Pour le 400e anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal, le Musée Carnavalet célèbre celle qui l’a jadis précédé dans l’hôtel de la rue des Francs-Bourgeois.

« Dieu merci, nous avons l’hôtel de Carnavalet. C’est une affaire admirable : nous nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air. Comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminées à la mode, mais nous aurons du moins une belle cour, un beau jardin, un beau quartier… »
Place Royale
Plutôt qu’une exposition sur Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, c’est une exposition sur Madame de Sévigné à Paris, sur ses amis, ses lieux de prédilection, que présente aujourd’hui le Musée d’Histoire de Paris.
Elle était née en 1626 non loin de là, Place Royale, dite aujourd’hui place des Vosges, dans l’hôtel de Coulanges qui était à la famille de sa mère. Elle perdit son père, Celse Bénigne de Rabutin de Chantal, de vieille noblesse bourguignonne, tué au siège de La Rochelle en 1627, alors qu’elle n’avait qu’un an. Puis sa mère, Marie de Coulanges, lorsqu’elle en avait sept. Elle sera un temps prise en charge par sa grand-mère paternelle Jeanne de Chantal qui n’était bien évidemment pas encore canonisée, mais qui déjà avait fondé l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie avec l’évêque de Genève, François de Sales. Puis elle revint vivre auprès de ses oncles Philippe et Christophe de Coulanges qui prirent grand soin à l’élever et à l’instruire…
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En 1644, en pleine nuit, selon un usage alors en vigueur, Marie de Rabutin-Chantal se marie à l’église Saint Gervais-Saint Protais à Henri de Sévigné, gentilhomme de bonne noblesse bretonne, et qui porte, semble-t-il indûment, le titre de baron. Cela n’empêchera pas la nouvelle Madame de Sévigné, parce qu’elle estimait que le terme de baronne sentait terriblement la province, de se faire bientôt présenter à la Cour sous le nom plus flatteur de marquise de Sévigné.
Les salons du bel air
A la mort de son peu recommandable époux, la voilà veuve et libre, avec deux enfants tout de même sur les bras.
Même courtisée bien plus tard par le deuxième duc de Luynes (alors qu’elle a près de soixante ans), elle ne commettra jamais la folie de se remarier, afin de jouir à sa guise d’une fortune qu’elle eut cependant beaucoup de mal à rétablir.
Elle passe à Paris de demeure en demeure avant de s’établir définitivement dans cet hôtel de Carnavalet dont elle sera la plus illustre locataire durant près de vingt ans.
Elle y reçoit ses amis, certes, mais elle court surtout les autres salons du bel air, de ceux qui ont préféré demeurer à Paris plutôt de suivre la Cour installée définitivement à Versailles dès 1682.
Elle est aussi assidue aux offices et aux prêches des plus brillants orateurs de son temps, à l’église Saint-Paul Saint-Louis par exemple, non loin de chez elle. Et fréquente les rares théâtres parisiens d’alors, comme celui de l’Hôtel de Bourgogne, friande de pièces de Racine ou Molière.
Elle parcourt également les environs de la capitale pour résider ici et là dans les propriétés de campagne de ses multiples relations.
Enfin, elle séjourne au château des Rochers, fief des Sévigné en Bretagne, villégiatures auxquelles s’ajoutent ses trois longues résidences au magnifique château de Grignan, en Provence, là où réside sa fille. Grignan que des voyages qui peuvent durer jusqu’à trois semaines lui permettent de rallier.
Une vraie Parisienne
Une vraie Parisienne donc que Marie de Sévigné qui eut la prudence de ne pas trop fréquenter la Cour, à Versailles ou à Saint-Germain, mais fut assez vaine pour se rengorger au moindre mot aimable lancé par Louis XIV à la mère de cette Françoise de Sévigné, devenue comtesse de Grignan, dont il aurait bien voulu, dit-on, faire sa maîtresse.
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Deux grandes reproductions de cartes de Paris et de ses environs datant de son époque donnent à voir à l’entrée de l’exposition tous ces lieux qui virent passer Madame de Sévigné, laquelle ne se hasardait guère sur la rive gauche de la Seine et pour qui se rendre Faubourg Saint Honoré chez sa plus chère amie, Madame de La Fayette, représentait presque une aventure. Car sa vie se cantonna principalement dans le Marais où sont concentrés la plupart des hôtels aristocratiques d’alors : le lointain Faubourg Saint Germain n’est pas encore investi par la noblesse (c’est là que Madame de Maintenon éduque en toute discrétion les enfants adultérins du roi) et le Faubourg Saint-Honoré commence à peine sa carrière élégante.
Toute une galerie de portraits
Toute l’exposition regorge de portraits de Madame de Sévigné et de ses proches : Madame de La Fayette, le duc de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, Madeleine de Scudéry, Ninon de Lenclos, l’oncle Christophe… et bien sûr Madame de Grignan. Des portraits dont certains d’ailleurs sont peu connus. Mais il y a encore ceux de la Grande Mademoiselle, de la duchesse de Longueville, du cardinal de Retz…et de la reine-mère elle-même.
On eut bien voulu découvrir davantage les hôtels, les palais, tous ces hauts lieux de la vie mondaine qu’avait fréquentés Marie de Sévigné, puisque c’est sa vie de Parisienne qui est avant tout évoqué par l’exposition. Sa vie de femme indépendante au sein d’une génération qui vit d’autres figures féminines de premier plan affirmer leur intelligence supérieure. On eut aussi apprécié voir reconstituée une pièce évoquant son intérieur. Au lieu de quoi, disposés sans goût, comme dans une salle des ventes, quelques meubles et objets de son temps sont médiocrement entassés derrière un épais muret de bois aggloméré. Il est vrai qu’il ne subsiste plus grand-chose du mobilier de la spirituelle épistolière. Un beau bureau en laque de la Chine, acheté jadis aux propriétaires du château des Rochers et qu’on disait lui avoir appartenu, s’est révélé depuis inauthentique. D’ailleurs, même les restes mortels de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, déposés dans la collégiale de Grignan, au pied du château de sa fille où elle mourut en 1696, même eux ont disparu. Ils ont été misérablement profanés et dispersés par les révolutionnaires de Provence.

Madame de Sévigné, lettres parisiennes.
Exposition présentée au Musée Carnavalet
jusqu’au 23 août 2026. www.carnavalet.paris.fr
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