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Le palestinisme : invention d’une religion 

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La cause palestinienne, épousée en Europe par tant de militants fanatisés et de people désireux de se montrer vertueux, n’est plus une simple cause politique. Elle est devenue une religion, ou plutôt une religion de substitution, apportant à ses croyants une lecture simpliste du monde, divisé en bourreaux et victimes. Elle représente une foi obscure qui piétine la raison humaine et empêche de voir le réel tel qu’il est. L’auteur de Les masques tombent. Illusions collectives, vérités interdites analyse ce culte doloriste postmoderne.


Il n’y a plus d’innocence.

Il n’y a plus que des icônes.

Des icônes tremblantes, des visages mal éclairés sur des pancartes, des larmes mises en scène à la télévision, des slogans peints à la hâte sur les murs humides des métropoles mortes. L’innocence n’est plus une qualité humaine — elle est devenue un attribut politique. Un brevet de pureté. Une médaille qu’on décerne à ceux qui souffrent du bon côté.

L’homme occidental n’a plus de dieu, plus de patrie, plus de forme. Il ne sait plus aimer, ni croire, ni haïr avec style. Il ne sait plus faire la guerre, ni faire l’amour, ni même mourir dignement. Il sait seulement pleurer. Il pleure comme on s’agenouille. Il pleure pour se sentir encore un peu humain. Et comme il ne croit plus en rien, il a besoin d’un autre en qui croire. Il l’a trouvé. Ce n’est ni un dieu, ni un homme, ni un héros. C’est une silhouette : le Palestinien.

Il est l’Enfant Jésus du monde postmoderne.

Un Enfant Jésus sans crèche, sans Joseph, sans Bethléem. Un Enfant Jésus armé de pierres, élevé au son des bombes, nourri au lait du ressentiment.

Il est la victime parfaite. Celle qui ne parle pas. Celle qui ne pense pas. Celle dont on peut faire une chanson, un drapeau, un mème.

Le Palestinien n’est pas un homme : il est un écran. On y projette la pureté que l’on a perdue. L’Europe l’a choisi comme elle choisit ses idoles — sans le connaître. Elle l’a sacré comme elle sacre ses saints — pour se laver. Il est son savon. Il est son confessionnal. Il est son silence.

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On ne débat pas du palestinisme. On y communie. On ne le critique pas. On y croit. On ne le pense pas. On le ressent. C’est un culte de substitution, une hostie émotionnelle, un rituel sans mystère. Le Palestinien est devenu le miroir de l’innocence perdue de l’Occident. Le problème, c’est que les miroirs coupent.

Il a fallu des siècles pour bâtir des cathédrales. Il a suffi de quelques années pour faire de Gaza une basilique laïque. Il a fallu des générations pour écrire Sophocle, Eschyle, Dante. Il suffit aujourd’hui d’un enfant mort pour que des foules défilent avec des bougies. Et chaque bougie est une pierre lancée contre Israël.

Le nouveau dieu de l’Europe ne parle pas. Il ne pense pas. Il saigne. Et c’est tout ce qu’on lui demande. Ce n’est plus un homme : c’est une image. Un masque de douleur. Une icône sacrificielle. Un corps qui souffre à notre place.

Mais l’innocence est une arme.

Et l’innocent est toujours suivi d’un coupable.

Israël a été élu pour ce rôle. Il est le bourreau commode. Le criminel utile. L’impur sacré. On ne dit plus : le Juif. On dit : le sioniste. On ne dit plus : les Protocoles. On dit : les colonies. On ne parle plus de sang impur. On parle d’apartheid. Mais la musique est la même. Et le tambour, cette fois, bat au rythme des concerts de charité.

C’est ainsi qu’on a réinventé une religion. Une religion de l’image. Une religion sans dieu, sans pardon, sans ciel. Une religion de haine douce, de violence décorative, de mort scénographiée. Une religion de mannequins en keffieh et de journalistes pleureurs. Une religion où l’enfant mort vaut plus que l’enfant vivant, parce qu’il sert.

Et dans cette religion, le péché, c’est la nuance. Le blasphème, c’est de dire que le martyr peut mentir. Le crime, c’est d’oser penser que la guerre est une guerre, et non une Passion.

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Le monde moderne ne sait plus ce qu’est un tragique. Il confond douleur et justice, émotion et vérité. Il croit que pleurer, c’est comprendre. Que s’émouvoir, c’est agir. Il prend la mort pour un clip, le combat pour un tweet, la souffrance pour une catharsis.

Mais le réel, lui, ne prie pas. Il saigne sans liturgie. Il bombarde sans musique. Il assassine sans plans-séquences. Il est fait de corps, de cris, de béton et de feu. Il est fait de stratégies, d’aveux, de mensonges, de ruses. Et dans le réel, les enfants ne sont pas des anges. Ils sont des boucliers, parfois. Des armes. Des excuses.

Ce n’est pas une guerre de liberté. C’est une guerre de croyances. Ce n’est pas une guerre d’indépendance. C’est une guerre d’effacement.
Mais l’Europe regarde ailleurs. Elle regarde les larmes, pas les mains. Elle regarde les cercueils, pas les armes. Elle regarde les visages, pas les versets.

Et dans ce grand théâtre du monde, elle tient son rôle.

Celui de la vieille dame éplorée, qui se souvient vaguement qu’elle fut une reine.







Doit-on se moquer de Robert Brasillach ?

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Un auteur comme Robert Brasillach, dont on peut apprécier le talent littéraire tout en déplorant l’engagement politique, ne mérite pas d’être traité à la légère. Ce n’est pourtant pas toujours le point de vue de la presse de gauche. Un article du Nouvel Obs l’a déprécié sur tous les plans en adoptant un ton railleur. Notre chroniqueur s’en indigne.


Le hasard des vacances, dans d’autres demeures, familiales ou amicales, fait que parfois on lit avec retard des hebdomadaires dont certains articles vous saisissent. C’est ce qui m’est arrivé en lisant un Nouvel Obs du 1er mai 2025, avec un texte de Grégoire Leménager dont le titre est « Fallait-il exécuter Robert Brasillach ? ».

Cet écrivain, fusillé en 1945 pour intelligence avec l’ennemi, m’avait passionné dans ma jeunesse, comme, sur un autre registre profond, mélancolique et suicidaire, Drieu la Rochelle. Mon livre sur Robert Brasillach – 20 minutes pour la mort – était une manière de me mettre au clair avec cette trouble admiration pour la dignité de sa mort à la suite d’un procès honteux. Accompagnée d’un sentiment d’horreur à la lecture de ses écrits de journaliste politique au cours d’une période où, à défaut d’héroïsme ou de vraie résistance, l’abstention était un minimum.

Lisant l’article de Grégoire Leménager, je n’ai pu m’empêcher de songer à ce propos de Jean Genet : « Je ne me moque jamais, j’ai trop à faire d’aimer ou de haïr ». C’est précisément la moquerie, presque la dérision imprégnant l’analyse (si l’on peut dire) de Grégoire Leménager qui m’ont perturbé. Tous les sentiments ont droit de cité pour appréhender la destinée singulière de Robert Brasillach, brillant critique littéraire à 23 ans puis fasciné par le nazisme « immense et rouge » au point de s’abandonner au pire du journalisme partisan et haineux, avant d’être arrêté, alors qu’il aurait pu fuir. Il manifesta durant son procès une allure que personne ne lui a déniée (même ses pires ennemis comme Madeleine Jacob ou Simone de Beauvoir), avant de mourir courageusement à l’âge de 35 ans.

Au-delà de ce parcours, aussi répréhensible qu’il soit, je suis gêné par la condescendance avec laquelle Grégoire Leménager traite l’oeuvre de Robert Brasillach. Ses romans ne sont pas que « médiocres et sentimentaux » et un point de vue plus objectif aurait été bienvenu. L’Anthologie de la poésie grecque, son Pierre Corneille, L’Histoire du cinéma (écrite avec Maurice Bardèche), son Chénier, les poèmes de Fresnes (qui n’ont rien à voir avec « de la poésie faussement naïve ») auraient justifié, même de la part d’un critique littéraire de gauche, des appréciations élogieuses.

Sur le plan idéologique, certaines phrases, pour être littéralement odieuses ou furieuses, sont en plus détachées de leur contexte et rien, dans ce qui à la fin de cette courte existence aurait pu venir nuancer sa malfaisance politique, n’a été même effleuré par Grégoire Leménager.

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La démarche de sauvegarde (pour empêcher qu’il soit exécuté) initiée par François Mauriac, Marcel Aymé et Jean Anouilh (dont l’expérience de la vie en a été affectée pour toujours), est narrée sur un mode léger, presque désinvolte. Il est fait référence à André Gide dont l’appréciation sur le futur qu’aurait eu Robert Brasillach s’il avait été gracié est très discutable.

Sont passées sous silence la lâcheté de beaucoup (Colette ne voulait pas être la première sur la pétition demandant la grâce !) et la déclaration d’Albert Camus la signant par détestation de la peine de mort alors qu’il assurait que Robert Brasillach ne lui aurait pas rendu la pareille s’il avait été condamné à mort.

De cet article, se dégage une impression de malaise comme s’il avait fallu, après l’avoir fusillé, exécuter Robert Brasillach une nouvelle fois, mais médiatiquement.

Je relève qu’un seul livre est cité, celui d’Alice Kaplan dont le travail de documentation est impressionnant mais la vision judiciaire guère critique. Grégoire Leménager aurait dû mentionner l’ouvrage de Michel Laval, aux antipodes de toute moquerie et qui aborde avec gravité et intelligence la problématique questionnée par Grégoire Leménager et y répond positivement.

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On a beaucoup glosé sur le refus de la grâce par le général de Gaulle, alors que François Mauriac avait quitté leur entretien relativement optimiste. Sans doute y a-t-il eu des motivations diverses à cette dureté. Le paradoxe est qu’en 1938, Robert Brasillach lui-même avait considéré qu’un intellectuel ne pouvait pas être exonéré par principe du châtiment suprême en raison de ses seules idées et dénonciations vaincues par l’Histoire.

Résumer Robert Brasillach aujourd’hui en le qualifiant « d’icône de l’extrême droite française » est tout de même un peu court.

Je constate, pour m’en réjouir, que sur le plan de la tolérance, du pluralisme et de la justesse, il n’y a pas l’ombre d’une comparaison possible entre la gauche engagée et médiatique et les médias conservateurs. Comparons la magnifique série du Figaro, totalement ouverte, par exemple consacrée à Antonio Gramsci, avec cette piètre recension moqueuse de Robert Brasillach par Grégoire Leménager.

Il manquait, d’abord, l’honnêteté. Et, si on suit Jean Genet, l’amour ou la haine.

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A Ré, un bain de musique après le bain de mer

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En France, l’été, on trouve jusque dans les lieux de villégiature les plus reculés des festivals qui se mettent au service de la culture la plus exigeante. A cet égard, le festival « Syrinx en Ré » est exemplaire.


En 1913, Claude Debussy compose Syrinx, un solo pour flûte traversière de trois minutes à peine, publication posthume : à l’origine, une commande du traducteur, poète et romancier quelque peu oublié Gabriel Mourey, pour sa pièce en vers Psyché. Ce très court morceau ne sera créé qu’en 1926, dans le théâtre privé de Louis Mors, patron des automobiles Mors – la marque pionnière sera de bonne heure absorbée par Citroën. Syrinx, en référence à la suivante d’Artémis, nymphe poursuivie par les ardeurs libidinales de Pan, ce dieu des bergers et des troupeaux qui « sifflote dans la forêt », s’il faut en croire une strophe d’Apollinaire…  Voilà pour la petite histoire. 

Un récent sondage révèle qu’aux yeux des Français l’île de Ré incarne l’apothéose du rêve de vacances : ultime paradis agreste et patrimonial, avec son « petit bois de Trousse-Chemise » où jadis le regretté Charles Aznavour déniaisait une jouvencelle (en 2025, à coup sûr les paroles de cette chanson nostalgique d’un « viol sur mineure » vaudrait à son auteur quelques ennuis judiciaires), ses vieux remparts de Saint-Martin érigés par Vauban, ses longues plages immaculées, ourlées de pinèdes face au Pertuis breton… Y perdure discrètement une tradition mélomane qui, le soir venu, offre un autre genre de baignade :  l’an passé, votre serviteur évoquait dans Causeur le festival Musique en Ré, dont l’édition 2025 s’achève tout juste, reconduisant pour sa 38ème édition la vespérale félicité d’entendre de la belle musique dans des églises et des places de villages – comme ce 3 août dernier, au Bois-Plage, où l’inoubliable Quintette avec clarinette de Mozart précédait La nuit transfigurée, sublime sextuor de Schoenberg aux subtiles dissonances auquel les bords de mer prêtent rarement l’oreille…  

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Il faut saluer hautement ces initiatives modestes mais ambitieuses : elles savent répandre encore, à force de ténacité, un humus de culture exigeante jusqu’aux confins du territoire, en sorte que la proximité de leurs rôtissoires de sable fin ne se donne pas pour l’unique attraction de ces bourgades insulaires, envahies deux mois de l’année, et vides l’hiver. De ce pas de côté, le festival Syrinx en Ré est l’expression parfaite : sur trois jours, dans trois de ces charmantes petites églises de villages – Ars, Les Portes, La Couarde, – un programme éclectique de musique de chambre au cœur du mois d’août, portée par de jeunes interprètes de haut niveau.

La flûtiste Perrine Chapoutot (c) Perrine Chapoutot

L’impulsion, comme souvent, part d’une famille. Perrine Chapoutot, 26 ans, est flûtiste. Son frère cadet, Marin, s’était fait connaître dans l’adolescence comme clarinettiste prodige ; Melvil, l’aîné, est pianiste, tout comme Aude, leur mère. En 2019, le pianiste tourangeau Adrien Gey a l’idée d’une manifestation musicale au château-relais d’Artigny, un 5 étoiles sis à 20km de Tours – un beau Steinway y trône au salon : le festival Syrinx est né. Il se déroule depuis lors chaque année, au mois de novembre. Comme le château est désormais en travaux, l’édition 2025 (du 13 au 16 novembre prochain) est appelée à migrer dans la salle de l’hôtel de ville de Tours. 

C’est en 2021 que Syrinx proposait sa première déclinaison sur l’île de Ré – les musiciens sont logés aux Portes, dans la vaste maison familiale riveraine du Fier d’Ars, ce petit golfe clair. Comment se dessine le programme, d’année en année ? Empiriquement, à partir des expériences antérieures des instrumentistes, de leur familiarité avec certains morceaux du répertoire classique ou romantique, – et de l’envie partagée, tout simplement. Ces artistes, pour la plupart, se sont connus au Conservatoire national de Paris, où ils ont fait leurs classes. Tous appartiennent à des formations de chambre qui se produisent ici et là, en France comme à l’étranger. Ainsi Perrine fait partie de l’ensemble Daphnis, un quintette en résidence cette année au sein de la très prestigieuse Fondation Singer-Polignac ; ainsi l’altiste Jean-Baptiste Souchon est-il membre du quatuor Métamorphoses… Ainsi la soprano Emy Gazeilles a-t-elle intégré, en 2024, la troupe lyrique de l’Opéra de Paris.  

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Cette émulation générationnelle fera donc vibrer le public les 20, 21 et 22 août, à travers trois concerts associant Schubert, Mozart, Brahms, Ravel, Beethoven, sans compter des lieder et mélodies de Schumann, Poulenc, Dvorak ou Rachmaninov. Un bain de musique après le bain de mer.

Festival Syrinx en Ré : du 20 au 22 août 2025.

Ardisson – un souvenir

Invité trois fois sur le plateau de Tout le monde en parle, Dominique Labarrière se souvient de l’animateur de cette émission culte et rend hommage, non seulement à son charisme, mais aussi à son professionnalisme.


Il se trouve que j’ai participé à trois reprises à l’émission culte de l’homme en noir sur France 2, Tout le monde en parle. Deux fois pour accompagner un auteur de la maison d’éditions pour laquelle je travaillais à ce moment-là, et surtout une fois en tant qu’invité pour mon essai sur la mort de Pierre Bérégovoy, Cet homme a été assassiné, publié à la Table Ronde par notre ami Denis Tillinac, de subtile et joyeuse mémoire.

Je garde naturellement un souvenir très précis de cette expérience. 

La veille de l’émission, un membre de l’équipe de production vous appelait pour s’enquérir de vos goûts alimentaires, des tabous ou régimes à respecter. En effet, vous arriviez assez tôt, vers vingt et une heure, je crois, dans les immenses hangars-studios de la Plaine Saint-Denis. Là, vous étiez accueilli en VIP, conduit à une loge qui vous était exclusivement réservée pour toute la soirée, très longue soirée le plus souvent. Une personne passait très régulièrement vous proposer du champagne, des mets… Un impératif, donc, être patient, car vous pouviez fort bien passer à plus de minuit, voire une heure du matin.

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Ce fut mon cas, cette fois-là. Toujours entre les mains de personnes d’une exquise gentillesse, on me conduisit au maquillage. C’était vers minuit…

De nouveau l’attente. L’attente du fameux convoité mais redouté passage. 

Pour tenter de tromper mon impatience, je me mets à déambuler dans le couloir, long couloir. Sacha Distel, autre invité de l’émission, fait de même. Nous nous croisons, petit salut. Une fois, deux fois, à la troisième, Distel, manifestement tendu, m’aborde.

         – Vous êtes là pourquoi, vous ?

         – Pour mon bouquin sur la mort de Bérégovoy.

         – Alors c’est vous ou moi, s’énerve le chanteur. Moi, je suis ici pour un album jazz à la guitare. Pas mon registre habituel de variétés…

         – Vous avez dit vous ou moi ?

         – Oui. À chaque émission, ils flinguent un invité. C’est Baffie qui s’en charge en général. Et là, je vous dis que ce sera vous ou moi !

Je passe mon chemin. Jusqu’à cet instant, j’étais plutôt serein, tranquille, mais plus du tout après ce bref échange. Je panique. Sûr, ils ne vont pas « flinguer » Distel, donc c’est moi ! Trop tard, évidemment pour se débiner.

Je retourne dans ma loge. Petit coup de champagne qui ne me fait aucun bien. Distel passe peu après, comme on ne l’éreinte pas le moins du monde, ce ne peut être que pour ma pomme. CQFD.

Enfin, on vient me chercher. Nouvelle attente de quelques minutes au seuil du plateau. Comme par hasard, il y a trois ou quatre marches à monter puis autant à descendre avant de prendre place, ébloui par les projecteurs, sur le siège qu’on vous a désigné. J’ai beau respirer à fond, je ne suis pas au top. Pas du tout.

L’accueil plateau, musique à fond, votre nom lancé comme celui d’une star par l’animateur, de sa voix forte, singulière. Puis l’interview commence. 

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Et là, à l’instant même, par un petit quelque chose que je ne saurais vraiment expliquer et encore moins décrire, Ardisson me fait comprendre que ce sera sérieux, respectueux. Et cela l’a été en effet.

Je crois que de toutes les interviews que j’ai eues sur ce livre – et Dieu sait qu’il y en a eu ! – pas un seul journaliste n’avait autant travaillé le sujet. Pas un ne s’est montré autant professionnel, précis, rigoureux. J’ai vite compris que le sniper Baffie ne serait pas de la partie. Il écoutait, attentif, lui aussi respectueux. En effet, il n’intervint pas. Seule Claude Sarraute qui était là me posa une question, toute professionnelle d’ailleurs. Pas une fois Ardisson ne m’a interrompu, j’ai pu répondre à ma guise, développer chaque point.

