Des poursuites sont engagées auprès du parquet de Paris contre Uber et Deliveroo, géants de la livraison à domicile, dénonçant des conditions de travail contraires à la dignité humaine.
Quatre associations de coursiers ont décidé d’engager des poursuites contre les deux grandes plateformes de livraison à domicile Uber Eats et Déliveroo. Elles ont saisi le parquet de Paris pour « traite d’êtres humains ». Faut-il rappeler que nous sommes en 2026, en France, pays qui peut s’enorgueillir à bon droit d’avoir aboli l’esclavage voilà quelque deux ou trois siècles ? Rappelons aussi que, chez nous, ce crime de traite des êtres humains est passible de dix ans de prison et 1,5 million d’amende.
Il semble que, dans le lamentable mouvement de déclin que connaît notre pays, cette abolition se trouve allègrement détournée. Bien sûr, cet esclavage-là, celui des temps modernes, l’esclavage digitalisé ne dit pas clairement son nom. Certains vont même jusqu’à y voir une des formes les plus achevées du libéralisme entrepreneurial. Sur le papier peut-être. Dans les faits, on en est aux antipodes.
On les voit, ces livreurs, fourmis à vélo, se faufilant dans la circulation au mépris du danger, mais aussi des règles ordinaires de circulation, pour aller livrer à Monsieur-tout-le-monde sa pitance du soir de match ou du petit dîner entre copains, entre filles, comme dans les pubs vantant ce joyeux service. Vu de ce côté-là, celui du client-consommateur, c’est d’ailleurs plutôt sympa. Le système convient, à preuve son succès. Vu du côté du gars qui livre, c’est autre chose. Rémunération calculée au plus chiche, 6 euros de l’heure selon les plaignants alors qu’un accord à 11, 45 euros avait été conclu voilà deux ans. Une course de 4 km qui était payée 6,50 euros avant le Covid ne vaut plus que 4,50 aujourd’hui. Pour espérer un gain mensuel (non assuré) de 1 450 euros, il faut aligner au minimum quelque 63 heures de boulot hebdomadaire. Les heures d’attente ne sont pas payées, on s’en doute. Avec ça, prière de ne pas attraper la crève ou de tomber de vélo. La course par tous les temps. Le garde chiourme d’aujourd’hui, le sous-esclavagiste qui tient le fouet en main porte le nom très chic et très affriolant d’algorithme. Le livreur est tout entier sous sa domination. L’algorithme sait tout de lui, l’a à l’œil en permanence. Le faux pas, le client mal léché, et le gars voit son compte bloqué. Il en est averti juste par SMS. Pourquoi s’encombrer d’un minimum d’humanité ? Le compte, parlons-en. Comme ces forçats du mollet ou du gymkhana en deux roues motorisées sont à 98% des immigrés, et à 68% sans papiers, il leur faut trouver un prête-nom pour faire exister ce compte. Et donc reverser à cet humaniste bon teint une part de leur paie. Merveilleux système. Immigrés, sans papiers, ce n’est pas évidemment la meilleure position pour la ramener, protester, revendiquer ses droits. Tu pédales, tu livres ou tu crèves, en quelque sorte…
En fait, on l’aura bien compris, le nœud de l’affaire est bien là : l’immigration hors de contrôle, pléthorique que nous connaissons depuis maintenant tant d’années. C’est elle qui fournit les bataillons de ces sous-prolétaires taillables et corvéables quasiment à merci, sans véritable statut, sans réelle protection. Elle, l’immigration folle qui fait que ces exploiteurs planqués derrière leur algorithme savent fort bien qu’ils se trouvent devant une réserve de tâcherons – j’allais dire de bêtes de somme – inépuisable. Pour un qui lâche, ou qui est jeté, dix accourent. Nul besoin de les forcer à coups de trique. La précarité galopante dont ils sont les premières victimes en tient lieu.
Nous verrons ce que dira la justice. Mais le simple fait que, comme je le disais, en France, en 2026, cette noble institution ait à instruire, juger un tel système et ses effets me semble constituer bel et bien la marque évidente d’une infamante régression. Une honte, en vérité.
Sur fond de tensions politiques locales, l’annulation d’une émission de Radio Nova à Auray (56) a déclenché une polémique entre accusations de censure et justifications logistiques de la mairie. Parallèlement, des témoignages dénoncent un climat de « management toxique » au sein du groupe de médias de Matthieu Pigasse, notamment lié au rôle controversé de Wassila Meddas. Récit.
Télérama s’en est ému, Mediapart en a parlé avec des accents révoltés, s’il n’y avait pas eu « l’affaire Grasset », cette affaire-là aurait vraisemblablement été traitée comme il se doit dans la grande presse et, sur France 5, un numéro de l’émission C ce soir lui aurait été entièrement consacrée : dans le Morbihan, les habitants d’Auray n’auront pas le bonheur d’assister, en juin, à l’enregistrement de La Dernière, l’émission de Radio Nova animée par Guillaume Meurice (notre photo).
Manifestation pour la liberté d’expression à Auray
Le nouveau conseil municipal de cette commune bretonne a en effet décidé d’annuler la prestation des « humoristes » de la radio bobo du banquier d’affaires d’extrême gauche Matthieu Pigasse. Immédiatement, ces derniers ont crié à la censure. La maire Françoise Naël réfute cette accusation et évoque un « très lourd cahier des charges » imposé par la radio ainsi que des difficultés pour accueillir deux mille personnes en extérieur en cas de mauvais temps. L’ancien conseil municipal de gauche – qui a signé la convention avec Radio Nova le dernier jour de ses fonctions et ne l’avait apparemment pas transmise à la nouvelle équipe – a sauté sur l’occasion pour organiser une manifestation : le 21 avril dernier, une centaine de personnes se sont réunies pour défendre la « liberté d’expression » en levant leurs petits poings. « Faut-il comprendre que certaines expressions culturelles (sic) ne trouvent plus leur place à Auray ? Que l’humour (resic), l’information (et sic de der) et la liberté de ton dérangent au point d’être écartés? », sanglotent Guillaume Meurice et l’équipe de Radio Nova dans un message relayé sur les réseaux par le collectif soutenant Claire Masson, l’ancienne maire écolo d’Auray. Comme l’heure est grave et qu’il n’y a aucun autre motif de mécontentement en ce moment, une autre manifestation pro-Radio Nova est prévue le samedi 25 avril.
Mal-être au travail dans les médias de gauche
Les ennuis de Radio Nova ne s’arrêtent pas là. Le journal Libération affirme en effet qu’un « climat de pression et d’humiliations verbales » se serait installé dans les médias du groupe Combat, propriété de Matthieu Pigasse. Plusieurs salariés du groupe – qui, précise Libé, ont tous requis l’anonymat – dénoncent le malaise grandissant au sein de Radio Nova et des Inrocks.
La cause ? La nomination à un poste de direction de Wassila Meddas. Cette jeune femme de 32 ans, « compagne affichée du banquier d’affaires », ferait régner la terreur dans les couloirs de Combat et sur les messageries numériques du groupe. Management autoritaire, voire dégradant, « propos très dévalorisants envers certains collaborateurs, les qualifiant de “nuls” ou affirmant qu’ils “ne savent rien faire” », menaces de renvoi – la jeune dame, « au CV inconnu dans les médias », occupe une fonction floue (directrice des marques du groupe), mais sa relation privilégiée avec le maître des lieux lui permet, semble-t-il, de bénéficier d’un pouvoir illimité.
Elle est ainsi parvenue à imposer, pour célébrer le 40ème anniversaire des Inrocks, un maillot imitant ceux des footballeurs américains que les salariés avaient pourtant jugé très éloigné du style de la revue prétendument culturelle. Puis, écartant les photos proposées pour en faire malgré tout la publicité, elle a imposé des images fabriquées avec une application d’IA, l’une représentant un homme portant maillot et pantalon, l’autre représentant une femme en bottes, sans pantalon ni jupe, revêtue de ce seul maillot. « On a tous été très mal à l’aise », a confié une salariée à Libé. Pour avoir « liké » un commentaire de l’association féministe Pépite Sexiste critiquant cette photo jugée misogyne, une collaboratrice a été sèchement rappelée à l’ordre et convoquée afin de recevoir un blâme pour… « déloyauté ». Des tensions ont également vu le jour entre certains collaborateurs de Radio Nova et Akim Omiri. L’animateur gaucho-communautariste de l’émission Riposte se comporterait de manière très directive, « parfois brutale ».
M. Pigasse sur le plateau de QuotidienLe comique Akim OmiriCaptures YouTube
Wassila Meddas a soutenu Akim Omiri, lequel avait été recruté directement par Matthieu Pigasse qui lui a également apporté son soutien. « Depuis, Akim traite directement avec elle ou Pigasse », explique un employé de la radio à Libération. Une nouvelle forme de népotisme semble régner sur le groupe Combat.
Pigasse se défend le wokisme en bandoulière, de curieux et obscurs tweets ressortent
RS
Invité à s’expliquer sur le management rigide de sa dulcinée dans l’émission Quotidien, M. Pigasse s’est livré à un petit numéro victimaire tout ce qu’il y a de plus woke : « Il faut respecter tous et toutes, y compris une femme, jeune, issue de la diversité, qui a des responsabilités. » Du respect, il semblerait bien que cette jeune femme n’en ait pas beaucoup pour ses collaborateurs, qu’elle traite comme des larbins. Quelques tweets du compte X de Wassila Meddas – fermé depuis – ont refait surface et renseignent un peu plus sur cette personne. L’un d’eux fait suite à un message de Matthieu Pigasse prenant la défense de Jean-Michel Aphatie critiqué pour ses propos délirants sur la colonisation française en Algérie qu’il comparait aux crimes nazis : « Vive l’Algérie et les Algériens ». Un autre semble être sa réponse à un tabloïd ayant révélé ses liens intimes avec le patron de Combat. Le style et l’orthographe en sont pour le moins relâchés : « Ferme ta geul toi adultère de koi elle étais même pas marier quand elle a vu son ex !!!!! Déjà commencer à savoir la vérité avant d’ouvrir vos geul ». Si Wassila Meddas parle aux salariés de Combat comme elle écrit, c’est-à-dire dans la langue atrophiée et vulgaire de n’importe quelle « influenceuse » possédant un QI inférieur à la pointure de ses Louboutin, il n’est pas étonnant qu’ils se sentent un tantinet mal à l’aise.
La chose est connue : plus un manager est limité intellectuellement, plus son expression orale et écrite est étroite, plus il y a de risque qu’il soit borné, autoritaire, brutal, colérique et grossier. Cette corrélation n’est d’ailleurs pas l’apanage de cette catégorie d’individus – la violence, la muflerie et les incivilités augmentent partout au fur et à mesure que notre société se décivilise: une langue déficiente – résultat de quarante ans de pédagogisme à l’école – une idéologie égalitariste et une sous-culture véhiculée par le divertissement médiatique et la commercialisation industrielle de produits culturels invariablement médiocres et laids, ont abouti à ce déclin.
Wassila Meddas semble être un exemple parfaitement exécrable de ce que cette époque négligée et inculte est capable de produire. Elle officie, cela était inévitable, dans un de ces endroits ayant systématiquement pour cible la langue, l’histoire, la culture d’un pays voué aux gémonies. Finalement, il y a une justice en ce bas monde: Wassila Meddas se comporte mal vis-à-vis de gens qui s’en plaignent mais se comportent guère mieux envers la majorité des Français qu’ils détestent. Tout ce petit monde s’entre-déchire ? C’est moche mais, d’un autre côté, tout à fait réjouissant.
Elle s’est éteinte à 93 ans, noyée sous les décorations, les croix, les médailles. Elle avait été danseuse étoile, puis directrice de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris. Avant que son règne impérieux ne soit entaché par un joli scandale.
On pourrait dire d’elle, sans trop risquer de se tromper ou d’être injuste, qu’elle aura été à l’arrière de l’arrière-garde. Du moins durant la seconde partie de sa vie active, quand elle obtint la direction de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris qu’elle dirigea durant plus de trente ans, années au cours desquelles apparut en France cette première génération d’artistes chorégraphiques dont elle fut l’ennemie jurée et l’infatigable contemptrice.
Ces derniers tournaient effrontément le dos au monde du ballet classique où elle s’était épanouie. Ils balayaient toutes les règles de cette danse académique qu’elle-même avait pratiquée sans ciller au sein du Ballet de l’Opéra de Paris où elle avait été nommée danseuse étoile en 1956.
Un je ne sais quoi de populacier
Etoile, elle l’était sans conteste, du moins pour ceux qui l’ont vue danser à cette époque déjà lointaine. Mais avant même de le devenir, elle faisait preuve d’un fort tempérament. Et sans nul doute réjouissant. Non loin de ses débuts à l’Opéra, un fou rire inextinguible durant une représentation lui avait valu les foudres de l’administration. Et alors qu’elle avait déjà rang de petit sujet, elle s’était vue cruellement rétrogradée au niveau de coryphée. Pour deux mois seulement, il est vrai. On n’était pas si méchant. Il est vrai qu’elle avait pour atout d’avoir du talent. Ses contemporains purent à juste titre vanter ses qualités techniques, son abatage, son brillant. Elle avait aussi un certain chic canaille, mêlé d’un je ne sais quoi de populacier qui faisait quelque effet dans l’univers policé du ballet.
Un Torquemada courant sus à l’hérétique
Quand elle quitta la scène du Palais Garnier, elle avait fait dix fois le tour du monde, aussi bien avec le Ballet de l’Opéra qui participait alors à de nombreuses tournées internationales, qu’en tant qu’étoile invitée par des compagnies étrangères. Et elle avait servi sans faille un vaste répertoire classique et néo-classique, parfois dansé durant ces soirées de gala qu’il était alors d’usage d’offrir aux chefs d’Etat en visite officielle à Paris.
Avec son déclin de danseuse, c’était aussi une époque qui s’achevait. Quelques jours après ses adieux à la scène fin octobre 1974, le Ballet de l’Opéra entreprenait enfin dès novembre son aggiornamento en interprétant la première chorégraphie réellement moderne écrite pour la compagnie par Merce Cunningham ! De là sans doute cette détestation féroce pour tout ce qui était vu par Bessy (Durand, eh oui ! de son vrai nom) comme indigne du monde de la danse ; cette fureur d’un Torquemada courant sus à l’hérétique. « Son univers artistique s’était arrêté à la fin du XIXe siècle », osera le directeur d’une célèbre compagnie de ballet.
Si loin des regards
Claude Bessy aura exercé cent fonctions diverses durant son existence. Mais c’est évidemment celle de directrice de l‘Ecole de Danse de l’Opéra de Paris qui sera la plus en vue. Elle avait été désignée à ce poste clef parce qu’elle jouissait d’une réputation de bonne pédagogue. Et de 1972 à 2004, elle dirigera ainsi une institution créée à l’extrême fin du règne de Louis XIV, en 1713, abritée sous la coupole de l’Opéra de Paris depuis 1875, puis installée à Nanterre en 1987. Devenu directeur de la Musique et de la Danse au moment où les socialistes prennent le pouvoir en 1981 et où prend corps cette idée de déménagement nécessaire de l’Ecole de Danse dans la banlieue, Maurice Fleuret, connaissant Claude Bessy, redoutait cette installation si loin de l’Opéra, si loin des regards. L’avenir allait lui donner quelque peu raison.
Un bataillon disciplinaire
On y dressera des élèves qui seront de brillants techniciens, mais souvent sans grande personnalité. Parmi eux cependant va éclore une nouvelle génération de magnifiques artistes. Alors qu’elle innove et qu’elle offre aux élèves avancés la chance d’affronter la scène en se produisant dans de nombreux pays, de l’Asie aux Amériques, Claude Bessy dirige toutefois l’école d’une main de fer. Et peu à peu lui imprime un cachet qui n’est pas toujours pittoresque. A cause d’un environnement qui n’est pas parfois des plus favorables, l’établissement, pour se protéger d’agressions extérieures, se mue en forteresse. Volets mi-clos, enfermement des internes, interdiction de téléphone personnel, privation de journaux, isolement du monde extérieur : l’école paraît relever davantage du bataillon disciplinaire que de l’institution artistique. Claude Bessy n’est peut-être pas la Mère Mac Miche du Bon petit diable de Sophie de Ségur, ni même l’affreuse Madame Papovsky du Général Dourakine auxquelles on pourrait penser en lisant les journaux, mais la voilà bel et bien précipitée subitement du haut de son piédestal à la suite d’un rapport d’experts diligentés à l’Ecole de Nanterre à la suite de multiples plaintes et doléances à l’aube des années 2000.
Malgré la douleur
« La souffrance et le harcèlement moral y sont poussés jusqu’à la caricature à cause du despotisme imposé par une conception étroite de l’enseignement artistique et (…) de la discipline », écrivent les rapporteurs qui relatent un déni de souffrance des enfants, un climat de terreur psychologique, une insuffisance de suivi médical, le mépris affiché face aux parents, les insultes publiques aux élèves comme aux professeurs… sans parler de la rumeur persistante d’un viol d’élèves par deux de ses camarades plus âgés. « Voudrait-on produire des imbéciles, des inadaptés de la vie que l’on ne s’y prendrait pas autrement » s’indignera un danseur-étoile devant des méthodes qui déjà paraissent d’un autre âge.
