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Tout va bien, c’est Godard qui vous le dit

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Bel objet plastique, ce film vieux d’un petit demi-siècle, nous parle évidemment d’aujourd’hui puisqu’il parle de la lutte des classes


Après le plaisir pris de nouveau avec Le Mépris, on a décidé de voir un Godard qu’on ne connaissait pas. Tout va bien est un film de Jean-Luc Godard beaucoup, et Jean-Pierre Gorin (un peu), sorti en 1972. Il date de l’époque du groupe Dziga Vertov, collectif cinématographique d’obédience maoïste qui tournait des films militants que pas grand monde n’a vu, même dans ces années-là, puisqu’il s’agissait d’éviter tous les circuits de la distribution bourgeoise. Ce n’est pas le cas de Tout va bien, produit par Jean-Pierre Rassam, qui visait « le grand public » tout en gardant un esprit ouvertement politique.

Soyons honnête, on a eu un peu peur, en découvrant Tout va bien, de se retrouver face à un film daté, didactique, démonstratif, caricaturalement engagé. C’est oublier ce qu’il faut bien se résoudre à appeler le génie de Godard. Montage, photographie, couleur: comme dans La Chinoise en 67, Godard est capable de littéralement nous hypnotiser par un long discours théorique sur la plus-value, l’aliénation ou la lutte des classes. Sans doute aussi parce que, quel qu’ait été son sérieux idéologique, il reste chez lui une forme de clownerie surréaliste, de distance comique et d’humour noir qui fait très bien passer tout ça.

A relire: Notes prises en revoyant « Le Mépris »

Tout va bien raconte comment un couple formé par un cinéaste progressiste reconverti dans la publicité en attendant de pouvoir tourner des films vraiment révolutionnaires (Montand) et une journaliste gauchiste américaine (Jane Fonda) sont séquestrés dans une usine en grève. Il serait idiot de dire que Tout va bien est « d’une singulière actualité« . D’abord il se présente ouvertement comme un bilan de 68 quatre ans après sur le mode « Le combat continue et on va bientôt gagner ».  Ensuite, le PCF et la CGT, dans la plus pure tradition Marxiste-Léniniste mao, sont dénoncés comme des forces symétriques et objectivement complices du patronat. Et on sait aujourd’hui que 72-73 marquent davantage le crépuscule du gauchisme que sa victoire tandis que le PCF et la CGT n’ont plus le poids de jadis, c’est le moins qu’on puisse dire et ce, que l’on soit d’accord ou non avec ce qui en est dit dans le film.

Et pourtant, Tout va bien reste éminemment moderne, si l’on entend moderne au sens de Baudelaire, c’est-à-dire comme une capacité à discerner ce qu’il y a de permanent, d’identique à travers différents moments historiques. En l’occurrence, dans Tout va bien,  est parfaitement appréhendée l’emprise absolue du capitalisme sur la réalité qu’il transforme en spectacle. Le capitalisme a beau en être, en 2020, à sa troisième ou quatrième métamorphose, s’appeler désormais néolibéralisme, social-libéralisme,  voire macronisme, Godard avait déjà saisi, il y a presque un demi-siècle,  ce qui faisait l’essence de sa puissance dissolvante: encouragement à la consommation de masse standardisée, modification et altération des rapports amoureux, surveillance généralisée, uniformisation du monde. Tout va bien était une antiphrase colorée, violente et sarcastique  pour parler de la France de 1972, celle du pompidolisme immobilier.

On voit donc quarante ans plus tard que tout a changé pour que rien ne change et que dans la France de 2020 également, Tout va bien. 

Tout va bien, drame 1972, Italie, France, 1h35 

Réalisé par Jean-Luc Godard Avec Jane Fonda, Yves Montand, Vittorio Caprioli, Anne Wiazemsky  (disponible sur la VOD Orange)

Tout Va Bien [Import anglais]

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Une hécatombe universelle

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Le billet du vaurien


Nous ne nous agitons que pour aggraver des situations qui ne feront qu’empirer, incapables que nous sommes d’affronter l’angoisse d’être nous-même, disait Cioran dans un élan taoïste. « Pratique le non-agir et tout restera dans l’ordre » :  Lao Tseu avait tout compris. Qu’est-ce qu’une épidémie, sinon une relaxation démographique dont la planète a parfois besoin, comme le corps humain d’une purge ?

Dans sa jeunesse, Cioran concevait avec volupté l’extermination d’une moitié de ses compatriotes. Avec l’âge, il envisageait comme possible et même souhaitable une hécatombe universelle. Les années passent et j’arrive à la même conclusion. Mais je ne vois toujours rien venir. L’humanité est une usine qui tourne à plein rendement, quoi qu’il arrive.

Wittgenstein disait qu’on pourrait mettre des prix aux pensées. Certaines coûteraient très cher, d’autres seraient vite soldées. Mais quelle serait l’unité de compte pour les pensées ? « Le courage », répondait Wittgenstein.

Le plus étrange, ce sont ces philosophes d’une érudition extrême, mais dont les pensées leur sont étrangères et qui, par manque de courage, resteront toujours à l’écart de ce qu’ils professent, comme s’ils craignaient d’être contaminés par le matériau qu’ils manipulent. L’érudition n’est d’ailleurs jamais qu’une fuite loin de notre propre vie.

Le Moi, pour Schopenhauer, est le point noir de la conscience. Il ne peut pas y avoir d’introspection, faute d’un Moi transcendantal, mais uniquement une analyse bornée, sans fin, inutile, vouée à des explications qui n’expliquent rien. Et pourtant construire des fictions à partir de nos vies n’est pas un passe-temps pire qu’un autre.
Quand nos angoisses sont apaisées, sommes-nous encore capables de les comprendre? J’en doute. Mais même si nous l’étions, nous préférerions les mettre au rancart.

Les théories sont les cimetières de l’âme, soutenait Cioran. Il faut aimer les cimetières, car c’est le seul lieu où nous échappons à nous-même. Mais par un étrange paradoxe, il ne nous déplairait pas de laisser une trace, même infime, de notre passage dans ce tourbillon infernal. Le ridicule atteint là son apothéose. J’en suis parfaitement conscient, mais je n’y échappe pas. L’extinction du désir de paraître n’est pas à notre portée. Même le suicide est grandiloquent. Mais reconnaissons au moins qu’il y a un charme silencieux à continuer à vivre quand chaque jour emporte son lot de victimes.

Face à l’épidémie, le civisme français sera-t-il à la hauteur?

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Ce samedi soir, l’inquiétude grandit. Le gouvernement implore les citoyens de limiter les contacts et de suivre les consignes sanitaires.


À l’heure où vous lisez ces lignes, il y a environ 4500 cas recensés de contaminations au Covid-19 en France. Dans les artères de la capitale, l’insouciante bohème citadine s’est estompée, la légèreté des premiers jours de « grippe chinoise » a laissé place à des visages plus graves, voire franchement inquiets. Dans un supermarché de la rue de Tolbiac, le samedi 14 au matin, les rayons de pâtes sont vides, dévalisés par celles et ceux qui, en prévision de jours sombres, se sont ravitaillés en vivres, comme on se prépare à affronter un long siège. « Si ça doit m’arriver ça m’arrivera », lance un employé de rayon à sa collègue. À la queue d’une pharmacie, des « seniors » fardés de masques. Sur la devanture d’un kiosque à journaux, la une du nouveau hors-série du magazine Détective : « Coronavirus, êtes-vous prêt ? ». Ces jours-ci, notre quotidien ressemble de plus en plus à un drôle de film d’anticipation.

On est bien peu de chose

Soyons honnête, personne ne l’avait anticipé, ce scénario bien réel. Ou alors, ceux qui l’ont fait n’ont pas parlé assez fort – ou encore, nous ne les avons pas entendus, ce qui est pire. Focalisés comme nous le sommes sur la menace que fait peser l’islamisme en France et le risque d’un avenir à la « Soumission », nous en avons presque oublié une évidence pourtant élémentaire : nous sommes finalement fragiles en ce monde, et un microscopique virus, ennemi invisible, peut nous décimer.

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Inutile de paniquer, nous martèle en substance notre gouvernement. C’est évident. Même dans le pire des scénarios envisagés, tel celui énoncé par Tristan Vey dans les colonnes du Figaro le samedi 14 mars, « des millions de personnes infectées, des centaines de milliers de cas graves », la France s’en remettra, ce n’est pas la fin du monde. Il n’en reste pas moins que la pugnacité du petit virus – qui fait des siennes jusqu’à prison de Fresnes – est beaucoup plus impressionnante que ce que notre gouvernement pensait il y a encore deux semaines. Cependant, ne tirons pas trop vite sur l’équipe d’Édouard Philippe et regardons de l’autre côte de l’Atlantique. Le 10 février dernier, avant de fermer ses frontières au Vieux continent et de proposer des tests gratuits pour tous ses citoyens – puisse-t-il inspirer notre président progressiste – le scientifique Donald Trump prédisait sans une once de second degré que le Covid-19 allait disparaître avec la venue des beaux jours en avril…

Roselyne, reviens

Faut-il maintenant fermer nos frontières ? Difficile de savoir. Israël l’a fait et n’avait « que » cent cas de contamination recensés le jeudi 12 mars. Beaucoup moins que chez nous, mais n’oublions pas qu’Israël compte à peine neuf millions d’habitants. Ce samedi 14 mars, les gilets jaunes ont fait reparler d’eux, marquant leur « acte 70 » à travers une manifestation parisienne de 400 personnes, faisant ainsi un gros doigt d’honneur au civisme et au sens des responsabilités. S’ils avaient voulu passer pour des blaireaux (si certains d’entre-eux lisent ces lignes, qu’ils me pardonnent mais je ne vois pas d’autre qualificatif) aux yeux de leurs concitoyens, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

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La Chine a réussi à réduire de façon significative son nombre de contaminations quotidiennes au prix de mesures d’isolement, de citoyens masqués et agents en combinaisons dignes d’un film de science-fiction, de gants en plastique et films plastifiés à tout va jusqu’aux interphones des habitants de Wuhan. De telles mesures pourraient-elles être prises et suivies en France ? Au vu de la mentalité antipatriotique voire nihiliste qui prévaut chez une part de nos concitoyens – tels ces 400 Gilets Jaunes – on peut en douter. C’est pourtant sans doute à ce prix que la France peut éviter de ressembler dans quelques jours au chaos italien.

En attendant, goûtons au plaisir d’aller vers l’inconnu de jour en jour, lavons-nous les mains au gel antibactérien comme nous l’a encore dit notre président jeudi soir – pour ma part, face à la pénurie, j’y ai renoncé et me délecte de savon de Marseille heure après heure – cultivons notre jardin et surtout, allons voter pour ceux qui feront passer notre santé avant des objectifs de rentabilité. Roselyne Bachelot en son temps avait pris les devants, elle. Son intransigeance avec les principes de précaution vient à manquer.

Prénoms: la bataille de Fañch


La guerre des prénoms fait rage, la Bretagne est l’un de ses champs de bataille.


La Bretagne cultive l’art de la clandestinité jusque dans son calendrier des saints. Quand toute la France fête les Cyrille le 18 mars, la Bretagne célèbre également les Derwell. Cette sainteté parallèle a donné des prénoms locaux tels que Matao (Mathurin), Katell (Catherine) ou Nann (Anne). Certains sont d’ailleurs notés comme prénoms usuels sur les cartes d’identité. C’est ici que commence le drame. Depuis trois ans, le cas d’un petit Fañch né à la maternité de Quimper a entraîné un psychodrame juridico-administratif.

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Ainsi prénommé en raison du nom de son arrière-grand-père, Fañch possède un tilde (~) sur le n qui permet de distinguer le son « âne » du son « dent ». Or, le tilde ne figure pas sur la liste des signes diacritiques reconnus par l’administration française. Cette liste destinée à empêcher des parents sadiques ou farfelus d’appeler leur enfant ĶȑȋƧƫǒǯƩȑ, a tout simplement oublié les langues régionales. Tribunal, cour d’appel, cour de cassation, intervention de députés, d’élus (dont le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand), tags sur les murs : le petit Fañch est devenu un symbole. Au rayon des mauvais souvenirs, certains rappellent le triste précédent des Goarnig, emprisonnés il y a cinquante ans pour avoir nommé leurs douze enfants avec des prénoms bretons ! Mais de l’eau a coulé depuis l’époque du jacobinisme triomphant. La médiatisation d’un autre Fañch à Morlaix et un Derc’henn à Rennes a fait craindre le spectre d’une guérilla prénommière menée par les chatouilleux Bretons contre le pouvoir parisien. Début février, la ministre de la Justice a donc fini par céder en annonçant la publication prochaine d’un décret légalisant le tilde et nombre de signes diacritiques spécifiques aux langues régionales.

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Alors que j’écris ces lignes, à la caisse d’un supermarché, une maman interpelle sa fille Smiley. Un prénom passé sans problème à travers les mailles du filet administratif.

« L’Affaire Lerouge », polar vintage

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Plutôt que de lire des thrillers préfabriqués, revenez aux origines du roman policier à la française avec Emile Gaboriau !


Les rayonnages de nos librairies sont continuellement recouverts des oeuvres palpitantes de « la reine du crime » ou du dernier polar sanglant « venu du froid ». Alors qu’on ne distingue plus guère le génie dans ces crimes pléthoriques, quel plaisir de redécouvrir les intrigues du « père du roman policier ». Emile Gaboriau invente le roman policier en plein mouvement naturaliste français. Exemple avec L’Affaire Lerouge, une enquête minutieuse à mi-chemin entre un roman d’Eugène Sue et une enquête du Commissaire Maigret, parue au XIXe siècle.

Le détective français qui inspirera Sherlock Holmes

L’Affaire Lerouge est le premier roman policier d’Emile Gaboriau. C’est dans le journal Le Pays qu’il est d’abord publié en feuilleton, en 1865. Mais c’est en 1866, remanié, qu’il apporte la reconnaissance à son créateur, publiée cette fois dans Le Soleil. Oeuvre majeure du roman policier français, L’Affaire Lerouge introduit sur scène le premier vrai fin limier de la littérature, le détective Lecoq. Ce privé en inspira bien d’autres, en premier lieu Sherlock Holmes. Lecoq interviendra dans cinq autres romans, parmi eux Le Crime d’Orcival ; l’homme enquête avec malice et finesse, une première pour ce type de personnage.

