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Christophe Guilluy: la France n’est pas un tableau Excel

* Dernier ouvrage paru : Penser ce qui nous arrive avec Hannah Arendt, Éditions de l’Observatoire, 2024, 240 pages.


Le géographe Christophe Guilluy approfondit sa réflexion sur la France périphérique. Délaissant les chiffres pour les lettres, son nouvel essai prend la forme de la fable, du conte, pour mieux décrire le fossé qui sépare les élites déconnectées de Métropolia des gens ordinaires de Périphéria


Dans son dernier ouvrage, Métropolia et Périphéria – titre soufflé par Jean-Claude Michéa – Christophe Guilluy, le penseur de la France périphérique à qui nous devons le concept d’insécurité culturelle, délaisse les chiffres, les statistiques et les tableurs Excel pour le conte, la fable, le théâtre. Lorsque l’ouvrage parut, je travaillais, en vue de mon prochain essai, à la question de savoir ce que la littérature peut apporter à nos hommes politiques. La rencontre ne pouvait manquer d’avoir lieu.


Causeur. Ce qui retient d’abord l’attention est le choix que vous avez fait de la fable, du conte. Votre livre s’offre comme un implicite mais joyeux plaidoyer pour les histoires, pour les vertus de l’écriture narrative, fictionnelle. « Les chiffres, la seule réalité susceptible d’impressionner à notre époque ! » disait Hannah Arendt. N’est-ce pas là un des ressorts majeurs de la crise que nous vivons ? Le réel déborde de toute part des mailles de ce filet dans lequel on croyait le tenir bien enserré, et la bise venant, nos politiques se trouvent fort dépourvus.

Christophe Guilluy. J’ajouterais qu’une pensée solide n’a absolument pas besoin de la béquille des chiffres et encore moins de cartes modélisées. Un concept éclairant tient tout seul. D’ailleurs, que reste-t-il des siècles passés sinon la littérature, le théâtre, et aussi ne les oublions pas, ces vieilles cartes jaunies et joliment imprécises. Ces cartes du xviie ou xviiie siècles rayonnent par leur beauté et leur poésie, elles donnent plus à voir par les dessins et les illustrations dont elles sont habillées que celles que fabrique l’IA aujourd’hui. De nos jours, les clercs, experts ou politiques ont la prétention de rationaliser la vie comme si l’existence était modélisable, programmable. Ce faisant, ils passent à côté du mystère qui nous constitue, c’est pourquoi ils ne comprennent pas le basculement culturel à l’œuvre en Occident.

Si nos politiques doivent vous lire toute affaire cessante, c’est d’abord pour guérir de ce sortilège des données quantitatives qui leur donnent l’illusion de comprendre et de maîtriser quoi que ce soit. « Ils croulent sous la DATA et nous comprennent de moins en moins […] comme si cette pluie de chiffres ne servait qu’à alimenter l’ignorance et à recouvrir la réalité », faites-vous dire à un de vos « îliens ». La chose n’est-elle pas fatale ? La condition humaine n’est ni un problème technique, ni une équation mathématique, contrairement à ce que postule l’autoproclamé « cercle de la raison »…

Alimenter l’ignorance, c’est exactement ce que politiques, experts et médias ont fait pour éteindre culturellement le mouvement des gilets jaunes, et surtout ce qu’il représentait au départ : un mouvement existentiel, mais aussi un mystère – ce qui a déterminé des gens si différents à se réunir sur des ronds-points autour de valeurs simples et humaines.

Il y a deux siècles, l’auteur des Âmes mortes, Nicolaï Gogol, inventait la plus belle réponse aux élites russes qui ne percevaient dans le peuple qu’une masse d’arriérés : il créait « l’âme russe ». Une âme qui n’avait cessé de flotter comme un mystère dans les périphéries du continent, mais que les hommes au pouvoir ne distinguaient pas. Le regard vide de l’aristocratie et de la bourgeoisie était pour Gogol le signe que le pays était désormais dirigé par… des âmes mortes ! Quelques décennies en avance, il annonçait une révolte inéluctable. Pensez-vous que nous vivions autre chose aujourd’hui ?

Métropolia incarne à merveille les âmes mortes, il suffit d’observer le regard vide de ceux qui nous dirigent. A contrario, c’est bien à Périphéria que survit l’âme du peuple français – ou américain – comme nous le prouvent tous les mouvements de contestations sociales ou politiques qui ont traversé les pays occidentaux ces dernières décennies.

Ce choix de la fiction procède d’un constat d’impuissance et d’échec : « Nous croulons sous les diagnostics […] sans qu’aucun gouvernement n’entame le moindre aggiornamento », observez-vous. Toutefois, il n’entre pas que du dépit dans le parti que vous avez pris. Car la première vertu de la fable est sa légèreté, sa grâce. On sourit souvent aux tableaux que vous peignez – les détails du chapitre sur l’école sont particulièrement savoureux. « Prenons-y garde, avertissait Hippolyte Taine, la gaieté est encore un ressort, le dernier en France qui maintienne l’homme debout, le meilleur pour garder à l’âme son ton, sa résistance et sa force. » Je ne pense pas vous trahir en vous prêtant cette disposition d’esprit…

Oui, la joie fait sens. Elle revêt pour moi un caractère presque sacré. Je dirais même qu’elle est prophétique puisqu’elle nous inscrit dans la vie, sa magie et sa continuité. À l’inverse, l’affliction, la déploration – ces postures extrêmement fréquentes au salon – est une forme de nihilisme, un luxe petit-bourgeois, qui n’est pas à la portée des gens ordinaires. La satire permet en effet de contourner le magma de données et de discours fumeux que produit Métropolia en continu. Elle éclaire aussi le ridicule et l’impuissance de nos fausses élites devant l’effondrement inéluctable de leur modèle.

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Il est une chose que ne parviennent pas à admettre nos bourgeois-bohèmes à trottinette, c’est qu’on vit mal dans le monde rêvé des progressistes. Leur sentiment profond est que l’homme ordinaire n’est pas à la hauteur : on lui promettait un monde sans frontières, sans patrie, sans histoire, sans christianisme, et cet « hillbilly », ce « plouc », pour reprendre le titre que J. D. Vance a donné à son autobiographie, reste attaché à ces vieilleries. Comment ne pas songer à la description des nobles par Tocqueville à la veille de la Révolution : « Comme ils continuent à marcher les premiers, ils croient qu’ils conduisent encore. […] En réalité, personne ne les suit, ils sont seuls. » Vous faites bien apparaître la stérilité à laquelle ils se condamnent.

Métropolia n’est qu’idéologie. Elle ne produit rien, pas même des masques ni du Doliprane ! Elle ne doit sa survie qu’à une domination du monde culturel et à la production de fausses morales dont elle a besoin pour conserver son pouvoir. Mais le langage inversé de cet univers communicationnel (ville ouverte, vivre ensemble…) ne suffit plus, le réel est immortel, il revient toujours. Un exemple ? Nous empruntons 750 millions d’euros sur les marchés financiers et ne produisons rien, comment imaginer une seconde que cette situation soit viable durablement ?

Plus important encore, en s’isolant dans des citadelles – maintenant verrouillées par des ZFE – « Métropolia l’égotique » s’assèche comme l’illustre la médiocrité de sa production universitaire et littéraire, sans parler de son cinéma nombriliste projeté dans des salles vides. Comment ne pas voir que tous les grands écrivains et politiques se sont toujours nourris de l’âme des peuples : Dostoïevski de la paysannerie russe, Céline des petites gens qui entrent dans son cabinet, London des « gens d’en bas », de Gaulle, des Français. Cette sève, Métropolia s’en est privée. Elle se meurt culturellement avant de s’effondrer économiquement. On ne peut pas bâtir une grande œuvre et encore moins une grande politique sur une fausse morale, une fausse religion.

Manifestation de la Fédération française des motards en colère (FFMC) contre les zones à faibles émissions (ZFE), Paris, 17 mai 2025 © ARNAUD CESAR VILETTE/OL/SIPA

Si vous avez fait le choix de la géographie, c’est que vous en aviez contracté la passion dans vos « lectures des voyageurs, de London à Verne, et, bien sûr, des classiques de la géographie » et vous citez notamment l’immense Vidal de La Blache, le maître du romancier-géographe Julien Gracq[1]. Mais vous découvrez que le département universitaire de géographie est peuplé « de petits technocrates » qui ne parlent que d’« ingénierie territoriale » et de « modélisation ».

La géographie – comme les sciences humaines – est aux mains des robots, des technocrates, des statisticiens et des idéologues. Vidal de La Blache ne les considérerait certainement pas comme des géographes. Les géographes contemporains se préoccupent moins de géographie – qui est l’interaction entre l’homme et un milieu naturel – que d’idéologie. En réalité, cette discipline (comme l’ensemble des sciences molles) n’a fait qu’accompagner le grand mouvement de modélisation de tout et de rien, jusqu’à disparaître sous un magma de chiffres. Aujourd’hui, ce ne sont plus des géographes qui font vivre la géographie, mais des auteurs comme Sylvain Tesson.

Par la grâce de la fable, vous entendez rendre aux hommes leur poids de réalité, mais aussi rien de moins que leur âme, leur mystère. On pourrait toutefois vous reprocher d’en rester à un schéma binaire : de parer les hommes ordinaires de toutes les vertus et les élites de tous les vices. Même si la common decency qui distingue les premiers, la conscience qu’il est des choses qui ne se font pas, autrement dit, le fait de vivre avec l’interdit, est une manière de reconnaître qu’il n’est pas de bonté originelle.

Je vous répondrai en m’appuyant sur ma propre expérience que je raconte dans le livre. J’ai grandi dans un environnement déchristianisé et où les idéologies impressionnaient peu les habitants. J’ai donc « bricolé » un ciel étoilé, ce que je croyais être une forme de transcendance, en fantasmant le monde intellectuel et académique « de gauche ». Arrivé à ce que Jack London nomme le « salon », je n’ai pu que constater non seulement le mépris de classe, mais surtout l’absence de toute transcendance et un désintérêt profond pour la richesse de la vie ordinaire, pour ne pas dire l’humanité. Cette expérience m’a conforté dans l’idée que la morale était en nous, que les valeurs humaines sous-tendaient une transcendance dont j’étais forcé de constater qu’elle n’existait plus à Métropolia.

L’attachement au bien commun, à une société décente, aux territoires n’est pas seulement une posture, elle est l’attachement à des principes qui font la civilisation. Or, c’est précisément la remise en cause par le monde d’en haut de ces deux piliers qui a entraîné l’effondrement des sociétés occidentales.

« La vie n’est pas douce, mais peut être adoucie », disait Orwell. Ce que vous faites valoir, me semble-t-il, est que dans l’art d’adoucir la vie, les gens ordinaires sont restés infiniment plus doués que nos spécialistes de la « réinvention » perpétuelle de nos vies.

C’est ce que j’appelle la dialectique du quotidien, c’est-à-dire l’articulation permanente entre réel et morale, entre passion et raison, un dialogue vital « en bas », dans le monde des limites matérielles et morales. Cette dialectique est parfaitement étrangère à Métropolia qui a aboli les limites. Cette dialectique du quotidien, c’est celle qui explique qu’un individu peut être le matin dans le « rejet de l’autre » mais fraternel l’après-midi. Voilà trente ans que les gens ordinaires ont fait ce diagnostic, ce qui explique qu’au fond les gens ne souhaitent pas que l’« ennemi » soit un « ennemi éternel » ; c’est d’ailleurs pourquoi la rhétorique de la guerre civile n’a jamais pris. La demande de la majorité ordinaire (quelles que soient les origines) repose sur quatre points cardinaux : demande de travail, préservation du bien commun de l’État-providence, demande de sécurité et de régulation des flux.

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Quasiment la même année, en 2016-2017, nous publiions, vous Le Crépuscule de la France d’en haut, moi, Le Crépuscule des idoles progressistes, n’avons-nous pas péché par excès d’optimisme, l’aube tarde à se lever, n’est-ce pas ? La chose passera-t-elle par la violence, comme le suggère votre tomber de rideau ?

Oui, nos crépuscules se sont croisés, mais je crois que nous décrivions tous les deux ceux que j’appelle les « Dorian Gray du progressisme ». La peur panique du monde d’en haut est le signe ultime d’un délabrement moral et de sa pensée. Métropolia a peur parce qu’elle est condamnée. Mais nous, nous, survivrons. Et avec nous, la civilisation et ses valeurs. Car j’insiste sur ce point : la civilisation est d’abord portée par la multitude comme le montre le basculement culturel et politique.

Je ne crois absolument pas à l’effondrement/disparition de l’Occident. Le soft power des classes populaires est en train de faire basculer le centre de gravité du monde de Métropolia vers Périphéria. La bombe finale n’a de portée que métaphorique, le transfert s’opérera sans violence. Le monde multipolaire qui émerge est celui de Périphéria, celui de la civilisation, de la production et du mystère des valeurs humaines présentes dans la multitude. Le pragmatisme et la morale sont en nous. Ils ne meurent jamais.

Christophe Guilluy, Métropolia et Périphéria, Flammarion, 2025, 224 pages.


[1] Lire, sur ce point, le magnifique échange entre Julien Gracq et Régis Debray dans Par amour de l’art : une éducation intellectuelle (Gallimard, 1998).


Métropolia et Périphéria: Un voyage extraordinaire

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Il était un petit navire…

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Autour de la Flottille de Gaza : mots dévoyés et mensonges.


Je n’avais pas l’intention d’épiloguer sur ce bateau pour Gaza qui a défrayé la chronique jusqu’à son arraisonnement par la marine israélienne, car la mise en scène en était vraiment trop grossière. De plus, l’intervention israélienne s’est effectuée sans le moindre accroc. Il y a quinze ans, l’arrivée des commandos israéliens sur le bateau turc Mavi Marmara avait provoqué dix morts et une rupture des relations d’Israël avec la Turquie qui ne s’est jamais plus véritablement amendée.

