.Et en avant pour une nouvelle «lutte des classes» 「階級鬥爭」 “JiēJí DòuZhēng” !

Mais, on l’aura compris, il s’agit rarement d’une question de luxe, plutôt simplement de plaisir et de volupté, pour les gens modestes tout autant : un Chinois – même désargenté – éprouve un grand bonheur à pouvoir lire et comprendre la littérature populaire des siècles précédents, des Bords de l’eau à La Chair comme tapis de prière. Ceux qui ont tenté d’éliminer les caractères chinois sont les mêmes qui ont détruit la plus grande partie de Pékin et qui s’acharnent à démolir, même après la «révo. cul.» tous les vestiges culturels du passé. Qu’attend l’UNESCO pour classer les caractères chinois traditionnels au titre des trésors de l’Humanité ? Ils existent, inchangés et pourtant commodes, et beaux, depuis plus de vingt siècles, écrits avec des pinceaux en poil de loup ou sur les smartphones. Voilà qui mérite quand même un peu de considération.

Les lecteurs auront remarqué, dans le paragraphe plus haut, des diacritiques sur certaines voyelles de la romanisation PinYin : c’est pour marquer les “tons”. Il y en a quatre en «mandarin» i.e. le GuanHua 「官話」, c’est-à-dire la prononciation standard du chinois, celle de la Chine du Nord devenue langue nationale voici plusieurs siècles. Mais dans l’usage courant, pour les étrangers, les tons ne sont pas marqués dans les diverses romanisations.

En France, l’enseignement de la langue chinoise est assuré le plus souvent dans les deux écritures, caractères simplifiés et traditionnels, qui sont donc proches, tout en étant séparées —— comme sont séparées Taiwan et la Chine par le Détroit de Formose et par… deux systèmes d’écriture. Le slogan «un pays, deux systèmes» 「一國兩治」 “YīGuó LiǎngZhì” a donc un second sens. Le paradoxe c’est que les maoïstes chinois du continent, en maintenant la simplification des caractères chinois dans les journaux, etc. auront prolongé d’autant la «séparation entre les deux Chine(s)», la République populaire de Chine et la République de Chine dans l’île de Formose. «L’unification» des deux Chine(s) attendra donc un peu plus, à cause des linguistes, et du Président Mao !

Phnom Penh, ville phénix

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Phnom Penh Cambodge

Phnom Penh Cambodge

Le Cambodge est ce plat pays d’Asie du Sud-Est, vaste plaine fertile où les crues annuelles des cours d’eau assurent depuis des millénaires l’irrigation des rizières. Teuk Dey, l’eau et la terre en langue khmère, formule qui lie conjointement les deux éléments qui ont fécondé ce terroir rural. Ici s’est épanoui le peuple khmer, aux racines si lointaines que le mythe se confond parfois avec l’histoire. Le paysage bucolique est parsemé de quelques agglomérations d’une importance quelconque, à l’exception d’une grande cité : Phnom Penh, la capitale, centre à la fois politique et économique du royaume. Ici se concentrent tous les pouvoirs, les fortunes ainsi que les aspirations des migrants issus des campagnes, attirés par l’espérance d’une vie meilleure.

De la ville se dégage une immédiate sensation d’énergie, une personnalité singulière, vibrante, qui saisit de prime abord le visiteur. Son architecture repose sur un mélange détonnant, presque baroque, où l’œil peut s’exercer à retrouver les strates d’une histoire discontinue, faite de ruptures souvent douloureuses. Tous les symboles visibles sur les drapeaux, les monuments, les décorations renvoient en outre à un site autre, un ailleurs, pourtant omniprésent : Angkor, l’ancienne capitale des Khmers, sise à quelques centaines de kilomètres plus au nord, dont les incroyables temples de pierre témoignent de la magnificence d’une cité qui régnait alors sur une grande partie de l’Asie du Sud-Est.

Depuis le XVe siècle, Angkor n’a plus joué qu’une fonction religieuse auprès des Khmers, mais qu’importe : le site est devenu synonyme d’un âge d’or, d’une gloire évanouie, avalée par la forêt mais qui luit toujours dans l’inconscient collectif. A Angkor, la part de la légende, celle où les rois se faisaient l’égal des dieux ; à Phnom Penh, la part de l’histoire. Une histoire nécessairement moins grandiloquente, faite de chair et de sang, de liens d’argent et de commerce, d’accointements avec les puissances étrangères, d’ambitions avortées, de héros trop humains. Mais on ne saurait jamais assez se méfier de la frustration née d’une blessure narcissique, provoquée par le sentiment de sa déchéance.

