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Pendant ce temps, La Joconde

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Le projet de réforme du Musée du Louvre dévoilé au début de l’année par le chef de l’Etat, en l’absence de sa ministre de la Culture, vise en partie à monétiser encore plus le prestige du grand tableau de Léonard de Vinci, La Joconde. Pourtant, la culture est censée être une source d’expression spirituelle, ouverte à tout le monde. De Malraux à Macron, l’idée du musée a subi une dévalorisation tangible.


« Le musée est un des lieux qui donnent la plus haute idée de l’homme ». Il fut un temps où un ministre de la Culture de la Vème république s’exprimait dans des termes qui lui conféraient une légitimité naturelle pour la fonction qu’il occupait, qui traduisaient un regard personnel, une propre vision de la culture. Cette phrase appartient à André Malraux, le ministre légendaire du général de Gaulle, avec qui il a partagé l’amour infini pour la littérature, l’art et l’histoire de France. Plus encore, durant les années sombres pour l’Europe les deux hommes avaient eu le courage de résister à la doctrine politique dominante de l’Allemagne nazie, une résistance à la pensée « mainstream » qui prend à nos jours un sens bien particulier.

Le président de la République Emmanuel Macron lui aussi fait du musée une idée bien haute, tout d’abord pour sa propre personne, car c’est précisément le Louvre, le plus grand musée du monde, qu’il avait choisi pour célébrer sa victoire à l’élection présidentielle le 7 mai 2017.  Presque huit ans plus tard, le 28 janvier 2025, le chef de l’Etat français est revenu à l’endroit où tout a commencé pour lui, cette fois pour faire un discours à quelque mètres du plus célèbre tableau de l’établissement, La Joconde de Leonard da Vinci. La Joconde, nous a appris le président, va déménager dans un autre endroit du musée pour bénéficier des conditions « qu’elle mérite» et d’un billet supplémentaire pour venir l’admirer.

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L’actuelle ministre de la Culture, Rachida Dati, a été, étonnement, absente pour l’occasion, mais son nom a bien été mentionné dans le discours qu’Emmanuel Macron a adressé aux journalistes. Parmi les mesures annoncées par le président de la République concernant le plan du renouvellement du Louvre, baptisé « Nouvelle Renaissance » (sic) et estimé à 700-800 millions euros, le gouvernement souhaite établir une nouvelle grille tarifaire pour les visiteurs extra-européens et c’est bien la locatrice du ministère rue de Valois qui devrait s’y coller.

L’ex-garde de sceaux, connue pour son franc-parler et son caractère bien trempé, ne s’est pas exprimée publiquement sur l’initiative du chef de l’Etat et de la directrice du Louvre, Laurence des Cars, a qui l’on attribue l’idée originale des grands travaux. Mais la place laissée dans ce dossier à Rachida Dati, celle d’un expert-comptable prié de sortir un tableau Excel affichant un bon taux de profitabilité, en dit long sur l’évolution du rôle de ministre de la Culture dans notre pays et de la culture en générale.

La Renaissance a créé, la «Renaissance» déconstruit 

Si la « Nouvelle Renaissance » (chacun peut apprécier l’allusion au parti présidentiel) se présente comme un programme qui vise à moderniser le musée,  il n’échappe à personne que 80% des visiteurs viennent au Louvre pour croquer le mystère du sourire de Lisa Gherardini, la jeune femme du marchand florentin Francesco del Giocondo, qui avait servi à Leonard de model pour la Joconde. Avec un billet différent pour accéder à la salle personnalisée sous la cour Carrée, Mona Lisa va considérablement augmenter les gains du musée, car la majorité écrasante des amateurs d’art souhaiterait, sans doute, voir d’autres chefs d’œuvre de l’établissement. 

Mais comment une telle idée n’est pas venue à l’esprit de nos responsables politiques avant ? Et si on répliquait la même principe pour les autres pièces de la riche collection du plus grand musée du monde ? Les œuvres bien connues et appréciées de tous : la Vénus de Milo, la momie de Ramsès 2 ou encore La liberté guidant le peuple de Delacroix ? Les recettes du Louvre pourraient alors tripler voire quadrupler !

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Redonnons la parole à Malraux pour comprendre : « Le seul domaine où le divin soit visible est l’art, quelque nom qu’on lui donne ». Tout au long de l’histoire de l’humanité et notamment depuis vingt derniers siècles, l’art et la peinture tout d’abord ont été considérés comme un don de Dieu, une source de l’expression spirituelle, qui célèbre la richesse de l’âme humaine et qui cherche à nous remplir de la lumière  intérieure, si différente des  aspirations matérielles dont l’homme  est épris à un degré au combien important.  

Avec une tarification différée pour une seule œuvre d’art, la Joconde, afin de maximiser les profits du musée, ce qu’est une première mondiale dans le genre, notre époque fait encore sauter un verrou civilisationnel, opère une autre transgression des valeurs millénaires, dans la parfaite continuité des actes de vandalisme militant sur les objets d’art ou de la supposée mise en scène de La Cène du même Leonard da Vinci lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympique 2024 à Paris.

La Joconde va voir ce temps (aussi) passer

Acheté chez Leonard par François 1re il y a plus de 500 ans, La Joconde a fait son apparition au Louvre quelques années après la Révolution française et de façon définitive en 1802. La création du musée du Louvre lui-même a été la conséquence directe de la Révolution et avait pour objectif d’« instruire les citoyens comme des artistes, qui devaient pouvoir étudier librement les chefs-d’œuvre ». Loin d’être la peinture la plus connue à ses débuts, le portrait doit sa légende actuelle à son vol du musée par un peintre en bâtiment italien, Vincenzo Peruggia, en aout 1911. L’affaire a fasciné les Parisiens au point que les jours qu’ont suivi le cambriolage, des foules immenses se sont massées devant le carré vide sur le mur. Le tableau a été retrouvée deux ans plus tard en Italie, et depuis, n’a quitté la France que sous l’ère du ministre de la Culture André Malraux. Soucieux de promouvoir la grandeur de la culture française, l’homme politique l’a fait voyager à Washington et à New-York en 1963. Le tableau a été également exposé à Tokyo et à Moscou en 1974.

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La quête du profit, qui opère sa douce transformation de tous les domaines de notre existence, qui a déjà fait disparaitre plusieurs hôpitaux, a réduit les postes d’enseignants dans les écoles et a baissé de 30% le nombre d’agriculteurs en France depuis 10 ans s’étend maintenant aux musées, ces temples laïques qui « donnent la plus haute idée de l’homme ».  

Cherchons, encore une fois, la réponse à ce phonème parmi les maximes de Malraux :« Il y a des œuvres qui font passer le temps, et d’autres qui expliquent le temps.». Une fois installée dans son pavillon luxueux de 2000 m² La Joconde va continuer de suivre de son mystérieux regard les foules de visiteurs du monde entier, qui défileront devant elle, en espérant voir cette époque sous le signe de deshumanisation passer le plus vite possible.

Liste des références :

 https://www.youtube.com/L’hisoire de la Joconde ( tous les faits

Le musée est un des lieux qui donnent la plus haute idée de l’homme  

La Joconde dans une salle payante,  une première dans l’histoire   

Discours de Macron, Louvre 28.01.2025

https://80% viennent-pour–la-joconde

https://Laurence des Cars-un-billet-d-entrée-au-Louvre-sans-joconde

Création du musée du Louvre

La curiosité vagabonde

De Milan à Lausanne, de Paris à Trieste, des grottes de Catulle jusqu’à la maison de Pétrarque, Samuel Brussell poursuit une errance lettrée pleine de surprises. Un vrai Feuilleton en noir et blanc.


Samuel Brussell, trop méconnu, est un écrivain baroque, c’est-à-dire d’une irrégularité bizarre. Il est attentif à l’inattendu. Dans son Métronome vénitien (Grasset, 2013), il voyait en Saint-Marc un possible « centre métabolique » aux trois Rome. Toujours dans la Sérénissime, « avant-poste de l’Empire romain d’Orient », et depuis son Campo Santo Stefano, il observait la lune qui « se réfugiait dans les nuages comme dans le turban d’Allah ». Ses livres ne sont rien d’autre que lui-même – et le dernier ne fait pas exception ! Ses fantômes sont immuables dans son œuvre : Gasparo Gozzi, Stendhal, Averintsev, Brodsky, Ruskin, Byron, Robert Walser, Fellini… Dans Soliloques de l’exil (Grasset, 2014), notre nomade « philosophe » sur la question du capital avec un agent de la finance, à Lausanne, au Café Romand ; à Paris, il plaide pour « un socialisme messianique qui se moque des partis, des slogans et des foules ». Partout, il « goûte à la volupté d’être raisonnablement dans les marges ». Partout, il est, comme l’a dit quelqu’un, la matière de ses livres ; à l’instar de l’auteur des Promenades dans Rome, Brussell croit vraies toutes les anecdotes qu’il entend. Certains dilettantes ont un charme fou. Surtout, parmi eux, celui qui ne se regarde pas écrire : « L’écrivain ne cligne pas de l’œil à son lecteur, ni même à lui-même. Il est le lecteur étranger perpétuellement surpris par son double, son semblable. »

Feuilleton en noir et blanc est tissé de souvenirs, d’historiettes, de conversations, d’anecdotes, de réflexions et donc de surprises. La vie, au hasard ordonné, place sur le chemin de notre pèlerin singulier des saynètes qu’il recueille, qu’il consigne – elles sont autant de rendez-vous : « On se trouve parfois devant une rencontre magique : il suffit de laisser parler, de cueillir une à une les répliques et la créature sort vivante de la glaise. » D’une certaine manière, Brussell, comme un Grec de l’Antiquité, est attentif aux signes des dieux et des déesses : « À l’oratoire de Sainte-Catherine de Sienne, dans une échoppe, je trouve un recueil de lettres de la sainte adressées aux “Autorités politiques, militaires et civiles”. J’entrevois un rai de lumière qui éclaire le dialogue du monde. »

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De Milan à Lausanne, de Paris à Trieste, des grottes de Catulle à Sirmione jusqu’à la maison de Pétrarque dans les monts Euganéens, Brussell pérégrine, ne tient pas en place, voyage dans le temps, ses valises sont ses soldats. Dans les trains, les cafés (il prend des verres de contact) ou les hôtels, il traque un bon mot, réveille un songe, feuilletonne (le titre de son livre est bien choisi). D’un décor l’autre, il change d’humeur comme de chemise, se fond dans le paysage, note l’instant, le sentiment du temps lui-même. 

Vous verrez (comme c’est curieux) : lisez ce petit livre d’une traite et vous aurez la sensation d’avoir engagé une conversation à bâtons rompus avec son auteur devenu un ami.

Samuel Brussel, Feuilleton en noir et blanc, La Baconnière, 2025, 160 pages.

Feuilleton en noir et blanc

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La SNCF, service public et vie privée

Le 31 juillet, le Conseil d’Etat a tranché : via Internet et ses applications, la SNCF n’a plus le droit de demander à ses clients s’ils sont « un homme » ou « une femme ». Cette décision, quels que soient les arguments qui la motivent, va à l’encontre de la tendance actuelle qui voit de plus en plus d’entreprises et d’institutions recueillir nos données pour les exploiter.


Le Conseil d’Etat avait été saisi par Mousse, qui n’est ni marin ni maghrébin, mais le nom d’une association LGBT+, qui estimait que la société ferroviaire n’avait pas à connaître le sexe des voyageurs, surtout que certains voyageurs ne sont eux-mêmes pas certains de la réponse.

Ce débat sur le sexe des anges peut prêter à sourire. Le bon sens force pourtant à reconnaître que la SNCF n’a pas à connaître les dessous de sa clientèle. Il fut un temps, quand il y avait encore de nombreux trains de nuit et des compartiments couchette, où exiger la civilité du voyageur relevait d’une élémentaire prudence, dans le cas où un pensionnat de jeunes filles aurait emprunté le même train qu’une bande de bidasses en permission… Aujourd’hui les demoiselles ont disparu (du moins sur les formulaires administratifs) et le service militaire a été supprimé.

La SNCF est néanmoins toujours plus curieuse sur l’identité de ses clients. Au siècle dernier, pour réserver, on tapotait sur Minitel, et on obtenait un code qui permettait de retirer son billet en gare, à un guichet ou à un… automate. Une nouveauté qui faisait alors peur aux cheminots syndiqués, effrayés à l’idée d’avoir pour collègues des machines automatiques qui ne font jamais grève… Alors ils les sabotaient en mettant des chewing-gums dans les fentes de la machine…

Aujourd’hui (les cheminots syndiqués, soutenus par tous les gouvernements, ayant compris que les nouvelles  technologies ne menaceraient jamais les avantages acquis à l’époque des locomotives à vapeur), la SNCF veut toujours en savoir plus.

Vous avez quel âge ?

Vous voyagez seul ?

Et patati et patata…

Pour éviter d’être soumis à la question… informatique, j’ai récemment acheté un billet à l’un des rares guichets où l’on propose encore ce service (alors que certains agents sont à disposition pour apprendre aux usagers à utiliser internet et leurs portables !). Etant seul avec une barbe de trois jours attestant mon genre, j’ai rapidement obtenu satisfaction, mais au moment de me délivrer le précieux sésame, l’agent m’a demandé mon adresse email, et mon 06… Mais pourquoi ? 

« Vous recevrez ainsi un double dématérialisé de votre titre de transport et si votre train a des retards, vous serez informé ». Superflu ! Avec la SNCF on sait qu’il y aura toujours des retards. C’est dans l’ADN de l’entreprise.

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Le bouquet, c’est que ces intrusions du service public dans la vie privée sont justifiées au nom de la sacro-sainte sécurité, qui a bon dos… Chacun est fiché, sa fiche classée dans un fichier clientèle, qui est revendu… Après avoir pris mon billet, j’ai reçu des offres d’hôtels sis à proximité de ma gare d’arrivée.

La SNCF n’est pas la seule, au prétexte de la sécurité, à toujours nous demander des infos personnelles toujours plus indiscrètes.