Société du spectacle

Ici, au lieu du paquebot qu’était le Mavi Marmara, on avait affaire à un petit voilier de plaisance, bateau amiral et seul représentant en réalité de cette soi-disant « flottille » de la liberté. Il faut lire les messages grandiloquents où Rima Hassan et ses amis écrivaient qu’ils n’avaient pas peur de la mort. Au lieu du martyre, ils ont obtenu des sandwiches, la marine israélienne a elle aussi fait quelques progrès dans la société du spectacle dans laquelle nous baignons.

Clap de fin d’une partie achevée dans un ridicule que les commentaires de Jean-Luc Mélenchon sur l’héroïsme des militants rendaient encore plus grotesque? Malheureusement, ce n’est pas sûr.

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En écoutant Greta Thunberg prétendre qu’elle avait été « kidnappée » j’ai compris que l’affaire n’était pas terminée. Car « kidnapper » c’est le mot qu’on a utilisé, cette fois à juste titre, pour ceux qui ont été enlevés le 7-Octobre, dont certains ont été assassinés et dont d’autres croupissent depuis plus de 600 jours dans les tunnels du Hamas. Le regard épouvanté de Shiri Bibas comparé au calme des militantes de la flottille dit tout. Ces dernières savaient, au rebours de leurs déclarations sur la barbarie d’Israël, que rien de grave ne leur arriverait. Cela n’a pas empêché Greta Thunberg de se plaindre dès son retour à Stockholm, où elle avait été expédiée illico après avoir signé un document où elle reconnaissait avoir commis une infraction en violant le blocus, ce qui justifiait son expulsion. Nul doute que Rima Hassan, qui, avec les deux tiers des participants à la flottille, a refusé de signer ce document et est donc en prison le temps de l’enquête administrative, nous présentera un festival à charge contre son kidnapping et contre la police israélienne.

Guerre des mots

Le terme de kidnapping a été repris par Manuel Bompard et ses collègues de LFI. C’est la mise en équivalence avec l’enlèvement des Israéliens. Plus encore, si Greta Thunberg a été « kidnappée » le 9 juin 2025, cela signifie au fond que 251 personnes ne l’ont pas été le 7 octobre 2023. Je me demande si leurs avocats ne vont pas qualifier d’entrave à la liberté d’opinion la proposition qui a été faite par les autorités israéliennes de visionner un film sur le 7 octobre, aux douze militants arrêtés qui ont courageusement refusé, pour ne pas mettre en risque leur droit à l’aveuglement.

Dans cette guerre, les mêmes mots peuvent servir aussi bien de brûlots que d’extincteurs.

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Il y a d’autres mots dont le sens risque d’être carbonisé. Si Rima Hassan n’est pas expulsée au plus vite, ses amis vont la présenter comme une otage. On devine les fulminations de Mélenchon et les tweets de Marion Aubry, celle qui avait refusé au Parlement européen de soutenir l’admirable Boualem Sansal, otage du gouvernement algérien. C’est mettre en regard des situations qui n’ont rien de commun, un exercice dans lequel les communicants pro-Hamas sont des maitres, comme en témoignent les usages actuels des mots génocide, extermination et famine. Bien sûr la députée européenne qui est une imposture en elle-même, puisqu’elle se présente comme une réfugiée palestinienne alors qu’elle est surtout la fille d’une Syrienne qui a fui son pays pour échapper à son mari, lui-même technicien militaire pour le régime syrien, va dès sa sortie soigner son image factice d’héroïne indomptable.

Dans ce jeu de faux-semblants notons que le bateau apportait à Gaza une aide minuscule, d’ailleurs distribuée par les Israéliens après leur saisie de la cargaison. De fait, les militants humanitaires auraient été bien en peine d’effectuer de façon sécurisée la moindre distribution alimentaire s’ils avaient pu accoster. Pour eux tout se termine donc assez bien, même si les Israéliens ne leur ont pas concédé une posture de résistants, mais plutôt de losers, ce qui aux yeux de Mélenchon comme à ceux de Trump, est une tare impardonnable.

Un blocus maritime validé par l’ONU

Notons aussi que le Soudan, où la famine est dramatique, ne bénéficie d’aucune indignation internationale et que la diabolisation d’Israël permet de minimiser la responsabilité massive du Hamas dans la mauvaise distribution de l’aide passée sous l’égide de l’ONU, cette ONU qui n’est jamais en panne de compromission avec l’organisation terroriste palestinienne, comme le confirment des documents récemment présentés.

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Après l’arraisonnement du Mavi Marmara, une commission d’enquête, la Commission Palmer, fut mise en place par le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-moon. Elle conclut que le blocus naval imposé par Israël était légal au regard du droit international, et que, en situation de guerre, un pays a le droit de contrôler, inspecter et capturer les navires suspectés de violer un blocus, même sur haute mer. Ce qui met à mal une autre distorsion langagière appliquée à Israël, l’accusation de piraterie.

Un membre de la fameuse «flottille», le Brésilien Thiago Avila, avait présenté Nasrallah, le leader défunt du Hezbollah, comme un martyr source d’inspiration pour les peuples, et une autre, l’Allemande Yasemin Acar, avait posté une video où elle dansait de joie en apprenant que des missiles iraniens bombardaient Israël. Quant à Rima Hassan, elle avait, entre autres, accusé Israël de la mort des enfants Bibas. Il est difficile de croire que le désir de venir en aide aux déshérités de Gaza ait été la seule motivation de tous les passagers du bateau Madleen.

Cela montre que c’est finalement le mot humanitaire lui-même qui a été dévoyé dans cette randonnée médiatique, dont l’organisateur en coulisse est un vieux briscard du Hamas, le Palestino-britannique Zaher Birawi, fondateur de la Coalition de la flottille de la liberté. C’est cette fondation qui avait affrété le Mavi Marmara : quelques humanitaires avaient alors servi de vitrine pour masquer le noyau de passagers lourdement militarisés. Quinze ans plus tard, le casting médiatique a un peu changé, mais la finalité demeure: diaboliser Israël…

… un peu d’autorité, non ?!

Alors que les offres touristiques « adults only » se multiplient, une question « qui dérange » fait surface : nos enfants seraient-ils devenus indésirables dans l’espace public? Derrière la tendance No Kids, c’est toute une réflexion sur l’éducation et le laxisme parental qui s’impose, avance notre chroniqueuse


Une mode récente distille l’idée que les enfants sont une nuisance dans certains lieux publics ; des offres commerciales de vacances entre autres sélectionnent « for adults only » (adultes seulement) ce qui représente actuellement 3 % de l’offre touristique a indiqué le « syndicat des Entreprises du voyage » à l’AFP. 

Évidemment cette attitude pose question, il faudrait interdire les enfants de certains lieux car on ne les y supporterait plus ; d’ailleurs au passage soyons honnête : qui n’a pas été prêt à faire sortir du wagon des enfants hurleurs dont les parents devaient avoir des boules Quiès (des wagons sans enfants, futur créneau juteux ?!)

L’adulte d’abord, l’enfant ensuite ?

Plus sérieusement, on peut accepter l’idée que certains endroits soient réservés aux adultes avec de bonnes raisons, c’est une liberté comme une autre, mais le gouvernement a pris cette menace au premier degré alors que cela renvoie à une problématique beaucoup plus importante : celle de la façon dont nos enfants sont (de plus en plus) mal élevés, ou simplement pas élevés du tout. Le mouvement de Mai 1968 en France a lancé le slogan très populaire « Il est interdit d’interdire », ce qui a ouvert la voie à une génération de parents très tolérants — un phénomène qui ne cesse de s’amplifier.

Une éducation qui consiste à traiter les petits dès le départ comme des adultes miniatures dont on doit respecter les desiderata. Que penser lorsqu’au restaurant on demande très sérieusement à un enfant de trois ans s’il préfère l’omelette aux herbes ou la sole meunière (sic) et qu’après, on lui donne une tablette pour l’occuper ? On a interdit la bonne vieille (petite) fessée, plus, étant bien sûr inadmissible. Cela dit, 23% des parents déclarent encore donner une fessée, 20% bousculer leur enfant et 15% donner une gifle, peut-être ne faut-il pas s’en offusquer exagérément ? Rappelez-vous que François Bayrou en campagne électorale avait donné une tape à un jeune garçon qui lui faisait les poches ! Il avait pris cinq points dans les sondages. Une exception car nous sommes très contradictoires, nous voulons de l’autorité, mais la récusons dès qu’elle s’instaure.

DR.

Le symptôme d’un malaise éducatif généralisé

L’enfant roi règne, et on le comprend puisqu’il y est incité. Le phénomène est grave car cela contribue à l’accentuation de tous les troubles sociétaux que nous connaissons… manque d’obéissance en général, tenue dégradée, impolitesse, manque de respect (vous savez ce fameux « respect » dont les voyous n’ont que ce mot à la bouche dès que quelque chose les dérange) ; et s’il vous pique votre portable, c’est une « incivilité », pas méchant une incivilité.

À l’école les parents donnent raison à l’enfant puni et accusent le professeur, jadis quand on rentrait avec une punition, la punition en question faisait souvent l’objet d’une autre à la maison.

À lire aussi, Elisabeth Lévy : Salauds de mômes!

Bref, nous élevons mal nos enfants, et dans tous les milieux.  Nous avons peur qu’ils ne nous aiment pas si nous faisons preuve de sévérité, d’où vient cette inquiétude ? De trop de conseils de psys tourmentés ? L’Éducation nationale a, petit à petit, inversé l’enseignement pour le faire tourner autour de l’enfant et non plus autour de ce qu’il doit apprendre et savoir. Les professeurs essayent de ressembler à leurs élèves en étant le plus « cool » possible, eux aussi ont peur. Le tutoiement s’est généralisé partout pour abolir les distances, et pourtant ces distances sont nécessaires pour qu’il y ait une hiérarchie morale et intellectuelle. Tant et si bien que lorsque des jeunes arrivent dans les entreprises, en stage ou pour leur premier emploi, il faut souvent tout reprendre à zéro et leur inculquer un minimum de savoir-vivre comportemental (on appelle ça le savoir-être), ne serait-ce que pour garder les clients, pas cool eux… Ne parlons même pas des fautes d’orthographe qui ne sont plus un problème pour réussir ses examens car cela traumatise l’impétrant.

Des réponses politiques à côté de la plaque ?

On se demande si la récente nomination au gouvernement d’une haut-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry indiquant s’interroger sur la « place donnée aux enfants dans notre société » et fustigeant un environnement qui « privilégie le confort des adultes, au détriment de l’inclusion et du bien-être des plus jeunes » est indispensable ? Quant à la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, elle a déposé en mai dernier une proposition de loi visant à interdire les d’espaces « no Kids » car discriminants pour les enfants : de quoi sauver la jeunesse. 

Nous réfléchissons et intervenons à l’envers de ce qu’il faut dire et faire. Il faudrait punir les parents laxistes ! S’il faut s’interroger, c’est sur la façon de mobiliser les parents à éduquer leurs enfants : seule façon de leur donner une vraie chance dans la vie et de préserver l’avenir de notre société. L’école doit enseigner et les parents éduquer. La tolérance doublée de la fameuse bienveillance, n’est plus une option devant la dégradation des mœurs au sens large. Nous nous plaignons presque tous d’un glissement vers une inéluctable décadence. Très sérieusement il serait judicieux de proposer des formations aux parents désorientés ou ignorants. Ce sont eux qui devraient à la rentrée des classes faire un stage préparatoire précisant leurs responsabilités et leurs devoirs de discipline à imposer. Avant d’inciter les couples à faire plus d’enfants (grâce à un congé de paternité élargi, belle motivation) on devrait s’occuper de la façon dont ils les élèveront.  Je suis consciente de l’aspect cruel, bourgeois, rétrograde et contre-tendanciel de ces propos de bon sens. Mais j’assume.

La France sens dessus dessous !

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Déconstruction, le jour d’après

Concernant la montée de la violence dans la société française, les «élites» doivent rendre des comptes, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol. Une minute de silence est organisée à midi dans les établissements scolaires suite au meurtre de la surveillante Mélanie, poignardée mardi à Nogent par un jeune.


Il n’y a rien à attendre du monde politique actuel. Ces « élites » doivent céder la place ou entamer leur mea-culpa, si elles ne veulent pas être chassées par la colère du peuple trahi. Les dirigeants, confrontés à une violence enragée au cœur de l’Ecole – une surveillante tuée à coups de couteau par un élève, mardi dans un collège de Nogent (Haute-Marne) -, se montrent incapables d’aller à la source d’un demi-siècle de duperies pédagogistes et égalitaristes, dénoncées vainement par les plus lucides des observateurs.

Révolution timide

La ministre de l’Éducation, Elisabeth Borne, découvre la réalité lorsqu’elle déclare (RTL, 5 juin) : « Il faut prendre le temps de réfléchir pour proposer des solutions opérantes ». Depuis mardi, le président de la République et son gouvernement rivalisent en propositions marginales : interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans (Emmanuel Macron), des armes blanches élevées au rang d’ « ennemi public » (François Bayrou), des téléphones portables, des écrans, des jeux vidéo (Yaël Braun-Pivet).

A lire aussi, Céline Pina: Meurtre d’une surveillante de collège: le réel humilie le pouvoir

Or ce n’est pas seulement la timide « révolution pénale » (suppression du sursis, peines planchers, etc.) proposée par Gérald Darmanin qui répondra à l’effondrement du système. Une révolution est urgente, oui. Mais elle doit balayer les idées fausses qui ont abimé la société, à commencer par l’Education. Relire Platon (La République, III e siècle avant JC) : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leur parole, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et toute jeunesse le début de la tyrannie ». Ce même procès du jeunisme reste à refaire.