Phnom Penh fut ainsi le théâtre d’un évènement inouï, digne de la démesure d’Angkor, mais dans son versant noir, celui de la terreur, de la force aveugle. Tout près de nous, dans le dernier quart du XXe siècle. Début du mois d’avril 1975. La ville est alors en passe de tomber aux mains des « Khmers rouges », les révolutionnaires cambodgiens, qui mènent le siège depuis des semaines. Beaucoup de grands reporters sont absents. Ils guettent non loin de là la chute de Saigon, la grande cité du Sud-Vietnam, assiégée dans le même temps par les armées du Nord communiste. Un symbole stratégique considéré comme d’une autre importance.

Phnom Penh croule sous les réfugiés des campagnes en proie à une impitoyable guerre civile, pourtant ce conflit régional demeure encore la seule « guerre du Vietnam » aux yeux de bon nombre d’observateurs internationaux. Les mystérieux guérilleros cambodgiens sont considérés comme un simple avatar local, une force d’appoint pour les marxistes vietnamiens. Beaucoup, s’appuyant sur les clichés associés au Cambodge, veulent même croire que les révolutionnaires khmers offrent un profil plus débonnaire que les austères communistes vietnamiens aux accents confucéens. Ils se trompent.

Lorsque la ville tombe aux mains des troupes de Pol Pot, le monde stupéfait apprend la nouvelle, inimaginable : l’exode immédiat et complet de tous les habitants de Phnom Penh. Une cité de deux millions d’habitants, renvoyée sur le champ au néant, un long cortège de douleur sur les routes, vieillards, femmes, enfants, invalides, qui piétinent sous la canicule d’avril, apogée de la saison chaude sous ces tropiques. Cet évènement inaugural, digne de Gengis Khan, ouvre la page la plus sombre de l’histoire du Cambodge. On prend alors conscience de la radicalité qui émane des nouveaux maîtres du pays, capables d’effacer toute présence humaine d’une grande cité.

Chez les Khmers rouges, la volonté révolutionnaire, farouche, se double en effet d’un véritable vertige identitaire. Le socialisme, selon les termes de Pol Pot, est avant tout le moyen de « défendre le pays et sauvegarder la race kampuchéenne » (pour Kampuchea, Cambodge en khmer). La notion de pureté, revient obsessionnellement dans sa bouche, formant un vœu de régénération aux accents morbides. Le paysan khmer démuni de tout, ou plutôt l’idée que les Khmers rouges se font de celui-ci, vierge de toute influence étrangère, devient le modèle incontournable pour renouer avec la grandeur évanouie des temps angkoriens. Pour que cela advienne, les sbires de Pol Pot, en émules contemporains de Savonarole, ont d’abord voulu en finir avec Phnom Penh, cette ville à leurs yeux cosmopolite et corrompue, symbole des incertitudes d’une modernité tâtonnante.

Mais que peut-on bâtir, à partir d’un extrémisme aussi étroit ? La fureur khmère rouge, comme un bateau ivre, va finir par décimer ses propres rangs au gré de purges sanglantes, avant que, le 7 janvier 1979, les divisions vietnamiennes viennent occuper la ville-fantôme, et en chasser les bourreaux. Phnom Penh est mutilée, défigurée, à l’image des survivants, hâves, épuisés, qui la repeuplent timidement. Elle doit s’accommoder de la présence encombrante de militaires vietnamiens, authentiques libérateurs mais aussi occupants opportunistes. Addition indécente aux souffrances accumulées, la ville est soumise à un embargo de la part de l’Occident, puisque coupable d’avoir été libérée par le mauvais camp, celui des alliés des soviétiques (la compassion s’exercera auprès des seuls réfugiés qui s’amassent à la frontière thaïlandaise, parmi lesquels les Khmers rouges qui se réarment, en vue de la revanche).

Il faudra l’extinction de la « guerre froide », à la fin des années 80, pour que les grandes puissances s’entendent de manière à ficeler avec les factions cambodgiennes les accords d’une paix précaire, sponsorisée par l’Onu pour un coût de deux milliards de dollars. L’espoir revient dans le Phnom Penh des Casques bleus onusiens, avec le retour d’exil du roi puis celui des réfugiés. Mais les luttes intestines, la présence résiduelle des Khmers rouges, les coups de force politiques alimenteront encore la chronique pendant toute la décennie suivante. Bon an mal an, la vie reprend pourtant ses droits, une kyrielle d’ONG débarque pour panser les plaies d’une population abandonnée pendant trop longtemps, les squatteurs s’entassent jusqu’aux toits d’immeubles dont les anciens occupants ne reviendront plus, aventuriers et investisseurs, venus de tous horizons, posent leurs valises dans une ville où tout est à rebâtir. Capharnaüm parfois ubuesque, qui charrie son lot de contradictions, de peines, d’espoirs toujours recommencés. Mais préférable au silence de la « pureté » des charniers, l’utopique fin de l’histoire de Pol Pot.