J’ouvre mon ordi :

Message de mon opérateur Internet :

« Nous nous engageons chaque jour à protéger vos données personnelles. Désormais, en plus de votre mot de passe, nous vous demandons une seconde étape pour vérifier votre identité ».

Seconde étape qui nécessite un 06… que l’opérateur propose à prix promotionnel…

Message de la direction des impôts:

« Information importante-nouveau parcours de connexion à votre espace particulier. […] Un système de double authentification est mis en place ».

Flatté que d’éventuels pirates puissent s’intéresser à la situation fiscale d’un pékin moyen.

Message de ma banque :

« Pour sécuriser vos virements… etc.. etc… »

Avec demande d’infos sur les bénéficiaires. 

Comme si, avec mon solde qui ressemble à un débit, je pouvais financer un nouveau Kebab. 

A la fin, ça fait beaucoup de harcèlement. Pour alimenter un fichier de renseignements généraux, dont les exploitants ne travaillent pas tous au ministère de l’Intérieur. 

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La confusion des fichiers est pour certains devenue un bizness aussi rentable que le narco-trafic.

A Noël dernier, j’ai eu la faiblesse et la joie d’offrir à ma petite nièce un collier, signé d’une marque « branchée ». A partir de ma seule carte de paiement, cette marque prestigieuse a retrouvé mon email et mon 06, et depuis m’abreuve de messages publicitaires…

Mais comme dit ma petite nièce, « Tonton, t’es old school ! » Vrai, faut vivre avec son temps, mais bon, parfois c’est insupportable, d’avoir un mouchard dans sa poche… Sûr, le jour de ma mort, je recevrai une notification m’assurant que je suis bien décédé. Alors une dernière volonté. Etre enterré sans portable. Pour reposer en paix.

État de droit : Nicolas Sarkozy, un précurseur ?

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Président, Nicolas Sarkozy a consacré une grande partie de son énergie considérable à la mise en cause de certaines pratiques courantes dans les institutions ou chez les fonctionnaires. A cet égard, c’était un précurseur. Notamment, ses critiques à l’égard de la Justice anticipent celles que l’on peut formuler aujourd’hui au sujet des décisions du Conseil constitutionnel.


Il n’est jamais inutile de revenir à Nicolas Sarkozy, celui notamment de 2007, auteur d’une indépassable campagne présidentielle.

Je me souviens, avant qu’il soit élu, des multiples critiques que, en tant que ministre, il formulait à l’encontre de certaines pratiques judiciaires et de la Justice. Il avait souvent raison et d’ailleurs, à l’époque, je peux dire que j’étais pratiquement le seul magistrat qui l’approuvait.

Président de la République, il m’est apparu très fortement en décalage par rapport à sa promesse d’une République irréprochable. Je pense que, sur ce plan, beaucoup de ses positions, voire de ses provocations, ont été mal comprises, même de la part de beaucoup de ses soutiens qui n’exprimaient pas forcément leur désaccord, enthousiasmés qu’ils demeuraient par l’élan créatif et l’énergie sans pareille de cette personnalité unique.

Celle-ci, durant son mandat présidentiel, à plusieurs reprises, s’en est prise aux corps constitués, aux institutions, aux fonctionnaires. L’État de droit, dans sa version pointilliste, abstraite, totalement déconnectée du réel, était l’une de ses cibles prioritaires. Quand j’analysais sur mon blog les ressorts de son hostilité, je la percevais comme l’agacement, voire l’exaspération, que l’homme d’action qu’il était éprouvait devant les multiples obstacles juridiques que l’État de droit, les juges judiciaires ou administratifs dressaient, comme à plaisir, devant lui. Il me semblait qu’alors il s’agissait plus d’une irritation personnelle que d’une dénonciation étatique.

A lire aussi : Le macronisme s’est déjà tué lui-même…

En tout cas, Nicolas Sarkozy, par son attitude et son entêtement à ne pas accepter, sans réagir, les décrets judiciaires ou administratifs, à les juger parfois insupportables à cause du hiatus qu’ils imposaient entre une réalité qui devait être réformée et l’impossibilité pratique de le faire, était clairement un précurseur.

Aujourd’hui, on n’ose plus proférer cette banalité sentencieuse qui interdirait d’apprécier positivement ou négativement un jugement judiciaire ou une décision administrative. L’État de droit n’est pas une sorte d’icône vide de sens qui devrait être respectée seulement parce qu’elle existe.

Au contraire, une évolution récente conduit à mettre en cause tout particulièrement le Conseil constitutionnel qui ne porte plus seulement atteinte à la susceptibilité indignée d’un président de la République, mais à la sauvegarde d’une société, au salut d’un pays.

On pouvait penser, dans une première phase, que le Conseil, sous diverses influences, s’attachait exclusivement à une approche juridique en récusant son obligation de compléter cette dernière par un pragmatisme et un sens de l’utilité sociale sans lesquels le droit est une forme vide. Qu’on se souvienne, par exemple, de la censure de la proposition de loi émanant de Gabriel Attal, pourtant fondamentale pour redonner vigueur, cohérence et bon sens à la législation sur les mineurs (voir mon billet du 21 juin 2025).

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Mais dorénavant, pour la rétention des étrangers dangereux, c’est même le socle juridique sur lequel s’appuie le Conseil qui doit être remis en cause, « ses bases étant faibles » et son refus de favoriser l’assimilation avec les dispositions pourtant validées pour le terrorisme étant infiniment discutable. C’est ce que démontre avec limpidité une tribune de Jean-Éric Schoettl et Jean-Pierre Camby dans le Figaro : pour ses auteurs, dont l’un au moins, que je connais, est une lumière dans le domaine qu’il traite, « la censure du Conseil constitutionnel est contestable ».

Bruno Retailleau présentera d’ailleurs « au plus tôt devant le Parlement » un texte modifié mais toujours aussi nécessaire (Le Figaro).

Passant de Nicolas Sarkozy qui avait anticipé un État de droit en chute libre dans son interprétation administrative, il me plaît de souligner une étrange continuité qui va dans le même sens : on ne désire plus un droit pour son esthétique et la perfection formelle de ses analyses. On exige un droit qui nous protège, quel qu’en soit le prix à l’égard des « vaches sacrées » qui nous veulent humanistes mais en péril mortel.

MeTooMuch ?

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Le Mur des cons

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Delenda est…

Delenda est Carthago, il faut détruire Carthage, vieux slogan de Caton l’Ancien incitant ses compatriotes à ne rien laisser de la grande rivale… Quelle comparaison sous-jacente alimente la pensée de notre chroniqueur, à l’heure où les Israéliens envisagent d’occuper totalement Gaza, et l’amène à parler d’une guerre vieille de 23 siècles ?


« Punique », comme dans « les guerres puniques », est une déformation du latin « poenicus », de « poenus », carthaginois, issu du grec Φοῖνιξ, Phénicien / Carthaginois, dont la brillante civilisation occupait Carthage et la Méditerranée de l’Ouest au IVe siècle av. J.-C.. Les guerres contre Rome furent d’abord des conflits de territoires (la Sicile d’abord, l’Espagne ensuite), avant de virer au conflit de civilisations : rien n’était plus étranger aux Romains que la religion carthaginoise, bâti sur des dieux sanguinaires dont Flaubert, dans Salammbô, a brossé les monstrueuses exigences. 
Les trois guerres puniques s’étalent sur un peu plus d’un siècle, avec des hauts et des bas pour chacun des deux belligérants. La première est gagnée par les Romains, qui vengent le consul Regulus, malencontreusement resté otage et torturé à mort par les Carthaginois, en s’emparant d’une bonne part des territoires extérieurs de la thalassocratie carthaginoise. La seconde, animée par Hannibal, est bien plus douteuse, et il faut tout le talent de Scipion l’Africain, à la bataille de Zama (202 av. J.C.), pour venir à bout des armées puniques.

Mais c’est de la troisième et dernière guerre, après 118 ans de conflit, que je voulais parler… 

Ce sont les Carthaginois qui ont violé le traité signé en 201, qui interdisait aux Carthaginois toute action militaire sans l’assentiment de Rome. Allez vous fier à des Puniques ! Prenant prétexte des avancées du roi numide Massinissa, allié de Rome, les Carthaginois reconstruisent discrètement leur flotte. Caton l’Ancien, envoyé en ambassadeur, comprend alors que Rome n’en aura jamais fini avec les Carthaginois tant que leur ville existera. « Delenda est Carthago », s’écrie-t-il à la fin de chacun de ses discours au Sénat, qu’importe le sujet.

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Massinissa (le nom signifie « Seigneur » dans la vieille langue des Berbères, seuls vrais autochtones d’Afrique du Nord) s’est emparé de terres arables dans la Medjerda et la région de Makthar. Carthage mobilise, les Romains exigent la dissolution de l’armée punique, la situation s’envenime. Faisons-la courte : en 148 les Romains font le siège de Carthage, qu’ils finissent par prendre deux ans plus tard : ils tuent tous les hommes (et quelques femmes), emmènent les enfants en esclavage, et rasent la ville, si parfaitement que passant par là en 1858 dans le cadre des recherches qu’il effectuait pour écrire son roman Salammbô, Flaubert écrit : « On ne sait rien de Carthage ». La ville avait été déclarée « sacer », c’est-à-dire maudite, et rien ne fut implanté sur le sol du vieil ennemi anéanti : même les tentatives d’y installer des colonies de vétérans romains firent long feu. 

Une ville est bien construite, où se situe la Carthage moderne, mais ce n’est qu’en 1921, après des années de recherches archéologiques erratiques, que l’on retrouva le tophet, aire sacrée dédiée aux divinités phéniciennes, où l’on fouilla un grand nombre de tombes d’enfants peut-être sacrifiés aux divinités sanglantes des Carthaginois. Rome, qui avait pourtant l’habitude d’accueillir sans problèmes les dieux des peuples conquis (ainsi ceux des Égyptiens, en particulier Isis), a fait une exception pour les divinités de Carthage, comprenant que le caractère impitoyable de Moloch et de ses copains serait, si on les laissait subsister, un ferment de révoltes. Avant Jésus, les divinités sémitiques ne furent jamais persona grata dans la Ville éternelle.

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Par parenthèse, « tophet » est un nom d’origine juive, désignant l’Enfer près de Jérusalem. Les Phéniciens étaient des Sémites, comme les Hébreux et les Arabes, demi-frères (ennemis) si l’on en croit la tradition abrahamique.

Il faudra attendre une campagne archéologique patronnée par l’UNESCO en 1972 pour que l’on cadastre exactement l’ancienne ville d’Hannibal, et que l’on se représente exactement l’emplacement du port d’où partaient les bateaux phéniciens.

Delenda est Carthago — ou n’importe quelle ville appartenant à un ennemi irréconciliable. On ne pactise pas avec qui veut votre mort. Et on ne laisse pas le passé remonter des cendres.Pourquoi au cœur de l’été, suis-je allé ressusciter la mémoire de ces guerres oubliées ? Je ne sais trop — peut-être parce que l’Histoire se répète, et que les solutions d’hier sont un exemple pour aujourd’hui.

Soleil noir

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L’immigration à Mayotte, un test pour la France

La Loi de programmation pour la refondation de Mayotte devait régler la crise migratoire qui sévit sur l’île mais elle n’est pas du tout à la hauteur de la situation. Les moyens des autorités sur place restent inadéquats, les passeurs continuent à faire leurs affaires et peu de migrants se trouvent expulsés. Alain Destexhe, auteur de Mayotte : comment l’immigration détruit une société, et qui exerce actuellement en tant que médecin à Mayotte, témoigne.


Contrairement à la Loi sur la rétention des étrangers, sévèrement censurée par le Conseil constitutionnel, la Loi de programmation sur Mayotte est passée presque intacte. En effet, elle préserve largement les droits des étrangers, tout en affichant quelques mesures « fermes » : léger durcissement des conditions d’accès à la nationalité, facilitation de certaines expulsions, démantèlement – temporaire et très encadré – de bidonvilles sans obligation de relogement, fin du titre de séjour territorialisé à partir de 2030 : une mesure positive pour Mayotte, mais qui risque de reporter le problème sur La Réunion et la métropole.

Sur place, personne n’est dupe. Cette loi ne réglera pas la crise migratoire qui bouleverse Mayotte depuis quarante ans. Plus de la moitié des habitants sont désormais étrangers, les Mahorais d’origine ne représentant plus qu’un tiers de la population. Le phénomène est d’une ampleur que la métropole n’imagine pas : ce serait, en proportion, comme si la France passait de 66 à plus de 300 millions d’habitants en quelques décennies, avec une minorité de Français d’origine.

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Un « Etat de droit » démuni

Le texte reste dans le cadre juridique appliqué en métropole : un État de droit qui, à Mayotte, est surtout celui des droits des illégaux. Un véritable État de droit suppose une administration et une justice efficaces , ce dont l’île ne dispose pas. Les services de l’État sont saturés, avec plus de 100 000 demandes de titres de séjour en attente. L’inviolabilité du domicile, même au cœur d’un bidonville d’illégaux, empêche les forces de l’ordre d’agir. Pour espérer arrêter un seul clandestin lors d’un contrôle routier, il faut parfois vérifier l’identité de plus de cent personnes en situation régulière.

Des moyens d’interception dérisoires

Les moyens maritimes de la PAF et de la gendarmerie restent dérisoires : pas de patrouilleur en haute mer, deux zodiacs pour intercepter parfois une vingtaine de kwassa-kwassa opérant en meute. Les Comores, malgré l’aide française, laissent filer les départs. Des demandeurs d’asile, déboutés par la suite, affluent également via les Comores,  de Somalie, du Burundi, du Rwanda ou du Congo, mais ne sont pas renvoyés à l’issue de procédures interminables. Comme en métropole, ils sont soutenus par une kyrielle d’associations qui les aident à faire valoir leurs droits. Pendant ce temps, les reconnaissances de paternité frauduleuses et les accouchements sous fausse identité continuent à produire des Français de papier, sans poursuite des complices. 75% des nouveaux-né ont une mère d’origine étrangère.