Une grande froideur
Dans cet univers calfeutré, « un sentiment de peur semble se répandre parmi le personnel », reprend le cabinet d’experts qui cite un professeur : « Elle (Claude Bessy) nous terrorise en étant très vulgaire. Elle nous traite de « connes », nous dit : « Je vous emmerde ». Cela n’empêche pas, cela favorise même la tendance de certains membres du corps enseignant à reproduire sur leur élèves semblables débordements. « J’ai vu une adolescente s’étant fait une entorse, contrainte par son professeur de poursuivre le cours jusqu’à la fin malgré la douleur », se souviendra une danseuse étoile. « Plus encore que la douleur intense engendrée par les exercices, ce qui faisait le plus mal, c’était la méchanceté. Et la froideur des adultes, témoignera une autre danseuse étoile, elle aussi passée par là. « Un peu de douceur, de gentillesse ne nous aurait pas fait moins bien danser ».
De légitimes exigences
Consciemment ou non, Claude Bessy avait appliqué les règles impitoyables en usage du temps de sa jeunesse.
Négligeant la souffrance au nom de l’excellence et du culte de l’effort, dure avec ses subordonnées qui reproduisaient cette dureté sur les élèves, son état d’esprit ne correspondait plus du tout aux légitimes exigences des nouvelles générations. Elle n’avait apparemment pas compris qu’on peut être extrêmement exigeant (ce qui est indispensable dans une discipline comme la danse classique qui requiert une excellence sans faille et un permanent dépassement de soi), sans pour autant être tyrannique, cynique ou méprisant. Au Conservatoire national de Musique et de Danse de Paris, une danseuse étoile d’une autre génération, Wilfride Piollet, savait quant à elle obtenir le meilleur de ses disciples par l’écoute et la douceur.
A la baguette
« Moi j’ai été élevée à la baguette. Aujourd’hui, quand tu fais une connerie, il n’y a plus de sanctions, rétorquera Claude Bessy aux enquêteurs dans son langage fleuri. Moins on travaille, plus on gagne de l’argent. Tout le monde discute. Je n’ai plus rien à voir avec cette société ».
Si ce qu’elle avançait n’était pas tout à fait dénué de bon sens, elle s’était cependant révélée incapable de comprendre que les temps avaient changé et surtout que les meilleurs résultats, même s’ils exigent des efforts inouïs, peuvent tout aussi bien, sinon mieux, s’obtenir en étant encadré avec bienveillance plutôt que par la violence.
Comme en France on n’aime guère faire d’éclat, et comme l’on ne pouvait pas désavouer d’un coup une aussi longue carrière, Claude Bessy sera maintenue deux ans encore à la tête de l’Ecole de Danse de l’Opéra. Elle a pour la soutenir activement la droite chiraquienne. N’était-elle pas d’ailleurs adjointe du maire RPR d’un arrondissement parisien ?
Un délire de reconnaissance
Mieux encore qu’un roitelet africain, mille fois mieux qu’un maréchal de l’Armée Rouge, et sans qu’il soit possible de comprendre et pourquoi et comment, Claude Bessy croulera bientôt sous 78 décorations de toutes sortes conférées par plus de quarante nations. Dont 10 provenant de la seule Russie et quatre de la petite principauté de Monaco ! Elle aura même réussi à en soutirer une à la principauté d’Andorre. De façon tout aussi cocasse, elle croulera sous 76 prix attribués par une multitude d’institutions de tout poil.
En France même, le scandale n’empêchera pas quelle soit faite grand-croix de l’Ordre national du Mérite en 2009, puis élevée à la dignité de grand officier de la Légion d’Honneur en 2016. Cette avidité, ce délire de reconnaissance d’une ex-danseuse étoile pas plus extraordinaire que cinq cents autres, mais d’une activité débordante et multiple, d’une chorégraphe aimablement insignifiante, d’une directrice d’école certes prestigieuse, n’avaient jamais été répertoriés dans l’histoire. Un phénomène à relier à son portrait en pied, exécrable peinture au demeurant, qu’elle avait fait suspendre dans le grand escalier de l’Ecole de Danse de l’Opéra dessiné par Christian de Portzamparc et qui desservait tout le bâtiment. Ce qui en dit long sur l’image enivrante que Bessy avait d‘elle-même et qu’elle entendait imposer à tout un chacun.
La droite est dispersée et, pour Matthieu Hocque, le seul moyen de la faire gagner en 2027 est de faire émerger un candidat unique. Horizons, Les Républicains et Reconquête, endossant chacun une tendance traditionnelle de la droite, doivent accepter d’organiser une primaire pour faire front commun.
Bruno Retailleau est désormais officiellement le candidat des Républicains (LR). Lorsque la droite prépare chaque élection présidentielle, elle commet l’écueil de chercher le « candidat naturel ». Si cette tradition incarne une lecture gaulliste de la présidentielle, celle-ci n’a jamais été intangible. Jacques Chaban Delmas n’est pas le candidat naturel en 1974, pas plus que Jacques Chirac en 1995. Ni synonyme de victoire, puisque la division de 1995 n’empêche pas la victoire. En revanche, la droite gagne lorsque les trois familles de René Rémond (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) sont incarnées en une seule candidature, à l’image de la coalition « Sarkozy 2007 ».
Recréer la coalition « Sarkozy 2007 », un impératif
Ce n’est pas le nombre de candidats qui dicte si la droite gagne une élection de conquête ou non, mais la capacité d’un candidat à agréger ces trois familles. En 2007, Nicolas Sarkozy l’emporte et rassemble une coalition allant d’Alain Juppé, considéré comme une figure d’autorité de la droite orléaniste, jusqu’à Philippe de Villiers pour la droite légitimiste, tout en incarnant lui-même la figure d’autorité bonapartiste. Or, en 1995, Jacques Chirac l’emporte malgré la division des candidatures. En effet, il procède de la même logique en rassemblant une coalition allant d’Alain Madelin (figure du libéralisme) jusqu’à Philippe Séguin (figure du gaullisme social).
Autrement dit, avant le « qui ? » précède le « quoi ? ». Ce « quoi ? » consiste à proposer un projet construit sur les valeurs de la droite que sont la prospérité collective et individuelle, le rétablissement de l’ordre et la méritocratie républicaine. Or, la droite vit un paradoxe. Elle apparaît divisée et faible, regroupant près d’un tiers des intentions de vote en additionnant les scores de Horizons, LR et Reconquête, dans toutes les configurations du dernier Odoxa. Pour autant, ses valeurs n’ont jamais été aussi prégnantes: 85% des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre et 51% qu’il faille limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie française (Fractures françaises d’octobre 2025).
Il existe bel et bien une attente d’un projet de droite palliant les défauts du macronisme sur les questions régaliennes et les défauts du lepénisme sur les questions économiques. Pour preuve, les héritiers du macronisme et du lepénisme cherchent à corriger leurs propres défauts. Gabriel Attal a indiqué qu’il n’y avait pas d’« en-même temps » possible sur les questions régaliennes tandis que Jordan Bardella affirme désormais qu’il est « très fier des grands groupes ».
Toutes les autres options conduisent à des impasses
La coalition avec le centre est une impasse. Sur le plan électoral, la droite et le centre sont sur un espace récessif. En 2017, Emmanuel Macron et François Fillon récoltent au premier tour 44,02% des voix. En 2022, le score cumulé d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse est de 32,63% soit une baisse de 12 points. Idem aux législatives puisqu’en 2017, les scores cumulés de la droite et du centre sont de 53,89%, contre 37,04% en 2022, puis 30,29% en 2024, soit une baisse de près de 23 points depuis 2017.
Sur le plan tactique, cette coalition revient à faire le même choix que le président de la République en 2024 lors de la dissolution: considérer que la gauche est faible et/ou désunie et qu’un unique candidat de la droite et du centre se retrouvera au second tour face au Rassemblement national et bénéficiera du front républicain. Or, les législatives de 2024 ont démontré que la gauche progresse sur le plan électoral et les municipales de 2026 que la gauche est toujours capable de s’unir avec La France insoumise car leurs électorats demeurent fongibles. Ainsi, miser sur ce double pari en imaginant qu’aucun candidat de gauche n’atteindra la barre des 20%-22% serait une grave erreur.
Enfin, l’alliance avec le RN n’offre pas de plus grandes chances de succès. Dans tout le monde occidental, les droites nationales et patriotes semblent marquer un coup d’arrêt: Viktor Orban a perdu en Hongrie, Donald Trump est en difficulté pour les prochaines midterms et même Giorgia Meloni a perdu son dernier référendum. En France, cette tentative d’alliance a aussi perdu au second tour des législatives 2024. Aussi, les municipales de 2026 ont montré dans des configurations assez proches (exemples de Nice et de Toulon), que l’alliance avec le RN gagne lorsque ce dernier occupe le second rôle, mais perd quand il est en première ligne en raison de la résilience du front républicain, qui faiblit mais qui fonctionne toujours. Or, il est à ce stade impossible d’imaginer une alliance pour la présidentielle entre la droite et le RN, avec le RN en second au regard des sondages.
Une primaire ouverte de la droite pour recréer la coalition gagnante
A droite, un procès injuste est fait aux primaires car François Fillon et Valérie Pécresse ne remportent pas la présidentielle de 2017 et 2022 respectivement. Mais, une primaire ne poursuit que trois objectifs. Le premier est d’obtenir le renoncement des perdants à se présenter et non d’obtenir leur soutien plein et entier vis-à-vis du vainqueur. Sur ce point, les primaires de 2016 et 2021 ont réussi. Le second objectif consiste à donner une dynamique de lancement de campagne au vainqueur. Pour cela, il suffit de comparer les intentions de vote avant la primaire et après. Avant la primaire, le candidat Fillon est crédité d’entre 18 et 21% dans tous les sondages de l’année 2016. Or, après sa victoire, il est donné entre 31% et 24% jusqu’à la publication de l’article du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017. Même chose pour Valérie Pécresse. Celle-ci pèse entre 9% et 14% courant 2021. En revanche, après sa victoire au Congrès LR du 4 décembre 2021, elle est donnée entre 16% à 20% des intentions de vote en décembre 2021 et entre 14% et 18% en janvier 2022, soit un boost électoral d’au moins cinq points.
Le troisième objectif repose sur le débat d’idées et la promotion des idées de droite dans l’espace public. La droite est en difficulté pour imposer ses thèmes et ses solutions dans l’espace public – excepté sur le régalien. Elle est en train de perdre la bataille économique avec le dernier débat budgétaire qui a vu le retour des vieilles lubies socialistes avec la taxe Zucman. La primaire de 2016 et la victoire de François Fillon a permis de faire gagner les idées libérales qui ont servi de socle aux débuts d’Emmanuel Macron ainsi qu’à un changement d’opinion des Français sur les entreprises et sur les patrons. De même, l’ancien Premier ministre avait ancré l’idée de vaincre le totalitarisme islamique, une idée qui dépasse maintenant le champ de la droite.
Seulement, pour assurer ces trois objectifs, la primaire ne peut être qu’ouverte et la plus large possible. En effet, à la différence de l’UMP qui dominait la droite dans le cadre d’un bipartisme et organisait le pluralisme des familles de la droite à l’intérieur du parti, les droites sont désormais nettement dispersées entre les familles politiques Horizons, LR et Reconquête. Or, pour gagner, il faut parler à toutes les droites sans exclusion, et renouer avec le peuple. Une primaire ouverte à tous, obligera les candidats à ne pas parler qu’aux barons politiques et aux militants de leur parti mais à l’ensemble des Français qui veulent et qui attendent un changement. C’est selon moi la condition sine qua none pour une victoire en 2027.
Notre contributeur met ici en parallèle plusieurs fêtes religieuses et commémorations d’avril, soulignant leur portée symbolique dans un contexte de tensions et de conflits impliquant Israël. Richard Prasquier évoque aussi les incidents récents ayant détérioré les relations judéo-chrétiennes, ainsi que des débats politiques franco-français autour de l’antisémitisme et de la situation au Liban.
Pessah, fête de la libération de l’esclavage en Egypte, a commencé le mercredi 1er avril et s’est terminé en Israël mercredi 8 avril. Le mercredi 15 avril fut le jour souvenir de la Shoah, placé à l’anniversaire du début de la révolte du ghetto de Varsovie. Le mercredi 22 avril fut Yom Haatzmaout, jour de l’indépendance de l’Etat d’Israël.
De plus, la commémoration des Pâques chrétiennes a presque coïncidé avec Pessah dans une synchronie assez peu fréquente. Car le concile de Nicée qui a unifié sa date en la déconnectant de la date juive, a choisi un comput qui peut placer le dimanche de Pâques entre le 22 mars et le 25 avril.
Relations judéo-chrétiennes compliquées
Cette superposition de fêtes survenant en pleine guerre contre l’Iran et le Hezbollah s’est accompagnée d’incidents qui ont entaché les relations entre Juifs et chrétiens: d’abord, le refus de la police de laisser le patriarche de Jérusalem prier le dimanche des Rameaux à l’église du Saint Sépulcre, ensuite, un prêtre tué par un tir israélien à l’occasion des opérations contre le Hezbollah dans un village du Sud Liban et tout récemment la destruction filmée d’une statue de Jésus par un soldat israélien dans le village entièrement maronite de Debel près de la frontière avec Israël. Il faut se féliciter de la réaction ferme et rapide des autorités politiques et militaires israéliennes à cet acte inexcusable de vandalisme sectaire.
Les subtilités du calendrier, qui cette année ne décalait pas les fêtes pour cause de proximité avec le Shabbat, ont donné à la continuité des mercredis d’avril une puissante signification symbolique. Esclaves en Egypte secouant le joug de leurs maitres, sous-hommes promis à l’extermination se révoltant dans un combat pour la dignité, les Juifs ont conquis par la lutte un Etat où ils ne sont plus la variable d’ajustement pour temps difficiles qu’ils ont souvent été dans l’histoire.
Ils en voient le retour dans les atermoiements politiques, dans les pays dont ils sont les citoyens, devant une détestation d’Israel galopante dont eux-mêmes sont les cibles.
La loi Yadan, considérée par beaucoup comme une mauvaise réponse à la fièvre antisémite, est retirée
Pour sa proposition de loi sur les formes nouvelles de l’antisémitisme, qui vient d’être retirée, Caroline Yadan s’était entourée de toutes les précautions juridiques. LFI a fait croire que la critique de la politique du gouvernement israélien allait être impossible et il a réussi son coup. Le gouvernement s’est engagé à présenter un projet de loi avant l’été, mais beaucoup sont sceptiques sur l’ampleur de ce texte.
Ce retrait a coïncidé avec l’anniversaire de la révolte du ghetto, Même si plusieurs des héros de cette révolte n’étaient effectivement pas des sionistes, cela ne signifie en rien qu’ils auraient milité pour la destruction d’un Etat d’Israël, une fois cet Etat créé.
Comprendre ce qui se passe réellement au Liban
Les actions d’Israel au Liban visent le Hezbollah et téléscopent les rêveries de ceux qui s’acharnent à ne pas admettre ce que chacun sait, que le Liban n’est plus un pays souverain, qu’il est pris en otage par le Hezbollah, que celui-ci est une officine iranienne, que la FINUL onusienne fut un permanent échec et que seul Israël est capable de desserrer la corde terroriste qui étrangle le pays. Au lieu d’admettre cela, la France, contrairement à l’Allemagne et l’Italie, n’a pas réagi quand l’Espagne et l’Irlande proposaient de rompre les accords douaniers entre l’Union européenne et Israël en raison de ses actions au Liban.
Rarement plus que cette année le télescopage des mercredis d’avril n’a fait sens. La destruction des Juifs d’Europe n’a pas été à l’origine de la création de l’Etat d’Israël, mais elle a fait comprendre à l’immense majorité des Juifs que ce pays était désormais indispensable à leur survie spirituelle ou à leur dignité d’individus.
Actuellement se pose la question de la liberté de passage dans le détroit d’Ormuz désormais bloqué par les Iraniens et les Américains; pour le coup, un vrai télescopage physique. Les suites en restent le jeudi 23 avril particulièrement nébuleuses. Si ce sujet préoccupe le monde en raison de ses conséquences économiques, c’est la lutte contre le régime iranien qui est une question existentielle pour les Israéliens, car ce régime a fait de la destruction de leur pays son obsession et son viatique d’infiltration auprès du monde musulman. Derrière le Hamas, il y a l’Iran, derrière le Hezbollah, il y a aussi l’Iran. Derrière l’attentat de l’AMIA en 1994 il y avait déjà Ahmad Vahidi, l’homme fort du régime iranien aujourd’hui.
Contre des adversaires fanatiques, tenaces et subtils, on se demande si le président américain est de taille, un maquignon vantard, menteur et velléitaire aux yeux de ses innombrables détracteurs. Il a pris l’impopulaire et pourtant nécessaire décision de commencer la guerre. J’espère qu’il saura la mener à la seule fin qui ouvre l’avenir, la destruction du régime des mollahs…
Le Maroc est un vieux pays qui peut surprendre les observateurs. Proche et lointain du nôtre, il est parfois étrangement méconnu.