Aujourd’hui, ces sites sanglants sont devenus des lieux de mémoire des horreurs du siècle écoulé, à l’instar d’Auschwitz ou d’Hiroshima. La ville, quand à elle, vit depuis le milieu des années 2000 au gré des poussées de fièvre spéculative, le regard rivé sur Bangkok, Singapour ou Saigon, qu’elle rêve d’imiter. De terre surgissent des constructions élevées où s’affairent des maçons perchés sur des échafaudages de bambou, de pauvres hères défendent leurs taudis contre les appétits d’investisseurs véreux, des fortunes pas toujours bien acquises se dépensent dans la fièvre des casinos, aux bonnes tables de la ville et sur les banquettes des karaokés huppés. D’anciens caporaux khmers rouges se rêvent en condottiere et capitaines d’industrie, les énormes 4×4 Lexus des fratries au pouvoir se garent sur les trottoirs où l’on croise des mendiants invalides. Les jeunes citadins, avides de vivre, draguent, se sculptent des coiffures qui défient la gravité, font vrombir leurs motos japonaises, toute une nouvelle scène artistique fait son apparition, qui tente à sa façon d’exorciser les spectres du passé.

Phnom Penh change vite, parfois trop vite, au risque de se perdre. Mais la fascination demeure intacte pour cette ville en perpétuelle mutation, qui tente, même claudicante, d’aller toujours de l’avant. Face à cette image chaotique et parfois indécente, beaucoup de visiteurs choisissent de sauter l´étape pour alimenter la nostalgie du passé en se contentant des froides lignes de pierre des ruines d’Angkor. Ils ont tort. Il faut aimer Phnom Penh, dans ses épreuves et ses errements : une ville martyre, une ville d’esbroufe, chargée de défauts, qui a chu brutalement, mais dont toute la grandeur repose sur l’effort de se redresser. Nulle autre capitale au monde n’incarne peut-être, de façon aussi poignante, la condition humaine.

*Photo : Wikipedia.org

Kurdes assassinées à Paris: que valent les engagements de Valls?

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(AFP) – Les familles des trois militantes kurdes assassinées à Paris en 2013 reprochent à Manuel Valls d’être « loin de (son) engagement de faire toute la lumière » sur ces crimes, en ne déclassifiant pas largement des documents confidentiels, dans une lettre dont l’AFP a eu copie vendredi.

« Lorsque vous vous êtes rendu au matin du 10 janvier 2013 » sur les lieux des crimes, « en plein cœur de Paris, vos fortes paroles ont donné espoir aux familles des victimes que nous représentons », écrivent les avocats dans ce courrier daté du 27 mars, adressé à Manuel Valls, ministre de l’Intérieur à l’époque des faits.

Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez avaient été abattues quelques heures plus tôt. Un Turc, Omer Guney, actuellement incarcéré, est soupçonné d’être leur assassin. Il nie.

Convaincues d’une implication des services secrets turcs, les familles des victimes veulent que l’enquête s’oriente dans cette direction. Explorant cette piste, la magistrate antiterroriste en charge de l’instruction a fait des demandes de déclassification de documents aux ministères de l’Intérieur et de la Défense.

En janvier et février, la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a donné aux ministres un avis recommandant des déclassifications très partielles.

Un avis consultatif que les ministres ont suivi en transmettant à la juge des documents « massivement caviardés », « déjà connus en procédure ou (figurant) dans le domaine public, de telle sorte qu’ils n’apportent aucun élément permettant de faire progresser utilement les investigations », déplorent les avocats.

« A titre d’exemples, une note du 7 janvier 2013, soit l’avant-veille des assassinats, n’est déclassifiée qu’à raison de trois paragraphes généraux sur la situation d’une des victimes, à l’exclusion des cinq autres pages du document émanant de la DGSI », détaillent-ils. « Il en est de même d’une note de ce service du 23 janvier 2013 » sur Guney « comportant sept pages dont la quasi intégralité n’a pas été déclassifiée ».

« On est loin de l’engagement que vous aviez pris de faire toute la lumière sur cet acte insupportable », reprochent les avocats qui demandent au Premier ministre de faire en sorte que son gouvernement participe « pleinement à l’élucidation de ces assassinats en produisant les pièces de nature à faire avancer les investigations et à éclairer la Justice ».

Chrétiens jetés à la mer: 15 migrants musulmans inculpés

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mirgants chrétiens musulmans Palerme

mirgants chrétiens musulmans Palerme

(Avec AFP) Quinze hommes d’origine africaine et de confession musulmane ont été arrêtés jeudi à leur arrivée en Sicile pour avoir, selon des témoins, jeté par-dessus bord douze réfugiés chrétiens après une dispute sur le bateau les transportant en Méditerranée, a annoncé la police de Palerme.