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Chido a amplifié l’immigration

Après le cyclone Chido, les bidonvilles se sont reconstruits du jour au lendemain, souvent en volant les tôles des toits dévastés des Mahorais. Personne n’est reparti aux Comores ou à Madagascar. Au contraire, les passeurs ont profité de la désorganisation du territoire pour amplifier les passages. Après le cyclone, cette loi donne surtout l’illusion que l’État agit. Elle ne changera pas le fond du problème : une immigration massive, une pression démographique inédite, des services publics (écoles, centres de santé, hôpital) à bout de souffle et un territoire livré au chaos administratif. Les Mahorais le savent déjà. Les métropolitains devraient s’y intéresser : Mayotte est peut-être le laboratoire de ce qui les attend, à un rythme plus lent, mais avec les mêmes conséquences.

Rwanda 94: le carnage: 30 ans après, retour sur place

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Dulcie September, un dossier embarrassant pour l’Elysée

Dulcie September reste une des figures oubliées de la lutte anti-apartheid. Militante et représentante de l’ANC en France, elle est assassinée à Paris en mars 1988. Trente-cinq ans plus tard, son meurtre demeure non élucidé, au croisement des réseaux de l’apartheid et de l’ombre des relations franco-sud-africaines.


C’est loin du tumulte médiatique que le Tribunal de Paris a rejeté, le 10 juin 2025, la plainte déposée par la famille de Dulcie September contre la République française. Celle-ci l’accusait de « déni de justice » et de « fautes lourdes » dans l’enquête sur son assassinat. Une affaire sensible qui, depuis près de quarante ans, jette une ombre persistante sur les relations controversées entre la France et l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid et qui reste une tâche sombre sur les septennats du Président François Mitterrand.

Une militante engagée

C’est dans la banlieue du Cap que voit le jour Dulcie Evonne September, en 1935. Issue d’une famille de « coloureds » (métisses), de la classe moyenne, elle suit des études pour être institutrice. Enseignante à Maitland dans une mission religieuse, elle est mutée par la suite à l’école primaire de Bridgetown, près de la ville du Cap. L’Afrique du Sud est alors régie par des lois de ségrégation raciale qui ne laisse pas plus de place politique à la majorité noire qu’elle n’en laisse aux communautés métisses et indiennes. La répression organisée par la police ulcère cette jeune femme qui décide de s’engager dans la Teachers’ League of South Africa, une organisation radicale liée au mouvement trotskyste alors interdit.

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Elle rejoint en 1960 la très maoïste African People’s Democratic Union of Southern Africa (APDUSA), ce qui lui vaut d’être arrêtée et emprisonnée par le régime en 1963, puis assignée à résidence pendant cinq ans. Autorisée à quitter le pays avec un visa de sortie permanent, elle s’envole au Royaume-Uni afin de recommencer une nouvelle vie loin de toute discrimination raciale. En 1973, elle reprend des études d’enseignante et entre en contact avec l’African National Congress (ANC), le principal mouvement de libération sud-africain, dirigé par Nelson Mandela, emprisonné par le régime de Pretoria sur l’île de Robben Island. Militante engagée, notamment pour le droit des femmes de couleur en Afrique du Sud, une décennie plus tard, elle est nommée représentante de son parti pour la Suisse, le Luxembourg et la France. Installée à Paris, ses activités vont rapidement attirer l’œil du gouvernement français.

France – Afrique du Sud : des relations ambigües

À cette époque, la France du Président François Mitterrand joue un double jeu : officiellement, elle condamne l’apartheid, organise des concerts de soutien à Nelson Mandela ou des manifestations réclamant la fin du régime de ségrégation raciale, assurant ainsi à la France, la photo d’un pays attaché aux droits de l’Homme. Mais dans la réalité, la coopération économique et militaire avec Pretoria ne s’est jamais vraiment arrêtée. Des entreprises françaises vendent de la technologie duale (civile et militaire), des pièces détachées, voire des éléments de réacteurs nucléaires, en dépit du boycott international mis en place par l’ONU. Un cas va particulièrement illustrer cette ambiguïté. Celui de Pierre-André Albertini, un coopérant français qui est incarcéré par le Ciskei, un bantoustan sud-africain (région jouissant d’une certaine autonomie), après la découverte d’armes dans le coffre de sa voiture et qui devaient être acheminés vers l’ANC réfugiée dans les pays voisins. En 1986, l’affaire va faire grand bruit et mobiliser le Parti communiste français (PCF), proche des parents d’Albertini. Paris dénonce cette arrestation arbitraire et prend prétexte de l’événement pour refuser les lettres de créances du nouvel ambassadeur sud-africain.

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Côté diplomatie, on s’active pourtant en coulisse. La France est sous cohabitation. Jacques Chirac est redevenu Premier ministre et s’est empressé de remettre en fonction les réseaux africains de Jacques Foccart. L’homme de l’ombre qui a tissé une relation privilégiée avec les chefs d’État africains, a toujours été au cœur des affaires africaines de la France. Il a lui-même installé son secrétariat en face de Matignon et n’a jamais caché qu’il était en faveur de Pretoria qu’il s’emploie à réhabiliter avec l’aide de son ami Felix Houphouët-Boigny, président de Côte d’Ivoire. Dans l’Océan indien, les Comores sont même une base arrière d’activités troubles de la France avec les mercenaires de Bob Denard qui font la pluie et le beau temps sur l’île. « Une base arrière des opérations occultes franco-sud-africaines avec des ventes et achats d’armes, circuits financiers abrités par des casinos et hôtellerie, guérillas diverses contre les régimes anti-apartheid », affirme même le journaliste François-Xavier Verschave. Albertini sera finalement libéré avec un contingent de soldats cubains contre des militaires sud-africains, prisonniers en Angola (1987). Jacques Chirac n’hésitera pas à remercier le président Pieter Willem Botha par le biais d’une lettre éloquente et de faire accréditer le nouveau représentant sud-africain en France.

Des vérités qui fâchent… et qui tuent

Cette proximité entre Paris et Pretoria contraint Dulcie September à rédiger des rapports internes pour l’ANC: elle évoque les liens entre l’Afrique du Sud avec plusieurs entreprises françaises renommées, alerte sur la présence suspecte d’agents sud-africains en France, et réclame une protection. Certains documents accablants n’arrivent pas à leur destinataire. Aucune mesure ne sera prise par le gouvernement français ni l’ANC qui critique son attitude paranoïaque. Le 29 mars 1988, alors qu’elle ouvre la porte du bureau de l’ANC situé au 28 rue des Petites-Écuries, dans le 10e arrondissement de Paris, Dulcie September est abattue de cinq balles dans la tête, à bout portant. L’arme du crime, probablement une carabine 22 équipée d’un silencieux, n’a jamais été retrouvée. Aucun témoin direct ne sera identifié. Ce meurtre, jamais revendiqué, est immédiatement qualifié de crime politique par les médias. L’ANC pointe la responsabilité du régime sud-africain. Pourtant, l’enquête française se traîne. Ni la DGSE ni les services de police ne parviennent à identifier un suspect. Pire : l’affaire est classée sans suite en 1992, sans que personne ne soit inculpé alors que la presse néerlandaise pointe du doigt la présence des anciens de la Légion étrangère, membres de réseaux d’extrême-droite en lien avec les services secrets français.

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Pourquoi la justice française n’a-t-elle jamais poursuivi ces pistes ? Pourquoi les autorités n’ont-elles jamais protégé une diplomate étrangère menacée ? La réponse, pour nombre d’observateurs, est simple : Dulcie September dérangeait des intérêts politico-économiques majeurs. Des éléments troublants surgissent toutefois avec le temps. En 2019, un documentaire réalisé par le réalisateur et le producteur Enver Samuel, « Murder in Paris », relance l’intérêt pour cette affaire. Le film révèle des pistes accablantes comme l’implication possible de réseaux de renseignement sud-africains; il confirme des contacts étroits entre industriels français et le régime de Pretoria, et l’infiltration du bureau de l’ANC par des espions. Des noms circulent, ceux de trafiquants d’armes présumés, ou du réseau ELA (European Liaison Agency), un groupe ultra-secret qui aurait coordonné des actions de déstabilisation contre les militants de l’ANC en Europe. Que dire même de la visite de Pik Botha, le ministre sud-africain des Affaires étrangères, quelques jours avant l’assassinat de Dulcie September. Lors de son audition devant la Commission Vérité et Réconciliation (1998), Eugene De Kock, un des commandants de l’unité Vlakplaas, unité antiterroriste et de contre-insurrection, assurera que le meurtre a été organisé par ses services avec l’aide de deux mercenaires français issus de la Garde présidentielle comorienne.

Aucun procès n’a eu lieu et les commanditaires de cet assassinat restent à ce jour impunis, la responsabilité de l’État français jamais déterminé. Paris a d’ailleurs refusé de rouvrir le dossier en 2019, avançant le délai prescriptif comme argument. La plainte déposée par la famille de Dulcie September, dont le cynisme a poussé la capitale française à baptiser de son nom une rue du Xe arrondissement, a peu de chances d’aboutir à long terme, tant il impliquerait d’éventrer des archives, de remonter des filières d’armement, et de regarder en face un passé diplomatique embarrassant. Une affaire qui reste un symbole de la complexité des relations internationales, où les intérêts stratégiques l’emportent trop souvent sur les droits humains.

007 dans la peau d’un SS ? 

La vie d’Otto Skorzeny tient du film d’aventures. À la tête des forces spéciales de la SS, il s’illustre par des opérations spectaculaires dans les airs comme dans les mers. Passé entre les gouttes de la dénazification, il aurait vendu après-guerre son expertise au Mossad. Benoît Rondeau lui consacre une biographie haletante.


L’homme mesure 1,93 mètre. C’est une armoire à glace au physique avantageux. Une cicatrice virile lui fend la joue. Ce géant aurait tout pour incarner James Bond à l’écran. Sauf qu’Otto Skorzeny (1908-1975) n’a rien d’un personnage de fiction.

Un nazi convaincu

À ce nazi de la première heure enveloppé de légende, Benoît Rondeau, fécond spécialiste de la soldatesque (L’Armée allemande 1870-1945, Buchet-Chastel, 2024) et notamment des forces belligérantes sous la Seconde Guerre mondiale, consacre une biographie haute en couleur. « Hâbleur, orgueilleux », l’Autrichien inféodé à l’Ordre noir, séide impénitent d’Hitler, a complaisamment enjolivé ses exploits d’agent secret casse-cou dans La Guerre inconnue (Albin-Michel, 1975). « Avec Skorzeny, il est toujours malaisé de faire la part de l’affabulation et de la véracité des faits relatés », note son biographe, attentif à départager l’une et l’autre. Reste que « Skorzeny, aussi abjecte que soit sa pensée politique, n’a jamais opté pour la langue de bois ni renié ses convictions. Il est demeuré fidèle au Führer et à son idéologie et, contrairement à nombre d’anciens nazis, n’a jamais tenté de masquer ses liens avec le dictateur. […] Bien au contraire, il n’a cessé d’affirmer qu’il a lutté jusqu’au bout en faveur de l’Allemagne, avec l’espoir que le Troisième Reich finisse par l’emporter. »

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L’adage selon lequel la réalité dépasse la fiction se vérifie : on s’étonne que Netflix n’ait pas encore concocté l’adaptation de ce roman-fleuve aux péripéties haletantes. Rondeau évoque L’aigle s’est envolé (The Eagle Has Landed, 1976), film britannique de John Sturges, où « la référence à Otto Skorzeny éclate dès le générique » : un certain colonel Steiner (Michael Cane), aux ordres d’un clone de Stauffenberg (Robert Duvall), y fomente l’enlèvement de Churchill… Le SS Skorzeny, un 007 infréquentable ?

Le protégé d’Hitler

Rejeton d’une famille de la bonne société viennoise déclassée par la chute de l’empire bicéphale, athlète (ski, voile, natation, et surtout sports de combat), étudiant escrimeur arborant avec fierté ses scarifications de duelliste, Otto fait montre « d’une appétence réelle pour la technologie et l’ingénierie ». De bonne heure affilié à des groupes paramilitaires, il adhère au parti nazi sitôt après l’Anschluss. Pilote amateur de course automobile, le géant excède le gabarit requis pour le cockpit étroit des avions de chasse : le va-t’en guerre se morfond dans les transmissions de la Luftwaffe, avant d’intégrer en 1940 la garde d’Hitler, le régiment le plus prestigieux de la Waffen SS, pour rejoindre bientôt la division si bien nommée Totenkopf (« tête de mort »), menant au reste une guerre sans grand éclat, de la Yougoslavie à l’URSS. Skorzeny « saura user d’un avantage considérable : celui de la relation personnelle avec le Führer en personne, dont il deviendra le protégé ». Son accession au commandement des forces spéciales de la SS fait de lui une célébrité.

« Béotien pour tout ce qui a trait à l’espionnage », cette tête brûlée reste un atout pour les « missions impossibles » : parachutages, sauts par planeur, opérations amphibies, sabotages… Le James Bond germain met au point un programme d’entraînement intensif, exigeant de ses recrues qu’ils sachent tirer à la mitrailleuse, au mortier, piloter un bateau voire une locomotive, nager, monter à cheval… Avec le sauvetage de Mussolini retenu captif dans le massif du Gran Sasso en 1943, Otto entre dans la légende : après ce raid rocambolesque, en planeur, la propagande nazie en fait un héros national (!).

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Skorzeny se voit bientôt confier par son idole en personne les missions les plus improbables : depuis l’enlèvement de Pétain à Vichy, jusqu’à l’exfiltration (ratée) de Tito, en passant par des assassinats ciblés au Danemark… Le comble du farfelu est atteint en 1944 avec le projet « Zeppelin », qui prévoit de déposer un couple d’assassins au Kremlin pour buter Staline. Unités suicides pilotées à partir de fusées V1, lancement de bombes volantes depuis le pont d’un U-Boot pour frapper New York : l’imagination va bon train.