Un bonheur, vraiment. 

Pourtant, ce dossier-là était complexe, délicat, extrêmement sensible à ce moment-là. Il fallait un très grand professionnel pour le traiter sans tomber dans le clinquant, la caricature, l’accusation facile de complotisme. Thierry Ardisson fut bel et bien en la circonstance ce grand professionnel-là. Très au-delà du banal provocateur qu’on a trop volontiers voulu voir en lui, y compris, parfois, ces derniers jours. C’était un très grand pro, vraiment. Voilà, très modestement, l’hommage que je me permets aujourd’hui de rendre à sa mémoire.

Je suis solognot mais je me soigne

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L’arasement de la majesté

La chute de la monarchie a donné le premier coup. Le déclin du christianisme et la passion de l’égalité ont asséné les suivants et l’uniformisation du monde a fait le reste. L’esprit français se conjugue surtout au passé. Mais il demeure des traces de ce vieil héritage dont les rayons se répandaient autrefois des palais aux chaumières. Notre série de l’été : A la recherche de l’esprit français…


À coup sûr, invoquer l’esprit français en l’accolant à l’idée de grandeur, c’est risquer l’étonnement, le sarcasme, le cri d’orfraie. Il n’y a pourtant rien d’absurde à oser l’association. Pas pour vanter la grandeur militaire de la France, mais celle de l’esprit qui l’animait et, pour une part, continue de l’animer. Le problème tient au flou de la notion. Une notion toutefois assez précise pour cerner une forme d’amour, à tout le moins d’attachement, portée par notre peuple à un style de vie, à une certaine façon d’être, d’éprouver, de penser, d’agir. Ce qui s’exprime par le souvenir magnifié de personnages et d’événements fameux, par l’orgueil d’avoir érigé des monuments superbes, châteaux, cathédrales, produit des œuvres sublimes, livres partout célébrés, tableaux de maîtres illustres, jardins féériques, par l’octroi autocentré de comportements flatteurs, et même, pour paraître objectif, de défauts notoires, arrogance, étroitesse petite-bourgeoise, atavique méfiance paysanne, sans oublier le paillard gaulois, le penchant pour la ripaille, le feu aux fesses des filles.

Le déclin des temps modernes

Cela étant, triste constat, comme les tropiques : l’esprit français, il faut en parler surtout au passé. Avec fierté, car assurément cet esprit eut de la grandeur. Et, malgré son arasement, il en demeure des traces, un vieil héritage. Mais les temps modernes ont changé la donne. De surcroît, dans un pays fragmenté comme le nôtre, dans cet archipel composé de mentalités antagonistes, de communautés sans mœurs, traditions, aspirations communes, parler d’esprit français n’a plus beaucoup de sens. French kiss, french touch, maigre butin. Le luxe, la mode, les parfums, les grands crus, la gastronomie firent et perpétuent son universel renom. À part ça, plus grand-chose.

Le bilan tient au point suivant, qui n’a rien d’un détail : cet esprit, c’est à la monarchie que la France le doit. À l’excellence aristocratique qui l’accompagnait et à la raison méthodique dont eut besoin l’État pour s’imposer. La puissance du faste royal fut non seulement la source mais la condition de cet exceptionnel renom. L’esprit français a partie liée avec la majesté, dont les rayons se répandirent chez nous des palais aux chaumières, de la soie des costumes princiers aux pourpoints des bourgeois, des tragédies de Racine aux larmes des scènes provinciales. La politesse des manières de cour, diffusée dans les salons, s’est élargie aux charmes de la conversation. Élégance, subtiles pointes d’ironie, bon goût, culte du bien-dire viennent de là. L’assèchement de l’aristocratie a entraîné celui de l’esprit.

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Le déclin du christianisme, quasi son effacement, a aggravé le phénomène. Chateaubriand s’y est admirablement opposé dans un énorme ouvrage : le génie du christianisme a forgé la clé de la grandeur française. C’est qu’il explique. De fait, la spiritualité du Grand Siècle a fourni au royaume le carburant de l’âpre réussite de toutes ses ambitions. Ensuite, bien que ravalée par les philosophes au rang de simples préjugés, elle a irrigué l’énergie novatrice du siècle des Lumières. Après quoi, l’ayant sacrifiée, la Révolution a planté dans les têtes des espérances grandioses, mais aux retombées navrantes. Processus fatal : les floraisons spirituelles une fois déracinées, les plantes du désert germent et croissent.

La triste importance de l’autre

La passion de l’égalité menace l’esprit de la même sécheresse. On la prétend typiquement française. C’est à voir. Ayant pour berceau le XVIIIe siècle, elle est trop jeune pour s’inscrire dans le vieil héritage. De surcroît, d’autres pays que la France s’en réclament, l’Amérique vue par Tocqueville l’atteste. Au temps de la monarchie, les hiérarchies ordonnées par Dieu semblaient naturelles, et l’on acceptait les écarts de fortune pourvu que les riches se montrent charitables. Au nom de la justice, le principe d’égalité corrigea ce qui devait l’être. Puis il a versé dans l’égalitarisme, et les pulsions nivelantes de la démocratie ont trahi l’équité de ses promesses. Ayant tout aplati, l’envie égalitaire a débouché sur le vide où prospère la convoitise sans frein enchaînée aux rancœurs d’une frustration sans bornes.

Le chevaleresque s’est évaporé, le panache de Cyrano évanoui, la bravoure raréfiée. Le courage n’appartient plus qu’aux preux du quotidien. Ces nobles vertus ont fait place aux réflexes de lâcheté là où il faudrait de l’audace. L’héroïsme a disparu avec les tranchées, et la défaite de 1940 n’a rien arrangé. À présent la patrie indiffère, concept sorti de l’histoire. Quant à la furia francese, elle n’est plus qu’un mythe. On ne s’en plaindra pas, mais le sens de l’honneur s’est mué en art de se planquer. Sic transit gloria.

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L’arasement de l’esprit français s’explique par une raison plus décisive encore que celle des pistes ici juste évoquées. Stefan Zweig l’a pointée dans L’Uniformisation du monde, texte écrit en 1925, qui date donc d’un siècle. Sous l’aspect carré de l’analyse éclate une vérité rendue irrécusable par le monde d’aujourd’hui. Dans la danse, la mode, le cinéma, la radio, l’individu « se soumet aux mêmes goûts moutonniers ; il ne choisit plus à partir de son être intérieur, mais en se rangeant à l’opinion de tous ». Conséquence : « Citer les particularités des nations et des cultures est désormais plus difficile qu’égrener leurs similitudes. » Plus difficile ne signifie pas impossible. La mémoire des peuples est si longue, si fidèle, qu’ils conservent inchangés des traits de caractère et une mentalité résiduelle qui résistent aux pressions de l’uniformisation, cette broyeuse des âmes.

L’amour de la liberté

Face aux débuts de l’ère des masses, Zweig précise : « Le vrai danger pour l’Europe me semble résider dans le spirituel, dans la pénétration de l’ennui américain. » Ennui horrible « qui n’est pas, comme jadis l’ennui européen, celui du repos, celui qui consiste à s’asseoir sur un banc de taverne, à jouer aux dominos et à fumer la pipe », non. L’ennui américain est « instable, nerveux et agressif, on s’y surmène dans une excitation fiévreuse et on cherche à s’étourdir dans le sport et les sensations ». La cérémonie d’ouverture des JO de Paris résume l’anticipation visionnaire. Les fêtes de Versailles illuminaient le génie français. La cérémonie d’ouverture s’est vautrée dans le kitch mondialisé.

Par miracle, de l’esprit qui nous grandissait, subsiste, venue de loin, la flamme de la liberté. En 1315, Louis X, dit le Hutin, arguant que tous les hommes naissaient libres, abolit le servage au sein du royaume. Plus de deux siècles plus tard, Étienne de La Boétie, l’ami de Montaigne, rédige Le Discours de la servitude volontaire contre la tyrannie d’un seul. Avec la Déclaration des droits de l’homme, la Révolution promeut la liberté individuelle. En 1848, Victor Schœlcher abolit l’esclavage en France. La liste des ardents défenseurs compte d’innombrables noms. S’il est un bien inaliénable qui fait honneur à l’esprit français, c’est assurément l’amour de la liberté. On objectera que l’État s’en affranchit quand ses intérêts l’y poussent. Mais nul n’ignore qu’un monstre froid n’a pas d’amour.

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Le tempérament national a volontiers reconnu aux épouses une marge d’indépendance, aujourd’hui complète, qui les préservait du joug tout-puissant des époux. La pudeur exigée varia selon les époques, mais sans que leur soumission, si elles se révoltaient, mène au meurtre légal. Jamais en France elles n’eurent à subir la lapidation ailleurs permise aux maris outragés. Le déshonneur restait cantonné à leur responsabilité personnelle, sans impliquer celle de la tribu. Même le XIXe siècle, si dur à leur égard, vraie camisole de force, s’est abstenu de leur fixer des boulets aux chevilles pour les châtier de leurs infractions à l’ordre moral. L’esprit français s’est constamment dissocié de cette barbarie. Brantôme, gentilhomme de la Renaissance, se scandalise des cruautés qu’on leur infligeait. Au contraire de l’Angleterre, en France on ne leur a jamais coupé le cou, sauf durant la Terreur. Il est vrai que le recours aux couvents servit d’outil de punition et de contrôle. Reste que l’esprit français s’est toujours distingué par sa souplesse en matière sexuelle. À preuve, l’air de légèreté flottant sur les aventures, rencontres libertines, accointements volages, frôlements délicieux, guinguettes, bals masqués, sur une toile de fond joyeusement lettrée, grivois rabelaisien, comédies de Molière, contes de La Fontaine, vagins bavards de Diderot, et tutti quanti. Érotisme et jouissances à tous les étages.

Cornaquée par l’Académie, la France a hissé sa langue sur un piédestal. Ce n’est plus le cas. La romance s’est substituée aux ouvrages profonds, les grosses mailles du rap à Brassens le troubadour, les amplis des rave parties au silence des bibliothèques, la vidéosphère à la graphosphère. S’amorce une civilisation nouvelle, rupture brutale, quoique pas totale (encore une fois, les peuples ont trop de mémoire pour tout oublier). Fut une époque où la France littéraire, chrétienne et patriotique s’examinait dans le miroir de Bossuet en tâchant de s’y refléter. Paul Valéry ne voyait, dans l’ordre des écrivains, personne au-dessus de lui. De son Histoire des variations des Églises protestantes qui, publiée en 1688, fut un succès de librairie, Claudel écrit que, « si un seul livre de toute notre littérature devait subsister pour témoigner devant le monde de ce que furent la langue et l’esprit français, ce serait l’Histoire des variations que je choisirais ». L’évêque de Meaux a roulé dans la poussière, emportant avec lui la grandeur qu’il incarnait. Mais pas seulement la grandeur, ce qu’elle suppose aussi. Le désir de s’élever pour l’atteindre, les efforts pour progresser, la discipline et les rudes études auxquelles on consent. S’il est pour l’esprit français une mission digne de lui, c’est de servir la République en retrouvant la voie royale qui l’a autrefois conduit à viser l’excellence dans la réalisation de toutes ses œuvres, culturelles aussi bien que scientifiques. Il faudrait même rétablir les humanités dans les cursus scolaires et l’Âge classique dans son prestige. Passéisme ? Vœu ringard ? Peu importe. En conclusion de Qu’est-ce qu’une nation ?, Renan écrit : « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. »

Une France en quête de transcendance : retour en force du catholicisme traditionnel

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Alors que la France semble se détacher toujours davantage de ses racines chrétiennes, un vent contraire serait-il en train de se lever? Jeunes, familles, intellectuels : ils sont de plus en plus nombreux à renouer avec un catholicisme enraciné, exigeant, riche liturgiquement. Et certains croient même que le nouveau pape, Léon XIV, pourrait réintégrer les tenants de la messe en latin dans le giron de l’Eglise. Tribune.


Dans une société française gagnée par la sécularisation, la perte des repères et l’individualisme consumériste, un phénomène spirituel émerge à contre-courant : la renaissance du catholicisme traditionnel. Porté notamment par une jeunesse, ce réveil discret mais solide redonne vie à des formes liturgiques que l’on croyait condamnées après le concile Vatican II. C’est ainsi que les traditionalistes entendent reconquérir un espace propice à leur foi et qui attire de plus en plus d’aficionados du missel.

Une liturgie ancienne, un esprit intemporel

Contrairement à une idée reçue, la messe tridentine n’a pas été inventée par Pie V, mais codifiée à partir de traditions remontant aux premiers siècles de l’Église. Elle s’est enrichie au fil des siècles, sans rupture brutale. Le Concile de Trente (1542), dont elle est issue, visait à affirmer la foi face aux hérésies modernes. C’est cette fidélité doctrinale que défend aujourd’hui encore la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre, excommunié pour avoir sacré des évêques sans l’accord du pape (1988).

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Ce mouvement, longtemps marginalisé et réduit à son expression caricaturale, séduit aujourd’hui un nombre croissant de fidèles, y compris chez les jeunes générations. Selon une enquête d’Actu publiée en mars 2024, les effectifs des communautés (dites) traditionalistes sont en nette hausse, en dépit – ou peut-être à cause – des restrictions romaines. On estime à plus de 50 000 personnes se réclamant de ce courant, réparti dans 250 lieux de culte à travers toute la France.

Paris, bastion inattendu du rite extraordinaire

La capitale française n’est pas en reste. Plusieurs églises parisiennes célèbrent régulièrement selon l’ancien rite : Saint-Nicolas-du-Chardonnet (5e), fief de la Fraternité Saint-Pie X ; Saint-Roch (1er), qualifiée par Libération de « point de ralliement des cathos d’extrême droite » ; ou encore Saint-Eugène-Sainte-Cécile (9e), réputée pour sa liturgie soignée.

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Dans ces lieux, l’atmosphère est à contre-temps de la modernité : les femmes portent la mantille, les hommes se découvrent la tête, le silence règne, et la prière est orientée vers le Christ, non vers l’assemblée. Le sermon, souvent viril, doctrinal, voire politique, tranche avec les homélies aseptisées de certaines paroisses « progressistes ». Longtemps scruté de loin, ce retour à la tradition séduit une frange de la population française en quête d’identité et passionnée par les gloires perdues de la France. On y célèbre Jeanne d’Arc et on rend hommage à Louis XVI, qualifié de roi-martyr, victime des exactions de la révolution (1793), un chapitre aussi sacrilège pour les « Tradis » que l’a été la réforme de Vatican II.

Le pèlerinage de Chartres : une réponse à la crise du monde moderne

Depuis mai 68, la France reste emportée dans une révolution culturelle permanente : effacement du sacré, déracinement moral, affaissement de l’autorité. Le « progrès » est devenu une religion séculière. Pourtant, beaucoup ressentent désormais les limites de ce paradigme. Comme le souligne l’historien Guillaume Cuchet, spécialiste de la sociologie religieuse : « Vatican II a coïncidé avec une révolution socioculturelle, créant un vent tellement fort que plus personne n’en contrôlait la direction ». (Radiofrance, octobre 2021). Le retour des jeunes vers le traditionalisme catholique peut donc être lu comme une quête de vérité, de stabilité et d’ordre dans un monde instable, même jouer un rôle clé dans la redéfinition de l’identité spirituelle de la France, « fille aînée de l’Église »

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Le pèlerinage qui relie Paris à Chartres, organisé par l’association Notre-Dame de Chrétienté, est devenu l’un des symboles les plus visibles de ce renouveau. En mai 2025, près de 19 000 pèlerins ont pris la route, dans une ambiance joyeuse et rigoureuse, chantant, priant, souffrant parfois afin de vivre pleinement leur foi. La majorité sont des jeunes.

En parallèle, la Fraternité Saint-Pie X organise sa propre marche, en sens inverse, de Chartres à Paris, rassemblant cette année plus de 5 000 participants. Deux foules, deux sensibilités qui se croisent, mais animées par une même soif d’absolu dans un monde relativiste.

Un revival sur lequel le nouveau Pontife pourrait surfer

Face à ce « revival », quelle est la position du Saint-Siège ? Le pontificat de François (2013-2024) a été marqué par une hostilité croissante envers les traditionalistes. Le motu proprio Traditionis Custodes de 2021 a restreint sévèrement l’usage de l’ancien rite, provoquant incompréhension et ressentiment. La mort du pape argentin, suivie de l’élection du pape Léon XIV, a ravivé les espoirs d’une pacification. Selon Tribune Chrétienne (19 mai 2025), 56 % des catholiques pratiquants considèrent Léon XIV comme favorable à la tradition. Aidé par les réseaux sociaux où certains prêtres sont devenus de véritables stars bibliques, son positionnement laisse entrevoir une possible réintégration apaisée des traditionalistes dans le giron ecclésial. Sans les marginaliser, le Pontife profiter de l’engouement du moment afin de pouvoir ramener vers lui la France chrétienne (à peine 29 % de la population se déclare catholique), la replacer sur l’estrade qu’elle mérite et ainsi contrer l’influence de l’islam qui est prépondérante en France.

À lire aussi : Derrière l’élection de Léon XIV: l’ascension de l’Amérique catholique

Dans une France désorientée, ce retour du catholicisme traditionnel n’est donc pas un simple retour au passé : il est une force de résistance, un signe que la quête de sacré, de vérité et d’enracinement ne sont pas morts. Porté par une jeunesse fervente, ce mouvement affirme que la tradition peut être avenir — et que, dans le silence des messes en latin, bat encore le cœur spirituel de la France.

Comment notre monde a cessé d'être chrétien

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Été de cristal 2025

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Rien de nouveau sous le soleil, sinon l’ombre qui plane sur une Europe à nouveau en proie à ses éternels démons.


Aux feux de forêts et aux pics de chaleur désormais familiers, l’édition 2025 ajoute un millésime funeste : celui d’un antisémitisme décomplexé, ostentatoire, sûr de sa vertu.

Malheureusement rien n’a changé…

Pas un jour sans qu’un nouvel acte à connotation antisémite ne soit signalé. On n’a pas le droit d’être antisémite, mais l’antisionisme ne craint aucune loi. Alors, troquons gaiement le premier pour le second !

Juifs d’Europe et Israéliens en voyage, unis dans le même sort : celui d’incarner aux yeux du monde le mal absolu. Face à un tel déferlement, ils savent qu’un été tranquille se vit mieux sans magen David autour du cou.

En arpentant la ville autrichienne de Graz, quintessence d’une culture européenne inscrite dans la pierre, je me laisse porter par cette douceur où le temps semble suspendu. Ici, pas de banderoles « Free Palestine », pas d’appel à manifester le samedi. Mais en cette journée ponctuée par le recensement de violences à l’encontre de personnes portant une kippa sur la tête, de Montréal à Livry-Gargan, une phrase du philosophe Hegel, longtemps oubliée, vient cogner à ma mémoire : « La seule chose que nous apprenons de l’histoire, c’est que nous n’en apprenons rien ». 

Le charme de la ville opère, son architecture est raffinée, des concerts de musique classiques fleurissent à chaque coin de rue et pourtant, son musée de l’Histoire me rappelle ce que j’ignorais : Graz fut, jadis, la capitale revendiquée de l’hitlérisme.

