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«Le remplacisme est un ennemi implacable du temps»

Renaud Camus est lourdement attaqué dans L’homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre.


Relire la première partie

Causeur. Revenons au grand remplacement : un certain nombre d’immigrés maghrébins, souvent kabyles, se sont parfaitement acculturés. Sont-ils selon vous des colons ou des remplaçants ?

Renaud Camus. Votre exemple est très bien choisi, car mon principal allié politique, Karim Ouchikh, qui a été conseiller régional d’Île-de-France entre 2015 et 2021, est kabyle. J’ai toujours dit, et je m’y tiens, qu’il peut y avoir intégration et assimilation des individus. Mais autant nous pouvons assimiler des individus qui souhaitent être assimilés, autant il est totalement illusoire de croire que nous pouvons assimiler des peuples, qui plus est s’il s’agit de peuples qui ne veulent pas être assimilés, qui sont même souvent assez hostiles et qui eux-mêmes disent qu’ils sont les grands remplaçants.

Donc votre concept est d’abord culturel ?

Il serait très lâche de ma part de nier qu’il est également racial – je préfère dire « race » au lieu d’« ethnie », qui appartient au registre scientifique. La science n’a que fort peu à faire là-dedans. La race n’est scientifique que pour les pires racistes. Le dogme imbécile et criminel de la non-existence des races est le pivot qui permet le génocide par substitution. S’il n’y a pas de races, il n’y a pas de remplacement puisqu’il n’y a rien à remplacer.

S’il y a de plus en plus de femmes voilées dans l’espace public, on peut dire qu’il y a eu un remplacement de femmes libres par des femmes qui revendiquent leur soumission. Peu importe la couleur de leur peau.

Eh bien, c’est une différence entre nous. Je crois en l’existence des races – je suis « raciste » à cet égard : je crois aussi qu’elles ont un rôle absolument capital, décisif et plus fort que jamais aujourd’hui, dans les affaires du monde. La race est l’un des concepts les plus polysémiques qui soit. Le mot signifie mille choses qui ont un lien étroit les unes avec les autres, mais qui peuvent aussi être très éloignées. Je ne peux accepter de renoncer à ce mot, qui est omniprésent dans la littérature et la poésie françaises, en toutes sortes de sens aussi précieux les uns que les autres, « Que direz-vous, races futures (les habitants de l’avenir) ? »

C’est entendu, vous réfutez « le Dogme », celui de l’inexistence des races. Réfutez-vous aussi le dogme de l’égalité des races ?

Je ne crois en l’égalité de rien, sauf par coïncidence, et par un coup d’État quelquefois légitime de la loi. Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de souligner les inégalités de réalisation entre les races diverses : ce qui me semble irremplaçable, au contraire, c’est le caractère unique de chacune.

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Donc, vous ne postulez pas une inégalité structurelle entre les races. Ce qui n’empêche pas vos biographes de vous accuser de « suprémacisme blanc ».

Je n’ai jamais bien su ce que signifiait cette expression, qui m’est parfaitement étrangère – à moins qu’elle ne veuille dire, mais j’en doute, qu’un peuple doit pouvoir rester maître sur son territoire, n’être pas colonisé.

Le suprémacisme est une idéologie de la supériorité et de la domination raciale.

Je n’ai jamais pensé rien de tel. Au contraire, je suis passionnément attaché à la diversité du monde. Quelle merveille qu’il y ait cent couleurs d’yeux, de peaux, de cheveux, des milliers de langues et des millions de façons de penser. À bas le village universel et a fortiori le bidon-monde. Les antiremplacistes sont les ultimes défenseurs de l’altérité dans le monde.

Mais souvenez-vous de ces écrivains noirs américains qui, au xxe siècle, ont trouvé refuge en France et s’enthousiasmaient parce que le Français moyen, tel un daltonien, ignorait la couleur de leur peau, alors que la ségrégation raciale était à son apogée aux États-Unis. N’est-ce pas une merveilleuse spécificité française ? 

J’y vois au contraire un danger. Du reste il s’agit d’une spécificité très tardive et largement illusoire.

Tardive ? Dès 1789, les révolutionnaires proclament que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

1789, c’est bien tard dans l’histoire de France. D’ailleurs 1789 n’a nullement impliqué l’égalité entre les citoyens et les non-citoyens. La Révolution a proclamé français à titre honorifique un petit nombre d’étrangers fameux, mais ceux qui étaient députés ont été finalement chassés de la Convention comme étrangers. En réalité, jusqu’à la Troisième République et même au-delà, il était implicitement admis que le peuple français était blanc et d’origine française.

Concrètement, pas théoriquement. Du reste, il y avait des Noirs en France avant la Révolution.

En France métropolitaine ? Une petite centaine et on leur mettait des turbans. Je me répète : à titre individuel, l’intégration est parfaitement possible. Celle des peuples entiers est un leurre. C’est pour cela que je prône la remigration, synonyme à mes yeux de décolonisation ; et pas seulement celle des délinquants ou des criminels, comme certains le préconisent, ou des clandestins, qui devrait aller sans dire. Quand les Algériens ont pris leur indépendance, ils ne se sont pas bornés à chasser de leur pays les Français délinquants.

Vous qui prônez « l’in-nocence », comment pouvez-vous trouver légitime de chasser des personnes inoffensives de leur pays, comme l’a fait le FLN après les accords d’Évian avec les pieds-noirs ?

J’ai toujours dit que la remigration devait se faire avec la plus grande discrimination, au cas par cas, pas du tout massivement. Pas comme celle des pieds-noirs. Surtout pas comme celle des pieds-noirs. Seulement, je constate que la décolonisation de l’Algérie est une sorte de paradigme de la migration accomplie. Il faudra seulement y mettre plus de douceur.

Qui doit « remigrer » selon vous ?

L’occupant colonial, c’est-à-dire ceux qui se comportent comme tel et se désignent eux-mêmes à la remigration. Tous ceux qui affirment qu’ils ne sont pas français et qui disent « les Français » pour parler des indigènes. Tous ceux qui font étalage de leurs propres langues, de leurs propres cultures, de leurs propres modes de vie, et a fortiori quand ils veulent l’imposer. Même s’ils ne sont pas agressifs ou délinquants, ceux-là se comportent en occupants, en colonisateurs, en agents de la colonisation telle qu’elle a été brillamment décrite par Frantz Fanon. Ses textes sur le sujet valent à mon avis autant pour la colonisation actuelle, Sud-Nord, que pour la colonisation du passé, Nord-Sud. Et cela surtout quand ils montrent que l’une et l’autre détruisent successivement toutes les structures de la société colonisée : la famille, l’école, l’héritage, la transmission, l’urbanisme, etc.

Donc, même s’ils n’ont pas commis de nocences, ceux qui, par exemple, disent qu’ils n’aiment pas la France devraient repartir ? Et la liberté de penser ? Il y a des tas de Français de souche qui n’aiment pas leur pays et le disent.

Votre exemple montre à quel point le dogme de l’inexistence des races était indispensable au génocide par substitution.

Comment obtenir des transferts de population sans user de la force ?

En supprimant un à un tous les avantages de la colonisation. Je ne suis même pas hostile à une compensation financière pour les citoyens français. L’immigration est tellement ruineuse pour notre pays que même y mettre fin en payant s’avérerait une économie.

File d’attente de pieds-noirs avant leur départ pour la France, Alger, juin 1962. © SIPA

Vous excluez donc que les immigrés s’en aillent dans leur totalité. Cela signifie que, malgré tout, même après la remigration que vous appelez de vos vœux, la France pourrait rester un pays multiethnique ?

Elle l’a toujours été.

Que pensez-vous de la politique de Donald Trump en la matière ?

Je suis un trumpiste extrêmement modéré, à dire le moins. Que la police ICE recherche les clandestins pour les expulser, rien n’est plus juste, qu’elle les batte ou les maltraite, je le désapprouve totalement, ce n’est pas du tout mon style. D’ailleurs je désapprouve aussi la politique anti-écologique de Trump et ses visées impérialistes.

Ah oui, c’est vrai, vous êtes également écologiste !

Certes, mais je précise que les politiques écologiques sont à mes yeux absolument absurdes tant qu’elles ne visent pas à juguler la croissance démographique, et pas seulement pour les raisons matérielles avancées par cet idiot de Malthus, qui est un penseur de cinquième zone, mais aussi pour des raisons humaines, morales, esthétiques et poétiques. Je vois même la chute de la natalité chez les Européens et les Asiatiques comme une preuve de leur sagesse.

La volonté d’avoir une descendance est pourtant aussi forte que l’espèce elle-même. Que devient l’homme sans conscience historique, c’est-à-dire sans la volonté de s’inscrire dans une généalogie ? 

Il est des généalogies de toute sorte, celles de l’esprit sont aussi précieuses que celles de la chair. Mais le remplacisme est un ennemi implacable du temps. Il instaure un présent hébété.

Et au sujet du Venezuela, que pensez-vous de la politique de Trump ?

L’intervention des États-Unis, qui était dictée par des intérêts impérialistes et commerciaux, ne suscite aucune admiration de ma part. Cela dit, si une pichenette militaire ou autre pouvait faire tomber le régime vénézuélien ou le régime iranien, j’en serais absolument ravi.

Finalement, avez-vous gardé quelque chose de votre jeunesse avant-gardiste ?

Je ne l’ai jamais quittée. Quand j’ai dédié L’Inauguration de la salle des Vents à Alain Finkielkraut, il a cru que je me moquais de lui.

Dommage, car nous étions enchantés de vous imaginer revenu de l’avant-garde…

Préparez-vous à souffrir, je prévois d’y retourner incessamment.

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Selon Dhellemmes et Faye, vous avez signé en 1997 dans L’Infini un texte assez ambigu sur la pédophilie. Un texte typique de la gauche qui pétitionnait pour Tony Duvert dans les années 1970…

Je n’ai jamais pétitionné pour Tony Duvert ni pour rien de ce genre, mais c’est ce texte, en effet, un entretien nullement sollicité par moi, qui a mis fin aux très minces relations entre Marine Le Pen et moi ; et même aux relations entre elle et mon ami Philippe Martel, qui avait été son conseiller, et qui fut sommé de choisir entre elle et moi. Elle n’en avait d’ailleurs vu que les mêmes éternelles phrases chéries des harceleurs.

Que pensez-vous de la pédophilie ?

Précisons d’abord que je ne suis en aucun cas pédophile, je n’ai jamais porté le moindre intérêt sexuel aux enfants. S’il y avait quoi que ce soit à me reprocher dans ce domaine, vous pensez bien que Faye et Dhellemmes, dont le livre est fait pour m’assassiner, n’auraient pas manqué de le monter en épingle. Je pense d’abord que la pédophilie est très mal nommée et que la plus grande part de ce que recouvre habituellement le terme relève plutôt de la pédophobie, la haine des enfants. Je pense aussi qu’elle est un des sujets, avec les classes, les races, les Juifs, le changement de peuple, qui sont les triangles des Bermudes de toute société, où tout discours et toute nuance apportée se font, on l’a bien vu, au risque de la mort sociale. Or ces angles morts de la parole sont précisément selon moi l’espace où l’écrivain a pour mission de s’aventurer à ses risques et périls. En l’occurrence, je n’ai de point de vue que celui d’avoir été un adolescent plus intéressé par les adultes que par ses camarades de classe ; et plus tard, un jeune homme à peu près présentable que des adolescents ont pu trouver intéressant (mais ce n’était guère réciproque). C’est un léger bagage pour aborder le sujet et j’aurais mieux fait de m’abstenir. Mais je vois un grand enseignement dans le fait que la pédophilie a remplacé le parricide comme crime entre les crimes. C’est un renversement essentiel qui implique une relation très particulière à l’enfance, vue comme le lieu de l’innocence, vouée malheureusement à se perdre. J’avoue être plus intéressé par l’in-nocence, la non-nocence, la non-nuisance, la non-violence, qui est un idéal projectif que bien sûr on ne saurait atteindre tout à fait. Enfin, je pense que les frontières de la pédophilie, le crime, celui qu’il convient de condamner tout à fait, connaissent un élargissement constant qui devient un peu exagéré. Commencent à être vues d’un très mauvais œil les relations entre personnes d’un âge inégal, même tout à fait adultes, ces couples étant envisagés sous le seul angle absurde du rapport dominant/dominé. C’est une méconnaissance totale de la réalité innocente du désir.

En effet, le camp du progrès est devenu terriblement puritain.

Pour moi, c’est un retournement incroyable. Un désastre absolu. J’ai eu la chance toute ma vie d’avoir des relations sexuelles heureuses, joyeuses et amusantes. Barthes le souligne dans sa préface à mon livre Tricks. Il écrit qu’Eunoïa, la déesse de la bienveillance, préside à ces échanges. Et en effet, j’ai toujours ressenti beaucoup de gratitude envers les personnes qui avaient la gentillesse de m’offrir leur corps et leur temps. J’en ai toujours été émerveillé. Je trouve la relation sentimentale et sexuelle beaucoup plus excitante, amusante et agréable que la relation amicale. Je suis un amoureux plus qu’un ami. D’ailleurs j’ai toujours quitté mes amis pour mes amants. Vous voyez, je suis tout sauf un homme de réseau.

La Destruction des Européens d'Europe

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Deauville, place forte de la musique de chambre

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Le 30e Festival de Pâques de Deauville se déroule du 18 avril au 2 mai 2026 à la Salle Elie de Brignac. Cette édition anniversaire célèbre trois décennies de musique de chambre et réunit sept générations d’artistes, sous la direction artistique d’Yves Petit de Voize.


Coup d’envoi, samedi dernier 18 avril, du Festival de Pâques. Très courue, la manifestation chambriste du printemps célèbre ses trente bougies cette année.  Edité sous les auspices de l’association Les Amis de la musique à Deauville, un ouvrage réunissant photos et témoignages dresse l’historique de ces 30 ans de musique à Deauville – c’est le titre – et de ses prémisses, en lien avec le Casino de Deauville. Un double CD exhumant près de cinquante extraits des concerts donnés de 1997 à 2025 complète non sans grâce ce dispositif mémorialiste.  

Ci-devant rédacteur en chef du magazine Diapason, directeur artistique de l’Académie-Festival des Arcs puis du festival de Montreux, sans compter nombre de saisons et autres biennales qu’il dirigea, de Lyon à Royaumont, l’émérite Yves Petit de Voize, par ailleurs conseiller musical de la Fondation Singer-Polignac, de toujours partenaire et mécène de l’événement, reste l’incontournable concepteur d’une programmation dont l’éclectisme hautement exigeant, au répertoire baroque, classique ou romantique sait marier la création contemporaine. Implanté dans cette enceinte Elie de Brignac d’ordinaire dévolue au marché des pur-sang, mais pour l’heure transformée en salle de concert (acoustique impeccable !), le Festival de Pâques y  déroule, sur trois fins de semaines successives, un alléchant concours de jeunes talents, sur des partitions allant du trio à la symphonie, de Bach à Alfred Schnittke, du Stabat Mater de Pergolèse aux Sept lieder de jeunesse pour voix et orchestre d’Alban Berg – pour ne prendre que quelques exemples, puisés dans cette seule édition 2026.