Une fin de vie mouvementée

L’attentat raté contre Hitler, le 20 juillet 1944, ramène le zélé Skorzeny, « désormais chef incontesté des commandos du Reich », au quartier général de la SS. Le héros va multiplier les opérations d’urgence, « coups d’épingle sans conséquences » sur l’issue de la guerre : tentative de guérilla en Roumanie, projet de kidnapper le fils du régent Horthy à Budapest, parachutages de fantassins grimés en soldats de l’Armée rouge… Mis dans la confidence de la contre-offensive des Ardennes, le voilà chargé d’envoyer ses SS travestis en GI, après stage de langue et apprentissage du mâchage de chewing-gum, « dans les profondeurs du dispositif américain » ! Échec total. Sous la plume de Rondeau, le récit en est plus piquant qu’épique. Dans le Reich agonisant, 007 tire ses dernières cartouches. En février 1945, la BBC verra en lui « l’homme le plus puissant de la capitale allemande ». Quid du fameux « réduit alpin » ? « Skorzeny est directement impliqué dans ce projet chimérique, celui d’ériger en forteresse imprenable les massifs montagneux du Tyrol. » Hof, Linz, Vienne – d’un château de cartes l’autre…

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Dans « une atmosphère de fin du monde », le « mégalomane fanatique et incontrôlable » dépose les armes. Il passe deux ans derrière les barreaux – programme de dénazification oblige : acquitté ! Yeo-Thomas, ex-espion britannique, l’aide même à trouver un éditeur. L’épilogue relève du pur roman d’espionnage : évasion, cavale, nouvelle compagne (Ilse Lüthje, comtesse présumée laquelle, après avoir officié pour les services secrets allemands, « poursuit ses activités auprès de la Sûreté française »), saut dans l’asile doré de l’Espagne franquiste… Reconverti dans les affaires, Skorzeny sillonne le monde. Consultant auprès de Nasser (comme nombre d’anciens SS) pour la fourniture d’armes, aurait-il été sur le tard un agent du Mossad ? « Difficile d’être affirmatif », avance Rondeau : les versions divergent. À 67 ans, madrilène riche d’un « patrimoine faramineux », le trouble aventurier succombe à un cancer de la colonne vertébrale. Mourir n’attend pas.

Benoît Rondeau, Otto Skorzeny : des commandos SS au Mossad, Perrin, 2025.

Otto Skorzeny: Des commandos SS au Mossad

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L’affaire Axelle Dorier ou l’impunité sous condition

L’assassinat atroce d’Axelle Dorier, il y a cinq ans, n’est pas un simple fait divers et encore moins un accident de la route. La condamnation, l’année dernière, des coupables scandalise toujours par la relative légèreté des peines et interroge sur une possible «préférence diversitaire» qui s’exprime à travers certains verdicts de la justice. Tribune.


Le 18 juillet 2020, à Lyon, Axelle Dorier, 22 ans, meurt traînée sur plus de 800 mètres par une voiture. Elle avait simplement tenté de faire valoir ses droits, après que le conducteur d’une Golf a percuté son chien. Une altercation s’ensuit, brève. Puis le conducteur redémarre brutalement. Axelle est happée, traînée, déchiquetée. Elle décède dans des conditions que la presse, pudiquement, évite de décrire.

Le 12 juillet 2024, quatre ans plus tard, le verdict tombe : 12 ans de réclusion criminelle pour Youcef Tebbal, reconnu coupable de violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le passager, Mohamed-Amine Yelloule, écope de 5 ans de prison, dont 3 avec sursis.

Pas de meurtre. Pas d’intention de tuer. La justice a retenu l’impulsivité, l’instant de panique, la perte de contrôle. Le crime devient alors une suite de « violences mal maîtrisées » et non une volonté de nuire.

Mais pour beaucoup de citoyens, ce verdict ne passe pas.

Pas seulement en raison de la peine – jugée trop légère pour un acte d’une telle sauvagerie – mais à cause du décalage croissant entre la gravité des faits et le traitement judiciaire lorsqu’il s’agit de certains profils ethniques ou culturels.

Justice : deux poids, deux mesures ?

Il faut poser les mots : de plus en plus de citoyens ont le sentiment qu’en France, l’origine de l’auteur compte autant que l’acte commis.

Quand le prévenu est Français d’origine étrangère, et en particulier maghrébine, l’appareil judiciaire semble gagner en prudence, en nuance, en indulgence. On parle alors de parcours difficile, de discrimination subie, d’intégration ratée, de fragilité sociale. Une grille de lecture compassionnelle se superpose à l’acte.

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Mais si l’auteur avait été un « Français de souche », et la victime issue d’une minorité visible ? L’indignation aurait été nationale. La presse aurait embrasé les colonnes. Des ministres auraient pris la parole. Des marches silencieuses se seraient organisées. Le verdict aurait été scruté comme un test moral.

Dans l’affaire Dorier, il n’y a rien eu de tout cela.

Une barbarie banalisée

Ce n’est pourtant pas une banale affaire de dérapage routier. C’est une scène de crime. La voiture est utilisée comme une arme. L’acte est sauvage. La victime meurt dans une agonie mécanique. Pourtant, la requalification pénale – « sans intention de donner la mort » – efface cette réalité. Elle dilue la violence dans le lexique du malheureux concours de circonstances.

Pour beaucoup, c’est un signal terrifiant : la vie d’une jeune femme peut être broyée sans que la justice n’y voie une volonté de tuer. Une barbarie sans coupable véritable, un meurtre sans meurtrier.

Préférence diversitaire : mythe ou réalité ?

Le terme dérange. Pourtant, la “préférence diversitaire” est un concept de plus en plus invoqué dans le débat public. Il désigne cette asymétrie de traitement – judiciaire, médiatique, symbolique – qui protège davantage certains groupes sous couvert de lutte contre les discriminations.

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Ce n’est pas une théorie complotiste. C’est une mécanique idéologique bien réelle, à l’œuvre depuis des années dans certains cercles politiques, universitaires ou médiatiques : toute critique envers un individu issu de l’immigration est suspecte ; toute rigueur appliquée à ces profils est perçue comme un risque de stigmatisation. Résultat : une réticence à punir pleinement. Un effacement des responsabilités au nom de l’origine. Une tendance à excuser là où il faudrait juger.

Un pacte républicain affaibli

La République repose sur une promesse : la même loi pour tous. Pas selon le prénom. Pas selon le passé. Pas selon les blessures familiales ou coloniales. Ce pacte, pour beaucoup, est aujourd’hui affaibli.

L’affaire Axelle Dorier n’est pas un accident judiciaire isolé. C’est le révélateur d’un climat : celui où l’impunité semble devenir conditionnelle à l’origine. Où les victimes sans capital communautaire, sans étiquette minoritaire, sans surmoi militant, sont reléguées au silence.

Axelle est morte deux fois : une première fois, traînée par une voiture ; une seconde fois, trahie par le gouvernement des juges.

Il faudra bien un jour rouvrir les yeux.

Qui a peur du grand méchant libéralisme ?

Pour payer les dettes de l’Etat, la France a besoin de relancer la croissance, de redémarrer son économie en panne. Il faut donc une dose de libéralisme. Malheureusement, la gauche n’y comprend rien. Les centristes façon Emmanuel Macron ou Edouard Philippe restent trop étatistes. Avec Jordan Bardella, le RN fait des progrès, mais trop timides encore. Seuls Sarah Knafo et surtout David Lisnard semblent avoir compris le rôle de l’entreprise dans l’enrichissement de tous les Français. Tribune de Sophie de Menthon.


Nous adorons les mots; nous nous plaisons à les malaxer, les détourner, les vider de leur substance, les redéfinir pour les mettre à la mode du jour. C’est ainsi que le libéralisme est dans toute les bouches. Après avoir été honni de droite comme de gauche, qualifié systématiquement « d’ultra », donc inacceptable comme tout ce qui est ultra ou extrême, il devient un peu tendance. Mais selon ses détracteurs, il revient sous une forme populiste : comme les Français sont exaspérés par les prélèvements excessifs d’un état spoliateur, comme ils ne supportent plus de voir leurs libertés bafouées, ils commencent à se déclarer libéraux.

Qui est vraiment libéral ?

Mais qu’est-ce qu’être libéral ? S’agit-il de conservateurs économiquement ouverts à tout vent, de « Renards libres dans un poulailler libre » selon le mot de Tocqueville? S’agit-il de citoyens libertaires dans leurs mœurs ? Le mariage pour tous et l’euthanasie seraient-ils des comportements libéraux ? Le wokisme n’est-il pas finalement une forme de libéralisme ? Ou s’agit-il de simples obsédés de la finance avec mode d’emploi pour la croissance ? Les libéraux sont-ils de droite ou de gauche ? Seraient-ils les derniers centristes ? Quand on essaie de coller l’étiquette libérale à un parti politique, on complique encore la situation. 

Le RN clairement n’est pas libéral quoique Jordan Bardella prétende faiblement le contraire, mais juste pour utiliser le mot semble-t-il, derrière rien d’explicite; l’amour des frontières l’emporte. Le chemin libéral toutefois se trace avec Sarah Knafo qui ouvre la voie et surprend intelligemment par ses analyses précises et concrètes. Oublions tout de suite la gauche pour laquelle le libéralisme est satanique et cause de toutes les misères du monde. Ne parlons pas bien sûr de LFI.

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Quant à la droite : laquelle ?  Elle n’est pas claire: seul David Lisnard s’est courageusement emparé du drapeau libéral, et son succès est le premier du genre. Il a trouvé le ton juste et les arguments qui font comprendre la réalité et les avantages d’une liberté liée à la responsabilité individuelle, jusques-là ignorée par le pays. Espérons que tous les prétendants, quels qu’ils soient, le rallieront sur le plan des idées, car il faut faire de la pédagogie, inlassablement, avant même de rêver d’élections qui consacreraient une volonté libérale des français.

On a rêvé quelques semaines lorsque le parti Macroniste a fait semblant de promouvoir une « start-up nation », par définition libérale. Nenni! « Choose France » n’est qu’un libéralisme d’État, un oxymore nouveau et intéressant. 

Le parti d’Edouard Philippe, prisé des Français, est rassurant dans la pure tradition de l’État de droit sur lequel s’est constituée la France. Le terme d’« entreprise » n’a pas été cité dans un de ses livres programmatiques. Or les libéraux placent l’entreprise au-dessus des partis lorsqu’il s’agit de gérer et de se développer. La micro-économie et même la macro n’ont pas besoin de commissariat au plan qui leur explique quoi faire, l’IA est plus pertinente !  

L’entreprise, socle du libéralisme

Même si l’entreprise n’est pas l’alpha et l’oméga du libéralisme, elle en est le socle nourricier et fondateur. Mais de quoi nos politiques ont-ils donc tous peur au point de refuser leur confiance aux entrepreneurs et à leurs salariés ? Qu’est ce qui les pousse à vouloir manager, diriger nos entreprises, les contraindre, les surveiller, descendre dans les détails jusqu’à imposer la nature des toilettes et la valeur des tickets restaurant ? Interdire à l’entreprise SNCF d’utiliser le terme « Monsieur » ou « Madame » sur les billets (sic)? Ce pourrait être risible si cet acharnement des élus à s’estimer chefs de nos entreprises (souvent sans en avoir vu une de près) et de nos vies personnelles ne faisait pas tellement de dégâts. On a fini par convaincre tous les Français que l’État seul était leur sauvegarde, leur bienfaiteur, leur distributeur de richesse et même leur diététicien ! Sans l’État, point de salut. On a donc entravé l’initiative, apeuré les citoyens, diabolisé la liberté en encensant le protectionnisme. Et les communistes ? Et voilà maintenant que le quotidien L’Humanité se plaint que le libéralisme soit récupéré par l’extrême-droite, parce qu’un « Sommet des libertés » au mois de juin a réuni des personnalités politiques de droite (vous avez bien lu). 

Alors ? où est passé mon libéralisme, celui de Frédéric Bastiat dans son ouvrage Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas qui anticipait la situation d’aujourd’hui des Français qui ne voient pas qu’ils paient.

À lire aussi du même auteur : Une triste nouvelle

Les missions régaliennes ? Pas si simples : police, justice, armée, santé et éducation, le privé a fait ses preuves, les écoles privées sont aujourd’hui plus performantes que les lycées, les cliniques offrent une excellente qualité d’accueil et de soins même si nos hôpitaux seraient exceptionnels s’ils étaient dirigés avec un management comme dans le privé. Mais la détestation idéologique du privé véhiculée par la gauche a marqué les esprits :il y a de l’argent en jeu, donc c’est forcément malhonnête. Et pourtant ! En sortant de l’hôpital, demandez combien vous a coûté le « gratuit » ?  Personne ne peut vous répondre: c’est une question indécente issue d’un cerveau libéral.

On a soigneusement gommé le fait que le libéralisme, c’est avant tout la liberté et la responsabilité. Personne ne parle des vraies libertés, celles de choisir sa propre situation économique, l’école de son enfant, sa retraite, ses garanties de santé… Tocqueville a parlé des «Français serviles et révolutionnaires»: jusqu’à quand ?  

A paraître le 27 août :

Pendant ce temps, La Joconde

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La Joconde © Xavier Francolon/SIPA

Le projet de réforme du Musée du Louvre dévoilé au début de l’année par le chef de l’Etat, en l’absence de sa ministre de la Culture, vise en partie à monétiser encore plus le prestige du grand tableau de Léonard de Vinci, La Joconde. Pourtant, la culture est censée être une source d’expression spirituelle, ouverte à tout le monde. De Malraux à Macron, l’idée du musée a subi une dévalorisation tangible.