Dans Maroc, le défi de la puissance, l’économiste et essayiste Abdelmalek Alaoui propose sûrement la synthèse la plus aboutie sur le royaume chérifien depuis sa prise totale d’indépendance en 1955. L’auteur est respecté puisqu’il est le premier Marocain à être publié dans le Project Syndicate depuis quinze ans, le prestigieux média international s’attardant sur le « modèle économique » marocain. Nous l’avons rencontré au Cercle Interallié à l’initiative du Club Choiseul Africa, jeudi 23 avril, précédée par une conférence de lancement lundi 20 avril à la Fondation Jean Jaurès. Les deux évènements ont fait salle comble, preuve que le Maroc intéresse.
Un pays arabe à l’aise dans la mondialisation actuelle ?
Dans cet ouvrage dense revenant sur l’histoire contemporaine du Maroc et son présent, Abdelmalek Alaoui montre que le cœur des récents succès marocains repose d’abord sur une vision du temps propre à sa nature monarchique. Il fait ainsi la démonstration de la centralité de la personne du roi Mohammed VI dans le fonctionnement des institutions marocaines, puisque ce dernier est le garant de leur stabilité.
Aux yeux des Français, ces révolutionnaires nostalgiques de leurs rois de naguère, le Maroc fait figure de paradoxe. Car, c’est une monarchie traditionnelle aux mœurs plutôt conservatrices… qui a embrassé assez largement la modernité et s’est très bien adaptée à la globalisation. Et, dans le fracas des Empires de ce début du XXIème siècle, la continuité de ces politiques publiques pourrait bien faire quelques envieux. Depuis 1999, tous les Premiers ministres que le pays a connus sont allés au terme de leurs mandats. Ce pays n’avait pourtant pas tant d’atouts naturels que cela pour assurer son développement au sortir de la période du protectorat. Contrairement au voisin algérien, doté en pétrole et en gaz, le Maroc ne pouvait compter que sur son agriculture et ses gisements de phosphate. Au moment où le Maroc gagnait son indépendance, 80 % de son PIB était ainsi tiré des industries extractives.
Lors de son intervention au Club Choiseul Africa aux côtés d’Isabelle Bébéar (BPI France) et devant un parterre de chefs d’entreprises et de diplomayes, Abdelmalek Alaoui l’a d’ailleurs rappelé: « Le Maroc, pendant des siècles, était un pays dans lequel les villes étaient ceinturées par des murailles. La vocation commerçante du Maroc et sa vocation profonde pendant des siècles va se retrouver profondément modifiée par le protectorat. En 55, le Maroc a cette géographie économique qui est centrée autour des industries extractives. C’est un schéma qu’on trouve dans beaucoup de pays colonisés. Pis, en 1956, le Maroc, pour 11 millions d’habitants, a 1 395 personnes qui passent le baccalauréat. Et avec ça, il a fallu construire une armée, une administration, une diplomatie, des équipes de football, des associations, faire vivre un système d’éducation ! »
Il est salutaire qu’un auteur marocain raconte son pays. Les références concernant le Maroc, sa géographie comme son modèle économique, ayant été souvent le fait de spécialistes étrangers, à l’image de Charles-André Julien dont la somme Le Maroc face aux impérialismes : 1415-1956 reste parfaitement pertinente pour comprendre les traits saillants de l’histoire du royaume. Au fond, l’ouvrage d’Alaoui commence là où celui de Julien s’était arrêté. Il en reprend la démarche et lui emprunte l’érudition. Il traverse les règnes d’Hassan II comme de Mohammed VI, avec pour fil rouge cette continuité monarchique qui a souvent perturbé le regard français. Le Maroc c’est l’histoire de ses rois, bien plus que celui des idéologies du siècle dernier qui n’ont traversé que superficiellement ce pays qui n’a jamais pratiqué le « chantage mémoriel » à l’égard de la France et qui a pensé le siècle dernier comme celui d’une renaissance patiente et d’un retour dans le concert des nations qui comptent. Pour cela, ce pays a dû bâtir des infrastructures en misant sur l’éducation et des secteurs économiques stratégiques, tels que l’industrie automobile, sans bénéficier des rentes énergétiques.
Comme le titre de l’ouvrage le laisse entendre, les défis sont encore nombreux. Il y a ceux, communs à toutes les nations que sont l’accroissement des tensions militaires, le réchauffement climatique, les changements de mœurs, ou encore la révolution technologique induite par l’IA. Mais il y a aussi des défis spécifiques au Maroc. L’emploi des jeunes est ainsi prioritaire, de même que l’aménagement d’un territoire où la ruralité souffre encore beaucoup par rapport aux grands ensembles urbains, ce qui avait fait dire à Mohammed VI qu’il ne fallait pas que le Maroc soit « à deux vitesses ». La dépense publique équivaut à 60 % du PIB, engendrant parfois des « éléphants blancs » et grands projets dont le financement aurait pu être injecté ailleurs.
Les élites économiques et la diaspora invitées à plus s’investir dans le pays
Abdelmalek Alaoui ne l’ignore pas et plaide pour que les grandes fortunes privées investissent et s’investissent bien plus dans la vie du pays : « le plus grand danger, c’est que ma communauté, la communauté à laquelle j’appartiens, qui est celle d’une communauté majoritairement privilégiée, on a, pour notre très grande majorité, abandonné le combat politique et abandonné l’implication dans la vie politique dans notre pays. Il faut donc recréer les voies et moyens pour qu’il y ait un réengagement des élites du secteur privé dans l’économie marocaine, dans l’employabilité des jeunes », et comprendre que ce qui est le plus essentiel n’est peut-être pas l’EBITDA, mais l’EBITDA de long terme. Les priorités sont claires : comment renverser le paradigme en matière d’investissement public et privé ?
On sent bien là les points communs qu’une monarchie anccienne a avec le gaullisme français, soit le sens d’une nation organique où les plus aisés doivent participer au bien commun. Bref, un progressisme… qui n’est pas échevelé et qui tient compte des réalités, mais aussi et surtout des plus faibles. Quand ceux qui ont moins sentent qu’ils n’ont pas de place ni d’avenir, c’est le pays qui court un grand danger, et c’est précisément à ce défi principal qu’entend répondre Abdelmalek Alaoui.
La France l’a d’ailleurs bien enregistré. Depuis deux ans, les relations se sont réchauffées et la relation particulière semble renouée : « La capacité à pouvoir instaurer cette relation d’égal à égal a d’abord été portée par une qualité exceptionnelle des hommes et des femmes qui ont vascularisé la relation des deux côtés de la Méditerranée. Se débarrasser de certains comportements de part et d’autre, peut-être un petit peu de défiance du côté marocain, peut-être parfois un peu de condescendance côté français. Surtout, 90% des accords qui ont été signés en 2024 ne sont pas de l’achat de biens sophistiqués par un pays venu du Sud, mais des coentreprises où il y a du co-investissement. Dans les relations internationales, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.»
La France rend hommage au sergent-chef Florian Montorio et au caporal-chef Anicet Girardin morts au Liban. Notre pays apparaît comme très mauvais stratège pour prévenir ou surmonter les guerres imposées aux malheureux Libanais. Et toujours pressé de passer à autre chose.
Samedi, deux soldats français ont été tués au Sud-Liban, dans une attaque visant un convoi de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Cet épisode n’est pas isolé. Depuis 2006, la FINUL, dans sa nouvelle configuration, a été visée à plusieurs reprises, dont la plus grave en juin 2007, lorsqu’une voiture piégée a tué six Casques bleus, trois Espagnols et trois Colombiens. En juillet 2011, un convoi français a de nouveau été frappé près de la ville portuaire de Saïda. Plus récemment encore, des soldats italiens ont été blessés dans une attaque similaire. L’attentat le plus meurtrier, en 2007, a fait l’objet d’enquêtes libanaises et internationales, mais aucune revendication claire ni aucun procès abouti n’ont permis d’établir une responsabilité officielle. Il en va de même pour l’attaque contre le convoi français en 2011 et pour les incidents plus récents. En pratique, nombre d’analyses considèrent que ces attaques s’inscrivent dans une logique de pression exercée dans des zones contrôlées ou dominées par le Hezbollah. Mais juridiquement et officiellement, il n’existe pas d’attribution claire et reconnue.
Réaction diplomatique française mesurée
Au lendemain de l’attaque, les réactions françaises ont été rapides, mais mesurées. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé un acte grave, rappelant que « s’en prendre ainsi à des casques bleus, à des soldats de la paix qui sont parfaitement identifiables sur le terrain, c’est constitutif d’un crime de guerre ». Le président de la République a également précisé que « c’est le Hezbollah qui, en effet, a visé nos soldats (…) », tout en ajoutant que « [le Hezbollah] ne les a pas visés parce qu’ils étaient français. Il les a visés parce qu’ils tenaient la mission d’être aux côtés des populations civiles ». Quant à Jean-Noël Barrot, il a insisté sur la nécessité de préserver le Liban, affirmant que « le Liban ne doit pas être la victime expiatoire de dynamiques régionales ou de guerres qu’il n’a pas choisies » et que « détruire le Liban ne permet pas de détruire le Hezbollah. Au contraire, cela le renforce ». Autrement dit, une position tellement nuancée qu’elle devient incompréhensible.
Cette ligne traduit une volonté claire : tourner la page de l’incident sans escalade, refuser l’engrenage et laisser aux autorités libanaises la responsabilité de gérer la situation. Aucune mesure concrète n’a été annoncée. Pas de changement de posture, pas de pression directe.
Pourtant, après près d’un demi-siècle de présence dans cette région, la France dispose d’une connaissance fine du terrain. Ses militaires et ses services connaissent les villages, les familles, les équilibres locaux. Ils savent qui vit de quoi, quels réseaux structurent l’économie et le pouvoir, comment s’articulent les liens entre notables chiites, clans et diasporas installées en Afrique de l’Ouest ou en Amérique latine. Les leviers existent. Les moyens de faire passer des messages clairs aussi. Faire comprendre qu’on ne s’en prend pas impunément à des soldats français n’est pas mission impossible. C’est même le minimum.
Cependant, la réaction française, en apparence ferme, demeure dans les faits d’une prudence de Sioux. Pour anticiper la suite, il suffit de rappeler l’incident d’Erbil, survenu le 12 mars, qui a coûté la vie au soldat Arnaud Frion. Cette attaque, attribuée à une milice irakienne proche de Téhéran, a donné lieu à une réaction française abondante dans les mots mais rapidement refermée dans les faits: hommages, condamnations, demande aux autorités irakiennes de faire toute la lumière, puis silence opérationnel. Aucune clarification publique sur les responsabilités ultimes. Comme au Liban, la France marque le coup, puis s’efforce de tourner la page au plus vite, afin d’éviter les conséquences de la clarté et la vérité.
La France refuse l’action et l’inaction
Cette prudence s’inscrit dans une histoire longue. La relation de la France au Liban est faite de proximité politique, de responsabilité morale et de traumatismes stratégiques. Le souvenir de l’attentat du Drakkar en 1983, qui avait coûté la vie à 58 parachutistes français, continue de peser. Le contingent français avait été invité par le gouvernement libanais. S’en prendre à lui ne servait pas les intérêts du Liban, y compris ceux de la communauté chiite, et profitait avant tout à l’Iran.
À cette tragédie s’ajoutent les prises d’otages des années 1980, les attentats sur le sol français et les réseaux liés à Téhéran. Et pour que nous n’oublions pas la leçon, Téhéran utilise des affaires comme celle de Jacques Paris et Cécile Kohler comme de piqure de rappel. Et ça marche. Cette stratégie mafieuse a produit une forme de retenue structurelle, une conscience aiguë du coût d’un affrontement direct avec l’Iran et ses relais.
D’où une position française profondément ambivalente. D’un côté, Paris affirme le principe de souveraineté libanaise: il faut soutenir l’État et aider ses forces armées afin qu’il puisse exercer pleinement son autorité, notamment en imposant le monopole de la force. Le Hezbollah, dans cette perspective, doit être désarmé. Mais, de l’autre, la France se refuse à désigner clairement l’Iran comme acteur central du problème et n’explique ni comment, face à l’impuissance libanaise, le Hezbollah pourrait être désarmé, ni par qui. Elle évite toute confrontation directe et s’en tient à une diplomatie de gestion de crise, sans proposer de véritable issue, ni dire comment les Libanais, les Syriens et les Israéliens pourraient coexister avec un État affaibli dont le Hezbollah utilise le territoire comme base d’opérations.
Après des décennies d’expérience, on peut affirmer que les Forces armées libanaises, composées en partie de chiites, sous-équipées et mal rémunérées, n’ont ni la capacité ni la légitimité pour affronter le Hezbollah. Demander au Liban de « s’en occuper » revient, en réalité, à constater une impuissance sans en tirer les conséquences.
C’est là que la contradiction apparaît dans toute sa netteté. Le Liban ne peut pas désarmer le Hezbollah. Israël, lui, peut y contribuer de manière décisive. Mais toute action israélienne est immédiatement condamnée, au nom de la stabilité du Liban. La France refuse à la fois l’inaction et l’action : elle affirme un objectif sans accepter les moyens nécessaires pour l’atteindre.
Le résultat est une politique d’entre-deux. Une présence maintenue au sein de la FINUL, mais exposée et insuffisamment soutenue. Un discours de fermeté sans traduction opérationnelle. L’attaque de samedi ne fait que rappeler cette impasse. Elle montre que la France est engagée dans un théâtre où elle n’a ni les moyens de contraindre, ni la volonté d’escalader et, au fond, pas de stratégie pour transformer sa position particulière en véritable levier d’influence.
Ce «droit d’inventaire» vis-à-vis des deux septennats de François Mitterrand que Lionel Jospin avait réclamé lors de la campagne présidentielle de 1995, désormais, c’est à lui, le temps des hommages et des couronnes de roses passé, que nous voulons l’appliquer.
Parlons tout de suite de la face nord plongée dans l’ombre de cette statue du commandeur qu’il fut. La preuve du pudding, c’est qu’on le mange, disait Friedrich Engels. Trotskiste un jour, trotskiste toujours, la vérité de ce dicton politique, c’est Lionel Jospin qui l’incarne. Ce n’est pas moi c’est mon frère, a-t-il commencé à dire, contrairement à l’agneau de la fable de La Fontaine qui n’en avait point.Quant à son père, c’était un socialiste, enfin… de la SFIO, dont il a été viré un temps, après-guerre. Il faut dire qu’en avril 1944 l’ambassadeur d’Allemagne à Paris décide de lancer un nouvel hebdo de gauche collaborationniste, Germinal portant le bandeau : « Hebdomadaire de la pensée socialiste française ». Robert Jospin, le père de Lionel donc, était l’une de ses plumes, heureusement pas aussi brillante que celle de Robert Brasillach qui sera fusillé ; le Général ayant refusé sa grâce sous la pression des communistes, mais pas seulement. De Gaulle écrira « le talent est un titre de responsabilité », faisant de ce talent une circonstance aggravante, car il accroît l’influence de l’écrivain.
L’OCI, les lambertistes, l’organisation trotskiste la plus occulte conduite par Pierre Boussel dit Lambert, pratique l’entrisme. Lionel Jospin non seulement en était, mais alors jeune énarque, né dans une famille protestante de militants de gauche, lui-même athée, c’est l’Organisation Communiste Internationale qui lui demande d’infiltrer le PS à sa création en 1971. Loin d’être un cas isolé, on retrouvera au PS les trotskistes Jean-Christophe Cambadélis ou Jean-Luc Mélenchon, « la liste des sous-marins placés dans de nombreuses organisations politiques ou syndicales est beaucoup plus fournie qu’on ne le croit puisqu’il faut encore y ajouter quatre secrétaires généraux de la CGT-FO, dont Jean-Claude Mailly ou Marc Blondel, franc-maçon de surcroît, et puis une ribambelle d’autres figures de la vie publique, dont un grand-maître du Grand Orient de France[1].
Pourquoi Trotski a-t-il bénéficié d’une image positive ? Déjà, le peu qu’il fut au pouvoir en Russie soviétique, il aura été autant criminel que les autres. Mais ce qui nous intéresse ici pour la suite, c’est la querelle des Anciens et des Modernes, et du rapport du peuple à l’art et à l’instruction en général, parce que Lionel Jospin sera ministre de l’Éducation.
Lors de la révolution soviétique certains voulaient créer un art nouveau pour un homme nouveau, d’autres parlaient d’art prolétarien, tandis que Lénine, puis Staline, soutenaient qu’il fallait donner au peuple tout entier un accès à l’art, à la culture, à la grande littérature, à ce qu’on appelait l’art bourgeois. En exil, Trotski continua à promouvoir cette idée de rupture, soutenu en cela par les surréalistes.