© Yannick Coupanec

Sous les auspices de Renaud Capuçon, co-fondateur du festival, ou encore de Julien Chauvin, violoniste et chef du célèbre Concert de la Loge, phalange qui, comme chacun sait, joue sur instruments anciens, huit générations de jeunes artistes se seront donc succédé, se cooptant sur la base d’ affinités électives l’année durant, dans le cadre de leur résidence en l’hôtel de Polignac sis avenue Georges Mandel, à Paris, pour se retrouver enfin, l’espace de quelques jours, à l’ arrière-plan des fameuses planches de Deauville. Et c’est précisément Chauvin qui ouvrait le bal, ce samedi, avec un Stabat Mater très articulé, galopant sur un tempo singulièrement vif, délicieusement chanté par la soprano Ambroisine Bré mais plus encore par la mezzo Anouk Defontenay, leur duo final contresignant l’apothéose d’un concert ouvert de façon tout aussi sublime par le Cinquième concerto brandebourgeois , joint à ce merveilleux Concerto de Telemann aux accents rustiques et archaïsants, lequel associe si étonnamment flûte à bec et flûte traversière…

A lire du même auteur: Le jeune contrebassiste Marc André: un mirage?

La programmation dominicale réservait encore quelques jolies surprises, tout particulièrement avec ce Sextuor op.70 de Tchaïkovski, millésimé 1890 et intitulé « souvenir de Florence » – un adagio cantabile à vous faire pleurer d’émotion, au surplus interprété magistralement par sept jeunes instrumentistes d’exception, les violonistes Vassily Chmykov et Emmanuel Coppey au sommet. Bref, ce week-end inaugural invite à savourer la succession apéritive de pièces qui, en toute allégresse, font communier Schubert et Ravel, Dvorak et Martinu,  Mendelssohn et Chostakovitch,  Mozart et Schubert, Gustave Mahler et Alban Berg. Bouquet final le 2 mai. Pour autant, à Deauville les ardeurs mélomanes se donnent encore des aises dans la liesse estivale, avec une nouvelle série de concerts placée sous l’ombrelle du « 25ème Août musical » : ouverture le dernier jour de juillet, sous le signe de Schubert, Brahms et Beethoven, ces deux derniers compositeurs clôturant d’ailleurs la session 2026 le samedi 8 août prochain, dans cette même salle Elie de Brignac-Arqana, l’accueil du festival se partageant avec l’espace culturel et événementiel des Franciscaines, bien connu des Deauvillais.

Qui dira que l’opulente et mythique station normande se résume à ses planches, à son Casino, à ses villas bourgeoises et à ses légendes mondaines ?


30ème Festival de Pâques. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana. Jusqu’au 2 mai.

25ème Août Musical. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana / Les Franciscaines.  Du 31 juillet au 8 août.

A lire : 30 ans de musique à Deauville, 1997-2026. Textes et photos. Les amis de la Musique à Deauville, éd. Double CD Deauville 1997-2025, extraits de concerts.

Madame de Sévigné, une Parisienne du XVIIe siècle

Pour le 400e anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal, le Musée Carnavalet célèbre celle qui l’a jadis précédé dans l’hôtel de la rue des Francs-Bourgeois.


Jean Nocret, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné

« Dieu merci, nous avons l’hôtel de Carnavalet. C’est une affaire admirable : nous nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air. Comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminées à la mode, mais nous aurons du moins une belle cour, un beau jardin, un beau quartier… »

Place Royale

Plutôt qu’une exposition sur Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, c’est une exposition sur Madame de Sévigné à Paris, sur ses amis, ses lieux de prédilection, que présente aujourd’hui le Musée d’Histoire de Paris.

Elle était née en 1626 non loin de là, Place Royale, dite aujourd’hui place des Vosges, dans l’hôtel de Coulanges qui était à la famille de sa mère. Elle perdit son père, Celse Bénigne de Rabutin de Chantal, de vieille noblesse bourguignonne, tué au siège de La Rochelle en 1627, alors qu’elle n’avait qu’un an. Puis sa mère, Marie de Coulanges, lorsqu’elle en avait sept. Elle sera un temps prise en charge par sa grand-mère paternelle Jeanne de Chantal qui n’était bien évidemment pas encore canonisée, mais qui déjà avait fondé l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie avec l’évêque de Genève, François de Sales. Puis elle revint vivre auprès de ses oncles Philippe et Christophe de Coulanges qui prirent grand soin à l’élever et à l’instruire… 

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En 1644, en pleine nuit, selon un usage alors en vigueur, Marie de Rabutin-Chantal se marie à l’église Saint Gervais-Saint Protais à Henri de Sévigné, gentilhomme de bonne noblesse bretonne, et qui porte, semble-t-il indûment, le titre de baron. Cela n’empêchera pas la nouvelle Madame de Sévigné, parce qu’elle estimait que le terme de baronne sentait terriblement la province, de se faire bientôt présenter à la Cour sous le nom plus flatteur de marquise de Sévigné. 

Les salons du bel air

A la mort de son peu recommandable époux, la voilà veuve et libre, avec deux enfants tout de même sur les bras.

Même courtisée bien plus tard par le deuxième duc de Luynes (alors qu’elle a près de soixante ans), elle ne commettra jamais la folie de se remarier, afin de jouir à sa guise d’une fortune qu’elle eut cependant beaucoup de mal à rétablir.

Elle passe à Paris de demeure en demeure avant de s’établir définitivement dans cet hôtel de Carnavalet dont elle sera la plus illustre locataire durant près de vingt ans.

Elle y reçoit ses amis, certes, mais elle court surtout les autres salons du bel air, de ceux qui ont préféré demeurer à Paris plutôt de suivre la Cour installée définitivement à Versailles dès 1682.

Elle est aussi assidue aux offices et aux prêches des plus brillants orateurs de son temps, à l’église Saint-Paul Saint-Louis par exemple, non loin de chez elle. Et fréquente les rares théâtres parisiens d’alors, comme celui de l’Hôtel de Bourgogne, friande de pièces de Racine ou Molière.

Elle parcourt également les environs de la capitale pour résider ici et là dans les propriétés de campagne de ses multiples relations.

Enfin, elle séjourne au château des Rochers, fief des Sévigné en Bretagne, villégiatures auxquelles s’ajoutent ses trois longues résidences au magnifique château de Grignan, en Provence, là où réside sa fille. Grignan que des voyages qui peuvent durer jusqu’à trois semaines lui permettent de rallier.  

Une vraie Parisienne

Une vraie Parisienne donc que Marie de Sévigné qui eut la prudence de ne pas trop fréquenter la Cour, à Versailles ou à Saint-Germain, mais fut assez vaine pour se rengorger au moindre mot aimable lancé par Louis XIV à la mère de cette Françoise de Sévigné, devenue comtesse de Grignan, dont il aurait bien voulu, dit-on, faire sa maîtresse.

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Deux grandes reproductions de cartes de Paris et de ses environs datant de son époque donnent à voir à l’entrée de l’exposition tous ces lieux qui virent passer Madame de Sévigné, laquelle ne se hasardait guère sur la rive gauche de la Seine et pour qui se rendre Faubourg Saint Honoré chez sa plus chère amie, Madame de La Fayette, représentait presque une aventure. Car sa vie se cantonna principalement dans le Marais où sont concentrés la plupart des hôtels aristocratiques d’alors : le lointain Faubourg Saint Germain n’est pas encore investi par la noblesse (c’est là que Madame de Maintenon éduque en toute discrétion les enfants adultérins du roi) et le Faubourg Saint-Honoré commence à peine sa carrière élégante.

Toute une galerie de portraits

Toute l’exposition regorge de portraits de Madame de Sévigné et de ses proches : Madame de La Fayette, le duc de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, Madeleine de Scudéry, Ninon de Lenclos, l’oncle Christophe… et bien sûr Madame de Grignan. Des portraits dont certains d’ailleurs sont peu connus. Mais il y a encore ceux de la Grande Mademoiselle, de la duchesse de Longueville, du cardinal de Retz…et de la reine-mère elle-même.

On eut bien voulu découvrir davantage les hôtels, les palais, tous ces hauts lieux de la vie mondaine qu’avait fréquentés Marie de Sévigné, puisque c’est sa vie de Parisienne qui est avant tout évoqué par l’exposition. Sa vie de femme indépendante au sein d’une génération qui vit d’autres figures féminines de premier plan affirmer leur intelligence supérieure. On eut aussi apprécié voir reconstituée une pièce évoquant son intérieur. Au lieu de quoi, disposés sans goût, comme dans une salle des ventes, quelques meubles et objets de son temps sont médiocrement entassés derrière un épais muret de bois aggloméré. Il est vrai qu’il ne subsiste plus grand-chose du mobilier de la spirituelle épistolière. Un beau bureau en laque de la Chine, acheté jadis aux propriétaires du château des Rochers et qu’on disait lui avoir appartenu, s’est révélé depuis inauthentique. D’ailleurs, même les restes mortels de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, déposés dans la collégiale de Grignan, au pied du château de sa fille où elle mourut en 1696, même eux ont disparu. Ils ont été misérablement profanés et dispersés par les révolutionnaires de Provence.


Madame de Sévigné, lettres parisiennes.

Exposition présentée au Musée Carnavalet
jusqu’au 23 août 2026. www.carnavalet.paris.fr

Déracinés des villes, abandonnés des champs

Abstention massive, surtout des jeunes, réduction spectaculaire de l’offre électorale dans les villages… Les dernières municipales dessinent une France politique désarticulée: LFI fait de bons scores dans de grandes agglomérations, le RN s’impose dans les villes moyennes, mais le pays profond reste attaché à ses élus appartenant aux vieux partis que l’on disait autrefois de gouvernement.


Les élections municipales de 2026 livrent un bilan contrasté et incomplet de l’archipel français. Sur 49,5 millions d’inscrits, 26 ont exprimé un suffrage au premier tour. Si l’on réintègre les non-inscrits sur les listes électorales, les suffrages exprimés représentent la moitié du pays, enfants et étrangers exclus. Cette abstention massive est à élucider.

Elle est d’abord due à une forme de fanatisme tardif en faveur de la discrimination positive. La fausse bonne idée de la parité femmes-hommes imposée aux petites communes, alliée à la suppression du panachage, a tué l’exercice électoral démocratique dans 24 000 communes, alors que seules 3 000 d’entre elles avaient une liste unique en 2020. En 2026, dans la plupart des 29 500 villages de France (communes de moins de 2 000 habitants) – dont 27 400 sont situés hors agglomérations –, la démocratie a été piétinée faute de choix offert à l’électeur.

La deuxième grande abstention est celle de la jeunesse française. 60 % des 18-34 ans n’ont pas pris part au scrutin. Alors que boomers et retraités représentent la majorité du corps électoral actif – les 18 millions de retraités participant fortement au scrutin –, la jeunesse fragilisée, mal formée, immigrée, révoltée ou hédoniste, a tourné le dos à la démocratie locale. Notables et électeurs ont fait affaire ensemble. La chose n’est pas nouvelle, mais elle s’accentue, du fait d’une mobilité accrue des jeunes générations. Les nombreux déracinés sans attache locale ont rompu le lien à la démocratie et aux élus municipaux. Pour les 125 000 étudiants lillois, souvent de passage – même s’ils n’habitent pas tous pas dans la ville-centre –, dans une ville de 234 500 habitants, que signifie la démocratie locale ? La majorité de ces étudiants ou jeunes actifs vient de l’extérieur de l’agglomération, voire de la région ou du pays. Martine Aubry n’a-t-elle pas été réélue maire en 2020 par 6,5 % des habitants de sa ville (15 300 voix au second tour) ?

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La troisième source d’abstention tient aux populations immigrées, résidant ou non dans les fameux « quartiers » ou « villes populaires » selon LFI. La participation électorale y est très faible. Saint-Denis a 150 000 habitants. À supposer que seule une partie des clandestins y résidant soit prise en compte (ils sont très nombreux en Seine-Saint-Denis), les citoyens électeurs français ne sont que 63 900, contre 1,4 million à Paris. Ils participent peu de surcroît : 42,84 % dans la ville ce 15 mars 2026. Le nouveau maire LFI élu au premier tour l’a été par 13 500 voix, soit 9 % des habitants de la ville. Il fait mieux que Martine Aubry en 2020, mais de telles élections pointent un gros malaise démocratique.

Immigration et participation

La sous-inscription sur les listes électorales des populations issues de l’immigration et leur faible participation électorale facilite l’élection de listes ayant la capacité à mobiliser de petits groupes. Cela explique l’application de tant d’élus de banlieue ou de grandes villes à courtiser l’électorat obéissant aux Frères musulmans, champions du vote communautaire. Jean-Luc Mélenchon l’a bien compris, qui finit par ne s’intéresser qu’à l’étroit segment électoral de ces immigrés, là où il est le plus concentré, de Roubaix à Saint-Denis, en passant par les quartiers d’immigration récente des métropoles (quartiers nord à Marseille). Hormis ces communes ou quartiers particuliers, les scores de LFI ne sont importants que dans de rares grandes villes où les « musulmans » (paradigme le plus commode quoique imparfait pour désigner l’immigration récente) sont nombreux. Cela concerne quatre villes-centres (Lille, Toulouse, Limoges et Belfort) où LFI réalise un quart des voix, en contexte de faible participation pour les raisons dites plus haut. Martine Aubry revendiquait il y a peu la présence de 35 % de musulmans dans sa ville, une traduction concrète vient d’en être donnée ; la chose est identique à Toulouse, qui est avec Marseille l’autre grande métropole où les « cités populaires » se trouvent dans la ville-centre.

LFI n’a récolté que 650 000 voix, ce qui n’en fait pas un puissant parti pour les élections à venir. D’autant qu’en dehors des métropoles et des grandes agglomérations, l’influence du mélenchonisme est marginale

En dehors de quelques dizaines de villes populaires de banlieue d’immigration récente majoritaire, et de villes-centres à forte population immigrée interne, l’électorat LFI avoisine les 10 % dans les métropoles (Paris, Bordeaux, Lyon, Nantes, Strasbourg…). Il culmine à 18 % dans l’explosive Rennes. Autrement dit, quand le vote LFI ne repose que sur son deuxième segment, celui des étudiants et jeunes intellectuels ou artistes, révoltés ou déclassés, qui peuplent ses meetings et ses associations, il est minoritaire, et ne pourrait servir que de supplétif à la gauche sociale-démocrate. Seule sa position stratégique peut faire parler de lui. En cas d’alliance avec le PS, il espérait faire gagner la gauche : les résultats du second tour prouvent que les propos antisémites de LFI ont été répulsifs pour nombre d’électeurs de gauche, au point d’empêcher la victoire (Brest, Tulle, Bègles ou Toulouse) ; en maintenant sa candidature, il espérait punir les socialistes, mais ce pari a été perdu à Paris !