Une jeunesse sans repères sur les ruines du progressisme

Mais Macron est l’obstacle au bouleversement idéologique qui permettra peut-être de reconstruire, sur les ruines d’un progressisme prétendument éclairé dont le macronisme s’est voulu l’héritier. Après la nouvelle tragédie qui a coûté la vie à Mélanie, 31 ans, le chef de l’Etat s’est ému d’un « déferlement de violences insensées », en oubliant ses propos précédents voyant des propagandes autour des commentaires sur « l’invasion du pays et les derniers faits divers ». En fait, les diversions du chef de l’État, qui alarme à grand spectacle sur le réchauffement climatique ou l’état des océans, ne sont destinées qu’à occulter ses démissions sur les questions sécuritaires, reléguées au rang de sentiments populistes et d’extrême droite. Macron a choisi de se désintéresser des plaintes existentielles du peuple ordinaire pour préférer se mettre à l’écoute de la nouvelle « rue arabe » quand elle réclame la dévotion face au palestinisme et la criminalisation de l’Etat d’Israël. C’est cette trahison qu’incarne le chef de l’Etat lorsqu’il s’inquiète davantage du sort de la pro-Hamas Rima Hassan, qui refuse son extradition d’Israël, que du calvaire silencieux que subit Boualem Sansal, amoureux de la France, dans une prison algérienne. Cette haine anti-française, qui suinte des postures du chef de l’Etat, est insupportable.

Nogent: la piste du crime gratuit ?

Contrairement à d’autres commentateurs, Elisabeth Lévy refuse d’accabler le gouvernement après le meurtre au couteau dramatique de la surveillante du collège de Haute-Marne. Nous vous proposons d’écouter sa chronique radio. Devant les enquêteurs, l’adolescent meurtrier n’exprime ni regrets ni compassion.


Plus on en sait sur le meurtrier de Mélanie, moins on comprend son acte. C’est d’autant plus inquiétant et vertigineux. Sous réserve des informations qui viendront peut-être infirmer les hypothèses actuelles, à l’écoute de l’avocat de ce garçon, ou du procureur, cela ressemble de plus en plus à un meurtre sans pourquoi. Ce qui se rapproche le plus d’un crime gratuit.

Derrière les apparences…

  • Il n’y avait apparemment aucun contentieux entre la victime et le tueur. Visiblement, il n’aurait pas supporté d’être recadré quelques jours plus tôt, pour une histoire d’embrassade dans le collège ;
  • Il n’y a pas d’explication sociologique ou culturelle : le père de Quentin n’est pas alcoolique, il n’a pas été élevé dans la haine de la France, ni dans une famille déstructurée ;
  • Quentin n’était pas scolarisé dans un collège violent, et n’habitait pas non plus dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Et le drame s’est produit en présence des gendarmes, donc on ne peut pas non plus mettre en cause le laxisme de l’Éducation nationale ;
  • Enfin, Quentin était inconnu des services de police, donc il n’y a pas de défaillance de la justice non plus.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Déconstruction, le jour d’après

Certes, il a été exclu deux fois pour violences.
Il est facile de dire aujourd’hui qu’on aurait dû détecter un risque plus grave. Mais il n’y a pas de science exacte pour anticiper les passages à l’acte. Et on ne peut pas psychiatriser l’ensemble de la jeunesse. Résultat, et c’est le plus déconcertant : nous n’avons pas de coupable à accabler. On ne peut pas accuser l’État, le gouvernement ou je-ne-sais quel ministre.

Si ce n’est la faute de personne, peut-on parler de fait divers ?

Non, pas complètement. Car la récurrence de ces violences inexpliquées en fait un phénomène de société. Le nombre d’adolescents poursuivis pour assassinat, meurtre, coups mortels ou violence aggravée a doublé depuis 2017, passant de 1207 à 2095 en 2023. Cette violence gratuite et totalement disproportionnée par rapport à l’enjeu de départ devient banale. Un couteau peut sortir pour une casquette volée, une cigarette refusée ou une fille convoitée.
Il n’y a pas de responsabilité politique, mais peut-être une responsabilité collective. Chaque parent éduque ses enfants, mais c’est la société tout entière qui fabrique un état d’esprit, peut-être une anthropologie.

Éloignons-nous du cas de Quentin…

L’école ne valorise pas l’effort, déteste la verticalité et la hiérarchie. L’air du temps encourage la plainte et la victimisation. On apprend tout sur les droits, rien sur les devoirs. Si les jeunes ont des mentalités de créanciers à qui tout est dû, c’est peut-être aussi parce que cet état d’esprit s’est répandu chez leurs parents.

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Qui s’interroge aujourd’hui dans la société sur ses responsabilités dans ce qui lui arrive ? C’est toujours la faute des autres.
À force de sacraliser le ressenti, la spontanéité, on fabrique des générations sans Surmoi, des jeunes hommes qui ne s’empêchent pas. Comme le disait Zemmour, il ne s’agit plus de se demander quel monde nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants nous laisserons à ce monde.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

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Un grand ministre doit-il être contre ?

Gérald Darmanin s’impose à la tête d’un chantier au cœur du débat public: une grande réforme radicale de la justice. En lançant ce 12 juin une vaste consultation préalable au projet de loi prévu en septembre — suppression du sursis, peines minimales, catégorisation des détenus, plaider-coupable criminel —, il défie l’inertie du corps judiciaire tout en surfant sur l’exaspération citoyenne née des violences post-PSG.


On ne cesse de dénoncer la médiocrité de la classe politique et je suis persuadé que cette hostilité globale et compulsive n’est pas sans incidence sur la dégradation de la démocratie, en mêlant de manière systématique les ombres et les lumières.
Je songe cependant au sentiment majoritaire qui regrette que nous ne soyons plus gouvernés par des ministres à la compétence et à l’aura indiscutables. Par ce qu’on pourrait appeler communément de grands ministres.

Où sont passés les grands ministres ?

Je n’ai jamais accepté cette aberration surgie de la tête du couple présidentiel, qui a consisté à choisir un garde des Sceaux absolument hostile à l’univers professionnel dont il allait avoir la charge. Je continue à ne pas comprendre, même si le sujet n’est plus d’actualité puisque Éric Dupond-Moretti envisage de redevenir avocat – alors qu’il l’avait exclu quand il était ministre. Il était insensé pourtant d’imaginer une concorde entre la magistrature et celui qui, au barreau, l’avait pourfendue avec une dérision blessante.
Cette absurdité de promouvoir une personnalité aux antipodes de l’élémentaire empathie qu’il convient d’éprouver pour le monde au service duquel on devra agir, n’est pas contradictoire avec le constat dont l’histoire politique démontre assez souvent la validité. Le ministre exemplaire est aussi celui qui va savoir être « contre », dans ses projets comme dans ses entreprises.

Gouverner contre les habitudes

Pas tout le temps naturellement, mais lors de ces moments capitaux où, pour fuir une gestion tiède et sans risque, il conçoit un futur qui, parce qu’il est intelligemment transgressif, va le mettre au moins partiellement en opposition avec la majorité conservatrice de ses troupes. Non pas forcément dans sa seule définition politique mais en raison de cette pente qui souhaite, tout en réclamant du changement, que surtout il n’ait pas lieu. On aime bien les ministres qui évoquent des avancées mais ne mettent pas tout leur acharnement à les concrétiser.
Gabriel Attal, par exemple, était parti pour être, dans ce registre de l’opposition, un grand ministre de l’Éducation nationale. Mais trop rapidement nommé Premier ministre !

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Récemment, on a évoqué, comme si c’était une catastrophe, le début d’hostilité entre le ministre de la Justice Gérald Darmanin et les magistrats à cause des annonces du premier qui a l’intention de faire approuver quelques mesures essentielles et novatrices relevant à la fois du bon sens et d’une efficacité tirant les leçons des dysfonctionnements passés.

Darmanin, l’offensive judiciaire

Largement approuvées par les citoyens, elles sont accueillies avec méfiance par le corps judiciaire. Il est fondamental non seulement de ne pas s’en étonner mais de soutenir Gérald Darmanin dans sa résolution d’imposer ce qu’il estime nécessaire à une meilleure administration de la Justice. Il est évident que l’arbitrage à effectuer appelle une conclusion sans équivoque. Plutôt le service du peuple que l’adhésion à la cause corporatiste.
Il ne faut pas se leurrer. Jamais on ne pourra mettre en œuvre, dans quelque ministère que ce soit, la politique de rupture justifiée par son état présent en obtenant facilement l’assentiment de ceux qui auront la mission de la réaliser. Il y a toujours, pour un ministre qui a l’ambition d’avoir une action remarquable, un passage obligé vers une forme d’autorité pour le meilleur, de résistance à l’égard des pesanteurs et des habitudes reposantes et d’entêtement pour aboutir contre vents et marées. Ce processus n’a de sens que si la personnalité publique est assurée du soutien des citoyens.
On comprendra donc qu’entre les nominations aberrantes de ministres et l’immobilisme de certains, il y a un espace.
Sur le plan régalien, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau l’occupent heureusement aujourd’hui.

Nicolas Bedos ou l’ange déchu du Vieux Monde

Le néoféminisme et le wokisme, loin d’être des avancées, sont une sorte de résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut… Bienvenue dans l’ère ennuyeuse et glaciale du « consentement normé » !


Il est des condamnations plus définitives que celles prononcées dans les prétoires. L’homme moderne, surtout s’il est célèbre, tombe moins par le glaive de la justice que par le venin de la morale sociale, diffusé en continu par des armées sans visage mais non sans dogme. Nicolas Bedos a été condamné : non pas tant pour des gestes que l’on qualifierait, dans un monde encore sensé, d’indélicats ou de déplacés, mais parce qu’il est devenu, aux yeux du nouveau clergé, l’archétype de ce que l’époque cherche à rayer de sa mémoire : le mâle blanc occidental, trop libre, trop brillant, trop sûr de son charme.

Terrain miné

Ce qui fut jadis le terreau ambigu de la séduction est désormais un terrain miné, quadrillé par la police des corps et des mots. Le simple fait d’adresser la parole, de regarder, de toucher même légèrement, devient matière à procédure. L’amour, ou ce qu’il en reste, a été soumis à une régulation maniaque, comme si toute initiative devait être encadrée par un code pénal. Nous ne nous aimons plus, nous nous auditons. Le désir, ce feu dont naissait la littérature, la musique, la guerre parfois, se voit réduit à une simple variable juridique.

Mais sous cette obsession du consentement normé, sous cette volonté de transparence absolue des rapports, se cache une autre vérité : la régression religieuse du monde occidental. Le wokisme, loin d’être une avancée de la conscience, est une résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut. Un puritanisme sans Dieu, où les fidèles sont appelés à dénoncer les impurs, à s’auto-flageller, à montrer patte blanche, à chaque instant. Les réseaux sociaux sont devenus les nouvelles sacristies. On y confesse, on y excommunie, on y lapide, avec une ferveur qui n’a rien à envier aux pires inquisitions.

Abdication de l’homme occidental

Ce qui frappe, c’est la manière dont cette religion séculière s’est imposée, non par la force, mais par la honte. L’homme occidental s’est convaincu de sa faute originelle — coloniale, patriarcale, culturelle — et, en bon chrétien sans Évangile, il cherche à se racheter. Il abdique, il s’efface, il renonce à lui-même. Il rêve de devenir une figure neutre, transparente, inoffensive. Il devient un eunuque moral, un spectre docile dans une société qui prétend n’avoir plus besoin de lui.

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Et pourtant, jamais la solitude n’a été aussi criante. L’hyperconnexion masque mal le désert. Les hommes n’osent plus aimer ; les femmes ne savent plus être aimées autrement que comme des vestales. Le couple s’effondre sous le poids de la suspicion mutuelle. Le flirt est une prise de risque. L’attirance, un procès en germe. Chacun se replie, s’isole, se dépolitise par peur de heurter. On vit à distance, protégés par des écrans, des codes, des lois. Et dans cet isolement affectif organisé, c’est toute une civilisation qui se meurt — non dans la violence, mais dans la stérilité.

Haine de soi

L’amour, naguère moteur du monde, n’est plus qu’un champ de ruines, cerné de jurisprudences et de tweets indignés. À force de vouloir prévenir tout abus, nous avons tué tout élan. L’homme, dévirilisé, surveillé, culpabilisé, ne tente plus rien. Et dans cette vacance, d’autres s’engouffrent, porteurs d’une vitalité brute, parfois brutale, mais assumée. Ce n’est pas un remplacement : c’est une substitution active de la pulsion de vie. Et c’est cela, précisément, que notre époque ne veut pas voir : ce n’est pas la justice qui progresse, c’est la libido occidentale qui s’éteint.

L’affaire Bedos n’est pas une péripétie médiatique de plus. C’est un symptôme. Le symptôme d’un monde occidental qui, rongé par la haine de soi, a remplacé la civilisation par le règlement, la littérature par l’indignation, la séduction par la contrainte. Un monde qui préfère détruire ses créateurs plutôt que d’assumer leur complexité. Un monde qui ne croit plus en l’homme, mais en sa correction.

Dans ce monde-là, il n’y aura plus d’art, plus d’amour, plus de tragédie, donc plus de beauté. Il n’y aura que des comportements licites, des existences sans aspérité, des fantômes certifiés inoffensifs.

Et c’est peut-être cela, la vraie condamnation de Nicolas Bedos : non pas la prison, non pas le bracelet, mais d’avoir incarné, jusqu’au bout, une liberté que notre époque veut abolir.