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Qu’importe. De l’eau a coulé sous les ponts et les vacances sont belles. Je quitte l’effervescence de la ville pour poser mes valises au vert, loin de ces réminiscences. Mon téléphone continue de vibrer de notifications et même à travers les Alpes autrichiennes, la rumeur antijuive ne s’étouffe toujours pas. 

Ici, on a griffonné « Free Palestine » sur des plateaux-repas de passagers mangeant casher. Là, un contrôleur aérien s’est autorisé à répéter les mêmes mots. La France décide de ne pas renouveler les visas des agents de sécurité de la compagnie israélienne El Al, tandis que le président français profite de cet été délétère pour intenter à la communauté juive un procès en universalisme…, avant de démentir ses propos.

L’été sera chaud, nous avait-on prévenu.

Il n’est pas chaud, il est fiévreux. 

Pas un jour de répit. L’Europe n’est plus la seule à être touchée. Un homme est battu devant ses enfants parce que juif à Montréal. L’Australie n’est pas en reste. J’ai la tête qui tourne avant le dernier coup de chaud.

En Autriche, dans ce berceau de la vieille Europe, il n’y a pas de plage. Alors, on m’indique le seul endroit pour se rafraîchir : un Strandbad, une piscine extérieure face aux montagnes. Je m’y rends et arrive dans une ville au nom qui m’est inconnu, Edlach.

Merci Herzl !

La saison bat son plein, alors je fais plusieurs fois le tour du parking pour trouver une place. Au deuxième tour, mon œil s’accroche sur un panneau : « Denkmal Theodor Herzl ».

Je parle l’allemand et relis plusieurs fois le panneau. Je me gare en vitesse, j’oublie la piscine et je cherche la stèle mémorielle au nom de celui qui, marqué par l’Affaire Dreyfus, rêva de créer un État au début du siècle dernier dans lequel les Juifs pourraient enfin vivre dignement et en sécurité…

Je sais pertinemment qu’Herzl est enterré en Israël, à Jérusalem, sur le mont qui porte son nom. C’est d’ailleurs sur le mont Herzl que les enterrements militaires ont lieu. Ici, dans la ville de Edlach, dans la Styrie autrichienne, c’est une minuscule ruelle qui porte son nom. Ici, Theodor Herzl s’est marié et a passé tous ses étés. La stèle indique qu’il est mort un certain 3 juillet 1904 à quelques mètres d’ici.

À lire aussi : Israël, cible de toutes les haines

Ces quelques traces de sa présence ont le mérite de me plonger dans l’histoire de ce prophète qui a su faire de son rêve une réalité au milieu d’un été cauchemardesque.

La synchronicité me frappe. C’est à croire que mon inconscient a appelé ce rendez-vous avec l’histoire. Aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard, le monde balbutie à nouveau la même haine. Elle porte des habits adaptés aux temps nouveaux mais son fond est le même.

Les Zola sont aussi rares – et aussi éclatants de courage – qu’hier. On retourne le « J’accuse » contre le Juif – désigné sous la figure de l’Israélien – et on renoue ainsi avec délectation avec le fantasme du Juif affameur et tueur d’enfants.

Face à cette stèle discrète, aux côtés de mes enfants israéliens, dans cette ville où l’on pouvait jadis côtoyer toute l’aristocratie viennoise — jusqu’à l’empereur François-Joseph et l’impératrice Sissi —, je rends hommage au père du sionisme, ce mouvement émancipateur né de l’antisémitisme européen et devenu, par un retournement ironique de l’histoire, sa nouvelle cible. Je lui murmure que depuis sa mort, rien n’a changé, et puis je me ravise.

Rien n’a changé… et pourtant tout a changé… car aujourd’hui, Israël existe.

Barbie au bûcher

À Noisy-le-Sec, une projection estivale de Barbie, choisie par les habitants, a été annulée sous la menace d’un petit groupe de jeunes qui refuse que soit exposé des valeurs contraires aux leurs. La poupée la plus célèbre du monde se retrouve, bien malgré elle, au cœur des pressions religieuses et communautaires qui divisent la France.


L’autre vendredi, les habitants de Noisy-le-Sec, dans le 93, auraient dû pouvoir agrémenter leur été de canicule avec la projection en plein air du film Barbie. Cette séance de cinéma était programmée dans le cadre de l’opération estivale « Est Ensemble » instaurée depuis trois ans à l’initiative de la municipalité. Il est à noter que le film en question avait été choisi – démocratiquement choisi, si l’on préfère – par les habitants du quartier du Londeau où devait avoir lieu la projection. Choix que semblait justifier l’énorme succès de cette production lors de son exploitation en salle avec plus de quatre millions d’entrées en France et des recettes s’élevant à plus d’un milliard de dollars à travers la planète. De plus, un Oscar était venu couronner cette comédie dans laquelle la célébrissime poupée se trouve immergée dans le monde réel. L’occasion pour elle, convertie dans ce scénario en féministe affirmée, de dénoncer le très horrible patriarcat qui ne cesse de sévir à travers le monde. On ne pouvait guère faire plus généreuse concession à l’air du temps. Mais tout le monde, à Noisy-le-Sec et au Londeau, ne l’entendit pas de cette oreille. Certains se prirent à considérer que l’héroïne et le film faisaient un peu trop la part belle à des personnages homosexuels – lesbiennes et gays – bisexuels voire transexuels. Alors « un petit groupe de jeunes », nous révèlent le Parisien et le Figaro, s’instituant défenseur de la morale publique et des saintes vertus, est monté au créneau. Ces types n’ont pas hésité à menacer de violence des employés municipaux ainsi que les spectateurs venus assister aux spectacle, promettant de surcroît de tout casser si la projection était lancée.

Face à cela, le maire communiste de la ville, Olivier Sarrabeyrousse, a décidé d’annuler la soirée. Dans le communiqué qu’il a publié par la suite, il explique que la diffusion de Barbie a été empêchée par « une extrême minorité de voyous » motivés « par des arguments fallacieux, traduisant l’obscurantisme et le fondamentalisme instrumentalisés à des fins politiques ». Ainsi une simple séance familiale, ouverte à tous, s’est transformée en « un mouvement d’opposition violent ».

À lire aussi : Qu’est-ce qu’une guerre civile d’atmosphère?

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que ce même film avait été interdit dans des pays particulièrement en pointe sur la liberté d’expression et la création artistique tels que le Liban, l’Algérie, le Koweit. Ainsi, nous nous trouvons devant une manifestation de plus de ce que certains, ici, dans notre pays, entendent imposer dans ces domaines. Pour l’heure, à Noisy-le-Sec, c’est la blonde Barbie qui fait les frais de cette charia encore à bas bruit, mais demain, ailleurs, quelles oeuvres, quels personnages, quels héros et héroïnes, quels pans entiers de notre histoire patrimoniale se verront-ils bannis de la même manière, sous la menace? On ne s’attendait certes pas à ce que Barbie – personnage assez fadasse tout de même – fasse un jour figure de martyr, et pourtant nous en sommes là. 

Il se trouve que la sénatrice Les Républicains Valérie Boyer est-elle aussi montée au créneau dans cette affaire. Sur X, elle s’en prend  au maire de la commune, l’accusant de se soumettre aux « intégristes religieux islamistes exerçant un contrôle social fort et efficace ». Personnellement, ce genre de coup de menton, venant de là où il vient, aurait plutôt tendance à me faire sourire. Jouer les gros bras par messagerie interposée est un peu facile. C’était lorsque le parti de ladite parlementaire, Les Républicains, était aux commandes qu’il fallait s’occuper de faire en sorte que jamais, dans un avenir plus ou moins proche, aucun élu de la République ne se trouve acculé à sacrifier quelque Barbie que ce soit sur l’autel de l’obscurantisme. C’était lorsque le pouvoir était entre leurs mains qu’il fallait agir, monter au créneau. Et non pas se contenter, comme ils l’ont fait, eux et leurs alliés de circonstance, de se voiler pudiquement la face et regarder ailleurs. Le maire de Noisy-le-Sec n’est en fait que la victime de ce long et délétère laxisme des pouvoirs successifs de ces trente ou quarante dernières années. Il a dû renoncer devant la perspective du chaos, le risque d’émeute dans ses quartiers. Il a agi – l’exemple venant d’en haut – exactement comme le chef de l’État s’abstenant lamentablement de s’associer à la marche contre l’antisémitisme organisée à la suite de la barbarie du 7 octobre. La peur. La peur de la réaction de ces zones où le non droit s’installe de jour en jour depuis si longtemps maintenant, où d’autres lois que celles de la République tiennent désormais le haut du pavé.

Certes, on n’ira pas jusqu’à lancer une boutade du genre « Barbie /Jeanne d’Arc même combat », mais il faut bien avouer que la tentation nous titille.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Etats-Unis : Pourquoi des élus Démocrates ont fui le Texas

Pour s’opposer à un redécoupage électoral proposé par les Républicains au Texas, les élus Démocrates ont décidé de fuir le vote afin d’empêcher ce dernier d’avoir lieu. Pourtant, les Démocrates eux-mêmes exploitent les redécoupages électoraux depuis des décennies. L’analyse de Gerald Olivier.


Une histoire cocasse est venue troubler la torpeur de l’été politique américain. Elle ne vient pas de Washington – ville abandonnée en août car le Congrès prend ses vacances – mais du Texas.

Une loi de redécoupage électoral qui ne plaît pas

Elle concerne une cinquantaine d’élus Démocrates de l’Assemblée du Texas qui ont abandonné leurs fonctions et littéralement fui cet Etat, pour éviter de participer au vote d’une loi qui leur déplait, mais contre laquelle ils ne peuvent rien. Sauf à jouer la politique de la chaise vide. 

Au sein de l’Assemblée du Texas, comme dans beaucoup d’autres cénacles, il faut un « quorum », c’est-à-dire un nombre de présents suffisant, pour qu’une loi passe au vote. Ce quorum est défini aux deux-tiers des élus. L’Assemblée du Texas compte 150 élus. Il faut donc 100 élus présents pour mettre l’ordre du jour à exécution. Les Républicains disposent de la majorité absolue, avec 88 élus contre 62, mais ils ont besoin de la présence d’au moins douze démocrates pour pouvoir travailler. Or le week-end dernier, un peu plus de 50 élus Démocrates ont pris l’avion pour quitter le Texas et se rendre soit à New York, soit dans l’Illinois, soit ailleurs, et ils ne sont pas revenus travailler lundi. Ils font l’école buissonnière !

Bien entendu, ils ont pris soin d’alerter les médias et ont commenté abondamment leur manœuvre sur les réseaux sociaux. Leur absence, ont-ils dit, n’est pas un abandon de poste, mais une façon de protester contre une loi de redécoupage électoral qu’ils estiment trop favorable aux Républicains, parce qu’elle pourrait faire perdre leur siège à cinq élus Démocrate au Congrès, dès les prochaines élections de mi-mandat, en novembre 2026. Minoritaires au sein de l’Assemblée du Texas, ils n’avaient pas d’autre moyen de bloquer ce texte de loi que de s’absenter. Même si juridiquement cela est répréhensible. Loin de « fuir » disent-ils, ils se « tiennent droit » et « font face » !

Quoi que l’on pense de la manœuvre, elle  a réussi. La loi en question est en suspens. Et tous les médias américains ont copieusement couvert l’exil volontaire de ces élus.

Au-delà de l’aspect loufoque de cette situation, l’attitude des élus Démocrates pose de vrais problèmes et soulève de vraies questions.

Les démocrates font-ils entrave à la démocratie ?

La question d’abord de la responsabilité des élus. Car par leur fuite, les Démocrates ont bloqué le processus législatif. Ils font entrave à la démocratie. La composition de l’Assemblée du Texas résulte du vote des citoyens américains résidents du Texas. Ils ont donné une majorité aux Républicains pour voir appliqué le programme républicain.  En bloquant le processus législatif les élus Démocrates s’opposent à la volonté populaire. Cela est par définition anti-démocratique ! L’ironie ici étant que les Démocrates bloquent le processus démocratique au nom de la défense de la démocratie… Ce n’est pas nouveau.

La question, ensuite, du redécoupage électoral. C’est l’essence du sujet. Jouer avec les limites de circonscriptions est le moyen le plus simple de favoriser l’élection de tel ou tel candidat. Ce n’est pas propre au Texas. Cela se fait partout. Aux Etats-Unis et dans tous les pays disposant d’un parlement élu. Habituellement on n’en parle pas. Cela fait partie du butin des vainqueurs que d’essayer de renforcer leur domination électorale en favorisant leur camp par une manipulation de la géographie administrative.

Dans ce domaine force est de reconnaitre qu’aux Etats-Unis, les Démocrates sont maîtres en la matière. L’incident du Texas n’est qu’un tout petit retour des choses.  Ces élus sont en train de goûter à un poison qu’ils ont eux-mêmes administré à leurs adversaires pendant des décennies. Tandis que les Républicains ont toujours accepté d’avaler cette pilule, et de subir le diktat adverse en attendant des scrutins plus favorables,  les Démocrates rejettent une telle option.  Ça non plus ce n’est pas nouveau. Lorsque la démocratie ne sert plus les intérêts du parti Démocrate, les Démocrates font fi de la démocratie…

Explication détaillée

« Gerrymandering »: ce terme barbare décrit en anglais des Etats-Unis le fait de redessiner un district électoral à seule fin de garantir la victoire d’un parti politique, au mépris de toute logique géographique, démographique ou sociologique.

Ce terme n’est pas nouveau. Il date de 1812. Il provient de l’amalgame du nom d’un élu de l’époque, Eldridge Gerry de Boston, et du mot « salamander », salamandre en anglais. Le terme a été concocté par un caricaturiste de la gazette locale qui avait remarqué que le district dont M. Gerry était l’élu ressemblait à une « salamandre », tant il était tortueux. Le mot a marqué l’opinion et est entré dans le vocabulaire politique américain, en même temps que la méthode consistant à redessiner les limites des districts pour favoriser ses candidats.

Aux Etats-Unis, après chaque recensement, soit tous les dix ans, les élus des assemblées de chaque Etat se réunissent et redéfinissent les limites des circonscriptions en fonction de l’évolution de la démographie. Les nouvelles cartes électorales sont établies et approuvées par l’appareil législatif de l’Etat, puis ratifiées par le gouverneur et soumises aux juges qui en vérifient la  constitutionnalité. Une formalité habituellement. Bien entendu, quand un même parti contrôle la législature et le siège de gouverneur, il a toute liberté de dresser une carte qui lui soit favorable et de pérenniser ainsi sa mainmise sur le pouvoir.

La manœuvre est totalement contraire à « l’esprit » de la démocratie, mais elle est pratiquée partout et par tout le monde. Aux Etats-Unis au cours du dernier demi-siècle,  les Démocrates se sont montrés particulièrement adeptes à redessiner régulièrement les cartes électorales pour s’approprier littéralement le pouvoir et ne jamais avoir à le céder. C’est leur conception de la démocratie.

Qu’on en juge par quelques exemples

Le Massachusetts est un Etat de la Nouvelle Angleterre largement favorable aux Démocrates. Sa principale ville est Boston, bastion démocrate. C’est l’Etat des Kennedy, dynastie démocrate. Il abrite Martha’s Vineyard, résidence de la gentry bien-pensante, dont le couple Obama aujourd’hui. Mais il compte tout de même pas mal de résidents Républicains. La preuve en est qu’en novembre 2024, lors de la dernière élection présidentielle, Donald Trump y a obtenu 36% des suffrages. Soit plus du tiers.

Le Massachusetts dispose de neuf sièges à la Chambre des représentants. Avec deux tiers de Démocrates et un tiers de Républicains, on s’attendrait à ce qu’il compte six élus Démocrates et trois élus Républicains. Et bien pas du tout. Le Massachussetts compte neuf élus Démocrates et zéro élu Républicain. Zéro ! La faute à qui ? A la carte électorale. Au « Gerrymandering » pratiqué tous les dix ans par des élus Démocrates dont la majorité n’est jamais menacée et ne risque pas de l’être.

Pas un seul Républicain du Massachussetts n’a été élu au Congrès au XXIè siècle. Soit au cours des treize derniers scrutins législatifs. 117 élections, pas un seul élu.  Depuis 1975, soit au cours du dernier demi-siècle, trois Républicains du Massachusetts sont parvenus à se faire élire à la Chambre. Trois !  Le système est verrouillé. Les Démocrates ont instauré dans cet Etat l’équivalent du parti unique. Chacun est libre de ses idées mais un seul parti gouverne !

L’Etat voisin du Connecticut vit la même situation. Trump y a obtenu 42% des suffrages en 2024. Le Connecticut dispose de cinq sièges à la Chambre. Ils sont tous les cinq détenus par des Démocrates. Tout comme les deux sièges de sénateur, bien sûr.

Dans ces deux Etats, les résidents Républicains peuvent considérer qu’ils sont « taxés sans être représentés ». Ils payent des impôts au gouvernement fédéral mais n’ont personne pour les défendre au sein des institutions, car leur Etat a littéralement effacé leur présence à travers une carte électorale qui les met partout en minorité. C’est comme s’ils n’existaient pas.

New York, idem ! Cet Etat compte 26 élus. 19 sont des Démocrates et seulement sept des Républicains. Pourtant en 2024 Trump y a obtenu 43% des suffrages.

A noter qu’en 2022, le dernier redécoupage électoral proposé par l’Assemblée de New York et approuvé par le gouverneur Démocrate Kathy Hochul avait été rejeté par les juges de la Cour suprême de l’Etat. Le New York Times l’avait décrit comme « modérément favorable aux Démocrates ». Les juges l’ont déclaré « inconstitutionnel », tellement il était biaisé.

L’ironie de cette situation est mordante, car l’Etat de New York est l’un de ceux où les élus du Texas ont choisi de se « réfugier ». Ils protestent donc contre un redécoupage défavorable depuis un Etat dont le propre redécoupage a été retoqué. Imaginer dénoncer les prises d’otages depuis le quartier général du Hamas… La contradiction ne fait pas peur aux Démocrates.

Du côté de l’Illinois, Etat du Midwest, dont la principale ville est Chicago, même constatation. La délégation à la Chambre est de 17 sièges. 14 sont détenus par des Démocrates et seulement trois par des Républicains. Alors que Trump a réuni près de 44% des suffrages en 2024. Le gouverneur de cet Etat est un Démocrate, le milliardaire JB Pritzker, héritier de la famille Pritzker, propriétaire des hôtels Hyatt, et son Etat est connu comme La Mecque du redécoupage électoral…

Au Nouveau-Mexique, même topo. Donald Trump a recueilli 46% des suffrages en 2024. Les candidats Républicains au Congrès en ont totalisé 44%. Mais les trois sièges de cet Etat à la Chambre des Représentants sont allés aux candidats Démocrates. Trois à zéro. Pas un seul élu Républicain dans un Etat où près de la moitié de l’électorat soutient ce parti.

La Californie ne vaut pas mieux. Cet Etat, le plus peuplé des Etats-Unis avec près de 40 millions d’habitants, compte 52 élus. 43 sont des Démocrates et seulement 9 des Républicains. Cela signifie que malgré 40% d’ électeurs, les Républicains n’obtiennent que 17% des élus. En clair, plus d’un vote Républicain sur deux ne compte pas. Le parti Républicain est « sous-représenté » en Californie et le parti Démocrate « sur-représenté ».

L’Oregon, juste au nord de la Californie, vit la même réalité. Pourcentage du vote en faveur de candidats républicains en 2024? 44%. Nombre d’élus? Un ! Sur six sièges.