Les quinze migrants, de nationalité ivoirienne, malienne et sénégalaise, étaient arrivés mercredi dans le port sicilien à bord du navire Ellensborg qui les avait recueillis. Ils ont été inculpés jeudi d’« homicide multiple, aggravé par la haine religieuse ». Le drame est survenu dans le détroit de Sicile. Selon les témoignages fournis à la police par une dizaine de réfugiés nigérians et ghanéens qui se trouvaient à bord de l’embarcation, une dispute a éclaté pour des raisons religieuses.

Les survivants ont expliqué être partis mardi des côtes libyennes sur un canot pneumatique qui transportait au total une centaine de passagers.

« Au cours de la traversée, les Nigérians et les Ghanéens, en minorité, auraient été menacés d’être jetés à l’eau par une quinzaine de passagers », a rapporté le communiqué de la police. Le motif de la colère des agresseurs, a-t-il précisé, « serait la profession de la foi chrétienne par les victimes, au contraire de la foi musulmane professée par les agresseurs ». Les menaces se seraient ensuite concrétisées et douze personnes, toutes nigérianes et ghanéennes, auraient succombé dans les eaux de la Méditerranée.

« Les survivants auraient survécu en s’opposant par la force à la tentative de noyade, formant dans certains cas une véritable chaîne humaine », a indiqué le communiqué qui fait état de « détails épouvantables » donnés par des « témoins en larmes ». Selon des sources judiciaires citées par les médias, ces « témoignages cohérents » ont permis de reconstituer les faits. Certaines photos auraient été prises à bord.

Des arrestations pour ce motif sont inédites en Italie. Le parquet de Palerme va demander vendredi le maintien en détention des quinze accusés, a-t-on appris de source judiciaire.

« L’enquête en est encore à ses débuts », explique dans un entretien accordé à La Repubblica, le procureur général de Palerme, Francesco Lo Voi. « Nous avons encore beaucoup à travailler pour reconstruire exactement la manière dont les choses se sont déroulées », a-t-il souligné.

« Ce drame jette aussi un nouvel éclairage sur ces phénomènes parce que c’est la première fois que ça arrive », affirme M. Lo Voi. « Jusqu’à présent les migrants étaient les victimes des organisations de trafiquants, de contrebandiers sans scrupules qui les entassaient sur des embarcations inadaptées pour affronter la mer. L’affrontement religieux qui aurait fait ces victimes ouvre une brèche véritablement déroutante », a-t-il expliqué.

« Il s’agit d’une tragédie dans la tragédie. Nous sommes devant un drame qui résulte par-dessus tout du désespoir », s’inquiète, également dans La Repubblica, Mgr Giancarlo Perego, directeur général de la Fondation Migrantes, une organisation catholique d’aide aux migrants,

« Dans ces bateaux ces pauvres gens, malheureusement, apportent parfois avec eux, également, les divisions et les misères présentes dans leurs pays », ajoute-t-il.

L’Allemagne, la France, l’Italie et la Slovaquie ont par ailleurs réclamé vendredi une solution « forte et résolue » au niveau européen aux problèmes d’immigration, après les dernières tragédies en Méditerranée.

« Les tragiques événements récents en Méditerranée, avec la disparition de centaines de personnes sur des bateaux de migrants, réclament une réaction commune et forte de l’Europe », écrivent les ministres des Affaires européennes de ces quatre pays, dans une déclaration commune publiée à l’issue d’une réunion à Cesena (nord-est).

Ces ministres jugent notamment que l’Union européenne doit se saisir de ces questions et élaborer urgemment une « politique européenne commune et cohérente sur l’immigration », ce qui n’est actuellement pas le cas.

Ils réclament également un « engagement fort contre les réseaux criminels qui tirent profit du désespoir de ceux qui cherchent à gagner l’Europe ».

« Cette tragédie concerne toute l’Europe et réclame une réponse européenne résolue », ajoutent ces ministres : Harlem Désir pour la France, Michael Roth pour l’Allemagne, Sandro Gozi pour l’Italie, et Peter Javorcik pour la Slovaquie.

L’Italie, en première ligne avec des centaines d’arrivées de migrants par jour sur ses côtes, réclame depuis des mois une réponse forte de l’Europe et davantage de moyens de la part de l’Union européenne.

Plus de 11.000 migrants ont débarqué en six jours sur les côtes italiennes. Au moins deux naufrages auraient provoqué près de 450 morts ces derniers jours, selon le récit de survivants aux organisations humanitaires.