La soif de honte

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Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

Le partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, présenté comme un accord économique, constitue en réalité une nouvelle menace potentielle pour notre agriculture, en ouvrant la voie à une concurrence déloyale.


Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan… Ces cinq noms au suffixe commun – « stan », qui signifie « pays » – ont quelque chose d’exotique. Les pays qu’ils désignent nous semblent bien lointains. Et pourtant, ils ne se trouvent qu’à quelques heures d’avion de la France. Et ce qui s’y passe pourrait bien, un jour, influer sur notre destin. Et notamment, celui de nos agriculteurs. Comme s’ils avaient besoin de cette menace supplémentaire…

En effet, il y a quelques semaines, l’Union européenne y a scellé avec les pays d’Asie centrale un partenariat stratégique. Présenté comme un simple accord de coopération économique et politique, il s’agit en réalité d’un jalon de plus dans le processus d’ouverture commerciale aux quatre vents que la Commission de Bruxelles poursuit en roue libre, malgré la nette opposition des peuples européens. Certes, les matières premières agricoles ne sont pas, à ce stade, incluses dans cet accord – mais qui peut garantir qu’il en sera toujours ainsi ?

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Chat échaudé craint l’eau froide… L’accord UE-Mercosur nous a servi de leçon. Au départ, certains produits agricoles sensibles, tels que la viande bovine et l’éthanol, en étaient exclus. Puis les « négociateurs » les ont réintroduits, à la faveur de négociations opaques. Cette méthode des « petits pas », vantée par Jean Monnet, repose sur cette ambiguïté : les textes initiaux semblent inoffensifs, mais ils portent en germe des évolutions désastreuses.

Or, ce partenariat, qui n’a pas fait grand bruit (à dessein ?), est tout sauf anodin : les pays d’Asie centrale, soutenus par des investissements internationaux, sont des puissances agricoles émergentes. En 2024, le Kazakhstan a produit 25,2 millions de tonnes de céréales (dont 18 millions de tonnes de blé, en hausse de 49 % par rapport à l’année précédente), l’Ouzbékistan 8,4 millions de tonnes de blé, 11,6 millions de tonnes de légumes et 3,6 millions de tonnes de pommes de terre. Les exportations agricoles ouzbèkes dépassent les 2 millions de tonnes, pour 1,5 milliard de dollars. S’agissant des produits d’élevage, les chiffres sont tout aussi impressionnants – et inquiétants : en janvier 2023, la production de viande (abattage ou vente pour abattage) au Kazakhstan a augmenté de 4,8 % par rapport à l’année précédente, tandis que la production de lait a augmenté de 3 %. Au Tadjikistan, depuis 2009, le cheptel bovin a augmenté de 35 % et celui des petits ruminants de 44 %. Évidemment, ce surplus de production n’est pas absorbé par la consommation intérieure ; il est destiné à l’exportation.

Ce dynamisme pourrait donc rapidement se transformer en concurrence directe pour les filières européennes, notamment dans les secteurs des céréales, des fruits et des légumes. Les producteurs européens, astreints à des normes environnementales et sanitaires strictes, ne peuvent rivaliser avec des systèmes de production à faible coût, soumis à peu de contraintes réglementaires. Les agriculteurs de ma circonscription ne cessent de me le répéter : « Nous jouons sur le même terrain que les autres mais l’arbitre ne surveille que nous ! »

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En tant que député, je refuse de considérer ces accords comme des fatalités techniques. Si elle ne peut peser sur la négociation et la signature de ce type de partenariats, conclus au niveau européen, l’Assemblée nationale peut — et doit — jouer son rôle de contre-pouvoir. Le gouvernement doit rendre des comptes sur la position qui a été la sienne à propos de cet accord : l’exclusion formelle des matières premières agricoles des futurs élargissements de l’accord a-t-elle été posée comme ligne rouge ? à défaut, des garanties fermes (clauses miroirs, clauses de sauvegarde) ont-elles été exigées pour les prochaines phases de mise en œuvre ? une évaluation systématique des risques pour chaque filière concernée a-t-elle été menée ?

À court terme, les Français doivent savoir. Et à moyen et long terme, ils doivent décider. Décider, en toute connaissance de cause, démocratiquement, de ce qu’il doit advenir du modèle agricole français. Au Rassemblement national, la politique que nous proposons est claire : exclure l’agriculture du champ des traités de libre-échange. Car, pour reprendre les mots de Marine Le Pen, « les produits agricoles ne sont pas des biens comme les autres : ils sont liés à la santé humaine et sont un élément essentiel de la souveraineté. »

À Bruxelles, des militants propalestiniens reconstituent les massacres du 7-Octobre en toute impunité

Dans la capitale belge minée par le communautarisme, l’infâme n’a plus de limites.


En fin de semaine dernière, des militants pro-palestiniens, ou devrais-je écrire pro-Hamas, ont reproduit de façon scénarisée le pogrom du 7-Octobre dans les rues de Bruxelles à l’occasion d’un « Festival de la Résistance ». Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, à défaut d’être largement diffusée et commentée dans les médias traditionnels, sans doute complices, on peut voir de jeunes hommes, visages masqués par des keffiehs et fausses armes à la main, s’ambiancer sur les corps d’hommes au sol que l’on devine être des victimes israéliennes. En fond sonore : « From the river to the sea ». Accroché sous une tonnelle : le drapeau palestinien.

Toujours, on pense que l’infâme a atteint ses limites, et toujours il les repousse, cherche de nouveaux horizons et teste nos limites. Mais les défenses sont faibles lorsqu’au pouvoir, les islamo-gauchistes laissent faire. Ainsi en est-il du bourgmestre socialiste de la commune bruxelloise de Saint-Gilles où a eu lieu le simulacre de massacre sur la Place de… Bethléem. Jean Spinette s’est dit « indigné » à la vue des images, tel l’homme qui pleure les conséquences des faits dont il chérit les causes, c’est-à-dire l’immigration massive – d’où sont issus nombre de ses électeurs -, l’islamisation galopante et le laxisme. Le maïeur avait prévenu les organisateurs qu’il ne voulait pas de références au Hamas ou au Hezbollah et a cru que les fedayins du coin allaient l’écouter.

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Les organisateurs, parlons-en. Selon l’ambassadrice d’Israël en Belgique, Idit Rosenzweig-Abu, il s’agit de l’organisation Samidoun, groupe luttant officiellement pour la « liberté du peuple palestinien », mais qui sert en réalité de puissant relai aux idées nauséabondes du Hamas, sans que personne ne songe réellement à en interdire les activités.  

La même semaine, dimanche, une manifestation, semblable à celle tenue sur la Place de la République en France, a eu lieu à la Bourse de Bruxelles. Sur place, entre appels au boycott d’Israël, dénonciation d’un prétendu génocide et insultes envers l’Etat hébreu, on a pu entendre des incitations à mener une intifada. Au moment de la dispersion, des échauffourées ont éclaté. Moi-même, revenant d’un meeting politique en France, je me trouvai, veste de costume sur le dos et valise à la main, face à des hordes de fanatiques se dirigeant vers le Parlement européen. Pris dans les effluves de gaz lacrymogènes, je compris ce qui venait de se passer. Sans la vidéo prise par un citoyen et relayée sur X, je n’aurais pas eu davantage d’informations, car les médias sont restés bouche cousue. 

Plus le temps passe, plus une évidence s’impose : les Palestiniens ont bien un Etat ; ils en ont même plusieurs ; il s’agit des capitales européennes, au premier rang desquelles figure Bruxelles, la nouvelle bande de Gaza.   

« Mission impossible, The Final Reckoning » : Ne boudons pas notre plaisir !

Nous savions notre chroniqueur grand fan des exploits de Tom Cruise, qui le détendent manifestement après tant d’années passées à pleurer sur l’Ecole. Mais là, en trouvant un aspect métaphysique au dernier opus de la « franchise », comme on dit dans l’industrie cinématographique, n’envoie-t-il pas le bouchon un peu loin ?


Ça virevolte dans tous les sens, y compris au sens propre. Ethan Hunt / Tom Cruise va, court, vole et nous venge du méchant complot fomenté par Gabriel, un Méchant majuscule qui prétend s’inféoder l’Entité, une Intelligence Artificielle majuscule capable de phagocyter tous les sites nucléaires de la planète et de déclencher un tir croisé de missiles qui anéantira la Terre — rien que ça.

Il lui faut donc récupérer, par 150 m de fond, un boitier secret, à bord d’un sous-marin russe coulé quelques temps auparavant, le connecter à un élément externe et y insérer un poison concocté par Luther, lui-même en phase terminale, mais bon, on ne recule devant rien pour sauver les amis et les inconnus : il est quand même question de sacrifier 7 milliards d’individus, rien que ça. L’Apocalypse est au bout de la Quête — ou la Rédemption de l’humanité tout entière.

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C’est très rusé : le film est fort long, mais chaque séquence joue sur des unités de temps brévissimes, quelques minutes, quelques secondes — et « 100 milli-secondes » pour finir. C’est la clé même du suspense : tout se joue dans une temporalité ramassée, où les événements doivent se succéder selon un rythme précis, et l’intervention du héros se calcule en fractions infinitésimales.

On l’aura compris : le scénario, juste assez embrouillé pour qu’on ne prenne pas la peine de s’y intéresser dans le détail, est le véhicule d’une ambition filmique métaphysique dont chaque détail peut évoquer, dans la conscience imbibée de bière et de Bible des Américains, maint passage des Ecritures.

La lutte d’Ethan et de l’Entité, c’est celle du Christ et du Démon. L’assimilation de Tom Cruise au Sauveur est patente : comme le Christ, il meurt et ressuscite, comme lui il grimpe au plus haut des cieux — au sens propre : la séquence aéronautique, outre le fait qu’elle est bluffante (et accessoirement qu’elle est un clip publicitaire géant pour Pataugas), amène le héros à défier les lois de la gravité et à se porter victorieux au plus haut des cieux, alléluia.

Et l’humanité sera sauvée de la fin du monde par le porte-parole mondial de la Scientologie.

On comprend que des sectes para-chrétiennes s’implantent avec facilité aux Etats-Unis. Elles tombent dans un terroir riche en références religieuses, et toute proposition nouvelle n’a qu’à s’appuyer sur les métaphores bibliques qui traversent là-bas la conscience de Monsieur Tout-le-Monde.

Rappelez-vous un excellent western de et avec Clint Eatswood, intitulé Pale Rider. Pour saisir le titre — et l’essentiel du film — il faut se rappeler que ce « cheval pâle » est, dans l’Apocalypse de saint Jean, celui que monte la Mort. Ou ce joli dessin animé, Le Petit Dinosaure, dont l’intrigue entière est empruntée à la sortie des Juifs d’Egypte…

Si ! Allez-y voir si vous doutez, Le T. Rex — Rex comme Pharaon — qui poursuit le petit héros (orphelin comme Moïse), est englouti dans un flot de lave — autrement dit une Mer rouge… — et tout s’achève dans une vallée fleurie, c’est-à-dire une Terre promise.

Même souci ici de rappeler inconsciemment aux spectateurs le texte (ou le sous-texte) de tel sermon ingurgité à l’office du dimanche. Et de le diriger, in fine, vers la secte créée par Ron Hubbard.

De surcroît, que le Malin soit une Entité électronique n’est pas innocent : le discours actuel sur l’IA tend à représenter un outil (fort imparfait au demeurant) comme le recours suprême, autrement dit une forme avancée, voire ultime, de la Divinité. Le vrai croyant (et le vrai incroyant, quelqu’un dans mon genre) ne se laisse pas séduire par ce discours corrupteur… Vade retro, Intelligentia Artificialis !

Pour faire passer son message publicitaire, Cruise, qui est co-producteur du film, a englouti quelques centaines de millions de dollars dans l’entreprise : rappelons que contrairement à tous les autres membres de la Scientologie, il est dispensé de payer son obole à l’organisation, dans la mesure où il est le porte-parole mondial du Culte. Les divers opus successifs de Mission impossible sont autant de véhicules de propagande tendant vers ce final apocalyptique, au même titre que John Wayne jadis, après nous avoir expliqué comment l’Ouest fut conquis, a carrément mis les pieds dans le foutoir indochinois pour sauver la politique de Lyndon Johnson : voir Les Bérets verts, hymne de soutien à la guerre du Vietnam, sorti en 1968. Dix ans plus tard, Le Merdier, avec Burt Lancaster, l’un des plus grands films de guerre jamais réalisés, donnait un tout autre son de cloche. Et je passe sur Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l’enfer ou Full Metal Jacket, qui tous prêchaient au fond pour l’autre camp.

Il y a une analyse idéologique profonde à faire de tous ces divertissements, qui, au sens propre, nous dispensent de penser à l’actualité, et surtout de penser avec nuance. Tout comme Molière, Racine ou Boileau chantaient la gloire du « plus grand roi du monde », Tom Cruise fait avec talent la propagande de la meilleure usine à ne plus penser que jamais la Foi ait engendrée — l’islam mis à part.

Christophe Guilluy: la France n’est pas un tableau Excel

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Christophe Guilluy © Hannah Assouline

* Dernier ouvrage paru : Penser ce qui nous arrive avec Hannah Arendt, Éditions de l’Observatoire, 2024, 240 pages.


Le géographe Christophe Guilluy approfondit sa réflexion sur la France périphérique. Délaissant les chiffres pour les lettres, son nouvel essai prend la forme de la fable, du conte, pour mieux décrire le fossé qui sépare les élites déconnectées de Métropolia des gens ordinaires de Périphéria


Dans son dernier ouvrage, Métropolia et Périphéria – titre soufflé par Jean-Claude Michéa – Christophe Guilluy, le penseur de la France périphérique à qui nous devons le concept d’insécurité culturelle, délaisse les chiffres, les statistiques et les tableurs Excel pour le conte, la fable, le théâtre. Lorsque l’ouvrage parut, je travaillais, en vue de mon prochain essai, à la question de savoir ce que la littérature peut apporter à nos hommes politiques. La rencontre ne pouvait manquer d’avoir lieu.