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Lecteur d’Edgar Allan Poe, Gaboriau construit son intrigue à partir d’un sordide fait divers qui s’est déroulé en 1865. Dans une ambiance parisienne et provinciale proche des romans classiques de son époque, le récit met aux prises des personnages que l’on pourrait croire extirpés de La Comédie Humaine et transférés sur une scène de théâtre de boulevard, meurtre en sus. Le crime est on ne peut plus simple : une femme isolée et en retour d’âge, la veuve Lerouge, est assassinée chez elle, emportant dans la tombe le secret de son aisance financière et de ses visiteurs mystérieux.

Sur le banc des accusés : le fils bâtard d’un aristocrate hautain et dur et son frère, légitime et lésé. Dans le rôle des justiciers : un procureur aux prises avec sa conscience par rapport au coupable idéal, un enquêteur affûté et curieux et enfin un limier, portrait croisé de Jean Valjean et Hercule Poirot, tant ses petites cellules grises sont en activité permanente. Tabaret, surnommé Tirauclair, connaît Paris et ses anonymes comme sa poche. Il enquête pour se divertir et affectionne l’exercice intellectuel que représente pour lui l’éclatement de la vérité et de la justice.

Le triomphe des petites cellules grises sans test ADN

L’avantage de toute cette galerie de portraits, c’est qu’aucun d’eux n’est un archétype puisqu’il est le premier de son genre. Dans une ambiance sombre, parfois feutrée, à cheval ou à pied, les enquêteurs sont d’autant plus valeureux qu’ils exercent la méthode déductive de l’enquête criminelle sans connaître l’empreinte digitale, le bornage du smartphone et les giclées de sang sur toute la scène de crime. Gaboriau, ancien journaliste de son état, s’appuie sur les réalités de la médecine légale qui lui sont contemporaines, mais encore balbutiantes. Penché sur plusieurs microcosmes sociaux – ici une étude d’avocat, un appartement bourgeois, une ville de province… Gaboriau est le Zola du crime.

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Notre ancien hussard d’Afrique et clerc de notaire épaissit sans hésiter chacun de ses protagonistes, et les dote d’une intensité psychologique indéniable. Inévitable s’il veut voir son crime résolu ! Pas d’autre choix que l’observation à la loupe, l’intuition et la logique pour confondre le coupable, l’enquête de terrain pour examiner les mobiles. Si le crime est simple, la construction de l’intrigue n’est pas simpliste, elle se paye même le luxe des retournements de situation. Le narrateur omniscient ne s’amuse pas à nous donner toutes les cartes pour jouer au petit détective, mais il nous plonge dans les méandres psychiques et moraux des suspects et des justiciers. La plume d’Emile fera date : son style influencera les « maîtres du suspense » de la première partie du XXe siècle.

Hélas pour le lecteur qui cherche de l’authentique roman noir, Emile Gaboriau n’a pu nous laisser qu’une œuvre légère en quantité : né en 1832, il meurt en 1873 à cause d’une santé fragile. Cet ancien secrétaire de Paul Féval a, selon les mots du critique littéraire spécialiste du roman policier, traducteur et auteur de romans policiers français Michel Lebrun, « lancé le roman policier, et il l’a lancé loin. »

L'Affaire Lerouge

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Placido Domingo: chronique d’un assassinat

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Le ténor Placido Domingo connait une fin de carrière indigne à cause de l’inquisition Metoo.


Certaines personnes sont pour nous des figures tutélaires ayant eu une influence fondamentale sur le cours de notre vie. C’est ce que Placido Domingo représente pour beaucoup.

« Cela se savait dans le milieu », m’a-t-on souvent murmuré 

Dans la lignée du mouvement #metoo, une campagne médiatique calomnieuse basée sur une série d’accusations de harcèlement parfaitement infondées, a tenté de ruiner la réputation d’un homme qui était pour tous les passionnés d’opéra, et même au-delà du monde lyrique, une légende vivante. Mais une légende devenue encombrante… Les témoignages sont innombrables de ceux qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont eu la chance de croiser le chemin de Placido Domingo et attestent de son dévouement total à la musique, à la promotion des jeunes artistes, mais aussi de sa gentillesse, son professionnalisme et le fait qu’il ait toujours traité chacun et chacune avec dignité et courtoisie. C’est un homme qui suscite partout une immense admiration et un immense respect. 

C’est une époque bien paradoxale que celle où les scènes de théâtre et d’opéra n’hésitent pas à afficher fièrement les pires obscénités, mais où les femmes sont outragées et horrifiées par le moindre regard appuyé!

Mais « cela se savait dans le milieu », m’a-t-on souvent murmuré d’un ton informé… une expression si elliptique qu’elle peut suggérer les faits les plus horribles… Or la seule chose qui puisse « se savoir » est celle-ci : ce ténor séduisant, au sourire ravageur, à la voix chaleureuse, débordant sur scène d’une énergie communicative est adulé des femmes. Quiconque a assisté à une sortie des coulisses de Domingo pourra témoigner que, s’il y a jamais eu quelqu’un de réellement « harcelé » dans cette histoire, c’est bien lui ! Évidemment, pendant ses 67 ans de carrière, il ne s’est pas privé de faire de très nombreuses avances à celles qui lui plaisaient. C’est à partir de ce redoutable angle d’attaque que les féministes de #metoo ont brodé… En violation flagrante de la présomption d’innocence.

L’inquisition Me too

Menant un combat idéologique et par des méthodes dignes de l’Inquisition ou du KGB, médias et réseaux sociaux ont intimé à tous l’ordre de donner la preuve de leur soutien inconditionnel à la soi-disant « cause des femmes » et de faire un exemple en bannissant immédiatement « le prédateur » de toutes les scènes lyriques, qui (à 79 ans…) représenterait un danger pour le personnel féminin. Les conséquences pour la réputation et la carrière de Domingo ont été dévastatrices. L’une après l’autre, soumises à cette intense pression médiatico-politique, presque toutes les maisons d’opéras annulaient leurs contrats avec le chanteur.

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Tout a commencé le 13 août 2019. L’Associated Press (AP) affirme alors avoir recueilli les témoignages de neuf artistes accusant Domingo de « harcèlement ». On évoque alors une main baladeuse, des « propos abusifs »… Toutes ces personnes, sauf une, s’expriment de manière anonyme par peur de « représailles » de Domingo, la même peur qui les aurait obligées à se taire jusqu’à présent. Patricia Wulff est alors la seule à avoir accepté de communiquer son identité. Soudainement persuadée que son ancienne carrière de cantatrice a volontairement été brisée par Domingo, elle s’est offert les services de Debra Katz, avocate engagée dans le mouvement #Metoo qui avait déjà attaqué le Juge Kavanaugh pour des faits de violences sexuelles remontant aux années 1980. Dans une interview télévisée, on peut voir Patricia Wulff en larmes, raconter « l’horreur » de ce qu’elle aurait vécu… mais elle y confirme aussi explicitement que Domingo ne l’a jamais touchée et a immédiatement cessé de l’appeler après qu’elle lui ait signifié son refus. Et surtout, elle ajoute : « Je n’en ai pas souffert professionnellement, lui et la compagnie continuaient à m’embaucher, c’était super… »  Domingo répond alors par un communiqué parfaitement contreproductif : « Cependant, je dois reconnaître que les règles et les standards par lesquelles nous sommes – et nous devrions- être jugés aujourd’hui sont vraiment différents de ce qui avait cours par le passé ». Que n’avait-il pas dit là ! Un quasi-aveu ! La réaction ne s’est pas fait pas attendre… A partir de ce moment, Domingo est présumé coupable… jusqu’à preuve d’une innocence qui, vu l’éloignement temporel, l’anonymat des victimes et le flou des accusations, est impossible à prouver. Il ne peut organiser sa défense puisqu’il n’a jamais été mis officiellement en accusation devant aucun tribunal. 

Tout le monde le lâche

La réaction des institutions musicales américaines ne se fait pas attendre : le Philadelphia orchestra, les opéras de San Francisco, puis de Dallas annulent leurs engagements. L’Opéra de Los Angeles, institution dont il était le directeur depuis 2003 et qui s’est développée sous son impulsion, le suspend immédiatement. Il allait devoir démissionner quelques semaines après. 

Le 5 septembre 2019, onze nouvelles accusatrices faisaient leur apparition, toutes anonymes une fois encore sauf une ancienne soprano de l’opéra de Washington qui affirme qu’en 1999, Domingo lui aurait caressé la poitrine dans une loge et invitée à dîner. Elle a au passage récemment supprimé de son site la partie de sa biographie où elle affirmait que le grand moment de sa carrière a été le jour où elle a chanté avec Domingo… Horrifiés, quatre employés (anonymes) du Metropolitan Opera de New York où Domingo est en répétitions pour Macbeth, font part de leur désarroi à la presse…. Notons qu’aucun d’eux n’affirme avoir jamais eu personnellement une quelconque expérience négative avec le chanteur… C’était l’idée même de sa présence dans leurs murs qui les dégoûtait. Une musicienne de l’orchestre s’est même fait porter pâle pour ne pas avoir à travailler avec lui… Domingo est forcé de quitter la production… Ainsi s’achevaient honteusement les 50 ans de carrière au Met, célébrés en grande pompe quelques mois auparavant…

On pouvait alors encore croire que cette campagne était le fruit des délires de l’Amérique puritaine car l’Europe avait résisté… Mais un nouveau coup de théâtre allait de nouveau déclencher un raz de marée médiatique anti-Domingo. Le 25 février dernier, le puissant syndicat d’artistes américain AGMA publiait les résultats de son enquête « indépendante » concluant à « un schéma clair d’inconduite sexuelle et d’abus de pouvoir, avec des actions incluant le flirt et les avances sexuelles sur et à l’extérieur du lieu de travail. » (Notons au passage que l’AGMA n’a trouvé aucune preuve de harcèlement, punition professionnelle, humiliation ou manque de respect…) En réponse, le communiqué de Domingo a été, une fois de plus, catastrophique : « Je prends la responsabilité de mes actes. Si j’ai blessé quelqu’un, je le regrette. Je comprends que des femmes aient pu avoir hésité à s’exprimer par peur que cela ait un impact négatif sur leur carrière. Même si cela n’a jamais été mes intentions ». Évidemment, traduction immédiate en langage médiatique : « Domingo avoue », « Domingo reconnaît les faits ». Adieu le soupçon de doute et de présomption d’innocence qui persistait encore chez certains…Immédiatement, l’Espagne, qui soutenait jusqu’ici mordicus l’enfant du pays, « lâche » Domingo et c’est le Ministre de la Culture lui-même qui fait immédiatement annuler sa participation à plusieurs concerts, dans la plus belle tradition de propagande des régimes totalitaires. Plus effrayant encore, on veut aussi faire disparaitre pour la postérité un nom devenu synonyme d’infamie : les programmes pour la promotion des jeunes artistes qu’il avait créés à Valencia et Washington, et qui portaient non nom, sont immédiatement débaptisés. Stupéfait, Domingo publie le lendemain un nouveau communiqué rectificatif : « Je ne me suis jamais comporté de manière agressive envers qui que ce soit, ni n’ai jamais fait quoi que ce soit pour porter atteinte à la carrière de qui que ce soit en aucune manière ».

Les Russes se montrent encore raisonnables

Mais le mal est fait : les autres salles où il est programmé, en Autriche, et Allemagne et en Angleterre, hésitent encore sur la conduite suivre. La pression politique est forte… le Covent Garden de Londres vient tout juste d’y céder, tout en précisant officiellement qu’ils n’ont jamais reçu autre plainte contre lui et qu’ils l’admirent énormément… Seule la Russie accueille aujourd’hui Domingo à bras ouverts.

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Il y aurait beaucoup à dire sur les raisons de ce lynchage : Domingo réunit à lui seul toutes les « tares » possibles : il est riche, puissant dans le milieu lyrique et c’est un « vieux mâle blanc hétérosexuel ». Quelque chose intrigue en particulier : le lien répété qui est fait entre ces accusations de harcèlement et son âge, comme s’il était lui-même responsable de ce lynchage par son simple refus de quitter la scène. En vérité, ce qu’on ne lui pardonne pas au fond, c’est d’être encore là à 79 ans, de continuer à diriger et chanter avec succès mais aussi de rester hermétique à la vague monumentale qui bouleverse le monde lyrique depuis 30 ans : celle du Regieteater. On veut faire partir à tout prix celui qui représente un passé dont il faut faire table rase… et qui ne comprend décidément rien à la sacro-sainte « modernité ». Non, Domingo n’a jamais réussi à chanter dans ces mises en scènes où Cassandre a été violée par Priam et où Don Giovanni fait des partouzes avec des transsexuels… C’est une époque bien paradoxale que celle où les scènes de théâtre et d’opéra n’hésitent pas à afficher fièrement les pires obscénités, mais où les femmes sont outragées et horrifiées par le moindre regard appuyé, le moindre mot doux et la moindre caresse, une époque qui finalement n’a jamais autant été obsédée par le sexe.

Si ces fascistes parviennent à le chasser définitivement des scènes, elles n’auront pas seulement attristé sa fin de carrière, elles auront définitivement terni pour la postérité l’image et la réputation d’un homme qui consacre sa vie à la promotion de l’art et de la Beauté en ce monde, qui en a pourtant bien besoin.

Le parti du meme

 


La « Coupe de France de memes » réunit 75 000 internautes. L’occasion d’expliquer ce que sont les « memes » et autres « neurchis » pour la « génération Facebook ».


 

Alors que certains se passionnent pour la Ligue des champions ou attendent déjà les premières percussions de Roland Garros – autant d’événements qui risquent de pâlir à cause du coronavirus – les écumeurs de Facebook, à commencer par les 15-25 ans, se prennent de passion pour la « coupe de France de memes », suivie par près de 75 000 internautes.

Que sont les memes ? Pour faire court un meme est une image détournée dans un autre contexte et souvent accompagnée d’un texte ou d’un sous-texte. Le meme, souvent composé d’une image et d’un texte d’introduction, illustre une situation quotidienne, politique ou historique grâce à un dessin ou à une photo détournée.