*Photo : Alessandro Fucarini/AP/SIPA/AP21721159_000010

États-Unis, Cuba, Venezuela: la diplomatie des chaises musicales

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Venezuela Etats-Unis Cuba

Venezuela Etats-Unis Cuba

Le 14 avril 2015, le président Obama a proposé le retrait de Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme : suite logique du lancement de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, en décembre dernier, lors d’un double show télévisé, ainsi que de la dynamique médiatique réanimée lors du Sommet des Amériques à Panama. Les élus nord-américains ont 45 jours pour manifester leur désaccord, mais, malgré de fortes oppositions aux choix d’Obama, il est peu probable qu’ils le fassent, tant ce choix est populaire dans l’opinion publique : selon un sondage réalisé en février 2015, 56% des Américains se déclarent désormais en faveur d’une normalisation croissante des relations avec Cuba. Quant à leur opinion sur ce pays, elle n’a jamais été aussi bonne depuis 20 ans. Plus encore, les milieux d’affaires aux États-Unis sont très favorables à la levée de l’embargo.

Ainsi, tandis que le 18 février 2015, le ministre cubain des affaires étrangères Bruno Rodríguez recevait en visite officielle une délégation de membres du Congrès dirigée par la démocrate Nancy Pelosi pour faire avancer le dossier diplomatique, un autre groupe nord-américain, composé de trois sénateurs, venait pour explorer les possibilités de relations commerciales avec l’île. Les sénateurs ont en particulier remarqué les opportunités dans les secteurs de l’agriculture et du tourisme et ont souligné « l’esprit entrepreneurial » du secteur privé cubain. Les retombées économiques de la levée de l’embargo seraient en effet importantes pour les entreprises  nord-américaines. Bien positionnées, celles-ci espèrent être prioritaires et tenir les Européens en lisière dans la course pour investir dans tous les secteurs, et reproduire leur exploit économique au Vietnam après la normalisation des relations entre les deux pays.

Outre qu’elle favorise donc les intérêts économiques nord-américains, la décision d’Obama de mettre un terme à une politique vieille de plus de 50 ans, marquée au sceau de la guerre froide, peut sembler par ailleurs d’autant plus raisonnable qu’elle est saluée par l’ensemble des Latino-américains. Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), José Miguel Insulza, a ainsi déclaré que les deux parties avaient fait preuve d’une « remarquable grandeur d’âme » et le secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), Ernesto Samper, qu’« il est temps de penser à une relance des relations hémisphériques avec les États-Unis ». Au demeurant, on peut se demander si nous n’assistons pas à un magistral jeu de dupes, qui participe au maintien du régime « communiste » cubain et à l’affaiblissement de l’idée démocratique.

En effet, Raul Castro n’a rien cédé sur la nature du régime et dès le 30 décembre 2014, deux semaines seulement après l’annonce de la future normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba, la police politique cubaine a arrêté ou assigné à résidence plusieurs personnalités du monde culturel, pour empêcher une manifestation évidemment non autorisée. La blogueuse Yoani Sanchez a annoncé sur Internet qu’elle était retenue à son domicile et que son époux Reinaldo Escobar avait été interpellé en compagnie du dissident Eliecer Avila. Elle a fait connaître également l’arrestation de plusieurs opposants, et notamment de l’artiste Tania Bruguera. Mais malgré les affirmations de la secrétaire d’État adjointe Roberta Jacobson qui soulignait en janvier 2015 que, compte tenu des « profondes différences » bilatérales, les négociations seraient un processus long et complexe, la question du respect des droits de l’Homme et des libertés publiques à Cuba ne fait pas l’objet des négociations en cours.

Alors, comme pour compenser cet « oubli », Barak Obama fustige le Venezuela et le menace de lui faire prendre la place de Cuba dans la liste noire des États terroristes. Ce qui serait loin d’être infondé compte tenu des relations privilégiées entretenues avec le Hezbollah notamment, et du nombre de terroristes arrêtés ces dernières années dans le monde avec des passeports vénézuéliens. Quant à la question des droits de l’Homme au Venezuela, préoccupante depuis plusieurs années, elle est en effet devenue alarmante dans la dernière période, avec près de 150 jeunes gens tués par les forces de police et les groupes paramilitaires des « chemises rouges » chavistes à l’occasion de manifestations, des milliers d’arrestations extra-judiciaires et des centaines de cas répertoriés de blessures par balles à billes de verre notamment, de tortures (brûles, étouffements, décharges électriques) et de mauvais traitements (coups de casques, de matraques, de bâtons, de crosses de fusil).

Certes, lors de la visite de Nicolás Maduro à Cuba le 21 février 2015, le président vénézuélien qui s’est entretenu avec les deux frères Castro a pu apprécier que le régime cubain exprimait, une fois encore, « sa solidarité immuable » avec le Venezuela et son président. Ont été également rappelés les liens économiques et politiques que les deux pays entretiennent depuis 2002, époque où fut passé un accord global qui incluait notamment une clause énergétique stipulant la livraison à Cuba de 100.000 barils de pétrole par jour à prix d’ami. Pourtant, la crise économique extrêmement grave que connaît le Venezuela aujourd’hui – due en partie à la chute du prix du baril, en partie à l’incurie et à la corruption du régime chaviste – fait craindre aux Cubains la perte du soutien qui les a aidés à garder la tête hors de l’eau après la disparition du grand protecteur soviétique et la misère de la « période spéciale » de la décennie 1991-2002.