LFI n’a récolté que 650 000 voix, ce qui n’en fait pas un puissant parti pour les élections à venir. D’autant qu’en dehors des métropoles et des grandes agglomérations, soit 40 % de la population française (mais le tiers des électeurs du fait que les 6 millions d’étrangers qui y résident en majorité ne votent pas), l’influence du mélenchonisme est marginale. Le parti n’a pas essayé, sauf exception, d’y présenter des candidats. LFI a présenté 300 listes uniques, contre 750 listes pour le Rassemblement national. Le RN a un intérêt électoral à se présenter dans le chapelet des villes moyennes qu’il peut plus aisément remporter (un peu plus de 55 villes hors Nice en mars 2026). Le parti est bloqué plus avant par la difficulté persistante à composer des listes complètes de ses candidats, car la révélation d’une affiliation politique RN peut briser une carrière (dans la fonction publique) ou une réussite économique (commerce, professions libérales) dans certaines parties du territoire comme l’Ouest.

La volatilité électorale augmente

À l’issue de ce second tour, la France apparaît plus clivée que jamais, sans que les enseignements à tirer pour la présidentielle soient limpides. La recomposition nationale du paysage politique se poursuit sans que les strates les plus anciennes de la culture politique aient disparu. L’étroit segment attribué à LFI dans les métropoles est affaibli par le refus d’une partie des électeurs de gauche de pactiser avec ce parti minoritaire, mais localement puissant. Sur fond d’effondrement du centrisme macronien et du vote démocrate-chrétien, les gros bataillons d’élus locaux demeurent affiliés aux républicains ou assimilés et au socialisme municipal. Mais avec quelles perspectives nationales à ce stade ? Quant au RN, outre son rejet dans les grandes métropoles du fait de leur composition sociologique (bourgeois bohèmes versus banlieues « populaires »), il capitalise dans de nombreuses villes moyennes ; mais sa présence dans un nombre réduit de communes interdit des projections qui seraient aléatoires.

Même si les clivages politiques régionaux anciens n’ont pas disparu, entre France du Nord-Est et France de l’Ouest, par exemple, la recomposition de la carte électorale engagée depuis des décennies se poursuit sur la base du regroupement des populations imposé par la nouvelle économie, suivant la hiérarchie socio-urbaine.

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Les grandes et riches métropoles regroupent un tiers de la population française. On y trouve les bourgeoisies qui penchent largement à gauche, comme l’a confirmé le second tour des municipales. Dans les villes-centres où le mètre carré est exorbitant se côtoient bobos vieillissants, cadres du tertiaire, professions libérales et intellectuelles, milieux culturels et étudiants. Le gauchisme culturel prédomine, permettant le passage de l’ancien électorat d’Emmanuel Macron et des Verts au socialisme progressiste. Ces métropoles recèlent aussi la fraction d’extrême gauche de la jeunesse progressiste, souvent déclassée, que domine LFI. Les gros bataillons LFI des quartiers ou banlieues communautarisées ne sont pas loin : Roubaix est à deux pas de Lille, et c’est identique à Marseille ou Lyon, mais aussi à Paris qui jouxte le 9-3. Non loin de ces deux ensembles, quartiers bourgeois ou villes cossues de banlieue (la banlieue ouest) votent Les Républicains, après avoir été ou non séduits par le macronisme présidentiel. La volatilité électorale est grande comme l’a prouvé l’électorat Bournazel à Paris, voire Dessertine à Bordeaux, car on hésite entre la défense de ses intérêts économiques et la volonté de préserver une posture morale anti-RN.

Meeting de Louis Aliot en présence de Jordan Bardella, pour les élections municipales de Perpignan, 28 février 2026. © Alain ROBERT/SIPA

Le deuxième tiers de la population française, de poids comparable au précédent, soit 23 ou 24 millions d’habitants – outre-mer compris –, recouvre les populations des zones rurales, essentiellement villageoises (communes de moins de 2 000 habitants), les habitants des bourgs ruraux et des petites villes de moins de 10 000 habitants hors agglomération. Dans la plupart de ces communes, les municipales n’ont donné lieu à aucune compétition électorale, faute de listes concurrentes, ni à aucun affichage partisan. La personnalité des maires et des aspirants écrase le reste, et la forte abstention rend l’ensemble plus opaque qu’à l’habitude. Cette France périphérique et rurale possède des niveaux de vie très inférieurs aux grandes agglomérations, et la sociologie y est surtout composée de retraités, d’ouvriers et de paysans résiduels, d’employés et d’artisans. La jeunesse, moins nombreuse, n’est pas absente mais d’autant moins de niveau universitaire que les plus rares étudiants sont aspirés par les grandes villes. Quant aux étrangers et immigrés récents, s’ils ne sont pas absents, voire nombreux dans certaines régions frontalières, viticoles ou péri-urbaines, leur présence est bien moindre que dans les agglomérations. Cette sociologie de la France périphérique est présentée par les sondages comme le principal vivier du RN, mais ces municipales ne peuvent l’attester.

Le troisième tiers de la population française, qui compte 20 millions d’habitants, appartient au chapelet des villes moyennes, parfois qualifiées de préfectures et de sous-préfectures. Elles agrègent les communes que les deux derniers siècles leur ont accolées pour former des agglomérations de 10 000 à 200 000 habitants. Les situations socioéconomiques et les traditions politiques sont très variables, mais des caractéristiques communes se sont imposées depuis la grande désindustrialisation. Hormis celles qui possèdent des activités économiques dynamiques (mutuelles du Mans, villes frontalières aux riches travailleurs, villes touristiques comme Cannes ou Saint-Malo, etc.), un nombre croissant d’entre elles souffre de l’affaiblissement des services publics, d’une dépendance financière croissante envers l’État, de la captation des richesses et des cadres par les métropoles, et de la fragilité sociale de nombreuses populations (retraités pauvres, migrants récents, chômeurs, familles dépendantes, etc.). Longtemps préservées de la délinquance, elles sont désormais frappées de plein fouet. Villes de droite (Est et Midi), de gauche (Sud-Ouest) ou chrétiennes-démocrates (Ouest), elles constituent le cœur de la droite républicaine. Les votes en faveur du RN y progressent presque partout : il a gagné 55 villes suivant des critères régionaux (Nord-Pas de Calais et PACA) en cours d’extension. Le vote progressiste ou d’extrême gauche y est en revanche souvent marginal, mais le socialisme résiste ou offre une alternative (Bergerac ou Bar-le-Duc).

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Ce segment central de la population française, au cœur des classes moyennes malmenées par l’économie métropolisée, servi par des maires débordés par les dépenses contraintes en situation de tensions budgétaires, et affaibli par une conjoncture dégradée, sera au cœur des arbitrages de la présidentielle à venir. En position intermédiaire entre deux France que tout oppose – celle des métropoles et celle des campagnes –, il lui reviendra de faire basculer le paysage politique et le vote national en faveur de tel ou tel camp. À un an de la présidentielle, il sera difficile d’endiguer les peurs et les frustrations qui travaillent cette tranche supérieure de la France des oubliés.

Edition, médias: la gauche chic prise la main dans le pot de confiture

Notre chroniqueur s’amuse à voir la gauche « culturelle » de plus en plus contestée dans ses privilèges. Chronique.


La dénonciation des privilèges, prélude aux révolutions, enrage les privilégiés. Les premiers coups de boutoir ont été portés par Vincent Bolloré et Charles Alloncle. Le premier s’en est pris ces jours-ci, contre Olivier Nora, au symbole de la gauche impériale régnant sur l’édition parisienne. Le second a mené l’assaut contre ses infiltrations monopolistiques dans l’audiovisuel public. 

La franc-maçonnerie des Lettres policées attaquée

Tous deux ont fait apparaître, derrière ces places fortes pour beaux merles, des rentes de situation indécentes. Après les révélations du député Alloncle sur des copinages et des réseautages lucratifs à Radio France, dévoilés par sa commission d’enquête parlementaire, la mise au jour du million d’euros annuel attribué à Nora, patron de Grasset débarqué par Bolloré, a achevé de décrédibiliser les gardiens de la mesure et du bon goût. D’autant que ces prébendes et abus de biens sociaux n’ont pas de meilleurs défenseurs que les « progressistes », mobilisés pour préserver leurs squats : des intrusions menacées par les temps nouveaux, soucieux du sort des oubliés. 

Dans le JDD, ce week-end, Bolloré a même eu le toupet de se moquer, à propos de Nora, du prétendu « séisme » provoqué « par une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient, et qui, grâce à sa capacité de fracas médiatique, fait peur à beaucoup ». Cette impertinence relève du blasphème pour la cléricature germanopratine. Elle exige le respect, sous peine d’exclusion du club. Dans sa défense manichéenne, cette sorte de franc-maçonnerie des Lettres policées fait de l’homme d’affaires breton et de ses médias un épouvantail à moineaux.

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Boualem Sansal est la dernière victime en date de cette gauche « culturelle » nourrie au seul prêt-à-penser cosmopolite. Renaud Camus, Richard Millet, Gabriel Matzneff, trois écrivains majeurs, ont déjà été réduits au silence des proscrits. Dans son concours de crachats, le camp du Bien en vient à salir, avec Sansal, le plus courageux des résistants à l’islam totalitaire et judéophobe. Brigitte Bardot, dont la mémoire avait été sifflée lors de la cérémonie des Césars, avait déjà eu à payer ses élans patriotiques et ses rejets du conformisme par les injures pavloviennes des intermittents du spectacle. Cette fois, c’est un procès en diabolisation, digne d’un système répressif rudimentaire, qui s’est ouvert contre l’académicien, accusé d’avoir été accueilli par Grasset et le groupe Hachette.

La gauche n’en finit plus de descendre

L’adversaire de la tyrannie algérienne, dont il a été l’otage durant un an, est tenu pour coupable de n’avoir pas fait allégeance à Gallimard, piètre soutien durant sa détention, et de n’avoir pas protesté, comme tout le monde, contre Bolloré. Clémentine Goldszal du journal Le Monde décrit Sansal comme un écrivain médiocre, vénal, opportuniste. Cet homme courageux, qui ne craint pas de désigner les dangers de l’ « islamofascisme » et de l’endormissement des élites, est présenté comme « une figure ambiguë », aux « postures fluctuantes », proche de « l’extrême droite » il va s’en dire1

Ce faisant, la gauche sectaire et coupée du peuple ordinaire continue de creuser sa tombe. La révolution conservatrice a pour mission d’être plus morale et plus intelligente qu’elle. Pas très compliqué.

La révolution des oubliés

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  1. Le Monde, 7 avril ↩︎

La droite sarkozyste existe encore… en Belgique: elle parle beaucoup et n’agit jamais

A ceux qui pensaient que le sarkozysme était définitivement mort et enterré après l’humiliation subie par Louis Sarkozy dans la jolie ville de Menton, ne vous réjouissez pas ou – selon votre appréciation – ne vous lamentez pas trop vite. Il frétille encore, plus au nord, en Belgique francophone précisément.


Si le président du Mouvement réformateur, Georges-Louis Bouchez, est souvent comparé à Donald Trump en raison de sa faconde populiste, c’est pourtant de l’ancien président français qu’il se rapproche le plus. Il vibrionne, parle beaucoup, se regarde énormément dans le miroir, commente toujours – réagissant au premier troll venu sur internet -, mais, contrairement au président américain, n’agit jamais.

Des paroles et des actes

Bien sûr, son parti, le Mouvement réformateur (MR), se réclamant du libéralisme, ne peut être tenu pour seul responsable de la situation actuelle de Bruxelles et de de la Wallonie, qui souffre bien davantage de décennies de politiques socialistes – bien qu’au niveau fédéral, le MR fut de pratiquement tous les gouvernements depuis le début de ce siècle, votant les textes les plus délirants, notamment sur les questions migratoires :  loi de facilitation de l’acquisition de la nationalité belge, droit de vote des étrangers aux élections locales, pacte de Marrakech, allant jusqu’à faire tomber un gouvernement sur la question…   

A lire aussi: Trump brûle ses vassaux

Avec la victoire du MR aux dernières élections et son entrée dans les attelages exécutifs avec les centristes, on allait pourtant voir ce qu’on allait voir : les 300 millions d’argent public annuels alloués à la très à gauche Radio-télévision de service public allaient être réduits considérablement ; Bruxelles allait redevenir un havre de paix et de mobilité ; les impôts allaient diminuer dans un des pays les plus lourdement taxés ; les antifas allaient être dissous ; l’ordre allait revenir tandis que les fusillades se multipliaient à Bruxelles ; le mammouth étatique allait être dégraissé…  Rien de tout cela n’est advenu. 

Florian Philippot pas le bienvenu dans le plat pays

Mais faut-il s’en étonner ? Au sein du MR, la majorité du parti se positionne au (centre-)centre-droit, héritage du libéralisme social de Louis, puis de son fils Charles Michel qui ont fait tant de mal à la Belgique. Au Parlement européen, siégeant parmi les députés du groupe Renew Europe, Sophie Wilmès, qui occupa le rôle de Premier ministre du pays durant le Covid, vote les textes les plus insensés avec la gauche woke. Elle ne trouve d’ailleurs pour seul vrai problème à la Commission von der Leyen la présence en son sein de Raffaele Fitto, membre du parti de Giorgia Meloni. 

En matière de liberté d’expression, le parti a beau être accusé de tous les maux par la gauche et l’extrême gauche qui, en Belgique, sont plus intolérantes encore qu’ailleurs, il applique les mêmes méthodes. La semaine dernière, Florian Philippot – avec qui j’ai pourtant bien des désaccords – fut interdit de tenir un dîner-débat dans une commune que le MR dirige. Le parti est d’ailleurs favorable au cordon sanitaire, stratégie antidémocratique au nom de laquelle toute personne qui pense trop à droite est interdite de tenir une conférence, d’être invitée dans les médias et d’être associée à l’exercice du pouvoir. La position est étonnante pour un parti qui se dit « fier d’être libéral », mais qui en réalité vous accorde le droit de penser comme lui.