« Le musée est un des lieux qui donnent la plus haute idée de l’homme ». Il fut un temps où un ministre de la Culture de la Vème république s’exprimait dans des termes qui lui conféraient une légitimité naturelle pour la fonction qu’il occupait, qui traduisaient un regard personnel, une propre vision de la culture. Cette phrase appartient à André Malraux, le ministre légendaire du général de Gaulle, avec qui il a partagé l’amour infini pour la littérature, l’art et l’histoire de France. Plus encore, durant les années sombres pour l’Europe les deux hommes avaient eu le courage de résister à la doctrine politique dominante de l’Allemagne nazie, une résistance à la pensée « mainstream » qui prend à nos jours un sens bien particulier.

Le président de la République Emmanuel Macron lui aussi fait du musée une idée bien haute, tout d’abord pour sa propre personne, car c’est précisément le Louvre, le plus grand musée du monde, qu’il avait choisi pour célébrer sa victoire à l’élection présidentielle le 7 mai 2017.  Presque huit ans plus tard, le 28 janvier 2025, le chef de l’Etat français est revenu à l’endroit où tout a commencé pour lui, cette fois pour faire un discours à quelque mètres du plus célèbre tableau de l’établissement, La Joconde de Leonard da Vinci. La Joconde, nous a appris le président, va déménager dans un autre endroit du musée pour bénéficier des conditions « qu’elle mérite» et d’un billet supplémentaire pour venir l’admirer.

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L’actuelle ministre de la Culture, Rachida Dati, a été, étonnement, absente pour l’occasion, mais son nom a bien été mentionné dans le discours qu’Emmanuel Macron a adressé aux journalistes. Parmi les mesures annoncées par le président de la République concernant le plan du renouvellement du Louvre, baptisé « Nouvelle Renaissance » (sic) et estimé à 700-800 millions euros, le gouvernement souhaite établir une nouvelle grille tarifaire pour les visiteurs extra-européens et c’est bien la locatrice du ministère rue de Valois qui devrait s’y coller.

L’ex-garde de sceaux, connue pour son franc-parler et son caractère bien trempé, ne s’est pas exprimée publiquement sur l’initiative du chef de l’Etat et de la directrice du Louvre, Laurence des Cars, a qui l’on attribue l’idée originale des grands travaux. Mais la place laissée dans ce dossier à Rachida Dati, celle d’un expert-comptable prié de sortir un tableau Excel affichant un bon taux de profitabilité, en dit long sur l’évolution du rôle de ministre de la Culture dans notre pays et de la culture en générale.

La Renaissance a créé, la «Renaissance» déconstruit 

Si la « Nouvelle Renaissance » (chacun peut apprécier l’allusion au parti présidentiel) se présente comme un programme qui vise à moderniser le musée,  il n’échappe à personne que 80% des visiteurs viennent au Louvre pour croquer le mystère du sourire de Lisa Gherardini, la jeune femme du marchand florentin Francesco del Giocondo, qui avait servi à Leonard de model pour la Joconde. Avec un billet différent pour accéder à la salle personnalisée sous la cour Carrée, Mona Lisa va considérablement augmenter les gains du musée, car la majorité écrasante des amateurs d’art souhaiterait, sans doute, voir d’autres chefs d’œuvre de l’établissement. 

Mais comment une telle idée n’est pas venue à l’esprit de nos responsables politiques avant ? Et si on répliquait la même principe pour les autres pièces de la riche collection du plus grand musée du monde ? Les œuvres bien connues et appréciées de tous : la Vénus de Milo, la momie de Ramsès 2 ou encore La liberté guidant le peuple de Delacroix ? Les recettes du Louvre pourraient alors tripler voire quadrupler !

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Redonnons la parole à Malraux pour comprendre : « Le seul domaine où le divin soit visible est l’art, quelque nom qu’on lui donne ». Tout au long de l’histoire de l’humanité et notamment depuis vingt derniers siècles, l’art et la peinture tout d’abord ont été considérés comme un don de Dieu, une source de l’expression spirituelle, qui célèbre la richesse de l’âme humaine et qui cherche à nous remplir de la lumière  intérieure, si différente des  aspirations matérielles dont l’homme  est épris à un degré au combien important.  

Avec une tarification différée pour une seule œuvre d’art, la Joconde, afin de maximiser les profits du musée, ce qu’est une première mondiale dans le genre, notre époque fait encore sauter un verrou civilisationnel, opère une autre transgression des valeurs millénaires, dans la parfaite continuité des actes de vandalisme militant sur les objets d’art ou de la supposée mise en scène de La Cène du même Leonard da Vinci lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympique 2024 à Paris.

La Joconde va voir ce temps (aussi) passer

Acheté chez Leonard par François 1re il y a plus de 500 ans, La Joconde a fait son apparition au Louvre quelques années après la Révolution française et de façon définitive en 1802. La création du musée du Louvre lui-même a été la conséquence directe de la Révolution et avait pour objectif d’« instruire les citoyens comme des artistes, qui devaient pouvoir étudier librement les chefs-d’œuvre ». Loin d’être la peinture la plus connue à ses débuts, le portrait doit sa légende actuelle à son vol du musée par un peintre en bâtiment italien, Vincenzo Peruggia, en aout 1911. L’affaire a fasciné les Parisiens au point que les jours qu’ont suivi le cambriolage, des foules immenses se sont massées devant le carré vide sur le mur. Le tableau a été retrouvée deux ans plus tard en Italie, et depuis, n’a quitté la France que sous l’ère du ministre de la Culture André Malraux. Soucieux de promouvoir la grandeur de la culture française, l’homme politique l’a fait voyager à Washington et à New-York en 1963. Le tableau a été également exposé à Tokyo et à Moscou en 1974.

À lire aussi : Un musée de civilisation

La quête du profit, qui opère sa douce transformation de tous les domaines de notre existence, qui a déjà fait disparaitre plusieurs hôpitaux, a réduit les postes d’enseignants dans les écoles et a baissé de 30% le nombre d’agriculteurs en France depuis 10 ans s’étend maintenant aux musées, ces temples laïques qui « donnent la plus haute idée de l’homme ».  

Cherchons, encore une fois, la réponse à ce phonème parmi les maximes de Malraux :« Il y a des œuvres qui font passer le temps, et d’autres qui expliquent le temps.». Une fois installée dans son pavillon luxueux de 2000 m² La Joconde va continuer de suivre de son mystérieux regard les foules de visiteurs du monde entier, qui défileront devant elle, en espérant voir cette époque sous le signe de deshumanisation passer le plus vite possible.

Liste des références :

 https://www.youtube.com/L’hisoire de la Joconde ( tous les faits

Le musée est un des lieux qui donnent la plus haute idée de l’homme  

La Joconde dans une salle payante,  une première dans l’histoire   

Discours de Macron, Louvre 28.01.2025

https://80% viennent-pour–la-joconde

https://Laurence des Cars-un-billet-d-entrée-au-Louvre-sans-joconde

Création du musée du Louvre

La curiosité vagabonde

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Samuel Brussell © D.R.

De Milan à Lausanne, de Paris à Trieste, des grottes de Catulle jusqu’à la maison de Pétrarque, Samuel Brussell poursuit une errance lettrée pleine de surprises. Un vrai Feuilleton en noir et blanc.


Samuel Brussell, trop méconnu, est un écrivain baroque, c’est-à-dire d’une irrégularité bizarre. Il est attentif à l’inattendu. Dans son Métronome vénitien (Grasset, 2013), il voyait en Saint-Marc un possible « centre métabolique » aux trois Rome. Toujours dans la Sérénissime, « avant-poste de l’Empire romain d’Orient », et depuis son Campo Santo Stefano, il observait la lune qui « se réfugiait dans les nuages comme dans le turban d’Allah ». Ses livres ne sont rien d’autre que lui-même – et le dernier ne fait pas exception ! Ses fantômes sont immuables dans son œuvre : Gasparo Gozzi, Stendhal, Averintsev, Brodsky, Ruskin, Byron, Robert Walser, Fellini… Dans Soliloques de l’exil (Grasset, 2014), notre nomade « philosophe » sur la question du capital avec un agent de la finance, à Lausanne, au Café Romand ; à Paris, il plaide pour « un socialisme messianique qui se moque des partis, des slogans et des foules ». Partout, il « goûte à la volupté d’être raisonnablement dans les marges ». Partout, il est, comme l’a dit quelqu’un, la matière de ses livres ; à l’instar de l’auteur des Promenades dans Rome, Brussell croit vraies toutes les anecdotes qu’il entend. Certains dilettantes ont un charme fou. Surtout, parmi eux, celui qui ne se regarde pas écrire : « L’écrivain ne cligne pas de l’œil à son lecteur, ni même à lui-même. Il est le lecteur étranger perpétuellement surpris par son double, son semblable. »

Feuilleton en noir et blanc est tissé de souvenirs, d’historiettes, de conversations, d’anecdotes, de réflexions et donc de surprises. La vie, au hasard ordonné, place sur le chemin de notre pèlerin singulier des saynètes qu’il recueille, qu’il consigne – elles sont autant de rendez-vous : « On se trouve parfois devant une rencontre magique : il suffit de laisser parler, de cueillir une à une les répliques et la créature sort vivante de la glaise. » D’une certaine manière, Brussell, comme un Grec de l’Antiquité, est attentif aux signes des dieux et des déesses : « À l’oratoire de Sainte-Catherine de Sienne, dans une échoppe, je trouve un recueil de lettres de la sainte adressées aux “Autorités politiques, militaires et civiles”. J’entrevois un rai de lumière qui éclaire le dialogue du monde. »

À lire aussi : Mettre ses vacances à profit pour (re)lire Adolfo Bioy Casares

De Milan à Lausanne, de Paris à Trieste, des grottes de Catulle à Sirmione jusqu’à la maison de Pétrarque dans les monts Euganéens, Brussell pérégrine, ne tient pas en place, voyage dans le temps, ses valises sont ses soldats. Dans les trains, les cafés (il prend des verres de contact) ou les hôtels, il traque un bon mot, réveille un songe, feuilletonne (le titre de son livre est bien choisi). D’un décor l’autre, il change d’humeur comme de chemise, se fond dans le paysage, note l’instant, le sentiment du temps lui-même. 

Vous verrez (comme c’est curieux) : lisez ce petit livre d’une traite et vous aurez la sensation d’avoir engagé une conversation à bâtons rompus avec son auteur devenu un ami.

Samuel Brussel, Feuilleton en noir et blanc, La Baconnière, 2025, 160 pages.

Feuilleton en noir et blanc

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La SNCF, service public et vie privée

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Image d'illustration © SYSPEO/SIPA

Le 31 juillet, le Conseil d’Etat a tranché : via Internet et ses applications, la SNCF n’a plus le droit de demander à ses clients s’ils sont « un homme » ou « une femme ». Cette décision, quels que soient les arguments qui la motivent, va à l’encontre de la tendance actuelle qui voit de plus en plus d’entreprises et d’institutions recueillir nos données pour les exploiter.


Le Conseil d’Etat avait été saisi par Mousse, qui n’est ni marin ni maghrébin, mais le nom d’une association LGBT+, qui estimait que la société ferroviaire n’avait pas à connaître le sexe des voyageurs, surtout que certains voyageurs ne sont eux-mêmes pas certains de la réponse.

Ce débat sur le sexe des anges peut prêter à sourire. Le bon sens force pourtant à reconnaître que la SNCF n’a pas à connaître les dessous de sa clientèle. Il fut un temps, quand il y avait encore de nombreux trains de nuit et des compartiments couchette, où exiger la civilité du voyageur relevait d’une élémentaire prudence, dans le cas où un pensionnat de jeunes filles aurait emprunté le même train qu’une bande de bidasses en permission… Aujourd’hui les demoiselles ont disparu (du moins sur les formulaires administratifs) et le service militaire a été supprimé.

La SNCF est néanmoins toujours plus curieuse sur l’identité de ses clients. Au siècle dernier, pour réserver, on tapotait sur Minitel, et on obtenait un code qui permettait de retirer son billet en gare, à un guichet ou à un… automate. Une nouveauté qui faisait alors peur aux cheminots syndiqués, effrayés à l’idée d’avoir pour collègues des machines automatiques qui ne font jamais grève… Alors ils les sabotaient en mettant des chewing-gums dans les fentes de la machine…

Aujourd’hui (les cheminots syndiqués, soutenus par tous les gouvernements, ayant compris que les nouvelles  technologies ne menaceraient jamais les avantages acquis à l’époque des locomotives à vapeur), la SNCF veut toujours en savoir plus.

Vous avez quel âge ?

Vous voyagez seul ?

Et patati et patata…

Pour éviter d’être soumis à la question… informatique, j’ai récemment acheté un billet à l’un des rares guichets où l’on propose encore ce service (alors que certains agents sont à disposition pour apprendre aux usagers à utiliser internet et leurs portables !). Etant seul avec une barbe de trois jours attestant mon genre, j’ai rapidement obtenu satisfaction, mais au moment de me délivrer le précieux sésame, l’agent m’a demandé mon adresse email, et mon 06… Mais pourquoi ? 

« Vous recevrez ainsi un double dématérialisé de votre titre de transport et si votre train a des retards, vous serez informé ». Superflu ! Avec la SNCF on sait qu’il y aura toujours des retards. C’est dans l’ADN de l’entreprise.

À lire aussi : La SNCF déraille

Le bouquet, c’est que ces intrusions du service public dans la vie privée sont justifiées au nom de la sacro-sainte sécurité, qui a bon dos… Chacun est fiché, sa fiche classée dans un fichier clientèle, qui est revendu… Après avoir pris mon billet, j’ai reçu des offres d’hôtels sis à proximité de ma gare d’arrivée.

La SNCF n’est pas la seule, au prétexte de la sécurité, à toujours nous demander des infos personnelles toujours plus indiscrètes.

J’ouvre mon ordi :

Message de mon opérateur Internet :

« Nous nous engageons chaque jour à protéger vos données personnelles. Désormais, en plus de votre mot de passe, nous vous demandons une seconde étape pour vérifier votre identité ».