Dans l’Etat de Washington, c’est pareil. Score des républicains en 2024,  42%. Nombre d’élus à la Chambre, deux, contre huit aux Démocrates.

Bref, partout où règnent les Démocrates, ils disposent d’une représentation surdimensionnée par rapport à leur soutien au sein de l’électorat. Cette sur-représentation étant le résultat de districts taillés sur mesure laissant à l’opposition une portion congrue, ou pas de portion du tout. Tous les observateurs de la politique américaine le savent: en matière de découpage électoral, personne ne s’y prend mieux que les Démocrates!

Quelles solutions pour les Républicains ?

Législativement cela pose néanmoins problème car les résidents Républicains de tous ces Etats peuvent légitimement se plaindre de ne pas être représentés. Et c’est bien le cas.

Dès lors, que faire quand on est Républicain, sinon la même chose partout où c’est possible ? C’est ce que Donald Trump a dit, sans détour, aux élus du Texas…

Le Texas compte 30 millions de résidents. Il connait une croissance, démographique et économique, forte. Tous les jours des « exilés » de Californie, ou de New York, fuyant la vie chère et les impôts confiscatoires, viennent y emménager. Depuis quelques années, les Républicains ont pris un net ascendant électoral sur les Démocrates. Alors que dans les années 1980 et 1990 c’était un « Etat bascule » (swing state). Il dispose de 38 élus au Congrès dont vingt-cinq sont des Républicains et treize des démocrates. Une représentation plutôt fidèle à la réalité politique. Car en 2024 les Démocrates ont obtenu 40 % des suffrages contre 58% aux Républicains.

Les marges de victoire démocrates dans certains districts ont cependant été si serrées qu’avec une petite modification du tracé de ces districts, un Républicain aurait de bonnes chances de l’emporter en 2026. Donald Trump en a été informé et c’est lui-même qui a contacté les élus de l’assemblée pour qu’un redécoupage soit effectué, voté et entériné.

Toutefois un premier redécoupage avait déjà eu lieu en 2021, après le recensement de 2020. Avec une assemblée texane déjà dominée par les Républicains. Comme quoi les élus d’alors n’avaient à l’évidence pas été assez « gourmands ».

Ce second redécoupage interviendrait donc en milieu de décennie, ce qui est inhabituel. Une règle, non écrite, veut que les ajustements de la carte électorale se fassent une fois par décade et non pas avant chaque élection. C’est aussi ce qui a déclenché l’ire des Démocrates. Ils étaient prêts à tricher et le faisaient mieux que les autres mais une fois tous les dix ans, pas plus…

Sur le plan juridique la « fuite » des élus du Texas pose la question du processus démocratique et du « devoir » des élus. En refusant de siéger et en quittant l’Etat (pour ne pas être arrêtés, car la juridiction du Texas s’arrête aux limites de cet Etat), ils ont abandonné leur poste et trahi leur mandat et leur serment.

C’est une façon plutôt inhabituelle de bloquer l’appareil législatif. Mais pas totalement nouvelle. D’autres élus du Texas avaient déjà fui en 2021 pour bloquer une autre loi et une légende veut qu’Abraham Lincoln lui-même, alors jeune sénateur, ait sauté par une fenêtre pour quitter un hémicycle et se soustraire à un vote…

Le gouverneur du Texas, Gregg Abott, un Républicain, a interpelé la justice de son Etat et des mandats d’arrêts ont été émis contre les fuyards, en plus d’une amende de 500 dollars par jour d’absence. Les « fuyards » se trouvant dans d’autres Etats que le sien, il a également demandé l’intervention du FBI. L’affaire pourrait prendre une dimension « criminelle » , même s’il est peu probable que les coupables se retrouvent en prison.

Par contre elle illustre une évolution politique regrettable, aux Etats-Unis et ailleurs. A savoir que la géographie, correctement manipulée par une bureaucratie docile, est le plus simple moyen d’influer sur le processus électoral et d’interférer avec la « Démocratie ».

Donald Trump, plus pragmatique et plus réaliste que tous, l’a parfaitement compris. Avec une majorité de cinq sièges seulement à la Chambre du Congrès (220 contre 215), et des élections intermédiaires qu’ils doivent absolument remporter s’ils veulent poursuivre les réformes engagées, les Républicains se doivent d’utiliser toutes les armes à leur disposition.

C’est ce que font leurs adversaires Démocrates depuis déjà longtemps !

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La  « boucle Mélenchon » : de Drumont à Rima Hassan

De l’éloge ému d’Hugo Chávez aux ambiguïtés actuelles sur l’antisémitisme, Jean-Luc Mélenchon aurait toujours été le même. Soutien aux dictatures chaviste, iranienne ou syrienne, silence sur l’antisémitisme islamiste, Jean-Paul Loubes dénonce une collusion idéologique incarnée par le leader de LFI et ses proches.


Un ancien militant trotskiste-lambertiste, ministre de gauche de la République Mitterrandienne devient un jour la « crapule antisémite » aux dires du député socialiste Jérôme Guedj1 lors du congrès du PS en Juin 2025. C’est là une mutation spectaculaire chez un homme, une rupture épistémologique qui laisse sans voix ceux qui pensaient l’antisémitisme résiduel confiné chez quelques nostalgiques de la Waffen SS. A moins qu’une telle révolution chez le crypto-trotskiste en question ne soit déjà détectable en germe dans son passé et que nous n’ayons pu ou su la voir ? Y avait-il eu des prémisses aux délires du lider-maximo ?

Chavez-Mélenchon, une proximité révélatrice

On se souvient de l’inénarrable et larmoyant éloge que Mélenchon prononça lors du décès de Ugo Chavez. C’était le 6 mars 2013 que le dictateur du Venezuela, qui avait réussi à faire de son pays le champion de la criminalité dans le monde, venait de décéder. Les larmes de Mélenchon sont demeurées célèbres et ont rejoint dans les anthologies des déplorations historiques, des morceaux aussi bouleversants que l’éloge de Staline par Aragon2, ou le poème à la gloire du Guépéou du fou d’Elsa3, ou encore les célébrations de la Chine de Mao par Simone de Beauvoir. Mélenchon ajoute des pièces majeures aux florilèges hérités des glorieux penseurs de Saint-Germain-des-Prés.

À lire aussi : Mélenchon ou l’abandon programmé de la France

Les tirades larmoyantes du Chavez français, son chagrin de révolutionnaire orphelin, aident à comprendre comment cet homme a pu galvaniser autour de lui tant d’esprits simples, piliers de la secte LFI d’aujourd’hui. La mort du mentor vénézuélien de Mélenchon, c’était il y a douze ans et le leader d’extrême gauche avait trouvé là son Che Guevara. C’est arrivé à d’autres, pensent Regis Debray et l’auteur de ces lignes. Sauf que celui-là, le Vénézuélien, était antisémite. Antisémite ? « Chavez antisémite ? » s’exclament les Boyard, Panot, Delogu et autres Aubry ! Non, mais vous n’y pensez pas ! 

Voyons alors ce que déclarait Chavez dans un discours en 2005 : 

« Il y a dans le monde de quoi satisfaire les besoins de tout le monde, mais dans les faits des minorités, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, les descendants de ceux-là mêmes qui ont expulsé Bolivar d’ici et qui l’ont crucifié à leur manière à Santa Marta en Colombie, une minorité s’est approprié les richesses du monde, une minorité s’est emparé de l’or de la planète, de l’argent, des minerais, des eaux, des bonnes terres, du pétrole, des richesses et ils ont concentré les richesses en peu de mains : moins de dix pour cent de la population du monde est maîtresse de la moitié de la richesse de tout le monde4».

Il y a dans ces mots la quintessence du vieil antisémitisme de l’extrême-droite française, celui des Protocoles des Sages de Sion, celui qu’Edouard Drumont développait dans son ouvrage La France juive (1886). Il est ici impeccablement recyclé à gauche.

Chavez, le chéri de Mélenchon, chérissait Ahmadinejad, ce président iranien arrivé au pouvoir à l’issue d’élections truquées en 2009. Chavez le qualifia de « frère » lors de sa visite en Iran en 2006. Il avait un si grand cœur qu’il fut aussi un défenseur du gentil Bachar el-Assad, ainsi que du brave colonel Kadhafi. Les Insoumis perpétuent cette tradition de bienveillance envers la dictature de Téhéran.

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L’admiration de Chavez pour le dictateur du Zimbabwe Robert Mugabe recelait aussi la racine du racisme antiblanc qui irrigue l’extrême gauche aujourd’hui, de Rima Hassan à Houria Bouteldja et qui peuple le rêve mélenchonien de créolisation. On compte en effet, parmi les amitiés de Chavez, l’ordonnateur du massacre dit du Gukurahaundi de 1987, ce Mugabe que la presse britannique surnommait le « Hitler Noir ». 

Dans sa conclusion à l’éloge funèbre de Chavez – un éloge funèbre dont les plus grands dictateurs auraient rêvé pour décorer leurs obsèques – Mélenchon concluait par une tirade digne des « Danubes de la pensée » (dixit Ceaușescu) qui un temps illuminèrent le ciel des régimes communiste. Le gourou de LFI clamait – je cite – « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste de la révolution » qu’incarnait à ses yeux Chavez. Rien de moins que cela ! Mais ces outrances sont trop énormes et nous font retenir les éclats de rire que leur ridicule appellerait. On peut en effet se demander si la « crapule antisémite » évoquée à la tribune du congrès de Parti socialiste par un député d’origine juive n’était pas déjà là vingt ans plus tôt, dans les propos sur « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste ».

Que Mélenchon puisse être tombé en amour devant cet homme, devant ses déclarations d’hier, illustre magnifiquement ce moment de basculement où la peste brune devient la peste rouge. Un moment où l’antisémitisme old school qui fut hélas à la mode dans une Troisième république qui allait s’effondrer à Vichy, bascule vers un antisémitisme de gauche incarné aujourd’hui par un axe idéologique, une collusion Hamas-LFI incarnée par Rima Hassan et J.-L. Mélenchon.

À lire aussi : La dérive iranienne des Insoumis

Juin 2025. J’ai vu au 81e congrès de son parti, le désespoir de Jérôme Guedj déjà évoqué. Ce n’étaient plus ces facéties auxquelles nous ont habitué tant d’orateurs de gauche, ces « éléments de langage », appris pour exprimer le « en même temps » et pour enfariner l’électeur. C’étaient les cris d’un homme souffrant. Se souvenait-il en ce moment de cette manifestation de l’extrême-gauche dont il avait été viré aux cris de « sioniste dégage » par ses camarades (croyait-il) de pensée ? Oui, il s’en souvenait car il avait alors déclaré « derrière « sale sioniste », j’entends évidement autre chose, je vois « sale juif » ». Les déclarations de la France Insoumise et de son leader le ramènent semble-t-il dans la réalité, quand il résume la tragédie de la gauche d’aujourd’hui : «Moi-même, j’ai parfois été dans le déni, jamais je n’aurais pensé que la question juive reviendrait par la gauche ».

« Quand la question juive revient par la gauche »

La gauche amoureuse des ayatollahs a déjà une longue histoire. En octobre 2024, sous le titre « La gauche complice des mollahs ? » une observatrice comme Alice Delarue avait ces mots : « Quarante ans ont passé, le mal s’est enraciné et la gauche, éternelle idiote utile, n’a rien voulu voir. Sous prétexte, cette fois, de lutte contre « l’islamophobie » d’une extrême droite fantasmée, elle est plus que jamais complice de l’islamisation de nos sociétés »5.

Ces mots font référence à une longue histoire d’amour entre une certaine gauche et les mollahs de Téhéran. Si la détestation du régime du Shah dans les années 1970-80 expliqua en partie cette séduction, l’ignorance abyssale de le gauche française en matière d’Islam et son point de vue court et simpliste sur la question du religieux sont le vrai terrain de cette ancienne histoire d’amour. Jean-Paul Sartre et Michel Foucault on le sait, étaient tombés sous le charme de l’ayatollah Khomeini. Les visites de Sartre à Neauphle-le-Château où la France de Giscard d’Estaing avait accueilli avec enthousiasme l’ayatollah en 1978, sont restées dans les mémoires. L’anticapitalisme et l’anticolonialisme pouvaient alors faire se pâmer des intellectuels de gauche devant les représentants d’Allah et les régimes théocratiques islamiques. Foucault voyait dans le retour de Khomeini en Iran en 1979 « la forme la plus moderne de la révolte la plus folle ». En 1978 il avait déjà célébré en Khomeini « un saint homme exilé à Paris ». On retrouve les accents mélenchoniens pour l’éloge de Chavez.

À lire aussi : Mélenchon devenu un «salopard d’antisémite»…

Khomeini raviva cet enthousiasme de la gauche française pour les grands massacreurs. En 1979 Sartre alla le visiter à Téhéran. Si Beauvoir n’effectua pas ce voyage, le « Comité International du droit des femmes » qu’elle présidait alors se rendit en délégation à Téhéran et se divisa sur la question de savoir s’il fallait ou non pour ces femmes porter le voile devant Khomeini ! On sait que le féminisme d’aujourd’hui s’interroge toujours pour savoir que penser de ce régime d’enfermement des femmes dans la prison ambulante que leur imposent les mollahs : la burqa. 

Si Beauvoir, en 1979, n’alla pas s’incliner devant l’ayatollah, c’est avec enthousiasme qu’elle participa avec Sartre en 1955 au rituel du thé avec Mao. La Grande Sartreuse avait écrit dans son livre La Longue Marche cet éloge de la Chine de Mao: « Aucune démocratie populaire n’a poussé aussi loin le libéralisme […] Il n’existe plus aucune restriction de pensée… ». Dans une célèbre émission d’Apostrophes en 1983, Simon Leys, devant une autre adoratrice de Mao, Maria-Antonietta Macciocchi, eut ces mots « …les idiots produisent des idioties comme les pommiers produisent des pommes ».

Comment ne pas se souvenir des déclarations de Sandrine Rousseau sur le voile islamique dans laquelle elle voyait « un objet d’embellissement de la femme » ! Me revient la réplique de l’autrice de BD iranienne, Marjane Satrapi, en réponse à Sandrine Rousseau « Que vous ne compreniez pas la situation et que vous soyez bête, c’est OK. Tout le monde a le droit d’être con. Mais à ce moment-là, mieux vaut se taire ». C’est vrai que l’on est chaque jour démuni devant la solidité de l’ignorance de Mme Rousseau qui n’a toujours aucune idée du sens de la prescription du voilement des femmes en Islam. Notons que cette dame député fut un temps « enseignante chercheuse » et vice-présidente de l’université de Lille ! C’est terrifiant. Mais en juin 2025, une déclaration de J-L.Mélenchon sur le voilement de la femme en Islam montre que cet « homme de grande culture » (selon les médias), n’a jamais ouvert le Coran pour éclairer la question6. Ce qui lui permettait de dénoncer cet enfermement de la femme en 20107 et de se déclarer favorable en 2025.

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L’islam avance, progresse et inonde le net de vidéos où des « femmes-imam » tentent de repeindre aux couleurs de la modernité la religion descendue du ciel au 7e siècle. Ainsi, la « femme-imam » Anne Sophie Mousinay parvient-elle à expliquer à ses followers que l’islam proscrit l’esclavage, ne prescrit pas le port du voile et prône l’égalité homme-femme8 ! Dans 1984, le héros Winston Smith se demande si l’Etat a le pouvoir de proclamer exacte la formule « 2 + 2 = 5 » et si le fait que des gens y croient en fait une vérité. On peut aussi rencontrer sur le net des imams expliquant que la Terre est plate.

Le temps a passé depuis que les stars de la gauche germanopratine séduisaient nos jeunes années. Il serait maintenant fastidieux de récapituler l’historique des propos à la saveur antisémite qui, dans l’histoire de la gauche, précédèrent ceux proférés par des adeptes de la secte de J-L. Mélenchon. Ils sont d’autant plus nauséabonds aujourd’hui qu’ils procèdent d’une stratégie insidieuse, d’allusions perfides et ajustées, contrôlées, qui les distinguent des saillies de l’antisémitisme grossier et inculte qui peut exister par ailleurs. Quelques exemples de cette finesse mélenchonienne : 

  • En 2013, il accuse Pierre Moscovici de « ne pas penser français » mais « finance internationale ».
  • En 2020, J.-L. Mélenchon rejoint les finesses de feu son ami Chavez, avec cette déclaration sur BFMTV qui recycle le vieux poncif antisémite: « Je ne sais pas si Jésus était sur la croix. Je sais qui l’y a mis, parait-il. Ce sont ses propres compatriotes »
  • En 2018, il déclare que quand « un homme de gauche » est « traité d’antisémite, c’est qu’il n’est pas loin du pouvoir ».
  • Le 12 novembre 2023, LFI refuse de participer à la marche contre l’antisémitisme. 
  • La déclaration de juin 2024 est restée célèbre :« l’antisémitisme est résiduel en France ». Cette année-là, le CRIF recensera 1570 actes antisémites en France. 
  • Septembre 2024. J.-L. Mélenchon compare le président de l’université de Lille à Adolf Eichmann au terme d’un des filandreux cheminements intellectuels qui le conduisent dans les eaux troubles de la provocation.

À lire aussi : Mélenchon et la tentation théocratique

Ces relents dignes d’un Philippe Henriot sur Radio-Paris dans la France de Vichy ne trouvent plus hélas aujourd’hui un Pierre Dac sur la radio nationale pour les contredire. On imagine ce que LFI déverserait de haine sur le Juif André Isaac, alias Pierre Dac qui « pensait français », ce que l’on ne fait plus depuis longtemps chez les Insoumis. La France, les gueux de Français, la langue française, l’histoire de France… tout cela honnis par un gourou qui a choisi entre Victor Hugo et Rima Hassan.

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  1. Déclaration de Jérôme Guedj au 81e congrès du PS, 14 juin 2025. ↩︎
  2. Louis Aragon, Pour un réalisme socialiste, Denoël, 1935. ↩︎
  3. Louis Aragon, « Prélude au temps des cerises », dans Persécuté, Persécuteur, Denoël 1931. ↩︎
  4. Discours de Hugo Chavez du 24 décembre 2005. ↩︎
  5. https://www.bvoltaire.fr/la-gauche-complice-des-mollahs-une-longue-histoire/ ↩︎
  6. En vente à 5 euros sur le net dans la traduction de Jacques Berque ! ↩︎
  7. Émission on n’est pas couché de Laurent Ruquier en 2010 ↩︎
  8. https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/port-du-voile-que-dit-le-coran-7799400024 ↩︎

Le palestinisme : invention d’une religion 

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Aymeric Caron et ses collègues Insoumis exhibent des photos d’enfants palestiniens lors des Questions au gouvernement, à l'Assemblee nationale, Paris, le 8 avril 2025. Lionel Urman/SIPA

La cause palestinienne, épousée en Europe par tant de militants fanatisés et de people désireux de se montrer vertueux, n’est plus une simple cause politique. Elle est devenue une religion, ou plutôt une religion de substitution, apportant à ses croyants une lecture simpliste du monde, divisé en bourreaux et victimes. Elle représente une foi obscure qui piétine la raison humaine et empêche de voir le réel tel qu’il est. L’auteur de Les masques tombent. Illusions collectives, vérités interdites analyse ce culte doloriste postmoderne.


Il n’y a plus d’innocence.