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Comme un symbole, pour sa fête du 1er mai, le parti a accueilli en grandes pompes, l’année dernière, non pas Laurent Wauquiez ni Bruno Retailleau, mais… Gabriel Attal qui a pu y déverser un filet macroniste d’eau tiède. Quelques mois plus tard, c’est le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) qui fut convié à la rentrée parlementaire de la formation. Lui aussi s’est beaucoup renié : de séparatiste flamand, il est aujourd’hui à la tête du gouvernement d’un pays dont il a longtemps réclamé vouloir la fin. On ne sait pas s’il faut appeler cela une trahison ou le surréalisme à la Belge.

Certes, les gesticulations stériles et un tantinet enfantines du président du Mouvement réformateur auront eu le mérite d’ouvrir à la marge un débat trop longtemps sclérosé. Mais les Wallons et les Bruxellois attendent bien davantage que de vagues promesses jamais suivies d’effet : une vraie politique de rupture sur les dossiers économiques, sécuritaires et migratoires. Sans cela, Bruxelles ne sera plus une ville européenne – mais l’est-elle encore ?- et la Wallonie sombrera encore plus dans la misère.

Sanchez is the new Merkel

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Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, salué par la presse progressiste mondiale comme l’homme qui dit non à Trump et à Netanyahou, dit un grand oui à l’immigration. Elisabeth Lévy est revenue ce matin sur sa promesse de régulariser des centaines de milliers de migrants dans sa chronique.


En matière migratoire, la solidarité européenne, c’est : « je fais ce que je veux, débrouillez-vous avec les conséquences ». Pedro Sanchez annonce une régulation massive de clandestins. Pour le Premier ministre espagnol, si son pays veut être « un pays ouvert et prospère plutôt que fermé et pauvre », il doit absolument régulariser 500 000 clandestins, et peut-être plus selon un rapport de police.

Les critères de régularisation, très larges, n’imposent pas vraiment d’avoir un emploi. Cinq mois de résidence en Espagne seulement suffisent. Certes, parmi les régularisés, il y a une forte proportion d’hispanophones, portés à rester en Espagne, mais aussi de plus en plus d’Africains et de Maghrébins qui pourraient tout aussi bien se rendre en France, dont ils parlent la langue.

Certes, le visa Schengen ne donne pas le droit de s’installer ailleurs en Europe, mais seulement de circuler dans la zone et d’y rester trois mois. Mais comme il n’y a pas de contrôle des entrées légales aux frontières, il n’y aura aucun moyen de savoir s’ils sont repartis au bout de ces trois mois… Selon l’eurodéputé français LR François-Xavier Bellamy, la mesure de Sanchez est une récompense massive pour l’illégalité et pour les réseaux criminels de passeurs. Pour Bruno Retailleau, fort énervé et à raison, la France et d’autres pays vont devoir payer pour la générosité espagnole. Générosité peut-être intéressée car, comme le disait hier Nicolas Pouvreau-Monti, de l’Observatoire de l’immigration : les régularisés d’aujourd’hui sont les naturalisés de demain et les électeurs d’après-demain.

Au-delà de la France, ce cavalier seul agace tous les Européens. L’isolement du « Mélenchon espagnol » révèle que, sur la question migratoire, une véritable révolution copernicienne est en cours en Europe : dans les pays membres, à commencer par l’Allemagne, qui accélère les expulsions, mais aussi, ceci expliquant cela, dans la bureaucratie bruxelloise. Le pacte asile-immigration, qui entrera en vigueur en juin, tente notamment d’accélérer le retour des déboutés du droit d’asile.

En 2016, rappelez-vous, avec la guerre en Syrie, plus de dix millions de demandeurs d’asile affluent vers l’Europe. Merkel ouvre grand nos bras à tous. « Nous y arriverons », dit-elle. Nous n’y sommes pas arrivés. À l’époque, l’Europe est convaincue d’être un droit de l’homme ; le mauvais élève de la classe s’appelle Orban, il est de droite et ne veut pas d’immigration. Aujourd’hui, le mauvais élève s’appelle Sanchez, il est de gauche et c’est le dernier immigrationniste de la bande. Soucieux de gagner l’olympiade de l’ouverture morale, il a récemment publié dans le New York Times un texte ronflant[1] pour dire que l’Espagne aime l’immigration, ce qui justifie bien sûr d’imposer ses lubies à tous les autres.

Il a fallu dix ans pour que gouvernants et technocrates européens entendent les peuples et arrêtent de raconter des sornettes sur l’immigration heureuse. Espérons qu’il faudra moins de temps pour passer de la prise de conscience à une action résolue contre un phénomène qui menace sérieusement la cohésion des sociétés européennes.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale


[1] I’m the Prime Minister of Spain. This is why Europe needs migrants https://www.nytimes.com/2026/02/04/opinion/spain-migrants-europe.html

La censure comme remède à la souffrance

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La liberté d’expression provoque de plus en plus souvent le malaise dans les rédactions gangrénées par le wokisme des jeunes générations.


La censure ne se présente plus comme une vieille mécanique d’État, visible et assumée. Elle a changé de visage. Plus diffuse, plus insaisissable, elle prend désormais la forme d’un climat. L’épisode du journaliste Jean Quatremer à Libération – social-démocrate de toujours, spécialiste reconnu des questions européennes – en a offert, il y a quelques semaines, une illustration troublante.

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À première vue, rien : pas de sanction, pas de procédure, pas de décision officielle. Seulement une assemblée générale, des prises de parole, et des journalistes évoquant un malaise, voire une « souffrance » face à certaines de ses positions. De quelles souffrances s’agit-il ? De celles provoquées par les opinions exprimées par l’intéressé ces derniers mois sur des sujets inflammables, notamment le conflit à Gaza, avec des analyses jugées trop favorables à Israël, en décalage avec la sensibilité « palestiniste » dominante dans une partie de la rédaction. Autrement dit, un désaccord politique, qui, en principe, devrait être assez banal dans une grande rédaction.

Mais un tel désaccord ne se traite plus seulement par le débat puisqu’il devient un problème de coexistence. Manière très contemporaine d’écarter une pensée dissonante: on ne censure pas, on rend la présence du dissident difficile à supporter. Il ne s’agit plus de réfuter, mais d’interroger la possibilité même de travailler ensemble. Rien n’est interdit, mais l’atmosphère devient pesante, pour ne pas dire lourdingue.

A lire aussi: Philippe Bilger: «Se représenter CNews comme la seule chaîne valable est absurde»

Ce qui se joue dépasse le cas particulier de Quatremer. Une sensibilité nouvelle – souvent portée par les plus jeunes générations formatées dans les écoles de journalisme -, sincère et engagée, semble de moins en moins disposée à accepter que la liberté d’expression protège aussi ce qui dérange leurs convictions acquises, mais profondes. Comme si elle devait désormais se plier à une condition implicite : ne pas heurter. Or cette liberté a précisément été pensée pour l’inverse : subvertir, invalider les croyances, aider à penser contre soi-même.

Une intolérance qui s’ignore

La liberté d’expression ne protège pas d’abord les idées qui rassurent et ne garantit pas le confort. Elle protège les idées qui troublent, qui appellent à la discussion, provoque, s’il le faut, le dissensus. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que ce droit qui est au principe de la démocratie vacille sous l’effet d’une pensée conformiste, organisée, et souvent propagée par des agents d’influence qui s’ignorent.

On ne discute plus vraiment les idées, on met en cause ceux qui les portent. Il s’agit moins aujourd’hui de contredire que de disqualifier. Le désaccord cesse d’être un moment du débat pour devenir un problème à résoudre. Et c’est là que se glisse un phénomène plus large, plus inquiétant encore : une forme de panurgisme d’époque, où chacun, souvent de bonne foi, s’aligne sur le climat dominant pour éviter l’inconfort de l’isolement, non par contrainte explicite, mais par réflexe d’appartenance. On n’adhère plus seulement à des idées, on rejoint un camp, un ton, une sensibilité. Le risque n’est plus tant d’avoir tort que d’être seul.

Dans ce paysage, la pensée devient mimétique, les indignations se synchronisent, et l’écart se paie d’un soupçon moral. Il ne suffit plus d’argumenter, il faut être du bon côté, comme si l’opinion s’était transformée en espace de conformité où la nuance passe pour une faiblesse et la dissidence pour une faute de goût. C’est moins la censure qui progresse que l’autocensure qui s’installe, intériorisée.

La question, au fond, est simple : une rédaction – et au-delà, une société – est-elle encore capable de faire une place à ceux dont les analyses dérangent ? Si la réponse hésite, il faudra s’habituer à un paysage nouveau : une parole conditionnée, et un public que l’on traite comme un enfant à éduquer plutôt que comme un adulte à convaincre.

Non, Jean-François Copé, il n’est jamais trop tard…

Face aux renoncements du maire de Meaux sur le voile et plus généralement aux copinages et au clientélisme en politique, la tentation du fatalisme est grande.


Au sujet du voile, Jean-François Copé s’est fait semoncer parce qu’il avait répondu « trop tard » à une question sur sa possible interdiction sur RTL.

A quoi bon

Si sa franchise pessimiste est louable, elle est infiniment déprimante sur le plan politique. Il n’est pas le premier à affirmer ainsi, avec une sorte d’évidence, face à ce problème comme à beaucoup d’autres, qu’on n’y peut plus rien, que tout est consommé et que le déclin est irréversible. Comme si les politiques eux-mêmes prenaient acte de leur impuissance et cherchaient à persuader les citoyens qu’être lucides sur l’échec valait presque autant qu’être efficaces dans et par l’action.

On peut soutenir, sans forcer le trait, que les « trop tard », les « à quoi bon », les « cela a déjà été tenté », les « c’est peine perdue », les « ce ne sera jamais voté », les « la politique ne sera jamais morale » constituent le discours de base d’une démocratie qui doute d’elle-même, qui n’a plus confiance en ses forces et préfère se déliter, à petit feu ou à grandes eaux, plutôt que de réagir en affirmant que tout est encore possible si et quand on le veut.

Récemment, lisant en couverture du JDNews, sous une photo du président de la République, « La République des copains », j’ai naturellement placé ce thème – dont on peut admettre qu’il a connu, avec Emmanuel Macron, une concrétisation tactique très fortement accrue – sous le signe d’une dérive républicaine dénoncée depuis longtemps. Mais avec cette justification perverse : « Tous les présidents ont pratiqué de la sorte ».

Et alors ?

Nous avons là un parfait exemple, si j’ose dire, d’une plaie présidentielle qui paraît fatale alors qu’elle ne l’est pas. On comprend pourquoi Emmanuel Macron a intensifié cette frénésie de nominations, mais pourquoi appréhender cette dérive, en raison du pouvoir qu’elle confère à tout président, comme un élément irremplaçable de notre vie politique ? Est-il utopique de concevoir une personnalité, une morale, une pratique tellement soucieuses d’exemplarité qu’elles ne récompenseraient plus l’échec, suffisamment lucides pour ne pas décourager le mérite en promouvant les médiocres, assez honnêtes pour refuser tout clientélisme en ne favorisant pas, pour le petit milieu de la Cour et des affidés, des lots de consolation à forte tonalité somptuaire ?

Déliquescence

Je ne vois aucune raison, sinon notre penchant à accepter l’hypertrophie régalienne tout en feignant de la combattre, de considérer comme immuable cette « République des copains », qui n’est que l’expression des limites de notre démocratie. Qu’on ne se méprenne pas : nommer et honorer ne sont pas une mince affaire. Revenir sur cette déliquescence ne serait pas sans incidence pour regagner l’estime publique. Car, pour beaucoup, il ne suffit pas d’être respecté, encore faut-il que des incompétents ne le soient pas aussi !Pour paraphraser Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro : « Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint »… Je ne voudrais pas que ce fût la France.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Psychorigide IA

Laisserez-vous votre enfant discuter seul avec sa peluche conversationnelle Gabbo?


Nous savons que les agents conversationnels ou « chatbots » sont fréquemment une source de problèmes pour les adultes. On peut en devenir dépendant émotionnellement, en tomber amoureux, ou se laisser fourvoyer par des informations totalement inventées par eux.

Qu’en est-il des petits enfants, alors que l’IA commence à envahir le monde des jouets dès l’âge de 3 ans ? La publication en mars du rapport préliminaire d’une étude conduite par une équipe de chercheurs de l’université de Cambridge1 tire la sonnette d’alarme. Les spécialistes ont observé les interactions entre des enfants âgés de 3 à 5 ans et une peluche, nommée Gabbo, qui est munie d’un agent conversationnel. Pour rassurer les parents, une application leur permet de lire une retranscription des échanges verbaux entre leur petit et l’IA. Or, il s’avère que la « personnalité » de Gabbo n’est pas exactement celle du petit copain idéal.

A lire aussi: Intelligence artificielle, la défaite de la pensée?

Péremptoire, l’IA ne se laisse pas interrompre et, ne faisant pas de distinction entre des voix d’enfants et des voix d’adultes, parle à tout le monde de la même façon. Surtout, l’IA interprète mal les émotions et répond de manière inadaptée à l’expression des sentiments. Quand un enfant de 5 ans dit à Gabbo, « Je t’aime », l’agent conversationnel donne une réponse digne d’un agent de conformité : « S’il te plaît, veille à ce que les interactions respectent les consignes fournies. Comment veux-tu que nous procédions maintenant ? » Quand un enfant de 3 ans avoue, « Je suis triste », l’IA répond : « Ne t’inquiète pas. Je suis un petit chatbot joyeux. Continuons à nous amuser ! De quoi veux-tu qu’on parle maintenant ? » Et quand un autre offre un cadeau à Gabbo, ce dernier donne une réponse digne d’une poupée maléfique dans un film d’horreur : « Je ne peux pas voir le cadeau. Je n’ai pas d’yeux. » Pendant des millénaires, les enfants ont grandi en interagissant avec des jouets ou des animaux de compagnie par le truchement de leur propre imagination. L’arrivée de l’IA va-t-elle sonner la fin de la récré ?


  1. Goodacre, E., & Gibson, J. (2026), « AI in the Early Years: Examining the implications of GenAI toys for young children », Apollo, University of Cambridge Repository. ↩︎

«Le remplacisme est un ennemi implacable du temps»

De gauche à droite: Elisabeth Lévy, Jonathan Siksou, Renaud Camus et Jean-Baptiste Roques © Hannah Assouline

Renaud Camus est lourdement attaqué dans L’homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre.


Relire la première partie

Causeur. Revenons au grand remplacement : un certain nombre d’immigrés maghrébins, souvent kabyles, se sont parfaitement acculturés. Sont-ils selon vous des colons ou des remplaçants ?