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Ces memes, on les trouve à la pelle dans des groupes que l’on appelle des « neurchis » (« chineurs » à l’envers) et qui ont chacun une thématique bien particulière. Un neurchi « OSS 117 » détournera par exemple exclusivement des plans ou des répliques de la comédie d’Hazanavicius et de Jean Dujardin. C’est ainsi que naissent des stars digitales à l’instar du célèbre Joe Kovic qui sévit sur plusieurs de ces groupes en levant chaque fois une ondée de rires digitaux.

Le meme et la politique

Comme tous les arts, celui du meme confine parfois à l’expression politique. Le groupe « neurchi d’OSS 117 » donne lieu à de nombreuses controverses sur l’engagement politique du film : dénonce-t-il le mâle blanc ou le célèbre-t-il avec une figure maladroite mais faisant toujours triompher le Bien ? Le film est-il diversitaire ou se moque-t-il au contraire des minorités qui se vexent d’un rien et ayant la nostalgie d’une liberté de ton révolue ?

Le meme est si politique que ceux qui en font profession l’utilisent déjà dans leurs campagnes.

Pepe fait de la résistance

Le meme trouve d’ailleurs son origine chez Pepe la grenouille, une figure fictive de bande dessinée qui s’est rendue célèbre lorsqu’elle a massivement été utilisée par les soutiens de Donald Trump en 2017, en particulier sur le site d’alt right 4chan où des internautes s’échangent des images de toute nature. Le « Trumpepe » prend son essor sur la toile jusqu’à ce que Donald Trump lui-même partage en octobre 2015 une image de Pepe devant un podium présidentiel. En septembre 2016, son fils en publie un autre, suscitant une réaction de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton qui publie un article dénonçant Pepe comme un symbole suprématiste intitulé « Cette grenouille est plus sinistre que vous ne le pensez ».

Le meme est-il « populiste » ?

Les valeurs des membres les plus actifs de 4chan ou Reddit sont souvent conservatrices. En France, certains comptes de memes affichent clairement une teinte politique anti-élites, à l’instar du groupe « BFMemes », qui se gausse de BFM, du gouvernement Macron et de son service après-vente médiatique supposé. Malgré l’association du meme a un imaginaire « populiste » – ce qui s’explique en partie par le fait que les élites ne veulent plus rigoler de grand-chose –, Michael Bloomberg avait même tenté de se positionner sur cette vague en s’offrant pour sa campagne les services de gros « memeurs », notamment sur Instagram.

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Inversement, le meme est devenu un moyen d’expression pour les délaissés de la mondialisation et les gilets jaunes du monde entier qui s’unissent pour tourner en dérision, par l’image, les élites mondialisées : le rire politique n’est pas nouveau, mais celui-ci se rend accessible aux plus démunis.

Comme si, après le règne d’images consensuelles destinées à soutenir une idéologie lénifiante, le meme s’avérait être le jumeau maléfique et trash, né de la possibilité de fabriquer son propre contenu médiatique grâce à Internet.

Le rire, disait Romain Gary, est l’arme des faibles. Peut-être faut-il comprendre le meme comme un rire libérateur pour certains, un défrocage des élites pour d’autres, ou tout bêtement un peu d’humour virtuel.

Confession d’un déçu de la nouvelle économie

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Dans la startup nation, après un « échec professionnel », quand on a 40 ans, on est déjà trop vieux pour retrouver un emploi ! C’est pourtant le même âge que le chef tout puissant. Récit un peu désabusé.


Il y a quelques années de cela je décide de quitter mon sud-est natal pour « monter à la capitale »: adieu soleil et chaleur, accent chantant, féria et autres festivités locales.

A moi le métro de la liberté, la Culture, la possibilité de devenir quelqu’un. Et surtout bienvenue dans le monde du digital et des startups. Ce milieu qui m’attire et me fascine, la Silicon Valley à la Française. Ou par des Français. Ou en France.

Six ans après, le bilan est mitigé. Et la passion se mêle à un début d’amertume.

Trop vieux pour ces conneries

L’époque a changé lentement mais durablement, notre pays a connu des secousses, des mondes se côtoient mais ne se comprennent plus. Mais pas les mondes que nous présentent les médias.

Aujourd’hui, j’ai 40 ans et j’ai vécu un échec professionnel. Oui, ce mot qui fait peur alors qu’il est le quotidien de notre existence.

Echec et 40 ans, un constat qui vaut condamnation sur LinkedIn, cet outil qui n’est plus qu’un ouvrage de contes d’une génération pour qui l’expression « levées de fonds » a remplacé « chiffre d’affaires ». Argent, C.A, Bilan, sont autant de mots qu’il ne faut plus prononcer dans une startup. C’est ringard et dépassé.

A lire aussi: Grâce à ce robot du futur, vous ne serez plus en rade de papier toilette

J’ai pu l’expérimenter ces derniers temps, mais chut il faut taire ces choses, tout doit être « bienveillant » pour maintenir l’histoire belle. C’est le fameux storytelling que ces entrepreneurs, un des rares mots du monde d’avant qu’ils affectionnent, adorent pratiquer. Pas moi, alors on se raconte un peu de vécu? Oui.

Elle a beau être inclusive, l’entreprise ne peut pas accepter tout le monde sur le rooftop

Sachez qu’en entretien il faut toujours rester positif, parler d’opportunités même pour des catastrophes humaines (surtout si elles ne nous touchent pas), ne jamais questionner sur le chiffre d’affaire sous peine de provoquer des silences, vénérer notre président Macron, vomir l’ancien monde (même si l’argent de papa maman permet de payer la coloc et les happy hours), ne pas parler de ventes mais de business, ne pas se raser la barbe ou alors avoir une moustache (pour les femmes à vous de voir), suivre les podcasts du CEO & Co Founder, surtout ne pas porter de costard, être fan du regretté Steve et de sa pomme.

Si en plus vous êtes healthy veggie, alors là c’est open bar. Jus détox à volonté.  Bières le vendredi à partir de 18 heures sur le rooftop.

Seul impératif à tout cela, sortir d’une école de commerce ou d’une université bien nommée, et avoir moins de 30 ans. Allez, 35 ans si le quota de 1 sur 10 n’est pas déjà atteint.  Au-dessus de cet âge on pense que « ton profil est hyper intéressant, expérience impressionnante mais le fit avec l’équipe va être compliqué, et les investisseurs souhaitent une top cohérence avec le projet de la boite ».

A lire aussi, Daoud Boughezala: Rien dans le Slip français

Traduction: pas de vieux ici. À 40 ans, pour ce milieu, tu es dans le passé, et c’est mal. Un vêtement vieux est vintage, stylé. Un humain au-dessus de 35 ans en revanche ça craint, pas bon pour le business. Sauf s’il a du cash à donner. Pardon, à investir. Car le véritable objectif pour une grande partie des startups n’est pas le client mais bel et bien d’attirer des investisseurs afin d’être racheté rapido. Tout ceci n’est évidemment pas condamnable, mais la posture (ce mal de notre époque), elle, est critiquable. Une génération vante la liberté totale mais est une des plus stéréotypée qui soit. Elle est pour la tolérance mais ne supporte pas la contradiction, elle scande partout le vivre-ensemble pour mieux vivre entre-soi, elle exige la transparence alors qu’elle ne respire pas toujours l’honnêteté elle-même.

Et moi là-dedans? Je continue mon chemin, rassurez-vous, doucement car l’arthrose et les courbatures, vous savez… En me disant que je ne suis peut-être pas encore trop vieux pour ces conneries.

PS: Au regard de la récente actualité, merci de privilégier les calls vidéos pour toute demande d’entretien. Thx.

L'humeur vagabonde

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Nos enfants terribles


Purs produits de l’Occident qu’elles vomissent, les générations futures et leurs défenseurs zélés instruisent inlassablement notre procès. De l’apocalypse climatique au racisme, ils nous jugent coupables de tous les maux. Leur monde rêvé, plein d’idées progressistes devenues folles, combine puritanisme et transparence, lynchage et tyrannie des minorités. Bienvenue dans la terreur équitable.


Les adultes ont mauvaise presse. Il ne se passe pas de semaine sans qu’ils soient convoqués devant le tribunal de l’opinion pour répondre de leurs crimes. L’accusation est toujours menée au nom des générations futures, quand elle n’est pas directement assurée par des adolescents récriminateurs, comme l’énervante Greta Thunberg, dont les couettes n’adoucissent pas le regard éternellement courroucé, voire par des enfants éduqués à espionner leurs parents pour s’assurer qu’ils ne font pas « mal à la planète ». Mais au gré des chefs d’inculpation, le rôle du procureur peut aussi bien être tenu par des nonagénaires comme feus Michel Serres et Stéphane Hessel (que l’on traitait il est vrai de « plus jeunes d’entre nous »), par de jeunes comédiennes comme Adèle Haenel ou par les innombrables journalistes qui espèrent peut-être, par leur zèle redoublé, s’attacher les bonnes grâces des dites générations futures pour le jour où elles seront aux manettes de nos sociétés. Que ce jour se rapproche à grande allure a de quoi inquiéter quand on constate les saccages qu’elles ont déjà directement causés et ceux que l’on commet volontairement pour leur complaire, par exemple en truffant nos paysages de ces monstrueuses éoliennes [tooltips content= »Voir notre dossier « Paysages, arrêtez le massacre », du mois dernier. »][1][/tooltips]. On pense aussi à ces honorables professeurs officiant dans des institutions aussi prestigieuses que Normale Sup ou l’École des hautes études en sciences sociales qui, à l’image de bourgeois tentant, sous une dictature communiste, de faire oublier leurs origines par une ardeur prolétarienne sans faille, veulent montrer qu’ils sont dans le vent de l’histoire en truffant leur correspondance de jargon inclusif qui, non seulement défigure la langue, mais la rend incompréhensible.

Il faut ici lever un malentendu et me laver du soupçon d’amalgame. Le terme « générations futures » ne désigne évidemment pas l’ensemble des individus nés depuis les années 1990, il y en a une bonne proportion de fort aimables et civilisés, mais leurs porte-parole et, par association, l’idéologie qu’ils incarnent et l’identité qu’ils portent. Ce n’est pas une question d’âge, mais d’état d’esprit.

Vous faites notre procès

Il existe en effet un lobby de l’avenir, une nébuleuse de la table rase qui ne recoupe que partiellement la population disparate que l’on appelle la jeunesse. Il s’emploie à criminaliser le passé et réclame en conséquence le droit illimité de dénoncer et de condamner. « Vous n’avez pas fait vos devoirs », nous morigène la petite Suédoise. L’occupation principale de ce « parti de demain » n’est pas, comme on pourrait le croire, de s’instruire pour se préparer à gouverner le monde, mais d’instruire inlassablement notre procès. Du patriarcat au réchauffement climatique, du racisme à l’assignation genrée, de la guerre au judéo-christianisme, du secret au mensonge, nous avons inventé tout ce qui empêche les générations futures de marcher comme un seul Homo festivus vers leur avenir radieux. Nous sommes donc coupables. Nous les adultes, nous les Occidentaux, nous les mâles blancs – oui, on défilera peut-être un jour en scandant « Nous sommes tous des vieux mâles blancs ».

À lire aussi, l’édito d’Elisabeth Lévy sur le coronavirus: Médecins sans frontières

En attendant, puisque ces générations futures passent leur temps à nous tympaniser de leurs reproches et que je les ai sous la main, j’ai deux mots à leur dire.

Chères générations futures, autant vous le dire, vous commencez à nous courir sur le haricot.

Remarquez d’abord qu’en dépit de la propagande sur la jeunesse Facebook mondialisée et mobilisée pour la planète, vous êtes pour l’essentiel des produits de cet Occident que vous vomissez. On ne voit pas de jeunes Asiatiques et encore moins de jeunes musulmans dénoncer massivement la culture de leurs ancêtres, ni soumettre leur histoire à un inventaire permanent. Beaucoup ne sont guère portés non plus à la saine autocritique et c’est bien fâcheux. En effet, nous ne vous demandons certainement pas de renoncer à ce qui est peut-être l’invention intellectuelle la plus décisive de l’Europe : la capacité à s’interroger sur soi-même, à se soumettre au jugement critique, à affronter ses démons. Ce que vous exigez de nous, c’est autre chose, une repentance névrotique, un reniement intégral de ce que nous avons été. D’où votre détestation de l’universalisme des Modernes, auquel vous opposez un super-universalisme qui exalte les identités minoritaires et aspire à les réunir dans une alliance de tous les dominés du monde, tout en conspirant à ringardiser, pénaliser et effacer les identités anciennes qui avaient pourtant des vertus, dont celle de résister au temps. Comme le montre Bérénice Levet, à la suite de Chantal Delsol, c’est bien cet universalisme dévoyé qui explique la colère des peuples que l’on nomme populisme.

Certes, nous n’avons pas été parfaits et nos livres d’histoire abondent en récits sur notre ubris de meurtre et notre libido d’oppression. Des premiers capitalistes jusqu’aux trente-glorieusards, nous avons abusé de la planète et de ses ressources comme si elles étaient illimitées, et nous avons érigé la consommation en premier droit de l’homme, ce dont, au demeurant, vous vous accommodez volontiers, une fois votre conscience apaisée par le braillage de quelques slogans et l’achat d’une fanfreluche équitable.

Que les générations demandent des comptes à leurs aînés, c’est une loi de l’espèce. La nouveauté, c’est que vous ne nous reprochez pas seulement nos bassesses, mais aussi notre grandeur. Pour construire le monde inclusif, vous êtes prêts à détruire tout ce qui rendait la vie légère, selon la belle expression de Mona Ozouf, et que nos prédécesseurs ont mis des siècles à bâtir. Au remplacement des générations, aussi cruel que naturel, vous voulez ajouter un véritable grand-remplacement philosophique et culturel.

Soyons honnêtes, nous ne vous avons pas attendus pour saccager notre propre magasin de porcelaine. Si nous avons expulsé l’individu adulte et souverain des Lumières au profit d’un individu-roi capricieux et infantile, si nous avons troqué la liberté des Modernes contre le « c’est mon choix » des postmodernes, ce n’est pas la faute de Greta. Comme l’a fort bien décrypté Muray, le progressisme avait depuis longtemps attaqué les fondations, à savoir les grandes divisions – entre les sexes, entre les générations, entre morts et vivants – qui étaient le lot universel de la condition humaine. Mais vous persévérez dans notre erreur, vous la poussez dans ses ultimes retranchements. En somme, vous avez lancé une nouvelle phase de démolition accélérée.

