Lors des César, certains spectateurs n’ont pas pu s’empêcher de huer et de qualifier de « raciste » la star Brigitte Bardot, disparue en décembre, pendant l’hommage qui lui était rendu. Honteux.
L’Académie des César eut la noble idée de rendre hommage à Brigitte Bardot, l’une des grandes icônes féminines du cinéma français avec Fanny Ardant, Annie Girardot, Catherine Deneuve et quelques autres. Ce n’eut pas l’heur de plaire aux médiocres, tapis dans l’obscurité, enfoncés dans leurs sièges, gavés de subventions, infatués d’eux-mêmes à force de lire les éloges de Télérama pour leurs films qui vident les salles. Mais comment s’étonner de ce manque d’élégance de la profession alors que le monde du cinéma avait renoué avec l’art du muet au moment où il avait fallu célébrer l’actrice lors de son décès en décembre dernier ?
Le mépris
Dieu créa la femme ; cette femme consacra sa vie au cinéma puis aux animaux et les odieux créèrent l’infâme en la sifflant. Officiellement, ils lui reprochent sans doute ses convictions politiques, trop à droite pour un landerneau qui penche trop à gauche ; ils n’oseront jamais avouer qu’ils jalousent aussi sa liberté et son indépendance, sa féminité et son authentique féminisme, son respect de la patrie et l’amour que celle-ci lui rendait, sa beauté et le regard que les hommes portaient sur elle. Le mépris, c’est aujourd’hui autant le titre d’un des principaux films dans lesquels apparaît Brigitte Bardot que le sentiment que nous inspirent les réflexes moutonniers du milieu du 7ème art.
A lire aussi: Bardot, la femme sans alibi

Pour les César, grand-messe pour petits curés de la bien-pensance, la vulgarité est devenue une marque de fabrique. En 2020, tandis que J’accuse de Roman Polanski est maintes fois nominé, Florence Foresti, à la présentation tout en mauvais goût, et Jean-Pierre Darroussin, qui fit semblant de ne pas savoir prononcer le nom du cinéaste, furent supplantés par Adèle Haenel qui quitta aussi précipitamment qu’inélégamment les lieux. Heureusement, avec sa voix particulière couvrant la mitraille d’une meute qui, comme toutes les meutes, fut veule, s’éleva, seule contre tous, la géniale Fanny Ardant. L’actrice qui interpréta la Callas et, plus humblement, la femme d’à côté expliqua que lorsqu’elle aimait, elle le faisait passionnément, jusqu’au bout, et qu’elle était prête à suivre quelqu’un jusqu’à la guillotine.
L’année suivante, Corinne Masiero entra sur scène vêtue d’une peau d’âne, avant de s’exhiber nue, à peine recouverte de peinture évoquant le sang et de quelques slogans puérils : « No culture no future » et « Rend nous l’art Jean », faute d’orthographe comprise, afin de protester contre la politique menée par le gouvernement de Jean Castex. A ce moment-là, pour conjurer la gêne, certains repensèrent peut-être au mambo enflammé de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa… la femme, avant de conclure, un brin nostalgiques, que le cinéma français avait décidément bien décliné.
Gauchisme culturel et entre-soi étouffant
Car les Césars ne sont finalement que le miroir d’une profession, désormais bouffie d’entre-soi, de gauchisme culturel (ou, pardonnez-moi le néologisme, de jacklangisme) et de moraline. Dès lors, j’ai besoin aussi de me replonger dans le bain du grand cinéma et donc l’époque où les cérémonies couronnaient des grandes carrières. Michel Serrault remettait alors un César d’honneur à un Bernard Blier très affaibli par la maladie ; les statuettes récompensèrent de grandes prestations : Philippe Noiret dans Le vieux fusil, Daniel Auteuil dans Jean de Florette et Manon des sources ou Romy Schneider dans L’important, c’est d’aimer. Ce jeudi, le cinéma aurait ajouté une ligne de gloire à l’histoire des César en se levant comme un seul homme pour applaudir de longues minutes la femme que Dieu créa.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