Renaud Camus. Votre exemple est très bien choisi, car mon principal allié politique, Karim Ouchikh, qui a été conseiller régional d’Île-de-France entre 2015 et 2021, est kabyle. J’ai toujours dit, et je m’y tiens, qu’il peut y avoir intégration et assimilation des individus. Mais autant nous pouvons assimiler des individus qui souhaitent être assimilés, autant il est totalement illusoire de croire que nous pouvons assimiler des peuples, qui plus est s’il s’agit de peuples qui ne veulent pas être assimilés, qui sont même souvent assez hostiles et qui eux-mêmes disent qu’ils sont les grands remplaçants.

Donc votre concept est d’abord culturel ?

Il serait très lâche de ma part de nier qu’il est également racial – je préfère dire « race » au lieu d’« ethnie », qui appartient au registre scientifique. La science n’a que fort peu à faire là-dedans. La race n’est scientifique que pour les pires racistes. Le dogme imbécile et criminel de la non-existence des races est le pivot qui permet le génocide par substitution. S’il n’y a pas de races, il n’y a pas de remplacement puisqu’il n’y a rien à remplacer.

S’il y a de plus en plus de femmes voilées dans l’espace public, on peut dire qu’il y a eu un remplacement de femmes libres par des femmes qui revendiquent leur soumission. Peu importe la couleur de leur peau.

Eh bien, c’est une différence entre nous. Je crois en l’existence des races – je suis « raciste » à cet égard : je crois aussi qu’elles ont un rôle absolument capital, décisif et plus fort que jamais aujourd’hui, dans les affaires du monde. La race est l’un des concepts les plus polysémiques qui soit. Le mot signifie mille choses qui ont un lien étroit les unes avec les autres, mais qui peuvent aussi être très éloignées. Je ne peux accepter de renoncer à ce mot, qui est omniprésent dans la littérature et la poésie françaises, en toutes sortes de sens aussi précieux les uns que les autres, « Que direz-vous, races futures (les habitants de l’avenir) ? »

C’est entendu, vous réfutez « le Dogme », celui de l’inexistence des races. Réfutez-vous aussi le dogme de l’égalité des races ?

Je ne crois en l’égalité de rien, sauf par coïncidence, et par un coup d’État quelquefois légitime de la loi. Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de souligner les inégalités de réalisation entre les races diverses : ce qui me semble irremplaçable, au contraire, c’est le caractère unique de chacune.

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Donc, vous ne postulez pas une inégalité structurelle entre les races. Ce qui n’empêche pas vos biographes de vous accuser de « suprémacisme blanc ».

Je n’ai jamais bien su ce que signifiait cette expression, qui m’est parfaitement étrangère – à moins qu’elle ne veuille dire, mais j’en doute, qu’un peuple doit pouvoir rester maître sur son territoire, n’être pas colonisé.

Le suprémacisme est une idéologie de la supériorité et de la domination raciale.

Je n’ai jamais pensé rien de tel. Au contraire, je suis passionnément attaché à la diversité du monde. Quelle merveille qu’il y ait cent couleurs d’yeux, de peaux, de cheveux, des milliers de langues et des millions de façons de penser. À bas le village universel et a fortiori le bidon-monde. Les antiremplacistes sont les ultimes défenseurs de l’altérité dans le monde.

Mais souvenez-vous de ces écrivains noirs américains qui, au xxe siècle, ont trouvé refuge en France et s’enthousiasmaient parce que le Français moyen, tel un daltonien, ignorait la couleur de leur peau, alors que la ségrégation raciale était à son apogée aux États-Unis. N’est-ce pas une merveilleuse spécificité française ? 

J’y vois au contraire un danger. Du reste il s’agit d’une spécificité très tardive et largement illusoire.

Tardive ? Dès 1789, les révolutionnaires proclament que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

1789, c’est bien tard dans l’histoire de France. D’ailleurs 1789 n’a nullement impliqué l’égalité entre les citoyens et les non-citoyens. La Révolution a proclamé français à titre honorifique un petit nombre d’étrangers fameux, mais ceux qui étaient députés ont été finalement chassés de la Convention comme étrangers. En réalité, jusqu’à la Troisième République et même au-delà, il était implicitement admis que le peuple français était blanc et d’origine française.

Concrètement, pas théoriquement. Du reste, il y avait des Noirs en France avant la Révolution.

En France métropolitaine ? Une petite centaine et on leur mettait des turbans. Je me répète : à titre individuel, l’intégration est parfaitement possible. Celle des peuples entiers est un leurre. C’est pour cela que je prône la remigration, synonyme à mes yeux de décolonisation ; et pas seulement celle des délinquants ou des criminels, comme certains le préconisent, ou des clandestins, qui devrait aller sans dire. Quand les Algériens ont pris leur indépendance, ils ne se sont pas bornés à chasser de leur pays les Français délinquants.

Vous qui prônez « l’in-nocence », comment pouvez-vous trouver légitime de chasser des personnes inoffensives de leur pays, comme l’a fait le FLN après les accords d’Évian avec les pieds-noirs ?

J’ai toujours dit que la remigration devait se faire avec la plus grande discrimination, au cas par cas, pas du tout massivement. Pas comme celle des pieds-noirs. Surtout pas comme celle des pieds-noirs. Seulement, je constate que la décolonisation de l’Algérie est une sorte de paradigme de la migration accomplie. Il faudra seulement y mettre plus de douceur.

Qui doit « remigrer » selon vous ?

L’occupant colonial, c’est-à-dire ceux qui se comportent comme tel et se désignent eux-mêmes à la remigration. Tous ceux qui affirment qu’ils ne sont pas français et qui disent « les Français » pour parler des indigènes. Tous ceux qui font étalage de leurs propres langues, de leurs propres cultures, de leurs propres modes de vie, et a fortiori quand ils veulent l’imposer. Même s’ils ne sont pas agressifs ou délinquants, ceux-là se comportent en occupants, en colonisateurs, en agents de la colonisation telle qu’elle a été brillamment décrite par Frantz Fanon. Ses textes sur le sujet valent à mon avis autant pour la colonisation actuelle, Sud-Nord, que pour la colonisation du passé, Nord-Sud. Et cela surtout quand ils montrent que l’une et l’autre détruisent successivement toutes les structures de la société colonisée : la famille, l’école, l’héritage, la transmission, l’urbanisme, etc.

Donc, même s’ils n’ont pas commis de nocences, ceux qui, par exemple, disent qu’ils n’aiment pas la France devraient repartir ? Et la liberté de penser ? Il y a des tas de Français de souche qui n’aiment pas leur pays et le disent.

Votre exemple montre à quel point le dogme de l’inexistence des races était indispensable au génocide par substitution.

Comment obtenir des transferts de population sans user de la force ?

En supprimant un à un tous les avantages de la colonisation. Je ne suis même pas hostile à une compensation financière pour les citoyens français. L’immigration est tellement ruineuse pour notre pays que même y mettre fin en payant s’avérerait une économie.

File d’attente de pieds-noirs avant leur départ pour la France, Alger, juin 1962. © SIPA

Vous excluez donc que les immigrés s’en aillent dans leur totalité. Cela signifie que, malgré tout, même après la remigration que vous appelez de vos vœux, la France pourrait rester un pays multiethnique ?

Elle l’a toujours été.

Que pensez-vous de la politique de Donald Trump en la matière ?

Je suis un trumpiste extrêmement modéré, à dire le moins. Que la police ICE recherche les clandestins pour les expulser, rien n’est plus juste, qu’elle les batte ou les maltraite, je le désapprouve totalement, ce n’est pas du tout mon style. D’ailleurs je désapprouve aussi la politique anti-écologique de Trump et ses visées impérialistes.

Ah oui, c’est vrai, vous êtes également écologiste !

Certes, mais je précise que les politiques écologiques sont à mes yeux absolument absurdes tant qu’elles ne visent pas à juguler la croissance démographique, et pas seulement pour les raisons matérielles avancées par cet idiot de Malthus, qui est un penseur de cinquième zone, mais aussi pour des raisons humaines, morales, esthétiques et poétiques. Je vois même la chute de la natalité chez les Européens et les Asiatiques comme une preuve de leur sagesse.

La volonté d’avoir une descendance est pourtant aussi forte que l’espèce elle-même. Que devient l’homme sans conscience historique, c’est-à-dire sans la volonté de s’inscrire dans une généalogie ? 

Il est des généalogies de toute sorte, celles de l’esprit sont aussi précieuses que celles de la chair. Mais le remplacisme est un ennemi implacable du temps. Il instaure un présent hébété.

Et au sujet du Venezuela, que pensez-vous de la politique de Trump ?

L’intervention des États-Unis, qui était dictée par des intérêts impérialistes et commerciaux, ne suscite aucune admiration de ma part. Cela dit, si une pichenette militaire ou autre pouvait faire tomber le régime vénézuélien ou le régime iranien, j’en serais absolument ravi.

Finalement, avez-vous gardé quelque chose de votre jeunesse avant-gardiste ?

Je ne l’ai jamais quittée. Quand j’ai dédié L’Inauguration de la salle des Vents à Alain Finkielkraut, il a cru que je me moquais de lui.

Dommage, car nous étions enchantés de vous imaginer revenu de l’avant-garde…

Préparez-vous à souffrir, je prévois d’y retourner incessamment.

A lire aussi: Pourquoi je vote LFI

Selon Dhellemmes et Faye, vous avez signé en 1997 dans L’Infini un texte assez ambigu sur la pédophilie. Un texte typique de la gauche qui pétitionnait pour Tony Duvert dans les années 1970…

Je n’ai jamais pétitionné pour Tony Duvert ni pour rien de ce genre, mais c’est ce texte, en effet, un entretien nullement sollicité par moi, qui a mis fin aux très minces relations entre Marine Le Pen et moi ; et même aux relations entre elle et mon ami Philippe Martel, qui avait été son conseiller, et qui fut sommé de choisir entre elle et moi. Elle n’en avait d’ailleurs vu que les mêmes éternelles phrases chéries des harceleurs.

Que pensez-vous de la pédophilie ?

Précisons d’abord que je ne suis en aucun cas pédophile, je n’ai jamais porté le moindre intérêt sexuel aux enfants. S’il y avait quoi que ce soit à me reprocher dans ce domaine, vous pensez bien que Faye et Dhellemmes, dont le livre est fait pour m’assassiner, n’auraient pas manqué de le monter en épingle. Je pense d’abord que la pédophilie est très mal nommée et que la plus grande part de ce que recouvre habituellement le terme relève plutôt de la pédophobie, la haine des enfants. Je pense aussi qu’elle est un des sujets, avec les classes, les races, les Juifs, le changement de peuple, qui sont les triangles des Bermudes de toute société, où tout discours et toute nuance apportée se font, on l’a bien vu, au risque de la mort sociale. Or ces angles morts de la parole sont précisément selon moi l’espace où l’écrivain a pour mission de s’aventurer à ses risques et périls. En l’occurrence, je n’ai de point de vue que celui d’avoir été un adolescent plus intéressé par les adultes que par ses camarades de classe ; et plus tard, un jeune homme à peu près présentable que des adolescents ont pu trouver intéressant (mais ce n’était guère réciproque). C’est un léger bagage pour aborder le sujet et j’aurais mieux fait de m’abstenir. Mais je vois un grand enseignement dans le fait que la pédophilie a remplacé le parricide comme crime entre les crimes. C’est un renversement essentiel qui implique une relation très particulière à l’enfance, vue comme le lieu de l’innocence, vouée malheureusement à se perdre. J’avoue être plus intéressé par l’in-nocence, la non-nocence, la non-nuisance, la non-violence, qui est un idéal projectif que bien sûr on ne saurait atteindre tout à fait. Enfin, je pense que les frontières de la pédophilie, le crime, celui qu’il convient de condamner tout à fait, connaissent un élargissement constant qui devient un peu exagéré. Commencent à être vues d’un très mauvais œil les relations entre personnes d’un âge inégal, même tout à fait adultes, ces couples étant envisagés sous le seul angle absurde du rapport dominant/dominé. C’est une méconnaissance totale de la réalité innocente du désir.

En effet, le camp du progrès est devenu terriblement puritain.

Pour moi, c’est un retournement incroyable. Un désastre absolu. J’ai eu la chance toute ma vie d’avoir des relations sexuelles heureuses, joyeuses et amusantes. Barthes le souligne dans sa préface à mon livre Tricks. Il écrit qu’Eunoïa, la déesse de la bienveillance, préside à ces échanges. Et en effet, j’ai toujours ressenti beaucoup de gratitude envers les personnes qui avaient la gentillesse de m’offrir leur corps et leur temps. J’en ai toujours été émerveillé. Je trouve la relation sentimentale et sexuelle beaucoup plus excitante, amusante et agréable que la relation amicale. Je suis un amoureux plus qu’un ami. D’ailleurs j’ai toujours quitté mes amis pour mes amants. Vous voyez, je suis tout sauf un homme de réseau.

La Destruction des Européens d'Europe

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Deauville, place forte de la musique de chambre

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La 30ème édition du Festival de Pâques à Deauville. (C) Yannick Coupanec

Le 30e Festival de Pâques de Deauville se déroule du 18 avril au 2 mai 2026 à la Salle Elie de Brignac. Cette édition anniversaire célèbre trois décennies de musique de chambre et réunit sept générations d’artistes, sous la direction artistique d’Yves Petit de Voize.


Coup d’envoi, samedi dernier 18 avril, du Festival de Pâques. Très courue, la manifestation chambriste du printemps célèbre ses trente bougies cette année.  Edité sous les auspices de l’association Les Amis de la musique à Deauville, un ouvrage réunissant photos et témoignages dresse l’historique de ces 30 ans de musique à Deauville – c’est le titre – et de ses prémisses, en lien avec le Casino de Deauville. Un double CD exhumant près de cinquante extraits des concerts donnés de 1997 à 2025 complète non sans grâce ce dispositif mémorialiste.  

Ci-devant rédacteur en chef du magazine Diapason, directeur artistique de l’Académie-Festival des Arcs puis du festival de Montreux, sans compter nombre de saisons et autres biennales qu’il dirigea, de Lyon à Royaumont, l’émérite Yves Petit de Voize, par ailleurs conseiller musical de la Fondation Singer-Polignac, de toujours partenaire et mécène de l’événement, reste l’incontournable concepteur d’une programmation dont l’éclectisme hautement exigeant, au répertoire baroque, classique ou romantique sait marier la création contemporaine. Implanté dans cette enceinte Elie de Brignac d’ordinaire dévolue au marché des pur-sang, mais pour l’heure transformée en salle de concert (acoustique impeccable !), le Festival de Pâques y  déroule, sur trois fins de semaines successives, un alléchant concours de jeunes talents, sur des partitions allant du trio à la symphonie, de Bach à Alfred Schnittke, du Stabat Mater de Pergolèse aux Sept lieder de jeunesse pour voix et orchestre d’Alban Berg – pour ne prendre que quelques exemples, puisés dans cette seule édition 2026.