Causeur. Ce qui retient d’abord l’attention est le choix que vous avez fait de la fable, du conte. Votre livre s’offre comme un implicite mais joyeux plaidoyer pour les histoires, pour les vertus de l’écriture narrative, fictionnelle. « Les chiffres, la seule réalité susceptible d’impressionner à notre époque ! » disait Hannah Arendt. N’est-ce pas là un des ressorts majeurs de la crise que nous vivons ? Le réel déborde de toute part des mailles de ce filet dans lequel on croyait le tenir bien enserré, et la bise venant, nos politiques se trouvent fort dépourvus.

Christophe Guilluy. J’ajouterais qu’une pensée solide n’a absolument pas besoin de la béquille des chiffres et encore moins de cartes modélisées. Un concept éclairant tient tout seul. D’ailleurs, que reste-t-il des siècles passés sinon la littérature, le théâtre, et aussi ne les oublions pas, ces vieilles cartes jaunies et joliment imprécises. Ces cartes du xviie ou xviiie siècles rayonnent par leur beauté et leur poésie, elles donnent plus à voir par les dessins et les illustrations dont elles sont habillées que celles que fabrique l’IA aujourd’hui. De nos jours, les clercs, experts ou politiques ont la prétention de rationaliser la vie comme si l’existence était modélisable, programmable. Ce faisant, ils passent à côté du mystère qui nous constitue, c’est pourquoi ils ne comprennent pas le basculement culturel à l’œuvre en Occident.

Si nos politiques doivent vous lire toute affaire cessante, c’est d’abord pour guérir de ce sortilège des données quantitatives qui leur donnent l’illusion de comprendre et de maîtriser quoi que ce soit. « Ils croulent sous la DATA et nous comprennent de moins en moins […] comme si cette pluie de chiffres ne servait qu’à alimenter l’ignorance et à recouvrir la réalité », faites-vous dire à un de vos « îliens ». La chose n’est-elle pas fatale ? La condition humaine n’est ni un problème technique, ni une équation mathématique, contrairement à ce que postule l’autoproclamé « cercle de la raison »…

Alimenter l’ignorance, c’est exactement ce que politiques, experts et médias ont fait pour éteindre culturellement le mouvement des gilets jaunes, et surtout ce qu’il représentait au départ : un mouvement existentiel, mais aussi un mystère – ce qui a déterminé des gens si différents à se réunir sur des ronds-points autour de valeurs simples et humaines.

Il y a deux siècles, l’auteur des Âmes mortes, Nicolaï Gogol, inventait la plus belle réponse aux élites russes qui ne percevaient dans le peuple qu’une masse d’arriérés : il créait « l’âme russe ». Une âme qui n’avait cessé de flotter comme un mystère dans les périphéries du continent, mais que les hommes au pouvoir ne distinguaient pas. Le regard vide de l’aristocratie et de la bourgeoisie était pour Gogol le signe que le pays était désormais dirigé par… des âmes mortes ! Quelques décennies en avance, il annonçait une révolte inéluctable. Pensez-vous que nous vivions autre chose aujourd’hui ?

Métropolia incarne à merveille les âmes mortes, il suffit d’observer le regard vide de ceux qui nous dirigent. A contrario, c’est bien à Périphéria que survit l’âme du peuple français – ou américain – comme nous le prouvent tous les mouvements de contestations sociales ou politiques qui ont traversé les pays occidentaux ces dernières décennies.

Ce choix de la fiction procède d’un constat d’impuissance et d’échec : « Nous croulons sous les diagnostics […] sans qu’aucun gouvernement n’entame le moindre aggiornamento », observez-vous. Toutefois, il n’entre pas que du dépit dans le parti que vous avez pris. Car la première vertu de la fable est sa légèreté, sa grâce. On sourit souvent aux tableaux que vous peignez – les détails du chapitre sur l’école sont particulièrement savoureux. « Prenons-y garde, avertissait Hippolyte Taine, la gaieté est encore un ressort, le dernier en France qui maintienne l’homme debout, le meilleur pour garder à l’âme son ton, sa résistance et sa force. » Je ne pense pas vous trahir en vous prêtant cette disposition d’esprit…

Oui, la joie fait sens. Elle revêt pour moi un caractère presque sacré. Je dirais même qu’elle est prophétique puisqu’elle nous inscrit dans la vie, sa magie et sa continuité. À l’inverse, l’affliction, la déploration – ces postures extrêmement fréquentes au salon – est une forme de nihilisme, un luxe petit-bourgeois, qui n’est pas à la portée des gens ordinaires. La satire permet en effet de contourner le magma de données et de discours fumeux que produit Métropolia en continu. Elle éclaire aussi le ridicule et l’impuissance de nos fausses élites devant l’effondrement inéluctable de leur modèle.

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Il est une chose que ne parviennent pas à admettre nos bourgeois-bohèmes à trottinette, c’est qu’on vit mal dans le monde rêvé des progressistes. Leur sentiment profond est que l’homme ordinaire n’est pas à la hauteur : on lui promettait un monde sans frontières, sans patrie, sans histoire, sans christianisme, et cet « hillbilly », ce « plouc », pour reprendre le titre que J. D. Vance a donné à son autobiographie, reste attaché à ces vieilleries. Comment ne pas songer à la description des nobles par Tocqueville à la veille de la Révolution : « Comme ils continuent à marcher les premiers, ils croient qu’ils conduisent encore. […] En réalité, personne ne les suit, ils sont seuls. » Vous faites bien apparaître la stérilité à laquelle ils se condamnent.

Métropolia n’est qu’idéologie. Elle ne produit rien, pas même des masques ni du Doliprane ! Elle ne doit sa survie qu’à une domination du monde culturel et à la production de fausses morales dont elle a besoin pour conserver son pouvoir. Mais le langage inversé de cet univers communicationnel (ville ouverte, vivre ensemble…) ne suffit plus, le réel est immortel, il revient toujours. Un exemple ? Nous empruntons 750 millions d’euros sur les marchés financiers et ne produisons rien, comment imaginer une seconde que cette situation soit viable durablement ?

Plus important encore, en s’isolant dans des citadelles – maintenant verrouillées par des ZFE – « Métropolia l’égotique » s’assèche comme l’illustre la médiocrité de sa production universitaire et littéraire, sans parler de son cinéma nombriliste projeté dans des salles vides. Comment ne pas voir que tous les grands écrivains et politiques se sont toujours nourris de l’âme des peuples : Dostoïevski de la paysannerie russe, Céline des petites gens qui entrent dans son cabinet, London des « gens d’en bas », de Gaulle, des Français. Cette sève, Métropolia s’en est privée. Elle se meurt culturellement avant de s’effondrer économiquement. On ne peut pas bâtir une grande œuvre et encore moins une grande politique sur une fausse morale, une fausse religion.

Manifestation de la Fédération française des motards en colère (FFMC) contre les zones à faibles émissions (ZFE), Paris, 17 mai 2025 © ARNAUD CESAR VILETTE/OL/SIPA

Si vous avez fait le choix de la géographie, c’est que vous en aviez contracté la passion dans vos « lectures des voyageurs, de London à Verne, et, bien sûr, des classiques de la géographie » et vous citez notamment l’immense Vidal de La Blache, le maître du romancier-géographe Julien Gracq[1]. Mais vous découvrez que le département universitaire de géographie est peuplé « de petits technocrates » qui ne parlent que d’« ingénierie territoriale » et de « modélisation ».

La géographie – comme les sciences humaines – est aux mains des robots, des technocrates, des statisticiens et des idéologues. Vidal de La Blache ne les considérerait certainement pas comme des géographes. Les géographes contemporains se préoccupent moins de géographie – qui est l’interaction entre l’homme et un milieu naturel – que d’idéologie. En réalité, cette discipline (comme l’ensemble des sciences molles) n’a fait qu’accompagner le grand mouvement de modélisation de tout et de rien, jusqu’à disparaître sous un magma de chiffres. Aujourd’hui, ce ne sont plus des géographes qui font vivre la géographie, mais des auteurs comme Sylvain Tesson.

Par la grâce de la fable, vous entendez rendre aux hommes leur poids de réalité, mais aussi rien de moins que leur âme, leur mystère. On pourrait toutefois vous reprocher d’en rester à un schéma binaire : de parer les hommes ordinaires de toutes les vertus et les élites de tous les vices. Même si la common decency qui distingue les premiers, la conscience qu’il est des choses qui ne se font pas, autrement dit, le fait de vivre avec l’interdit, est une manière de reconnaître qu’il n’est pas de bonté originelle.

Je vous répondrai en m’appuyant sur ma propre expérience que je raconte dans le livre. J’ai grandi dans un environnement déchristianisé et où les idéologies impressionnaient peu les habitants. J’ai donc « bricolé » un ciel étoilé, ce que je croyais être une forme de transcendance, en fantasmant le monde intellectuel et académique « de gauche ». Arrivé à ce que Jack London nomme le « salon », je n’ai pu que constater non seulement le mépris de classe, mais surtout l’absence de toute transcendance et un désintérêt profond pour la richesse de la vie ordinaire, pour ne pas dire l’humanité. Cette expérience m’a conforté dans l’idée que la morale était en nous, que les valeurs humaines sous-tendaient une transcendance dont j’étais forcé de constater qu’elle n’existait plus à Métropolia.

L’attachement au bien commun, à une société décente, aux territoires n’est pas seulement une posture, elle est l’attachement à des principes qui font la civilisation. Or, c’est précisément la remise en cause par le monde d’en haut de ces deux piliers qui a entraîné l’effondrement des sociétés occidentales.

« La vie n’est pas douce, mais peut être adoucie », disait Orwell. Ce que vous faites valoir, me semble-t-il, est que dans l’art d’adoucir la vie, les gens ordinaires sont restés infiniment plus doués que nos spécialistes de la « réinvention » perpétuelle de nos vies.

C’est ce que j’appelle la dialectique du quotidien, c’est-à-dire l’articulation permanente entre réel et morale, entre passion et raison, un dialogue vital « en bas », dans le monde des limites matérielles et morales. Cette dialectique est parfaitement étrangère à Métropolia qui a aboli les limites. Cette dialectique du quotidien, c’est celle qui explique qu’un individu peut être le matin dans le « rejet de l’autre » mais fraternel l’après-midi. Voilà trente ans que les gens ordinaires ont fait ce diagnostic, ce qui explique qu’au fond les gens ne souhaitent pas que l’« ennemi » soit un « ennemi éternel » ; c’est d’ailleurs pourquoi la rhétorique de la guerre civile n’a jamais pris. La demande de la majorité ordinaire (quelles que soient les origines) repose sur quatre points cardinaux : demande de travail, préservation du bien commun de l’État-providence, demande de sécurité et de régulation des flux.

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Quasiment la même année, en 2016-2017, nous publiions, vous Le Crépuscule de la France d’en haut, moi, Le Crépuscule des idoles progressistes, n’avons-nous pas péché par excès d’optimisme, l’aube tarde à se lever, n’est-ce pas ? La chose passera-t-elle par la violence, comme le suggère votre tomber de rideau ?

Oui, nos crépuscules se sont croisés, mais je crois que nous décrivions tous les deux ceux que j’appelle les « Dorian Gray du progressisme ». La peur panique du monde d’en haut est le signe ultime d’un délabrement moral et de sa pensée. Métropolia a peur parce qu’elle est condamnée. Mais nous, nous, survivrons. Et avec nous, la civilisation et ses valeurs. Car j’insiste sur ce point : la civilisation est d’abord portée par la multitude comme le montre le basculement culturel et politique.

Je ne crois absolument pas à l’effondrement/disparition de l’Occident. Le soft power des classes populaires est en train de faire basculer le centre de gravité du monde de Métropolia vers Périphéria. La bombe finale n’a de portée que métaphorique, le transfert s’opérera sans violence. Le monde multipolaire qui émerge est celui de Périphéria, celui de la civilisation, de la production et du mystère des valeurs humaines présentes dans la multitude. Le pragmatisme et la morale sont en nous. Ils ne meurent jamais.

Christophe Guilluy, Métropolia et Périphéria, Flammarion, 2025, 224 pages.


[1] Lire, sur ce point, le magnifique échange entre Julien Gracq et Régis Debray dans Par amour de l’art : une éducation intellectuelle (Gallimard, 1998).


Métropolia et Périphéria: Un voyage extraordinaire

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Il était un petit navire…

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La militante Greta Thunberg, Stockholm, Suède, 10 juin 2025 © Anders Wiklund/AP/SIPA

Autour de la Flottille de Gaza : mots dévoyés et mensonges.


Je n’avais pas l’intention d’épiloguer sur ce bateau pour Gaza qui a défrayé la chronique jusqu’à son arraisonnement par la marine israélienne, car la mise en scène en était vraiment trop grossière. De plus, l’intervention israélienne s’est effectuée sans le moindre accroc. Il y a quinze ans, l’arrivée des commandos israéliens sur le bateau turc Mavi Marmara avait provoqué dix morts et une rupture des relations d’Israël avec la Turquie qui ne s’est jamais plus véritablement amendée.

Société du spectacle

Ici, au lieu du paquebot qu’était le Mavi Marmara, on avait affaire à un petit voilier de plaisance, bateau amiral et seul représentant en réalité de cette soi-disant « flottille » de la liberté. Il faut lire les messages grandiloquents où Rima Hassan et ses amis écrivaient qu’ils n’avaient pas peur de la mort. Au lieu du martyre, ils ont obtenu des sandwiches, la marine israélienne a elle aussi fait quelques progrès dans la société du spectacle dans laquelle nous baignons.

