Alors que le coronavirus s’étend et bien que se laver les mains au savon soit suffisant, le gel hydroalcoolique apparaît comme l’eau bénite des temps nouveaux. Mais la pénurie est déjà là. Notre chroniqueur se lance à sa recherche dans le Paris de 2020.


Le lundi 2 mars, je rentre non sans entrain dans une pharmacie du XIIIème arrondissement parisien.

« Bonjour Madame, auriez-vous du gel pour les mains ?

– Non on n’en a pas, Monsieur, me rétorque la patronne aux cheveux blancs avec une mine déconfite. On n’en a plus, ajoute-t-elle ensuite avec une bonne dose d’agacement. C’est marqué sur la porte d’entrée. Vous êtes au moins la centième personne à me demander ça depuis ce matin.

Pourvu que le prochain client ne soit pas un de ces emmerdeurs paniqués qui vienne demander du gel antibactérien, a-t-elle dû prier avant.

« Moi aussi c’est ce que je cherche »

Dans une autre pharmacie située à deux pas du théâtre du Châtelet, le patron trentenaire a le teint hâlé. En pleine forme, il semble revenir tout droit de Courchevel.

« On n’en a plus, Monsieur », m’informe-t-il avec courtoise.

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Au Monoprix situé à côté, un Maghrébin pas très carré, un peu plus court que moi avec une courte barbe : « Justement, moi aussi c’est ce que je cherche, me confie-t-il. Je viens d’aller dans la pharmacie d’à côté, y’ a plus rien. Et c’est dix euros les huit masques, maintenant ».

« Qu’est-ce qu’on va devenir ? »

À deux pas de l’Assemblée Nationale, là où nos charmants députés décident de notre sort : « Auriez-vous de la cire d’abeille ?, demande une femme d’une cinquantaine d’années, écharpe relevée jusqu’au yeux.

– Non Madame, répond la patronne sexagénaire.

– Du gel antibactérien ?

– Non plus Madame.

– Et des masques ? Y’a plus rien nulle-part. Qu’est-ce que c’est que cette histoire, qu’est-ce qu’on va devenir ?!, s’inquiète la cliente. Je ne dis rien mais je n’en pense pas moins.

À la pharmacie d’à côté, un Monsieur septuagénaire semble prendre la vie avec plus de sérénité : « Vous auriez du gel Mademoiselle ?, demande-t-il un brin charmeur.

– Non Monsieur, répond-elle d’un air enchanté, c’est fini jusqu’à mercredi.

– Ce n’est pas bien grave, ça peut attendre, dit-il avec nonchalance et un sourire en rebroussant chemin.

Un Français sur quatre ne se lave pas tous les jours

Le lendemain, mardi 3 au matin, je tente à nouveau ma chance, cette fois près de la station Glacière, dans le XIIIème arrondissement parisien. Le patron a mon âge, une barbe de trois jours, son allure vestimentaire d’amateur de skateboard tranche avec le genre pincé des pharmaciens rencontrés jusqu’alors. « Auriez-vous du gel antibactérien, Monsieur ?

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En guise de réponse, il me montre du doigt des flacons posés sur le comptoir, où il est écrit sur l’étiquette « gel hydroalcoolique désinfectant ». Le Graal ! « J’ai plus que ceux-là, se justifie-t-il.

Cela fera l’affaire : « Formidable !, lui dis-je. Vous êtes les premiers ! » Il ne répond rien et encaisse la monnaie : deux euros et quatre-vingt-dix centimes. Pas grand-chose, je sais, il ne fera pas ses choux gras avec des clients comme moi. La prochaine fois, j’achèterai  des suppléments vitaminés au zinc, une crème antirides (il n’est jamais trop tôt pour s’y mettre), un dentifrice au charbon de bois, un shampoing réparateur aux extraits de romarin et d’orties, des pastilles pour les digestions difficiles et évidemment, une bonne boite d’antidépresseurs pour terminer l’hiver. Sans doute recevrai-je plus de considération.

D’après un sondage Ifop, un Français sur quatre ne se lave pas tous les jours. À ceux-là, s’ils lisent ces lignes et sont définitivement réfractaires aux charmes des salles de bain : faites comme moi, utilisez du gel antibactérien. Vous ne vous ruinerez guère, notre État va encadrer son prix. Ni eau, ni savon, ni gel douche, ni serviette. Et surtout, vous donnerez le sourire à des petits commerçants bien utiles : les pharmaciens!

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