Trotskiste un jour, trotskiste toujours, Jospin ministre de l’Éducation, lance en 1989 contre les mandarins du savoir, la réforme de « l’élève au centre du système ». L’enfant devient sujet, juge, acteur. Le pédagogisme s’empare définitivement du mammouth, Claude Allègre n’y pourra rien, un certain Philippe Mérieu a été installé dans la place. Catho de gauche écolo – les pires – il s’opposera à Blanquer, évidemment. Vite remplacé par Pap Ndiaye, l’extase. Soyons honnête : la transmission du savoir de l’honnête homme est en crise dans tout l’Occident. Je vous renvoie à l’universitaire et philosophe Allan Bloom, et à son best-seller The Closing of the American Mind publié en 1987, dans lequel il déplore que les élèves de la meilleure société se détournent aussi des grands classiques de la littérature.
Jospin aux mains pures comme les kantistes qui n’ont pas de mains
S’il n’en était à l’initiative, Jospin laissait toujours s’installer le pire. Ainsi l’affaire des « foulards de Creil » à la rentrée des classes 1989, quand il était ministre de l’Éducation nationale. Il se contenta de dire qu’il fallait « respecter la laïcité de l’école. »
Mais comme Ponce Pilate il s’en lave les mains. « En cas de blocage, et en cas de refus, l’école doit accepter ces enfants. » Les trois collégiennes, Leila, Fatima et Samira refusent de retirer leur hijab. Aujourd’hui, nous récoltons les premières conseillères municipales voilées. Que voulait-il dire quand il déclara à des journalistes : « Et qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ? »[2]
Rebelote en 1991, en réponse aux parlementaires de l’opposition, dont Philippe de Villiers, qui réclament le départ de l’Université de Georges Boudarel, ce maître de conférences d’histoire récemment mis en cause pour son passé d’instructeur politique dans un camp vietminh. « Le recrutement et la carrière des enseignants du supérieur relèvent exclusivement de leurs pairs, a expliqué Jospin. »[3] Sur le passé de Boudarel, condamné à mort par contumace, rentré en France en 1966 à la faveur d’une loi d’amnistie, le ministre rappelle que « le choix de l’anticolonialisme était juste. » Mais ajoute, — le « en même temps » macroniste, déjà — : « rien ne peut justifier qu’un intellectuel, qu’un professeur, devienne un kapo dans un camp de prisonniers, dans un camp de concentration (le camp 113), dans lequel les hommes qui appartenaient à son propre pays mouraient », mais d’ajouter qu’aujourd’hui « il existe un autre Boudarel, » et que « le mieux est de le laisser face à sa conscience. »[4] Là aussi, il s’en lave les mains. Des mains pures comme celles des kantistes qui n’ont pas de mains, disait Péguy.
De la même manière, « le naïf », c’est lui-même qui l’avouera plus tard, évoquera le « sentiment d’insécurité » au lieu de constater et de combattre les causes de l’augmentation réelle de l’insécurité prouvée par les enquêtes de victimation.
En 1998, c’est l’affaire de la MNEF (Mutuelle Nationale des Étudiants de France) : scandale financier majeur, impliquant emplois fictifs, fausses factures, enrichissement personnel et détournements massifs au sein de la mutuelle étudiante, contrôlée depuis les années 1980 par des réseaux proches du Parti socialiste (notamment ex-militants trotskistes lambertistes de l’UNEF-ID, la bande de la MNEF). L’affaire éclabousse forcément le si probe gouvernent Jospin. Lionel a senti passer le vent du boulet.
En 2000, c’est la jeune Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, à qui, il a laissé saboter à Bruxelles la filière nucléaire française — c’est-à-dire exclure l’énergie de la liste des énergies propre — pour la plus grande Schadenfreude « joie mauvaise » des Allemands. Il faudra attendre 2025, un quart de siècle, pour que la CJUE officialise le nucléaire comme énergie propre dans la taxonomie verte.
Last but not least, Premier ministre, Jospin crée le poste de Ministre délégué à l’Enseignement professionnel pour l’ancien trotskiste de l’OCI, le camarade Jean-Luc Mélenchon, un poste qui disparaîtra comme par hasard avec l’échec à la présidentielle en 2002.
Je vais maintenant faire du gonzo journalism. Ayant subi la crise de l’emploi des cadres dans les années 1990, j’étais employé en tant que vacataire quand le bon Jospin remporta les législatives suite à la dissolution imaginée par Villepin alors Premier ministre de Chirac. Je n’avais donc pas décroché le fameux CDI au grand dam de mes parents ; j’étais peut-être exploité, précaire, mais je n’étais pas désœuvré, et suivais en parallèle une formation en marketing direct. Que pensez-vous que fit ce bon Jospin, bon comme du bon pain ? Il demanda à mon employeur de me faire un CDI. Je n’avais rien demandé. En attendant mieux, récemment logé à Paris dans le XVIe, je me disais « c’est déjà ça » en traversant le pont Mirabeau pour rejoindre ma chambre de bonne, pendant que les militants communistes tractaient pour dénoncer la situation des immigrants mal-logés. J’avais suffisamment de travail par mois pour pouvoir payer mon loyer, et aucune envie de faire un prêt pour acheter un appart en banlieue grâce au fameux CDI.
En revanche les effets pervers des mesures contraignantes du Premier ministre Jospin pour lutter contre l’emploi précaire firent que mon employeur cessa de m’octroyer de nouvelles missions. J’ai dû en chercher un autre. Et j’ai fini par jongler avec trois employeurs en même temps, vous imaginez le casse-tête. Je voulais juste du travail, pas forcément un contrat. Il voulait mon bien, le bon Jospin, comme le bon roi Henri la poule au pot, mais avoir une idée du bonheur et vouloir l’imposer, c’est le commencement de la dictature, disait André Glucksmann. À la fin de ces années 1990, j’ai eu de fait un CDI avec l’obtention du poste de directeur marketing que je convoitais. Plus tard, l’ascension sociale, ce serait directeur général, ce qui m’a permis de louer un trois-pièces haussmannien. Il faut dire que, même si j’ai toujours continué à mener en parallèle ma vie d’écrivain, j’avais renoncé à une carrière universitaire de sociologue en raison des mensonges de Bourdieu et de ses affidés, prodrome du wokisme, et préféré la vérité du résultat d’une entreprise commerciale qui se reflétait dans le P&L (les profits et pertes du bilan annuel)…
Jospin vainqueur des législatives 1997 par effraction
INA
Les Français subirent les 35h pour tous, déjà évoquées lors de la campagne présidentielle qu’il perd, bien qu’arrivé en tête au premier tour. Deux ans plus tard, vainqueur des législatives — par effraction dixit François Baroin, c’est-à-dire grâce aux triangulaires avec le FN —, le Premier ministre impose les 35h pour tous et obligatoires. La gauche a un totem : « Pour tous et obligatoire. » Avec des inspecteurs du travail qui contrôlèrent la durée de stationnement des véhicules des cadres. Heureusement Sarkozy libérera les heures supplémentaires qui seront défiscalisés. Mesure supprimée par Hollande.
Sur le plan économique, vu de l’international, l’Anglais Blair et l’Allemand Schröder lui volent la vedette en débarrassant la social-démocratie des derniers oripeaux du socialisme au profit d’une vision sociale-libérale.
Sous Jospin, il y a eu aussi le Pacs qui devait nous épargner, promis juré, le mariage pour tous. Les socialistes vont ânonnant « pour tous ! pour tous ! » alors que les Français n’aiment que les privilèges, rien pour eux.
Puis comme la guillotine humanisa la peine de mort, l’IVG médicamenteuse, moins invasive, introduite en 1989 à l’hôpital, est permise dès 2001 en cabinet de médecine de ville (gynécologues et généralistes).
Quand on a lu Alexandre Dumas, on sait ce qu’il faut penser des protestants. Que lisait donc « l’austère qui se marre », qui publia un livre de petites blagues ? Voulait-il concurrencer Monsieur Petites Blagues, le futur capitaine de pédalo ? En se rasant le matin, il demandait à son miroir : « Dis-moi mon beau miroir, suis-je le plus sympa des hommes de ce gouvernement ? — Des hommes de ce gouvernement peut-être, mais au château, il y a un mangeur de pommes bien plus sympa que toi. — Ha ! Super menteur ! — Le menteur c’est toi. — Je n’ai rien dit. — Justement, mensonge par omission, le pire des mensonges. — Quoi qu’il en soit, les médias m’aiment bien. J’ai même leur soutien depuis cinq ans. »
Le couperet est tombé en 2002. Avec Séguéla, ils se sont crus malins. Se préparer un réservoir de voix pour le second tour, 100% garanti par Taubira. Malinx, le Linx ! Elles auront simplement manqué pour y accéder…
À la question d’imaginer « une minute » qu’il ne passe pas au second tour : pour qui voterait-il alors ? Jospin le malin est pris d’un grand éclat de rire. « J’ai une imagination normale, mais tempérée par la raison quand même » dit-il, « ça me paraît assez peu vraisemblable, hein, donc on peut passer à la question suivante ». Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen faisant face au président sortant Chirac pour le second tour. Le candidat vaincu annonce : « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique. » La morale en lui, le ciel étoilé au-dessus de lui, comme aurait dit Emmanuel Kant.
En déplacement hier dans l’Allier (notre photo), le président Macron a annoncé vouloir lever les blocages administratifs de 150 projets industriels, qu’il qualifie de «150 cathédrales industrielles». Alors que le pays peine à se réindustrialiser et que «la Chine fait du dumping et nous casse», la limitation des contentieux et le raccourcissement des délais d’autorisation sont primordiaux. Mais pourquoi n’applique-t-on pas cette méthode en permanence? se demande Élisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.
Pour réindustrialiser la France, Emmanuel Macron préconise la méthode Notre-Dame. Alléluia ! Le président de la République a été touché par la grâce. Un an avant la fin de son second mandat, il découvre que l’empilement de normes, règlements, contrôles et autres interdictions décourage l’initiative, pénalise les entrepreneurs et transforme n’importe quel projet en gymkhana administratif.
Il veut donc que 150 projets industriels soient traités avec la méthode Notre-Dame/Jeux Olympiques, autrement dit par un régime d’exception : procédures accélérées, délais d’autorisations et de permis raccourcis, limitations des contentieux. Plus une simplification du code de l’environnement qui, apprend-on, a triplé de volume depuis le début des années 2000. Bref, « tout ce qui peut renchérir le coût d’un projet industriel ou empêcher sa réalisation, doit être évité ».
Evidemment, tout le monde applaudit. Mais si on raisonne a contrario, cela signifie donc que jusque-là, ce qui pouvait renchérir ou interdire un projet industriel avait cours et qu’on ne pouvait rien y faire. C’est tout de même désespérant : le président Macron reconnait que toutes ces contraintes ne sont absolument pas nécessaires, autrement dit que l’Etat veille au respect de règles dont la légitimité n’est nullement démontrée sinon pour faire prospérer l’armée de technocrates chargée de veiller à leur application – avec l’appareil de contrôle et de sanctions que cela suppose.
En ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps pour s’en débarrasser ? Il y a trois réponses à avancer :
D’abord, je le répète, ces normes justifient l’existence des fonctionnaires chargés de les faire appliquer ;
Ensuite, le principe de précaution interdit aux agents économiques, en particulier publics, de prendre le moindre risque – nous sommes les rois de l’usine à gaz et de l’ouverture de parapluies ;
Enfin, une grande partie de ces normes sont le fruit d’un lobbying intense d’ONG et de diverses associations présentées comme « expertes » et auxquelles personne n’ose jamais dire non.
Pour en finir avec ce mal français numéro un de la surrèglementation et suradministration, il faut détricoter ou neutraliser ce que le Parlement et le gouvernement ont fait depuis tant d’années. Cela demande par ailleurs une chose inédite et assez compliquée à obtenir en France: faire confiance aux acteurs économiques au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues. Bref, l’exception doit devenir la règle. Mais ne vous inquiétez pas : on peut compter sur les syndicats, les associations et les ONG pour expliquer bruyamment que cette volonté de simplification est le cheval de Troie de l’ultralibéralisme ! Ce qui me fait toujours rire, dans un pays qui redistribue 54% de son PIB. Beaucoup trop de gens et d’institutions considèrent que la justice sociale consiste à emmerder les Français. Surtout quand ils sont entrepreneurs.
Etait-ce mieux hier? À l’école, certainement: pour bien réussir, mieux vaut désormais se protéger du système scolaire, et faire l’école à la maison. C’est ce qu’a l’air de penser notre chroniqueur, bon élève d’autrefois, après s’être confronté à une bonne élève d’aujourd’hui. Il est décidément très réactionnaire, non?
Son père était flic, sa mère sténo-dactylo, comme on disait alors. Ni l’un ni l’autre n’avait le Bac. Ils vivaient dans les quartiers Nord de Marseille, dans des HLM première génération. Il eut une enfance de voyou.
Mais il s’avéra rapidement qu’il était bon élève, et qu’il aimait lire — et écrire. Et, plus encore, entendre la maîtresse lire à voix haute sa dernière rédaction. Et les copains, à la récré, qui demandaient : « Mais où vas-tu chercher tout ça ! »
Puis au lycée — ils furent huit à y aller sur deux classes de CM2 à 40 élèves chacune, où l’on entendait les mouches voler. Il s’ennuyait, il passa le Bac en candidat libre en Première, arriva en Hypokhâgne au lycée Thiers, et réussit l’ENS-Saint-Cloud du premier coup, l’année suivante.
Dans les années 1950-1960, ça se passait comme ça — pour certains.
Changement d’époque
Elle est née vers 2004, elle appartient à la Génération Z, celle qui correspond le mieux à la présente idiocratie. Sa mère est institutrice, son père prof de philo, quelque part dans une province campagnarde.
D’un commun accord, ils ont décidé d’épargner à leur fille, Anne, l’enseignement de l’ignorance tel qu’il se pratique dans l’enseignement public (et une bonne part du privé, quoi qu’on prétende). Ils ont fait « école à la maison » — ce que l’Educ-Nat, tancée par les pédagogues qui ont infiltré le système, décourage de toutes ses forces : « Tous nuls, mais tous égaux ! »
Puis a suivi un enseignement du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance). Elle a consenti à se mêler à ses pairs en Quatrième. En Seconde, elle file vers le lycée public du Forez, à Feurs (Loire) — pas à Henri-IV, pas à Louis-le-Grand. Pas à « Stan ».
Catholique de formation et de goût, elle apprend seule le latin, pour lire enfin la Bible mieux que saint Jérôme (une initiative digne des humanistes réformés du XVIe siècle, je serais son confesseur attitré, je me méfierais, il y a du jansénisme en devenir chez cette gamine), réussit le Bac avec 19 de moyenne, 20 / 20 à toutes les épreuves écrites — dont les deux épreuves anticipées de Français en Première.
Le lycée du Parc, à Lyon, a l’heureuse idée de l’accepter en Hypokhâgne AL : « Durant deux ans, écrit Romain Mercier dans Le Figaro, Anne reproduit le même schéma de travail. La jeune femme est en cours de 8 h à 16 h 30, puis elle s’organise deux sessions de révisions : de la fin des cours à 19 h et de 20 h à 22 h. » Et deux ans plus tard, elle est major au concours d’entrée de l’ENS, avec trois fois 20 en Lettres, Latin et Grec. Et 17,3 de moyenne générale.
J’oubliais : elle n’avait pas de portable. Pas d’accès aux réseaux sociaux. Et rétrospectivement, elle s’en félicite. Ai-je déjà dit que les parents qui offrent des smartphones à leurs gamins sont des criminels ? Qu’il faudrait leur retirer la garde de leurs marmots, pré-détruits ? Eh bien, c’est fait.
Contourner la fabrique du crétin
Que retenir de ces deux parcours ?
Le premier a bénéficié de l’enseignement public de qualité prodigué dans un quartier perdu des années 50-60 par des instits bien formés et dévoués — grâces leur soient rendues. Puis de profs de lycée compétents, tout aussi dévoués à la réussite de leurs élèves. Des profs du public.
Marseille n’est pas la ville la plus bourgeoise de France. Mais en cette année 1972, ce furent 14 élèves de CPGE littéraire qui intégrèrent les diverses ENS. 14 ! Aujourd’hui quand il y en a un, ils sabrent le champagne…
Quant à la seconde, elle a ingénieusement contourné la fabrique du crétin, qui tourne à plein régime depuis que Meirieu and Co en ont pris les commandes. Au lieu de s’égarer sur Tik-Tok ou Discord, elle a beaucoup lu, et continue à lire. Elle a quelques amis choisis, et pas une foule de connaissances anxieuses de ressembler aux influenceuses, à Dubaï ou ailleurs, dans des poses de demi-putes — ou plus, si affinités.
Elle réussit, au lieu de parader. Bravo à ses parents. Bravo à tous les parents qui s’occupent vraiment de leurs bambins, au lieu de les confiner devant des écrans et des pizzas surgelées.
Un dernier point. 17,3 de moyenne, cela signifie que la barre d’admissibilité est aux alentours de 14. Et aucune IA (aucune, vous, m’entendez) n’est capable de ce genre de performance. Confier vos enfants aux machines, sous prétexte qu’elles « pensent », c’est assurer leur échec. L’IA vous assure 10/20 — mais avec ça, tu n’as plus rien.