Il n’y a plus que des icônes.

Des icônes tremblantes, des visages mal éclairés sur des pancartes, des larmes mises en scène à la télévision, des slogans peints à la hâte sur les murs humides des métropoles mortes. L’innocence n’est plus une qualité humaine — elle est devenue un attribut politique. Un brevet de pureté. Une médaille qu’on décerne à ceux qui souffrent du bon côté.

L’homme occidental n’a plus de dieu, plus de patrie, plus de forme. Il ne sait plus aimer, ni croire, ni haïr avec style. Il ne sait plus faire la guerre, ni faire l’amour, ni même mourir dignement. Il sait seulement pleurer. Il pleure comme on s’agenouille. Il pleure pour se sentir encore un peu humain. Et comme il ne croit plus en rien, il a besoin d’un autre en qui croire. Il l’a trouvé. Ce n’est ni un dieu, ni un homme, ni un héros. C’est une silhouette : le Palestinien.

Il est l’Enfant Jésus du monde postmoderne.

Un Enfant Jésus sans crèche, sans Joseph, sans Bethléem. Un Enfant Jésus armé de pierres, élevé au son des bombes, nourri au lait du ressentiment.

Il est la victime parfaite. Celle qui ne parle pas. Celle qui ne pense pas. Celle dont on peut faire une chanson, un drapeau, un mème.

Le Palestinien n’est pas un homme : il est un écran. On y projette la pureté que l’on a perdue. L’Europe l’a choisi comme elle choisit ses idoles — sans le connaître. Elle l’a sacré comme elle sacre ses saints — pour se laver. Il est son savon. Il est son confessionnal. Il est son silence.

A lire aussi : Israël, éternellement coupable…

On ne débat pas du palestinisme. On y communie. On ne le critique pas. On y croit. On ne le pense pas. On le ressent. C’est un culte de substitution, une hostie émotionnelle, un rituel sans mystère. Le Palestinien est devenu le miroir de l’innocence perdue de l’Occident. Le problème, c’est que les miroirs coupent.

Il a fallu des siècles pour bâtir des cathédrales. Il a suffi de quelques années pour faire de Gaza une basilique laïque. Il a fallu des générations pour écrire Sophocle, Eschyle, Dante. Il suffit aujourd’hui d’un enfant mort pour que des foules défilent avec des bougies. Et chaque bougie est une pierre lancée contre Israël.

Le nouveau dieu de l’Europe ne parle pas. Il ne pense pas. Il saigne. Et c’est tout ce qu’on lui demande. Ce n’est plus un homme : c’est une image. Un masque de douleur. Une icône sacrificielle. Un corps qui souffre à notre place.

Mais l’innocence est une arme.

Et l’innocent est toujours suivi d’un coupable.

Israël a été élu pour ce rôle. Il est le bourreau commode. Le criminel utile. L’impur sacré. On ne dit plus : le Juif. On dit : le sioniste. On ne dit plus : les Protocoles. On dit : les colonies. On ne parle plus de sang impur. On parle d’apartheid. Mais la musique est la même. Et le tambour, cette fois, bat au rythme des concerts de charité.

C’est ainsi qu’on a réinventé une religion. Une religion de l’image. Une religion sans dieu, sans pardon, sans ciel. Une religion de haine douce, de violence décorative, de mort scénographiée. Une religion de mannequins en keffieh et de journalistes pleureurs. Une religion où l’enfant mort vaut plus que l’enfant vivant, parce qu’il sert.

Et dans cette religion, le péché, c’est la nuance. Le blasphème, c’est de dire que le martyr peut mentir. Le crime, c’est d’oser penser que la guerre est une guerre, et non une Passion.

A lire aussi : Intifadas ici et là-bas : une crise du politique dans la civilisation démocratique

Le monde moderne ne sait plus ce qu’est un tragique. Il confond douleur et justice, émotion et vérité. Il croit que pleurer, c’est comprendre. Que s’émouvoir, c’est agir. Il prend la mort pour un clip, le combat pour un tweet, la souffrance pour une catharsis.

Mais le réel, lui, ne prie pas. Il saigne sans liturgie. Il bombarde sans musique. Il assassine sans plans-séquences. Il est fait de corps, de cris, de béton et de feu. Il est fait de stratégies, d’aveux, de mensonges, de ruses. Et dans le réel, les enfants ne sont pas des anges. Ils sont des boucliers, parfois. Des armes. Des excuses.

Ce n’est pas une guerre de liberté. C’est une guerre de croyances. Ce n’est pas une guerre d’indépendance. C’est une guerre d’effacement.
Mais l’Europe regarde ailleurs. Elle regarde les larmes, pas les mains. Elle regarde les cercueils, pas les armes. Elle regarde les visages, pas les versets.

Et dans ce grand théâtre du monde, elle tient son rôle.

Celui de la vieille dame éplorée, qui se souvient vaguement qu’elle fut une reine.







Doit-on se moquer de Robert Brasillach ?

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L'écrivain et journaliste français Robert Brasillach, à gauche, pose aux côtés de Jacques Doriot, au centre, sur le front de l'Est vers 1943 © D.R.

Un auteur comme Robert Brasillach, dont on peut apprécier le talent littéraire tout en déplorant l’engagement politique, ne mérite pas d’être traité à la légère. Ce n’est pourtant pas toujours le point de vue de la presse de gauche. Un article du Nouvel Obs l’a déprécié sur tous les plans en adoptant un ton railleur. Notre chroniqueur s’en indigne.


Le hasard des vacances, dans d’autres demeures, familiales ou amicales, fait que parfois on lit avec retard des hebdomadaires dont certains articles vous saisissent. C’est ce qui m’est arrivé en lisant un Nouvel Obs du 1er mai 2025, avec un texte de Grégoire Leménager dont le titre est « Fallait-il exécuter Robert Brasillach ? ».

Cet écrivain, fusillé en 1945 pour intelligence avec l’ennemi, m’avait passionné dans ma jeunesse, comme, sur un autre registre profond, mélancolique et suicidaire, Drieu la Rochelle. Mon livre sur Robert Brasillach – 20 minutes pour la mort – était une manière de me mettre au clair avec cette trouble admiration pour la dignité de sa mort à la suite d’un procès honteux. Accompagnée d’un sentiment d’horreur à la lecture de ses écrits de journaliste politique au cours d’une période où, à défaut d’héroïsme ou de vraie résistance, l’abstention était un minimum.

Lisant l’article de Grégoire Leménager, je n’ai pu m’empêcher de songer à ce propos de Jean Genet : « Je ne me moque jamais, j’ai trop à faire d’aimer ou de haïr ». C’est précisément la moquerie, presque la dérision imprégnant l’analyse (si l’on peut dire) de Grégoire Leménager qui m’ont perturbé. Tous les sentiments ont droit de cité pour appréhender la destinée singulière de Robert Brasillach, brillant critique littéraire à 23 ans puis fasciné par le nazisme « immense et rouge » au point de s’abandonner au pire du journalisme partisan et haineux, avant d’être arrêté, alors qu’il aurait pu fuir. Il manifesta durant son procès une allure que personne ne lui a déniée (même ses pires ennemis comme Madeleine Jacob ou Simone de Beauvoir), avant de mourir courageusement à l’âge de 35 ans.

Au-delà de ce parcours, aussi répréhensible qu’il soit, je suis gêné par la condescendance avec laquelle Grégoire Leménager traite l’oeuvre de Robert Brasillach. Ses romans ne sont pas que « médiocres et sentimentaux » et un point de vue plus objectif aurait été bienvenu. L’Anthologie de la poésie grecque, son Pierre Corneille, L’Histoire du cinéma (écrite avec Maurice Bardèche), son Chénier, les poèmes de Fresnes (qui n’ont rien à voir avec « de la poésie faussement naïve ») auraient justifié, même de la part d’un critique littéraire de gauche, des appréciations élogieuses.

Sur le plan idéologique, certaines phrases, pour être littéralement odieuses ou furieuses, sont en plus détachées de leur contexte et rien, dans ce qui à la fin de cette courte existence aurait pu venir nuancer sa malfaisance politique, n’a été même effleuré par Grégoire Leménager.

À lire aussi : Justice, avez-vous dit ?

La démarche de sauvegarde (pour empêcher qu’il soit exécuté) initiée par François Mauriac, Marcel Aymé et Jean Anouilh (dont l’expérience de la vie en a été affectée pour toujours), est narrée sur un mode léger, presque désinvolte. Il est fait référence à André Gide dont l’appréciation sur le futur qu’aurait eu Robert Brasillach s’il avait été gracié est très discutable.

Sont passées sous silence la lâcheté de beaucoup (Colette ne voulait pas être la première sur la pétition demandant la grâce !) et la déclaration d’Albert Camus la signant par détestation de la peine de mort alors qu’il assurait que Robert Brasillach ne lui aurait pas rendu la pareille s’il avait été condamné à mort.

De cet article, se dégage une impression de malaise comme s’il avait fallu, après l’avoir fusillé, exécuter Robert Brasillach une nouvelle fois, mais médiatiquement.

Je relève qu’un seul livre est cité, celui d’Alice Kaplan dont le travail de documentation est impressionnant mais la vision judiciaire guère critique. Grégoire Leménager aurait dû mentionner l’ouvrage de Michel Laval, aux antipodes de toute moquerie et qui aborde avec gravité et intelligence la problématique questionnée par Grégoire Leménager et y répond positivement.

A lire aussi : Incompréhension

On a beaucoup glosé sur le refus de la grâce par le général de Gaulle, alors que François Mauriac avait quitté leur entretien relativement optimiste. Sans doute y a-t-il eu des motivations diverses à cette dureté. Le paradoxe est qu’en 1938, Robert Brasillach lui-même avait considéré qu’un intellectuel ne pouvait pas être exonéré par principe du châtiment suprême en raison de ses seules idées et dénonciations vaincues par l’Histoire.

Résumer Robert Brasillach aujourd’hui en le qualifiant « d’icône de l’extrême droite française » est tout de même un peu court.

Je constate, pour m’en réjouir, que sur le plan de la tolérance, du pluralisme et de la justesse, il n’y a pas l’ombre d’une comparaison possible entre la gauche engagée et médiatique et les médias conservateurs. Comparons la magnifique série du Figaro, totalement ouverte, par exemple consacrée à Antonio Gramsci, avec cette piètre recension moqueuse de Robert Brasillach par Grégoire Leménager.

Il manquait, d’abord, l’honnêteté. Et, si on suit Jean Genet, l’amour ou la haine.

MeTooMuch ?

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Le Mur des cons

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A Ré, un bain de musique après le bain de mer

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Une plage de Ré D.R.

En France, l’été, on trouve jusque dans les lieux de villégiature les plus reculés des festivals qui se mettent au service de la culture la plus exigeante. A cet égard, le festival « Syrinx en Ré » est exemplaire.


En 1913, Claude Debussy compose Syrinx, un solo pour flûte traversière de trois minutes à peine, publication posthume : à l’origine, une commande du traducteur, poète et romancier quelque peu oublié Gabriel Mourey, pour sa pièce en vers Psyché. Ce très court morceau ne sera créé qu’en 1926, dans le théâtre privé de Louis Mors, patron des automobiles Mors – la marque pionnière sera de bonne heure absorbée par Citroën. Syrinx, en référence à la suivante d’Artémis, nymphe poursuivie par les ardeurs libidinales de Pan, ce dieu des bergers et des troupeaux qui « sifflote dans la forêt », s’il faut en croire une strophe d’Apollinaire…  Voilà pour la petite histoire. 

Un récent sondage révèle qu’aux yeux des Français l’île de Ré incarne l’apothéose du rêve de vacances : ultime paradis agreste et patrimonial, avec son « petit bois de Trousse-Chemise » où jadis le regretté Charles Aznavour déniaisait une jouvencelle (en 2025, à coup sûr les paroles de cette chanson nostalgique d’un « viol sur mineure » vaudrait à son auteur quelques ennuis judiciaires), ses vieux remparts de Saint-Martin érigés par Vauban, ses longues plages immaculées, ourlées de pinèdes face au Pertuis breton… Y perdure discrètement une tradition mélomane qui, le soir venu, offre un autre genre de baignade :  l’an passé, votre serviteur évoquait dans Causeur le festival Musique en Ré, dont l’édition 2025 s’achève tout juste, reconduisant pour sa 38ème édition la vespérale félicité d’entendre de la belle musique dans des églises et des places de villages – comme ce 3 août dernier, au Bois-Plage, où l’inoubliable Quintette avec clarinette de Mozart précédait La nuit transfigurée, sublime sextuor de Schoenberg aux subtiles dissonances auquel les bords de mer prêtent rarement l’oreille…  

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Il faut saluer hautement ces initiatives modestes mais ambitieuses : elles savent répandre encore, à force de ténacité, un humus de culture exigeante jusqu’aux confins du territoire, en sorte que la proximité de leurs rôtissoires de sable fin ne se donne pas pour l’unique attraction de ces bourgades insulaires, envahies deux mois de l’année, et vides l’hiver. De ce pas de côté, le festival Syrinx en Ré est l’expression parfaite : sur trois jours, dans trois de ces charmantes petites églises de villages – Ars, Les Portes, La Couarde, – un programme éclectique de musique de chambre au cœur du mois d’août, portée par de jeunes interprètes de haut niveau.

La flûtiste Perrine Chapoutot (c) Perrine Chapoutot

L’impulsion, comme souvent, part d’une famille. Perrine Chapoutot, 26 ans, est flûtiste. Son frère cadet, Marin, s’était fait connaître dans l’adolescence comme clarinettiste prodige ; Melvil, l’aîné, est pianiste, tout comme Aude, leur mère. En 2019, le pianiste tourangeau Adrien Gey a l’idée d’une manifestation musicale au château-relais d’Artigny, un 5 étoiles sis à 20km de Tours – un beau Steinway y trône au salon : le festival Syrinx est né. Il se déroule depuis lors chaque année, au mois de novembre. Comme le château est désormais en travaux, l’édition 2025 (du 13 au 16 novembre prochain) est appelée à migrer dans la salle de l’hôtel de ville de Tours. 

C’est en 2021 que Syrinx proposait sa première déclinaison sur l’île de Ré – les musiciens sont logés aux Portes, dans la vaste maison familiale riveraine du Fier d’Ars, ce petit golfe clair. Comment se dessine le programme, d’année en année ? Empiriquement, à partir des expériences antérieures des instrumentistes, de leur familiarité avec certains morceaux du répertoire classique ou romantique, – et de l’envie partagée, tout simplement. Ces artistes, pour la plupart, se sont connus au Conservatoire national de Paris, où ils ont fait leurs classes. Tous appartiennent à des formations de chambre qui se produisent ici et là, en France comme à l’étranger. Ainsi Perrine fait partie de l’ensemble Daphnis, un quintette en résidence cette année au sein de la très prestigieuse Fondation Singer-Polignac ; ainsi l’altiste Jean-Baptiste Souchon est-il membre du quatuor Métamorphoses… Ainsi la soprano Emy Gazeilles a-t-elle intégré, en 2024, la troupe lyrique de l’Opéra de Paris.  

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Cette émulation générationnelle fera donc vibrer le public les 20, 21 et 22 août, à travers trois concerts associant Schubert, Mozart, Brahms, Ravel, Beethoven, sans compter des lieder et mélodies de Schumann, Poulenc, Dvorak ou Rachmaninov. Un bain de musique après le bain de mer.

Festival Syrinx en Ré : du 20 au 22 août 2025.

Ardisson – un souvenir

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Thierry Ardisson durant l'Ardinight l'emission mensuellle de battle de playlist , 22h a 1h00 sur RFM , a Paris, France, le 29 Avril 2021. JP PARIENTE/SIPA

Invité trois fois sur le plateau de Tout le monde en parle, Dominique Labarrière se souvient de l’animateur de cette émission culte et rend hommage, non seulement à son charisme, mais aussi à son professionnalisme.


Il se trouve que j’ai participé à trois reprises à l’émission culte de l’homme en noir sur France 2, Tout le monde en parle. Deux fois pour accompagner un auteur de la maison d’éditions pour laquelle je travaillais à ce moment-là, et surtout une fois en tant qu’invité pour mon essai sur la mort de Pierre Bérégovoy, Cet homme a été assassiné, publié à la Table Ronde par notre ami Denis Tillinac, de subtile et joyeuse mémoire.

Je garde naturellement un souvenir très précis de cette expérience. 

La veille de l’émission, un membre de l’équipe de production vous appelait pour s’enquérir de vos goûts alimentaires, des tabous ou régimes à respecter. En effet, vous arriviez assez tôt, vers vingt et une heure, je crois, dans les immenses hangars-studios de la Plaine Saint-Denis. Là, vous étiez accueilli en VIP, conduit à une loge qui vous était exclusivement réservée pour toute la soirée, très longue soirée le plus souvent. Une personne passait très régulièrement vous proposer du champagne, des mets… Un impératif, donc, être patient, car vous pouviez fort bien passer à plus de minuit, voire une heure du matin.

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Ce fut mon cas, cette fois-là. Toujours entre les mains de personnes d’une exquise gentillesse, on me conduisit au maquillage. C’était vers minuit…

De nouveau l’attente. L’attente du fameux convoité mais redouté passage. 

Pour tenter de tromper mon impatience, je me mets à déambuler dans le couloir, long couloir. Sacha Distel, autre invité de l’émission, fait de même. Nous nous croisons, petit salut. Une fois, deux fois, à la troisième, Distel, manifestement tendu, m’aborde.

         – Vous êtes là pourquoi, vous ?

         – Pour mon bouquin sur la mort de Bérégovoy.

         – Alors c’est vous ou moi, s’énerve le chanteur. Moi, je suis ici pour un album jazz à la guitare. Pas mon registre habituel de variétés…

         – Vous avez dit vous ou moi ?

         – Oui. À chaque émission, ils flinguent un invité. C’est Baffie qui s’en charge en général. Et là, je vous dis que ce sera vous ou moi !

Je passe mon chemin. Jusqu’à cet instant, j’étais plutôt serein, tranquille, mais plus du tout après ce bref échange. Je panique. Sûr, ils ne vont pas « flinguer » Distel, donc c’est moi ! Trop tard, évidemment pour se débiner.

Je retourne dans ma loge. Petit coup de champagne qui ne me fait aucun bien. Distel passe peu après, comme on ne l’éreinte pas le moins du monde, ce ne peut être que pour ma pomme. CQFD.

Enfin, on vient me chercher. Nouvelle attente de quelques minutes au seuil du plateau. Comme par hasard, il y a trois ou quatre marches à monter puis autant à descendre avant de prendre place, ébloui par les projecteurs, sur le siège qu’on vous a désigné. J’ai beau respirer à fond, je ne suis pas au top. Pas du tout.

L’accueil plateau, musique à fond, votre nom lancé comme celui d’une star par l’animateur, de sa voix forte, singulière. Puis l’interview commence. 

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Et là, à l’instant même, par un petit quelque chose que je ne saurais vraiment expliquer et encore moins décrire, Ardisson me fait comprendre que ce sera sérieux, respectueux. Et cela l’a été en effet.

Je crois que de toutes les interviews que j’ai eues sur ce livre – et Dieu sait qu’il y en a eu ! – pas un seul journaliste n’avait autant travaillé le sujet. Pas un ne s’est montré autant professionnel, précis, rigoureux. J’ai vite compris que le sniper Baffie ne serait pas de la partie. Il écoutait, attentif, lui aussi respectueux. En effet, il n’intervint pas. Seule Claude Sarraute qui était là me posa une question, toute professionnelle d’ailleurs. Pas une fois Ardisson ne m’a interrompu, j’ai pu répondre à ma guise, développer chaque point.