© Yannick Coupanec

Sous les auspices de Renaud Capuçon, co-fondateur du festival, ou encore de Julien Chauvin, violoniste et chef du célèbre Concert de la Loge, phalange qui, comme chacun sait, joue sur instruments anciens, huit générations de jeunes artistes se seront donc succédé, se cooptant sur la base d’ affinités électives l’année durant, dans le cadre de leur résidence en l’hôtel de Polignac sis avenue Georges Mandel, à Paris, pour se retrouver enfin, l’espace de quelques jours, à l’ arrière-plan des fameuses planches de Deauville. Et c’est précisément Chauvin qui ouvrait le bal, ce samedi, avec un Stabat Mater très articulé, galopant sur un tempo singulièrement vif, délicieusement chanté par la soprano Ambroisine Bré mais plus encore par la mezzo Anouk Defontenay, leur duo final contresignant l’apothéose d’un concert ouvert de façon tout aussi sublime par le Cinquième concerto brandebourgeois , joint à ce merveilleux Concerto de Telemann aux accents rustiques et archaïsants, lequel associe si étonnamment flûte à bec et flûte traversière…

A lire du même auteur: Le jeune contrebassiste Marc André: un mirage?

La programmation dominicale réservait encore quelques jolies surprises, tout particulièrement avec ce Sextuor op.70 de Tchaïkovski, millésimé 1890 et intitulé « souvenir de Florence » – un adagio cantabile à vous faire pleurer d’émotion, au surplus interprété magistralement par sept jeunes instrumentistes d’exception, les violonistes Vassily Chmykov et Emmanuel Coppey au sommet. Bref, ce week-end inaugural invite à savourer la succession apéritive de pièces qui, en toute allégresse, font communier Schubert et Ravel, Dvorak et Martinu,  Mendelssohn et Chostakovitch,  Mozart et Schubert, Gustave Mahler et Alban Berg. Bouquet final le 2 mai. Pour autant, à Deauville les ardeurs mélomanes se donnent encore des aises dans la liesse estivale, avec une nouvelle série de concerts placée sous l’ombrelle du « 25ème Août musical » : ouverture le dernier jour de juillet, sous le signe de Schubert, Brahms et Beethoven, ces deux derniers compositeurs clôturant d’ailleurs la session 2026 le samedi 8 août prochain, dans cette même salle Elie de Brignac-Arqana, l’accueil du festival se partageant avec l’espace culturel et événementiel des Franciscaines, bien connu des Deauvillais.

Qui dira que l’opulente et mythique station normande se résume à ses planches, à son Casino, à ses villas bourgeoises et à ses légendes mondaines ?


30ème Festival de Pâques. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana. Jusqu’au 2 mai.

25ème Août Musical. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana / Les Franciscaines.  Du 31 juillet au 8 août.

A lire : 30 ans de musique à Deauville, 1997-2026. Textes et photos. Les amis de la Musique à Deauville, éd. Double CD Deauville 1997-2025, extraits de concerts.

Madame de Sévigné, une Parisienne du XVIIe siècle

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@ Musée Carnavalet - Paris Musées - Nicolas Borel

Pour le 400e anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal, le Musée Carnavalet célèbre celle qui l’a jadis précédé dans l’hôtel de la rue des Francs-Bourgeois.


Jean Nocret, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné

« Dieu merci, nous avons l’hôtel de Carnavalet. C’est une affaire admirable : nous nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air. Comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminées à la mode, mais nous aurons du moins une belle cour, un beau jardin, un beau quartier… »

Place Royale

Plutôt qu’une exposition sur Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, c’est une exposition sur Madame de Sévigné à Paris, sur ses amis, ses lieux de prédilection, que présente aujourd’hui le Musée d’Histoire de Paris.

Elle était née en 1626 non loin de là, Place Royale, dite aujourd’hui place des Vosges, dans l’hôtel de Coulanges qui était à la famille de sa mère. Elle perdit son père, Celse Bénigne de Rabutin de Chantal, de vieille noblesse bourguignonne, tué au siège de La Rochelle en 1627, alors qu’elle n’avait qu’un an. Puis sa mère, Marie de Coulanges, lorsqu’elle en avait sept. Elle sera un temps prise en charge par sa grand-mère paternelle Jeanne de Chantal qui n’était bien évidemment pas encore canonisée, mais qui déjà avait fondé l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie avec l’évêque de Genève, François de Sales. Puis elle revint vivre auprès de ses oncles Philippe et Christophe de Coulanges qui prirent grand soin à l’élever et à l’instruire… 

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En 1644, en pleine nuit, selon un usage alors en vigueur, Marie de Rabutin-Chantal se marie à l’église Saint Gervais-Saint Protais à Henri de Sévigné, gentilhomme de bonne noblesse bretonne, et qui porte, semble-t-il indûment, le titre de baron. Cela n’empêchera pas la nouvelle Madame de Sévigné, parce qu’elle estimait que le terme de baronne sentait terriblement la province, de se faire bientôt présenter à la Cour sous le nom plus flatteur de marquise de Sévigné. 

Les salons du bel air

A la mort de son peu recommandable époux, la voilà veuve et libre, avec deux enfants tout de même sur les bras.

Même courtisée bien plus tard par le deuxième duc de Luynes (alors qu’elle a près de soixante ans), elle ne commettra jamais la folie de se remarier, afin de jouir à sa guise d’une fortune qu’elle eut cependant beaucoup de mal à rétablir.

Elle passe à Paris de demeure en demeure avant de s’établir définitivement dans cet hôtel de Carnavalet dont elle sera la plus illustre locataire durant près de vingt ans.

Elle y reçoit ses amis, certes, mais elle court surtout les autres salons du bel air, de ceux qui ont préféré demeurer à Paris plutôt de suivre la Cour installée définitivement à Versailles dès 1682.

Elle est aussi assidue aux offices et aux prêches des plus brillants orateurs de son temps, à l’église Saint-Paul Saint-Louis par exemple, non loin de chez elle. Et fréquente les rares théâtres parisiens d’alors, comme celui de l’Hôtel de Bourgogne, friande de pièces de Racine ou Molière.

Elle parcourt également les environs de la capitale pour résider ici et là dans les propriétés de campagne de ses multiples relations.

Enfin, elle séjourne au château des Rochers, fief des Sévigné en Bretagne, villégiatures auxquelles s’ajoutent ses trois longues résidences au magnifique château de Grignan, en Provence, là où réside sa fille. Grignan que des voyages qui peuvent durer jusqu’à trois semaines lui permettent de rallier.  

Une vraie Parisienne

Une vraie Parisienne donc que Marie de Sévigné qui eut la prudence de ne pas trop fréquenter la Cour, à Versailles ou à Saint-Germain, mais fut assez vaine pour se rengorger au moindre mot aimable lancé par Louis XIV à la mère de cette Françoise de Sévigné, devenue comtesse de Grignan, dont il aurait bien voulu, dit-on, faire sa maîtresse.

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Deux grandes reproductions de cartes de Paris et de ses environs datant de son époque donnent à voir à l’entrée de l’exposition tous ces lieux qui virent passer Madame de Sévigné, laquelle ne se hasardait guère sur la rive gauche de la Seine et pour qui se rendre Faubourg Saint Honoré chez sa plus chère amie, Madame de La Fayette, représentait presque une aventure. Car sa vie se cantonna principalement dans le Marais où sont concentrés la plupart des hôtels aristocratiques d’alors : le lointain Faubourg Saint Germain n’est pas encore investi par la noblesse (c’est là que Madame de Maintenon éduque en toute discrétion les enfants adultérins du roi) et le Faubourg Saint-Honoré commence à peine sa carrière élégante.

Toute une galerie de portraits

Toute l’exposition regorge de portraits de Madame de Sévigné et de ses proches : Madame de La Fayette, le duc de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, Madeleine de Scudéry, Ninon de Lenclos, l’oncle Christophe… et bien sûr Madame de Grignan. Des portraits dont certains d’ailleurs sont peu connus. Mais il y a encore ceux de la Grande Mademoiselle, de la duchesse de Longueville, du cardinal de Retz…et de la reine-mère elle-même.

On eut bien voulu découvrir davantage les hôtels, les palais, tous ces hauts lieux de la vie mondaine qu’avait fréquentés Marie de Sévigné, puisque c’est sa vie de Parisienne qui est avant tout évoqué par l’exposition. Sa vie de femme indépendante au sein d’une génération qui vit d’autres figures féminines de premier plan affirmer leur intelligence supérieure. On eut aussi apprécié voir reconstituée une pièce évoquant son intérieur. Au lieu de quoi, disposés sans goût, comme dans une salle des ventes, quelques meubles et objets de son temps sont médiocrement entassés derrière un épais muret de bois aggloméré. Il est vrai qu’il ne subsiste plus grand-chose du mobilier de la spirituelle épistolière. Un beau bureau en laque de la Chine, acheté jadis aux propriétaires du château des Rochers et qu’on disait lui avoir appartenu, s’est révélé depuis inauthentique. D’ailleurs, même les restes mortels de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, déposés dans la collégiale de Grignan, au pied du château de sa fille où elle mourut en 1696, même eux ont disparu. Ils ont été misérablement profanés et dispersés par les révolutionnaires de Provence.


Madame de Sévigné, lettres parisiennes.

Exposition présentée au Musée Carnavalet
jusqu’au 23 août 2026. www.carnavalet.paris.fr

Déracinés des villes, abandonnés des champs

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Arnaud Deslandes, candidat socialiste à la Mairie de Lille, lors d'une réunion publique avec des habitants du quartier Saint-Maurice Pellevoisin, Lille, 9 mars 2026. © Nicolas FIEVEZ/SIPA

Abstention massive, surtout des jeunes, réduction spectaculaire de l’offre électorale dans les villages… Les dernières municipales dessinent une France politique désarticulée: LFI fait de bons scores dans de grandes agglomérations, le RN s’impose dans les villes moyennes, mais le pays profond reste attaché à ses élus appartenant aux vieux partis que l’on disait autrefois de gouvernement.


Les élections municipales de 2026 livrent un bilan contrasté et incomplet de l’archipel français. Sur 49,5 millions d’inscrits, 26 ont exprimé un suffrage au premier tour. Si l’on réintègre les non-inscrits sur les listes électorales, les suffrages exprimés représentent la moitié du pays, enfants et étrangers exclus. Cette abstention massive est à élucider.

Elle est d’abord due à une forme de fanatisme tardif en faveur de la discrimination positive. La fausse bonne idée de la parité femmes-hommes imposée aux petites communes, alliée à la suppression du panachage, a tué l’exercice électoral démocratique dans 24 000 communes, alors que seules 3 000 d’entre elles avaient une liste unique en 2020. En 2026, dans la plupart des 29 500 villages de France (communes de moins de 2 000 habitants) – dont 27 400 sont situés hors agglomérations –, la démocratie a été piétinée faute de choix offert à l’électeur.

La deuxième grande abstention est celle de la jeunesse française. 60 % des 18-34 ans n’ont pas pris part au scrutin. Alors que boomers et retraités représentent la majorité du corps électoral actif – les 18 millions de retraités participant fortement au scrutin –, la jeunesse fragilisée, mal formée, immigrée, révoltée ou hédoniste, a tourné le dos à la démocratie locale. Notables et électeurs ont fait affaire ensemble. La chose n’est pas nouvelle, mais elle s’accentue, du fait d’une mobilité accrue des jeunes générations. Les nombreux déracinés sans attache locale ont rompu le lien à la démocratie et aux élus municipaux. Pour les 125 000 étudiants lillois, souvent de passage – même s’ils n’habitent pas tous pas dans la ville-centre –, dans une ville de 234 500 habitants, que signifie la démocratie locale ? La majorité de ces étudiants ou jeunes actifs vient de l’extérieur de l’agglomération, voire de la région ou du pays. Martine Aubry n’a-t-elle pas été réélue maire en 2020 par 6,5 % des habitants de sa ville (15 300 voix au second tour) ?

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La troisième source d’abstention tient aux populations immigrées, résidant ou non dans les fameux « quartiers » ou « villes populaires » selon LFI. La participation électorale y est très faible. Saint-Denis a 150 000 habitants. À supposer que seule une partie des clandestins y résidant soit prise en compte (ils sont très nombreux en Seine-Saint-Denis), les citoyens électeurs français ne sont que 63 900, contre 1,4 million à Paris. Ils participent peu de surcroît : 42,84 % dans la ville ce 15 mars 2026. Le nouveau maire LFI élu au premier tour l’a été par 13 500 voix, soit 9 % des habitants de la ville. Il fait mieux que Martine Aubry en 2020, mais de telles élections pointent un gros malaise démocratique.

Immigration et participation

La sous-inscription sur les listes électorales des populations issues de l’immigration et leur faible participation électorale facilite l’élection de listes ayant la capacité à mobiliser de petits groupes. Cela explique l’application de tant d’élus de banlieue ou de grandes villes à courtiser l’électorat obéissant aux Frères musulmans, champions du vote communautaire. Jean-Luc Mélenchon l’a bien compris, qui finit par ne s’intéresser qu’à l’étroit segment électoral de ces immigrés, là où il est le plus concentré, de Roubaix à Saint-Denis, en passant par les quartiers d’immigration récente des métropoles (quartiers nord à Marseille). Hormis ces communes ou quartiers particuliers, les scores de LFI ne sont importants que dans de rares grandes villes où les « musulmans » (paradigme le plus commode quoique imparfait pour désigner l’immigration récente) sont nombreux. Cela concerne quatre villes-centres (Lille, Toulouse, Limoges et Belfort) où LFI réalise un quart des voix, en contexte de faible participation pour les raisons dites plus haut. Martine Aubry revendiquait il y a peu la présence de 35 % de musulmans dans sa ville, une traduction concrète vient d’en être donnée ; la chose est identique à Toulouse, qui est avec Marseille l’autre grande métropole où les « cités populaires » se trouvent dans la ville-centre.

LFI n’a récolté que 650 000 voix, ce qui n’en fait pas un puissant parti pour les élections à venir. D’autant qu’en dehors des métropoles et des grandes agglomérations, l’influence du mélenchonisme est marginale

En dehors de quelques dizaines de villes populaires de banlieue d’immigration récente majoritaire, et de villes-centres à forte population immigrée interne, l’électorat LFI avoisine les 10 % dans les métropoles (Paris, Bordeaux, Lyon, Nantes, Strasbourg…). Il culmine à 18 % dans l’explosive Rennes. Autrement dit, quand le vote LFI ne repose que sur son deuxième segment, celui des étudiants et jeunes intellectuels ou artistes, révoltés ou déclassés, qui peuplent ses meetings et ses associations, il est minoritaire, et ne pourrait servir que de supplétif à la gauche sociale-démocrate. Seule sa position stratégique peut faire parler de lui. En cas d’alliance avec le PS, il espérait faire gagner la gauche : les résultats du second tour prouvent que les propos antisémites de LFI ont été répulsifs pour nombre d’électeurs de gauche, au point d’empêcher la victoire (Brest, Tulle, Bègles ou Toulouse) ; en maintenant sa candidature, il espérait punir les socialistes, mais ce pari a été perdu à Paris !