Progressisme devenu fou

Rien, dans l’édifice baroque que l’on appelle modernité occidentale, n’échappe à votre fureur éradicatrice. La langue est sexiste, la grande culture raciste, l’intimité fasciste, la nation nationaliste, la laïcité blessante et la différence des sexes transphobe. Changement de propriétaire, virez-moi ces vieilleries et tout le reste – la galanterie, le second degré, la controverse, la psychanalyse, les arrière-pensées, la choucroute, les animaux de ferme, les frontières, Balzac, Molière, les talons hauts, les phrases comportant plusieurs subordonnées, chacun complétera à sa guise.

Marche " contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles ", à l'initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019. © Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.
Marche  » contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles « , à l’initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019.
© Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.

Nous avions dévoyé le progrès en progressisme. Vous peuplez le monde d’idées progressistes que vous avez rendues folles. Aussi pourrait-on vous qualifier de « post-progressistes ».

Emmanuel Macron l’a bien compris, sur nombre de grands sujets, la querelle n’oppose pas la droite et la gauche, mais le vieux monde et le nouveau – les populistes et les progressistes. Ce qu’on a moins commenté, c’est que cette fracture idéologique se conjugue de plus en plus souvent à une fracture générationnelle. Vous, les générations nées dans le monde numérique (les fameux digital natives), avez adhéré avec beaucoup plus d’enthousiasme que vos aînés, même féministes, à la « révolution #metoo » et à la néo-Inquisition qui s’en est ensuivie. Et vous n’avez pas trouvé de mots assez durs pour celles qui, derrière Catherine Deneuve, Catherine Millet (et votre servante) entendent prendre le risque d’être importunées pour avoir la chance d’être séduites.

On ne s’en étonnera pas, dans l’affaire Griveaux, vous avez été nombreux à vous émouvoir non pas de la diffusion de la vidéo, mais de son contenu – ce qui ne vous empêche pas, paraît-il, de vous adonner massivement au porno, mais ça, vous ne vous en vantez pas sur les plateaux de télévision. Puritanisme et transparence, c’est vous tout craché. Comme l’observe Alain Finkielkraut, inspiré par Milan Kundera (pages 43-45 Le temps passé des temps modernes dans le magazine Causeur de mars), vous êtes des « arracheurs de rideau » – celui qui séparait le privé et le public. Quand « le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur le sens de la pudeur », on peut se demander avec lui si l’exhibition permanente que vous pratiquez et exigez de tous ne scelle pas la vraie fin des Temps modernes.

Le résultat, c’est que nombre d’inventions diaboliques qui, il y a quinze ans, semblaient n’exister que par le génie créateur et l’exagération littéraire de Muray, sont désormais notre quotidien : le féminisme policier, la cage aux phobes, la procréation sans sexe, les humains qui ne sont ni hommes-ni femmes, la plage à Paris. Le lynchage comme mode normal de régulation sociale, la tyrannie des minorités susceptibles, c’est encore vous. Et quand il vous arrive de réaliser une bonne action, nous la payons au prix fort. Peut-être votre féminisme revanchard contribue-t-il à neutraliser des prédateurs sexuels, mais si c’est pour les condamner au pilori médiatique, nous n’y avons pas vraiment gagné. Nous avons même perdu un peu de notre âme.

Votre paradoxe universaliste

On ne va pas se mentir, votre rêve est notre cauchemar, notre cauchemar américain. En effet, la plupart des béliers avec lesquels vous défoncez l’un après l’autre les murs porteurs de la culture occidentale en général et républicaine en particulier, vous êtes allés les chercher sur les campus nord-américains, pour les acclimater sous nos cieux. À ce sujet, on lira avec profit la Franco-Américaine Géraldine Smith, auteur d’un livre intitulé Vu en Amérique, bientôt en France.

L’antiracisme universaliste pêchait, dites-vous, par abstraction. Eh bien vous, les nouveaux antiracistes, ne voyez plus que la race – tout en niant son existence, ce qui vous oblige à des contorsions dont vous n’avez même pas conscience – et, par glissement, l’origine, la religion. À l’arrivée, analyse Pierre-François Mansour (pages 62-65 De l’antiracisme au djihad dans le magazine Causeur de mars), en France l’antiracisme a pactisé avec l’islamisme avant de faire sa jonction avec le décolonialisme. En effet, c’est aussi sous votre effarant magistère que la pensée anticoloniale, issue de la modernité, a muté pour engendrer l’indigénisme (ou décolonialisme), qui postule que la domination coloniale, toujours vivante dans les esprits, doit être combattue sans relâche. Il suffit ensuite d’appliquer ce schéma simpliste à toutes les strates de l’identité, le genre, la religion, le rang social, et cela donne l’intersectionnalité des luttes – qui, à en croire les plus dingues d’entre vous, devrait inclure celles des animaux.

Or, en plus de leur anti-occidentalisme originel, ces théories convergent pour le coup vers un même résultat, qui est en quelque sorte leur agenda caché, y compris à vous qui en êtes les propagateurs : toutes sacrifient la liberté, celle des mœurs, qui serait le cache-sexe de l’aliénation, mais surtout celle de penser. Les marxistes méprisaient la liberté bourgeoise – qui est, disaient-ils, celle pour les renards de décimer le poulailler. Pour vous, chers amis des générations futures, « la libre communication des pensées et des opinions », inscrite dans le marbre de 1789 comme l’un « des droits les plus précieux de l’homme », est encore un des masques de l’oppression, permettant d’offenser les faibles et d’insulter le prophète de la religion des pauvres. Collés à vos écrans, vous réclamez en boucle des interdits, des sanctions, des contrôles, des restrictions, des bannissements, des têtes qui tombent. Et bien sûr, vous les obtenez.

Plus grave encore, nous vous avons abandonné l’Université. Que celle-ci soit à l’avant-garde pour transformer vos expérimentations idéologiques hasardeuses en innovations académiques fumeuses est à la fois un crève-cœur et une source de colère. Les textes d’Elliot Savy (pages 66-68 Universités: la révolution culturelle dans le magazine Causeur de mars) et de Louis Vadrot (pages 69-71 Les sous-doués passent l’agreg) regorgent d’exemples de colloques, réunions et autres thèses visant à décoloniser le genre, le sexe, la littérature, la politique, les représentations, et sans doute la décolonisation. Résultat, l’université est devenue le théâtre privilégié de vos agissements liberticides : Erwan Seznec explore les multiples voies de l’intimidation et de la censure par lesquelles vous parvenez à museler le débat intellectuel dans sa propre maison (pages 56-57 Les petits maîtres censeurs).

Chères générations futures, vous vitupérez le monde que nous allons laisser à nos enfants, comme l’a résumé l’ami Zemmour, nous devrions nous inquiéter des enfants que nous laissons à ce monde. Certes, faute d’héritiers de rechange, nous sommes bien obligés de faire avec vous, inhéritiers ingrats. Et même de vous aimer, ce qui nous place sans cesse devant la fameuse injonction contradictoire. D’ailleurs, peut-être que tous nos malheurs viennent de là. Vous auriez dû m’objecter depuis longtemps que tout est de notre faute. De fait, rien de tout cela ne serait arrivé si, au lieu de vous choyer et de vous écouter, nous vous avions fait le cadeau de vous éduquer.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

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Alors que les bourses plongent, le Président a appelé hier soir à la mobilisation générale, lors d’une efficace allocution télévisée. 12 millions d’écoliers resteront chez eux lundi. Le scrutin de dimanche est maintenu. Face à l’épreuve sanitaire, Macron assure l’ensemble des Français et les services de santé de son soutien, quoi qu’il en coûte. 


Ce qui est intéressant avec Emmanuel Macron, c’est que cet homme à la tête de la France reste un inconnu pour la plupart de ses concitoyens. De lui, ils s’attendent à tout, à défaut d’en attendre grand-chose. Mais ils gardent à l’esprit qu’il peut les surprendre.

Ainsi alors qu’il nous a été annoncé jeudi que le président de la République allait parler à la France pour ralentir l’épidémie de coronavirus, les supputations sont allées bon train. Alimentées par un article du JDD, la journée a bruissé de toutes sortes de rumeurs contradictoires : le pays allait-il s’arrêter ? Les élections allaient-elles être reportées? Le président annoncerait-il carrément le recours à l’article 16, soit l’attribution des pleins pouvoirs pour pouvoir faire face à la situation ?

Éloge de l’État providence inédit

Curieux désir d’histoire qui a amené Emmanuel Macron à caresser l’idée de l’usage de l’article 16 pour mettre ses pas dans les chaussures du grand homme de la Vème république, le général de Gaulle ! Ce qui a pu être perçu, c’est que le président de la République voulait faire de la lutte contre cette épidémie un combat épique qui engagerait la nation. Ce qui a pu être perçu, aussi, c’est le désir du politicien en situation d’échec de renouer avec l’homme d’État affrontant la crise. Et c’est exactement le personnage qu’a joué Emmanuel Macron. Et il faut le dire, à ce titre, son discours était plutôt bien pensé et bien conçu, même si, comme à son habitude, le Président n’habite pas sa parole.

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Il a su avoir immédiatement les mots d’empathie et de reconnaissance nécessaires à l’égard des soignants, comme il a su mettre de l’humain lorsqu’il a évoqué la solitude des personnes âgées ou les difficultés des parents face à la fermeture des écoles. Mais le plus étonnant est l’éloge de l’état-providence à la fin de son discours, très étonnant dans sa bouche. Son allocution télévisée a démontré que ce Président n’a ni doctrine, ni vision. Emmanuel Macron navigue au gré des courants. On ne peut s’empêcher de se demander, si on avait eu droit à une montée exponentielle de la Bourse à la place du coronavirus, s’il ne serait pas en train de démanteler le système pour le livrer au privé au nom de l’opportunité à saisir.

Notre hôpital public à l’heure de vérité

Parce que le problème, c’est qu’en la matière le Président n’a pas toujours fait preuve du même enthousiasme et n’a pas toujours été de ceux défendant la nécessité d’avoir un secteur public non marchand fort… Sans jamais l’assumer, il a toujours poussé à la privatisation. Ne vient-on pas tout juste de stopper la vente programmée d’un des fleurons de notre patrimoine, ADP ? Faut-il rappeler qu’Emmanuel Macron n’est pas pour rien non plus dans la perte des turbines d’Alstom, ce qui fait que l’on perd petit à petit notre maîtrise dans le nucléaire ? Et concernant notre protection sociale, il faudrait reparler du soi-disant reste à charge zéro sur l’optique et la dentisterie, qui aboutit dans les faits à faire porter le surcoût sur le privé (c’est ce que signifie la phrase magique « demander aux Mutuelles de faire un effort »). On pourrait aussi reparler de la démission des 1600 médecins de l’hôpital annoncée le 19 janvier, nous alertant sur la situation dramatique de l’hôpital public.

Depuis la crise des gilets jaunes, le peuple commence à se lasser des grandes envolées lyriques et des engagements forts avec des trémolos dans la voix jamais suivis d’effets. L’homme qui parlait hier soir avec de grands yeux de faon de notre sécurité sociale parait oublier qu’il a utilisé le 49.3 pour faire entériner une réforme de retraites de fort mauvaise qualité, dont personne ne veut et qui a été critiquée y compris par le Conseil d’État.

A lire aussi: La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme

Certes, il n’est jamais trop tard pour bien faire et ce retournement de situation a tout pour satisfaire la majorité des Français, mais notre Président tient du feu de paille : cela brûle vite et haut mais réchauffe peu et s’éteint vite. Autre nouveauté, le mot « souveraineté ». Souveraineté nationale ? Non, après ce petit moment d’audace, il a vite fallu rajouter souveraineté de l’Europe. Mais quand même. 

La fin de son discours en hommage à l’esprit de solidarité et d’entraide qui caractérise notre contrat social sonnait un peu Conseil National de la Résistance. Foin de la start-up nation et des premiers de cordée ! Quand souffle la tempête, c’est le peuple qu’il faut retrouver et il faut reconnaître que ce discours visait à aller le chercher. Le problème c’est que coup-là Emmanuel Macron l’a fait trop de fois, séduisant avec les mots pour gifler derrière avec les actes, utilisant les circonstances au lieu de prendre la mesure des situations, laissant entendre ce que les gens désiraient pour finalement aller contre leurs intérêts. Il a un passif. Assez lourd.

Un pour tous(se), tous pour un

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui et pour le temps de la lutte, il a su prendre les décisions économiques qui s’imposaient. Ses annonces ont dû soulager nombre d’entreprises et de salariés inquiets, et les mesures prises pour lutter contre le coronavirus sont censées et réfléchies en l’état actuel des connaissances scientifiques. Sur le désir du gouvernement de faire au mieux, il n’y a guère de doute. On ne peut que saluer le travail du ministre de la santé, Olivier Véran, remarquable de clarté, de pédagogie et d’humilité lors de l’émission spéciale consacrée au coronavirus sur BFMTV le lundi 9 mars.

Alors parce que quand le navire tangue, tout le monde doit être sur le pont, faisons face à l’épidémie aux côtés de notre gouvernement, sans barguigner. Mais une fois la tempête passée, il faudra que ce qui a été décidé un jeudi soir sous le coup de la peur soit tenu. Que l’hommage rendu au secteur non marchand et à l’investissement public ne soit pas oublié, que l’on arrête de vendre ou de casser nos fleurons et que l’on continue à parler de souveraineté. Il ne faudrait pas qu’une fois encore, ne sentant plus le vent du boulet, le président de la République ne retombe dans son narcissisme hautain!