Seconde étape qui nécessite un 06… que l’opérateur propose à prix promotionnel…

Message de la direction des impôts:

« Information importante-nouveau parcours de connexion à votre espace particulier. […] Un système de double authentification est mis en place ».

Flatté que d’éventuels pirates puissent s’intéresser à la situation fiscale d’un pékin moyen.

Message de ma banque :

« Pour sécuriser vos virements… etc.. etc… »

Avec demande d’infos sur les bénéficiaires. 

Comme si, avec mon solde qui ressemble à un débit, je pouvais financer un nouveau Kebab. 

A la fin, ça fait beaucoup de harcèlement. Pour alimenter un fichier de renseignements généraux, dont les exploitants ne travaillent pas tous au ministère de l’Intérieur. 

A lire aussi : La solitude du ring

La confusion des fichiers est pour certains devenue un bizness aussi rentable que le narco-trafic.

A Noël dernier, j’ai eu la faiblesse et la joie d’offrir à ma petite nièce un collier, signé d’une marque « branchée ». A partir de ma seule carte de paiement, cette marque prestigieuse a retrouvé mon email et mon 06, et depuis m’abreuve de messages publicitaires…

Mais comme dit ma petite nièce, « Tonton, t’es old school ! » Vrai, faut vivre avec son temps, mais bon, parfois c’est insupportable, d’avoir un mouchard dans sa poche… Sûr, le jour de ma mort, je recevrai une notification m’assurant que je suis bien décédé. Alors une dernière volonté. Etre enterré sans portable. Pour reposer en paix.

État de droit : Nicolas Sarkozy, un précurseur ?

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Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse, Bruxelles, le 14 décembre 2007. Michel Euler/AP/SIPA

Président, Nicolas Sarkozy a consacré une grande partie de son énergie considérable à la mise en cause de certaines pratiques courantes dans les institutions ou chez les fonctionnaires. A cet égard, c’était un précurseur. Notamment, ses critiques à l’égard de la Justice anticipent celles que l’on peut formuler aujourd’hui au sujet des décisions du Conseil constitutionnel.


Il n’est jamais inutile de revenir à Nicolas Sarkozy, celui notamment de 2007, auteur d’une indépassable campagne présidentielle.

Je me souviens, avant qu’il soit élu, des multiples critiques que, en tant que ministre, il formulait à l’encontre de certaines pratiques judiciaires et de la Justice. Il avait souvent raison et d’ailleurs, à l’époque, je peux dire que j’étais pratiquement le seul magistrat qui l’approuvait.

Président de la République, il m’est apparu très fortement en décalage par rapport à sa promesse d’une République irréprochable. Je pense que, sur ce plan, beaucoup de ses positions, voire de ses provocations, ont été mal comprises, même de la part de beaucoup de ses soutiens qui n’exprimaient pas forcément leur désaccord, enthousiasmés qu’ils demeuraient par l’élan créatif et l’énergie sans pareille de cette personnalité unique.

Celle-ci, durant son mandat présidentiel, à plusieurs reprises, s’en est prise aux corps constitués, aux institutions, aux fonctionnaires. L’État de droit, dans sa version pointilliste, abstraite, totalement déconnectée du réel, était l’une de ses cibles prioritaires. Quand j’analysais sur mon blog les ressorts de son hostilité, je la percevais comme l’agacement, voire l’exaspération, que l’homme d’action qu’il était éprouvait devant les multiples obstacles juridiques que l’État de droit, les juges judiciaires ou administratifs dressaient, comme à plaisir, devant lui. Il me semblait qu’alors il s’agissait plus d’une irritation personnelle que d’une dénonciation étatique.

A lire aussi : Le macronisme s’est déjà tué lui-même…

En tout cas, Nicolas Sarkozy, par son attitude et son entêtement à ne pas accepter, sans réagir, les décrets judiciaires ou administratifs, à les juger parfois insupportables à cause du hiatus qu’ils imposaient entre une réalité qui devait être réformée et l’impossibilité pratique de le faire, était clairement un précurseur.

Aujourd’hui, on n’ose plus proférer cette banalité sentencieuse qui interdirait d’apprécier positivement ou négativement un jugement judiciaire ou une décision administrative. L’État de droit n’est pas une sorte d’icône vide de sens qui devrait être respectée seulement parce qu’elle existe.

Au contraire, une évolution récente conduit à mettre en cause tout particulièrement le Conseil constitutionnel qui ne porte plus seulement atteinte à la susceptibilité indignée d’un président de la République, mais à la sauvegarde d’une société, au salut d’un pays.

On pouvait penser, dans une première phase, que le Conseil, sous diverses influences, s’attachait exclusivement à une approche juridique en récusant son obligation de compléter cette dernière par un pragmatisme et un sens de l’utilité sociale sans lesquels le droit est une forme vide. Qu’on se souvienne, par exemple, de la censure de la proposition de loi émanant de Gabriel Attal, pourtant fondamentale pour redonner vigueur, cohérence et bon sens à la législation sur les mineurs (voir mon billet du 21 juin 2025).

A lire aussi : Un Arc de moindre Triomphe ?

Mais dorénavant, pour la rétention des étrangers dangereux, c’est même le socle juridique sur lequel s’appuie le Conseil qui doit être remis en cause, « ses bases étant faibles » et son refus de favoriser l’assimilation avec les dispositions pourtant validées pour le terrorisme étant infiniment discutable. C’est ce que démontre avec limpidité une tribune de Jean-Éric Schoettl et Jean-Pierre Camby dans le Figaro : pour ses auteurs, dont l’un au moins, que je connais, est une lumière dans le domaine qu’il traite, « la censure du Conseil constitutionnel est contestable ».

Bruno Retailleau présentera d’ailleurs « au plus tôt devant le Parlement » un texte modifié mais toujours aussi nécessaire (Le Figaro).

Passant de Nicolas Sarkozy qui avait anticipé un État de droit en chute libre dans son interprétation administrative, il me plaît de souligner une étrange continuité qui va dans le même sens : on ne désire plus un droit pour son esthétique et la perfection formelle de ses analyses. On exige un droit qui nous protège, quel qu’en soit le prix à l’égard des « vaches sacrées » qui nous veulent humanistes mais en péril mortel.

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Delenda est…

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Victoire du général romain, Scipion l'Africain, sur le général carthaginois, Hannibal, à la bataille de Zama en 202 av. J.-C. MARY EVANS/SIPA

Delenda est Carthago, il faut détruire Carthage, vieux slogan de Caton l’Ancien incitant ses compatriotes à ne rien laisser de la grande rivale… Quelle comparaison sous-jacente alimente la pensée de notre chroniqueur, à l’heure où les Israéliens envisagent d’occuper totalement Gaza, et l’amène à parler d’une guerre vieille de 23 siècles ?


« Punique », comme dans « les guerres puniques », est une déformation du latin « poenicus », de « poenus », carthaginois, issu du grec Φοῖνιξ, Phénicien / Carthaginois, dont la brillante civilisation occupait Carthage et la Méditerranée de l’Ouest au IVe siècle av. J.-C.. Les guerres contre Rome furent d’abord des conflits de territoires (la Sicile d’abord, l’Espagne ensuite), avant de virer au conflit de civilisations : rien n’était plus étranger aux Romains que la religion carthaginoise, bâti sur des dieux sanguinaires dont Flaubert, dans Salammbô, a brossé les monstrueuses exigences. 
Les trois guerres puniques s’étalent sur un peu plus d’un siècle, avec des hauts et des bas pour chacun des deux belligérants. La première est gagnée par les Romains, qui vengent le consul Regulus, malencontreusement resté otage et torturé à mort par les Carthaginois, en s’emparant d’une bonne part des territoires extérieurs de la thalassocratie carthaginoise. La seconde, animée par Hannibal, est bien plus douteuse, et il faut tout le talent de Scipion l’Africain, à la bataille de Zama (202 av. J.C.), pour venir à bout des armées puniques.

Mais c’est de la troisième et dernière guerre, après 118 ans de conflit, que je voulais parler… 

Ce sont les Carthaginois qui ont violé le traité signé en 201, qui interdisait aux Carthaginois toute action militaire sans l’assentiment de Rome. Allez vous fier à des Puniques ! Prenant prétexte des avancées du roi numide Massinissa, allié de Rome, les Carthaginois reconstruisent discrètement leur flotte. Caton l’Ancien, envoyé en ambassadeur, comprend alors que Rome n’en aura jamais fini avec les Carthaginois tant que leur ville existera. « Delenda est Carthago », s’écrie-t-il à la fin de chacun de ses discours au Sénat, qu’importe le sujet.

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Massinissa (le nom signifie « Seigneur » dans la vieille langue des Berbères, seuls vrais autochtones d’Afrique du Nord) s’est emparé de terres arables dans la Medjerda et la région de Makthar. Carthage mobilise, les Romains exigent la dissolution de l’armée punique, la situation s’envenime. Faisons-la courte : en 148 les Romains font le siège de Carthage, qu’ils finissent par prendre deux ans plus tard : ils tuent tous les hommes (et quelques femmes), emmènent les enfants en esclavage, et rasent la ville, si parfaitement que passant par là en 1858 dans le cadre des recherches qu’il effectuait pour écrire son roman Salammbô, Flaubert écrit : « On ne sait rien de Carthage ». La ville avait été déclarée « sacer », c’est-à-dire maudite, et rien ne fut implanté sur le sol du vieil ennemi anéanti : même les tentatives d’y installer des colonies de vétérans romains firent long feu. 

Une ville est bien construite, où se situe la Carthage moderne, mais ce n’est qu’en 1921, après des années de recherches archéologiques erratiques, que l’on retrouva le tophet, aire sacrée dédiée aux divinités phéniciennes, où l’on fouilla un grand nombre de tombes d’enfants peut-être sacrifiés aux divinités sanglantes des Carthaginois. Rome, qui avait pourtant l’habitude d’accueillir sans problèmes les dieux des peuples conquis (ainsi ceux des Égyptiens, en particulier Isis), a fait une exception pour les divinités de Carthage, comprenant que le caractère impitoyable de Moloch et de ses copains serait, si on les laissait subsister, un ferment de révoltes. Avant Jésus, les divinités sémitiques ne furent jamais persona grata dans la Ville éternelle.

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Par parenthèse, « tophet » est un nom d’origine juive, désignant l’Enfer près de Jérusalem. Les Phéniciens étaient des Sémites, comme les Hébreux et les Arabes, demi-frères (ennemis) si l’on en croit la tradition abrahamique.

Il faudra attendre une campagne archéologique patronnée par l’UNESCO en 1972 pour que l’on cadastre exactement l’ancienne ville d’Hannibal, et que l’on se représente exactement l’emplacement du port d’où partaient les bateaux phéniciens.

Delenda est Carthago — ou n’importe quelle ville appartenant à un ennemi irréconciliable. On ne pactise pas avec qui veut votre mort. Et on ne laisse pas le passé remonter des cendres.Pourquoi au cœur de l’été, suis-je allé ressusciter la mémoire de ces guerres oubliées ? Je ne sais trop — peut-être parce que l’Histoire se répète, et que les solutions d’hier sont un exemple pour aujourd’hui.

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L’immigration à Mayotte, un test pour la France

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Des résidents de Mamoudzou sur l'île de Mayotte en colère se disputent, suite à la visite du président Macron, le 21 avril 2025. Alexis Duclos/AP/SIPA

La Loi de programmation pour la refondation de Mayotte devait régler la crise migratoire qui sévit sur l’île mais elle n’est pas du tout à la hauteur de la situation. Les moyens des autorités sur place restent inadéquats, les passeurs continuent à faire leurs affaires et peu de migrants se trouvent expulsés. Alain Destexhe, auteur de Mayotte : comment l’immigration détruit une société, et qui exerce actuellement en tant que médecin à Mayotte, témoigne.


Contrairement à la Loi sur la rétention des étrangers, sévèrement censurée par le Conseil constitutionnel, la Loi de programmation sur Mayotte est passée presque intacte. En effet, elle préserve largement les droits des étrangers, tout en affichant quelques mesures « fermes » : léger durcissement des conditions d’accès à la nationalité, facilitation de certaines expulsions, démantèlement – temporaire et très encadré – de bidonvilles sans obligation de relogement, fin du titre de séjour territorialisé à partir de 2030 : une mesure positive pour Mayotte, mais qui risque de reporter le problème sur La Réunion et la métropole.

Sur place, personne n’est dupe. Cette loi ne réglera pas la crise migratoire qui bouleverse Mayotte depuis quarante ans. Plus de la moitié des habitants sont désormais étrangers, les Mahorais d’origine ne représentant plus qu’un tiers de la population. Le phénomène est d’une ampleur que la métropole n’imagine pas : ce serait, en proportion, comme si la France passait de 66 à plus de 300 millions d’habitants en quelques décennies, avec une minorité de Français d’origine.

A lire aussi : La Nouvelle-Calédonie à l’Élysée: une grande messe pour rien?

Un « Etat de droit » démuni

Le texte reste dans le cadre juridique appliqué en métropole : un État de droit qui, à Mayotte, est surtout celui des droits des illégaux. Un véritable État de droit suppose une administration et une justice efficaces , ce dont l’île ne dispose pas. Les services de l’État sont saturés, avec plus de 100 000 demandes de titres de séjour en attente. L’inviolabilité du domicile, même au cœur d’un bidonville d’illégaux, empêche les forces de l’ordre d’agir. Pour espérer arrêter un seul clandestin lors d’un contrôle routier, il faut parfois vérifier l’identité de plus de cent personnes en situation régulière.

Des moyens d’interception dérisoires

Les moyens maritimes de la PAF et de la gendarmerie restent dérisoires : pas de patrouilleur en haute mer, deux zodiacs pour intercepter parfois une vingtaine de kwassa-kwassa opérant en meute. Les Comores, malgré l’aide française, laissent filer les départs. Des demandeurs d’asile, déboutés par la suite, affluent également via les Comores,  de Somalie, du Burundi, du Rwanda ou du Congo, mais ne sont pas renvoyés à l’issue de procédures interminables. Comme en métropole, ils sont soutenus par une kyrielle d’associations qui les aident à faire valoir leurs droits. Pendant ce temps, les reconnaissances de paternité frauduleuses et les accouchements sous fausse identité continuent à produire des Français de papier, sans poursuite des complices. 75% des nouveaux-né ont une mère d’origine étrangère.