Des poursuites sont engagées auprès du parquet de Paris contre Uber et Deliveroo, géants de la livraison à domicile, dénonçant des conditions de travail contraires à la dignité humaine.
Quatre associations de coursiers ont décidé d’engager des poursuites contre les deux grandes plateformes de livraison à domicile Uber Eats et Déliveroo. Elles ont saisi le parquet de Paris pour « traite d’êtres humains ». Faut-il rappeler que nous sommes en 2026, en France, pays qui peut s’enorgueillir à bon droit d’avoir aboli l’esclavage voilà quelque deux ou trois siècles ? Rappelons aussi que, chez nous, ce crime de traite des êtres humains est passible de dix ans de prison et 1,5 million d’amende.
Il semble que, dans le lamentable mouvement de déclin que connaît notre pays, cette abolition se trouve allègrement détournée. Bien sûr, cet esclavage-là, celui des temps modernes, l’esclavage digitalisé ne dit pas clairement son nom. Certains vont même jusqu’à y voir une des formes les plus achevées du libéralisme entrepreneurial. Sur le papier peut-être. Dans les faits, on en est aux antipodes.
On les voit, ces livreurs, fourmis à vélo, se faufilant dans la circulation au mépris du danger, mais aussi des règles ordinaires de circulation, pour aller livrer à Monsieur-tout-le-monde sa pitance du soir de match ou du petit dîner entre copains, entre filles, comme dans les pubs vantant ce joyeux service. Vu de ce côté-là, celui du client-consommateur, c’est d’ailleurs plutôt sympa. Le système convient, à preuve son succès. Vu du côté du gars qui livre, c’est autre chose. Rémunération calculée au plus chiche, 6 euros de l’heure selon les plaignants alors qu’un accord à 11, 45 euros avait été conclu voilà deux ans. Une course de 4 km qui était payée 6,50 euros avant le Covid ne vaut plus que 4,50 aujourd’hui. Pour espérer un gain mensuel (non assuré) de 1 450 euros, il faut aligner au minimum quelque 63 heures de boulot hebdomadaire. Les heures d’attente ne sont pas payées, on s’en doute. Avec ça, prière de ne pas attraper la crève ou de tomber de vélo. La course par tous les temps. Le garde chiourme d’aujourd’hui, le sous-esclavagiste qui tient le fouet en main porte le nom très chic et très affriolant d’algorithme. Le livreur est tout entier sous sa domination. L’algorithme sait tout de lui, l’a à l’œil en permanence. Le faux pas, le client mal léché, et le gars voit son compte bloqué. Il en est averti juste par SMS. Pourquoi s’encombrer d’un minimum d’humanité ? Le compte, parlons-en. Comme ces forçats du mollet ou du gymkhana en deux roues motorisées sont à 98% des immigrés, et à 68% sans papiers, il leur faut trouver un prête-nom pour faire exister ce compte. Et donc reverser à cet humaniste bon teint une part de leur paie. Merveilleux système. Immigrés, sans papiers, ce n’est pas évidemment la meilleure position pour la ramener, protester, revendiquer ses droits. Tu pédales, tu livres ou tu crèves, en quelque sorte…
En fait, on l’aura bien compris, le nœud de l’affaire est bien là : l’immigration hors de contrôle, pléthorique que nous connaissons depuis maintenant tant d’années. C’est elle qui fournit les bataillons de ces sous-prolétaires taillables et corvéables quasiment à merci, sans véritable statut, sans réelle protection. Elle, l’immigration folle qui fait que ces exploiteurs planqués derrière leur algorithme savent fort bien qu’ils se trouvent devant une réserve de tâcherons – j’allais dire de bêtes de somme – inépuisable. Pour un qui lâche, ou qui est jeté, dix accourent. Nul besoin de les forcer à coups de trique. La précarité galopante dont ils sont les premières victimes en tient lieu.
Nous verrons ce que dira la justice. Mais le simple fait que, comme je le disais, en France, en 2026, cette noble institution ait à instruire, juger un tel système et ses effets me semble constituer bel et bien la marque évidente d’une infamante régression. Une honte, en vérité.
Sur fond de tensions politiques locales, l’annulation d’une émission de Radio Nova à Auray (56) a déclenché une polémique entre accusations de censure et justifications logistiques de la mairie. Parallèlement, des témoignages dénoncent un climat de « management toxique » au sein du groupe de médias de Matthieu Pigasse, notamment lié au rôle controversé de Wassila Meddas. Récit.
Télérama s’en est ému, Mediapart en a parlé avec des accents révoltés, s’il n’y avait pas eu « l’affaire Grasset », cette affaire-là aurait vraisemblablement été traitée comme il se doit dans la grande presse et, sur France 5, un numéro de l’émission C ce soir lui aurait été entièrement consacrée : dans le Morbihan, les habitants d’Auray n’auront pas le bonheur d’assister, en juin, à l’enregistrement de La Dernière, l’émission de Radio Nova animée par Guillaume Meurice (notre photo).
Manifestation pour la liberté d’expression à Auray
Le nouveau conseil municipal de cette commune bretonne a en effet décidé d’annuler la prestation des « humoristes » de la radio bobo du banquier d’affaires d’extrême gauche Matthieu Pigasse. Immédiatement, ces derniers ont crié à la censure. La maire Françoise Naël réfute cette accusation et évoque un « très lourd cahier des charges » imposé par la radio ainsi que des difficultés pour accueillir deux mille personnes en extérieur en cas de mauvais temps. L’ancien conseil municipal de gauche – qui a signé la convention avec Radio Nova le dernier jour de ses fonctions et ne l’avait apparemment pas transmise à la nouvelle équipe – a sauté sur l’occasion pour organiser une manifestation : le 21 avril dernier, une centaine de personnes se sont réunies pour défendre la « liberté d’expression » en levant leurs petits poings. « Faut-il comprendre que certaines expressions culturelles (sic) ne trouvent plus leur place à Auray ? Que l’humour (resic), l’information (et sic de der) et la liberté de ton dérangent au point d’être écartés? », sanglotent Guillaume Meurice et l’équipe de Radio Nova dans un message relayé sur les réseaux par le collectif soutenant Claire Masson, l’ancienne maire écolo d’Auray. Comme l’heure est grave et qu’il n’y a aucun autre motif de mécontentement en ce moment, une autre manifestation pro-Radio Nova est prévue le samedi 25 avril.
Mal-être au travail dans les médias de gauche
Les ennuis de Radio Nova ne s’arrêtent pas là. Le journal Libération affirme en effet qu’un « climat de pression et d’humiliations verbales » se serait installé dans les médias du groupe Combat, propriété de Matthieu Pigasse. Plusieurs salariés du groupe – qui, précise Libé, ont tous requis l’anonymat – dénoncent le malaise grandissant au sein de Radio Nova et des Inrocks.
La cause ? La nomination à un poste de direction de Wassila Meddas. Cette jeune femme de 32 ans, « compagne affichée du banquier d’affaires », ferait régner la terreur dans les couloirs de Combat et sur les messageries numériques du groupe. Management autoritaire, voire dégradant, « propos très dévalorisants envers certains collaborateurs, les qualifiant de “nuls” ou affirmant qu’ils “ne savent rien faire” », menaces de renvoi – la jeune dame, « au CV inconnu dans les médias », occupe une fonction floue (directrice des marques du groupe), mais sa relation privilégiée avec le maître des lieux lui permet, semble-t-il, de bénéficier d’un pouvoir illimité.
Elle est ainsi parvenue à imposer, pour célébrer le 40ème anniversaire des Inrocks, un maillot imitant ceux des footballeurs américains que les salariés avaient pourtant jugé très éloigné du style de la revue prétendument culturelle. Puis, écartant les photos proposées pour en faire malgré tout la publicité, elle a imposé des images fabriquées avec une application d’IA, l’une représentant un homme portant maillot et pantalon, l’autre représentant une femme en bottes, sans pantalon ni jupe, revêtue de ce seul maillot. « On a tous été très mal à l’aise », a confié une salariée à Libé. Pour avoir « liké » un commentaire de l’association féministe Pépite Sexiste critiquant cette photo jugée misogyne, une collaboratrice a été sèchement rappelée à l’ordre et convoquée afin de recevoir un blâme pour… « déloyauté ». Des tensions ont également vu le jour entre certains collaborateurs de Radio Nova et Akim Omiri. L’animateur gaucho-communautariste de l’émission Riposte se comporterait de manière très directive, « parfois brutale ».
M. Pigasse sur le plateau de QuotidienLe comique Akim OmiriCaptures YouTube
Wassila Meddas a soutenu Akim Omiri, lequel avait été recruté directement par Matthieu Pigasse qui lui a également apporté son soutien. « Depuis, Akim traite directement avec elle ou Pigasse », explique un employé de la radio à Libération. Une nouvelle forme de népotisme semble régner sur le groupe Combat.
Pigasse se défend le wokisme en bandoulière, de curieux et obscurs tweets ressortent
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Invité à s’expliquer sur le management rigide de sa dulcinée dans l’émission Quotidien, M. Pigasse s’est livré à un petit numéro victimaire tout ce qu’il y a de plus woke : « Il faut respecter tous et toutes, y compris une femme, jeune, issue de la diversité, qui a des responsabilités. » Du respect, il semblerait bien que cette jeune femme n’en ait pas beaucoup pour ses collaborateurs, qu’elle traite comme des larbins. Quelques tweets du compte X de Wassila Meddas – fermé depuis – ont refait surface et renseignent un peu plus sur cette personne. L’un d’eux fait suite à un message de Matthieu Pigasse prenant la défense de Jean-Michel Aphatie critiqué pour ses propos délirants sur la colonisation française en Algérie qu’il comparait aux crimes nazis : « Vive l’Algérie et les Algériens ». Un autre semble être sa réponse à un tabloïd ayant révélé ses liens intimes avec le patron de Combat. Le style et l’orthographe en sont pour le moins relâchés : « Ferme ta geul toi adultère de koi elle étais même pas marier quand elle a vu son ex !!!!! Déjà commencer à savoir la vérité avant d’ouvrir vos geul ». Si Wassila Meddas parle aux salariés de Combat comme elle écrit, c’est-à-dire dans la langue atrophiée et vulgaire de n’importe quelle « influenceuse » possédant un QI inférieur à la pointure de ses Louboutin, il n’est pas étonnant qu’ils se sentent un tantinet mal à l’aise.
La chose est connue : plus un manager est limité intellectuellement, plus son expression orale et écrite est étroite, plus il y a de risque qu’il soit borné, autoritaire, brutal, colérique et grossier. Cette corrélation n’est d’ailleurs pas l’apanage de cette catégorie d’individus – la violence, la muflerie et les incivilités augmentent partout au fur et à mesure que notre société se décivilise: une langue déficiente – résultat de quarante ans de pédagogisme à l’école – une idéologie égalitariste et une sous-culture véhiculée par le divertissement médiatique et la commercialisation industrielle de produits culturels invariablement médiocres et laids, ont abouti à ce déclin.
Wassila Meddas semble être un exemple parfaitement exécrable de ce que cette époque négligée et inculte est capable de produire. Elle officie, cela était inévitable, dans un de ces endroits ayant systématiquement pour cible la langue, l’histoire, la culture d’un pays voué aux gémonies. Finalement, il y a une justice en ce bas monde: Wassila Meddas se comporte mal vis-à-vis de gens qui s’en plaignent mais se comportent guère mieux envers la majorité des Français qu’ils détestent. Tout ce petit monde s’entre-déchire ? C’est moche mais, d’un autre côté, tout à fait réjouissant.
Elle s’est éteinte à 93 ans, noyée sous les décorations, les croix, les médailles. Elle avait été danseuse étoile, puis directrice de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris. Avant que son règne impérieux ne soit entaché par un joli scandale.
On pourrait dire d’elle, sans trop risquer de se tromper ou d’être injuste, qu’elle aura été à l’arrière de l’arrière-garde. Du moins durant la seconde partie de sa vie active, quand elle obtint la direction de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris qu’elle dirigea durant plus de trente ans, années au cours desquelles apparut en France cette première génération d’artistes chorégraphiques dont elle fut l’ennemie jurée et l’infatigable contemptrice.
Ces derniers tournaient effrontément le dos au monde du ballet classique où elle s’était épanouie. Ils balayaient toutes les règles de cette danse académique qu’elle-même avait pratiquée sans ciller au sein du Ballet de l’Opéra de Paris où elle avait été nommée danseuse étoile en 1956.
Un je ne sais quoi de populacier
Etoile, elle l’était sans conteste, du moins pour ceux qui l’ont vue danser à cette époque déjà lointaine. Mais avant même de le devenir, elle faisait preuve d’un fort tempérament. Et sans nul doute réjouissant. Non loin de ses débuts à l’Opéra, un fou rire inextinguible durant une représentation lui avait valu les foudres de l’administration. Et alors qu’elle avait déjà rang de petit sujet, elle s’était vue cruellement rétrogradée au niveau de coryphée. Pour deux mois seulement, il est vrai. On n’était pas si méchant. Il est vrai qu’elle avait pour atout d’avoir du talent. Ses contemporains purent à juste titre vanter ses qualités techniques, son abatage, son brillant. Elle avait aussi un certain chic canaille, mêlé d’un je ne sais quoi de populacier qui faisait quelque effet dans l’univers policé du ballet.
Un Torquemada courant sus à l’hérétique
Quand elle quitta la scène du Palais Garnier, elle avait fait dix fois le tour du monde, aussi bien avec le Ballet de l’Opéra qui participait alors à de nombreuses tournées internationales, qu’en tant qu’étoile invitée par des compagnies étrangères. Et elle avait servi sans faille un vaste répertoire classique et néo-classique, parfois dansé durant ces soirées de gala qu’il était alors d’usage d’offrir aux chefs d’Etat en visite officielle à Paris.
Avec son déclin de danseuse, c’était aussi une époque qui s’achevait. Quelques jours après ses adieux à la scène fin octobre 1974, le Ballet de l’Opéra entreprenait enfin dès novembre son aggiornamento en interprétant la première chorégraphie réellement moderne écrite pour la compagnie par Merce Cunningham ! De là sans doute cette détestation féroce pour tout ce qui était vu par Bessy (Durand, eh oui ! de son vrai nom) comme indigne du monde de la danse ; cette fureur d’un Torquemada courant sus à l’hérétique. « Son univers artistique s’était arrêté à la fin du XIXe siècle », osera le directeur d’une célèbre compagnie de ballet.
Si loin des regards
Claude Bessy aura exercé cent fonctions diverses durant son existence. Mais c’est évidemment celle de directrice de l‘Ecole de Danse de l’Opéra de Paris qui sera la plus en vue. Elle avait été désignée à ce poste clef parce qu’elle jouissait d’une réputation de bonne pédagogue. Et de 1972 à 2004, elle dirigera ainsi une institution créée à l’extrême fin du règne de Louis XIV, en 1713, abritée sous la coupole de l’Opéra de Paris depuis 1875, puis installée à Nanterre en 1987. Devenu directeur de la Musique et de la Danse au moment où les socialistes prennent le pouvoir en 1981 et où prend corps cette idée de déménagement nécessaire de l’Ecole de Danse dans la banlieue, Maurice Fleuret, connaissant Claude Bessy, redoutait cette installation si loin de l’Opéra, si loin des regards. L’avenir allait lui donner quelque peu raison.
Un bataillon disciplinaire
On y dressera des élèves qui seront de brillants techniciens, mais souvent sans grande personnalité. Parmi eux cependant va éclore une nouvelle génération de magnifiques artistes. Alors qu’elle innove et qu’elle offre aux élèves avancés la chance d’affronter la scène en se produisant dans de nombreux pays, de l’Asie aux Amériques, Claude Bessy dirige toutefois l’école d’une main de fer. Et peu à peu lui imprime un cachet qui n’est pas toujours pittoresque. A cause d’un environnement qui n’est pas parfois des plus favorables, l’établissement, pour se protéger d’agressions extérieures, se mue en forteresse. Volets mi-clos, enfermement des internes, interdiction de téléphone personnel, privation de journaux, isolement du monde extérieur : l’école paraît relever davantage du bataillon disciplinaire que de l’institution artistique. Claude Bessy n’est peut-être pas la Mère Mac Miche du Bon petit diable de Sophie de Ségur, ni même l’affreuse Madame Papovsky du Général Dourakine auxquelles on pourrait penser en lisant les journaux, mais la voilà bel et bien précipitée subitement du haut de son piédestal à la suite d’un rapport d’experts diligentés à l’Ecole de Nanterre à la suite de multiples plaintes et doléances à l’aube des années 2000.
Malgré la douleur
« La souffrance et le harcèlement moral y sont poussés jusqu’à la caricature à cause du despotisme imposé par une conception étroite de l’enseignement artistique et (…) de la discipline », écrivent les rapporteurs qui relatent un déni de souffrance des enfants, un climat de terreur psychologique, une insuffisance de suivi médical, le mépris affiché face aux parents, les insultes publiques aux élèves comme aux professeurs… sans parler de la rumeur persistante d’un viol d’élèves par deux de ses camarades plus âgés. « Voudrait-on produire des imbéciles, des inadaptés de la vie que l’on ne s’y prendrait pas autrement » s’indignera un danseur-étoile devant des méthodes qui déjà paraissent d’un autre âge.
