Renaud Camus est lourdement attaqué dans L’homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre.
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Causeur. Revenons au grand remplacement : un certain nombre d’immigrés maghrébins, souvent kabyles, se sont parfaitement acculturés. Sont-ils selon vous des colons ou des remplaçants ?
Renaud Camus. Votre exemple est très bien choisi, car mon principal allié politique, Karim Ouchikh, qui a été conseiller régional d’Île-de-France entre 2015 et 2021, est kabyle. J’ai toujours dit, et je m’y tiens, qu’il peut y avoir intégration et assimilation des individus. Mais autant nous pouvons assimiler des individus qui souhaitent être assimilés, autant il est totalement illusoire de croire que nous pouvons assimiler des peuples, qui plus est s’il s’agit de peuples qui ne veulent pas être assimilés, qui sont même souvent assez hostiles et qui eux-mêmes disent qu’ils sont les grands remplaçants.
Donc votre concept est d’abord culturel ?
Il serait très lâche de ma part de nier qu’il est également racial – je préfère dire « race » au lieu d’« ethnie », qui appartient au registre scientifique. La science n’a que fort peu à faire là-dedans. La race n’est scientifique que pour les pires racistes. Le dogme imbécile et criminel de la non-existence des races est le pivot qui permet le génocide par substitution. S’il n’y a pas de races, il n’y a pas de remplacement puisqu’il n’y a rien à remplacer.
S’il y a de plus en plus de femmes voilées dans l’espace public, on peut dire qu’il y a eu un remplacement de femmes libres par des femmes qui revendiquent leur soumission. Peu importe la couleur de leur peau.
Eh bien, c’est une différence entre nous. Je crois en l’existence des races – je suis « raciste » à cet égard : je crois aussi qu’elles ont un rôle absolument capital, décisif et plus fort que jamais aujourd’hui, dans les affaires du monde. La race est l’un des concepts les plus polysémiques qui soit. Le mot signifie mille choses qui ont un lien étroit les unes avec les autres, mais qui peuvent aussi être très éloignées. Je ne peux accepter de renoncer à ce mot, qui est omniprésent dans la littérature et la poésie françaises, en toutes sortes de sens aussi précieux les uns que les autres, « Que direz-vous, races futures (les habitants de l’avenir) ? »
C’est entendu, vous réfutez « le Dogme », celui de l’inexistence des races. Réfutez-vous aussi le dogme de l’égalité des races ?
Je ne crois en l’égalité de rien, sauf par coïncidence, et par un coup d’État quelquefois légitime de la loi. Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de souligner les inégalités de réalisation entre les races diverses : ce qui me semble irremplaçable, au contraire, c’est le caractère unique de chacune.
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Donc, vous ne postulez pas une inégalité structurelle entre les races. Ce qui n’empêche pas vos biographes de vous accuser de « suprémacisme blanc ».
Je n’ai jamais bien su ce que signifiait cette expression, qui m’est parfaitement étrangère – à moins qu’elle ne veuille dire, mais j’en doute, qu’un peuple doit pouvoir rester maître sur son territoire, n’être pas colonisé.
Le suprémacisme est une idéologie de la supériorité et de la domination raciale.
Je n’ai jamais pensé rien de tel. Au contraire, je suis passionnément attaché à la diversité du monde. Quelle merveille qu’il y ait cent couleurs d’yeux, de peaux, de cheveux, des milliers de langues et des millions de façons de penser. À bas le village universel et a fortiori le bidon-monde. Les antiremplacistes sont les ultimes défenseurs de l’altérité dans le monde.
Mais souvenez-vous de ces écrivains noirs américains qui, au xxe siècle, ont trouvé refuge en France et s’enthousiasmaient parce que le Français moyen, tel un daltonien, ignorait la couleur de leur peau, alors que la ségrégation raciale était à son apogée aux États-Unis. N’est-ce pas une merveilleuse spécificité française ?
J’y vois au contraire un danger. Du reste il s’agit d’une spécificité très tardive et largement illusoire.
Tardive ? Dès 1789, les révolutionnaires proclament que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
1789, c’est bien tard dans l’histoire de France. D’ailleurs 1789 n’a nullement impliqué l’égalité entre les citoyens et les non-citoyens. La Révolution a proclamé français à titre honorifique un petit nombre d’étrangers fameux, mais ceux qui étaient députés ont été finalement chassés de la Convention comme étrangers. En réalité, jusqu’à la Troisième République et même au-delà, il était implicitement admis que le peuple français était blanc et d’origine française.