Tout va bien, c’est Godard qui vous le dit

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Camera en mains, le cinéaste Jean-Luc Godard filme une manifestation à Paris le 06 mai 1968 AFP

Bel objet plastique, ce film vieux d’un petit demi-siècle, nous parle évidemment d’aujourd’hui puisqu’il parle de la lutte des classes


Après le plaisir pris de nouveau avec Le Mépris, on a décidé de voir un Godard qu’on ne connaissait pas. Tout va bien est un film de Jean-Luc Godard beaucoup, et Jean-Pierre Gorin (un peu), sorti en 1972. Il date de l’époque du groupe Dziga Vertov, collectif cinématographique d’obédience maoïste qui tournait des films militants que pas grand monde n’a vu, même dans ces années-là, puisqu’il s’agissait d’éviter tous les circuits de la distribution bourgeoise. Ce n’est pas le cas de Tout va bien, produit par Jean-Pierre Rassam, qui visait « le grand public » tout en gardant un esprit ouvertement politique.

Soyons honnête, on a eu un peu peur, en découvrant Tout va bien, de se retrouver face à un film daté, didactique, démonstratif, caricaturalement engagé. C’est oublier ce qu’il faut bien se résoudre à appeler le génie de Godard. Montage, photographie, couleur: comme dans La Chinoise en 67, Godard est capable de littéralement nous hypnotiser par un long discours théorique sur la plus-value, l’aliénation ou la lutte des classes. Sans doute aussi parce que, quel qu’ait été son sérieux idéologique, il reste chez lui une forme de clownerie surréaliste, de distance comique et d’humour noir qui fait très bien passer tout ça.

A relire: Notes prises en revoyant « Le Mépris »

Tout va bien raconte comment un couple formé par un cinéaste progressiste reconverti dans la publicité en attendant de pouvoir tourner des films vraiment révolutionnaires (Montand) et une journaliste gauchiste américaine (Jane Fonda) sont séquestrés dans une usine en grève. Il serait idiot de dire que Tout va bien est « d’une singulière actualité« . D’abord il se présente ouvertement comme un bilan de 68 quatre ans après sur le mode « Le combat continue et on va bientôt gagner ».  Ensuite, le PCF et la CGT, dans la plus pure tradition Marxiste-Léniniste mao, sont dénoncés comme des forces symétriques et objectivement complices du patronat. Et on sait aujourd’hui que 72-73 marquent davantage le crépuscule du gauchisme que sa victoire tandis que le PCF et la CGT n’ont plus le poids de jadis, c’est le moins qu’on puisse dire et ce, que l’on soit d’accord ou non avec ce qui en est dit dans le film.

Et pourtant, Tout va bien reste éminemment moderne, si l’on entend moderne au sens de Baudelaire, c’est-à-dire comme une capacité à discerner ce qu’il y a de permanent, d’identique à travers différents moments historiques. En l’occurrence, dans Tout va bien,  est parfaitement appréhendée l’emprise absolue du capitalisme sur la réalité qu’il transforme en spectacle. Le capitalisme a beau en être, en 2020, à sa troisième ou quatrième métamorphose, s’appeler désormais néolibéralisme, social-libéralisme,  voire macronisme, Godard avait déjà saisi, il y a presque un demi-siècle,  ce qui faisait l’essence de sa puissance dissolvante: encouragement à la consommation de masse standardisée, modification et altération des rapports amoureux, surveillance généralisée, uniformisation du monde. Tout va bien était une antiphrase colorée, violente et sarcastique  pour parler de la France de 1972, celle du pompidolisme immobilier.

On voit donc quarante ans plus tard que tout a changé pour que rien ne change et que dans la France de 2020 également, Tout va bien. 

Tout va bien, drame 1972, Italie, France, 1h35 

Réalisé par Jean-Luc Godard Avec Jane Fonda, Yves Montand, Vittorio Caprioli, Anne Wiazemsky  (disponible sur la VOD Orange)

Tout Va Bien [Import anglais]

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Une hécatombe universelle

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Sakado au Japon © Kunihiko Miura/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22437545_000045

Le billet du vaurien


Nous ne nous agitons que pour aggraver des situations qui ne feront qu’empirer, incapables que nous sommes d’affronter l’angoisse d’être nous-même, disait Cioran dans un élan taoïste. « Pratique le non-agir et tout restera dans l’ordre » :  Lao Tseu avait tout compris. Qu’est-ce qu’une épidémie, sinon une relaxation démographique dont la planète a parfois besoin, comme le corps humain d’une purge ?

Dans sa jeunesse, Cioran concevait avec volupté l’extermination d’une moitié de ses compatriotes. Avec l’âge, il envisageait comme possible et même souhaitable une hécatombe universelle. Les années passent et j’arrive à la même conclusion. Mais je ne vois toujours rien venir. L’humanité est une usine qui tourne à plein rendement, quoi qu’il arrive.

Wittgenstein disait qu’on pourrait mettre des prix aux pensées. Certaines coûteraient très cher, d’autres seraient vite soldées. Mais quelle serait l’unité de compte pour les pensées ? « Le courage », répondait Wittgenstein.

Le plus étrange, ce sont ces philosophes d’une érudition extrême, mais dont les pensées leur sont étrangères et qui, par manque de courage, resteront toujours à l’écart de ce qu’ils professent, comme s’ils craignaient d’être contaminés par le matériau qu’ils manipulent. L’érudition n’est d’ailleurs jamais qu’une fuite loin de notre propre vie.

Le Moi, pour Schopenhauer, est le point noir de la conscience. Il ne peut pas y avoir d’introspection, faute d’un Moi transcendantal, mais uniquement une analyse bornée, sans fin, inutile, vouée à des explications qui n’expliquent rien. Et pourtant construire des fictions à partir de nos vies n’est pas un passe-temps pire qu’un autre.
Quand nos angoisses sont apaisées, sommes-nous encore capables de les comprendre? J’en doute. Mais même si nous l’étions, nous préférerions les mettre au rancart.

Les théories sont les cimetières de l’âme, soutenait Cioran. Il faut aimer les cimetières, car c’est le seul lieu où nous échappons à nous-même. Mais par un étrange paradoxe, il ne nous déplairait pas de laisser une trace, même infime, de notre passage dans ce tourbillon infernal. Le ridicule atteint là son apothéose. J’en suis parfaitement conscient, mais je n’y échappe pas. L’extinction du désir de paraître n’est pas à notre portée. Même le suicide est grandiloquent. Mais reconnaissons au moins qu’il y a un charme silencieux à continuer à vivre quand chaque jour emporte son lot de victimes.

Face à l’épidémie, le civisme français sera-t-il à la hauteur?

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SIPA Numéro de reportage: AP22429523_000001

Ce samedi soir, l’inquiétude grandit. Le gouvernement implore les citoyens de limiter les contacts et de suivre les consignes sanitaires.


À l’heure où vous lisez ces lignes, il y a environ 4500 cas recensés de contaminations au Covid-19 en France. Dans les artères de la capitale, l’insouciante bohème citadine s’est estompée, la légèreté des premiers jours de « grippe chinoise » a laissé place à des visages plus graves, voire franchement inquiets. Dans un supermarché de la rue de Tolbiac, le samedi 14 au matin, les rayons de pâtes sont vides, dévalisés par celles et ceux qui, en prévision de jours sombres, se sont ravitaillés en vivres, comme on se prépare à affronter un long siège. « Si ça doit m’arriver ça m’arrivera », lance un employé de rayon à sa collègue. À la queue d’une pharmacie, des « seniors » fardés de masques. Sur la devanture d’un kiosque à journaux, la une du nouveau hors-série du magazine Détective : « Coronavirus, êtes-vous prêt ? ». Ces jours-ci, notre quotidien ressemble de plus en plus à un drôle de film d’anticipation.

On est bien peu de chose

Soyons honnête, personne ne l’avait anticipé, ce scénario bien réel. Ou alors, ceux qui l’ont fait n’ont pas parlé assez fort – ou encore, nous ne les avons pas entendus, ce qui est pire. Focalisés comme nous le sommes sur la menace que fait peser l’islamisme en France et le risque d’un avenir à la « Soumission », nous en avons presque oublié une évidence pourtant élémentaire : nous sommes finalement fragiles en ce monde, et un microscopique virus, ennemi invisible, peut nous décimer.

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Inutile de paniquer, nous martèle en substance notre gouvernement. C’est évident. Même dans le pire des scénarios envisagés, tel celui énoncé par Tristan Vey dans les colonnes du Figaro le samedi 14 mars, « des millions de personnes infectées, des centaines de milliers de cas graves », la France s’en remettra, ce n’est pas la fin du monde. Il n’en reste pas moins que la pugnacité du petit virus – qui fait des siennes jusqu’à prison de Fresnes – est beaucoup plus impressionnante que ce que notre gouvernement pensait il y a encore deux semaines. Cependant, ne tirons pas trop vite sur l’équipe d’Édouard Philippe et regardons de l’autre côte de l’Atlantique. Le 10 février dernier, avant de fermer ses frontières au Vieux continent et de proposer des tests gratuits pour tous ses citoyens – puisse-t-il inspirer notre président progressiste – le scientifique Donald Trump prédisait sans une once de second degré que le Covid-19 allait disparaître avec la venue des beaux jours en avril…

Roselyne, reviens

Faut-il maintenant fermer nos frontières ? Difficile de savoir. Israël l’a fait et n’avait « que » cent cas de contamination recensés le jeudi 12 mars. Beaucoup moins que chez nous, mais n’oublions pas qu’Israël compte à peine neuf millions d’habitants. Ce samedi 14 mars, les gilets jaunes ont fait reparler d’eux, marquant leur « acte 70 » à travers une manifestation parisienne de 400 personnes, faisant ainsi un gros doigt d’honneur au civisme et au sens des responsabilités. S’ils avaient voulu passer pour des blaireaux (si certains d’entre-eux lisent ces lignes, qu’ils me pardonnent mais je ne vois pas d’autre qualificatif) aux yeux de leurs concitoyens, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

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La Chine a réussi à réduire de façon significative son nombre de contaminations quotidiennes au prix de mesures d’isolement, de citoyens masqués et agents en combinaisons dignes d’un film de science-fiction, de gants en plastique et films plastifiés à tout va jusqu’aux interphones des habitants de Wuhan. De telles mesures pourraient-elles être prises et suivies en France ? Au vu de la mentalité antipatriotique voire nihiliste qui prévaut chez une part de nos concitoyens – tels ces 400 Gilets Jaunes – on peut en douter. C’est pourtant sans doute à ce prix que la France peut éviter de ressembler dans quelques jours au chaos italien.

En attendant, goûtons au plaisir d’aller vers l’inconnu de jour en jour, lavons-nous les mains au gel antibactérien comme nous l’a encore dit notre président jeudi soir – pour ma part, face à la pénurie, j’y ai renoncé et me délecte de savon de Marseille heure après heure – cultivons notre jardin et surtout, allons voter pour ceux qui feront passer notre santé avant des objectifs de rentabilité. Roselyne Bachelot en son temps avait pris les devants, elle. Son intransigeance avec les principes de précaution vient à manquer.

Prénoms: la bataille de Fañch

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© Fred Tanneau/ AFP

La guerre des prénoms fait rage, la Bretagne est l’un de ses champs de bataille.


La Bretagne cultive l’art de la clandestinité jusque dans son calendrier des saints. Quand toute la France fête les Cyrille le 18 mars, la Bretagne célèbre également les Derwell. Cette sainteté parallèle a donné des prénoms locaux tels que Matao (Mathurin), Katell (Catherine) ou Nann (Anne). Certains sont d’ailleurs notés comme prénoms usuels sur les cartes d’identité. C’est ici que commence le drame. Depuis trois ans, le cas d’un petit Fañch né à la maternité de Quimper a entraîné un psychodrame juridico-administratif.

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Ainsi prénommé en raison du nom de son arrière-grand-père, Fañch possède un tilde (~) sur le n qui permet de distinguer le son « âne » du son « dent ». Or, le tilde ne figure pas sur la liste des signes diacritiques reconnus par l’administration française. Cette liste destinée à empêcher des parents sadiques ou farfelus d’appeler leur enfant ĶȑȋƧƫǒǯƩȑ, a tout simplement oublié les langues régionales. Tribunal, cour d’appel, cour de cassation, intervention de députés, d’élus (dont le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand), tags sur les murs : le petit Fañch est devenu un symbole. Au rayon des mauvais souvenirs, certains rappellent le triste précédent des Goarnig, emprisonnés il y a cinquante ans pour avoir nommé leurs douze enfants avec des prénoms bretons ! Mais de l’eau a coulé depuis l’époque du jacobinisme triomphant. La médiatisation d’un autre Fañch à Morlaix et un Derc’henn à Rennes a fait craindre le spectre d’une guérilla prénommière menée par les chatouilleux Bretons contre le pouvoir parisien. Début février, la ministre de la Justice a donc fini par céder en annonçant la publication prochaine d’un décret légalisant le tilde et nombre de signes diacritiques spécifiques aux langues régionales.

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Alors que j’écris ces lignes, à la caisse d’un supermarché, une maman interpelle sa fille Smiley. Un prénom passé sans problème à travers les mailles du filet administratif.

« L’Affaire Lerouge », polar vintage

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L'écrivain Emile Gaboriau (1832 - 1873) © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage: 51231277_000001

Plutôt que de lire des thrillers préfabriqués, revenez aux origines du roman policier à la française avec Emile Gaboriau !


Les rayonnages de nos librairies sont continuellement recouverts des oeuvres palpitantes de « la reine du crime » ou du dernier polar sanglant « venu du froid ». Alors qu’on ne distingue plus guère le génie dans ces crimes pléthoriques, quel plaisir de redécouvrir les intrigues du « père du roman policier ». Emile Gaboriau invente le roman policier en plein mouvement naturaliste français. Exemple avec L’Affaire Lerouge, une enquête minutieuse à mi-chemin entre un roman d’Eugène Sue et une enquête du Commissaire Maigret, parue au XIXe siècle.

Le détective français qui inspirera Sherlock Holmes

L’Affaire Lerouge est le premier roman policier d’Emile Gaboriau. C’est dans le journal Le Pays qu’il est d’abord publié en feuilleton, en 1865. Mais c’est en 1866, remanié, qu’il apporte la reconnaissance à son créateur, publiée cette fois dans Le Soleil. Oeuvre majeure du roman policier français, L’Affaire Lerouge introduit sur scène le premier vrai fin limier de la littérature, le détective Lecoq. Ce privé en inspira bien d’autres, en premier lieu Sherlock Holmes. Lecoq interviendra dans cinq autres romans, parmi eux Le Crime d’Orcival ; l’homme enquête avec malice et finesse, une première pour ce type de personnage.