Une grande froideur
Dans cet univers calfeutré, « un sentiment de peur semble se répandre parmi le personnel », reprend le cabinet d’experts qui cite un professeur : « Elle (Claude Bessy) nous terrorise en étant très vulgaire. Elle nous traite de « connes », nous dit : « Je vous emmerde ». Cela n’empêche pas, cela favorise même la tendance de certains membres du corps enseignant à reproduire sur leur élèves semblables débordements. « J’ai vu une adolescente s’étant fait une entorse, contrainte par son professeur de poursuivre le cours jusqu’à la fin malgré la douleur », se souviendra une danseuse étoile. « Plus encore que la douleur intense engendrée par les exercices, ce qui faisait le plus mal, c’était la méchanceté. Et la froideur des adultes, témoignera une autre danseuse étoile, elle aussi passée par là. « Un peu de douceur, de gentillesse ne nous aurait pas fait moins bien danser ».
De légitimes exigences
Consciemment ou non, Claude Bessy avait appliqué les règles impitoyables en usage du temps de sa jeunesse.
Négligeant la souffrance au nom de l’excellence et du culte de l’effort, dure avec ses subordonnées qui reproduisaient cette dureté sur les élèves, son état d’esprit ne correspondait plus du tout aux légitimes exigences des nouvelles générations. Elle n’avait apparemment pas compris qu’on peut être extrêmement exigeant (ce qui est indispensable dans une discipline comme la danse classique qui requiert une excellence sans faille et un permanent dépassement de soi), sans pour autant être tyrannique, cynique ou méprisant. Au Conservatoire national de Musique et de Danse de Paris, une danseuse étoile d’une autre génération, Wilfride Piollet, savait quant à elle obtenir le meilleur de ses disciples par l’écoute et la douceur.
A la baguette
« Moi j’ai été élevée à la baguette. Aujourd’hui, quand tu fais une connerie, il n’y a plus de sanctions, rétorquera Claude Bessy aux enquêteurs dans son langage fleuri. Moins on travaille, plus on gagne de l’argent. Tout le monde discute. Je n’ai plus rien à voir avec cette société ».
Si ce qu’elle avançait n’était pas tout à fait dénué de bon sens, elle s’était cependant révélée incapable de comprendre que les temps avaient changé et surtout que les meilleurs résultats, même s’ils exigent des efforts inouïs, peuvent tout aussi bien, sinon mieux, s’obtenir en étant encadré avec bienveillance plutôt que par la violence.
Comme en France on n’aime guère faire d’éclat, et comme l’on ne pouvait pas désavouer d’un coup une aussi longue carrière, Claude Bessy sera maintenue deux ans encore à la tête de l’Ecole de Danse de l’Opéra. Elle a pour la soutenir activement la droite chiraquienne. N’était-elle pas d’ailleurs adjointe du maire RPR d’un arrondissement parisien ?
Un délire de reconnaissance
Mieux encore qu’un roitelet africain, mille fois mieux qu’un maréchal de l’Armée Rouge, et sans qu’il soit possible de comprendre et pourquoi et comment, Claude Bessy croulera bientôt sous 78 décorations de toutes sortes conférées par plus de quarante nations. Dont 10 provenant de la seule Russie et quatre de la petite principauté de Monaco ! Elle aura même réussi à en soutirer une à la principauté d’Andorre. De façon tout aussi cocasse, elle croulera sous 76 prix attribués par une multitude d’institutions de tout poil.
En France même, le scandale n’empêchera pas quelle soit faite grand-croix de l’Ordre national du Mérite en 2009, puis élevée à la dignité de grand officier de la Légion d’Honneur en 2016. Cette avidité, ce délire de reconnaissance d’une ex-danseuse étoile pas plus extraordinaire que cinq cents autres, mais d’une activité débordante et multiple, d’une chorégraphe aimablement insignifiante, d’une directrice d’école certes prestigieuse, n’avaient jamais été répertoriés dans l’histoire. Un phénomène à relier à son portrait en pied, exécrable peinture au demeurant, qu’elle avait fait suspendre dans le grand escalier de l’Ecole de Danse de l’Opéra dessiné par Christian de Portzamparc et qui desservait tout le bâtiment. Ce qui en dit long sur l’image enivrante que Bessy avait d‘elle-même et qu’elle entendait imposer à tout un chacun.
La droite est dispersée et, pour Matthieu Hocque, le seul moyen de la faire gagner en 2027 est de faire émerger un candidat unique. Horizons, Les Républicains et Reconquête, endossant chacun une tendance traditionnelle de la droite, doivent accepter d’organiser une primaire pour faire front commun.
Bruno Retailleau est désormais officiellement le candidat des Républicains (LR). Lorsque la droite prépare chaque élection présidentielle, elle commet l’écueil de chercher le « candidat naturel ». Si cette tradition incarne une lecture gaulliste de la présidentielle, celle-ci n’a jamais été intangible. Jacques Chaban Delmas n’est pas le candidat naturel en 1974, pas plus que Jacques Chirac en 1995. Ni synonyme de victoire, puisque la division de 1995 n’empêche pas la victoire. En revanche, la droite gagne lorsque les trois familles de René Rémond (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) sont incarnées en une seule candidature, à l’image de la coalition « Sarkozy 2007 ».
Recréer la coalition « Sarkozy 2007 », un impératif
Ce n’est pas le nombre de candidats qui dicte si la droite gagne une élection de conquête ou non, mais la capacité d’un candidat à agréger ces trois familles. En 2007, Nicolas Sarkozy l’emporte et rassemble une coalition allant d’Alain Juppé, considéré comme une figure d’autorité de la droite orléaniste, jusqu’à Philippe de Villiers pour la droite légitimiste, tout en incarnant lui-même la figure d’autorité bonapartiste. Or, en 1995, Jacques Chirac l’emporte malgré la division des candidatures. En effet, il procède de la même logique en rassemblant une coalition allant d’Alain Madelin (figure du libéralisme) jusqu’à Philippe Séguin (figure du gaullisme social).
Autrement dit, avant le « qui ? » précède le « quoi ? ». Ce « quoi ? » consiste à proposer un projet construit sur les valeurs de la droite que sont la prospérité collective et individuelle, le rétablissement de l’ordre et la méritocratie républicaine. Or, la droite vit un paradoxe. Elle apparaît divisée et faible, regroupant près d’un tiers des intentions de vote en additionnant les scores de Horizons, LR et Reconquête, dans toutes les configurations du dernier Odoxa. Pour autant, ses valeurs n’ont jamais été aussi prégnantes: 85% des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre et 51% qu’il faille limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie française (Fractures françaises d’octobre 2025).
Il existe bel et bien une attente d’un projet de droite palliant les défauts du macronisme sur les questions régaliennes et les défauts du lepénisme sur les questions économiques. Pour preuve, les héritiers du macronisme et du lepénisme cherchent à corriger leurs propres défauts. Gabriel Attal a indiqué qu’il n’y avait pas d’« en-même temps » possible sur les questions régaliennes tandis que Jordan Bardella affirme désormais qu’il est « très fier des grands groupes ».
Toutes les autres options conduisent à des impasses
La coalition avec le centre est une impasse. Sur le plan électoral, la droite et le centre sont sur un espace récessif. En 2017, Emmanuel Macron et François Fillon récoltent au premier tour 44,02% des voix. En 2022, le score cumulé d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse est de 32,63% soit une baisse de 12 points. Idem aux législatives puisqu’en 2017, les scores cumulés de la droite et du centre sont de 53,89%, contre 37,04% en 2022, puis 30,29% en 2024, soit une baisse de près de 23 points depuis 2017.
Sur le plan tactique, cette coalition revient à faire le même choix que le président de la République en 2024 lors de la dissolution: considérer que la gauche est faible et/ou désunie et qu’un unique candidat de la droite et du centre se retrouvera au second tour face au Rassemblement national et bénéficiera du front républicain. Or, les législatives de 2024 ont démontré que la gauche progresse sur le plan électoral et les municipales de 2026 que la gauche est toujours capable de s’unir avec La France insoumise car leurs électorats demeurent fongibles. Ainsi, miser sur ce double pari en imaginant qu’aucun candidat de gauche n’atteindra la barre des 20%-22% serait une grave erreur.
Enfin, l’alliance avec le RN n’offre pas de plus grandes chances de succès. Dans tout le monde occidental, les droites nationales et patriotes semblent marquer un coup d’arrêt: Viktor Orban a perdu en Hongrie, Donald Trump est en difficulté pour les prochaines midterms et même Giorgia Meloni a perdu son dernier référendum. En France, cette tentative d’alliance a aussi perdu au second tour des législatives 2024. Aussi, les municipales de 2026 ont montré dans des configurations assez proches (exemples de Nice et de Toulon), que l’alliance avec le RN gagne lorsque ce dernier occupe le second rôle, mais perd quand il est en première ligne en raison de la résilience du front républicain, qui faiblit mais qui fonctionne toujours. Or, il est à ce stade impossible d’imaginer une alliance pour la présidentielle entre la droite et le RN, avec le RN en second au regard des sondages.
Une primaire ouverte de la droite pour recréer la coalition gagnante
A droite, un procès injuste est fait aux primaires car François Fillon et Valérie Pécresse ne remportent pas la présidentielle de 2017 et 2022 respectivement. Mais, une primaire ne poursuit que trois objectifs. Le premier est d’obtenir le renoncement des perdants à se présenter et non d’obtenir leur soutien plein et entier vis-à-vis du vainqueur. Sur ce point, les primaires de 2016 et 2021 ont réussi. Le second objectif consiste à donner une dynamique de lancement de campagne au vainqueur. Pour cela, il suffit de comparer les intentions de vote avant la primaire et après. Avant la primaire, le candidat Fillon est crédité d’entre 18 et 21% dans tous les sondages de l’année 2016. Or, après sa victoire, il est donné entre 31% et 24% jusqu’à la publication de l’article du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017. Même chose pour Valérie Pécresse. Celle-ci pèse entre 9% et 14% courant 2021. En revanche, après sa victoire au Congrès LR du 4 décembre 2021, elle est donnée entre 16% à 20% des intentions de vote en décembre 2021 et entre 14% et 18% en janvier 2022, soit un boost électoral d’au moins cinq points.
Le troisième objectif repose sur le débat d’idées et la promotion des idées de droite dans l’espace public. La droite est en difficulté pour imposer ses thèmes et ses solutions dans l’espace public – excepté sur le régalien. Elle est en train de perdre la bataille économique avec le dernier débat budgétaire qui a vu le retour des vieilles lubies socialistes avec la taxe Zucman. La primaire de 2016 et la victoire de François Fillon a permis de faire gagner les idées libérales qui ont servi de socle aux débuts d’Emmanuel Macron ainsi qu’à un changement d’opinion des Français sur les entreprises et sur les patrons. De même, l’ancien Premier ministre avait ancré l’idée de vaincre le totalitarisme islamique, une idée qui dépasse maintenant le champ de la droite.
Seulement, pour assurer ces trois objectifs, la primaire ne peut être qu’ouverte et la plus large possible. En effet, à la différence de l’UMP qui dominait la droite dans le cadre d’un bipartisme et organisait le pluralisme des familles de la droite à l’intérieur du parti, les droites sont désormais nettement dispersées entre les familles politiques Horizons, LR et Reconquête. Or, pour gagner, il faut parler à toutes les droites sans exclusion, et renouer avec le peuple. Une primaire ouverte à tous, obligera les candidats à ne pas parler qu’aux barons politiques et aux militants de leur parti mais à l’ensemble des Français qui veulent et qui attendent un changement. C’est selon moi la condition sine qua none pour une victoire en 2027.
Notre contributeur met ici en parallèle plusieurs fêtes religieuses et commémorations d’avril, soulignant leur portée symbolique dans un contexte de tensions et de conflits impliquant Israël. Richard Prasquier évoque aussi les incidents récents ayant détérioré les relations judéo-chrétiennes, ainsi que des débats politiques franco-français autour de l’antisémitisme et de la situation au Liban.
Pessah, fête de la libération de l’esclavage en Egypte, a commencé le mercredi 1er avril et s’est terminé en Israël mercredi 8 avril. Le mercredi 15 avril fut le jour souvenir de la Shoah, placé à l’anniversaire du début de la révolte du ghetto de Varsovie. Le mercredi 22 avril fut Yom Haatzmaout, jour de l’indépendance de l’Etat d’Israël.
De plus, la commémoration des Pâques chrétiennes a presque coïncidé avec Pessah dans une synchronie assez peu fréquente. Car le concile de Nicée qui a unifié sa date en la déconnectant de la date juive, a choisi un comput qui peut placer le dimanche de Pâques entre le 22 mars et le 25 avril.
Relations judéo-chrétiennes compliquées
Cette superposition de fêtes survenant en pleine guerre contre l’Iran et le Hezbollah s’est accompagnée d’incidents qui ont entaché les relations entre Juifs et chrétiens: d’abord, le refus de la police de laisser le patriarche de Jérusalem prier le dimanche des Rameaux à l’église du Saint Sépulcre, ensuite, un prêtre tué par un tir israélien à l’occasion des opérations contre le Hezbollah dans un village du Sud Liban et tout récemment la destruction filmée d’une statue de Jésus par un soldat israélien dans le village entièrement maronite de Debel près de la frontière avec Israël. Il faut se féliciter de la réaction ferme et rapide des autorités politiques et militaires israéliennes à cet acte inexcusable de vandalisme sectaire.
Les subtilités du calendrier, qui cette année ne décalait pas les fêtes pour cause de proximité avec le Shabbat, ont donné à la continuité des mercredis d’avril une puissante signification symbolique. Esclaves en Egypte secouant le joug de leurs maitres, sous-hommes promis à l’extermination se révoltant dans un combat pour la dignité, les Juifs ont conquis par la lutte un Etat où ils ne sont plus la variable d’ajustement pour temps difficiles qu’ils ont souvent été dans l’histoire.
Ils en voient le retour dans les atermoiements politiques, dans les pays dont ils sont les citoyens, devant une détestation d’Israel galopante dont eux-mêmes sont les cibles.
La loi Yadan, considérée par beaucoup comme une mauvaise réponse à la fièvre antisémite, est retirée
Pour sa proposition de loi sur les formes nouvelles de l’antisémitisme, qui vient d’être retirée, Caroline Yadan s’était entourée de toutes les précautions juridiques. LFI a fait croire que la critique de la politique du gouvernement israélien allait être impossible et il a réussi son coup. Le gouvernement s’est engagé à présenter un projet de loi avant l’été, mais beaucoup sont sceptiques sur l’ampleur de ce texte.
Ce retrait a coïncidé avec l’anniversaire de la révolte du ghetto, Même si plusieurs des héros de cette révolte n’étaient effectivement pas des sionistes, cela ne signifie en rien qu’ils auraient milité pour la destruction d’un Etat d’Israël, une fois cet Etat créé.
Comprendre ce qui se passe réellement au Liban
Les actions d’Israel au Liban visent le Hezbollah et téléscopent les rêveries de ceux qui s’acharnent à ne pas admettre ce que chacun sait, que le Liban n’est plus un pays souverain, qu’il est pris en otage par le Hezbollah, que celui-ci est une officine iranienne, que la FINUL onusienne fut un permanent échec et que seul Israël est capable de desserrer la corde terroriste qui étrangle le pays. Au lieu d’admettre cela, la France, contrairement à l’Allemagne et l’Italie, n’a pas réagi quand l’Espagne et l’Irlande proposaient de rompre les accords douaniers entre l’Union européenne et Israël en raison de ses actions au Liban.
Rarement plus que cette année le télescopage des mercredis d’avril n’a fait sens. La destruction des Juifs d’Europe n’a pas été à l’origine de la création de l’Etat d’Israël, mais elle a fait comprendre à l’immense majorité des Juifs que ce pays était désormais indispensable à leur survie spirituelle ou à leur dignité d’individus.
Actuellement se pose la question de la liberté de passage dans le détroit d’Ormuz désormais bloqué par les Iraniens et les Américains; pour le coup, un vrai télescopage physique. Les suites en restent le jeudi 23 avril particulièrement nébuleuses. Si ce sujet préoccupe le monde en raison de ses conséquences économiques, c’est la lutte contre le régime iranien qui est une question existentielle pour les Israéliens, car ce régime a fait de la destruction de leur pays son obsession et son viatique d’infiltration auprès du monde musulman. Derrière le Hamas, il y a l’Iran, derrière le Hezbollah, il y a aussi l’Iran. Derrière l’attentat de l’AMIA en 1994 il y avait déjà Ahmad Vahidi, l’homme fort du régime iranien aujourd’hui.
Contre des adversaires fanatiques, tenaces et subtils, on se demande si le président américain est de taille, un maquignon vantard, menteur et velléitaire aux yeux de ses innombrables détracteurs. Il a pris l’impopulaire et pourtant nécessaire décision de commencer la guerre. J’espère qu’il saura la mener à la seule fin qui ouvre l’avenir, la destruction du régime des mollahs…
Le Maroc est un vieux pays qui peut surprendre les observateurs. Proche et lointain du nôtre, il est parfois étrangement méconnu.