Un bonheur, vraiment. 

Pourtant, ce dossier-là était complexe, délicat, extrêmement sensible à ce moment-là. Il fallait un très grand professionnel pour le traiter sans tomber dans le clinquant, la caricature, l’accusation facile de complotisme. Thierry Ardisson fut bel et bien en la circonstance ce grand professionnel-là. Très au-delà du banal provocateur qu’on a trop volontiers voulu voir en lui, y compris, parfois, ces derniers jours. C’était un très grand pro, vraiment. Voilà, très modestement, l’hommage que je me permets aujourd’hui de rendre à sa mémoire.

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L’arasement de la majesté

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Fête au château de Versailles à l'occasion du mariage du dauphin en 1745, Louis-Eugène Lami © D.R.

La chute de la monarchie a donné le premier coup. Le déclin du christianisme et la passion de l’égalité ont asséné les suivants et l’uniformisation du monde a fait le reste. L’esprit français se conjugue surtout au passé. Mais il demeure des traces de ce vieil héritage dont les rayons se répandaient autrefois des palais aux chaumières. Notre série de l’été : A la recherche de l’esprit français…


À coup sûr, invoquer l’esprit français en l’accolant à l’idée de grandeur, c’est risquer l’étonnement, le sarcasme, le cri d’orfraie. Il n’y a pourtant rien d’absurde à oser l’association. Pas pour vanter la grandeur militaire de la France, mais celle de l’esprit qui l’animait et, pour une part, continue de l’animer. Le problème tient au flou de la notion. Une notion toutefois assez précise pour cerner une forme d’amour, à tout le moins d’attachement, portée par notre peuple à un style de vie, à une certaine façon d’être, d’éprouver, de penser, d’agir. Ce qui s’exprime par le souvenir magnifié de personnages et d’événements fameux, par l’orgueil d’avoir érigé des monuments superbes, châteaux, cathédrales, produit des œuvres sublimes, livres partout célébrés, tableaux de maîtres illustres, jardins féériques, par l’octroi autocentré de comportements flatteurs, et même, pour paraître objectif, de défauts notoires, arrogance, étroitesse petite-bourgeoise, atavique méfiance paysanne, sans oublier le paillard gaulois, le penchant pour la ripaille, le feu aux fesses des filles.

Le déclin des temps modernes

Cela étant, triste constat, comme les tropiques : l’esprit français, il faut en parler surtout au passé. Avec fierté, car assurément cet esprit eut de la grandeur. Et, malgré son arasement, il en demeure des traces, un vieil héritage. Mais les temps modernes ont changé la donne. De surcroît, dans un pays fragmenté comme le nôtre, dans cet archipel composé de mentalités antagonistes, de communautés sans mœurs, traditions, aspirations communes, parler d’esprit français n’a plus beaucoup de sens. French kiss, french touch, maigre butin. Le luxe, la mode, les parfums, les grands crus, la gastronomie firent et perpétuent son universel renom. À part ça, plus grand-chose.

Le bilan tient au point suivant, qui n’a rien d’un détail : cet esprit, c’est à la monarchie que la France le doit. À l’excellence aristocratique qui l’accompagnait et à la raison méthodique dont eut besoin l’État pour s’imposer. La puissance du faste royal fut non seulement la source mais la condition de cet exceptionnel renom. L’esprit français a partie liée avec la majesté, dont les rayons se répandirent chez nous des palais aux chaumières, de la soie des costumes princiers aux pourpoints des bourgeois, des tragédies de Racine aux larmes des scènes provinciales. La politesse des manières de cour, diffusée dans les salons, s’est élargie aux charmes de la conversation. Élégance, subtiles pointes d’ironie, bon goût, culte du bien-dire viennent de là. L’assèchement de l’aristocratie a entraîné celui de l’esprit.

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Le déclin du christianisme, quasi son effacement, a aggravé le phénomène. Chateaubriand s’y est admirablement opposé dans un énorme ouvrage : le génie du christianisme a forgé la clé de la grandeur française. C’est qu’il explique. De fait, la spiritualité du Grand Siècle a fourni au royaume le carburant de l’âpre réussite de toutes ses ambitions. Ensuite, bien que ravalée par les philosophes au rang de simples préjugés, elle a irrigué l’énergie novatrice du siècle des Lumières. Après quoi, l’ayant sacrifiée, la Révolution a planté dans les têtes des espérances grandioses, mais aux retombées navrantes. Processus fatal : les floraisons spirituelles une fois déracinées, les plantes du désert germent et croissent.

La triste importance de l’autre

La passion de l’égalité menace l’esprit de la même sécheresse. On la prétend typiquement française. C’est à voir. Ayant pour berceau le XVIIIe siècle, elle est trop jeune pour s’inscrire dans le vieil héritage. De surcroît, d’autres pays que la France s’en réclament, l’Amérique vue par Tocqueville l’atteste. Au temps de la monarchie, les hiérarchies ordonnées par Dieu semblaient naturelles, et l’on acceptait les écarts de fortune pourvu que les riches se montrent charitables. Au nom de la justice, le principe d’égalité corrigea ce qui devait l’être. Puis il a versé dans l’égalitarisme, et les pulsions nivelantes de la démocratie ont trahi l’équité de ses promesses. Ayant tout aplati, l’envie égalitaire a débouché sur le vide où prospère la convoitise sans frein enchaînée aux rancœurs d’une frustration sans bornes.

Le chevaleresque s’est évaporé, le panache de Cyrano évanoui, la bravoure raréfiée. Le courage n’appartient plus qu’aux preux du quotidien. Ces nobles vertus ont fait place aux réflexes de lâcheté là où il faudrait de l’audace. L’héroïsme a disparu avec les tranchées, et la défaite de 1940 n’a rien arrangé. À présent la patrie indiffère, concept sorti de l’histoire. Quant à la furia francese, elle n’est plus qu’un mythe. On ne s’en plaindra pas, mais le sens de l’honneur s’est mué en art de se planquer. Sic transit gloria.

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L’arasement de l’esprit français s’explique par une raison plus décisive encore que celle des pistes ici juste évoquées. Stefan Zweig l’a pointée dans L’Uniformisation du monde, texte écrit en 1925, qui date donc d’un siècle. Sous l’aspect carré de l’analyse éclate une vérité rendue irrécusable par le monde d’aujourd’hui. Dans la danse, la mode, le cinéma, la radio, l’individu « se soumet aux mêmes goûts moutonniers ; il ne choisit plus à partir de son être intérieur, mais en se rangeant à l’opinion de tous ». Conséquence : « Citer les particularités des nations et des cultures est désormais plus difficile qu’égrener leurs similitudes. » Plus difficile ne signifie pas impossible. La mémoire des peuples est si longue, si fidèle, qu’ils conservent inchangés des traits de caractère et une mentalité résiduelle qui résistent aux pressions de l’uniformisation, cette broyeuse des âmes.

L’amour de la liberté

Face aux débuts de l’ère des masses, Zweig précise : « Le vrai danger pour l’Europe me semble résider dans le spirituel, dans la pénétration de l’ennui américain. » Ennui horrible « qui n’est pas, comme jadis l’ennui européen, celui du repos, celui qui consiste à s’asseoir sur un banc de taverne, à jouer aux dominos et à fumer la pipe », non. L’ennui américain est « instable, nerveux et agressif, on s’y surmène dans une excitation fiévreuse et on cherche à s’étourdir dans le sport et les sensations ». La cérémonie d’ouverture des JO de Paris résume l’anticipation visionnaire. Les fêtes de Versailles illuminaient le génie français. La cérémonie d’ouverture s’est vautrée dans le kitch mondialisé.

Par miracle, de l’esprit qui nous grandissait, subsiste, venue de loin, la flamme de la liberté. En 1315, Louis X, dit le Hutin, arguant que tous les hommes naissaient libres, abolit le servage au sein du royaume. Plus de deux siècles plus tard, Étienne de La Boétie, l’ami de Montaigne, rédige Le Discours de la servitude volontaire contre la tyrannie d’un seul. Avec la Déclaration des droits de l’homme, la Révolution promeut la liberté individuelle. En 1848, Victor Schœlcher abolit l’esclavage en France. La liste des ardents défenseurs compte d’innombrables noms. S’il est un bien inaliénable qui fait honneur à l’esprit français, c’est assurément l’amour de la liberté. On objectera que l’État s’en affranchit quand ses intérêts l’y poussent. Mais nul n’ignore qu’un monstre froid n’a pas d’amour.

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Le tempérament national a volontiers reconnu aux épouses une marge d’indépendance, aujourd’hui complète, qui les préservait du joug tout-puissant des époux. La pudeur exigée varia selon les époques, mais sans que leur soumission, si elles se révoltaient, mène au meurtre légal. Jamais en France elles n’eurent à subir la lapidation ailleurs permise aux maris outragés. Le déshonneur restait cantonné à leur responsabilité personnelle, sans impliquer celle de la tribu. Même le XIXe siècle, si dur à leur égard, vraie camisole de force, s’est abstenu de leur fixer des boulets aux chevilles pour les châtier de leurs infractions à l’ordre moral. L’esprit français s’est constamment dissocié de cette barbarie. Brantôme, gentilhomme de la Renaissance, se scandalise des cruautés qu’on leur infligeait. Au contraire de l’Angleterre, en France on ne leur a jamais coupé le cou, sauf durant la Terreur. Il est vrai que le recours aux couvents servit d’outil de punition et de contrôle. Reste que l’esprit français s’est toujours distingué par sa souplesse en matière sexuelle. À preuve, l’air de légèreté flottant sur les aventures, rencontres libertines, accointements volages, frôlements délicieux, guinguettes, bals masqués, sur une toile de fond joyeusement lettrée, grivois rabelaisien, comédies de Molière, contes de La Fontaine, vagins bavards de Diderot, et tutti quanti. Érotisme et jouissances à tous les étages.

Cornaquée par l’Académie, la France a hissé sa langue sur un piédestal. Ce n’est plus le cas. La romance s’est substituée aux ouvrages profonds, les grosses mailles du rap à Brassens le troubadour, les amplis des rave parties au silence des bibliothèques, la vidéosphère à la graphosphère. S’amorce une civilisation nouvelle, rupture brutale, quoique pas totale (encore une fois, les peuples ont trop de mémoire pour tout oublier). Fut une époque où la France littéraire, chrétienne et patriotique s’examinait dans le miroir de Bossuet en tâchant de s’y refléter. Paul Valéry ne voyait, dans l’ordre des écrivains, personne au-dessus de lui. De son Histoire des variations des Églises protestantes qui, publiée en 1688, fut un succès de librairie, Claudel écrit que, « si un seul livre de toute notre littérature devait subsister pour témoigner devant le monde de ce que furent la langue et l’esprit français, ce serait l’Histoire des variations que je choisirais ». L’évêque de Meaux a roulé dans la poussière, emportant avec lui la grandeur qu’il incarnait. Mais pas seulement la grandeur, ce qu’elle suppose aussi. Le désir de s’élever pour l’atteindre, les efforts pour progresser, la discipline et les rudes études auxquelles on consent. S’il est pour l’esprit français une mission digne de lui, c’est de servir la République en retrouvant la voie royale qui l’a autrefois conduit à viser l’excellence dans la réalisation de toutes ses œuvres, culturelles aussi bien que scientifiques. Il faudrait même rétablir les humanités dans les cursus scolaires et l’Âge classique dans son prestige. Passéisme ? Vœu ringard ? Peu importe. En conclusion de Qu’est-ce qu’une nation ?, Renan écrit : « Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. »

Une France en quête de transcendance : retour en force du catholicisme traditionnel

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Don Lorenzo célèbre une messe tridentine à l'église Gesù e Maria dans le centre de Rome le 29 avril 2007 © ALESSANDRA TARANTINO/AP/SIPA

Alors que la France semble se détacher toujours davantage de ses racines chrétiennes, un vent contraire serait-il en train de se lever? Jeunes, familles, intellectuels : ils sont de plus en plus nombreux à renouer avec un catholicisme enraciné, exigeant, riche liturgiquement. Et certains croient même que le nouveau pape, Léon XIV, pourrait réintégrer les tenants de la messe en latin dans le giron de l’Eglise. Tribune.


Dans une société française gagnée par la sécularisation, la perte des repères et l’individualisme consumériste, un phénomène spirituel émerge à contre-courant : la renaissance du catholicisme traditionnel. Porté notamment par une jeunesse, ce réveil discret mais solide redonne vie à des formes liturgiques que l’on croyait condamnées après le concile Vatican II. C’est ainsi que les traditionalistes entendent reconquérir un espace propice à leur foi et qui attire de plus en plus d’aficionados du missel.

Une liturgie ancienne, un esprit intemporel

Contrairement à une idée reçue, la messe tridentine n’a pas été inventée par Pie V, mais codifiée à partir de traditions remontant aux premiers siècles de l’Église. Elle s’est enrichie au fil des siècles, sans rupture brutale. Le Concile de Trente (1542), dont elle est issue, visait à affirmer la foi face aux hérésies modernes. C’est cette fidélité doctrinale que défend aujourd’hui encore la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre, excommunié pour avoir sacré des évêques sans l’accord du pape (1988).

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Ce mouvement, longtemps marginalisé et réduit à son expression caricaturale, séduit aujourd’hui un nombre croissant de fidèles, y compris chez les jeunes générations. Selon une enquête d’Actu publiée en mars 2024, les effectifs des communautés (dites) traditionalistes sont en nette hausse, en dépit – ou peut-être à cause – des restrictions romaines. On estime à plus de 50 000 personnes se réclamant de ce courant, réparti dans 250 lieux de culte à travers toute la France.

Paris, bastion inattendu du rite extraordinaire

La capitale française n’est pas en reste. Plusieurs églises parisiennes célèbrent régulièrement selon l’ancien rite : Saint-Nicolas-du-Chardonnet (5e), fief de la Fraternité Saint-Pie X ; Saint-Roch (1er), qualifiée par Libération de « point de ralliement des cathos d’extrême droite » ; ou encore Saint-Eugène-Sainte-Cécile (9e), réputée pour sa liturgie soignée.

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Dans ces lieux, l’atmosphère est à contre-temps de la modernité : les femmes portent la mantille, les hommes se découvrent la tête, le silence règne, et la prière est orientée vers le Christ, non vers l’assemblée. Le sermon, souvent viril, doctrinal, voire politique, tranche avec les homélies aseptisées de certaines paroisses « progressistes ». Longtemps scruté de loin, ce retour à la tradition séduit une frange de la population française en quête d’identité et passionnée par les gloires perdues de la France. On y célèbre Jeanne d’Arc et on rend hommage à Louis XVI, qualifié de roi-martyr, victime des exactions de la révolution (1793), un chapitre aussi sacrilège pour les « Tradis » que l’a été la réforme de Vatican II.

Le pèlerinage de Chartres : une réponse à la crise du monde moderne

Depuis mai 68, la France reste emportée dans une révolution culturelle permanente : effacement du sacré, déracinement moral, affaissement de l’autorité. Le « progrès » est devenu une religion séculière. Pourtant, beaucoup ressentent désormais les limites de ce paradigme. Comme le souligne l’historien Guillaume Cuchet, spécialiste de la sociologie religieuse : « Vatican II a coïncidé avec une révolution socioculturelle, créant un vent tellement fort que plus personne n’en contrôlait la direction ». (Radiofrance, octobre 2021). Le retour des jeunes vers le traditionalisme catholique peut donc être lu comme une quête de vérité, de stabilité et d’ordre dans un monde instable, même jouer un rôle clé dans la redéfinition de l’identité spirituelle de la France, « fille aînée de l’Église »

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Le pèlerinage qui relie Paris à Chartres, organisé par l’association Notre-Dame de Chrétienté, est devenu l’un des symboles les plus visibles de ce renouveau. En mai 2025, près de 19 000 pèlerins ont pris la route, dans une ambiance joyeuse et rigoureuse, chantant, priant, souffrant parfois afin de vivre pleinement leur foi. La majorité sont des jeunes.

En parallèle, la Fraternité Saint-Pie X organise sa propre marche, en sens inverse, de Chartres à Paris, rassemblant cette année plus de 5 000 participants. Deux foules, deux sensibilités qui se croisent, mais animées par une même soif d’absolu dans un monde relativiste.

Un revival sur lequel le nouveau Pontife pourrait surfer

Face à ce « revival », quelle est la position du Saint-Siège ? Le pontificat de François (2013-2024) a été marqué par une hostilité croissante envers les traditionalistes. Le motu proprio Traditionis Custodes de 2021 a restreint sévèrement l’usage de l’ancien rite, provoquant incompréhension et ressentiment. La mort du pape argentin, suivie de l’élection du pape Léon XIV, a ravivé les espoirs d’une pacification. Selon Tribune Chrétienne (19 mai 2025), 56 % des catholiques pratiquants considèrent Léon XIV comme favorable à la tradition. Aidé par les réseaux sociaux où certains prêtres sont devenus de véritables stars bibliques, son positionnement laisse entrevoir une possible réintégration apaisée des traditionalistes dans le giron ecclésial. Sans les marginaliser, le Pontife profiter de l’engouement du moment afin de pouvoir ramener vers lui la France chrétienne (à peine 29 % de la population se déclare catholique), la replacer sur l’estrade qu’elle mérite et ainsi contrer l’influence de l’islam qui est prépondérante en France.

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Dans une France désorientée, ce retour du catholicisme traditionnel n’est donc pas un simple retour au passé : il est une force de résistance, un signe que la quête de sacré, de vérité et d’enracinement ne sont pas morts. Porté par une jeunesse fervente, ce mouvement affirme que la tradition peut être avenir — et que, dans le silence des messes en latin, bat encore le cœur spirituel de la France.

Comment notre monde a cessé d'être chrétien

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Été de cristal 2025

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Theodor Herzl © MARY EVANS/SIPA

Rien de nouveau sous le soleil, sinon l’ombre qui plane sur une Europe à nouveau en proie à ses éternels démons.


Aux feux de forêts et aux pics de chaleur désormais familiers, l’édition 2025 ajoute un millésime funeste : celui d’un antisémitisme décomplexé, ostentatoire, sûr de sa vertu.

Malheureusement rien n’a changé…

Pas un jour sans qu’un nouvel acte à connotation antisémite ne soit signalé. On n’a pas le droit d’être antisémite, mais l’antisionisme ne craint aucune loi. Alors, troquons gaiement le premier pour le second !

Juifs d’Europe et Israéliens en voyage, unis dans le même sort : celui d’incarner aux yeux du monde le mal absolu. Face à un tel déferlement, ils savent qu’un été tranquille se vit mieux sans magen David autour du cou.

En arpentant la ville autrichienne de Graz, quintessence d’une culture européenne inscrite dans la pierre, je me laisse porter par cette douceur où le temps semble suspendu. Ici, pas de banderoles « Free Palestine », pas d’appel à manifester le samedi. Mais en cette journée ponctuée par le recensement de violences à l’encontre de personnes portant une kippa sur la tête, de Montréal à Livry-Gargan, une phrase du philosophe Hegel, longtemps oubliée, vient cogner à ma mémoire : « La seule chose que nous apprenons de l’histoire, c’est que nous n’en apprenons rien ». 