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Lecteur d’Edgar Allan Poe, Gaboriau construit son intrigue à partir d’un sordide fait divers qui s’est déroulé en 1865. Dans une ambiance parisienne et provinciale proche des romans classiques de son époque, le récit met aux prises des personnages que l’on pourrait croire extirpés de La Comédie Humaine et transférés sur une scène de théâtre de boulevard, meurtre en sus. Le crime est on ne peut plus simple : une femme isolée et en retour d’âge, la veuve Lerouge, est assassinée chez elle, emportant dans la tombe le secret de son aisance financière et de ses visiteurs mystérieux.

Sur le banc des accusés : le fils bâtard d’un aristocrate hautain et dur et son frère, légitime et lésé. Dans le rôle des justiciers : un procureur aux prises avec sa conscience par rapport au coupable idéal, un enquêteur affûté et curieux et enfin un limier, portrait croisé de Jean Valjean et Hercule Poirot, tant ses petites cellules grises sont en activité permanente. Tabaret, surnommé Tirauclair, connaît Paris et ses anonymes comme sa poche. Il enquête pour se divertir et affectionne l’exercice intellectuel que représente pour lui l’éclatement de la vérité et de la justice.

Le triomphe des petites cellules grises sans test ADN

L’avantage de toute cette galerie de portraits, c’est qu’aucun d’eux n’est un archétype puisqu’il est le premier de son genre. Dans une ambiance sombre, parfois feutrée, à cheval ou à pied, les enquêteurs sont d’autant plus valeureux qu’ils exercent la méthode déductive de l’enquête criminelle sans connaître l’empreinte digitale, le bornage du smartphone et les giclées de sang sur toute la scène de crime. Gaboriau, ancien journaliste de son état, s’appuie sur les réalités de la médecine légale qui lui sont contemporaines, mais encore balbutiantes. Penché sur plusieurs microcosmes sociaux – ici une étude d’avocat, un appartement bourgeois, une ville de province… Gaboriau est le Zola du crime.

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Notre ancien hussard d’Afrique et clerc de notaire épaissit sans hésiter chacun de ses protagonistes, et les dote d’une intensité psychologique indéniable. Inévitable s’il veut voir son crime résolu ! Pas d’autre choix que l’observation à la loupe, l’intuition et la logique pour confondre le coupable, l’enquête de terrain pour examiner les mobiles. Si le crime est simple, la construction de l’intrigue n’est pas simpliste, elle se paye même le luxe des retournements de situation. Le narrateur omniscient ne s’amuse pas à nous donner toutes les cartes pour jouer au petit détective, mais il nous plonge dans les méandres psychiques et moraux des suspects et des justiciers. La plume d’Emile fera date : son style influencera les « maîtres du suspense » de la première partie du XXe siècle.

Hélas pour le lecteur qui cherche de l’authentique roman noir, Emile Gaboriau n’a pu nous laisser qu’une œuvre légère en quantité : né en 1832, il meurt en 1873 à cause d’une santé fragile. Cet ancien secrétaire de Paul Féval a, selon les mots du critique littéraire spécialiste du roman policier, traducteur et auteur de romans policiers français Michel Lebrun, « lancé le roman policier, et il l’a lancé loin. »

L'Affaire Lerouge

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Placido Domingo: chronique d’un assassinat

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Placido Domingo en 2019

Le ténor Placido Domingo connait une fin de carrière indigne à cause de l’inquisition Metoo.


Certaines personnes sont pour nous des figures tutélaires ayant eu une influence fondamentale sur le cours de notre vie. C’est ce que Placido Domingo représente pour beaucoup.

« Cela se savait dans le milieu », m’a-t-on souvent murmuré 

Dans la lignée du mouvement #metoo, une campagne médiatique calomnieuse basée sur une série d’accusations de harcèlement parfaitement infondées, a tenté de ruiner la réputation d’un homme qui était pour tous les passionnés d’opéra, et même au-delà du monde lyrique, une légende vivante. Mais une légende devenue encombrante… Les témoignages sont innombrables de ceux qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont eu la chance de croiser le chemin de Placido Domingo et attestent de son dévouement total à la musique, à la promotion des jeunes artistes, mais aussi de sa gentillesse, son professionnalisme et le fait qu’il ait toujours traité chacun et chacune avec dignité et courtoisie. C’est un homme qui suscite partout une immense admiration et un immense respect. 

C’est une époque bien paradoxale que celle où les scènes de théâtre et d’opéra n’hésitent pas à afficher fièrement les pires obscénités, mais où les femmes sont outragées et horrifiées par le moindre regard appuyé!

Mais « cela se savait dans le milieu », m’a-t-on souvent murmuré d’un ton informé… une expression si elliptique qu’elle peut suggérer les faits les plus horribles… Or la seule chose qui puisse « se savoir » est celle-ci : ce ténor séduisant, au sourire ravageur, à la voix chaleureuse, débordant sur scène d’une énergie communicative est adulé des femmes. Quiconque a assisté à une sortie des coulisses de Domingo pourra témoigner que, s’il y a jamais eu quelqu’un de réellement « harcelé » dans cette histoire, c’est bien lui ! Évidemment, pendant ses 67 ans de carrière, il ne s’est pas privé de faire de très nombreuses avances à celles qui lui plaisaient. C’est à partir de ce redoutable angle d’attaque que les féministes de #metoo ont brodé… En violation flagrante de la présomption d’innocence.

L’inquisition Me too

Menant un combat idéologique et par des méthodes dignes de l’Inquisition ou du KGB, médias et réseaux sociaux ont intimé à tous l’ordre de donner la preuve de leur soutien inconditionnel à la soi-disant « cause des femmes » et de faire un exemple en bannissant immédiatement « le prédateur » de toutes les scènes lyriques, qui (à 79 ans…) représenterait un danger pour le personnel féminin. Les conséquences pour la réputation et la carrière de Domingo ont été dévastatrices. L’une après l’autre, soumises à cette intense pression médiatico-politique, presque toutes les maisons d’opéras annulaient leurs contrats avec le chanteur.

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Tout a commencé le 13 août 2019. L’Associated Press (AP) affirme alors avoir recueilli les témoignages de neuf artistes accusant Domingo de « harcèlement ». On évoque alors une main baladeuse, des « propos abusifs »… Toutes ces personnes, sauf une, s’expriment de manière anonyme par peur de « représailles » de Domingo, la même peur qui les aurait obligées à se taire jusqu’à présent. Patricia Wulff est alors la seule à avoir accepté de communiquer son identité. Soudainement persuadée que son ancienne carrière de cantatrice a volontairement été brisée par Domingo, elle s’est offert les services de Debra Katz, avocate engagée dans le mouvement #Metoo qui avait déjà attaqué le Juge Kavanaugh pour des faits de violences sexuelles remontant aux années 1980. Dans une interview télévisée, on peut voir Patricia Wulff en larmes, raconter « l’horreur » de ce qu’elle aurait vécu… mais elle y confirme aussi explicitement que Domingo ne l’a jamais touchée et a immédiatement cessé de l’appeler après qu’elle lui ait signifié son refus. Et surtout, elle ajoute : « Je n’en ai pas souffert professionnellement, lui et la compagnie continuaient à m’embaucher, c’était super… »  Domingo répond alors par un communiqué parfaitement contreproductif : « Cependant, je dois reconnaître que les règles et les standards par lesquelles nous sommes – et nous devrions- être jugés aujourd’hui sont vraiment différents de ce qui avait cours par le passé ». Que n’avait-il pas dit là ! Un quasi-aveu ! La réaction ne s’est pas fait pas attendre… A partir de ce moment, Domingo est présumé coupable… jusqu’à preuve d’une innocence qui, vu l’éloignement temporel, l’anonymat des victimes et le flou des accusations, est impossible à prouver. Il ne peut organiser sa défense puisqu’il n’a jamais été mis officiellement en accusation devant aucun tribunal. 

Tout le monde le lâche

La réaction des institutions musicales américaines ne se fait pas attendre : le Philadelphia orchestra, les opéras de San Francisco, puis de Dallas annulent leurs engagements. L’Opéra de Los Angeles, institution dont il était le directeur depuis 2003 et qui s’est développée sous son impulsion, le suspend immédiatement. Il allait devoir démissionner quelques semaines après. 

Le 5 septembre 2019, onze nouvelles accusatrices faisaient leur apparition, toutes anonymes une fois encore sauf une ancienne soprano de l’opéra de Washington qui affirme qu’en 1999, Domingo lui aurait caressé la poitrine dans une loge et invitée à dîner. Elle a au passage récemment supprimé de son site la partie de sa biographie où elle affirmait que le grand moment de sa carrière a été le jour où elle a chanté avec Domingo… Horrifiés, quatre employés (anonymes) du Metropolitan Opera de New York où Domingo est en répétitions pour Macbeth, font part de leur désarroi à la presse…. Notons qu’aucun d’eux n’affirme avoir jamais eu personnellement une quelconque expérience négative avec le chanteur… C’était l’idée même de sa présence dans leurs murs qui les dégoûtait. Une musicienne de l’orchestre s’est même fait porter pâle pour ne pas avoir à travailler avec lui… Domingo est forcé de quitter la production… Ainsi s’achevaient honteusement les 50 ans de carrière au Met, célébrés en grande pompe quelques mois auparavant…

On pouvait alors encore croire que cette campagne était le fruit des délires de l’Amérique puritaine car l’Europe avait résisté… Mais un nouveau coup de théâtre allait de nouveau déclencher un raz de marée médiatique anti-Domingo. Le 25 février dernier, le puissant syndicat d’artistes américain AGMA publiait les résultats de son enquête « indépendante » concluant à « un schéma clair d’inconduite sexuelle et d’abus de pouvoir, avec des actions incluant le flirt et les avances sexuelles sur et à l’extérieur du lieu de travail. » (Notons au passage que l’AGMA n’a trouvé aucune preuve de harcèlement, punition professionnelle, humiliation ou manque de respect…) En réponse, le communiqué de Domingo a été, une fois de plus, catastrophique : « Je prends la responsabilité de mes actes. Si j’ai blessé quelqu’un, je le regrette. Je comprends que des femmes aient pu avoir hésité à s’exprimer par peur que cela ait un impact négatif sur leur carrière. Même si cela n’a jamais été mes intentions ». Évidemment, traduction immédiate en langage médiatique : « Domingo avoue », « Domingo reconnaît les faits ». Adieu le soupçon de doute et de présomption d’innocence qui persistait encore chez certains…Immédiatement, l’Espagne, qui soutenait jusqu’ici mordicus l’enfant du pays, « lâche » Domingo et c’est le Ministre de la Culture lui-même qui fait immédiatement annuler sa participation à plusieurs concerts, dans la plus belle tradition de propagande des régimes totalitaires. Plus effrayant encore, on veut aussi faire disparaitre pour la postérité un nom devenu synonyme d’infamie : les programmes pour la promotion des jeunes artistes qu’il avait créés à Valencia et Washington, et qui portaient non nom, sont immédiatement débaptisés. Stupéfait, Domingo publie le lendemain un nouveau communiqué rectificatif : « Je ne me suis jamais comporté de manière agressive envers qui que ce soit, ni n’ai jamais fait quoi que ce soit pour porter atteinte à la carrière de qui que ce soit en aucune manière ».

Les Russes se montrent encore raisonnables

Mais le mal est fait : les autres salles où il est programmé, en Autriche, et Allemagne et en Angleterre, hésitent encore sur la conduite suivre. La pression politique est forte… le Covent Garden de Londres vient tout juste d’y céder, tout en précisant officiellement qu’ils n’ont jamais reçu autre plainte contre lui et qu’ils l’admirent énormément… Seule la Russie accueille aujourd’hui Domingo à bras ouverts.

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Il y aurait beaucoup à dire sur les raisons de ce lynchage : Domingo réunit à lui seul toutes les « tares » possibles : il est riche, puissant dans le milieu lyrique et c’est un « vieux mâle blanc hétérosexuel ». Quelque chose intrigue en particulier : le lien répété qui est fait entre ces accusations de harcèlement et son âge, comme s’il était lui-même responsable de ce lynchage par son simple refus de quitter la scène. En vérité, ce qu’on ne lui pardonne pas au fond, c’est d’être encore là à 79 ans, de continuer à diriger et chanter avec succès mais aussi de rester hermétique à la vague monumentale qui bouleverse le monde lyrique depuis 30 ans : celle du Regieteater. On veut faire partir à tout prix celui qui représente un passé dont il faut faire table rase… et qui ne comprend décidément rien à la sacro-sainte « modernité ». Non, Domingo n’a jamais réussi à chanter dans ces mises en scènes où Cassandre a été violée par Priam et où Don Giovanni fait des partouzes avec des transsexuels… C’est une époque bien paradoxale que celle où les scènes de théâtre et d’opéra n’hésitent pas à afficher fièrement les pires obscénités, mais où les femmes sont outragées et horrifiées par le moindre regard appuyé, le moindre mot doux et la moindre caresse, une époque qui finalement n’a jamais autant été obsédée par le sexe.

Si ces fascistes parviennent à le chasser définitivement des scènes, elles n’auront pas seulement attristé sa fin de carrière, elles auront définitivement terni pour la postérité l’image et la réputation d’un homme qui consacre sa vie à la promotion de l’art et de la Beauté en ce monde, qui en a pourtant bien besoin.

Le parti du meme

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Pepe la grenouille, Manifestation à Hong Kong, décembre 2019. Auteurs : Aidan Marzo / SOPA Images/Sipa U/SIPA. Numéro de reportage : SIPAUSA30193128_000001

 


La « Coupe de France de memes » réunit 75 000 internautes. L’occasion d’expliquer ce que sont les « memes » et autres « neurchis » pour la « génération Facebook ».


 

Alors que certains se passionnent pour la Ligue des champions ou attendent déjà les premières percussions de Roland Garros – autant d’événements qui risquent de pâlir à cause du coronavirus – les écumeurs de Facebook, à commencer par les 15-25 ans, se prennent de passion pour la « coupe de France de memes », suivie par près de 75 000 internautes.