Dans Maroc, le défi de la puissance, l’économiste et essayiste Abdelmalek Alaoui propose sûrement la synthèse la plus aboutie sur le royaume chérifien depuis sa prise totale d’indépendance en 1955. L’auteur est respecté puisqu’il est le premier Marocain à être publié dans le Project Syndicate depuis quinze ans, le prestigieux média international s’attardant sur le « modèle économique » marocain. Nous l’avons rencontré au Cercle Interallié à l’initiative du Club Choiseul Africa, jeudi 23 avril, précédée par une conférence de lancement lundi 20 avril à la Fondation Jean Jaurès. Les deux évènements ont fait salle comble, preuve que le Maroc intéresse.
Un pays arabe à l’aise dans la mondialisation actuelle ?
Dans cet ouvrage dense revenant sur l’histoire contemporaine du Maroc et son présent, Abdelmalek Alaoui montre que le cœur des récents succès marocains repose d’abord sur une vision du temps propre à sa nature monarchique. Il fait ainsi la démonstration de la centralité de la personne du roi Mohammed VI dans le fonctionnement des institutions marocaines, puisque ce dernier est le garant de leur stabilité.
Aux yeux des Français, ces révolutionnaires nostalgiques de leurs rois de naguère, le Maroc fait figure de paradoxe. Car, c’est une monarchie traditionnelle aux mœurs plutôt conservatrices… qui a embrassé assez largement la modernité et s’est très bien adaptée à la globalisation. Et, dans le fracas des Empires de ce début du XXIème siècle, la continuité de ces politiques publiques pourrait bien faire quelques envieux. Depuis 1999, tous les Premiers ministres que le pays a connus sont allés au terme de leurs mandats. Ce pays n’avait pourtant pas tant d’atouts naturels que cela pour assurer son développement au sortir de la période du protectorat. Contrairement au voisin algérien, doté en pétrole et en gaz, le Maroc ne pouvait compter que sur son agriculture et ses gisements de phosphate. Au moment où le Maroc gagnait son indépendance, 80 % de son PIB était ainsi tiré des industries extractives.
Lors de son intervention au Club Choiseul Africa aux côtés d’Isabelle Bébéar (BPI France) et devant un parterre de chefs d’entreprises et de diplomayes, Abdelmalek Alaoui l’a d’ailleurs rappelé: « Le Maroc, pendant des siècles, était un pays dans lequel les villes étaient ceinturées par des murailles. La vocation commerçante du Maroc et sa vocation profonde pendant des siècles va se retrouver profondément modifiée par le protectorat. En 55, le Maroc a cette géographie économique qui est centrée autour des industries extractives. C’est un schéma qu’on trouve dans beaucoup de pays colonisés. Pis, en 1956, le Maroc, pour 11 millions d’habitants, a 1 395 personnes qui passent le baccalauréat. Et avec ça, il a fallu construire une armée, une administration, une diplomatie, des équipes de football, des associations, faire vivre un système d’éducation ! »
Il est salutaire qu’un auteur marocain raconte son pays. Les références concernant le Maroc, sa géographie comme son modèle économique, ayant été souvent le fait de spécialistes étrangers, à l’image de Charles-André Julien dont la somme Le Maroc face aux impérialismes : 1415-1956 reste parfaitement pertinente pour comprendre les traits saillants de l’histoire du royaume. Au fond, l’ouvrage d’Alaoui commence là où celui de Julien s’était arrêté. Il en reprend la démarche et lui emprunte l’érudition. Il traverse les règnes d’Hassan II comme de Mohammed VI, avec pour fil rouge cette continuité monarchique qui a souvent perturbé le regard français. Le Maroc c’est l’histoire de ses rois, bien plus que celui des idéologies du siècle dernier qui n’ont traversé que superficiellement ce pays qui n’a jamais pratiqué le « chantage mémoriel » à l’égard de la France et qui a pensé le siècle dernier comme celui d’une renaissance patiente et d’un retour dans le concert des nations qui comptent. Pour cela, ce pays a dû bâtir des infrastructures en misant sur l’éducation et des secteurs économiques stratégiques, tels que l’industrie automobile, sans bénéficier des rentes énergétiques.
Comme le titre de l’ouvrage le laisse entendre, les défis sont encore nombreux. Il y a ceux, communs à toutes les nations que sont l’accroissement des tensions militaires, le réchauffement climatique, les changements de mœurs, ou encore la révolution technologique induite par l’IA. Mais il y a aussi des défis spécifiques au Maroc. L’emploi des jeunes est ainsi prioritaire, de même que l’aménagement d’un territoire où la ruralité souffre encore beaucoup par rapport aux grands ensembles urbains, ce qui avait fait dire à Mohammed VI qu’il ne fallait pas que le Maroc soit « à deux vitesses ». La dépense publique équivaut à 60 % du PIB, engendrant parfois des « éléphants blancs » et grands projets dont le financement aurait pu être injecté ailleurs.
Les élites économiques et la diaspora invitées à plus s’investir dans le pays
Abdelmalek Alaoui ne l’ignore pas et plaide pour que les grandes fortunes privées investissent et s’investissent bien plus dans la vie du pays : « le plus grand danger, c’est que ma communauté, la communauté à laquelle j’appartiens, qui est celle d’une communauté majoritairement privilégiée, on a, pour notre très grande majorité, abandonné le combat politique et abandonné l’implication dans la vie politique dans notre pays. Il faut donc recréer les voies et moyens pour qu’il y ait un réengagement des élites du secteur privé dans l’économie marocaine, dans l’employabilité des jeunes », et comprendre que ce qui est le plus essentiel n’est peut-être pas l’EBITDA, mais l’EBITDA de long terme. Les priorités sont claires : comment renverser le paradigme en matière d’investissement public et privé ?
On sent bien là les points communs qu’une monarchie anccienne a avec le gaullisme français, soit le sens d’une nation organique où les plus aisés doivent participer au bien commun. Bref, un progressisme… qui n’est pas échevelé et qui tient compte des réalités, mais aussi et surtout des plus faibles. Quand ceux qui ont moins sentent qu’ils n’ont pas de place ni d’avenir, c’est le pays qui court un grand danger, et c’est précisément à ce défi principal qu’entend répondre Abdelmalek Alaoui.
La France l’a d’ailleurs bien enregistré. Depuis deux ans, les relations se sont réchauffées et la relation particulière semble renouée : « La capacité à pouvoir instaurer cette relation d’égal à égal a d’abord été portée par une qualité exceptionnelle des hommes et des femmes qui ont vascularisé la relation des deux côtés de la Méditerranée. Se débarrasser de certains comportements de part et d’autre, peut-être un petit peu de défiance du côté marocain, peut-être parfois un peu de condescendance côté français. Surtout, 90% des accords qui ont été signés en 2024 ne sont pas de l’achat de biens sophistiqués par un pays venu du Sud, mais des coentreprises où il y a du co-investissement. Dans les relations internationales, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.»
La France rend hommage au sergent-chef Florian Montorio et au caporal-chef Anicet Girardin morts au Liban. Notre pays apparaît comme très mauvais stratège pour prévenir ou surmonter les guerres imposées aux malheureux Libanais. Et toujours pressé de passer à autre chose.
Samedi, deux soldats français ont été tués au Sud-Liban, dans une attaque visant un convoi de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Cet épisode n’est pas isolé. Depuis 2006, la FINUL, dans sa nouvelle configuration, a été visée à plusieurs reprises, dont la plus grave en juin 2007, lorsqu’une voiture piégée a tué six Casques bleus, trois Espagnols et trois Colombiens. En juillet 2011, un convoi français a de nouveau été frappé près de la ville portuaire de Saïda. Plus récemment encore, des soldats italiens ont été blessés dans une attaque similaire. L’attentat le plus meurtrier, en 2007, a fait l’objet d’enquêtes libanaises et internationales, mais aucune revendication claire ni aucun procès abouti n’ont permis d’établir une responsabilité officielle. Il en va de même pour l’attaque contre le convoi français en 2011 et pour les incidents plus récents. En pratique, nombre d’analyses considèrent que ces attaques s’inscrivent dans une logique de pression exercée dans des zones contrôlées ou dominées par le Hezbollah. Mais juridiquement et officiellement, il n’existe pas d’attribution claire et reconnue.
Réaction diplomatique française mesurée
Au lendemain de l’attaque, les réactions françaises ont été rapides, mais mesurées. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé un acte grave, rappelant que « s’en prendre ainsi à des casques bleus, à des soldats de la paix qui sont parfaitement identifiables sur le terrain, c’est constitutif d’un crime de guerre ». Le président de la République a également précisé que « c’est le Hezbollah qui, en effet, a visé nos soldats (…) », tout en ajoutant que « [le Hezbollah] ne les a pas visés parce qu’ils étaient français. Il les a visés parce qu’ils tenaient la mission d’être aux côtés des populations civiles ». Quant à Jean-Noël Barrot, il a insisté sur la nécessité de préserver le Liban, affirmant que « le Liban ne doit pas être la victime expiatoire de dynamiques régionales ou de guerres qu’il n’a pas choisies » et que « détruire le Liban ne permet pas de détruire le Hezbollah. Au contraire, cela le renforce ». Autrement dit, une position tellement nuancée qu’elle devient incompréhensible.
Cette ligne traduit une volonté claire : tourner la page de l’incident sans escalade, refuser l’engrenage et laisser aux autorités libanaises la responsabilité de gérer la situation. Aucune mesure concrète n’a été annoncée. Pas de changement de posture, pas de pression directe.
Pourtant, après près d’un demi-siècle de présence dans cette région, la France dispose d’une connaissance fine du terrain. Ses militaires et ses services connaissent les villages, les familles, les équilibres locaux. Ils savent qui vit de quoi, quels réseaux structurent l’économie et le pouvoir, comment s’articulent les liens entre notables chiites, clans et diasporas installées en Afrique de l’Ouest ou en Amérique latine. Les leviers existent. Les moyens de faire passer des messages clairs aussi. Faire comprendre qu’on ne s’en prend pas impunément à des soldats français n’est pas mission impossible. C’est même le minimum.
Cependant, la réaction française, en apparence ferme, demeure dans les faits d’une prudence de Sioux. Pour anticiper la suite, il suffit de rappeler l’incident d’Erbil, survenu le 12 mars, qui a coûté la vie au soldat Arnaud Frion. Cette attaque, attribuée à une milice irakienne proche de Téhéran, a donné lieu à une réaction française abondante dans les mots mais rapidement refermée dans les faits: hommages, condamnations, demande aux autorités irakiennes de faire toute la lumière, puis silence opérationnel. Aucune clarification publique sur les responsabilités ultimes. Comme au Liban, la France marque le coup, puis s’efforce de tourner la page au plus vite, afin d’éviter les conséquences de la clarté et la vérité.
La France refuse l’action et l’inaction
Cette prudence s’inscrit dans une histoire longue. La relation de la France au Liban est faite de proximité politique, de responsabilité morale et de traumatismes stratégiques. Le souvenir de l’attentat du Drakkar en 1983, qui avait coûté la vie à 58 parachutistes français, continue de peser. Le contingent français avait été invité par le gouvernement libanais. S’en prendre à lui ne servait pas les intérêts du Liban, y compris ceux de la communauté chiite, et profitait avant tout à l’Iran.
À cette tragédie s’ajoutent les prises d’otages des années 1980, les attentats sur le sol français et les réseaux liés à Téhéran. Et pour que nous n’oublions pas la leçon, Téhéran utilise des affaires comme celle de Jacques Paris et Cécile Kohler comme de piqure de rappel. Et ça marche. Cette stratégie mafieuse a produit une forme de retenue structurelle, une conscience aiguë du coût d’un affrontement direct avec l’Iran et ses relais.
D’où une position française profondément ambivalente. D’un côté, Paris affirme le principe de souveraineté libanaise: il faut soutenir l’État et aider ses forces armées afin qu’il puisse exercer pleinement son autorité, notamment en imposant le monopole de la force. Le Hezbollah, dans cette perspective, doit être désarmé. Mais, de l’autre, la France se refuse à désigner clairement l’Iran comme acteur central du problème et n’explique ni comment, face à l’impuissance libanaise, le Hezbollah pourrait être désarmé, ni par qui. Elle évite toute confrontation directe et s’en tient à une diplomatie de gestion de crise, sans proposer de véritable issue, ni dire comment les Libanais, les Syriens et les Israéliens pourraient coexister avec un État affaibli dont le Hezbollah utilise le territoire comme base d’opérations.
Après des décennies d’expérience, on peut affirmer que les Forces armées libanaises, composées en partie de chiites, sous-équipées et mal rémunérées, n’ont ni la capacité ni la légitimité pour affronter le Hezbollah. Demander au Liban de « s’en occuper » revient, en réalité, à constater une impuissance sans en tirer les conséquences.
C’est là que la contradiction apparaît dans toute sa netteté. Le Liban ne peut pas désarmer le Hezbollah. Israël, lui, peut y contribuer de manière décisive. Mais toute action israélienne est immédiatement condamnée, au nom de la stabilité du Liban. La France refuse à la fois l’inaction et l’action : elle affirme un objectif sans accepter les moyens nécessaires pour l’atteindre.
Le résultat est une politique d’entre-deux. Une présence maintenue au sein de la FINUL, mais exposée et insuffisamment soutenue. Un discours de fermeté sans traduction opérationnelle. L’attaque de samedi ne fait que rappeler cette impasse. Elle montre que la France est engagée dans un théâtre où elle n’a ni les moyens de contraindre, ni la volonté d’escalader et, au fond, pas de stratégie pour transformer sa position particulière en véritable levier d’influence.
Ce «droit d’inventaire» vis-à-vis des deux septennats de François Mitterrand que Lionel Jospin avait réclamé lors de la campagne présidentielle de 1995, désormais, c’est à lui, le temps des hommages et des couronnes de roses passé, que nous voulons l’appliquer.
Parlons tout de suite de la face nord plongée dans l’ombre de cette statue du commandeur qu’il fut. La preuve du pudding, c’est qu’on le mange, disait Friedrich Engels. Trotskiste un jour, trotskiste toujours, la vérité de ce dicton politique, c’est Lionel Jospin qui l’incarne. Ce n’est pas moi c’est mon frère, a-t-il commencé à dire, contrairement à l’agneau de la fable de La Fontaine qui n’en avait point.Quant à son père, c’était un socialiste, enfin… de la SFIO, dont il a été viré un temps, après-guerre. Il faut dire qu’en avril 1944 l’ambassadeur d’Allemagne à Paris décide de lancer un nouvel hebdo de gauche collaborationniste, Germinal portant le bandeau : « Hebdomadaire de la pensée socialiste française ». Robert Jospin, le père de Lionel donc, était l’une de ses plumes, heureusement pas aussi brillante que celle de Robert Brasillach qui sera fusillé ; le Général ayant refusé sa grâce sous la pression des communistes, mais pas seulement. De Gaulle écrira « le talent est un titre de responsabilité », faisant de ce talent une circonstance aggravante, car il accroît l’influence de l’écrivain.
L’OCI, les lambertistes, l’organisation trotskiste la plus occulte conduite par Pierre Boussel dit Lambert, pratique l’entrisme. Lionel Jospin non seulement en était, mais alors jeune énarque, né dans une famille protestante de militants de gauche, lui-même athée, c’est l’Organisation Communiste Internationale qui lui demande d’infiltrer le PS à sa création en 1971. Loin d’être un cas isolé, on retrouvera au PS les trotskistes Jean-Christophe Cambadélis ou Jean-Luc Mélenchon, « la liste des sous-marins placés dans de nombreuses organisations politiques ou syndicales est beaucoup plus fournie qu’on ne le croit puisqu’il faut encore y ajouter quatre secrétaires généraux de la CGT-FO, dont Jean-Claude Mailly ou Marc Blondel, franc-maçon de surcroît, et puis une ribambelle d’autres figures de la vie publique, dont un grand-maître du Grand Orient de France[1].
Pourquoi Trotski a-t-il bénéficié d’une image positive ? Déjà, le peu qu’il fut au pouvoir en Russie soviétique, il aura été autant criminel que les autres. Mais ce qui nous intéresse ici pour la suite, c’est la querelle des Anciens et des Modernes, et du rapport du peuple à l’art et à l’instruction en général, parce que Lionel Jospin sera ministre de l’Éducation.
Lors de la révolution soviétique certains voulaient créer un art nouveau pour un homme nouveau, d’autres parlaient d’art prolétarien, tandis que Lénine, puis Staline, soutenaient qu’il fallait donner au peuple tout entier un accès à l’art, à la culture, à la grande littérature, à ce qu’on appelait l’art bourgeois. En exil, Trotski continua à promouvoir cette idée de rupture, soutenu en cela par les surréalistes.