Le charme de la ville opère, son architecture est raffinée, des concerts de musique classiques fleurissent à chaque coin de rue et pourtant, son musée de l’Histoire me rappelle ce que j’ignorais : Graz fut, jadis, la capitale revendiquée de l’hitlérisme.

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Qu’importe. De l’eau a coulé sous les ponts et les vacances sont belles. Je quitte l’effervescence de la ville pour poser mes valises au vert, loin de ces réminiscences. Mon téléphone continue de vibrer de notifications et même à travers les Alpes autrichiennes, la rumeur antijuive ne s’étouffe toujours pas. 

Ici, on a griffonné « Free Palestine » sur des plateaux-repas de passagers mangeant casher. Là, un contrôleur aérien s’est autorisé à répéter les mêmes mots. La France décide de ne pas renouveler les visas des agents de sécurité de la compagnie israélienne El Al, tandis que le président français profite de cet été délétère pour intenter à la communauté juive un procès en universalisme…, avant de démentir ses propos.

L’été sera chaud, nous avait-on prévenu.

Il n’est pas chaud, il est fiévreux. 

Pas un jour de répit. L’Europe n’est plus la seule à être touchée. Un homme est battu devant ses enfants parce que juif à Montréal. L’Australie n’est pas en reste. J’ai la tête qui tourne avant le dernier coup de chaud.

En Autriche, dans ce berceau de la vieille Europe, il n’y a pas de plage. Alors, on m’indique le seul endroit pour se rafraîchir : un Strandbad, une piscine extérieure face aux montagnes. Je m’y rends et arrive dans une ville au nom qui m’est inconnu, Edlach.

Merci Herzl !

La saison bat son plein, alors je fais plusieurs fois le tour du parking pour trouver une place. Au deuxième tour, mon œil s’accroche sur un panneau : « Denkmal Theodor Herzl ».

Je parle l’allemand et relis plusieurs fois le panneau. Je me gare en vitesse, j’oublie la piscine et je cherche la stèle mémorielle au nom de celui qui, marqué par l’Affaire Dreyfus, rêva de créer un État au début du siècle dernier dans lequel les Juifs pourraient enfin vivre dignement et en sécurité…

Je sais pertinemment qu’Herzl est enterré en Israël, à Jérusalem, sur le mont qui porte son nom. C’est d’ailleurs sur le mont Herzl que les enterrements militaires ont lieu. Ici, dans la ville de Edlach, dans la Styrie autrichienne, c’est une minuscule ruelle qui porte son nom. Ici, Theodor Herzl s’est marié et a passé tous ses étés. La stèle indique qu’il est mort un certain 3 juillet 1904 à quelques mètres d’ici.

À lire aussi : Israël, cible de toutes les haines

Ces quelques traces de sa présence ont le mérite de me plonger dans l’histoire de ce prophète qui a su faire de son rêve une réalité au milieu d’un été cauchemardesque.

La synchronicité me frappe. C’est à croire que mon inconscient a appelé ce rendez-vous avec l’histoire. Aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard, le monde balbutie à nouveau la même haine. Elle porte des habits adaptés aux temps nouveaux mais son fond est le même.

Les Zola sont aussi rares – et aussi éclatants de courage – qu’hier. On retourne le « J’accuse » contre le Juif – désigné sous la figure de l’Israélien – et on renoue ainsi avec délectation avec le fantasme du Juif affameur et tueur d’enfants.

Face à cette stèle discrète, aux côtés de mes enfants israéliens, dans cette ville où l’on pouvait jadis côtoyer toute l’aristocratie viennoise — jusqu’à l’empereur François-Joseph et l’impératrice Sissi —, je rends hommage au père du sionisme, ce mouvement émancipateur né de l’antisémitisme européen et devenu, par un retournement ironique de l’histoire, sa nouvelle cible. Je lui murmure que depuis sa mort, rien n’a changé, et puis je me ravise.

Rien n’a changé… et pourtant tout a changé… car aujourd’hui, Israël existe.

Barbie au bûcher

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Margot Robbie pose pour les photographes à son arrivée à l'avant-première du film « Barbie », le mercredi 12 juillet 2023 à Londres © Scott Garfitt/AP/SIPA

À Noisy-le-Sec, une projection estivale de Barbie, choisie par les habitants, a été annulée sous la menace d’un petit groupe de jeunes qui refuse que soit exposé des valeurs contraires aux leurs. La poupée la plus célèbre du monde se retrouve, bien malgré elle, au cœur des pressions religieuses et communautaires qui divisent la France.


L’autre vendredi, les habitants de Noisy-le-Sec, dans le 93, auraient dû pouvoir agrémenter leur été de canicule avec la projection en plein air du film Barbie. Cette séance de cinéma était programmée dans le cadre de l’opération estivale « Est Ensemble » instaurée depuis trois ans à l’initiative de la municipalité. Il est à noter que le film en question avait été choisi – démocratiquement choisi, si l’on préfère – par les habitants du quartier du Londeau où devait avoir lieu la projection. Choix que semblait justifier l’énorme succès de cette production lors de son exploitation en salle avec plus de quatre millions d’entrées en France et des recettes s’élevant à plus d’un milliard de dollars à travers la planète. De plus, un Oscar était venu couronner cette comédie dans laquelle la célébrissime poupée se trouve immergée dans le monde réel. L’occasion pour elle, convertie dans ce scénario en féministe affirmée, de dénoncer le très horrible patriarcat qui ne cesse de sévir à travers le monde. On ne pouvait guère faire plus généreuse concession à l’air du temps. Mais tout le monde, à Noisy-le-Sec et au Londeau, ne l’entendit pas de cette oreille. Certains se prirent à considérer que l’héroïne et le film faisaient un peu trop la part belle à des personnages homosexuels – lesbiennes et gays – bisexuels voire transexuels. Alors « un petit groupe de jeunes », nous révèlent le Parisien et le Figaro, s’instituant défenseur de la morale publique et des saintes vertus, est monté au créneau. Ces types n’ont pas hésité à menacer de violence des employés municipaux ainsi que les spectateurs venus assister aux spectacle, promettant de surcroît de tout casser si la projection était lancée.

Face à cela, le maire communiste de la ville, Olivier Sarrabeyrousse, a décidé d’annuler la soirée. Dans le communiqué qu’il a publié par la suite, il explique que la diffusion de Barbie a été empêchée par « une extrême minorité de voyous » motivés « par des arguments fallacieux, traduisant l’obscurantisme et le fondamentalisme instrumentalisés à des fins politiques ». Ainsi une simple séance familiale, ouverte à tous, s’est transformée en « un mouvement d’opposition violent ».

À lire aussi : Qu’est-ce qu’une guerre civile d’atmosphère?

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que ce même film avait été interdit dans des pays particulièrement en pointe sur la liberté d’expression et la création artistique tels que le Liban, l’Algérie, le Koweit. Ainsi, nous nous trouvons devant une manifestation de plus de ce que certains, ici, dans notre pays, entendent imposer dans ces domaines. Pour l’heure, à Noisy-le-Sec, c’est la blonde Barbie qui fait les frais de cette charia encore à bas bruit, mais demain, ailleurs, quelles oeuvres, quels personnages, quels héros et héroïnes, quels pans entiers de notre histoire patrimoniale se verront-ils bannis de la même manière, sous la menace? On ne s’attendait certes pas à ce que Barbie – personnage assez fadasse tout de même – fasse un jour figure de martyr, et pourtant nous en sommes là. 

Il se trouve que la sénatrice Les Républicains Valérie Boyer est-elle aussi montée au créneau dans cette affaire. Sur X, elle s’en prend  au maire de la commune, l’accusant de se soumettre aux « intégristes religieux islamistes exerçant un contrôle social fort et efficace ». Personnellement, ce genre de coup de menton, venant de là où il vient, aurait plutôt tendance à me faire sourire. Jouer les gros bras par messagerie interposée est un peu facile. C’était lorsque le parti de ladite parlementaire, Les Républicains, était aux commandes qu’il fallait s’occuper de faire en sorte que jamais, dans un avenir plus ou moins proche, aucun élu de la République ne se trouve acculé à sacrifier quelque Barbie que ce soit sur l’autel de l’obscurantisme. C’était lorsque le pouvoir était entre leurs mains qu’il fallait agir, monter au créneau. Et non pas se contenter, comme ils l’ont fait, eux et leurs alliés de circonstance, de se voiler pudiquement la face et regarder ailleurs. Le maire de Noisy-le-Sec n’est en fait que la victime de ce long et délétère laxisme des pouvoirs successifs de ces trente ou quarante dernières années. Il a dû renoncer devant la perspective du chaos, le risque d’émeute dans ses quartiers. Il a agi – l’exemple venant d’en haut – exactement comme le chef de l’État s’abstenant lamentablement de s’associer à la marche contre l’antisémitisme organisée à la suite de la barbarie du 7 octobre. La peur. La peur de la réaction de ces zones où le non droit s’installe de jour en jour depuis si longtemps maintenant, où d’autres lois que celles de la République tiennent désormais le haut du pavé.

Certes, on n’ira pas jusqu’à lancer une boutade du genre « Barbie /Jeanne d’Arc même combat », mais il faut bien avouer que la tentation nous titille.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Etats-Unis : Pourquoi des élus Démocrates ont fui le Texas

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Greg Abbott, gouverneur du Texas, prend la parole devant des parents de son Etat, Fort Worth, Etats-Unis, le 9 juillet 2025. Chris Torres/ZUMA/SIPA

Pour s’opposer à un redécoupage électoral proposé par les Républicains au Texas, les élus Démocrates ont décidé de fuir le vote afin d’empêcher ce dernier d’avoir lieu. Pourtant, les Démocrates eux-mêmes exploitent les redécoupages électoraux depuis des décennies. L’analyse de Gerald Olivier.


Une histoire cocasse est venue troubler la torpeur de l’été politique américain. Elle ne vient pas de Washington – ville abandonnée en août car le Congrès prend ses vacances – mais du Texas.

Une loi de redécoupage électoral qui ne plaît pas

Elle concerne une cinquantaine d’élus Démocrates de l’Assemblée du Texas qui ont abandonné leurs fonctions et littéralement fui cet Etat, pour éviter de participer au vote d’une loi qui leur déplait, mais contre laquelle ils ne peuvent rien. Sauf à jouer la politique de la chaise vide. 

Au sein de l’Assemblée du Texas, comme dans beaucoup d’autres cénacles, il faut un « quorum », c’est-à-dire un nombre de présents suffisant, pour qu’une loi passe au vote. Ce quorum est défini aux deux-tiers des élus. L’Assemblée du Texas compte 150 élus. Il faut donc 100 élus présents pour mettre l’ordre du jour à exécution. Les Républicains disposent de la majorité absolue, avec 88 élus contre 62, mais ils ont besoin de la présence d’au moins douze démocrates pour pouvoir travailler. Or le week-end dernier, un peu plus de 50 élus Démocrates ont pris l’avion pour quitter le Texas et se rendre soit à New York, soit dans l’Illinois, soit ailleurs, et ils ne sont pas revenus travailler lundi. Ils font l’école buissonnière !

Bien entendu, ils ont pris soin d’alerter les médias et ont commenté abondamment leur manœuvre sur les réseaux sociaux. Leur absence, ont-ils dit, n’est pas un abandon de poste, mais une façon de protester contre une loi de redécoupage électoral qu’ils estiment trop favorable aux Républicains, parce qu’elle pourrait faire perdre leur siège à cinq élus Démocrate au Congrès, dès les prochaines élections de mi-mandat, en novembre 2026. Minoritaires au sein de l’Assemblée du Texas, ils n’avaient pas d’autre moyen de bloquer ce texte de loi que de s’absenter. Même si juridiquement cela est répréhensible. Loin de « fuir » disent-ils, ils se « tiennent droit » et « font face » !

Quoi que l’on pense de la manœuvre, elle  a réussi. La loi en question est en suspens. Et tous les médias américains ont copieusement couvert l’exil volontaire de ces élus.

Au-delà de l’aspect loufoque de cette situation, l’attitude des élus Démocrates pose de vrais problèmes et soulève de vraies questions.

Les démocrates font-ils entrave à la démocratie ?

La question d’abord de la responsabilité des élus. Car par leur fuite, les Démocrates ont bloqué le processus législatif. Ils font entrave à la démocratie. La composition de l’Assemblée du Texas résulte du vote des citoyens américains résidents du Texas. Ils ont donné une majorité aux Républicains pour voir appliqué le programme républicain.  En bloquant le processus législatif les élus Démocrates s’opposent à la volonté populaire. Cela est par définition anti-démocratique ! L’ironie ici étant que les Démocrates bloquent le processus démocratique au nom de la défense de la démocratie… Ce n’est pas nouveau.

La question, ensuite, du redécoupage électoral. C’est l’essence du sujet. Jouer avec les limites de circonscriptions est le moyen le plus simple de favoriser l’élection de tel ou tel candidat. Ce n’est pas propre au Texas. Cela se fait partout. Aux Etats-Unis et dans tous les pays disposant d’un parlement élu. Habituellement on n’en parle pas. Cela fait partie du butin des vainqueurs que d’essayer de renforcer leur domination électorale en favorisant leur camp par une manipulation de la géographie administrative.

Dans ce domaine force est de reconnaitre qu’aux Etats-Unis, les Démocrates sont maîtres en la matière. L’incident du Texas n’est qu’un tout petit retour des choses.  Ces élus sont en train de goûter à un poison qu’ils ont eux-mêmes administré à leurs adversaires pendant des décennies. Tandis que les Républicains ont toujours accepté d’avaler cette pilule, et de subir le diktat adverse en attendant des scrutins plus favorables,  les Démocrates rejettent une telle option.  Ça non plus ce n’est pas nouveau. Lorsque la démocratie ne sert plus les intérêts du parti Démocrate, les Démocrates font fi de la démocratie…

Explication détaillée

« Gerrymandering »: ce terme barbare décrit en anglais des Etats-Unis le fait de redessiner un district électoral à seule fin de garantir la victoire d’un parti politique, au mépris de toute logique géographique, démographique ou sociologique.

Ce terme n’est pas nouveau. Il date de 1812. Il provient de l’amalgame du nom d’un élu de l’époque, Eldridge Gerry de Boston, et du mot « salamander », salamandre en anglais. Le terme a été concocté par un caricaturiste de la gazette locale qui avait remarqué que le district dont M. Gerry était l’élu ressemblait à une « salamandre », tant il était tortueux. Le mot a marqué l’opinion et est entré dans le vocabulaire politique américain, en même temps que la méthode consistant à redessiner les limites des districts pour favoriser ses candidats.

Aux Etats-Unis, après chaque recensement, soit tous les dix ans, les élus des assemblées de chaque Etat se réunissent et redéfinissent les limites des circonscriptions en fonction de l’évolution de la démographie. Les nouvelles cartes électorales sont établies et approuvées par l’appareil législatif de l’Etat, puis ratifiées par le gouverneur et soumises aux juges qui en vérifient la  constitutionnalité. Une formalité habituellement. Bien entendu, quand un même parti contrôle la législature et le siège de gouverneur, il a toute liberté de dresser une carte qui lui soit favorable et de pérenniser ainsi sa mainmise sur le pouvoir.

La manœuvre est totalement contraire à « l’esprit » de la démocratie, mais elle est pratiquée partout et par tout le monde. Aux Etats-Unis au cours du dernier demi-siècle,  les Démocrates se sont montrés particulièrement adeptes à redessiner régulièrement les cartes électorales pour s’approprier littéralement le pouvoir et ne jamais avoir à le céder. C’est leur conception de la démocratie.

Qu’on en juge par quelques exemples

Le Massachusetts est un Etat de la Nouvelle Angleterre largement favorable aux Démocrates. Sa principale ville est Boston, bastion démocrate. C’est l’Etat des Kennedy, dynastie démocrate. Il abrite Martha’s Vineyard, résidence de la gentry bien-pensante, dont le couple Obama aujourd’hui. Mais il compte tout de même pas mal de résidents Républicains. La preuve en est qu’en novembre 2024, lors de la dernière élection présidentielle, Donald Trump y a obtenu 36% des suffrages. Soit plus du tiers.

Le Massachusetts dispose de neuf sièges à la Chambre des représentants. Avec deux tiers de Démocrates et un tiers de Républicains, on s’attendrait à ce qu’il compte six élus Démocrates et trois élus Républicains. Et bien pas du tout. Le Massachussetts compte neuf élus Démocrates et zéro élu Républicain. Zéro ! La faute à qui ? A la carte électorale. Au « Gerrymandering » pratiqué tous les dix ans par des élus Démocrates dont la majorité n’est jamais menacée et ne risque pas de l’être.

Pas un seul Républicain du Massachussetts n’a été élu au Congrès au XXIè siècle. Soit au cours des treize derniers scrutins législatifs. 117 élections, pas un seul élu.  Depuis 1975, soit au cours du dernier demi-siècle, trois Républicains du Massachusetts sont parvenus à se faire élire à la Chambre. Trois !  Le système est verrouillé. Les Démocrates ont instauré dans cet Etat l’équivalent du parti unique. Chacun est libre de ses idées mais un seul parti gouverne !

L’Etat voisin du Connecticut vit la même situation. Trump y a obtenu 42% des suffrages en 2024. Le Connecticut dispose de cinq sièges à la Chambre. Ils sont tous les cinq détenus par des Démocrates. Tout comme les deux sièges de sénateur, bien sûr.

Dans ces deux Etats, les résidents Républicains peuvent considérer qu’ils sont « taxés sans être représentés ». Ils payent des impôts au gouvernement fédéral mais n’ont personne pour les défendre au sein des institutions, car leur Etat a littéralement effacé leur présence à travers une carte électorale qui les met partout en minorité. C’est comme s’ils n’existaient pas.

New York, idem ! Cet Etat compte 26 élus. 19 sont des Démocrates et seulement sept des Républicains. Pourtant en 2024 Trump y a obtenu 43% des suffrages.

A noter qu’en 2022, le dernier redécoupage électoral proposé par l’Assemblée de New York et approuvé par le gouverneur Démocrate Kathy Hochul avait été rejeté par les juges de la Cour suprême de l’Etat. Le New York Times l’avait décrit comme « modérément favorable aux Démocrates ». Les juges l’ont déclaré « inconstitutionnel », tellement il était biaisé.

L’ironie de cette situation est mordante, car l’Etat de New York est l’un de ceux où les élus du Texas ont choisi de se « réfugier ». Ils protestent donc contre un redécoupage défavorable depuis un Etat dont le propre redécoupage a été retoqué. Imaginer dénoncer les prises d’otages depuis le quartier général du Hamas… La contradiction ne fait pas peur aux Démocrates.

Du côté de l’Illinois, Etat du Midwest, dont la principale ville est Chicago, même constatation. La délégation à la Chambre est de 17 sièges. 14 sont détenus par des Démocrates et seulement trois par des Républicains. Alors que Trump a réuni près de 44% des suffrages en 2024. Le gouverneur de cet Etat est un Démocrate, le milliardaire JB Pritzker, héritier de la famille Pritzker, propriétaire des hôtels Hyatt, et son Etat est connu comme La Mecque du redécoupage électoral…

Au Nouveau-Mexique, même topo. Donald Trump a recueilli 46% des suffrages en 2024. Les candidats Républicains au Congrès en ont totalisé 44%. Mais les trois sièges de cet Etat à la Chambre des Représentants sont allés aux candidats Démocrates. Trois à zéro. Pas un seul élu Républicain dans un Etat où près de la moitié de l’électorat soutient ce parti.