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Chido a amplifié l’immigration

Après le cyclone Chido, les bidonvilles se sont reconstruits du jour au lendemain, souvent en volant les tôles des toits dévastés des Mahorais. Personne n’est reparti aux Comores ou à Madagascar. Au contraire, les passeurs ont profité de la désorganisation du territoire pour amplifier les passages. Après le cyclone, cette loi donne surtout l’illusion que l’État agit. Elle ne changera pas le fond du problème : une immigration massive, une pression démographique inédite, des services publics (écoles, centres de santé, hôpital) à bout de souffle et un territoire livré au chaos administratif. Les Mahorais le savent déjà. Les métropolitains devraient s’y intéresser : Mayotte est peut-être le laboratoire de ce qui les attend, à un rythme plus lent, mais avec les mêmes conséquences.

Rwanda 94: le carnage: 30 ans après, retour sur place

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Dulcie September, un dossier embarrassant pour l’Elysée

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Dulcie September et Henri Krasucki, Paris, 6 novembre 1986 © GOYHENEX JEAN MARIE/SIPA

Dulcie September reste une des figures oubliées de la lutte anti-apartheid. Militante et représentante de l’ANC en France, elle est assassinée à Paris en mars 1988. Trente-cinq ans plus tard, son meurtre demeure non élucidé, au croisement des réseaux de l’apartheid et de l’ombre des relations franco-sud-africaines.


C’est loin du tumulte médiatique que le Tribunal de Paris a rejeté, le 10 juin 2025, la plainte déposée par la famille de Dulcie September contre la République française. Celle-ci l’accusait de « déni de justice » et de « fautes lourdes » dans l’enquête sur son assassinat. Une affaire sensible qui, depuis près de quarante ans, jette une ombre persistante sur les relations controversées entre la France et l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid et qui reste une tâche sombre sur les septennats du Président François Mitterrand.

Une militante engagée

C’est dans la banlieue du Cap que voit le jour Dulcie Evonne September, en 1935. Issue d’une famille de « coloureds » (métisses), de la classe moyenne, elle suit des études pour être institutrice. Enseignante à Maitland dans une mission religieuse, elle est mutée par la suite à l’école primaire de Bridgetown, près de la ville du Cap. L’Afrique du Sud est alors régie par des lois de ségrégation raciale qui ne laisse pas plus de place politique à la majorité noire qu’elle n’en laisse aux communautés métisses et indiennes. La répression organisée par la police ulcère cette jeune femme qui décide de s’engager dans la Teachers’ League of South Africa, une organisation radicale liée au mouvement trotskyste alors interdit.

À lire aussi : Apartheid: les plaies béantes d’une réconciliation inachevée

Elle rejoint en 1960 la très maoïste African People’s Democratic Union of Southern Africa (APDUSA), ce qui lui vaut d’être arrêtée et emprisonnée par le régime en 1963, puis assignée à résidence pendant cinq ans. Autorisée à quitter le pays avec un visa de sortie permanent, elle s’envole au Royaume-Uni afin de recommencer une nouvelle vie loin de toute discrimination raciale. En 1973, elle reprend des études d’enseignante et entre en contact avec l’African National Congress (ANC), le principal mouvement de libération sud-africain, dirigé par Nelson Mandela, emprisonné par le régime de Pretoria sur l’île de Robben Island. Militante engagée, notamment pour le droit des femmes de couleur en Afrique du Sud, une décennie plus tard, elle est nommée représentante de son parti pour la Suisse, le Luxembourg et la France. Installée à Paris, ses activités vont rapidement attirer l’œil du gouvernement français.

France – Afrique du Sud : des relations ambigües

À cette époque, la France du Président François Mitterrand joue un double jeu : officiellement, elle condamne l’apartheid, organise des concerts de soutien à Nelson Mandela ou des manifestations réclamant la fin du régime de ségrégation raciale, assurant ainsi à la France, la photo d’un pays attaché aux droits de l’Homme. Mais dans la réalité, la coopération économique et militaire avec Pretoria ne s’est jamais vraiment arrêtée. Des entreprises françaises vendent de la technologie duale (civile et militaire), des pièces détachées, voire des éléments de réacteurs nucléaires, en dépit du boycott international mis en place par l’ONU. Un cas va particulièrement illustrer cette ambiguïté. Celui de Pierre-André Albertini, un coopérant français qui est incarcéré par le Ciskei, un bantoustan sud-africain (région jouissant d’une certaine autonomie), après la découverte d’armes dans le coffre de sa voiture et qui devaient être acheminés vers l’ANC réfugiée dans les pays voisins. En 1986, l’affaire va faire grand bruit et mobiliser le Parti communiste français (PCF), proche des parents d’Albertini. Paris dénonce cette arrestation arbitraire et prend prétexte de l’événement pour refuser les lettres de créances du nouvel ambassadeur sud-africain.

À lire aussi : Bienvenue aux visages pâles

Côté diplomatie, on s’active pourtant en coulisse. La France est sous cohabitation. Jacques Chirac est redevenu Premier ministre et s’est empressé de remettre en fonction les réseaux africains de Jacques Foccart. L’homme de l’ombre qui a tissé une relation privilégiée avec les chefs d’État africains, a toujours été au cœur des affaires africaines de la France. Il a lui-même installé son secrétariat en face de Matignon et n’a jamais caché qu’il était en faveur de Pretoria qu’il s’emploie à réhabiliter avec l’aide de son ami Felix Houphouët-Boigny, président de Côte d’Ivoire. Dans l’Océan indien, les Comores sont même une base arrière d’activités troubles de la France avec les mercenaires de Bob Denard qui font la pluie et le beau temps sur l’île. « Une base arrière des opérations occultes franco-sud-africaines avec des ventes et achats d’armes, circuits financiers abrités par des casinos et hôtellerie, guérillas diverses contre les régimes anti-apartheid », affirme même le journaliste François-Xavier Verschave. Albertini sera finalement libéré avec un contingent de soldats cubains contre des militaires sud-africains, prisonniers en Angola (1987). Jacques Chirac n’hésitera pas à remercier le président Pieter Willem Botha par le biais d’une lettre éloquente et de faire accréditer le nouveau représentant sud-africain en France.

Des vérités qui fâchent… et qui tuent

Cette proximité entre Paris et Pretoria contraint Dulcie September à rédiger des rapports internes pour l’ANC: elle évoque les liens entre l’Afrique du Sud avec plusieurs entreprises françaises renommées, alerte sur la présence suspecte d’agents sud-africains en France, et réclame une protection. Certains documents accablants n’arrivent pas à leur destinataire. Aucune mesure ne sera prise par le gouvernement français ni l’ANC qui critique son attitude paranoïaque. Le 29 mars 1988, alors qu’elle ouvre la porte du bureau de l’ANC situé au 28 rue des Petites-Écuries, dans le 10e arrondissement de Paris, Dulcie September est abattue de cinq balles dans la tête, à bout portant. L’arme du crime, probablement une carabine 22 équipée d’un silencieux, n’a jamais été retrouvée. Aucun témoin direct ne sera identifié. Ce meurtre, jamais revendiqué, est immédiatement qualifié de crime politique par les médias. L’ANC pointe la responsabilité du régime sud-africain. Pourtant, l’enquête française se traîne. Ni la DGSE ni les services de police ne parviennent à identifier un suspect. Pire : l’affaire est classée sans suite en 1992, sans que personne ne soit inculpé alors que la presse néerlandaise pointe du doigt la présence des anciens de la Légion étrangère, membres de réseaux d’extrême-droite en lien avec les services secrets français.

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Pourquoi la justice française n’a-t-elle jamais poursuivi ces pistes ? Pourquoi les autorités n’ont-elles jamais protégé une diplomate étrangère menacée ? La réponse, pour nombre d’observateurs, est simple : Dulcie September dérangeait des intérêts politico-économiques majeurs. Des éléments troublants surgissent toutefois avec le temps. En 2019, un documentaire réalisé par le réalisateur et le producteur Enver Samuel, « Murder in Paris », relance l’intérêt pour cette affaire. Le film révèle des pistes accablantes comme l’implication possible de réseaux de renseignement sud-africains; il confirme des contacts étroits entre industriels français et le régime de Pretoria, et l’infiltration du bureau de l’ANC par des espions. Des noms circulent, ceux de trafiquants d’armes présumés, ou du réseau ELA (European Liaison Agency), un groupe ultra-secret qui aurait coordonné des actions de déstabilisation contre les militants de l’ANC en Europe. Que dire même de la visite de Pik Botha, le ministre sud-africain des Affaires étrangères, quelques jours avant l’assassinat de Dulcie September. Lors de son audition devant la Commission Vérité et Réconciliation (1998), Eugene De Kock, un des commandants de l’unité Vlakplaas, unité antiterroriste et de contre-insurrection, assurera que le meurtre a été organisé par ses services avec l’aide de deux mercenaires français issus de la Garde présidentielle comorienne.

Aucun procès n’a eu lieu et les commanditaires de cet assassinat restent à ce jour impunis, la responsabilité de l’État français jamais déterminé. Paris a d’ailleurs refusé de rouvrir le dossier en 2019, avançant le délai prescriptif comme argument. La plainte déposée par la famille de Dulcie September, dont le cynisme a poussé la capitale française à baptiser de son nom une rue du Xe arrondissement, a peu de chances d’aboutir à long terme, tant il impliquerait d’éventrer des archives, de remonter des filières d’armement, et de regarder en face un passé diplomatique embarrassant. Une affaire qui reste un symbole de la complexité des relations internationales, où les intérêts stratégiques l’emportent trop souvent sur les droits humains.

007 dans la peau d’un SS ? 

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Photo signalétique d’Otto Skorzeny, prise après son arrestation par les troupes américaines, mai 1945 © D.R.

La vie d’Otto Skorzeny tient du film d’aventures. À la tête des forces spéciales de la SS, il s’illustre par des opérations spectaculaires dans les airs comme dans les mers. Passé entre les gouttes de la dénazification, il aurait vendu après-guerre son expertise au Mossad. Benoît Rondeau lui consacre une biographie haletante.


L’homme mesure 1,93 mètre. C’est une armoire à glace au physique avantageux. Une cicatrice virile lui fend la joue. Ce géant aurait tout pour incarner James Bond à l’écran. Sauf qu’Otto Skorzeny (1908-1975) n’a rien d’un personnage de fiction.

Un nazi convaincu

À ce nazi de la première heure enveloppé de légende, Benoît Rondeau, fécond spécialiste de la soldatesque (L’Armée allemande 1870-1945, Buchet-Chastel, 2024) et notamment des forces belligérantes sous la Seconde Guerre mondiale, consacre une biographie haute en couleur. « Hâbleur, orgueilleux », l’Autrichien inféodé à l’Ordre noir, séide impénitent d’Hitler, a complaisamment enjolivé ses exploits d’agent secret casse-cou dans La Guerre inconnue (Albin-Michel, 1975). « Avec Skorzeny, il est toujours malaisé de faire la part de l’affabulation et de la véracité des faits relatés », note son biographe, attentif à départager l’une et l’autre. Reste que « Skorzeny, aussi abjecte que soit sa pensée politique, n’a jamais opté pour la langue de bois ni renié ses convictions. Il est demeuré fidèle au Führer et à son idéologie et, contrairement à nombre d’anciens nazis, n’a jamais tenté de masquer ses liens avec le dictateur. […] Bien au contraire, il n’a cessé d’affirmer qu’il a lutté jusqu’au bout en faveur de l’Allemagne, avec l’espoir que le Troisième Reich finisse par l’emporter. »

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L’adage selon lequel la réalité dépasse la fiction se vérifie : on s’étonne que Netflix n’ait pas encore concocté l’adaptation de ce roman-fleuve aux péripéties haletantes. Rondeau évoque L’aigle s’est envolé (The Eagle Has Landed, 1976), film britannique de John Sturges, où « la référence à Otto Skorzeny éclate dès le générique » : un certain colonel Steiner (Michael Cane), aux ordres d’un clone de Stauffenberg (Robert Duvall), y fomente l’enlèvement de Churchill… Le SS Skorzeny, un 007 infréquentable ?

Le protégé d’Hitler

Rejeton d’une famille de la bonne société viennoise déclassée par la chute de l’empire bicéphale, athlète (ski, voile, natation, et surtout sports de combat), étudiant escrimeur arborant avec fierté ses scarifications de duelliste, Otto fait montre « d’une appétence réelle pour la technologie et l’ingénierie ». De bonne heure affilié à des groupes paramilitaires, il adhère au parti nazi sitôt après l’Anschluss. Pilote amateur de course automobile, le géant excède le gabarit requis pour le cockpit étroit des avions de chasse : le va-t’en guerre se morfond dans les transmissions de la Luftwaffe, avant d’intégrer en 1940 la garde d’Hitler, le régiment le plus prestigieux de la Waffen SS, pour rejoindre bientôt la division si bien nommée Totenkopf (« tête de mort »), menant au reste une guerre sans grand éclat, de la Yougoslavie à l’URSS. Skorzeny « saura user d’un avantage considérable : celui de la relation personnelle avec le Führer en personne, dont il deviendra le protégé ». Son accession au commandement des forces spéciales de la SS fait de lui une célébrité.

« Béotien pour tout ce qui a trait à l’espionnage », cette tête brûlée reste un atout pour les « missions impossibles » : parachutages, sauts par planeur, opérations amphibies, sabotages… Le James Bond germain met au point un programme d’entraînement intensif, exigeant de ses recrues qu’ils sachent tirer à la mitrailleuse, au mortier, piloter un bateau voire une locomotive, nager, monter à cheval… Avec le sauvetage de Mussolini retenu captif dans le massif du Gran Sasso en 1943, Otto entre dans la légende : après ce raid rocambolesque, en planeur, la propagande nazie en fait un héros national (!).