Concrètement, pas théoriquement. Du reste, il y avait des Noirs en France avant la Révolution.
En France métropolitaine ? Une petite centaine et on leur mettait des turbans. Je me répète : à titre individuel, l’intégration est parfaitement possible. Celle des peuples entiers est un leurre. C’est pour cela que je prône la remigration, synonyme à mes yeux de décolonisation ; et pas seulement celle des délinquants ou des criminels, comme certains le préconisent, ou des clandestins, qui devrait aller sans dire. Quand les Algériens ont pris leur indépendance, ils ne se sont pas bornés à chasser de leur pays les Français délinquants.
Vous qui prônez « l’in-nocence », comment pouvez-vous trouver légitime de chasser des personnes inoffensives de leur pays, comme l’a fait le FLN après les accords d’Évian avec les pieds-noirs ?
J’ai toujours dit que la remigration devait se faire avec la plus grande discrimination, au cas par cas, pas du tout massivement. Pas comme celle des pieds-noirs. Surtout pas comme celle des pieds-noirs. Seulement, je constate que la décolonisation de l’Algérie est une sorte de paradigme de la migration accomplie. Il faudra seulement y mettre plus de douceur.
Qui doit « remigrer » selon vous ?
L’occupant colonial, c’est-à-dire ceux qui se comportent comme tel et se désignent eux-mêmes à la remigration. Tous ceux qui affirment qu’ils ne sont pas français et qui disent « les Français » pour parler des indigènes. Tous ceux qui font étalage de leurs propres langues, de leurs propres cultures, de leurs propres modes de vie, et a fortiori quand ils veulent l’imposer. Même s’ils ne sont pas agressifs ou délinquants, ceux-là se comportent en occupants, en colonisateurs, en agents de la colonisation telle qu’elle a été brillamment décrite par Frantz Fanon. Ses textes sur le sujet valent à mon avis autant pour la colonisation actuelle, Sud-Nord, que pour la colonisation du passé, Nord-Sud. Et cela surtout quand ils montrent que l’une et l’autre détruisent successivement toutes les structures de la société colonisée : la famille, l’école, l’héritage, la transmission, l’urbanisme, etc.
Donc, même s’ils n’ont pas commis de nocences, ceux qui, par exemple, disent qu’ils n’aiment pas la France devraient repartir ? Et la liberté de penser ? Il y a des tas de Français de souche qui n’aiment pas leur pays et le disent.
Votre exemple montre à quel point le dogme de l’inexistence des races était indispensable au génocide par substitution.
Comment obtenir des transferts de population sans user de la force ?
En supprimant un à un tous les avantages de la colonisation. Je ne suis même pas hostile à une compensation financière pour les citoyens français. L’immigration est tellement ruineuse pour notre pays que même y mettre fin en payant s’avérerait une économie.

Vous excluez donc que les immigrés s’en aillent dans leur totalité. Cela signifie que, malgré tout, même après la remigration que vous appelez de vos vœux, la France pourrait rester un pays multiethnique ?
Elle l’a toujours été.
Que pensez-vous de la politique de Donald Trump en la matière ?
Je suis un trumpiste extrêmement modéré, à dire le moins. Que la police ICE recherche les clandestins pour les expulser, rien n’est plus juste, qu’elle les batte ou les maltraite, je le désapprouve totalement, ce n’est pas du tout mon style. D’ailleurs je désapprouve aussi la politique anti-écologique de Trump et ses visées impérialistes.
Ah oui, c’est vrai, vous êtes également écologiste !
Certes, mais je précise que les politiques écologiques sont à mes yeux absolument absurdes tant qu’elles ne visent pas à juguler la croissance démographique, et pas seulement pour les raisons matérielles avancées par cet idiot de Malthus, qui est un penseur de cinquième zone, mais aussi pour des raisons humaines, morales, esthétiques et poétiques. Je vois même la chute de la natalité chez les Européens et les Asiatiques comme une preuve de leur sagesse.
La volonté d’avoir une descendance est pourtant aussi forte que l’espèce elle-même. Que devient l’homme sans conscience historique, c’est-à-dire sans la volonté de s’inscrire dans une généalogie ?
Il est des généalogies de toute sorte, celles de l’esprit sont aussi précieuses que celles de la chair. Mais le remplacisme est un ennemi implacable du temps. Il instaure un présent hébété.
Et au sujet du Venezuela, que pensez-vous de la politique de Trump ?