La Californie ne vaut pas mieux. Cet Etat, le plus peuplé des Etats-Unis avec près de 40 millions d’habitants, compte 52 élus. 43 sont des Démocrates et seulement 9 des Républicains. Cela signifie que malgré 40% d’ électeurs, les Républicains n’obtiennent que 17% des élus. En clair, plus d’un vote Républicain sur deux ne compte pas. Le parti Républicain est « sous-représenté » en Californie et le parti Démocrate « sur-représenté ».

L’Oregon, juste au nord de la Californie, vit la même réalité. Pourcentage du vote en faveur de candidats républicains en 2024? 44%. Nombre d’élus? Un ! Sur six sièges.

Dans l’Etat de Washington, c’est pareil. Score des républicains en 2024,  42%. Nombre d’élus à la Chambre, deux, contre huit aux Démocrates.

Bref, partout où règnent les Démocrates, ils disposent d’une représentation surdimensionnée par rapport à leur soutien au sein de l’électorat. Cette sur-représentation étant le résultat de districts taillés sur mesure laissant à l’opposition une portion congrue, ou pas de portion du tout. Tous les observateurs de la politique américaine le savent: en matière de découpage électoral, personne ne s’y prend mieux que les Démocrates!

Quelles solutions pour les Républicains ?

Législativement cela pose néanmoins problème car les résidents Républicains de tous ces Etats peuvent légitimement se plaindre de ne pas être représentés. Et c’est bien le cas.

Dès lors, que faire quand on est Républicain, sinon la même chose partout où c’est possible ? C’est ce que Donald Trump a dit, sans détour, aux élus du Texas…

Le Texas compte 30 millions de résidents. Il connait une croissance, démographique et économique, forte. Tous les jours des « exilés » de Californie, ou de New York, fuyant la vie chère et les impôts confiscatoires, viennent y emménager. Depuis quelques années, les Républicains ont pris un net ascendant électoral sur les Démocrates. Alors que dans les années 1980 et 1990 c’était un « Etat bascule » (swing state). Il dispose de 38 élus au Congrès dont vingt-cinq sont des Républicains et treize des démocrates. Une représentation plutôt fidèle à la réalité politique. Car en 2024 les Démocrates ont obtenu 40 % des suffrages contre 58% aux Républicains.

Les marges de victoire démocrates dans certains districts ont cependant été si serrées qu’avec une petite modification du tracé de ces districts, un Républicain aurait de bonnes chances de l’emporter en 2026. Donald Trump en a été informé et c’est lui-même qui a contacté les élus de l’assemblée pour qu’un redécoupage soit effectué, voté et entériné.

Toutefois un premier redécoupage avait déjà eu lieu en 2021, après le recensement de 2020. Avec une assemblée texane déjà dominée par les Républicains. Comme quoi les élus d’alors n’avaient à l’évidence pas été assez « gourmands ».

Ce second redécoupage interviendrait donc en milieu de décennie, ce qui est inhabituel. Une règle, non écrite, veut que les ajustements de la carte électorale se fassent une fois par décade et non pas avant chaque élection. C’est aussi ce qui a déclenché l’ire des Démocrates. Ils étaient prêts à tricher et le faisaient mieux que les autres mais une fois tous les dix ans, pas plus…

Sur le plan juridique la « fuite » des élus du Texas pose la question du processus démocratique et du « devoir » des élus. En refusant de siéger et en quittant l’Etat (pour ne pas être arrêtés, car la juridiction du Texas s’arrête aux limites de cet Etat), ils ont abandonné leur poste et trahi leur mandat et leur serment.

C’est une façon plutôt inhabituelle de bloquer l’appareil législatif. Mais pas totalement nouvelle. D’autres élus du Texas avaient déjà fui en 2021 pour bloquer une autre loi et une légende veut qu’Abraham Lincoln lui-même, alors jeune sénateur, ait sauté par une fenêtre pour quitter un hémicycle et se soustraire à un vote…

Le gouverneur du Texas, Gregg Abott, un Républicain, a interpelé la justice de son Etat et des mandats d’arrêts ont été émis contre les fuyards, en plus d’une amende de 500 dollars par jour d’absence. Les « fuyards » se trouvant dans d’autres Etats que le sien, il a également demandé l’intervention du FBI. L’affaire pourrait prendre une dimension « criminelle » , même s’il est peu probable que les coupables se retrouvent en prison.

Par contre elle illustre une évolution politique regrettable, aux Etats-Unis et ailleurs. A savoir que la géographie, correctement manipulée par une bureaucratie docile, est le plus simple moyen d’influer sur le processus électoral et d’interférer avec la « Démocratie ».

Donald Trump, plus pragmatique et plus réaliste que tous, l’a parfaitement compris. Avec une majorité de cinq sièges seulement à la Chambre du Congrès (220 contre 215), et des élections intermédiaires qu’ils doivent absolument remporter s’ils veulent poursuivre les réformes engagées, les Républicains se doivent d’utiliser toutes les armes à leur disposition.

C’est ce que font leurs adversaires Démocrates depuis déjà longtemps !

Cover Up : Le clan Biden, l'Amérique et l'Etat profond

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La  « boucle Mélenchon » : de Drumont à Rima Hassan

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Des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris, dont Jean-Luc Mélenchon et des députés de La France insoumise (LFI), pour dénoncer Israël, 9 juin 2025 © SEVGI/SIPA

De l’éloge ému d’Hugo Chávez aux ambiguïtés actuelles sur l’antisémitisme, Jean-Luc Mélenchon aurait toujours été le même. Soutien aux dictatures chaviste, iranienne ou syrienne, silence sur l’antisémitisme islamiste, Jean-Paul Loubes dénonce une collusion idéologique incarnée par le leader de LFI et ses proches.


Un ancien militant trotskiste-lambertiste, ministre de gauche de la République Mitterrandienne devient un jour la « crapule antisémite » aux dires du député socialiste Jérôme Guedj1 lors du congrès du PS en Juin 2025. C’est là une mutation spectaculaire chez un homme, une rupture épistémologique qui laisse sans voix ceux qui pensaient l’antisémitisme résiduel confiné chez quelques nostalgiques de la Waffen SS. A moins qu’une telle révolution chez le crypto-trotskiste en question ne soit déjà détectable en germe dans son passé et que nous n’ayons pu ou su la voir ? Y avait-il eu des prémisses aux délires du lider-maximo ?

Chavez-Mélenchon, une proximité révélatrice

On se souvient de l’inénarrable et larmoyant éloge que Mélenchon prononça lors du décès de Ugo Chavez. C’était le 6 mars 2013 que le dictateur du Venezuela, qui avait réussi à faire de son pays le champion de la criminalité dans le monde, venait de décéder. Les larmes de Mélenchon sont demeurées célèbres et ont rejoint dans les anthologies des déplorations historiques, des morceaux aussi bouleversants que l’éloge de Staline par Aragon2, ou le poème à la gloire du Guépéou du fou d’Elsa3, ou encore les célébrations de la Chine de Mao par Simone de Beauvoir. Mélenchon ajoute des pièces majeures aux florilèges hérités des glorieux penseurs de Saint-Germain-des-Prés.

À lire aussi : Mélenchon ou l’abandon programmé de la France

Les tirades larmoyantes du Chavez français, son chagrin de révolutionnaire orphelin, aident à comprendre comment cet homme a pu galvaniser autour de lui tant d’esprits simples, piliers de la secte LFI d’aujourd’hui. La mort du mentor vénézuélien de Mélenchon, c’était il y a douze ans et le leader d’extrême gauche avait trouvé là son Che Guevara. C’est arrivé à d’autres, pensent Regis Debray et l’auteur de ces lignes. Sauf que celui-là, le Vénézuélien, était antisémite. Antisémite ? « Chavez antisémite ? » s’exclament les Boyard, Panot, Delogu et autres Aubry ! Non, mais vous n’y pensez pas ! 

Voyons alors ce que déclarait Chavez dans un discours en 2005 : 

« Il y a dans le monde de quoi satisfaire les besoins de tout le monde, mais dans les faits des minorités, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, les descendants de ceux-là mêmes qui ont expulsé Bolivar d’ici et qui l’ont crucifié à leur manière à Santa Marta en Colombie, une minorité s’est approprié les richesses du monde, une minorité s’est emparé de l’or de la planète, de l’argent, des minerais, des eaux, des bonnes terres, du pétrole, des richesses et ils ont concentré les richesses en peu de mains : moins de dix pour cent de la population du monde est maîtresse de la moitié de la richesse de tout le monde4».

Il y a dans ces mots la quintessence du vieil antisémitisme de l’extrême-droite française, celui des Protocoles des Sages de Sion, celui qu’Edouard Drumont développait dans son ouvrage La France juive (1886). Il est ici impeccablement recyclé à gauche.

Chavez, le chéri de Mélenchon, chérissait Ahmadinejad, ce président iranien arrivé au pouvoir à l’issue d’élections truquées en 2009. Chavez le qualifia de « frère » lors de sa visite en Iran en 2006. Il avait un si grand cœur qu’il fut aussi un défenseur du gentil Bachar el-Assad, ainsi que du brave colonel Kadhafi. Les Insoumis perpétuent cette tradition de bienveillance envers la dictature de Téhéran.

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L’admiration de Chavez pour le dictateur du Zimbabwe Robert Mugabe recelait aussi la racine du racisme antiblanc qui irrigue l’extrême gauche aujourd’hui, de Rima Hassan à Houria Bouteldja et qui peuple le rêve mélenchonien de créolisation. On compte en effet, parmi les amitiés de Chavez, l’ordonnateur du massacre dit du Gukurahaundi de 1987, ce Mugabe que la presse britannique surnommait le « Hitler Noir ». 

Dans sa conclusion à l’éloge funèbre de Chavez – un éloge funèbre dont les plus grands dictateurs auraient rêvé pour décorer leurs obsèques – Mélenchon concluait par une tirade digne des « Danubes de la pensée » (dixit Ceaușescu) qui un temps illuminèrent le ciel des régimes communiste. Le gourou de LFI clamait – je cite – « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste de la révolution » qu’incarnait à ses yeux Chavez. Rien de moins que cela ! Mais ces outrances sont trop énormes et nous font retenir les éclats de rire que leur ridicule appellerait. On peut en effet se demander si la « crapule antisémite » évoquée à la tribune du congrès de Parti socialiste par un député d’origine juive n’était pas déjà là vingt ans plus tôt, dans les propos sur « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste ».

Que Mélenchon puisse être tombé en amour devant cet homme, devant ses déclarations d’hier, illustre magnifiquement ce moment de basculement où la peste brune devient la peste rouge. Un moment où l’antisémitisme old school qui fut hélas à la mode dans une Troisième république qui allait s’effondrer à Vichy, bascule vers un antisémitisme de gauche incarné aujourd’hui par un axe idéologique, une collusion Hamas-LFI incarnée par Rima Hassan et J.-L. Mélenchon.

À lire aussi : La dérive iranienne des Insoumis

Juin 2025. J’ai vu au 81e congrès de son parti, le désespoir de Jérôme Guedj déjà évoqué. Ce n’étaient plus ces facéties auxquelles nous ont habitué tant d’orateurs de gauche, ces « éléments de langage », appris pour exprimer le « en même temps » et pour enfariner l’électeur. C’étaient les cris d’un homme souffrant. Se souvenait-il en ce moment de cette manifestation de l’extrême-gauche dont il avait été viré aux cris de « sioniste dégage » par ses camarades (croyait-il) de pensée ? Oui, il s’en souvenait car il avait alors déclaré « derrière « sale sioniste », j’entends évidement autre chose, je vois « sale juif » ». Les déclarations de la France Insoumise et de son leader le ramènent semble-t-il dans la réalité, quand il résume la tragédie de la gauche d’aujourd’hui : «Moi-même, j’ai parfois été dans le déni, jamais je n’aurais pensé que la question juive reviendrait par la gauche ».

« Quand la question juive revient par la gauche »

La gauche amoureuse des ayatollahs a déjà une longue histoire. En octobre 2024, sous le titre « La gauche complice des mollahs ? » une observatrice comme Alice Delarue avait ces mots : « Quarante ans ont passé, le mal s’est enraciné et la gauche, éternelle idiote utile, n’a rien voulu voir. Sous prétexte, cette fois, de lutte contre « l’islamophobie » d’une extrême droite fantasmée, elle est plus que jamais complice de l’islamisation de nos sociétés »5.

Ces mots font référence à une longue histoire d’amour entre une certaine gauche et les mollahs de Téhéran. Si la détestation du régime du Shah dans les années 1970-80 expliqua en partie cette séduction, l’ignorance abyssale de le gauche française en matière d’Islam et son point de vue court et simpliste sur la question du religieux sont le vrai terrain de cette ancienne histoire d’amour. Jean-Paul Sartre et Michel Foucault on le sait, étaient tombés sous le charme de l’ayatollah Khomeini. Les visites de Sartre à Neauphle-le-Château où la France de Giscard d’Estaing avait accueilli avec enthousiasme l’ayatollah en 1978, sont restées dans les mémoires. L’anticapitalisme et l’anticolonialisme pouvaient alors faire se pâmer des intellectuels de gauche devant les représentants d’Allah et les régimes théocratiques islamiques. Foucault voyait dans le retour de Khomeini en Iran en 1979 « la forme la plus moderne de la révolte la plus folle ». En 1978 il avait déjà célébré en Khomeini « un saint homme exilé à Paris ». On retrouve les accents mélenchoniens pour l’éloge de Chavez.

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Khomeini raviva cet enthousiasme de la gauche française pour les grands massacreurs. En 1979 Sartre alla le visiter à Téhéran. Si Beauvoir n’effectua pas ce voyage, le « Comité International du droit des femmes » qu’elle présidait alors se rendit en délégation à Téhéran et se divisa sur la question de savoir s’il fallait ou non pour ces femmes porter le voile devant Khomeini ! On sait que le féminisme d’aujourd’hui s’interroge toujours pour savoir que penser de ce régime d’enfermement des femmes dans la prison ambulante que leur imposent les mollahs : la burqa. 

Si Beauvoir, en 1979, n’alla pas s’incliner devant l’ayatollah, c’est avec enthousiasme qu’elle participa avec Sartre en 1955 au rituel du thé avec Mao. La Grande Sartreuse avait écrit dans son livre La Longue Marche cet éloge de la Chine de Mao: « Aucune démocratie populaire n’a poussé aussi loin le libéralisme […] Il n’existe plus aucune restriction de pensée… ». Dans une célèbre émission d’Apostrophes en 1983, Simon Leys, devant une autre adoratrice de Mao, Maria-Antonietta Macciocchi, eut ces mots « …les idiots produisent des idioties comme les pommiers produisent des pommes ».

Comment ne pas se souvenir des déclarations de Sandrine Rousseau sur le voile islamique dans laquelle elle voyait « un objet d’embellissement de la femme » ! Me revient la réplique de l’autrice de BD iranienne, Marjane Satrapi, en réponse à Sandrine Rousseau « Que vous ne compreniez pas la situation et que vous soyez bête, c’est OK. Tout le monde a le droit d’être con. Mais à ce moment-là, mieux vaut se taire ». C’est vrai que l’on est chaque jour démuni devant la solidité de l’ignorance de Mme Rousseau qui n’a toujours aucune idée du sens de la prescription du voilement des femmes en Islam. Notons que cette dame député fut un temps « enseignante chercheuse » et vice-présidente de l’université de Lille ! C’est terrifiant. Mais en juin 2025, une déclaration de J-L.Mélenchon sur le voilement de la femme en Islam montre que cet « homme de grande culture » (selon les médias), n’a jamais ouvert le Coran pour éclairer la question6. Ce qui lui permettait de dénoncer cet enfermement de la femme en 20107 et de se déclarer favorable en 2025.

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L’islam avance, progresse et inonde le net de vidéos où des « femmes-imam » tentent de repeindre aux couleurs de la modernité la religion descendue du ciel au 7e siècle. Ainsi, la « femme-imam » Anne Sophie Mousinay parvient-elle à expliquer à ses followers que l’islam proscrit l’esclavage, ne prescrit pas le port du voile et prône l’égalité homme-femme8 ! Dans 1984, le héros Winston Smith se demande si l’Etat a le pouvoir de proclamer exacte la formule « 2 + 2 = 5 » et si le fait que des gens y croient en fait une vérité. On peut aussi rencontrer sur le net des imams expliquant que la Terre est plate.

Le temps a passé depuis que les stars de la gauche germanopratine séduisaient nos jeunes années. Il serait maintenant fastidieux de récapituler l’historique des propos à la saveur antisémite qui, dans l’histoire de la gauche, précédèrent ceux proférés par des adeptes de la secte de J-L. Mélenchon. Ils sont d’autant plus nauséabonds aujourd’hui qu’ils procèdent d’une stratégie insidieuse, d’allusions perfides et ajustées, contrôlées, qui les distinguent des saillies de l’antisémitisme grossier et inculte qui peut exister par ailleurs. Quelques exemples de cette finesse mélenchonienne : 

  • En 2013, il accuse Pierre Moscovici de « ne pas penser français » mais « finance internationale ».
  • En 2020, J.-L. Mélenchon rejoint les finesses de feu son ami Chavez, avec cette déclaration sur BFMTV qui recycle le vieux poncif antisémite: « Je ne sais pas si Jésus était sur la croix. Je sais qui l’y a mis, parait-il. Ce sont ses propres compatriotes »
  • En 2018, il déclare que quand « un homme de gauche » est « traité d’antisémite, c’est qu’il n’est pas loin du pouvoir ».
  • Le 12 novembre 2023, LFI refuse de participer à la marche contre l’antisémitisme. 
  • La déclaration de juin 2024 est restée célèbre :« l’antisémitisme est résiduel en France ». Cette année-là, le CRIF recensera 1570 actes antisémites en France. 
  • Septembre 2024. J.-L. Mélenchon compare le président de l’université de Lille à Adolf Eichmann au terme d’un des filandreux cheminements intellectuels qui le conduisent dans les eaux troubles de la provocation.

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Ces relents dignes d’un Philippe Henriot sur Radio-Paris dans la France de Vichy ne trouvent plus hélas aujourd’hui un Pierre Dac sur la radio nationale pour les contredire. On imagine ce que LFI déverserait de haine sur le Juif André Isaac, alias Pierre Dac qui « pensait français », ce que l’on ne fait plus depuis longtemps chez les Insoumis. La France, les gueux de Français, la langue française, l’histoire de France… tout cela honnis par un gourou qui a choisi entre Victor Hugo et Rima Hassan.

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  1. Déclaration de Jérôme Guedj au 81e congrès du PS, 14 juin 2025. ↩︎
  2. Louis Aragon, Pour un réalisme socialiste, Denoël, 1935. ↩︎
  3. Louis Aragon, « Prélude au temps des cerises », dans Persécuté, Persécuteur, Denoël 1931. ↩︎
  4. Discours de Hugo Chavez du 24 décembre 2005. ↩︎
  5. https://www.bvoltaire.fr/la-gauche-complice-des-mollahs-une-longue-histoire/ ↩︎
  6. En vente à 5 euros sur le net dans la traduction de Jacques Berque ! ↩︎
  7. Émission on n’est pas couché de Laurent Ruquier en 2010 ↩︎
  8. https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/port-du-voile-que-dit-le-coran-7799400024 ↩︎