Que sont les memes ? Pour faire court un meme est une image détournée dans un autre contexte et souvent accompagnée d’un texte ou d’un sous-texte. Le meme, souvent composé d’une image et d’un texte d’introduction, illustre une situation quotidienne, politique ou historique grâce à un dessin ou à une photo détournée.

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Ces memes, on les trouve à la pelle dans des groupes que l’on appelle des « neurchis » (« chineurs » à l’envers) et qui ont chacun une thématique bien particulière. Un neurchi « OSS 117 » détournera par exemple exclusivement des plans ou des répliques de la comédie d’Hazanavicius et de Jean Dujardin. C’est ainsi que naissent des stars digitales à l’instar du célèbre Joe Kovic qui sévit sur plusieurs de ces groupes en levant chaque fois une ondée de rires digitaux.

Le meme et la politique

Comme tous les arts, celui du meme confine parfois à l’expression politique. Le groupe « neurchi d’OSS 117 » donne lieu à de nombreuses controverses sur l’engagement politique du film : dénonce-t-il le mâle blanc ou le célèbre-t-il avec une figure maladroite mais faisant toujours triompher le Bien ? Le film est-il diversitaire ou se moque-t-il au contraire des minorités qui se vexent d’un rien et ayant la nostalgie d’une liberté de ton révolue ?

Le meme est si politique que ceux qui en font profession l’utilisent déjà dans leurs campagnes.

Pepe fait de la résistance

Le meme trouve d’ailleurs son origine chez Pepe la grenouille, une figure fictive de bande dessinée qui s’est rendue célèbre lorsqu’elle a massivement été utilisée par les soutiens de Donald Trump en 2017, en particulier sur le site d’alt right 4chan où des internautes s’échangent des images de toute nature. Le « Trumpepe » prend son essor sur la toile jusqu’à ce que Donald Trump lui-même partage en octobre 2015 une image de Pepe devant un podium présidentiel. En septembre 2016, son fils en publie un autre, suscitant une réaction de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton qui publie un article dénonçant Pepe comme un symbole suprématiste intitulé « Cette grenouille est plus sinistre que vous ne le pensez ».

Le meme est-il « populiste » ?

Les valeurs des membres les plus actifs de 4chan ou Reddit sont souvent conservatrices. En France, certains comptes de memes affichent clairement une teinte politique anti-élites, à l’instar du groupe « BFMemes », qui se gausse de BFM, du gouvernement Macron et de son service après-vente médiatique supposé. Malgré l’association du meme a un imaginaire « populiste » – ce qui s’explique en partie par le fait que les élites ne veulent plus rigoler de grand-chose –, Michael Bloomberg avait même tenté de se positionner sur cette vague en s’offrant pour sa campagne les services de gros « memeurs », notamment sur Instagram.

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Inversement, le meme est devenu un moyen d’expression pour les délaissés de la mondialisation et les gilets jaunes du monde entier qui s’unissent pour tourner en dérision, par l’image, les élites mondialisées : le rire politique n’est pas nouveau, mais celui-ci se rend accessible aux plus démunis.

Comme si, après le règne d’images consensuelles destinées à soutenir une idéologie lénifiante, le meme s’avérait être le jumeau maléfique et trash, né de la possibilité de fabriquer son propre contenu médiatique grâce à Internet.

Le rire, disait Romain Gary, est l’arme des faibles. Peut-être faut-il comprendre le meme comme un rire libérateur pour certains, un défrocage des élites pour d’autres, ou tout bêtement un peu d’humour virtuel.

Confession d’un déçu de la nouvelle économie

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Image d'illustration Photo by Proxyclick on Unsplash

Dans la startup nation, après un « échec professionnel », quand on a 40 ans, on est déjà trop vieux pour retrouver un emploi ! C’est pourtant le même âge que le chef tout puissant. Récit un peu désabusé.


Il y a quelques années de cela je décide de quitter mon sud-est natal pour « monter à la capitale »: adieu soleil et chaleur, accent chantant, féria et autres festivités locales.

A moi le métro de la liberté, la Culture, la possibilité de devenir quelqu’un. Et surtout bienvenue dans le monde du digital et des startups. Ce milieu qui m’attire et me fascine, la Silicon Valley à la Française. Ou par des Français. Ou en France.

Six ans après, le bilan est mitigé. Et la passion se mêle à un début d’amertume.

Trop vieux pour ces conneries

L’époque a changé lentement mais durablement, notre pays a connu des secousses, des mondes se côtoient mais ne se comprennent plus. Mais pas les mondes que nous présentent les médias.

Aujourd’hui, j’ai 40 ans et j’ai vécu un échec professionnel. Oui, ce mot qui fait peur alors qu’il est le quotidien de notre existence.

Echec et 40 ans, un constat qui vaut condamnation sur LinkedIn, cet outil qui n’est plus qu’un ouvrage de contes d’une génération pour qui l’expression « levées de fonds » a remplacé « chiffre d’affaires ». Argent, C.A, Bilan, sont autant de mots qu’il ne faut plus prononcer dans une startup. C’est ringard et dépassé.

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J’ai pu l’expérimenter ces derniers temps, mais chut il faut taire ces choses, tout doit être « bienveillant » pour maintenir l’histoire belle. C’est le fameux storytelling que ces entrepreneurs, un des rares mots du monde d’avant qu’ils affectionnent, adorent pratiquer. Pas moi, alors on se raconte un peu de vécu? Oui.

Elle a beau être inclusive, l’entreprise ne peut pas accepter tout le monde sur le rooftop

Sachez qu’en entretien il faut toujours rester positif, parler d’opportunités même pour des catastrophes humaines (surtout si elles ne nous touchent pas), ne jamais questionner sur le chiffre d’affaire sous peine de provoquer des silences, vénérer notre président Macron, vomir l’ancien monde (même si l’argent de papa maman permet de payer la coloc et les happy hours), ne pas parler de ventes mais de business, ne pas se raser la barbe ou alors avoir une moustache (pour les femmes à vous de voir), suivre les podcasts du CEO & Co Founder, surtout ne pas porter de costard, être fan du regretté Steve et de sa pomme.

Si en plus vous êtes healthy veggie, alors là c’est open bar. Jus détox à volonté.  Bières le vendredi à partir de 18 heures sur le rooftop.

Seul impératif à tout cela, sortir d’une école de commerce ou d’une université bien nommée, et avoir moins de 30 ans. Allez, 35 ans si le quota de 1 sur 10 n’est pas déjà atteint.  Au-dessus de cet âge on pense que « ton profil est hyper intéressant, expérience impressionnante mais le fit avec l’équipe va être compliqué, et les investisseurs souhaitent une top cohérence avec le projet de la boite ».

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Traduction: pas de vieux ici. À 40 ans, pour ce milieu, tu es dans le passé, et c’est mal. Un vêtement vieux est vintage, stylé. Un humain au-dessus de 35 ans en revanche ça craint, pas bon pour le business. Sauf s’il a du cash à donner. Pardon, à investir. Car le véritable objectif pour une grande partie des startups n’est pas le client mais bel et bien d’attirer des investisseurs afin d’être racheté rapido. Tout ceci n’est évidemment pas condamnable, mais la posture (ce mal de notre époque), elle, est critiquable. Une génération vante la liberté totale mais est une des plus stéréotypée qui soit. Elle est pour la tolérance mais ne supporte pas la contradiction, elle scande partout le vivre-ensemble pour mieux vivre entre-soi, elle exige la transparence alors qu’elle ne respire pas toujours l’honnêteté elle-même.

Et moi là-dedans? Je continue mon chemin, rassurez-vous, doucement car l’arthrose et les courbatures, vous savez… En me disant que je ne suis peut-être pas encore trop vieux pour ces conneries.

PS: Au regard de la récente actualité, merci de privilégier les calls vidéos pour toute demande d’entretien. Thx.

L'humeur vagabonde

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Nos enfants terribles

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Greta Thunberg à la Marche pour le climat, Paris, 22 février 2019. © Denis Meyer/ Hans Lucas/ AFP

Purs produits de l’Occident qu’elles vomissent, les générations futures et leurs défenseurs zélés instruisent inlassablement notre procès. De l’apocalypse climatique au racisme, ils nous jugent coupables de tous les maux. Leur monde rêvé, plein d’idées progressistes devenues folles, combine puritanisme et transparence, lynchage et tyrannie des minorités. Bienvenue dans la terreur équitable.


Les adultes ont mauvaise presse. Il ne se passe pas de semaine sans qu’ils soient convoqués devant le tribunal de l’opinion pour répondre de leurs crimes. L’accusation est toujours menée au nom des générations futures, quand elle n’est pas directement assurée par des adolescents récriminateurs, comme l’énervante Greta Thunberg, dont les couettes n’adoucissent pas le regard éternellement courroucé, voire par des enfants éduqués à espionner leurs parents pour s’assurer qu’ils ne font pas « mal à la planète ». Mais au gré des chefs d’inculpation, le rôle du procureur peut aussi bien être tenu par des nonagénaires comme feus Michel Serres et Stéphane Hessel (que l’on traitait il est vrai de « plus jeunes d’entre nous »), par de jeunes comédiennes comme Adèle Haenel ou par les innombrables journalistes qui espèrent peut-être, par leur zèle redoublé, s’attacher les bonnes grâces des dites générations futures pour le jour où elles seront aux manettes de nos sociétés. Que ce jour se rapproche à grande allure a de quoi inquiéter quand on constate les saccages qu’elles ont déjà directement causés et ceux que l’on commet volontairement pour leur complaire, par exemple en truffant nos paysages de ces monstrueuses éoliennes [tooltips content= »Voir notre dossier « Paysages, arrêtez le massacre », du mois dernier. »][1][/tooltips]. On pense aussi à ces honorables professeurs officiant dans des institutions aussi prestigieuses que Normale Sup ou l’École des hautes études en sciences sociales qui, à l’image de bourgeois tentant, sous une dictature communiste, de faire oublier leurs origines par une ardeur prolétarienne sans faille, veulent montrer qu’ils sont dans le vent de l’histoire en truffant leur correspondance de jargon inclusif qui, non seulement défigure la langue, mais la rend incompréhensible.

Il faut ici lever un malentendu et me laver du soupçon d’amalgame. Le terme « générations futures » ne désigne évidemment pas l’ensemble des individus nés depuis les années 1990, il y en a une bonne proportion de fort aimables et civilisés, mais leurs porte-parole et, par association, l’idéologie qu’ils incarnent et l’identité qu’ils portent. Ce n’est pas une question d’âge, mais d’état d’esprit.

Vous faites notre procès

Il existe en effet un lobby de l’avenir, une nébuleuse de la table rase qui ne recoupe que partiellement la population disparate que l’on appelle la jeunesse. Il s’emploie à criminaliser le passé et réclame en conséquence le droit illimité de dénoncer et de condamner. « Vous n’avez pas fait vos devoirs », nous morigène la petite Suédoise. L’occupation principale de ce « parti de demain » n’est pas, comme on pourrait le croire, de s’instruire pour se préparer à gouverner le monde, mais d’instruire inlassablement notre procès. Du patriarcat au réchauffement climatique, du racisme à l’assignation genrée, de la guerre au judéo-christianisme, du secret au mensonge, nous avons inventé tout ce qui empêche les générations futures de marcher comme un seul Homo festivus vers leur avenir radieux. Nous sommes donc coupables. Nous les adultes, nous les Occidentaux, nous les mâles blancs – oui, on défilera peut-être un jour en scandant « Nous sommes tous des vieux mâles blancs ».

À lire aussi, l’édito d’Elisabeth Lévy sur le coronavirus: Médecins sans frontières

En attendant, puisque ces générations futures passent leur temps à nous tympaniser de leurs reproches et que je les ai sous la main, j’ai deux mots à leur dire.

Chères générations futures, autant vous le dire, vous commencez à nous courir sur le haricot.

Remarquez d’abord qu’en dépit de la propagande sur la jeunesse Facebook mondialisée et mobilisée pour la planète, vous êtes pour l’essentiel des produits de cet Occident que vous vomissez. On ne voit pas de jeunes Asiatiques et encore moins de jeunes musulmans dénoncer massivement la culture de leurs ancêtres, ni soumettre leur histoire à un inventaire permanent. Beaucoup ne sont guère portés non plus à la saine autocritique et c’est bien fâcheux. En effet, nous ne vous demandons certainement pas de renoncer à ce qui est peut-être l’invention intellectuelle la plus décisive de l’Europe : la capacité à s’interroger sur soi-même, à se soumettre au jugement critique, à affronter ses démons. Ce que vous exigez de nous, c’est autre chose, une repentance névrotique, un reniement intégral de ce que nous avons été. D’où votre détestation de l’universalisme des Modernes, auquel vous opposez un super-universalisme qui exalte les identités minoritaires et aspire à les réunir dans une alliance de tous les dominés du monde, tout en conspirant à ringardiser, pénaliser et effacer les identités anciennes qui avaient pourtant des vertus, dont celle de résister au temps. Comme le montre Bérénice Levet, à la suite de Chantal Delsol, c’est bien cet universalisme dévoyé qui explique la colère des peuples que l’on nomme populisme.

Certes, nous n’avons pas été parfaits et nos livres d’histoire abondent en récits sur notre ubris de meurtre et notre libido d’oppression. Des premiers capitalistes jusqu’aux trente-glorieusards, nous avons abusé de la planète et de ses ressources comme si elles étaient illimitées, et nous avons érigé la consommation en premier droit de l’homme, ce dont, au demeurant, vous vous accommodez volontiers, une fois votre conscience apaisée par le braillage de quelques slogans et l’achat d’une fanfreluche équitable.

Que les générations demandent des comptes à leurs aînés, c’est une loi de l’espèce. La nouveauté, c’est que vous ne nous reprochez pas seulement nos bassesses, mais aussi notre grandeur. Pour construire le monde inclusif, vous êtes prêts à détruire tout ce qui rendait la vie légère, selon la belle expression de Mona Ozouf, et que nos prédécesseurs ont mis des siècles à bâtir. Au remplacement des générations, aussi cruel que naturel, vous voulez ajouter un véritable grand-remplacement philosophique et culturel.