L’intervention des États-Unis, qui était dictée par des intérêts impérialistes et commerciaux, ne suscite aucune admiration de ma part. Cela dit, si une pichenette militaire ou autre pouvait faire tomber le régime vénézuélien ou le régime iranien, j’en serais absolument ravi.
Finalement, avez-vous gardé quelque chose de votre jeunesse avant-gardiste ?
Je ne l’ai jamais quittée. Quand j’ai dédié L’Inauguration de la salle des Vents à Alain Finkielkraut, il a cru que je me moquais de lui.
Dommage, car nous étions enchantés de vous imaginer revenu de l’avant-garde…
Préparez-vous à souffrir, je prévois d’y retourner incessamment.
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Selon Dhellemmes et Faye, vous avez signé en 1997 dans L’Infini un texte assez ambigu sur la pédophilie. Un texte typique de la gauche qui pétitionnait pour Tony Duvert dans les années 1970…
Je n’ai jamais pétitionné pour Tony Duvert ni pour rien de ce genre, mais c’est ce texte, en effet, un entretien nullement sollicité par moi, qui a mis fin aux très minces relations entre Marine Le Pen et moi ; et même aux relations entre elle et mon ami Philippe Martel, qui avait été son conseiller, et qui fut sommé de choisir entre elle et moi. Elle n’en avait d’ailleurs vu que les mêmes éternelles phrases chéries des harceleurs.
Que pensez-vous de la pédophilie ?
Précisons d’abord que je ne suis en aucun cas pédophile, je n’ai jamais porté le moindre intérêt sexuel aux enfants. S’il y avait quoi que ce soit à me reprocher dans ce domaine, vous pensez bien que Faye et Dhellemmes, dont le livre est fait pour m’assassiner, n’auraient pas manqué de le monter en épingle. Je pense d’abord que la pédophilie est très mal nommée et que la plus grande part de ce que recouvre habituellement le terme relève plutôt de la pédophobie, la haine des enfants. Je pense aussi qu’elle est un des sujets, avec les classes, les races, les Juifs, le changement de peuple, qui sont les triangles des Bermudes de toute société, où tout discours et toute nuance apportée se font, on l’a bien vu, au risque de la mort sociale. Or ces angles morts de la parole sont précisément selon moi l’espace où l’écrivain a pour mission de s’aventurer à ses risques et périls. En l’occurrence, je n’ai de point de vue que celui d’avoir été un adolescent plus intéressé par les adultes que par ses camarades de classe ; et plus tard, un jeune homme à peu près présentable que des adolescents ont pu trouver intéressant (mais ce n’était guère réciproque). C’est un léger bagage pour aborder le sujet et j’aurais mieux fait de m’abstenir. Mais je vois un grand enseignement dans le fait que la pédophilie a remplacé le parricide comme crime entre les crimes. C’est un renversement essentiel qui implique une relation très particulière à l’enfance, vue comme le lieu de l’innocence, vouée malheureusement à se perdre. J’avoue être plus intéressé par l’in-nocence, la non-nocence, la non-nuisance, la non-violence, qui est un idéal projectif que bien sûr on ne saurait atteindre tout à fait. Enfin, je pense que les frontières de la pédophilie, le crime, celui qu’il convient de condamner tout à fait, connaissent un élargissement constant qui devient un peu exagéré. Commencent à être vues d’un très mauvais œil les relations entre personnes d’un âge inégal, même tout à fait adultes, ces couples étant envisagés sous le seul angle absurde du rapport dominant/dominé. C’est une méconnaissance totale de la réalité innocente du désir.
En effet, le camp du progrès est devenu terriblement puritain.
Pour moi, c’est un retournement incroyable. Un désastre absolu. J’ai eu la chance toute ma vie d’avoir des relations sexuelles heureuses, joyeuses et amusantes. Barthes le souligne dans sa préface à mon livre Tricks. Il écrit qu’Eunoïa, la déesse de la bienveillance, préside à ces échanges. Et en effet, j’ai toujours ressenti beaucoup de gratitude envers les personnes qui avaient la gentillesse de m’offrir leur corps et leur temps. J’en ai toujours été émerveillé. Je trouve la relation sentimentale et sexuelle beaucoup plus excitante, amusante et agréable que la relation amicale. Je suis un amoureux plus qu’un ami. D’ailleurs j’ai toujours quitté mes amis pour mes amants. Vous voyez, je suis tout sauf un homme de réseau.