Les menaces des Etats-Unis à l’égard du Venezuela viennent alors jouer le rôle que l’embargo a tenu pendant des décennies dans le discours anti-impérialiste cubain : victimiser les « révolutionnaires » et fournir une excuse à leur incompétence et à leur autoritarisme. Quant aux castristes, ils se dédouanent de leur rapprochement avec les États-Unis en reprenant, dans une schizophrénie éhontée, les antiennes anti-américaines du passé : ils dénoncent les États-Unis et l’OEA qui « alimentent et promeuvent la subversion interne » à l’encontre du pays frère sud-américain. Malgré la levée probable de l’embargo, les Cubains risquent donc de devoir résister encore longtemps contre un régime liberticide et peu performant sur le plan économique.

Il faut espérer, en revanche, que le régime castriste abandonnera l’ancien protecteur vénézuélien aujourd’hui aux abois, permettant ainsi la mise en œuvre d’un processus – certes encore très hasardeux – de transition démocratique au Venezuela. Cependant, malgré la résistance farouche de l’opposition et le désespoir toujours plus grand de la population soumise aux graves pénuries et à l’escalade de la violence, l’aide et le soutien international ainsi qu’une intermédiation courageuse des gouvernements latino-américains sont sans doute indispensables pour trouver un chemin pacifique de sortie de la dictature et construire un consensus national démocratique au Venezuela.

*Photo : Moises Castillo/AP/SIPA/AP21719605_000001

La Reine du Danemark fait son 11 janvier

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Le chef de l’Etat Danois, sa Majesté la Reine Margarethe II, a accordé une interview pour son 75e anniversaire. Une interview qui provoque la panique dans le monde du politiquement correct. Qu’a-t-elle donc fait de si grave ?

« Celui qui s’installe au Danemark doit se conformer aux normes et valeurs Danoises », déclare-t-elle. « Nous pouvons les accueillir, mais nous devons aussi leur dire ce que nous attendons. Car il s’agit de notre société, dans laquelle ils se rendent. Ils doivent comprendre dans quel monde ils sont venus. » Et la Reine de se faire plus précise encore : « Nous faisons volontiers de la place. Cependant, ils sont venus dans notre société et ne peuvent pas s’attendre à pouvoir perpétuer leur modèle de société chez nous. Ils peuvent se rendre dans les mosquées s’ils le veulent, mais s’ils font des choses incompatibles avec le modèle de la société Danoise, ils doivent reconnaître que cela n’ira pas. » La Reine désigne bien entendu une certaine immigration qui se constitue en société parallèle. Elle a aussi fait passer un message sur la liberté d’expression, qui n’est pas seulement menacée par les terroristes : « Je sais bien que certains disent qu’il faut être prudent, qu’il faut réfléchir, cependant nous devons absolument pouvoir nommer les choses et dire comment celles-ci doivent être selon nous. Ils veulent nous effrayer, nous ne devons pas nous laisser intimider. » Un message on ne peut plus clair adressé à ceux qui ne cessent de relativiser, de minimiser nos valeurs fondamentales, afin de ne pas heurter les musulmans. Elle se déclare également choquée par l’augmentation des menaces et persécutions contre les juifs du Danemark. « Soudain, l’on regarde les juifs de travers, ils se sentent mis sous pression et menacés, ce qui est choquant. Ils supportent cela avec dignité, comme ils le font toujours, mais il est choquant d’observer cela », lance la Reine.

Les cris d’orfraies ne se sont pas fait attendre après ces déclarations politiquement incorrectes. L’ancien communiste Johannes Andersen, un sociologue de l’Université d’Aalborg, a estimé que la Reine s’immisce politiquement dans les débats sur l’immigration en faisant savoir aux immigrants que le Danemark ne doit pas être un pays multiculturel. D’autres l’accusent de diviser le pays. Exemple, l’imam Fatih Alev, du Centre Islamique Danois : « Ce ne sont même plus les partis de droite maintenant ! Même la Reine est désormais influencée par cette tendance. Peut-être ressentait-elle le besoin d’exprimer ses critiques, afin de ne pas paraître naïve. Les musulmans auraient-ils perdu leur Reine ? » Et, le jour de la venue de Geert Wilders, la Reine a donné une conférence de presse pour souligner ses propos : « La plupart savent bien de quoi ils doivent se priver, lorsqu’ils arrivent dans un pays étranger, ils ne doivent pas pour autant changer leur religion ou manger différemment. Il ne s’agit pas de fricadelles. Il s’agit de s’adapter au pays dans lequel on est venu. » Précisons que la Reine du Danemark s’est considérablement renseignée depuis 1984, lorsqu’elle déclarait : « Les Danois feraient mieux de garder pour eux leurs observations idiotes sur les immigrants. » A l’époque, personne ne pensait qu’elle se mêlerait de politique. Ce n’est qu’en 2006 qu’elle a fini par se rendre compte de la situation, lors de ses vœux pour le nouvel an : « Nous devons commencer à reconnaître qu’il nous faut être clairs sur nos valeurs, sur lesquelles notre société repose. »

Alors Messieurs Hollande et Valls, il n’est jamais trop tard pour rallumer la flamme du 11 janvier !