Clap de fin d’une partie achevée dans un ridicule que les commentaires de Jean-Luc Mélenchon sur l’héroïsme des militants rendaient encore plus grotesque? Malheureusement, ce n’est pas sûr.

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En écoutant Greta Thunberg prétendre qu’elle avait été « kidnappée » j’ai compris que l’affaire n’était pas terminée. Car « kidnapper » c’est le mot qu’on a utilisé, cette fois à juste titre, pour ceux qui ont été enlevés le 7-Octobre, dont certains ont été assassinés et dont d’autres croupissent depuis plus de 600 jours dans les tunnels du Hamas. Le regard épouvanté de Shiri Bibas comparé au calme des militantes de la flottille dit tout. Ces dernières savaient, au rebours de leurs déclarations sur la barbarie d’Israël, que rien de grave ne leur arriverait. Cela n’a pas empêché Greta Thunberg de se plaindre dès son retour à Stockholm, où elle avait été expédiée illico après avoir signé un document où elle reconnaissait avoir commis une infraction en violant le blocus, ce qui justifiait son expulsion. Nul doute que Rima Hassan, qui, avec les deux tiers des participants à la flottille, a refusé de signer ce document et est donc en prison le temps de l’enquête administrative, nous présentera un festival à charge contre son kidnapping et contre la police israélienne.

Guerre des mots

Le terme de kidnapping a été repris par Manuel Bompard et ses collègues de LFI. C’est la mise en équivalence avec l’enlèvement des Israéliens. Plus encore, si Greta Thunberg a été « kidnappée » le 9 juin 2025, cela signifie au fond que 251 personnes ne l’ont pas été le 7 octobre 2023. Je me demande si leurs avocats ne vont pas qualifier d’entrave à la liberté d’opinion la proposition qui a été faite par les autorités israéliennes de visionner un film sur le 7 octobre, aux douze militants arrêtés qui ont courageusement refusé, pour ne pas mettre en risque leur droit à l’aveuglement.

Dans cette guerre, les mêmes mots peuvent servir aussi bien de brûlots que d’extincteurs.

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Il y a d’autres mots dont le sens risque d’être carbonisé. Si Rima Hassan n’est pas expulsée au plus vite, ses amis vont la présenter comme une otage. On devine les fulminations de Mélenchon et les tweets de Marion Aubry, celle qui avait refusé au Parlement européen de soutenir l’admirable Boualem Sansal, otage du gouvernement algérien. C’est mettre en regard des situations qui n’ont rien de commun, un exercice dans lequel les communicants pro-Hamas sont des maitres, comme en témoignent les usages actuels des mots génocide, extermination et famine. Bien sûr la députée européenne qui est une imposture en elle-même, puisqu’elle se présente comme une réfugiée palestinienne alors qu’elle est surtout la fille d’une Syrienne qui a fui son pays pour échapper à son mari, lui-même technicien militaire pour le régime syrien, va dès sa sortie soigner son image factice d’héroïne indomptable.

Dans ce jeu de faux-semblants notons que le bateau apportait à Gaza une aide minuscule, d’ailleurs distribuée par les Israéliens après leur saisie de la cargaison. De fait, les militants humanitaires auraient été bien en peine d’effectuer de façon sécurisée la moindre distribution alimentaire s’ils avaient pu accoster. Pour eux tout se termine donc assez bien, même si les Israéliens ne leur ont pas concédé une posture de résistants, mais plutôt de losers, ce qui aux yeux de Mélenchon comme à ceux de Trump, est une tare impardonnable.

Un blocus maritime validé par l’ONU

Notons aussi que le Soudan, où la famine est dramatique, ne bénéficie d’aucune indignation internationale et que la diabolisation d’Israël permet de minimiser la responsabilité massive du Hamas dans la mauvaise distribution de l’aide passée sous l’égide de l’ONU, cette ONU qui n’est jamais en panne de compromission avec l’organisation terroriste palestinienne, comme le confirment des documents récemment présentés.

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Après l’arraisonnement du Mavi Marmara, une commission d’enquête, la Commission Palmer, fut mise en place par le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-moon. Elle conclut que le blocus naval imposé par Israël était légal au regard du droit international, et que, en situation de guerre, un pays a le droit de contrôler, inspecter et capturer les navires suspectés de violer un blocus, même sur haute mer. Ce qui met à mal une autre distorsion langagière appliquée à Israël, l’accusation de piraterie.

Un membre de la fameuse «flottille», le Brésilien Thiago Avila, avait présenté Nasrallah, le leader défunt du Hezbollah, comme un martyr source d’inspiration pour les peuples, et une autre, l’Allemande Yasemin Acar, avait posté une video où elle dansait de joie en apprenant que des missiles iraniens bombardaient Israël. Quant à Rima Hassan, elle avait, entre autres, accusé Israël de la mort des enfants Bibas. Il est difficile de croire que le désir de venir en aide aux déshérités de Gaza ait été la seule motivation de tous les passagers du bateau Madleen.

Cela montre que c’est finalement le mot humanitaire lui-même qui a été dévoyé dans cette randonnée médiatique, dont l’organisateur en coulisse est un vieux briscard du Hamas, le Palestino-britannique Zaher Birawi, fondateur de la Coalition de la flottille de la liberté. C’est cette fondation qui avait affrété le Mavi Marmara : quelques humanitaires avaient alors servi de vitrine pour masquer le noyau de passagers lourdement militarisés. Quinze ans plus tard, le casting médiatique a un peu changé, mais la finalité demeure: diaboliser Israël…

… un peu d’autorité, non ?!

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La ministre déléguée chargée de l'Enfance et des Familles Sarah El Haïry présente le label « le choix des familles » le 11 juin sur TF1. Face à la tendance #NoKids, elle veut remettre l’enfant au cœur de l’espace public... Capture TF1

Alors que les offres touristiques « adults only » se multiplient, une question « qui dérange » fait surface : nos enfants seraient-ils devenus indésirables dans l’espace public? Derrière la tendance No Kids, c’est toute une réflexion sur l’éducation et le laxisme parental qui s’impose, avance notre chroniqueuse


Une mode récente distille l’idée que les enfants sont une nuisance dans certains lieux publics ; des offres commerciales de vacances entre autres sélectionnent « for adults only » (adultes seulement) ce qui représente actuellement 3 % de l’offre touristique a indiqué le « syndicat des Entreprises du voyage » à l’AFP. 

Évidemment cette attitude pose question, il faudrait interdire les enfants de certains lieux car on ne les y supporterait plus ; d’ailleurs au passage soyons honnête : qui n’a pas été prêt à faire sortir du wagon des enfants hurleurs dont les parents devaient avoir des boules Quiès (des wagons sans enfants, futur créneau juteux ?!)

L’adulte d’abord, l’enfant ensuite ?

Plus sérieusement, on peut accepter l’idée que certains endroits soient réservés aux adultes avec de bonnes raisons, c’est une liberté comme une autre, mais le gouvernement a pris cette menace au premier degré alors que cela renvoie à une problématique beaucoup plus importante : celle de la façon dont nos enfants sont (de plus en plus) mal élevés, ou simplement pas élevés du tout. Le mouvement de Mai 1968 en France a lancé le slogan très populaire « Il est interdit d’interdire », ce qui a ouvert la voie à une génération de parents très tolérants — un phénomène qui ne cesse de s’amplifier.

Une éducation qui consiste à traiter les petits dès le départ comme des adultes miniatures dont on doit respecter les desiderata. Que penser lorsqu’au restaurant on demande très sérieusement à un enfant de trois ans s’il préfère l’omelette aux herbes ou la sole meunière (sic) et qu’après, on lui donne une tablette pour l’occuper ? On a interdit la bonne vieille (petite) fessée, plus, étant bien sûr inadmissible. Cela dit, 23% des parents déclarent encore donner une fessée, 20% bousculer leur enfant et 15% donner une gifle, peut-être ne faut-il pas s’en offusquer exagérément ? Rappelez-vous que François Bayrou en campagne électorale avait donné une tape à un jeune garçon qui lui faisait les poches ! Il avait pris cinq points dans les sondages. Une exception car nous sommes très contradictoires, nous voulons de l’autorité, mais la récusons dès qu’elle s’instaure.

DR.

Le symptôme d’un malaise éducatif généralisé

L’enfant roi règne, et on le comprend puisqu’il y est incité. Le phénomène est grave car cela contribue à l’accentuation de tous les troubles sociétaux que nous connaissons… manque d’obéissance en général, tenue dégradée, impolitesse, manque de respect (vous savez ce fameux « respect » dont les voyous n’ont que ce mot à la bouche dès que quelque chose les dérange) ; et s’il vous pique votre portable, c’est une « incivilité », pas méchant une incivilité.

À l’école les parents donnent raison à l’enfant puni et accusent le professeur, jadis quand on rentrait avec une punition, la punition en question faisait souvent l’objet d’une autre à la maison.

À lire aussi, Elisabeth Lévy : Salauds de mômes!

Bref, nous élevons mal nos enfants, et dans tous les milieux.  Nous avons peur qu’ils ne nous aiment pas si nous faisons preuve de sévérité, d’où vient cette inquiétude ? De trop de conseils de psys tourmentés ? L’Éducation nationale a, petit à petit, inversé l’enseignement pour le faire tourner autour de l’enfant et non plus autour de ce qu’il doit apprendre et savoir. Les professeurs essayent de ressembler à leurs élèves en étant le plus « cool » possible, eux aussi ont peur. Le tutoiement s’est généralisé partout pour abolir les distances, et pourtant ces distances sont nécessaires pour qu’il y ait une hiérarchie morale et intellectuelle. Tant et si bien que lorsque des jeunes arrivent dans les entreprises, en stage ou pour leur premier emploi, il faut souvent tout reprendre à zéro et leur inculquer un minimum de savoir-vivre comportemental (on appelle ça le savoir-être), ne serait-ce que pour garder les clients, pas cool eux… Ne parlons même pas des fautes d’orthographe qui ne sont plus un problème pour réussir ses examens car cela traumatise l’impétrant.

Des réponses politiques à côté de la plaque ?

On se demande si la récente nomination au gouvernement d’une haut-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry indiquant s’interroger sur la « place donnée aux enfants dans notre société » et fustigeant un environnement qui « privilégie le confort des adultes, au détriment de l’inclusion et du bien-être des plus jeunes » est indispensable ? Quant à la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, elle a déposé en mai dernier une proposition de loi visant à interdire les d’espaces « no Kids » car discriminants pour les enfants : de quoi sauver la jeunesse. 

Nous réfléchissons et intervenons à l’envers de ce qu’il faut dire et faire. Il faudrait punir les parents laxistes ! S’il faut s’interroger, c’est sur la façon de mobiliser les parents à éduquer leurs enfants : seule façon de leur donner une vraie chance dans la vie et de préserver l’avenir de notre société. L’école doit enseigner et les parents éduquer. La tolérance doublée de la fameuse bienveillance, n’est plus une option devant la dégradation des mœurs au sens large. Nous nous plaignons presque tous d’un glissement vers une inéluctable décadence. Très sérieusement il serait judicieux de proposer des formations aux parents désorientés ou ignorants. Ce sont eux qui devraient à la rentrée des classes faire un stage préparatoire précisant leurs responsabilités et leurs devoirs de discipline à imposer. Avant d’inciter les couples à faire plus d’enfants (grâce à un congé de paternité élargi, belle motivation) on devrait s’occuper de la façon dont ils les élèveront.  Je suis consciente de l’aspect cruel, bourgeois, rétrograde et contre-tendanciel de ces propos de bon sens. Mais j’assume.

La France sens dessus dessous !

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Déconstruction, le jour d’après

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En marge d'un sommet sur les océans se tenant à Nice (06), le président de la République a réagi au drame de Nogent (52) sur France 2, le mardi 10 juin 2025 © Jacques Witt/SIPA

Concernant la montée de la violence dans la société française, les «élites» doivent rendre des comptes, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol. Une minute de silence est organisée à midi dans les établissements scolaires suite au meurtre de la surveillante Mélanie, poignardée mardi à Nogent par un jeune.


Il n’y a rien à attendre du monde politique actuel. Ces « élites » doivent céder la place ou entamer leur mea-culpa, si elles ne veulent pas être chassées par la colère du peuple trahi. Les dirigeants, confrontés à une violence enragée au cœur de l’Ecole – une surveillante tuée à coups de couteau par un élève, mardi dans un collège de Nogent (Haute-Marne) -, se montrent incapables d’aller à la source d’un demi-siècle de duperies pédagogistes et égalitaristes, dénoncées vainement par les plus lucides des observateurs.

Révolution timide

La ministre de l’Éducation, Elisabeth Borne, découvre la réalité lorsqu’elle déclare (RTL, 5 juin) : « Il faut prendre le temps de réfléchir pour proposer des solutions opérantes ». Depuis mardi, le président de la République et son gouvernement rivalisent en propositions marginales : interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans (Emmanuel Macron), des armes blanches élevées au rang d’ « ennemi public » (François Bayrou), des téléphones portables, des écrans, des jeux vidéo (Yaël Braun-Pivet).

A lire aussi, Céline Pina: Meurtre d’une surveillante de collège: le réel humilie le pouvoir

Or ce n’est pas seulement la timide « révolution pénale » (suppression du sursis, peines planchers, etc.) proposée par Gérald Darmanin qui répondra à l’effondrement du système. Une révolution est urgente, oui. Mais elle doit balayer les idées fausses qui ont abimé la société, à commencer par l’Education. Relire Platon (La République, III e siècle avant JC) : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leur parole, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et toute jeunesse le début de la tyrannie ». Ce même procès du jeunisme reste à refaire.