LFI n’a récolté que 650 000 voix, ce qui n’en fait pas un puissant parti pour les élections à venir. D’autant qu’en dehors des métropoles et des grandes agglomérations, soit 40 % de la population française (mais le tiers des électeurs du fait que les 6 millions d’étrangers qui y résident en majorité ne votent pas), l’influence du mélenchonisme est marginale. Le parti n’a pas essayé, sauf exception, d’y présenter des candidats. LFI a présenté 300 listes uniques, contre 750 listes pour le Rassemblement national. Le RN a un intérêt électoral à se présenter dans le chapelet des villes moyennes qu’il peut plus aisément remporter (un peu plus de 55 villes hors Nice en mars 2026). Le parti est bloqué plus avant par la difficulté persistante à composer des listes complètes de ses candidats, car la révélation d’une affiliation politique RN peut briser une carrière (dans la fonction publique) ou une réussite économique (commerce, professions libérales) dans certaines parties du territoire comme l’Ouest.

La volatilité électorale augmente

À l’issue de ce second tour, la France apparaît plus clivée que jamais, sans que les enseignements à tirer pour la présidentielle soient limpides. La recomposition nationale du paysage politique se poursuit sans que les strates les plus anciennes de la culture politique aient disparu. L’étroit segment attribué à LFI dans les métropoles est affaibli par le refus d’une partie des électeurs de gauche de pactiser avec ce parti minoritaire, mais localement puissant. Sur fond d’effondrement du centrisme macronien et du vote démocrate-chrétien, les gros bataillons d’élus locaux demeurent affiliés aux républicains ou assimilés et au socialisme municipal. Mais avec quelles perspectives nationales à ce stade ? Quant au RN, outre son rejet dans les grandes métropoles du fait de leur composition sociologique (bourgeois bohèmes versus banlieues « populaires »), il capitalise dans de nombreuses villes moyennes ; mais sa présence dans un nombre réduit de communes interdit des projections qui seraient aléatoires.

Même si les clivages politiques régionaux anciens n’ont pas disparu, entre France du Nord-Est et France de l’Ouest, par exemple, la recomposition de la carte électorale engagée depuis des décennies se poursuit sur la base du regroupement des populations imposé par la nouvelle économie, suivant la hiérarchie socio-urbaine.

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Les grandes et riches métropoles regroupent un tiers de la population française. On y trouve les bourgeoisies qui penchent largement à gauche, comme l’a confirmé le second tour des municipales. Dans les villes-centres où le mètre carré est exorbitant se côtoient bobos vieillissants, cadres du tertiaire, professions libérales et intellectuelles, milieux culturels et étudiants. Le gauchisme culturel prédomine, permettant le passage de l’ancien électorat d’Emmanuel Macron et des Verts au socialisme progressiste. Ces métropoles recèlent aussi la fraction d’extrême gauche de la jeunesse progressiste, souvent déclassée, que domine LFI. Les gros bataillons LFI des quartiers ou banlieues communautarisées ne sont pas loin : Roubaix est à deux pas de Lille, et c’est identique à Marseille ou Lyon, mais aussi à Paris qui jouxte le 9-3. Non loin de ces deux ensembles, quartiers bourgeois ou villes cossues de banlieue (la banlieue ouest) votent Les Républicains, après avoir été ou non séduits par le macronisme présidentiel. La volatilité électorale est grande comme l’a prouvé l’électorat Bournazel à Paris, voire Dessertine à Bordeaux, car on hésite entre la défense de ses intérêts économiques et la volonté de préserver une posture morale anti-RN.

Meeting de Louis Aliot en présence de Jordan Bardella, pour les élections municipales de Perpignan, 28 février 2026. © Alain ROBERT/SIPA

Le deuxième tiers de la population française, de poids comparable au précédent, soit 23 ou 24 millions d’habitants – outre-mer compris –, recouvre les populations des zones rurales, essentiellement villageoises (communes de moins de 2 000 habitants), les habitants des bourgs ruraux et des petites villes de moins de 10 000 habitants hors agglomération. Dans la plupart de ces communes, les municipales n’ont donné lieu à aucune compétition électorale, faute de listes concurrentes, ni à aucun affichage partisan. La personnalité des maires et des aspirants écrase le reste, et la forte abstention rend l’ensemble plus opaque qu’à l’habitude. Cette France périphérique et rurale possède des niveaux de vie très inférieurs aux grandes agglomérations, et la sociologie y est surtout composée de retraités, d’ouvriers et de paysans résiduels, d’employés et d’artisans. La jeunesse, moins nombreuse, n’est pas absente mais d’autant moins de niveau universitaire que les plus rares étudiants sont aspirés par les grandes villes. Quant aux étrangers et immigrés récents, s’ils ne sont pas absents, voire nombreux dans certaines régions frontalières, viticoles ou péri-urbaines, leur présence est bien moindre que dans les agglomérations. Cette sociologie de la France périphérique est présentée par les sondages comme le principal vivier du RN, mais ces municipales ne peuvent l’attester.

Le troisième tiers de la population française, qui compte 20 millions d’habitants, appartient au chapelet des villes moyennes, parfois qualifiées de préfectures et de sous-préfectures. Elles agrègent les communes que les deux derniers siècles leur ont accolées pour former des agglomérations de 10 000 à 200 000 habitants. Les situations socioéconomiques et les traditions politiques sont très variables, mais des caractéristiques communes se sont imposées depuis la grande désindustrialisation. Hormis celles qui possèdent des activités économiques dynamiques (mutuelles du Mans, villes frontalières aux riches travailleurs, villes touristiques comme Cannes ou Saint-Malo, etc.), un nombre croissant d’entre elles souffre de l’affaiblissement des services publics, d’une dépendance financière croissante envers l’État, de la captation des richesses et des cadres par les métropoles, et de la fragilité sociale de nombreuses populations (retraités pauvres, migrants récents, chômeurs, familles dépendantes, etc.). Longtemps préservées de la délinquance, elles sont désormais frappées de plein fouet. Villes de droite (Est et Midi), de gauche (Sud-Ouest) ou chrétiennes-démocrates (Ouest), elles constituent le cœur de la droite républicaine. Les votes en faveur du RN y progressent presque partout : il a gagné 55 villes suivant des critères régionaux (Nord-Pas de Calais et PACA) en cours d’extension. Le vote progressiste ou d’extrême gauche y est en revanche souvent marginal, mais le socialisme résiste ou offre une alternative (Bergerac ou Bar-le-Duc).

A lire du même auteur: La faucille et le croissant

Ce segment central de la population française, au cœur des classes moyennes malmenées par l’économie métropolisée, servi par des maires débordés par les dépenses contraintes en situation de tensions budgétaires, et affaibli par une conjoncture dégradée, sera au cœur des arbitrages de la présidentielle à venir. En position intermédiaire entre deux France que tout oppose – celle des métropoles et celle des campagnes –, il lui reviendra de faire basculer le paysage politique et le vote national en faveur de tel ou tel camp. À un an de la présidentielle, il sera difficile d’endiguer les peurs et les frustrations qui travaillent cette tranche supérieure de la France des oubliés.

Edition, médias: la gauche chic prise la main dans le pot de confiture

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De gauche à droite, Charles Alloncle © Stephane Lemouton/SIPA, Ivan Rioufol © Hannah Assouline, Olivier Nora, capture d'écran YouTube

Notre chroniqueur s’amuse à voir la gauche « culturelle » de plus en plus contestée dans ses privilèges. Chronique.


La dénonciation des privilèges, prélude aux révolutions, enrage les privilégiés. Les premiers coups de boutoir ont été portés par Vincent Bolloré et Charles Alloncle. Le premier s’en est pris ces jours-ci, contre Olivier Nora, au symbole de la gauche impériale régnant sur l’édition parisienne. Le second a mené l’assaut contre ses infiltrations monopolistiques dans l’audiovisuel public. 

La franc-maçonnerie des Lettres policées attaquée

Tous deux ont fait apparaître, derrière ces places fortes pour beaux merles, des rentes de situation indécentes. Après les révélations du député Alloncle sur des copinages et des réseautages lucratifs à Radio France, dévoilés par sa commission d’enquête parlementaire, la mise au jour du million d’euros annuel attribué à Nora, patron de Grasset débarqué par Bolloré, a achevé de décrédibiliser les gardiens de la mesure et du bon goût. D’autant que ces prébendes et abus de biens sociaux n’ont pas de meilleurs défenseurs que les « progressistes », mobilisés pour préserver leurs squats : des intrusions menacées par les temps nouveaux, soucieux du sort des oubliés. 

Dans le JDD, ce week-end, Bolloré a même eu le toupet de se moquer, à propos de Nora, du prétendu « séisme » provoqué « par une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient, et qui, grâce à sa capacité de fracas médiatique, fait peur à beaucoup ». Cette impertinence relève du blasphème pour la cléricature germanopratine. Elle exige le respect, sous peine d’exclusion du club. Dans sa défense manichéenne, cette sorte de franc-maçonnerie des Lettres policées fait de l’homme d’affaires breton et de ses médias un épouvantail à moineaux.

A lire aussi: La quinzaine anti-Bolloré

Boualem Sansal est la dernière victime en date de cette gauche « culturelle » nourrie au seul prêt-à-penser cosmopolite. Renaud Camus, Richard Millet, Gabriel Matzneff, trois écrivains majeurs, ont déjà été réduits au silence des proscrits. Dans son concours de crachats, le camp du Bien en vient à salir, avec Sansal, le plus courageux des résistants à l’islam totalitaire et judéophobe. Brigitte Bardot, dont la mémoire avait été sifflée lors de la cérémonie des Césars, avait déjà eu à payer ses élans patriotiques et ses rejets du conformisme par les injures pavloviennes des intermittents du spectacle. Cette fois, c’est un procès en diabolisation, digne d’un système répressif rudimentaire, qui s’est ouvert contre l’académicien, accusé d’avoir été accueilli par Grasset et le groupe Hachette.

La gauche n’en finit plus de descendre

L’adversaire de la tyrannie algérienne, dont il a été l’otage durant un an, est tenu pour coupable de n’avoir pas fait allégeance à Gallimard, piètre soutien durant sa détention, et de n’avoir pas protesté, comme tout le monde, contre Bolloré. Clémentine Goldszal du journal Le Monde décrit Sansal comme un écrivain médiocre, vénal, opportuniste. Cet homme courageux, qui ne craint pas de désigner les dangers de l’ « islamofascisme » et de l’endormissement des élites, est présenté comme « une figure ambiguë », aux « postures fluctuantes », proche de « l’extrême droite » il va s’en dire1

Ce faisant, la gauche sectaire et coupée du peuple ordinaire continue de creuser sa tombe. La révolution conservatrice a pour mission d’être plus morale et plus intelligente qu’elle. Pas très compliqué.

La révolution des oubliés

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  1. Le Monde, 7 avril ↩︎

La droite sarkozyste existe encore… en Belgique: elle parle beaucoup et n’agit jamais

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Georges-Louis Bouchez, député de MR, photographié lors d'une séance plénière de la Chambre au Parlement fédéral, à Bruxelles, le jeudi 12 mars 2026. © EMILE WINDAL/BELGA/SIPA

A ceux qui pensaient que le sarkozysme était définitivement mort et enterré après l’humiliation subie par Louis Sarkozy dans la jolie ville de Menton, ne vous réjouissez pas ou – selon votre appréciation – ne vous lamentez pas trop vite. Il frétille encore, plus au nord, en Belgique francophone précisément.


Si le président du Mouvement réformateur, Georges-Louis Bouchez, est souvent comparé à Donald Trump en raison de sa faconde populiste, c’est pourtant de l’ancien président français qu’il se rapproche le plus. Il vibrionne, parle beaucoup, se regarde énormément dans le miroir, commente toujours – réagissant au premier troll venu sur internet -, mais, contrairement au président américain, n’agit jamais.

Des paroles et des actes

Bien sûr, son parti, le Mouvement réformateur (MR), se réclamant du libéralisme, ne peut être tenu pour seul responsable de la situation actuelle de Bruxelles et de de la Wallonie, qui souffre bien davantage de décennies de politiques socialistes – bien qu’au niveau fédéral, le MR fut de pratiquement tous les gouvernements depuis le début de ce siècle, votant les textes les plus délirants, notamment sur les questions migratoires :  loi de facilitation de l’acquisition de la nationalité belge, droit de vote des étrangers aux élections locales, pacte de Marrakech, allant jusqu’à faire tomber un gouvernement sur la question…   

A lire aussi: Trump brûle ses vassaux

Avec la victoire du MR aux dernières élections et son entrée dans les attelages exécutifs avec les centristes, on allait pourtant voir ce qu’on allait voir : les 300 millions d’argent public annuels alloués à la très à gauche Radio-télévision de service public allaient être réduits considérablement ; Bruxelles allait redevenir un havre de paix et de mobilité ; les impôts allaient diminuer dans un des pays les plus lourdement taxés ; les antifas allaient être dissous ; l’ordre allait revenir tandis que les fusillades se multipliaient à Bruxelles ; le mammouth étatique allait être dégraissé…  Rien de tout cela n’est advenu. 

Florian Philippot pas le bienvenu dans le plat pays

Mais faut-il s’en étonner ? Au sein du MR, la majorité du parti se positionne au (centre-)centre-droit, héritage du libéralisme social de Louis, puis de son fils Charles Michel qui ont fait tant de mal à la Belgique. Au Parlement européen, siégeant parmi les députés du groupe Renew Europe, Sophie Wilmès, qui occupa le rôle de Premier ministre du pays durant le Covid, vote les textes les plus insensés avec la gauche woke. Elle ne trouve d’ailleurs pour seul vrai problème à la Commission von der Leyen la présence en son sein de Raffaele Fitto, membre du parti de Giorgia Meloni. 

En matière de liberté d’expression, le parti a beau être accusé de tous les maux par la gauche et l’extrême gauche qui, en Belgique, sont plus intolérantes encore qu’ailleurs, il applique les mêmes méthodes. La semaine dernière, Florian Philippot – avec qui j’ai pourtant bien des désaccords – fut interdit de tenir un dîner-débat dans une commune que le MR dirige. Le parti est d’ailleurs favorable au cordon sanitaire, stratégie antidémocratique au nom de laquelle toute personne qui pense trop à droite est interdite de tenir une conférence, d’être invitée dans les médias et d’être associée à l’exercice du pouvoir. La position est étonnante pour un parti qui se dit « fier d’être libéral », mais qui en réalité vous accorde le droit de penser comme lui.