Impie comme un Polonais?

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POLOGNE EGLISE ATHEISME

POLOGNE EGLISE ATHEISME

C’était en 2002 ou en 2003, je ne m’en souviens plus. En vacances chez des amis de Varsovie- un couple (non marié) de yuppies au sommet de la branchitude – je m’employais à mener une sorte d’étude ethnologique selon la méthode inventée par Bronislaw Malinowski au début du XXème siècle et savamment appelée « observation participante ». En substance, la méthode préconise de s’immerger dans la société dont on souhaite comprendre le fonctionnement et de partager la vie des indigènes. Ainsi, chaque dimanche matin j’accompagnais mes amis à la messe, en essayant, le reste de nos week-ends, d’être à la hauteur pour ingurgiter autant de spiritueux que mes hôtes. Pas entièrement convaincus de l’existence de Dieu, mes amis, comme beaucoup de jeunes gens de leur milieu, se déclaraient néanmoins catholiques. À l’époque, leur attitude semblait toutefois marginale au sein de la société polonaise. À cent kilomètres de la capitale polonaise, pensais-je, les gens continuaient d’aller à l’église parce qu’ils continuaient de croire en Dieu. Erreur de jugement. Les récents résultats des sondages d’opinion révèlent qu’en une décennie le nombre de catholiques pratiquants a baissé en Pologne de deux millions. Et ce n’est pas tout.

Mené par le CBOS, l’équivalent polonais de l’IFOP, et publié en mars dernier, le sondage qui fait couler beaucoup d’encre au bord de la Vistule indique en effet que non seulement des catholiques rechignent à assister à la messe dominicale -selon les données de l’Episcopat leur pourcentage est descendu au-dessous de 40%- mais surtout, seulement 39% d’entre eux se conforment à l’enseignement de l’Eglise. Le décalage le plus flagrant entre les recommandations ecclésiastiques et les pratiques des fidèles apparaît dans le domaine de la sexualité. À peine 6% des catholiques polonais se prononcent ouvertement contre les moyens contraceptifs, tandis que 84% estiment que l’éducation sexuelle devrait figurer dans le programme scolaire. Et l’on peut fortement douter que porte ses fruits la campagne publicitaire récemment tentée par l’Eglise polonaise, couvrant le pays de l’affiche « Le concubinat est un pêché- dite NON à l’adultère ». 63% des Polonais acceptent la vie commune sans mariage. Rien d’étonnant à cela. Si on savait le catholicisme polonais superficiel et folklorique, à travers le dernier sondage on le découvre carrément hérétique. Le magistère de l’Eglise catholique, autrement dit l’autorité de l’ensemble des évêques et du pape sur les fidèles en matière de morale et de foi semble en Pologne pour le moins fragile : tout bonnement les catholiques polonais ne voient pas clairement le rapport entre la moralité et la religion. La moitié rejette catégoriquement le concept de règles morales immuables et 30% estiment ne pas avoir besoin de telles règles dans la vie quotidienne. Les choses se corsent davantage quand on apprend qu’un tiers des catholiques polonais croit en la réincarnation et autant d’entre eux dans l’idée que les animaux ont, eux aussi, une âme immortelle. Avec beaucoup de philosophie, les représentants de l’Eglise polonaise commentent ces résultats en évoquant l’émergence d’un catholicisme hybride, mélangeant des éléments de la tradition, de la doctrine, de la pratique transmise de générations en générations, mais également de pragmatisme et de conformisme. En somme, les catholiques en Pologne croient en ce qui les arrange. À qui la faute ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la responsabilité de la misérable condition morale et intellectuelle de l’Eglise polonaise incomberait dans une grande mesure à Jean Paul II. Selon l’anthropologue Wojciech Burszta, l’élection de Karol Wojtyla comme successeur de Saint Pierre a plongé le clergé polonais dans la mégalomanie et dans l’autosatisfaction. En négligeant la qualité du ministère et l’accompagnement des fidèles, l’Eglise de Pologne s’était peu à peu transformée en prestataire de services, d’ailleurs excessivement facturés. Certes, 80% des catholiques en Pologne confirment leur attachement aux mariages et aux enterrements religieux, mais il reste à craindre que ce pourcentage diminue au fur et à mesure que les cérémonies laïques, conçues « sur mesure » pour mieux ménager la nouvelle spiritualité composite des Polonais, entrent dans les mœurs. Une spéculation, certes, mais justifiée. Car étant toujours majoritaires à approuver la présence des croix et des symboles religieux dans l’espace public, les Polonais s’insurgent désormais contre les pressions de l’Eglise sur la législation ou sur la vie politique. 80% d’entre eux manifestent ouvertement leur hostilité à l’idée que l’Eglise leur suggère pour qui ils doivent voter.