Trotskiste un jour, trotskiste toujours, Jospin ministre de l’Éducation, lance en 1989 contre les mandarins du savoir, la réforme de « l’élève au centre du système ». L’enfant devient sujet, juge, acteur. Le pédagogisme s’empare définitivement du mammouth, Claude Allègre n’y pourra rien, un certain Philippe Mérieu a été installé dans la place. Catho de gauche écolo – les pires – il s’opposera à Blanquer, évidemment. Vite remplacé par Pap Ndiaye, l’extase. Soyons honnête : la transmission du savoir de l’honnête homme est en crise dans tout l’Occident. Je vous renvoie à l’universitaire et philosophe Allan Bloom, et à son best-seller The Closing of the American Mind publié en 1987, dans lequel il déplore que les élèves de la meilleure société se détournent aussi des grands classiques de la littérature.
Jospin aux mains pures comme les kantistes qui n’ont pas de mains
S’il n’en était à l’initiative, Jospin laissait toujours s’installer le pire. Ainsi l’affaire des « foulards de Creil » à la rentrée des classes 1989, quand il était ministre de l’Éducation nationale. Il se contenta de dire qu’il fallait « respecter la laïcité de l’école. »
Mais comme Ponce Pilate il s’en lave les mains. « En cas de blocage, et en cas de refus, l’école doit accepter ces enfants. » Les trois collégiennes, Leila, Fatima et Samira refusent de retirer leur hijab. Aujourd’hui, nous récoltons les premières conseillères municipales voilées. Que voulait-il dire quand il déclara à des journalistes : « Et qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ? »[2]
Rebelote en 1991, en réponse aux parlementaires de l’opposition, dont Philippe de Villiers, qui réclament le départ de l’Université de Georges Boudarel, ce maître de conférences d’histoire récemment mis en cause pour son passé d’instructeur politique dans un camp vietminh. « Le recrutement et la carrière des enseignants du supérieur relèvent exclusivement de leurs pairs, a expliqué Jospin. »[3] Sur le passé de Boudarel, condamné à mort par contumace, rentré en France en 1966 à la faveur d’une loi d’amnistie, le ministre rappelle que « le choix de l’anticolonialisme était juste. » Mais ajoute, — le « en même temps » macroniste, déjà — : « rien ne peut justifier qu’un intellectuel, qu’un professeur, devienne un kapo dans un camp de prisonniers, dans un camp de concentration (le camp 113), dans lequel les hommes qui appartenaient à son propre pays mouraient », mais d’ajouter qu’aujourd’hui « il existe un autre Boudarel, » et que « le mieux est de le laisser face à sa conscience. »[4] Là aussi, il s’en lave les mains. Des mains pures comme celles des kantistes qui n’ont pas de mains, disait Péguy.
De la même manière, « le naïf », c’est lui-même qui l’avouera plus tard, évoquera le « sentiment d’insécurité » au lieu de constater et de combattre les causes de l’augmentation réelle de l’insécurité prouvée par les enquêtes de victimation.
En 1998, c’est l’affaire de la MNEF (Mutuelle Nationale des Étudiants de France) : scandale financier majeur, impliquant emplois fictifs, fausses factures, enrichissement personnel et détournements massifs au sein de la mutuelle étudiante, contrôlée depuis les années 1980 par des réseaux proches du Parti socialiste (notamment ex-militants trotskistes lambertistes de l’UNEF-ID, la bande de la MNEF). L’affaire éclabousse forcément le si probe gouvernent Jospin. Lionel a senti passer le vent du boulet.
En 2000, c’est la jeune Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, à qui, il a laissé saboter à Bruxelles la filière nucléaire française — c’est-à-dire exclure l’énergie de la liste des énergies propre — pour la plus grande Schadenfreude « joie mauvaise » des Allemands. Il faudra attendre 2025, un quart de siècle, pour que la CJUE officialise le nucléaire comme énergie propre dans la taxonomie verte.
Last but not least, Premier ministre, Jospin crée le poste de Ministre délégué à l’Enseignement professionnel pour l’ancien trotskiste de l’OCI, le camarade Jean-Luc Mélenchon, un poste qui disparaîtra comme par hasard avec l’échec à la présidentielle en 2002.
Je vais maintenant faire du gonzo journalism. Ayant subi la crise de l’emploi des cadres dans les années 1990, j’étais employé en tant que vacataire quand le bon Jospin remporta les législatives suite à la dissolution imaginée par Villepin alors Premier ministre de Chirac. Je n’avais donc pas décroché le fameux CDI au grand dam de mes parents ; j’étais peut-être exploité, précaire, mais je n’étais pas désœuvré, et suivais en parallèle une formation en marketing direct. Que pensez-vous que fit ce bon Jospin, bon comme du bon pain ? Il demanda à mon employeur de me faire un CDI. Je n’avais rien demandé. En attendant mieux, récemment logé à Paris dans le XVIe, je me disais « c’est déjà ça » en traversant le pont Mirabeau pour rejoindre ma chambre de bonne, pendant que les militants communistes tractaient pour dénoncer la situation des immigrants mal-logés. J’avais suffisamment de travail par mois pour pouvoir payer mon loyer, et aucune envie de faire un prêt pour acheter un appart en banlieue grâce au fameux CDI.
En revanche les effets pervers des mesures contraignantes du Premier ministre Jospin pour lutter contre l’emploi précaire firent que mon employeur cessa de m’octroyer de nouvelles missions. J’ai dû en chercher un autre. Et j’ai fini par jongler avec trois employeurs en même temps, vous imaginez le casse-tête. Je voulais juste du travail, pas forcément un contrat. Il voulait mon bien, le bon Jospin, comme le bon roi Henri la poule au pot, mais avoir une idée du bonheur et vouloir l’imposer, c’est le commencement de la dictature, disait André Glucksmann. À la fin de ces années 1990, j’ai eu de fait un CDI avec l’obtention du poste de directeur marketing que je convoitais. Plus tard, l’ascension sociale, ce serait directeur général, ce qui m’a permis de louer un trois-pièces haussmannien. Il faut dire que, même si j’ai toujours continué à mener en parallèle ma vie d’écrivain, j’avais renoncé à une carrière universitaire de sociologue en raison des mensonges de Bourdieu et de ses affidés, prodrome du wokisme, et préféré la vérité du résultat d’une entreprise commerciale qui se reflétait dans le P&L (les profits et pertes du bilan annuel)…
Jospin vainqueur des législatives 1997 par effraction
INA
Les Français subirent les 35h pour tous, déjà évoquées lors de la campagne présidentielle qu’il perd, bien qu’arrivé en tête au premier tour. Deux ans plus tard, vainqueur des législatives — par effraction dixit François Baroin, c’est-à-dire grâce aux triangulaires avec le FN —, le Premier ministre impose les 35h pour tous et obligatoires. La gauche a un totem : « Pour tous et obligatoire. » Avec des inspecteurs du travail qui contrôlèrent la durée de stationnement des véhicules des cadres. Heureusement Sarkozy libérera les heures supplémentaires qui seront défiscalisés. Mesure supprimée par Hollande.
Sur le plan économique, vu de l’international, l’Anglais Blair et l’Allemand Schröder lui volent la vedette en débarrassant la social-démocratie des derniers oripeaux du socialisme au profit d’une vision sociale-libérale.
Sous Jospin, il y a eu aussi le Pacs qui devait nous épargner, promis juré, le mariage pour tous. Les socialistes vont ânonnant « pour tous ! pour tous ! » alors que les Français n’aiment que les privilèges, rien pour eux.
Puis comme la guillotine humanisa la peine de mort, l’IVG médicamenteuse, moins invasive, introduite en 1989 à l’hôpital, est permise dès 2001 en cabinet de médecine de ville (gynécologues et généralistes).
Quand on a lu Alexandre Dumas, on sait ce qu’il faut penser des protestants. Que lisait donc « l’austère qui se marre », qui publia un livre de petites blagues ? Voulait-il concurrencer Monsieur Petites Blagues, le futur capitaine de pédalo ? En se rasant le matin, il demandait à son miroir : « Dis-moi mon beau miroir, suis-je le plus sympa des hommes de ce gouvernement ? — Des hommes de ce gouvernement peut-être, mais au château, il y a un mangeur de pommes bien plus sympa que toi. — Ha ! Super menteur ! — Le menteur c’est toi. — Je n’ai rien dit. — Justement, mensonge par omission, le pire des mensonges. — Quoi qu’il en soit, les médias m’aiment bien. J’ai même leur soutien depuis cinq ans. »
Le couperet est tombé en 2002. Avec Séguéla, ils se sont crus malins. Se préparer un réservoir de voix pour le second tour, 100% garanti par Taubira. Malinx, le Linx ! Elles auront simplement manqué pour y accéder…
À la question d’imaginer « une minute » qu’il ne passe pas au second tour : pour qui voterait-il alors ? Jospin le malin est pris d’un grand éclat de rire. « J’ai une imagination normale, mais tempérée par la raison quand même » dit-il, « ça me paraît assez peu vraisemblable, hein, donc on peut passer à la question suivante ». Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen faisant face au président sortant Chirac pour le second tour. Le candidat vaincu annonce : « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique. » La morale en lui, le ciel étoilé au-dessus de lui, comme aurait dit Emmanuel Kant.
En déplacement hier dans l’Allier (notre photo), le président Macron a annoncé vouloir lever les blocages administratifs de 150 projets industriels, qu’il qualifie de «150 cathédrales industrielles». Alors que le pays peine à se réindustrialiser et que «la Chine fait du dumping et nous casse», la limitation des contentieux et le raccourcissement des délais d’autorisation sont primordiaux. Mais pourquoi n’applique-t-on pas cette méthode en permanence? se demande Élisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.
Pour réindustrialiser la France, Emmanuel Macron préconise la méthode Notre-Dame. Alléluia ! Le président de la République a été touché par la grâce. Un an avant la fin de son second mandat, il découvre que l’empilement de normes, règlements, contrôles et autres interdictions décourage l’initiative, pénalise les entrepreneurs et transforme n’importe quel projet en gymkhana administratif.
Il veut donc que 150 projets industriels soient traités avec la méthode Notre-Dame/Jeux Olympiques, autrement dit par un régime d’exception : procédures accélérées, délais d’autorisations et de permis raccourcis, limitations des contentieux. Plus une simplification du code de l’environnement qui, apprend-on, a triplé de volume depuis le début des années 2000. Bref, « tout ce qui peut renchérir le coût d’un projet industriel ou empêcher sa réalisation, doit être évité ».
Evidemment, tout le monde applaudit. Mais si on raisonne a contrario, cela signifie donc que jusque-là, ce qui pouvait renchérir ou interdire un projet industriel avait cours et qu’on ne pouvait rien y faire. C’est tout de même désespérant : le président Macron reconnait que toutes ces contraintes ne sont absolument pas nécessaires, autrement dit que l’Etat veille au respect de règles dont la légitimité n’est nullement démontrée sinon pour faire prospérer l’armée de technocrates chargée de veiller à leur application – avec l’appareil de contrôle et de sanctions que cela suppose.
En ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps pour s’en débarrasser ? Il y a trois réponses à avancer :
D’abord, je le répète, ces normes justifient l’existence des fonctionnaires chargés de les faire appliquer ;
Ensuite, le principe de précaution interdit aux agents économiques, en particulier publics, de prendre le moindre risque – nous sommes les rois de l’usine à gaz et de l’ouverture de parapluies ;
Enfin, une grande partie de ces normes sont le fruit d’un lobbying intense d’ONG et de diverses associations présentées comme « expertes » et auxquelles personne n’ose jamais dire non.
Pour en finir avec ce mal français numéro un de la surrèglementation et suradministration, il faut détricoter ou neutraliser ce que le Parlement et le gouvernement ont fait depuis tant d’années. Cela demande par ailleurs une chose inédite et assez compliquée à obtenir en France: faire confiance aux acteurs économiques au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues. Bref, l’exception doit devenir la règle. Mais ne vous inquiétez pas : on peut compter sur les syndicats, les associations et les ONG pour expliquer bruyamment que cette volonté de simplification est le cheval de Troie de l’ultralibéralisme ! Ce qui me fait toujours rire, dans un pays qui redistribue 54% de son PIB. Beaucoup trop de gens et d’institutions considèrent que la justice sociale consiste à emmerder les Français. Surtout quand ils sont entrepreneurs.
Etait-ce mieux hier? À l’école, certainement: pour bien réussir, mieux vaut désormais se protéger du système scolaire, et faire l’école à la maison. C’est ce qu’a l’air de penser notre chroniqueur, bon élève d’autrefois, après s’être confronté à une bonne élève d’aujourd’hui. Il est décidément très réactionnaire, non?
Son père était flic, sa mère sténo-dactylo, comme on disait alors. Ni l’un ni l’autre n’avait le Bac. Ils vivaient dans les quartiers Nord de Marseille, dans des HLM première génération. Il eut une enfance de voyou.
Mais il s’avéra rapidement qu’il était bon élève, et qu’il aimait lire — et écrire. Et, plus encore, entendre la maîtresse lire à voix haute sa dernière rédaction. Et les copains, à la récré, qui demandaient : « Mais où vas-tu chercher tout ça ! »
Puis au lycée — ils furent huit à y aller sur deux classes de CM2 à 40 élèves chacune, où l’on entendait les mouches voler. Il s’ennuyait, il passa le Bac en candidat libre en Première, arriva en Hypokhâgne au lycée Thiers, et réussit l’ENS-Saint-Cloud du premier coup, l’année suivante.
Dans les années 1950-1960, ça se passait comme ça — pour certains.
Changement d’époque
Elle est née vers 2004, elle appartient à la Génération Z, celle qui correspond le mieux à la présente idiocratie. Sa mère est institutrice, son père prof de philo, quelque part dans une province campagnarde.
D’un commun accord, ils ont décidé d’épargner à leur fille, Anne, l’enseignement de l’ignorance tel qu’il se pratique dans l’enseignement public (et une bonne part du privé, quoi qu’on prétende). Ils ont fait « école à la maison » — ce que l’Educ-Nat, tancée par les pédagogues qui ont infiltré le système, décourage de toutes ses forces : « Tous nuls, mais tous égaux ! »
Puis a suivi un enseignement du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance). Elle a consenti à se mêler à ses pairs en Quatrième. En Seconde, elle file vers le lycée public du Forez, à Feurs (Loire) — pas à Henri-IV, pas à Louis-le-Grand. Pas à « Stan ».
Catholique de formation et de goût, elle apprend seule le latin, pour lire enfin la Bible mieux que saint Jérôme (une initiative digne des humanistes réformés du XVIe siècle, je serais son confesseur attitré, je me méfierais, il y a du jansénisme en devenir chez cette gamine), réussit le Bac avec 19 de moyenne, 20 / 20 à toutes les épreuves écrites — dont les deux épreuves anticipées de Français en Première.
Le lycée du Parc, à Lyon, a l’heureuse idée de l’accepter en Hypokhâgne AL : « Durant deux ans, écrit Romain Mercier dans Le Figaro, Anne reproduit le même schéma de travail. La jeune femme est en cours de 8 h à 16 h 30, puis elle s’organise deux sessions de révisions : de la fin des cours à 19 h et de 20 h à 22 h. » Et deux ans plus tard, elle est major au concours d’entrée de l’ENS, avec trois fois 20 en Lettres, Latin et Grec. Et 17,3 de moyenne générale.
J’oubliais : elle n’avait pas de portable. Pas d’accès aux réseaux sociaux. Et rétrospectivement, elle s’en félicite. Ai-je déjà dit que les parents qui offrent des smartphones à leurs gamins sont des criminels ? Qu’il faudrait leur retirer la garde de leurs marmots, pré-détruits ? Eh bien, c’est fait.
Contourner la fabrique du crétin
Que retenir de ces deux parcours ?
Le premier a bénéficié de l’enseignement public de qualité prodigué dans un quartier perdu des années 50-60 par des instits bien formés et dévoués — grâces leur soient rendues. Puis de profs de lycée compétents, tout aussi dévoués à la réussite de leurs élèves. Des profs du public.
Marseille n’est pas la ville la plus bourgeoise de France. Mais en cette année 1972, ce furent 14 élèves de CPGE littéraire qui intégrèrent les diverses ENS. 14 ! Aujourd’hui quand il y en a un, ils sabrent le champagne…
Quant à la seconde, elle a ingénieusement contourné la fabrique du crétin, qui tourne à plein régime depuis que Meirieu and Co en ont pris les commandes. Au lieu de s’égarer sur Tik-Tok ou Discord, elle a beaucoup lu, et continue à lire. Elle a quelques amis choisis, et pas une foule de connaissances anxieuses de ressembler aux influenceuses, à Dubaï ou ailleurs, dans des poses de demi-putes — ou plus, si affinités.
Elle réussit, au lieu de parader. Bravo à ses parents. Bravo à tous les parents qui s’occupent vraiment de leurs bambins, au lieu de les confiner devant des écrans et des pizzas surgelées.
Un dernier point. 17,3 de moyenne, cela signifie que la barre d’admissibilité est aux alentours de 14. Et aucune IA (aucune, vous, m’entendez) n’est capable de ce genre de performance. Confier vos enfants aux machines, sous prétexte qu’elles « pensent », c’est assurer leur échec. L’IA vous assure 10/20 — mais avec ça, tu n’as plus rien.