Une jeunesse sans repères sur les ruines du progressisme

Mais Macron est l’obstacle au bouleversement idéologique qui permettra peut-être de reconstruire, sur les ruines d’un progressisme prétendument éclairé dont le macronisme s’est voulu l’héritier. Après la nouvelle tragédie qui a coûté la vie à Mélanie, 31 ans, le chef de l’Etat s’est ému d’un « déferlement de violences insensées », en oubliant ses propos précédents voyant des propagandes autour des commentaires sur « l’invasion du pays et les derniers faits divers ». En fait, les diversions du chef de l’État, qui alarme à grand spectacle sur le réchauffement climatique ou l’état des océans, ne sont destinées qu’à occulter ses démissions sur les questions sécuritaires, reléguées au rang de sentiments populistes et d’extrême droite. Macron a choisi de se désintéresser des plaintes existentielles du peuple ordinaire pour préférer se mettre à l’écoute de la nouvelle « rue arabe » quand elle réclame la dévotion face au palestinisme et la criminalisation de l’Etat d’Israël. C’est cette trahison qu’incarne le chef de l’Etat lorsqu’il s’inquiète davantage du sort de la pro-Hamas Rima Hassan, qui refuse son extradition d’Israël, que du calvaire silencieux que subit Boualem Sansal, amoureux de la France, dans une prison algérienne. Cette haine anti-française, qui suinte des postures du chef de l’Etat, est insupportable.

Nogent: la piste du crime gratuit ?

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Une minute de silence après le meurtre de l'assistant d’éducation Mélanie survenu dans un lycée à Nogent – Questions au gouvernement à l’Assemblée nationale à Paris, le 10 juin 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

Contrairement à d’autres commentateurs, Elisabeth Lévy refuse d’accabler le gouvernement après le meurtre au couteau dramatique de la surveillante du collège de Haute-Marne. Nous vous proposons d’écouter sa chronique radio. Devant les enquêteurs, l’adolescent meurtrier n’exprime ni regrets ni compassion.


Plus on en sait sur le meurtrier de Mélanie, moins on comprend son acte. C’est d’autant plus inquiétant et vertigineux. Sous réserve des informations qui viendront peut-être infirmer les hypothèses actuelles, à l’écoute de l’avocat de ce garçon, ou du procureur, cela ressemble de plus en plus à un meurtre sans pourquoi. Ce qui se rapproche le plus d’un crime gratuit.

Derrière les apparences…

  • Il n’y avait apparemment aucun contentieux entre la victime et le tueur. Visiblement, il n’aurait pas supporté d’être recadré quelques jours plus tôt, pour une histoire d’embrassade dans le collège ;
  • Il n’y a pas d’explication sociologique ou culturelle : le père de Quentin n’est pas alcoolique, il n’a pas été élevé dans la haine de la France, ni dans une famille déstructurée ;
  • Quentin n’était pas scolarisé dans un collège violent, et n’habitait pas non plus dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Et le drame s’est produit en présence des gendarmes, donc on ne peut pas non plus mettre en cause le laxisme de l’Éducation nationale ;
  • Enfin, Quentin était inconnu des services de police, donc il n’y a pas de défaillance de la justice non plus.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Déconstruction, le jour d’après

Certes, il a été exclu deux fois pour violences.
Il est facile de dire aujourd’hui qu’on aurait dû détecter un risque plus grave. Mais il n’y a pas de science exacte pour anticiper les passages à l’acte. Et on ne peut pas psychiatriser l’ensemble de la jeunesse. Résultat, et c’est le plus déconcertant : nous n’avons pas de coupable à accabler. On ne peut pas accuser l’État, le gouvernement ou je-ne-sais quel ministre.

Si ce n’est la faute de personne, peut-on parler de fait divers ?

Non, pas complètement. Car la récurrence de ces violences inexpliquées en fait un phénomène de société. Le nombre d’adolescents poursuivis pour assassinat, meurtre, coups mortels ou violence aggravée a doublé depuis 2017, passant de 1207 à 2095 en 2023. Cette violence gratuite et totalement disproportionnée par rapport à l’enjeu de départ devient banale. Un couteau peut sortir pour une casquette volée, une cigarette refusée ou une fille convoitée.
Il n’y a pas de responsabilité politique, mais peut-être une responsabilité collective. Chaque parent éduque ses enfants, mais c’est la société tout entière qui fabrique un état d’esprit, peut-être une anthropologie.

Éloignons-nous du cas de Quentin…

L’école ne valorise pas l’effort, déteste la verticalité et la hiérarchie. L’air du temps encourage la plainte et la victimisation. On apprend tout sur les droits, rien sur les devoirs. Si les jeunes ont des mentalités de créanciers à qui tout est dû, c’est peut-être aussi parce que cet état d’esprit s’est répandu chez leurs parents.

A lire aussi: Laure Murat: la défense des œuvres contre les ravages du «wokisme»

Qui s’interroge aujourd’hui dans la société sur ses responsabilités dans ce qui lui arrive ? C’est toujours la faute des autres.
À force de sacraliser le ressenti, la spontanéité, on fabrique des générations sans Surmoi, des jeunes hommes qui ne s’empêchent pas. Comme le disait Zemmour, il ne s’agit plus de se demander quel monde nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants nous laisserons à ce monde.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Un grand ministre doit-il être contre ?

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Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, lors de la séance hebdomadaire des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris le 3 juin © Jacques Witt/SIPA

Gérald Darmanin s’impose à la tête d’un chantier au cœur du débat public: une grande réforme radicale de la justice. En lançant ce 12 juin une vaste consultation préalable au projet de loi prévu en septembre — suppression du sursis, peines minimales, catégorisation des détenus, plaider-coupable criminel —, il défie l’inertie du corps judiciaire tout en surfant sur l’exaspération citoyenne née des violences post-PSG.


On ne cesse de dénoncer la médiocrité de la classe politique et je suis persuadé que cette hostilité globale et compulsive n’est pas sans incidence sur la dégradation de la démocratie, en mêlant de manière systématique les ombres et les lumières.
Je songe cependant au sentiment majoritaire qui regrette que nous ne soyons plus gouvernés par des ministres à la compétence et à l’aura indiscutables. Par ce qu’on pourrait appeler communément de grands ministres.

Où sont passés les grands ministres ?

Je n’ai jamais accepté cette aberration surgie de la tête du couple présidentiel, qui a consisté à choisir un garde des Sceaux absolument hostile à l’univers professionnel dont il allait avoir la charge. Je continue à ne pas comprendre, même si le sujet n’est plus d’actualité puisque Éric Dupond-Moretti envisage de redevenir avocat – alors qu’il l’avait exclu quand il était ministre. Il était insensé pourtant d’imaginer une concorde entre la magistrature et celui qui, au barreau, l’avait pourfendue avec une dérision blessante.
Cette absurdité de promouvoir une personnalité aux antipodes de l’élémentaire empathie qu’il convient d’éprouver pour le monde au service duquel on devra agir, n’est pas contradictoire avec le constat dont l’histoire politique démontre assez souvent la validité. Le ministre exemplaire est aussi celui qui va savoir être « contre », dans ses projets comme dans ses entreprises.

Gouverner contre les habitudes

Pas tout le temps naturellement, mais lors de ces moments capitaux où, pour fuir une gestion tiède et sans risque, il conçoit un futur qui, parce qu’il est intelligemment transgressif, va le mettre au moins partiellement en opposition avec la majorité conservatrice de ses troupes. Non pas forcément dans sa seule définition politique mais en raison de cette pente qui souhaite, tout en réclamant du changement, que surtout il n’ait pas lieu. On aime bien les ministres qui évoquent des avancées mais ne mettent pas tout leur acharnement à les concrétiser.
Gabriel Attal, par exemple, était parti pour être, dans ce registre de l’opposition, un grand ministre de l’Éducation nationale. Mais trop rapidement nommé Premier ministre !

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Récemment, on a évoqué, comme si c’était une catastrophe, le début d’hostilité entre le ministre de la Justice Gérald Darmanin et les magistrats à cause des annonces du premier qui a l’intention de faire approuver quelques mesures essentielles et novatrices relevant à la fois du bon sens et d’une efficacité tirant les leçons des dysfonctionnements passés.

Darmanin, l’offensive judiciaire

Largement approuvées par les citoyens, elles sont accueillies avec méfiance par le corps judiciaire. Il est fondamental non seulement de ne pas s’en étonner mais de soutenir Gérald Darmanin dans sa résolution d’imposer ce qu’il estime nécessaire à une meilleure administration de la Justice. Il est évident que l’arbitrage à effectuer appelle une conclusion sans équivoque. Plutôt le service du peuple que l’adhésion à la cause corporatiste.
Il ne faut pas se leurrer. Jamais on ne pourra mettre en œuvre, dans quelque ministère que ce soit, la politique de rupture justifiée par son état présent en obtenant facilement l’assentiment de ceux qui auront la mission de la réaliser. Il y a toujours, pour un ministre qui a l’ambition d’avoir une action remarquable, un passage obligé vers une forme d’autorité pour le meilleur, de résistance à l’égard des pesanteurs et des habitudes reposantes et d’entêtement pour aboutir contre vents et marées. Ce processus n’a de sens que si la personnalité publique est assurée du soutien des citoyens.
On comprendra donc qu’entre les nominations aberrantes de ministres et l’immobilisme de certains, il y a un espace.
Sur le plan régalien, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau l’occupent heureusement aujourd’hui.

Nicolas Bedos ou l’ange déchu du Vieux Monde

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Des militantes du collectif "Nous toutes" vandalisent la maison d'édition de Nicolas Bedos à Paris, le 23 mai 2025 © Arnaud VILETTE / OLA NEWS/SIPA

Le néoféminisme et le wokisme, loin d’être des avancées, sont une sorte de résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut… Bienvenue dans l’ère ennuyeuse et glaciale du « consentement normé » !


Il est des condamnations plus définitives que celles prononcées dans les prétoires. L’homme moderne, surtout s’il est célèbre, tombe moins par le glaive de la justice que par le venin de la morale sociale, diffusé en continu par des armées sans visage mais non sans dogme. Nicolas Bedos a été condamné : non pas tant pour des gestes que l’on qualifierait, dans un monde encore sensé, d’indélicats ou de déplacés, mais parce qu’il est devenu, aux yeux du nouveau clergé, l’archétype de ce que l’époque cherche à rayer de sa mémoire : le mâle blanc occidental, trop libre, trop brillant, trop sûr de son charme.

Terrain miné

Ce qui fut jadis le terreau ambigu de la séduction est désormais un terrain miné, quadrillé par la police des corps et des mots. Le simple fait d’adresser la parole, de regarder, de toucher même légèrement, devient matière à procédure. L’amour, ou ce qu’il en reste, a été soumis à une régulation maniaque, comme si toute initiative devait être encadrée par un code pénal. Nous ne nous aimons plus, nous nous auditons. Le désir, ce feu dont naissait la littérature, la musique, la guerre parfois, se voit réduit à une simple variable juridique.

Mais sous cette obsession du consentement normé, sous cette volonté de transparence absolue des rapports, se cache une autre vérité : la régression religieuse du monde occidental. Le wokisme, loin d’être une avancée de la conscience, est une résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut. Un puritanisme sans Dieu, où les fidèles sont appelés à dénoncer les impurs, à s’auto-flageller, à montrer patte blanche, à chaque instant. Les réseaux sociaux sont devenus les nouvelles sacristies. On y confesse, on y excommunie, on y lapide, avec une ferveur qui n’a rien à envier aux pires inquisitions.

Abdication de l’homme occidental

Ce qui frappe, c’est la manière dont cette religion séculière s’est imposée, non par la force, mais par la honte. L’homme occidental s’est convaincu de sa faute originelle — coloniale, patriarcale, culturelle — et, en bon chrétien sans Évangile, il cherche à se racheter. Il abdique, il s’efface, il renonce à lui-même. Il rêve de devenir une figure neutre, transparente, inoffensive. Il devient un eunuque moral, un spectre docile dans une société qui prétend n’avoir plus besoin de lui.

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Et pourtant, jamais la solitude n’a été aussi criante. L’hyperconnexion masque mal le désert. Les hommes n’osent plus aimer ; les femmes ne savent plus être aimées autrement que comme des vestales. Le couple s’effondre sous le poids de la suspicion mutuelle. Le flirt est une prise de risque. L’attirance, un procès en germe. Chacun se replie, s’isole, se dépolitise par peur de heurter. On vit à distance, protégés par des écrans, des codes, des lois. Et dans cet isolement affectif organisé, c’est toute une civilisation qui se meurt — non dans la violence, mais dans la stérilité.

Haine de soi

L’amour, naguère moteur du monde, n’est plus qu’un champ de ruines, cerné de jurisprudences et de tweets indignés. À force de vouloir prévenir tout abus, nous avons tué tout élan. L’homme, dévirilisé, surveillé, culpabilisé, ne tente plus rien. Et dans cette vacance, d’autres s’engouffrent, porteurs d’une vitalité brute, parfois brutale, mais assumée. Ce n’est pas un remplacement : c’est une substitution active de la pulsion de vie. Et c’est cela, précisément, que notre époque ne veut pas voir : ce n’est pas la justice qui progresse, c’est la libido occidentale qui s’éteint.

L’affaire Bedos n’est pas une péripétie médiatique de plus. C’est un symptôme. Le symptôme d’un monde occidental qui, rongé par la haine de soi, a remplacé la civilisation par le règlement, la littérature par l’indignation, la séduction par la contrainte. Un monde qui préfère détruire ses créateurs plutôt que d’assumer leur complexité. Un monde qui ne croit plus en l’homme, mais en sa correction.