Ne serait-ce cependant pas trop facile de tout mettre sur le dos de Jean-Paul II ? Incontestablement, l’influence du pape polonais sur la forme du catholicisme pratiqué en Pologne a été considérable. Ce n’est pas par hasard que le CBOS a choisi comme césure l’année de sa mort, 2005, pour analyser la religiosité des Polonais. La décennie qui a suivi la disparition de Wojtyla a vu s’accélérer des phénomènes qui existaient déjà pendant son pontificat -la sécularisation, l’ouverture vers d’autres confessions, l’individualisation- anéantissant par là même les espoirs liés à la dite « génération JP2 ». Mais l’omniprésence de l’Eglise dans la sphère publique, qui agace de plus en plus les Polonais, résulte en premier lieu du zèle de l’Etat- une histoire ancienne qui date de la fin de l’époque communiste lorsque le Parti, menacé dans son existence, n’a pas reculé devant quelques compromis significatifs comme le financement des établissements universitaires catholiques. Depuis lors les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, se surpassent dans l’allégeance à l’Episcopat devenu, pour sa part, plus gourmand que jamais. Les ragots au sujet de la fabuleuse richesse de l’Eglise polonaise ne disparaîtront pas tant que l’Etat n’exigera pas la publication des revenus du clergé et n’informera pas l’opinion à quelle hauteur il finance les institutions catholiques. A l’heure actuelle il n’en est pas question, le patrimoine de l’Eglise constituant en Pologne et avec la bénédiction de l’Etat, le secret le mieux gardé. Autre domaine controversé- le catéchisme. Introduits dans les écoles publiques en 1990, les cours de catéchisme ont échappés à tout contrôle de la part de l’Etat suite à des réformes de l’éducation nationale et non pas du fait du Concordat signé entre la Pologne et le Vatican en 1993. La Constitution a beau garantir la liberté et l’égalité des confessions, l’Etat a de son plein gré concédé à l’Eglise un droit de regard exclusif sur les manuels de catéchisme, tout en prenant l’initiative de rémunérer les catéchètes et abandonnant à leur sort les enfants d’autres confessions que catholique ou non-croyants. Dans son rapport sur la discrimination de ces derniers, la Fondation « Polisfera » œuvrant en faveur de la tolérance religieuse, pointe des pratiques qui violent ouvertement la législation en vigueur. Selon la loi, ce sont les parents qui souhaitent que leur enfant participe à la catéchèse qui doivent signer une déclaration dans ce sens. En réalité, les directeurs des établissements scolaires l’exigent, au contraire, des parents qui s’opposent à la catéchisation de leur enfant.

Or, si les athées en Pologne constituent une minorité, leur nombre augmente d’année en année. Ils n’étaient que 3% en 2005. En 2015 ils sont, selon les sondages, entre 6% et 10%. Décomplexés, affirmés, revendicatifs même, depuis sept ans ils organisent les Journées de l’athéisme dans les grandes villes polonaises,  défilent sous le slogan « No God, no problem » et défient l’Eglise sur le plan communicationnel. En réponse à la campagne publicitaire condamnant l’adultère, ils ont financé des affiches sur lesquelles on lisait : « Je ne tue pas, je ne vole pas, je ne crois pas ! ». Il y a quelques jours, leur défilé à Varsovie a attiré les foules. Son héroïne, Grazyna Juszczyk, prof dans une école publique, dénonçait la mainmise de l’Eglise sur l’enseignement : « Nous devons nous opposer à l’agressive expansion de l’Eglise catholique et à ceux des hommes politiques qui se soumettent à ses diktats. Sinon, nous nous réveillerons un jour dans un pays totalitaire ».  Perturbé par une poignée de fondamentalistes religieux, l’évènement a pourtant inspiré des idées audacieuses à certains catéchètes qui ont postulé le retrait de leurs cours de l’école. Enseigné à nouveau dans les paroisses, le catéchisme récupérerait son caractère authentique, n’attirant plus que les enfants vraiment motivés. Moins de croyants mais de bonne qualité serait alors la nouvelle recette de l’Eglise polonaise dont la frange radicale évoque l’exemple français. Le couple de mes amis de Varsovie-devenus bouddhistes il y a cinq ans- doute que l’Episcopat sache s’en satisfaire.

*Photo : wikicommons.