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Skorzeny se voit bientôt confier par son idole en personne les missions les plus improbables : depuis l’enlèvement de Pétain à Vichy, jusqu’à l’exfiltration (ratée) de Tito, en passant par des assassinats ciblés au Danemark… Le comble du farfelu est atteint en 1944 avec le projet « Zeppelin », qui prévoit de déposer un couple d’assassins au Kremlin pour buter Staline. Unités suicides pilotées à partir de fusées V1, lancement de bombes volantes depuis le pont d’un U-Boot pour frapper New York : l’imagination va bon train.

Une fin de vie mouvementée

L’attentat raté contre Hitler, le 20 juillet 1944, ramène le zélé Skorzeny, « désormais chef incontesté des commandos du Reich », au quartier général de la SS. Le héros va multiplier les opérations d’urgence, « coups d’épingle sans conséquences » sur l’issue de la guerre : tentative de guérilla en Roumanie, projet de kidnapper le fils du régent Horthy à Budapest, parachutages de fantassins grimés en soldats de l’Armée rouge… Mis dans la confidence de la contre-offensive des Ardennes, le voilà chargé d’envoyer ses SS travestis en GI, après stage de langue et apprentissage du mâchage de chewing-gum, « dans les profondeurs du dispositif américain » ! Échec total. Sous la plume de Rondeau, le récit en est plus piquant qu’épique. Dans le Reich agonisant, 007 tire ses dernières cartouches. En février 1945, la BBC verra en lui « l’homme le plus puissant de la capitale allemande ». Quid du fameux « réduit alpin » ? « Skorzeny est directement impliqué dans ce projet chimérique, celui d’ériger en forteresse imprenable les massifs montagneux du Tyrol. » Hof, Linz, Vienne – d’un château de cartes l’autre…

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Dans « une atmosphère de fin du monde », le « mégalomane fanatique et incontrôlable » dépose les armes. Il passe deux ans derrière les barreaux – programme de dénazification oblige : acquitté ! Yeo-Thomas, ex-espion britannique, l’aide même à trouver un éditeur. L’épilogue relève du pur roman d’espionnage : évasion, cavale, nouvelle compagne (Ilse Lüthje, comtesse présumée laquelle, après avoir officié pour les services secrets allemands, « poursuit ses activités auprès de la Sûreté française »), saut dans l’asile doré de l’Espagne franquiste… Reconverti dans les affaires, Skorzeny sillonne le monde. Consultant auprès de Nasser (comme nombre d’anciens SS) pour la fourniture d’armes, aurait-il été sur le tard un agent du Mossad ? « Difficile d’être affirmatif », avance Rondeau : les versions divergent. À 67 ans, madrilène riche d’un « patrimoine faramineux », le trouble aventurier succombe à un cancer de la colonne vertébrale. Mourir n’attend pas.

Benoît Rondeau, Otto Skorzeny : des commandos SS au Mossad, Perrin, 2025.

Otto Skorzeny: Des commandos SS au Mossad

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L’affaire Axelle Dorier ou l’impunité sous condition

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Capture d'écran d'une vidéo postée sur la chaîne YouTube de CNews le 22 juillet 2020. https://www.youtube.com/watch?v=Z98pWESFRBU

L’assassinat atroce d’Axelle Dorier, il y a cinq ans, n’est pas un simple fait divers et encore moins un accident de la route. La condamnation, l’année dernière, des coupables scandalise toujours par la relative légèreté des peines et interroge sur une possible «préférence diversitaire» qui s’exprime à travers certains verdicts de la justice. Tribune.


Le 18 juillet 2020, à Lyon, Axelle Dorier, 22 ans, meurt traînée sur plus de 800 mètres par une voiture. Elle avait simplement tenté de faire valoir ses droits, après que le conducteur d’une Golf a percuté son chien. Une altercation s’ensuit, brève. Puis le conducteur redémarre brutalement. Axelle est happée, traînée, déchiquetée. Elle décède dans des conditions que la presse, pudiquement, évite de décrire.

Le 12 juillet 2024, quatre ans plus tard, le verdict tombe : 12 ans de réclusion criminelle pour Youcef Tebbal, reconnu coupable de violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le passager, Mohamed-Amine Yelloule, écope de 5 ans de prison, dont 3 avec sursis.

Pas de meurtre. Pas d’intention de tuer. La justice a retenu l’impulsivité, l’instant de panique, la perte de contrôle. Le crime devient alors une suite de « violences mal maîtrisées » et non une volonté de nuire.

Mais pour beaucoup de citoyens, ce verdict ne passe pas.

Pas seulement en raison de la peine – jugée trop légère pour un acte d’une telle sauvagerie – mais à cause du décalage croissant entre la gravité des faits et le traitement judiciaire lorsqu’il s’agit de certains profils ethniques ou culturels.

Justice : deux poids, deux mesures ?

Il faut poser les mots : de plus en plus de citoyens ont le sentiment qu’en France, l’origine de l’auteur compte autant que l’acte commis.

Quand le prévenu est Français d’origine étrangère, et en particulier maghrébine, l’appareil judiciaire semble gagner en prudence, en nuance, en indulgence. On parle alors de parcours difficile, de discrimination subie, d’intégration ratée, de fragilité sociale. Une grille de lecture compassionnelle se superpose à l’acte.

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Mais si l’auteur avait été un « Français de souche », et la victime issue d’une minorité visible ? L’indignation aurait été nationale. La presse aurait embrasé les colonnes. Des ministres auraient pris la parole. Des marches silencieuses se seraient organisées. Le verdict aurait été scruté comme un test moral.

Dans l’affaire Dorier, il n’y a rien eu de tout cela.

Une barbarie banalisée

Ce n’est pourtant pas une banale affaire de dérapage routier. C’est une scène de crime. La voiture est utilisée comme une arme. L’acte est sauvage. La victime meurt dans une agonie mécanique. Pourtant, la requalification pénale – « sans intention de donner la mort » – efface cette réalité. Elle dilue la violence dans le lexique du malheureux concours de circonstances.

Pour beaucoup, c’est un signal terrifiant : la vie d’une jeune femme peut être broyée sans que la justice n’y voie une volonté de tuer. Une barbarie sans coupable véritable, un meurtre sans meurtrier.

Préférence diversitaire : mythe ou réalité ?

Le terme dérange. Pourtant, la “préférence diversitaire” est un concept de plus en plus invoqué dans le débat public. Il désigne cette asymétrie de traitement – judiciaire, médiatique, symbolique – qui protège davantage certains groupes sous couvert de lutte contre les discriminations.

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Ce n’est pas une théorie complotiste. C’est une mécanique idéologique bien réelle, à l’œuvre depuis des années dans certains cercles politiques, universitaires ou médiatiques : toute critique envers un individu issu de l’immigration est suspecte ; toute rigueur appliquée à ces profils est perçue comme un risque de stigmatisation. Résultat : une réticence à punir pleinement. Un effacement des responsabilités au nom de l’origine. Une tendance à excuser là où il faudrait juger.

Un pacte républicain affaibli

La République repose sur une promesse : la même loi pour tous. Pas selon le prénom. Pas selon le passé. Pas selon les blessures familiales ou coloniales. Ce pacte, pour beaucoup, est aujourd’hui affaibli.

L’affaire Axelle Dorier n’est pas un accident judiciaire isolé. C’est le révélateur d’un climat : celui où l’impunité semble devenir conditionnelle à l’origine. Où les victimes sans capital communautaire, sans étiquette minoritaire, sans surmoi militant, sont reléguées au silence.

Axelle est morte deux fois : une première fois, traînée par une voiture ; une seconde fois, trahie par le gouvernement des juges.

Il faudra bien un jour rouvrir les yeux.

Qui a peur du grand méchant libéralisme ?

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Sophie de Menthon © Eric Fougère

Pour payer les dettes de l’Etat, la France a besoin de relancer la croissance, de redémarrer son économie en panne. Il faut donc une dose de libéralisme. Malheureusement, la gauche n’y comprend rien. Les centristes façon Emmanuel Macron ou Edouard Philippe restent trop étatistes. Avec Jordan Bardella, le RN fait des progrès, mais trop timides encore. Seuls Sarah Knafo et surtout David Lisnard semblent avoir compris le rôle de l’entreprise dans l’enrichissement de tous les Français. Tribune de Sophie de Menthon.


Nous adorons les mots; nous nous plaisons à les malaxer, les détourner, les vider de leur substance, les redéfinir pour les mettre à la mode du jour. C’est ainsi que le libéralisme est dans toute les bouches. Après avoir été honni de droite comme de gauche, qualifié systématiquement « d’ultra », donc inacceptable comme tout ce qui est ultra ou extrême, il devient un peu tendance. Mais selon ses détracteurs, il revient sous une forme populiste : comme les Français sont exaspérés par les prélèvements excessifs d’un état spoliateur, comme ils ne supportent plus de voir leurs libertés bafouées, ils commencent à se déclarer libéraux.

Qui est vraiment libéral ?

Mais qu’est-ce qu’être libéral ? S’agit-il de conservateurs économiquement ouverts à tout vent, de « Renards libres dans un poulailler libre » selon le mot de Tocqueville? S’agit-il de citoyens libertaires dans leurs mœurs ? Le mariage pour tous et l’euthanasie seraient-ils des comportements libéraux ? Le wokisme n’est-il pas finalement une forme de libéralisme ? Ou s’agit-il de simples obsédés de la finance avec mode d’emploi pour la croissance ? Les libéraux sont-ils de droite ou de gauche ? Seraient-ils les derniers centristes ? Quand on essaie de coller l’étiquette libérale à un parti politique, on complique encore la situation. 

Le RN clairement n’est pas libéral quoique Jordan Bardella prétende faiblement le contraire, mais juste pour utiliser le mot semble-t-il, derrière rien d’explicite; l’amour des frontières l’emporte. Le chemin libéral toutefois se trace avec Sarah Knafo qui ouvre la voie et surprend intelligemment par ses analyses précises et concrètes. Oublions tout de suite la gauche pour laquelle le libéralisme est satanique et cause de toutes les misères du monde. Ne parlons pas bien sûr de LFI.

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Quant à la droite : laquelle ?  Elle n’est pas claire: seul David Lisnard s’est courageusement emparé du drapeau libéral, et son succès est le premier du genre. Il a trouvé le ton juste et les arguments qui font comprendre la réalité et les avantages d’une liberté liée à la responsabilité individuelle, jusques-là ignorée par le pays. Espérons que tous les prétendants, quels qu’ils soient, le rallieront sur le plan des idées, car il faut faire de la pédagogie, inlassablement, avant même de rêver d’élections qui consacreraient une volonté libérale des français.

On a rêvé quelques semaines lorsque le parti Macroniste a fait semblant de promouvoir une « start-up nation », par définition libérale. Nenni! « Choose France » n’est qu’un libéralisme d’État, un oxymore nouveau et intéressant. 

Le parti d’Edouard Philippe, prisé des Français, est rassurant dans la pure tradition de l’État de droit sur lequel s’est constituée la France. Le terme d’« entreprise » n’a pas été cité dans un de ses livres programmatiques. Or les libéraux placent l’entreprise au-dessus des partis lorsqu’il s’agit de gérer et de se développer. La micro-économie et même la macro n’ont pas besoin de commissariat au plan qui leur explique quoi faire, l’IA est plus pertinente !  

L’entreprise, socle du libéralisme

Même si l’entreprise n’est pas l’alpha et l’oméga du libéralisme, elle en est le socle nourricier et fondateur. Mais de quoi nos politiques ont-ils donc tous peur au point de refuser leur confiance aux entrepreneurs et à leurs salariés ? Qu’est ce qui les pousse à vouloir manager, diriger nos entreprises, les contraindre, les surveiller, descendre dans les détails jusqu’à imposer la nature des toilettes et la valeur des tickets restaurant ? Interdire à l’entreprise SNCF d’utiliser le terme « Monsieur » ou « Madame » sur les billets (sic)? Ce pourrait être risible si cet acharnement des élus à s’estimer chefs de nos entreprises (souvent sans en avoir vu une de près) et de nos vies personnelles ne faisait pas tellement de dégâts. On a fini par convaincre tous les Français que l’État seul était leur sauvegarde, leur bienfaiteur, leur distributeur de richesse et même leur diététicien ! Sans l’État, point de salut. On a donc entravé l’initiative, apeuré les citoyens, diabolisé la liberté en encensant le protectionnisme. Et les communistes ? Et voilà maintenant que le quotidien L’Humanité se plaint que le libéralisme soit récupéré par l’extrême-droite, parce qu’un « Sommet des libertés » au mois de juin a réuni des personnalités politiques de droite (vous avez bien lu). 

Alors ? où est passé mon libéralisme, celui de Frédéric Bastiat dans son ouvrage Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas qui anticipait la situation d’aujourd’hui des Français qui ne voient pas qu’ils paient.

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Les missions régaliennes ? Pas si simples : police, justice, armée, santé et éducation, le privé a fait ses preuves, les écoles privées sont aujourd’hui plus performantes que les lycées, les cliniques offrent une excellente qualité d’accueil et de soins même si nos hôpitaux seraient exceptionnels s’ils étaient dirigés avec un management comme dans le privé. Mais la détestation idéologique du privé véhiculée par la gauche a marqué les esprits :il y a de l’argent en jeu, donc c’est forcément malhonnête. Et pourtant ! En sortant de l’hôpital, demandez combien vous a coûté le « gratuit » ?  Personne ne peut vous répondre: c’est une question indécente issue d’un cerveau libéral.

On a soigneusement gommé le fait que le libéralisme, c’est avant tout la liberté et la responsabilité. Personne ne parle des vraies libertés, celles de choisir sa propre situation économique, l’école de son enfant, sa retraite, ses garanties de santé… Tocqueville a parlé des «Français serviles et révolutionnaires»: jusqu’à quand ?  

A paraître le 27 août :