Dans ce monde-là, il n’y aura plus d’art, plus d’amour, plus de tragédie, donc plus de beauté. Il n’y aura que des comportements licites, des existences sans aspérité, des fantômes certifiés inoffensifs.

Et c’est peut-être cela, la vraie condamnation de Nicolas Bedos : non pas la prison, non pas le bracelet, mais d’avoir incarné, jusqu’au bout, une liberté que notre époque veut abolir.

La soif de honte

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Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrive pour participer au premier sommet entre les dirigeants de l’Union européenne et les cinq pays d’Asie centrale à Samarcande, en Ouzbékistan, le 4 avril 2025 © SPUTNIK/SIPA

Le partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, présenté comme un accord économique, constitue en réalité une nouvelle menace potentielle pour notre agriculture, en ouvrant la voie à une concurrence déloyale.


Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan… Ces cinq noms au suffixe commun – « stan », qui signifie « pays » – ont quelque chose d’exotique. Les pays qu’ils désignent nous semblent bien lointains. Et pourtant, ils ne se trouvent qu’à quelques heures d’avion de la France. Et ce qui s’y passe pourrait bien, un jour, influer sur notre destin. Et notamment, celui de nos agriculteurs. Comme s’ils avaient besoin de cette menace supplémentaire…

En effet, il y a quelques semaines, l’Union européenne y a scellé avec les pays d’Asie centrale un partenariat stratégique. Présenté comme un simple accord de coopération économique et politique, il s’agit en réalité d’un jalon de plus dans le processus d’ouverture commerciale aux quatre vents que la Commission de Bruxelles poursuit en roue libre, malgré la nette opposition des peuples européens. Certes, les matières premières agricoles ne sont pas, à ce stade, incluses dans cet accord – mais qui peut garantir qu’il en sera toujours ainsi ?

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Chat échaudé craint l’eau froide… L’accord UE-Mercosur nous a servi de leçon. Au départ, certains produits agricoles sensibles, tels que la viande bovine et l’éthanol, en étaient exclus. Puis les « négociateurs » les ont réintroduits, à la faveur de négociations opaques. Cette méthode des « petits pas », vantée par Jean Monnet, repose sur cette ambiguïté : les textes initiaux semblent inoffensifs, mais ils portent en germe des évolutions désastreuses.

Or, ce partenariat, qui n’a pas fait grand bruit (à dessein ?), est tout sauf anodin : les pays d’Asie centrale, soutenus par des investissements internationaux, sont des puissances agricoles émergentes. En 2024, le Kazakhstan a produit 25,2 millions de tonnes de céréales (dont 18 millions de tonnes de blé, en hausse de 49 % par rapport à l’année précédente), l’Ouzbékistan 8,4 millions de tonnes de blé, 11,6 millions de tonnes de légumes et 3,6 millions de tonnes de pommes de terre. Les exportations agricoles ouzbèkes dépassent les 2 millions de tonnes, pour 1,5 milliard de dollars. S’agissant des produits d’élevage, les chiffres sont tout aussi impressionnants – et inquiétants : en janvier 2023, la production de viande (abattage ou vente pour abattage) au Kazakhstan a augmenté de 4,8 % par rapport à l’année précédente, tandis que la production de lait a augmenté de 3 %. Au Tadjikistan, depuis 2009, le cheptel bovin a augmenté de 35 % et celui des petits ruminants de 44 %. Évidemment, ce surplus de production n’est pas absorbé par la consommation intérieure ; il est destiné à l’exportation.

Ce dynamisme pourrait donc rapidement se transformer en concurrence directe pour les filières européennes, notamment dans les secteurs des céréales, des fruits et des légumes. Les producteurs européens, astreints à des normes environnementales et sanitaires strictes, ne peuvent rivaliser avec des systèmes de production à faible coût, soumis à peu de contraintes réglementaires. Les agriculteurs de ma circonscription ne cessent de me le répéter : « Nous jouons sur le même terrain que les autres mais l’arbitre ne surveille que nous ! »

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En tant que député, je refuse de considérer ces accords comme des fatalités techniques. Si elle ne peut peser sur la négociation et la signature de ce type de partenariats, conclus au niveau européen, l’Assemblée nationale peut — et doit — jouer son rôle de contre-pouvoir. Le gouvernement doit rendre des comptes sur la position qui a été la sienne à propos de cet accord : l’exclusion formelle des matières premières agricoles des futurs élargissements de l’accord a-t-elle été posée comme ligne rouge ? à défaut, des garanties fermes (clauses miroirs, clauses de sauvegarde) ont-elles été exigées pour les prochaines phases de mise en œuvre ? une évaluation systématique des risques pour chaque filière concernée a-t-elle été menée ?

À court terme, les Français doivent savoir. Et à moyen et long terme, ils doivent décider. Décider, en toute connaissance de cause, démocratiquement, de ce qu’il doit advenir du modèle agricole français. Au Rassemblement national, la politique que nous proposons est claire : exclure l’agriculture du champ des traités de libre-échange. Car, pour reprendre les mots de Marine Le Pen, « les produits agricoles ne sont pas des biens comme les autres : ils sont liés à la santé humaine et sont un élément essentiel de la souveraineté. »

À Bruxelles, des militants propalestiniens reconstituent les massacres du 7-Octobre en toute impunité

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DR.

Dans la capitale belge minée par le communautarisme, l’infâme n’a plus de limites.


En fin de semaine dernière, des militants pro-palestiniens, ou devrais-je écrire pro-Hamas, ont reproduit de façon scénarisée le pogrom du 7-Octobre dans les rues de Bruxelles à l’occasion d’un « Festival de la Résistance ». Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, à défaut d’être largement diffusée et commentée dans les médias traditionnels, sans doute complices, on peut voir de jeunes hommes, visages masqués par des keffiehs et fausses armes à la main, s’ambiancer sur les corps d’hommes au sol que l’on devine être des victimes israéliennes. En fond sonore : « From the river to the sea ». Accroché sous une tonnelle : le drapeau palestinien.

Toujours, on pense que l’infâme a atteint ses limites, et toujours il les repousse, cherche de nouveaux horizons et teste nos limites. Mais les défenses sont faibles lorsqu’au pouvoir, les islamo-gauchistes laissent faire. Ainsi en est-il du bourgmestre socialiste de la commune bruxelloise de Saint-Gilles où a eu lieu le simulacre de massacre sur la Place de… Bethléem. Jean Spinette s’est dit « indigné » à la vue des images, tel l’homme qui pleure les conséquences des faits dont il chérit les causes, c’est-à-dire l’immigration massive – d’où sont issus nombre de ses électeurs -, l’islamisation galopante et le laxisme. Le maïeur avait prévenu les organisateurs qu’il ne voulait pas de références au Hamas ou au Hezbollah et a cru que les fedayins du coin allaient l’écouter.

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Les organisateurs, parlons-en. Selon l’ambassadrice d’Israël en Belgique, Idit Rosenzweig-Abu, il s’agit de l’organisation Samidoun, groupe luttant officiellement pour la « liberté du peuple palestinien », mais qui sert en réalité de puissant relai aux idées nauséabondes du Hamas, sans que personne ne songe réellement à en interdire les activités.  

La même semaine, dimanche, une manifestation, semblable à celle tenue sur la Place de la République en France, a eu lieu à la Bourse de Bruxelles. Sur place, entre appels au boycott d’Israël, dénonciation d’un prétendu génocide et insultes envers l’Etat hébreu, on a pu entendre des incitations à mener une intifada. Au moment de la dispersion, des échauffourées ont éclaté. Moi-même, revenant d’un meeting politique en France, je me trouvai, veste de costume sur le dos et valise à la main, face à des hordes de fanatiques se dirigeant vers le Parlement européen. Pris dans les effluves de gaz lacrymogènes, je compris ce qui venait de se passer. Sans la vidéo prise par un citoyen et relayée sur X, je n’aurais pas eu davantage d’informations, car les médias sont restés bouche cousue. 

Plus le temps passe, plus une évidence s’impose : les Palestiniens ont bien un Etat ; ils en ont même plusieurs ; il s’agit des capitales européennes, au premier rang desquelles figure Bruxelles, la nouvelle bande de Gaza.   

« Mission impossible, The Final Reckoning » : Ne boudons pas notre plaisir !

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Tom Cruise dans le film Mission Impossible : The Final Reckoning © Paramount Pictures

Nous savions notre chroniqueur grand fan des exploits de Tom Cruise, qui le détendent manifestement après tant d’années passées à pleurer sur l’Ecole. Mais là, en trouvant un aspect métaphysique au dernier opus de la « franchise », comme on dit dans l’industrie cinématographique, n’envoie-t-il pas le bouchon un peu loin ?


Ça virevolte dans tous les sens, y compris au sens propre. Ethan Hunt / Tom Cruise va, court, vole et nous venge du méchant complot fomenté par Gabriel, un Méchant majuscule qui prétend s’inféoder l’Entité, une Intelligence Artificielle majuscule capable de phagocyter tous les sites nucléaires de la planète et de déclencher un tir croisé de missiles qui anéantira la Terre — rien que ça.

Il lui faut donc récupérer, par 150 m de fond, un boitier secret, à bord d’un sous-marin russe coulé quelques temps auparavant, le connecter à un élément externe et y insérer un poison concocté par Luther, lui-même en phase terminale, mais bon, on ne recule devant rien pour sauver les amis et les inconnus : il est quand même question de sacrifier 7 milliards d’individus, rien que ça. L’Apocalypse est au bout de la Quête — ou la Rédemption de l’humanité tout entière.

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C’est très rusé : le film est fort long, mais chaque séquence joue sur des unités de temps brévissimes, quelques minutes, quelques secondes — et « 100 milli-secondes » pour finir. C’est la clé même du suspense : tout se joue dans une temporalité ramassée, où les événements doivent se succéder selon un rythme précis, et l’intervention du héros se calcule en fractions infinitésimales.

On l’aura compris : le scénario, juste assez embrouillé pour qu’on ne prenne pas la peine de s’y intéresser dans le détail, est le véhicule d’une ambition filmique métaphysique dont chaque détail peut évoquer, dans la conscience imbibée de bière et de Bible des Américains, maint passage des Ecritures.

La lutte d’Ethan et de l’Entité, c’est celle du Christ et du Démon. L’assimilation de Tom Cruise au Sauveur est patente : comme le Christ, il meurt et ressuscite, comme lui il grimpe au plus haut des cieux — au sens propre : la séquence aéronautique, outre le fait qu’elle est bluffante (et accessoirement qu’elle est un clip publicitaire géant pour Pataugas), amène le héros à défier les lois de la gravité et à se porter victorieux au plus haut des cieux, alléluia.

Et l’humanité sera sauvée de la fin du monde par le porte-parole mondial de la Scientologie.

On comprend que des sectes para-chrétiennes s’implantent avec facilité aux Etats-Unis. Elles tombent dans un terroir riche en références religieuses, et toute proposition nouvelle n’a qu’à s’appuyer sur les métaphores bibliques qui traversent là-bas la conscience de Monsieur Tout-le-Monde.

Rappelez-vous un excellent western de et avec Clint Eatswood, intitulé Pale Rider. Pour saisir le titre — et l’essentiel du film — il faut se rappeler que ce « cheval pâle » est, dans l’Apocalypse de saint Jean, celui que monte la Mort. Ou ce joli dessin animé, Le Petit Dinosaure, dont l’intrigue entière est empruntée à la sortie des Juifs d’Egypte…

Si ! Allez-y voir si vous doutez, Le T. Rex — Rex comme Pharaon — qui poursuit le petit héros (orphelin comme Moïse), est englouti dans un flot de lave — autrement dit une Mer rouge… — et tout s’achève dans une vallée fleurie, c’est-à-dire une Terre promise.

Même souci ici de rappeler inconsciemment aux spectateurs le texte (ou le sous-texte) de tel sermon ingurgité à l’office du dimanche. Et de le diriger, in fine, vers la secte créée par Ron Hubbard.

De surcroît, que le Malin soit une Entité électronique n’est pas innocent : le discours actuel sur l’IA tend à représenter un outil (fort imparfait au demeurant) comme le recours suprême, autrement dit une forme avancée, voire ultime, de la Divinité. Le vrai croyant (et le vrai incroyant, quelqu’un dans mon genre) ne se laisse pas séduire par ce discours corrupteur… Vade retro, Intelligentia Artificialis !

Pour faire passer son message publicitaire, Cruise, qui est co-producteur du film, a englouti quelques centaines de millions de dollars dans l’entreprise : rappelons que contrairement à tous les autres membres de la Scientologie, il est dispensé de payer son obole à l’organisation, dans la mesure où il est le porte-parole mondial du Culte. Les divers opus successifs de Mission impossible sont autant de véhicules de propagande tendant vers ce final apocalyptique, au même titre que John Wayne jadis, après nous avoir expliqué comment l’Ouest fut conquis, a carrément mis les pieds dans le foutoir indochinois pour sauver la politique de Lyndon Johnson : voir Les Bérets verts, hymne de soutien à la guerre du Vietnam, sorti en 1968. Dix ans plus tard, Le Merdier, avec Burt Lancaster, l’un des plus grands films de guerre jamais réalisés, donnait un tout autre son de cloche. Et je passe sur Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l’enfer ou Full Metal Jacket, qui tous prêchaient au fond pour l’autre camp.

Il y a une analyse idéologique profonde à faire de tous ces divertissements, qui, au sens propre, nous dispensent de penser à l’actualité, et surtout de penser avec nuance. Tout comme Molière, Racine ou Boileau chantaient la gloire du « plus grand roi du monde », Tom Cruise fait avec talent la propagande de la meilleure usine à ne plus penser que jamais la Foi ait engendrée — l’islam mis à part.