Dans la startup nation, après un « échec professionnel », quand on a 40 ans, on est déjà trop vieux pour retrouver un emploi ! C’est pourtant le même âge que le chef tout puissant. Récit un peu désabusé.


Il y a quelques années de cela je décide de quitter mon sud-est natal pour « monter à la capitale »: adieu soleil et chaleur, accent chantant, féria et autres festivités locales.

A moi le métro de la liberté, la Culture, la possibilité de devenir quelqu’un. Et surtout bienvenue dans le monde du digital et des startups. Ce milieu qui m’attire et me fascine, la Silicon Valley à la Française. Ou par des Français. Ou en France.

Six ans après, le bilan est mitigé. Et la passion se mêle à un début d’amertume.

Trop vieux pour ces conneries

L’époque a changé lentement mais durablement, notre pays a connu des secousses, des mondes se côtoient mais ne se comprennent plus. Mais pas les mondes que nous présentent les médias.

Aujourd’hui, j’ai 40 ans et j’ai vécu un échec professionnel. Oui, ce mot qui fait peur alors qu’il est le quotidien de notre existence.

Echec et 40 ans, un constat qui vaut condamnation sur LinkedIn, cet outil qui n’est plus qu’un ouvrage de contes d’une génération pour qui l’expression « levées de fonds » a remplacé « chiffre d’affaires ». Argent, C.A, Bilan, sont autant de mots qu’il ne faut plus prononcer dans une startup. C’est ringard et dépassé.

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J’ai pu l’expérimenter ces derniers temps, mais chut il faut taire ces choses, tout doit être « bienveillant » pour maintenir l’histoire belle. C’est le fameux storytelling que ces entrepreneurs, un des rares mots du monde d’avant qu’ils affectionnent, adorent pratiquer. Pas moi, alors on se raconte un peu de vécu? Oui.

Elle a beau être inclusive, l’entreprise ne peut pas accepter tout le monde sur le rooftop

Sachez qu’en entretien il faut toujours rester positif, parler d’opportunités même pour des catastrophes humaines (surtout si elles ne nous touchent pas), ne jamais questionner sur le chiffre d’affaire sous peine de provoquer des silences, vénérer notre président Macron, vomir l’ancien monde (même si l’argent de papa maman permet de payer la coloc et les happy hours), ne pas parler de ventes mais de business, ne pas se raser la barbe ou alors avoir une moustache (pour les femmes à vous de voir), suivre les podcasts du CEO & Co Founder, surtout ne pas porter de costard, être fan du regretté Steve et de sa pomme.

Si en plus vous êtes healthy veggie, alors là c’est open bar. Jus détox à volonté.  Bières le vendredi à partir de 18 heures sur le rooftop.

Seul impératif à tout cela, sortir d’une école de commerce ou d’une université bien nommée, et avoir moins de 30 ans. Allez, 35 ans si le quota de 1 sur 10 n’est pas déjà atteint.  Au-dessus de cet âge on pense que « ton profil est hyper intéressant, expérience impressionnante mais le fit avec l’équipe va être compliqué, et les investisseurs souhaitent une top cohérence avec le projet de la boite ».

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Traduction: pas de vieux ici. À 40 ans, pour ce milieu, tu es dans le passé, et c’est mal. Un vêtement vieux est vintage, stylé. Un humain au-dessus de 35 ans en revanche ça craint, pas bon pour le business. Sauf s’il a du cash à donner. Pardon, à investir. Car le véritable objectif pour une grande partie des startups n’est pas le client mais bel et bien d’attirer des investisseurs afin d’être racheté rapido. Tout ceci n’est évidemment pas condamnable, mais la posture (ce mal de notre époque), elle, est critiquable. Une génération vante la liberté totale mais est une des plus stéréotypée qui soit. Elle est pour la tolérance mais ne supporte pas la contradiction, elle scande partout le vivre-ensemble pour mieux vivre entre-soi, elle exige la transparence alors qu’elle ne respire pas toujours l’honnêteté elle-même.

Et moi là-dedans? Je continue mon chemin, rassurez-vous, doucement car l’arthrose et les courbatures, vous savez… En me disant que je ne suis peut-être pas encore trop vieux pour ces conneries.

PS: Au regard de la récente actualité, merci de privilégier les calls vidéos pour toute demande d’entretien. Thx.

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Robert Patout
Originaire du Gard, marié et père de 3 enfants, Robert Patout décide il y a quelques années de donner un nouvel élan à sa carrière commerciale en montant à la capitale...
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