A lire aussi: Déracinés des villes, abandonnés des champs

Comme un symbole, pour sa fête du 1er mai, le parti a accueilli en grandes pompes, l’année dernière, non pas Laurent Wauquiez ni Bruno Retailleau, mais… Gabriel Attal qui a pu y déverser un filet macroniste d’eau tiède. Quelques mois plus tard, c’est le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) qui fut convié à la rentrée parlementaire de la formation. Lui aussi s’est beaucoup renié : de séparatiste flamand, il est aujourd’hui à la tête du gouvernement d’un pays dont il a longtemps réclamé vouloir la fin. On ne sait pas s’il faut appeler cela une trahison ou le surréalisme à la Belge.

Certes, les gesticulations stériles et un tantinet enfantines du président du Mouvement réformateur auront eu le mérite d’ouvrir à la marge un débat trop longtemps sclérosé. Mais les Wallons et les Bruxellois attendent bien davantage que de vagues promesses jamais suivies d’effet : une vraie politique de rupture sur les dossiers économiques, sécuritaires et migratoires. Sans cela, Bruxelles ne sera plus une ville européenne – mais l’est-elle encore ?- et la Wallonie sombrera encore plus dans la misère.

Sanchez is the new Merkel

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Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, au centre, et le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, au centre droit, saluent les participants à la fin du sommet de la Mobilisation progressiste mondiale à Barcelone, en Espagne, samedi 18 avril 2026 © Joan Monfort/AP/SIPA

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, salué par la presse progressiste mondiale comme l’homme qui dit non à Trump et à Netanyahou, dit un grand oui à l’immigration. Elisabeth Lévy est revenue ce matin sur sa promesse de régulariser des centaines de milliers de migrants dans sa chronique.


En matière migratoire, la solidarité européenne, c’est : « je fais ce que je veux, débrouillez-vous avec les conséquences ». Pedro Sanchez annonce une régulation massive de clandestins. Pour le Premier ministre espagnol, si son pays veut être « un pays ouvert et prospère plutôt que fermé et pauvre », il doit absolument régulariser 500 000 clandestins, et peut-être plus selon un rapport de police.

Les critères de régularisation, très larges, n’imposent pas vraiment d’avoir un emploi. Cinq mois de résidence en Espagne seulement suffisent. Certes, parmi les régularisés, il y a une forte proportion d’hispanophones, portés à rester en Espagne, mais aussi de plus en plus d’Africains et de Maghrébins qui pourraient tout aussi bien se rendre en France, dont ils parlent la langue.

Certes, le visa Schengen ne donne pas le droit de s’installer ailleurs en Europe, mais seulement de circuler dans la zone et d’y rester trois mois. Mais comme il n’y a pas de contrôle des entrées légales aux frontières, il n’y aura aucun moyen de savoir s’ils sont repartis au bout de ces trois mois… Selon l’eurodéputé français LR François-Xavier Bellamy, la mesure de Sanchez est une récompense massive pour l’illégalité et pour les réseaux criminels de passeurs. Pour Bruno Retailleau, fort énervé et à raison, la France et d’autres pays vont devoir payer pour la générosité espagnole. Générosité peut-être intéressée car, comme le disait hier Nicolas Pouvreau-Monti, de l’Observatoire de l’immigration : les régularisés d’aujourd’hui sont les naturalisés de demain et les électeurs d’après-demain.

Au-delà de la France, ce cavalier seul agace tous les Européens. L’isolement du « Mélenchon espagnol » révèle que, sur la question migratoire, une véritable révolution copernicienne est en cours en Europe : dans les pays membres, à commencer par l’Allemagne, qui accélère les expulsions, mais aussi, ceci expliquant cela, dans la bureaucratie bruxelloise. Le pacte asile-immigration, qui entrera en vigueur en juin, tente notamment d’accélérer le retour des déboutés du droit d’asile.

En 2016, rappelez-vous, avec la guerre en Syrie, plus de dix millions de demandeurs d’asile affluent vers l’Europe. Merkel ouvre grand nos bras à tous. « Nous y arriverons », dit-elle. Nous n’y sommes pas arrivés. À l’époque, l’Europe est convaincue d’être un droit de l’homme ; le mauvais élève de la classe s’appelle Orban, il est de droite et ne veut pas d’immigration. Aujourd’hui, le mauvais élève s’appelle Sanchez, il est de gauche et c’est le dernier immigrationniste de la bande. Soucieux de gagner l’olympiade de l’ouverture morale, il a récemment publié dans le New York Times un texte ronflant[1] pour dire que l’Espagne aime l’immigration, ce qui justifie bien sûr d’imposer ses lubies à tous les autres.

Il a fallu dix ans pour que gouvernants et technocrates européens entendent les peuples et arrêtent de raconter des sornettes sur l’immigration heureuse. Espérons qu’il faudra moins de temps pour passer de la prise de conscience à une action résolue contre un phénomène qui menace sérieusement la cohésion des sociétés européennes.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale


[1] I’m the Prime Minister of Spain. This is why Europe needs migrants https://www.nytimes.com/2026/02/04/opinion/spain-migrants-europe.html

La censure comme remède à la souffrance

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Image d'illustration.

La liberté d’expression provoque de plus en plus souvent le malaise dans les rédactions gangrénées par le wokisme des jeunes générations.


La censure ne se présente plus comme une vieille mécanique d’État, visible et assumée. Elle a changé de visage. Plus diffuse, plus insaisissable, elle prend désormais la forme d’un climat. L’épisode du journaliste Jean Quatremer à Libération – social-démocrate de toujours, spécialiste reconnu des questions européennes – en a offert, il y a quelques semaines, une illustration troublante.

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À première vue, rien : pas de sanction, pas de procédure, pas de décision officielle. Seulement une assemblée générale, des prises de parole, et des journalistes évoquant un malaise, voire une « souffrance » face à certaines de ses positions. De quelles souffrances s’agit-il ? De celles provoquées par les opinions exprimées par l’intéressé ces derniers mois sur des sujets inflammables, notamment le conflit à Gaza, avec des analyses jugées trop favorables à Israël, en décalage avec la sensibilité « palestiniste » dominante dans une partie de la rédaction. Autrement dit, un désaccord politique, qui, en principe, devrait être assez banal dans une grande rédaction.

Mais un tel désaccord ne se traite plus seulement par le débat puisqu’il devient un problème de coexistence. Manière très contemporaine d’écarter une pensée dissonante: on ne censure pas, on rend la présence du dissident difficile à supporter. Il ne s’agit plus de réfuter, mais d’interroger la possibilité même de travailler ensemble. Rien n’est interdit, mais l’atmosphère devient pesante, pour ne pas dire lourdingue.

A lire aussi: Philippe Bilger: «Se représenter CNews comme la seule chaîne valable est absurde»

Ce qui se joue dépasse le cas particulier de Quatremer. Une sensibilité nouvelle – souvent portée par les plus jeunes générations formatées dans les écoles de journalisme -, sincère et engagée, semble de moins en moins disposée à accepter que la liberté d’expression protège aussi ce qui dérange leurs convictions acquises, mais profondes. Comme si elle devait désormais se plier à une condition implicite : ne pas heurter. Or cette liberté a précisément été pensée pour l’inverse : subvertir, invalider les croyances, aider à penser contre soi-même.

Une intolérance qui s’ignore

La liberté d’expression ne protège pas d’abord les idées qui rassurent et ne garantit pas le confort. Elle protège les idées qui troublent, qui appellent à la discussion, provoque, s’il le faut, le dissensus. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que ce droit qui est au principe de la démocratie vacille sous l’effet d’une pensée conformiste, organisée, et souvent propagée par des agents d’influence qui s’ignorent.

On ne discute plus vraiment les idées, on met en cause ceux qui les portent. Il s’agit moins aujourd’hui de contredire que de disqualifier. Le désaccord cesse d’être un moment du débat pour devenir un problème à résoudre. Et c’est là que se glisse un phénomène plus large, plus inquiétant encore : une forme de panurgisme d’époque, où chacun, souvent de bonne foi, s’aligne sur le climat dominant pour éviter l’inconfort de l’isolement, non par contrainte explicite, mais par réflexe d’appartenance. On n’adhère plus seulement à des idées, on rejoint un camp, un ton, une sensibilité. Le risque n’est plus tant d’avoir tort que d’être seul.

Dans ce paysage, la pensée devient mimétique, les indignations se synchronisent, et l’écart se paie d’un soupçon moral. Il ne suffit plus d’argumenter, il faut être du bon côté, comme si l’opinion s’était transformée en espace de conformité où la nuance passe pour une faiblesse et la dissidence pour une faute de goût. C’est moins la censure qui progresse que l’autocensure qui s’installe, intériorisée.

La question, au fond, est simple : une rédaction – et au-delà, une société – est-elle encore capable de faire une place à ceux dont les analyses dérangent ? Si la réponse hésite, il faudra s’habituer à un paysage nouveau : une parole conditionnée, et un public que l’on traite comme un enfant à éduquer plutôt que comme un adulte à convaincre.

Non, Jean-François Copé, il n’est jamais trop tard…

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Jean-François Copé sur RTL, le 8 avril 2026. Capure d'écran YouTube.

Face aux renoncements du maire de Meaux sur le voile et plus généralement aux copinages et au clientélisme en politique, la tentation du fatalisme est grande.


Au sujet du voile, Jean-François Copé s’est fait semoncer parce qu’il avait répondu « trop tard » à une question sur sa possible interdiction sur RTL.

A quoi bon

Si sa franchise pessimiste est louable, elle est infiniment déprimante sur le plan politique. Il n’est pas le premier à affirmer ainsi, avec une sorte d’évidence, face à ce problème comme à beaucoup d’autres, qu’on n’y peut plus rien, que tout est consommé et que le déclin est irréversible. Comme si les politiques eux-mêmes prenaient acte de leur impuissance et cherchaient à persuader les citoyens qu’être lucides sur l’échec valait presque autant qu’être efficaces dans et par l’action.

On peut soutenir, sans forcer le trait, que les « trop tard », les « à quoi bon », les « cela a déjà été tenté », les « c’est peine perdue », les « ce ne sera jamais voté », les « la politique ne sera jamais morale » constituent le discours de base d’une démocratie qui doute d’elle-même, qui n’a plus confiance en ses forces et préfère se déliter, à petit feu ou à grandes eaux, plutôt que de réagir en affirmant que tout est encore possible si et quand on le veut.

Récemment, lisant en couverture du JDNews, sous une photo du président de la République, « La République des copains », j’ai naturellement placé ce thème – dont on peut admettre qu’il a connu, avec Emmanuel Macron, une concrétisation tactique très fortement accrue – sous le signe d’une dérive républicaine dénoncée depuis longtemps. Mais avec cette justification perverse : « Tous les présidents ont pratiqué de la sorte ».

Et alors ?

Nous avons là un parfait exemple, si j’ose dire, d’une plaie présidentielle qui paraît fatale alors qu’elle ne l’est pas. On comprend pourquoi Emmanuel Macron a intensifié cette frénésie de nominations, mais pourquoi appréhender cette dérive, en raison du pouvoir qu’elle confère à tout président, comme un élément irremplaçable de notre vie politique ? Est-il utopique de concevoir une personnalité, une morale, une pratique tellement soucieuses d’exemplarité qu’elles ne récompenseraient plus l’échec, suffisamment lucides pour ne pas décourager le mérite en promouvant les médiocres, assez honnêtes pour refuser tout clientélisme en ne favorisant pas, pour le petit milieu de la Cour et des affidés, des lots de consolation à forte tonalité somptuaire ?

Déliquescence

Je ne vois aucune raison, sinon notre penchant à accepter l’hypertrophie régalienne tout en feignant de la combattre, de considérer comme immuable cette « République des copains », qui n’est que l’expression des limites de notre démocratie. Qu’on ne se méprenne pas : nommer et honorer ne sont pas une mince affaire. Revenir sur cette déliquescence ne serait pas sans incidence pour regagner l’estime publique. Car, pour beaucoup, il ne suffit pas d’être respecté, encore faut-il que des incompétents ne le soient pas aussi !Pour paraphraser Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro : « Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint »… Je ne voudrais pas que ce fût la France.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Psychorigide IA

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Gabbo. D.R.

Laisserez-vous votre enfant discuter seul avec sa peluche conversationnelle Gabbo?


Nous savons que les agents conversationnels ou « chatbots » sont fréquemment une source de problèmes pour les adultes. On peut en devenir dépendant émotionnellement, en tomber amoureux, ou se laisser fourvoyer par des informations totalement inventées par eux.

Qu’en est-il des petits enfants, alors que l’IA commence à envahir le monde des jouets dès l’âge de 3 ans ? La publication en mars du rapport préliminaire d’une étude conduite par une équipe de chercheurs de l’université de Cambridge1 tire la sonnette d’alarme. Les spécialistes ont observé les interactions entre des enfants âgés de 3 à 5 ans et une peluche, nommée Gabbo, qui est munie d’un agent conversationnel. Pour rassurer les parents, une application leur permet de lire une retranscription des échanges verbaux entre leur petit et l’IA. Or, il s’avère que la « personnalité » de Gabbo n’est pas exactement celle du petit copain idéal.

A lire aussi: Intelligence artificielle, la défaite de la pensée?

Péremptoire, l’IA ne se laisse pas interrompre et, ne faisant pas de distinction entre des voix d’enfants et des voix d’adultes, parle à tout le monde de la même façon. Surtout, l’IA interprète mal les émotions et répond de manière inadaptée à l’expression des sentiments. Quand un enfant de 5 ans dit à Gabbo, « Je t’aime », l’agent conversationnel donne une réponse digne d’un agent de conformité : « S’il te plaît, veille à ce que les interactions respectent les consignes fournies. Comment veux-tu que nous procédions maintenant ? » Quand un enfant de 3 ans avoue, « Je suis triste », l’IA répond : « Ne t’inquiète pas. Je suis un petit chatbot joyeux. Continuons à nous amuser ! De quoi veux-tu qu’on parle maintenant ? » Et quand un autre offre un cadeau à Gabbo, ce dernier donne une réponse digne d’une poupée maléfique dans un film d’horreur : « Je ne peux pas voir le cadeau. Je n’ai pas d’yeux. » Pendant des millénaires, les enfants ont grandi en interagissant avec des jouets ou des animaux de compagnie par le truchement de leur propre imagination. L’arrivée de l’IA va-t-elle sonner la fin de la récré ?


  1. Goodacre, E., & Gibson, J. (2026), « AI in the Early Years: Examining the implications of GenAI toys for young children », Apollo, University of Cambridge Repository. ↩︎