Soyons honnêtes, nous ne vous avons pas attendus pour saccager notre propre magasin de porcelaine. Si nous avons expulsé l’individu adulte et souverain des Lumières au profit d’un individu-roi capricieux et infantile, si nous avons troqué la liberté des Modernes contre le « c’est mon choix » des postmodernes, ce n’est pas la faute de Greta. Comme l’a fort bien décrypté Muray, le progressisme avait depuis longtemps attaqué les fondations, à savoir les grandes divisions – entre les sexes, entre les générations, entre morts et vivants – qui étaient le lot universel de la condition humaine. Mais vous persévérez dans notre erreur, vous la poussez dans ses ultimes retranchements. En somme, vous avez lancé une nouvelle phase de démolition accélérée.

Progressisme devenu fou

Rien, dans l’édifice baroque que l’on appelle modernité occidentale, n’échappe à votre fureur éradicatrice. La langue est sexiste, la grande culture raciste, l’intimité fasciste, la nation nationaliste, la laïcité blessante et la différence des sexes transphobe. Changement de propriétaire, virez-moi ces vieilleries et tout le reste – la galanterie, le second degré, la controverse, la psychanalyse, les arrière-pensées, la choucroute, les animaux de ferme, les frontières, Balzac, Molière, les talons hauts, les phrases comportant plusieurs subordonnées, chacun complétera à sa guise.

Marche " contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles ", à l'initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019. © Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.
Marche  » contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles « , à l’initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019.
© Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.

Nous avions dévoyé le progrès en progressisme. Vous peuplez le monde d’idées progressistes que vous avez rendues folles. Aussi pourrait-on vous qualifier de « post-progressistes ».

Emmanuel Macron l’a bien compris, sur nombre de grands sujets, la querelle n’oppose pas la droite et la gauche, mais le vieux monde et le nouveau – les populistes et les progressistes. Ce qu’on a moins commenté, c’est que cette fracture idéologique se conjugue de plus en plus souvent à une fracture générationnelle. Vous, les générations nées dans le monde numérique (les fameux digital natives), avez adhéré avec beaucoup plus d’enthousiasme que vos aînés, même féministes, à la « révolution #metoo » et à la néo-Inquisition qui s’en est ensuivie. Et vous n’avez pas trouvé de mots assez durs pour celles qui, derrière Catherine Deneuve, Catherine Millet (et votre servante) entendent prendre le risque d’être importunées pour avoir la chance d’être séduites.

On ne s’en étonnera pas, dans l’affaire Griveaux, vous avez été nombreux à vous émouvoir non pas de la diffusion de la vidéo, mais de son contenu – ce qui ne vous empêche pas, paraît-il, de vous adonner massivement au porno, mais ça, vous ne vous en vantez pas sur les plateaux de télévision. Puritanisme et transparence, c’est vous tout craché. Comme l’observe Alain Finkielkraut, inspiré par Milan Kundera (pages 43-45 Le temps passé des temps modernes dans le magazine Causeur de mars), vous êtes des « arracheurs de rideau » – celui qui séparait le privé et le public. Quand « le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur le sens de la pudeur », on peut se demander avec lui si l’exhibition permanente que vous pratiquez et exigez de tous ne scelle pas la vraie fin des Temps modernes.

Le résultat, c’est que nombre d’inventions diaboliques qui, il y a quinze ans, semblaient n’exister que par le génie créateur et l’exagération littéraire de Muray, sont désormais notre quotidien : le féminisme policier, la cage aux phobes, la procréation sans sexe, les humains qui ne sont ni hommes-ni femmes, la plage à Paris. Le lynchage comme mode normal de régulation sociale, la tyrannie des minorités susceptibles, c’est encore vous. Et quand il vous arrive de réaliser une bonne action, nous la payons au prix fort. Peut-être votre féminisme revanchard contribue-t-il à neutraliser des prédateurs sexuels, mais si c’est pour les condamner au pilori médiatique, nous n’y avons pas vraiment gagné. Nous avons même perdu un peu de notre âme.

Votre paradoxe universaliste

On ne va pas se mentir, votre rêve est notre cauchemar, notre cauchemar américain. En effet, la plupart des béliers avec lesquels vous défoncez l’un après l’autre les murs porteurs de la culture occidentale en général et républicaine en particulier, vous êtes allés les chercher sur les campus nord-américains, pour les acclimater sous nos cieux. À ce sujet, on lira avec profit la Franco-Américaine Géraldine Smith, auteur d’un livre intitulé Vu en Amérique, bientôt en France.

L’antiracisme universaliste pêchait, dites-vous, par abstraction. Eh bien vous, les nouveaux antiracistes, ne voyez plus que la race – tout en niant son existence, ce qui vous oblige à des contorsions dont vous n’avez même pas conscience – et, par glissement, l’origine, la religion. À l’arrivée, analyse Pierre-François Mansour (pages 62-65 De l’antiracisme au djihad dans le magazine Causeur de mars), en France l’antiracisme a pactisé avec l’islamisme avant de faire sa jonction avec le décolonialisme. En effet, c’est aussi sous votre effarant magistère que la pensée anticoloniale, issue de la modernité, a muté pour engendrer l’indigénisme (ou décolonialisme), qui postule que la domination coloniale, toujours vivante dans les esprits, doit être combattue sans relâche. Il suffit ensuite d’appliquer ce schéma simpliste à toutes les strates de l’identité, le genre, la religion, le rang social, et cela donne l’intersectionnalité des luttes – qui, à en croire les plus dingues d’entre vous, devrait inclure celles des animaux.

Or, en plus de leur anti-occidentalisme originel, ces théories convergent pour le coup vers un même résultat, qui est en quelque sorte leur agenda caché, y compris à vous qui en êtes les propagateurs : toutes sacrifient la liberté, celle des mœurs, qui serait le cache-sexe de l’aliénation, mais surtout celle de penser. Les marxistes méprisaient la liberté bourgeoise – qui est, disaient-ils, celle pour les renards de décimer le poulailler. Pour vous, chers amis des générations futures, « la libre communication des pensées et des opinions », inscrite dans le marbre de 1789 comme l’un « des droits les plus précieux de l’homme », est encore un des masques de l’oppression, permettant d’offenser les faibles et d’insulter le prophète de la religion des pauvres. Collés à vos écrans, vous réclamez en boucle des interdits, des sanctions, des contrôles, des restrictions, des bannissements, des têtes qui tombent. Et bien sûr, vous les obtenez.

Plus grave encore, nous vous avons abandonné l’Université. Que celle-ci soit à l’avant-garde pour transformer vos expérimentations idéologiques hasardeuses en innovations académiques fumeuses est à la fois un crève-cœur et une source de colère. Les textes d’Elliot Savy (pages 66-68 Universités: la révolution culturelle dans le magazine Causeur de mars) et de Louis Vadrot (pages 69-71 Les sous-doués passent l’agreg) regorgent d’exemples de colloques, réunions et autres thèses visant à décoloniser le genre, le sexe, la littérature, la politique, les représentations, et sans doute la décolonisation. Résultat, l’université est devenue le théâtre privilégié de vos agissements liberticides : Erwan Seznec explore les multiples voies de l’intimidation et de la censure par lesquelles vous parvenez à museler le débat intellectuel dans sa propre maison (pages 56-57 Les petits maîtres censeurs).

Chères générations futures, vous vitupérez le monde que nous allons laisser à nos enfants, comme l’a résumé l’ami Zemmour, nous devrions nous inquiéter des enfants que nous laissons à ce monde. Certes, faute d’héritiers de rechange, nous sommes bien obligés de faire avec vous, inhéritiers ingrats. Et même de vous aimer, ce qui nous place sans cesse devant la fameuse injonction contradictoire. D’ailleurs, peut-être que tous nos malheurs viennent de là. Vous auriez dû m’objecter depuis longtemps que tout est de notre faute. De fait, rien de tout cela ne serait arrivé si, au lieu de vous choyer et de vous écouter, nous vous avions fait le cadeau de vous éduquer.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

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Emmanuel Macron lors de son allocution le 12 mars 2020

Alors que les bourses plongent, le Président a appelé hier soir à la mobilisation générale, lors d’une efficace allocution télévisée. 12 millions d’écoliers resteront chez eux lundi. Le scrutin de dimanche est maintenu. Face à l’épreuve sanitaire, Macron assure l’ensemble des Français et les services de santé de son soutien, quoi qu’il en coûte. 


Ce qui est intéressant avec Emmanuel Macron, c’est que cet homme à la tête de la France reste un inconnu pour la plupart de ses concitoyens. De lui, ils s’attendent à tout, à défaut d’en attendre grand-chose. Mais ils gardent à l’esprit qu’il peut les surprendre.

Ainsi alors qu’il nous a été annoncé jeudi que le président de la République allait parler à la France pour ralentir l’épidémie de coronavirus, les supputations sont allées bon train. Alimentées par un article du JDD, la journée a bruissé de toutes sortes de rumeurs contradictoires : le pays allait-il s’arrêter ? Les élections allaient-elles être reportées? Le président annoncerait-il carrément le recours à l’article 16, soit l’attribution des pleins pouvoirs pour pouvoir faire face à la situation ?

Éloge de l’État providence inédit

Curieux désir d’histoire qui a amené Emmanuel Macron à caresser l’idée de l’usage de l’article 16 pour mettre ses pas dans les chaussures du grand homme de la Vème république, le général de Gaulle ! Ce qui a pu être perçu, c’est que le président de la République voulait faire de la lutte contre cette épidémie un combat épique qui engagerait la nation. Ce qui a pu être perçu, aussi, c’est le désir du politicien en situation d’échec de renouer avec l’homme d’État affrontant la crise. Et c’est exactement le personnage qu’a joué Emmanuel Macron. Et il faut le dire, à ce titre, son discours était plutôt bien pensé et bien conçu, même si, comme à son habitude, le Président n’habite pas sa parole.

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Il a su avoir immédiatement les mots d’empathie et de reconnaissance nécessaires à l’égard des soignants, comme il a su mettre de l’humain lorsqu’il a évoqué la solitude des personnes âgées ou les difficultés des parents face à la fermeture des écoles. Mais le plus étonnant est l’éloge de l’état-providence à la fin de son discours, très étonnant dans sa bouche. Son allocution télévisée a démontré que ce Président n’a ni doctrine, ni vision. Emmanuel Macron navigue au gré des courants. On ne peut s’empêcher de se demander, si on avait eu droit à une montée exponentielle de la Bourse à la place du coronavirus, s’il ne serait pas en train de démanteler le système pour le livrer au privé au nom de l’opportunité à saisir.

Notre hôpital public à l’heure de vérité

Parce que le problème, c’est qu’en la matière le Président n’a pas toujours fait preuve du même enthousiasme et n’a pas toujours été de ceux défendant la nécessité d’avoir un secteur public non marchand fort… Sans jamais l’assumer, il a toujours poussé à la privatisation. Ne vient-on pas tout juste de stopper la vente programmée d’un des fleurons de notre patrimoine, ADP ? Faut-il rappeler qu’Emmanuel Macron n’est pas pour rien non plus dans la perte des turbines d’Alstom, ce qui fait que l’on perd petit à petit notre maîtrise dans le nucléaire ? Et concernant notre protection sociale, il faudrait reparler du soi-disant reste à charge zéro sur l’optique et la dentisterie, qui aboutit dans les faits à faire porter le surcoût sur le privé (c’est ce que signifie la phrase magique « demander aux Mutuelles de faire un effort »). On pourrait aussi reparler de la démission des 1600 médecins de l’hôpital annoncée le 19 janvier, nous alertant sur la situation dramatique de l’hôpital public.

Depuis la crise des gilets jaunes, le peuple commence à se lasser des grandes envolées lyriques et des engagements forts avec des trémolos dans la voix jamais suivis d’effets. L’homme qui parlait hier soir avec de grands yeux de faon de notre sécurité sociale parait oublier qu’il a utilisé le 49.3 pour faire entériner une réforme de retraites de fort mauvaise qualité, dont personne ne veut et qui a été critiquée y compris par le Conseil d’État.

A lire aussi: La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme

Certes, il n’est jamais trop tard pour bien faire et ce retournement de situation a tout pour satisfaire la majorité des Français, mais notre Président tient du feu de paille : cela brûle vite et haut mais réchauffe peu et s’éteint vite. Autre nouveauté, le mot « souveraineté ». Souveraineté nationale ? Non, après ce petit moment d’audace, il a vite fallu rajouter souveraineté de l’Europe. Mais quand même. 

La fin de son discours en hommage à l’esprit de solidarité et d’entraide qui caractérise notre contrat social sonnait un peu Conseil National de la Résistance. Foin de la start-up nation et des premiers de cordée ! Quand souffle la tempête, c’est le peuple qu’il faut retrouver et il faut reconnaître que ce discours visait à aller le chercher. Le problème c’est que coup-là Emmanuel Macron l’a fait trop de fois, séduisant avec les mots pour gifler derrière avec les actes, utilisant les circonstances au lieu de prendre la mesure des situations, laissant entendre ce que les gens désiraient pour finalement aller contre leurs intérêts. Il a un passif. Assez lourd.

Un pour tous(se), tous pour un

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui et pour le temps de la lutte, il a su prendre les décisions économiques qui s’imposaient. Ses annonces ont dû soulager nombre d’entreprises et de salariés inquiets, et les mesures prises pour lutter contre le coronavirus sont censées et réfléchies en l’état actuel des connaissances scientifiques. Sur le désir du gouvernement de faire au mieux, il n’y a guère de doute. On ne peut que saluer le travail du ministre de la santé, Olivier Véran, remarquable de clarté, de pédagogie et d’humilité lors de l’émission spéciale consacrée au coronavirus sur BFMTV le lundi 9 mars.

Alors parce que quand le navire tangue, tout le monde doit être sur le pont, faisons face à l’épidémie aux côtés de notre gouvernement, sans barguigner. Mais une fois la tempête passée, il faudra que ce qui a été décidé un jeudi soir sous le coup de la peur soit tenu. Que l’hommage rendu au secteur non marchand et à l’investissement public ne soit pas oublié, que l’on arrête de vendre ou de casser nos fleurons et que l’on continue à parler de souveraineté. Il ne faudrait pas qu’une fois encore, ne sentant plus le vent du boulet, le président de la République ne retombe dans son narcissisme hautain!